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n°136 / janvier 2018 / GRATUIt

Art & CulturE

Hauts-de-France / Belgique


sommaire - magazine

LM Magazine #136 Janvier 2018

News – 10

Question maison, Perles rares, Les grosses têtes, Drôle d'oiseau, Pieds plumés, Mon beau métro, La tête à l'envers, Créa'Tifs

style – 14

International Lille Tattoo Convention L'art dans la peau

portfolio – 24 Ben Wiseman L'art de l'épure

© Ben Wiseman

Dr Stéphane Rault Tout doit disparaître !

lieu – 32

Le Dancing Reprise de bal

Lille Tattoo Convention © Romain Alary

rencontre

La Grande Sophie & Delphine de Vigan – 36 Atomes crochus Alex Vizorek – 90 Dard d'art

le mot de la fin – 114 Skitchen Panique en cuisine


sommaire - sélection Musique – 36

Rêves de lecture, Alt-J, Glass vs Reich, Stacey Kent, Tournai Jazz Festival, Art Mengo, Brigitte, L'Or du Commun, Liima, Ghostpoet, Nils Frahm, The Sonics, Iron & Wine...

littérature – 64 Liima © DR

Tiens, ils ont repeint ! d'Yves Pagès

exposition – 74 Hommage à Erwin BLUMENFELD, Vogue, 1952 © Catherine Balet / Courtesy Galerie Thierry Bigaignon

Catherine Balet, Gérard Guyomard, Gerhard Richter, Marc Trivier, Angoisse, Héros de fils et de bois, Napoléon. Images de la légende, Joel Meyerowitz, Jean-Paul Lespagnard, Agenda…

théâtre & danse – 90

Alex Vizorek est une œuvre d'art, Milo Rau, Vincent Macaigne, DeLaVallet Bidiefono, La Cuisine d'Elvis, Christophe Rauck, Vivat la danse !?, Andromaque, les héritiers, Le Pas grand chose, Halka, Agenda...

Disques – 62

Dancehall, The Go! Team, Miguel, Olivier Mellano, Brendan Perry & Bagad'Cesson, S.L.Y.C.

Livres – 66

Mauvais plan sur la comète, Le Singe jaune, Essence, Mute : le label indépendant depuis 1978…, Avant la vague : Daho 78-81

écrans – 68

Heartstone. Un été islandais, Seule sur la plage la nuit, 3 Billboards. Les panneaux de la vengeance, In the Fade, The Florida Project


Magazine LM magazine – France & Belgique 28 rue François de Badts 59110 La Madeleine - F -

tél : +33 (0)3 62 64 80 09 - fax : +33 (0)3 62 64 80 07

www.lm-magazine.com

Direction de la publication / Rédaction en chef Nicolas Pattou nicolas.pattou@lastrolab.com

Direction artistique / Graphisme Cécile Fauré cecile.faure@lastrolab.com

Rédaction Julien Damien redaction@lm-magazine.com Alexis Lerat info@lm-magazine.com

Couverture Ben Wiseman Kiss benwiseman.com Publicité pub@lm-magazine.com

Administration Laurent Desplat laurent.desplat@lastrolab.com Réseaux sociaux Sophie Desplat Impression Imprimerie Ménard 31682 Labège Diffusion C*RED (France / Belgique) ; Zoom On Arts (Bruxelles / Hainaut)

Ont collaboré à ce n° : Sonia Abassi, Selina Aït Karroum, Thibaut Allemand, Pierre Bérenger, Madeleine Bourgois, Mélissa Chevreuil, Marine Durand, François Lecocq, Raphaël Nieuwjaer, Marie Pons, Ben Wiseman et plus si affinités.

LM magazine France & Belgique est édité par la Sarl L'astrolab* - info@lastrolab.com L'astrolab* Sarl au capital de 5 000 euros - RCS Lille 538 422 973 Dépôt légal à parution - ISSN : en cours L’éditeur décline toute responsabilité quant aux visuels, photos, libellé des annonces, fournis par ses annonceurs, omissions ou erreurs figurant dans cette publication. Tous droits d’auteur réservés pour tous pays. Toute reproduction, même partielle, par quelque procédé que ce soit, ainsi que l’enregistrement d’informations par système de traitement de données à des fins professionnelles, sont interdites et donnent lieu à des sanctions pénales. LM / Let'smotiv est imprimé sur du papier certifié PEFC. Cette certification assure la chaîne de traçabilité de l’origine du papier et garantit qu'il provient de forêts gérées durablement. Ne pas jeter sur la voie publique.

Papier issu de forêts gérées durablement


Downtown Corrida © Alban Lécuyer

news

Demolition Man étrange, ce bâtiment haussmannien s'effondrant au milieu de barres HLM... Les dynamiteurs se seraient-ils trompés de cible ? Pas du tout, c'est un photomontage. Dans la série Downtown Corrida , Alban Lécuyer détourne ces images bien connues de démolition, interrogeant les mutations de l'espace urbain. Pour citer l'accordéoniste Marc Perrone : « l'habitat du pauvre est volatile, l'habitat du riche demeure »… www.albanlecuyer.com

© Pappas Pärlor

Des pixels et des hommes Réalité augmentée ? Que nenni ! Ces personnages sont bien tangibles. Johan Karlgren, aka Pappas Pärlor, conçoit des héros de jeux vidéo ou de dessins animés en qixels, ces perles en plastique à assembler avec de l'eau. Le Suédois les dissémine partout en ville, à l'image de cette partie de Mario Kart... Ça ne sert à rien, mais c'est amusant. pappasparlor.com


Mass, Ron Mueck, 2017 © Sean Fennessey

Bourrage de crâne

© Keiko Otsuhata

Happy City Birds © Thomas Dambo

Eh oui, nous mourrons tous un jour ou l'autre... Célèbre pour ses sculptures hyperréalistes, l'Australien Ron Mueck nous rappelle notre finitude via cette installation baptisée Mass et composée de 100 crânes géants. Créés en fibre de verre, ils sont empilés dans la National Gallery of Victoria à Melbourne. Sinon... ça va vous ? www.ngv.vic.gov.au

Porte-plume

s w ne

Comment contrer l'invasion de pigeons ? Recyclons-les en chaussures ! Blague à part, la styliste japonaise Keiko Otsuhata a imaginé ces escarpins dans un parc, à Tokyo, alors qu'elle était encerclée par ces "oiseaux à la grise robe" (pour citer Poelvoorde dans C'est arrivé près de chez vous). Idéal pour marcher à roucoulons. mousou.base.ec

# 11

Drôle d'oiseau « Tout le monde ne comprend pas le graffiti, mais même ma grand-mère sait à quoi servent les nichoirs ». Voici comment Thomas Dambo défend son projet, Happy City Birds. Le Danois crée des œuvres colorées avec des petites maisons pour oiseaux dans les rues de Copenhague, Beyrouth, Berlin... Depuis 2006, il en a utilisé 3 500 ! Pas un poids plume. thomasdambo.com


Ciel, mon escalator ! On marche sur la tête... Baptisée Interloop, cette installation aérienne est l'œuvre de l'Australien Chris Fox et orne le plafond du métro de Sydney. Elle offre une seconde vie aux 244 marches des anciens escaliers mécaniques en bois de la Wynyard Station, vieux de 86 ans, remplacés depuis par une version métallique – plus solide, mais moins artistique.

The Metro Project, Candidplatz, Munich. © Chris Forsyth

En première ligne

www.chrismforsyth.com

chrisfox.com.au

Interloop de Chris Fox © Josh Raymond

Chris Forsyth arpente les stations de métro, de Montréal à Munich, immortalisant les plus belles architectures souterraines. Ces couleurs et ces lignes géométriques ou organiques tranchent avec la grisaille habituelle, n'est-ce pas ? Pour détourner un vieux slogan (mensonger) de la SNCF : c'est à lui de vous faire préférer le métro.

© Ursula Goff

En coupes réglées En panne d'idée de coloration ? Inspirez-vous donc d'Ursula Goff. Cette styliste américaine utilise ses cheveux comme une toile, reproduisant de célèbres tableaux : de Vincent Van Gogh à Andy Warhol en passant par Le Cri de Munch (notre photo). ça décoiffe. www.ursulagoff.com


© Romain Alary

style


peau

« L'art, c'est le plus court chemin de l'homme à l'homme », écrivit Malraux. Une définition qui sied plutôt bien au tatouage. Ce n'est pas Jean-Marc Bassand qui dira le contraire : il se bat depuis des années au sein du syndicat national des artistes tatoueurs (SNAT) pour la reconnaissance de cette discipline en "10e art". En attendant, le Bisontin organise à Lille Grand Palais la 3e édition de l'International Lille Tattoo Convention. Alors, jetons l'encre ! Propos recueillis par Julien Damien

illustrations © Arnaud Point Noir

la

dans

# 15

L'art


style

Interview

© Peji

arc m n a e J Ba ssan d

# 16

Quel est le principe de cette convention ? Il s'agit de présenter la palette la plus large possible de styles. On attend plus de 250 artistes internationaux. Beaucoup proviennent des Hauts-de-France ou de Belgique mais aussi d'outre-Atlantique, d'Asie, d'Europe… Bref, on offre la possibilité de se faire tatouer par des gens venant du bout du monde ! Quelles sont les dernières tendances ? La discipline s'est largement démocratisée, on rencontre de plus en plus de tatoueurs issus des beauxarts, de l'infographie, du graffiti…

« On rencontre de plus en plus de tatoueurs issus des beaux-arts » Ils apportent du sang neuf, avec un style très graphique. Plus rien à voir avec les portraits de Johnny ou les têtes de loup, sans dénigrer ces motifs. En 30 ans, on a revisité l'histoire de l'art. En partant d'une technique simple pour aborder des sujets réalistes et aujourd'hui abstraits, impressionnistes, néo-cubistes. On note aussi une vague ornementale avec des formes géométriques de types mandalas, ornant le corps tel un bijou.


Que représente-t-il aujourd'hui ? Le tatouage a évolué, il est plus artistique. On s'y intéresse donc pour une raison esthétique. Sinon, il s'agit de marquer une étape importante de sa vie comme une naissance, un décès ou pour rendre hommage à quelqu'un. N'est-il pas trop répandu désormais ? Je vais avoir 40 ans et, à l'époque, on se tatouait pour être différent des autres, en marge de la société. Aujourd'hui, j'ai l'impression qu'on le fait pour être comme tout le monde… Donc oui, malheureusement, notre art souffre aussi d'un phénomène de mode. Les gens veulent ressembler à leurs stars préférées et, plutôt que de porter le même perfecto qu'Alice Cooper, s'offrent le tatouage de Rihanna ou ceux des footballeurs. Ceux-ci nous

ont d'ailleurs fait beaucoup de mal, avec des goûts parfois douteux… Pouvons-nous considérer le tatouage comme un art ? Bien sûr ! Seul le support diffère : les tatoueurs utilisent les courbes et les formes du corps pour le rendre plus harmonieux. Hélas, il n'est toujours pas reconnu officiellement comme tel. suite à lire / l'interview intégrale sur lm-magazine.com

Lille, 26 > 28.01, Lille Grand Palais, ven : 14 h > 23 h, sam : 11 h > 23 h, dim : 11 h > 20 h, ven : 10 €, sam ou dim : 15 €, pass 3 jours : 25 € / gratuit (-12ans), lilletattooconvention.com

© Romain Alary

Quand le tatouage est-il né ? Il y a 4 000 ans en Océanie, aux Îles Marquises. Il a ensuite gagné le Japon, l'Australie… puis fut popularisé en Europe grâce au capitaine James Cook qui a amené des Tahitiens à la fin xviiie siècle en Grande Bretagne. Le mot tatouage provient d'ailleurs du tahitien "tatau", signifiant "marquer". Il indiquait une appartenance à une tribu, un rang social… Cela avait à l'époque un caractère très pratique.


L'International Lille Tattoo Convention accueille environ 250 tatoueurs ! Pas facile de choisir... On en a repéré trois à la pointe de leur art (forcément).

C'est l'un des représentants les plus doués de cette nouvelle vague du tatouage. Ce Bruxellois développe un style très graphique, dont les traits ethniques et géométriques rappellent ceux du Français Stéphane Carricondo, du collectif 9eme concept (cf LM 122). On note aussi une esthétique comics évoquant les voyous de Jamie Hewlett (Gorillaz). Arnaud Criem emploie notamment la technique du "dotwork", consistant à créer des motifs avec des points (noirs, donc). Diplômé en design graphique et arts visuels, il a fréquenté la scène punk hardcore. Ses sujets sont toutefois très vastes. Il croque aussi bien des icônes (Frida Kahlo, Nina Simone, Basquiat, Pharrell Williams...), des animaux (souvent couronnés) que des personnages fictifs (Bart Simpson, Super Mario). Autant de points noirs sur la peau, dont on ne voudra pas se débarrasser. Mue Tattoo, Bruxelles, 26 rue du marché aux porcs www.instagram.com/arnaudpointnoir www.facebook.com/arnaudpointnoir


Mariette Quel rapport entre la broderie et le tatouage ? Mariette, bien sûr ! Cette Nantaise cultive une patte "oldschool" s’inspirant des bons vieux points de croix de nos mamies. Souvent bleus et rouges, en forme de cœur, de fleurs ou d’animaux, ses motifs donnent l’illusion d’être littéralement cousus dans la peau – mais pas de panique, ce sont bien des imitations. Artiste complète, la fondatrice du salon Turbo Zéro a aussi inauguré une ligne de tee-shirts, histoire d’assortir ses fringues à son corps. Turbo Zéro, Nantes, 11 Rue Paré turbozero.fr facebook.com/mariette.broche

Hana-bi Envie d'un masque de démon au creux de l'épaule ? Un kitsune sous le bras ? Voici votre homme. Œuvrant à Dunkerque au sein du salon Bloody Byzon Tattoo Family, Hana-bi développe un style tout ce qu’il y a de plus japonais. Ce sont d’ailleurs les films de Takeshi Kitano, en particulier Sonatine (et Hana-Bi donc), qui lui ont donné envie de jouer du stylo. Il est ainsi fasciné par l’art traditionnel du tatouage nippon (irezumi) adopté par les Yakuzas. Au-delà des motifs, ses créations détonnent par l’utilisation originale des couleurs, tout en dégradés, et préparées en amont à l’aquarelle. Bloody Byzon Tattoo Family, Dunkerque, 21 rue Albert 1er facebook.com/bbtf59, instagram.com/hana_bi_tattoo


Stephane Rault

Š Julien Damien

# 20

L'effaceur


style

C'est vrai qu'il était mignon ce petit dauphin. Enfin, dans les années 1990… Et, oui, vous formiez un beau couple avec cette Sabrina ou ce Jérémy, même si ça n'était pas pour la vie… Hélas, vous l'avez (littéralement) dans la peau aujourd'hui. Bref, vous avez commis une grosse bêtise. à Tournai, le docteur Stéphane Rault s'est fait une spécialité d'effacer ces petits moments d'égarement. Rencontre avec un "détatoueur", un vrai. Il y a 10 ans, quand Rina s'est fait tatouer ce motif tribal derrière l'épaule, elle le trouvait « plutôt joli ». « à l'époque, c'était à la mode… », sourit la jolie brune. Mais le temps passe et ce petit coup de cœur s'est mué en grosse boulette. Pas grave. Quelques coups de Picosure là-dessus, et tout sera réglé. Le Picosure ?

« C'est la Ferrari des lasers, assure le docteur Stéphane Rault. Elle tire des éclairs en un demi-milliardième de seconde. Les pigments éclatent suite au choc photovoltaïque… Elle est capable de rayer toutes les couleurs de l'arc en ciel ». Cette machine de 200 000 euros, acquise il y a trois ans, a assuré la renommée de sa clinique privée, à quelques pas de la grand-place de Tournai. Dans les faits, le praticien passe lentement un gros stylo en suivant les traits du dessin, qui disparaît à vue d'œil. Ça fume un peu, provoque de petites bulles sur la peau « mais ne laissera aucune cicatrice » promet notre "effaceur". Rina pourra bientôt enfiler son maillot de bain sans gêne. L'amour toujours… Le carnet de rendez-vous du Hainaut Center for Esthetics and Dermatology ne désemplit pas. suite


Les patients accourent de Wallonie, du nord de l'Hexagone et même de Paris, malgré les tarifs des séances (160 euros en moyenne). Logique : « il y a de plus en plus de tatoués ». Selon une étude réalisée par l'Ifop en 2016, 14 % de la population française le serait (contre 10 % en 2010). « à Harvard, 30 % des étudiants ont succombé », ajoute le spécialiste.

« le grand classique, ce sont les prénoms des ex » « Les modes américaines s'exportant rapidement en Europe, on s'attend à un raz-de-marée ces cinq prochaines années, et on comptera près de 20 % de gens à détatouer ». Qui consulte ? « Toutes les classes sociales, sexes et âges. Les demandes sont très variables : ça peut concerner tout

le tatouage ou seulement un détail, sur toutes les parties du corps, même le visage. Il s’agit souvent de "ratés" artistiques. On déplore aussi pas mal de fautes d'orthographe, surtout pour les mots en anglais… Mais le grand classique, ce sont les prénoms des ex ». à l'image de Livio, qui ne peut plus voir son ancienne compagne en peinture… et encore moins son blaze gravé le long de son bras gauche. Le jeune homme l'avoue, « c'est un peu douloureux, ça chauffe, un peu comme un coup de soleil ». Pourtant, ça pourrait être bien pire. Le docteur Rault se souvient ainsi d'une « preuve d'amour extraordinaire » encrée sur la partie très intime d'un patient – ouille ! Non, rien n'est jamais définitif… Julien Damien à visiter / www.hcedesthetic.com

« Les pigments éclatent suite au choc photovoltaïque »


portfolio Chocolate Keyboard


Ben Wiseman éloge de l’épure L

e style est aussi épuré que le propos est percutant. En quelques traits ou couleurs, et armé d’un sens de l’humour des plus piquants, Ben Wiseman en dit bien plus que de longs discours, éliminant de ses dessins tous les détails superflus. « Le minimalisme est gage de précision. Je souhaite que l’image et l’idée soient aussi claires que possible », souligne-t-il. à l’exemple de cette tasse de thé fissurée résumant parfaitement le matin difficile de l’après-Brexit, ou de cette tâche de sang laissée sur ce pansement, dont les contours rappellent ceux d’une Amérique malade. Citons encore ce pied masculin écrasant sans vergogne cette main féminine tentant de le rejoindre sur l’échelle (sociale), dans une composition illustrant à merveille les inégalités entre les sexes... Bref, un travail simple et efficace, mais jamais superficiel. Diplômé depuis 2008 de la célèbre école de design Parsons, le New-Yorkais ne s’en cache pas : s’il croque des situations de la vie de tous les jours ou raille la société de consommation, ce sont les sujets politiques qui ont sa préférence. « J’ai eu l’occasion de collaborer avec de grands écrivains et éditeurs qui abordent les problèmes contemporains. Je crée ainsi des œuvres répondant à des faits d’actualité », explique-t-il. Les médias ne se sont d’ailleurs pas trompés : Ben Wiseman a signé des couvertures pour des titres prestigieux comme le New York Times, Time, Newsweek, Le Monde... et aujourd’hui votre magazine préféré ! Julien Damien

# 25

à visiter / benwiseman.com


Congress


Eiffel Tower Shoe


Ladder


Coffee


Band-Aid

Brexit


Lighter


lieu

rétroactif Boire un coup entre potes ? Manger à la bonne franquette ? à Lambersart, on combine Transpirer sur le dancefloor ? ps. Ouvert en septembre, les trois activités en même tem certes original, mais pas forcéle Dancing inaugure un concept des dancings belges, très effet en ment inédit. Celui-ci s’inspire dernier. Alors on guinche ? à la mode jusqu’à la fin du siècle Texte & Photo Julien Damien

# 32

A priori, c’est une brasserie comme une autre, avec ses tables et chaises sagement disposées en regard du zinc, sa cheminée et son carrelage d'époque… Pourtant, au sein de cette déco au charme désuet, le visiteur attentif remarquera un panneau pivotant lentement au-dessus

d’une porte. "Dancing en bout de piste", indique-t-il. Oui, l’essentiel se situe bien à l’arrière. Au bout d’un couloir éclairé de néons colorés, on trouve une vaste salle aux teintes rouges. Il y a là un bar, un restaurant et, en contrebas, une piste de danse posée en face d’une scène.


Bastien Desmons

L’esthétique très seventies renvoie furieusement au cabaret. Logique : jusqu’en avril, l’endroit abritait Le Canon d’Or et ses dîners-spectacles. Before à bien y regarder, cela fait un bail qu’on transpire au 296 rue de Lille. Depuis la fin du xviiie siècle, pour être précis. « Les arbalétriers de la citadelle s’amusaient déjà ici. C'était une zone où les bières étaient détaxées. Avec la proximité de la Deûle, il y avait beaucoup de guinguettes dans le coin », selon Bastien Desmons, à la barre du Dancing avec ses amis Fred Deloux et Denis Blanpain. suite


« On souhaitait recréer l’ambiance des anciens dancings belges »

Le Dancing – Lambersart, 296 rue de Lille, 03 20 06 87 08, lun > mer : 12 h > 14 h, jeu : 12 h > 14 h & 18 h > 23 h 45, ven  : 12 h > 14 h & 18 h > 01 h, sam  : 18 h > 02 h, dim  : 15 h > 01 h


Louis Aguilar © Denis Blanpain

Ce bâtiment fut tour à tour une salle de bal, un cinéma de quartier, une académie de billard… avant de se muer en petit temple du disco, de la new-wave, du funk, du rockabilly… tout ce que vous voulez ! Mais ce n’est pas un night-club. « On souhaitait recréer l’ambiance des anciens dancings belges », décontractés et ouverts à tous. En effet, "guincher" a toujours été un hobby sacré au plat-pays, comme le montre le fameux documentaire The Sound Of Belgium (de Jozef Devillé, 2012). La bonne recette Côté musique, Bastien promet « des styles variés, plutôt rétros. Cela va des Cramps à Julio Iglesias ». Nicolas Bourgeot, aux manettes de

Ah Bon ? Productions et éminent agitateur de la scène métropolitaine (cf LM 82) se charge de la programmation. Entre les DJ sets, les cours de swing ou de tango, les concerts sont aussi à l’honneur – Louis Aguilar ou Lena Deluxe sont déjà passés par ici. Dans les assiettes ? Une carte restreinte mais renouvelée, « façon bistronomie ». Les plats sont envoyés par le chef Florent Marescaux, notamment passé par l’Huîtrière à Lille. Le week-end, place à la petite restauration avec ses frites – servies directement en cuisine. « Le samedi, ça bouge dès 21 h ». Et le lendemain, dès 15 h, place à la danse de salon dans une ambiance ressuscitant les bals. En somme… la fièvre du dimanche après-midi ! Julien Damien


# 36

, réinvention 'une d it « Il s'ag » recréation  itable r é v une


musique

Interview

La Grande Sophie & Delphine de Vigan âmes sœurs

Propos recueillis par Nicolas Pattou Photo Phillipe Bresson

L'une est chanteuse, l'autre écrivaine. La première a publié sept albums, et la deuxième… sept romans. La Grande Sophie est devenue en 20 ans (et du haut de son mètre 78) une figure de proue d'une musique française lettrée et introspective. Delphine de Vigan joue les équilibristes sur ce fil ténu séparant fiction et réalité, et a connu le succès avec Rien ne s'oppose à la nuit puis D'après une histoire vraie, prix Renaudot en 2015. Les voici réunies dans un spectacle inédit, L'une et l'autre, dans lequel elles accordent leurs œuvres si singulières. Comment votre collaboration est-elle née ? D.d.V. : Il y a trois ans, grâce au

festival Tandem à Nevers qui invite chaque année un écrivain à partager la scène avec un autre artiste : peintre, acteur… Pour relever ce défi, je me suis tournée vers la chanson française, l'une de mes grandes sources d’inspiration, et La Grande Sophie dont j’écoute les disques depuis si longtemps.

C’est le premier nom qui m’est venu à l’esprit, et bien m’en a pris ! (rires) L.G.S. : De mon côté, j'étais très surprise et très honorée par cette invitation car Rien ne s’oppose à la nuit m’avait beaucoup marquée. On s’est rencontré à la faveur de ce one shot et une grande complicité est née entre nous. suite


© Bastien Burger

Aviez-vous prévu de prolonger ce moment ? D.d.V. : Ce n’était pas prémédité.

Je pense que l'amitié a fait la différence. L.G.S. : On a eu tellement de bons retours. Le public, persuadé qu'on se connaissait depuis des années, a lui aussi ressenti une grande émotion. Il aurait été dommage d'en rester là.

# 38

De quoi est-il question dans L’une et l’autre ? D.d.V. : Il s'agit d'une réinvention,

une véritable recréation. Nous racontons une histoire en mêlant des textes extraits de mes livres

aux chansons de Sophie. On s'intéresse aux grandes étapes de la vie : l’enfance, l’entrée dans l’âge adulte, la rencontre amoureuse, la violence… Nous avons mis en commun tous ces thèmes présents dans nos travaux respectifs pour atteindre quelque chose, espérons-le, d'assez universel.

« Certains titres ne sortiront pas de ce spectacle » L.G.S. : Il est vrai qu'on a souvent abordé les mêmes questions. à tel point que chaque phrase se fait écho. Nos univers se mélangent


au fur et à mesure du spectacle, si bien qu’on ne sait plus qui est l’une ou l’autre. Vous avez donc évité la simple juxtaposition de textes et de chansons ? D.d.V. : C’était l'une de nos priori-

de départ. Ensuite, connaissant le travail de Sophie, j'ai pointé certaines chansons répondant bien à mes textes. J’ai refeuilleté mes romans dans cet esprit. L.G.S. : Nous n'avons pas vécu les mêmes choses, mais les livres de Delphine résonnent naturellement avec mes morceaux. Elle tenait effectivement à certains titres. Je pense notamment à Ringo Starr tiré de mon premier album. En insistant, elle m'a d'ailleurs tendu une perche : « si tu la connais par cœur, tu vas donc la chanter avec moi ! » (rires).

tés ! On refuse le schéma habituel des lectures musicales où chacun est assigné à son rôle : où le chanteur chante et l’écrivain lit, sans aucune interaction. L’idée était au contraire de sortir de notre zone de confort. Je me suis engagée sur le terrain de Sophie, chantant avec elle tandis qu'elle s'est mise suite à lire avec moi. Il ne s'agit ni d'une lecture musicale ni d'un concert littéraire mais d'un spectacle à part entière. L.G.S. : Nous avons aus7e édition déjà pour ce festival mêlant littérasi accordé une grande ture et musique. En sus du spectacle L'une et importance au rythme. l'autre, des duos éphémères composés d'un On évite ce côté bicomédien et d'un instrumentiste parcourent naire grâce au renfort l'agglomération dunkerquoise. Ils proposent indispensable de notre une soixantaine de lectures musicales (de 40 metteur en scène éric minutes) de textes de six auteurs soigneuseSoyer, bras droit de ment choisis. Citons par exemple Aude Denis Joël Pommerat.

Rêves de lecture

Comment avez-vous sélectionné vos œuvres ? D.d.V. : Je voulais que

tous mes livres soient représentés et ils le sont, c’était un point

et la violoniste Maud Kauffmann qui (ré)interprètent Petit Piment d'Alain Mabanckou ou Mon petit cœur imbécile de Xavier-Laurent Petit. Des (fris)sons et des lettres. Agglomération de Dunkerque, 08 > 27.01, divers lieux et horaires, lectures musicales gratuites, ateliers : 4 €, programme complet sur www.lebateaufeu.com


Quels sont vos principaux points communs et différences ? D.d.V. : On partage une certaine

Sophie. Je pense à Je n’ai rien vu venir inspirée de sa lecture de mon premier roman (ndlr : Jours sans faim paru en 2001). Ce fut très émouvant pour moi ! L.G.S. : En effet, j'ai proposé des inédits recherchant l'épure, m'amenant vers un a cappella par exemple. Certains titres ne sortiront pas de ce spectacle. D.d.V. : D'ailleurs, on s’est rendu compte qu’on abordait des sujets comparables, en employant souvent le même vocabulaire… Je suis sûre que l'on pourrait écrire un spectacle aussi intense sans utiliser la moindre chanson ou texte existants.

fantaisie. Sophie est une très grande personne, pas seulement en taille ! En plus d'être drôle et généreuse, elle a un talent fou. La petite chose qui nous sépare c'est peut-être toutes ses blagues de garçons (rires) ! Ses innombrables tournées entourée de mecs ont déteint sur son humour ! L.G.S. : Notre goût pour la fantaisie est effectivement explosif. Sinon, Delphine est plus organisée que moi (rires). Peut-être est-ce dû à nos formats d'expression respectifs : le temps de la chanson étant plus court que celui du roman. à côté d'elle, j’ai l’impression d’être complètement dispersée.

# 40

Dunkerque, 16.01, Le Bateau Feu, 20 h, 9 €, lebateaufeu.com (dans le cadre de "Rêves de lecture") Marcq-en-Barœul, 24.02, Théâtre Charcot, 20 h, 9 > 5 €, marcq-en-baroeul.org

© Bastien Burger

Y a-t-il des inédits dans ce spectacle ? D.d.V. : Uniquement du côté de


musique © Mads Perch

Alt-J

Tubes à essai

# 42

Soyons francs : Alt-J est le groupe le moins photogénique que l'Angleterre ait jamais enfanté. Et pourtant, elle nous a déjà refourgué Thom Yorke. C'est également l'une des rares formations à mêler inventivité et évidence pop – et ça, il faudra un jour le faire comprendre aux simplets escroqués par les "recherches sonores" de Radiohead. Alors, bien sûr, Alt-J n'est pas un groupe à proprement parler "excitant". Bien que Britannique, il n'en possède pas la flamboyance de, au hasard… (caler ici à peu près n'importe quel nom qui, des Kinks aux Sleaford Mods, a conjugué insolence et élégance, morgue et classe). Ben non, Alt-J, ce sont trois nerds aux têtes bien pleines, qui n'ont jamais séché les cours à la fac (un bon diplôme, c'est important, on ne sait pas de quoi l'avenir sera fait) et ont planché des heures durant sur leurs compositions. Rien, ici, ne semble aller de travers. Tout est très soigné, soupesé, très pensé. Et vous savez quoi ? On succombe quand même. On se laisse prendre par ces mélodies malades, ces ruptures de ton et de tempos, ces arrangements a priori incongrus qui, finalement, semblent couler de source. Alt-J (ce patronyme d'informaticiens…) trouve le moyen de jongler entre premier et second degré sans virer cynique. Enfin, même si la bande a perdu un membre en route, devenant trio, elle ne semble pas trop fatiguée à l'heure du troisième album (Relaxer). Alliant expérimentation et immédiateté pop, Alt-J devrait refiler deux ou trois trucs à ces cuistres de Radiohead. Ça leur changerait la vie – et la vôtre avec. Bruxelles, 12.01, Forest National, 19 h, Thibaut Allemand

complet !


Steve Reich © Wonge Bergmann

Philip Glass © DR

Glass vs Reich

Douce transe

# 44

L’orchestre national de Lille célèbre la musique minimaliste à travers deux de ses pionniers : les Américains Philip Glass et Steve Reich. L’occasion de plonger dans les racines d’un courant ne cessant, depuis plus de 50 ans, d’influencer les compositeurs contemporains. Au début des années 1960, Glass et Reich posèrent les bases de la musique minimaliste (avec La Monte Young, Terry Riley ou John Adams). Apparu dans un New-York vibrant de sonorités jazz, ce courant avant-gardiste (qui doit aussi beaucoup à Erik Satie) détonne alors par son approche finalement "simple" : la répétition de motifs courts et entêtants. Une architecture mathématique servant un rythme obsessionnel ne dépaysant pas les amateurs de techno ou de house. « Ce principe itératif plonge l’auditeur dans une espèce de transe, que l'on retrouve dans les musiques électroniques et traditionnelles, par exemple soufies », explique Benjamin Attahir, compositeur en résidence au Nouveau Siècle, qui ouvre ce concert. Longtemps amis, Steve Reich et Philip Glass se fâchèrent au début des années 1970. Tandis que le premier creusa toujours plus cette veine répétitive (à l’image de Three Movements, composé pour un orchestre symphonique), le second inaugura un style plus classique, mélodique, incarné dans The American Four Seasons, le propulsant en « Vivaldi américain » selon Lille, 11 & 12.01, Nouveau Siècle, 20 h, 50 > 5 €, le violoniste Robert McDuffie. C'est www.onlille.com Programme : Attahir : Sawti’l Zaman / Reich : cette histoire exceptionnelle de la Three Movements / Glass : The American Four musique que l’onl nous raconte à Seasons, concerto pour violon n°2 (dir. : Keith Lockhart, violon : Robert McDuffie) travers ce "versus", tenant autant de l'hommage que de la réconciliation. à lire / l'interview de Benjamin Attahir Julien Damien

sur lm-magazine.com


© Nicolas Nodland

# 46

musique


Stacey Kent

Du bleu à l'âme Stacey Kent, c'est d'abord une voix. Oh, pas forcément puissante comme celle de Dee Dee Bridgewater ni "élastique" à la façon d'une Cécile McLorin Salvant, pour citer deux autres divas jazz. Plutôt un timbre doux, cristallin. Du genre à s’apprécier sous des lumières tamisées, en toute intimité. Apparue à la fin du siècle dernier, Stacey Kent s'est fait un nom dans le jazz vocal avec un chant singulier, donc, mais entonné en plusieurs langues. Celle de Shakespeare bien sûr, ou encore de Camões que l’Américaine a découverte à 14 ans en écoutant Getz / Gilberto, album marquant la rencontre entre la note bleue et la bossa nova. Depuis lors, son répertoire (15 disques, deux millions d'exemplaires vendus) reste imprégné par ce sentiment doux-amer qu'on appelle saudade, « parfaite balance entre la joie et la mélancolie » dit-elle. Cette polyglotte colle aussi des frissons à l’Hexagone avec ses reprises (dans un français parfait) de Gainsbourg (Les Amours perdues) ou Ferré (Avec le temps). En 2009, elle fut même décorée de l’Ordre des Arts et des Lettres (on vous l'accorde, ça ne veut rien dire : Christophe Maé ou Zazie le sont aussi...). Des muses L'autre grande force de Stacey, c'est sa capacité à (bien) s'entourer : Roberto Menescal, cofondateur de la bossa, a composé pour elle et Kazuo Ishiguro, prix Nobel de littérature, lui a écrit quelques chansons (sans compter celles de son saxophoniste de mari : Jim Tomlinson). Sur scène, cette grande fan de Joni Mitchell déploie un phrasé délicat au sein d'une formation intimiste : contrebasse, piano, batterie, saxo et Amiens, 16.01, Maison de la Culture, 20 h 30, 33 > 15 €, flûte. Bref, elle est à la fois classe et www.maisondelaculture-amiens.com gracieuse. "Classieuse", pour reprendre Lille, 21.01, Théâtre du Casino Barrière, un néologisme de l'homme à la tête de 16 h, 31 > 20 €, www.casinosbarriere.com chou, et semblant inventé pour elle. Tournai, 03.02, Halle aux Draps, 19 h 15, Julien Damien

32 / 30 €, maisonculturetournai.com, tournaijazz.be (Tournai Jazz Festival)


# 48

festival

Des frites et… du jazz ? Oui, c’est possible. Ce festival s’ouvre d’ailleurs ainsi. Outre cette soirée "Frit Jazz" et le concert de Stacey Kent (voir page 47), cette 7e édition du "TJF" voit défiler d’éminents ambassadeurs de la note bleue, sur tous les tons (ou à toutes les sauces, donc). On a évidemment repéré le "Frenchie" Michel Jonasz (on Tournai, 31.01 > 04.02, Halle aux Draps, ne le présente plus, si ?), Lisa Simone Conservatoire, Magic Mirrors, Grand-Place et divers lieux en ville, 58 > 12 € / gratuit, (la fille de vous savez qui) ou le viowww.tournaijazz.be loniste Didier Lockwood (ex-membre Sélection : Soirée « Frit Jazz » : du bouillonnant Magma). On ne Elia Fragione + Les Bandits de Belleville + Zazuzaz (31.12) // Michel Jonasz, Sacha manquera pas non plus l'Américaine Toorop… (01.02) // Igor Gehenot, Lisa Simone, Rhoda Scott, légende bien vivante carte blanche à Stéphane Mercier (02.02) // Rhoda Scott, The Outsiders, Stacey Kent, de l’orgue Hammond (elle a joué avec Didier Lockwood, Eric Legnini… (03.02) // Concert Gospel par l’ensemble vocal et les Ray Charles, George Benson ou Ella différents Chœurs du Conservatoire, Fitzgerald… et toujours pieds nus !). The NATO Jazz Orchestra… (04.02) Exposition de Philippe Debongnie et En deux mots ? Elégance et déconFrédéric Medrano : Tournai, traction – avec ou sans sel. J.D. 31.01 > 04.02, Fort Rouge, 13 h > 16 h 30, grat.

Lisa Simone © Alexandre Lacombe

musique

Tournai Jazz


© Alexandre Isard / Pasco

musique

Art Mengo Il est longtemps resté dans l’ombre, composant plutôt pour les autres (Gréco, Salvador...). Après une longue absence, Art Mengo revient dans la lumière. On se rassure, le Toulousain a conservé sa voix éraillée, qu'il pose sur des sonorités latines teintées de jazz. Sur scène, il rejoue ses classiques comme Les parfums de sa vie, au sein d'une formation acoustique (piano, guitare, contrebasse) soutenue par le chant de Julie Oz. Le désormais quinquagénaire dévoile aussi quelques inédits – en amont d'un prochain album ? Il travaillerait de plus sur un spectacle dedié à l'Aéropostale. On risque de le recroiser – tant mieux, beaucoup l'ont tant aimé. A.L. Woluwe-Saint-Pierre, 20.01, W : HALLL, 20 h 30, 22 / 20 €, www.whalll.be Hazebrouck, 05.05, Centre André Malraux, 20 h, 20 > 10 €, www.centreandremalraux.com

Depuis 10 ans, ce duo dresse en creux le portrait intime d'une femme forte et sensible. Ces deux voix über-sexy servent des textes faussement ingénus. L'ensemble s’accorde à merveille avec un piano rappelant les grandes heures de la variété française – la bonne : celle de Michel Berger ou Véronique Sanson. « Ne m'en veux pas. Piquantes sont mes blessures », disentelles dans leur 3e album, Nues. Comment leur en vouloir ? La magie opère toujours. A.L. Lille, 20.01, L’Aéronef, 20 h, complet !, aeronef.fr Dunkerque, 14.03, Kursaal // Oignies, 15.03, Le Métaphone // Bruxelles, 18.04, Ancienne Belgique

© Sophie Ebrard

Brigitte


Pépite belge

# 52

Damso, Caballero et JeanJass, Hamza… La liste des Bruxellois bousculant le rap francophone est longue. Gaffe à ne pas passer à côté de Primero, Loxley et Swing. Individuellement, ces noms ne vous disent (peut-être) rien. Mais ensemble, ils forment L’Or du Commun. Un trio qui vaut son pesant de rimes. « Mon objectif ? Démasquer la valeur de l'homme ordinaire, discret, comme la marque jaune, façon Blake & Mortimer. J'ai parlé d'Or, mais pas de billets, ni de gros apparts, aucun code barre sur la fierté de Rosa Parks ». C’est dans le morceau L’Or du commun, paru sur L’Odyssée (EP, 2015), que le rappeur Primero dévoile le dessein tout particulier de son crew : reconnaître l’extraordinaire dans le banal, observer l’excentricité dans ce qu’il y a de plus… commun. La rime instinctive, le verbe soigné, le beat léché et jazzy, ce trio cultive un flow aux accents "oldschool". Un style renvoyant aux années 1990 perceptible depuis L’Origine (2013). Néanmoins, en 2017, il surprend en amorçant un tour artistique plus moderne. Produit par le Lyonnais Vax1 (aussi à l'œuvre chez Hippocampe Fou) l'album Zeppelin affiche ainsi des beats plus électroniques. Du haut de leur rap planant, ces complices de Roméo Elvis (avec lequel ils ont signé le sublime Apollo) ont surmonté le départ de Félé Flingue (eh oui, ils étaient quatre au départ) sans se départir de leur humour. Ces sales gosses Tourcoing, 24.01, Théâtre de l’Idéal (Le Grand Mix), s’exportent désormais bien au20 h, 14 > 5 €, legrandmix.com delà du plat pays. Oui, leur "Or" Arlon, 23.02, L’Entrepôt, 23 h, 18 / 15 € a sonné. Sonia Abassi Dunkerque, 24.02, Les 4 Ecluses, 20 h 30, 15 / 12 €

© Lowie Claperon

L’Or du Commun


Un conte nordique

# 54

à l’apogée de sa renommée, le groupe danois Efterklang demeurait un obscur projet pop qui sentait le sapin, il faut bien le dire. Sa réincarnation en Liima ressemble à une tentative de gommer les imperfections d’une vie antérieure austère. Efterklang avait tout du mystérieux golem venu du froid, jouant une pop cérébrale enrichie de sons électroniques à écouter sous un plaid Strimlönn (49,90 €) en sirotant un thé à la cannelle dans une tasse Färgrik (0,99 €). Fin 2014, le trio donnait devant les caméras de la Blogothèque un "last concert" accompagné par les cordes d’un orchestre philharmonique, et des litres de larmes. Un moment qu’on retiendra comme le point culminant de la culture hipster. La chemise à carreaux était à peine sèche qu’apparaissait en 2016 Liima, soit l’union des trois Efterklang Casper Clausen, Mads Brauer et Rasmus Stolberg (facétieux bassiste moustachu) avec le génial percussionniste finlandais Tatu Rönkkö, pour un nouvel attelage moins rigide. Les quatre Scandinaves ont beaucoup voyagé pour enregistrer leurs deux disques, réchauffant leur electro-pop sous des latitudes charitables. L’album ii en 2016 inaugurait un style, mélange d’éléments organiques et de prothèses sonores numériques, sur lequel Casper Clausen "croone" en tenant le sérieux en respect. Bref, Liima saute gaiement sur le lit qui tenait Efterklang ensommeillé. La tournée actuelle, entamée aux côtés de Bruxelles, 27.01, Ancienne Belgique, 20 h, 15 €, abconcerts.be Grizzly Bear et soutenant la parution de leur Tourcoing, 28.01, maison Folie deuxième LP (1982), est l’opportunité d’asHospice d’Havré, 18 h, 13 > 5 € / gratuit (abonnés), legrandmix.com sister à une renaissance sublime. Pierre Bérenger

© Rasmus Weng Karlsen

Liima


musique

Ghostpoet Le quatrième LP d'Obaro Ejimiwe, alias Ghostpoet, ménage une forme hybride. à mi-chemin entre hiphop et pop – le Londonien s'entoure désormais d'un "vrai" groupe pour harmoniser ses introspections. Une belle utilisation des cordes prouve d'ailleurs que sa palette ne cesse de s’élargir. Si l'homme est torturé, ses atermoiements demeurent mélodieux. Notre storyteller conte la grisaille urbaine et le malaise de ce début de siècle, mais jamais ne sombre dans le pathos. Au contraire : son charisme sublime la noirceur du quotidien. T.A. Lille, 31.01, L'Aéronef, 20 h, 18 > 5 €, www.aeronef.fr

© Steve Gullick

# 56

Bruxelles, 02.02, Ancienne Belgique, 20 h, complet !, www.abconcerts.be


© Alexander Schneider

musique

Nils Frahm

Touche-à-tout

# 58

On l'attendait depuis plus de 10 ans. Le voilà enfin. Pour la sortie de son 7e album studio, All Melody, le pianiste allemand s'arrête à Lille, Bruxelles et Gand, étapes d'une longue tournée européenne souvent jouée à guichets fermés. Au programme ? Des boucles expérimentales et planantes, magnifiées sur scène par un art de l'improvisation. Nils Frahm s'est imposé au milieu des années 2000 en emmenant le piano loin de ses contrées originelles – à la manière de Chilly Gonzales ou de Francesco Tristano, pour citer deux autres fanatiques des claviers. Son style se caractérise par des boucles électroniques amples et ambient. Lents au départ, entêtants au fil de leur progression, ses morceaux suscitent l'introspection, surtout en concert. Logique, notre homme a suivi une formation classique et puise ses influences dans la musique répétitive et sérielle (avec des accents jazz). Remarqué en 2011 avec Felt, son premier album chez Erased Tapes Records, il multiplie également les collaborations musicales (F.S. Blumm, Peter Broderick, Ólafur Arnalds, Woodkid… ) ou cinématographiques (il a signé des B.O. pour JR ou Julian Rosefeldt). Son nouvel opus, attendu le 26 janvier, est le fruit de deux ans de travail dans son nouveau studio de la Funkhaus, l'ex radio est-allemande située dans l'ancien secteur soviétique de Berlin. On l'apprécie Lille, 02.02, L'Aéronef, 20 h, 28 > 22 €, aeronef.fr d'autant plus sur scène où il improvise en Bruxelles, 08 & 09.02, Ancienne jouant à la fois sur un piano à queue ou Belgique, 20 h, complet ! un synthétiseur. Un artiste sans commune Gand, 18.02, Handelsbeurs, 20 h 15, complet ! mesure, évidemment. François Lecocq


© Bobbi Barbarich

musique

The Sonics The Sonics, c'est quoi ? Au mitan des sixties, des compos (Strychnine, Psycho…) et reprises inspirées jouées avec une hargne sans commune mesure. Ces tenanciers du garage rock, rejetons de la "middle-class" blanche pavillonnaire de Seattle, sont vus par certains historiens comme les parrains du punk-rock. Et pourquoi pas ? En attendant, les albums Here are the Sonics!!! (1965) et Boom (1966) demeurent indispensables à toute discothèque qui se respecte. La reformation de la bande est très, très digne. T.A. Courtrai, 26.01, De Kreun, 19 h 30, 22 > 16 €, www.wildewesten.be Liège, 27.01, Reflektor, 20 h, 24 €, www.reflektor.be

© Craig Kief

Iron & Wine Sam Beam alias Iron & Wine trace sa route depuis une décennie. Dix ans marqués par six albums qui ont peu à peu conquis un public de plus en plus large – toutes proportions gardées. Avec Beast Epic, son petit dernier, l'Américain retrouve la chaleur acoustique des débuts. Un son folk débarrassé de toute fioriture et au plus près du live, tout simplement. Des concerts envisagés comme des moments intimes, propices à la contemplation… et à la confidence. T.A. Bruxelles, 29.01, Ancienne Belgique, 20 h, 29 / 28 €, www. abconcerts.be


disques DANCEHALL

The Rise of Jamaican Dancehall Culture (Soul Jazz Records) Ah mes aïeux ! Comme d'habitude, Soul Jazz ne fait rien à moitié. Et, à l'heure d'éditer cette double compilation dantesque dédiée au dancehall, l'accompagne d'un livre magnifique retraçant, en clichés et textes instructifs, l'histoire et l'âge d'or du genre. Côté disque, on retrouve les vieux soutiers Yellowman (et l'immortel Bam Bam), Chaka Demus and Pliers, Ini Kamoze, Eek-a-Mouse, Sugar Minott mais aussi Junior Murvin ou Gregory Isaacs. Inutile de citer les 33 maîtres présents ici. Mais sachez tout de même que s'y niche Trash and Ready de Super Cat. Ce morceau, c'est du Lidl Maximo : un miracle d'économie dans la production pour un rendu sonore à la puissance ahurissante. Évidemment, il justifie à lui seul l'achat de ce florilège, dont les notes de pochette sont signées Steve Barrow – pas un perdreau de l'année, non. En parallèle est réédité l'ouvrage homonyme, soit 200 pages de photos resplendissantes qui transpirent la frime et la classe. L'occasion de découvrir des grands noms tels Nicodemus, Lone Ranger ou Yami Bolo à leurs débuts. Et d'en apprendre énormément grâce aux témoignages glanés par Beth Lesser. Noël est passé, et alors ? 216 p., 44 €. Thibaut Allemand

THE GO! TEAM

# 62

Semicircle (Memphis Industries / Boogie Drugstore) On ne change pas une équipe qui gagne. Semicircle est une nouvelle invitation à la boum délurée et cosmopolite envoyée par la dreamteam mixte de Ian Parton. Enregistré à Detroit (Darenda Weaver et Julie Margat en guests), les turbulences de ce cinquième album rappellent le délire choral du film The Party, voire d’autres garnements (The High Llamas ou Ebony Bones). Entre samples et abus d’effets reverse, cuivres soul, breakdance et fanfare d’appartement, on imagine bien Gondry fabriquer les clips de cette pop récréative. De voix étrangement familières en générique télé pas si imaginaire (Chico’s Radical Decade, clin d’œil à l’énigmatique série Chico The Rainmaker), on ressent une nostalgie certaine. Mais laquelle ? Selina Aït Karroum


MIGUEL War & Leisure (ByStorm Entertainment / RCA Records) « Je vais t’offrir le monde et tout ce que tu désires. Je te le dis, je ne veux pas te contrôler, je veux te libérer. Viens avec moi... ». Voilà le genre de gentillesses que susurre le Californien le plus en vue du moment dans War & Leisure. Son quatrième album est certes sorti en décembre dernier, mais on ne pouvait décemment le snober avant d'entamer 2018. Oscillant entre soul, funk et rap, Miguel réinvente la romance et chante un amour d’un nouveau genre. Sur Come Through and Chill, il se fait sensuel et enivrant. Dans Wolf, il s'affiche plus bestial. Loin du simple crooner, il fustige aussi violences et injustices sociales sur le titre Now. Prince n'étant plus, le trentenaire s’impose comme le chef de file d’un R’n’B alternatif. Sonia Abassi

OLIVIER MELLANO, BRENDAN PERRY, BAGAD’CESSON

No Land (PIAS / World Village) L'Anglais Brendan Perry (ex-Dead Can Dance) s'acoquine avec le multi-instrumentiste rennais Olivier Mellano (croisé chez Miossec ou Psykick Lyrikah entre mille autres noms). Enrichie du Bagad'Cesson, l'entité donne corps à une pièce longue de près de 38 minutes. Percussions éclatantes, cornemuses délicieusement stridentes, bombardes lancinantes, cette somme de talents est impressionnante. La basse profonde de Mellano, quelques chœurs sporadiques et le chant tellurique de Perry font le reste. Discrètement héroïque, No Land porte un message d'ouverture au monde (tout est dit dans le titre) et l'enrichit d'un souffle unique, qui ne laisse pas indifférent. Thibaut Allemand

S.L.Y.C.

Say, The Illocuted Way (Metronomicon Audio) Trois ans après A Deafening Light, la Belgo-Norvégienne Sara Lena Yri Cools, alias S.L.Y.C., lui offre un digne successeur. Derrière l'artwork piqué à The Life of Pablo de Kanye West (en bien plus réussi, ça va de soi), se glissent huit titres mélancoliques à souhait, susurrés d'une voix douce par Sara et sublimés par des arrangements faussement fluets (parmi lesquels clarinette, sampler, claviers, ou encore… banjo !). Puisse cette réussite diriger les néophytes vers son éminent label, Metronomicon Audio. Entre kraut de poche (Un Diá Regalado), rêverie stéréolaborantine (My View From Over There) et autres délicatesses enchanteresses (De Tuin Van Nijn), ce second essai confirme tout le bien que l'on pensait de cette entité majuscule. Et capitale. Thibaut Allemand


Les murs ont la parole

# 64

En 4 000 graffitis, l'écrivain et éditeur Yves Pagès conte un demi-siècle d'aphorismes, de slogans et autres traits d'esprit peints sur les murs. La beauté est dans la rue. Mieux : elle donne à sourire. Et à réfléchir. Sans remonter à la Préhistoire, on sait que les Romains, déjà, gravaient des inscriptions sur les façades. Le directeur de la maison d'édition Verticales s'est penché sur les mots couchés à la… verticale, justement. Des phrases parfois mystérieuses, souvent contestataires, pleines de bon(s) (contre-) sens qui ont égayé les rues ces 50 dernières années. Dûment localisées et datées, elles content, bon an mal an, l'état du monde et la doxa populaire. Enfin, celle de la frange prête à franchir le cap de l'illégalité. Longtemps, on a assimilé ces pensées à Mai 68. Or, cet ouvrage au titre joliment ironique, débute en… juin 1968. Il rappelle à quel point nos briques demeurent constellées d'expressions malignes telles que 50 nuances de bris sur un panneau JCDecaux explosé. Citons encore Fainéants mais pas à plein-temps, ou comment reprendre à son compte l'accusation de chômeur-feignasse pour la tourner en dérision, et souligner la précarité de l'emploi. De Paris à la Place Tahrir en passant par Rennes, Pagès réalise un collectage nécessaire de tranches de vie ou de témoignages "historiques" avant qu'ils ne disparaissent (puisqu'ils repeignent). Comme un pied de nez à la triste gentrification de nos villes, ce livre finira, mine Tiens, ils ont repeint !, Yves Pagès (éd. La de rien, dans des salons qui n'ont jamais vu la moindre Découverte) 300 p., 19 €, editionsladecouverte.fr bombe de peinture. Ô ironie ! Thibaut Allemand

15.10.16, GRAFFITI, Les Halles © YP

livres

Tiens, ils ont repeint !


livres Jean-Charles Chapuzet Mauvais plan sur la comète (Marchialy) La réalité, souvent, dépasse la fiction. Les éditions Marchialy vérifient cet adage depuis 2015, en publiant « des histoires vraies au long cours, portées par une exigence littéraire ». Un cahier des charges que remplit parfaitement Jean-Charles Chapuzet en se penchant sur l’ascension et la chute de JeanClaude Ladrat, soit "l’homme à la soucoupe". Ce doux-dingue rêvant d’un ailleurs meilleur fut révélé en 1993 par l’émission Strip-tease. On y découvrait un Don Quichotte en contact télépathique avec des extraterrestres, construisant pour les rejoindre une machine volante dans sa ferme charentaise… De sa traversée de l’Atlantique en objet flottant non-identifié à ses affaires de mœurs, Chapuzet croque un personnage "bigger than life", avec la distance que l’exercice réclame : sans juger son sujet ni avaler ses couleuvres. Mais le journaliste ne se contente pas d’exhumer un héros télévisuel culte. Il signe un plaidoyer pour toutes ces choses irrationnelles et inutiles offrant à la vie tout son sel. « Faire une soucoupe, c’est comme pisser dans la nuit : ce n’est pas vital mais nécessaire. Comme le vin, le cul, la littérature et la pétanque », écrit-il. Pas mieux. 200 p., 17 €. Julien Damien

CHRISTOPHE CASSIAU-HAURIE & BARLY BARUTI

# 66

Le Singe jaune (Glénat) Après Madame Livingstone (2014), le duo Cassiau-Haurie et Baruti retrouve le Congo. Il s’agit cette fois de narrer les aventures rocambolesques de la journaliste belge Paulette Blackman, en froid avec sa rédaction mais envoyée en Afrique centrale pour enquêter sur un mystérieux primate, le singe jaune à gorge rouge. Là-bas, elle reçoit l’aide d’un scientifique qui n’a guère l’air sérieux… Le dessin, joliment pastel, rend hommage au "continent noir" le long de cases magnifiques et, si l’on tique parfois (une posture peu naturelle ici ou là), on se laisse embarquer dans ce grand livre d’images qui sait passer du rire (quelques gags bien trouvés) à l’effroi (les conditions de vie des mineurs, des enfants-soldats, l’histoire coloniale…). 112 p., 22 €. Thibaut Allemand


Terry Burrows & Daniel Miller

BENJAMIN FLAO & FRED BERNARD

Mute, le label indépendant depuis 1978 → Demain (E/P/A)

Essence (Futuropolis) Pas banale, cette histoire. Celle d’Achille Antioche (un nom qui draine son lot de mythes), pilote automobile se retrouvant, sans trop savoir pourquoi, au volant d’une Ford Mustang blanche. Surtout, il est accompagné d’une jolie brune qui sait tout de lui… alors qu’il ne l’a jamais vue. Peu à peu, on comprend qu’Achille se trouve au "Paradis" des pilotes. Réflexion enlevée sur la mort, le souvenir, la vie qui défile (à 150 à l’heure, donc), le tandem Benjamin Flao (Kililana Song) et Fred Bernard (Lady Sir, Gold Star Mothers) signe une œuvre magnifique (ses planches en Cinemascope) et onirique. Celle-ci renoue un peu avec le fantastique français tranquille des seventies (Philémon, ce genre). Surprenant, rafraîchissant, vivifiant ! 184 p., 27 €. Thibaut Allemand

Ce label a hébergé Depeche Mode, Nick Cave, Moby, Goldfrapp ou récemment New Order. Structure majeure de l’indé au sens large, Mute est née de la simple envie pour Daniel Miller d’éditer son premier 45 tours sous l’alias The Normal, en 1978. La suite appartient à l’Histoire. La voici contée à travers une somme impressionnante signée Terry Burrows. Témoignages rares et anecdotes en pagaille, une tonne d’images d’archives, un arbre généalogique de la famille Mute, des discographies commentées – de l’album le plus dérisoire au single le plus capital. De quoi se replonger dans les riches heures d’un "vieux" label toujours pertinent. Et réévaluer quelques pépites disséminées sur nos étagères… 320 p., 35 €. T. Allemand

PIERRE RENÉ-WORMS & SYLVIE COMA Avant la vague, Daho 78-81 (RVB Books) Non, Étienne Daho n’a pas toujours été un éternel adolescent (quel cliché !). Il fut également… adolescent, tout simplement. Puis jeune adulte. Ainsi, avant le succès (1982 et le single Le Grand Sommeil), le natif d’Oran était un étudiant rennais – comprendre : un jeune homme fauché à la vie dissolue, vivant par et pour la musique, les soirées, les boissons (et quelques expédients), séduisant filles et garçons. C’est cette période, celle d’avant le premier album, que Pierre René-Worms a immortalisée. Ces pellicules innocentes dévoilent un Daho jeunot et sapé fifties, l’élégance un peu gauche. On s’amusera à reconnaître, au détour d’une photo, Marquis de Sade ou les futurs Niagara. Une époque, celle de l’ombre, avant de vivre discrètement en pleine lumière. 162 p., 34 €. Thibaut Allemand


# 68 écrans


Heartstone. Un été islandais

Toute première fois C’est le film de toutes les premières fois : pour son cinéaste, Gudmundur Arnar Gudmundsson. Pour ses têtes d’affiche et pour Heartstone luimême, premier long-métrage islandais présenté à la Mostra de Venise, en 2016. Son thème, l’irruption du désir, n’a rien de nouveau. Mais sa forme, tout en retenue, bouleverse… Partir à la pêche, gérer les coups de soleil et appréhender les premiers émois amoureux : voici le programme estival plutôt banal de Thor et Christian, deux adolescents un peu paumés. Tandis que le premier s’éprend d’une jolie fille, l’autre se découvre des sentiments pour son meilleur ami au divin patronyme. Encore un film sur l’exploration de la sexualité et les amours juvéniles contrariées, se lamenteront certains. Ils auraient pourtant tort de passer à côté de Heartstone, récit sur fond de nature islandaise, qui s’octroie le luxe d’échapper aux sempiternels clichés. Passion sans fioriture Difficile en effet de ne pas s’enticher de ces deux héros, admirablement campés, à la fois frêles et têtus, fragiles et habités. Leur passion est puissante, servie par une réalisation tout en sobriété. à l'image de ces premiers baisers échangés par Thor avec la gent féminine, sous le regard envieux de son comparse énamouré. D’aucuns jugeront la mise en scène trop âpre. Mais cette élégante pudeur ne rend le coming-out (sousjacent) que plus touchant. La fin de cette aventure constitue peutêtre notre seul vrai bémol, tant elle se veut prévisible. Dommage, mais pas de quoi bouder De Gudmundur Arnar Gudmundsson, avec Baldur Einarsson, Blaer Hinriksson, son plaisir. Mélissa Chevreuil

© Outplay

Sveinn Olafur Gunnarsson… En salle


L'affect du cinéma

# 70

Tandis que sort sur les écrans français Seule sur la plage la nuit, la Cinematek de Bruxelles a la bonne idée de célébrer Hong Sang-soo. L'occasion de revenir sur une œuvre contemporaine majeure, où les élans affectifs se révèlent le meilleur moyen de questionner notre rapport au monde. Les films s'enchaînent au point de se confondre parfois. Depuis 1996 et Le Jour où le cochon est tombé dans le puits, Hong Sang-soo a tourné pas moins de 22 longs-métrages (12 depuis 2010). Cette impressionnante productivité n'est pas fortuite. Elle est le signe éclatant de la liberté qu'il a conquise. Equipe réduite, tournage bref, scénario en partie improvisé… Le Sud-Coréen a trouvé la formule pour s'épargner la lourdeur inhérente à un art industriel. Toutes les occasions semblent ainsi bonnes pour filmer : une invitation au Festival de Cannes, et voilà La Caméra de Claire avec Isabelle Huppert ! Cet inédit est d'ailleurs présenté en avant-première à la Cinematek. Seule sur la plage la nuit se situe lui dans la faille ouverte par une rupture amoureuse. Expatriée suite au scandale qu'a suscité sa liaison avec un cinéaste marié, une jeune actrice traverse un moment de flottement existentiel. Seule sur la plage, elle pense à lui… Comme souvent chez Hong, le récit est divisé. Entre Hambourg et la Corée du Sud, le passé et le présent, le rêve et la réalité… De césures en glissements, le spectateur est emporté par un nouveau type de perception. Une Seule sur la plage la nuit : De Hong Sang-soo, avec Kim Min-hee, Seo Young-hwa, Jeong Jae-yeong… forme d'ivresse où la logique Sortie le 10.01 ordinaire cède face à l'intenRétrospective Hong Sang-soo : Bruxelles, 18.01> 25.02, Cinematek, 4 / 2 € la séance, cinematek.be sité des affects. Raphaël Nieuwjaer

© The Jokers - Capricci Films

écrans

Seule sur la plage la nuit


écrans

Une femme en colère

© FOX

3 Billboards. Les Panneaux de la vengeance

# 72

Sept mois après le meurtre non-résolu de sa fille, Mildred Hayes loue trois panneaux publicitaires à l’entrée de sa petite ville (fictive) du Missouri, mettant directement en cause le chef de la police locale. Les 90 minutes suivantes auraient pu voir le vilain flic affronter la mère courage, sous les murmures partisans du voisinage. Sauf que… Avec Bons baisers de Bruges (2008) Martin McDonagh jouait déjà avec les codes. Tandis que ce polar tragi-comique transpirait la nostalgie, le Britannique nous embarque cette fois dans un western moderne surprenant. Il serait idiot de déflorer une intrigue superbement écrite (prix du meilleur scénario à Venise). Toutefois, une revue des effectifs donne un avant-goût du spectacle. à Ebbing, on croise donc le shérif Willoughby (Woody Harrelson), père et mari aimant cachant un lourd secret ; l’officier Dixon, vieux garçon brutal et raciste ou Charlie, l’ex-mari violent tombé dans les bras d’une gourde de 20 ans… Au centre du récit : le roc Mildred Hayes (impressionnante Frances McDormand), visage dur et répartie de tueuse, met la pagaille dans ce petit monde masculin. Bondissant du drame à la comédie noire, Three Billboards prend un malin plaisir à retourner toutes les situations. Et c’est avec délectation que l’on suit cette trame dont le déraillement est savamment maîtrisé, où les bourreaux prennent en quelques secondes la place des victimes. Soutenu par la B.O. de Carter Burwell, le film est bien placé pour les Oscars. Une moisson de récomDe Martin McDonagh, avec penses ne serait que justice. Marine Durand Frances McDormand, Woody Harrelson, Sam Rockwell… Sortie le 17.01


Katja a tout pour être heureuse : son époux, ex-dealer, s’est reconverti en agent immobilier droit dans ses bottes et ils élèvent paisiblement leur petit garçon. Un bonheur à l'image d’une pub Kinder interrompu par une bombe posée dans son agence, emportant père et fils. Tandis que les autorités misent sur le règlement de comptes, la veuve jure qu’il s’agit d’un attentat néo-nazi… Contre toute attente, ce pitch digne d'un mauvais téléfilm propagandiste porte l’une des œuvres les plus encensées à Cannes en 2017. Parmi cette accumulation de poncifs raciaux et de scènes âpres, il est pourtant difficile de trouver de quoi sauver ce film allemand. Oh, il y a bien Diane Kruger, en mère courage sur-mesure. Mais de là à lui remettre le prix d'interprétation féminine… Mélissa Chevreuil

© Gordon Timpen

De Fatih Akin, avec Diane Kruger, Denis Moschitto, Numan Acar… Sortie le 17.01

© Marc Schmidt

In the Fade

The Florida Project Petit film indé devenu phénomène de festivals, The Florida Project tient toutes ses promesses. Posant sa caméra à Orlando, dans un motel près de Disney World où l’on paye son loyer à la semaine, Sean Baker met en scène les facéties de Moonee, 6 ans, et de ses copains le temps d’un été. Impossible de résister aux pitreries de la fillette (cracher sur les voitures, imaginer chaque jour comment se faire offrir une glace…) et à son langage de charretier inspiré par sa mère, post-ado irresponsable mais reine de la débrouille. Willem Dafoe joue avec une infinie tendresse le gérant bourru prenant soin de ceux que l’Amérique a oubliés, dans un ironique décor aux couleurs sucrées. Quant à la petite Brooklynn Prince, elle vient de s’assurer une grande carrière au cinéma. Marine Durand De Sean Baker, avec Brooklynn Prince, Bria Vinaite, Willem Dafoe… En salle


exposition

Catherine Balet

Remise au point

# 74

Créer une œuvre originale avec des copies ? C’est le défi lancé par Catherine Balet. Réussi, pour le coup. à travers Looking for the Masters in Ricardo’s Golden Shoes, la Française revisite 176 ans de l’histoire de la photographie, en reproduisant méticuleusement une centaine de clichés iconiques.


Au premier coup d’œil, l’exposition ressemble à une anthologie de la photographie somme toute "classique". On trouve là des clichés de Weegee, Capa, Nadar, Sieff… Mais à bien y regarder, quelque chose cloche : le modèle est toujours le même ! En l’occurrence, un dandy de 77 ans au regard malicieux et chaussé de souliers dorés. Il s’agit de Ricardo Martinez Paz, un styliste argentin dont la ressemblance avec Pablo Picasso demeure troublante. En particulier dans ce remake de la célèbre image de Doisneau, représentant le génie espagnol en marinière avec des petits pains en guise de doigts (1952). « Cela fait 20 ans que nous nous connaissons, explique Catherine Balet. On a commencé ce projet lors des rencontres d'Arles en 2013, ce fut notre premier détournement ». Ce qui n’était au départ qu’un simple jeu est devenu une série de

Hommage à Robert DOISNEAU, Les Pains de Picasso, 1952, Courtesy Galerie Thierry Bigaignon

Hommage à Man RAY, Noire et blanche, 1926, Courtesy Galerie Thierry Bigaignon

120 pièces. Il aura fallu près de trois ans pour l’achever. Il faut dire que ces reproductions ont été façonnées avec un souci du détail confondant. Actors Studio « L’idée était de restituer au plus près l'esprit de l’original ». Telle cette copie du Petit parisien de Willy Ronis (1952), montrant un garçonnet courant sur le trottoir avec une baguette sous le bras. « On en a fait cuire une, mesurant 1,80 mètre pour respecter les proportions, et j’ai pris la photo debout sur un escabeau afin que Ricardo paraisse plus petit ». Il fallait aussi retrouver les lieux exacts où avaient été immortalisés ces chefs-d’œuvre, essentiellement à Paris. « Pour cela j’ai utilisé Google Street View ». suite


Hommage à Diane ARBUS, A Young Man in Curlers at Home on West 20th Street, N.Y.C., 1966, 2013

S’agissait-il de réemployer les techniques des maîtres ? « Non, il y a eu un gros travail de postproduction. Photoshop me permet de peindre avec la lumière, retrouver les grains… ». Saluons enfin les qualités d’acteur de Ricardo, qui teinte ce parcours d’humour, voire de tristesse, comme dans cette imitation du Young Man in Curlers at Home… de Diane Arbus (1966), dans laquelle il traduit toute la mélancolie du modèle original. Quel objectif poursuit Catherine Balet via cet exercice de style ? « C’est un hommage mais

aussi une réflexion sur l’essence même de la photographie, à l’heure où elle circule comme jamais. Pourquoi un cliché traverse-t-il le temps ? C’est une question mystérieuse… ». Et nécessaire, à une époque où les images n’ont jamais été aussi nombreuses, mais si peu regardées. Julien Damien Lille, jusqu’au 21.01, Maison de la Photographie, jeu & ven : 10 h > 18 h, sam & dim  : 14 h > 18 h, 8 / 5 € / gratuit (-8 ans), www.maisonphoto.com à lire / Looking for the Masters in Ricardo’s Golden Shoes, Catherine Balet avec Ricardo Martinez Paz (Dewi Lewis Publishing), 256 p., 35 £, www.dewilewis.com, www.catherinebalet.com


Hommage à Willy RONIS, Le petit parisien, 1952, 2014 — Catherine Balet avec Ricardo Martinez Paz


Les Kiss, 1987 Š GÊrard Guyomard


exposition

Guyomard. Rétro & Rock

peinture endiablée "Rétro et rock" annonce le titre de cette rétrospective. Encore un hommage à Johnny ? Pas vraiment… Même si Gérard Guyomard partage avec " l'idole des jeunes" une certaine fascination pour la musique du Diable. Celle-ci traverse joyeusement cette trentaine de toiles, réalisées de 1966 à 2013 par un artiste majeur de la figuration narrative. Pénétrant dans la villa Way Side, le visiteur est d'emblée frappé par une explosion de couleurs vives. « Elles m'ont sans doute été inspirées par les lumières scintillant durant les concerts », affirme l'octogénaire. Voilà l'une des grandes passions de Gérard Guyomard : le rock. Il transpire par exemple dans J.J.J.M., bel hommage à Morrison, Joplin, Hendrix et Le Caravage – « mon peintre et mes rockeurs préférés ». Citons aussi Madonna Rock, où l'on remarque le mot "tache" inscrit en bas de l'œuvre. Pourquoi ? « Parce que j'avais fait une tache dessus !, explique-t-il dans un éclat de rire. J'ai eu la flemme de tout restaurer, alors j'ai écrit ça ». Une anecdote représentative de l'humour de cet autodidacte, mais aussi de sa spontanéité, inhérente à sa façon de composer : « Par association d'idées. Je trace un dessin puis celui-ci en amène un autre, etc. »

Une technique de superposition des formes poussée à son paroxysme avec Dans l'escalier de la Porte des Lilas (1974). « Dans les années 1960, j'ai choisi la figuration en réaction à l'abstraction. Mais j'ai toujours aimé ce mouvement ! Cette toile représente des gens sortant du métro, superposant les silhouettes jusqu'à saturation, à la Pollock ». On observe aussi, çà et là… des vélos. « Oui, si je n'avais pas été peintre, j'aurais été coureur cycliste. J'ai même gravi le mont VenLe Touquet, jusqu'au 20.05, Musée du Touquet-Paris-Plage, tous les jours sauf toux à 65 ans ! » assure l'artiste, jamais mardi : 14 h > 18 h, 3,50 / 2 € / gratuit (-18 ans), avare de défis… Julien Damien www.letouquet-musee.com

# 79

à bicyclette


About Painting

C'est sans doute l'un des plus grands artistes vivants. Né en 1932 à Dresde, Gerhard Richter s'est aussi bien intéressé à l'abstraction qu'à la figuration, s'attaquant à tous les supports (tissu, verre…). Une œuvre guidée par l'expérience et le hasard qui n'a jamais démontré qu'une chose : la peinture ne peut reproduire le réel. Elle n'apporterait pas de réponse, mais poserait un questionnement permanent – n'est-ce pas l'essence de l'art ? Quatre décennies se sont écoulées depuis sa dernière exposition en Belgique. C'est dire toute l'importance de celle-ci. Le parcours du S.MA.K. s'article autour de deux périodes clés de la carrière de l'Allemand : le début et la fin. De ses peintures de rideaux ou de fenêtres (Window, 1968, semblant utiliser la lumière comme une matière) à cette sculpture en verre (7 Ruiten(Kaartenhuis), 2013), on découvre huit nouvelles pièces. Réalisées en 2017, elles prennent la forme de couches de couleurs vives apposées sur des canevas, rappelant les premières heures de l'impressionnisme. Si le titre de l’exposition semble bien banal ("sur la peinture"), son Gand, jusqu’au 18.02, S.M.A.K., contenu demeure extraordinaire. J.D. mar > ven : 9 h 30 > 17 h 30, sam & dim : # 80

10 h > 18 h, 12 > 2 € / gratuit (-19 ans), smak.be

Installation S.M.A.K. 2017 © Dirk Pauwels

Gerhard Richter


Yaak Valley, Montana 2011 Š Marc Trivier


exposition

Marc Trivier

Avec le temps Les expositions de Marc Trivier sont suffisamment rares pour ne pas les manquer. Celle présentée à Charleroi interroge l'acte de photographier lui-même. Elle révèle 40 ans d'une création focalisée sur la capture de la lumière et du temps qui passe. Eh non, Marc Trivier n'est pas venu à la visite de presse de la superbe exposition que lui consacre le musée carolo. « Il rechigne à parler de ses œuvres, estimant qu'elles se suffisent à elles-mêmes », justifie Xavier Canonne, le directeur. De fait, sa présence médiatique est inversement proportionnelle à l'aura de cet illustre photographe belge. Que sait-on de Marc Trivier ? Peu de choses. Il est né en 1960, habite à Haut-le-Wastia, village au sud de Namur, et travaille sur des chantiers de rénovation pour gagner sa vie. Pourquoi a-t-il parcouru le monde au début des années 1980 pour portraiturer les artistes de son Panthéon (Bacon, Burroughs, Dubuffet, Borges…) de la même manière qu'il a saisi des aliénés, des arbres ou des bêtes dans des abattoirs ? Finalement, peu importe. Concentrons-nous sur ses noirs et blancs argentiques.

Marc Trivier évoque volontiers l'immanence de la photographie. Ses images dépouillées de tout artifice servent d'abord une quête formelle. La manière dont la lumière accroche ses motifs prime sur la profondeur psychologique, l'épaisseur de la chair ou de la matière. Il se dégage de ce travail une mélancolie, correspondant à ce moment furtif où le sujet s'abandonne devant l'artiste. L'inclinaison corporelle de Francis Bacon, qui ne souhaitait pas être photographié, en Charleroi, jusqu'au 22.04, musée de la est un bel exemple. Emergent ainsi de photographie, mar > dim : 10 h > 18 h, 7 > 4 € /gratuit (-12 ans), museephoto.be ces portraits ou paysages l'urgence de D'un lent regard, film de Marc Trivier la prise de vue, et la nostalgie de ce qui projeté au musée le 22.02 à 19 h 30, en présence de l'artiste est définitivement passé. François Lecocq

# 83

Spleen et urgence


© Benjamin Moravec

exposition

Angoisse Les expositions du Musée Dr. Guislain se situent entre l'art et la science, l'histoire et l'étude des troubles mentaux. L'institution gantoise (par ailleurs tout premier asile psychiatrique de Belgique, cf LM 108) se penche cette fois sur un mal irrationnel, mais très contemporain : l'angoisse. Là un visage terrorisé peint par Tatjana Gerhard, ici la jungle urbaine saisie en vidéo par Nicolas Provost… Cet accrochage nous dévoile, via une série d'œuvres quelquefois inquiétantes, les nombreuses facettes de cette émotion – des phobies personnelles à l'hystérie de masse. J.D. Gand, Jusqu'au 27.05, Musée Dr. Guislain, mar > ven : 9 h > 17 h, sam & dim : 13 h > 17 h, 8 > 1 € / gratuit (-12 ans), www.museumdrguislain.be

en famille

Lille, jusqu’au 15.04, Musée de l’Hospice Comtesse, lun : 14 h > 18 h, mer > dim  : 10 h > 18 h, 5 / 4 €,  gratuit (-12 ans), www.lille.fr

Capitaine Morvert © Frédéric Legoy - mhc, 2017

Héros de fils et de bois Les marionnettes à tringle furent autrefois très populaires dans l'industriel Nord de la France, en particulier à Lille et Roubaix, lorsque les ouvriers allaient "al'comédie". Apparu au xixe siècle, cet art a peu à peu été oublié... Cette exposition dépoussière plus de 70 pantins, des accessoires et des affiches. En prime, on découvre deux castelets, les scènes où se déroulaient ces pièces (de cape et d’épée, des drames ou légendes locales) et des portraits des plus fameux "tireux d’fichelles" ! A.L.


New York, 1975 © Joel Meyerowitz, courtesy Polka Galerie

© Julien Mellin

Napoléon. Images de la légende

Joel Meyerowitz. Where I Find Myself

à la faveur d’un partenariat établi en 2011 avec le Château de Versailles, le Musée des beaux-arts d’Arras accueille plus de 160 œuvres issues de sa collection. Ces peintures, sculptures ou meubles, pour beaucoup commandés par l'Empereur lui-même, offrent une plongée exceptionnelle dans l’Histoire, de la gloire à l’exil du petit Corse. Elles révèlent aussi les talents d'un redoutable communicant, qui utilisait l'art pour asseoir son pouvoir...

Meyerowitz est l'un des pionniers de la photographie couleur. Armé de son Leica, ce New-Yorkais arpenta dès les années 1960 les rues des grandes villes des États-Unis et d’Europe pour capturer "l’instant décisif". Ses clichés révèlent des situations cocasses et une maîtrise toute cinématographique de la lumière et des couleurs. Il fut aussi le seul à accéder aux ruines du World Trade Center. Cette rétrospective dévoile des clichés devenus intemporels.

Arras, Jusqu’au 04.11, Musée des beaux-arts, lun, mer > ven : 11 h > 18 h, sam & dim : 10 h > 18 h, 7,50 / 5 € / grat. (-18 ans), napoleon.versaillesarras.com

Bruxelles, Jusqu'au 28.01, Botanique, mer > dim : 12 h > 20 h, 5,50 > 2 € / gratuit (-12 ans), botanique.be

© MMED, Miko Mikostudio

Reflection by Jean-Paul Lespagnard C’est l’un des stylistes les plus fascinants de sa génération. Touche-à-tout, audacieux et doté d’un sens de la dérision éminemment belge, Jean-Paul Lespagnard divulgue son processus créatif ! Déployée sur trois étages, cette exposition (dont il est le commissaire) révèle ses sources d’inspiration (Wim Delvoye, Jan Fabre...), ses pièces phares, des silhouettes aux foulards, et nous invite enfin à imaginer les nôtres dans son laboratoire ! Bruxelles, Jusqu’au 15.04, Musée mode & dentelle, mar > dim : 10 h > 17 h, 8 > 4 € / gratuit (-18 ans)


Satellite’s dreams © Florence Doléac

exposition

Minute Papillon à la croisée de l’art et du design, Florence Doléac détourne la fonction des objets armée d’une bonne dose d’humour. Cette rétrospective est conçue comme un grand appartement peuplé d’étranges meubles ou accessoires. Le visiteur peut s’abandonner sur un tas de poubelles des plus confortables tandis que des polochons sont accrochés au mur, prêts pour la bataille ! Une invitation salutaire à la lenteur et au jeu, dans un monde de plus en plus hystérique. Dunkerque, Jusqu’au 25.03, Frac Grand Large-Hautsde-France, mer > ven : 14 h > 18 h, sam & dim : 11 h > 19 h, 3 / 2 € / gratuit (-18 ans), www.fracnpdc.fr

Do you see the King ? patrick Marchal

From Belgium With Light

Une bague fabriquée avec des douilles, des bracelets en forme de menottes… Patrick Marchal s’est fait connaître par ses Objets Valorisants Non Identifiés, c’est-à-dire des bijoux jouant avec les couleurs, les formes et les symboles. Armé d’une approche critique et d’un humour acéré, cet orfèvre-plasticien transforme le métal ou l’acier en bombes ou cartouches, donnant vie à des parures des plus originales – et mordantes.

Le ciel de Belgique n’est pas le plus illuminé au monde. Pour autant, le plat pays reste l’une des contrées les plus "allumées". Dans les années 1980, de nombreux fabricants d’éclairage professionnel s’y sont implantés, plus particulièrement en Flandre. De Nathalie Dewez à Jos Devriendt en passant par Alain Berteau, les designers de la lumière artificielle ont ainsi acquis une reconnaissance internationale, comme nous le montre cette belle collection de lampes made in Belgium.

Hornu, Jusqu’au 11.02, Centre d’innovation et de design, mar > dim : 10 h > 18 h, 8 > 2 € / gratuit (-6 ans), www.cid-grand-hornu.be

Hornu, Jusqu’au 11.02, Centre d’innovation et de design, mar > dim : 10 h > 18 h, 8 > 2 € / gratuit (-6 ans), www.cid-grand-hornu.be

Au fil de l’artiste

# 88

Entre le textile et les Hauts-de-France, c’est une longue histoire – artisanale, industrielle, artistique. Cette exposition en déroule le fil à travers le travail de neuf plasticiennes. Celles-ci transforment cette fibre pas si banale en véritables œuvres d’art. à l’image de Lili Bel qui, munie de ses pelotes de laine, investit le Colysée avec ses créations gigantesques in situ jouant sur notre perception de l’espace. Voilà notre curiosité rhabillée pour l’hiver ! Lambersart, Jusqu’au 28.01, Le Colysée, mer > sam : 13 h > 18 h, dim : 13 h > 19 h, gratuit, www.lambersart.fr


Dali © Bernard Pras

Bernard Pras. Sans objet Bernard Pras s’est rendu célèbre avec ses installations entre peinture et sculpture. L’artiste français donne une seconde vie aux objets de notre quotidien, les assemblant pour former de magnifiques anamorphoses – l’image se révèle selon un point de vue précis. Parmi la quinzaine d’œuvres présentées ici, citons ce portrait de Dali réalisé avec un piano, des chapeaux ou animaux empaillés… Une technique impressionnante doublée d’une réflexion pertinente sur notre incessant besoin d’accumulation. Le Touquet, jusqu’au 20.05, Musée du TouquetParis-Plage, tlj sauf mar : 14 h > 18 h, 3,50 / 2 € / grat. (-18 ans)

J-F Millet, rétrospective & Millet USA

David LaChapelle. After The Deluge

Figure de proue du réalisme (avec Courbet), Millet a marqué l’histoire de l’art avec des scènes magnifiant les paysans – à l’image de L’Angélus. Cette double exposition retrace un parcours (trop) méconnu : de son enfance dans la ferme familiale à la reconnaissance acquise Outre-Atlantique. Il fut un modèle pour Van Gogh certes, mais aussi pour nombre de photographes et cinéastes américains (Terrence Malick, Gus Van Sant) ou encore Banksy !

Après les grandes expositions consacrées à Warhol ou Van Gogh, le BAM accueille le travail de David LaChapelle. Ce parcours présente une centaine de photographies de l’Américain. La première partie se concentre sur des images conçues jusqu’en 2007, dont Deluge, grande fresque mettant en scène des hommes, femmes et enfants se débattant en pleine apocalypse à Las Vegas. La seconde révèle des créations récentes, illustrant des préoccupations plus écologiques.

Lille, Jusqu’au 22.01, Palais des beaux-arts, lun : 14 h > 18 h, mer > dim : 10 h > 18 h, 10 > 7 € /  gratuit (-12ans), www.pba-lille.fr

Mons, Jusqu’au 25.02, BAM, mar > dim : 10 h > 18 h, 9 / 6 € / gratuit (-6 ans), bam.mons.be

Top Secret ! Un monde à décrypter De la pierre de Rosette aux arcanes du deep-web, voici dévoilés les secrets de la cryptographie. Soit l’art de cacher le contenu d’un message en le codant. L’exposition révèle les différentes utilisations de cette pratique à travers les âges. Le parcours est jalonné de pièces historiques, d’archives et d’objets hétéroclites. Le plus impressionnant reste Enigma, machine qui permit aux Allemands de communiquer durant la Seconde Guerre mondiale. Mons, Jusqu’au 20.05, Mundaneum, mer > ven : 13 h > 17 h, sam & dim : 11 h > 18 h, 7 > 2 €, expositions.mundaneum.org


théâtre & danse

Alex Vizorek Interview

à pied d’œuvre


Rire avec Bergson, Ravel ou Bergman ? C’est possible. Dans son one-man-show, Alex Vizorek s’amuse de la littérature, du cinéma, de la musique… « L’art c’est comme la politique, c’est pas parce qu’on n’y connaît rien qu’on ne peut pas en parler », assure le Bruxellois. Entre ses chroniques sur France Inter (Par Jupiter !) ou C8 (Salut les Terriens !), le compagnon de jeu de Charline Vanhoenacker a trouvé le temps de nous répondre. Est-il une œuvre d’art, comme l’annonce le titre de son spectacle ? à vous de juger. Propos recueillis par Julien Damien Photo Mehdi Manser

De quoi parlez-vous ? Chaque sketch évoque un art en particulier : la sculpture, le cinéma, la musique classique… Mais au fond, j’aborde un tas de choses : je fais des blagues politiques, de cul ou des mauvais jeux de mots. Je n’ai pas

de prétention culturelle, mais si les gens se marrent et repartent de là avec l’envie d’entrer dans un musée, alors je n’aurais pas tout raté.

« J'incite les gens à se confronter à la culture en utilisant l’humour » Par exemple ? Je détricote Mort à Venise de Visconti, en expliquant que le problème de ce film est dans le titre, car il annonce la fin : on sait que le héros va mourir et, de ce fait, c’est un peu long… Mais j’espère que les curieux dépasseront l’étape du sketch pour le regarder. suite

# 91

Comment ce one-man-show est-il né ? En assistant à un spectacle de Fabrice Luchini. Il parlait de bouquins, vous donnait envie de lire et, surtout, on riait de sujets totalement inattendus et pointus. Je me suis dit qu’il y avait là une vraie ligne. J’avais moi-même envie de monter sur scène et j’ai commencé à écrire sur la culture. Je voulais que ce soit décalé voire intelligent, même si je n’aime pas trop le côté "humour intello".


© Leslie Artamonow

théâtre & danse

# 92

D’aucuns vous reprochent de vous "moquer" de la culture, donc de la desservir… C’est un procès facile, mais je peux comprendre qu’on déplore mes vannes sur Malevitch ou d’autres. En revanche, je crois le faire de manière très affectueuse dans la mesure où j’aime profondément ça. Il s’agit pour moi de désacraliser l’art car beaucoup se disent : « ça n’est pas pour moi ». Voilà mon leitmotiv : inciter les gens à se confronter à la culture, mais en utilisant l’humour.

Comment définiriez-vous le vôtre ? Vous revendiquez une certaine "bienveillance"… Ce n’est pas faux. Je n’ai pas spécialement envie de faire du mal aux gens, à des catégories comme les religieux par exemple. Et Dieu sait si je n’aime pas la religion… Mais je ne m’empêche pas de traiter ce sujet et j’aimerais qu’on rit ensemble. Par contre, je n’hésite pas à m’attaquer aux politiques, ad hominem. Parce qu’ils s’exposent et peuvent euxmêmes se montrer très violents. Cela ne me dérange donc pas trop d’accabler Fillon.


Que pensez-vous de cette étiquette vous associant à un "humour belge" ? A-t-elle un sens ? Dans le Nord de la France, vous savez que c’est absolument galvaudé mais, comment dire… C’est comme une médaille sur une bouteille de vin. Une espèce de label de qualité, en l’occurrence de décalage et d’absurde. Moi ça ne me dérange pas, car c’est plutôt positif. Cette étiquette me sert mais, en réalité, mon inspiration humoristique est en France : je regardais la télé et écoutais la radio de ce pays, je connais mieux la politique hexagonale que belge, j’ai grandi comme un Français…

« Sans Geluck ou Poelvoorde, on n’aurait pas eu autant de facilités » Connaissez-vous les Snuls ? Pour le coup, n’est-ce pas typiquement belge ? Bien sûr. On en diffuse parfois quelques sons. En fait, les vrais humoristes belges comme les Snuls ne passent pas la frontière. Parce qu’ils sont trop décalés. à côté de ça, il y a ceux qui ont fait un effort, comme Philippe Geluck ou nous maintenant (avec Charline Vanhoenacker). Et puis il y a Benoît Poelvoorde ou François Damiens : eux sont universels. D'ailleurs, Geluck ou Poelvoorde ont changé l’image du Belge. Sans eux, on n’aurait peutêtre pas eu autant de facilités.

Un bouquin à nous conseiller ? Oui, Desproges par Desproges, publié par sa fille Perrine pour les 30 ans de son cancer (cf LM n° 136). Voyez, elle transmet bien la tradition paternelle et, pour nous les comiques, c'est une mine d'or. Sinon, je peux vous conseiller un film dans lequel je joue (rires) : Madame d'Amanda Sthers, dans lequel j'ai obtenu mon premier tout petit rôle, mais aux côtés de Harvey Keitel, Toni Collette et Rossy De Palma, tout de même ! Un deuxième spectacle est-il prévu ? Oui, d'ici ces deux ou trois prochaines années. Mon téléphone est rempli d'idées. Dès que j'ai du temps, j'en mets une en pratique. J'essaie par exemple de monter un conte pour enfants avec une co-auteure et une dessinatrice. Je travaille aussi sur un scénario de BD, je ne peux pas vous en dire plus mais ça pourrait être une bonne surprise… à lire / l'interview intégrale sur lm-magazine.com

Alex Vizorek est une œuvre d’art Liévin, 19.01, Centre arc en ciel, 20 h 30, 13 > 8 €, arcenciel.lievin.fr Grande-Synthe, 19.04, Palais du Littoral, 19 h, 15 € (+ Frédéric Fromet à 21 h), www.ville-grande-synthe.fr Caudry, 20.04, Théâtre municipal, 20 h 30, 25 / 16 €, www.scenes-mitoyennes.fr Bray-Dunes, 21.04, Salle Dany Boon, 20 h 30, 10 > 5 €, www.bray-dunes.fr Sallaumines, 22.04, Maison de l'art et de la communication, 16 h, 10 €, www.ville-sallaumines.fr


théâtre & danse

# 94

Five Easy Pieces

Dans l'antre du mal

© Phile Deprez


Peut-on parler de tout au théâtre ? Oui, selon Milo Rau. Du djihadisme (The Civil Wars) aux génocides africains (L'Histoire de la mitraillette), le très politique dramaturge suisse s'est fait une spécialité de porter les sujets brûlants sur scène. à travers Five Easy Pieces, créé en collaboration avec le centre d'art gantois CAMPO, il s'attaque cette fois à l'affaire Dutroux, en la jouant avec des enfants.

P

rovocation ? Voyeurisme ? Sensationnalisme ? Voilà le genre d'interrogations surgissant (légitimement) à la lecture du pitch de Five Easy Pieces : retracer l'affaire Dutroux avec 7 enfants âgés de 9 à 14 ans. Pour rappel, le tueur pédophile belge fut condamné pour le viol de six fillettes et la mort de quatre d'entre-elles, dans les années 1990… Sur le papier, la pièce a de quoi susciter le scandale. Ce qu'elle fit d'ailleurs. Il y eut des interdictions en Angleterre, en Allemagne et une pétition en France (signée par le Parti chrétien-démocrate de Christine Boutin). « Pourtant, il y a eu des vingtaines de documentaires et de livres sans que cela n'engendre de telles réactions », s'étonne Milo Rau. D'ailleurs, «  Dutroux n'est pas vraiment le sujet », précise-til. Ce fait divers est avant tout un prétexte « pour parler de l'état de la Belgique, et plus largement de l'Europe de l'Ouest et de notre temps ». Il s'agit de lier la décolonisation (Dutroux est né au Congo belge), la désindustrialisation (il a commis ses crimes dans le bassin miner de Charleroi) et « cette paranoïa consécutive à la pédophilie et aux ratés de l'enquête, aboutissant à une méfiance du peuple vis à vis de ses élites ». Avec, en filigrane, « l'envie de soulever des thèmes existentiels comme la peur ou le deuil ». suite


© Phile Deprez

# 96

Depuis une quinzaine d'années, cet ancien élève de Bourdieu mêle sur les planches la réalité et la fiction, puisant son inspiration dans notre histoire immédiate pour se saisir de son horreur. Toutefois, son théâtre n'est pas documentaire. « J'essaie toujours de trouver dans cette actualité une matière universelle. Mes projets pointent les limites de la civilisation, là où la violence commence ». Catharsis Dans cette pièce, la troupe d'enfants incarne différentes figures de l'affaire Dutroux : son père, au Congo lors de la décolonisation, un policier, une fillette enfermée dans la cave du monstre ou les parents d'une victime. Ces cinq « petits monologues » sont notamment entrecoupés de reconstitutions, de vidéos…

« Il y aura aussi du chant et de la danse ». Des moments… de joie ? « Oui, ce qui est très beau pour moi ici, c'est la possibilité de transcender le mal. à la fin, il y a une victoire des enfants sur l'indicible ». Comme une revanche de la vie sur la mort. Du théâtre sur la réalité. Julien Damien Waregem, 13.01, CC de Shakel, 20 h, complet ! Namur, 19 & 20.01, Théâtre Royal, 20 h 30, 21,50 > 10,50 €, www.theatredenamur.be Bruxelles, 26 > 28.01 & 23 > 25.02, Théâtre National, ven & sam : 20 h 30, dim : 15 h, 22 > 12 €, www.theatrenational.be Zaventem, 02.02, CC De Factorij, 20 h, 15 > 2,50 €, www.ccdefactorij.be Charleroi, 02 & 03.03, Palais des beaux-arts, 20 h, 15 > 10 €, www.pba.be Amiens, 23 & 24.03, Maison de la Culture, 20 h 30, 29 > 13 €, www.maisondelaculture-amiens.com à lire / l'interview de Milo Rau sur lm-magazine.com


Douceur et hurlements

# 98

Depuis septembre, on croise beaucoup Vincent Macaigne. Au cinéma, mais aussi au théâtre avec une double création, Je suis un pays et Voilà ce que jamais je ne te dirai, présentées à Douai. En mettant en scène un monde cauchemardesque, il règle, une nouvelle fois, ses comptes avec son époque. Pour qui connaît Vincent Macaigne acteur, présenté comme le "visage du nouveau cinéma français", le découvrir metteur en scène peut surprendre. Des productions modestes (La Loi de la jungle) aux trois millions d'entrées du Sens de la fête, il promène sur les écrans un décalage n'appartenant qu'à lui, figure de l'anti-héros mal à l'aise avec le monde tel qu'il va. Loin, donc, de l'énergie émanant de ses spectacles fougueux – d'aucuns parleront d'hystérie. En 2011, son adaptation sanglante d'Hamlet divisa ainsi le festival d'Avignon. Pour le réconfort, son deuxième long-métrage, est sorti cet automne. On en ressort convaincu que la lutte des classes n'a pas disparu. Car Macaigne raconte sa génération. Celle qui se débat comme elle peut et hurle parfois, comme dans son théâtre. En 2004, c'est un monde post-apocalyptique qu'il décrivait dans Friche 22.66. Deux nouvelles créations surgissent aujourd'hui de cette pièce. Je suis un pays met en scène, entre autres, un tyran populiste, un prophète malgré lui et une émission de télé-réalité délirante. En parallèle, la performance Voilà ce que jamais je ne te dirai propose une expéJe suis un pays : Douai, 09 > 11.01, L'Hippodrome, rience troublante de théâtre dans 19 h 30, 22 > 12 € Voilà ce que jamais je ne te dirai : Douai, le théâtre. Non, Macaigne n'en a 09 > 11.01, L'Hippodrome, 21 h, 10 / 8 €, pas fini avec le chaos. M. Bourgois www.tandem-arrasdouai.eu

Je suis un pays © Mathilda Olmi

théâtre & danse

Vincent Macaigne


© Hafid Chouaf

Monstres. On ne danse pas pour rien Comment s’accomplir, en tant qu’artiste, dans un pays rongé par la dictature et la censure ? La question a toujours accompagné le parcours de l’autodidacte DeLaVallet Bidiefono. Avec trois musiciens et neuf danseurs de sa compagnie Baninga, le Congolais raconte la construction difficile mais salutaire de leur espace de création, à Brazzaville. Face aux "monstres" du pouvoir, les performeurs, gants de chantier et outils en main, entrent en résistance, bâtissant la politique culturelle de leur nation. Soutenus par des percussions, les corps s’affirment dans une chorégraphie empruntant parfois à la boxe. Un combat qui ne se dévoile pas pour rien. M.D. Douai, 30.01, L’Hippodrome, 20 h, 22 / 12 €, www.tandem-arrasdouai.eu Maubeuge, 20.02, La Luna, 20 h, 12 / 9 €, www.lemanege.com

© Sonia Barcet

La cuisine d'Elvis Un sosie d’Elvis Presley paraplégique, une femme alcoolique, une fille boulimique et un pâtissier au corps de rêve dont tous tombent amoureux... Voilà le menu de cette comédie mise en scène par Pierre Maillet, qu’il décrit comme « une rencontre entre Ken Loach et Mike Leigh chez les Monty Python ». Adaptée du texte de Lee Hall (Billy Elliot), la pièce alterne humour grinçant, drame social et music-hall (avec des vraies reprises du King dedans). A.L. Maubeuge, 26.01, Théâtre Le Manège, 20 h, 12 / 9 €, www.lemanege.com


théâtre & danse

Shakespeare Comme il vous plaira

in love

# 102

Il y a tout juste 20 ans, Christophe Rauck montait Comme il vous plaira avec sa première compagnie. Mais le directeur du Théâtre du Nord n’en avait pas fini avec la comédie pastorale et romanesque de Shakespeare. Offrant le duo amoureux à son couple de comédiens phare, le metteur en scène recrée la pièce ce mois-ci à Lille. Après Les Serments indiscrets (Marivaux) et Phèdre (Racine), Christophe Rauck souhaitait clore son cycle sur l’amour avec Cécile Garcia Fogel et Pierre-François Garel dans les rôles principaux. Et surtout « retrouver les personnages riches » de Comme il vous plaira : Jacques le Mélancolique, qui prononce le monologue célèbre sur les sept âges de l’homme, et Rosalinde, « une très belle figure de femme, incarnant l’amour charnel et véritable face à la passion plus littéraire de son amant ». De cette pièce foisonnante en prose et en vers, retenons l’essentiel de l’intrigue : à cause de son oncle


Lille, 12 > 31.01, Théâtre du Nord, mar, mer et ven : 20 h, jeu et sam : 19 h, dim : 16 h, 25 > 10 €, theatredunord.fr

Répétition © Simon Gosselin

Dunkerque, 17 & 18.04, Le Bateau Feu, mar : 20 h, mer : 19 h, 9 €, lebateaufeu.com

usurpateur, la belle Rosalinde s’exile avec sa cousine dans la forêt d’Arden et retrouve Orlando, épris d’elle. Pour cacher leur identité, les deux jeunes femmes se déguisent et Rosalinde, dans la peau d’un paysan, devient le confident d’Orlando.

Jeux interdits Si Shakespeare se délectait de l’usage du travestissement à une époque où les femmes étaient bannies de la scène, Christophe Rauck s’amuse avec un autre "interdit" au théâtre. Il illustre en effet plusieurs passages mineurs par une voix off et des créations sonores, laissant plus de place aux superbes joutes verbales et à un répertoire de chansons a cappella, naviguant d’Henry Purcell à Queen. Restent les questionnements de l’œuvre sur le désir, la condition féminine et l’usure du temps, évidemment intemporels. Marine Durand


La Maladresse © Veronique Baudoux

théâtre & danse


Vivat la danse !?

Des paroles et des actes Tendez l’oreille du côté d’Armentières. Objets sonores non-identifiés, conférences décalées, performances et incantations chorégraphiques… Le Vivat mêle les voix et la danse à l’occasion de son célèbre festival. Focus sur programme qui entre en résonance avec le corps.

Du poil de la bête Commençons par une virée en Antarctique. Dans Les loups, le conteur Jean Le Peltier (cf LM 133) nous

emmène en classe de neige avec trois jeunes biologistes. En mission pour étudier des bactéries inconnues, ils laissent peu à peu surgir

Nicolas Copernic © aalliicceelleessccaannnneessoonniiaaddeerrzzyyppoollsskki

« J’entends des voix ! » annonce le sous-titre de cette 21e édition de Vivat la danse !? Ni hommage à Jeanne d’Arc, ni aveu de folie passagère, le festival des audaces chorégraphiques recueille la parole. Comment ? En mettant en lumière des artistes ayant choisi de danser et de dire à la fois. Si les langues se délient sur scène, c’est d'abord pour « imaginer un avenir fantasmé, contrastant avec la dureté du quotidien. Pour cela, on parcourt des mondes mystérieux… » annonce Eliane Dheygere, directrice des lieux. Et pour sonder le mystère, rien de tel que de raconter des histoires, n'est-ce pas ?

suite


e !?

dans Vivat la

Armentières, 25.01 > 03.02, Le Vivat, La Coop, La Maison des Artistes, Le Prato (Lille), 1 spectacle : 8 €, pass : 54 €, www.levivat.net

# 106

programme : Ondine Cloez : Vacances vacance, aalliicceelleessccaannnneessoonniiaaddeerrzzyyppoollsskki : Le jour où le penseur de Rodin s’est transformé en gomme (25.01)

chez des Armentiérois complices ! » s’enthousiasme Eliane Dheygere. En point d’orgue, Aina Alegre explore les danses traditionnelles catalanes dans Le Jour de la bête. On la retrouve lors de la soirée de clôture, nous invitant sur la piste pour célébrer en chœur l’avènement d’un monde meilleur… Vaste programme ! Marie Pons

Jean Le Peltier : Les loups, Louis Vanhaverbeke : Multiverse (26.01) // Lucien Fradin : Mamie Magie, Madeleine Fournier : Labourer, Gaëlle Bourges & Gwendoline Robin : Incidence 1327, Daniel Larrieu : Littéral (27.01) // Johann Le Guillerm : Le Pas grand-chose (29.01) // 2b company : Conférence de choses (29.01 > 03.02) // Diederik Peeters : Apparitions schizophoniques (30.01)

Olga de Soto : (Elle) retient (30.01) // Mithkal Alzghair : Transaction, Marion Sage & Amélie Poirier & Naïm Abdelhakmi : Happynest 2017 (31.01) // Vincent Weber : D’après nature, Mylène Benoit : La maladresse (02.02) // Adaline Anobile & Julie Gouju : à 10 cm près, Gwendoline Robin : a.g.u.a., Paul Pi : Ecce (H)omo, Aina Alegre : Le Jour de la bête (03.02)

Les loups © Jean Le Peltier

l'animalité qui sommeille en eux… et en nous. à peine remis, nous voilà déambulant au centre du savoir humain. Délivrée sur un ton burlesque par la 2b Company, la Conférence de choses sautille de Descartes aux bonbons Haribo en pile 53 minutes et 33 secondes ! « C'est un vrai coup de cœur, à découvrir en plusieurs épisodes, qui plus est à domicile


© Elizabeth Carecchio

© Denis Gueguin

Andromaque, les héritiers

Le pas grand chose

Point de héros ni d'histoire d'amour ici. Andromaque, Hermione, Oreste et Pyrrhus sont chacun leur propre sujet, comme ivres d'eux-mêmes. Damien Chardonnet - Darmaillacq transpose la pièce de Racine dans un studio de cinéma. La scène est divisée en quatre, pour autant de protagonistes préservant leur territoire, reliés simplement par la vidéo. Et, oui, ce monde où règnent individualisme, incapacité à communiquer et poids des générations passées, est toujours d'actualité...

Equilibriste de génie, concepteur d'installations semblant tenir comme par magie (ces fameuses "architextures"), Johann Le Guillerm prend littéralement la parole. Dernière partie de son projet Attraction, ce spectacle-conférence invite à recréer un monde à partir d'un simple point, ce « pas grand chose qui n'est pas rien » dit-il. Entre pataphysique et expérimentations burlesques réalisées en direct avec des objets farfelus, le circassien démonte les fausses évidences.

Valenciennes, 18 > 27.01, Le Phénix, 20 h, 23 > 10 €, scenenationale.lephenix.fr Maubeuge, 30 & 31.01, Le Manège, 20 h, 12 / 9 €, www.lemanege.com

Calais, 26 & 27.01, Le Channel, ven : 20 h, sam : 19 h 30, 7 €, lechannel.fr // Lille, 29 & 30.01, Le Prato, 20 h, 8 €, leprato.fr // Amiens, 07.02, Cirque Jules Verne, 20 h, 13 > 5 €, www.cirquejulesverne.fr

© Richard Haughton

Halka En arabe, "Halka" signifie "cercle". Ce mot désigne aussi une tradition ancestrale de l'acrobatie, dont les racines remontent au xve siècle. Perpétré de génération en génération par la famille Hammiche, cet art se caractérise par l'édification de gigantesques pyramides humaines et par la roue arabe. C'est cette histoire que les 14 voltigeurs du Groupe Acrobatique de Tanger racontent sur un plateau nu, traduisant en figures spectaculaires leurs débuts sur le sable mais aussi leur combat pour la reconnaissance. Charleroi, 13 & 14.01, Palais des beaux-arts, sam : 20 h, dim : 16 h, 15 > 6 €, pba.be // Mons, 17.01, Théâtre Le Manège, 20 h, 20 > 15 €, surmars.be // Gand, 19 & 20.01, Vooruit, 20 h, 28 > 8 €, vooruit.be


© Eric Canto

Pierre-Emmanuel Barré Vous aimez l’humour noir ? Ce one-man-show est pour vous. Celui qui se définit comme un "sale con" (titre de son deuxième spectacle, cf LM 110) n’épargne personne, surtout pas les politiques (désolé Emmanuel…). Sa liberté de ton pourrait en déranger certains (il démissionna d’ailleurs de France Inter en avril, s’estimant censuré), mais son cynisme fera le reste. Comme il l’annonce lui-même : « Vous aimez l’humour bienveillant et jamais vulgaire ? Alors allez voir Kev Adams, je veux pas de vous dans ma salle ». Béthune, 11.01, Théâtre municipal, 20 h, 31 / 28 € // Lille, 12.01, Théâtre Sébastopol, 20 h, 31 / 28 €, www.theatre-sebastopol.fr

Caroline Vigneaux

J’appelle mes frères

Ancienne avocate, Caroline Vigneaux a quitté la robe pour la scène, plaçant sa verve au service de l’humour. Corrosif, l’humour. Qu’elle détourne un karaoké chinois ou la musique catholique, elle n’épargne rien ni personne, et surtout pas les hommes. Comme dans ce sketch où elle explique avoir tourné une "sextape" avec son petit-ami, non pas pour l’émoustiller… mais pour lui montrer ce qui ne va pas (« mais enfin tu vois bien que là, il y a simulation ! »). On plaide la relaxe.

J. Hassen Khemiri / N. Rosenblatt

Lille, 16 & 17.01, Le Spotlight, 19 h 30, 26 > 20 € Béthune, 18.01, Théâtre municipal, 20 h 30, 22 / 18 € Woluwe-St-Pierre, 19.01, W:Halll, 20 h 30, 30 € Arlon, 20.01, Maison de la Culture, 20 h 30, complet !

Amor est un jeune homme comme les autres, avec ses soucis, ses envies… Jusqu’au jour où survient un attentat : sa vie bascule. Il n’en est pas victime directement, non, mais il est issu de l’immigration. Dès lors, les regards sur lui changent… Adaptée du texte de Jonas Hassen Khemiri, cette pièce interroge les notions de suspicion et les stéréotypes. L’acteur interpelle le public. La mise en scène évoque un stand-up, entrecoupé par des chœurs amplifiant le cri d’un quidam dépassé par le réel… Béthune, 17 > 20.01, Le Palace, mer > ven : 20 h, sam  : 18 h 30, 20 > 5 €, www.comediedebethune.org

Un faible degré d’originalité

# 110

Antoine Defoort / L’Amicale de production Esprit brindezingue officiant au sein de l’Amicale de production (Germinal), Antoine Defoort nous convie à un spectacle-conférence sur… le droit d’auteur. Du xviiie siècle à l’avènement d’Internet, le Jenlinois démêle le flou artistique régnant autour de la propriété intellectuelle lors d’une performance aussi drôle qu’instructive. Seul sur scène, il convoque Diderot ou Deneuve, armé d’un tableau blanc, de boîtes en carton et d’une verve qui n’appartient qu’à lui. Arras, 18.01, La Ruche (Université d’Artois), 19 h, 10 > 3 € // Mons, 23 & 24.01, Le Manège, 20 h, 15 > 9 €


C’est certainement l’œuvre la plus cruelle de Marivaux. Politique, aussi. Jugez plutôt : Sylvia et Arlequin s’aiment. Mais le Prince s’éprend de Sylvia et va tout faire pour briser leurs sentiments. Il enlève donc la belle et l’enferme dans son palais. Puis il envoie Flaminia à la conquête d’Arlequin… Dans cette adaptation de J-M. Rabeux, les personnages évoluent dans un décor en trompe-l’œil. Surtout, la pièce dénonce l’abus de pouvoir des riches sur les pauvres. Ça ne vous rappelle rien ? Villeneuve d’Ascq, 18 > 26.01, La Rose des Vents, mar, mer & ven : 20 h, jeu & sam : 19 h, 21 > 13 €, www.larose.fr // Dunkerque, 07 & 08.02, Le Bateau Feu, mer : 20 h, jeu : 19 h, 9 €, www.lebateaufeu.com

Jérémy Ferrari

Price

Il a les mêmes sujets de galéjade que Dieudonné (les attentats, la religion, le conflit israélo-palestinien…) mais la ressemblance s’arrête-là (ouf !). Jérémy Ferrari parvient (lui) à nous faire rire de thèmes fâcheux sans virer facho. Dans son dernier one - man-show,  Vends 2 pièces à Beyrouth, il s’amuse de la guerre («  T’avais pas un attentat-suicide ce matin ? Et alors, ça s’est bien passé ? ») en tentant « d’être plus drôle que choquant ». Peut-être ça le secret…

Steve Tesich / Rodolphe Dana

Roubaix, 27.01, Le Colisée, 20 h 30, 39 > 10 €, www.coliseeroubaix.com Mons, 08.02, Théâtre Royal, 20 h, 41 / 36 €, www.mons.be

Dans ce roman d’apprentissage, Steve Tesich (1942-1996) dépeint le portrait de Daniel, un ado quittant le lycée et vivant dans la banlieue de Chicago. Il ne sait que faire de son existence, tiraillée entre la maladie de son père et les affres d’un premier amour. Cette fable sur le passage à l’âge adulte est portée sur les planches par Rodolphe Dana. Le directeur du Théâtre de Lorient a choisi une scénographie épurée, traduisant les rêves du héros sur écran et cette éternelle dualité entre fiction et réalité. Dunkerque, 30.01, Le Bateau Feu, 20 h, 9 €

May B - Maguy Marin Créé en 1981, ce classique du répertoire de la danse contemporaine n’a pas pris une ride. Ballet sous haute influence de Beckett, May B met en scène cinq hommes et cinq femmes en guenilles et couverts de poussière. Sont-ils les rescapés d’une guerre ? De l’apocalypse ? Les premiers ou les derniers des humains ? Hésitant ou s’affirmant, drôles ou apeurés, ils forment un seul corps occupant l’espace-temps avec absurdité. Vivant sans l’avoir décidé. La Louvière, 02.02, Le Théâtre, 20 h, 15 / 10 €, www.ccrc.be

RamDam 2015 © D. Grappe

théâtre & danse

La Double inconstance (ou presque) Marivaux / Jean-Michel Rabeux / La Compagnie


Skitchen © Benoit Jammes

le mot de la fin

# 114

Skitchen –

Ils ont l’air de bien s’éclater ces fruits et légumes. Sans doute ont-ils oublié qu’ils finiront découpés, épluchés, farcis et dévorés... Dans la cuisine de Benoit Jammes, les kiwis, bananes ou autres pommes de terre sont équipés de petites roues, et transcendent leur funeste destin en skatant comme des dératés... Purée ! www.benoitjammes.com


LM magazine 136 - janvier 2018  
LM magazine 136 - janvier 2018  

Art et Culture - France & Belgique - Lille & Bruxelles

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