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Art & CulturE

Hauts-de-France / Belgique


sommaire - magazine

LM Magazine #152 Juin 2019

Scooter Lambretta customisé lors du festival de l'île de Wight en 1984 © Nick Purser

News – 08

La grande librairie Solid'art Pejac : La grande évasion Festival de la coupe mulet Grosse patate La fête du slip Viens avec nous chez Barbapapa Pierres précieuses

reportage – 14 Les scooterists En roue libre

dossier

Brussels Beer Bus – 22 Bière qui roule… à boire ! – 26 La route de la soif

portfolio – 30

Magnus Voll Mathiassen Abstrait d'esprit

super-Rencontre

– 92 X-Men : Michael Fassbender, Sophie Turner, Jessica Chastain

exposition – 102

à l’épreuve du fond, la mine vue par Paris Match Hugo Pratt, les chemins du rêve Eldorama, Le Corbusier Carlos Amorales, Agenda...

le mot de la fin – 118 Masayoshi Matsumoto L'air et la manière


Best Kept Secret 2018 © Jokko

sommaire - sélection

Dossier spécial festivals part 1 – 38 Wazemmes l'Accordéon, Best Kept Secret, La Constellation Imaginaire, Extrema Outdoor, Latitudes Contemporaines, Hortillonnages d'Amiens, Lille Piano(s) Festival, La Rue est à Amiens, Creil Colors, Refugee Food Festival, Graspop Metal Meeting, Openluchttheater Rivierenhof, Fête de la Musique Bruxelles - Wallonie, J'veux du Soleil, Faites de la Chanson,

Disques – 88

The Divine Comedy Aldous Harding Sinkane Pixx Death & Vanilla

Livres – 90

Minuit avant la Nuit, La Bonne Aventure, Festival Pic'Arts, ARTour, Spa Heroes Tribute et Heroes 80, Rock Werchter, Couleur Café, Festival au Carré, Rétro C Trop, Les Rutilants, Gent Jazz Festival, Les Ardentes, Roots Reggae Festival, Rock Zottegem, En Nord Beat, Main Square, Paradise City, Dour Festival, Le Cabaret Vert, Les Nuits Secrètes

Nathaniel Rich Alain Damasio Manouk Borzakian Harmony Korine Delalande, Mardon & Prolongeau

écrans – 92

X-Men : Dark Phoenix Piranhas Lune de miel Now Apocalypse Tolkien


Magazine LM magazine – France & Belgique 28 rue François de Badts 59110 La Madeleine - F tél : +33 (0)3 62 64 80 09

www.lm-magazine.com

Direction de la publication / Rédaction en chef Nicolas Pattou nicolas.pattou@lastrolab.com

Direction artistique / Graphisme Cécile Fauré cecile.faure@lastrolab.com

Rédaction Julien Damien redaction@lm-magazine.com

Couverture Magnus Voll Mathiassen Frank Ocean themvm.com

Emma Van Ceunebroeck Bréant info@lm-magazine.com

Publicité pub@lm-magazine.com

Administration Laurent Desplat laurent.desplat@lastrolab.com Réseaux sociaux Sophie Desplat Impression Imprimerie Ménard 31682 Labège Diffusion C*RED (France / Belgique) ; Zoom On Arts (Bruxelles / Hainaut)

Ont collaboré à ce n° : Thibaut Allemand, Elisabeth Blanchet, Rémi Boiteux, Mélissa Chevreuil, Marine Durand, Hugo Guyon, Grégory Marouzé, Raphaël Nieuwjaer, Françoise Objois, Magnus Voll Mathiassen et plus si affinités.

LM magazine France & Belgique est édité par la Sarl L'astrolab* - info@lastrolab.com L'astrolab* Sarl au capital de 5 000 euros - RCS Lille 538 422 973 Dépôt légal à parution - ISSN : en cours L’éditeur décline toute responsabilité quant aux visuels, photos, libellé des annonces, fournis par ses annonceurs, omissions ou erreurs figurant dans cette publication. Tous droits d’auteur réservés pour tous pays. Toute reproduction, même partielle, par quelque procédé que ce soit, ainsi que l’enregistrement d’informations par système de traitement de données à des fins professionnelles, sont interdites et donnent lieu à des sanctions pénales. LM / Let'smotiv est imprimé sur du papier certifié PEFC. Cette certification assure la chaîne de traçabilité de l’origine du papier et garantit qu'il provient de forêts gérées durablement. Ne pas jeter sur la voie publique.

Papier issu de forêts gérées durablement


© X+Living

news à la page

La dimension fantastique de la littérature n'est plus à démontrer. Le studio X+Living a pris la chose au pied de la lettre, en imaginant une architecture idoine. Dans cette librairie située à Chongqing, dans le sud-ouest de la Chine, les escaliers s'entrecroisent et des miroirs ornent les plafonds, immergeant littéralement le visiteur dans un monde parallèle - que n'aurait pas renié J. K. Rowling. www.xl-muse.com

© Jef Aérosol

#8

Solid'art Conjuguer art et solidarité, c'est le principe de cet événement mis sur pied par le Secours populaire. Durant trois jours, 130 artistes exposent et vendent leurs œuvres (peintures, photos, sculptures...) au Palais Rameau, à Lille. L'argent récolté permet d'envoyer un maximum d'enfants de la région en vacances. Parrainée par Bruno Gaudichon, directeur de La Piscine de Roubaix, cette cinquième édition convie de grands noms, comme Jef Aérosol ou Charlélie Couture. Lille, 14 > 16.06, Palais Rameau, ven : 16 h > 22 h, sam & dim : 10 h > 19 h, gratuit, solidart.fr


new s

Gold Mine © Pejac

La grande évasion

Lâchez les cheveux

Patate farcie

Quintessence de la classe des années 1980, magnifié par Tony Vairelles ou MacGyver, le mulet méritait bien son festival. La première édition de ce rendez-vous au rayonnement européen s'est déroulé en mai, à Boussu en Belgique. Plus d'un millier d'esthètes capillaires ont concouru pour le titre suprême de la meilleure coupe, et c'est un Breton qui a coiffé tout le monde au poteau. facebook.com/Festivaldelacoupemulet

En voilà une grosse pomme de terre. Conçue pour promouvoir la culture de ce féculent dans l'Idaho, cette fausse patate XXL a roulé sa bosse dans tout le pays, à l'arrière d'un semi-remorque. Désormais transformée en chambre d'hôtel et plantée en pleine campagne, elle offre tout le confort nécessaire : intérieur cosy, baignoire, cheminée… Purée ! airbnb.com

© Otto Kitsinger / Idaho Potato Commission

© Aurélie Fischer

Après avoir cassé des briques à New-York pour un trompe-l'œil (cf LM 140), Pejac s'attaque aux murs de la prison d'El Dueso, en Espagne. Avec l'aide de détenus, il a cette fois conçu un arbre en usant d'un symbole de circonstance. Cette fresque est en effet formée de ces fameuses hachures barrées d'un trait, permettant aux bagnards de compter les jours avant leur sortie. Une sublime métaphore de la liberté. www.pejac.es


© Raphaëlle Saint-Pierre et Stanislas Boutmy

© Sol, Agronomie et Innovation (SAI)

s w ne Les dessous de la terre

Huttes de classe

Laisse pas traîner ton slip… enterre-le ! Tel est (en substance) le message adressé par la FDSEA de la Marne aux producteurs locaux. Derrière cette invitation loufoque se cache une bonne idée. Les agriculteurs sont incités à ensevelir des dessous en coton bio dans leurs champs pour les déterrer trois mois plus tard. Il s'agit de mesurer la qualité de ces sols : plus ils sont riches en micro-organismes, et plus le sousvêtement sera abîmé. Un test culotté...

Ces 11 maisons-bulles de 25 à 40 m2 ont été élevées à Raon-l'étape dans les Vosges en 1967. Œuvre de l'architecte suisse Pascal Haüsermann, que d'aucuns comparent à l'habitat rond de la famille Barbapapa, ce village fut transformé en hôtel en 2006, avant de fermer neuf ans plus tard suite à une baisse de fréquentation. Il a finalement été vendu aux enchères pour la somme de 120 000 euros, au début de ce mois. Hulahup ! Barbatruc !

© Hirotoshi Ito

# 10

L'Âge de pierre Voilà près de 30 ans qu'Hirotoshi Ito donne littéralement vie à la pierre – car, oui, il s'agit bien là de roche véritable. En la taillant délicatement, l'ornant de fermetures éclair, de boutons ou fausses dents, ce sculpteur japonais façonne des objets surréalistes, à l'image de ce porte-monnaie. Du lourd ! www.jiyuseki.com


reportage

Les scooterists

DĂŠfilĂŠ de mods # 14

Texte & Photo Elisabeth Blanchet


Buckingham Palace Scooter Ride Out 2019


Dans les années 1960, la culture du scooter gagne la Grande-Bretagne. Au look de rocker, une nouvelle génération préfère le style italien, et aux déhanchements d'Elvis la northern soul ou le ska. Au point de provoquer l'animosité des blousons noirs, et quelques bagarres dantesques… Un demi-siècle plus tard, ceux qu’on appelle les "scooterists" ou encore les "mods", demeurent des icônes des subcultures britanniques. Prêts pour une balade dans les rues de Londres en vespa ?

# 16

C

omme la plupart des jeunes de sa génération, John a rêvé d'un

des années 1970, régnaient sur les

scooter dès sa prime adolescence.

niques. Ils cultivaient une certaine

« Ça ne coûtait pas cher, permet-

élégance, s’inspirant du dandysme

tait de se rendre rapidement au

transalpin ou édouardien, associé à

travail, et puis ça impressionnait les

la parka kaki typique des surplus de

filles… ». Leurs conducteurs étaient

l’armée américaine – pour résister

surnommés les mods (abréviation

au climat local. Mais ces jeunes gens

de "modernes") et, jusqu’au milieu

motorisés ne séduisaient guère tout

En roue libre

mouvements underground britan-


le monde. Les rockers, notamment, détestaient cette sophistication, ces couleurs vives et le design italien de leurs engins qu'ils comparaient à des sèche-cheveux !

« Les mods régnaient sur les sous-cultures britanniques. » En 1964, une baston mémorable a d'ailleurs éclaté entre les deux clans sur la plage de Brighton. Cette rixe impliquant près de 3 000 personnes a choqué toute l'Angleterre. suite

Scoot toujours !

Un ska d'espèce


reportage

# 18

John y était. « J’avais 16 ans. J’ai vu la bagarre démarrer sur la jetée, se souvient ce membre du Foresters Scooter Club (créé en 1957 à Londres). Des rockers couraient après les mods. Ils braillaient : "Les mecs, trouvez-vous de vraies bécanes !" ». Le son de la discorde Au-delà des apparences, la musique soulève aussi un sacré contentieux entre rockers et mods. Ces derniers ont des goûts plus nuancés. Ils écoutent de la northern soul, née dans le nord de l’Angleterre à la fin des sixties (cf LM 122) ou du ska (Madness, The Specials…). Mais leur groupe phare demeure The Who, dont la sortie en 1973 du double album

Quadrophenia est une pierre angulaire de leur histoire. Nos gonzes sont certes des esthètes, mais ne renient pas leurs racines "Working Class".

« Des esthètes qui ne renient pas leurs racines "Working Class". » «  Oui, c’est un lifestyle, selon le très distingué Dave, également membre du Foresters Scooter Club. Aujourd’hui, je reste un mod. Ce n’est pas le cas de tout le monde, mais une chose est sûre : ce qui nous rassemble, c’est le scooter ». suite


Ceci est bien une pipe


Le calendrier des rallyes multiplie d'ailleurs les occasions de se retrouver…

# 20

Rétros, c'est trop ! Ce dimanche 5 mai, ils sont tous là, sur la mythique Carnaby Street à Londres, pour exhiber leurs deuxroues. Originaux ou modernes, ils arborent toujours les marques Vespa ou Lambretta. Baptisé "Buckingham Palace Ride Out", ce rallye annuel attire des scooterists de tout le pays, pour une petite virée en ville. Les regards s’attardent sur les machines les plus extravagantes, comme celle de Dell, dédiée à Madness : selle en damier noir et blanc, figurines du chanteur, extraits des morceaux… Autour, chacun devise sur la qualité des bécanes dont la majorité date

Bienvenue au pub : le Strongroom, Londres

de la fin des années 1950 ou début 1960. Les puristes les restaurent en choisissant les teintes et accessoires d’époque. D’autres, plus aventuriers, tentent des couleurs contemporaines et pétantes, des "customisations" avec ajouts de rétroviseurs façon "palais des glaces". Scoot toujours ? Après quelques pétarades et pannes éphémères, nos cavaliers se mettent en route. Ils progressent dans une belle cacophonie vers leur destination finale : le Strongroom. Bière, concerts et barbecue s'invitent dans ce pub de Shoreditch, à l’est de Londres. L'assemblée est essentiellement masculine. « Oui, les femmes sont la plupart du temps nos compagnes.


On les surnomme les "Dorises", pluriel du prénom Doris », explique Andrew, 44 ans. Quelques rayons de soleil égayent l’atmosphère familiale tandis que les premiers accords de guitare résonnent. Au milieu de la foule des plus de 40 ans, quelques têtes blondes émergent.

« Les fans rechignent à investir dans de nouveaux engins. » «  Il y a un côté intergénérationnel. On emmène ses enfants aux rallyes, on les initie, ils perpétuent notre culture  », explique Martin "Sticky" Round, ancien rédacteur en chef de Scootering Magazine. Mais l'avenir est incertain : les scooters ne sont

plus du tout bon marché – comptez entre 2 500 et 9 000 euros pour une Vespa retapée. Dans le même temps, les vieux modèles s’épuisent, et ne représentent plus le meilleur moyen pour aller bosser. Enfin, les fans rechignent à investir dans de nouveaux engins plus fiables et moins polluants… En attendant la relève, les pionniers du scooter impressionnent toujours, et pas seulement les filles ! Elisabeth Blanchet

Stone Valley Festival North Stanhope, 28 & 29.06, Castel Park, Complet !, www.stonevalleyfestival.co.uk

à lire / Scooterboys, The Lost Tribe, Martin "Sticky" Round, 228 p., env. 19,50 €, scooterlab.uk


# 22

dossier bière


Brussels Beer Bus

Quoi ma gueuze ? Texte Julien Damien Photo Clément Chopard

Boire ou conduire, il faut choisir. Raison de plus pour embarquer dans le Brussels Beer Bus. Depuis trois ans, Benoît et Vincent Miller invitent les curieux à visiter la capitale belge en sirotant quelques bières brassées sur place, en un peu plus d'une heure. Au programme ? Découverte de monuments et de micro-brasseries iconiques, au sein d'un engin antédiluvien – histoire de se faire mousser.


# 24

A

vant d'embarquer, enfonçons une porte ouverte : c'est en Belgique qu'on déguste les meilleures bibines. D'ailleurs, en décembre, le plat pays détrônait l'Allemagne pour s'imposer comme le premier exportateur européen (avec 15, 8 millions d'hectolitres). « On estime à 10 000 le nombre de marques différentes dans le monde. Un quart d'entre elles sont belges », ajoute Benoît Miller. Question gueuze, notre homme en connaît un rayon. Au point d'imaginer un étonnant parcours touristique. En mars 2016, lui et son frère Vincent ont monté le Brussels Beer Bus, une balade patrimoniale dans Bruxelles somme toute classique, à ceci près qu'elle suit un fil rouge bien précis : la bière.

Rendez-vous est donné Place Royale. Nous nous installons dans une Renault Goélette 404, soit une ambulance datant de la Seconde Guerre mondiale. La dégustation a lieu… à bord. Les alchimistes La première étape est programmée à Laeken, chez En Stoemelings ("en catimini" en bruxellois), tenu par Samuel et Denys. Ici tout est "fait-maison". Ces Bruxellois appartiennent à la vague d'amateurs qui a relancé la production de jus de houblon dans la capitale. Parmi leurs créations, citons la Curieuse Neus, une belge triple à sept degrés, ou la Chick Madame, une blanche plus légère, témoins d'un vrai savoir-faire.


« On comptait jusqu'à 160 brasseries à la fin du xxe siècle, puis tout s'est effondré, raconte Benoît. Mais depuis les années 2000, les micro-brasseries se sont multipliées... ». Les coudées franches Après quelques arrêts au Parc du Cinquantenaire ou près de Sainte Gudule, rendez-vous est pris chez les laborantins du Brussels Beer Project, rue Dansaert. En 2013, Olivier et Sébastien ont fait le pari de « réveiller la bière belge ». On s’y délecte de la Babylone, concoctée à partir de pain fermenté, ou de la Delta IPA, à base de litchi et de fruit de la passion. As du mélange des genres, ils observent ainsi une tradition séculaire. « La diversité a toujours été de mise en

Belgique. Il n’y a jamais eu de loi encadrant la pureté de cette boisson, chacun a pu innover dans son coin », détaille Benoît. Pour exemple, la bonne vieille Kriek. « Les producteurs de cerises de Schaerbeek vendaient leur surplus à dos d'ânes sur la GrandPlace, au xixe siècle. Et les brasseurs ont fait le reste… ». Après quelques levés de coude (modérés....) et anecdotes savoureuses, retour devant la maisonnée du Roi des Belges, qui ne boirait « que de la Maes » selon Benoît. Pour éventer ce secret d’état, il faudra lui demander. Julien Damien

Brussels Beer Bus, départ Place Royale, ven & sam : 14 h 30, 28 €, www.brusselsbeerbus.com Brussels Beer Project : www.beerproject.be En Stoemelings : enstoemelings.be


Brassage culturel à Douai, le Musée de la Chartreuse brasse l'art avec la bière. Peintures, affiches publicitaires, objets d'époque, enseignes… cette exposition raconte en une centaine d'œuvres l'histoire d'une vedette de nos tables. Pour l'occasion, l'ancien couvent a planté 32 pieds de houblon dans son jardin, inventé un super-héros (Super Malt) et même sa propre bière, "L'Amusée". Visite guidée.

# 26

S

uccessivement nommé "boirebouillie", "cervoise", "good ale" ou bière (à partir du xvie siècle), ce breuvage ne date pas d'hier. « Au départ, il s'agit d'une boisson à base de céréales fermentées, très nourrissante, explique Anne Labourdette, la

directrice du musée de la Chartreuse. Son origine remonte sans doute au néolithique, lorsque les peuples se sédentarisent, et donc cultivent ». Elle est aussi évoquée en Mésopotamie, vers 5 000 avant J.-C. La mixture s'invitera ensuite en égypte, en

André Devambez, Les Incompris, 1904, Musée des Beaux-Arts, Quimper © RMN-Grand Palais / Mathieu Rabeau

à boire !


Grèce, à Rome ou chez les Gaulois avant de conquérir le monde. évidemment, son histoire est indissociable de celle des Hauts-de-France. « Le Nord Pas-de-Calais est la deuxième région brassicole de France après l'Alsace ». Bonne pour bébé

The Drinker, 2019 © Karen Eland

Une première brasserie s'installe dans le Douaisis en 1076. « La bière était alors aromatisée avec des herbes ou des épices, et demeurait plus salubre que l'eau de la rivière ». Jusqu'au milieu du xixe siècle coexistent ainsi une trentaine de groupes, comme les Enfants de Gayant, seuls survivants de ces temps bénis, désormais supplantés par les micro-brasseries. Au Musée de la Chartreuse, des photographies, objets d'époque ou vieilles enseignes rappellent cet important passé brassicole. Ce parcours préliminaire est aussi jalonné de publicités cocasses, dont une vante par exemple les vertus galactogènes de la bibine ("nourrissante" pour le nouveau-né…). Pour autant, « le propos principal de cette exposition est de montrer comment les artistes ont représenté la bière », du monastère à la taverne, du champ à l'intimité du foyer. Le bon grain de l'ivresse

Ben, Une bière pour oublier les impôts, 1987, vue d'exposition © Photo Julien Damien

Parmi les pièces présentées dans l'ancien couvent, dont cersuite taines remontent au xvie siècle,


# 28

Francisco Tamagno, Affiche La Bière est nourrissante, 1910 - 1920 © Musée de la Bière de Stenay

on trouve des chopes en ivoire sculpté ou en argent ciselé (témoins d'un véritable art de vivre) et beaucoup de toiles : natures mortes, portraits ou scènes de genre… Dans Les Incompris, le Parisien André Devambez immortalise des artistes déchus avec, au premier plan, Victorine Meurent, exmodèle de Manet (pour Olympia ou Le Déjeuner sur l'herbe) noyant son désarroi dans l'alcool. Plus loin, aux aphorismes décalés du plasticien Ben, ("Une bière pour oublier les impôts"…) répondent les œuvres de Karen Eland.

L'Américaine présente cinq tableaux, tous peints avec de la bière brune et nondénués d'humour (tel ce Drinker, pastichant Le Penseur de Rodin). à déguster sans modération, pour cette fois. Julien Damien Chope au triomphe de Bacchus, Allemagne, xixe siècle © Musée du Petit Palais / Roger-Viollet

Douai, jusqu'au 15.09, Musée de la Chartreuse tous les jours sauf mardi : 10 h > 12 h &14 h > 18 h 4,70 / 2,35 € / gratuit (-18 ans) www.museedelachartreuse.fr à lire / La version intégrale de cet article sur lm-magazine.com


# 30

Aoki

portfolio


Magnus Voll Mathiassen Les lois de l’abstraction Originaire de Drammen, une ville située près d’Oslo, Magnus Voll Mathiassen a étudié à l’Académie des arts et du design de Bergen, avant de revenir sur ses terres natales. S’il n’a jamais vraiment quitté la Norvège, ses illustrations, elles, ont fait le tour du monde. Du New York Times à Google, en passant par Rihanna, les plus grands noms raffolent de son style. Couleurs saturées, trait audacieux, composition minimale... Ses illustrations digitales, souvent des portraits, se détournent de la figuration au profit de peintures abstraites. De Franck Ocean à Björk, ou plus sûrement encore dans cette Extase de Sainte Thérèse, le fondateur du studio MVM sublime ses modèles grâce à des collages épurés, presque psychédéliques. Il aborde chaque œuvre comme une nouvelle expérience, avec un problème visuel à résoudre. « En effet, je ne m’intéresse pas tant au réalisme de l’image qu’aux combinaisons entre les couleurs et les formes. J’utilise une palette vive distinguant chaque élément de la pièce, avant de les assembler. Et au fil des années, mes teintes s’avèrent de plus en plus audacieuses ». Si le Norvégien ne revendique aucune influence (à part David Hockney, qu’il a « tendance à revisiter »), la nature et les musiques actuelles traversent son œuvre. Le hasard aussi. « Cela peut paraître étrange, mais je ne trace jamais de croquis avant de dessiner, confie l’intéressé. Je me laisse guider par mon processus de création et les accidents ». Plutôt heureux, avouons-le. Julien Damien à visiter / themvm.com à lire / L’interview sur lm-magazine.com


Bjรถrk (The New Yorker)


Sans titre (art mural / Spaces Oslo)


Kyss


Robyn (D2 magazine)


Skull


Ecstasy of Saint Theresa


Rotterdam 1 CÂŒterby Folk tone

Oo€ende

Dover

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Houth en-Hel„teren

5 12 D sel Perk 32 26 17 Wer„ter 20 Gent Zottem 28 11 Houthem 2210 13 Blleul 29 Ton 72 27 Lie Mons 10 4 23 18La Louviere Bethune 19 30 Hensi 3 24 Oigni Nam Lens 33 Do Brug

Dunkerque

C s

16

Hilvarenbeek

Bruxell

cologne

Lille

31 15Ars

14

6 Amiens 8

Rouen

luxembourg 25 Tilloloy Compiegne 21 Septmonts

9

Creil

Paris

# 38

Spa

Maubeu 34 Aulye-Ay i

35 Charleville-Mezier


Dossier spécial festivals Part 1

juin 2019

1 – B  est Kept Secret, Musique jusqu'au 02.06, Hilvarenbeek, p. 40

19 – Spa Heroes Tribute & Heroes 80, Musique, 27 > 30.06, Spa, p. 66

2 – Wazemmes l'Accordéon, Musique jusqu'au 09.06, Lille, p. 40

20 – Rock Werchter, Musique 27 > 30.06, Werchter, p. 68

3 – La Constellation imaginaire, Arts de rue 04 > 15.06, Bassin Minier, p. 42

21 – Pic'Arts, Musique 28 & 29.06, Septmonts, p. 66

4 – Latitudes Contemporaines, Danse 05 > 28.06, Lille, Courtrai, Douai…, p. 46

22 – Couleur Café, Musique 28 > 30.06, Bruxelles, p. 70

5 – Extrema Outdoor, Musique 07 > 09.06, Houthalen-Helchteren, p. 44

23 – Festival au Carré, Pluridisciplinaire 28.06 > 07.07, Mons, p. 72

6 – F  estival de Jardins & Hortillonnages, Arts & jardins, 07.06 > 20.10, Amiens, p. 48

24 – Les Rutilants, Pluridisciplinaire 29.06, Oignies, p. 74

7 – Lille Piano(s) Festival, Musique 14 > 16.06, Lille, p. 50

25 – Rétro C Trop, Musique 29 & 30.06, Tilloloy, p. 74

8 – L  a Rue est à Amiens, Arts de rue 14 > 16.06, Amiens, p. 52

26 – Gent Jazz, Musique 29.06 > 09.07, Gand, p. 76

9 – Creil Colors, Musique, 16.06, Creil, p. 52

27 – Les Ardentes, Musique 04 > 07.07, Liège, p. 78

11 – Fête de la Musique à Bruxelles, Musique, 20 > 23.06, Bruxelles, p. 58 12 – Graspop, Musique 21 > 23.06, Dessel, p. 56 13 – J'veux du Soleil, Musique 21 & 22.06, Houthem & Comines, p. 58 14 – Minuit avant la Nuit, Musique 21 > 23.06, Amiens, p. 62 15 – Faites de la Chanson, Musique 21 > 29.06, Arras, p. 60 16 – Openluchttheater Rivierenhof, Musique 21 > 01.09, Deurne (Anvers), p. 58 17 – La Bonne Aventure, Musique 22 & 23.06, Dunkerque, p. 64 18 – ARTour, Arts visuels 23.06 > 08.09, La Louvière, p. 66

28 – Rock Zottegem, Musique 05 & 06.07, Zottegem, p. 80 29 – En Nord Beat, Musique 05 & 06.07, Bailleul, p. 82 30 – Roots Reggae Festival, Musique 05 > 07.07, Hensies, p. 80 31 – Main Square, Musique 05 > 07.07, Arras, p. 84 32 – Paradise City, Musique 05 > 07.07, Perk, p. 86 33 – Dour Festival, Musique 10 > 14.07, Dour, p. 87 34 – Les Nuits Secrètes, Musique 26 > 28.07, Aulnoye-Aymeries, p. 87 35 – Cabaret Vert, Musique 22 > 25.08, Charleville-Mézières, p. 87

Couleur Café 2018 © Leen van Laethem

10 – Refugee Food Festival, Fooding 20.06, Lille & Bruxelles, p. 54


Wazemmes

l'Accordéon

Ukuleleboboys © Matthias Bosch

musique

Après avoir accueilli Arno ou Adamo en mai, le "Wazlac", certifié brindezingue depuis 1992, continue de répandre sa bonne humeur à Wazemmes. Avant de danser avec la diva mexicaine Alejandra Robles, cette "édition spatiale" convie 12 groupes dans 12 bars du quartier, une bière "Wazemmes l’Accordéon" dans la paume (hic). Histoire de perdre les calories engrangées, on enfourche son vélo pour suivre la Caravane Vanne, de la gare SaintSauveur à Templeuve. Au programme : promenades et flonflons ! J.D. Lille, jusqu'au 15.06, maison Folie Wazemmes, Le Grand Sud, Gare Saint-Sauveur, Place Casquette, Parc Matisse et divers lieux, 1 concert : 10 € > gratuit, www.flonflons.eu Sélection : 01.06 : 12 bars = 12 groupes, Rodéo Spaghetti, Turfu, Zaraf Guili, Gibraltar 02.06 : La Caravane Vanne // 08.06 : Alejandra Robles, Les Caméléons // 09.06 : Village W de Wazemmes l’Accordéon // 15.06 : Clôture du festival avec Les Mariatchoum…

# 40

Le mois passé, on évoquait ce jardin pas si secret fréquenté par Kraftwerk, Lizzo, Toro Y Moi et John Grant... sans réserver une seule ligne à nos déglingués préférés : Fat White Family ! Et bien voilà, c'est fait. Profitons-en pour recommander, en vrac, le retour inespéré de Stereolab, l'electro pétrie de hip-hop d'Yves Tumor ou la rappeuse Princess Nokia. On saluerait bien les prestations de Charlotte Gainsbourg ou Bon Iver, mais on se dit que vous les avez déjà repérés... Non ? J.D. Hilvarenbeek, 31.05 > 02.06, Beekse Bergen, ven : 14 h, sam & dim : 12 h, 1 j. : 85 / 80 €, 3 j. : 157,50 / 152, 50 €, bestkeptsecret.nl Sélection : 31.05 : Bon Iver, Charlotte Gainsbourg, DJ Koze, Spritualized, Stereolab, John Grant, Primal Scream 01.06 : Kraftwerk 3D, Cigarettes After Sex, Mac DeMarco, Fat White Family, Toro Y Moi, Yves Tumor // 02.06 : Christine and The Queens, Interpol, Kurt Vile, The Raconteurs, Kate Tempest, Lizzo, Princess Nokia

Fat White Family, BKS 2014 © Melanie Marsman

Best Kept Secret Festival


# 42

Lignes ouvertes, Cie Basinga Š Jean-Marc Fedrigo


arts de rue

La Constellation

Imaginaire

Les acrobates s’échauffent, les conteurs vocalisent, les marionnettistes soignent leurs pantins… Et tous sont attendus dans le bassin minier, de Cuinchy à Annezin. Chacun à leur manière, ces artistes illuminent une "Constellation" itinérante, placée cette année sous le thème du fil. On vous aiguille ? Entre déambulations, fêtes de quartier et projets impliquant les habitants, aucune édition de ce festival des arts de la rue ne se ressemble. En plus d’inclure Norrent-Fontes au parcours, cette cinquième Constellation imaginaire offre dans le centre-ville de Lens des propositions « plus spectaculaires que jamais », insiste le directeur de Culture Commune, Laurent Coutouly. Parmi cette trentaine de spectacles joués dans l’espace public, citons celui de Chloé Moglia. Dans La Spire, six femmes escaladent trois boucles monumentales de 7 m de haut. Tout aussi vertigineux, Lignes ouvertes (compagnie Basinga), propulse une funambule à 25 m du sol, entre l’église, « notre patrimoine historique », et une grue, « symbole de notre territoire qui se transforme ». Drôles de bobines Au propre comme au figuré, la thématique du fil traverse cette édition. Dans Pull over, L'Embellie musculaire détricote un hit de nos placards à travers une fable dansée – et force circonvolutions. Hesdigneul-lès-Béthune, Pendant ce temps-là, Arthur Ribot et Victor Norrent-Fontes, Cuinchy, 04 > 08.06, divers lieux Belin tressent en temps réel des poèmes musi- Annezin, en ville + Lens, 14 & 15.06 caux, en fonction des commentaires du public. divers lieux en ville, gratuit www.culturecommune.fr Vous en voulez encore ? Posez donc le coude 04 > 08.06 : Cie 2L sur le comptoir pour écouter Biquette (2L au Sélection : au quintal : Biquette, Arthur Ribot quintal), narrant ses tracas depuis son canapé. et Cie Art&co : Le concert dont vous êtes l'auteur, Cie L'Embellie Fière représentante du « théâtre de terrasse », musculaire : Pull over, La Générale EuropeS // 14 & 15.06 : elle n’a pas son pareil pour tisser du lien... et d’imaginaire : Cie Basinga : Lignes ouvertes, Cie bigre ! : Boum boum cosmos, filer la métaphore ! Marine Durand Cie Rhizome et Chloé Moglia : La Spire, La Roulotte ruche : Giorgio Harmonie


Extrema

musique

# 44

© Leyla Hesna

Outdoor

Fondé en 1992 aux Pays-Bas, en pleine folie gabber, Extrema Outdoor s'est décliné en Belgique à partir de 2011. XO (pour les intimes) s'est alors peu à peu imposé comme le cousin estival d'I Love Techno, soit une étape obligée pour tout amateur de BPM, de grands espaces et de marathon. Pour cause : se produisent ici plus de cent artistes éparpillés sur sept scènes ! Les amoureux du clubbing intimiste s'abstiendront, pas les familiers du jusqu'au-boutisme diurne (euh, oui, les afterparties s'achèvent officiellement à seulement 3 heures HouthalenHelchteren, du matin…). Reste donc, au cœur de la forêt et à 07 > 09.06, site du festival deux pas d'un lac, à se régaler des sets de quelques (Binnenvaartstraat) ven : 17 h, sam & dim : 12 h, valeurs sûres tels Richie Hawtin, Michael Mayer 1 jour : 62,50 € (sam & dim) > 42,50 € (ven), pass ou encore Loco Dice. Peu réputé pour sa tiédeur, le 3 j : 102.50 €, pass 3 j + : épuisé ! résident de Düsseldorf marie à merveille techno de afterparties www.extrema.be Detroit et rigueur germanique. Et puis ça fait un petit Sélection : 07.06 : moment qu'on n'a pas vu Tiga sur scène. On est donc Jennifer Cardini, Monika Kruse, Sven Väth… curieux de découvrir ce que l'un des DJ les plus glam 08.06 : Mathew Jonson, des années 2000 nous réserve. On pourrait encore Weval, Jungle By Night, Amelie Lens, citer la classe incarnée de Tale Of Us, les échappées Chris Liebing, Rødhåd, Claptone, Stephan Bodzin, modernes de Damian Lazarus, l'éloge de la violence Recondite, Loco Dice, esthétique par Ben Klock ou Amelie Lens… Nous DJ Tennis… 09.06 : Ben Klock, Marcel aurions à peine fait le tour d'une programmation riche Dettmann, Paula Temple, Tale of Us, Amelie Lens, en grands noms et en surprises. Mais là n'est d'ailleurs Richie Hawtin, Pan-Pot, pas le but, car l'expérience transcende l'énumération. Damian Lazarus, Michael Thibaut Allemand

Mayer, Kerri Chandler, Tiga & Kölsch…


Radio Vinci Park de Francois Chaignaud et Théo Mercier © Erwan Fichou

# 46


danse

Latitudes Contemporaines

Défricheur, ce festival dédié aux arts vivants repousse toutes les frontières depuis 2003. Entre figures de la scène actuelle et jeunes artistes, Latitudes Contemporaines explore de "nouveaux territoires", cette fois en musique et dans des lieux hors norme. On l’aura compris, ce festival n’est pas du genre à se reposer sur ses lauriers. Coordonné par 12 structures établies de part et d’autre de la frontière franco-belge, « il investit cette fois des lieux atypiques », relève la directrice artistique, Maria-Carmela Mini. Trio pour danseur, motard et clavecin, Radio Vinci Park de François Chaignaud et Théo Mercier nous emmène ainsi dans… le parking de Lille Grand Palais ! étoffant son volet musical, cette édition s'invite aussi à l’église Sainte-Marie-Madeleine pour une sieste acoustique (avec Seb Martel & Bastien Lallemant), ou dans la serre équatoriale du jardin des plantes – et un DJ set de Barbara Carlotti et Prieur de la Marne. La possibilité d'une île Toutefois, les corps restent au cœur du programme. Singuliers chez La Ribot (Happy Island), qui sublime le handicap de ses cinq interprètes. Jubilatoires chez les Brésiliens d’Alice Ripoll, dans une chorégraphie (Cria) magnifiant une danse née dans les favelas, le passinho, mêlant hip-hop et samba (entre autres). Si Lisbeth Gruwez, Maguy Marin et Miet Warlop sont de la partie, la jeune génération n'est pas en reste. Citons par exemple Silke Huysmans et Hannes Dereere, qui s'intéressent à une petite île du Pacifique, en pleine faillite écologique et économique, via un spectacle documentaire à l'image de ce festival : avant-gardiste et engagé. Marine Durand

Métropole lilloise, Douai & Courtrai, 05 > 28.06, divers lieux 1 spectacle : 23 > 3 € (performances gratuites), pass : 10 € (offre tous les spectacles au tarif réduit de 7 €) latitudescontemporaines.com Sélection : 05.06 : François Chaignaud & Théo Mercier : Radio Vinci Park // 05 & 06.06 : Laetitia Dosch : Hate, tentative de duo avec un cheval // 08.06 : Barbara Carlotti & Prieur de la Marne 08 & 09.06 : Seb Martel & Bastien Lallemant : Sieste acoustique 12 & 13.06 : La Ribot & Dançando com a Diferença : Happy Island 15.06 : Lisbeth Gruwez : The Sea Within, Miet Warlop : Ghost Writer and the Broken Handbreak 18.06 : Alice Ripoll : Cria 19 & 20.06 : Maguy Marin : Ligne de crête // 26.06 : Fishbach 27.06 : Silke Huysmans & Hannes Dereere : Pleasant Island…


D

epuis plus de deux millénaires, les Hortillonnages d'Amiens regroupent un ensemble de jardins flottant dans un dédale de 65 km de canaux. Sous les mains expertes de l'association Arts & Jardins Hauts-de-France, ce site d'exception se transforme depuis maintenant dix ans en musée à ciel ouvert. Au fil de 260 hectares, ces îlots ou étangs accueillent tout l'été une cinquantaine d'installations. Signées de jeunes artistes contemporains, ces créations originales promettent une balade artistique singulière – à pied, ou le must : en barque ! Les Hortillophones de Raphaëlle Duquesnoy, par exemple, s'offrent comme des machineries acoustiques amplifiant le paysage sonore (le chant du Troglodyte mignon, le cri Amiens, 07.06 > 20.10 du Grèbe huppé…). Plus loin, dans La Pépinière des Hortillonnages (île aux chiffonniers du Collectif ATER, des déchets stimulent Fagots, presqu’île Robinson, étang de Rivery, étang de la croissance des plantes : ici des bouteilles et sacs en Clermont), à pied : gratuit, en barque (parcours de plastique forment une serre, là le verre recueille l'eau 2 h 30) : 19 € (1 ou 2 pers.), de pluie… Plus poétiques, les Cabotans maraîchers 23 € (3 / 4 pers.), 27 € (5 / 6 pers.) de Stéphane Larcin et Baptiste Demeulemeester Accueil au Port à fumier à Camon (07.06 > 01.09), reçoivent le visiteur-explorateur dans un théâtre de mar > ven : 13 h 30 > 19 h, plein air végétal. Bienvenue dans un jardin secret sam & dim  : 10 h > 19 h +33 (0)6 78 53 55 92 labyrinthique, où la Nature se donne en spectacle. www.artetjardins-hdf.com

Julien Damien

Festival international de Jardins Hortillonnages Amiens Atelier de l'Ours © Yann Monel

# 48

arts & jardins


Lille Piano(s)

musique

© Ugo Ponte / ONL

# 50

Festival


Du jazz à l'electro, en passant par le tango, le classique... Lille Piano(s) Festival célèbre depuis 15 ans toutes les musiques – et tous les claviers. Touche d'émotion supplémentaire : Jean-Claude Casadesus assure pour la dernière fois la direction artistique de ce rendez-vous éminemment populaire. C'est en 2004 que naquit ce festival, soit l'année où Lille fut désignée capitale européenne de la culture. Hasard du calendrier, cette édition (forcément) spéciale coïncide avec la tenue d'Eldorado, triennale pérennisant cet esprit artistique et festif. Aujourd'hui, les maîtres-mots sont les mêmes : « Ouverture et diversité », assure Jean-Claude Casadesus. « Depuis 15 ans, ces concerts ont accueilli plus de 200 000 personnes, notamment des jeunes et des non-abonnés. Ce festival reste sans équivalent au nord de Paris », soutient le directeur artistique. Fêtes et légendes Une fois encore, le rendez-vous honore moult formats, du ciné-concert au récital en passant par le spectacle musical, comme cette proposition d'ÉricEmmanuel Schmitt consacrée à Chopin. Surtout, on célèbre ici tous les claviers : vibraphone, clavecin, accordéon, synthétiseurs et, pour la première fois, l'orgue. Notons ainsi la présence Lille, 14 > 16.06, Nouveau Siècle, Gare Saint-Sauveur, Notre-Dame de la Treille, de Rhoda Scott, légende vivante Conservatoire, Palais des beaux-arts, Abbaye de l’orgue Hammond (elle a joué de Vaucelles, Musée départemental Matisse du Cateau-Cambrésis, 1 concert : 24 € > gratuit, avec Ray Charles ou Ella Fitzgerald, pass festival : 10 € (tous les spectacles au tarif réduit), www.lillepianosfestival.fr toujours pieds nus !) ou encore celle : 14.06 : Concert d’ouverture d’Olivier Latry, organiste de Notre- Sélection avec l'ONL (dir. Jean-Claude Casadesus) : Dame de Paris, ici à l'œuvre à Notre- Liszt - Concerto pour piano n°1 (piano : Louis Schwizgebel) + Saint-Saëns - Concerto n°5 Dame de la Treille. Parmi les têtes L’Égyptien (piano : Bertrand Chamayou) : Ensemble Kheops & Bruno Coppens : d’affiche, Thomas Enhco et la percus- 15.06 Le Carnaval des animaux, Nelson Freire, Quator sionniste bulgare Vassilena Serafimova Tana & Momo Kodama // 16.06 : Éric-Emmanuel Schmitt, Nicolas Stavy & Pascal Faber : reprennent des classiques (de Mozart Madame Pylinska et le secret de Chopin, Rhoda & Jacky Terrasson, Quator Tana & Momo à The Verve) tandis que des artistes Scott Kodama, Ciné-concert : Le Cabinet du docteur Caligari, Thomas Enhco & Vassilena Serafimova, mexicains (le très jazzy Alex Mercado) Olivier Latry, Concert de clôture avec l'ONL s'invitent à la fête. Françoise Objois (dir. Jean-Claude Casadesus) : Brahms Concerto pour piano n°2 (piano : Nelson Freire)


La Fabrique Fastidieuse © Christophe Raynaud de Lage

arts de rue

La Rue est à

Amiens

Mis sur pied par le Cirque Jules Verne en 1978, ce temps fort transforme les places ou ruelles d'Amiens en théâtres à ciel ouvert. Ce sont par exemple Les Batteurs de pavés qui triturent les grands classiques de la littérature dans la rue, de Germinal à Hamlet. Entre autres déambulations, clowneries et acrobaties, citons Aurora. Au cœur de la citadelle, ce spectacle initie une danse entre quatre chevaux et une cavalière, au rythme de chants nomades. Un moment de grâce à l'image de ce festival : débridé. J.D. Amiens, 14 > 16.06, places Longueville, Gambetta et divers lieux en ville, gratuit, www.larueestaamiens.com Sélection : 14.06 : Les Batteurs de pavés : Germinal, Les Chevaux célestes : Aurora 14 & 15.06 : Garniouze Inc.: Je m'appelle // 15.06 : Les Batteurs de pavés : L'Histoire de la princesse Courage + Le Conte abracadabrant, Le Cirque inachevé : IWanDé // 15 & 16.06 : La Générale d'imaginaire : EuropeS, Kudsak : La Traversée du glacier // 16.06 : Les Batteurs de pavés : Hamlet...

# 52

Entre les poids lourds de l'été, ce rendezvous tire son épingle du jeu grâce à un cadre intimiste et verdoyant, niché au milieu de l'Oise : l’île Saint-Maurice. Gratuite et en plein air, cette soirée n'a pas à rougir de l'effervescence parisienne toute proche. à Louis Bertignac, qui revisite en français les classiques de Bob Dylan ou des "pierres qui roulent", on préfèrera toutefois Femi Kuti. Le fils de Fela perpétue l'héritage afrobeat en défendant un 11e album engagé – et engageant. J.D. Creil, 16.06, Île Saint-Maurice, 17 h, gratuit, www.gam-creil.fr Programme : Louis Bertignac, Femi Kuti, Old Mooshine Band, Dabkeh Dancers

musique

Femi Kuti © Optimus Dammy

Creil Colors


© Natalie Hill fooding

Refugee Food

# 54

Festival

Lille et Bruxelles remettent le couvert en accueillant la 4e édition du Refugee Food Festival. Si ces deux villes n'y participent que depuis deux ans, le succès fut immédiatement au rendez-vous. Le principe ? Des restaurants ouvrent leurs cuisines aux "exilés", les laissant concocter le menu de leur choix. L'an passé, on a ainsi mangé surinamien au Cirque, dans la capitale des Flandres, ou iranien au Mess, à Etterbeek. Depuis Cape Town jusqu'à New York, en passant par Copenhague ou Madrid, le service est assuré durant la semaine du 20 juin, soit la journée mondiale des réfugiés. Marine Mandrila et Louis Martin, deux globe-trotters amateurs de bonne chère et de voyages, ont ainsi remporté leur pari. Mariant humanisme et gastronomie, leur banquet planétaire révèle moult saveurs tout en changeant le regard porté sur les déracinés. Il favorise en outre leur insertion professionLille & Bruxelles nelle. Partager un bon repas n'est-il pas le meilleur Semaine du 20.06 Divers restaurants et tarifs moyen de se rencontrer ? Emma Van Ceunebroeck-Bréant refugeefoodfestivals.com


Metal Meeting

© Tim Tronckoe

Graspop

musique

# 56

à quelques encablures d’Anvers, se tient chaque mois de juin une étrange procession. Des hordes de chevelu(e)s avides de décibels (plus de 200 000 l’an passé) envahissent la prairie du Boeretang, toute langue dehors et les doigts en signe de cornes. Oui, le metal est affaire de religion et, depuis un quart de siècle, le cousin belge du Hellfest en accueille les principaux dévots. Parmi eux, Lynyrd Skynyrd. Originaires de Jacksonville, ces Américains demeurent des hérauts du rock sudiste, soit un héritage blues et country électrifié par plusieurs guitaristes solistes. Dans le même genre, les Californiens goguenards d’Eagles of Death Metal perpétuent (pastichent ?) cette belle tradition – pack de bières dans le coffre du Dessel, 21 > 23.06 pick-up. Comme souvent, le Graspop appâte les té- Site Boeretang, jeu : 14 h, ven : 11h, 99 € nors du genre. Ainsi, en haut de l’affiche, on retrouve sam & dim : Complet !, Slash, Slayer, Slipknot, Gojira ou le machiavélique pass épuisé !, graspop.be Rob Zombie (on ne les présente plus, si ?). Un peu de Sélection : 21.06 : Glenn Hughes sang frais reste donc salutaire. En cela, la présence performs Classic Deep Purple Live, Lynyrd de Carpenter Brut étonne. Et démontre le bel esprit Skynyrd, Within Anthrax, d’ouverture du GMM, le Poitevin s’illustrant davan- Temptation, Slayer, Eagles of Death tage derrière les synthés, en fusionnant techno et Metal, Stone Temple Pilots, Carpenter Brut… musiques du Diable (il nomme ça « metal dance »). 22.06 : Slash, Slipknot, Ministry… En guise d'apothéose, Kiss (qui chercha à breveter Clutch, 23.06 : Gojira, Whitesnake, ledit signe des cornes) rappelle à tous qui est le (saint) Def Leppard, Kiss, Inglorious, Delain, Flames, patron des metalleux – Yeahhhh! Julien Damien Rob Zombie, Sabaton, Cradle of Filth…


Openluchttheater © Levien Priem

Fête de la Musique

Openluchttheater

La fête de la musique n'est pas toujours tendre avec nos oreilles... à Bruxelles (et partout en Wallonie), on prend la chose très au sérieux. Au Parc du Cinquantenaire, entre jardins et monuments, quatre scènes dévoilent de savoureux "produits locaux" (le duo r'n'b Juicy, les rappeurs de L'Or du Commun), quand l'icône dub Lee Scratch Perry achève de nous convaincre de la pertinence de l'endroit.

Niché dans un parc de 132 hectares, ce "théâtre à ciel ouvert" reçoit tout l'été des légendes vivantes ou en devenir. En attendant Gilberto Gil ou la Cubaine Omara Portuondo, on patiente avec le "slowcore" de Low, et surtout l'immense Mavis Staples. à 80 ans, cette grande voix de la soul (Respect Yourself, I'll Take You There) revient avec un nouvel album (Change), et ne compte pas se mettre au vert.

Bruxelles & Wallonie, 20 > 23.06 Parc du Cinquantenaire et divers lieux, sam : 17 h gratuit, www.conseildelamusique.be 22.06 : Stikstof, L'Or du Commun, Le 77 // 23.06 : Lee Scratch Perry, Dead Man Ray, Juicy, Comète

Deurne, 21.06 > 01.09, Openluchttheater 1 concert : 46 € > gratuit, www.oltrivierenhof.be Sélection : Mavis Staples, Wolfmother, Low, The Cinematic Orchestra, L.P., Tindersticks, Dead Man Ray, Pink Martini, Gilberto Gil, Omar Souleyman...

Bruxelles-Wallonie

Rivierenhof

J'veux du Soleil

# 58

Entre deux grosses machines estivales, on se pose, peinards, dans des salles à taille humaine. Certes, ce n'est pas l'affiche la plus garnie, mais pas la moins séduisante. Organisé par des bénévoles, ce festival accueille le roi de l'electro syrienne, Omar Souleyman, ou Voilaaa, pionnier de l'afro-disco. Le tout pour un tarif raisonnable. Eh oui, c'est vous qui le fixez. Houthem & Comines, 21 & 22.06, Sporthall & Nautilys, ven : 17 h, sam : 20 h 30, ven : prix libre, sam : 5 €, www.jveuxdusoleil.com Sélection : 21.06 (Houthem) : Omar Souleyman, Voilaaa, Les Rappeurs en carton, Alek et les Japonaises, Rachid Selekta & Junior MC… // 22.06 (Comines) : Max'1 & The Rootsmaker, Natty Jean


Jane Birkin © Carole Bellaiche

musique

Faites

de la Chanson

# 60

Dédié à la chanson francophone sous toutes ses formes, ce rendez-vous célèbre sa 15e édition sous le haut-patronage de… Jane Birkin ! La muse du grand Serge revisite 21 titres d'un immense répertoire (L'Aquoiboniste, La Gadoue, Valse de Melody, Jane.B…) avec un orchestre symphonique de 60 musiciens, en l'occurrence issus du conservatoire d'Arras. Tout aussi "classieux", pour reprendre un néologisme de l'homme à tête de chou, le duo dandy electropop Weekend Affair rend également hommage à la langue de Molière – à la sauce disco. On aurait pu évoquer les Sénégalais de Touré Kunda, pionniers de la grande sono mondiale dans les seventies (souvenez-vous : E'mma Africa), mais ce serait oublier la grande vedette de la manifestation : vous, pardi ! Comme chaque année, ce festival vous invite à monter sur scène pour interpréter votre morceau préféré, accompagnés par des professionnels – en dansant la Javanaise ? Julien Damien

Arras, 21 > 29.06 divers lieux (Hôtel de Guînes, Casino, Théâtre d’Arras, Le Pharos, La Ruche - Université d'Artois…), 1 concert : 35 € > gratuit (concert dans la cour de Hôtel de Guînes : gratuit), soirée inaugurale avec Jane Birkin : 35 / 25 € www.didouda.net Sélection : 21.06 : Faites de la chanson, Oui ! Vous ! 22.06 : Soirée inaugurale Birkin / Gainsbourg : le symphonique 23.06 : Grand format (une création Di Dou Da), L’eau à la bouche (Jazz Quartet "Gainsbourg") // 24.06 : La Bricole, Nicolas Moro 25.06 : Suzane + Jeanne Rochette // 26.06 : Birds of Dawn, Trenet à trois 27.06 : Weekend Affair, Touré Kunda 28.06 : Les Amis De La Lune, Ismaël Métis + La Maja // 29.06 : Grand Bal de clôture (Zazuzaz & Mambo Palladium)


musique

Balthazar © Thomas Nolf

Minuit

# 62

avant la Nuit

Minuit avant la Nuit inaugure sa deuxième édition. On peut donc parler de tradition pour ces flibusteries. En débutant par une soirée gratuite, La Lune des Pirates rappelle sa vocation de médiation et de partage. Elle ne se moque pas du monde non plus, en conviant les folkeux Canadiens de Foxwarren et surtout Jaune, alias Jean Thévenin. Homme de l'ombre (derrière Melody’s Echo Chamber, Hopper…), ce musicien multicartes sert une pop luxuriante et chamarrée, aux doux reflets électroniques – bref, un grand nom dès l'abordage. Derrière, le Parc Saint-Pierre offre une belle vue sur les Hortillonnages (voir page 48) et accueille la fine-fleur de la scène contemporaine en variant les esthétiques. Amiens, 21 > 23.06 Chaque soirée joue les équilibristes, conviant l'or- Lune des Pirates & Parc Saint-Pierre, ven : 20 h 30, fèvre Andrew Bird et les potaches funk de Weekend sam : 17 h 30, dim : 16 h, jour : 20 / 17 €, Affair. Tandis que l'écorchée vive Aloïse Sauvage 1pass 2 jours : 35 / 30 € /  gratuit (-12 ans et le 21.06) redessine les contours de la pop des années 2010, www.minuitavantlanuit.fr Balthazar se pose en héritier d'un savoir-faire belge Sélection : 21.06 : qui n'est plus à démontrer. On n'oublie pas au passage Foxwarren, Jaune (Lune les psyché proprets de Temples ou le blues synthé- des Pirates, gratuit) 22.06 : Balthazar, tique de Johan Papaconstantino (pas sans rappeler Odezenne, Andrew Bird, Aloïse Sauvage, Boy Chaton). Ce Marseillais de 26 ans, peintre à ses heures Azooga, Oktober Lieber, perdues, marie rébétiko et rap autotuné, soit une mu- Weekend Affair, Roxaane (Parc Saint-Pierre) sique populaire grecque à des productions modernes. 23.06 : Temples, Caballero & JeanJass, Kero Kero Une auberge espagnole ? Sans aucun doute. Mais ici, Bonito, Last Train, Johan Papaconstantino, Mauvais l'expression n'a rien de péjoratif. Thibaut Allemand Œil, Structures, Nouveaux Climats (Parc Saint-Pierre)


Parcels Š Philippe Jarrigeon

# 64


musique

La Bonne

Aventure

Ah, Dunkerque. Son carnaval, ses plages de sable fin, ses moules-frites… et La Bonne Aventure, pardi ! En seulement deux éditions, le petit frère des Nuits Secrètes (qui fête ses 18 ans le mois prochain) s'est imposé comme un incontournable parmi les "beach festivals" bordant la Mer du Nord. Et ça n'a rien d'illogique… C'est vrai, dans la cité de Jean Bart, « on a le sens de la fête », rappelle Olivier Conan, le fondateur de l'événement. Toutefois, ces prédispositions à la guinche n'expliquent pas à elles seules le succès croissant de ce rendez-vous – comptez 35 000 festivaliers l'an passé. Le décor, sans doute, y est aussi pour quelque chose. La plage de Malo-les-Bains, transformée en dancefloor à ciel ouvert, demeure assurément l'un des plus charmants coins de sable du littoral. Le vent en poupe Mais La Bonne Aventure a surtout imposé un concept, un style qui a déjà fait ses preuves à Aulnoye-Aymeries. Jugez plutôt : une grande scène gratuite (Feu! Chatterton, Charlotte Gainsbourg, Parcels, excusez du peu), un "klub" vibrant jusqu'à l'aube (enflammé par Boys Noize, entre autres artificiers), un front de mer parsemé de food-trucks, Dj sets, performances ou installations. Et puis, bien sûr, des parcours secrets - on prend le bus (ou même son vélo !) vers Dieu sait où pour écouter Dieu sait qui. En somme ? Un festival familial ET pointu… un Dunkerque grand littoral peu à l'image de Meute, attendu dimanche. 22 & 23.06, Plage de Malo-les-Bains & Kursaal, 12 h > 00 h Cette fanfare hambourgeoise reprend avec Grande scène : gratuit, Parcours 8 €, Klub : 10 € (01 > 04 h) force cuivres des classiques house et techno secret : www.labonneaventurefestival.com (de Laurent Garnier à Trentemøller), organiSélection : 22.06 : Georgio, sant la rencontre entre cultures populaires et Feu! Chatterton, Parcels, Charlotte Gainsbourg, Boys Noize, Francois X contemporaines. Julien Damien 23.06 : Groundation, Meute, Therapie Taxi, Underground System


Fakear © Fraser Taylor

ARTour

Festival Pic'Arts

D'un temps à l'autre

Depuis 1998, ce festival pose ses amplis à Septmonts, au pied d'un donjon datant du xive siècle. La caisse de résonance idéale pour les nappes enchanteresses de Fakear ou le flow mélancolique de Gringe. Pendant que les enfants découvrent les jeux du village associatif, les (grands-) parents se rappellent de bons souvenirs devant Bernard Lavilliers ou Julien Clerc. La vie de château, quoi !

Conjuguant patrimoine et art contemporain, cette biennale investit les châteaux ou musées de la région du Centre. Après la notion de collection, la 12e édition s'intéresse au temps. Inspiration majeure des artistes ou penseurs, ce sujet ô combien poétique se décline en moult expositions, telle Bientôt déjà hier, au Centre de la gravure et de l'image imprimée (voir page 115).

Septmonts, 28 & 29.06, Parc du Donjon ven : 16 h, sam : 13 h 30, 1 jour : 45 / 36 €, pass 2 jours : 56 / 47 € / gratuit (-6 ans), festival-picarts.com Sélection : 28. 06 : Bernard Lavilliers, Fakear, Hocus Pocus // 29.06 : Gringe, Groundation, Julien Clerc, Salut c'est cool, Trois Cafés Gourmands…

La Louvière et région du Centre 23.06 > 08.09, divers lieux et tarifs www.cestcentral.be

Spa Heroes Tribute Festival & Heroes 80

# 66

Le Spa Heroes Tribute, on connaît : des reprises de tubes (signés Led Zeppelin, Bowie…) par les plus fameux tribute band de la planète. La nouveauté se joue la veille avec la première édition du Heroes 80. à l'affiche cette fois, des artistes originaux issus des âges (obscurs) du Top 50, avec Lio, Partenaire Particulier voire ce bon vieux Plastic Bertrand. Pas de doute : ça plane pour lui ! spa Heroes Tribute Festival : Spa, 28 > 30.06, Parc de 7 Heures, ven : 17 h, sam & dim : 13 h, 1 jour : 27 €, pass 3 jours : 37 €, www.spatribute.be sélection : 28.06 : Elton John by Eltonology // 29.06 : Led Zeppelin by Letz Zeppelin, Kiss by Kiss Forever Band, Prodigy by Prodigy XL // 30.06 : Renaud by Mister Renaud, D. Bowie by Stay, M. Jackson by Jackson One Heroes 80 : Spa, 27.06, Parc de 7 Heures, 18 h, 29,99 €, heroes80.be sélection : DJ Set 80's, J.L. Lahaye, Ottawan, Plastic Bertrand, Lio, Alec Mansion, Partenaire Particulier, Raft, set 80's avec Oli Soquette


Rock Werchter

Et dire qu'en 1975, un petit public audacieux ralliait une vaste plaine, du côté de Louvain… En 2019, c'est par voitures, cars ou trains que des dizaines de milliers de mélomanes se précipitent au même endroit (ou presque) pour assister à près d'une centaine de concerts. à l'affiche, des légendes pluriséculaires côtoient des artistes qui squattent le sommet des charts. Thibaut Allemand

© Nick Wilson

musique

# 68

New Order Si Ian Curtis avait survécu, Joy Division aurait-il fini comme The Cure ? Avec des "si", on mettrait Manchester en canette. New Order, c'est l'histoire de quatre clampins à la fois totalement ahuris et profondément géniaux. Entre 1983 et 1989, ces gugusses ont révolutionné la pop s'en même s'en rendre compte – trop occupés qu'ils étaient à courir les clubs, de New York à Ibiza. L'un d'eux, Peter Hook, a conté leur épopée dans un bouquin hilarant, émouvant. Manque de bol, il ne fait plus partie de la bande. Qui continue sans lui. Est-ce la même chose ? Plus vraiment. Mais on cède à la Temptation. Sans aucun Regrets.


Beirut Si l'on cédait aux clichés, on évoquerait un homme aux semelles de vent. Mais comme on a gardé un bon souvenir de notre conseiller d'orientation (ses rendez-vous empiétaient toujours sur les maths), on parlera d'un jeune Américain marqué par les musiques d'Europe de l'Est, qui a cherché sa voie, changé plusieurs fois de filières, multiplié les facs de langue en évitant soigneusement le commerce international. Le voilà artisan itinérant, auteur d'une œuvre traversée de multiples traditions acoustiques. Un CV pas banal !

The Cure En 2019, le groupe malingre et nerveux de 1979 n'est plus qu'un souvenir. C'était dans une autre vie – avant les tifs en pagaille, le maquillage et les grosses baskets. N'empêche, qui aurait cru, en 1982, que Robert Smith passerait l'hiver ? Mais le corbac en chef a survécu. Avec des hauts et des bas, des albums tardifs étonnamment bons (Bloodflowers, 2000) et des concerts marathons puisant dans les monolithes noirs et gris (Pornography, Faith). On peut aussi espérer des inédits, ledit Smith affirmant avoir achevé un nouveau disque, prévu pour cet automne…

© Alexandra Waespi

© Andy Vella

Maribou State Héritiers de quelques francs-tireurs solitaires (Jamie XX, SBTRKT, James Blake…), ces deux Anglais avaient marqué les esprits avec Scarlett Groove, qui leur ouvrit les portes d'une gloire confidentielle. Leur musique est elle-même remplie d'oxymores. Creusant un sillon néosoul et post-r'n'b', ils récoltent des morceaux doucement revêches, et violemment tendres. Jeune, mais déjà nostalgique, le duo signait en 2018 l'excellent Turnmills, hommage à un club londonien fermé dix ans plus tôt – leur Haçienda à eux.

Werchter, 27 > 30.06, Festivalpark, 13 h, Complet ! sauf samedi sur liste d'attente, 1 jour : 105 € www.rockwerchter.be Sélection : 27.06 : P!NK, Bastille, Paul Kalkbrenner, Charlotte Gainsbourg, Richard Ashcroft, Maribou State // 28.06 :  The Cure, Weezer, Janelle Monáe, The 1975, Robyn, Jungle, Tom Misch, Kurt Vile & The Violators // 29.06 : Mumford & Sons, Florence & the Machine, Macklemore, The Good, The Bad & The Queen, Beirut, Angèle, The Blaze, Two Door Cinema Club, Miles Kane // 30.06 : Muse, Greta Van Fleet, Balthazar, New Order, Underworld, Mac DeMarco, Rosalía, Tamino, Lewis Capaldi, Mahalia, Lizzo…


Couleur

# 70

Café

Ms. Lauryn Hill © DR

musique

Quel meilleur endroit que Bruxelles, la ville aux 179 nationalités, pour célébrer la grande sono mondiale ? Pour ses 30 ans, Couleur Café transforme le square de l'Atomium en village global, et l'égaie de quelques autres monuments. Inutile de présenter Craig David, ici en "mode DJ" pour rejouer des hits r'n'b de son répertoire ou d'autres, ni Salif Keita Bruxelles, 28 > 30.06 "la voix d'or de l'Afrique". Mais arrêtons-nous une Square de l'Atomium 16 h, sam & dim : 15 h minute sur Lauryn Hill. Vingt ans après la sortie de ven : 1 jour : 42 / 37 €, The Miseducation of Lauryn Hill, l'ex-Fugees reprend pass 3 jours : 85 € www.couleurcafe.be la route pour rejouer cette pierre de touche du hipSélection : hop ricain (Lost Ones, Everything is Everything…). 28.06 : La Yegros, Wizkid, Dommage, toutefois, de se limiter à ce disque, tant Sean Paul, Xavier Rudd… 29.06 : BCUC, Craig David on reste médusés devant le flow dévastateur de presents TS5, Hamza, Inna De Yard, Kamasi Consumerism (2013). Sans doute trône-t-il en bonne Washington, Tamino, place sur une étagère du prince du "new jazz" Kamasi Veence Hanao & Le Motel, Salif Keita… Washington, avec qui elle batifole à l'occasion, ou 30.06 : Amparanoia, Glauque, Groundation, chez Rejjie Snow. Le Dublinois n'a pas encore placé Goran Bregovic, Isha, son pays sur la carte mondiale du rap, mais prend Kokoko !, Ms. Lauryn Hill, Tiken Jah Fakoly, Rejjie Snow… déjà ses marques à Bruxelles. Julien Damien


Tinariwen Š Marie Planelle

# 72


Festival

pluridisciplinaire

au Carré

Le thermomètre s’emballe, le soleil joue les prolongations. Quelque part dans le Hainaut, une ville se transforme. Depuis 20 ans, quand arrive l’été, Mons danse, chante et vibre, en salle ou sous les étoiles, alignées spécialement pour le Festival au Carré. Tour d’horizon des festivités. On ne donnera ici aucun vade-mecum ni guide du festivalier. Le meilleur moyen de profiter du voyage, c’est de se laisser happer par les notes résonnant au détour d’une ruelle (au hasard, celles de Mélanie de Biasio ou des bluesmen touareg de Tinariwen, dans la cour du Carré des arts). Il s'agit aussi de profiter de créations inédites, ou de partager une "causerie", hors plateau, avec les artistes que l’on vient d’applaudir. Ça va jazzer ! Concrètement ? le Manège accueille des têtes d’affiche, comme Michèle Anne de Mey et Jaco Van Dormael qui présentent trois spectacles, dont le sublime Kiss and Cry, une « danse de doigts » filmée sur fond de romance moderne. De leurs côtés, les espaces plus modestes se réservent les formes intimistes. Citons Tchaïka à la Maison Folie, un solo avec marionnette revisitant La Mouette de Tchekhov, ou Roméo et Juliette, donnée en trois épisodes par 16 comédiens français et Mons, 29.06 > 12.07, Carré des arts, Théâtre le Manège, maison Folie, Tour Valenciennoise, marocains, entre la Tour Valenciennoise Cour du 106, Arsonic, Grand- Place & divers et le Jardin du Mayeur. Daniel Cordova, lieux en ville, spectacles et concerts : 25 > 3 €, nombreuses animations gratuites, surmars.be qui imagina il y a deux décades le fesSélection : 29.06 : Mélanie de Biasio, tival, ne manquera pas « l’événement Marché des créateurs, Ouverture en fanfare ! & 03.07 : Michèle Anne De Mey et Jaco de cette édition » : Cuba-Brazil, Jazz 30.06 Van Dormael : Kiss & Cry + Cold Blood Mestiza. Soit la rencontre musicale entre 01.07 : Tinariwen // 02.07 : Swami Jr / Harold et Ruy Adrian López-Nussa : Cuba-Brazil, Jazz les frères López-Nussa, l’un pianiste, Mestiza // 04.07 : Joachim Horsley : About Girls // 06.07 : Michele Anne l’autre percussionniste, avec le guita- 05.07 De Mey & Jaco Van Dormael : Amor riste Swami Jr, directeur musical du 06 & 07.07 : Natacha Belova & Teresita Iacobelli : Tchaïka // 08.07 : Via Katlehong Buenavista Social Club. Oui, c'est carré. & Gregory Maqoma : Via Kanana Marine Durand

08 & 09.07 : A.-L. Liégeois : Roméo & Juliette 09.07 : GrandGeorge // 11.07 : Les Innocents 12.07 : Voyage au bout de la nuit…


© 9-9 bis

Rétro C Trop

pluridisciplinaire

Les Rutilants Chaque été, ce temps fort souffle un air de fête sur le 9-9 bis. Reconverti en haut-lieu culturel, l'ancien site minier marie aujourd'hui patrimoine et création contemporaine. La compagnie Décor Sonore l'a bien compris, et transforme pour cette 15e édition l'architecture locale en instruments. Entre concerts et spectacles, Les Rutilants nous rappellent que les fanfares ont le vent en poupe. En témoignent le funk de Ceux qui marchent debout ou les hymnes afros du Mandé Brass Band, parmi d'autres durs à cuivre. J.D.

Ce festival rétromaniaque a déjà convié les Beach Boys, Buzzcocks, Roger Hodgson ou Wilko Johnson. 2019 est l'année des grands écarts, entre légendes sixties (The Zombies), gloires 80's (Midnight Oil et Tears For Fears, Les Négresses Vertes et UB40), nostalgie au carré (The Stray Cats, qui reliftaient les 50's dans les eighties) et une formation française qu'on n'aurait pas forcément cru voir ici : Les Innocents, fondés en 1982 certes, mais dont l'histoire se conjugue au présent. T.A. Tilloloy, 29 & 30.06, Château de Tilloloy sam : 14 h, dim : 12 h, 1 jour  : 77 / 54 € (enfant -12 ans : 25 / 5 €), pass 2 jours : 139 / 93 € (enfant -12 ans : 45 / 10 €), retroctrop.fr Sélection : 29.06 : The Stray Cats, Midnight Oil, Les Négresses Vertes, The Zombies… 30.06 : Tears For Fears, UB 40, The Dire Straits Experience, Les Innocents…

musique

Sélection : Concerts : Ceux qui marchent debout, Fanfare La Globalade, Zoufris Maracas, Mandé Brass Band, Arnold Pol... Spectacles : Señor Marküsen : Solo, LaDinamo : Music on Cycles, Imperial Kikiristan : Imperial Kabaret, Cie Décor Sonore : Instrument / Monument Installations : Cie Zusvex : Musée des monstres sacrés du Rock, aKousthéa cie - Alexandre Lévy : Acousmeta, Cie Evolplay : Les Espaces cyclophones, étienne Favre : Jardin Musical

Les Innocents © Yann Orhan

# 74

Oignies, 29.09, Le 9-9 Bis, 15 h, gratuit 9-9bis.com


# 76

Jazz

James Holden © Laura Lewis

Gent

musique

Un mot, forcément, sur le cadre verdoyant : les jardins d'une ancienne abbaye, le Bijloke de Gand. À lui seul, ce parc vaut le déplacement. Alors ajoutez-y l'affiche exceptionnelle du Gent Jazz Festival… Depuis 2002, la formule aurait pu tourner à la routine. Après tout, le jazz, musique centenaire, ne manque pas de légendes plus ou moins vivantes que l'on peut inviter d'une année à l'autre, sans que personne n'y trouve rien à redire. Mais voilà : l'esprit exigeant et les oreilles grandes ouvertes, cette manifestation aligne des artistes dont l'expression outrepasse largement la Gand, 29.06 > 09.07 note bleue. Néanmoins, ils partagent avec cette De Bijloke, 1 jour : 68 > 29 €, 2 j. : 97 > 42 €, 3 j. : 144 > 72 €  esthétique le goût de la découverte et de l'inat- (Complet les 07 & 08.07 !) www.debijloke.be tendu. à l'image de la légende folk Joan Baez, des Sélection : têtes chercheuses Julia Holter et James Holden, 29.06 : Yann Tiersen, du pape de l'éthio-jazz Mulatu Astatke ou encore Guy Van Nueten 30.06 : Jamie Cullum du bruitiste John Zorn. La proposition de ce der- 03.07 : Mulatu Astatke, nier impressionne. Quatorze formations rejouent James Holden, Blick Bassy 04.07 : Joan Baez, en effet ses Bagatelles. Ces courtes compositions Julia Holter 05.07 : Diana Krall, Frank jamais enregistrées (un vœu du maître) sont pré- Woeste & B. Trotignon sentées ici en plusieurs sessions étalées… sur cinq 07.07 : Gregory Porter 09.07 : John Zorn : Bagatelles… heures ! Vous avez dit historique ? Thibaut Allemand


Les Ardentes

© Jack Bridgland

musique

Depuis 2006, Les Ardentes ont rejoint le trio de tête des festivals belges. Moins à l'arrache que Dour, plus pointu que Rock Werchter, l'événement, bien que maousse, a conservé un je-ne-sais-quoi de détendu qui fait tout son charme. Idéalement situé au bord de la Meuse, il accueille des artistes qui valent vraiment le détour. Thibaut Allemand

# 78

Little Simz Voilà un moment que cette Londonienne a pris ses marques dans le paysage mondial du hip-hop. Kendrick Lamar et Jay-Z en disent d'ailleurs le plus grand bien. L'intéressée balaierait certainement l'info d'un revers de main, arguant qu'elle n'a besoin de l'assentiment d'aucun mec pour s'affirmer. On ne saurait lui donner tort : en cinq ans et trois albums, Little Simz a réveillé le game britannique. On évoque souvent le grime, le drill, on cite The Streets et Roots Manuva tant ses mots pas mâchés (à l'accent cockney) virevoltent sur des cuivres et des cordes enchanteresses. Mais cette fille au flow impétueux fait du rap, tout simplement. Et quel rap !


Booba L'ennui avec Booba, c'est que de nombreux scribouillards se forcent à l'aimer pour avoir l'air pas trop largué. Soyons ringards : passé Lunatic et ses trois premiers essais, Booba a fait le tour de la question. Le grossiste en textile a beau soulever de la fonte, c'est un roi fainéant. As de la punchline, certes. Mais qu'a-t-il à dire ? Plus rien. Sur scène, en revanche, le spectacle est sur les planches et dans la salle – et c'est franchement drôle.

Aminé Un « EP/LP/Mixtape/Album». C'est ainsi qu'Aminé présente son prochain disque. Pourquoi ? Car « les mixtapes sont des albums et les albums sont des mixtapes désormais. Et si on se plante, ça deviendra un EP », lâchait l'Américain, pas dupe et narquois. Le succès, il l'a connu avec le tube Caroline. La suite relève de la gueule de bois. À la manière d'un Migos, le rappeur de Portland chante le matérialisme vide de sens et se noie dans la mélancolie – une constante, dans le hip-hop contemporain.

The Black Eyed Peas, ou l'histoire d'un gigantesque malentendu. On se souvient du début de ces Californiens, à la fin du xxe siècle. Des rejetons de The Pharcyde et De La Soul, pour le dire vite. Puis le trio se métamorphosa, flanqué d'une chanteuse irritante et parfois cornaqué de David Guetta, pour distribuer des tubes et de l'ennui. Mais l'an passé, les "haricots" signaient leur retour avec un single implacable, Street Livin', et un album dans la même veine : politique, sombre et boom bap. La fête est finie. Tant mieux !

The Black Eyed Peas © James Hickey

Aminé © DR

The Black Eyed Peas

Liège, 04 > 07.07, Parc Astrid, 13 h, 1 jour : 60 €, pass 4 jours : épuisé !, www.lesardentes.be Sélection : 04.07 : Aya Nakamura, Columbine, Nekfeu // 05.07 : Aminé, Black Eyed Peas, Brodinski, Gringe, Hugo Tsr, Polo & Pan, Roméo Elvis // 06.07 : Booba, Josman, L'Ordre du Periph, Little Simz, Petit Biscuit, Pusha-T, Vladimir Cauchemar // 07.07 : Lil Uzi Vert, Lomepal, Loud, Young Thug…


Rock Zottegem Né voici 25 ans dans le centre de Zottegem, puis déplacé du côté de Bevegemse Vijvers car victime de son succès, Rock Zottegem convoque d'anciennes gloires. L'occasion pour les amateurs de survêt' d'acclamer Limp Bizkit. Les plus nostalgiques applaudissent ici Tears For Fears ou Midnight Oil, et leurs enfants découvrent en chair et en os ces artistes dont les disques encombrent le salon de la maison. On note la présence d'Interpol, encore jeunes pousses hier – non, ça ne nous rajeunit pas. T.A.

# 80

Zottegem, 05 & 06.07, Bevegemse Vijvers, ven : 17 h, sam : 12 h, 1 jour : 50 €, 2 jours : 95 € gratuit (-7 ans), www.rock-zottegem.be Sélection : 05.07 : Limp Bizkit, Flogging Molly, Midnight Oil // 06.07 : Interpol, Tears For Fears, Walk Off The Earth, Live, Arsenal…

Roots Reggae Festival Cinquième édition d'un petit événement dédié à la musique de Jah. On y a repéré le vétéran Rod Taylor (figure de Channel One et cousin vocal d'Horace Andy) mais aussi Tonton David ou les valeureux britanniques Ben Russel And The Charmers. Ne vous fiez pas au nom, car il ne s'agit pas uniquement de reggae roots (ce courant marqué par l'idéologie rastafari). Enfin, Lee Scratch Perry est aussi de la partie. Et sans lui, le bastringue moderne n'aurait sans doute pas le même visage. T.A. Hensies, 05 > 07.07, Ferme Bériot ven : 16 h, sam & dim : 12 h, 1 jour : 30 / 20 €, pass 3 jours : 60 / 50 €, rootsreggaefestival.be Sélection : 05.07 : Tonton David, Mystikal Man, Dreaddy Baro // 06.07 : Lee Scratch Perry, The Skanky Fools, Ben Russel & The Charmers 07.07 : Rod Taylor, Mystikal Man, Alambic, Bob Wasa…

Lee Scratch Perry © Pitpony Photography

Tears For Fears © Jake Walters

musique


musique

En Nord © Jc Geloen

Beat

# 82

C'est dans les vieux pots qu'on fait les meilleures soupes, selon le proverbe. Et avec de vieux potes, que fait-on ? Un festival à l'ancienne, pardi ! Soit un lieu pas trop loin de chez soi. En l’occurrence, Bailleul, où deux amis de bord de zinc (Sébastien Terrier, patron du Barabao, et son compère Louis Fagoo, ingénieur et organisateur de concerts dans la grange parentale) se prennent à rêver d'un "vrai" festival. Où l'on retrouverait, non pas les habitués des grandes scènes (quoique) mais avant tout les artistes que le tandem a envie d'écouter. Ça tombe bien, vu qu'ils n'ont pas exactement mauvais goût. Résultat : en 2015, ce souhait est mis En Nord Beat. 05 & 06.07 Deux scènes, pas plus, pour conserver une dimension Bailleul, Parc Legrand-Grubbe humaine, au cœur du Parc Legrand-Grubbe. Ainsi, on ven : 16 h, sam : 14 h 30 1 jour : 27 / 22 €, pass 2 j. : a tout loisir de se déhancher sur les synthés acidu- 48 / 40 €, www.ennordbeat.fr lés du Syrien Omar Souleyman avant de se prendre Sélection : : Panda Dub, les décibels féroces de Nashville Pussy. On peut 05.07 The Rumjacks, Jazzy Bazz, aussi skanker (avec modération) sur les riddims des Foxing, Brain Damage, Al'Tarba & Senbei, L'Ordre Skatalites (des vétérans toujours menés par l'inoxy- du Periph, Mezerg, Atoem, Dive, Peroke, XIII, dable Doreen Shaffer), admirer la puissance de feu Endless Pastel Coast, Nulabee, d'Al'Tarba ou laisser une partie de son cerveau au Pure Events 06.07 : Omar Souleyman, vestiaire durant le set incendiaire de Brain Damage. The Skatalites, Lysistrata, Pussy, Current Bref, deux jours au grand air, à passer d'un horizon Nashville Value, Kikesa, Loud, à l'autre, le tout dans une ambiance conviviale – la Le 77, Chromatik, Saudade, Azur, June Bug, définition de ce que devrait toujours être un festival. Renoizer, Numerobe x Thibaut Allemand

Loup Blaster, Macelot & Pock, Edyfis Agency…


musique

Main Square Le Main Square muscle son jeu. Toujours niché au cœur de la Citadelle d’Arras, le festival inaugure une grande roue et une troisième scène, le Bastion de la Reine. Il s'agit de mettre en valeur les groupes régionaux, tels Weekend Affair ou Bison Bisou. Sinon, les 47 noms de cette 15e édition préservent l'équilibre entre valeurs sûres (Editors, Ben Harper) et belles promesses (Lizzo, Maggie Rogers, protégée de Pharrell Williams). Petite revue des troupes. Julien Damien

© Guillaume Durand

Festival

# 84

Damso Entre les ténèbres et la lumière, il n'y a qu'un fil ténu sur lequel Damso danse la Macarena. Né au Congo, fuyant la guerre civile enfant pour la Belgique, William Kalubi a longtemps trimé avant d’être repéré par Booba. Célébré avec Ipseité puis Lithopédion (meilleur album de rap en 2019 lors des Victoires de la musique), le Bruxellois brille grâce à des textes crépusculaires parfois outranciers. De sa plume acérée, il ne ménage aucun thème : l'alcool, le suicide, la pédophilie… Sur scène, son flow dépressif épouse des instrus lorgnant vers la trap, en nous regardant de travers. En somme, un gars du (très) cru. + Dour, 13.04, Plaine de la Machine à Feu, 75 €, www.dourfestival.eu


© Charlotte Abramow

© Eitan Miskevich

Cypress Hill

Samples qui tuent, rimes et botanique. Soit le résumé d’un groupe qui réjouit la planète depuis 30 ans avec un cocktail de hip-hop et de sons latinos, regardant à l’occasion vers le dancehall ou le metal – sans jamais déraper. L’année passée, nos quatre gaillards (qui ont désormais leur étoile sur le "Walk of Fame" d'Hollywood) sortaient un neuvième album hautement psychédélique. Tant mieux, mais soyons honnêtes : on attend surtout les plus tapageurs Insane in The Brain ou Tequila Sunrise, non ? + Dour, 11.04, Plaine de la Machine à Feu, 75 €

Angèle

à ses débuts, on la présentait comme « la petite sœur de Roméo Elvis ». Mais ça, c’était avant son premier album, Brol. Propulsée nouvelle égérie de la scène francophone, Angèle s’est fait un prénom grâce à des mélodies efficaces et des textes faussement légers - l’essence de la pop, quoi. Pour l’anecdote : son père, le chanteur Marka, a signé l’hymne des Diables rouges pour la dernière coupe du monde. Il remplaçait alors le précité Damso, accusé de propos sexistes… mais duquel Angèle assura les premières parties ! Oui, quel bazar…

Christine and The Queens Ses mutations ont beaucoup fait gloser – appelez-là désormais "Chris", comme son nouvel album. N’empêche, sa synth-pop raffinée a doucement conquis le monde, du prestigieux Pitchfork au festival Coachella. Comme Bowie ou Mylène Farmer (ses idoles), la Nantaise se réinvente sans cesse, jouant des ambiguïtés (sexuelles, langagières) et des transformations. Ses concerts s’apparentent à des shows millimétrés et, au milieu de ses danseurs, c’est en bête de scène qu’elle se mue – et pas pour faire genre.

Arras, 05 > 07.07, Citadelle ven : 15 h 30, sam : 13 h 30, dim : 12 h 30, 1 jour : 54 € (sam : Complet !), 3 j. : épuisé ! mainsquarefestival.fr Sélection : 05.07 : DJ Snake, Christine & The Queens, Damso, Charlotte De Witte, Cypress Hill, Angèle, Miles Kane, Lizzo 06.07 : Martin Garrix, Macklemore, Skip The Use, Agar Agar, Arnaud Rebotini, Lomepal, Maggie Rogers, Todiefor, Weekend Affair 07.07 : Jain, Ben Harper & The Innocent Criminals, Bigflo & Oli, John Butler Trio, Idles, Editors, Eddy De Pretto, Tamino, Bison Bisou, Louis Aguilar…


à suivre...

festivals juillet août 2019

Paradise City

© Fille Roelants

Pas mal cette sélection de festivals, non ? Vous en voulez encore ? Alors rendez-vous le mois prochain pour découvrir la suite du lineup. Pour patienter, voici déjà quatre temps forts de juillet-août, de Perk à Charleville-Mézières, en passant par l'Avesnois et Dour. Oui, ça promet. Julien Damien

Encore un proverbial "cadre magique" ? Eh oui. Depuis 2015, cet "écofestival" prend place au pied d'un château du xve siècle, entouré d'étangs et de forêts. Mais le décor ne fait pas tout. Branchée sur courant alternatif, la programmation reste fédératrice (2manydjs, Polo & Pan) tout en conviant des francs-tireurs electro. Au milieu de ce joli plateau house, on citera le Norvégien Todd Terje, les sets aux accents disco de John Talabot ou ceux, plus fiévreux, de Dj Koze. Côté techno, l'affiche est tout aussi soignée. à l'image des kicks assassins de Mind Against ou de Dan Snaith, aka Caribou ou Daphni, lorsqu'il monte en tension...

# 86

Perk, 05 > 07.07, Domaine du Château de Ribeaucourt, ven : 14 h, sam & dim : 12 h, 1 jour : 59 €, pass 3 jours : 109 €, paradisecity.be Sélection : 05.07 : John Talabot, Mind Against, Polo & Pan (Dj Set) // 06.07 : Egyptian Lover, Folamour, Motor City Drum Ensemble // 07.07 : 2manydjs (Dj Set), Daphni, Dixon, Dj Koze, Todd Terje (Dj Set)…


Dour Festival

Le Cabaret Vert

Dour a passé le cap de la trentaine sans s'assagir pour un sou, et annonce encore une fois plus de 200 artistes sur sept scènes ! Et pas des plus vilains : Laurent Garnier, AZF, Richie Hawtin, Bicep... et cela rien que pour le versant electro. Côté hip-hop, l'autre grande spécialité locale, le festival walllon aligne les noms immenses, de Cypress Hill à A$AP Rocky, en passant par Rae Sremmurd, Orelsan... et un tas de gusses inconnus, mais prêts à nous sortir du droit chemin...

Quatre jours, quatre scènes, et près de 80 concerts. La cité de Rimbaud voit une nouvelle fois les choses en (très) grand. Outre Johnny Marr et Patti Smith parmi les légendes vivantes, les noms de Foals et de Courtney Barnett, puis les sets de The Black Madonna ou d'AZF valent à eux seuls le déplacement. Au rayon des curiosités, notons la présence du footballeur Djibril Cissé (aka Tcheba), qui délaisse les clubs pour le clubbing, entre afrohouse et r'n'b. Ira-t-il droit au but ?

Dour, 10 > 14.07, Plaine de la Machine à Feu 12 h, 1 jour : 75 €, pass 5 jours : 170 €, dourfestival.eu

Charleville-Mézières, 22 > 25.08 Square Bayard, jeu : 17 h, ven, sam & dim : 14 h 1 jour : 51 / 49 € (jeu), 41 / 39 € (ven & sam), 16 / 15 € (dim), pass 4 jours : 122 > 99 €, pass 3 jours (ven > dim) : 81 / 79 €, cabaretvert.com Sélection : 22.08 : Twenty Øne Piløts, Roméo Elvis, Johnny Marr, Maya Jane Coles, Motor City Drum Ensemble, Peggy You, Djibril Cissé aka Tcheba 23.08 : Orelsan, IAM, Angèle, Ziggy Marley, Courtney Barnett, The Black Madonna 24.08 : Foals, Patti Smith, Nina Kraviz, James, Fishbach // 25.08 : Bernard Lavilliers, AZF, Gaëtan Roussel, Barcella, Steve Gunn, Vaudou Game…

Les Nuits Secrètes Dans cette cité nichée au creux de la jolie campagne avesnoise, on a repéré Roméo Elvis, Metronomy, Nekfeu et quelques lads parmi les plus barrés de la perfide Albion : Sleaford Mods et Fat White Family ! Au-delà de l’affiche, pointue et populaire, n’oublions pas le concept (génial) des parcours secrets : on monte dans un bus qui nous emmène n’importe où, pour voir n’importe qui mais (vous l’aurez compris) pas n’importe quoi. Aulnoye-Aymeries, 26 > 28.07, ven : 18 h, sam : 14 h, dim : 15 h 1 jour : 42 > 27 €, pass 3 jours : 85 > 50 €, 1 parcours secret : 9 €, grand parcours : 30 €, lesnuitssecretes.com Sélection : 26.07 : M, Jeanne Added, Hot Chip… // 27.07: Roméo Elvis, Vitalic, Odezenne, Flavien Berger, Sleaford Mods, Paul Kalkbrenner… 28.07 : Fat White Family, Metronomy, Polo & Pan, Thylacine, Kompromat…

Roméo Elvis © Nicolas Catalano

Sélection : 10.04 : Amelie Lens, Bonobo, Mano Le Tough, Moha la Squale // 11.04 : Cypress Hill, Orelsan, Vince Staples, Laurent Garnier, Richie Hawtin, AZF, Fontaines D.C., Hubert Lenoir 12.04 : Disclosure (dj set), Rae Sremmurd, Vald, Apparat live, Flavien Berger, Masters at Work, Nina Kraviz, Octavian, Charlotte Adigéry 13.04 : Damso, Skepta, Bicep, Metronomy, The Internet, Tirzah // 14.04 : A$AP Rocky, Action Bronson, Mr. Oizo, Roméo Elvis, Agar Agar, Kaytranada, Kompromat, Tale Of Us, Chaton, Fat White Family…


disques The Divine Comedy

Office Politics (D.C.R. / PIAS) Il est permis de voir en Neil Hannon un successeur de l’immense Scott Walker. En tout cas, il n’est jamais aussi bon que lorsqu’ il s’amuse. Ce copieux Office Politics (16 titres) en est une nouvelle preuve. Articulé autour de thèmes comme la modernité, l’automatisation, le capitalisme ou la vie de bureau, cet opus est aussi drôle que politique. En cela, il reprend le ton de The Complete Banker, charge glissée dans le scandaleusement mésestimé Bang Goes The Knighthood (2010). De ce brillant antépénultième album, Office Politics garde le goût pour les opéras de poche mais renouvelle significativement la palette de Hannon. Les synthétiseurs jaillissent, confrontant les gimmicks des années 1980 aux chœurs typiques du rock 70’s. Parfois, les claviers tirent vers le bidouillage chiptune, digne d’un jeu vidéo, notamment sur un curieux titre en milieu de parcours. Les amateurs de belle ouvrage ne seront pas en reste. Du crooning de Norman and Norma au festoiement de Life and Soul of The Party en passant par You’ll Never Work in this Town Again (qu’aurait pu signer The Coral), ce joyeux bric-à-brac futuriste et délicieusement démodé regorge de songwriting de première classe. Comique et divin. Rémi Boiteux

Aldous Harding

# 88

Designer (4AD) Songwriter de talent, la Néo-Zélandaise Aldous Harding révèle avec ce troisième album un goût pour les ballades folk et les énormes chapeaux. Il suffit de regarder le clip de The Barrel pour s’en convaincre, on se croirait face à la garde-robe d’Alejandro Jodorowsky. Hélas, l’extravagance s’arrête là, et cet opus semble bien pâle face à son prédécesseur. Harding peut toujours compter sur une voix qu’elle module à sa guise, de la douceur évanescente de Treasure jusqu’aux harmonies plus graves de Damn. La deuxième partie de l’album fait la part belle aux questionnements théologiques notamment via Weight of the Planets, ritournelle aux accents plus pop. Plus loin, Heaven is Empty s’apprécie comme une apologie du dénuement, symbolisant in fine celui de ce disque assez fade. Hugo Guyon


Sinkane

Pixx

(City Slang)

Small Mercies (4AD)

Dépaysé Qu’elle est riche, la carrière d’Ahmed Gallab, alias Sinkane ! Grandi aux USA, ce fils de réfugié politique soudanais est devenu un batteur très demandé par Caribou, Born Ruffians, Of Montreal ou Yeasayer. Après un premier essai paru voici dix ans, alignant jams noisy et breaks free jazz, Sinkane s’est peu à peu réinventé. Il donne désormais sa propre version de la soul, renouant avec ses racines africaines, popularisant la figure de William Onyeabor (à travers le supergroupe Atomic Bomb! Band) et signant un chef d’œuvre, Mean Love (2014). Ce septième album élargit encore son spectre musical, entre clavinet obsédant (Everyone), souvenirs africains (Ya Sudan, Mango), reggae (Stranger) et r’n’b vieille école (On Being). Joliment inspiré et richement orchestré. Thibaut Allemand

S’il est une chose difficile à classer, c’est bien la musique de Pixx, de son vrai nom Hannah Rodgers, 21 ans. La Londonienne navigue entre le rock indé, la synth-pop voire le garage et la new wave. Son album Small Mercies s’apprécie tel un best of un peu foutraque des années 1980-90, mais avec des sujets nettement plus contemporains. Le morceau d’ouverture, Andean Condor, explore ainsi notre rapport au genre, et la façon dont certains justifient la domination masculine par l’appartenance de l’Homme au règne animal. Plus personnel, le rock un poil grunge de Bitch est un exutoire sur l’acceptation de soi. Un thème cher à la compositrice, déjà largement évoqué dans The Age of The Anxiety (2017), et jamais démodé.  Hugo Guyon

Death and Vanilla

Are You a Dreamer ? (Fire Records) Ce trio de Malmö, ville aussi suédoise que septentrionale, évoque (un peu) les voisins de label Vanishing Twins, (beaucoup) Stereolab et (passionnément) Broadcast. Évidemment, ces derniers ne sont plus et nous restons inconsolables de la disparition de Trish Keenan. Mais reconnaissons que, parmi leurs enfants, certains se débrouillent très, très bien. Death And Vanilla (quel nom fabuleux !) joue, comme ses aînés, avec une voix douce et ombrageuse (pensez à Margo Guryan), des synthés hors d’âge, une basse chaude et une approche rêveuse renvoyant à François de Roubaix ou Jean-Claude Vannier. On oscille aussi entre complaintes sixties et kraut le plus atmosphérique. Signalons, enfin, une attention toute particulière apportée au grain de l’ensemble. Royal ! Thibaut Allemand


livres Nathaniel Rich Perdre la Terre (Le Seuil) Comment expliquer que le "trou dans la couche d’ozone" a suscité de la part des états une réaction plus rapide et ferme que le dérèglement climatique ? Ce dernier phénomène demeure pourtant autrement plus menaçant, et fut déjà bien identifié dès... 1979. Pour Nathaniel Rich, cela tient essentiellement à l’efficacité d’une expression (scientifiquement approximative) et d’une représentation jouant sur la hantise du gouffre. Ainsi, « un problème atmosphérique abstrait avait été ramené à l’échelle de l’imagination humaine ». Avec Perdre la Terre, le journaliste du New York Times entreprend à son tour de raconter une histoire frappante. Quitte à la simplifier ? C’est le risque. La thèse, la voici : entre 1979 et 1989, le péril écologique était reconnu par tous les acteurs (politiques, militants ou même industriels) comme une évidence incontestable. Et pourtant, rien n’a été fait. Bien que centré sur les états-Unis, et tordant au passage quelques faits scientifiques, l’Américain parvient à livrer un récit haletant à partir d’une enfilade de réunions. Surtout, il nous laisse avec cette question décisive : quelle valeur accordons-nous réellement au futur ? 288 p., 17,50 €. Raphaël Nieuwjaer

Alain Damasio

# 90

Les Furtifs (La Volte) Il aura fallu 15 ans à Alain Damasio pour accoucher de son nouveau roman. Le résultat, telle une synthèse de ses deux derniers livres, est ambitieux. D’un côté, l’allégorie philosophique de La Horde du Contrevent, de l’autre la dystopie politique de La Zone du Dehors. Dans un futur proche (en 2041), en France, les villes ont été rachetées par des multinationales. Leur gestion est ainsi réglée à coups d’algorithmes. Lorca Varèse, intello rebelle, a rejoint un commando spécial de l’armée, chargé de la traque des "furtifs". Ces êtres légendaires et pacifiques, d’une vivacité hors du commun, défient la volonté de contrôle de nos sociétés modernes. Mais derrière cette mission absurde, Lorca recherche surtout sa fille disparue des années plus tôt... Un récit haletant, et visionnaire. 688 p., 25 €. Hugo Guyon


Manouk Borzakian

Harmony Korine

Géographie Zombie, les ruines du capitalisme (Playlist Society) On se souvient de l’excellent mais ardu Zombie, une fable anthropologique (2015), de Barbara Le Maître. Universitaire également, le géographe Manouk Borzakian signe un livre plus accessible, consacré aux espaces dans les films de zombies. Des espaces indéterminés, en quelque sorte. La chose est admise : la figure du mort-vivant est une métaphore du capitalisme. Or, l’auteur développe sa pensée via d’autres domaines (histoire, psychologie, sociologie, géographie). Sans juger de leur qualité, il s’intéresse donc au décor, aux champs d’action, à la façon dont ces films dressent un constat de notre monde en poussant le curseur un peu plus loin. Ou à peine, si l’on songe à 28 Jours plus tard ou, plus léger, à l’immense Shaun Of The Dead. 128 p., 14 €. Thibaut Allemand

Sur fond d’émeutes (Inculte) Publié en 1998 aux états-Unis, traduit en France en 2002 par les éditions Al Dante sous le titre Craques, coupes et meutes raciales, le premier livre du cinéaste et artiste Harmony Korine avait depuis disparu des rayonnages. Davantage que le roman annoncé, Sur fond d’émeutes est une collection hétéroclite de fragments où se mêlent anecdotes, blagues, calembours approximatifs, dialogues interrompus et autres listes de lettres de suicide à signer soi-même. Avec un art du coq-à-l’âne et de l’erreur (ce qu’il nomme le « mistakism ») consommé, Korine tape ainsi dans l’inconscient américain comme dans une fourmilière. S’échappent quelques visions absurdes, violentes, émouvantes parfois, d’un monde déchiré, pas loin de l’agonie. 206 p., 19,90 €. R. Nieuwjaer

A. Delalande, G. Mardon & H. Prolongeau Le travail m’a tué (Futuropolis) Hasard ironique et tragique du calendrier, cette BD paraît durant le procès Orange. Soit celui d’un management par la terreur, qui consista à humilier des hommes pour les faire "mieux" travailler. C’est également ce qui est arrivé à Carlos Pérez, ingénieur chez un constructeur automobile. Pour lui, un rêve d’enfant. Qui va tourner au cauchemar. Déshumanisation, réunions inutiles, tâches en dépit du bon sens, absurdité des décisions et vie personnelle dévastée… Les scénaristes se penchent sur le cas d’un cadre, transfuge de classe. L’occasion de montrer que le harcèlement moral ne touche pas que les "petits" et devient, parfois, une méthode de management comme une autre – s’il y a du profit à la clé, pourquoi se gêner ? 120 p., 19 €. Thibaut Allemand


écrans

Interview

X-Men : Dark Phoenix

l'entretien surnaturel

# 92

Propos recueillis par Grégory Marouzé Photo 21 th Century Fox

La franchise X-Men affronte son dénouement. Dans Dark Phoenix, nos mutants favoris combattent l’une des leurs : Jean Grey aka Phoenix. Point d’orgue d'une saga de 20 ans, cet épisode transforme la super-héroïne aux pouvoirs télépathiques et télékinésiques en une méchante Phénix Noire. Rencontre surnaturelle avec l’équipe d’un film très attendu : les comédiens Michael Fassbender, Sophie Turner, Jessica Chastain, le réalisateur Simon Kinberg et le producteur Hutch Parker.


Simon Kinberg, quelle était votre intention avec Dark Phoenix ? Je suis tombé amoureux de Phoenix (ndlr : Sophie Turner). Je la trouve fascinante. J’aime l’idée qu’elle perde la tête, ses pouvoirs, en affectant les X-Men. Ici, les ennemis deviennent amis, et inversement. La question centrale est celle-ci : quand cessons-nous de secourir des êtres proches qui ont des problèmes psychologiques ? Il fallait montrer à quel point Jean Grey / Phoenix souffre et fait souffrir les autres à cause de son combat intérieur. Je tenais à ce que ce film ait une qualité intime, humaine, primale !

« Dark Phoenix est l'épisode qui explore le plus la notion du bien et du mal. » Comment cela se traduit-il ? S.K. : à travers l'esthétique du film, le style et les actions des comédiens. X-Men : Dark Phoenix se révèle plus naturaliste, ancré dans la réalité. Je ne voulais pas simplement voir des gens devant un écran vert. Je leur donne des scènes dans lesquelles ils exercent leurs "vrais" super-pouvoirs : être des acteurs formidables !

Sophie Turner, comment avezvous travaillé la dualité "Jean Grey / Phoenix" ? En évitant une approche basique du type : "je suis une héroïne, puis je deviens une vilaine". Je souhaitais montrer une jeune femme qui souffre. Avec Simon, on met en exergue la maladie mentale, la schizophrénie, les addictions, le syndrome de personnalités multiples. Lorsqu'on est atteint par ces troubles, on peut devenir héroïque en restant très humain. Jessica Chastain, qu’est-ce qui vous a donné l’envie de rejoindre les X-Men ? J’aime explorer tous les genres, et travailler différents muscles. Et j’avais envie de rejoindre cette famille. Surtout, l’histoire de Jean Grey est captivante, cette jeune fille qui a honte de ses pouvoirs limitant ses émotions. Elle comprend qu’en les éliminant, elle s'offre le plus grand des cadeaux : l’amour. En ces temps difficiles, ce sujet mérite d'être défendu. Comment avez-vous réalisé les scènes d’action ? Simon Kinberg : Elles ne sont pas gratuites comme c’est souvent le cas dans ce type de films. Chacune d'elles illustre la psychologie d'un personnage, un état émotionnel. suite


© Kristine Sparow

# 94

Michael Fassbender, comment voyez-vous votre personnage, Magneto ? Comme un gourou. Connaissezvous Wild Wild Country (ndlr : série documentaire sur le gourou indien Bhagwan Shree Rajneesh, diffusée par Netflix) ? Eh bien

nerveux. Il m’a répondu : « oui, c’est pas mal comme idée. ». Inutile de vous dire que je n’ai porté ni robe ni chapelet ! Comment accueillez-vous la nouvelle génération de X-Men, notamment Sophie Turner ?

« Je ne voulais pas simplement voir des acteurs devant un écran vert. »

Michael Fassbender : J'ai été bluffé par sa précision. Dans ce genre de films, on multiplie les prises et les angles de caméra. à chaque fois, elle réussissait à exprimer une émotion intense.

je l’imagine comme ça. Lors de ma première conversation avec Simon, je lui ai dit que je voyais Magneto avec un chapelet, de longues robes. Je l’ai senti un peu

Sophie Turner : J’ai payé Michael pour qu’il dise ça ! (rires). Nous avons tourné Dark Phoenix comme un film pouvant se regarder sans aucune référence antérieure.


21 th Century Fox

Dans ce film, Mystique (Jennifer Lawrence) dit à Charles Xavier : « Il faudrait penser à renommer les X-Men les X-Women, tant les femmes sont importantes dans ce collectif ». Pourquoi ? Hutch Parker : Je suis ravi que les lignes bougent. De nouveaux leaders émergent, notamment tous ceux interprétés par des actrices. Cette remarque n'est pas seulement drôle, elle soulève bien des questions. Les thèmes du pouvoir et des responsabilités en découlent. Chacun des personnages doit s'accepter et assumer les conséquences de ses actes. De Simon Kinberg, avec James McAvoy, Michael Fassbender, Jennifer Lawrence, Sophie Turner, Jessica Chastain... sortie le 05.06

Ce film n’est-il pas le plus nietzschéen de la saga ? Simon Kinberg : C’est le moins manichéen. Il pose la question de la moralité de la façon la plus complexe et conflictuelle qui soit. Généralement, il y a les superhéros et les méchants. Pourtant, nous vivons une période où le faux et vrai se confondent. Ceux qui se prétendent des héros peuvent être des sales types. Ce film est le reflet de notre époque. De toute la saga, Dark Phoenix reste l'épisode explorant le plus la notion du bien et du mal.

à lire / L’interview intégrale sur lm-magazine.com


En eaux troubles

# 96

Après Gomorra, best-seller adapté au cinéma puis en série, c’est au tour de La Paranza dei bambini, autre livre de Roberto Saviano, d’être porté à l'écran. Rebaptisé Piranhas, le film raconte l’histoire des "baby gangs", ces mafias formées par de jeunes adolescents sévissant à Naples. « Aussi loin que je me souvienne, j’ai toujours rêvé d’être un gangster ». Cette réplique culte d'Henry Hill dans Les Affranchis de Scorsese sied à merveille aux mauvaises graines de Piranhas. Nicola, 15 ans, n’a qu’une envie : rallier la Camorra pour subvenir aux besoins de sa famille et expérimenter la grande vie des truands. Avec sa bande, il rejoint donc l'un des derniers clans contrôlant son quartier. Il y affûte ses premières armes dans la livraison de shit et le racket. Mais, ivre de pouvoir, trahit la mafia pour former son propre gang. Ces ados entrent peu à peu dans un engrenage mortel… Personnage à part entière du récit, Naples balance ici entre ruelles de carte postale et quartiers mal famés. La réalisation de Claudio Giovannesi est colorée, la violence esthétisée mais jamais de manière gratuite. Les armes à feu sont brandies comme des jouets par ces gosses biberonnés à Call of Duty. Le travail avec les jeunes acteurs constitue d'ailleurs la réussite du film. Francesco Di Napoli, Napolitain pur jus, éblouit dans ce rôle de petit gangster. Ironie de l'histoire, c’est Gomorra, série tirée du premier livre de Saviano, qui a influencé ces gamins... lesquels l’ont inspiré à son tour pour écrire La Paranza dei bambini. De Claudio Giovannesi, avec Francesco Di La boucle est bouclée. Hugo Guyon Napoli, Ar Tem, Alfredo Turitto… Sortie le 05.06

© Wild Bunch

écrans

Piranhas


Mémoire vive

© Rectangle Productions / Le Pacte / NJJ Entertainment

Lune de miel

En suivant le périple de deux Parisiens en Pologne, Lune de Miel aborde la Shoah sous un angle inattendu. Porté par les épatants Arthur Igual et Judith Chemla, le premier film de l'actrice Elise Otzenberger se révèle tout à la fois drôle, délicat et émouvant. Une révélation. Certaines œuvres font moins de bruit qu'un blockbuster américain ou une comédie française lourdingue. D’aucuns les appellent des "petits films". C'est justement la confidentialité et la fragilité de Lune de Miel qui font toute sa beauté. La réalisatrice s’inspire ici de son vécu. Un jeune couple d'origine juive part en Pologne pour la commémoration du massacre des juifs de Zgierz. Si Adam n'est pas emballé par le voyage, Anna est excitée à l'idée de découvrir la terre d’une grand-mère qu’elle n’a pas connue… Certes, on rit souvent devant les péripéties de ces citadins et à l'écoute d'un dialogue ciselé, mais quand la fiction cède place au documentaire, on a le cœur au bord des larmes. La scène où une rescapée des camps (Evelyn Askolovich, déportée petite fille) raconte la Shoah à des enfants, est un grand moment de cinéma. De même, la découverte par Anna et Adam de poupées caricaturant les juifs de façon abjecte glace les sangs. Non, Elise Otzenberger ne craint pas de délivrer des messages. Elle critique notamment une commercialisation outrancière de la mémoire, et la persistance de l’antisémitisme en Pologne. On le sait, la comédie reste un bon moyen pour traiter de sujets sensibles. L’air de ne pas y toucher, la Française signe un beau film sur la transmission. # 98

Grégory Marouzé

De Elise Otzenberger, avec Judith Chemla, Arthur Igual, Brigitte Roüan… Sortie le 12.06


© 21th Century Fox

© Starz

Now Apocalypse

Tolkien

Enfant de Godard et de MTV, Gregg Araki n'a cessé de filmer une jeunesse californienne aussi jouisseuse qu'inquiète. Au risque du bégaiement ? Peut-être, mais Now Apocalypse n'en est pas moins délectable. En attendant l’apocalypse et le déferlement de vilains reptiles sur le monde, ses personnages se lancent dans une quête amoureuse effrénée. Ils explorent toutes les combinaisons sexuelles possibles – offrant l'occasion de saillies sur la virilité blessée par, au hasard, l'usage des vibromasseurs. C'est néanmoins en cultivant une forme d'innocence, perçant l'armure du cynisme, que la série est la plus réussie. Car non, personne n'a encore renoncé à l'amour ou l'extase. L'apocalypse n'est jamais que le moment de la révélation.

Ce biopic du créateur de la saga Le Seigneur des anneaux dispense des clins d'œil aux aficionados mais n’assure pas le "fan-service". L’œuvre reste avant tout focalisée sur J.R.R. Tolkien. Soit l'histoire d'un taciturne orphelin traumatisé à vie par la Première Guerre mondiale, qui trouvera refuge dans l’heroic fantasy. Ce n'est pas rien : l'écrivain inventera le genre de toutes pièces. Ce monde onirique n’inspire nullement ici la mise en scène, réaliste et sans fioriture fantasque. Un parti pris qui décevra peut-être certains… Notamment les descendants de l’illustre écrivain, qui n’ont pas participé à la production du film. Reste que l’interprétation de Nicholas Hoult, remarqué dans La Favorite de Yorgos Lanthimos, justifie à elle seule l’achat de la place de cinéma. Mélissa Chevreuil

# 100

Raphaël Nieuwjaer Série de Gregg Araki et Karley Sciortino avec Avan Jogia, Kelli Berglund, Beau Mirchoff… Disponible sur Starz

De Dome Karukoski, avec Nicholas Hoult, Lily Collins, Craig Roberts… Sortie le 19.06


exposition

à l’épreuve du fond, la mine vue par Paris Match

# 102

Voyage au centre de la terre

© Walter Carone / Paris Match


La mine a toujours suscité l’intérêt de la presse, et donc des plus grands photographes. Ceux de Paris Match ont ainsi documenté les luttes, les accidents ou le simple quotidien éreintant des forçats du charbon. Réunies au Centre historique minier de Lewarde, 25 images prises à travers l'Europe nous révèlent les entrailles de la terre, sans clichés.

A

près une présélection du service photo de Paris Match, Virginie Malolepszy a eu carte blanche. « Les journalistes ne se sont pas intéressés qu’aux catastrophes, loin de là. C’est ce que nous voulons montrer à travers ces huit photoreportages signés de six grands noms », renseigne la commissaire d'à l’épreuve du fond. On focalise aussi sur la vie quotidienne des "gueules noires", avec ses rites et ses mouvements de grève. Des houillères du Pas-de-Calais aux gisements de la Lorraine en passant par la vallée de la Sarre en Allemagne, le visiteur reconnaît ainsi la fameuse salle des pendus. Walter Carone a en effet posé son regard sur ce vestiaire tout en chaînes et poulies où les vêtements des mineurs étaient suspendus à des crochets. En prise directe Plus loin, nous découvrons les clichés du jeune Manuel Litran en 1955, relatant le premier reportage de la RTF (Radio-Télévision française) en direct de la fosse 12 de Lens. Cette émission tournée au fond de la mine est alors présentée par un certain Pierre Tchernia, âgé de 27 ans. suite


© Philippe le Tellier / Paris Match

Et puis, comment ne pas s'émouvoir devant ces sauveteurs immortalisés par Philippe Le Tellier ? Appareils respiratoires sur le dos, ils rejoignent le puits du Bois du Cazier, à Marcinelle en Belgique, où un terrible incendie vient d'éclater. C'était en août 1958, on recensera 262 morts.

# 104

Initials BB Mais la mine offre aussi des moments plus heureux. Comme ce repas enjoué des mineurs de Decazeville (Occitanie) immortalisé par Georges Ménager en pleine grève générale de 1961, avec une affiche de Brigitte Bardot punaisée au soutènement. Parce que le "poids des mots" compte autant que le "choc des photos", les légendes de ces morceaux de patrimoine ont été enrichies pour l’exposition. Elles ressuscitent tout un pan de notre histoire européenne. Marine Durand

Couverture de Paris Match du samedi 25 août 1956

Lewarde, 01.06 > 29.09 Centre historique minier, tous les jours : 9 h > 19 h 30, 6,70 € (visite pour l'ensemble du site : 14,30 > 8,50 €) / gratuit (-5 ans), www.chm-lewarde.com


exposition

# 106

Les années Corto, agenda 1991, aquarelle, 1990. © Cong S.A. – Suisse


Hugo Pratt, les chemins du rêve

Songes et merveilles Hugo Pratt demeure une icône du neuvième art, l'affaire est entendue. L'œuvre de l'Italien est synonyme d'aventures, de voyages... mais aussi de rêve. C'est tout le sujet de cette exposition montée dans l'antre d'un autre maître des songes : le Belge Jean-Michel Folon. à la lisière de la forêt de Soignes, sa fondation accueille aquarelles et planches signées du père de Corto Maltese.

P

rès d'un quart de siècle après la mort d'Hugo Pratt, ses héros n'ont pas pris une ride. Le plus célèbre se nomme évidemment Corto Maltese. Celui-ci apparaît en 1967 comme personnage secondaire de La Ballade de la mer salée. Motivé par des éditeurs en quête de bonnes histoires, le Vénitien en fera le vagabond des mers que l'on sait. « Le rêve, le meilleur moyen de transporter le lecteur d'un monde à l'autre. » Les Français le découvrirent d'abord dans Pif Gadget (!) puis la revue (à suivre). Son trait à l'encre de Chine, inspiré par l'Américain Milton

Caniff, en fit alors un maître du noir et blanc, et sa virtuosité à l'aquarelle un peintre estimé. Planches magiques Au-delà de la légèreté de son dessin, Pratt fut aussi un conteur génial. « Il introduisit dans ses récits des techniques cinématographiques, notamment l'usage de l'ellipse, mais aussi nombre de références littéraires : à Jack London, Ernest Hemingway ou Arthur Rimbaud », commente Patrizia Zanotti, co-commissaire de cet accrochage. L'artiste nourrissait effectivement une passion pour la poésie. « Parce qu’elle est synthétique et procède par images », déclarait-il lui-même. suite


Morgana - Les femmes de Corto Maltese, aquarelle, 1994. © Cong S.A. – Suisse.

Cette exposition focalise toutefois sur un aspect moins (voire jamais) décrypté de son travail : le rêve. « C'est pourtant un thème fondamental de son œuvre, assure Cristina Taverna, autre commissaire. Il fut pour lui un moyen de transporter le lecteur d'un monde à l'autre, de voyager à travers les pays ou les époques, mêlant constamment le réel à l'illusion ».

# 108

Dédale à bien y regarder, les personnages "prattiens" songent souvent, s'endorment et se réveillent dans une autre réalité... ou conversent avec

des animaux : des corbeaux (Songe d'un matin d'hiver) ou des requins (La Ballade de la mer salée). à la Fondation Folon, une soixantaine de planches originales et d'aquarelles se répartissent en trois sections : le temps (forcément aboli), la nature et les personnages. Comme dans le labyrinthe enfumé de J'avais un rendez-vous (illustrant l'affiche), le lecteur-visiteur s'égare alors dans des volutes infinies, en dehors des cases. Julien Damien

La Hulpe, jusqu'au 24.11, Fondation Folon mar > ven : 9 h > 17 h, sam & dim : 10 h > 18 h 7 > 5 € / gratuit (-6 ans), fondationfolon.be


Corto Maltese - New Ireland - J’avais un rendez-vous, 1994 © Cong S.A. – Suisse


Mouvement perpétuel

Hope, 2011-2012 © Adel Abdessemed, Paris ADAGP 2018

exposition

Eldorama

# 110

« Vaisseau amiral » de lille3000, le Tripostal explore le thème de l’eldorado à travers une impressionnante collection d’œuvres contemporaines. Issues du monde entier, ces vidéos, peintures ou installations livrent un récit datant du fond des âges. Où il est question de rêve, d’exil et de désillusion. Ludique, mais aussi critique, cette exposition occupe les trois niveaux de l’ancien centre de tri du courrier lillois, pour autant de chapitres. Les Mondes rêvés rappellent d’abord la permanence « d’une quête universelle, qui anime et déplace les peuples depuis l’Antiquité, selon Jérôme Sans, le co-commissaire. Désir de richesse, d’une vie meilleure… Nous sommes tous mus par ces fantasmes, faisant avancer ou déraper l'humanité ». à l’image du dragon de Chen Zhen. Constitué de 25 m de chambres à air de bicyclette, le monstre renferme des milliers de petites voitures noires. « C’est une métaphore de la Chine actuelle, qui a sacrifié le vélo pour l’automobile », dévorant au passage notre écosystème… L’eldorado, c’est aussi l’espoir d’une terre plus accueillante, donc le moteur de l’exode, sujet principal de La ruée, au premier étage. Citons à ce propos l'émouvant film de Maria Kourkouta. La Grecque a planté une caméra à l’entrée du camp d’Idoméni, captant en plan fixe l’errance de milliers de déracinés. Les Nouveaux eldorados illustrent enfin « une obsession infinie, nous conduisant d’un mirage à un énième paradis ». Quintessence de ce rêve, notre voyage sur la Lune est pastiché ici dans Lille, jusqu’au 01.09, Tripostal mer > dim  : 10 h > 19 h le faux musée de Yuyang Wang, entre célé9 / 7 € / gratuit (-18 ans) www.eldorado-lille3000.com bration du progrès et utopie. Julien Damien


High Court Chandigarh © Bärbel Högner

Le Corbusier

Père de l'architecture moderne, Le Corbusier était convaincu qu'une ville bien pensée améliorait le quotidien de ses habitants. Dans sa "Cité radieuse", l'Homme vit dans un lieu ordonné et fonctionnel. En 1933, il remporta un concours pour aménager la rive gauche d'Anvers (Linkeroever), et ainsi mettre en application cette doctrine. Le projet ne vit jamais le jour, mais ce grand plan fut soigneusement conservé à Bruxelles. Pièce maîtresse de cette exposition (entre autres films et photos), il est ici décliné en neuf parties et mis en relief avec la mégalopole de Chandigarh, élevée en 1947, en Inde, lors d'une balade entre réel et imaginaire. J.D. Anvers, jusqu'au 18.08, MAS, mar > ven : 10 h > 17 h, sam & dim : 10 h > 18 h, 10 / 8 € / grat. (-12 ans), mas.be

Carlos Amorales, Ghost Demonstration, 2019 © Photo : JKA Photography

Carlos Amorales

# 112

Dans le cadre d’Eldorado, le Mexicain Carlos Amorales dévoile à l’Espace Le Carré une installation in situ. Protesta Fantasma prend la forme de silhouettes évanescentes, comme projetées sur les murs. Chacune porte un message, questionnant la place de l’individu, ses craintes ou rêves ("Il n’y a pas de temps pour la tendresse", "Et maintenant que tu es heureux ?"…). Elles témoignent d’un travail repoussant les limites du langage, entre l’image et le signe. J.D. Lille, jusqu’au 14.07, Espace Le Carré, mer > sam : 14 h > 19 h (et sur rdv), dim : 10 h > 13 h & 15 h > 18 h, gratuit, www.lille.fr


© Sophie Whettnall

Sophie Whettnall - Etel Adnan Sous-titrée La banquise, la forêt et les étoiles, cette exposition établit un dialogue formel entre deux artistes fascinées par la notion de paysage. D’un côté, les dessins, sculptures ou vidéos de la Bruxelloise Sophie Whettnall interrogent les rapports (de force ou poétiques) que nous entretenons avec la nature. De l’autre, les toiles, aquarelles ou gravures de la Libanaise Etel Adnan nous invitent à la contemplation de panoramas, entre Orient et Occident, rêve et réalité. Bruxelles, jusqu'au 04.08, Centrale For Contemporary Art mer > dim : 10 h 30 > 18 h, 8 > 2,50 € / gratuit (-18 ans), www.centrale.brussels

Conquête urbaine

Olivier Theyskens - In praesentia

Le musée des beaux-arts de Calais ouvre pour la première fois ses portes au street art, rassemblant les œuvres d'une soixantaine de créateurs emblématiques, des années 1960 à nos jours. On trouve évidemment les signatures de Keith Haring, Banksy ou Shepard Fairey (Obey), mais aussi pas mal de "frenchies", qui occupent une place de choix dans cette "conquête urbaine". à l’image de Gérard Zlotykamien, qui tapissa dès 1963 les murs de ses "éphémères", finalement plus pérennes que prévu.

C'est l'un des créateurs les plus en vue. Ancien directeur artistique des maisons Rochas et Nina Ricci, Olivier Theyskens se distingue par un style alliant classicisme et modernité, mais aussi par son goût pour la dentelle. Conçue comme une "expérience émotionnelle", entre trompe-l'œil et nostalgie, cette exposition instaure un dialogue entre les vêtements du couturier belge et les collections de la Cité de la dentelle et de la mode.

Calais, jusqu’au 03.11, Musée des beaux-arts mar > dim : 13 h > 18 h, 4 / 3 € / gratuit (-5 ans) www.calais.fr

Calais, 15.06 > 05.01.2020, Cité de la dentelle et de la mode, tous les jours (sauf mardi) : 10 h > 18 h 4 / 3 € / gratuit (- 5 ans), www.cite-dentelle.fr

Roman-photo

# 114

Souvent cantonné à un rôle de tire-larmes, le roman-photo a toujours eu mauvaise presse. Né en 1947 en Italie, ce genre artisanal fut pourtant le plus gros succès éditorial d'après-guerre. Rarement décrypté, il se dévoile à Charleroi à travers ses "chefs-d'œuvre", mais aussi près de 200 objets, films ou documents. Ambitieuse, originale et décalée, cette exposition retrace en filigrane l’avènement de la société de consommation et l’évolution des mœurs durant le xxe siècle. Charleroi, jusqu'au 22.09, Musée de la Photographie, mar > dim : 10 h > 18 h, 7 > 4 € / gratuit (-12 ans) www.museephoto.be


Georges Fessy et la photographie

New York © Georges Fessy

Né en 1937, Georges Fessy est considéré comme l’un des meilleurs photographes d’architecture en France. De par ses cadrages uniques et ses jeux de lumière, cet autodidacte a magnifié des monuments d’exception signés par les plus grands bâtisseurs, de Jean Nouvel à Dominique Perrault, en passant par JeanBaptiste André Godin. Cette rétrospective restitue en une centaine d’images l’œuvre d’un témoin discret, mais essentiel, de notre temps. Guise, jusqu’au 13.10, Familistère, tous les jours : 10 h > 18 h 9 > 4 € / gratuit (-10 ans), www.familistere.com

Fiona Tan. L’Archive des ombres

Bientôt déjà hier

Fiona Tan place les images au cœur de ses préoccupations, et notamment leur impact. « Je regarde comment on regarde », dit-elle. Cette exposition s’intéresse toutefois à un autre (et récent) versant de son œuvre : les raisons poussant l’Homme à collecter et archiver. Articulé en deux parties, ce parcours révèle les trésors dénichés au sein de divers musées de sciences naturelles, puis son travail au Mundaneum de Mons ("le Google de papier"). Un fascinant cabinet de curiosités.

Derrière ce titre intrigant se cache un trésor. En 2011, la ville de La Louvière faisait l’acquisition de 50 autoportraits réalisés selon le même principe par le Franco-Polonais Roman Opalka, depuis 1965 jusqu’à son décès en 2011. L’occasion rêvée de s’intéresser au passage du temps, qu’il soit figé, altéré ou métamorphosé. Le Centre de la gravure et de l’image imprimée puise dans ses collections nombre d’œuvres illustrant un concept insaisissable, et terriblement poétique.

Hornu, jusqu'au 01.09, MAC’s mar > dim : 10 h > 18h, 10 > 2 € / gratuit (-6 ans) www.mac-s.be

La Louvière, 30.03 > 08.09, Centre de la gravure et de l’image imprimée, mar > dim : 10 h > 18 h 7 > 3 € / gratuit (-12 ans), www.centredelagravure.be

Homère Homère nous fascine depuis près de trois millénaires. Mais a-t-il seulement existé ? Cache-t-il un collectif ? Comment ces écrits ont-ils traversé les siècles ? Après avoir exploré les mystères de l'amour, le Louvre-Lens nous (re)plonge dans L'Iliade et L'Odyssée, en pleine Guerre de Troie, dans le sillage d'Achille, Ulysse et Hector. Peintures, sculptures, pièces archéologiques rares ou extraits de films décryptent l'influence du "prince des poètes" sur les artistes et la culture occidentale. Lens, jusqu’au 22.07, Louvre-Lens, tous les jours sauf mardi : 10 h > 18 h, 10 > 5 € / gratuit (-18 ans) www.louvrelens.fr


Pierre Marie Lejeune Né en 1954, exposé dans le monde entier, Pierre Marie Lejeune se présente comme sculpteur et dessinateur. Son travail repose sur un alphabet poétique, constitué de formes, jeux de lumière et matières, associant par exemple l'acier, la pierre et le bois. Pour l'occasion, 12 de ses œuvres monumentales investissent les parcs et jardins du Touquet, tandis qu'une soixantaine de ses dessins se dévoilent au musée. Plus que de simples ébauches, ces plans ou aquarelles demeurent des œuvres à part entière. Le Touquet, 15.06 > 22.09, Musée du Touquet-Paris-Plage et en ville, tous les jours sauf mardi : 14 h > 18 h (de septembre à juin), ou 10 h > 12 h 30, 14 h > 18 h 30 (juillet et août), 3,50 / 2 € / gratuit (-18 ans) www.letouquet-musee.com

Masques

Photographier l’Algérie

Le masque est utilisé depuis la nuit des temps pour se cacher, danser, pratiquer un rituel ou atteindre un audelà… Issues des collections du Musée du quai Branly-Jacques Chirac, plus de 80 pièces provenant d’Asie, d’Amérique, d’Afrique ou d’Océanie révèlent comment cet objet cultuel ancestral a façonné le visage de l’humanité. Entre les démons du Sri Lanka et les figures animalières du carnaval précolombien, on ne sait plus où donner de la tête !

Réunissant une centaine d’images prises depuis le début du xxe siècle jusqu’à 2002, l’Institut du Monde Arabe de Tourcoing embrasse une histoire de l’Algérie par le prisme de la photographie. On y découvre les toutes premières représentations orientalistes, la foule en liesse durant l’indépendance immortalisée par Marc Riboud, mais aussi les clichés à hauteur d’homme de Pierre Bourdieu ou ceux saisis durant la guerre par Mohamed Kouaci… Une affaire de visions ET d’optiques.

Liège, jusqu’au 20.07, Cité Miroir lun > ven : 9 h > 18 h, sam & dim : 10 h > 18 h 10 > 3 €, www.citemiroir.be

Tourcoing, jusqu’au 13.07, Institut du Monde Arabe, mar : 13 h > 18 h, mer > dim : 10 h > 18 h 5 > 2 € / gratuit (-6 ans), ima-tourcoing.fr

Tête de Diego © Succession Alberto Giacometti Fondation Giacometti, ADAGP, Paris

Alberto Giacometti, une aventure moderne Attention, événement ! Le LaM retrace le parcours d’Alberto Giacometti à travers plus de 150 chefsd'œuvre. De ses premiers pas cubistes et surréalistes à la création de ses fameuses sculptures de silhouettes d’hommes et de femmes, longilignes et fragiles, cette exposition célèbre l’un des plus grands artistes du xx e siècle. éternellement insatisfait, le Suisse privilégia la ressemblance au modèle vivant, avant de réduire la figure humaine à l’essentiel. Villeneuve d’Ascq, jusqu’au 11.06, LaM, mar > jeu : 13 h > 18 h, ven : 13 h >  21 h 30, sam : 11 h > 18 h, dim : 10 h > 18 h, 11 > 8 €  gratuit (-12 ans), musee-lam.fr


le mot de la fin

# 118

Masayoshi Matsumoto – évitons les jeux de mots vaseux (des œuvres gonflées, un artiste qui ne manque pas d’air…), les créations ultra-réalistes de Masayoshi Matsumoto n’ont pas besoin de ça pour nous souffler (raté). Hippocampe, mante religieuse, scarabée ou, comme ici, calamar géant… Ce Japonais sculpte des animaux ou des insectes avec de simples baudruches, mais un sens du détail spectaculaire. Une sacrée ménagerie. www.instagram.com/isopresso_balloon


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LM magazine 152 - juin 2019  

Art & Culture - Hauts-de-France & Belgique

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