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n°132 / septembre 2017 / GRATUIt

Art & CulturE

Hauts-de-France / Belgique


sommaire

Le Magazine culturel #132 Septembre 2017

The Monster Within © Tristan Eaton

News – 08 style – 12

La Chérie-Chéri Romance et performance Festival Mange, Lille ! Tous à table Le Pilori Cuisine et indépendance

Ci

or i© Pil

Tristan Eaton Le bonheur est dans le spray

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Le

portfolio – 20

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Rencontre – 32

Jules-Edouard Moustic Se pique de musique

Evénement – 42

Pour une poignée de degrés © Tim Franco

Le Grand Mix 20 ans, le bel âge

Rencontre – 64 Marie Desplechin Chaud devant !

Lieu – 78

Fondation Folon Le tour du propriétaire

le mot de la fin – 118 Hanghee Kim La tête dans les nuages


sommaire Musique – 32 Thomas Fersen © JB Mondino

Jules-Edouard Moustic, Susanne Sundfør, Sparks, Beach Fossils, DJ Shadow, Les 20 ans du Grand Mix, Coldcut, Neil Diamond, We Will Folk You, Yan Wagner, DBFC, Thomas Fersen, Ed Harcourt, Poulpaphone

‎René Magritte, Le fils de l'homme, 1964 © C.H.ADAGP Paris, 2017

exposition – 78 Fondation Folon, La nouvelle BD flamande, Brussels Design September, City Sonic, Magritte. Atomium Meets Surrealism, Panorama 19, Musiques ! échos de l'Antiquité, Agenda…

théâtre & danse – 100 Les Toiles dans la ville, Charleroi Danse, Chris Rock, Frère Animal-second tour, Festival découvertes images et marionnettes, Les Trois mousquetaires, Pinocchio, Agenda…

Disques – 60

Livres – 62

écrans – 70

Compilation Manchester North of England, Grizzly Bear, Ariel Pink, Yan Wagner, Meridian Brothers

Delphine Coulin, Laurent Colonnier, Collectif Degeyter, Peter Hook, Jean-Pierre Minaudier

Barbara, Upstream Color, Le Redoutable, Festival international du film francophone de Namur


Magazine LM magazine – France & Belgique 28 rue François de Badts 59110 La Madeleine - F -

tél : +33 (0)3 62 64 80 09 - fax : +33 (0)3 62 64 80 07

www.lm-magazine.com

Direction de la publication / Rédaction en chef Nicolas Pattou nicolas.pattou@lastrolab.com

Direction artistique / Graphisme Cécile Fauré cecile.faure@lastrolab.com

Rédaction Julien Damien redaction@lm-magazine.com Alexis Lerat info@lm-magazine.com

Couverture Tristan Eaton Peace By Peace #2 tristaneaton.com Publicité pub@lm-magazine.com

Administration Laurent Desplat laurent.desplat@lastrolab.com Réseaux sociaux Sophie Desplat Impression Imprimerie Ménard 31682 Labège Diffusion C*RED (France / Belgique) ; Zoom On Art (Bruxelles)

Ont collaboré à ce n° : Sonia Abassi, Selina Aït Karroum, Thibaut Allemand, Rémi Boiteux, Mélissa Chevreuil, Mathieu Dauchy, Marine Durand, Tristan Eaton, Thomas Lansoud-Soukate, François Lecocq, Raphaël Nieuwjaer et plus si affinités.

LM magazine France & Belgique est édité par la Sarl L'astrolab* - info@lastrolab.com L'astrolab* Sarl au capital de 5 000 euros - RCS Lille 538 422 973 Dépôt légal à parution - ISSN : en cours L’éditeur décline toute responsabilité quant aux visuels, photos, libellé des annonces, fournis par ses annonceurs, omissions ou erreurs figurant dans cette publication. Tous droits d’auteur réservés pour tous pays. Toute reproduction, même partielle, par quelque procédé que ce soit, ainsi que l’enregistrement d’informations par système de traitement de données à des fins professionnelles, sont interdites et donnent lieu à des sanctions pénales. LM / Let'smotiv est imprimé sur du papier certifié PEFC. Cette certification assure la chaîne de traçabilité de l’origine du papier et garantit qu'il provient de forêts gérées durablement. Ne pas jeter sur la voie publique.

Papier issu de forêts gérées durablement


Erwin Wurm, Fat House © Johannes Stoll

news

Gonflée Cette grosse maison dans la prairie a été conçue par Erwin Wurm. L'artiste autrichien, responsable de la baraque à frites en forme de marshmallow à Lille, veut dénoncer via ces rondeurs en polystyrène la surconsommation de la classe moyenne. La bicoque obèse est visible à Vienne jusqu'au 10 septembre... sur la pelouse d'un palais du xviiie siècle. Allez comprendre. www.erwinwurm.at

Big Red © Cj Hendry

Peinture minée On connaissait la peinture à l'huile ou à l'eau. Pas encore celle à la mine. Ces images ressemblant à des photographies ont bien été réalisées avec... des crayons de bois ! Baptisée Complimentary Colours, cette série de dessins restitue la brillance et l'épaisseur de la matière. Œuvre de l'Australienne Cj Hendry, elle révèle un art du mimétisme... confondant. www.cjhendry.livesummer


Ego Erectus © Mario Mankey

à pied d'œuvre

Laurent Garnier © Brice Robert

Six Pins and a Half Dozen Needles © Alex Chinneck

Depuis le temps qu'on vous le dit : l'art, c'est le pied ! Ces gros panards traversant le plafond ont été érigés par l'Espagnol Mario Mankey au sein d'une banque abandonnée, à Berlin. Intitulée Ego Erectus, l'installation explore « les contradictions éternelles de l’individu moderne entre ses ambitions et ses limites ». Un petit pas pour l'homme, un grand pas pour l'humilité ? www.mariomankey.com

Glissement de façade

Les Nuits sonores à Bruxelles

Spécialiste des illusions d'optique grandeur nature, le Britannique Alex Chinneck vient d'inaugurer cette installation publique permanente, à Londres. Haute de 12 mètres, constituée de 4  000 briques, elle évoque une feuille de papier arrachée en son milieu, faisant référence au bâtiment sur lequel elle est installée – une ancienne maison d'édition. Oui, elle déchire.

Après s'être exporté à Séoul ou en Colombie, le célèbre festival électro lyonnais prend ses quartiers à Bruxelles. Le plus gros des hostilités se déroule vendredi et samedi où l'on attend The Hacker, Rone ou Laurent Garnier. La veille, un circuit nous dévoile la ville à travers une balade nocturne dans quelques lieux cultes, et en musique évidemment.

alexchinneck.com

s w ne

Bruxelles, 14 > 17.09, Palais 10 / Brussels Expo, Bozar, Cinema Galeries, 26 €, pass 2 nuits : 44 €


Tout un fromage

Non, le Japon ne manque pas d'aires. Surtout de jeux pour enfants, comme en témoignent les clichés de Kito Fujio. Photographiés de nuit et éclairés de l'intérieur, ces gros animaux, insectes et autres robots semblent doués de vie - et un peu effrayants. Baptisée Playground Equipment, cette série nous révèle en tout cas une originalité des plus... débridées. fujio-panda.com Park Playground Equipment © Kito Fujio

facebook Ferme Nuage © Justine Hyzard

Bouffée d'aires

Plutôt vanille ou chocolat ? Et pourquoi pas goûter cette glace bio au maroilles mitonnée par un couple d’éleveurs nordistes de brebis ? Assortie à son petit cône salé aux herbes, cette boule devrait chatouiller vos papilles. On attend avec impatience l’invention du chewinggum au roquefort, histoire de garder l'haleine fraîche. lafermenuage.com

Obras © Camille Kachani

Gueule de bois Camille Kachani nous projette dans un monde où la nature a repris ses droits. Cette artiste libano-brésilienne a en effet imaginé des meubles et objets constitués d'un bois reprenant vie. Ils sont bigrement poétiques mais parfaitement inutilisables, à l'image de cette chaise feuillue sur laquelle on ne peut poser ses fesses. Dommage, vieille branche ! camillekachani.com.br


s e é l u Fo les a t n e m i t n e s rie-Chéri

© Jogging club harnésien

La Ché

Harnes – 03.09, départ et arrivée : Halle des sports, départ : 9 h 30 (inscription en ligne ou sur place. Samedi : 15 h > 18 h // Dimanche : dès 8h), 22 € par couple (garderie gratuite), 12€ pour les couples d'enfants, michel.delcroix.pagespersoorange.fr/la-cherie-cheri.html


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Où croiser des sportifs assidus et farfelus ? Des joggeurs dominicaux et romantiques ? à la ChérieChéri, bien sûr (les moins jeunes fredonneront la chanson de Karen Cheryl… ou d'Alan Vega). Cette course met à l’honneur les couples en tous genres, amoureux ou duos de circonstance. Pour être classé, il faut franchir la ligne d’arrivée main dans la main. La Chérie-Chéri a vu le jour en 2000 à Harnes grâce à Michel Delcroix, président du club de jogging local depuis sa création en 1997 et coureur notoire (44 marathons à son actif, dont ceux de New York, Paris, Rotterdam). Côté dresscode, exit le short classique, place à l’inventivité. La particularité de cette compétition consiste à se parer de ses plus beaux et surtout rigolos atours. « Aucun thème n'est imposé, nous découvrons les déguisements le jour même et le jury récompense les 15 meilleurs. Nous avons par exemple reçu un couple qui s'était marié la veille, et a participé en tenue avec le bouquet ! », se souvient-il. Un événement très… couru ! Dotée d’une belle réputation dans l’Eurorégion, la course attire pas moins de 15 départements. Devant un tel succès, on limite les dossards à 350 couples. Le parcours s'étend sur 7,5 km (soit deux boucles à travers la ville et le bois de Florimond). Cette course n'est pas chronométrée, ne nécessite pas de licence ni de certificat médical et accueille volontiers des groupes. Cerise sur le gâteau, l’épreuve est précédée de la "grande parade des déguisés", histoire d’admirer les tenues des camarades. « On nous rejoint dans un esprit de fête, carnavalesque. C’est aussi l’occasion de courir avec son ou sa partenaire ». Ou comment combiner effort et détente, solitude du coureur de fond et solidarité du bassin minier. Selina Aït Karroum


# 14

Les bouchées doubles Non, le menu nordiste ne se résume pas au maroilles et aux moules-frites. Créé en 2013 pour défendre une nouvelle génération de chefs, le collectif Mange, Lille ! met à bas les clichés collant à la région (merci Dany Boon…). « Il s'agit de mettre en valeur sa diversité culinaire, explique Marie-Laure Fréchet, la présidente. Nous jouissons en effet d'un terroir exceptionnel. C'est un lieu de maraîchage, le premier port de France, on y trouve de très bons élevages… ». La particularité de cette cuisine ? « Elle est plutôt bistronomique, décontractée et intuitive ». C'est la carte de saison de Florent Ladeyn (L'Auberge du Vert Mont), les plats pétillants et inspirés de Steven Ramon (Rouge Barre), pour citer deux noms parmi une trentaine qui ont rejoint le collectif. Depuis 2016, le festival Mange, Lille ! investit ainsi la capitale des Flandres durant une semaine, en septembre, pour décliner cette gastronomie à toutes les sauces. épicentre de cette fête des papilles, la Gare Saint Sauveur se mue samedi en pâtisserie, conviant la crème des artisans locaux. Le lendemain, place au grand marché « avec ses petits stands, sa dégustation de bouchées de chefs, ses producteurs… c'est le Lille – 18 > 24.09, Gare Saint Sauveur et partout en point d'orgue de la manifestaville, dégustation à partir de 3,50 €, mangelille.com tion ». Tu mitonnes ! J.D.

© Sophie Stanikiewicz

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Festival Mange, Lille !


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© Cici Olsson


Le Pilori étoilé sans chichi Niché à Ecaussinnes, Le Pilori séduit toujours les gourmets après 100 ans d'existence loin des bruits de la ville. Au piano et au tirebouchon depuis 1990, tout juste étoilés, Michel Van Cauwelaert et Marc Leveau partagent leur passion pour la bonne chère et les grands vins, en toute simplicité. Ne vous fiez pas au nom de l'établissement, peu engageant il est vrai, mais c'est celui de la rue dans laquelle est située cette table d'exception. Pour l'atteindre, il suffit de suivre les panneaux jaunes et de traverser tout écaussinnes, petite commune rurale de 11 000 âmes de la Province de Hainaut (17 km au nord de La Louvière). Elle est connue pour ses carrières de pierre bleue qui l'ont fait prospérer pendant plus d'un siècle, avant de fermer en 2004, aujourd'hui remplacées par le deuxième zoning pétrochimique du Royaume. Malgré Total et consorts, nous sommes bien à la campagne et

accueillis selon la coutume locale : simplicité et jovialité. De l'art au menu Le Pilori est un établissement centenaire, ayant déjà séduit cinq générations de convives grâce aux bons soins dispensés par quatre cuisiniers et gérants successifs. Ce fut aussi un lieu d'insoumission artistico - culturelle dans les années 1970. Fréquenté par les Louviérois du Daily-Bul (Pol Bury), des membres de Cobra, des surréalistes, des situationnistes… il demeura également un club de jazz réputé, recevant des musiciens internationaux (Dave Brubeck, Wynton Marsalis…). suite


En 1990, ce restaurant (de 45 à 60 couverts) a été repris par Marc Leveau, premier sommelier de Belgique, et Michel Van Cauwelaert, chef récemment étoilé par le Bibendum. Deux quinquas, épicuriens réputés et fêtards assumés, amis depuis le collège Saint-Vincent de Soignies puis l'école Hôtelière de Namur. Si l'effervescence artistique a lentement disparu au début des années 1990, au moment où André Claes et sa femme Josiane passèrent la main après 22 ans de gérance, le Pilori reste un endroit décontracté, atypique dans le cénacle feutré des étoilés. Petit à petit, Marc et Michel ont créé leurs cartes et composé leurs accords mets-vins, séduisant les amateurs d'une gastronomie jamais prétentieuse.

# 18

La passion du poisson Formé par les chefs japonais Oki Haruki et Inada Saburo, Michel maîtrise

la préparation des poissons. « Tout en me remettant en question, ma pratique a relativement peu changé, j'aime livrer une cuisine de produits, simple et goûteuse », déclarait-il après l'obtention de l'étoile au Michelin, début 2016. Ses plats sont équilibrés mais surprenants, avec une forte prédominance de la mer. Le menu à 80 euros que nous avons testé, enchaînait foie gras et gelée de kumquat, tartare de maatjes et barbue avec des haricots verts, espuma d'ail frais, rouget barbet et chou-fleur, puis langoustine, ricotta, accompagnée d'artichauts et de groseilles à maquereau, avant une fabuleuse huître Gillardeau avec semoule… Le tout accompagné de vins d'exception suggérés par Marc. Le Pilori s'impose comme une table accessible (dès 36 euros) que l'on partage entre amis, et sans modération ! François Lecocq


De l'assiette au livre étonnant objet éditorial que ce livre consacré au Pilori. Chroniqueur réputé, René Sépul associe ici trois genres littéraires. Le récit historique, retraçant le siècle de cet établissement fréquenté par les salariés des carrières de pierre bleue, les cercles surréalistes des années 1970, les amateurs de jazz et cinq générations de gourmets. Le recueil de recettes ensuite, qui réinterprète les grands plats ayant fait la réputation du lieu quand Josiane officiait en cuisine de 1967 à 1990 (canard au surard) et valorise les créations de son chef actuel (tel son cabillaud et jus d'osso bucco). Enfin, c'est un viatique nous menant dans les vignes où Marc Leveau, le sommelier, déniche ses raretés. Le tout illustré de documents d'archives et des belles photos culinaires et champêtres de Cici Olsson. à dévorer.

Le Pilori, bonjour, René Sépul (Sh-op éditions), 206 p., 27 €, www.sh-opeditions.com

Le Pilori – 10, rue du Pilori, 7191 Ecaussinnes, +32 (0)674 423 18, www.lepilori.be Ouvert tous les midis en semaine, jeudi et vendredi soir ainsi qu'un week-end par mois. Menus : 80 € / 52 € / 36 €


portfolio

tristan eaton peinture fraîche N

# 20

é en 1978 à Hollywood, Tristan Eaton demeure l’un des plus grands street-artistes américains. Comme beaucoup, il a commencé dans la rue, s’attaquant à tout ce qui lui tombait sous la bombe, des panneaux d’affichage aux poubelles. D’abord à Londres à la fin des années 1980, où il se considérait comme « un punk à skateboard », puis à Détroit. Ses toiles ont depuis rejoint la collection permanente du MoMA à New York et il est exposé dans le monde entier, tout en continuant à gratifier les murs des grandes villes de ses fresques, jugeant l’art comme « un droit pour les classes défavorisées ». Graffitis, peintures, illustrations… Tristan multiplie les pratiques et ses œuvres ressemblent à des collages déchirés. Celles-ci mêlent esthétique vintage et pop art, trait net et composition complexe, noir et blanc et couleurs vives. On y devine aussi son amour pour la bande dessinée. Ce lecteur de la revue anglaise 2000 AD reste marqué par Simon Bisley et ses dessins de Judge Dredd, ou le manga Akira. Aujourd’hui installé à Los Angeles, où il a fondé le studio Thunderdog, Tristan s’illustre également dans le design des jouets. Il en a créé un premier pour Fisher Price à l’âge de 18 ans et façonné pour Kidrobot les célèbres figurines Munny et Dunny. Il a ainsi tapé dans l’œil de clients prestigieux dont Barack Obama, pour qui il a conçu une série d’affiches en 2008, ou encore… Thierry Henry ! Il a en effet imaginé pour le footballeur une fresque ponctuée de cibles sur lesquelles il devait shooter pour la révéler. Une autre manière de faire le mur, comme dirait l’autre… Julien Damien

à visiter : tristaneaton.com


Série Love + Death


The Artist


The Rocker


Crime Fighter (Detroit) Š Photo Matthew Eaton


Attack of the 50 Foot Socialite (Berlin) Š Photo Lou Chamberlin


The Captain


White Collar Power


Liberty (NYC) © Photo Rey Rosa, JR


Bern’s (Tampa, Floride) © Photo Pezz


© Canal+


musique

Interview

Jules-édouard Moustic propos recueillis par Nicolas Pattou

Le gros mix

On connaissait l'humoriste flagorneur, indéboulonnable présentateur du journal de Groland. Un peu moins le mélomane. Quand il ne scrute pas l'info de notre chère Présipauté, Christian Borde, aka Jules-Edouard Moustic, s'éclate derrière les platines. Nouvel artiste associé de L'Aéronef (après son pote Richard Bellia, qui l'a chaudement recommandé – cf LM 124), le dernier vestige de "l'esprit Canal" partage avec nous son amour pour la musique. Visite de sa discothèque en toute décontraction, avant un DJ-set et une série de cartes blanches forcément piquantes. Banzaï ! D'où vous vient cette passion pour la musique ? De l'enfance. Ma mère écoutait un peu de classique et mon père des chansons plus populaires. Et puis j'habitais en banlieue, dans un pavillon en briques rouges. Tous les dimanches, un voisin passait du jazz. On avait une cloison commune. J'ai donc découvert cette musique à l'aveugle, ne sachant pas du tout ce que j'entendais. C'était assez génial, souvent du be-bop.

Quel est le premier disque que vous avez acheté ? Orange Blossom Special par les Spotnicks (1963) – Je suis vieux, hein… C'étaient un peu les concurrents suédois des Shadows, je me démarquais. Comme j'écoutais de la musique avec un cousin qui avait quatre ans de plus que moi, j'avais de l'avance sur mes potes. Puis j'ai enchaîné avec Ray Charles. Et quand Otis Redding est arrivé, je suis tombé à la renverse… suite


D'une façon générale, quels sont vos artistes ou courants favoris ? Je compare souvent la musique à la nourriture. On peut manger du chocolat tous les soirs, mais rien n'empêche de prendre un œuf dur en entrée. Par exemple, je m'intéresse à la musique concrète depuis une dizaine d'années. Pour autant, l'esthétique afro-américaine ne me quitte jamais. Des grands classiques jusqu'à son expression plus moderne. Je dirais même qu'à l'heure actuelle, c'est dans le rap qu'on trouve le plus de choses intéressantes.

# 34

« pour moi, le rock, faut que ça sente la bière, la sueur ! » Achetez-vous encore des disques ? J'arrête pas ! Vinyles, cassettes et CD (rires). Le dernier truc qui m'a interpellé est Molécule, ce type qui a enregistré sur un bateau. Dans le genre, j'adore aussi Chris Watson qui compose avec des trains, sans que ce soit chiant ! Cet album (The Telegraph, 2011) est digne du Pink Floyd de la grande époque.

Y-a-t-il des disques que vous avez usés jusqu'à la corde ? Je cite tout le temps Good Old Boys (1974) de Randy Newman. Je dois avoir cet album en sept exemplaires (vinyle, CD, version remixée, live…). Ce type mériterait d'être anglais tant il est caustique. Les arrangements sont magnifiques et les paroles terribles. D'autres choses qui vous prennent aux tripes ? Je vénère des artistes comme Ray Charles période Atlantic, Aretha Franklin, Tom Waits. Les débuts de Pink Floyd aussi… jusqu'au jour où ma voisine de palier s'est mise à chanter leurs titres (rires). Sans oublier Prince ou Sam Cooke qu'Otis Redding a sacrément pompé finalement. Mais bon, j'ai tellement de disques qu'aucun morceau ne revient plus qu'un autre. Et puis, je suis toujours à l'affût de découvertes. Certains copains restent bloqués dans un genre ou à une époque. Ce n'est pas mon cas.


Quid des décennies 1980 et 1990 ? Ben, à la fin des années 1970, à part l'arrivée du hip-hop et des punks… c'était une période où on dormait. Au début des années 1980, il y avait des chevelus que je détestais, genre Yes, Genesis… Un tas de trucs qui plaisaient aussi aux profs comme Ange. Tous mes potes à queue de cheval écoutaient ça. Pour moi le rock, faut que ça sente la bière, la sueur ! Rien dans le postpunk ou la new wave ? Si, New Order, ou le premier album de The Cure. J'adorais Devo aussi, Elli & Jacno, Talking Heads. J'achète encore les albums de David Byrne. Qu'est-ce qui vous a amené derrière les platines ? Chaque année, il y a un bal en juillet et en août dans mon village (ndlr : Guéthary, au Pays-Basque). J'avais l'impression de vivre dans le film Un jour sans fin : tous les ans on se farcissait « Au bal masqué ohé ohé », « Sous les sunlights des tropiques »… C'était dingue, le type passait chaque fois exactement la

même chose. Plutôt que de l'étrangler, j'ai décidé de m'y mettre. C'est ainsi qu'est né le Bal2Vieux, en 2010. Vous avez donc découvert cela sur le tard ? Pas complètement. J'ai débuté à la radio en 1975, à Andorre puis à RMC. Je savais donc enchaîner. Je joue aussi ponctuellement dans le restaurant d'un pote, des sons différents, plus downtempo. Et puis je passais de la musique concrète dans le cinéma d'un petit village à Urrugne, des soirées intitulées "Cinéma sans image". Enfin, plus modestement, tout jeune déjà je concoctais des K7 pour des copines et des copains. J'y mettais un peu de moi, comme un cadeau. Alors, qu'est-ce qui fait danser Moustic ? Quand je passe mes titres je suis à donf, je danse en mixant. Récemment, j'ai réécouté une dizaine de fois Crispy Bacon de Laurent Garnier. C'est vachement bien foutu. suite


On sent le truc monter et d'un seul coup "bam" ! Impossible de rester assis. Il y un tas de sons dingues dans l'électro. C'est le registre dans lequel je puise pour foutre le feu. J'affectionne aussi des papys comme Kraftwerk.

Aucune reprise d'une chanson écrite pour Groland, du type Michel Sardouille ? Non, on n'a pas forcément ces sons sous la main. Je m'octroie toute liberté dans un mix, sans y injecter directement du Groland. Je suis pas au boulot, quoi (rires).

Moustic DJ Set (+ Sandra NKaké) Lille, L'Aéronef, 27.09, 20 h, 18 > 5 € Carte blanche à J.-Edouard Moustic Lille, L'Aéronef, 07.10, aeronef.fr Vernissage de l'exposition Tokyo par Marc Allen Upson : 19 h, gratuit // Projection du film L'élan, d'étienne Labroue, 20 h 30, gratuit // Concert des Producteurs de Porcs, 22 h, 12 > 5 €

# 36

Y a-t-il des disques que vous gardez systématiquement à portée de mains ? Bien sûr, j'ai ma petite réserve. Cela dit, ce sont aussi les gens qui guident le mix. Quand ils sont chauds j'enchaîne les trucs brésiliens, arabes, africains… avec notamment un artiste génial comme Bombino. Certains titres retournent aussi la piste de manière inattendue. Lorsque je passe Bella Ciao au Bal2Vieux, les gens deviennent dingues ! Pareil avec le Cri du Kangourou d'Odeurs :

j'ai des copains qui me le demandent à chaque fois. On reprend la chorégraphie : mains repliées sur la poitrine, coudes serrés le long du corps en sautillant (rires).

© Patxi Laskarai


Non, la discographie de Susanne Sundfør n'est pas exempte de tout reproche : la Norvégienne se vautrait dans l'emphase grandiloquente avec The Brothel (2010). N'empêche, la jeune femme a depuis joliment relevé la barre, signant quelques albums ambitieux aux influences multiples (Kate Bush, Depeche Mode, les BO de gialli…). Présenté ainsi, cela semble un peu brouillon. On parlera plutôt de richesse. Des influences donc, et des arrangements, cordes, cuivres, claviers soutenant un timbre puissant mais aussi et surtout poignant - et c'est bien là le plus important ! T.A. Bruxelles, 15.09, Botanique, 19 h 30, 18 > 12 €, www.botanique.be

sparks

© DR

# 38

Les Sparks sont-ils glam ? Synth-pop ? Cabaret décadent ? Pop définitive ? Tout cela à la fois. En fait, ils constituent un genre en soi. Les deux frangins californiens dessinent depuis bientôt 50 ans (!) un mélange des genres précités avec une classe, une décontraction et un humour hautement décalé. Ces mélodistes horspair ont travaillé avec Telex, Rita Mitsouko, Franz Ferdinand, Moroder ou encore Ariel Wizman. Une véritable institution. T.A. Bruxelles, 16.09, Ancienne Belgique, 20 h, 32 / 31 €, www.abconcerts.be

© Raphaël Chatelain

musique

Susanne Sundfør


Il ne s'agit pas de la formation la plus célèbre de l'écurie Captured Tracks (Minks, DIIV, Mac DeMarco…). Mais les pop songs délicates de ces NewYorkais, cousines de celles de Wild Nothing ou Real Estate, n'ont pas besoin de battage. Après un léger hiatus de quatre ans (le temps pour le leader Dustin Payseur de monter sa propre structure, Bayonet Records), de nouvelles chansons sont nées, gracieusement arrangées de clavecins, de flûtes et de cordes. Sur les planches, les Américains ne sont pas des plus expansifs. Concentrés sur leurs instruments, appliqués à leur rendre justice – et à faire chavirer nos âmes. Joli programme. T.A. Bruxelles, 18.09, Botanique, 19 h 30, 18 > 12 €, www.botanique.be Roubaix, 19.09, La Cave aux Poètes, 19 h, 14 > 10 €, www.caveauxpoetes.com

© Derick Daily # 40

dj shadow En 1996 paraissait Endtroducing, premier album entièrement composé à partir de samples. Pierre angulaire du hip-hop, de l'electro, du trip-hop, ce disque devint une référence – l'an dernier encore, des pointures telles que Clams Casino ou Hudson Mohawke livraient leurs relectures de ces tracks historiques. Loin de vivre sur sa légende, DJ Shadow a depuis signé quelques albums très recommandables et publié une petite merveille avec Nas, Systematic. Un nouveau départ ! T.A. Anvers, 25.09, De Roma, 20 h, 23 > 21 €, www.deroma.be

© Kohei Kawashima

Beach Fossils


# 42

20 ans


0s

Le Grand Mix Révise ses classiques

Django Django © Christophe Bardey

Le Grand Mix a 20 ans. Identifiée "pop-rock-folk", la salle tourquennoise s’est taillé une belle réputation de tête chercheuse, dans la métropole lilloise comme en France. Françoise Dupas, ancienne directrice, et Boris Colin, son successeur, nous racontent l'histoire d’un lieu devenu incontournable, et qui attend un beau cadeau d'anniversaire… Au premier abord, l'endroit ne paye pas de mine : une grande porte verte encastrée dans un mur de briques donnant sur une rue quelconque de Tourcoing… Mais l'essentiel est à l'intérieur. Car cet ancien foyer catholique abrite un temple de la musique du Diable – entre autres. Le Grand Mix est né en septembre 1997, d'une volonté politique locale d'offrir une salle de concerts digne de ce nom à une ville mal pourvue (pour l’anecdote, c'est Arno qui essuya les plâtres). Comme toutes les belles histoires, celleci est faite de hauts et de bas. Françoise Dupas en sait quelque chose : quand elle fut nommée directrice, en mai 2001, l'association gérant les lieux (La Passerelle) était en redressement judiciaire. suite


On ne la cite pas pour rien. La Nantaise est de ceux qui redressèrent la barre. « C'est surtout elle qui a donné au Grand Mix une véritable identité », assure Vincent Nocrékul, le directeur de la communication. à la marge « Il fallait se positionner face à une offre musicale déjà très riche. On a donc choisi un créneau inoccupé : le rock indé, progressif, ces genres à la marge et novateurs, sans courir après les têtes d'affiche raconte Françoise, aujourd'hui au Petit Faucheux, à Tours. On était fan de petits labels, par exemple les Canadiens de Constellation, avec des groupes comme A Silver Mt Zion ». Proche de la Belgique, le Grand Mix constitue une halte intéressante entre l’Angleterre et Paris. « On a donc commencé à attraper des groupes internationaux peu visibles en France ». Bien aidé en cela par Patrice "Bud" Budzinski « qui avait le nez pour saisir des opportunités ». La ligne artistique n’a pas changé, s’ouvrant au fil des ans au rap, aux musiques électroniques. On jette quelques noms au débotté : The XX, Tame Impala, Bon Iver, Broadcast, The Lemon Twigs… Une affiche assurant la renommée du lieu au-delà de la métropole. « Mais c'est plus facile de redresser un endroit qui va mal que d'en maintenir un qui va bien » souligne Françoise. Ça, c'est le boulot de Boris Colin, qui a pris la relève en 2008. Avec succès.

« On est passé de 450 abonnés à près de 1 400 aujourd'hui », pour une affluence estimée à 30 000 spectateurs par saison et une capacité de 650 places. Soit « la plus grande des petites salles, ou la plus petite des grandes ». Une jauge qui permet de programmer des pointures comme des inconnus. Cette année, on attend Black Lips, Roméo Elvis et les plus discrets Dillon Cooper ou Aldous Harding. Le temps de grandir 20 ans, c'est le bel âge, mais aussi le « On est passé de 450 temps de grandir. abonnés à près Pour son anniverde 1 400 saire, le Grand Mix aujourd'hui » va d’ailleurs recevoir un beau cadeau : le bâtiment Herrebeaux, qui le jouxte. Cet ancien magasin de 1 400 m2 et quatre niveaux va être réaménagé en un espace supplémentaire pouvant accueillir 300 personnes – façon club – et un nouveau studio. « On va franchir un cap, s'enthousiasme Boris. Il s’agit de s'ouvrir sur la ville en concevant un lieu de vie ouvert à toute heure, avec un bar à midi ». Le projet devrait voir le jour en septembre 2019. En attendant, le Grand Mix fermera de décembre à octobre 2018. On se rassure : sa programmation est accueillie par le Théâtre l'Ideal à Tourcoing, la Condition publique et l'Hospice d'Havré, à Roubaix. Plus on est de fous, plus on mixe (grand) ! Julien Damien suite


Le Grand Mix Tourcoing – 5 Place Notre Dame, carte abonnement 4 x 4 : 12 > 1 € (pour les Tourquennois, les étudiants et demandeurs d'emploi), www.legrandmix.com Programme : Trinix (28.09) // Girma Bèyènè & Akalé Wubé (07.10) // Lomepal (13.10) // La Tournée des iNOUïs : Last Train + Clément Bazin + Eddy de Pretto + Lysistrata (14.10) // Roméo Elvis & Le Motel, Caballero & JeanJass (18.10) // J. Bernardt (19.10) // Loyle Carner (24.10) // Zombie Zombie, Blanck Mass (25.10) // Dillon Cooper (26.10) // Fink (11.11) // Aldous Harding (14.11) // Black Lips (16.11)…

# 45

« On va franchir un cap. Il s’agit de s'ouvrir sur la ville en concevant un lieu de vie ouvert à toute heure »

Vincent Nocrékul et Boris Colin © Julien Damien


Diet Cig © Andrew Piccone

Weval © Nick Helderman

L'Impératricec© Pe Testard

Azekel © Rosaline Shahnavaz

The KVB © George Katsanakis BRNS © Arthur Wouters

I. Delusion © Pe Testard Ulrika Spacek © Anya Broido Traams © DR

Grand Mix

20 ans, ça se fête, non ? Pour l'occasion, le Grand Mix ouvre ses espaces extérieurs (investis par des food-trucks, des bars…). « On ne l'avait plus fait depuis les soirées RADAR, ça rappellera des souvenirs aux habitués », se réjouit Julien Guillaume, le programmateur. Côté son, on reste fidèle à la ligne de la salle tourquennoise : de la découverte, des groupes pointus et un large spectre de styles. Vendredi c'est electro (mais lundi, ça reste ravioli). La folktronica d’Isaac Delusion ouvre le bal, suivie de la space disco sexy de L'Impératrice. En fin de soirée, les Néerlandais de Weval mettent tout le monde d'accord en creusant un sillon plus profond et granuleux. Le lendemain, c'est guitare à toutes les sauces :

rock (BRNS), psyché (Ulrika Spacek) ou punk (Diet Cig). Dimanche, place au "Mini Mix" et son ambiance « familiale ». Outre le ciné-concert de GaBlé et ses samples d’instruments bricolés accompagnant de vieux cartoons, les enfants revivent la Grande Boucle avec "Un tour à biclou", soit un manège à pédales tournant à la force du mollet – parce que la fête, c'est leur rayon. J.D.

# 46

20 ans ! ! 20

Tourcoing, 22 > 24.09, Le Grand Mix, pass 2 jours (ven & sam) : 36 / 28 € (abonnés), www.legrandmix.com Programme : Isaac Delusion, L'Impératrice, Weval, Azekel, 22.09, 20 h, 20 > 5 € (-18 ans) // BRNS, Traams, The KVB, Ulrika Spacek, Diet Cig, 23.09, 18 h, 20 > 5 € (-18 ans) // Mini Mix (journée jeune public : ciné-concerts GaBLé, Comicolor, NUMéROBé, Loup Blaster + Fresque collaborative avec 4letters + Ateliers (Wundertüte, Felix, Chicken, Zero Waste…) + SupaGroovalistic + Un Tour à biclou + Foodtrucks…, 24.09, 11 h, 2 € / gratuit (-3 ans)


Les temps modernes

# 48

En 30 ans, les deux membres de Coldcut sont passés du statut de bricoleurs géniaux à celui de têtes chercheuses des musiques populaires. Sachant s'entourer, à l'affût de nouveaux talents, les boss du label Ninja Tune n'ont rien perdu de leur savoir-faire. Et soufflent 30 bougies le temps d'une soirée d'anthologie. Voilà ce qui arrive quand on laisse deux garnements faire "mumuse" avec samplers, boîtes à rythmes, claviers et autres platines ! Dès le premier album, le ton était donné : What's That Noise? (1989), ou l'interrogation d'une maman face au boucan surgissant d'une chambre d'enfant. C'est qu'à l'étage, les deux mômes avaient invité du beau monde : Lisa Stansfield, Mark E. Smith ou encore Yazz étaient de la (rave) partie. Ce disque est devenu un classique acid-house. Il ne laissait pas augurer les (nombreuses) directions qu'emprunteraient Jonathan More et Matt Black. La paire a conservé cette approche ludique de la composition (Let Us Play!, 1997) et vu les choses en grand. Précurseurs musicaux, et visuels, aussi : on se souvient du retentissement du clip de Timber, réalisé par Hexstatic. Mais Coldcut, c'est aussi et avant tout Ninja Tune. Aux côtés de Warp, ce label a représenté l'un des fers de lance de la révolution électronique à l’œuvre durant les nineties, défendant des artistes tels Amon Tobin, The Herbaliser, Mr. Scruff, Kid Koala… et créant des sous-labels (Big Dada) abritant Roots Manuva, Kate Tempest ou Run The Jewels. Ces rencontres et amitiés ont irrigué la musique du duo – en témoigne Outside The Echo Chamber, dernier essai très, Bruxelles, 27.09, Ancienne Belgique, 20 h, 19 / 18 €, www.abconcerts.be très dub de Coldcut. Thibaut Allemand

© Hayley Louisa Brown

musique

Coldcut : 30th anniversary


L'homme de l'ombre

# 50

Une légende vivante. Et un illustre inconnu. Ce songwriter (auteurcompositeur-interprète) a signé quelques-uns des plus grands tubes de la variété américaine du demi-siècle passé. Pourtant, on les connaît souvent chantés par d'autres. Ce concert est l'occasion de rattraper le temps perdu. Possédez-vous des albums de Neil Diamond ? Pas sûr. En revanche, il est quasiment certain que vous connaissez quelques standards composés par cet Américain né à New York voici 76 ans : Red Red Wine (chanté par Tony Tribe, puis UB40), I'm a Believer (The Monkees), Song Sung Blue (Frank Sinatra ou Sacha Distel) sans parler de Girl, You'll Be a Woman Soon, qu'Urge Overkill collera dans toutes les oreilles avec Pulp Fiction… Intronisé au Songwriters Hall of Fame, l'ex-employé du Brill Building (cette usine à tubes qui fit les belles heures de la variété américaine durant les 50's et les 60's), Neil Diamond aurait pu se la couler douce à Las Vegas. Ce qu'il fit, à partir des années 1980, assurant des shows dans les grands hôtels. Comme Elvis. Qui a chanté du Neil Diamond, lui aussi. L'histoire aurait pu s'arrêter là si Rick Rubin, l'homme des American Recordings de Johnny Cash, n'était intervenu. 12 Songs (2005) est ainsi un chef-d’œuvre. Suivront quelques disques qui méritent franchement le détour (en dépit de pochettes atroces). Bref, applaudir Neil Diamond, ce n'est pas simplement aller voir un vieux monsieur ou un monument historique. C'est tutoyer un gigantesque pan de l'Amérique et relire quelques glorieux Anvers, 28.09, Sportpaleis, 18 h 30, chapitres du Great American Songbook. 100 > 50 €, www.sportpaleis.be Rien que ça. Thibaut Allemand

© DR

Neil Diamond


Angel © Romu Ducros

musique

We Will

You

# 52

La BO de l'automne s'écoute aux 4 Ecluses. Il y est question de guitares, d'amours contrariées et de routes salvatrices. Dans une ambiance intimiste (une salle de 150 places réaménagée avec des fauteuils, coussins et lumière en clair-obscur) se succèdent de discrets mais précieux folkeux. La jolie Molly Burch ouvre ces deux jours de festivités avec ses ballades douces et teintées de country – évidemment, elle est Texane. Plus tard dans la soirée, l'Anglais Will Samson nous fend le cœur avec ses compositions électro-contemplatives. Mais la folk n'est pas qu'affaire de spleen. En témoigne Laish, le groupe de Danny Green. Les chansons lumineuses de cet Anglais, qui a baroudé avec Beach House ou Grizzly Bear, soulèvent un élan de paix. Enfin, la Lilloise Ohayo renvoie tout le monde à ses fondamentaux en convoquant les fantômes de Cohen Dunkerque, 29 & 30.09, Les 4 Ecluses, 20 h 30, 9 / 6 €, ou d'Elliott Smith – parmi pass 2 soirées : 14 / 8 €, 4ecluses.com d'autres folks à lier. J.D. Programme : Molly Burch, Will Samson, Gipsy Rufina (29.09) // Laish, Angel, Ohayo (30.09)


Shaw business

DBFC © Chris Almeida

musique

DBFC + YAN WAGNER

# 54

Le précieux label Her Majesty's Ship fait escale à Lille. L'occasion d'effectuer un tour sur le pont pour apercevoir une partie de l'équipage. Les deux capitaines sont là, accompagnés par un jeune mousse qui n'est pas né de la dernière pluie… Revue des troupes. Micro-structure aux goûts aussi larges que sûrs, Her Majesty's Ship fut lancé voici cinq ans par David Shaw. Ex-Black Strobe, jadis connu sous les alias Siskid et David Shaw & The Beat, ce Pariso-Mancunien a touché à la techno “pure” comme à la pop électronique, avant de se réinventer au sein du quatuor DBFC. Ce dernier signe Jenks (2017), un grand disque postbeaucoup de choses. On y entend, pêle-mêle, acid house, garage, disco, krautrock… S'il est la figure de proue de HMS, il n'en est pas vraiment le boss. La patronne, c'est Charlotte Decroix, qui assure un DJ-set ce soir. C'est donc à elle, aussi, que l'on doit les signatures grand luxe de la turne : La Mverte, Paprika Kinski… et Yan Wagner, donc. Le Franco-Américain partage pas mal de choses avec Shaw : un timbre à la Dave Gahan (Depeche Mode). Un amour de la pop électronique. Une faculté à multiplier les projets annexes. Un art de prendre son temps, aussi. Ainsi, Yan Wagner a-t-il laissé filer cinq ans entre Forty Eight Hours, premier album inusable, et son deuxième essai (voir chronique page 61). Enfin tous deux pratiquent, sur les planches, la politique de la terre brûlée. Bref, outre une bonne occasion de bouger les hanches, ce double-plateau incarne également la preuve que "label indépendant" siDBFC + YAN WAGNER + CHARLOTTE DECROIX DJ-SET gnifie encore quelque chose. Lille, 29.09, L'Aéronef, 20 h, 15 > 5 €, www.aeronef.fr Thibaut Allemand

DBFC : bruxelles, 26.11, Botanique, 19 h 30, 19 > 13 €


© JB Mondino

musique

thomas fersen Voilà un quart de siècle que ce grand dadais traîne sa voix éraillée dans nos bacs "chanson française". En marge de l'industrie musicale, les fables de cet héritier de La Fontaine et de Brassens furent aussi boudées par les médias… Avouons-le, son sens de la poésie hors du temps nous manquait. Après s'être acoquiné avec The Ginger Accident, le voici à la ferme. Désormais sans label, il convoque un bestiaire fantaisiste dans Un coup de queue de vache. Porté sur scène avec un quatuor à cordes, ce 10e album tient autant du concert que du one-man-show. Une pièce de musée. J.D. Lens, 25.09, La Scène du Louvre-Lens, 20 h 30, 14 > 10 €, www.louvrelens.fr

© Gullick

Ed Harcourt Ed Harcourt relève de ces songwriters doués, mais progressant dans une relative indifférence. Pourtant, il est souvent allé en studio, Harcourt, et a publié neuf disques très dignes. Ce concert pourrait être l'occasion de réparer une injustice en (re)découvrant la pop du natif de Brighton. Richement arrangée, toujours inventive et entonnée par un chanteur habité, elle se situe du côté des envolées de Rufus Wainwright – non, pas un petit compliment. T.A. zwevegem, 29.09, Église St-Denis, 20 h, 21 > 15 €


musique

Airs marins

© DR

Poulpaphone

# 58

évitons les calembours marins – ils tombent souvent à l'eau. Le Poulpaphone n'a pas besoin de ça. En 13 ans, ce festival boulonnais s'est imposé comme une belle vitrine des musiques actuelles. Pointu sans être pompeux, il offre un joli spectacle en cette rentrée, idéal pour se remettre à flot (mince !). Au menu : un line-up « éclectique, qui s'étend du metal au rap, en mêlant têtes d'affiche et découvertes », revendique Lisa Torres, la programmatrice. Comme beaucoup de festivals ? Peut-être. Mais dans un territoire qui attend toujours sa salle de concerts (elle devrait pousser bientôt), ce choix fait honneur à cette « mission de service public culturel ». Dans cet ancien hangar industriel, on navigue entre deux scènes et une quinzaine de noms. Tel Disiz la Peste, qui ne pète plus les plombs mais branche son flow sur courant alternatif. On attend aussi de voir ce qu'envoie Mat Bastard, « l'âme de Skip The Use », en solo après le split du groupe nordiste. En revanche, on n'a aucun doute sur la performance des 2ManyDjs, ni sur le pouvoir hypnotique d'Acid Arab et ses sets mariant sons orientaux et électroniques. Côté découverte, on a hâte d'écouter les Anglais de Heymoonshaker, soit la rencontre entre le blues et le beatbox (du beatblues, donc). Et puis Norma, à qui Lisa Torres prévoit un destin comparable à celui d’une autre Toulousaine : Jain. En attendant, on savoure ses ballades Boulogne-sur-Mer, 29 & 30.09, Site de Garromanche, ven & sam : 20 h, 1 jour : 16 €, pass deux jours : 24 €, grunge chantées « avec un www.poulpaphone.com flow hip-hop »… Oui, on aime programme : Acid Arab, Crisix, Disiz la Peste, Alltta, prendre le large à Boulogne. Inna de Yard, Heymoonshaker, Her, Science Against Spheric Julien Damien

Silence (29.09) // 2ManyDjs, Mat Bastard, Poni Hoax, Norma, Juniore, Roméo Elvis et Caballero, Fhin (30.09)


disques COMPILATION Manchester North Of England (Cherry Red) Vous souvenez-vous de Manchester Music City, l’excellent bouquin de John Robb retraçant près d’un demi-siècle de musique mancunienne ? En voici la BO, en quelque sorte. L’insigne label Cherry Red se penche sur la cité anglaise à travers 7 disques et 146 titres – seulement ? En délimitant ce parcours dans le temps (1977-1993) et l’espace (le comté du Greater Manchester), les concepteurs livrent une compilation qui relève du promontoire exceptionnel : quel panorama ! Bien sûr, ils sont tous là, Buzzcocks, Stone Roses, The Fall, Happy Mondays, Oasis, 808 State, New Order… Morrissey s’est pointé seul, sans The Smiths. L’entreprise tient aussi et surtout de la paléontologie, exhumant des dizaines de formations injustement oubliées. Et ce, dans tous les styles : post-punk abrasif, acid-house extasiée, tendre ballade pop, funk bâtard, expérimentations laborantines… Et quelle joie de retrouver l’inusable I’m in love with the girl on the Manchester Virgin Megastore checkout desk des Freshies ! Loin de s’adresser uniquement aux fétichistes fondus de Factory Records, ce florilège rappelle à quel point la cité minière fut un creuset pour la pop – au sens large et moderne du terme. Thibaut Allemand

Grizzly Bear Painted Ruins (RCA Records / Sony) La pop subtile aux chœurs enchantés de Grizzly Bear fait des merveilles depuis 2004, adoubée par l’exigeant label Warp. Shields, en 2012, consacrait les NewYorkais comme le chaînon manquant entre un Radiohead à la trajectoire byzantine et les hymnes de plus en plus stadiers d’Arcade Fire. Painted Ruins, cinquième jalon, voit les esthètes de Brooklyn quitter Warp pour une major, sans pour autant abdiquer les délicats entrelacs des voix de Daniel Rossen et Edward Droste. L’électricité circule toujours aussi bien dans le liquide amniotique de Grizzly Bear qui, sous des arrangements parfois alambiqués, maîtrise plus que jamais l’orfèvrerie mélodique. Le « Radiohead rustique » comme le moquait Télérama, n’aura eu aucun mal à retrouver le chemin de la ville. Mathieu Dauchy


YAN WAGNER

ARIEL PINK

This Never Happened

Dedicated to Bobby Jameson

(Her Majesty’s Ship / PIAS)

(Mexican Summer / A+LSO…) Ariel Pink avait signé en 2014 avec Pom Pom un chef-d’œuvre de son temps. Articulé autour de la vie et de la fausse mort du musicien Bobby Jameson (on laisse Wikipedia faire son travail), ce Dedicated To… montre qu’on peut, anachroniquement, faire suivre un Sgt Pepper par un Help!. Soit une collection de courtes chansons pop. Si les disques de Pink ont toujours été hantés (par le souffle des bandes magnétiques, par des effets d’outre-monde), c’est tout ce que la deuxième moitié du xxe siècle a produit de pop qui hulule ici. Citations explicites (Video Killed the Radio Stars sur Time to Live) ou échos en formes de chœurs (Feels Like Heaven), guitares surf et carillons solaires électrisent ce bouquet barré. Rémi Boiteux

Auteur d’un premier essai qui conjuguait nostalgie techno pop et mélodies inspirées (Forty Eight Hours, 2012), Yan Wagner s’est magnifiquement éparpillé – du projet The Populists à la production de l’album de Calypso Valois. À propos de producteur : après avoir travaillé sous la houlette d’Arnaud Rebotini, le trentenaire charismatique a fait appel à Jean-Louis Piérot (Daho, Bashung, Aline…). Si le timbre évoque toujours autant Dave Gahan (Depeche Mode), l’inspiration s’est élargie, pour donner lieu à une pop électronique maligne, aux arrangements riches (cordes, flûtes, etc.), qui aligne futurs classiques (No Love), élégie électronique (A River of Blood) et se permet de reprendre Sinatra. Magistral ! Thibaut Allemand

MERIDIAN BROTHERS

¿Dónde Estás Maria? (SoundWay / Bertus / Boogie Drugstore) En quelques albums secoués, Eblis Alvarez et son projet Meridian Brothers ont soulevé une constellation de fans. Même ceux qui n’en font pas (encore) partie se délecteront de ce ¿Dónde Estás Maria? de facture plus classique – traditionnelle même – que les précédents opus. Exit les bidouillages synthétiques flippants ou hilarants, bienvenue à une exploration de différents styles latino-américains. En tendant l’oreille, on percevra quand même la folie du bonhomme. Pas si éloignée dans son érudition désinvolte de celle d’un Ariel Pink… Les rythmes élaborés, efficaces, offrent à ces 10 chansons un bel éclat baroque. Et puis, sur tout le disque, court un violoncelle qui nous transporte sur les crêtes de la Cordillère des Andes. Magique. Rémi Boiteux


livres DELPHINE COULIN Une Fille dans la jungle (Grasset) Dans la "jungle" de Calais, la rumeur bruisse depuis plusieurs jours : les autorités vont démanteler le camp, les 6 000 habitants du bidonville vont être évacués. Aux jeunes Hawa, Ali, Ibrahim, Elira, Milad et Jawad, la France promet un nouveau départ, dans une ville dont ils peinent à retenir le nom. Mais comment croire un pays qui vous a abandonné pendant si longtemps au froid, à la boue et aux rats ? Malgré la faim et l’épuisement, ces compagnons de misère décident de rester, s’agrippant à l’espoir de passer la frontière. De cette jungle déshumanisée, chacun garde en tête quelques images de JT, avalées depuis un canapé confortable. Delphine Coulin y plonge son lecteur brutalement, retraçant le périple (fictif, mais terriblement à-propos) de ces enfants qui ont fui un père incestueux en Albanie, un mariage forcé en éthiopie, un quotidien brimé par les talibans… Jonglant agilement entre l’avant, le pendant et l’après Calais, l’auteure déroule d’une plume âpre les épreuves réservées à ces anti-héros scrutant l’Angleterre. Qui parviendra à son but, qui échouera ? à la façon d’un thriller, la tension va crescendo jusqu’au final, d’une élégante poésie. 240 p., 18 €. Marine Durand

LAURENT COLONNIER Gustave Caillebotte (Glénat) Si Les Raboteurs de parquet sont connus de tous, Gustave Caillebotte (1848-1894) demeure méconnu. Laurent Colonnier rend justice à ce talent décisif qui a préféré défendre ses camarades impressionnistes (Sisley, Degas, Cézanne, Renoir, Monet, Pissarro) et rester dans l’ombre – un comble, pour ce peintre de la lumière ! En dépit d’un trait parfois étrange (ces mâchoires proéminentes…) Colonnier émaille joliment ses pages de clins d’œil aux œuvres des uns et des autres, rend hommage à Caillebotte et, surtout, ressuscite l’effervescence parisienne. Ces artistes apparaissent tels qu’ils étaient : non pas de "grands noms" (pas encore) mais des hommes, bien vivants, désireux de révolutionner la peinture et d’en finir avec l’académisme. 56 p., 14,50 €. Thibaut Allemand


PETER HOOK

Collectif Degeyter

Substance : New Order vu de l’intérieur

Sociologie de Lille (La Découverte) Après Paris, Marseille ou Nantes, les éditions La Découverte s’attaquent à la sociologie de Lille, grande ville française la plus ségrégative du pays (hors région parisienne), d’après les neuf chercheurs signant cet ouvrage. Ceux-ci étudient, entre autres, l’urbanisme de la capitale des Flandres depuis le xixe siècle, observent l’état de la population (scolarité, emploi, vie quotidienne, habitat…) et se demandent si elle est vraiment un bastion socialiste. Enfin, les auteurs demeurent critiques sur l’aspect spectaculaire de la politique culturelle lilloise (de 2004 à nos jours). Très étayé, cet ouvrage on ne peut plus sérieux pourra prêter à débat – et ce, au plus haut niveau, on n’en doute pas. Mission accomplie, donc ! 128 p., 10 €. Thibaut Allemand

(Le Mot et le Reste) Suite des mémoires de Peter Hook. On connaissait le bassiste génial, on découvrait le chroniqueur sardonique des années new wave. Le premier volume de son autobiographie, consacrée à Joy Division, nous a valu plus d’un fou-rire. Le deuxième, qui contait par le menu les déboires de l’Haçienda, dévoilait un envers du décor bien plus taré que ce que l’on aurait pu imaginer. Ce troisième volume s’attaque au gros morceau : New Order. La verve est toujours là, les piques envers Bernard Sumner également. Hooky a le chic pour mêler considérations musicales passionnantes et anecdotes ahurissantes. Indispensable, en attendant le recueil de souvenirs de tous ses DJ-sets, hum, légendaires ? 768 p., 33 €. T. Allemand

Jean-Pierre Minaudier Poésie du gérondif (Le Tripode) Poésie du gérondif voudrait nous faire croire que la linguistique peut être aussi captivante que la littérature romanesque. Et, ô surprise, il y parvient ! Minaudier nous entraîne dans un voyage autour du globe en plus de 800 langues. Chacune d’elles, nous dit-il, contient un monde, une manière de l’appréhender. Les Estoniens ne distinguent pas le futur du présent. Les Cèmuhîs de Nouvelle-Calédonie usent du pronom personnel "elles" pour désigner des groupes mixtes. Quant à l’idiome haïda de la Colombie-Britannique, il renferme tant d’inventivité et de rythmiques qu’il ferait passer le lettrisme pour un vulgaire fac-similé. L’humour et la fantaisie se substituent ici aux méthodes fastidieuses de nos manuels didactiques. Vive la grammaire ! 156 p., 14,70 €. Thomas Lansoud-Soukate


livres

Klara Beck Ours polaire Au zoo Stuttgart, 2007


Interview

Marie Desplechin

Pour une poignée de degrés Chaud devant !

propos recueillis par Julien Damien

C'est un livre nécessaire. Une contribution à ce défi qui nous concerne tous : sauver notre planète du réchauffement climatique. Oh, sans doute survivra-t-elle (elle a vécu pire). Pour l'humanité, c'est moins sûr… Les données scientifiques s'accumulent, les prévisions se précisent. Heureusement, les initiatives se multiplient. Les éditions Light Motiv y participent en photographie – tel ce cliché d'ours polaire échoué sur le béton et écrasé par la chaleur, pris par Klara Beck. Cette maison lilloise créée en 2007 par Eric Le Brun prend aussi le pari de raconter cette épreuve à travers un principe original. Aux œuvres de dix photographes répondent celles d'anonymes, comme un dialogue poétique entre artistes et citoyens. Ce fut d'abord une exposition participative, présentée à Lille, Dunkerque ou Nantes. C'est aujourd'hui un livre, et toujours un site où chacun est invité à publier ses propres images, comme autant d'instantanés d'une vie en sursis. Au centre de cet ouvrage, il y a un beau texte de l'auteure roubaisienne Marie Desplechin. écrit à la veille de la COP 21, celui-ci s'adresse « aux enfants ». Si nous ne limitons pas le réchauffement planétaire à + 2°C d'ici 2100, ce sont eux qui subiront la catastrophe que nous ne voulons pas regarder… suite


Marie Desplechin © Eric Le brun

Comment avez-vous écrit ce texte ? Je me suis beaucoup documentée et il reprend, dans sa structure, le livre de Naomi Klein, Tout peut changer. Le début du récit est effrayant et la fin encourageante. Enfin, dans la mesure du possible…

# 66

Vous écrivez que « si dans 10 ans les hommes n'ont pas réussi à stopper l'augmentation de la température, c'est fichu… » Il suffit de s'intéresser aux informations, elles ne sont pas secrètes. Et pourtant, on court tous ensemble vers la falaise pour mieux sauter. Serions-nous dans le déni ? Oui, et je me demande pourquoi les gens ne bougent pas plus, comme si on ne voulait pas voir la catastrophe. L'Arctique fond, l'eau des océans monte… le changement est

visible partout, même en Europe. Ce qui est annoncé dans 30 ans est effrayant, telle cette sixième extinction de masse des animaux vertébrés qui est en cours, après celle des dinosaures il y a 65 millions d'années ! Aujourd'hui, on n'est pas dans les clous pour ralentir ce réchauffement climatique, et vu la politique américaine en la matière… Tout ça pour gagner de l'argent. Pourtant, vous délivrez aussi des raisons d'être optimistes… Oui, il y a des gens qui bougent, par exemple à Grande-Synthe qui fait partie des "villes en transition", pour reprendre le terme de l'Anglais Rob Hopkins. Il explique que le monde change et qu'il faut vivre autrement, à tous points de vue (travail, alimentation…). Il y a là-bas des solutions à toutes les échelles (on trouve des moutons en eco-pâturage, des vélos en libre-service…)

« je me demande pourquoi les gens ne bougent pas plus, comme si on ne voulait pas voir la catastrophe » Vous vous adressez ici aux lecteurs « de 7 à 17 ans ». Pourquoi ? Les adultes ne sont-ils plus dans le coup ? Bien sûr qu'ils le sont encore. Mais ce qu'on écrit pour un enfant est


compréhensible par un adulte. Leur problème, c'est qu'ils sont empêtrés dans le quotidien et guidés par des impératifs immédiats, comme l'emploi. Par exemple : le Triangle de Gonesse. Le groupe Immochan va supprimer les dernières terres arables proches de Paris pour en faire un grand parc d'attractions. L'argument c'est : "on va créer du boulot". C'est absurde ! On sacrifie demain à tout de suite au lieu de chercher des solutions de transition. Mais les sirènes des groupes capitalistes fonctionnent, et les élus suivent…

Ne croyez-vous plus en notre classe politique ? Je la trouve peu mobilisée. On a d'ailleurs vu le gouvernement Macron s’écraser au sujet des perturbateurs endocriniens, devant l'Europe… Alors, quid du Triangle de Gonesse, du site d'enfouissement des déchets nucléaires à Bure, de Notre-Dame-des-Landes ? suite Lek Kiatsirikajorn Pine Hurst Golf and Country Club Flowing Through The Wreckage of Despair Rangsit, Thaïlande, 2011


Nyani Quarmyne A Beach in my Living Room We Were Once Three Miles From the Sea, Totope, Ghana, 2010

# 68

Qu'en est-il alors de l'écologie politique ? Il est clair qu’EELV est fini. Mais un certain nombre de militants va se réorganiser autrement. Aujourd'hui, on n'est plus obligés d’accepter les systèmes d'appareils traditionnels, on peut fonctionner en réseau, il faut juste y croire. Comment agir à titre personnel ? On peut choisir un fournisseur d'électricité non nucléaire, militer pour avoir des composteurs dans son quartier, manger moins de viande… ça ne rend pas la vie plus pénible. On peut aussi s'engager dans une campagne législative, écrire des pétitions, sortir dans la rue ou des choses toutes simples comme crier !

« Apprenez à désobéir », écrivezvous… Oui, et croyez-moi, ça vaut pour tout dans la vie ! Vous êtes l'une des romancières préférées des enfants et ados. Pourquoi écrivez-vous pour eux ? Parce que je suis attachée à ma propre enfance. Je sais écrire pour les adultes, mais n'en ai pas envie. Et puis il est enthousiasmant de se dire qu'on a peut-être écrit le premier livre qu'un homme ou une femme lira dans sa vie. à lire / Pour une poignée de degrés (éd. Light Motiv), 112 p., 28 €, www.lightmotiv.com à visiter / degres.photos


© Gaumont / M. Amalric © ARP Sélection

L’icône réinventée Barbara

étrange, audacieux, nostalgique et désordonné… Loin du biopic engoncé dans une narration chronologique, ce septième film de Mathieu Amalric tord les ressorts du genre pour mieux questionner le mythe Barbara, incarné par une Jeanne Balibar possédée.


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Cloclo, Dalida, Gainsbourg (vie héroïque)… L'histoire de la variété française ne cesse d’être revisitée sur grand écran. Pour un résultat souvent mauvais, il faut bien le dire… Mathieu Amalric ne recherche pas l'imitation à tout prix, qui n'aurait rendu hommage ni au talent de Barbara ni à celui de Jeanne Balibar. Exit aussi la poussive succession d'événements biographiques, le cinéaste privilégie une narration éclatée, pour mieux explorer l’imaginaire de la diva. Le film raconte ainsi… le tournage d'un film. On suit par fragment l’actrice Brigitte (Jeanne Balibar) qui, pour mieux se préparer à incarner l’icône, travaille son rôle, de la voix à la gestuelle jusqu’aux habits de scène. Quitte à se perdre elle-même, et nous avec, dans une longue mais fabuleuse mise en abyme, où Amalric lui-même apparaît en tant que cinéaste entre deux images d’archives. Résurrection Où est le vrai ? Le faux ? Qui chante ? Jeanne ou Barbara ? On ne sait jamais et, le comble, c’est qu’on ne cherche plus à le savoir. On se laisse bercer par ce voyage musical et onirique, où les époques se confondent grâce à un habile jeu

sur la texture des images. Petit à petit, Brigitte et Jeanne s'effacent. Il ne reste que Barbara. Tour à tour superstar, accro aux médocs, Don Juan au féminin, cette incarnation jouit d’un troublant magnétisme animal. Non pas celui d’un aigle noir, mais d’une panthère au rugissement sensuellement rauque. Mélissa Chevreuil De Mathieu Amalric, avec Jeanne Balibar, Mathieu Amalric, Vincent Peirani… Sortie le 06.09


Les dépossédés

# 72

Des vers mutants, un homme et une femme en crise, un élevage de porcs, un compositeur de musique concrète… il fallait l'imagination de Shane Carruth pour articuler tout cela sans verser dans le nanar. Mieux, avec Upstream Color, il signe un film vibrant sur l'identité humaine. Curieux personnage que ce Shane Carruth. Mathématicien de formation, il développe un logiciel de simulation de vol avant de se lancer dans le cinéma. En 2004, il réalise Primer, un long-métrage de SF dont il est aussi scénariste, producteur, compositeur et… acteur principal. Ce film est devenu d'autant plus facilement "culte" qu'il a connu une sortie en salle très discrète. Il faudra à Carruth presque une décennie pour concrétiser le projet suivant – ce sera Upstream Color, qu'il fabrique encore une fois de A à Z. Présentée en 2013 à Sundance, cette œuvre apparaît en France grâce à ED Distribution. Difficile de résumer l'histoire. Pour faire simple : un homme injecte un ver dans le corps de ses victimes, et parvient à les contrôler… Plus tard, Kris et Jeff se croisent, se reconnaissent. Ils ont tous deux été intoxiqués, et tentent de comprendre ce qui leur arrive… Mais ce qui importe ici est la manière dont les chairs entrent en contact – ou, plutôt, en vibration. Ce n'est pas pour rien que Carruth compose lui-même la musique. Tout est affaire de rythmes, de rimes, d'échos. Syncopé, le montage exacerbe les liens unissant l'humain à l'animal et au végétal, saisissant les méDe Shane Carruth, avec Amy Seimetz, Shane Carruth, Andrew Sensenig… En salle tamorphoses les plus intimes du vivant. Raphaël Nieuwjaer

© ED distribution

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Upstream color


Copie pas conforme

# 74

C’est le film qui a divisé la Croisette, pour le meilleur mais surtout pour le pire. Avec Le Redoutable, Michel Hazanavicius dresse un portrait pataud de Jean-Luc Godard, peinant à convaincre par son manque d’empathie. Reste la prestation de Louis Garrel qui met tout le monde d’accord. Paris, 1967. Jean-Luc Godard tourne La Chinoise avec Anne Wiazemsky, sa nouvelle lubie de vingt ans sa cadette. L'œuvre du couple est très attendue. Mais le film est incompris… Godard remet alors tout en question : que vaut son cinéma à l’orée de la révolte politique de mai 68 ? Michel Hazanavicius peint ici le portrait d’un créateur en crise, largué devant l'Histoire en marche. De manière douteuse, il associe le père de la Nouvelle Vague à l'idée de vieille France. Son seul mode opératoire, maladroit s’il en est, consiste à accuser JLG de tous les maux d’une société empêtrée dans ses "valeurs". Il est ainsi représentatif, bien malgré lui, d’une époque résolument machiste. Pour autant, tout n’est pas à jeter dans ce biopic. Comme avec OSS 117 et The Artist, portés par un Jean Dujardin au sommet de son art, Le Redoutable peut compter sur sa tête d’affiche. En l’occurrence, un Louis Garrel zozotant et cabotin, embrassant postiche et pastiche. Confondant de ressemblance avec le cinéaste, le brun ténébreux ne verse jamais dans le vulgaire mimétisme. Grand bien lui fasse : il signe ici sa meilleure partition, et sauve in extremis le film De Michel Hazanavicius, avec Louis Garrel, Stacy Martin, Bérénice Bejo… Sortie le 13.09 du naufrage. Mélissa Chevreuil

© Les Compagnons du Cinéma / Philippe Aubry

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Le Redoutable


# 76

Langues vivantes à l'heure où nous écrivons ces lignes, l'organisation du Festival international francophone du film de Namur n'a pas finalisé le menu de cette 32e édition. Pour cause : « nous voyons plus de 1 500 films pour en présenter 140 » souligne Hervé Le Phuez, coordinateur de la programmation. Celleci met à l'honneur courts et longs-métrages dans la langue de Molière donc, mais pas seulement. « On s'appuie sur la liste des pays appartenant à l'organisation internationale de la francophonie ». Soit 84 états « souhaitant valoriser leur langue et culture, sans être submergés par la vague anglophone ». On compte parmi eux la France, la Belgique, le Québec, les pays de l'Afrique subsaharienne ou du Maghreb, mais aussi le Cambodge, la Roumanie… Soit « une belle diversité de formes et de sujets » faisant la part belle aux jeunes talents. C'est ainsi Léonor Serraille qui ouvre le festival. Caméra d'or à Cannes, Jeune femme dépeint le portrait drôle et touchant d'une trentenaire au bord de la crise de nerf. Citons aussi Laissez bronzer les cadavres de Hélène Cattet et Bruno Forzani, adaptation survoltée du polar de Jean-Patrick Manchette et Jean-Pierre Bastid, ou En attendant les hirondelles de Karim Moussaoui, radiographie sans concession de l'Algérie Namur, 29.09 > 06.10, Place d'Armes, cinéma Caméo, Théâtre Royal, Palais des contemporaine. Côté documentaire, Congrès, Cinéma Acinapolis (à Jambes), pass hebdomadaire : 35 / 30 €, pass quotiThierry Frémaux rend vie aux frères dien : 8 €, séances "parents non admis" : 5 €, Lumière et nous renvoie aux origines séances 15 - 20 : les jeunes de 15 à 20 ans accèdent gratuitement à toutes les séances e du 7 art. Julien Damien de 15 h à 20 h, www.fiff.be

Laissez bronzer les cadavres © Shellac

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FIFF


L'Aube © Fondation Folon


exposition

Située à une vingtaine de minutes de Bruxelles, à la lisière de la forêt de Soignes, on trouve la fondation créée par Jean-Michel Folon (1934-2005). Dans cette ferme d'un château vieux de 175 ans est abritée 40 ans de création d'un artiste mondialement reconnu. Ce cadre verdoyant et son accessibilité toute relative nimbent de secret et de magie une œuvre empreinte de poésie. Visite guidée.

Fondation Folon

La science des rêves es innombrables oiseaux, ses bonshommes bleus volants ou assis face à la mer ont fait le tour du monde. Jean-Michel Folon fut à la fois peintre, dessinateur, sculpteur, affichiste… « Il a aussi réalisé des tapisseries, des décors pour le théâtre, l'opéra… mais c'était avant tout un poète, glisse Stéphanie Angelroth, directrice de la Fondation Folon. Il a créé son propre vocabulaire, tel ce célèbre personnage en manteau et au chapeau, auquel chacun peut s'identifier ». épurée, certes, son œuvre est bien plus riche qu'on le pensa longtemps. C'est ce que l'on découvre ici. suite

L'Homme au parapluie © Julien Damien

S


Cette institution est née de la volonté de l'artiste « qui craignait que son travail disparaisse ». Elle fut inaugurée en octobre 2000 et se situe dans la ferme du château de La Hulpe, au sein du Domaine Solvay. Ce parc de 227 hectares offre son lot de sentiers boisés et de belles perspectives. D'ailleurs, le natif d'Uccle y jouait souvent lorsqu'il était enfant, en cachette, alors que l’armée allemande occupait les lieux… Aujourd'hui, ce sont près de 500 pièces qui y sont exposées, parmi un fonds de quelque 4 500.

« Folon n'est attaché à aucun courant, cette liberté transpirait dans son travail »

# 80

Cabinet de curiosités Pour y pénétrer, le visiteur doit d’abord ouvrir la page d’un énorme livre faisant office de porte. « Comme si on plongeait dans une histoire ». Constitué d’une quinzaine de salles, le parcours a été dessiné par l’artiste lui-même. Il invite à une déambulation onirique au sein de thématiques et techniques variées. Ici des encres colorées, là des sérigraphies, des timbres, sculptures, objets détournés… On admire aussi ses illustrations, qui firent le bonheur de The New Yorker ou du Time Magazine, les affiches de films de Woody Allen (La Rose pourpre du Caire, September)… Boudé dans son pays, c'est

en effet aux états-Unis qu'il perça, dans les années 1960, avant de connaître une renommée internationale. En cours de route, on s’arrête dans une installation gigantesque. à l’intérieur de cette pièce couverte de miroirs, des yeux indiquent que nous sommes dans une tête : celle de l'homme bleu – dans ses rêves ? Sur un écran est diffusée une vidéo: c'est le générique signalant la fin des programmes d'Antenne 2, au mitan des années 1970, et ses fameux personnages aux longs bras flottant dans les cieux. suite


L'Espace © Fondation Folon

© Fondation Folon


Regard critique

« Les tons sont doux mais le message est parfois très fort »

# 82

Folon posait aussi un regard critique sur le monde. Le trait est simple, mais percutant. Ainsi, sa série sur la ville, représentée comme une jungle où s’égarent les hommes, traduit ses préoccupations face à la modernité galopante. Pas besoin de longs discours, non plus, pour comprendre La Mort d'un arbre, aquarelle figurant un tronc coupé à sa base et ses racines profondément enfouies dans la terre… « Les choses sont faites pour s'envoler, vivre leur propre vie », aimait-il dire. Il se trompait. Son œuvre reste ancrée dans notre quotidien. Julien Damien

Antonio Seguí © Jean-Claude-Planchet

Le Bruxellois reste inclassable, même s'il est difficile de ne pas penser à Magritte devant cette statue en bronze tenant un parapluie… en eau ! « Oui, il y a sans doute un terreau surréaliste chez lui, mais il n'est attaché à aucun courant, cette liberté transpirait dans son travail ». Celui-ci est traversé par une mélancolie aux teintes pastel, empli d'humour, d’inventivité et de motifs schématiques. Enfantins ? « Les tons sont doux, certes, mais le message est parfois très fort ».

Peyo, avant Antonio Seguí En sus de sa collection permanente, la Fondation Folon accueille des expositions temporaires, en lien avec la production de l’artiste. Après Peyo, autre immense créateur belge (et finalement assez méconnu, voir LM 130), c'est l'Argentin Antonio Seguí qui est mis à l'honneur. Entre pop'art et figuration narrative, celui-ci s'est rendu célèbre par ses personnages à chapeaux (tiens tiens) traversant de grandes villes. Collages, peintures ou sculptures… Cet accrochage révèle une œuvre colorée, ironique et critique. Peyo, A Restrospective – jusqu’au 03.09 Antonio Seguí – 14.10 > 04.02.18

Fondation Folon La Hulpe - Ferme du Château de La Hulpe, Drève de la Ramée 6A, mar > ven : 9 h > 17 h, sam & dim  : 10 h > 18 h, 9 > 5 € / gratuit (-6 ans), fondationfolon.be


© Brecht Evens

exposition

cases à part

la nouvelle bd flamande

# 84

Franquin, Hergé, Peyo… Question BD, les Wallons ont longtemps tenu la corde, avant que Metal Hurlant ou (à Suivre) chahutent nos petites cases, dans les seventies. Mais depuis le début du millénaire, une nouvelle vague est apparue, cette fois côté flamand. Le CBBD nous la révèle à travers une vaste exposition collective.

« On constate depuis une quinzaine d'années un vrai renouveau de la BD flamande, qui était auparavant plus familiale, telle Bob et Bobette », explique Tine Anthoni, co-commissaire de cet accrochage. Celui-ci consacre 18 jeunes talents, pour autant de sections. Ils n'ont pas grand-chose en commun, si ce n'est d'avoir émergé dans les années 2000, et conquis le monde. Comment ? Grâce à la naissance en 1998 de la première formation d'auteurs en néerlandais (Sint-Lukas). Et surtout la création d'une commission BD au sein du fonds flamand des lettres, en 2002. « Il a accordé des bourses, soutenu la promotion et traduction à l'étranger,

Dickie de Pieter De Poortere © Glénat

suite


David, les femmes et la mort de Judith Vanistendael Š Le Lombard


en français, italien, chinois… ». Ça aide, forcément.

# 86

Peinture flamande Mais par quoi se caractérise cette nouvelle BD flamande ? « D'abord par un humour sans tabou ». Citons la série Dickie de Pieter De Poortere, passé notamment par Fluide Glacial. Qu'il s'aventure dans l'espace ou à Hollywood, le personnage à tête de Playmobil du Gantois manie l'absurde à la perfection… sans texte ! « Une autre particularité de cette génération est d'affronter des sujets graves, à travers le roman graphique, représenté par exemple par Judith Vanistendael ». La Bruxelloise fut remarquée lors du dernier festival

d'Angoulême avec La Jeune fille et le Nègre, mettant en scène les amours contrariées entre une femme blanche et un réfugié politique togolais, ou encore David, les femmes et la mort, qui abordait… le cancer. Enfin, il y a ceux qui se démarquent par un graphisme époustouflant. « Oui, il est parfois difficile de parler de planches, certains exécutent de véritables tableaux ». Citons Simon Spruyt, capable de raconter une histoire avec une seule couleur (le bleu dans Junker. Blues de Prusse). Et, bien sûr, Brecht Evens. Entre figuration et cubisme, sans case ni bulle, à la gouache ou l'aquarelle, ce Gantois s'inscrit plus dans les pas des grands maîtres que ceux des bédéastes (d'ailleurs, il cite Matisse ou Picasso plutôt que Hergé). Car, c'est bien connu, les Flamands… osent. Julien Damien Bruxelles, 19.09 > 03.06.18, Centre belge de la bande dessinée, tous les jours : 10 h > 18 h, 10 > 3,50 €, www.cbbd.be


Brussels Design September

La forme le fond

Michael Anastassiades © Ben Murphy

Durant près d'un mois, une centaine d'événements (culturels ou commerciaux, dans les galeries, ateliers, musées…) nous éclaire sur les nouvelles tendances belges et internationales du "10e art". Pour la première fois, cette 12e édition de Brussels Design September s'invite aussi dans l'espace public. Zoom sur quatre temps forts. Julien Damien

Mei Lee En matière de bijoux, le savoir-faire bruxellois n'est plus à démontrer. Ce parcours "Arts & Crafts" offre un joli panorama de la joaillerie contemporaine. 20 ateliers nous ouvrent ainsi leurs portes. Parmi eux Mei Lee et ses créations inspirées par la nature et à l'aspect étonnamment minéral. Marquée par un voyage en Himalaya, la Taïwanaise combine technique traditionnelle et laque orientale. Pour l'occasion, elle convie 13 autres artistes travaillant sur le même thème.

© Mei Lee Studio

Bruxelles, 09 > 24.09, Mei Lee Studio, www.meileestudio.com

Bruxelles, 07> 30.09, divers lieux, horaires et tarifs, programme complet : www.designseptember.be


exposition Émaux © Ettore Sottsass

MA MC13 © Michael Anastassiades

Michael Anastassiades

Ettore Sottsass : émaux 1958

L'Atelier Jespers accueille 13 pièces de la série Mobile Chandelier de Michael Anastassiades. Ce créateur d'origine chypriote produit des objets à mi-chemin entre le design industriel, la sculpture et les arts décoratifs – notamment exposés dans les collections permanentes du MoMA de New-York. Voici son premier accrochage uniquement composé de luminaires. Dans cet espace de 400 m2 bâti à la fin des années 1920, on découvre des œuvres filiformes semblant flotter au-dessus de nos têtes, et dont l'utilité le dispute à la poésie.

Part belle est faite aux créateurs internationaux, avec des focus sur la Pologne, le Brésil, la République Tchèque ou l'Italie, représentée ici par l'un de ses plus brillants acteurs : Ettore Sottsass. Celui qui fut surnommé "le pape du design", et père de la célèbre machine à écrire "Valentine" pour Olivetti, s'attaqua en 1958 à la technique de l'émail sur poterie et porcelaine, préfigurant ses recherches sur la couleur, les formes géométriques, les matériaux… Cette exposition révèle un pan méconnu de son travail à travers 60 pièces originales et esquisses.

Bruxelles, 07.09 > 02.10, Atelier Jespers, jeu, ven & sam : 11 h > 17 h, dim : 11 h > 18 h, 11.09 > 02.10 : sur RDV, gratuit, atelierjespers.com

Bruxelles, 14.09 > 30.10, Istituto Italiano di Cultura, lun > ven : 9 h 30 > 13 h, 14 h > 17 h, gratuit, www.iicbruxelles.esteri.it

Brussels Design Market Créé il y a 15 ans, ce marché est uniquement consacré au design vintage du xxe siècle, et reste l'un des événements du genre les plus courus en Europe – 100 exposants, plus de 7 000 visiteurs. L'endroit idéal pour dénicher des meubles, céramiques ou accessoires d'exception (signés Eames ou Knoll). à ce rendez-vous se greffe cette année un nouveau parcours urbain. Mené par la blogueuse life style Jennifer Ghislain (13zor), il nous emmène à la découverte des magasins vintage de Bruxelles. Parce que le rétro, c'est jamais trop ! Bruxelles, 23 & 24.09, Tour et Taxis, sam : 12 h > 18 h, dim : 9 h > 17 h, 10 €, pass 2 jours : 25 €, www.designmarket.be // Blog de Jennifer Ghislain : www.13zor.be


# 90

Mont(r)e le son ! Pour sa 15e édition, City Sonic quitte Mons pour Charleroi – l'association Transcultures, qui porte la « manifestason », s'est installée au Vecteur. Pour autant, le principe reste le même : un festival de créations sonores faisant vibrer toute la ville à travers concerts, installations, performances… « Aujourd'hui, on entend tout sans rien écouter… Il s’agit donc de susciter la perception active du public, d'appréhender les sons comme on regarderait un tableau » selon Philippe Franck, le directeur. Ce parcours « sonsoriel » nous accompagne de la gare jusqu'au musée des Beaux-Arts, en passant par le centre-ville… Une soixantaine d'artistes ont imaginé des œuvres en lien avec cet environnement post-industriel pour les disposer dans des lieux inattendus. Le "maximaliste" Charlemagne Palestine, pionnier de la musique expérimentale, investit ainsi la Basilique Saint-Christophe pour un concert d'orgues et de voix (forcément) déraisonnable. Non content d'installer dans le musée un arbre et un wok amplifiés (« pour faire cuire des sons »), Alain Wergifosse pose quant à lui des micros et des haut-parleurs dans le passage de la Bourse, donnant un écho surprenant à nos allées et venues. à bon ent… pardon, Charleroi, 07 > 17.09, parcours en ville, 12 h > 18 h, gratuit, citysonic.be écouteur. Julien Damien bruxelles, 19 > 30.09 // La Louvière, 10.09

X Bells X-1 © Raymond Delepierre

City Sonic


Shanzài, 2017 © Thomas Garnier / Le Fresnoy

exposition

Panorama 19

C'est une institution au Fresnoy. Une vitrine annuelle de la création qui a révélé de grands noms (Hicham Berrada, Laurent Grasso…). Entre films, photographies ou performances, cette édition promet encore son lot de découvertes, et 52 œuvres d'artistes atypiques. Tel Thomas Garnier, dont l'installation vidéo (Shanzài) s'intéresse aux contrefaçons de monuments (tour Eiffel, Arc de Triomphe…) poussant chez de riches excentriques. Vous avez dit original ? J.D.

Le Fils de l’homme, 1964 © C.H.Adagp Paris, 2017

Tourcoing, 23.09 > 31.12, Le Fresnoy, mer, jeu, dim : 14 h > 19 h, ven & sam : 14 h > 20 h, 4 / 3 € / gratuit (-18 ans), www.lefresnoy.net

Magritte. Atomium meets Surrealism Il y a 50 ans, Magritte cassait sa pipe (mais en était-ce bien une ?). Forcément, les expositions consacrées au surréaliste pullulent. On l'a vu philosopher à Pompidou, à la plage de Knokke cet été, et on le retrouvera avec Broodthaers dès octobre aux MRBAB*. Le voici à l'Atomium, autre monument belge s'il en est. Ce parcours a ceci de particulier qu'il nous immerge littéralement dans son œuvre. Ses toiles (Le Fils de l'homme, Le Double secret…) sont présentées en taille réelle « comme un élément de décor, en 3D », rendant la visite aussi pédagogique que ludique – on peut s'asseoir sur des pommes vertes, flirter avec les nuages… Chapeau ! J.D.

# 92

Bruxelles, 21.09 > 10.09.2018, Atomium, tous les jours : 10 h > 18 h, 12 > 6 € / gratuit (-6 ans), atomium.be * Magritte, Broodthaers & l’art contemporain : Bruxelles, 13.10 > 18.02.18, Musées royaux des Beaux-Arts de Belgique, www.fine-arts-museum.be


exposition

Musiques ! échos de l’Antiquité

Voyage au bout de l’ouïe Attention, événement ! Le Louvre-Lens s’intéresse à la musique dans l’Antiquité. Instruments antédiluviens, papyrus, vases, sculptures… Près de 400 pièces esquissent le paysage sonore de quatre civilisations majeures : L’égypte, l’Orient, la Grèce et Rome. Parés pour un voyage de cinq millénaires en arrière ?

Harpe angulaire Égypte, 10e-8e siècles avant J.-C. Bois de pin maritime pour le manche, de figuier sycomore pour la caisse et de cèdre pour le cordier, peau, fibres végétales, cordes modernes Paris, musée du Louvre © Musée du Louvre, dist. RMN-GP/Hervé Lewandowski

Le point de départ fut la découverte, entre 2002 et 2005, de vestiges de harpes à Louxor. « Je les ai comparés à d’autres, conservés dans des musées, dont le Louvre, raconte l’égyptologue Sibylle Emerit. C’est ainsi qu’est née cette exposition ». Le projet s’est alors élargi à l’Orient, la Grèce et Rome, lui donnant une ampleur inédite. Thématique, le parcours se divise en 16 sections, dévoilant des objets pour certains jamais vus. « Des sceaux-cylindres mésopotamiens, des papyrus de notation musicale et des instruments très bien conservés ». Telle cette harpe angulaire égyptienne remontant aux xe ou viiie siècles avant J.C.

# 94

Sons inédits Autant de pièces hétéroclites témoignant de « l’omniprésence » de la musique dans les sociétés anciennes. On l’utilisait par exemple


Lens, 13.09 > 15.01.18, Louvre, tous les jours sauf mardi : 10 h > 18 h, 10 / 5 € / gratuit (-18 ans), www.louvrelens.fr

© Georges Rousse

© Patricia Cunha

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Stèle : le chanteur Djedkhonsouiouefânkh jouant de la harpe devant Rê-Horakhty Égypte, Thèbes ?, 945-715 avant J.-C. ? Bois peint Paris, musée du Louvre © Musée du Louvre, Dist. RMN-Grand Palais / Christian Decamps

Service presse/Musée du Louvre-Lensiècle

dans les rites de naissance et de mort ou « pour attirer l’attention des dieux », comme le montre cette stèle représentant le chanteur Djedkhonsouiouefânkh (une star en son temps) jouant devant Rê-Horakhty (945-715 avant J.C). Les « sons du pouvoir » révèlent eux la place des mélodies dans les cours royales, « où les musiciens étaient de véritables fonctionnaires ». Avant que les Grecs et les Romains n’organisent « des concours musicaux, avec la création des théâtres et odéons ». On peut enfin… entendre ce que percevaient nos ancêtres ! L’Ircam a en effet réalisé « des copies virtuelles de cornua, les trompettes romaines de Pompei, délivrant un son assez brut ». On reste bouche bée, et tout ouïe. Julien Damien

Festival "Muse et Piano" : 29.09 > 01.10, un récital : 14 > 10 €, pass : 35 € conférences, 5 / 3 € / gratuit (-18 ans)

à voir aussi à lens De passage à Lens, allez donc flâner dans le centre-ville. Au départ du Louvre, la Yellow Brick Road invite à une balade colorée sur le thème du Magicien d'Oz. Puis direction la rue de la Paix où se matérialise l'Umbrella Sky, installation constituée de milliers de parapluies, tandis que Georges Rousse investit l'ancienne Banque de France avec ces fameuses anamorphoses. Umbrella Sky : jusqu'à mi-octobre // Yellow Brick Road : jusqu'à mi-octobre // Détournement de fonds : jusqu'au 30.12, tourisme-lenslievin.fr, lensvillehote.fr


exposition

Hubert de Givenchy

© Givenchy / Photo Luc Castel

Givenchy revendique un style chic et décontracté. Une ligne sobre relevée par le détail qui tue. à la faveur de cette rétrospective, on découvre les fameux "separates", soit des pièces faciles à porter et à mélanger sans complexe, mais aussi les tenues de soirée confectionnées pour de prestigieuses clientes. Point d’orgue du parcours, cet ensemble en satin ayant appartenu à Jackie Kennedy ou le fourreau au dos décolleté que portait Audrey Hepburn dans Diamants sur canapé. Calais, jusqu’au 31.12, Cité de la dentelle et de la mode, tous les jours sauf mardi : 10 h > 18 h, 4 / 3 € / gratuit (-5 ans), www.cite-dentelle.fr

Nendo Guère évocateur pour le grand public, Nendo renvoie les amateurs de design à une certaine idée de l’excellence. Formé en 2002 autour d’Oki Sato, le collectif japonais a conceptualisé cette rétrospective inédite. 198 accessoires, éléments de mobiliers ou projets collaboratifs révèlent un style d’une rigueur extrême, une économie de moyens, où la silhouette de l’objet sort toujours du cadre… Divisé en 12 catégories ("limites", "superposition", "métamorphose"…) ce parcours renverse notre regard sur l’a priori banal. Hornu, jusqu’au 01.10, CID, mar > dim : 10 h > 18 h, 8 / 5 / 2 € / grat. (-6 ans), cid-grand-hornu.be

Pierre Alechinsky. Les palimpsestes Alechinsky a toujours échappé aux diktats de la création. Au carrefour de l’image et du mot, il déploie une œuvre exubérante. En voici une facette inédite : ses palimpsestes. Depuis plus de 60 ans, le Bruxellois recueille toutes sortes de vieux papiers : billets de banque, courriers manuscrits, cartes de géographie… Des documents charriant leur propre histoire sur lesquels il peint, dessine, dénichant de la beauté dans l’invisible. La Louvière, jusqu’au 05.11, Centre de la gravure et de l’image imprimée, mar > dim : 10 h > 18 h, 7 > 3 € / gratuit (-12 ans), www.centredelagravure.be

Sur les pas de Victor Hugo

# 96

Prêts pour une balade sur les pas de Victor Hugo ? Il y a 180 ans, l’auteur des Misérables entreprit un périple à Mons. En témoigne cette lettre qu’il écrivit à sa femme Adèle, agrémentée d’un petit croquis du beffroi. Pour l’occasion, celui-ci accueille les installations sonores et interactives de François Cys et Eric Van Osselaer, inspirées par les textes du poète. Grâce à une carte illustrée, nous arpentons aussi les lieux qu’il a visités, entre histoire et poésie. Mons, jusqu’au 12.11, Parcours en ville, Artothèque : jeu > dim, 10 h > 16 h, Beffroi : mar > dim, 10 h > 18 h, 10 / 7 € (ticket combiné pour les deux lieux), www.polemuseal.mons.be


exposition

documentation Céline Duval : amas de sables et de perles

Carolyn Carlson. Writings on Water

Passionnée par la signification des images, Céline Duval archive par thème, depuis 1998, un fonds photographique. Celui-ci comprend des œuvres personnelles, clichés amateurs, visuels de magazines… Sa série Vu! recense ainsi des cartes postales immortalisant des regards fugaces au milieu de la foule. Ils semblent observer le spectateur. Comme autant de secrets dénichés dans la mémoire collective.

On connaissait sa « poésie dansée », un peu moins son œuvre graphique. De ses premiers dessins jusqu’aux encres plus abstraites conçues au Japon, l’ancienne directrice du CCN de Roubaix révèle une facette méconnue de son travail. Celui-ci s’inspire notamment de l’enso ("cercle"), cette recherche du geste parfait qui l’a toujours guidée. Ses motifs évoquent ainsi la nature, les éléments et autant de mouvements de danse, évidemment.

Morlanwelz, Jusqu’au 10.09, Musée royal de Mariemont, mar > dim : 10 h > 18 h, 5 > 2 € / gratuit (-12 ans), www.musee-mariemont.be

Roubaix, jusqu’au 24.09, La Piscine, mar > jeu : 11 h > 18 h, ven : 11 h > 20 h, we : 13 h > 18 h, 5,50 > 4 € / gratuit (-18 ans), roubaix-lapiscine.com

Tu sais ce qu’elle te dit… ma concierge ?! L’anadiplose est une figure de style consistant à reprendre le dernier mot d’une phrase au début de celle qui suit. Cette exposition adapte ce principe avec des toiles, en prenant pour point d’appui le Portrait de ma concierge, de Jean Fautrier. Débute alors un dialogue fascinant entre les époques et les œuvres, dont celles de Picasso, Rembrandt ou Eugène Leroy. Il s’agit-là de s’interroger sur l’interaction des couleurs, la composition, le décor… à travers l’histoire de l’art. Tourcoing, jusqu’au 18.09, MUba, tous les jours sauf mar : 13 h > 18 h, 5 / 3 €, muba-tourcoing.fr

Scottie Wilson, Sans titre, vers 1940. Courtesy Galerie 1900/2000 © DR

André Breton et l’art magique L’Art magique, c’est le livre avec lequel André Breton posait les fondements du surréalisme. Présentée à l’occasion des 40 ans du Centre Pompidou, cette exposition réunit objets et documents d’archives du LaM ainsi que des pièces acquises par le musée parisien. Posé en regard d’artistes appréciés de l’écrivain (Aloïse Corbaz, Max Ernst ou Joan Miró) l’ensemble révèle une pensée foisonnante, en explorant ses obsessions : l’automatisme et le spiritisme, le désir et l’amour fou… Villeneuve d’Ascq, jusqu’au 15.10, LaM, mar > dim : 10 h > 18 h, 7 / 5 € / gratuit (-12 ans), musee-lam.fr


Les Toiles dans la Ville

Rare Birds Š Slimane Brahimi

Tour de piste


théâtre & danse

En plein air, dans des yourtes, en salle, sous chapiteau… Durant quatre mois, funambules, acrobates et autres clowns prennent leurs aises dans la métropole lilloise. Créé en 2011 par Le Prato, ce festival biennal propose quelque 38 spectacles et dévoile les mille visages d'un art populaire mais ne cessant de se réinventer. On le sait, le cirque d'aujourd'hui n'a plus grand-chose à voir avec l'art inventé par Philip Astley en 1768. Essoufflé, critiqué pour son exploitation des animaux sauvages, il a connu sa révolution dans les années 1990, jusqu'à s'inviter à Avignon. « Le CNAC l'a alors requalifié de "nouveau cirque" et légitimé en le mêlant à d'autres champs, comme la danse contemporaine, explique Patricia Kapusta, la secrétaire générale du Prato. Désormais, il se met en scène tout seul, absorbe le théâtre, la vidéo, la musique… Les artistes écrivent leur propre langage ». Clown triste Citons Jean-Baptiste André qui se suspend, glisse ou chute sur une étrange sculpture-banquise installée sous le métro de la Cité Scientifique (Floe). Ou encore Mathieu Despoisse et Arnaud Saury, deux acrobates discutant de tout et n'importe-quoi (de la provenance des bananes à l'identité sexuelle) en réalisant moult acrobaties sur un vélo (Dad is Dead). Eh oui, les circassiens ne s'interdisent aucune forme ni sujet. D'ailleurs, les clowns ne font plus seulement rire, ils nous brisent aussi le cœur. Telle Véronique Tuaillon, nez rouge vissé sur le nez et échasses aux pieds, se confiant à son frigo après la mort de son enfant (More Aura). Bref, autant d’artistes dérangeants ou dérangés, posant leur regard sur un monde qui ne l’est pas moins… Julien Damien Métropole lilloise & Tournai, 21.09 > 17.12, divers lieux, 17 € > grat., leprato.fr Sélection : Hip-Hop Evolution : Outoungou… (21.09) // Véronique Tuaillon : More Aura… (29.09) // Mathieu - Ma Fille Foundation : Dad is Dead, Baro d'Evel Cirk : Les Escapades… (30.09) // Cie L'Ouvrier du Drame : Restes d'opérettes (07.10) // Les Nouveaux Nés : Corpus Mentalus (10.10) // Cirque du Bout du Monde : Le Petit voleur de mots (13.10) // Ludor Citrik et Pollu : Ouïe (16 > 18.10) // Cie Proteo - Tom Lacoste : Suite pour une porte et un soupir (21.10) // Cie de L'oiseau Mouche Le Prato : Clément ou le courage de Peter Pan (26 & 27.10) // Galapiat Cirque - Moïse Bernier : Parasites (14.11) // Cie Rhizome - Chloé Moglia : Rhizikon (22.11) // Cie du Tire-laine & Gilles Defacque : Le Bal des mésanges (09.12) // Cie Defracto : Flaque (14.12) // Bachar Mar Khalifé : Piano sur le fil (sous réserve, 17.12)…

suite


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© Frédéric Jean

© Maxime Huyghe

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1 Le Dedans des choses

2 Bestias

Adapté du livre de Patrick Autréaux, ce spectacle nous plonge dans une douloureuse histoire de famille. Celle d'un frère et d'une sœur brisés par la séparation de leurs parents. Sur scène, une comédienne au corps chancelant et un voltigeur donnent chair à ces blessures enfouies, tentant de les sublimer en questionnant avec poésie la notion de déséquilibre.

Suivie par le Prato depuis ses débuts, cette compagnie franco-catalane imagine des spectacles à mi-chemin entre les arts plastiques et le cirque. Ici, danseurs, acrobates et comédiens partagent la scène avec des chevaux et des oiseaux. Un rituel bardé d'humour où animalité et humanité se confondent, dans un tourbillon de poussière, de lumière et de sons.

Villeneuve d'Ascq, 10 > 13.10, La Rose des Vents, 20 h (sf jeudi : 19 h), 21 > 13 €

Tournai, 02 > 05.10, sous chapiteau, 20 h, 17 > 5 €

Nadia Ghadanfar, Cie La Fabrique

Baro d'Evel Cirk

3 Rare Birds # 102

Cie Un Loup Pour L'Homme

Née de la rencontre entre le Québécois Frédéric Arsenault et le Français Alexandre Fray, cette compagnie se distingue par sa pratique du porté acrobatique. Dans leur dernière création, six circassiens composent avec le déséquilibre. Ils trouvent mille stratagèmes pour rester perpétuellement en mouvement, évoluant sur un fil entre la prise de risque et la chute. Lille, 10 > 12.11, Le Grand Sud (sous chapiteau), vendredi : 20 h, samedi : 19 h, dimanche : 16 h, 17 > 5 €


Caída del cielo, Rocío Molina © djfrat

Biennale Charleroi Danse

Nouveau souffle

# 104

Changement de directrice et d’ère pour Charleroi Danse. Nommée en janvier dernier, Annie Bozzini a eu moins de huit mois pour coordonner sa première biennale, et imprime sa patte en faisant la part belle aux formes les plus ouvertes de la danse contemporaine. à la tête du CDC de Toulouse pendant plus de 20 ans, Annie Bozzini a conçu cette édition 2017 avec « l’envie de montrer comment les nouvelles générations et les nouveaux moyens de communication secouent les pratiques ». Dans les faits, la programmation a fière allure. En ouverture, le collectif (La) Horde présente To Da Bone, une chorégraphie de groupe inspirée du jumpstyle, cette danse énervée se pratiquant dans son salon et qui s’épanouit sur YouTube. Il partage l’affiche avec la Belge Louise Vanneste, qui montre Therians, un « solo pour deux interprètes » et un bel objet sur l’animalité. Cette dernière a été choisie, avec la Belgo-Argentine Ayelen Parolin, comme artiste en résidence pendant trois ans. De l’Andalouse Rocío Molina à la Chinoise Wen Hui, les femmes sont d’ailleurs largement représentées. « C’est le reflet de ce qui se passe en ce moment sur le terrain, et je m’en réjouis », analyse la directrice, qui Charleroi, 27.09 > 14.10, Les Ecuries, PBA, Quai 10 + Bruxelles, La Raffinerie, divers horaires, 15 > 5 € ne fait pas abstraction de l’histoire (tarifs pour le Ballet de l’Opéra de Lyon : 24 > 10 €), www.charleroi-danse.be pour autant. Lucinda Childs, au Sélection : Louise Vanneste : Thérians, (La)Horde : To programme de la biennale en 1993 Da Bone (27 & 28.09) // M. Monteiro Freitas & Andreas Merk : Jaguar (29.09) //Alessandro Sciarroni : JOSEPH avec Oopha Naama, revient avec kids… (30.09) // Wen Hui : Red (03.10) // Rocío Molina : une pièce de répertoire, Dance, Caída del cielo (04 & 05.10) // Ayelen Parolin : Autóctonos… (07.10) // Malika Djardi : 3… (11.10) // Ballet de interprétée par le Ballet de l’Opéra l’Opéra de Lyon : William Forsythe, The Second Detail + Lucinda Childs : Dance (12.10) // Nacera Belaza : Sur le de Lyon. Rien que ça. Marine Durand fil (13.10) // Michele Rizzo : Higher… (14.10)


théâtre & danse

Décapage contrôlé

# 106

Repéré par Eddie Murphy dans un night-club, Chris Rock est devenu l'un des artistes-phares du stand-up américain. Aussi brillant sur scène que devant une caméra, il reste hélas méconnu en Europe. Pourtant, son humour mordant en fait une figure incontournable de notre culture pop. « Si vous n’avez pas songé au meurtre, vous n’avez jamais été amoureux. Si vous n’avez pas saisi une boîte de mort aux rats en la fixant pendant 45 mn, vous n’avez jamais été amoureux. Si vous n’avez pas acheté une pelle, un sac et une corde pour en finir, vous n’avez jamais été amoureux ». Irrévérencieux, caustique et toujours pertinent : Chris Rock incarne la puissance comique américaine. Aussi à l'aise dans Le Flic de Beverly Hills 2 (1987) que dans Two Days in New York de Julie Delpy (2012), il embrasse sur scène des sujets graves comme le racisme, l’esclavage ou l’élection de Trump, qui serait « l'état naturel de l'Amérique ». Eh oui : « Obama était une anomalie. Comme cette fille chaude au lycée : vous ne pouviez pas croire que vous étiez avec elle ». C’est dans le mythique Saturday Night Live que le public l'a découvert. On se souvient aussi de son plaidoyer pour plus de diversité, lors de la 88e cérémonie des Oscars…déclenchant au passage une polémique avec une blague sur le travail des enfants asiatiques. Après neuf ans d'absence, il remonte donc sur les planches avec Total Blackout. Cette tournée qui l'emmène des USA vers l'Europe, en passant par le Moyen-Orient, deAnvers, 29.09, Sportpaleis, 20 h, 95 > 44 €, www.sportpaleis.be vrait mettre tout le monde d'accord. Sonia Abassi

© DR

Chris Rock


à hauteur d'homme

# 108

En 2008, l'écrivain Arnaud Cathrine et le songwriter Florent Marchet signaient Frère Animal. Un livre-disque rapidement porté sur scène, narrant les errances de Thibaut, jeune homme confronté à la violence au travail dans une petite ville de province. En voici dévoilé le deuxième volet… Musique et politique font-elles bon ménage ? Difficile d'éviter l'écueil de la naïveté ou de la démagogie. D'autres ont saisi que ce mariage fonctionne dès lors qu'on ne livre aucune réponse pour mieux poser de bonnes questions : Bob Dylan a pavé la voie en se postant sur le bas-côté, observateur acerbe des événements. Quid du théâtre ? On se souvient de Bertolt Brecht qui jouait avec le caractère illusoire de la représentation – les acteurs incarnant moins un rôle qu'une parabole des rapports sociaux. C'est, peut-être, avec ces deux exemples en tête que Florent Marchet et Arnaud Cathrine ont composé Frère Animal. Ou peut-être pas. Qu'importe : le résultat est là, transcendant et remuant. Ce second volet retrouve Thibaut, tout juste sorti de prison pour avoir incendié l'usine locale. Il est pris en charge par un ami d'enfance… devenu dirigeant du Bloc National (toute ressemblance…). Après avoir évoqué les solidarités et la souffrance au travail, Marchet et Cathrine, épaulés par Valérie Leulliot (Autour De Lucie) et Nicolas Martel (Las Ondas Marteles), poursuivent leur exploration sociale à hauteur d'homme. Place est laissée à l'humour, à la mélancolie, aux mélodies, à une forme de légèreté qu'autorisent la musique et le théâtre. L'ensemble formant un Béthune, 16.09, Le Palace (La Comédie de Béthune), 20 h 30, 20 > 6 €, www.comediedebethune.org très bon ménage. Thibaut Allemand

© Pierre Florent

théâtre & danse

Frère Animal - Second tour


# 110

Cendres, Plexus Polaire © Kristin Aafløy Opdan

ertes, Images Festival Découv et Marionnettes

Tous les deux ans, le Centre de la marionnette sert un florilège de spectacles parmi les plus innovants de la scène européenne. Pantins facétieux, ombres animées ou géants articulés déferlent à Tournai pour cinq jours de fête. « C’est une discipline très ouverte. Aujourd’hui, on ne compte plus les passerelles avec le théâtre, la danse, les arts plastiques ou numériques », détaille le chargé de projet Jean Bankofski. Si les marionnettes à fils ou à gaine (façon Guignol et Gnafron) sont de la partie, la magie surgit aussi là où on ne l’attend pas : d’une boule d’argile délicatement modelée, d’une silhouette inerte et de son double bien vivant, et même de la glace, avec la performance stupéfiante de la jeune Elise Vigneron (Anywhere). Nouveauté de cette 11e édition, la vingtaine de compagnies invitées et leurs créatures s’emparent des rues de la ville, pour une après-midi de spectacles gratuits et familiaux. En soirée, place aux propositions plus adultes. La compaTournai, 26 > 30.09, Centre de la marionnette, gnie Point Zéro se penche sur le comMaison de la culture, Halle aux draps, Grand Place, 14 > 6 € / spectacle, pass 4 soirées : 56 / 48 €, merce mondial des armes (Gunfacfestivalmarionnette.be tory), et Plexus Polaire raconte avec Programmation : Plexus Polaire : Cendres tendresse la folie d’un pyromane (26.09) // Romain Guex : Illusion (27.09) // Théâtre de l’Entrouvert : Anywhere (28.09) // Point (Cendres)… « Avec les marionnettes, Zéro : Gunfactory (29.09) // Gare Centrale : Baby on peut aborder certains sujets mieux Macbeth, Ultima Thule : Dans Me, Irne Vecchia : Pulcinella, Kemesz à l’Est : Kramosaure, Cie Juste qu’avec de seuls acteurs ». Et parler après : Hybrides, Pierre Tual : Fastoche, Cie Big Up : Luluknet (30.09) de tout, sans tabous. Marine Durand


Alexandre Dumas reste l'auteur le plus adapté à l'écran. Comment réinterpréter son œuvre ? Le collectif 49 701 relève le défi en revisitant son célèbre feuilleton à la sauce Monty Python, Sergio Leone… Bref, en empruntant aux codes cinématographiques ou télévisuels. Le spectacle est ainsi monté comme une série, en trois saisons de trois épisodes (30 mn chacun) – avec générique chanté a cappella et résumé des épisodes précédents. Fidèle au roman, la trame est ponctuée d'anachronismes et d'intermèdes cocasses. Un théâtre populaire ? Ce n'est rien de le dire : la pièce se joue dans la ville, au milieu du public (et c'est gratuit) ! J.D. Lille, 16 > 17.09, Saison 1 : Théâtre du Nord, sam : 15 h et Vieille Bourse, sam : 15 h 30 // Saison 2 : ENSAM, sam : 19  h // Saison 3 : Hôtel de Ville, dim : 16 h, gratuit, www.theatredunord.fr

Joël Pommerat © DR

Pinocchio Tout le monde connaît Pinocchio. Joël Pommerat en avait livré une pièce pour enfants en 2008. En voici la version lyrique, pour petits et grands. Grimé d'un masque blanc, notre pantin est ici un "sale gosse" subissant mille épreuves pour apprendre la "vraie" vie. La musique de Philippe Boesmans navigue entre airs populaires et classiques. Un spectacle total, plus proche du conte de Collodi que de Disney : âpre et merveilleux à la fois. J.D. Bruxelles, 05 > 16.09, La Monnaie, 20 h (sf dim : 15 h), 149 > 10 €, www.lamonnaie.be

© Mélodie Daumas

théâtre & danse

Les Trois mousquetaires


théâtre & danse

Malcolm X F. El Azzouzi / J. Mthombeni / C. Janssens

© Danny Willems

Malcolm X fut une icône de la lutte pour les droits des Noirs. Jugeant les discours de Martin Luther King trop modérés, il dispensa des déclarations percutantes et demeure toujours une source d’inspiration… et de controverse. Monté par trois artistes associés au KVS, ce spectacle musical transpose ce combat sur scène en réunissant une vingtaine de performers (musiciens, danseurs, slameurs ou rappeurs) et ravivant la lutte. Bruxelles, 07, 12 & 14.09, KVS, 20 h, 20 > 9 €, kvs.be // Zaventem, 23.09, CC De Factorij, 20 h, 25 > 2,50 €, events.ccdefactorij.be

Nos femmes

Guillermo Guiz a un bon fond

Eric Assous / Alain Leempoel Paul, Max et Simon sont amis depuis plus de 30 ans. Un soir, Simon, ivre, leur annonce qu’il a tué sa femme… et leur demande de le couvrir. Que faire ? Au fur et à mesure des débats, les masques tombent… écrite par Eric Assous, fin observateur de la vie conjugale (on lui doit notamment Les gens en maillot de bain ne sont pas (forcément) superficiels), cette comédie oscille entre burlesque et tragédie, promettant éclats de rire et larmes.

Guillermo Guiz, de son vrai blase Guy Verstraeten, porte un prénom qu’il n’aime pas (« Guy, ça pue le sexe entre vieux »), aime conduire saoul (« j’ai une grande confiance en mon destin ») et, comme tous les humoristes qui font rire avec des horreurs, on le compare à Desproges… De source sûre, il est originaire du quartier d’Anderlecht («  où s’est installé le siège social de Confessions intimes »). Mais a-t-il un bon fond, comme l’annonce son spectacle ? à vous de juger !

Bruxelles, 13.09 > 08.10, Théâtre des Galeries, 20 h 15 (+ 15h sam et dim), 25 > 10 €, www.trg.be

Bruxelles, 13 & 14.09, Centre Culturel d’Uccle, 20 h 30, 26,50 > 11,50 €, www.ccu.be

La Cosa Claudio Stellato

# 114

C’est un spectacle pour quatre garçons bien taillés et 1 600 bûches. Ici, elles volent en tous sens, passent de main en main. Les quatre interprètes jouent de la hache en rythme et la notion de danger plane en permanence. Tout le monde a peur de se prendre un morceau de bois sur la tête, dans le public comme sur le plateau ! Et l’humour surgit des situations absurdes déclenchées par ces drôles de jongleurs. Une poésie ténue portée par une force brute de décoffrage. Bruxelles, 17.09, CC Jacques Franck, 12 h & 17 h, 10 / 8 €, www.lejacquesfranck.be Bruxelles, 24.09, Théâtre National, 19 h 30, 22 > 12 €, www.theatrenational.be


théâtre & danse

Mystery Magnet

Maris et femmes

Miet Warlop

Woody Allen / Christian Siméon / Michel Kacenelenbogen

Les deux mains plongées dans la couleur et la matière, l’artiste flamande crée des pièces peuplées de personnages mystérieux, moitié homme moitié objet. Ce spectacle est un tumulte de fumées, de liquides, de mousses et de bombes de peinture, fruit de l’imaginaire d’un personnage solitaire et obèse. Sur scène, un mur immaculé… qui ne le restera pas longtemps. Six créatures étranges vont semer le chaos, où se côtoient art contemporain et dessin animé. Un ovni. Mons, 21.09, Mars (Théâtre le Manège), 20 h, 15 > 3€ (-12 ans) surmars.be

Des couples qui se font et se défont, des questions existentielles… Adaptation théâtrale du film de Woody Allen sorti en 1992, cette histoire n’a rien perdu de sa saveur. L’argument ? Au cours d’une soirée, Jack et Sally annoncent à leurs amis Gabe et Judy leur intention de se séparer, après 15 ans de vie commune. L’équilibre de chacun vole dès lors en éclats, car cette annonce remet en cause les certitudes de Gabe et Judy ! S’ensuit dès lors un irrésistible chassé-croisé amoureux… Namur, 21 > 27.09, Théâtre Royal, 20 h 30, 20,50 > 8,50 €, www.theatredenamur.be

Les Trois sœurs Anton Tchekhov / Timofeï Kouliabine Timofeï Kouliabine est une figure de proue de la nouvelle génération du théâtre russe. L’adaptation de ce monument de Tchekhov a ceci de particulier qu’elle est jouée intégralement… en langue des signes. En réduisant au silence les sœurs Prozorov, recluses dans leur petite ville de province, l’enfant prodige de Novossibirsk restitue toute la puissance dramatique de ce texte, chacun faisant résonner en lui le vacarme des mots. Un événement. Douai, 28 & 29.09, L’Hippodrome, jeu : 19 h, ven : 19 h 30, 22 > 12 €, www.tandem-arrasdouai.eu

Un break à Mozart 1.1

# 116

On sait l’appétence de Kader Attou pour les mélanges. Le chorégraphe lyonnais renforce le principe grâce à un dialogue entre 10 musiciens de l’orchestre des Champs-élysées et 11 danseurs hip-hop de la compagnie Accrorap. En pantalons noirs et chemises blanches, ces derniers évoluent sur Le Requiem de Mozart emmenés par des trios, quatuors ou ensembles de cordes, dressant un pont entre les arts et les époques. Amiens, 28.09, Maison de la Culture, 20 h 30, 29 > 13 €, www.maisondelaculture-amiens.com

© Xavier Léoty

Kader Attou / CCN de La Rochelle


le mot de la fin

# 118

Kanghee Kim –

Dans le monde revu et corrigé par cette photographe installée à Brooklyn, des réalités alternatives se nichent dans le reflet d’un pare-brise, d’une ombre ou d’une flaque et les nuages sont si lourds qu’ils tordent les clôtures métalliques. Il suffit parfois d’un rien pour voir la vie autrement. Un placement judicieux, un subtil travail de postproduction et le tour est joué ! kanghee.kim


Lm magazine 132 septembre 2017  

LM magazine 132 - LE MAGAZINE culturel Nord-de-France & Belgique

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