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N°170 / NOVEMBRE 2021 / GRATUIT

ART & CULTURE

Hauts-de-France / Belgique



SOMMAIRE – MAGAZINE LM magazine 170 - novembre 2021

The Limiñanas et Laurent Garnier © Mathieu Zazzo

NEWS

- 08

RENCONTRE The Limiñanas – 22 Accords parfaits Elsa Zylberstein et Mélissa Drigeard – 56 L’amour fou Bettina Rheims – 72 Photosensible

LE MOT DE LA FIN – 130 Julie Chérèque L’humour est dans le trait

Tout nous sourit © D. Koskas

Caterina Theoharidou Le chant des possibles

© Caterina Theoharidou

PORTFOLIO - 14


SOMMAIRE LM magazine 170 - novembre 2021

– SÉLECTION

MUSIQUE

– 22

The Limiñanas, Ciné-concert Amadeus, Whispering Sons, Vanishing Twin, General Elektriks, Dani, 10cc, The Human League, A Certain Ratio, The Hives, Black Pumas, Erika de Casier, Mykki Blanco, The Stranglers, Femi Kuti, Chilly Gonzales, Benjamin Epps vs Bekar, Ayo, Imany, Agenda...

L’Autre © Frederic Iovino

CHRONIQUES

- 50

Disques : Pharaon de Winter, Curtis Harding, Wayne Snow, Hayden Thorpe, Jean-Louis Murat Livres : Jim Dodge & Tom Haugomat, Jean-Baptiste Thoret, Marie Vingtras, Valentin Gendrot & Thierry Chavant, P. Djèlí Clark, Émile Bravo Écrans : Tout nous sourit, Arras Film festival, Les Olympiades, Loin de vous j’ai grandi, Oranges sanguines, Barbaque, Cry Macho

Fernando Botero, La Première Dame, 1989 Collection privée © Fernando Botero

EXPOSITION - 68 Perspectives, Fernando Botero, Paul Klee, André Kertész et Bernard Plossu, Martin Parr, Cosmos, Léon Wuidar, Lumière d’Opale, Brognon-Rollin, Agenda…

THÉÂTRE & DANSE - 104 Next Festival, Rinaldo, L’Art de perdre, Mademoiselle Julie, L’Autre, Outside, Les Petits Pas, Les Multipistes, Bun Hay Mean, Dorothy, Agenda…



MAGAZINE LM magazine – France & Belgique 28 rue François de Badts 59110 LA MADELEINE - F tél : +33 (0)3 62 64 80 09

www.lm-magazine.com

Direction de la publication Rédaction en chef Nicolas Pattou nicolas.pattou@lastrolab.com Rédaction Julien Damien redaction@lm-magazine.com Zoé Van Reckem info@lm-magazine.com

Direction artistique Cécile Fauré cecile.faure@lastrolab.com Couverture Caterina Theoharidou instagram @katetheo79 Administration Laurent Desplat laurent.desplat@lastrolab.com

Réseaux sociaux Sophie Desplat Impression Tanghe Printing (Comines) Diffusion C*RED (France / Belgique) ; Zoom On Arts (Bruxelles / Hainaut)

Publicité pub@lm-magazine.com

Ont collaboré à ce n° : Thibaut Allemand, Rémi Boiteux, Madeleine Bourgois, Mathieu Dauchy, Marine Durand, Hugo Guyon, François Lecocq, Grégory Marouzé, Raphaël Nieuwjaer, Caterina Theoharidou et plus si affinités. LM magazine France & Belgique est édité par la Sarl L'astrolab* - info@lastrolab.com L'astrolab* Sarl au capital de 5 000 euros - RCS Lille 538 422 973 Dépôt légal à parution - ISSN : en cours

L’éditeur décline toute responsabilité quant aux visuels, photos, libellé des annonces, fournis par ses annonceurs, omissions ou erreurs figurant dans cette publication. Tous droits d’auteur réservés pour tous pays. Toute reproduction, même partielle, par quelque procédé que ce soit, ainsi que l’enregistrement d’informations par système de traitement de données à des fins professionnelles, sont interdites et donnent lieu à des sanctions pénales. LM magazine est imprimé sur du papier certifié PEFC. Cette certification assure la chaîne de traçabilité de l’origine du papier et garantit qu'il provient de forêts gérées durablement. Ne pas jeter sur la voie publique.

PAPIER ISSU DE FORÊTS GÉRÉES DURABLEMENT



© Pi80

EWS NEWS NEWS NEWS NEWS NEWS NEWS NEWS EWS NEWS NEWS NEWS NEWS NEWS NEWS NEWS

AU TEMPS DES RENARTS C'est ce qu'on appelle un choc des cultures : le collectif Renart investit l'Hospice Comtesse durant cinq mois. Les street-artistes lillois ont eu carte blanche pour repeindre l'espace d'exposition temporaire de l'ancien hôpital médiéval, fondé en 1237 par Jeanne de Flandre, et sans doute l'un des plus beaux musées de la métropole. À partir du 10 novembre et jusqu'au mois de mars, fresques animalières et anamorphoses s'acoquinent avec des œuvres flamandes datant du Moyen-âge, initiant un dialogue inédit entre les époques. mhc.lille.fr, collectif-renart.com

FESTIVAL DES MUSIQUES SACRÉES

© DR

Inspirées et inspirantes, les musiques sacrées furent inventées par nos ancêtres pour relier l'Homme au divin. Ce festival dévoile toutes les beautés et la spiritualité d'un genre propice aux voyages intérieurs. Accueillons les voix célestes et instruments d’époque d'Hildegard Project ou les intonations celtiques de Yule – histoire de célébrer le solstice comme il se doit. Mons, 26.11 > 10.12, Arsonic 1 concert : 15 > 9 €, surmars.be

news – 8



EWS NEWS NEWS NEWS NEWS NEWS NEWS NEWS EWS NEWS NEWS NEWS NEWS NEWS NEWS NEWS LA BRADERIE DE L'ART

© Jacob Khrist

À Roubaix, on n'a pas attendu la Cop 26 pour défendre le recyclage. Voilà pile 30 ans qu'Art Point M organise sa Braderie de l'art. Le principe ? Artistes et designers de tout poil s’enferment durant 24 heures à la Condition Publique. Puisant dans un stock de 2 000 m3 de matériaux de récupération, ils réalisent sous les yeux du public œuvres et objets hétéroclites ensuite vendus entre 1 et 300 euros. Rien se perd, tout se transforme... et se partage.

© Kalimba.M

© Véronique Vercheval

oubaix, 04 & 05.12, La Condition Publique, sam : 19 h-02 h, dim : 8 h 30-19 h, gratuit R www.labraderiedelart.com

LES COMPTOIRS D’ART

BROCK'N'ROLL FACTORY

On ralentit ! Tel est le mot d'ordre de ce "concentré d'ateliers créatifs, de spectacles et de jeux pour toute la famille". Le Boulon vous invite à une journée pas tout à fait comme les autres. Au programme ? Bricolage via des ateliers "do it yourself", découverte de la pratique théâtrale mais aussi land art, art floral, sophrologie... sous le signe de la slow attitude, of course.

Keramis se transforme durant trois jours en marché des créateurs. Pas n'importe lequel, puisqu'ici l'image imprimée est reine. Gravure, sérigraphie, bijoux, accessoires, livres... 60 artistes et designers sont attendus. On apprendra aussi la contrefaçon en imitant les célèbres motifs Boch sur nos bols, avant de s'esclaffer devant le DJ set des Frères Chantier, as de la défonce de parquets à la discodisqueuse et de la funky démolition !

Vieux Condé, 21.11, Le Boulon, 10 h > 17 h gratuit, leboulon.fr

L a Louvière, 19 > 21.11, Kéramis, ven : 16 h-22 h • sam : 12 h-20 h • dim : 11 h-18 h, gratuit, www.brocknrollfactory.be





portfolio – 14


CATERINA THEOHARIDOU Le chant des possibles 6 « Dans une vie antérieure, j’étais sans doute un ballon. C’est un symbole de légèreté et de voyage », confie Caterina Theoharidou – qui a plutôt bien progressé dans l’échelle des réincarnations. Cette Grecque désormais installée en Italie ne manque pas d’humour, et n’aime rien tant que décaler notre regard sur le quotidien. « JE CRÉE DES MONDES PARALLÈLES « Je crée des mondes parallèles POUR MIEUX NOUS ÉLOIGNER DE dans lesquels tout est possible NOTRE CONFORTABLE NORMALITÉ. » pour mieux nous éloigner de notre confortable normalité », précise l’illustratrice et graphiste. Mais laissons parler ce portfolio, qui suffit amplement à nous convaincre : ici une jeune femme entourée de poissons volants, là une autre assoupie sur un cube au milieu d’un champ de blé et semblant tenir ses songes dans un ballon, telle une allégorie de l’évasion et du pouvoir des rêves. Des images volontiers oniriques, minimalistes, mais brillamment construites. Ici, les corps, couleurs ou lignes occupent parfaitement l’espace, à l’instar de cette boudeuse engoncée dans un coupe-vent et tenant un bocal en équilibre sur la tête (notre couverture). Une science de la simplicité (toujours complexe à obtenir) et de la composition que Caterina doit beaucoup à ses études en architecture, « une étape fondamentale pour appréhender la géométrie et l’harmonie entre les formes », dit-elle. Ses outils de prédilection ? Un petit appareil photo, son smartphone, Photoshop et surtout une imagination débordante, parfois inspirée par les œuvres de l’Américaine Brooke DiDonato... qui signait notre couverture en juillet 2014. Encore un coup du karma, assurément. Julien Damien À VISITER À LIRE

/ instagram @katetheo79

/ L’interview de l’artiste sur lm-magazine.com

portfolio – 15








The Limiñanas et Laurent Garnier © Samuel Kirszenbaum

musique – 22


interview Propos recueillis par Julien Damien

THE LIMIÑANAS French connection L'Amérique a les White Stripes ou les Kills. La France compte les Limiñanas, autre tandem ô combien essentiel et explosif. Couple à la scène comme à la ville, Lionel et Marie Limiñana furent longtemps considérés comme le secret mieux gardé du rock hexagonal, avant de casser la baraque... au pays de Tarantino. Logique : les Perpignanais subliment comme peu d'autres une musique née dans les sixties, entre rock garage et surf music : riffs de guitare psychédéliques, batterie implacable, fuzz à gogo et spoken word envoûté... Le duo sait également s'entourer, multipliant les connexions tous azimuts, de Peter Hook à Bertrand Belin, en passant par Anton Newcombe. Leur dernier album a cette fois été conçu avec... Laurent Garnier. Baptisé De Película, cet opus revisite le mythe de Roméo et Juliette à la sauce occitane. On se repasse le film avec Lionel Limiñana. Pouvez-vous nous rappeler l'histoire de The Limiñanas ? C'est d'abord un couple. Marie et moi sommes ensemble depuis la nuit des temps. Dès qu'on s'est connus au lycée, on a fréquenté la scène underground, les concerts de garage, de punk.

« LA BASE DE NOTRE SON C'EST LE GARAGE PUNK DES SIXTIES. » On achetait tous les disques qu'on trouvait, les fanzines... J'ai monté

un premier groupe qui reprenait les Stooges tout en écrivant quelques compos, ça a été un apprentissage. Marie nous suivait, mais ne participait pas. Comment avez-vous commencé à jouer ensemble ? Par hasard. J'avais fondé une autre formation, les Bellas. Un jour, le batteur n'est pas venu et Marie a pris sa place derrière les fûts. Mais, au bout d'un moment, on avait l'impression de stagner car nos

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groupes "splittaient" tout le temps. J'en avais marre...

© DR

Quel fut le déclic pour The Limiñanas ? Lors d'une session d'enregistrement chez Pascal Comelade. Il m'a mis un casque sur les oreilles et m'a dit "fais ce que tu veux". J'ai composé cinq titres à la guitare, avec des fuzz, des wah wah, des drones... et puis je suis rentré chez moi en me disant que je lui avais bien fait perdre son temps. Quelques mois plus tard, il m'a envoyé un album à partir de mes compositions qu'il avait peaufinées avec son Bel Canto Orquestra. Cette séancelà m'a ouvert les yeux : on pouvait

produire des disques autrement, sans subir le joug d'un groupe et ses compromis. J'en ai parlé à Marie et c'est comme ça qu'on a vraiment démarré tous les deux. Comment travaillez-vous ? On a organisé la maison autour de la musique. Marie et moi composons ensemble puis, éventuellement, invitons des gens à intervenir sur nos morceaux.

« JE BOSSE DÈS QUATRE HEURES DU MATIN TOUS LES JOURS. » Pour les tournées, on a un groupe composé d'amis, assez stable, avec qui on perfectionne les arrangements pour le format concert.

musique – 24


J'ai lu que vous enregistriez seul la nuit dans votre sous-sol et que Marie prenait le relais, au matin, pour y ajouter ses batteries... C'est vrai. Je me lève très tôt le matin, bosse dès trois ou quatre heures tous les jours et puis Marie intervient ensuite. C'est un peu con car on se connaît par cœur… Mais il existe encore une timidité entre nous qui fait qu'on n'enregistre jamais dans la même pièce, ça nous déstabilise. Comment définir le style de The Limiñanas ? La musique primitive américaine et anglaise des années 1960, donc le garage punk des sixties, reste ce qui me branche plus. C'est vraiment la base de notre son. On pratique une musique à trois accords, répétitive, hyper-simple, tout en assumant nos influences, très larges : ça va d'Andrew Weatherall (qui nous a invité une paire de fois dans ses festivals) à New Order, The Jesus and Mary Chain ou récemment Sleaford Mods. On est des espèces d'éponges. Parlons de ce nouvel album, De Película. Comment est-il né ? L'histoire du disque débute avec Laurent Garnier. Il s'occupe avec deux potes de la programmation du festival Yeah à Lourmarin. Une année, Laurent nous a invités à jouer et on a adoré cette rencontre. En rentrant chez nous, je lui ai envoyé les pistes de Dimanche avec Bertrand Belin, et Laurent

a remixé la chanson. Et puis est arrivé le confinement. On a commencé à travailler sur cet album à ce moment-là, quand nos tournées respectives furent annulées. On a bossé à distance, en s'envoyant nos maquettes.

« EN COLLABORANT AVEC PETER HOOK, ON ÉTAIT COMME DES GOSSES ! » Vous travaillez souvent en collaboration... Pourquoi ? Le duo est pour nous synonyme de liberté. Au-delà de la production, cela nous offre la possibilité de travailler avec des tas de gens différents. On a toujours fonctionné comme ça, au début on invitait ceux de notre entourage, dans un rayon de trois kilomètres, donc pas forcement connus. C'est la même chose aujourd'hui, sauf qu'on collabore avec des mecs comme Peter Hook. Quand il nous a envoyé ses lignes de basse pour The Gift, on était comme des gosses ! Lille, 05.12, L'Aéronef, 18 h 30, 26 > 19 € aeronef.fr Liège, 08.03.2022, Reflektor, 20 h, 19 € www.reflektor.be

À ÉCOUTER

/

De Película The Limiñanas & Laurent Garnier (Because Music) / La version longue de cette interview sur lm-magazine.com

À LIRE

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© Amadeus Live / © Kathy Cavanagh

AMADEUS Emporté par la fougue Vienne, novembre 1823. Un vieillard, Antonio Salieri, compositeur à la cour, tente de se suicider. Il se sent responsable de la mort de Mozart, 32 ans plus tôt. Alité, l'Italien raconte la rivalité qui l’a opposé toute sa vie au maître autrichien… Amadeus, un simple biopic de Mozart ? Que nenni. Bien entendu, on y conte par le menu et, donc, via les yeux du rival devenu complice, le talent éclatant d'un enfant choyé et authentique génie, un allegro en Babygro en somme. Mais Amadeus est avant tout un film sur l'injustice du don. C'est d'ailleurs la thèse d'Alexandre Pouchkine qui, en 1830, signait la pièce Mozart et Salieri. Dans laquelle a largement puisé l'Irlandais Peter Shaffer pour sa propre pièce, Amadeus (1979)… qui elle-même servira de matériau de base au film de Forman sorti en 1984. Wolfgang y est présenté comme un jeune homme léger, loufoque et volontiers inconséquent – doté de surcroît d'un rire hystérique un brin crispant. Mais ce film laisse aussi une large part à la musique et entendre ses partitions jouées "live" par l'ONL promet un grand moment – en faisant abstraction de ce rire, donc. Thibaut Allemand

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Lille, 04 & 05.11, Nouveau Siècle, 20 h, 35 > 6 €, www.onlille.com

musique – 26



© Daniil Lavrovski

WHISPERING SONS Cris(e) et chuchotements Et si le (énième) renouveau post-punk anglais (Idles, Shame, The Murder Capital, etc.) voyait venir son pendant belge ? Bruissant à Bruxelles depuis quelques années, le bouche-à-oreille voyait en Whispering Sons les hérauts d'un rock froid et hanté. Deux albums plus tard, il faut se rendre à l'évidence : ces "Fils chuchotants" n'ont pas fait menti la rumeur. C'est amusant de voir à quel point la Belgique et l'Angleterre entretiennent des liaisons – dangereuses, fatales, à vous de voir. Quarante ans après l'explosion de Factory Records (qui essaima à Bruxelles, entraînant la création d'une division Factory Benelux) le plat pays devient, à nouveau, la chambre d'écho d'un mouvement britannique. L'analogie n'est pas gratuite, puisque l'on retrouve ici peu ou prou les mêmes éléments : grisaille permanente et tristesse contemporaine, guitares roides et rythmes raides, servis par des Flamands pas vraiment roses. Whispering Sons, donc. Des héritiers de Joy Division (étonnant, non ?), du versant le plus noir de The Horrors et de quelques vieilles gloires (And Also The Trees, par exemple). Non, on ne félicitera pas Whispering Sons pour son audace, ses territoires défrichés ou ses chansons inouïes. En revanche, à la manière de quelquesuns de leurs grands frères (Editors, Interpol, ce genre) et de leurs précités cousins outre-Mer du Nord, ces Limbourgeois signent des chansons nerveuses, sombres (citons Alone, Surface) collant bien à une époque qui dure depuis quatre décennies. Honnête. Thibaut Allemand Lille, 31.10, L’Aéronef, 18 h 30, 26 > 19 €, www.aeronef.fr Gand, 09.11, Vooruit, 19 h 30, complet ! // Bruxelles, 16.12, Ancienne Belgique, 20 h, complet !



© DR

VANISHING TWIN Formation fondamentalement britannique, Vanishing Twin marie la pop la plus mélodieuse aux arrangements les plus surprenants. Un goût pour le fantastique, soit l'irruption de l'étrange dans le quotidien, qui renvoie à une longue tradition anglaise : Poe, Carroll, Shelley ou Stoker dans la bibliothèque. Plus près de nous, sur nos étagères de disques, on citera de grands noms trop confidentiels tels Pram, Gwenno ou encore et avant tout Broadcast. Vaporeuses et tourmentées, les pop songs de Cathy Lucas et ses comparses détournent les attentes et s'imposent comme la BO de nombreux films imaginaires. Fermez les yeux, vous les verrez mieux. T.A. Tourcoing, 11.11, Le Grand Mix, 20 h, 14 > 6 €, www.legrandmix.com

© JB Ambrosini

GENERAL ELEKTRIKS Producteur inspiré et ne tenant pas en place, Hervé Salters a traîné ses guêtres à San Francisco comme à Berlin. Qu'importe les déménagements : depuis une douzaine d'années, le Français livre, avec une régularité quasi-métronomique (tous les deux ans en moyenne), un disque empli d'effluves chaleureuses mêlant soul, jazz, hip-hop et pop. Soutenu sur scène par un "vrai" groupe, General Elektriks confère à ses trouvailles une incroyable puissance de feu. T.A. Lille, 10.11, L'Aéronef, 20 h, 26 > 19 €, aeronef.fr musique – 30



¿ Quoi de neuf ?

© Jb Mondino

Adulé, oublié et soudain vénéré par une poignée de mélomanes. Ignoré de son vivant mais bénéficiant d'une gloire posthume. Lynché puis redécouvert par des hurluberlus prêts à réévaluer tout et n'importe quoi. Ah, ce n'est pas toujours facile, de vieillir dans la pop moderne. La preuve par quatre. T. Allemand

DANI Pour certains, elle restera à jamais Liliane, dans La Nuit américaine de Truffaut. Pour d'autres, une chanteuse androgyne à la voix grave qui hantait les nuits parisiennes. Pour tous, c'est un mystère, et une drôle de "carrière" dont un rendez-vous manqué avec l'Eurovision en 1975. Signée Gainsbourg et longtemps inédite, la chanson Comme un boomerang reviendra 26 ans plus tard grâce à Étienne Daho. Tube infernal. Et remise en selle d'une chanteuse pas du genre nostalgique. La preuve, son dernier LP, qui compte les participations de Jean-Jacques Burnel (The Stranglers), Keren Ann ou JoeyStarr, se nomme… Horizons dorés. On ne saurait espérer mieux. Hazebrouck, 05.11, Centre André Malraux, 20 h, 15 > 5 €, www.centreandremalraux.com


A CERTAIN RATIO Oublié de pas mal d'encyclopédies du rock, A Certain Ratio incarne pourtant une facette très, très importante de Factory Records. Ces Mancuniens (forcément) signèrent tout simplement le premier véritable 45T publié par la légendaire maison. Et furent parmi les premiers à mêler raideur punk, chaleur funk et futurisme house – imaginez Ian Curtis s'enjaillant chez Funkadelic, pour le dire vite. ACR a traversé les années avec une classe folle. C'est un petit morceau d'Histoire secrète qui foule la scène.

© DR

© Jarle H. Moe

Lille, 28.11, L'Aéronef, 18 h 30, 19 > 5 €, www.aeronef.fr

10CC

THE HUMAN LEAGUE

10cc ne fut jamais vraiment pris au sérieux. Trop "commercial", vendeur, "bubblegum", trop… doué ? Car ce groupe, c'est avant tout l'histoire de virtuoses avérés et de songwriters hors pair – il y eut évidemment I'm Not In Love. Et une palanquée de morceaux donnés à d'autres (No Milk Today, au hasard). Mais voilà : post-modernes avant l'heure, ces Anglais égarèrent leur monde en jouant avec les codes et les styles – oui, comme Sparks, c'est vrai. 10cc, ou l'histoire d'un groupe trop… inclassable.

Né au début des années 1980 à Sheffield, bassin industriel en décomposition (comme Cabaret Voltaire ou Pulp), The Human League incarnait cette frange de la jeunesse britannique marquée par les idéaux, le savoir-faire punk-rock (éloge de la débrouille) et l’amour des synthétiseurs popularisés par Kraftwerk. En résultent des tubes tels Don’t You Want Me ou Human – une synthpop teintée de soul. Le groupe tient toujours la route et la scène, ses derniers albums étant réellement plaisants.

Louvain, 10.11, Het Depot, complet ! Ostende, 14.11, Kursaal, 20 h, 50 > 35 € Anvers, 18.11, De Roma, 20 h, 27 / 25 €

Anvers, 27 & 28.11, De Roma, 20 h 35 / 33 € // Bruxelles, 29.11, Ancienne Belgique, 20 h, 39 € musique – 33


© Gîran Broberg

THE HIVES

Rock en stock

On pourrait évoquer le revival rock du début des années 2000. Ce serait paresseux et surtout anachronique : The Hives n'a pas attendu la chute des Twin Towers pour décoller. Son garage rock hystérique a largement dépassé l'effet de mode pour imposer ses hymnes déglingués. Rappel des faits, à la veille d'une tournée passant par Lille et Anvers. Associés à un éphémère retour du rock et à tous ces groupes en "The", ils bénéficièrent d'un regain d'intérêt en 2001. Mais The Hives étaient là bien avant. Dès 1994, en fait. Soit sept ans avant Is This It des Strokes – une éternité donc. On se souvient avoir découvert leur nom en 1996, sur une compilation nommée Who Needs America ?, entouré de formations hardcore punk oubliées aujourd'hui. À peine majeurs (Barely Legal, annonçait leur premier album) nos Suédois possédaient déjà le sens du style, une élégance héritée des Sonics et un chanteur, Howlin'Pelle Almqvist, rejeton bâtard de Mick Jagger et Malcolm McDowell période Orange Mécanique (1971). Deux décades plus tard, la formule a évolué. Un peu. Façon AC/DC, Ramones ou Motörhead : un même sillon toujours creusé, enrichi çà et là de micro-variations – une collaboration avec Timbaland ici, un travail avec Josh Homme ailleurs. Et c'est toujours réussi. Quant à la scène, le cinq majeur y règne en maître, manie les foules comme personne et pousse loin, très loin le souci du détail : visez donc ces roadies et techniciens déguisés en… ninjas ! Rien que pour ça, lorsqu'on vient d'admirer un concert des Hives, le silence qui lui succède est encore des Hives. Thibaut Allemand Anvers, 15.11, De Roma, 20 h, 29 / 27 €, www.deroma.be Lille, 18.11, L'Aéronef, 20 h, 35 > 25 €, www.aeronef.fr musique – 34



© Jody Domingue Studios

BLACK PUMAS Toutes griffes dehors Leur premier album commençait par un roulement de caisse claire, tel un numéro d’acrobate. Et le spectacle, inauguré en 2019, tenait déjà toutes ses promesses. Aujourd'hui encore, les Black Pumas bondissent sur un fond soul vintage. Eric Burton, chanteur et Adrian Quesada, guitariste et producteur, libèrent une voix satinée et des bijoux d’arrangements. Avec pour filet de sécurité un demi-siècle d’orgues suaves et des chœurs insolents, le pari n’était peut-être pas si risqué. De fait, ce genre poussé en radio, servant d'innombrables réclames télévisées, a déjà ses défenseurs. Citons Lee Fields, Curtis Harding, St. Paul & The Broken Bones… – qui a dit "Ben l’Oncle Soul" ? Le plus périlleux dans cet exercice reste bien sûr de conférer à ces suppliques l’âme justifiant leur nom. À Austin, Texas, les Black Pumas ont indéniablement trouvé la recette secrète. Avec juste ce qu’il faut de rigueur et d’abandon : un show déjà vu mais follement adroit.

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Mathieu Dauchy

Bruxelles, 14.11, Ancienne Belgique, 20 h, complet ! Lille, 16.11, L'Aéronef, 20 h, 26 > 19 €, aeronef.fr musique – 36



© Dennis Morton

ERIKA DE CASIER Erika de Casier, c'est un peu le chaînon manquant entre le meilleur du Garage UK des années 1990 et le R'n'B des années 2000. Saluée par Dua Lipa, elle est une inconditionnelle de... Craig David. Dans son répertoire se bousculent aussi jazz, pop, hip-hop, trip-hop. Dès son trop discret premier album, la Danoise restituait toutes ses inspirations tel un hommage – d'où le nom, Essentials, qui résonnait ironiquement comme un best of. Elle revient cette année avec un deuxième disque, Sensational, plus intimiste et signé chez le label historique 4AD, pourtant pas spécialiste du genre – car Erika sait brouiller les pistes... mais surtout les enflammer. Z.V. Bruxelles, 17.11, Botanique, 19 h 30, 18,50 > 12,50 €, botanique.be

MYKKI BLANCO Quelle joie de rappeler que le hip-hop US ne se limite pas aux albums ni faits ni à faire de Kanye West ! Quel plaisir de suivre une scène plus confidentielle, mais autrement plus dynamique ! Volontiers pop et autrement plus passionnant, ce versant rap queer a pour hérauts Lil Nas X, Le1F, Zebra Katz et, donc, le Californien Mykki Blanco. Comme l'aurait sûrement clamé James Brown, « say it loud : I'm queer and I'm proud ! ». T.A. Bruxelles, 17.11, VK, 20 h, 16,50 / 15 €, vaartkapoen.be © David Swartz

musique – 38



NOM DE NOM !

© Hiroki Nishioka

Un bon blaze, c'est important dans une carrière – demandez donc à Trisomie 21. Mais pourquoi "les étrangleurs" ? « Parce que c’est un nom qui te reste en travers de la gorge comme un os de poulet », justifie le bassiste et chanteur JeanJacques Burnel. Simple, efficace.

© Wikimedia

DRÔLES DE ZIGUES Pas les derniers pour la gaudriole, nos Anglais pratiquent un humour plutôt noir et qui ne fait pas forcément l'unanimité. Philippe Manœuvre n'a par exemple pas trop goûté leur gag, un beau jour de 1979. « On enregistrait The Raven à Paris pour faire des économies d’impôts, raconte Jean-Jacques Burnel. Ce jeune reporter nous harcelait et j’ai accepté de lui accorder une interview. Je l’ai embarqué au premier étage de la tour Eiffel, lui ai baissé son froc et l’ai attaché à une poutrelle avec du gros scotch. Puis je l’ai planté là ». LOL.


MONTE LE SON The Stranglers, c'est un petit morceau du patrimoine musical anglais à eux seuls. Punk à ses débuts (No More Heroes), le groupe a évolué vers le post-punk, la new wave, la pop (le "tubesque" Always The Sun) bifurquant à l'occasion vers le reggae, la soul, le funk... Difficile à suivre ? Peut-être, mais ça ne lui a pas empêché de placer 23 morceaux dans le top 40 britannique.

LIGNE DE CRÊTE

© Sony Pictures

Hérauts de la vague punk puis new wave des années 1970 et 1980 (pour le dire vite), The Stranglers furent ces songwriters de génie à qui l'on doit l'inusable clavecin de Golden Brown ou le hit Always The Sun. Rugueux, féroce (tout simplement anglais), ce groupe mythique a traversé près d'un demi-siècle d'histoire, et la BO de la perfide Albion ne serait pas tout à fait la même sans lui. S'il ne reste plus grand-monde de la formation originale (le claviériste Dave Greenfield s'en est allé l'an passé), on peut toujours compter sur l'inamovible "frenchy" Jean-Jacques Burnel pour mettre le feu à Valenciennes, 29.11, Le Phénix, 20 h 30, 27 > 23 €, www.lephenix.fr la scène.

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KARATÉ KID

GIVE ME

Un petit conseil : ne cherchez pas de noises à Jean-Jacques Burnel. L'homme est un pratiquant assidu du karaté shidokan, dont il est 7e dan... et c'est aussi un ancien membre des Hells Angel.

Golden Brown Midnight Summer Dream The European Female Skin Deep Always the Sun

musique – 41


© DR

FEMI KUTI Être un "fils de" n'est jamais facile – demandez donc à Lulu Gainsbourg, histoire de rire un peu. Mais quand on s'appelle Femi Kuti, ça n'a pas l'air de poser problème. Il faut dire que, fiston de l'empereur de l'afrobeat, Femi a d'abord eu du mal avec cet héritage encombrant. Mais depuis, le Nigérian né à Londres le porte à bras-le-corps et avec fierté. Vindicatif, énervé, tout en brûlots politiques et scansions incandescentes, le chanteur et saxophoniste reprend peu ou prou les choses là où son père les avait laissées. Trente ans et une dizaine d'albums plus tard, son afrobeat voit rouge et chauffe l'Afrique noire à blanc. T.A. Tourcoing, 19.11, Le Grand Mix, 20 h, 19 > 6 €, www.legrandmix.com Louvain, 03.12, Het Depot, 20 h, 28 / 25 €, www.hetdepot.be

© Anka

CHILLY GONZALES Génial touche-à-tout, pianiste aventureux et pince-sans-rire planqué derrière un personnage d'aristocrate désargenté, Chilly Gonzales a bossé avec à peu près tout ce que la pop compte de pointures. Ici, dans l'écrin du Nouveau Siècle, le Canadien revisite sa fameuse trilogie Solo Piano et donnera une masterclass dont il a le secret, cette fois-ci consacrée aux chants de Noël – c'est de saison. Ou comment "apprendre en s'amusant", comme dirait l'autre. T.A. Lille, 20.11, Nouveau siècle, 19 h & 22 h, 33 / 27 €  www.onlille.com musique – 42



© N'kruma

© Nicolas Despis

VS

BENJAMIN EPPS LE CHAUD ET LE FROID

BEKAR

Ce sont deux des plus sérieux rookies du rap français. À notre gauche, Benjamin Epps, qui redonne ses lettres de noblesse au rap old school. Dans le coin droit, le Roubaisien Bekar, révélé avec un flow très technique est des textes ciselés. Verdict ? J.D.

Chacun sa route – Né au Gabon, Benjamin Epps a grandi dans les pas de son grand frère Cam, pionnier du rap en son pays, et un jour revenu de France les valises pleines de cassettes, de Time Bomb ou Secteur Ä... 0 Bekar est lui né à Madrid avant de débarquer au pays de Gradur, à Roubaix, à l'âge de sept ans. Il découvre le rap sur le tard et se prend une claque à l'écoute de Mauvais œil de Lunatic.

Style – Benjamin Epps fait honneur à un courant né à New-York à l'aube des années 1990 : le boom-bap (pensez Wu-Tang Clan). 0 Bekar brille par les assonances et allitérations débitées avec un flow mitraillette, dans les pas de Nekfeu. Lutte d'ego – Benjamin Epps excelle dans l'egotrip et les punchlines – « Mon album va frapper plus fort que la ceinture de mon père », assène-t-il sur Zidane en 2006 alors qu'il a ... dix ans ! 0 Les morceaux de Bekar sont plus nuancés et ouverts musicalement, laissant une grande place à l'introspection et la mélancolie.

Et maintenant ? – Benjamin Epps s'annonce déjà comme la relève. « Booba a sorti l'dernier album, ça y est maint'nant j'peux prendre le trône », clame-t-il sur Notorious – oui, ça va mal finir... 0 S'il n'a pas (encore) la même notoriété, Bekar a définitivement inscrit la scène nordiste sur la carte du rap français – et ce n'est pas rien. BENJAMIN EPPS BEKAR /

/ Amiens, 18.11, La Lune des Pirates, 20 h 30, 14 / 9 €, www.lalune.net

Lille, 20.11, Le Flow, 20 h, complet !

musique – 44



AYO

© Sophie Koella

Ayo ("joie" en yoruba), c’est d’abord le tube planétaire Down On My Knees (2006) marquant la jonction entre blues, soul, folk jazz et reggae. Après un virage pop-rock plus ou moins bien négocié, celle que l’on a souvent comparée à Tracy Chapman est revenue à ses premières amours, renouant avec ses succès d’antan. En témoigne son sixième album, Royal, empli de ces hymnes à la joie dont elle a le secret – comme cette reprise habitée de Né quelque part de Maxime Le Forestier ou le bien-nommé Beautiful. Z.V. Lille, 03.11, Le Splendid, 20 h, 34 €, www.le-splendid.com Béthune, 05.11, Théâtre municipal, 20 h 30, 34 > 17 € theatre-bethune.fr // Calais, 20.11, Centre Culturel Gérard Philipe, 23 > 16 €, www.spectacle-gtgp.calais.fr

et aussi… MER 03.11 AARON

Bruxelles, Ancienne Belgique, 19h, 34/33€ MIX MYSELF AND I SPÉCIAL PAN AFRICAN MUSIC

Lille, Le Flow, 20h, gratuit

JEU 04.11 AMADOU & MARIAM

Gand, Vooruit, 19h30, 30,75€ SYNAPSON

Lille, L'Aéronef, 20h, 26>19€

VEN 05.11 ICHON + MEYY

Bruxelles, Botanique, 19h30, 21,50>15,50€ OLDELAF

Hem, Zéphyr, 20h, 29,90€

SAM 06.11 SYMPHONIE FANTASTIQUE

Tourcoing, Théâtre municipal Raymond de Devos, 18h, 20>10€ COMPACT DISK DUMMIES + AILI

Bruges, Cactus Muziekcentrum, 20h30, 23>5€ OLDELAF

Aulnoy-lez-Valenciennes, Centre Culturel Les Nymphéas, 20h30, 16€

SEED.

Marcq-en-Barœul, Théâtre Charcot, 20h30, 21>12€

DIM 07.11 MADEMOISELLE K

Lille, L'Aéronef, 17h30, 22>14€ ALDEBERT : ENFANTILLAGES, CONCERT DESSINÉ

Lille, Théâtre Sébastopol, 15h & 19h, 37>20€

LUN 08.11 MADEMOISELLE K + LOU K

Bruxelles, Botanique, 19h30, 27,50>21,50€

BLICK BASSY + OSCAR LES VACANCES

Roubaix, La Piscine, 20h, 19/15€

MAR 09.11 THURSTON MOORE GROUP + JERUSALEM IN MY HEART (JIMH)

Lille, L'Aéronef, 20h, 26>19€

MER 10.11 OLIVIA RUIZ

Lille, Théâtre Sébastopol, 20h, 45>39€ THE ALCHEMIST

Lille, Le Flow, 20h, 15€ LOFOFORA

Arlon, L'Entrepôt, 20h30, 20/18€

SANSEVERINO

Lille, Le Splendid, 21h, 31€

VEN 12.11 CHAPELIER FOU ENSEMB7E

Tourcoing, Le Grand Mix, 20h, 15>6€ GRAND ROMANTISME

Lille, Nouveau Siècle, 20h, 55>6€ MAXIME LE FORESTIER

Lens, Le Colisée, 20h, 45>22,50€ BIRDS ON A WIRE

Oignies, Le Métaphone, 20h30, 16/13€

SAM 13.11 HK

Hem, Zéphyr, 19h30, 20€ PINK FLOYD SYMPHONIC SHOW

Roubaix, Le Colisée, 20h, 39>28€ PRUDENCE

Lille, L'Aéronef, 20h, 22>14€ SAGES COMME DES SAUVAGES

Calais, Centre Culturel Gérard Philipe, 20h30, 13€

DIM 14.11 MARC NAMMOUR & LOIC LANTOINE

Oignies, Métaphone, 17h30, 10/5€



© Eugenio Recuenco

IMANY Mannequin à New-York dans une première vie, Imany plaquait tout pour la musique suite à l’écoute de Talkin’ Bout a Revolution de Tracy Chapman. Guidée par ses influences soul et folk, la native de Martigues sortait dans la foulée son premier album et le titre phare You Will Never Know. En 2015, Don’t Be So Shy (remixé par les Russes Filatov et Karas) la propulsait au sommet des charts. Jamais là où on l’attend, Nadia Mladjao revisite cette fois l’histoire de la pop (de Donna Summer à Radiohead) avec huit violoncellistes, faisant plus que jamais jouer la corde sensible. Z.V. Lille, 21.11, Théâtre du Casino Barrière, 18 h , 49 / 37 € Bruxelles, 31.01.2022, Bozar, 20 h, 74 > 25 €, bozar.be

SHANNON WRIGHT + TROY VON BALTHAZAR

Tourcoing, Le Grand Mix, 18h, 14>6€

LUN 15.11 NUITS (VÉRONIQUE GENS, I GIARDINI)

Lille, Opéra, 18h, 23>5,50€ JEAN-LOUIS AUBERT

Lille, Le Zénith, 20h, 69>39€ OSEES + BRIGID DAWSON & THE MOTHER'S NETWORK

Lille, L'Aéronef, 20h, 26>19€

MAR 16.11 BIRDS ON A WIRE

Dunkerque, Le Bateau-Feu, 20h, 9€

VEN 19.11 LES BISKOTOS

Maubeuge, Le Manège, 19h, 9/4€ ABD AL MALIK

Lens, Le Colisée, 20h, 25>12,50€ CAMILLE ET JULIE BERTHOLLET

MER 17.11 ANGE - LES 50 ANS

Lille, Théâtre Sébastopol, 20h, 40>32€ MOZART & BEETHOVEN EN MAJESTÉ (ORCHESTRE NATIONAL DE LYON)

DIM 21.11 L’OISEAU DE FEU

Tourcoing, Théâtre municipal R. de Devos, 15h30, 20<10€

Bruxelles, Ancienne Belgique, 20h, 15€ J.E. SUNDE

Bruges, Cactus Muziekcentrum, 20h30, 11€>gratuit

VEN 26.11

GRAND CORPS MALADE

Lille, Le Zénith, 19h, 60>30€

MAR 23.11 OSEES

Gand, Vooruit, 19h30, 26,75>23,75€

BALTHAZAR

Anvers, Lotto Arena, 18h30, 40€ TROIS CAFÉS GOURMANDS

Hem, Zéphyr, 20h, 33€

SAM 27.11

DEE DEE BRIDGEWATER

Bruxelles, Bozar, 20h, 42>9€ VIAGRA BOYS

Lille, L'Aéronef, 20h, 19>11€

MER 24.11

LOUIS & JOSPEH CHEDID

Hem, Zéphyr, 20h, 30/25€

LOUIS CHEDID

PRIYA RAGU

Dunkerque, Les 4 Ecluses, 20h, 15/12€

TV PRIEST + THE PSYCHOTIC MONKS

KERY JAMES

Béthune, Le Poche, 20h, 12/10€

La Louvière, Central, 20h, 30/25€

KYLE EASTWOOD

JEU 18.11

FRUSTRATION + KAMARAD

MANSFIELD.TYA + NERLOV

Lille, Nouveau Siècle, 20h, 55>6€

Lille, L'Aéronef, 20h, 10>5€

Bruxelles, Botanique, 19h30, 19,50>13,50€

Hem, Zéphyr, 20h, 40/36€

LAAKE + YOLANDE BASHING

Marcq-en-Barœul, Théâtre Charcot, 20h30, 9>5€

OURS

Lens, Le Colisée, 20h, 25>12,50€ Béthune, Théâtre, 20h30, 34>17€

JEU 25.11 KEREN ANN

Bruxelles, Botanique, 19h30, 24,50>18,50€

GAUVAIN SERS

Hem, Zéphyr, 20h, 30€

DIM 28.11 IAM

Bruxelles, Ancienne Belgique, 20h, 39/38€

MAR 30.11 MICHEL JONASZ

Roubaix, Le Colisée, 20h30, 60>15€

musique – 48



Pharaon de Winter France Forêts (Vietnam / Because)

On l’attendait. À plus d’un titre. D’abord, parce que France Forêts est le successeur espéré d’un premier essai paru en 2015, qui fut le plus bel album de pop française de cette année-là. Ensuite, parce que ce disque tombe à pic au moment où le genre ronronne, entre retromania pépère, prétentions littéraires et écorchés en carton-pâte – on vous épargne la liste, on pourrait vexer Benjamin Biolay. Pas le genre de Maxime Chamoux, cœur et âme de Pharaon de Winter. Planent ici les ombres de JC Romand (le single avantcoureur L’habitacle), Jean-Pierre Treiber (qui orne la pochette) et… Xavier Dupont de Ligonnès, sur lequel Chamoux a enquêté pour le bimensuel Society. Un XDDL qui pourrait faire sienne la devise Fuge, Late, Tace (soit Fuis, Cache-toi, Tais-toi), titre conclusif et virevoltant. Pour le reste, armés de guitares, pianos délicats, basses rondes, cordes aériennes et d’une voix frêle, Chamoux et les siens déroulent leurs obsessions sans tomber dans le déballage d’états d’âme. Songwriter éclairé et honnête, de ceux qui citent leurs sources, admirateur de Sheller, Paddy McAloon et Véronique Sanson, Chamoux paie tribut au "leader" de XTC, le fragile Andy Partridge (Une Statue pour Nigel). Immense disque inclassable. Thibaut Allemand

Curtis Harding If Words Were Flowers (Anti-Records)

Sur ses deux premiers essais, le quadra d’Atlanta semblait cocher des cases : une sorte de Bingo 60’s-70’s parfaitement rempli, mais un peu vain, d’autant que de nombreux grands disques soul de ces décennies sacrées n’ont pas encore été percés à jour. Et puis le voilà qui débaroule avec un troisième album à mettre tout le monde d’accord – et par terre. Et ce, dès l’introduction semblant jaillie d’un chœur d’église. Au fil du chemin, on croise les ombres d’un autre Curtis (Mayfield) et les accents combatifs d’un Marvin Gaye. Mais cette fois, Harding ne donnera pas l’impression de rendre une copie proprette. Au contraire, la production, éminemment moderne, marie passé pas toujours simple et futur conditionnel. Jadis habile faiseur, le voici chanteur habité. Thibaut Allemand


Wayne Snow Figurine

Hayden Thorpe Moondust For My Diamond

(Roche Musique / I See Colors)

(Domino)

Avec Figurine, co-produit par Crayon et porté par le single Faceless, Wayne Snow déploie son groove sophistiqué. Nina, sa basse pointilliste directement branchée sur la moelle, ses nappes physiquement irrépressibles, a tout d’un tube. Le versant plus atmosphérique du disque s’épanouit dans la répétitivité suave de Number One, quand The Thrill (aux syncopes élastiques dignes de Prince) convainc par son bouillonnement créatif sans frontières. Aujourd’hui Berlinois, le Nigérian produit une soul contemporaine poreuse, nourrie de ses propres doutes – « Everyone seems so sure », regrette-t-il sur Relativity. Avec ses langueurs (Seventy) mais sans longueur, cette Figurine se laisse parfaitement définir par le titre de son ultime morceau : Magnetic. Rémi Boiteux

Le chanteur à la voix cristalline de Wild Beasts poursuit sa carrière solo. Sur ce deuxième album il compte plus que jamais sur des cordes vocales impeccables. Omniprésent sur ce Moondust For My Diamond, le chant céleste de Thorpe est délicatement déposé sur un matelas mélodique mince mais soyeux. On trouve en effet très (trop ?) peu de traces d’éléments organiques au fil des 12 titres de cet album, qui balance parfois dangereusement entre la playlist "yoga" et une expérience d’ASMR transcendentale. Le Britannique avance à pas feutrés en pays givré, croise concepts scientifiques et pataquès métaphysique, mais parvient à nous saisir lorsqu’il s’éloigne du minimalisme électronique (Metafeeling). Mathieu Dauchy

Jean-Louis Murat La Vraie vie de Buck John (Cinq7 / Wagram)

Après les audaces du faramineux chef-d’œuvre Travaux sur la N89 et du plus structuré Il Francese, Jean-Louis Murat s’était réfugié derrière les sonorités légères d’un Baby Love plus convenu. Si La Vraie vie de Buck John semble d’abord poursuivre cette voie gentiment synthétique, c’est un "trompe-l’oreille". Ses 12 chansons prolongent plutôt la veine roublarde d’Il Francese. Groovant et "blouseux", le son pervertit la charpente de ces morceaux – souvent courts, mais aux bifurcations inattendues. Étonnamment dansant, ce portrait du cow-boy cavalant dans les plaines du désarroi amoureux est aussi une réflexion sur le territoire (Traverser la France), autant géographique que musical. Et surtout un carton plein dans la discographie de l’Auvergnat. Rémi Boiteux disques – 51


FUP (L’OISEAU CANADÈCHE) Dessine-moi un roman Fondateurs des éditions Tishina, Jonathan Bay et Antoine Ullmann se sont lancé un défi bien précis : faire illustrer leurs romans "coups de cœur". Pas des simples adaptations graphiques, non, mais « une expérience de lecture réinventée » disent-ils, où les images se faufilent entre les lignes, pour surligner ici une émotion, là révéler un sous-texte... Après le très remarqué Des Souris et des hommes de Steinbeck, sublimé l'an passé par Rébecca Dautremer, le duo bibliophile a porté son dévolu sur Fup (L'Oiseau Canadèche) de Jim Dodge. Paru en 1983, ce classique de la littérature outreAtlantique (mais assez méconnu par chez nous) met en scène un improbable trio, au cœur de l'Ouest américain, au xxe siècle. Il y a là Jake, vieil homme un peu bourru se croyant immortel grâce à l'ingestion d'un whisky indien, son petit-fils Titou, orphelin à la carrure de géant passionné par la fabrication de clôtures et puis... un canard à l'appétit gargantuesque et au caractère bien trempé - le fameux oiseau Canadèche. Chacun tente de s'apprivoiser, et le goût des choses simples tutoie le réalisme magique, dessinant par petites touches une fable tendre et farfelue sur l'amitié.

La légèreté – Ce récit court mais dense, teinté d'humour et de poésie, est ici illustré par Tom Haugomat à qui l'on doit, entre autres, Hors-pistes, co-signé avec Maylis de Kerangal ou... la couverture de LM n° 99. Passé par l'école des Gobelins, le Parisien s'est révélé avec un style minimaliste et ses fameux personnages sans visage. Ce conteur d'histoire sans parole se glisse dans les interstices du texte, ses non-dits, le calme (apparent) de la nature pour y déposer de petites cases ou grands aplats aux couleurs vives, tous peints à la main, rendant grâce à la délicatesse de la plume de Dodge. Julien Damien Fup (L’Oiseau Canadèche), de Jim Dodge & Tom Haugomat (Tishina) 264 p., 27 €, www.editions-tishina.com

littérature – 52


Charlotte de Witte © Marie Wynants


Jean-Baptiste Thoret Michael Mann. Mirages du contemporain (Flammarion)

Il n’était pas évident qu’un spécialiste du cinéma américain des années 1970 se passionne pour Michael Mann, dont la popularité s’ancre dans la série emblématique des 80’s, Deux flics à Miami. Certes, on ne saurait réduire l’œuvre du réalisateur de Heat (1995) ou Collateral (2004) à un défilé de chemises bigarrées sur fond de coucher de soleil. Mais le projet de relecture critique du classicisme hollywoodien, jusqu’à l’explosion des codes, semblait tout de même éloigné de ce monde où se croisent flics et bandits, tous aimantés par un même sens aigu du professionnalisme. Mobilisant ses auteurs fétiches, les philosophes Jean Baudrillard et Fredric Jameson en tête, Jean-Baptiste Thoret suggère au contraire une continuité thématique avec la description d’un monde marqué par « la marchandisation générale, l’érosion du lien social, la perte de sens et de liberté liées à l’emprise des organisations bureaucratiques ». D’une grande précision, l’analyse formelle se traduit notamment par de belles pages sur le rapport de Mann à l’espace urbain, toujours plus abstrait. L’occasion de refaire le point sur celui qu’on prenait, un peu vite, pour un excellent technicien à l’imaginaire limité. 350 p., 35 €. Raphaël Nieuwjaer

Marie Vingtras Blizzard (Éditions de l’Olivier)

Pas besoin d’être né au pays de Jim Harrison pour oser le roman américain des grands espaces. La Française Marie Vingtras fait son entrée en littérature à travers la rude nature d’Alaska, un jour de tempête de neige. Un enfant s’est perdu dans le déchaînement des éléments. Bénédict, Bess et Cole se lancent à sa suite, tandis que le vieux Freeman, dont personne ne sait comment il a atterri sur ce bout de terre hostile, se barricade. Une course contre la montre s’engage, sous la forme d’un récit choral. Les différents "je" se superposent en dévoilant des destins accidentés, et l’on craint parfois de perdre le fil, comme nos pauvres ères progressant difficilement dans le blizzard. Mais l’autrice emboîte parfaitement les pièces de ce thriller polaire... sans avoir froid aux yeux. 192 p., 17 €. Marine Durand


Valentin Gendrot & Thierry Chavant Flic (Éditions Goutte d’Or)

P. Djèlí Clark Ring Shout

Début 2019, Valentin Gendrot infiltre l’institution policière en prenant l’uniforme contractuel. Il en tire un livre : Flic, très médiatisé du fait de son sujet (les violences policières) mais qui a soulevé des critiques sur les méthodes du journaliste. Avec Thierry Chavant, il adapte cette fois son enquête en BD. Les policiers du 19e arrondissement parisien y sont métamorphosés... en chats. Une façon de garantir l’anonymat des protagonistes tout en atténuant (un peu) la brutalité de certaines scènes. Si le message passe efficacement à travers cet autre format, les défauts restent les mêmes : manque de recul critique et ellipses regrettables, notamment sur la formation des policiers. Dommage, car la réalité décrite ici, glaçante, méritait mieux. 152 p., 24,95 €. Hugo Guyon

Un "Ring Shout", que l’on pourrait traduire par cercle de hurlement, de cri ou d’incantation, est un rituel religieux inventé par des esclaves et encore effectué par certains Afro-Américains chrétiens. Ring Shout est une œuvre fantastique qui prend place dans l’Amérique du début du xxe siècle, durant l’apogée du Ku Klux Klan. Certains membres du Klan ont muté en Ku Klux, soit littéralement des monstres blanchâtres assoiffés de sang. Dans ce récit, trois femmes noires se battent contre ces assassins et l’influence grandissante de leur pouvoir, alors qu’une catastrophe se prépare... En utilisant les codes de la fantasy urbaine, entremêlant Histoire, magie et horreur, Phenderson Djèlí Clark cerne avec originalité le contexte culturel d’une période tout aussi terrifiante. 176 p., 12,90 €. Hugo Guyon

(L’Atalante)

Emile Bravo Spirou, L’Espoir malgré tout, vol 3 (Dupuis) Troisième et avant-dernier volet des aventures de Spirou dans une Belgique occupée. Après Franquin et Tome & Janry, Bravo s’impose comme l’un des plus grands auteurs du héros rouquin. Sauf que lui ne le plonge pas dans la modernité. À la fois pas de côté et réinvention, cette saga joue avec des contraintes esthétiques et thématiques. On retrouve ici le style d’un Rob-Vel avec des planches aux couleurs soignées, une dominante de palette par double page, et un découpage strict : quatre cases par bande, quatre bandes par page. Thématiquement, Bravo développe l’origine possible du rapport de Spirou aux femmes, aux armes, n’oubliant pas ce catholicisme diffus qui imprégna les toutes premières aventures du groom, voici 83 ans. Éblouissant. 116 p., 17,50 €. Thibaut Allemand livres – 55


© D. Koskas

interview Propos recueillis par Grégory Marouzé

ELSA ZYLBERSTEIN & MÉLISSA DRIGEARD L'amour fou Tout sourit à Audrey et Jérôme. Mais le temps d’un week-end, ils partent chacun de leur côté avec leurs amants respectifs, et ont la même idée : aller dans leur maison de campagne. Tandis qu’ils s’expliquent, débarquent leurs enfants et toute la famille ! Le quatuor va devoir jouer la comédie pour sauver les apparences… Tel est le point de départ de Tout nous sourit, comédie où Elsa Zylberstein tient le premier rôle. Avant de la retrouver dans la peau de Simone Veil ou BigBug de Jean-Pierre Jeunet, rencontre avec une actrice en constate réinvention, et Mélissa Drigeard, réalisatrice inspirée.


Elsa, en quoi ce film vous a-t-il séduit ? Elsa Zylberstein : C’est rare de trouver des comédies avec tant d’humour et d’émotion. C’est une sorte de vaudeville moderne. Mélissa Drigeard s'intéresse ici au phénomène d'usure dans un couple. Tout souriait à Audrey et Jérôme mais ils ont tout perdu. Comment vontils se réconcilier ? Ils sont rattrapés par leurs démons. Les enfants et les parents ne sont pas ceux qu’ils croyaient... Pour la comédienne que je suis, c’est un feu d’artifice !

« C’EST UNE SORTE DE VAUDEVILLE MODERNE. » Comment l’idée de ce film est-elle née ? Mélissa Drigeard : Avec Vincent Juillet, mon coauteur, nous avions envie d’écrire sur la famille. Cela correspondait à un moment particulier de nos vies, surtout pour moi car j’allais devenir maman. Ayant beaucoup composé pour le théâtre on recherchait une situation typique du vaudeville mais où les masques tombent vite. Nos personnages sont un peu dysfonctionnels mais fonctionnent bien ensemble.

En effet, on perçoit un certain décalage... Mélissa Drigeard : Oui, parce qu'on n'a pas cherché à écrire une comédie. Vincent et moi aimons ces personnages. On passe un temps fou à les imaginer en toutes circonstances, supposer ce qu’ils mangent... Tout était très précis, du papier millimétré ! C’est effectivement devenu drôle, mais nous n’avons jamais essayé de faire rire, tout comme les acteurs, et c’est justement pour ça qu'ils sont si comiques. Tout nous sourit est une comédie qui s’assume totalement mais souligne des choses subtiles dans les rapports humains. Elsa, avez-vous aussi besoin de cette rigueur ? Elsa Zylberstein : Bien sûr ! C’est en ayant un cadre que l’on peut s’en échapper. Le film est très écrit. Il ne s’agissait pas de trahir le scénario mais de le transcender, d'emmener encore plus loin les personnages. Justement, qu’est-ce que votre personnage, Audrey, vous a permis d’explorer dans votre travail ? E. Zylberstein : J’ai adoré incarner cette femme en quête de frisson. Elle veut tromper son mari mais reste fragile.

écrans – 57


© D. Koskas

Il faut cultiver cette profondeur, sans chercher à faire rire à tout prix – sinon, on n’est jamais drôle. Face à ce désespoir absolu, comique parfois, Audrey ne sait plus qui elle est. Ce rôle m’a permis d’explorer l’imperfection et ma propre folie.

« IL NE FAUT PAS CHERCHER À FAIRE RIRE À TOUT PRIX. » On a l’impression depuis quelques films de découvrir d’autres facettes d’Elsa Zylberstein, notamment depuis Tout le monde debout de Franck Dubosc… Elsa Zylberstein : Je ne suis plus la même fille qu’il y a un, deux, ou dix ans. J’ai un champ d’action très

large, beaucoup de matos ! Après, ce sont les metteurs en scène qui le révèlent. Dans Mina Tannenbaum, mon personnage était déjà un peu fou ! Alors oui, peut-être que je ne m’autorisais pas à me libérer et, effectivement, Franck (ndlr: Dubosc) m’a beaucoup poussée, m’a donné confiance. J’ai progressé et me sens vachement plus forte maintenant.

Tout nous sourit De Mélissa Drigeard, avec Elsa Zyberstein, Stéphane de Groodt, Guy Marchand, Anne Benoit… En salle

/ La version longue de cette interview sur lm-magazine.com

À LIRE

écrans – 58


VOTRE PARTENAIRE EN DISTRIBUTION & AFFICHAGE CULTUREL BRUXELLOIS +32 (0)2 534 34 24 www.zoomoa.be


C'est magnifique ! © Claire Nicol / UGC, Cine Nomine, Orange studio

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ARRAS FILM FESTIVAL Les fières lumières À l'heure où le cinéma se remet doucement du Covid, l'Arras Film Festival signe son grand retour. On retrouve tous les fondamentaux d’un événement internationalement estimé : une centaine de films, dont la plupart en avant-première, une sélection tournée vers l'Europe de l’Est (notamment l'Ukraine), des invités prestigieux... et beaucoup d'humanité. Joli symbole : programmé en clôture de l'édition 2019, avant la crise sanitaire, c'est cette fois en ouverture que l'on retrouve Clovis Cornillac. Dans C'est magnifique !, sa première réalisation, il incarne un candide élevé à la montagne, mais devant affronter le monde pour retrouver ses parents... « C'est un film qui fait du bien », commente Eric Miot, jamais avare de clins d'œil à l'actualité. En témoigne ce focus sur... le film catastrophe. « Oui, on l’avait imaginé avant la crise, sans se douter qu’on en deviendrait les acteurs », sourit le délégué général du festival. Où l'on frissonnera devant quelques chefs-d'œuvre du genre ( « et sur grand écran ! »), comme La Tour infernale, sorti en 1974.

Un homme et une femme – Comme à l'accoutumée, de nombreux artistes ont répondu présent pour défendre une myriade d'avant-premières (80 !). Citons Fanny Ardant, magnifiée dans Les Jeunes amants de Carine Tardieu ou encore... Claude Lelouch. « Il fut président du jury il y a une dizaine d'années, mais on ne l'avait jamais reçu en tant qu'invité d'honneur. C'était le moment ou jamais ». En effet, à 83 ans le réalisateur iconique a annoncé ses adieux au septième art avec un 50e et ultime film, dévoilé ici en clôture – une comédie intitulée L'amour c'est mieux que la vie. « En même temps, il en parle comme du premier volet d'une trilogie », nous glisse Eric Miot. Dans ce cas, on lui dit à l'année prochaine ? Julien Damien Arras, 05 > 14.11, Grand’ Place, Mégarama et Casino une séance : 8 > 5 € • pass festival : 67 € (accès à toutes les séances) 10 séances : 45 € • 5 séances : 27,50 €, www.arrasfilmfestival.com

écrans – 61


Amour béton

Pour son premier film en noir et blanc, Jacques Audiard s'essaye à la comédie romantique. Loin des poncifs du genre, le réalisateur césarisé pour De battre mon cœur s'est arrêté ou Un prophète a choisi comme cadre les immeubles froids du quartier parisien des Olympiades, tout en célébrant le regard féminin. Elles se dressent en plein milieu du XIIIe arrondissement de Paris, formant un ensemble menaçant dans la ville de l’amour. Les Olympiades, ce sont des tours construites autour d’une gigantesque dalle, dans les années 1970. C’est dans ce contexte que Jacques Audiard situe son nouveau film, co-écrit avec Céline Sciamma et Léa Mysius. De fait, cette "rom-com" affiche clairement son point de vue féminin, contrebalançant une œuvre parfois jugée viriliste. L'histoire est adaptée de la BD Les Intrus de l'Américain Adrian Tomine. On suit ici les péripéties de trois filles et un garçon. Camille, jeune professeur au lycée, partage une colocation avec Emilie et une relation ambigüe, entre amour et amitié. Nora est une Bordelaise trentenaire débarquée à Paris pour reprendre des études. Sa vie devient un enfer lorsqu’on la confond avec une actrice porno... Un trait commun unit ces quatre personnages : le besoin de dépasser leur solitude. Outre l’interprétation, la force du film réside dans son utilisation du noir et blanc, soulignant le paysage architectural et les courbes des corps lors des scènes charnelles. La bande-son de Rone, mélange d’electro et de cold-wave, épouse parfaitement cet environnement brutaliste, d'où surgit une certaine douceur. Hugo Guyon De Jacques Audiard, avec Lucie Zhang, Noémie Merlant, Jehnny Beth, Makita Samba... Sortie le 03.11 écrans – 62

© Shanna Besson

LES OLYMPIADES



© Epicentre Films

LOIN DE VOUS J'AI GRANDI

La vie devant soi

En 2001, Marie Dumora filmait deux sœurs que leur placement à l'assistance publique allait séparer (Avec ou sans toi). Depuis, elle n'a cessé d'accompagner Sabrina et Belinda, formant une fresque familiale âpre et émouvante. Avec Loin de vous j'ai grandi, elle s'attache à Nicolas, le fils de Sabrina, au moment où celui-ci traverse l'adolescence. Il n'est pas nécessaire d'avoir vu tous les longs-métrages consacrés à la famille Muller pour être saisi par la beauté et l'ampleur de Loin de vous j'ai grandi. Celui-ci reprend toute l'histoire : le baptême de Nicolas, le placement en foyer, le mal de vivre de Sabrina et l'insondable tristesse de son père, dont les parents se sont rencontrés tout jeunes dans le camp de Vorbruck-Schirmeck, pendant la Seconde Guerre mondiale. L'enjeu n'est cependant pas de restituer le passé mais de faire place au présent, par-delà les déterminismes sociaux et historiques. Dans ce foyer, Nicolas a trouvé un lieu où s'épanouir. On le découvre lisant Homère et Jack London, écoutant Prokofiev. A-t-il été sauvé par la culture ? Ce serait un peu naïf. De rencontre en rencontre, il semble surtout avoir troqué la mélancolie d'un voyage impossible à son peuple sédentarisé, les Yéniches, pour les ivresses de l'imaginaire. Au milieu de la forêt vosgienne, là même où furent emprisonnés ses grands-parents, Nicolas s'est construit une cabane de mots. Les incertitudes n'ont pas disparu, la fatalité n’est pas complètement conjurée, mais le film se tient à l'endroit où tout est encore possible. Raphaël Nieuwjaer

Documentaire de Marie Dumora. Sortie le 17.11 écrans – 64



© The Jokers

ORANGES SANGUINES

Affreux, sales et méchants

Créateur de la compagnie théâtrale Les Chiens de Navarre, JeanChristophe Meurisse, signe ici son deuxième film. Oranges sanguines porte bien la marque de son auteur : drôle, caustique, irrévérencieux voire trash. Ses représentations de la France d’aujourd’hui sont implacables. Réservé à un public très averti ! Oranges sanguines fut présenté en séance de minuit lors du dernier Festival de Cannes. Voilà qui sied bien à ce film inconfortable. Cinq ans après Apnée, Jean-Christophe Meurisse ne s’est pas assagi. Jugez plutôt : au même moment en France, un couple de retraités surendettés tente de remporter un concours de rock, un ministre est soupçonné de fraude fiscale, une adolescente rencontre un détraqué sexuel. Toutes ces histoires vont s’entrechoquer pour le pire… Porté par des comédiens géniaux et souvent dans l’improvisation, le récit débute comme une gentille comédie décalée, avant que les situations ne dégénèrent. Meurisse dresse un portrait de notre Hexagone au vitriol. Les politiciens y sont faussement mielleux mais vraiment corrompus, les individus pervers se révèlent attachants et les jeunes filles adorables monstrueuses. On ne sait si l’on doit être amusé ou horrifié devant un tel jeu de massacre. Alors qu’Oranges sanguines avance inexorablement vers un final apocalyptique, il ne se départit jamais d’une poésie baroque. Quand Wonderful life de Black (repris par Smith et Burrows) clôt le film, on a beau ne plus avoir aucun espoir en ce fichu monde, on a tout de même envie d’y croire. Grégory Marouzé De Jean-Christophe Meurisse, avec Alexandre Steiger, Christophe Paou, Céline Fuhrer, Denis Podalydès, Blanche Gardin… Sortie le 17.11


Vincent et Sophie tiennent une petite boucherie de quartier. Leur affaire va aussi mal que leur couple et dégénère franchement lorsque Vincent tue accidentellement un vegan qui venait de vandaliser son commerce. Pour se débarrasser du corps, il décide de le découper. Sans le savoir, Sophie met en vente du "jambon de vegan"... qui connaît un succès fou ! Débute alors une chasse folle aux adeptes du végétalisme... Portée par un duo Eboué / Foïs efficace, cette comédie politiquement incorrecte fonctionne grâce à un rythme de gags effréné (où la "bien-pensance" en prend pour son grade) et une mise en scène soignée. Malgré tout, cette quatrième réalisation de Fabrice Eboué pèche par excès de caricature. Elle flirte parfois avec la stigmatisation gratuite, et nous laisse sur notre faim. Zoé Van Reckem

© Cinefrance Studios

De Fabrice Eboué, avec lui-même Marina Foïs, Virginie Hocq... En salle

© Warner Bros, photo Claire Folger

BARBAQUE

CRY MACHO Ancienne gloire du rodéo, Mike doit ramener au bercail le fils que son patron a eu avec une membre de la pègre mexicaine. Se libérant peu à peu de son prétexte poussif, Cry Macho s'épanouit dans un temps suspendu, où le vieillard et l'adolescent apprennent à se connaître. Le récit s'attache alors aux plaisirs les plus simples : le contact avec les animaux, un repas partagé avec une famille recomposée, une danse que deux solitaires n'espéraient plus. Dans ces moments, l'œil de Clint Eastwood est traversé par une lueur de joie peu commune dans son œuvre. Dépassant le mythe, le film émeut par ce qu'il montre de l'homme, son grand corps arachnéen, son visage soudain illuminé. Abandonnant ses postures viriles, l'Américain semble tranquillement cheminer vers la sainteté. Et c'est bouleversant. Raphaël Nieuwjaer De Clint Eastwood, avec lui-même, Dwight Yoakam, Daniel V. Graulau... Sortie le 10.11 écrans – 67


PERSPECTIVES Mémoire vive Inauguré en 2019 dans un ancien hôtel particulier, au cœur du Vieux-Lille, l'Institut pour la Photographie fermera ses portes en fin d'année pour « au moins deux ans », initiant une grande période de travaux. Pourtant, le site ne manque pas de perspectives. Jugez plutôt : parmi les dix accrochages de cette troisième programmation, on trouve trois séries emblématiques de la portraitiste Bettina Rheims (La Chapelle, Détenues et Rose c’est Paris) ou… la toute première exposition d’Agnès Varda. Vous avez dit immanquable ? arts visuels – 68


Vue d'exposition Détenues, Bettina Rheims © Julien Damien

arts visuels – 69


Agnès Varda, Sel, 1951 © Succession Agnès Varda — Collection Rosalie Varda

6 Difficile ne pas s'émouvoir devant ce film anonyme montrant une Agnès Varda de 26 ans qui se démène derrière cette lourde chambre à soufflet. Tout juste diplômée de son CAP de photographe, la jeune femme portraiture son entourage, ses voisins... Nous sommes en 1954, et l'Ixelloise installée depuis peu à Paris prépare son premier coup d'éclat : une exposition qu'elle présentera durant 15 jours dans la cour de sa maison, au 86 rue Daguerre. C'est cet accrochage que l'Institut pour la Photographie (IPP) restitue. On y découvre des tirages un peu marqués par le passage du temps, mais rendant déjà compte de la sensibilité de la pionnière de

la Nouvelle Vague. Des images teintées d'humour et d'étrangeté (telle la série Drôles de gueules, dessinant des visages dans des objets du quotidien) et, bien sûr, les fameuses pommes de terre en forme de cœur. Sans doute n'eston pas au bout de nos surprises, car les ayants droit d'Agnès Varda ont déposé (pour une période de 12 ans) près de 40 000 négatifs et planches-contacts à l'IPP, dont certains « retrouvés dans des boîtes, des cartons entourés de tissu », témoigne sa fille Rosalie.

Usine humaine Jean-Louis Schoellkopf a lui aussi confié son œuvre à Lille, et ce dépôt ne manque pas de sens : depuis


plus de 50 ans le documentariste « militant » s'intéresse à la fin de l’ère industrielle et à la culture ouvrière, souvent à travers des portraits « car ce n'est pas le travail que je saisis, mais la trace qu'il laisse sur les gens », confie-t-il. Une approche sensible, incarnée par exemple par ses clichés de bouquets. « Mon voisin, un ancien mineur de 80 ans, en composait à ma compagne avec les fleurs de son jardin.... Ce geste est parfaitement représentatif de la tradition ouvrière, c'est de la chaleur humaine à l'état pure ».

Au-delà du réel La température monte encore à l'étage, avec les trois expositions consacrées à Bettina Rheims. Elle y dévoile une installation immersive, soit une pièce recouverte de ses photos de stars pris dans les années 1990 à Los Angeles, mais aussi des portraits de détenues. Au passage, on ne manquera pas cette visite en réalité virtuelle de son studio, que la photographe vient de quitter. En enfilant un casque, on déambule dans ce vaste appartement tout en écoutant des anecdotes de l’artiste. Il s'agit-là de conserver la trace d'un lieu de création unique. « Rendre les archives vivantes, c'est aussi en fabriquer de nouvelles », soutient Anne Lacoste, la directrice de l'IPP. Ou comment tisser passé et futur, pour mieux parler d'aujourd'hui. Julien Damien

Agnès Varda, Mardi gras, 1953, Paris © Succession Agnès Varda, Coll. R. Varda

Jean-Louis Schoellkopf, La Ricamarie,, Mineurs, 193 © Jean-Louis Schoellkopf

Lille, jusqu'au 05.12, Institut pour la Photographie mer > dim : 11 h–19 h • jeu : 11 h-21 h, gratuit, institut-photo.com arts visuels – 71


interview Propos recueillis par Julien Damien

BETTINA RHEIMS Photosensible C'est l'une des plus grandes photographes de notre époque. Depuis la fin des années 1970 et une mémorable série sur les strip-teaseuses, Bettina Rheims célèbre les femmes à travers des images où la provocation le dispute au glamour. De Madonna à Catherine Deneuve, en passant par Kate Moss (qu'elle a révélée), l'artiste est connue pour ses nus et ses portraits de stars. Pourtant, son travail est bien plus vaste. En témoigne le parcours que lui consacre l'Institut pour la Photographie de Lille, auquel elle vient de confier l'ensemble de son œuvre (soit 230 000 pièces). Entretien.

Autoportrait en Alaïa, Paris, février 1989 © Bettina Rheims

Vue d'exposition, La Chapelle, Bettina Rheims © Julien Damien


Pourquoi vous intéressez-vous tant à la féminité, aux corps des femmes ? Ce n'est pas le corps des femmes qui m'intéresse mais ce qu'il y a dans leur tête. C'est mon sujet, j'ai toujours photographié des femmes, peut-être parce que j'en suis une. Ça m'a aussi permis de comprendre des choses sur moi-même. Célèbres ou anonymes, toutes celles qui sont passées devant mon objectif sont mes sœurs.

« JE CÉLÈBRE LA FORCE ET LA FRAGILITÉ DES FEMMES. » Peut-on parler de féminisme ? Je ne me suis jamais considérée comme telle. Par contre mon travail l'est, parce qu'il célèbre à la fois la force et la fragilité des femmes, il est tout à leur gloire. J'ai montré des êtres libres et émancipés partout dans le monde, parfois dans des pays difficiles. Grâce à mon travail, certaines ont peut-être mesuré leur importance dans la société. Pouvez-vous nous parler de La Chapelle, cette installation immersive présentée à l'Institut pour la Photographie ? La chapelle est un endroit où par essence on se recueille. Il y a de la joie ici, de la provocation, du sexe et beaucoup de plaisir. Dans cette pièce, nous sommes entourés d'icônes, Madonna occupe le

sol et Kylie Minogue nous regarde depuis le plafond, en plans très larges. Ces photos sont le fruit de commandes datant des années 1990 à Los Angeles. Ce fut une période importante pour vous, n'est-ce pas ? Oui, c'était une époque formidable où régnait une vraie créativité, dans la mode, la musique... Les artistes ne copiaient pas les années 1960 ou 1970, on n'était pas dans l'hommage permanent, on inventait... Voilà, je parle comme une vieille conne (rires) ! Mais c'est effectivement l'une des périodes les plus joyeuses de ma vie. J'étais aux États-Unis où il y avait de l'argent pour travailler. On pouvait repeindre un immeuble en rose si l'envie nous en prenait ! Et les célébrités vous donnaient des choses désormais impossibles à obtenir. Pourquoi ? Depuis, ces vedettes ont cédé à des marques qui contrôlent leur image. Tout est aujourd'hui contraint, soumis à une situation de censure absurde. Aux États-Unis, on décroche des tableaux de Gauguin parce que les Tahitiennes sont nues... Voyant la situation se dégrader, j'ai arrêté de m'intéresser aux stars, car ce n'est pas mon affaire de photographier une fille avec un sac sur la tête. Je ne cherche pas à obtenir seulement une bonne photo mais à fabriquer une icône.

arts visuels – 73


Bettina Rheims Série Pourquoi m'as-tu abandonnée ? Madonna lying on the floor of the red room I New York, 1994 © Bettina Rheims

photographes et on était censées livrer un travail "féminin" : joli, avec des filtres, des voilages... et moi je suis arrivée là dedans avec mes gros sabots ! Quand je démarchais une agence, si Helmut Newton ou Jeanloup Sieff étaient sur le coup ils raflaient systématiquement la mise. Aujourd'hui, tout cela a changé, il y a beaucoup plus de femmes.

« JE VEUX LUTTER CONTRE LA PUDIBONDERIE. »

Pouvez-vous alors nous parler de la série Détenues, ces portraits de femmes en prison ? Je ne photographie pas différemment une star ou une fille rencontrée dans la rue. Avec les détenues, il y avait un devoir de délicatesse en plus. Parfois, j'y vais un peu fort avec mes modèles, je peux être un peu brutale, en quête de réactions violentes. Là, non, je menais un travail tout en douceur, plus silencieux. Il fallait leur donner confiance. Sur ce tabouret où je les avais assises, je voulais leur rendre, avec mes petits moyens, un peu de l'estime de soi perdu en prison. Comment jugez-vous l'évolution de votre métier ? Quand j'ai commencé à la fin des années 1970, on était cinq femmes À LIRE

Est-ce important pour vous de témoigner de votre parcours à une époque où l'image est partout ? L'image "censurée", "contrainte" est partout. Je veux me battre contre ça. Il n'y a jamais eu autant de pornographie et, dans le même temps, Instagram est pudibond. Cette société est hypocrite... Enfin, vous initiez une relation très forte avec l'Institut pour la Photographie... Oui, je lui ai tout donné. Tirages, négatifs, documents... C'était le bon moment, et c'est important de le faire de son vivant. Aujourd'hui, c'est la transmission qui m'intéresse, surtout auprès des jeunes qui travaillent avec leur téléphone portable. D'ailleurs, j'ai envie de vivre un peu sans mon appareil, je rêve d'une vie plus contemplative.

/ La version longue de cette interview sur lm-magazine.com


Bettina Rheims, Joyau de l’art gothique, Rose c’est Paris, 2010 © Bettina Rheims

arts visuels – 75


Fernando Botero Danseuse à la barre, 2001 Huile sur toile, 164 x 116 cm Collection privée © Fernando Botero


FERNANDO BOTERO À fond la forme Ses personnages aux formes rondes ont fait le tour du globe… Enfin, presque, car jamais Fernando Botero n’avait bénéficié d’une rétrospective en Belgique. C’est désormais le cas. À Mons, le BAM révèle une œuvre singulière, aux couleurs vives, bien plus complexe qu’il n’y paraît. Ce parcours réunit 130 pièces (dont certaines jamais vues en Europe) et aborde les thèmes chers à l’artiste, comme les natures mortes ou les nus, soit autant de peintures et sculptures nous invitant à déformer notre propre regard sur le monde.

Il fut un temps pas si lointain où la minceur était synonyme de beauté, mais Fernando Botero s’est toujours fichu de cette mode comme d’une guigne. Pour le Colombien, « la sensualité de l'art réside dans l'exaltation du volume ». Ne cherchez donc pas ici les angles ou les lignes effilées.

« LA SENSUALITÉ DE L'ART RÉSIDE DANS L'EXALTATION DU VOLUME. » Depuis près de 70 ans, ce peintre et sculpteur représente le monde de façon voluptueuse, que ce soient les hommes, les femmes, les animaux, les paysages ou les natures mortes. « Il applique cette déformation à tous les sujets. Ses œuvres sont facilement reconnaissables », sourit Cecilia Braschi, © Zoé Van Reckem

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Sculpture ibérique tête masculine ; volée par Géry Piéret en 1907. 3e siècle avant J.-C. Calcaire 20 x 17,5 x 13 cm Paris, musée du Louvre, département des Antiquités orientales © RMN-Grand Palais (musée d'Archéologie nationale) / Franck Raux

Fernando Botero, Les Danseurs, 2002 Pastel sur papier, 142 x 118, Collection privée © Fernando Botero


Fernando Botero, L’apothéose de Ramón Hoyos, 1959 Huile sur toile, 172 x 314 cm, Collection privée, © Fernando Botero

la commissaire de cette rétrospective dont l’enjeu est d’aller "au-delà des formes", pour en reprendre le titre.

« BOTERO DÉCLOISONNE LES HIÉRARCHIES. » « Il s’agit de montrer que cette démarche est le fruit d’une longue observation de l’histoire de l’art ».

Une icône pop La première section révèle ainsi toutes les références ingurgitées par le Sud-Américain : le muralisme mexicain, l’art précolombien mais aussi l’artisanat local ou la Renaissance italienne… Botero est bien plus qu’un "artiste-qui-peintdes-gens-en-gros", « il réalise le

syncrétisme parfait entre l’art populaire et la culture dite "savante". Il décloisonne les hiérarchies ». C’est ainsi le cas dans cette représentation de cycliste, héros populaire par excellence en Colombie, traité ici comme les peintres de la Renaissance le feraient d’une icône religieuse. On le constate en déambulant dans les salles du BAM, garnies de toiles très imposantes : le Colombien est avant tout un artiste généreux, descendant l’art de son piédestal pour l’offrir au peuple. Son passage à la sculpture est motivé par cette même volonté de démocratisation, souligne Xavier Roland, le directeur du BAM. « Il veut donner plus de son art aux gens, qu’ils puissent tourner autour ou même

arts visuels – 79


toucher ses créations », à l’instar de l’immense statue trônant en face de la Grand-Place de Mons.

Échelle de valeurs Fernando Botero, c’est également un paradoxe : « il est très connu du grand public mais nié par les critiques, les directeurs de musées et les commissaires, car il n'observe pas les codes de l'art moderne du xxe siècle ». Pourtant, son travail ne manque pas de subtilité. « Il est souvent dit que c’est le peintre du gigantisme, mais il serait plutôt miniaturiste, tant l'attention portée aux détails, aux petits éléments constituant ses compostions, est grande », analyse Cecilia Braschi. L’homme joue avec les échelles comme peu d'autres. En témoigne cette grosse poire juteuse occupant

la totalité du tableau, et dont l’effet de monumentalité est rendu par la présence d’un tout petit vers, grignotant doucement le fruit, nous signifiant au passage : oui, la vie est belle et juteuse, mais la mort guette toujours… Si son œuvre est souvent synonyme de joie, drôle et haute en couleurs, Botero ne se départit jamais d’une douce ironie, voire d’une violente critique. Par exemple lorsqu’il dénonce avec les mêmes rondeurs les tortures infligées par l’armée américaine aux détenus de la prison irakienne d’Abou Ghraib, entre 2003 et 2004 – oui, c'est gonflé. Julien Damien Mons, jusqu’au 30.01.2022, BAM mar > dim : 10 h-18 h, 9 / 6 € (gratuit -6 ans) www.bam.mons.be / Œuvres commentées sur lm-magazine.com

À LIRE

Fernando Botero, Abu Ghraib numéro 44 triptyque, 2005, Huile sur toile, 109 x 104 cm (chaque partie) University of California, Berkeley Art Museum and Pacific Film Archive © Fernando Botero



Paul Klee, Abendliche Figur (Figure du soir), 1935, 53, aquarelle sur papier, 48 x 31 cm. LaM, Musée d'art moderne, d'art contemporain et d'art brut de Lille Métropole. Photo : Philip Bernard


Paul Klee, Zweifrucht-Landschaft II (Paysage aux deux fruits II), 1935, 49. Gouache sur papier. 13 x 33 cm. Collection particulière. Photo : DR Laure

PAUL KLEE

À contre-courant

Né en Suisse en 1879, d'origine allemande, Paul Klee demeure un artiste majeur du xxe siècle, mais également une énigme. Figure de l'abstraction, sans jamais s'en revendiquer, adulé par les surréalistes, enseignant au Bauhaus, violoniste émérite à ses heures perdues... le peintre est aussi célèbre qu'insaisissable. À Villeneuve d'Ascq, le LaM lui consacre une première exposition sous forme d'enquête, auscultant sa recherche de l'origine de l'art... « Il serait vain de tenter d'en livrer une vision unique, il y a 1 001 Paul Klee », débute Sébastien Delot. Si elle est marquée par une utilisation virtuose de la couleur (en lien avec la musique), du dessin et de la

peinture, mais aussi divers symboles figuratifs, « on ne saurait caractériser une œuvre de Paul Klee. C'est une surprise permanente », s'enthousiasme le directeur du LaM. Ce « mégacréateur » en constante

arts visuels – 83


Paul Klee, 17 Gewürze (17 épices), 1932, 69. Peinture à l'eau, peinture à l'huile(?) et encre sur tissu contrecollé sur carton. 47,3 x 56,9 cm. LaM, Musée d'art moderne, d'art contemporain et d'art brut de Lille Métropole. Photo: Philip Bernard

réinvention s'est en effet fixé un objectif précis : « plonger aux origines de l’art, aux racines profondes de la création, comme s'il en existait une source invisible ». Comment ? C'est tout l'objet de ce parcours.

En marge ! Pour comprendre sa démarche, il faut d'abord situer le contexte historique. Nous sommes entre la fin du xixe et le début du xxe siècle. « C'est une époque de grands bouleversements, avec l'émergence des États-Unis, l'effondrement des grands empires..., résume Sébastien Delot. Ces soubresauts se traduiront

par deux guerres mondiales. Dans cette société en ébullition, il lui faut trouver un autre langage ». Paul Klee cherche donc à se distinguer du classicisme qu'il a appris à l'Académie des beaux-arts de Munich.

« IL CHERCHE UN AUTRE LANGAGE. » « Il est assez déconcerté par cet art mimétique qui, pour lui n'est qu'une éternelle répétition plus du tout adaptée à son temps », soutient Jeanne-Bathilde Lacourt, l'une des commissaires. Le peintre fréquentera


ainsi nombre de courants avantgardistes, du Cavalier Bleu au surréalisme, mais puisera surtout son inspiration dans les marges.

Portrait caché Mu par cette quête d'absolu, Paul Klee est fasciné par les premières découvertes préhistoriques, mais aussi l'art asilaire, l'art extra-occidental et... les dessins d'enfants, « ce moment où notre regard n'est pas pollué par le monde des adultes et leurs a priori ».

« PLONGER AUX ORIGINES DE L’ART. » Quatre grands thèmes donc, pour autant de chapitres composant cette exposition. Très didactique, à la façon d'une enquête, chaque section du parcours est occupée par un îlot central où sont dévoilées les archives issues de la collection personnelle du maître. Tout autour sont accrochées plus de 120 œuvres. Parmi elles, citons ce Paysage avec deux fruits II, caractéristique de l'ambivalence de Klee. « Cela ressemble à un paysage, mais en regardant de plus près ces deux fruits noirs, on distingue alors des yeux qui transforment la toile en visage ». Bienvenue dans un "entre-mondes" aux 1 001 surprises. Julien Damien

Paul Klee, Puppen theater (Théâtre de poupées), 1923, 21. Aquarelle sur papier préparé sur carton ; 52 x 37,6 cm. Zentrum Paul Klee, Berne. Photo : Zentrum Paul Klee, Bern, Image Archive

PAUL KLEE, ENTRE-MONDES

Villeneuve d'Ascq, 19.11 > 27.02.2022 LaM, mar > dim : 10 h-18 h 10 / 7 € (gratuit -12 ans), www.musee-lam.fr À LIRE AUSSI / L'interview de Sébastien Delot et de Jeanne-Bathilde Lacourt sur lm-magazine.com

Paul Klee, Erd-Hexen (Sorcières de la terre), 1938, 108. Huile et aquarelle sur papier sur carton ; 48,5 x 31,2 cm. Donation Livia Klee, Zentrum Paul Klee, Berne. Photo : Zentrum Paul Klee, Bern, Image Archive


André Kertész. St-Germain-des-Près, Paris, vers 1933. Sélection de 2 prises de vues d’après bandes négatives originales 35 mm numérisées. © Donation André Kertész, Ministère de la Culture, Médiathèque de l’architecture et du patrimoine, diff. RMN-GP


ANDRÉ KERTÉSZ ET BERNARD PLOSSU

La photographie en mouvement Le Musée de la photographie de Charleroi rapproche André Kertész et Bernard Plossu. Ce double accrochage révèle, d’un côté, le passage du célèbre Hongrois au Leica et les bouleversements qui en découlèrent, et de l’autre la passion du Français pour la Belgique. Internationalement reconnu pour ses images en noir et blanc (mais pas seulement), ce « voyageur-migrateur » comme il se nomme a arpenté le plat pays dès les années 1970, lui offrant un relief inédit. L’apport d'André Kertész (1894 -1985) dans l’histoire de la photographie est immense, et nombre d'icônes lui ont rendu hommage – Henri Cartier-Bresson en tête. Cette exposition apporte un nouvel éclairage sur le rôle déterminant qu’il a joué, notamment sur l’usage de l’appareil portatif qui, au xxe siècle, révolutionna la discipline. Le parcours focalise en effet sur la période durant laquelle il découvre le premier Leica, sorti en 1924. Celui-ci se distingue par un format compact, autrement plus maniable à la prise de vue qu’une chambre photographique encombrante. Sans oublier la révolution de la visée télémétrique qui facilite le réglage de la

mise au point et la clarté des cadrages. Grâce à une reconstitution minutieuse de 360 pellicules récupérées en fragments, on constate qu’avec le Leica, Kertész, plutôt introverti de nature, ose cadrer de près et à la volée. Notamment une femme dans un café de Saint-Germain-des-Près. De même pour ces nombreuses scènes immortalisées dans la rue ou des jardins publics, véritables prémices de la street photography.

Voyage voyage Né en 1945, Bernard Plossu s’inscrit pleinement dans la lignée du Kertész période Leica. Inconditionnel du 50 mm, il s’est imposé

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Bernard Plossu. Ostende, 2004. © Bernard Plossu

comme le chantre de la photographie en mouvement. Depuis 60 ans, il parcourt le monde et traverse régulièrement la Belgique.

« J’AI APPRIS À CADRER EN LISANT LES BD DE LA LIGNE CLAIRE ET JE ME SENS TRÈS BELGE ». Bernard Plossu Pour retrouver des amis, exposer et évidemment prendre des photos. En voiture, à pied, en train, il nous emmène à Charleroi, Bruxelles, Anvers, Liège, Ostende… en noir et blanc et en couleurs (superbes

tirages au charbon Fresson). Il saisit ainsi le coin d’une table dans un café, une vitrine de magasin, des visages dans la rue, les reflets d’une chaussée humide… Des scènes du quotidien a priori anecdotiques mais emplies de poésie. « J’ai appris à cadrer en lisant les BD de la ligne claire et je me sens très belge », confesse le Français. Plossu offre une vision fulgurante du soi-disant plat pays, ouverte au hasard des rencontres, bousculée par les soubresauts du transport, un peu granuleuse mais toujours sublime. François Lecocq

ANDRÉ KERTÉSZ. MARCHER DANS L’IMAGE PLOSSU. LA BELGIQUE L’AIR DE RIEN

harleroi, jusqu’au 16.01.2022, Musée de la Photographie C mar > dim : 10 h-18 h, 7 > 4 € (gratuit -12 ans), museephoto.be arts visuels – 88




< Autoportrait, Benidorm, Spain, 1997 © Martin Parr/Magnum Photos

Dorset, England, GB, 1996 © Martin Parr/Magnum Photos

MARTIN PARR Bons baisers d’absurdie À quoi reconnaît-on une photo de Martin Parr ? À ses couleurs criardes, son ironie mordante, son regard sans concession sur notre société globalisée ? Un peu de tout ça, sans doute. Et parce qu’on ne se lasse jamais des clichés espiègles du Britannique, on file admirer sa rétrospective à Bruxelles. Petit rappel biographique : Martin Parr est né en 1952 dans le Surrey, a rejoint en 1994 la célèbre agence Magnum, a commis un autoportrait dans chaque pays où il a voyagé… Et c’est à peu près tout ce qu’il faut savoir pour apprécier les 400 images réunies au Hangar. Hors de tout courant artistique, le photoreporter braque depuis 40 ans son objectif sur ses contemporains avec une esthétique revendiquée de la photo amateur, et un goût pour les gros plans peu flatteurs.

arts visuels – 91


Parr a aussi ses marottes : le tourisme de masse, les loisirs des classes populaires ou les petites manies de ses compatriotes. Ainsi, dès 1982, il étudie l’obsession britannique pour la météorologie dans Bad Weather, une ribambelle de tirages en noir et blanc montrant averses, bruine, tempête de neige. « J’aimais cette idée de ne photographier que par mauvais temps, comme une manière de subvertir les règles traditionnelles », dira-t-il.

Le choc des cultures – Parmi les 15 séries exposées, plusieurs ont acquis une notoriété planétaire. The Last Resort (1985) sur la petite station balnéaire en déclin de New Brighton, Common Sense (1999), miroir cruel de la société de consommation, Knokke-Le-Zoute (2000-2001), qui moque cette ville de la côte belge devenue un temple du snobisme. Parrathon est l’occasion d’en découvrir d’autres moins célèbres, comme Mexico (2006), sur la confrontation entre la culture mexicaine vernaculaire et celle des marques et icônes américaines – accompagnée de sauce piquante, évidemment. Marine Durand PARRATHON

Bruxelles, jusqu’au 18.12, Hangar, mar > sam : 12 h-18 h, 7 / 5 € (gratuit -13 ans), hangar.art

New Brighton, England, GB, 1985 © Martin Parr/Magnum Photos



COSMOS

29 juillet 89, 1989, Huile sur toile, 60 × 60 cm © Léon Wuidar

LÉON WUIDAR Représentant discret de l'abstraction géométrique belge, le Liégeois Léon Wuidar est honoré d'une première rétrospective sur ses terres. Intitulé À perte de vue, ce parcours rassemble des tableaux, collages ou dessins réalisés de 1962 à nos jours. Ces créations se distinguent de la froideur parfois attribuée au genre par un jeu poétique entre les lignes et les couleurs, mais aussi les lettres, les mots ou parfois des éléments figuratifs (comme la cime d'un sapin ou... le nez rouge d'un clown). Au MACS, on découvre ainsi une œuvre ludique et teintée de surréalisme, à l'image de son clin d'œil à la fameuse pipe de Magritte. Entre harmonie et précision du trait, les compositions du désormais octogénaire évoquent des jeux de construction comme l'architecture – et nous en mettent plein la vue. J.D. Hornu, jusqu'au 30.01.2022, MACS mar > dim : 10 -18 h, 10 > 2 € (gratuit -6ans) www.mac-s.be

Depuis ses premiers jours, l'humanité n'a cessé de scruter la nuit étoilée en quête de réponses. D'où venonsnous ? Sommes-nous seuls dans cette immensité noire ? Source infinie d'interrogations et d'émerveillement, le cosmos inspire les artistes de tous horizons, mais aussi les designers. C'est tout l'objet de cette exposition organisée en quatre parties (des plus petites particules à l'immensité des galaxies) rassemblant des créations d'une indéniable virtuosité technique et poétique. C'est ainsi le cas des lampes de Constance Guisset conçues dans un matériau évoquant une roche extraterrestre. Ou encore l'installation olfactive Sea of ​​Tranquility (co-signée par le parfumeur Barnabé Fillion et Unfold), qui nous emmène sur la Lune pour en sentir les effluves... Parés pour le décollage ? J.D. Hornu, jusqu'au 27.02.2022, Centre d'innovation et de design, mar > dim : 10 h-18 h, 10 > 2 € (gratuit -6 ans), www.cidgrand-hornu.be

CID Grand-Hornu Cosmos C3, Unfold, Sea of Tranquility © Unfold

arts visuels – 94



William S. Horton, Enfants sur la plage - Jeux d’eau, ca. 1914, collection particulière © Xavier Nicostrate

Chester Hayes, Dunes ou Le Croc, 1932, collection Musée du Touquet-Paris-Plage © Xavier Nicostrate

LUMIÈRE D'OPALE À la fin du xixe siècle, nombre d'artistes sont contraints de quitter Paris par manque de moyens et gagnent les régions. Parmi ces points de chute il y a la Bretagne, qui formera la célèbre école de Pont-Aven, mais aussi la Côte d'Opale. Ce qu'on appellera "la colonie d'Étaples" regroupe des peintres français comme Henri Le Sidaner et Eugène Chigot ou encore des Anglo-Saxons – citons Lee Hankey, Hodge. Tous trouvent l'inspiration au fil des longues plages du nord et de leurs dunes, la verdure de l'arrière-pays et les activités portuaires d'Étaples. Cette exposition rassemble quelque 70 œuvres de cette période trop méconnue, mais dorée. Z.V. Le Touquet, jusqu'au 22.05.2022, Musée du Touquet-Paris-Plage mer > lun : 14 h-18 h, 3,50 / 2 € (gratuit -18 ans), www.letouquet-musee.com

24H SIlence (157, 282 min, 1440 min), 2020, Coll. Famille Servais © Brognon Rollin

BROGNON-ROLLIN Le réel existe-t-il en dehors de ses représentations ? Né il y a près de 15 ans, le duo composé de David Brognon et Stéphanie Rollin produit une œuvre protéiforme, située quelque part entre Philip K. Dick et Borges. Parmi cette quarantaine de pièces, on trouve notamment Yamina. Conçue spécialement pour le BPS22, celle-ci reproduit la ligne de cœur nichée dans la main d’une femme mariée de force, sous la forme d’un néon de 27 mètres – et c’est brillant. J.D. Charleroi, jusqu'au 09.01.2022, BPS22 mar > dim : 10 h-18 h, 6 > 3 € (gratuit -12 ans), bps22.be



ANGYVIR PADILLA La Centrale inaugure un nouvel espace : CENTRALE. vitrine. Ouvert sur la rue sainte-Catherine et au regard des passants, il est dédié aux artistes émergents établis dans la capitale. Pour cette première, il accueille Home contains us and is within us # Ste Catherine 13. Signée Angyvir Padilla, cette installation figure une pièce recouverte d’un film plastique. Elle est emplie d’ustensiles évoquant un foyer mais façonnés en argile, comme un trait d’union entre l’intérieur et l’extérieur, la mémoire et le présent. Casa Número Ocho (House Number Eight), In collaboration with Yoel Pytowski © Silvia Cappellari

Bruxelles, jusqu’au 21.11, Centrale for Contemporary Art (CENTRALE.vitrine), mer > dim : 13 h 30-18 h, 8 > 2,50 € (gratuit -18 ans et installation visible depuis la rue), centrale.brussels

BRUSSELS TOUCH

LIBRES FIGURATIONS, ANNÉES 80

Depuis près de 40 ans, Anvers tient son rang de "capitale de la mode". Et si Bruxelles avait aussi joué un rôle déterminant dans le rayonnement de la création belge ? Sur ce postulat, plus audacieux qu’il n’y paraît, ce parcours met au jour un "esprit bruxellois" encore jamais théorisé. Signée Ester Manas, Olivier Theyskens, Anthony Vaccarello ou Éric Beauduin (on en passe), cette centaine de pièces dessine les contours d’un style dégagé de tout diktat.

Keith Haring, Basquiat, Futura 2000, Robert Combas, Hervé Di Rosa… et bien d’autres ! Les musées de Calais rapprochent une cinquantaine d’artistes majeurs de la fin du xxe siècle. Soit plus de 200 œuvres réparties dans une double exposition puisant dans la culture pop, à la croisée du graffiti, du punk, de la SF ou de la BD. Ces peintures, sculptures ou vêtements décrivent un mouvement célébrant son quarantième anniversaire : les Libres figurations. Une grande bouffée d’art.

Bruxelles, jusqu’au 15.05.2022 Musée Mode & Dentelle mar > dim : 10 h-17 h, 8 > 4 € (gratuit -18 ans) www.fashionandlacemuseum.brussels

Calais, jusqu’au 02.01.2022, Musée des beaux-arts, mar > dim : 13 h-18 h, Cité de la dentelle, tous les jours sauf mar : 10 h-18 h pass 2 musées : 5 / 4 € (gratuit -5 ans), calais.fr

ARTOUR Baptisée L’Image conjuguée, la 13e édition de cette biennale mariant art et patrimoine propose deux mois de balades et de découvertes artistiques à travers la région du Centre. Parmi une foultitude d’expositions, d’œuvres et de pratiques, on remarque une prégnance de l’écrit. Citons, entre autres, le Monde 4 de Marc Veyrat (au Mill) qui « s’architexture » en quatre dimensions et en réalité virtuelle. Cette installation nous plonge littéralement dans les mots employés par Lewis Carroll pour composer Les Aventures d’Alice au pays des merveilles. La Louvière, Soignies et Le Roeulx, jusqu’au 28.11, divers lieux et tarifs, artour.be arts visuels – 98



LES LOUVRE DE PABLO PICASSO

Buste de Femme, Pablo Picasso 1906-07, Staatliche Museen zu Berlin, Nationalgalerie, Museum Berggruen © Succession Picasso 2021 © BPK, Berlin, Dist. RMNGrand Palais / Jens Ziehe

C’est un portrait croisé entre deux monuments de la culture. Une plongée inédite dans l’histoire de l’art. Cette exposition lensoise organise la confrontation entre Pablo Picasso et le Louvre – ou plutôt "les" Louvre, tant la relation entre les deux fut tumultueuse. Ce parcours rassemble plus de 450 œuvres dont 170 de l’Espagnol. Elle sont issues de l’ensemble des départements de l’institution parisienne et d’un peu partout dans le monde. Peintures ou sculptures sont ainsi scrutées pour mieux mettre au jour les inspirations du maître. Lens, jusqu’au 31.01.2022, Louvre-Lens, tous les jours sauf mar : 10 h-18 h, 12 > 5 € (gratuit -18 ans), www.louvrelens.fr

NI MÉCHANT NI GENTIL !

YVES SAINT LAURENT, UNE GARDE-ROBE INTEMPORELLE

Que n’a-t-on pas entendu sur le loup ! Au sein d’un musée en pleine transformation, cette exposition (destinée aux 3 - 7 ans) répond à une question souvent formulée par les enfants : l’animal est-il gentil ou méchant ? Ni l’un, ni l’autre. Au sein d’une scénographie conçue comme un pop-up, le parcours confronte les différentes représentations du loup dans la littérature (tantôt sympathique ou effrayant... voire en slip !) aux données scientifiques expliquant le mode de vie du Canis lupus.

Ancienne école réhabilitée en jardin d’hiver, salon de thé et salle d’exposition, l’Espace Minorelle propose son premier grand rendez-vous. Et quel rendez-vous ! Il accueille rien de moins que 15 modèles iconiques signés Yves Saint Laurent. Parmi ces créations, on trouve notamment le smoking, la petite robe noire ou la blouse saharienne. Accompagnée d’estampes et de gravures de mode, cette garde-robe dessine en filigrane la femme vue par YSL : puissante, sans jamais sacrifier l’élégance.

Lille, jusqu’au 09.01.2022, Musée d’histoire naturelle lun, jeu & ven : 12 h 30-17 h • mer : 9 h 30-17 h • sam & dim : 10 h-18 h, 5 > 2,60 € (gratuit -12 ans), mhn.lille.fr

Marcq-en-Barœul, jusqu’au 23.01.2022, Espace Minorelle, mar > ven : 11 h 30-18 h sam & dim : 10 h-18 h, gratuit marcq-en-baroeul.org

DE LA GAILLETTE À LA RECONQUÊTE Le 20 décembre 1990, l’ultime gaillette était extraite de la fosse du 9-9 bis, marquant la fermeture du dernier puits de mine à Oignies. L’événement clôturait 270 ans d’extraction du charbon dans le bassin minier du NordPas de Calais... mais ouvrait une nouvelle page. Ce site exceptionnel est ensuite devenu un lieu culturel, accueillant spectacles, concerts et expositions. Celle-ci revient justement sur ces 30 ans de transformation, rassemblant témoignages, vidéos, coupures de presse ou photographies. Oignies, jusqu’au 24.04.2022, 9-9 bis, mer > dim : 14 h-18 h, gratuit, 9-9bis.com arts visuels – 100



© Kevin Barbosa

EUROPEAN CUSTOM BOARD SHOW Plus qu’un sport, une véritable culture. Apparu au milieu du xxe siècle au pays de l’oncle Sam, le skateboard n’a cessé de fédérer les communautés, mais aussi les artistes. C’est justement cette diversité que célèbre l’European Custom Board Show (ECBS), en réunissant les œuvres d’une quarantaine de créateurs européens. L’exposition met en lumière plus d’une centaine de planches customisées, tout en scrutant d’autres horizons, telles l’architecture ou la sculpture – en roue libre, évidemment. Roubaix, jusqu’au 18.12, La Condition Publique, mer > sam : 13 h 30-19 h • dim : 13 h 30-18 h, 5 / 2 € (gratuit -18 ans)

IMAGES DE HÉROS

PANORAMA 23

Des représentations du prophète Mahomet à Dalida, en passant par les caricatures de Slim et quelques superhéroïnes (dont la Qahera voilée de Deena Mohamed), cette exposition met à mal nombre d’idées reçues sur l’utilisation de l’image au quotidien, du Maghreb au Moyen-Orient. L’Institut du monde arabe de Tourcoing (IMA) rassemble affiches de cinéma, peintures, planches de BD, dessins de presse, vidéos ou photographies, et raconte une histoire inédite de la culture musulmane.

L’Homme descendrait-il du songe ? C’est la question posée par cette 23e édition de Panorama. Sous-titrée "par le rêve", l’exposition annuelle des étudiants de la prestigieuse école tourquennoise marie (comme souvent) science et poésie, art et technologie, pour mieux décrypter des enjeux bien réels. À l’image de Love & Revenge d’Anhar Salem, mettant en scène une adolescente qui perd le contrôle de son avatar sur les réseaux sociaux...

Tourcoing, jusqu’au 09.01.2022, Institut du monde arabe, mar > dim : 13 h–18 h 5 > 2 € (gratuit -6 ans), ima-tourcoing.fr

Tourcoing, jusqu’au 31.12, Le Fresnoy mer > dim : 14 h-19 h, 4 / 3 € (gratuit -18 ans et le dimanche), www.lefresnoy.net

INFINIMENT PROCHE Si, comme nous, vous avez tendance à scruter le ciel une fois la nuit tombée, les yeux rivés sur les étoiles, alors cette exposition est taillée pour vous. Infiniment proche nous emmène aux confins de l’espace et du temps, aux prémices de la formation du système solaire. Ce parcours dévoile les enjeux d’une mission d’étude de matière extraterrestre, recueillie sur un astéroïde et étudiée à la Cité Scientifique lilloise. Un passionnant dialogue entre science et art. Villeneuve d’Ascq, jusqu’au 21.12, Campus Cité scientifique - LILLIAD Learning center Innovation & Xperium, lun > ven : 8 h-20 h • sam : 9 h-13 h, gratuit, www.univ-lille.fr arts visuels – 102



NEXT FESTIVAL Jeux sans frontières

NEXT

Après un long repos forcé, le festival de l’Eurométropole revient plus fringant que jamais. Curieux, aventureux parfois, ce rendez-vous porté par cinq structures françaises ou belges célèbre les arts de la scène sous toutes ses formes, entre théâtre, danse ou performance. Voici notre quarté gagnant. J.D.

Eurométropole Lille-Kortrijk-Tournai + Valenciennes & Amiens, 12.11 > 04.12 divers lieux, 1 spectacle : 21 > 6 €, nextfestival.eu

ET AUSSI / 12 & 13.11 : Kurō Tanino : La Forteresse du sourire // 13.11 : Pol Pi : Daté-e-s • Benjamin Abel & The Unrequired Love // 13, 14 & 16.11 : Lenio Kaklea : Sonatas and Interludes // 16 > 18.11 : Milo Rau : Grief & Beauty 17.11 : Meg Stuart Tim Etchells : Shown and Told // 18 & 19.11 : Mapa Teatro : La Lune est en Amazonie // 19 & 20.11 : Seppe Baeyens & Ultima Vez : Invited • Aliénor Dauchez : La Cage // 24.11 : Mette Ingvartsen : The Dancing Public 27, 30.11 & 03.12 : Alexander Graham Roberts & Ásrún Magnúsdóttir : Teenage Songbook of Love and Sex // 29.11 > 03.12 : Éric Arnal-Burtschy : Play With Me // 02 & 03.12 : Mylène Benoît : Archée // 03 & 04.12 : Maud Le Pladec : Counting stars with you (musiques femmes)...

Oubliez tout ce que vous pensiez savoir du Far West. Le Danois Tue Biering et le Sud-Africain Nhlanhla Mahlangu s’emparent des stéréotypes célébrés par Hollywood pour mieux régler son compte au "rêve américain". Ici, ce sont les noirs qui racontent le périple d’exilés blancs, entremêlant humour et tragédie, théâtre ou vidéo. Sur un sol recouvert de poussière rouge, dans une petite ville en construction, sept interprètes sud-africains grimés d’un "whiteface" narrent l’exode de millions d’Européens ayant fui la misère pour un monde meilleur au pays de l’Oncle Sam. À l’heure des crises migratoires, la mise en abyme ne manque pas de piquant. Tourcoing, 25 > 27.11, L’Idéal jeu & ven : 20 h • sam : 18 h, 21 > 6 €

© Søren Meisner

DARK NOON


© Philippe Savoir

© Marc Domage

SOMNOLE

DE FRANÇOISE À ALICE

Boris Charmatz s’inspire de cet état précédent le sommeil pour créer (et interpréter) un étonnant solo. Empruntant à la gestuelle du somnambule, le voici sur un fil entre rêve et réalité, lors d’une performance épurée, minimaliste, tranchant avec ses pièces précédentes, for mées de grands ensembles (La Ruée, 10 000 gestes). Accompagné d’un discret sifflement, le chorégraphe initie une transe entre soubresauts et mouvements millimétrés, lors d’un spectacle qui n’a rien de soporifique.

Mickaël Phelippeau place la rencontre et l’humain au cœur de son travail. Il s’est révélé en 2003 avec ses "bi-portraits". Ces duos chorégraphiques mettent en scène des interprètes issus de tous horizons, le plus souvent croisés par hasard (des footballeuses, un curé), pour mieux raconter leur histoire. Ici, place à Françoise et Alice Davazoglou. La première est dite "valide" et sa fille porteuse de trisomie 21. Ce dialogue gracieux révèle en gestes tendres et spontanés une relation singulière – et emplie d’amour.

Valenciennes, 16 > 18.11, Espace Pasolini, mar : 20 h • mer & jeu : 19 h + Amiens, 23.11, Maison de la Culture, 20 h 30, 21 > 6 € (+ Lille, 09 & 10.11, Opéra, 20 h, 23 > 5 €)

Laon, 25.11, Maison des arts et loisirs 20 h 30, 15 > 6 €

© Luk Monsaert

GARDENIA – 10 ANS APRÈS Dix ans après sa création, le chorégraphe Alain Platel et le metteur en scène d’opéra Frank Van Laecke réinterprètent leur célèbre Gardenia. Tirée d’une histoire vraie, la pièce raconte le destin de huit personnages hauts en couleur, mis à la retraite après la fermeture de leur cabaret de travestis. Dignes et émouvants, ces artistes avancent une dernière fois sur scène. Les numéros s’enchaînent sous les sunlights ternis, à la façon d’une revue, au rythme d’une bande-son convoquant Charles Aznavour, Claude François ou (évidemment) Forever Young d’Alphaville. Roubaix, 26 & 27.11, La Condition Publique, 20 h, 21 > 6 € (+ Charleroi, 16 & 17.12, Les Écuries, 20 h, 15 > 5 €)


© Pascal Perennec

RINALDO L’Odyssée fantastique La co[opéra]tive continue de répandre la bonne parole lyrique. Après Gianni Schicchi et La Dame blanche, ce collectif réunissant six scènes françaises (dont l’Atelier Lyrique de Tourcoing et le Bateau Feu de Dunkerque) offre une nouvelle jeunesse au Rinaldo de Haendel. Au programme ? Magie, passion amoureuse, créatures fantastiques... En somme, du grand spectacle ! Dévoilé en 1711 par un Georg Friedrich Haendel alors âgé de 26 ans, Rinaldo fut composé en une quinzaine de jours, mais reste l’un des plus grands succès du génie allemand. Cet opera seria en trois actes s’inspire de la Jérusalem délivrée du Tasse (1581) et contient son lot de "tubes", dont Lascia ch’io pianga. Une musique à la fois puissante, délicate et onirique accompagnant la quête du général Rinaldo dont la promise a été enlevée par la magicienne Armida, sur fond de croisade et d’amours impossibles... Lorsque l’œuvre est présentée au Queen’s Theatre de Londres, la mode est aux effets spectaculaires et aux "machines". Dès lors, qui d’autres que Claire Dancoisne et son Théâtre la Licorne pour sublimer cette épopée en 2021 ? Pour Rinaldo, la compagnie dunkerquoise a conçu un ensemble de monstres en bois et en ferraille à l’esthétique "steampunk", animés par un système de poulies et manipulés à vue. Dragon cracheur de feu et poissons volants côtoient sur scène chanteurs et acteurs.... La partition de Haendel est elle rendue par des instruments d’époque, sous la houlette de Damien Guillon et de son Banquet céleste – qui n’a jamais aussi bien porté son nom. Julien Damien Tourcoing, 13 & 14.11, Théâtre municipal Raymond Devos sam : 17 h • dim : 15 h 30, 25 > 10 €, www.atelierlyriquedetourcoing.fr théâtre & danse – 106



© Christian Mathieu

L’ART DE PERDRE Les fantômes du passé Au carrefour de la fiction et du documentaire, mêlant théâtre et vidéo, la Cie Filigrane 111 donne chair au roman d’Alice Zeniter, L’Art de perdre. Ce croisement des genres permet de traduire avec fidélité le foisonnement du récit-fleuve, qui retrace par le prisme d’une famille immigrée les tumultes des relations franco-algériennes. L’Art de perdre, c’est avant tout une histoire de rencontre. D’abord entre Alice Zeniter et Céline Dupuis, actrice, lors d’une soirée où cette dernière lit des textes de la jeune autrice. « Plus tard, elle est venue voir

notre adaptation de La Promesse de l’aube de Romain Gary. Ça lui a tellement plu qu’elle nous a envoyé son nouveau roman, avant parution », se souvient la comédienne, également conceptrice du


© Franck Renaud

spectacle. Nous sommes en 2017, ce nouveau roman c’est L’Art de perdre, futur Goncourt des lycéens. Soit 500 pages qui racontent trois générations bousculées entre l’Algérie et la France, des années 1950 à aujourd’hui.

Apaiser les conflits L’envie de l’adapter au théâtre s’impose « pour les thèmes que le roman véhicule, pour apaiser aussi une histoire brutale entre la France et l’Algérie ». Sur scène, Céline Dupuis se fait conteuse, tandis que des images documentaires nous

emmènent en Kabylie ou à la rencontre d’habitants des Hauts-deFrance. Car Filigrane 111 a choisi d’ancrer le récit dans le bassin minier, terre d’immigration pour beaucoup de familles algériennes. « C’était important que le récit soit partagé car notre histoire, on l’a construite ensemble, avec des torts eux aussi partagés ». Au-delà des relations conflictuelles entre la France et son ancienne colonie, de la question brûlante des harkis, L’Art de perdre aborde aussi la filiation, la mémoire et les non-dits qui hantent les familles... Madeleine Bourgois

Dunkerque, 23 & 24.11, Le Bateau Feu, mar : 20 h • mer : 19 h, 9 €, lebateaufeu.com Lille, 02 > 04.12, Théâtre de la verrière, jeu & sam : 19 h • ven : 20 h, 14 > 6 €, verriere.org Villeneuve d’Ascq, 07.12, Kino - Campus Pont de Bois, 18 h 30, gratuit, culture.univ-lille.fr théâtre & danse – 109


MADEMOISELLE JULIE La Nuit lui appartient Plutôt associé aux comédies, Jean-Marc Chotteau sort de sa zone de confort pour créer Mademoiselle Julie, d’August Strindberg. Une tragédie mythique à laquelle le directeur de La Virgule à Tourcoing donne un ton intimiste, tout en respectant les intentions naturalistes du dramaturge suédois.

Julie Duquenoy © DR

Le soir de la Saint-Jean, la comtesse Julie s’encanaille avec Jean, le valet de la maison. Après avoir dansé avec lui en public, la jeune fille l’aguiche dans la cuisine, au fil d’une nuit à l’issue tragique où les rapports de force s’inversent, sous les yeux ébahis de Kristin, la sage cuisinière fiancée à Jean... « C’est un huis clos de 1888 absolument moderne qui montre la vérité de la lutte des classes, tellement sulfureux qu’il a été interdit en Suède », décrit le metteur en scène. À rebours de la tendance actuelle, sa Mademoiselle Julie sera donc « hyperréaliste », car comment comprendre la honte qui s’empare de la noble ingénue sans cerner la transgression sociale et morale de sa relation ? « Cela sentira les rognons dans cette cuisine, inspirée du château de Chenonceau », affirme Jean-Marc Chotteau, qui signe aussi les costumes et la scénographie. Sous les traits de Julie, la comédienne Julie Duquenoy exploite toute l’ambiguïté du personnage, séductrice enivrée, fragile et tentant de s’affranchir de sa condition. En face, le cynisme froid de Melki Izzouzi (Jean) assène le propos sur la guerre des sexes que porte aussi Strindberg, connu pour sa misogynie mais auteur sans le vouloir d’une pièce féministe. Marine Durand Tourcoing, 16.11 > 11.12, La Virgule, lun > ven : 20 h • sam : 17 h, 20 > 8 €, lavirgule.com

théâtre & danse – 110



© Frederic Iovino

théâtre & danse – 112


L’AUTRE Présence de l’absence La nouvelle création de Sylvain Groud aurait dû voir le jour il y a près de deux ans. Loin de se lamenter, le directeur du Ballet du Nord tire de ces atermoiements une richesse supplémentaire pour L’Autre, pièce chorégraphique sur l’absence pour deux danseurs et une pianiste. Cela démarre comme un solo mais quelque chose dissone. À Lauriane Madelaine, une complice de longue date, Sylvain Groud offre d’abord une danse en forme « d’état des lieux psychique ». Un ballet du manque, dans lequel le public doit mener « un vrai travail d’archéologue ». Et pour cause : « J’ai construit un duo pour mes deux interprètes, puis je les ai arrachés l’un à l’autre. Ce qui en ressort est assez vertigineux », décrit le chorégraphe. Lorsque la danseuse convoque le souvenir de son partenaire, Julien Raso entre alors en scène, reconstituant le pas de deux d’origine, mettant les corps à l’épreuve de l’émotion. « Les répétitions se sont espacées, et je suis reparti de mouvements qui s’étaient effacés. Cela a maturé, pour le mieux. »

Touches sensibles Ce projet qui questionne l’interdépendance et l’enrichissement par autrui tire ses racines d’un travail au long cours de Sylvain Groud en Ehpad. Après L’Oubli, qu’il avait présenté en 2019 au festival de Chambord, il a souhaité poursuivre la collaboration avec la pianiste Vanessa Wagner. La voici donc à l’avant-scène de ce nouveau spectacle, escortant de ses mélodies minimalistes (toutes puisées dans son dernier album, Inland) la présence des danseurs, calquant parfois un geste, un mouvement de bras sur ceux de Lauriane Madelaine. C’est face à la perte d’un proche que l’on comprend qu’il nous était indispensable. L’Autre en offre une délicate représentation. Marine Durand Roubaix, 09 & 10.11, Le Colisée, mar : 20 h 30 • mer :19 h 30, 15 > 5 € www.coliséeroubaix.com, www.balletdunord.fr

théâtre & danse – 113


© Ira Polyarnaya

OUTSIDE La grande évasion Ren Hang, jeune photographe chinois célébré pour ses nus traités avec humour, et Kirill Serebrennikov, cinéaste et metteur en scène russe, auraient dû élaborer un projet artistique commun. En février 2017, deux jours avant leur rendez-vous, quelques heures avant ses 30 ans, le natif de la province du Dongbei se jetait d’un immeuble à Pékin. Outside, présenté au festival d’Avignon en 2019, raconte donc la rencontre impossible entre ces deux artistes, tous deux persécutés dans leur pays. Depuis la Russie où il était assigné à résidence, Serebrennikov, directeur de l’avantgardiste Centre Gogol à Moscou, a créé un spectacle façon cabaret. Sur le plateau se succèdent les tableaux multiformes, évoquant les photos de son "double" Ren Hang (un homme dévêtu allongé au-dessus du vide, un filet de sang coulant de l’entrejambe), sa propre arrestation par les services russes, une scène de boîte de nuit mêlant techno berlinoise et chansons chinoises... Musique, danse, pornographie, grotesque : de cette pièce jaillit dès lors une pulsion de liberté qu’aucun pouvoir politique ne pourra brider. Marine Durand

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Lille, 12 & 13.11, Théâtre du Nord, ven : 20 h • sam : 18 h, 25 > 10 €, theatredunord.fr théâtre & danse – 114



LES PETITS PAS La cour des grands

© Frédéric Iovino

Les petits pas dans les grands ? C’est un peu le principe de ce festival de danse adressé au jeune public – le premier en France. Portée par le Gymnase de Roubaix, mais disséminée dans toute la région, de Lille à Dunkerque, cette 17e édition multiplie les créations et les formats innovants, entre exigence, réflexion et vrai divertissement. J.D.

LORSQUE L’ENFANT ÉTAIT ENFANT Un homme semble se morfondre assis sur une chaise, quand un gamin vient à sa rencontre. Débute alors un dialogue métaphorique. L’adulte parviendra-t-il à écouter cette part d’innocence et de joie enfouie en lui ? Lorsque l’enfant était enfant, c’est un poème de Peter Handke qui traverse le film de Wim Wenders, Les Ailes du désir – lui-même un long poème sur la vie et l’amour. Inspiré par ce joli titre, Sylvain Groud imagine un trio réunissant un (très) jeune danseur, un chorégraphe et une violoniste... qui renouent rapidement avec l’enfant qui sommeille en eux, entre soif d’apprendre de l’autre et total lâcher-prise. Mouvaux, 22.11, L’Étoile, 19 h, 15 > 5 €


© Frédéric Iovino

SCOOOOOTCH ! Que faire avec des rouleaux de scotch ? Oh, des tas de choses, comme s’enturbanner, s’attacher à des comparses ou construire des cabanes ! Dans la nouvelle création d’Amélie Poirier, trois interprètes s’amusent avec le ruban adhésif pour assembler tout ce qui leur tombe sous la main et inventer d’improbables jeux. Dans cette chorégraphie de rouleaux, une lutte de pouvoir s’installe progressivement au sein du trio, qui va alors détruire tout ce qu’il avait bâti – évidemment, c’est scotchant. Loon-Plage, 23.11, Espace Jeunes,18 h, gratuit Roubaix, 26.11, Le Gymnase, 18 h 30, 10 > 5 €

MU

Récit halluciné, Alice au pays des merveilles peut aussi être vu comme une métaphore : celle de la capacité des enfants à transformer le monde, l’agrandissant ou le rétrécissant à l’envi. Sylvain Huc s’empare du conte de Lewis Carroll pour nous projeter dans un espace immaculé en perpétuelle mutation sonore ou visuelle, s’emplissant de couleurs chatoyantes. Sur scène, deux danseuses exploitent les limites de leur corps, rivalisant aussi de métamorphoses, nous transportant dans un pays où tout devient possible.

Comment s’y retrouver, entre réalité et virtuel ? Dans cette performance musicale et plastique, Marion Muzac nous téléporte dans un monde télescopant technologies et mythes ancestraux. Évoluant autour des sculptures totémiques d’Emilie Faïf, une danseuse revisite les codes de la culture populaire, notamment les gestes propres à Fortnite ou aux célébrations sportives. Soutenue par une musique tantôt electro, afro ou pop, elle invite les enfants à interroger leur environnement – pour de vrai, cette fois.

Roubaix, 18 & 20.11, Le Gymanse jeu : 19 h • sam : 16 h, 10 > 5 €

Haubourdin, 30.11, Ferme du Bocquiau 19 h, 5 €

© Loran Chourrau

© Edmond Carrère

WONDERLAND

Roubaix, métropole lilloise & Hauts-de-France, 18.11 > 18.12, Le Gymnase & divers lieux 1 spectacle : 15 € > gratuit, gymnase-cdcn.com ET AUSSI / 24.11 : Nabil Ouelhadj & Cie Racines Carrées : MonteETsouris // 29.11, 02 & 03.12 : Eric Arnal-Burtschy : Play With Me // 01.12 : Julie Nioche : Une échappée // 02 & 07.12 : Béatrice Massin, Lia Rodrigues, Dominique Hervieu - Chaillot Théâtre National de la Danse : Fables à la Fontaine // 04.12 : David Rolland : Donne-moi la main (Happy Manif) // 06.12 : Anne Collod : CommUne Utopie // 07 & 08.12 : Lionel Bègue : Cabane // 08.12 : Nathalie Pernette : L’Eau douce // 18.12 : Bruno Pradet & Cie Vilcanota : Grains de volutes


Falaise © François Passerini

LES MULTIPISTES

Savant équilibre 6 Sur un fil entre rêve et réalité, performance et poésie : ainsi va le cirque d’aujourd’hui. C’est cet art en perpétuel mouvement, à la croisée des genres, que soutient ce festival initié par le Tandem. Dans Ombres portées, Raphaëlle Boitel met en scène des acrobates sur un plateau en clairobscur. La pièce convoque aussi bien la danse, la musique que le cinéma muet, dans une allégorie troublante d’une humanité en plein doute... Parmi les têtes chercheuses invitées entre Arras et Douai, citons aussi Johann Le Guillerm. Depuis près de 20 ans, cet équilibriste, constructeur et manipulateur d’objets bâtit des installations semblant tenir toutes seules, comme par magie. Avec Terces, il déploie un laboratoire chorégraphique pour percer le mystère des forces d’attraction comme la compréhension du monde... En décembre, impossible de faire l’impasse sur Falaise, nouvelle fresque monumentale signée Baro d’evel, qui repousse plus loin encore les limites du cirque équestre et d’un spectacle décidément bien vivant. Julien Damien Arras & Douai, 20.11 > 18.12, Le Théâtre & L’Hippodrome (Tandem) 1 spectacle : 22 € > gratuit, www.tandem-arrasdouai.eu SÉLECTION / 20 > 25.11 : Johann Le Guillerm : Terces // 01 & 02.12 : Raphaëlle Boitel : Ombres portées // 08 & 10.12 : Lever de rideau : Nicole Martres & Duo Rattrape // 14 & 15.12 : Lever de rideau : Ana Zammito & Raphaël Jacob • Rémi Luchez & Lola Calvet : L’Homme canon // 16 > 18.12 : Baro d’evel : Falaise théâtre & danse – 118



© Christophe Raynaud de Lage

DOROTHY Poétesse, grande plume du New Yorker et scénariste à l’humour féroce, Dorothy Parker fut une dame épique. Zabou Breitman raconte l’histoire de celle qu’on surnomma "The Wit" (la futée) en mettant en scène et interprétant cinq de ses nouvelles. Dans un décor évoquant les années 1920 et 1930, elle saute de rôles en tranches de vie, d’anecdotes en fulgurances pour dépeindre dans toute sa drôlerie et ses fêlures le portrait d’une femme ivre de liberté. J.D. Amiens, 02 & 03.12, Maison de la Culture jeu : 19 h 30 • ven : 20 h 30, 29 > 11 €, www.maisondelaculture-amiens.com

BUN HAY MEAN

Lille, 22.11, Théâtre Sébastopol, 20 h, 39 > 27 € theatre-sebastopol.fr // Auderghem, 21.12, Centre culturel 20 h, 41 > 35 €, www.cc-auderghem.be

© Fifou

Sur scène, la représentation de l’Asie s’est souvent cantonnée (sans jeu de mots) aux vannes douteuses de Gad Elmaleh et Kev Adams, voire aux imitations de Michel Leeb. On peut compter sur Bun Hay Mean pour remettre les compteurs à zéro. « Il y a plus d’Asiatiques que vous dans le monde. Je ne suis pas bridé, vous avez les yeux ronds. Pour moi la Terre est peuplée de hiboux », assène l’autoproclamé "Chinois marrant". Audelà des vannes sur les origines, le bon Bun a plus d’un sujet dans son sac. Ce Parisien sait tout aussi bien assaisonner l’actu à sa sauce piquante que partir dans des envolées loufoques – mais ne parlez pas de rire jaune... J.D.



OLEANNA (Fabrice Gardin / David Mamet) John, professeur d’université, propose à Carol, étudiante en difficulté et issue d’un milieu défavorisé, un marché : il lui octroiera la note maximale à son examen si elle accepte de venir le voir pour des cours particuliers... Écrite par l’Américain David Mamet en 1993, cette pièce décrit avec minutie les luttes de pouvoir entre les classes et les sexes. Adapté par Fabrice Gardin, ce huis clos sous forme de thriller psychologique et social n’a rien perdu de sa force à l’heure du mouvement MeToo. Bruxelles, jusqu’au 14.11, Théâtre royal des Galeries 20 h 15 (matinée : 15 h), 26 > 10 €, trg.be

20 DANSEURS POUR LE XXE SIÈCLE ET PLUS ENCORE

JANIS (Cie BVZK)

(Boris Charmatz)

Que reste-t-il de Janis Joplin, disparue il y a pile 50 ans ? Un timbre grave et éraillé, des tubes immortels (Summertime, pour n’en citer qu’un) et une époque, marquée par le rock et l’avènement des hippies. C’est tout cela que Nora Granovsky et la compagnie BVZK ressuscitent. Sur scène nous accueille une comédienne, persuadée d’être la réincarnation de l’icône américaine. Peu à peu la magie opère. Les mots se mêlent à la musique. Accompagnée d’un instrumentiste, l’interprète entame une troublante métamorphose…

Boris Charmatz s’affranchit du plateau pour répandre la danse dans tout l’Opéra de Lille. D’Isadora Duncan à Pina Bausch en passant par Carolyn Carlson ou John Travolta, le chorégraphe investit couloirs ou escaliers de l’institution pour rejouer des pièces marquantes de l’histoire de son art – et plus encore, puisque qu’il célèbre aussi le hip-hop. Une libre déambulation pensée comme « une archive vivante », dit-il, et un joli cadeau de Noël avant l’heure ! Lille, 06 & 07.11, Opéra, sam : 18 h & 19 h • dim : 16 h & 17 h, 14,50 > 8 €, opera-lille.fr (+ SOMNOLE : 09 & 10.11, 20 h, 23 > 5 €)

Lille, 06 & 07.11, maison Folie Wazemmes sam : 20 h • dim : 19 h, 10 / 6 € maisonsfolie.lille.fr // Maubeuge, 10.12 Le Manège, 20 h 15, 9 €, lemanege.com

© Willy Vainqueur

DÉSOBÉIR (Julie Berès) Créée en 2017 au Théâtre de la Commune, à Aubervilliers, la pièce se nourrit de la parole publique, en l’occurrence celle de quatre jeunes femmes issues de l’immigration. Travaillés avec la romancière Alice Zeniter, ces témoignages donnent lieu à une pièce atypique. De la mariée voilée à la danseuse de popping, chacune se raconte, abordant la sexualité, la religion ou les relations familiales, sans tabous mais souvent avec humour. Le portrait sincère d’une jeunesse trop rare sur les plateaux de théâtre. Mons, 09.11, Théâtre le Manège, 20 h, 15 > 9 €, surmars.be théâtre & danse – 122



INCANDESCENCES (Ahmed Madani) Comment vit-on dans un quartier populaire et né de parents exilés ? Plutôt que de jouer les sociologues de pacotille, Ahmed Madani donne la parole aux principaux concernés. Dernier volet de la trilogie Face à leur destin, cette pièce met en scène des interprètes non-professionnels donc, mais pas moins éloquents. Âgé(e)s de 20 à 30 ans, ces jeunes hommes et femmes jouent, dansent et chantent leur quotidien et aspirations, entre réalité et fiction et dans une langue taillée sur-mesure. Bruxelles, 09 > 27.11, Théâtre de Poche, mar, jeu, ven & sam : 20 h 30 • mer : 19 h 30 20 > 12 €, poche.be

CONTES ET LÉGENDES

PREMIÈRE RIDE

(Joël Pommerat)

(Léo Walk / La Marche bleue)

Joël Pommerat imagine un monde où le robot serait le meilleur ami de l’Homme, faisant cohabiter androïdes et ados. Sur un plateau nu, dix interprètes incarnent des jeunes filles, garçons ou des humanoïdes. Comment distinguer le vrai du faux ? Il ne s’agit pas là de dénoncer les nouvelles technologies ou l’intelligence artificielle. Plutôt d’étudier les interactions sociales et la construction de soi à travers une série de tableaux tantôt drôles ou cruels.

Première Ride (qu’on prononcera "raïde"), c’est l’histoire de huit jeunes qui entament une virée en voiture. Un trajet comme un passage entre deux mondes : celui de l’enfance à l’âge adulte. Sur scène, les interprètes symbolisent cette transition, où chacun veut se fondre dans le groupe tout en affirmant sa personnalité. Avec leur style propre, ils esquissent une chorégraphie aux accents hip-hop, électroniques ou classiques, insufflant un vent de liberté palpable jusque dans la salle.

Bruxelles, 09 > 21.11, Théâtre National mar, jeu > sam : 20 h • mer : 19 h 30 • dim : 15 h 30 > 11 €, theatrenational.be // Lille, 02 > 12.12 Théâtre du Nord, mar, mer & ven : 20 h jeu : 19 h • dim : 16 h, 21 > 6 €, theatredunord.fr

Béthune, 10.11, Théâtre municipal, 20 h 30 22 > 11 €, theatre-bethune.fr Lille, 18.11, Théâtre Sébastopol, 20 h, 29€ theatre-sebastopol.fr

© DR

VORTEX (Ulf Langheinrich / M. C. de’Nobili) Plus qu’un spectacle, une expérience sensorielle. Vortex, c’est un ballet technologique en trois actes mêlant les corps et les pixels, la danse et les stroboscopes, sur fond de musique électronique. Devant un mur de lumière rouge, quatre danseuses interprètent une chorégraphie survoltée, avant de disparaître pour laisser place à leur "fantôme", inscrit dans notre rétine. Quelque part entre la réalité, le rêve et l’hallucination collective, cette pièce interroge la notion même d’image, ô combien prégnante. Maubeuge,12 & 13.11, Le Manège, 20 h, 9 € lemanege.com



© Camille Kirnidis

CROSS (Cie Kiaï & Fekat Circus) Cross, c’est avant tout l’histoire d’une rencontre entre deux acrobates : Cyrille Musy, à la tête de la compagnie Kiaï, et Dereje Dange, directeur du Fekat Circus en Ethiopie. Ensemble, ils posent une question : pourquoi avoir choisi le cirque ? Le spectacle y répond en convoquant (entre autres) un duo homme / femme au mât chinois, un acrobate à la roue cyr sur fond d’éthio-jazz et de musique électronique. Par-delà les frontières se dessine alors une passion commune, que les mots ne pourront jamais justifier... Lille, 12 & 13.11, Le Prato, ven : 20 h • sam :16 h 17 > 5 €, leprato.fr (Les Toiles dans la ville)

SYMFONIA PIESNI ZALOSNYCH

GARDIEN PARTY

(Kader Attou & Cie Accrorap)

(Mohamed El Khatib & Valérie Mréjen)

On le sait, Kader Attou aime les mélanges. Après s’être frotté (entre autres) au Requiem de Mozart, ce Lyonnais issu de la danse hip-hop s’attaque à la Symphonie des chants plaintifs que le Polonais Henryk Górecki composa en hommage aux victimes du nazisme. En découle un ballet sensible, à la croisée des genres et citant Pina Bausch. Sur un plateau en clair-obscur, il met en scène une humanité plongée dans les ténèbres mais cherchant, malgré tout, la lumière. Éblouissant.

Mohamed El Khatib aime le théâtre documentaire et inviter sur les plateaux des personnes qui en sont éloignées. Après avoir mis en scène une femme de ménage (Moi, Corinne Dadat) ou des supporteurs du RC Lens (Stadium), il s’intéresse cette fois aux gardiens de musée. Accompagné de la romancière Valérie Mréjen, il a recueilli des témoignages dans le monde entier, de New York à Téhéran, pour restituer la parole de ces "invisibles", offrant ici un regard inédit sur l’histoire de l’art.

Douai, 22 & 23.11, L’Hippodrome lun : 20 h • mar : 19 h, 22 / 12 € tandem-arrasdouai.eu

Lens, 25 > 28.11, Scène du Louvre-Lens jeu & sam : 19 h • ven : 20 h 30 • dim : 17 h 5 €, louvrelens.fr

UNE FEMME SE DÉPLACE (David Lescot) Georgia, femme en apparence épanouie, se découvre un jour le pouvoir de voyager dans le temps et sa propre vie. Elle revisite alors les étapes marquantes de son passé ou explore son futur. Que pourra-t-elle changer ? Tel est le point de départ de cette comédie musicale fantastique... et fantasque. Sur scène, comédiens, danseurs, chanteurs et musiciens forment un ballet survolté. David Lescot offre là un rôle sur-mesure à Ludmilla Dabo, et signe un magnifique portrait de femme. Béthune, 25 & 26.11, La Comédie (Le Palace), 20  h, 20 > 6 €, comediedebethune.org théâtre & danse – 126



ZINC (David Van Reybrouck / Joëlle Cattino) Connaissez-vous Moresnet ? Ce territoire d’à peine 4 km2, coincé entre la Belgique, les Pays-Bas et l’Allemagne a longtemps bénéficié d’un statut unique. Prisé pour son gisement de zinc, il a été déclaré "neutre" jusqu’en 1919, faute d’un accord sur le tracé des frontières. David Van Reybrouck raconte ce destin en mêlant la grande histoire et la petite, à travers la vie d’Emil Rixen, un homme qui changea cinq fois de nationalité sans bouger de chez lui ! L’occasion, aussi, de se pencher sur le nationalisme galopant... Bruxelles, 25 & 26.11, Wolubilis, 20 h 30, 25 > 15 €, www.wolubilis.be

LIKE ME (La Cie dans l’arbre)

LE BRUIT DES LOUPS (Etienne Saglio / Cie Monstre(s))

Champion d’apnée, Simon Volser nous plonge littéralement dans son quotidien de sportif de haut niveau. Ce solo se déroule en effet... dans une piscine. L’occasion pour ce véritable hommepoisson de dévoiler ses techniques, mais aussi de revenir sur un épisode marquant, le jour où il a sauvé un ado de la noyade. La scène a fait le tour de la toile. Pour autant, le héros en livre une autre version, moins glorieuse, et semble se débattre avec sa propre image... Jusqu’à couler ? Un thriller aquatique haletant.

Orfèvre de l’illusion, spécialiste en magie 2.0, Étienne Saglio nous avait ensorcelés avec Les Limbes. Le Breton a travaillé près de trois ans pour mettre au point son nouveau spectacle. Il ravive ici le frisson des contes d’enfance. Depuis son appartement, un homme taciturne est projeté comme Alice au pays des merveilles dans une forêt mystérieuse, peuplée de plantes anthropomorphes, d’un géant ou d’un vrai loup. Se reconnectera-t-il avec la nature ? Et donc la sienne ? Telle est la question…

Valenciennes, 26 & 27.11, Centre aquatique Nungesser, ven : 19 h 30 • sam : 14 h 30 & 16 h 30, 9 / 6 €, leboulon.fr

Maubeuge, 02 & 03.12, La Luna, 20 h, 9 / 4 € lemanege.com // Calais, 19.03.2022 Le Channel, 19 h 30, 7 €, lechannel.fr

ARCHÉE (Mylène Benoît) Dans sa nouvelle pièce, Mylène Benoît pose la question du matriarcat comme organisation alternative du monde. Inspirée par le kyudo, cet art traditionnel japonais du tir à l’arc, la chorégraphe célèbre la puissance des femmes. Sur scène neuf interprètes issues d’horizons divers, à la fois danseuses, chanteuses ou musiciennes, créent ensemble un rituel fait de gestes, de cris et de chants. Réveillant la mémoire de leurs ancêtres, elles donnent corps et âmes aux combattantes d’hier et d’aujourd’hui. © Delphine Lermite

Valenciennes, 02 & 03.12, Le Phénix, 20 h, 21 / 19 € lephenix.fr (Next Festival, voir page 104)



Le

mot de la fin

JULIE CHÉRÈQUE

www.instagram.com/juliechq

De Salvador Dalida à Edouard Baladeur, en passant par Pandemick Jagger, cette graphiste mixe avec brio pop culture, jeux de mots et actualité. De ces croisements improbables naissent autant d’illustrations irrésistibles. Tandis que se profile la Cop 26, on ne résiste pas à l’envie de vous présenter cette fusion entre deux ados célèbres – l’un attardé et l’autre en avance sur son temps. Vous les avez ?




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