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n°148 / février 2019 / GRATUIt

Art & CulturE

Hauts-de-France / Belgique


sommaire

Carnaval d'Alost © Gert Swillens

LM Magazine #148 Février 2019

News – 06 reportage – 10 Carnaval d'Alost Bas les masques !

portfolio – 18

Vanessa Ly La tête dans les étoiles

musique – 26

Low, Delgres, Kokoko !, AZF, Comète, Octavian, Tears for Fears, Jungle, Ennio Morricone, Jonathan Jeremiah, Oooh ! Le Festival, Neneh Cherry, The Lemon Twigs, Agenda...

écrans – 58

Pearl, Dans la terrible jungle, Festival International du Film de Mons, Les Estivants, Sorry to Bother You, Une Intime conviction

exposition – 66

Games & Politics, Boris Mikhaïlov, Design orienté verre, De lin et de laine, John Bulteel et Nina Vanhaverbeke, Sylvain Dubrunfaut, Agenda...

théâtre & danse – 86

disques & livres – 52

Phia Ménard, Cyril Viallon, Francis sauve le monde, Cabaret de curiosités, Mesure pour Mesure, Please, Continue (Hamlet), Le Misanthrope, Intra Muros, Agenda...

littérature – 56

le mot de la fin – 106

Les éditions Entremonde à gauche toute !

Masayo Fukuda Roule mon poulpe


Magazine LM magazine – France & Belgique 28 rue François de Badts 59110 La Madeleine - F tél : +33 (0)3 62 64 80 09

www.lm-magazine.com

Direction de la publication / Rédaction en chef Nicolas Pattou nicolas.pattou@lastrolab.com

Direction artistique / Graphisme Cécile Fauré cecile.faure@lastrolab.com

Rédaction Julien Damien redaction@lm-magazine.com

Couverture Vanessa Ly aka Gimme Space Milky Snow www.instagram.com/ gimmespace.design

Marion Humblot info@lm-magazine.com

Publicité pub@lm-magazine.com

Administration Laurent Desplat laurent.desplat@lastrolab.com Réseaux sociaux Sophie Desplat Impression Imprimerie Ménard 31682 Labège Diffusion C*RED (France / Belgique) ; Zoom On Arts (Bruxelles / Hainaut)

Ont collaboré à ce n° : Selina Aït Karroum, Thibaut Allemand, Céline Beaufort, Madeleine Bourgois, Mathieu Dauchy, Marine Durand, Hugo Guyon, Vanessa Ly, Grégory Marouzé, Raphaël Nieuwjaer et plus si affinités.

LM magazine France & Belgique est édité par la Sarl L'astrolab* - info@lastrolab.com L'astrolab* Sarl au capital de 5 000 euros - RCS Lille 538 422 973 Dépôt légal à parution - ISSN : en cours L’éditeur décline toute responsabilité quant aux visuels, photos, libellé des annonces, fournis par ses annonceurs, omissions ou erreurs figurant dans cette publication. Tous droits d’auteur réservés pour tous pays. Toute reproduction, même partielle, par quelque procédé que ce soit, ainsi que l’enregistrement d’informations par système de traitement de données à des fins professionnelles, sont interdites et donnent lieu à des sanctions pénales. LM / Let'smotiv est imprimé sur du papier certifié PEFC. Cette certification assure la chaîne de traçabilité de l’origine du papier et garantit qu'il provient de forêts gérées durablement. Ne pas jeter sur la voie publique.

Papier issu de forêts gérées durablement


© Mike Stilkey

news Bonne couverture Outré de voir des livres à la poubelle (oui, ça se fait…), Mike Stilkey a décidé de leur offrir une seconde vie. Depuis 2016, cet Américain parcourt les bibliothèques du monde pour récupérer de vieux bouquins. Il les classe ensuite selon leur taille, les empile en de grandes tours avant de dessiner des personnages sur leur tranche, avec de l'encre ou de la peinture. Tout un poème… www.mikestilkey.com

#6

positive altitude

© Grzegorz Grodzicki / Adele Muscolino / Stefano Girodo

On n’est pas bien là ? Paisible, à la fraîche à… 3 290 mètres d’altitude ?! Eh oui, ce charmant petit bivouac est placé au sommet des Alpes italiennes, sur la crête de Morion. Cette hutte métallique a été construite par les architectes Roberto Dini et Stefano Girodo. Son but ? « Redécouvrir des lieux oubliés en améliorant légèrement leur accès aux alpinistes ». Bien perchés, les alpinistes… areeweb.polito.it


© Max Siedentopf

toto forever Vous souvenez-vous d’Africa de Toto ? Eh bien "grâce" à Max Siedentopf, ce tube des années 1980 sera joué jusqu’à la fin des temps. Fan de la première heure, l’artiste germano-namibien a installé un dispositif sonore permanent dans le désert du Namib, diffusant la chanson en boucle indéfiniment. L’éternité, ça peut être long parfois… maxsiedentopf.com

Gueules de bois

Envie de garder l’haleine fraîche ? Passez votre chemin. Ces chewinggums sont parfumés au vin. Concoctés par les Hollandais de Vinoos, les "real wine gum" permettent de mâchonner un bon petit Chardonnay ou un Merlot, sans subir les effets de l’alcool. Se marie idéalement avec une sucette à la côte de bœuf, une glace au Maroilles et du thé saveur blanquette de porc – si si, ça existe, cf LM 146. www.vinoosbyams.com

s w ne

www.kikomiyares.es

© Kiko Miyares

Idée à la gomme

Saisissants, ces portraits en buste allongés, fracturés ou dédoublés. Des images photoshopées ? Même pas ! Il s’agit là de sculptures en bois, parfois hautes de plusieurs mètres. L’artiste espagnol Kiko Miyares joue avec la perception des silhouettes ou proportions humaines, tel un maître des illusions d’optique.


Street off, Lilou © JC Dupasquier

© SAME architectes

Friture sur la ligne

Hip Open Dance

Paris souhaite réhabiliter ses 14 stations de métro fantômes. Lauréat de l’appel à projets, le groupe Novaxia envisage de transformer l’ancien terminus de la ligne 10 (Croix-Rouge), sis dans le sixième arrondissement et fermé depuis 1939 en... halle culinaire. Sur ces deux quais, on trouverait un bar à cocktails de 75 mètres de long, un marché et un restaurant avec vue sur les rames. Le Terminus (c’est son petit nom) devrait ouvrir ses portes en 2021. Tout le monde y descendra-t-il ?

En six éditions, ce festival mis sur pied par la maison Folie Wazemmes s’est imposé comme une inestimable vitrine du hip-hop. Au-delà des battles, du break et autres block parties, ce rendezvous valorise la danse chorégraphiée. à l’image de Brahim Bouchelaghem, offrant une magnifique ode corporelle à l’usure. Un joli pas de côté.

www.novaxia.fr

Lille, jusqu’au 10.02, maison Folie Wazemmes & Le Flow, 12 € > grat., maisonsfolie.lille.fr, flow.lille.fr Sélection : 02.02 : Cie Farid’O // 03.02 : Hip Open Shows // 05.02 : Brahim Bouchelaghem & Cie Zahrbat : Usure // 09.02 : Rachid Hedli & Cie Niya : Résurgences // 10.02 : Cie Pancake Bros : Le Live

© Plywood

#8

plein le dos En voilà un gros sac ! Conçu par les Japonais de Plywood, cette gigantesque besace affiche une capacité de 180 litres. Idéal pour le camping, les lessives familiales, aider les copains à déménager ou transporter de grands cahiers… Reste à avoir les épaules solides. www.plywood.jp


reportage

Carnaval d'Alost Satire de partout ! Chic, c'est carnaval ! De Binche à Dunkerque, chacun soigne son Gille, repasse son beste clet'che ou révise ses chansons paillardes. à Alost non plus, on n'a pas peur du ridicule (il ne tue pas). Début mars, cette charmante bourgade flamande devient le royaume de l'exubérance et, surtout, de la parodie. Ici, les puissants de ce monde en prennent pour leur grade lors d'un exercice de dérision des plus salutaires pour la démocratie.

# 10

Texte Julien Damien Photo Gert Swillens


Encore un qui se fait mousser.

# 12

A

lost. Sa Grand-Place, son hôtel de ville néo-gothique datant du xiiie siècle (le plus ancien du Bénélux), son beffroi avec son carillon de 52 cloches... et son carnaval, pardi ! Classé au patrimoine culturel immatériel de l'humanité par l'Unesco en 2010, ce rendez-vous aurait vu le jour voilà 600 ans. « Il fait partie de l'ADN de la ville, précise Katrien, membre de l'organisation. C’est le clou de l’année ». Pour cause, il mobilise plus de 2 000 personnes. Ces bénévoles démontrent un savoir-faire remarquable dans la confection de chars (près de 250), costumes ou géants des plus chamarrés. « Ils s'y attellent dès septembre, et chacun

« 2 000 personnes s'y attellent dès le mois de septembre. » s'autofinance. Nous comptons aussi deux radios locales ne diffusant que des chansons spécialement dédiées durant l'événement ». Au final, 4 600 passionnés prennent part à la parade, attirant chaque année quelque 100 000 visiteurs. Comme c'est bazar... Comme tout carnaval qui se respecte, celui d'Alost inaugure un monde sens dessus dessous (mais avec des dessous au-dessus). Le "Prince", désigné parmi les habitants de la ville


Le premier de la glace.

comme bourgmestre symbolique, ouvre le cortège. Durant trois jours, les pauvres deviennent riches, les anonymes puissants... évidemment, les hommes se transforment en femmes, lors d'une journée unique dite de la "Voil Jeanet" ("la sale Jeannette"), l'un des temps forts de la manifestation, le jour du Mardi Gras. Quelle est son origine ? « Au commencement, la classe ouvrière locale n’avait pas assez d'argent pour acheter des costumes. Les messieurs s’habillaient donc avec les vêtements de leurs mères et épouses. C'est ainsi que fut créée cette parade, lors de laquelle nos gars sont coiffés d'un abat-jour, équipés d'un parapluie et

d'une cage à oiseaux, avec un hareng séché en guise de volatile… ». Une tradition populaire donc, saupoudrée d'« un humour raffiné et d'une pointe d'anarchie ». Une "pointe" ? Le mot est faible. Nos carnavaleux tirent à boulets rouges sur l'actualité internationale ou nationale, à travers de gigantesques caricatures de personnalités. Religion, politique, faits de société... tout y passe ! Permis de railler Dès lors, cette cité de 85 000 âmes située sur les bords de la Dendre se mue en « capitale de la satire », selon le maire, Christoph d'Haese (N-VA). suite


# 14

reportage


Oh mon bateau !


reportage

© Tim Delmoitie

Il le sait, lui non plus ne sera pas épargné par ses concitoyens. Eu égard aux derniers remous gouvernementaux, qui virent en décembre l'annonce de démission du Premier ministre, les élus belges seront sans doute au cœur des moqueries. Comme le pape François, ou l'impayable Donald Trump, parmi les personnalités déjà annoncées. Qui d'autres ? Mystère...

# 16

« Personne ne peut faire taire le carnaval. » « Il n'y a pas de thème imposé et les habitants décident eux-mêmes des sujets qu'ils parodient, soutient Katrien. Tout est permis sauf la nudité,

la pornographie et les animaux vivants ». L'an passé, on avait par exemple aperçu le rebelle catalan, Carles Puigdemont, Kim Jong-un et quelques références au mouvement MeToo. Plus fort : en 2015, la manifestation avait créé la polémique en pastichant... des djihadistes. « Les Alostois revendiquent leur droit de se moquer de tout et de tous pendant ces trois jours. Personne ne devrait être épargné, même en temps d'attaques terroristes, car on ne peut faire taire le carnaval ». En somme, ici, on peut (encore) rire de tout... Pourvu que ça dure ! Alost, 03 > 05.03, divers lieux en ville, gratuit www.aalstcarnaval.be


Allumeeeer le feu…


portfolio

Vanessa Ly Gardienne de la galaxie Vanessa Ly aborde son œuvre les yeux dans les cieux. Cette étudiante en graphisme à Sydney a créé son premier collage digital durant sa formation, avant de poursuivre le travail sur son compte Instagram, baptisé "Gimme Space Design". « C’était un moment où j’avais besoin de prendre du temps. Et puis, je glisse toujours des étoiles dans mes productions ou une représentation de la Lune. » Skateboard sur les anneaux de Saturne, dunk avec un ballon à facettes, bronzette au bord de l’univers… Ces scènes de la vie pas très ordinaires jaillissent de l’imagination de la Néo-Calédonienne lorsqu’elle laisse son esprit divaguer, « allongée sur le sol pendant des heures ». Il lui arrive aussi de réinterpréter certains films (nul besoin de vous présenter Mia Wallace) ou d’utiliser ses propres clichés. Tenez : cette piste de ski, sous une féérique voie lactée. « J’ai pris cette photo en 2018, la première fois que j’ai vu la neige. Petite, j’avais tellement rêvé de ce moment renvoyant aux vacances, que j’ai ajouté cette bouteille de lait en référence à l’enfance ». Chaque image est conçue comme une métaphore, chaque ciel retravaillé dans une palette intense. Mais d’où vient cette fascination pour notre galaxie ? « J’aime m’évader dans cet infiniment grand pour mieux me retrouver », confie la jeune femme de 23 ans. à partir de ses collages, plébiscités sur Internet, elle confectionne depuis peu des chemises, mais souhaiterait surtout être exposée dans une galerie. La tête dans les étoiles donc, mais les pieds sur Terre. Marine Durand

à visiter / www.instagram.com/gimmespace.design

# 18

à lire / l’interview de Vanessa Ly sur lm-magazine.com


Space Skate


Disco Ball


Girlfriends


Skater Girl


Bondi Love


Sugar Queen


© Paul Husband

# 26 musique


Low

éloge de la lenteur Low, c'est l'histoire d'une réaction. Lorsque le groupe naît, en 1993, l'alternative rock et son pendant viril et turbulent, le hardcore punk, font loi. Face à ce déluge de boucan, le trio de Duluth (Minnesota) débranche les guitares et joue façon Bibie : tout doucement. À tel point qu'un journaliste nommera ceci "slowcore" – Codeine ou Idaho héritant eux aussi de cette étiquette encombrante et réductive. Vingt-cinq ans plus tard, les voix d'Alan Sparhawk et Mimi Parker font toujours des merveilles mais le couple, qui a toujours refusé de se laisser enfermer dans un style réagit, une fois encore, contre l'époque. Le dernier LP en date, Double Negative (2018) a d'ailleurs fait du bruit (pour une fois !) dans le Landerneau indie rock. Il faut dire que les Américains ont signé un disque étrange, étonnant, où la beauté du chant se pose sur un tapis en papier de verre. Un habillage sonore en écho à la noirceur de paroles désespérées qui redonnent, paradoxalement, foi en la force de ce groupe intimiste. Thibaut Allemand

Courtrai, 02.02, De Kreun, 19 h 30, Complet !


© Mélanie Elbaz

musique

Delgres

Power blues

# 28

Sorti en août 2018, Mo Jodi, premier album pétulant de ce trio offre son lot de révélations. D’abord, le créole des Antilles s’accorde à merveille au blues et aux protest songs. Ensuite, le soubassophone, ce cuivre pachydermique se jouant enroulé autour du buste (en l’occurrence celui de Rafgee), n’est pas cantonné aux fanfares et remplace opportunément la guitare basse. Enfin, Pascal Danaë, Black Panther parisien déjà aperçu dans le groupe Rivière Noire en 2015 (comme le batteur Baptiste Brondy), est un grand chanteur et un excellent guitariste Dobro. Baptisé en hommage à un héros de la lutte contre l’esclavagisme en Guadeloupe, Delgres synthétise l’âpreté d’un rock crado et les lamentations lancinantes d’un blues flambé au rhum. Il se laisse aussi, parfois, aller à des ballades pop. Pour le dire vite, c’est The Black Keys errant dans le Sahel aux côtés de Tinariwen, et une présence scénique impressionnante. Mathieu Dauchy Oignies, 03.02, Le Métaphone, 18 h, 18 > 12 €, 9-9bis.com (+ Vaudou Game) Calais, 22.03, Centre culturel Gérard Philipe, 20 h 30, 15 > 9 €, spectacle-gtgp.calais.fr (+ Natacha Atlas) amiens, 24.03, La Lune des Pirates, 18 h, 15,80 0 (Festival Les Paradis Artificiels)


© DR

Kokoko ! Né à Kinshasa, ce quatuor concilie débrouille et musique. Son répertoire mêle joyeusement afropunk, pop et techno... Sauf qu'ici, tout est joué avec des instruments de bric et de broc. Makara, Dido, Boms et Bovic récupèrent les déchets fleurissant dans leur ghetto pour composer une transe funky, tout en acier et plastique. Vêtus de leurs combinaisons de chantier jaune fluo, ils s'éclatent sur leur "sardinophone", soit une cithare de boîtes de sardines reliées par des câbles de frein de mobylette. Ils excellent aussi derrière leur batterie conçue avec une machine à écrire ou une harpe bidouillée avec un volant de voiture. En un mot : rétrofuturiste. J.D. Bruxelles, 08 & 09.02, Bozar, 21 h 30, 12 / 10 € // Lille, 27.02, L'Aéronef, 20 h, 16 > 5 €, aeronef.fr Anvers, 05.03, Het Bos, 20 h, 17 / 15 €, www.hetbos.be

© Jacob Khrist

AZF Derrière ce blaze explosif se cache une productrice élevée dans la riante ville de Meaux. De cette adolescence, la trentenaire conserve un goût pour le rap (Booba en tête) et la techno dure – Manu Le Malin ou DJ Producer. Installée à Paris, elle découvre le regretté Pulp, fraie avec Léonie Pernet ou Krikor. Fondatrice du collectif Qui Embrouille Qui, AZF envisage ses sets comme des moments de libération furieuse et bruitiste. En un mot : hardcore. T.A. Lille, 08.02, Magazine Club, 23 h 59, 15 > 10 €, magazineclub.fr


© Manou Milon

musique

Comète

En mode majeur

# 32

Un "vrai" concert pop-rock pour les enfants ? Dès six ans ? Et pourquoi pas… Lionel et Brice Vancauwenberge, Daniel Offermann (membres de Girls in Hawaii) et César Laloux (qui tenaient les percussions et les synthés chez Italian Boyfriend ou BRNS) mettent sur orbite des tubes atemporels. Loin des niaiseries parfois entendues dans les shows calibrés "jeune public", le répertoire de leur supergroupe, Comète, est aussi vaste qu'estimable. En sus de quelques compositions personnelles, on croise les Beatles bien sûr, The Strokes et Françoise Hardy, avant de s'éclater sur Musique automatique de Stereo Total, Sexy Boy de Air ou Da Da Da des Allemands de Trio (Aha, aha, aha…). Sur scène, l'ambiance tourne vite à la récré et dans la salle, les mini-spectateurs reprennent en chœur des refrains franchement pas vilains. évidemment les parents suivent, et se gardent bien de leur avouer qu'à leur âge, ils pogotaient avec Chantal Goya ou Dorothée… J.D. La Louvière, 10.02, Le Théâtre, 15 h, 12 > 5 €, www.cestcentral.be Bruxelles, 17.03, Wolubilis, 16 h, 12 / 10 €, www.wolubilis.be Charleroi, 31.03 & 03.04, Eden, dim : 15 h, mer : 14 h 30, 10 > 6 €, www.eden-charleroi.be

en famille


musique

Octavian

à l'anglaise Pardonnez ce zeste de chauvinisme : ce rappeur anglais est de chez nous. Eh oui ! C'est à Lille qu'Oliver Godji, alias Octavian, vit le jour en 1996. Avant de filer à Londres, encore bambin. Un rappeur anglais, donc ? Oui… et non. Explications.

O

n ne questionnera pas l'état civil d'Octavian. Né en France, oui. Mais grandi à deux pas de Brixton dès l'âge de trois ans, il est donc anglais. Sinon, on renverrait chaque immigré à ses origines – pas le genre de la maison. En revanche, l'anglicité artistique d'Octavian interroge. Le rap, ce sont des dizaines de divisions : schisme East Coast vs West Coast, rap d'Atlanta, école de Detroit, flow codéiné du deep south, etc. L'école britannique s'est construite en réaction au grand frère US. On pense aux chroniques de The Streets, aux inventions de Roots Manuva ou encore à Dizzee Rascal ou Wiley qui mêlèrent hip-hop, bass music et UK Garage pour créer un autre (sous) genre : le grime. Plus d'un tour dans sa Manche Et Octavian, dans tout ça ? Si un tube comme Party Here joue avec le grime, justement, le résultat est trop touffu (pour ne pas dire confus) pour se cantonner à cette spécialité locale. Notre ami pioche également dans la trap et la drill, sucreries typiquement américaines. Mais, attendez une seconde : et si, tout simplement, il s'en foutait complètement ? Et si tout ceci n'avait aucune espèce d'importance ? Après tout, ce Londonien ne vise qu'une seule chose : entrelacer dans un même mouvement rap rugueux et chant autotuné, beats moelleux ou trépidants, basses profondes ou hystériques. Ce genre de plaisir, finalement, ne s'embarrasse jamais d'un quelconque passeport. Thibaut Allemand

# 34

Bruxelles, 14.02, Botanique 19 h 30, 18 > 12 €, www.botanique.be


© Will Robson-Scott


L'amour flou

© Jake Walters

musique

Tears For Fears

# 36

Dans les années 1980, on adorait les détester. Plus lisses que leurs compatriotes de Depeche Mode ou The Cure, les natifs de Bath gagnèrent leurs galons new wave grâce à des tubes comme Mad World (dont on ne compte plus les reprises), Change ou le mélancolique Pale Shelter. Et puis, Curt Smith et Roland Orzabal mirent un peu d'eau (de rose) dans leur vin, histoire de conquérir une plus vaste audience (un peu comme Simple Minds). Shout, Everybody Wants to Rule The Word, Sowing The Seeds of Love, Woman in Chains et leur brushing impeccable colonisèrent MTV. Hélas, leurs brouilles récurrentes eurent raison de ce succès, et ces mélodies efficaces ne survécurent pas aux années 1990 (sauf sur Nostalgie). 2004 marqua les retrouvailles avec un disque, Everybody Loves a Happy Ending, sous haute influence Beatles (leurs idoles), avant un nouveau long silence radio. Pas dupes, on se doute bien que cette énième reformation n'est pas motivée par la joie de vivre. D'ailleurs, pas sûr que la petite aventure aille à son terme. Annulée l'an passé pour des "raisons médicales", cette tournée mondiale est déjà émaillée de rumeurs de séparation. Sans doute adorent-ils se détester, eux aussi. J.D. Anvers, 20.02, Lotto Arena, 20 h, 78 > 52 €, www.lotto-arena.be


musique © Charlie Di Placido

Jungle

Clé de soul

# 38

En deux albums et une poignée de clips léchés, Josh Lloyd-Watson et Tom McFarland ont redonné la fièvre au samedi soir. Rien de plus normal pour deux types élevés dans le pays de la northern soul, genre auquel on pense forcément en goûtant ce cocktail de funk suave, d'electro-disco et de basses rondes comme des boules à facettes. Révélés en 2013 avec le single The Heat et sa chorégraphie en survet' et patins à roulettes, ces Londoniens érudits citent les Strokes comme Daft Punk, Jorja Smith ou Earth, Wind and Fire. Cette musique taillée pour les hanches est aussi bien connue des gamers, qui hochent la tête depuis 2014 sur Busy Earnin’, en bonne place sur la soundtrack de Fifa 15. Sur scène, le duo se mue en bigband de sept instrumentistes pas manchots (guitares, percussions, synthés…) pour taper pile entre la tête et les jambes. Dès lors, c’est la loi de la jungle. J.D. Lille, 23.02, L'Aéronef, 20 h, 28 > 20 €, aeronef.fr


Les partitions d'Ennio Morricone demeurent irrémédiablement liées au septième art. L'Italien a signé près de 500 bandes originales, dont pas mal de chefs-d'œuvre pour son compatriote (et ami) Sergio Leone. De fait, on entend toujours Charles Bronson soufflant dans son harmonica ou Clint Eastwood siffler dans le désert en poncho lorsqu'on évoque ce chef d'orchestre – sans doute LE compositeur classique du siècle passé. On l'écrit, mais l'homme le sait déjà, la modestie ne l'ayant jamais étouffé… Qu'importe : réentendre ces morceaux de culture classique et populaire sous la houlette du maestro fait partie des plaisirs indicibles d'une vie. T.A. Anvers, 13.02, Sportpaleis, 20 h 30, 125 > 55 €, www.sportpaleis.be

© Glenn Dearing

Jonathan Jeremiah Révélé en 2011, ce Londonien fait honneur aux grandes plaines comme à la soul des années 1970. On pense à Scott Walker ou même à Serge Gainsbourg en écoutant ces envolées mélancoliques et ces orchestrations touffues. Sur scène, ce fils d’électricien (né aux abords du stade de Wembley) magnétise son auditoire avec sa voix de velours, donnant l’impression de s’adresser à chacun, même perdu au milieu de la foule – sentimentale, évidemment. J.D. Bruxelles, 18.02, Botanique, 20 h, 19 > 13 €, botanique.be

© DR

Ennio Morricone


Suzane © Pierre Florent

musique

Oooh ! Le Festival

Sacrés Français Derrière cette exclamation se cache un festival faisant la part belle à la langue de Molière (et à l'humour). Pimentée à la sauce mexicaine d'abord, avec les Ukuleleboboys, deux frères plus ou moins aztèques qui réarrangent des hits de Donna Summer ou de Led Zeppelin armés de leur ukulélé. Le lendemain, place à l'electro avec Suzane et ses contes subtils ou le duo de rappeurs parisiens de Sein (gonflés à bloc, évidemment). Dimanche, on loupe (encore) la messe et Michel Drucker pour se gondoler avec les chansons-sketches des Wriggles ou les tordants Parité Mon Q. Ces sept loustics arrageois revisitent a cappella le répertoire paillard français (Un Dimanche matin, Dudule…), comme si Les Petits Chanteurs à la Croix de Bois s'étaient perdus dans le carnaval de Dunkerque. Lundi ? Déprime… J.D.

# 42

Mons-en-Barœul, 01 > 03.03, Salle Allende !, ven & sam : 20 h, 19,80 € (1 soir), dim : 17 h, 23,80 €, pass 3 soirs : 50 €, oooh-lefestival.fr Programme : 01.03 : Soviet Suprem + Ukuleleboboys // 02.03 : Suzane + Sein 03.03 : Les Wriggles + Parité Mon Q


Les chéris de Neneh

© DR

5

Give me

Des tubes de Neneh Cherry ? En voici 5 parmi une palanquée :

Buffalo Stance (1988), Manchild (1989), Buddy X (1992), 7 Seconds (1996, avec Youssou N’Dour) et Woman (1996).

Robert De lN

aja © DR

La Suédoise a toujours été bien entourée. Son beau-père est le trompettiste de jazz Don Cherry, ses deux derniers albums (Blank Project et Broken Politics) ont été réalisés par Four Tet... Surtout, en 1984, elle rencontre son futur mari. Pas n'importe qui... Cameron McVey est le producteur de Massive Attack et de Portishead. Elle lui doit ses premiers succès, comme le hit Buffalo Stance en 1988 et le disque Raw Like Sushi, sur lequel on trouve Manchild, composé avec un certain Robert Del Naja ("3D" de Massive Attack).

Top cheffe Le violon d'Ingres de Neneh, c'est la cuisine ! En 2007, elle a animé une émission culinaire sur la BBC et a même inventé une recette : le "Blondie", soit un brownie "blond", composé de chocolat blanc, framboises et de vanille. Miam !


Femme de parole En 1996, elle sortait Woman, réponse féministe au It's a Man's Man's Man's World de James Brown. 7 Seconds, sur le même album (Man), contait en wolof, français et anglais « les sept premières secondes de la vie d'un enfant qui ne connaît pas la violence du monde ». Son dernier album, Broken Politics évoque la culture des armes en Amérique ou la crise migratoire. Ce militantisme ne date pas d'hier. Dès 1982, elle reprenait Stop the War d'Edwin Starr, protestant contre la guerre des Malouines... à 15 ans !

Edwin Sta rr ©

DR

Neneh Cherry

La voix est libre

Trente ans après Raw Like Sushi et une poignée de tubes éternels comme Buffalo Stance, Woman ou 7 Seconds, Neneh Cherry signe un cinquième album engagé, et engageant. Entre folktronica limpide, trip-hop made in Bristol, textes militants ou intimes, Broken Politics (la politique en faillite) confirme le retour au premier plan d'une icône de la pop. La preuve par cinq. ➤ Bruxelles, 02.03, Ancienne Belgique 20 h, 26 / 25 €, www.abconcerts.be

The Slits © DR

London Calling La jeunesse de Neneh Marianne Karlsson fut rythmée par les tournées de son beaupère, aux quatre coins du globe. Ce qui n'empêche pas la crise d'ado. « J’étais un peu perdue. J’écoutais Patti Smith, je buvais du whisky avec mes potes », déclaret-elle. à 14 ans, elle quitte l'école pour gagner Londres et le mouvement punk. Elle rejoint le groupe The Cherries puis collabore avec le combo féminin The Slits (vénéré par Johnny Rotten ou John Peel).


© Olivia Bee

The Lemon Twigs

Rétromanie

# 46

En concevant leur deuxième album comme un opéra-rock psyché, The Lemon Twigs a vu grand. Et loin… en arrière. On se laisse cependant cueillir par ces chansons bigger than life et leur dextérité jamais ostentatoire – ou si peu. Un chimpanzé élevé comme un humain, et harcelé par ses camarades de classe. Voici le prétexte de Go to School, dernier né des frères D'Addario, petits prodiges (20 ans à peine) de Long Island. Pas besoin d'être psy pour déceler l'aspect autobiographique de la chose. Nos deux singes savants n'ont pas été traînés de force sur les scènes du monde entier (ils postaient leurs premières compositions sur YouTube à l'âge canonique de… sept ans). N'empêche : le fait d'être rejeté, moqué par ses pairs, ils ont connu. Ce qui explique pourquoi les deux frangins multi-instrumentistes se sont réfugiés dans la musique. Celle d'une décennie qui n'est pas vraiment la leur : 1965-75. Pas leur époque, vraiment ? Allez savoir : en nos temps rétromaniaques, voir deux gonzes en pattes d'eph et chemises lycra n'étonne plus grand monde. Ce qui surprend, en revanche, c'est la maestria avec laquelle ils manient l'art de la composition et des harmonies vocales. Aidés, dans leur dernier disque, par Todd Rundgren, Jody Stephens (des légendes Big Star) et… leur môman, Brian et Michael donnent corps à leurs fantasmes pop, traversés des fantômes d'Elton John et de Van Dyke Parks, des Beatles et de Queen. Totalement anachronique, donc totalement dans l'air du temps. Thibaut Allemand Lille, 01.03, L'Aéronef, 20 h, 23 > 18 € www.aeronef.fr


The Streets The Streets, c'est l'art de sublimer l'accent de Birmingham et de conter des tranches de vie de la working-class britannique, au son d'un rap mélodique. En 2011, après cinq albums indispensables, soundtrack parfaite d'une vie dans l'Albion des années 2000, Mike Skinner jetait l'éponge, annonçant se consacrer au cinéma. On attend toujours mais, depuis fin 2017, sont parus cinq singles qui seraient issus de la BO du fameux film... T.A. © DR

Lille, 12.02, L'Aéronef, 20 h, Complet ! Bruxelles, 14.02, Ancienne Belgique, 20 h, Complet !

et aussi… Ven 01.02 The Residents Bruxelles, Botanique, 19h30, 29>23e Jil Caplan Lens, Le Colisée, 20h, 15>7,50e Thylacine Lille, L'Aéronef, 20h, 26>19e Jeff Mills + David Asko Lille, Magazine Club, 23h59, 25>15e

Sam 02.02 Smartphony® Lille, Nouveau Siècle, 18h30, 55>5e Chevalrex Tournai, Maison de la Culture de Tournai, 20h, 16>10e

# 48

Dim 03.02

Jeu 07.02 Good Charlotte Bruxelles, Ancienne Belgique, 20h, 30/29e Crocodiles + EUT Amiens, La Lune des Pirates, 20h30, 12/7e Fills Monkey Béthune, Théâtre municipal , 20h30, 34>17e Ibeyi Douai, L'Hippodrome, 20h30, 22>12e

Ven 08.02 BEAK> Lille, L'Aéronef, 20h, 19>14e Justin(e) + Not Scientists + Soft Animals Dunkerque, Les 4 Ecluses, 20h, 12/9e Trisomie 21 + Lebanon Hanover Lille, Le Splendid, 20h, 26,90e

Sam 09.02

Cloud Nothings Bruxelles, Botanique, 19h30, 18>12e

Two Tone Club + The Skalogg's + Precious Oldies Béthune, Le Poche, 19h30, 10/8€

Shabazz Palaces Bruges, Cactus Muziekcentrum, 20h, 17>5e

Dominique A Lens, Le Colisée, 20h, 25>12,50e

The Horrorist Bruxelles, Magasin 4, 20h, 10/7e Alexis HK + Monsieur Rémi Oignies, Le Métaphone, 20h30, 18>12e

Mar 12.02 Adam Naas Roubaix, La Cave aux Poètes, 20h, 12>8e Lomepal Bruxelles, Forest National, 20h, 40,20 > 33,48e

Mer 13.02 Crocodiles + Eut Roubaix, La Cave aux Poètes, 20h, 8/6e Triggerfinger Anvers, De Roma, 20h, 31>29e

Jeu 14.02 Barbara Hendricks Bruxelles, Bozar, 20h, 68>43e

Ven 15.02 Pan-Pot Gand, Kompass Klub, 23h, 25>5e


Tommy Genesis

© DR

Qualifiée de « Madonna des millennials » par une presse jamais avare de superlatifs, Yasmine Mohanraj porte sa libido en étendard à travers un r’n’b lascif, des textes (très) crus ou des clips sulfureux (pour rester poli). On aurait ainsi tôt fait de la réduire à sa plastique et son goût prononcé pour l’onanisme. à tort. La Canadienne a bien d’autres attributs à faire valoir, à commencer par son flow schizophrène, entre douceur et violence, qu’elle prolonge sur scène lors de free-styles d’anthologie. J.D.

Sam 16.02 The Wolf Under the Moon Dunkerque, Les 4 Ecluses, 14h30 & 18h, 7/6€ Paul Kalkbrenner Bruxelles, Forest National, 18h30, 39e Bob Moses Bruxelles, Botanique, 19h30, 20>14e

Kekra + Le Captain Nemo Lille, L'Aéronef, 20h, 16>5e Christian Olivier Mazingarbe, Salle Watrelot, 20h30, 15>9€ Age of Love Anvers, Lotto Arena, 21h, 65>43e

Sam 23.02

Yo la tengo Lille, L'Aéronef, 20h, 26>19e

Dr Lektroluv Louvain, Het Depot, 20h, 18>13e

Lun 18.02

Ásgeir Courtrai, Kerk Sint-Denijs, 20h, 24,50>18,50e

Thomas Dybdahl Bruxelles, Botanique, 19h30, 23>17e Morcheeba Louvain, Het Depot, 20h, 30>24e Yann Tiersen Bruxelles, Bozar, 20h, 44,50 > 34,50e

Jeu 21.02 Airnadette La Louvière, Le Théâtre, 20h, 25>10e

Ven 22.02 # 50

Bruxelles, 24.02, Botanique, 20 h, 19 > 13 €, www.botanique.be

Les Négresses Vertes Bruxelles, Ancienne Belgique, 20h, 30e

Les Yeux d'la tête Drocourt, Espace Agora, 20h30, 10>5€

Dim 24.02 Warmduscher + Death Valley Girls Lille, L'Aéronef, 18h30, 15>5e

mer 27.02 Homeshake + Life Pass Filter Roubaix, La Cave aux Poètes, 20h, 12>8€

Jeu 28.02 Sniper Bruxelles, La Madeleine, 19h, 29e

Yelle + Hotel Radio Paris Bruxelles, Botanique, 19h30, 21>15e Bertrand Belin + Le vertigo Mouvaux, L'étoile, 20h, 25> 5e Dominique A Liège, Trocadéro, 20h, 32,50e Gauvain Sers Tilloy-Les-Mofflaines, Salle des fête, 20h30, 15>9€ New Monk Trio (Laurent de Wilde) Tourcoing, mF Hospice d'Havré, 20h30, 16>6€

Ven 01.03 Airnadette Hazebrouck, Centre André Malraux, 20h, 20>5e Ballaké Sissoko & Göksel Baktagir Bruxelles, Bozar, 20h, 18e Loic Lantoine Avion, Place des droits de l'enfant, 20h30, 18>12€

SAM 02.03 L'Or du Commun Lille, Le Splendid, 20h, 27,80€ Soom T + Skarra Mucci Oignies, Le Métaphone, 20h30, 19>13€


disques Deerhunter

Why Hasn’t Everything Already Disappeared ? (4AD) Le huitième album de Deerhunter, malgré son titre, n’est pas un traité de collapsologie (soit l’étude de l’effondrement de la civilisation industrielle). Après Fading Frontier en 2015, son disque le plus conventionnel, le groupe de rock d’Atlanta sert dix titres sans cohérence apparente, mais d’une hauteur rarement atteinte. Il est ici question d'une prise de conscience. Celle, particulièrement aiguë, de son démiurge Bradford Cox, génie tourmenté mais lucide sur la futilité de son entreprise et les limites de son audience, comme il le confiait dans une interview pour le site Stereogum. Derrière une parure pop glam ou psyché, sertie de clavecins et d’envolées célestes, transparaît ainsi une ambiance pas folichonne. On perçoit nettement la doublure, sur fond de changement climatique, de violence irriguant nos sociétés, voire des derniers jours de James Dean dans la pampa texane... Deerhunter enregistra en effet ce Why Hasn’t Everything Already Disappeared ? à quelques encablures du lieu de tournage de Giant. On prend rapidement la mesure de la dominante sombre de cet album, sans perdre de vue son extrême beauté. Mathieu Dauchy

Beirut

# 52

Gallipoli

(4AD)

Plus doux rêveur que baroudeur, Zach Condon voue un culte aux noms de ville, qui jalonnent sa discographie : Beyrouth, Nantes, Gibraltar, Pompeii… Cette fois c’est à Gallipoli, dans la région des Pouilles en Italie, que le folkeux puise son inspiration. L’album a été enregistré dans un studio situé dans la campagne et ressemble à un retour aux sources pour l’Américain. Cet opus est en effet nimbé d’une douce nostalgie, très poche de ses deux disques de jeunesse. L'excursion est engageante. On s'évade volontiers au fil de quelques morceaux comme On Mainau Island, un instrumental de deux minutes assez aérien, ou Landslide et ses chœurs extatiques. Toutefois, point de grande découverte au bout du chemin. Cette musique nous transporte pour nous amener souvent au même endroit. Hugo Guyon


Steve Mason

Le SuperHomard Meadow Lane Park

About the Light (Double

(Elefant Records / Boogie Drugstore)

Six / Domino) Inclassable Steve Mason. Jadis bidouilleur folktronica avec The Beta Band, puis artiste difficile à suivre (multiplication des alias, choix musicaux pas toujours aisés, distribution erratique…), l’écossais s'était toujours remis en question. La faute à une dépression chronique et grâce à de chouettes collaborations (avec Jimmy Edgar notamment). Les dernières nouvelles du trentenaire (Meet The Humans, 2016) le voyait dessiner une pop luxuriante mâtinée de touches électroniques. Ce disque, le cinquième sous son nom, fait fi des détours et des boucles pour aller à l'essentiel : une mélodie, des arrangements soyeux, des pop songs parfaites. On sent évidemment la patte de Stephen Street (The Smiths, Blur, Aline) derrière ce recueil de chansons éternelles. Thibaut Allemand

Tout d'abord, un groupe tirant son nom de Ne nous fâchons pas (Georges Lautner, 1966) ne peut être tout à fait mauvais. Conquis, à l'instar du Britannique Paul Weller, par Springtime EP (2018), on demeure ébaubi à l'écoute de Meadow Lane Park, premier véritable album de haute tenue. Initialement pensé comme un projet solo, désormais quintette, Le SuperHomard était pour Christophe Vaillant (Pony Taylor, The Strawberry Smell) le réceptacle de quelques obsessions sixties et seventies – de François de Roubaix à Ennio Morricone, de Francis Lai à la Library Music. Le résultat, enchanteur, renvoie souvent à ces grands maîtres et parvient, paradoxalement, à affirmer une réelle identité. On en pince pour eux, forcément. Thibaut Allemand

Panda Bear

Buoys (Domino records) Vingt ans après son premier disque, Noah Lennox n’a pas dévié du projet initial : cueillir son auditoire à coups de mélopées hypnotiques. Partagé entre les tournées d’Animal Collective et sa retraite lisboète, il publie Buoys. Ce sixième album s’ouvre sur les bruits de gouttelettes de Dolphin, une berceuse aquatique où la voix éthérée de l’Américain vogue sur une boucle de guitare et un clavier discret. Passé cette entrée en matière, on se laisse emporter par la pop minimaliste de Lennox, avec comme toujours une bonne dose de réverb et des superpositions de voix. La recette fonctionne particulièrement avec le morceau-titre, même si on lui préfère la version live disponible sur le web. Une mise en bouche avant la tournée des 20 ans d’Animal Collective ? Hugo Guyon


livres Frank et Golo La Variante du dragon (Revival) Émanation des Cahiers de la bande dessinée, la maison d’édition Revival sort ses premiers livres depuis l’automne dernier. La ligne ? Encourager de jeunes auteurs et exhumer des classiques oubliés du neuvième art. Au rang de ces incunables figure La Variante du dragon de Frank (au scénario) et Golo (au dessin), deux anciens de Charlie Mensuel ou Hara-Kiri. Publié sous forme d’épisodes à la fin des années 1980 dans la revue (à Suivre), ce récit nous entraîne à Paris, dans les eighties. Les dialogues pétris d’argot évoquent Michel Audiard tandis que le trait noir et blanc poisseux traduit cette atmosphère de crise succédant aux années 1970. Mais c’est surtout l’intrigue qui détonne. Il est ici question de deux loustics se disputant un trafic d’héroïne… lors d’une partie d’échec grandeur nature. Ce milliardaire sosie de Sartre et cet ex-taulard rejouent une confrontation ayant réellement eu lieu au xvie siècle, entre l’Italien Paolo Boï et une inconnue présentée comme la réincarnation du diable. On se délecte de cette faune hétéroclite de malfrats, prostitué(e)s et autres ripoux s’entretuant joyeusement. Un brillant exercice de style ! 144 p., 20 €. Julien Damien

Patrice Bride

# 54

La Vie devant nous

(Les éditions de l’Atelier)

N’en déplaise à Emmanuel Macron, il ne suffit pas toujours de traverser la rue pour trouver du travail. En témoignent ces neuf récits de "jeunes privé.e.s d’emploi". Gérant de la coopérative Dire le travail, Patrice Bride a rencontré ces vingtenaires qui, par faute de réseau ou de diplôme, parce qu’ils n’ont pas la bonne nationalité ou ont emprunté une voie saturée, affrontent le chômage et la précarité. Ils s’appellent Clotilde, David ou Mohamed et racontent les budgets serrés, les petites phrases vexantes des proches, les entretiens sans suite dans la restauration, la manutention ou la communication. Mais aussi leur envie de s’en sortir, et l’espoir de trouver une place dans la société. Leur parole est précieuse, et tue dans l’œuf tous les discours culpabilisateurs. 96 p., 5 €. Marine Durand


Antonio Fischetti & Bouzard

Andi Watson

La Planète des sciences (Dargaud)

(ça et là)

En dépit de la présence de l’excellent Bouzard, ceci est moins une BD qu’un recueil illustré. En effet, sur la page de gauche on trouve la biographie d’un scientifique (physicien, biologiste…) de Thalès à Emmanuelle Charpentier. Sur celle de droite, le regard (et le trait) de Bouzard, tantôt absurde, décalé, incisif. On ne se marre pas autant qu’à la lecture de ses albums (Moi, BouzarD ; The Autobiography of Me Too), mais on en apprend beaucoup grâce aux textes affûtés d’Antonio Fischetti, chercheur, enseignant et journaliste scientifique à Charlie Hebdo. Érudit, concis et souvent drôle, il nous rappelle qui sont Marie Curie, Galilée, Copernic ou Max Planck. On croyait les connaître, on les redécouvre – mention spéciale à la mort de Pythagore… 84 p., 19,99 €. Thibaut Allemand

La tournée

G.H. Fretwell, écrivain poissard, part en tournée promotionnelle pour la sortie de son dernier livre : Sans K. Abandonné par sa famille, son éditeur et la presse littéraire, son voyage vire au fiasco. Le public boude les séances de dédicaces et notre héros se retrouve au cœur d’une enquête policière sur un mystérieux tueur en série. Le romancier sombre petit à petit dans un engrenage kafkaïen : rentrera-t-il chez lui sain et sauf en ayant réussi à vendre un exemplaire de son ouvrage ? Le trait fin et minimaliste d’Andi Watson augmente le plaisir de lecture. Surtout, le dessinateur britannique livre un roman graphique décalé, aux dialogues absurdes rappelant l’humour de Fabcaro voire des Monty Python – pas une petite comparaison. 272 p., 22 €. H. Guyon

Jason Hrivnak Le Chant de la mutilation (éditions de l’Ogre) Comme l’augure son sinistre titre, Le Chant de la mutilation raconte l’histoire tragique de Thomas, un jeune homme aux pensées tourmentées par un être maléfique. Nommé Dinn, celui-ci livre un monologue de plus de 200 pages qu’on dévore avec une curiosité malsaine. Le récit se présente comme le rite initiatique de Thomas, avili par ladite créature pour le propulser au statut de démon. Les tortures du mauvais génie sont entrecoupées par la description de ses précédentes tueries. Aucun détail, même le plus graphique, n’est épargné. Deux ans après son premier livre, La Maison des épreuves, tout aussi macabre, le Canadien Jason Hrivnak renoue avec une nouvelle œuvre horrifique aux accents schizophréniques. Comme si le romancier envisageait son propre exorcisme... 264 p., 22 €. Hugo Guyon


L’ émeute prime de Joshua Clover © Entremonde

littérature

Entremonde

Soigne ta gauche Au rayon des éditeurs (très) à gauche, on se souvient de Maspero et l’on pense volontiers à Libertalia, L’échappée, Agone ou La Fabrique. On cite moins souvent (à tort) Entremonde. Née il y a dix ans en Suisse, cette maison mérite qu’on s’y cantonne un instant. Issu de la mouvance radicale, Entremonde « s’est donné pour objectif de publier des textes de critique sociale au sens large », explique Vincent Chanson, membre du collectif éditorial. On y retrouve donc « les classiques du mouvement ouvrier jusqu’au marxisme hétérodoxe ». Vaste programme. Et promesses tenues : féminisme matérialiste (Silvia Federici et son Caliban et la sorcière), écrits d’ultragauche (Bruno Astarian, Christian Charrier), biographie de Karl Marx traduite de l’allemand par… Alexandre Vialatte, réédition de La Nouvelle typographie de Jan Tschichold (bible de pas mal de graphistes – dont Peter Saville). Entremonde fait feu de tout bois. Bien entendu, le risque, avec des choix aussi érudits, serait de ne s’adresser qu’à des thésards. Une idée battue en brèche. « Certes, nos livres peuvent paraître pointus. Nous pensons que la théorie est nécessaire à un mouvement révolutionnaire. Mais ils ne visent pas forcément un public dit "universitaire" ». Ces derniers mois, outre le réjouissant L’émeute prime de à visiter / Joshua Clover, on s’est régalé des thèses clairvoyantes de entremonde.net à lire / Mark Fisher, ex-journaliste de Wire, sur la place du capita- Le Communisme aux enfants lisme dans l’imaginaire collectif. Et l’on a glissé Le Commu- expliqué de Bini Adamczak 112 p., 8 € nisme expliqué aux enfants sous le sapin. On ne s’étonnera Le Réalisme capitapas si l’école maternelle est bloquée. Thibaut Allemand liste de Mark Fisher

# 56

8€ 978-2-940426-45-4

Le Communisme expliqué aux enfants

Bini Adamczak — Le Communisme expliqué aux enfants

A6

entremonde

Il était une fois des personnes qui aspiraient à se libérer de la misère du capitalisme. Comment faire pour que leur désir de changement puisse devenir réalité ? Ce petit livre propose une vision différente du communisme, fidèle à son ambition : se débarrasser d’un monde de souffrance et d’oppression. Mobilisant les ressources de la littérature enfantine, mais pas seulement, ce texte cherche à rendre abordable pour toutes et tous certains concepts de la théorie marxiste et communiste. Princesses et usines, paysannes et travailleuses opprimées, deviennent les actrices d’un récit ludique et illustré par lequel il s’agit de revenir sur l’histoire du capitalisme, sur celle de la féodalité, sur la théorie des crises, sur les formes multiples de la domination et de l’exploitation, mais aussi et surtout sur les différentes définitions et compréhensions de la visée communiste.

Bini Adamczak

Le Communisme expliqué aux enfants

entremonde

Bini Adamczak

96 p., 10 €


écrans

Pearl

Le corps à cœur Pearl, c’est l’histoire d’une femme qui a troqué son rôle de mère pour soulever de la fonte. Après un court-métrage sur la boxe, Elsa Amiel interroge de nouveau la représentation du corps en tâtant du bodybuilding.

# 58

Longtemps première assistante réalisatrice (de Raoul Ruiz, Noémie Lvovsky), Elsa Amiel franchit le pas du long-métrage. C’est une série de portraits de femmes du photographe Martin Schoeller qui a aiguillé la Parisienne vers le culturisme, cocktail étrange d’ultra-féminité, de corps démesurés et belle matière cinématographique. Elle assiste alors à des championnats, rencontre les

protagonistes de cette scène horsnorme. Le casting dure près de deux ans pour dénicher l’interprète principale. Il s’agit de l’impressionnante Julia Föry, actrice novice continuant de s’entraîner six heures par jour pendant le tournage. Super-héroïne Son personnage, Léa Pearl, est une championne qui s’est construit un


© Haut et Court

corps de bête de compétition. Ce sacrifice se lit sur l’épiderme de la bodybuildeuse, à coups de longues focales et de plans serrés. Mais cette athlète est avant tout une femme… désormais aux prises avec la maternité. Alors qu’elle s'apprête à concourir au prestigieux titre de Miss Heaven, son ex-mari débarque avec son fils, qu’elle n’a pas vu depuis quatre ans. D’abord laborieuses, ces retrouvailles laissent place à une complicité quasi animale. Dans les yeux de ce petit homme, sa mère semble une super-héroïne.

« Autocréation, transhumanisme, surhumanité sont des thèmes du film », souligne Elsa Amiel. Le huis clos hôtelier, en guise de coulisses du tournoi, demeure le lieu propice à toutes les découvertes pour le garçonnet intrépide – on pense à Danny dans Shining. Au final, Pearl est une œuvre qui bouscule. Une perle. Selina Aït Karroum

D’Elsa Amiel, avec Julia Föry, Peter Mullan, Arieh Worthalter… Sortie le 30.01


écrans © Les Acacias

Dans la terrible jungle

La vie devant eux

# 60

Située à Loos, la Pépinière accueille des enfants et adultes "déficients visuels ou atteints de troubles neurovisuels". C'est du moins ce qu'on peut lire sur le site Internet de l'établissement. Ombline Ley et Caroline Capelle y ont surtout rencontré des ados amoureux, et des artistes spontanés. Dans la découpe des fenêtres, deux filles tentent d'accorder leur danse. Un adolescent combinant les tenues de Batman et de Superman se cache d'arbre en arbre avant de fendre le champ avec détermination. Un autre, regardant vers le ciel, dessine des spirales… Ces gestes et trajectoires nous saisissent dès le début. Plan après plan, ce documentaire, telle une machinerie complexe, révèle des arabesques d'une rare élégance. Sous l'œil des deux cinéastes, qui signent ici leur premier long-métrage, la Pépinière est une île où personne n'est désigné par un handicap. L'enjeu est ailleurs. Non dans le diagnostic, mais dans les formes que prennent ces existences. Plutôt que de réaliser un film "sur", Caroline Capelle et Ombline Ley ont donc fait un film "avec". Sans nier la maladie ou les troubles, elles permettent à chacun de s'exprimer. Et de jouer. Quelques figures singulières se détachent, bien sûr. Notamment Ophélie Lefebvre, jeune fille aveugle dont le moindre geste devient rythme, musique. Il faut ainsi l'entendre se brosser les dents ou accompagner le chant d'un ami avec un sac plastique. Plus que la star du film, elle en est la clé. Avec une joie irrésistible, elle nous rappelle que la vie Documentaire de Caroline Capelle et Ombline Ley est faite d'élans. Raphaël Nieuwjaer Sortie le 13.02


Nouvelle donne

C'est ça l'amour © Mars Distribution

écrans

Festival international du Film de Mons

# 62

En plus de trois décennies, ce festival s'est imposé comme un rendezvous majeur du cinéma belge. Entre soirées festives, découvertes ou invités de marque (Hugh Hudson, réalisateur de Greystoke), le public est définitivement conquis. Travelling avant sur une édition pas tout à fait comme les autres. ébranlée par des soupçons de harcèlement, la dernière édition du Festival International du Film d'Amour fut annulée. Aujourd'hui, la manifestation se réinvente sous l'impulsion de Maxime Dieu, pour devenir le Festival international du Film de Mons. « Il s'agissait de mettre en avant le nom de la ville », soutient le nouveau délégué général. Désignée capitale européenne de la culture en 2015, désormais en pleine Biennale, la cité du Doudou demeure en effet une ville d'art. En cela, le FIFM veut défendre une « vision d'auteur, un cinéma à la fois exigeant et attractif ». L'amour, évincé du titre, « reste le fil conducteur de la programmation mais, au-delà de la simple idée de "romantisme", sera exploré sous des angles nouveaux. C'est en effet un thème soulevant des enjeux collectifs et intimes ». à l'image de C'est ça l'amour de Claire Burger (Caméra d'or à Cannes en 2014 avec Party Mons, 15 > 22.02, Imagix, Théâtre Girl) où Bouli Lanners, dans le rôle du père de Royal, Auditorium Abel Dubois, Palais des Congrès, Business famille largué par sa femme, s'occupe seul de Center d'Imagix, 1 séance : 7 > 4 € deux adolescentes. Parmi les près de 80 films (ouverture et clôture : 15 €), pass 20 séances : 30 €, festivaldemons.be sélectionnés (dont nombre d'inédits), citons Sélection : 15.02 : Duelles aussi Kabullywood de Louis Meunier, soit d'Olivier Masset-Depasse (film d'ouverture) // 16.02 : Opening l'histoire de quatre étudiants qui rénovent un Party // 17.02 : Blind Test Cinéma cinéma à Kaboul par amour du 7e art… Peut20.02 : Soirée Wallonie 22.02 : Closing Party on rêver plus belle mise en abyme ? J. D.


écrans

Ego Trip

© Ad Vitam

Les estivants

# 64

Après Il est plus facile pour un chameau…, Actrices ou Un Château en Italie, Valeria Bruni-Tedeschi nourrit un cinéma d'autofiction qui lui a, par le passé, pas mal réussi. Son dernier film peine pourtant à convaincre. Explications. Coécrit avec Agnès de Sacy et Noémie Lvovsky (d’après une pièce de Gorki), Les Estivants nous plonge dans la vie d'Anna. Cette réalisatrice en pleine rupture amoureuse débarque avec sa fille dans une superbe propriété de la Côte d’Azur pour quelques jours de vacances. Très vite naissent des rapports de domination, de confrontation, de désir entre amis et employés de maison… Formée à l'école des Amandiers de Nanterre par le regretté Patrice Chéreau, Valéria Bruni-Tedeschi est une comédienne d’exception. Depuis 2003, elle est également une cinéaste qui raconte des histoires inspirées de son vécu de femme et d’artiste. Si ses derniers longs-métrages flirtaient avec le narcissisme, ils avaient le chic de ne jamais y sombrer, grâce à l'humour. La Franco-Italienne abordait alors des thèmes graves, mais avec légèreté. Ici, hélas, le charme s'est envolé. On rit peu et on s’ennuie ferme devant Les Estivants. La faute à une durée excessive (2 h 08), un rythme défaillant et un cruel manque de fantaisie. Incarnés par des acteurs talentueux, la plupart des personnages n’émeuvent pas et agacent beaucoup. Pour la première fois, Valeria BruniDe Valeria Bruni-Tedeschi, avec elle-même, Valeria Golino, Tedeschi tombe dans la complaisance. Pourvu Pierre Arditi, Noémie Lvovsky, que ça ne dure pas… Grégory Marouzé Yolande Moreau… Sortie le 30.01


Cassius, jeune afro-américain nonchalant, décroche un job dans une boîte de télémarketing. Un emploi alimentaire où il se révèle très efficace et gravit les échelons en "blanchissant" sa voix au téléphone sur les conseils d’un collègue. Parvenu au sacro-saint statut de "supertélévendeur ", notre héros découvre alors la véritable nature de l'entreprise, et notamment ses liens avec une multinationale surpuissante, au projet dystopique… Premier longmétrage du rappeur Boots Riley, Sorry to Bother You tourne en dérision les travers du capitalisme américain. Soutenu par une réalisation rythmée et colorée, son ton corrosif n’est pas sans rappeler la série Dear White People (2017). Malgré un final un peu poussif, l’humour absurde du film fait mouche. Hugo Guyon

© Universal Pictures

De Boots Riley, avec Lakeith Stanfield, Tessa Thompson, Jermaine Fowler... Sortie le 30.01

© Séverine Brigeot

Sorry to Bother You

Une Intime conviction Une Intime conviction retrace un combat. Celui de Nora et d’un ténor du barreau pour innocenter un homme accusé du meurtre de sa femme. Antoine Raimbault renoue avec le film de procès en portant à l’écran l’affaire Jacques Viguier, qui défraya la chronique durant les années 2000. Car ici, tout est vrai. Le réalisateur français, qui a connu les différents protagonistes de l’histoire, respecte scrupuleusement audiences et écoutes téléphoniques. Il en résulte un thriller palpitant, qui interroge le fonctionnement de notre justice et renvoie aux films de Sidney Lumet. Marina Foïs, Olivier Gourmet (dans le rôle d’Eric Dupond-Moretti) et Laurent Lucas, en coupable trop idéal, impressionnent. Une Intime conviction est un film coup de poing ! Et Antoine Raimbault, un réalisateur à suivre. Grégory Marouzé D’Antoine Raimbault, avec Marina Foïs, Olivier Gourmet, Laurent Lucas… Sortie le 06.02 


exposition

Games and Politics

Les jeux sont défaits # 66

Nul besoin de réhabiliter Mario, Sonic et tous leurs amis pixelisés. Aujourd'hui, l'industrie du jeu vidéo pèse plus de 100 milliards d'euros ! Populaire, certes, ce mastodonte culturel est-il pour autant éthique ? Moral ? à Bruxelles, une exposition révèle des créations alternatives, se revendiquant "politiques". Attention, contenu explicite…


1378 (km), 2010 © Jens M. Stober


Auriea Harvey & Michaël Samyn, Sunset, 2015 © Tales of Tales

# 68

C

omment surveiller un poste-frontière ? Piloter un drone pour tuer des gens à distance ? Ou même… changer de sexe ? Voici le genre de questions radicales auxquelles est confronté le visiteur-joueur de Games and Politics. Montée par le GoetheInstitut et le ZKM de Karlsruhe, présentée à l'ISELP de Bruxelles, cette exposition interactive rassemble 18 jeux vidéo au propos sociétal et politique. « Le serious game est apparu à l'aube des années 2000, servant d'outil pédagogique ou de réflexion pour des sujets dérangeants, selon Adrien Grimmeau, le directeur de l'ISELP. Ceux dévoilés ici demeurent des pièces maîtresses ». Œuvres de créateurs indépendants, la plupart

« Le serious game sert d'outil pédagogique ou de réflexion sur des sujets dérangeants. » de ces titres ne sont pas commercialisés, mais disponibles en libre téléchargement. Ils sont répartis en six thématiques : les migrations, les médias, la guerre, l’opinion publique, le pouvoir et l’identité sexuelle. Tous sont facilement utilisables. Et plutôt déroutants… Le téléphone pleure Phone Story, par exemple, nous explique comment est fabriquée la tablette avec laquelle nous jouons. Lors du premier niveau, nous voici dans la peau d'un soldat, au bord d'une mine


au Congo. Notre mission ? Forcer des enfants à extraire le coltan, métal nécessaire à la confection de notre cher smartphone… « C'est évidemment glauque, concède Adrien. Mais il s'agit de démontrer qu'en nous amusant, nous participons à une chaîne inhumaine… ». Futés, les concepteurs ont détourné l'objet lui-même pour déclencher la prise de conscience. « D'autres créateurs utilisent l'énorme impact de cette industrie pour valoriser un thème sensible ». Telle l'identité sexuelle. Nicky Case a ainsi mis au point un simulateur de… coming-out. « Grâce à un système de questions-réponses vous revivez le récit de cet Américain, forcé de révéler son homosexualité.

Vue d'exposition © Julien Damien

Phone Story, 2011 © Molleindustria

suite


Les Sims à la guerre

# 70

Imaginées loin des gros labels, ces œuvres présentent des esthétiques très variées, parfois sommaires (par manque de moyens) ou splendides, comme The War of Mine. « C'est un anti-wargame, précise Julien Annart, spécialiste belge du jeu vidéo. Les productions mainstream représentent la guerre comme une chose amusante, excluant les civils, pourtant les principales victimes ». Ici, nous dirigeons un groupe de survivants dans une ville dévastée par un conflit. à un moment, nous découvrons une cave

occupée par un couple de personnes âgées. « Soit vous leur laissez leur nourriture et vos troupes meurent de faim, soit vous leur prenez et condamnez ces vieillards, minant le moral de vos personnages…». Mais alors, comment gagner ? « La plupart du temps, vous ne pouvez pas, renchérit Adrien. L'un des aspect récurrents de ces jeux, c'est la déception. Elle vous permet de questionner vos valeurs morales… En endossant des rôles alternatifs, vous vivez des dilemmes sociétaux. Et ressortirez d'ici, on l'espère, avec une perception différente du monde ». Julien Damien Bruxelles, jusqu'au 23.02, ISELP mer > sam : 11 h > 18 h, gratuit (conférences : 6 / 4 €) iselp.be

Adrien Grimmeau en plein dilemme.

© Julien Damien

En fonction de vos déclarations, vous découvrirez si vous êtes capables d'assumer certains choix… ».


exposition

# 72

Vue d'exposition © Mathieu Harel Vivier


Sans titre, série Promzona, 2011, Courtesy Galerie Suzanne Tarasieve, Paris © Boris Mikhaïlov

Boris Mikhaïlov

La peau de l'URSS à Douchy-les-Mines, le Centre régional de la photographie présente deux séries de l'Ukrainien Boris Mikhaïlov. Depuis les années 1960, cet artiste mondialement reconnu n'a cessé de dépeindre l'envers (et l'enfer) du décor soviétique. Baptisée L'âme, un subtil moteur à explosion, cette exposition résonne avec l'histoire industrielle des Hauts-de-France.

N

é en 1938 dans l'Ukraine soviétique, Boris Mikhaïlov fut d'abord ingénieur au sein d'une usine de Kharkov. Remarquant son

goût pour la photographie, les autorités lui confient un appareil pour témoigner du quotidien de l'entreprise. Mais durant les années 1960, suite


exposition Sans titre, série Salt Lake, 1986 © Boris Mikhaïlov

il est viré par le KGB pour avoir pris des clichés de sa femme nue… Dès lors, Mikhaïlov consacrera sa vie à son art, critiquant aussi bien le communisme que le capitalisme sauvage lui succédant, tout en jouant d'audaces esthétiques, entre collages et colorations. « C'est un plasticien de l'image », indique Muriel Enjalran, la directrice du CRP, ravie d'accueillir « un artiste de cette envergure ». Cette exposition ne doit pourtant rien au hasard.

# 74

Destin tragique Le travail dévoilé à Douchy-lesMines fait écho à la crise industrielle qui frappa les Hauts-de-France.

Encore jamais vue dans une institution française, la série Promzona fut réalisée en 2011 au cœur de son Donbass natal (toujours en guerre, aujourd'hui). Ces photos captent les derniers instants du cœur sidérurgique de l'ex-URSS, ultime témoignage de l'activité des usines d'extraction de la houille. Toutefois, l'Ukrainien dépasse le cadre documentaire de son sujet, « nourrissant une réflexion sur l'histoire de l'art ». Ici, un enchevêtrement de poutres et de tuyaux métalliques évoque Les Constructeurs de Fernand Léger. Là, cette cheminée saisie en contreplongée reprend le vocabulaire du constructivisme russe.


Mais au lieu d'exalter la beauté de la machine, alors promesse d'émancipation et de progrès, Mikhaïlov focalise sur son effondrement – et celui de son peuple. Photos salées Dans la salle d'en face, Salt Lake nous emmène cette fois à Slaviansk, une ancienne station thermale fréquentée par les apparatchiks à la fin du xixe siècle. Prises sur le vif en 1986, ces scènes de bonheur dominical montrent des classes laborieuses se réappropriant les plaisirs des riches. Ces images aux couleurs

sépia dévoilent des corps imparfaits barbotant dans un lac, entre rondeurs felliniennes, peaux tatouées ou ridées – « très loin de l'idéal esthétique soviétique ». En arrièreplan, surtout, on remarque des cheminées, des fils électriques… Autrefois courues pour leurs vertus thérapeutiques, ces eaux salées sont en réalité polluées par les usines environnantes. « Boris Mikhaïlov nous explique ici comment son peuple parvient à vivre envers et contre toutes les difficultés imposées par le régime ». Cherchant son coin de paradis au milieu de l'enfer. Julien Damien

Douchy-les-Mines, jusqu'au 24.02, Centre régional de la photographie mar > ven : 13 h > 17 h, sam & dim : 14 h > 18 h, gratuit, www.crp.photo à lire / La version intégrale de cet article sur lm-magazine.com

Vue partielle de l'exposition l'âme, un subtil moteur à explosion Boris Mikhaïlov © Mathieu Harel Vivier


exposition

# 76

Vase en puissance, 2014-2015 © Laura Couto Rosado © Raphaëlle Muller


Design orienté verre

Nouveau souffle Fondu, poli, soufflé depuis plusieurs siècles par des maîtres artisans, le verre peut-il encore nous surprendre ? Oui, affirme cette exposition, qui présente une sélection d’objets d’art éclectiques, signés des grands noms du design contemporain.

I

nstallé dans l’ancien complexe minier du Grand-Hornu, le Centre d’innovation et de design (CID) ouvre ses portes au Centre international de recherche sur le verre et les arts plastiques (Cirva), fondé en 1986 à Marseille. Au-delà des acronymes, retenons l’essentiel de cette rencontre francobelge : depuis le début des années 2000, de nombreux designers internationaux ont exploré les potentialités du verre lors de résidences dans la cité phocéenne. Leurs expérimentations sont ici réunies par esthétiques. Les suspensions et appliques murales de David Dubois, vaporeuses, explorent la poésie du matériau. Le mobilier de bureau de Sylvain Willenz reproduit la texture du polystyrène, quand les "architectures" d’Andrea Branzi nourrissent un dialogue entre la nature et nos objets domestiques. Effets d’optique Confiée au malicieux duo Normal Studio, la scénographie prend le contrepied de nos attentes. Entendant "verre", vous pensez lumière diaphane et tintement cristallin ? Les Français ont habillé les caissons et présentoirs de liège brun foncé. « Celui-ci fait ressortir les pièces translucides, et correspond de plus à l’ADN écologique du CID », souligne Marie Pok, sa directrice. Un espace distinct regroupe les vases créés au Cirva par les lauréats du festival Design Parade. Vases coques, vases bouquets, "vase en puissance"… le récipient se réinvente entre les mains de la jeune génération, en toute transparence… Marine Durand Hornu, 17.02 > 26.05, CID, mar > dim : 10 h > 18 h 10 > 2 € / gratuit (- 6 ans), www.cid-grand-hornu.be


Chaussette d’enfant Égypte, trouvé à Antinoé, 240-400 Bruxelles, Musées royaux d’Art et d’Histoire

exposition

De lin et de laine

Au fil de l’Histoire Comment s’habillaient les égyptiens il y a plus d’un millénaire ? Comment concevaient-ils leurs tissus ? à quoi servaient-ils ? Voici quelques-unes des questions auxquelles répond De lin et de laine. Cette exposition remonte le temps pour mieux nous conter le rapport de l’Homme à l’étoffe.

# 78

C’est un trésor exceptionnel que révèle le Musée royal de Mariemont. En 2015, l’institution recevait en dépôt, de la part de deux collectionneurs, plus de 215 pièces de textile égyptien datant du iiie au xiie siècle ! Au gré de ce parcours rassemblant vêtements ou tissus d’ameublement, sont ainsi décrites les techniques de tissage ou les colorants utilisés par nos ancêtres. Mais bien plus qu’un défilé de mode antédiluvien, « c’est un véritable voyage au cœur des foyers d’égypte que nous proposons », annonce Arnaud Quertinmont, commissaire de l’exposition. à cette époque, les habits n’étaient en effet pas de simples "fringues", mais des objets de valeur accompagnant ces hommes et femmes jusqu’à la tombe. Ces pièces rares, pour certaines jamais montrées, nous invitent ainsi « à comprendre les êtres humains derrière l’étoffe ». Parmi elles, citons ces toges exceptionnellement bien conservées, mais aussi la pièce maîtresse de l’exposition, selon Arnaud, qui n’est autre qu’une… chaussette ! Avec, détail qui tue, une partie séparant le gros orteil du reste du pied… Cette exposition est accessible à tous, notamment grâce à un parcours spécialement conçu pour les enfants et animé par le perMorlanwelz, 09.02 > 26.05 Musée royal de Mariemont, tlj sauf lun : sonnage-guide "Zoïlos". Histoire de ne pas 10 h >17 h, 5 > 2 € / gratuit (-12 ans) perdre le fil ! Marion Humblot musee-mariemont.be à lire / l’interview d'Arnaud Quertinmont sur lm-magazine.com


Le chien d'Actéon © John Bulteel A type of Walrus © Nina Vanhaverbeke

exposition

John Bulteel et Nina Vanhaverbeke Duo est une série d’expositions confrontant deux artistes aux pratiques différentes. Le Château Gilson organise cette fois la rencontre entre le sculpteur cominois John Bulteel et l’illustratrice carolo Nina Vanhaverbeke. Inspiré par les mythes, légendes ou folklores populaires (tel le carnaval), le premier travaille le plâtre pour y façonner des silhouettes chimériques. La seconde associe images d’hier et d’aujourd’hui pour composer un fascinant cabinet de curiosités, où les corps se mélangent avec humour et poésie. Entre techniques en deux ou trois dimensions, ces deux créateurs arpentent ce même fil ténu séparant le réel et l’imaginaire. J.D.

La Forêt de nouveau frémit, sans titre, 2017 © S. Dubrunfaut

# 80

La Louvière, 03.02 > 24.03, Château Gilson, jeu & ven : 14 h > 17 h, sam & dim : 14 h > 18 h, gratuit www.cestcentral.be

Sylvain Dubrunfaut Les toiles de Sylvain Dubrunfaut sont peuplées de visages et de regards mélancoliques ou rêveurs. Ce peintre originaire des Hauts-de-France saisit à travers de superbes portraits naturalistes les doutes, errances ou espoirs propres à l’adolescence, l’un de ses thèmes privilégiés. Réalisées à l’huile sur bois, la gouache ou l’acrylique, dans une palette vive ou pastel, ses images offrent le témoignage brut d’une époque, tout en stimulant notre imagination. J.D. Lille, 23.02 > 06.04, Lasécu, mer & jeu : 14 h > 18 h ven & sam : 14h > 19 h, gratuit, www.lasecu.org


Night Fever Designing Club Culture 1960-Today à Bruxelles, l’ADAM retrace l’épopée du clubbing sous le prisme du design et de l’architecture, des années 1960 à nos jours, du rock à la techno en passant par le disco. Le Paradise Garage, l’Haçienda, le Studio 54, le Berghain… autant de noms mythiques, mais aussi de lieux d’émancipation, observés à travers un angle inédit. En filigrane, ces films, photos, mixtapes, maquettes ou meubles dessinent une passionnante histoire de la musique. © Vincent Rosenblatt

Bruxelles, jusqu’au 05.05, ADAM – Brussels Design Museum tous les jours : 10 h > 18 h, 8 > 5 € / gratuit (-6 ans), adamuseum.be

Revolutions Records & rebels. 1966 - 1970

Patrick Willocq Songs of the Walés

Montée par le Victoria and Albert Museum de Londres, cette exposition nous replonge au cœur de la révolution qui secoua le monde durant la seconde moitié des sixties. Du manuscrit original de Lucy in the Sky with Diamonds, signé John Lennon, au premier ordinateur personnel, en passant par les fringues dessinées par Twiggy, 350 objets retracent ces bouleversements culturels, sociaux, technologiques et artistiques.

Photographe autodidacte né en 1969 à Strasbourg, Patrick Willocq a passé la majeure partie de sa vie à l’étranger et notamment en Afrique, où il a vécu durant sa jeunesse. Cette série résulte ainsi de voyages effectués au nord de la République démocratique du Congo. Ses images colorées témoignent du rituel Walé, pratiqué par des tribus de la forêt de la région équatoriale et célébrant la maternité selon des codes ancestraux - et un peu magiques…

Bruxelles, jusqu’au 10.03, ING Art Center tous les jours sauf lundi : 10 h > 18 h (mer : 21 h) 12 > 2 € / gratuit (-18 ans), promo.ing.be

Charleroi, jusqu’au 12.05, Musée de la Photographie, mar > dim : 10 h > 18 h 7 > 4 € / gratuit (-12 ans), www.museephoto.be

# 82

François Curlet. Crésus et Crusoé François Curlet jongle avec les mots et les formes pour mieux faire dérailler notre quotidien. Le MAC’s offre au Français sa première grande exposition monographique en Belgique. Crésus et Crusoé révèle un travail iconoclaste et critique de notre société de consommation – et de communication. L’artiste détourne avec humour les objets qui nous entourent. Par association d’idées ou contre-emploi, il joue avec les signes culturels, politiques ou économiques, livrant autant de métaphores plastiques. Hornu, jusqu’au 10.03, MAC’s, mar > dim : 10 h > 18 h, 8 > 2 € / gratuit (-6 ans), www.mac-s.be


Hervé Di Rosa Pionnier de la Figuration libre, inventeur de l’Art modeste, infatigable globe-trotter, Hervé Di Rosa puise dans tous les courants artistiques, cultures ou techniques. Il crée ainsi un langage foisonnant, entre la BD et les films de série B, le rock ou le graffiti. Ce parcours revient sur 40 années de peinture, depuis ses diptyques sur carton de 1978 à ses très grands formats, en passant par ce voyage en 19 étapes autour du monde, entrepris dès 1993. © Victoire Di Rosa

Le Touquet, jusqu’au 19.05, Musée du Touquet-Paris-Plage tlj sf mardi : 14 h > 18 h, 3,50 / 2 € / grat. (-18 ans), letouquet-musee.com

La Terre, théâtre de changements Qu’est-ce que le Jurassique ? Quelles espèces peuplaient notre Terre il y a 150 millions d’années ? Autant de questions passionnantes auxquelles le Musée d’histoire naturelle de Lille répond à travers une exposition fascinante. Celle-ci s’apprécie dans un espace géologique totalement renouvelé. Riche de minéraux rares, de fossiles ou de reconstitutions de paysages, ce nouveau parcours révèle un visage du monde antédiluvien, où les Hauts-deFrance étaient alors… sous l’eau ! Lille, à partir du 06.02, Musée d’histoire naturelle, lun, mer > ven  : 9 h 30 > 17 h, we  : 10 h > 18 h 3,70 > 2,60 € / gratuit (-12 ans), mhn.lille.fr

Giorgio De Chirico. Aux origines du surréalisme belge : Magritte, Delvaux, Graverol Fondateur du mouvement de la peinture métaphysique, Giorgio De Chirico fut surtout le véritable initiateur du surréalisme. Dès le début du xxe siècle, ses toiles nimbées de mystères et de poésie inspirèrent René Magritte, bien sûr, mais aussi Paul Delvaux et Jane Graverol. Ce parcours thématique révèle les liens existant entre les œuvres de l’Italien et les trois créateurs belges, dessinant en filigrane une incroyable histoire de l’art moderne. Mons, 16.02 > 02.06, BAM, mar > dim : 10 h > 18 h, 9 / 6 € / gratuit (-6 ans), bam.mons.be

Vice Versa

# 84

Inauguré en octobre 2016, le MusVerre est un écrin de 3 500 m2 consacré au verre, au cœur de l’Avesnois. C’est ce paysage de bocage et de rivières sinueuses qu’a arpenté durant deux saisons (l’été et l’automne) la Britannique Sally Fawkes. Cette résidence a inspiré Vice Versa, rassemblant des pièces créées in situ et traversées par la notion de dualité. Ces œuvres fluctuent ainsi entre le passé et l’avenir, l’ombre et la lumière. On admire alors un jeu de miroirs, de transparence et de couleurs à couper… le souffle. Sars-Poteries, jusqu’au 17.02, MusVerre, mar > dim : 11 h > 18 h 6 > 4 € / gratuit (-26 ans), musverre.lenord.fr


Saison sèche - Cie Non Nova © Jean-Luc Beaujault

# 86 théâtre & danse


Phia Ménard

Nature humaine Une vocation de jongleuse découverte par hasard, une prédilection pour les éléments (l’air, l’eau) comme base de création… Rien, chez la plasticienne Phia Ménard, n’est classique, banal, anodin. à commencer par ses spectacles, présentés dans le cadre d’un cycle thématique au Tandem. La silhouette interpelle : longiligne, mais pas fragile. Le CV impressionne : danseuse, jongleuse, chorégraphe, metteure en scène, plus de 20 créations présentées sur tous les continents avec sa compagnie, Non Nova. Oui, Phia Ménard a une histoire singulière. D'ailleurs, il y a dix ans, elle s’appelait Philippe. Initié en 2008, son changement de sexe nourrit désormais son œuvre. « D’un seul coup, je suis passée du masculin au féminin, du pouvoir à la perte du pouvoir », observe-t-elle. Vent debout Quand elle n’interroge pas les fragiles fondations de l’Europe avec du rouleau adhésif et du carton (Maison mère, présenté en janvier au Tandem), la Nantaise joue avec les éléments. La glace d’abord, cette matière qui se transforme, « à l’image de nos propres corps ». Le vent ensuite, dans des pièces d’une virtuosité à couper le souffle. Dans le conte chorégraphique L’après-midi d’un foehn, une marionnettiste fait ainsi valser des sachets en plastique, en déplaçant quelques instruments devant des ventilateurs. Légères comme l’air, ces créatures colorées prennent forme humaine à chaque "pas de danse". à l’autre bout de son spectre artistique, les sept performeuses de Saison sèche dévoilent L’après-midi d’un foehn cette fois un théâtre de combat. Armées Arras, 04.02, Le Théâtre, 19 h, 10 / 8 € de leur seule nudité, avant de se travestir dès 4 ans, www.tandem-arrasdouai.eu en mâles, elles attaquent dans une scéSaison sèche Douai, 05.02, L’Hippodrome, 20 h nographie spectaculaire les ennemis de 22 / 12 €, www.tandem-arrasdouai.eu cette artiste engagée : le patriarcat et L’après-midi d’un foehn version 1 l’assignation des genres, naturellement. (version courte) Marine Durand

Douai, 07.02, L’Hippodrome, 19 h, 10 / 8 €, dès 4 ans, tandem-arrasdouai.eu


Confidence pour confidence

# 88

Cyril Viallon ouvre la malle aux souvenirs. Dans He's a Maniac, le Lillois confie ses anecdotes, ses premières fois et invite Marilyn Monroe, Catherine Deneuve, Klaus Nomi sur scène... Un solo émouvant, aux frontières de la danse, du théâtre et de la vidéo. « C'est la vie d'un jeune mec de province sentant qu'il est différent des autres, explique Cyril Viallon. Je parle de mes années au collège qui ont été d'une violence inouïe, du traumatisme du slow dans les boums...». Il est aussi question de musique, et de danse bien sûr. Celle-ci a changé sa vie. De confidence en confidence, le fondateur de la compagnie Les Caryatides révèle ainsi ses premières fois. « Des réussites, mais aussi des grosses gamelles ». Un récit intime mais universel, où chacun se reconnaît. Seul sur scène, assis sur un tabouret, chantant ou commentant des images projetées en arrière-plan, il se remémore les anecdotes qui ont construit son existence, évoque ses icônes du grand écran. Môme, son père l'emmenait dans un cinéma d'art et essai. Il en garde un amour inconditionnel du 7e art et de François Truffaut en particulier. « Dans les moments difficiles, je rêvais d'utiliser un fondu au noir ». L'opus II, He's still a Maniac, est en résidence de création. « C’est un mélange des arts de la scène et de ma psychanalyse ». Cyril Viallon ne s'arrête jamais, et cette phrase tirée de La Nuit américaine lui sied Lille, 01.02, Le Prato, 20 h 30, 17 > 5 € leprato.fr (festival On est tous des à merveille : « les films sont plus harmoquelqu’uns) nieux que la vie. Ils avancent comme des Villeneuve d’Ascq, 12 > 15.03 trains, tu comprends ? Comme des trains La Rose des Vents, mar : 21 h, mer & ven : 20 h, jeu : 19 h, 21 > 5 €, larose.fr dans la nuit…». Céline Beaufort

© Alexandre Caffiaux

Cyril Viallon


Francis sauve le monde

© Marianne Grimont

De l’art et du cochon

# 90

à

l’heure où le politiquement correct est de rigueur, Francis sauve le monde dénote. S’inspirant d’une bande dessinée de Claire Bouilhac et Jake Raynal, la Compagnie Victor B propose effectivement un spectacle fantasque. Voire borderline. Sur scène, au milieu de tables et de chaises, trois acteurs en pull gris s’amusent avec des peluches. Parmi elles Francis, un (sacré) blaireau. Ses amis sont des lapins, des cochons, son docteur un rat, son patron un loup… Lâche et égocentrique, un peu mesquin, notre héros à poils écoute ses plus bas instincts pour satisfaire son plaisir personnel. Il se laisse ainsi embrigader dans un parti nationaliste ou enregistre un disque contre l’environnement. Mine de rien, avec un petit ton faussement naïf, on égratigne ici des sujets fâcheux : le chômage, l’écologie, le terrorisme, le sida… Cette pièce dissèque donc la société et le caractère des hommes en suggérant les fables de La Fontaine – mais à la sauce Desproges. La Louvière, 08.02, Le Théâtre, 20 h Certes, Francis ne sauvera pas le monde, 15 / 10 €, www.cestcentral.be mais il prouve qu’on peut encore rire de Soignies, 26.02, Espace culturel tout. C’est l’essentiel, non ? Marion Humblot Victor Jara, 20 h, 17 > 14 € www.centre-culturel-soignies.be


Quitter la Terre © Jeanne Quattropani

théâtre & danse

Cabaret de curiosités

Déjà demain

# 92

à la manière des cabinets de curiosités du xvie siècle, le festival initié par le Phénix de Valenciennes ausculte le monde à travers des spectacles protéiformes et inédits. Après les aliens, la démocratie ou les migrations, ce laboratoire se penche sur "nos futurs"… Nous voici donc en plein anthropocène, soit une ère géologique où l'impact de l'Homme est tel qu’il chahute l’équilibre de la planète. Au menu ? Dérèglement climatique, épuisement des ressources et tutti quanti. Que peut la création face à la destruction ? Proposer des solutions, comme par exemple… Quitter la Terre. Dans cette conférence loufoque (quoique…), Joël Maillard et Joëlle Fontannaz exposent leur plan

pour sauver l'humanité. Il s'agirait de sélectionner 50 000 personnes (parmi les moins bêtes) afin de les cloîtrer dans un vaisseau spatial. Pendant qu'elles procréent dans le cosmos, le reste de la population est stérilisé, histoire de laisser Dame Nature se refaire une santé… Vous avez dit bizarre ? Au rayon "cas barrés", citons aussi Should I Stay or Should I Stay.


Should I Stay or Should I Stay, La horde furtive © Photos Hichem Dahes

Quelque part entre les Monty Python et Platon, Simon Thomas interroge notre humaine condition en enfermant quatre zigotos dans une pièce vide. N'ayant rien d'autre à faire, ils planchent sur le temps qui passe, la mort, l'existence des chats à trois queues, l'exil sur Mars… Si la Terre est mal en point, la jeune création porte beau. En sus de la nouvelle pièce d'Halory Goerger qui matérialise la musique (Four For), on découvre Je m'en vais mais l'état demeure d'Hugues Duchêne, du théâtre documentaire pur et dur. Ce spectacle passe en effet la France de Macron à la moulinette,

depuis septembre 2016 jusqu'à la date de la représentation ! Oui, on va causer "gilets jaunes"… Julien Damien Valenciennes (et Douchy-les-Mines, Aulnoy-lez-Valenciennes, Saint-Saulve, Aulnoye-Aymeries, Le Favril), 26.02 > 02.03, Le Phénix & divers lieux, 1 spectacle : 17 € > gratuit, pass (3 spectacles minimum): 10 / 6 €, www.lephenix.fr Sélection : 26.02 : Lisaboa Houbrechts & Kuiperskaai : Hamlet 26 & 27.02 : Joël Maillard et Joëlle Fontannaz : Quitter la Terre 26 > 02.03 : Halory Goerger : Four For 28.02 > 01.03 : Xandra Popoescu et Ioana Paun : Domestic Products / Joël Maillard : Imposture posthume / Ioana Paun : Organisme Modificate Genetic (OMG) 01 & 02.03 : Simon Thomas : Should I Stay or Should I Stay 02.03 : Hugues Duchêne & Le Royal Velours : Je m’en vais mais l’état demeure…


Plus-que-présent

© Bruno Dewaele

théâtre & danse

Mesure pour mesure

# 94

En 20 ans, le Théâtre du Prisme s'est affirmé comme une compagnie défricheuse, férue d'auteurs contemporains. Installée dans les Hauts-deFrance, elle fait un bond dans le temps en s'attelant à Mesure pour mesure de Shakespeare. Pas son texte le plus connu, mais pas le moins pertinent… « Incompréhensible, compliquée à transmettre en français ». Telle est l'image qu'Arnaud Anckaert avait de l’œuvre du grand William avant d'y revenir, il y a deux ans. Mesure pour mesure lui tape alors dans l’œil. L'argument ? Dans une Vienne corrompue, le duc abandonne son pouvoir au magistrat Angelo, qui se comporte dès lors en tyran, interdisant l'amour en dehors du mariage. Il condamne ainsi un seigneur à mort pour avoir enfreint cette loi. Mais promet de le gracier, si sa sœur se donne à lui… Fanatisme religieux, autoritarisme politique, injustice… Les thèmes sont nombreux et atemporels. « C'est "Balance ton porc" avant l'heure ! ». Sur scène, Arnaud Anckaert a choisi de transposer cette pièce tragicomique dans un futur dystopique. Les dix comédiens se débattent dans une atmosphère poisseuse, Arras, 26 > 28.02, Le Théâtre en clair-obscur. Le parti pris contemporain mar & jeu : 20 h 30, mer : 19 h 30, 22 > 12 € n'empêche pas un retour aux racines du Maubeuge, 08.03, Théâtre du Manège 20 h, 12 / 9 € théâtre. « Comme au xvie siècle, j'ai cherché la complicité avec les spectateurs ». CerBéthune, 26 > 29.03, La Comédie 20 h, 20 > 6 € tains passages ont été réécrits, des traits Amiens, 02 > 04.04 d'humour actualisés. « Je ne m'attendais La Comédie de Picardie, mar & mer : pas à une matière aussi vivante. J'appré19 h 30, jeu : 20 h 30, 18 > 11 € hende de trouver les textes contemporains Dunkerque, 25 & 26.04 Le Bateau Feu, jeu : 19 h, ven : 20 h, 9 € un peu fades après cela… ». Madeleine Bourgois


Please, continue (Hamlet)

© Magali Girardin

Faites jouer l’accusé

# 96

H

amlet l’affirme, il est innocent. Soupçonné d’avoir tué le père de sa petite amie lors d’une fête de mariage, il se défend au cours d'un procès inédit… La Compagnie Yan Duyvendak transforme ici le théâtre en cour d’assises, en croisant une histoire réelle avec la célèbre pièce de Shakespeare. L’accusé s’appelle donc Hamlet, sa mère Gertrude, la victime Polonius et la plaignante Ophélie. La mise en scène est épurée, évoquant une salle d'audience, et ces quatre acteurs font face à d'authentiques professionnels de la justice. Recrutés dans les tribunaux de chaque région où la pièce a lieu, ils incarnent le président, le procureur, les avocats, l’huissier ou l’expert-psychiatre. Chacun a, non pas répété son rôle, mais épluché le dossier d'instruction (rappel des faits, dépositions...). Mieux : un jury populaire désigné dans le public participe au spectacle. Il devra rendre son verdict à huis clos, à l’issue des débats. Acquittement ? Condamnation ? Le résultat peut être différent chaque soir ! Entre fiction et réalité, chacun cherche la vérité, en son âme et conscience, interrogeant dans le Villeneuve d’Ascq, 27.02 > 01.03 même temps son rapport à la jusLa Rose des Vents, 19 h, 21 > 6 €, www.larose.fr tice. Alors, Hamlet est-il coupable ? Béthune, 06 > 08.03 La Comédie (Le Palace), 20 h, 20 > 6 € à vous de juger… Marion Humblot www.comediedebethune.org


© Michel Corbou

Le Misanthrope Alain Françon demeure l’un des plus grands metteurs en scène français. Depuis 1971, on lui doit plus d’une centaine de spectacles, dont des adaptations de Tchekhov, Beckett, Ibsen… S’il reçut trois statuettes à l’effigie de Molière, jamais l’ancien patron du Théâtre de la Colline ne s’était pourtant attaqué à ses pièces. C’est chose faite avec ce Misanthrope, dans lequel il rend grâce au texte original et au jeu. En 1666, Poquelin imaginait un Alceste haïssant l'humanité et dénonçant l'hypocrisie de la haute société. Si la cour devient ici la Bourse et les protagonistes des hauts fonctionnaires, les mots, eux, résonnent avec la même acuité… J.D. Lille, 27.02 > 10.03, Théâtre du Nord, mar, mer & ven : 20 h, jeu & sam : 19 h, dim : 16 h, 25 > 10 € www.theatredunord.fr

Répétition © ACME

Intra Muros Après les succès du Porteur d’histoire ou d’Edmond (cf LM 147) Alexis Michalik nous emmène cette fois… en prison. Sur un plateau nu, il s’intéresse à deux détenus qui suivent un cours de théâtre, sous l’autorité d’un metteur en scène, d’une actrice et d’une assistante sociale. Peu à peu chacun se révèle et, comme souvent chez ce conteur exceptionnel, les destins s’entrelacent. L’homme aux cinq Molière signe ainsi un nouveau puzzle narratif jouissif. J.D. Roubaix, 07.02, Le Colisée, 20 h 30, 39 > 10 €, coliseeroubaix.com


Bull [Grand Boucan & Anyone Else But You /  Mike Bartlett]

© Pib

Trois commerciaux, deux hommes et une femme, attendent leur patron pour un entretien d’évaluation. L’entreprise doit réduire ses effectifs. L’un deux sera licencié. Dès lors, tous les coups (bas) sont permis pour démoraliser le plus faible… Auteur parmi les plus respectés outre-Manche, Mike Bartlett signe une comédie grinçante. Dans ce huis clos épuré, les interprètes traduisent à merveille les lois impitoyables du monde du travail. Tourcoing, jusqu’au 09.02, Salon de Théâtre, mar & ven : 20 h 30, mer & jeu : 19 h 30, sam : 17 h, 20 > 8 €, www.lavirgule.com // Liévin, 29.03, Centre culturel Arc en Ciel, 20 h, 6 / 3 €, arcenciel.lievin.fr // Carvin, 05.04, Le Majestic… // Roubaix, 19.04, Travail et Culture…

[søl]

Les crépuscules

Thomas Suel

Thomas Piasecki / Spoutnik Theater

[søl] signifie “seul”. Et quoi de mieux qu’un solo, pour évoquer la solitude ? Mais cela veut dire aussi “sol”, cette terre qui nous porte tous. à la croisée de la musique, de la poésie et du théâtre, Thomas Suel (une anagramme de "seul"…) revient sur son vécu, ses premières amours ou amitiés, et puis celles de tant d’autres desquels il est devenu le confident. En somme, il parle de nous, à travers un chant célébrant notre humaine condition.

Thomas Piasecki revient dans son bassin minier natal à la faveur d’une fresque familiale. Le récit débute en 1998, à Bruayla-Buissière, au moment de la victoire de la France en Coupe du Monde. Bac en poche, Charles s’élance confiant dans la vie. On le retrouvera en 2021. Au centre du plateau se tient la maison parentale où se croisent trois générations, entre déboires intimes et réflexions sociologiques, le poids du passé et la peur de l’avenir. Ou comment envisager la grande Histoire à travers la petite.

Saint-Omer, 02.02, Le Moulin à Café, 20 h 30, 5 €, www.labarcarolle.org // Villeneuve d’Ascq, 05 > 08.02, La Rose des Vents, 20 h (sauf jeu : 19 h), 21 > 6 €, www.larose.fr

Dunkerque, 05 & 06.02, Le Bateau Feu, 19 h, 9 €, lebateaufeu.com // Tourcoing, 09 > 11.05, Théâtre de l’Idéal, 19 h, 25 > 10 €, theatredunord.fr

# 100

Nomad [Sidi Larbi Cherkaoui / Eastman] Familier du mélange des genres, entre cultures contemporaines et traditionnelles, Sidi Larbi Cherkaoui associe ses danseurs à ceux de la compagnie tchèque 420PEOPLE. Le Gantois nous convie ici au milieu du désert, à la rencontre des peuples nomades. Soutenue par de sublimes images de paysages arides et des sonorités arabisantes notamment signées Felix Buxton (Basement Jaxx), cette chorégraphie illustre comment la vie se fraie un chemin dans les conditions les plus hostiles. Compiègne, 05.02, Espace Jean Legendre, 20 h 30, 22 > 13 € // Maubeuge, 07.02, La Luna, 20 h, 12 / 9 €


Eperlecques

[Lucien Fradin / Cie HVDZ]

© Aloïs Lecerf

Entre conférence et confession, Lucien Fradin conte son adolescence à Eperlecques. Seul sur scène, armé d’un rétroprojecteur et d’un humour pince-sans-rire, il incarne tour à tour un ado prénommé Lucien et un prof d’histoire-géographie, mêlant ainsi considérations sociologiques et personnelles. Tout y passe : la famille, la vie au collège, la découverte de son homosexualité… L’ancien élève du Conservatoire de Roubaix touche ainsi à l’intime pour mieux atteindre l’universel. La Comédie de Béthune, 06 > 08.02 + Tandem ArrasDouai, 11 > 16.03, divers lieux / hors les murs, 5 €, comediedebethune.org, tandem-arrasdouai.eu

Hamlet

Grimm

L. Houbrechts / W. Shakespeare

J.-C. Gockel & M. Pietsch

Remarquée pour son adaptation de The Winter’s Tale de Shakespeare, Lisaboa Houbrechts s’attèle cette fois à Hamlet. La jeune Flamande met l’accent sur la relation destructrice entre le prince du Danemark et sa mère, la reine Gertrude. Intensifiant ce drame familial, elle a confié les rôles principaux à Grace Ellen Barkey, mais aussi à son fils Victor Lauwers et sa fille, Romy Louise Lauwers. En mêlant musique, chorégraphie et arts plastiques, elle signe une œuvre baroque, ludique et totale.

Après avoir reconstitué la créature de Frankenstein, Jan-Christoph Gockel s’attaque aux frères Grimm. Toujours accompagné du marionnettiste Michael Pietsch, le natif de Kaiserslautern lit entre les lignes leurs célèbres contes. Mêlant réalité et fantastique, il nous renvoie dans l’Allemagne précédant la révolution de 1848. On suit alors le parcours de Jakob et Wilhelm grâce à de petits automates en bois. Un spectacle d'une rare sensibilité.

Termonde, 14.02, CC Belgica, 20 h, 16 > 8 € Anvers, 19 & 20.02, Bourlaschouwburg, 20 h, 16 / 12 € Valenciennes, 26.02, Le Phénix, 20 h 30, 17 > 10 €

Bruxelles, 19 > 23.02, Théâtre National 20 h 15 (sauf mer : 19 h 30), 30 > 17 € www.theatrenational.be

# 102

A Love Supreme [S. Sanchis & A.T. De Keersmaeker / Rosas] Les chorégraphes Salva Sanchis et Anne Teresa De Keersmaeker s’emparent d’un des plus grands albums de l’histoire du jazz, en l’occurrence A Love Supreme de John Coltrane (1964). Sur scène, quatre danseurs donnent littéralement corps aux instruments, l’un incarnant les sonorités chaudes du saxophone, l’autre une batterie vibrante… Entre arabesques, portés et synchronisation des gestes, l’improvisation a évidemment la part belle. Un spectacle instinctif et extatique. Bruges, 21.02, Stadsschouwburg, 20 h, 21 > 6 €, www.ccbrugge.be


Mirage

© Michiel Devijver

© gr20paris

Olga de Soto à l’origine de cette pièce, il y a le mirage. Chercheuse, danseuse et chorégraphe espagnole, Olga de Soto s’inspire de ce phénomène optique dû à la réfraction atmosphérique du faisceau lumineux pour créer un spectacle… hallucinant. Sur scène, cinq danseurs exécutent une partition double. Ces hommes et femmes oscillent entre les images et leur interprétation, sondant grâce à leurs mouvements, mais aussi le son et la lumière, les présences possibles de leur corps, réelles ou mentales. Bruxelles, 22 & 23.02, La Raffinerie, 20 h 30, 15 > 6 € www.charleroi-danse.be

Jeunes pousses ! Mons révèle quatre jeunes talents de la scène belge. Tandis que Violette Pallaro interroge les jeux de pouvoir régissant notre quotidien (Un Loup pour l’homme), Julia Huet Alberola met en scène l’émancipation de quatre jeunes filles par la musique (Souterraines). Après avoir découvert les beautés cachées de ce monde dans Des Caravelles et des batailles, le collectif Greta Koetz nous convie à un repas entre amis macabre et orgiaque (On est sauvage comme on peut). Prog : Violette Pallaro, Collectif Greta Koetz, Eléna Doratiotto et Benoît Piret, Julia Huet Alberola Mons, 24 > 28.02, Théâtre le Manège, 19 h 15 € > gratuit, surmars.be

Le Porteur d’histoire Alexis Michalik Avant le succès d’Edmond (aujourd’hui porté sur grand écran, cf LM 147), Alexis Michalik signait une première pièce haletante, sous forme de chasse au trésor littéraire. Sur le plateau, trois acteurs et deux actrices incarnent 25 personnages pour raconter une cascade d’histoires toutes liées… On y croise une mère et sa fille disparues en Algérie, un homme perdu dans la forêt des Ardennes, mais aussi Alexandre Dumas, Marie-Antoinette… Un récit délirant et palpitant. Amiens, 26.02 > 03.03, Comédie de Picardie mar, mer, sam & dim : 20 h 30, jeu & ven : 20 h 30 27 > 13,50 €, www.comdepic.com

No Border [Guy Alloucherie & Nadège Prugnard / Cie HVDZ]

# 104

Dans Les Sublimes, Guy Alloucherie abordait déjà le thème des migrants, à Calais. C’était en 2004 et la situation n’a pas changé. Elle a même empiré. Cette nouvelle pièce s’appuie sur un travail d’écriture mené durant deux ans dans la "jungle". Nourri de témoignages d’exilés ou d’associations caritatives, No Border s’avance comme un poème polyphonique pour acteurs, chanteurs, danseurs et circassiens, restituant les rêves et espoirs de ces vies en suspens. Armentières, 27.02, Le Vivat, 20 h, 16 / 8 €, www.levivat.net Dunkerque, 12 & 13.03, Le Bateau Feu, mar : 20 h, mer : 19 h, 9 €, www.lebateaufeu.com


le mot de la fin

# 106

Masayo Fukuda Masayo Fukuda est une experte du kirie, un art ancestral nippon consistant à découper le papier. En atteste cette pieuvre hallucinante de détails et aux tentacules fines comme de la dentelle. Pour parvenir à ce résultat, la Japonaise a scrupuleusement respecté la tradition, en sculptant ce motif dans… une seule feuille ! Nous voilà à la page. www.kirie-masayo.com


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LM magazine 148 - Février 2019  

Art & Culture - France & Belgique - Lille & Bruxelles

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