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n°113 / dÊcembre 2015 / GRATUIt

nord & belgique Cultures et tendances urbaines


Sommaire

LM magazine n°113 - Décembre 2015

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44

80

News

Style

Exposition

Disques, Livres, DVD

Star Wars Academy

Marc Chagall : Les sources de la musique & De la palette au métier, 27e Marché des Modes, La Braderie de l’art, Agenda

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Le Jediisme

Reportage Voyage en Laponie Sur la trace des Samis

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Portfolio Sean MacLeod

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Dossier jeux La fédération française du jouet, La clinique à doudous, Exposition Jouet Star, Le retrogaming, L’art dans le jeu vidéo

94

Théâtre & Danse

60

Musique Les Nuits électriques, Hudson Mohawke, Gilles Peterson, Elvis Perkins, Vald… Sélection concerts

December Dance, Camille & Raphaëlle Boitel, Hänsel und Gretel… Agenda

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Le mot de la fin La grève des étoiles par Kyle Hagey

74

écrans La Chambre Interdite, Mia Madre, The Other Side

Lofoten, Norvège, Laponie © Elisabeth Blanchet / Zoomer © Spin Master / © Sport Saber League / Souls, Protection © Sean MacLeod / Marc Chagall (d’après), Yvette Cauquil-Prince, Le coq rouge, 1991, Tapisserie de basse lisse © Adagp Paris, 2015, Photo : Archives Cauquil-Prince, Paris / © Kyle Hagey


LM magazine France & Belgique

28 rue François de Badts 59110 La Madeleine - F tél : +33 362 64 80 09 - fax : +33 3 62 64 80 07

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Direction de la publication / Rédaction en chef Nicolas Pattou nicolas.pattou@lastrolab.com

Direction artistique / Graphisme Cécile Fauré cecile.faure@lastrolab.com

Rédaction Julien Damien redaction@lm-magazine.com

Couverture Sean MacLeod Waiting for birds www.seanmacleodphoto.com

Sonia Abassi info@lm-magazine.com

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Administration Laurent Desplat laurent.desplat@lastrolab.com Réseaux sociaux Sophie Desplat Impression Imprimerie Ménard 31682 Labège Diffusion C*RED (France/Belgique) ; Zoom On Art (Bruxelles)

Ont collaboré à ce n° : Thibaut Allemand, Rémi Boiteux, Elisabeth Blanchet, Mathieu Dauchy, Marine Durand, Audrey Jeamart, Nicolas Jucha, Sean MacLeod, Raphaël Nieuwjaer, Marie Pons et plus si affinités.

LM magazine France & Belgique est édité par la Sarl L'astrolab* - info@lastrolab.com L'astrolab* Sarl au capital de 5 000 euros - RCS Lille 538 422 973 Dépôt légal à parution - ISSN : en cours L’éditeur décline toute responsabilité quant aux visuels, photos, libellé des annonces, fournis par ses annonceurs, omissions ou erreurs figurant dans cette publication. Tous droits d’auteur réservés pour tous pays. Toute reproduction, même partielle, par quelque procédé que ce soit, ainsi que l’enregistrement d’informations par système de traitement de données à des fins professionnelles, sont interdites et donnent lieu à des sanctions pénales. LM / Let'smotiv est imprimé sur du papier certifié PEFC. Cette certification assure la chaîne de traçabilité de l’origine du papier et garantit qu'il provient de forêts gérées durablement. Ne pas jeter sur la voie publique.

Papier issu de forêts gérées durablement


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© Netflix

news

News

Christmas in Translation Il a eu son “Bill Murray Day” (le 5 septembre 2014). Le voici star de Noël. Notre bougon préféré est le héros du prochain film de Sofia Coppola, diffusé par Netflix le 4 décembre. Dans la grande tradition de la télé américaine – le « Holiday Special » – la cinéaste a rassemblé un casting ahurissant – de George Clooney à Miley Cyrus – où chacun joue son propre rôle. L’histoire de A very Murray christmas ? Une tempête de neige paralyse New-York et menace l’émission de Bill. La magie de Noël va-t-elle opérer ? Connaissant le bonhomme, on en doute…

www.netflix.com

Odezenne - Dolziger Str. 2 (tôt Ou tard / Universal) Sur le titre Bouche à lèvres d’Odezenne, une ritournelle hypnotique sert un talk over désabusé, des boucles verbales puis une guitare. On est sur la Dolziger Strasse, veine berlinoise choisie par Odezenne pour symboliser sa mue. Ils sont les héros d’un rap potache, plus lettré qu’il n’en a l’air, dont Diabologum et Mendelson sont les totems et cette guitare, un symbole. Le trio bordelais affiche désormais une ambition adulte : écrire des chansons fortes. Dolziger Str. 2 en regorge. M.D.


Daho - L’Homme qui chante David Chauvel & Alfred (Delcourt) Le scénariste David Chauvel et le dessinateur Alfred ont accompagné Etienne Daho dans l’élaboration de son dernier LP en date, Les Chansons de l’innocence retrouvée (2013). Trois ans durant, le tandem a suivi le Rennais en studio, en discussion avec son label, à Paris ou à Londres et jusque sur scène. L’occasion d’observer le processus de création, avec ses moments de doutes et de joie bien sûr. On y entend aussi les gens de l’ombre (producteur, photographe, directeur artistique, on en passe), sans qui ce disque n’aurait pas vu le jour, selon la formule consacrée. À la fois making-of, documentaire et carnet de voyage, ces pages inspirées, aux couleurs chatoyantes, s’adressent aux fans… mais pas seulement. C’est là leur force. 128 p., 18,95€. T.A.

© Neil Thomas Douglas

Fin octobre, Neil Thomas Douglas embarque pour le vol Glasgow-Londres. Lorsque ce photographe britannique s’apprête à prendre place sur son siège, il découvre que celui-ci est déjà occupé par… son parfait sosie ! Il s’agit de Lee Beattie, qu’il ne connaît ni d’Eve di d’Adam. Une coïncidence immortalisée par un selfie qui a bien fait rire les passagers de l’avion. D’autres roux barbus se sont depuis manifestés sur Twitter. Ça risque de se reproduire…

© Warner Bros

Accident de deux roux

Noël à Poudlard Un gros bonhomme rouge philanthrope ? Des lutins qui fabriquent des jouets ? Des rennes qui volent ? Quelles fadaises… Pour Noël, préférez plutôt un dîner dans la grande salle de Poudlard. Oui oui, l’école de sorcellerie d’Harry Potter. Le 3 décembre, Warner Bros vous ouvre ses célèbres studios londoniens pour un banquet forcément magique (et la modique somme de 310 €...). Gaffe de ne pas abuser de la bièraubeurre si vous repartez en balai. www.wbstudiotour.co.uk


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© Peeowhy Hymoaad

news

Le monde est petit Qu’est-ce qu’on s’amuse quand on est haut comme une demi-cacahuète ! On se baigne dans un jaune d’œuf, on joue au basket avec la languette d’une canette métallique, on prépare du pop-corn avec des briquets. Créées avec des figurines miniatures, des objets et aliments du quotidien, ces astucieuses mises en scène sont l’œuvre du designer thaïlandais Peeowhy Hymoaad. Un très grand talent. www.facebook.com/peeowhyhymoaad

Body Double Distributeur de films du patrimoine au catalogue remarquable, Carlotta lance une nouvelle série de coffrets “ultra-collector”. Tirage limité, boîtier élégant et restauration superbe : le fétichiste est comblé. Dommage, cependant, que les bonus se contentent d’empiler extraits et entretiens platement filmés. Soit. Sorti en 1984, Body Double reste l’une des plus belles relectures de Hitchcock par De Palma. à la dévotion se mêle ici l’irrévérence. L’argument ? Depuis une maison dont il a la garde, un acteur raté épie les jeux érotiques de sa voisine, avant de se rendre compte qu’il n’est pas le seul… De Palma allie Fenêtre sur cour à Vertigo, et surtout le cinéma classique à des formes moins “nobles” : le clip, le porno, la série Z. Une méditation sur le pouvoir de séduction des images. R.N. Coffret Body Double, de Brian De Palma, Carlotta, 50,80€


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Alors on danse !

news

12.12, Mons, 20h>00h, gratuit, Bal Pop (Place du Parc), Bal Mundo (Square Roosevelt), Bal Elektro (Place Nervienne), Bal à Valses (Arsonic), Slow Bal (Esplanade du 106, 21h>00h), Kid’sBal (maison Folie, 14h>19h), www.mons2015.eu

Med, Blu And Madlib Bad Neighbor (Fat Beats/Differ-Ant) C’est par le titre Knock Knock que cet album a frappé à notre porte. Impossible de ne pas laisser entrer les pieds nickelés west coast que forment le trio Med, Madlib et Blu. On devient accro à leur production aussi chargée que les beats signés Madlib, (ce cœur battant de Bad Neighbor). Voici donc la galette de méta-hip-hop la plus excitante depuis l’album de Clipping. Ce qui s’annonçait comme une fête improvisée entre MC’s potaches vire à la compétition d’inventivité : les boucles discoïdes, les mirages soniques de The Stroll, le lyrisme de The Strip… Bien joué les gars, mais vous rangerez votre bazar en sortant ? R.B.

© Louise Imagine

Pour citer un célèbre chanteur à mèche : voilà, c’est fini. Au terme d’une année d’émulation artistique qui aura attiré, selon un premier bilan, 1,8 million de visiteurs, Mons 2015 ferme le ban, et ouvre le bal. Ou plutôt six ! La soirée de clôture transforme les grandes places de la cité du Doudou en pistes de danse, à coups de musiques pop, électroniques ou latines. à minuit, trois feux d’artifices éclairent la nuit pour ponctuer une année lumineuse.

Des Jeunes Gens Mödernes France, 1978-1983. Le punk-rock agonise. À Paris, Rennes ou Lyon apparaît une génération chic et élégamment dévastée. Ils se nomment Taxi Girl, Marquis de Sade ou Marie et les Garçons. Ce sont les jeunes gens modernes, défendus par Alain Pacadis dans Libération et Yves Adrien dans son ouvrage NovöVision. Profondément européens, portés sur la pop sixties et l’an 2000, le Velvet et Kraftwerk – pour le dire très vite – ces gamins donnent ses lettres de noblesse au rock français. Dans ce documentaire réalisé en 2008, Étienne Daho, Elli et Jacno, Daniel Darc, Maurice G. Dantec ou la Belge Lio (et tant d’autres) reviennent sur cette parenthèse fondatrice. Sans fard ni complaisance. Reste une question : la modernité, c’était mieux avant ? T.A. De Jean-François Sanz, UFO, DVD 14,99€


14 news

Bulles d’histoire Sélection BD

Relier la petite histoire à la grande. Conter cette dernière en cases. La souffler en bulles. Tel est le travail auquel se sont attelés des dizaines d’auteurs de bandes dessinées. En voici trois qui ont peu à voir les unes avec les autres – mais trouveront toutes une place sur votre étagère. Se saisir de l’Histoire, certes, mais pour en faire quoi ? Un décor pour une fiction qui n’oublie pas le réel, par exemple. Ou un minutieux travail d’enquête. Ou le récit d’une expérience intime offrant un autre éclairage sur des événements. Dans les trois tomes de Communardes !, le scénariste W. Lupano et trois dessinateurs différents évoquent le rôle des femmes dans cet épisode fondateur – La Commune, donc. Le trait est rond, les situations laissent place à l’humour et à la réflexion. Mitterrand, Un Jeune Homme De Droite dessine le parcours sinueux du futur président, du début des années 1930 à la fin de la Seconde Guerre mondiale. En noir et blanc mais sans manichéisme, le récit fort documenté d’une fascinante personnalité. Produit de son époque (il est né en 1916), de son milieu (la droite catholique et traditionaliste), le jeune avocat fait preuve d’ouverture d’esprit et se révèle (déjà) stratège et manipulateur. Excellent ouvrage. Enfin, dans Maudit Allende !, le narrateur conte la jeunesse de Leo au sein d’une famille pro-Pinochet. Pas des monstres, non, des gens ordinaires quoiqu’assez riches, mus par la peur du communisme. Le sens de lecture et le trait « sur le vif » ne rendent pas forcément la lecture aisée, mais le propos demeure passionnant et instructif. Thibaut Allemand Mitterrand, un jeune homme de droite, Philippe Richelle & Frédéric Rébéna, (Ed. Rue de Sèvres, 152p.,18€) Communardes !, W. Lupano, (Ed. Vents d’Ouest, 56p. 14,50€) Maudit Allende !, Olivier Bras & Jorge González, (Ed. Futuropolis, 128 p., 20€)


LAPONIE

Tennevoll

Kiruna

Océan Arctique

Finlande Norvège Suède Mer Baltique

Lac Jukkasjarvi, près de Kiruna, Laponie (Suède).

Russie


17 reportage

Voyage en Laponie Je suis Sami

Texte Elisabeth Blanchet Photo Elisabeth Blanchet / imagebank.sweden.se

Alors que Paris accueille la COP 21, c’est dans le Grand Nord que le réchauffement climatique se fait le plus menaçant. Il remet déjà en question le mode de vie du dernier grand peuple autochtone européen : les Samis. Ceux-ci seraient environ 70 000 installés en Laponie, un territoire qui s’étend en Suède, en Norvège, en Finlande et sur la péninsule de Kola en Russie. Rencontre avec ceux qu’on appelle les Indiens d’Europe, sur des terres où le Père Noël ne sait plus comment s’habiller.


I

l est 16h sur le tarmac de l’aéroport de Kiruna, la ville la plus septentrionale de Suède. Le soleil nous regarde déjà à l’horizontale (comme en plein automne) et sculpte des ombres interminables. Pourtant c’est le milieu de l’été. L’arrivée est troublante et la ville qui nous attend encore plus. « On dirait Twin Peaks ! », s’exclame Magali. Elle n’a pas tort ma sœur : les couleurs semblent échappées d’un film de Lynch. Les magasins, les voitures (pick-ups et vieilles américaines) et un groupe de motards en Harley achèvent de planter le décor. Mais Kiruna n’est pas une petite ville tranquille. Elle a été bâtie à proximité de la plus grande mine de fer souterraine du monde. Elle rapporte tellement que ses dirigeants ont décidé de déplacer cette cité de 18 000 âmes de quelques kilomètres pour creuser, car elle menaçait de s’effondrer... Tambour – Kiruna, c’est aussi la capitale de la Laponie suédoise et le point de départ du voyage initiatique de Magali. « Depuis que je suis petite, on me dit j’ai une tête de Sami. Mon grand-père était un Suédois du Nord. J’ai eu envie d’explorer la région… ». Une crise identitaire qui débute par la quête d’un tambour sami. « Je suis fascinée par les chants gutturaux lapons : les joïks. Ainsi, je suis devenue amie avec une chanteuse de ce peuple, Johanna Seva ». Mais pas de joïks sans tambour ! Magali a donc passé commande à un artisan virtuose de Kiruna, Fredrik Prost. Il nous retrouve au bar de l’unique pub de la ville, où nous l’attendons avec Johanna. >>>

Kiruna, Laponie (Suède).


19 reportage

Camp Sami © Tina Stafrén/imagebank.sweden.se

aponie Sami L

Aki © Lola

eden.se

ebank.sw

öm/imag

Åkerstr nmade

Lac Tornetr ask,

près de Kiru na (Suède).

Ricksgransen, entre la Norvège et la Suède.


Magali et Fredrik Pros

t dans son atelier.

Le tambour en peau de renne est prêt depuis longtemps. Il nous explique que sa forme ovale représente trois mondes : le céleste où vivent les Dieux, le terrestre est celui des vivants, et le monde souterrain, celui des morts. Les missionnaires scandinaves ont diabolisé ces instruments. Ils les accusaient de magie, les détruisaient… Fredrik est un conteur ! Nous sommes captivées. Mais il doit prendre congé car il part tôt le lendemain pour un festival de chamanes à Isogaisa, en Laponie norvégienne. Il nous dessine la route sur un morceau de papier... Identité ­– Johanna aime cette drôle de ville mais c’est surtout à la nature qu’elle est attachée. Dans sa famille, on élève des rennes depuis des siècles et on vit au rythme des troupeaux et des transhumances. C’est encore le cas de la majorité des autochtones. « Notre identité est très forte, je suis Sami avant d’être Suédoise. Nous avons une culture


21 reportage

Des amateurs du monde entier se retrouvent au festival Isogaisa en Norvège. Durant une semaine, ils vivent sous des tentes et tipis, au rythme des cérémonies, ateliers, lectures et concerts.

et un héritage formidables que je voudrais transmettre aux prochaines générations » explique Johanna tandis que son partenaire, Issat, nous sert avec fierté du steak de renne. « Mes grands-parents et mes parents avaient honte d’être Sami. Ça se comprend quand on vous colonise, vous enlève vos droits, votre culture et qu’on vous évangélise », ajoute la jeune chanteuse de 27 ans. Depuis, les temps ont changé. Leur identité est enfin reconnue : des parlements représentatifs existent dans les quatre pays, ainsi qu’un conseil supranational. Clim’ et transe ­– On constate que les températures montent dans le Grand Nord. Il fait en moyenne 24 degrés durant ce mois d’août. à bord de la Skoda, Magali allume la clim’ ! Le réchauffement climatique y est deux fois plus important qu’ailleurs. « Il fait plus chaud, il y a plus de moustiques. Ça rend les rennes zinzins ! Et puis l’hiver ils n’ont >>>


plus rien à manger. Les lichens qu’ils broutent disparaissent avec la montée des températures », s’exclame Stig, un éleveur que nous rencontrons au festival d’Isogaisa, au centre d’un lavvu (tipi). « J’aime ce rendez-vous. Il y a des Samis d’un peu partout. Mais, entre nous, la majorité sont plutôt des hippies ! Ils rappliquent pour les cérémonies chamaniques, les concerts… et surtout les soirées autour du feu ». C’est le clou du spectacle. Magali sort son tambour. On “joïke” autour du feu pendant que les enfants dorment sur des peaux de renne… Une transe collective gagne le lieu : une femme s’écroule en pleurs, épuisée par la force de ses chants. La Laponie est étonnante, mais il faut rentrer à Kiruna. La route qui longe la frontière suédoise est longue, les fjords laissent place à une plaine infinie. « Je me sens à la fois très proche et très éloignée de cette culture. Je suis trop citadine. Je ne pourrais pas vivre ici même si Stig a confirmé que j’avais une tête de Sami ! », confie Magali. C’est aussi cela la Laponie : la solitude, des étendues vierges à perte de vue et une nature aujourd’hui bouleversée par Festival Isogaisa : www.isogaisa.org Tourisme / www.visitsweden.com/suede l’extraction minière et le réchauffement climatique. L’harmonie entre les Johanna Seva : moivi.se Facebook Fredrik Prost : indiens d’Europe et la terre est plus Fredrik-Prost-Sami-Handicraft que jamais menacée.


[ Le contexte ]

23 reportage

le climat La Conférence sur embre, déc en is Par à débute ir un ten ’ob avec l’espoir d gnant, trai con sel ver uni accord le maintenir ayant pour but de en climatique réchauffement dessous de 2°C. mente de La température aug cle sur la siè un depuis 0,8 degré est deux ène nom planète. Le phé s le Grand dan nt orta imp s fois plu en Finlande). Nord (+ 1,5 degré

Lavvu sami © Fredrik Broman/imagebank.sweden.se


24 dossier

Kidexpo 2014 (Paris).


25 dossier jeux

Franc

jeu

Interview de

Michel Moggio Directeur général de la Fédération française Jouet - Puériculture

La hotte du Père Noël risque d’être encore bien lourde… S’il y a un secteur qui se porte à merveille, c’est bien celui des jouets. En 2014, il s’en est vendu 224 millions en France. Comment évoluent-ils ? à quoi servent-ils ? Nous avons tendu notre micro en plastique à Michel Moggio, directeur général de la Fédération française des Industries Jouet – Puériculture*. Et il en connaît un rayon… Propos recueillis par Julien Damien Photo FJP / Les étoiles du jouet 2015 / Kidexpo

Quel est le profil du jouet d’aujourd’hui ? Il marche sur deux jambes : d’un côté on trouve les jouets traditionnels qui, à chaque Noël, reviennent sous le sapin (Lego®, Barbie®, Playmobil®, etc.). De l’autre il y a ceux qui sont connectés, interactifs. Un ours en peluche, aujourd’hui, a de fortes chances de discuter avec vous ! >>> * Syndicat professionnel qui représente les sociétés françaises ou filiales de sociétés internationales installées dans l’Hexagone. Elle compte une centaine d’adhérents, soit 80% des ventes de jouets en France..


Le jouet ne sent pas le sapin Le marché français pesait 3,3 milliards d’euros en 2014. Le deuxième en Europe derrière le Royaume-Uni. « Il est soutenu par une bonne natalité. En France, on compte chaque année sur 800 000 nouveaux arrivants », selon Michel Moggio. Depuis 2008-09, ce secteur progresse en moyenne de 2% par an, et cela partout en Europe. « C’est un budget très protégé. Les adultes se privent, mais pas leurs enfants ». Les produits fabriqués en France ne représentent toutefois que 7% des ventes dans l’Hexagone : 2/3 des jouets importés viennent d’Extrême-Orient (citons la Chine) et 1/3 d’Europe (d’Allemagne et de République Tchèque notamment).

Comment cela ? On peut le relier au web, lui apprendre des choses. C’est la grande évolution : la technologie permet aux jouets de prendre vie. Il répond à des questions, lit des livres, sollicite l’enfant... Des propriétés un peu magiques ! Quelles seront les grandes tendances de Noël 2015 ? Les robots-animaux se démocratisent, il y a aussi les appareils-photos numériques, les tablettes pour enfants, les drones... C’est le coté “imitation des parents”. Les jeux de construction marchent toujours bien. Qu’en est-il des jeux de société ? Quand j’ai débuté dans ce métier il y a 25 ans on m’a dit : « avec le jeu vidéo, tout cela va disparaître ». Mais ils sont toujours là car ils permettent à la famille de se rassembler.

Kidexpo 2014 (Paris).


27 dossier jeux

« C’est un marché d’inventeurs. Les fabricants sont devenus des créateurs de contenu, avec leurs designers, scénaristes... » Le jouet se porte bien, donc… Oui, quasiment la moitié des jouets sont nouveaux chaque année. C’est un marché d’inventeurs. Les fabricants ne dépendent pas seulement des licences, beaucoup sont devenus des créateurs de contenu, avec leurs designers, scénaristes... Hasbro par exemple a créé un dessin animé, Mon Petit Poney, sans parler de sa série Transformers. Les jouets vendus en France sont-ils sûrs ? Qu’ils soient fabriqués en France ou en Chine, ils obéissent aux mêmes standards de qualité fixés par une directive européenne, et doivent afficher le logo CE. C’est l’un des produits de consommation les plus contrôlés. Les marques se soucient de la sécurité car le moindre incident peut avoir des conséquences dramatiques pour elles. Pour autant, n’y a-t-il pas des failles ? Il y a des produits non-conformes qui peuvent débarquer ponctuellement en Europe. Mais le jouet reste très surveillé par les douanes (la Task Force Dragon). Elles saisissent chaque année des références importées frauduleusement. (ndlr. En décembre 2014, la T.F.D. a détruit plus de 20 000 jouets ne respectant pas les normes de sécurité en vigueur, et importés de Chine via la Belgique). >>>


Comment cette sécurité est-elle assurée ? C’est de l’autocontrôle. Généralement, le fabricant passe par des laboratoires agréés qui lui fournissent les certificats nécessaires, qui seront ensuite soumis au distributeur. Sinon, pas de mise en rayon ! Quelle est votre définition du jouet ? C’est l’outil qui permet à énormément de l’enfant de transcender les moments de plaisir. Il est compétences en jouant » souvent considéré comme “quantité négligeable”. Or la pédopsychiatrie ou la psychologie démontrent que l’enfant acquiert énormément de compétences en jouant.

« L’enfant acquiert

Dans quels domaines ? En psychomotricité, développement de l’imaginaire et sociabilité… Aujourd’hui il y a une reconnaissance de la valeur du jeu dans le cursus de l’enfant – y compris par l’Education nationale. On entretient les “esprits joueurs”, plus créaà visiter / www.fjp.fr tifs, mieux adaptés à notre www.jouercestlavie.fr à voir / En 2016, Kidexpo fêtera ses 10 ans ! époque. C’est notre mantra : 20 > 24.10.2016, Paris, Porte de Versailles le jouet c’est sérieux !


29 dossier jeux

Corps démembré, œil arraché, oreille qui pend… les patients d’Isabelle Tanguy sont dans un sale état. Pas de quoi effrayer la quadragénaire. Un peu de fil à coudre et tout ira pour le mieux… Du fil à coudre ? Eh oui : nous sommes ici dans une clinique pour doudous ! Ouverte en 2011, celle-ci offre une seconde vie aux nounours ou poupées abîmés par les câlins.

C’

est un peu par hasard qu’Isabelle s’est improvisée chirurgienne pour doudous. « J’avais l’habitude de rafistoler ceux de mes trois enfants. Un jour, j’ai publié les photos de ces réparations sur mon blog, ça a été un succès… ». Les demandes ont explosé. Sans emploi jusque là, cette «  passionnée de couture » fera de cette activité… son métier. Chez elle, à Andilly (en Charente-Maritime), elle reçoit depuis des doudous de toute la France, de Belgique, et même des états-Unis ! En moyenne, une dizaine par mois. Généralement, les clients sont des enfants. « Mais il y a aussi des adultes, des grands-parents par exemple, qui souhaitent transmettre leur vieux compagnon ».

Portrait

© DR

La clinique à doudous

à cœur ouvert – ­à une époque hyperconsumériste, force est de constater que ces peluches ont « une valeur spéciale, très affective ». « On ne peut pas remplacer un doudou, il est comme un membre de la famille. Souvent, les gens les appellent par leur petit nom ». Et c’est toute la difficulté de la tâche d’Isabelle : retourner l’objet chéri à l’identique. Son travail consiste à leur offrir une nouvelle peau, remplacer le velours, effectuer un petit rembourrage… « Le plus dur c’est de trouver le même tissu, car les collections changent ». Certaines opérations nécessitent près d’un mois. Hélas, parfois, on ne peut plus rien pour eux…. Ne reste plus qu’à ouvrir un cimetière pour doudous. www.lacliniqueadoudous.fr


30 dossier jeux

1. Robot Astronaut automatic actions, métal et plastique, de marque DAIYA (Japon), 1950-1960 © Musée du Jouet de Ferrières 2. Poupée Chifa munie d’un

dispositif sonore permettant l’apprentissage du Coran, plastique, produite par ORIENTICA PARIS, 2014 3. Robot interactif télécommandé

Robosapien © WOW WEE, 2005 4. Figurines 2 Les maîtres de

l’Univers, plastique, de marque Mattel, 1982 © collection Retroludix asbl 5. Figurine Action Man représentant

un policier, accompagné d’un berger allemand, plastique et tissu, de marque HASBRO, Chine, 1992-3

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31 dossier jeux

Jouet Star Toy Story

Texte Julien Damien Photo Musée de la Vie wallonne - Province de Liège

Joie, éveil, imagination… Certes, les jouets suscitent tout cela. Mais pas seulement. Ils en disent aussi beaucoup sur la société qui les produit. Stéréotypes, croyances voire idéologies politiques… Le Musée de la Vie wallonne de Liège prend des allures d’atelier du Père Noël pour révéler ce qui se trame derrière nos joujoux.

L’

exposition réunit quelque 700 jouets datés du xixe siècle à nos jours, dans une mise en scène dynamique et mêlant toutes les époques. L’occasion de redécouvrir quelques reliques de nos tendres années – ou quand une figurine des « Maîtres de l’Univers » agit comme une madeleine de Proust. Poupées, robots ou petites autos nous racontent ici de drôles d’histoires. La nôtre, finalement. Car au-delà de la candeur convenue de l’exercice, il s’agit aussi « d’exposer le jouet en tant qu’objet symbolique et de le décrypter sociologiquement », prévient la commissaire de Jouet Star, Julie Degré. Ainsi, la première des cinq thématiques du parcours – «  Les enfants modèles » – dévoile un jouet d’abord sexiste. Eh oui : pendant que les braves petits garçons s’en vont en guerre armés de

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>>>


32 dossier jeux

leurs « Action Man » bodybuildés, les filles restent sagement à la maison devant leur dînette. En cela Barbie, débarquée en 1959, cristallise à merveille l’image de ce que l’on attend de la femme, tantôt princesse romantique ou fée du logis. Toutefois, « il ne s’agit pas de porter un jugement, plutôt de montrer à quel point ces stéréotypes ont la peau dure ». Reflet d’une société – Jouer ? C’est aussi croire (en des mondes imaginaires) et… faire croire. La thématique « En jeux » nous apprend comment les religions utilisent les joujoux pour mieux servir leur cause. Tels ces jeux de messe (avec leurs mini-

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curés, leurs mini-autels, etc.) fabriqués jusque dans les années 1950 en Occident, et qui ont laissé place à la poupée « Chifa » récitant le Coran. Mais le jouet est également témoin de l’évolution technologique : du sacro-saint train électrique jusqu’à la conquête spatiale on o b serve l’arrivée des premiers robots… et des jeux vidéo (de Combat sur Atari, à GTA) ! Quelle place occupent-ils dans les cœurs adultes ? Elevées au rang d’objets cultes, ces figurines de Goldorak ou Star Wars présentées dans « Oubliés Retrouvés » s’arrachent désormais à prix d’or. Elles renvoient au syndrome de Peter Pan. Et aux bons souvenirs de l’enfant qui sommeille en nous.

Jusqu’au 31.12.2016, Liège, Musée de la Vie wallonne, mar>dim : 9h30>18h, 5/4/3/1,25€, www.viewallonne.be

Les spectres des couturières, 2014-2015


Mario Bros (1983) Super Mario Bros (1993) New Super Mario Bros (2006) Nintendo

Le etro gaming jeu Pas si vieux strolab*

b Retrogaming assi Photo Clu Texte Sonia Ab

Liège / L’a

à l’heure où les jeux vidéo réduisent toute frontière entre virtualité et réalité, certains irréductibles résistent à l’attrait de la modernité. Préférant les pixels gros comme des pouces à la 3D, ils branchent leur console sur le courant nostalgique. Leur nom ? Les retrogamers. Rencontre avec une culture qui, aussi jeune soit-elle, revendique déjà une préhistoire.


Donkey Kong (1981) Nintendo

35 style

A

Player 1

Ludovic Ozog OrdiRetro Lille

l

Player 2

Vincent renard Club Retrogaming Liège


36 dossier jeux

« S

ega, c’est plus fort que toi ! » Pour beaucoup, ce slogan réveille de doux souvenirs des années 1990, partagés avec Sonic le Hérisson. Pour d’autres, il représente un hobby très actuel. Aficionados du joystick ou simples curieux, ils seraient de plus en plus nombreux à s’adonner à cette « passion des jeux vidéo d’antan », comme l’appelle le président du Club Retrogaming de Liège, Vincent Renard. Une tendance caractérisée par la volonté de retrouver « une sensation d’authenticité » surenchérit Ludovic Ozog, créateur de l’association lilloise OrdiRetro. Celle-ci compte une quarantaine de membres et vise la création d’un musée idoine afin de sauvegarder « le patrimoine du gaming ».

Partie à plusieurs – à partir de quand peut-on considérer un jeu ou une console comme “rétro” ? « Quand ils ne sont plus commercialisés ou qu’ils sont détrônés. Par exemple, la Playstation 1 est rétro. La version 3 est en passe de le devenir, simplement parce qu’elle a été éclipsée par la génération suivante », souligne Ludovic Ozog. De Space Invaders à Zelda, en passant par Tekken ou Pacman, le phénomène séduit les nostalgiques mais aussi des gamers qui n’ont pas connu l’époque dorée de l’Atari 2600 ou de la Game Boy. D’après Vincent Renard, le profil type est « un ancien joueur qui recherche les réunions entre amis autour de la même arcade ou console ». En même temps, l’effet de

80 Atari Pong

atari 7800

1974-76

1986

atari 2600

nes

1977

1986-87

game boy 1989

sega megadrive 1988

amiga 500 1987

commodore 64

neo-geo AES

1982

1990


«  Un ancien joueur recherche les réunions entre amis autour de la même console. » curiosité attire un public jeune « intrigué par les jeux ou console de ses grands frères ou grandes sœurs, voire de ses parents ». D’une certaine façon, on cherche à revenir aux sources de sa passion vidéoludique. Comme d’autres révisent l’histoire du rock à partir de bons vieux vinyles. Secouons le joystick – Musique 8-bit, manettes et pixels… un vaste monde avec ses codes, ses références qui séduit aussi les plus fétichistes. >>>

Sonic the hedgehog (1991) Sega

2000

90

super nintendo

gamecube

wii

1990

2001

2006

playstation 1 1994

nintendo 64 1996

X box

xbox 360

2001

2005

[ Dates de production ]


38

Club Retrogaming de Liège

dossier jeux

Selon Ludovic Ozog : « tout comme le CD ou le MP3 ne pourront jamais remplacer la qualité sonore d’un 33 tours », aucun blockbuster actuel ne pourra surpasser la satisfaction «  de glisser une disquette dans une Amiga ou d’insérer une cartouche dans une Nintendo Nes ». Tout ceci réveille les premières émotions liées aux jeux. Il est aussi question de « plaisir immédiat » selon Vincent Renard. Alors que les références actuelles sont hyperstylisées, scénarisées (voir p. 40), impliquent une approche toujours plus sophistiquée (ou complexe) : ici, on souffle sur la cartouche, on l’insère et on joue. Tout simplement. De quoi faire réfléchir les géants de l’industrie vidéoludique comme Sega, qui en août 2014, a lancé sur le marché français une réédition de sa console culte Megadrive. En Angleterre, la même

année, 4 000 exemplaires d’une version modernisée de la star des années 1980 ZX Spectrum ont été commercialisés suite à une forte demande du public. Une tendance donc, mais qui, « comme toutes les modes, est sans doute vouée à disparaître », prévient le Président du Club Retrogaming de Liège. Pour mieux réapparaître dans 30 ans ? Le Joueur du Grenier : www.joueurdugrenier.fr 3615 Usul : www.nesblog.com www.jeuxvideo.com Karim Debbache : www.youtube.com/user/KarimDebbache fr.ulule.com/chroma-saison-1 Ma maison de retrogamer - Shainiiigaming : http://shainiiigaming.be Virtual Calais 7.0 : www.virtualcalais.com Attendu début octobre 2016, Calais, Forum Gambetta, 10h>19h, gratuit « Retrogaming Party », ou « Le marché de Noël du retrogamer », Liège, date à confirmer


40 dossier jeux

L’art dans le jeu vidéo Game ouvert

Texte Nicolas Jucha Photo Beyond Two Souls © Quantic Dream

Le musée Art Ludique de Paris rend hommage au jeu vidéo made in France à travers une exposition – la première du genre – qui dévoile les secrets de « l’artwork ». Aquarelles, esquisses, peintures, sculptures… Réalisé en amont pour définir le cadre artistique du jeu, ce travail méconnu témoigne de la vitalité créatrice à l’œuvre derrière nos pixels.

« L

e jeu vidéo incarne “l’art total” : il fait appel au dessin, à la peinture, à la sculpture, à la création d’univers entiers et de centaines de personnages par jeu ». Dès l’entrée

de l’exposition, cette phrase de JeanJacques Launier, le président du musée Art Ludique, plante le décor. De fait, la création vidéoludique « constitue la version la plus contemporaine de


41 écrans

« J’ai toujours commencé par le dessin, pour concrétiser mes idées » Assassin’s Creed®Unity © Ubisoft

l’art figuratif narratif. Il raconte une histoire, utilise la force de l’image pour faire naître l’émotion et éveiller notre imagination ». Ici, tout est mis en œuvre pour inviter le jeu vidéo à la table des arts au sens traditionnel du terme. Jean-Jacques Launier ose même une référence à la Renaissance italienne, en comparant une unité de création de jeu à un atelier d’artistes, associant des talents et métiers complémentaires. Léonard de Vinci n’a t-il pas été le premier à allier art et technologie ? Du pinceau à la manette – Si les beauxarts s’adressent souvent aux initiés, le jeu vidéo touche davantage le grand public, et jouit d’un « potentiel de création illimité ». Pour le prouver, le commissariat de l’exposition a retenu plus de 800 œuvres issues

de productions françaises : croquis préparatoires, captures d’écran, peintures numériques ou sculptures de personnages utilisées pour préparer l’animation 3D. L’accrochage est divisé en sept salles, pour autant de thématiques – de « dessiner les villes Dishonored © Arkane Studios

>>>


42 dossier jeux

Dishonored © Arkane Studios Faery : Legends of Avalon © Spiders

et cités » à « Imaginer de nouveaux héros et créatures ». Dans chacune d’elles, l’interview vidéo d’un professionnel souligne la part artistique dans la conception d’un jeu. Tel ce créateur se présentant comme « un réalisateur touche à tout », assurant que « le jeu vidéo véhicule autant d’émotion que le roman au xixe siècle ». Il est

donc l’art du xxie, avec sa promesse d’évasion et ses problématiques propres. Désormais, on évolue dans des mondes imaginaires, portés par un geste graphique inouï, comme les décors d’Assassin’s Creed ou la ville de Neo Paris du jeu Remember Me, qui nous plonge en 2084. Les scénaristes inventent des héros auxquels les joueurs s’identifient – ou adorent détester, telle cette portée de Lapins Crétins. Bref, devant tant de créativité, vous ne culpabiliserez plus d’avoir passé quelques heures de trop accroché à votre manette... L’art dans le jeu vidéo, l’inspiration française Jusqu’au 06.03.2016, Paris, musée Art Ludique, lun & jeu : 11h>19h // mer & ven : 11h>22h // sam & dim : 10h>20h, 15,50>10€, artludique.com


Far Cry © Ubisoft Remember Me © Dontnod


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Fédération française de sabre laser

Texte Marine Durand Photo Sport Saber League

Tandis que les fans de Star Wars comptent les jours avant la sortie de l’épisode VII : Le Réveil de la force, la Sport Saber League propose à ses 300 adhérents, entre Paris et Orléans, d’apprendre à manier l’arme des Chevaliers Jedi. Lancée en septembre par quatre passionnés sur le modèle des écoles américaines, la première « académie de combat au sabre laser en France » affiche complet. On a rejoint cette galaxie parisienne, en espérant que la Force soit avec nous.


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S

ur la porte sombre, seule une affiche discrète confirme que nous sommes au bon endroit : deux sabres lasers se croisent en formant une étoile, le logo de la SSL, « established a long time ago ». Dans la salle au sol parqueté, Farid Ben Salem, le directeur technique national de la Fédération française de sabre laser, créée en même temps que l’académie à l’été 2015, accueille les élèves. Game designer de son état et maître d’escrime pendant plus de 20 ans, c’est à lui que Manon “Manok” Demodice (la présidente) et Adrien “Koowie” Koch Forbin (le secrétaire), ont confié le soin de créer les techniques du sabre laser, tandis que Nathan “Dark Nat” Storoge, quatrième cofondateur, occupe la fonction de trésorier. Ce vendredi, neuf jeunes hommes en tenue de sport sommaire assistent au cours. « Il y a des geeks, attirés par l’univers Star Wars mais assez peu sportifs et des gens qui ont des années d’arts martiaux derrière eux… », explique Farid. Michel, 22 ans, a connu le sabre laser grâce à un reportage sur Internet. Et s’il a fait du karaté dans son enfance, il a surtout de bonnes bases… en Quidditch !* >>> * Sport fictif issu de Harry Potter, qui compte aussi ses écoles.


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Aux armes – Cardio, sauts, étirements au sol… l’échauffement est classique, mais déjà les apprentis Jedi se munissent de leur sabre : un manche sur lequel se fixe une lame lumineuse en polycarbonate, suffisamment solide pour parer les coups. Farid montre les positions, les attaques, les exercices en duo. Déjà pratiqué outre-Atlantique depuis une quinzaine d’années, ce sport s’inspire de l’escrime, du kendo ou de la canne française. Franck, 41 ans, qui prend sa première leçon, est déjà conquis « par le sérieux de l’enseignement ». Priorité au combat – Les corps s’agitent, une fine pellicule de buée a recouvert les miroirs. On s’attendait à entendre fuser les « je suis ton père », mais malgré l’ambiance potache, l’aspect sportif domine. Farid assume : « On ne voulait pas d’une activité chorégraphiée. Ici, la finalité, c’est le combat ». Dans les dernières minutes de cours, les élèves revêtent des masques et gants de protection, pendant qu’un arbitre et quatre assesseurs chargés de guetter les touches se mettent en place. Les coups pleuvent, les rires aussi. « Si vous oubliez le salut, ça ne passera pas en compétition ! ». Car forte d’un tel succès, la SSL prévoit d’organiser une rencontre nationale en juin. Plusieurs académies doivent ouvrir, à Antibes, La Rochelle, Metz, Toulouse ou Cholet. Dans le Nord, en revanche, on attend encore que des Yoda en puissance se jettent dans l’aventure. Pour les fans, un rêve d’enfant ce serait.

Star Wars, épisode VII : Le Réveil de la force, de J. J. Abrams, avec Daisy Ridley, John Boyega, Oscar Isaac… Sortie le 16.12. Sport Saber League Paris, 46 rue du Faubourg Saint-Martin, 75010 Paris. Inscription à l’année : 320€ Sport Saber League Orléans, 3 bis rue des Chats ferrés et 4 place du Champ Saint Marc, 45000 Orléans. Inscription à l’année : environ 250€ à visiter / sportsaberleague.com


Alexandre Orion Le (vrai) retour du Jedi Propos recueillis par Julien Damien Photo DR

Interview

à une farce on aurait pu croire. Mais très sérieux cela est. Imaginant Star Wars, Georges Lucas s’est inspiré du bouddhisme, du taoïsme et des travaux du mythologue Joseph Campbell*. Sans le savoir, il a donné vie à une religion : le jediisme. Depuis, de nombreuses églises ont vu le jour. Au Royaume-Uni elles compteraient près de 300 000 disciples ! Ceuxci croient en la Force, suivent le Code, ont des apprentis… Rencontre avec Alexandre Orion, un Chevalier Jedi installé à Dijon, et pasteur au sein du « Temple of the Jedi Order ».

Qu’est-ce que le Temple de l’Ordre Jedi ? Une organisation à but non lucratif née au Texas le 25 décembre 2005. Notre site Internet est un point de rencontre pour ceux qui cherchent à s’accomplir. Nous nous posons tous des questions existentielles. L’église a laissé un gouffre dans ce domaine. Nous étudions aussi les découvertes sur le fonctionnement du cerveau, la religion comparée, la sociologie. Pour vous qu’est-ce que le jediisme ? L’art de rester pleinement conscient, ici et maintenant. Mais cela reste ma définition. Il n’y a rien dans la doctrine Jedi qui nous oblige à être d’accord les uns avec les autres. Je demande aux gens de ne pas prendre ce que je dis pour argent comptant !

Est-ce une religion ? Une religion, cela veut tout et rien dire. C’est une sorte de spectacle auquel on assiste à l’église. Pour moi, la meilleure option dans cet âge post-moderne serait le bouddhisme zen, où l’on écarte l’idée même de religion.

« Le jediisme c’est l’art de rester pleinement conscient, ici et maintenant » Quel rapport entretenez-vous avec le film Star Wars ? Quasiment aucun. Nous n’agitons pas de sabre laser en plastique et ne portons pas de robes ! >>>


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Mais nous avons été touchés par l’iconographie du film. Nous nous sommes donc intéressés à ceux qui avaient inspiré Georges Lucas : le philosophe Alan Watts et le mythologue américain Joseph Campbell. Quelle est la place du mythe dans le jediisme ? Elle est centrale. C’est par l’intermédiaire du mythe que l’Homme répond aux questions existentielles. Rien dans le jediisme n’est nouveau. C’est la réadaptation de philosophies et de pratiques religieuses qui ont toujours existé. Comment êtes-vous devenu Jedi ? J’ai grandi dans un désert spirituel. Une quête existentielle que je ne parvenais pas à assouvir dans les religions et les mouvements de type new age. L’idée de ce Dieu judéo-chrétien n’était pas plausible. Le déclic s’est produit quand j’ai découvert les entretiens de Joseph Campbell en 1988.

[ Le Code Jedi ] Il n’y a pas d’Émotion ; il y a la Paix. Il n’y a pas d’Ignorance ; il y a la Connaissance. Il n’y a pas de Passion ; il y a la Sérénité. Il n’y a pas de Chaos : il y a l’Harmonie. Il n’y a pas de Mort ; il y a la Force. à visiter / www.templeofthejediorder.org

*En substance, Joseph Campbell démontre que l’on retrouve cette même thématique du héros en quête dans les mythes et les religions. Selon lui, ce schéma est applicable à notre vie.


Hiro


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Sean MacLeod Le maître des illusions Texte Julien Damien Photo Myths and Legends

C

es personnages qui ressemblent à des elfes échappés d’un roman de Tolkien sont issus de la série Myths and Legends de Sean MacLeod, qui n’aime rien tant que titiller notre imagination. « Je me considère un peu comme un conteur, confie ce Canadien installé à Genève. Mes histoires se déroulent dans un autre temps et un autre espace ». Pourtant, ces créatures étranges n’ont pas été dénichées bien loin. « J’ai photographié les modèles devant un fond uni, sous une lumière naturelle, dans mon jardin ». Leur tête, corps et cou ont été shootés séparément et le décor provient de paysages que ce grand voyageur a capturés aux quatre coins du globe. Le tout est assemblé par ordinateur. Mais résumer cette œuvre à un simple tour de passe-passe numérique serait une erreur. Sean est un artiste complet, aussi doué avec un pinceau, un crayon qu’un appareil photo. D’ailleurs, « le point de départ de Myths and Legends est une série de peintures appelée Figments. Ces clichés s’appréhendent comme des tableaux. J’ai d’abord réalisé une esquisse puis j’ai rassemblé ou construit les éléments, les accessoires dont j’avais besoin. Je fais quasiment tout moi-même ». Comme la perruque de cette reine qui pose dans Waiting for the Birds (notre couverture). Aussi à l’aise dans le travail documentaire (voir Pathways, une série de portraits issus d’un road-trip en Asie) que fictionnel, il promet un nouveau projet « encore plus à visiter / www.seanmacleodphoto.com surréaliste ». Baptisé Souls, celui-ci nous à voir / Saveurs d’enfance (exposition emmènera « là où vont les âmes, enfin, si collective), 02.12>12.01.2016, Genève, Cité du Temps, tous les jours : 9h>18h, elles se rendent bien quelque part. C’est la gratuit, www.chromia.fr grande question ». ➤ Interview sur www.lm-magazine.com


Bandits


Paladin


Amazonian


Suna


Senses


Lake of tears


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Les Nuits électriques

Courant alternatif Texte Julien Damien Photo Nina Kraviz © Obi Blanche

Après avoir testé les formules, entre concerts sur plusieurs sites, expositions durant les shows ou programme ouvert au hip-hop, les Nuits électriques resserrent le spectre musical pour cette 4e édition : de l’electro, et rien que de l’electro. Allez, on ouvre le compteur. Après le N.A.M.E, c’est l’autre grand rendez-vous des clubbers de cette fin d’année en métropole lilloise. Moins dense, certes, mais tout aussi qualitatif. En cela on peut faire confiance à Anthony Ferrat, qui officie au Showcase, l’un des hauts-lieux de la nuit parisienne. « On reçoit quasiment tous les noms qu’on souhaitait » se réjouit le programmateur, qui veut d’abord faire de ce festival « une grande fête » doublée d’une « vraie offre artistique ». Entre célébrités et petits nouveaux, l’affiche présente « un maximum de facettes des musiques électroniques d’aujourd’hui ». Multiprise – Les 4 000 m2 des Halls de la Filature – plus habitués à recevoir congrès et salons – proposent ainsi deux scènes par soir. Vendredi, on s'électrocute sur le set techno-house sous tension de Nina Kraviz. à ses côtés, « son petit protégé, un futur cador de la techno minimale » : l’Islandais Bjarki. Soit une bonne dose de BPM en perspective. Peur du court-circuit ? La seconde scène promet une ambiance plus « ludique », mais pas moins survoltée, avec la house discoïde de Jeremy Underground et les 11 & 12.12, Saint-André-lez-Lille, Halls de sets chargés en funk, jazz et soul de la Filature, ven & sam : 22h>06h, 1 jour : 35>28€ // pass deux jours : 60>44€, Motor City Drum Ensemble. Le lendefestivallesnuitselectriques.com main, Molécule transforme le dancefloor Programmation / 11.12 : Nina Kraviz, Bjarki, en labo de recherche sonore, tandis que Nikita Zabelin, Honey Slave, Motor City Drum Ensemble, Jeremy Underground, Inner Sense, Rone continue de nous faire disjoncter Enlace B2B La Classique avec ses morceaux mélodiques et mutants. 12.12: Agoria, Rone, Molecule, Jacques, Agoria, en toute logique, nous renvoie à Old Boys, Worakls, N’To, Joachim Pastor, Stereoclip, Efix Détroit, et coupe le jus en partant.


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Chardon ardent En l'espace de six ans, le jeune Écossais venu de l'abstract hip-hop s'est transformé en valeur sûre de l'electro au sens large et, surtout, en beatmaker courtisé par les poids lourds du rap. Seul ou en groupe, en DJ-set comme en live, Ross Birchard impose sa patte. Et s'il se cherche encore, Hudson Mohawke sait sortir les griffes. Sans remonter jusqu’à Jonzun Crew ou Afrika Bambaataa, le hip-hop et les musiques électroniques ont toujours entretenu des liens ténus, renforcés ces derniers temps. Citons le vétéran Roots Manuva s'alliant à Four Tet pour Facety 2:11, single renversant. Ou le gentil Abd Al Malik appelant le vénérable Laurent Garnier. Sans parler du rap américain : ainsi, Drake, Pusha T, Lil Wayne ou l’inénarrable Kanye West ont tous ont fait appel au savoir-faire d'un jeune blanc-bec nommé Hudson Mohawke. Entre electro et rap, l’auteur du tubesque Chimes n'a pas choisi. On le rangera hâtivement dans le fourre-tout abstract hip-hop qui voit large. Oui, comme Flying Lotus. S'il ne possède pas la même aura, l'Écossais expérimente, se plante parfois, voit grand, confronte des beats concassés à des orchestres symphoniques, marie la soul délavée à des raps tordus. C'est stimulant. Épuisant, aussi. Ces réserves passées, reconnaissons que sur scène, la moitié de TNGHT connaît son métier. Il gère les montées, maintient la pression à coups de lignes de basse imparables, de rythmes vrillés et de sorties de pistes contrôlées. Du très grand 04.12, Anvers, Trix, 20h, 23/20€, spectacle dans la salle, et un défouloir certain www.trixonline.be pour ce rat de studio. Thibaut Allemand

© DR

Hudson Mohawke


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Combien de ventes

© Elzo

Sorti en 1991, l’album Engelberg (Déjeuner en paix, Pas d'ami comme toi, Tu ne me dois rien...), s’est vendu à deux millions d’exemplaires à travers le monde, dont 600 000 rien qu’en France. Deux ans plus tard, Carcassonne (Des Hauts des bas, Ni remords ni regrets...), l’installe définitivement dans la cour des grands, comme dirait Michel Drucker.

Ours blanc

© Danie l Infang er

Rockeuropéen D’origine Tsigane, Stephan Eicher chante en français, en allemand, en anglais, en italien… Un multilinguisme qu’il fait entendre dans le très rock Taxi Europa (2003), qu’il a baladé lors d’une tournée à travers tout le Vieux Continent.

Pour des oreilles mal nettoyées, une poignée de tubes comme Déjeuner en paix aura vite fait de classer notre Helvète dans la peu enviable case « chanteur de variétés ». C’est oublier qu’il s’est fendu de quelques pépites cold-wave avec Grauzone, groupe fondé avec son p’tit frérot Martin. En 1981, le froid, minimal mais hyper-entraînant Eisbær (« ours blanc ») cartonne en Allemagne, en Suisse, dans le Benelux et le nord de la France.


Pas d’ami comme lui Rencontré sur le plateau de Rapido – du temps où Antoine de Caunes animait de vraies émissions de TV – l’écrivain Philippe Djian (37, 2° le matin) signe avec lui les textes de ses chansons françaises depuis 1989. Dont Pas d’ami comme toi, évidemment.

Ph.

Djia

Cath

erine

Héli

e/G

allim

ard

Stephan Eicher Und Die Automaten

Stephan Eicher n’est jamais là où on l’attend. Le voici seul sur scène, chef d’un orchestre d’automates qui revisitent avec lui son répertoire. Et quel répertoire ! Polyglotte, polymorphe, celui-ci s’étale sur trois décennies et navigue entre acoustique et électronique : de la cold-wave au rock, en passant par le jazz, la musique classique... Plus qu’un simple concert, le Suisse propose un spectacle empli de magie, de poésie où il se raconte sans se la raconter. 

© Hôtel de la cité / Carcassonne

15.12, Bruxelles, Cirque Royal, 20h, 38>31€ // 15.01.16, Lens, le Colisée, 20h30, 35>17,50€ // 16.01.2016, Roubaix, Le Colisée, 20h30, 37>10€ // 05.02.2016, Tournai, Maison de la Culture, 20h, 40/35€ // 04.03.2016, Béthune, Théâtre, 20h30, 34/30€// 05.03.2016, Soignies // 07.04.2016, Caudry

« La musique électronique populaire et désormais mondiale, est en réalité née en Belgique » - AFP, février 2015

Chambres à part Les hôtels ? Une des grandes passions du Suisse. Lieux de vie durant ses tournées, bien sûr, mais aussi où il enregistre ses albums ! Citons l’Hôtel de la cité à Carcassonne, où il conçu le disque éponyme, et puis le Hess d’Engelberg où il donna un concert privé avant sa démolition.

Music Machine C’est le documentaire The Sound Of Belgium – retraçant l’histoire de la new beat – qui lui a inspiré ce nouveau spectacle. Particulièrement une scène du film se déroulant dans une usine d'orgues automatisés, à Anvers (Decap). C’est là qu’il fera réaliser ses machines.


66

© DR

musique

Gilles Peterson La Belgique nous a donné Marc Hollander (Crammed Discs). La France, le regretté Jean-François Bizot. Outre-Manche, le chantre de la grande sono mondiale se nomme Gilles Peterson. Fondateur de l'influent label Acid Jazz Records, le Franco-Suisse (né Gilles Moehrle) est également animateur radio et, surtout, un passeur au sens premier du terme. Ses nombreuses compilations servirent de sésame à des générations de mélomanes vers les musiques africaines et brésiliennes… Entouré d'autres selectors aux grandes oreilles (DJ Caroll), le monsieur devrait nous offrir un DJ-Set en forme de voyage autour du monde – en première classe, évidemment. Thibaut Allemand Dans le cadre de RIO NIGHT ! (lille3000) + HUGO MENDEZ + DJ CAROLL + DJ ANGO 10.12, Lille, L'Aéronef, 21h, 19>8€, www.aeronef-spectacles.com

© Matthew-Pandolfe

Elvis Perkins Enfin ! Six longues années sans nouvelles d'Elvis Perkins, ce songwriter très rare. Trop rare. On craignait l'avoir perdu à jamais lorsque, sans crier gare, le fils du comédien Anthony Perkins et de la photographe Berry Berenson déboule avec un troisième essai aussi essentiel que les précédents, mais enregistré et produit seul. L'occasion de retrouver sur scène ces chansons précieuses, ce folk subtil, mélancolique et lumineux qui nous a tant manqué. T.A. 01.12, Bruxelles, Botanique, 19h30, 16/13/10€, 02.12, Tourcoing, Le Grand Mix, 20h, 13>5€ (goûter-concert, 16h)   03.12, Amiens, La Lune des Pirates, 20h30, 13/8€


68 musique

Ez3kiel

© Mathieu Ezan

Temps fort de la saison du 9-9 Bis, les Fugues Sonores offrent une déambulation visuelle et sonore au cœur de cet ancien site minier réhabilité. Dans un tel cadre, l'accueil d'Ez3kiel semble évident. Les Tourangeaux distillent depuis 20 ans un rockprogressif et instrumental mâtiné d’électronique. Surtout, leurs concerts s'apparentent à des performances multimédias. Mieux : on assiste à ce show au cœur du Métaphone, une salle capable de jouer elle-même de la musique ! 12.12, Oignies, Le Métaphone, 20h, 17>11€, 9-9bis.com

The Wailers C’est vrai, la tournée du backing-band le plus célèbre de Jamaïque a un petit côté « âge tendre et dreads de bois ». Et encore : de la formation originale qui accompagna Bob Marley jusqu’à sa mort en 1981, ne reste plus que le bassiste, Aston Barrett. Qu’importe. à bientôt 70 piges « Familyman » (il serait père de 52 enfants) entretient le patrimoine mondial du reggae avec une bande de jeunots (dont l’un de ses fils, « Junior »), et surtout une ferveur qui force le respect.

Alex Calder Ami d’enfance de Mac DeMarco, avec qui il partage un album (Ying Yang, sous l’alias Makeout Videotape) et un sens de la gaudriole tout aussi relatif (cf sa chaîne You Tube), ce Montréalais est pourtant à prendre très au sérieux. Alex Calder, c’est un concept à lui seul. Une indolence borderline au service du psychédélisme, qui renvoie aussi bien à Syd Barrett qu’aux Beatles période indienne. Une dream pop inspirée vers laquelle tendent aussi les Valenciennois de Selenian, invités en première partie de ce rêve étrange. 09.12, Roubaix, La cave aux poètes, 20h, 12/10/8€, www.caveauxpoetes.com

© Rebecca Storm

12.12, Louvain, Het Depot, 20h, 24/21€, www.hetdepot.be


Photo : Arthur H © Léonore Mercier Lic 1 - 1083804 / 1-1083806 / 3-1083805

STEPHANE GUILLON

«Certifié Conforme»

18 décembre 2015

LES CHICHE CAPON

HUBERT FELIX THIEFAINE

V I X I TO U R X V II

LA 432

23 janvier 2016 – Ciné concert –

« THE CAMERAMAN » D E B U S TER K E A TON avec l’Orchestre National de Lille 29 janvier 2016

5 février 2016

ORANGE BLOSSOM 6 février 2016

ERIC ANTOINE

Ma g i c D é l i r i u m

27 & 28 février 2016

STEPHAN EICHER

U n d d i e au t o m a t e n

4 mars 2016

ARTHUR H

19 mars 2016

ANGELIN PRELJOCAJ

« Empty Moves » ( P A RT S I , II & III ) 2 avril 2016

Boulevard Victor Hugo - F - 62400 Béthune 03 21 64 37 37 - www.theatre-bethune.fr FNAC, Ticketnet & Digitick


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Esprit frondeur Un Selfie. C’est tout ce qu’il aura fallu à Vald pour devenir la nouvelle sensation du rap hexagonal. à force de talent exprimé tout en nonchalance, de Donkey Punch à la puissance dévastatrice et d’un sens du buzz aiguisé, le lyriciste d’Aulnay-sous-Bois a su se frayer un chemin jusque sous les projecteurs. Avec une facilité déconcertante. Il n’a pas dit Bonjour, mais Valentin Le Du est arrivé avec fracas sur la scène hiphop. Avec l’appétit d’un Ogre, c’est à 17 ans que Vald débarque poings en avant sur une planète rap tout d’abord sceptique. Qu’à cela ne tienne. Un bac scientifique et une licence en mathématiques-informatique en poche, c’est inspiré par le rappeur Alkpote que le Quidam du 93 empoigne le mic’ avec la ferme intention d’en faire son joujou. Aujourd’hui à l’aise comme un Poisson dans l’eau, Vald a tenu sa Promesse et prouvé qu’il est loin d’être le Branleur qu’il prétend être. Progressant sur scène comme dans un Journal Perso, il balance en 2014 son premier opus NQNTMQMQMB (Ni Queue Ni Tête Mais Qui Met Quand Même Bien). De quoi faire trembler le hip-hop français. Le jeune insolent a d'ailleurs plusieurs Cartes sous l’coude et le prouve avec son nouvel album NQNT2. Qui fait l’effet d’une bombe sonore au nonsense assumé. De 31.12, Bruxelles, Beb Brussels Event quoi greffer un énorme Smiley sur le visage de Brewery (FCKNYE Festival), 20h, 35/30€, www.eventbrewery.eu/fr Vald et celui de son alter ego artistique Sully29.01.2016, Beauvais, van. Dont les titres s’imposent d’eux-mêmes l’Ouvre-Boîte, 20h30, 14>9€ sur le web… et dans cet article ! Sonia Abassi

© Libitum

Vald


72 musique

© Shauna Regan

Jeff Mills & l’o.n.l Jeff Mills – qu'on ne présente plus – revient dans le coin quelques mois après avoir investi le Louvre-Lens. Après une première partie – The Chairman dances (1985) de J. Adams – l'Américain légendaire s'attaque aux Planètes (1918) de G. Holst. Une œuvre majeure du xxe siècle, dont l'on retrouve les traces dans la bande originale de Star Wars, de John Williams… Créée avec l'Orchestre symphonique de Porto – et jouée ici avec l’o.n.l – cette relecture inspirée a de quoi nous mettre des étoiles plein les yeux. 02.12, Lille, Le Nouveau Siècle, 20h, 50>5€, www.onlille.com // 04.12, Courtrai, Schouwburg, 20h15, 31€, www.schouwburgkortrijk.be

oncerts Csélection Mar 01.12 Wire Bruxelles, Botanique, 19h30, 20/17/14e

Mer 02.12 Omar Souleyman Bruxelles, Ancienne Belgique, 20h, 23e

Jeu 03.12 Arthur H Hazebrouck, Centre André Malraux, 20h, 32/27e

Jeff Mills + Spacid + B Live… Courtrai, De Kreun, 22h, 20e

Sam 05.12 Melanie De Biasio Hasselt, Cultuurcentrum, 20h, 24/22e No One Is Innocent Lille, Le Splendid, 20h, 25e Selah Sue Bruxelles, Forest National, 20h, 35e

Les Hurlements D'leo Wattrelos, La Boîte à Musiques, 20h, 12e

Soirée d'ouverture de MUSICVIDEOART : INCITE + Robin Kobrynski + Jacqueline Caux Tourcoing, Le Grand Mix, 20h, 5e

Etienne de Crécy + ATTAR! Bruxelles, Ancienne Belgique/ club, 20h, 10e

HK & Les Saltimbanques… Oignies, Le Métaphone, 20h30, 16>10e

Thomas Dutronc Bruxelles, Cirque Royal, 20h, 40>30e

Lénine Renaud + Au Tour Du Temps Dunkerque, Les 4 Ecluses, 20h30, 10/7e

Cali Hem, Zéphyr, 20h30, 39>10e

Ven 04.12 Soft Machine Eeklo, N9, 20h, 18/15e

Ten Years After Marche-en-Famenne, Wex, 20h30, 39/29e Marc Romboy + Fabrice Lig… Charleroi, Rockerill, 22h, 10e

Dim 06.12 Le Père Noël Rock # 7 Oignies, Le Métaphone, 16h, Un jouet neuf

Lun 07.12 Citizens ! Lille, L'Aéronef, 20h, 13/5e (Gratuit pr ls abonnés)

Mar 08.12 Aline + Salomé Leclerc… Liège, Reflektor, 19h, 15e The DØ Bruxelles, Ancienne Belgique, 20h, 28e dEUS Bruxelles, Cirque Royal, 20h, 43/39e

Mer 09.12 Barbarossa… Lille, La Péniche, 20h, 15/14e Benjamin Clementine Bruxelles, Ancienne Belgique, 20h, 28e The Pretty Things Verviers, Spirit Of 66, 20h, 25e


Kid Francescoli + Saycet Amiens, La Lune des Pirates, 20h30, 12/7e

Jeu 10.12 Abd Al Malik rencontre Albert Camus Valenciennes, Le Phénix, 20h, 35>9e Joseph d'Anvers + Tony Melvil Roubaix, La Cave aux Poètes, 20h, 12/10/8e Kid Francescoli Armentières, Le Vivat, 20h, 7e/ gratuit - 26 ans Tiga Bruxelles, Ancienne Belgique, 20h, 10e dEUS Liège, Le Forum, 20h, 41,50>35,50e Damien et Renan Luce Mouscron, Centre Culturel, 20h30, 27>23e

Ven 11.12 Django Django Bruxelles, Ancienne Belgique, 19h, 26e Debout sur le Zinc… Tourcoing, Le Grand Mix, 20h, 18/15e Arnaud Rebotini Mons, Alhambra, 20h, Gratuit

Raphael Liège, Le Forum, 20h, 45>39e Cactus in Love Boulogne sur Mer, Le Rollmops Théâtre , 20h30, 11>7e

Sam 12.12 Brigitte Charleroi, Palais des BeauxArts, 20h, 35>27e Terranova Mons, Alhambra, 20h, Gratuit dEUS Ostende, Kursaal, 20h, 44>36e Faithless Bruxelles, Palais 12, 20h, 46e

Lun 14.12 Lou Doillon Bruxelles, Ancienne Belgique, 20h, 28e

Mar 15.12 Grand Corps Malade Lille, Théâtre Sebastopol, 20h, 45>33e José González Anvers, De Roma, 20h30, 26>22e

Mer 16.12 Vianney Bruxelles, Botanique, 19h30, 21/18/15e

Jeu 17.12 The Magician + Martin Solveig Bruxelles, Ancienne Belgique, 20h, 19e

Ven 18.12 Rose Lille, Le Splendid, 20h, 26e Vitalic (Dj set) Anvers, Petrol Club, 23h, 16/11e Foreign Beggars Lille, Le Magazine, 23h, 15e

Sam 19.12 Le Père Noël est un rockeur Dour, Salle Doursports, 16h30 Jeanne Added + Martin Mey Lille, L'Aéronef, 20h, 22>10e Thylacine + TuRnStEaK… Dunkerque, Les 4 Ecluses, 20h30, 10/7e

Dim 20.12 The Color Bars Experience (Elliott Smith ’Figure 8’) : Jason Lytle + Troy Von Balthazar Lille, L'Aéronef, 18h, 18>8e

Jeu 31.12 Belgian Beats Bruxelles, Palais 12, 22h, 30e

Youssoupha

11.12, Lille, L’Aéronef, 20h, 29€, www.aeronef-spectacles.com 19.12, Bruxelles, Ancienne Belgique, 20h, 34/30€,

www.abconcerts.be

www.lm-magazine.com

© DR

« Les rats ne deviennent jamais roi même quand le lion est mort » scande Youssoupha. Flow cisaillé et textes pas idiots, Backary Potter se fait remarquer dès 1999, avant d’assurer les premières parties de Snoop Dogg, 50 cent... En 2007, son premier album solo, à chaque frère, l’assoit comme figure importante du rap conscient. Mais c’est avec NGRTD (2015) que le rappeur confirme sa réputation de lyriciste aux punchlines ravageuses.


74 écrans

La Chambre Interdite

À la recherche des films perdus Texte Audrey Jeamart Photo ED Distribution

Le cinéma, art des fantômes ? Le Canadien Guy Maddin (The Saddest music in the world, Winnipeg mon amour…) s’est laissé guider par cette idée pour réaliser le site Internet interactif Séances et le long métrage La Chambre interdite. Comme dirait le Comte Dracula : « Entrez sans crainte » !

À

l’origine du projet : des films perdus. De Murnau (Nosferatu), Ozu, Stroheim, Hitchcock, Borzage... À partir de leurs traces fantomatiques (photographies, coupures de presse), 100 courts-métrages ont été écrits puis tournés en public, au Centre Pompidou à Paris et au Centre Phi à Montréal. Et cela lors de séances de spiritisme destinées à établir le contact avec les esprits habitant ces films perdus, avec des acteurs invités à entrer


en transe (Mathieu Amalric, Charlotte Rampling, etc.). Le site Séances en propose des combinaisons aléatoires et éphémères, tandis que le film La Chambre interdite repose sur l’assemblage d’une trentaine de ces courts-métrages. L’histoire ? Dans un sous-marin où l’oxygène se raréfie, un équipage recherche son capitaine quand débarque un bûcheron, réchappé d’un clan d’hommes des cavernes qui ont enlevé sa bien-aimée… Expérience – Ce nouvel opus de Guy Maddin (et d’Evan Johnson) redonne tout son sens à l’expression galvaudée d’expérience cinématographique. L’ensemble brille par son inventivité folle à tendance surréaliste. Ses multiples scénarii – du conte à la comédie musicale en passant par le film d’aventures – s’enchâssent les uns dans les autres avec une fluidité vertigineuse. Le tout relevé par une matière visuelle numérique mais évoquant la texture de la pellicule en décomposition (craquelures, boursouDe Guy Maddin et Evan Johnson. Avec Roy Dupuis, Clara Furey, Louis Negin, Mathieu flures), assouvissant comme rarement Amalric, Charlotte Rampling, Maria de Medeiros, Udo Kier… Sortie le 16.12. notre soif d’images et d’émotions. à visiter / www.lachambreinterdite.fr


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Mia Madre

Une mère disparaît Près de 15 ans après La Chambre du fils, Nanni Moretti affronte à nouveau la douleur de la perte. Dans Mia Madre, la mort n’est plus celle accidentelle d’un enfant, mais celle trop prévisible d’une mère. Sans se priver de faire rire, le cinéaste italien bouleverse aux larmes. Des ouvriers s’avancent vers la police. Une banderole est déployée, des revendications clamées. Les manifestants tentent de franchir la grille de l’usine. « Coupez ! », crie Margherita, cinéaste quarantenaire reprochant à son chefopérateur de filmer en plan trop rapproché les coups portés par la police. à la scène suivante Margherita est au chevet de sa mère, hospitalisée, en compagnie de son frère (Moretti lui-même). Le film ne cessera dès lors de passer du cinéma à la mort, du collectif à l’intime, de la comédie au drame et du rêve à la réalité. « Ça n’a pas de rapport, mais ça a un rapport », disait Moretti dans Aprile. Ces mots éclairent une grande partie de l’œuvre. Nombre de ses films procèdent en effet par interruptions, dédoublements, empêchements, reprises. Ses personnages ne semblent jamais entièrement disponibles pour le drame. Une chose les occupe, une autre les préoccupe. De cet écart naît la mélancolie ou l’angoisse. Il faut voir comment Margherita s’efface devant son frère, comme si elle s’avouait incapable d’avoir la même prévenance à l’égard de leur mère. Mais c’est aussi cet écart – ce rapport sans rapport – qui permet de « mesurer à quelle distance de moi commence De Nanni Moretti, avec Margherita Buy, John Turturro, Giulia Lazzarini, l’autre », pour citer Serge Daney. L’émotion peut Nanni Moretti… Sortie le 02.12 alors nous étreindre. Raphaël Nieuwjaer

© Alberto Novelli / Sacher Film / Le Pacte

écrans


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The Other Side

Le cauchemar américain ire

Film-Documenta

Les états-Unis aiment à rappeler qu’ils sont la première puissance mondiale. Mais en son sein, le Pays de l’Oncle Sam recèle de communautés marginalisées par la pauvreté, la drogue ou la violence. C’est cette Amérique que Roberto Minervini raconte dans le documentaire The Other Side. « J’essaie d’être au plus près de mes sujets, jusqu’à me fondre en eux, et disparaître au milieu ». Après sa trilogie « texane », composée de The Passage, Low Tide et Stop the pounding heart, Roberto Minervini poursuit son travail de « cinéma-vérité ». Dans The Other Side, le réalisateur italien suit les pas de Mark et Lisa, un couple porté sur la drogue vivant à West Monroe, ville de Louisiane ravagée par la pauvreté. Il nous emmène aussi auprès de paramilitaires du Texas qui se préparent à vivre un éventuel conflit armé. Deux réactions face à un même sentiment d’abandon de l’administration Obama : d’un côté l’autodestruction, de l’autre une violence latente qui n’attend qu’une étincelle pour exploser. Dans les deux communautés, l’amour est présent mais ne suffit pas à apaiser des souffrances plus ou moins visibles. Explorant au maximum l’intimité de ses sujets, montrant parfois même le rapport sexuel, Minervini révèle « la guerre qui fermente en Amérique ». Un conflit permanent qui selon lui permet « d’affaiblir plus encore la classe pauvre, et de déchoir de leur droit de vote certains éléments perturbateurs de la société. » Ou quand le rêve amériDe Roberto Minervini, avec cain tourne au cauchemar. Nicolas Jucha Mark Kelly, Lisa Allen…

© Valerio Azzali

écrans


81 exposition

Chagall

De fil en musique Texte Julien Damien Photo M. Chagall, David à la mandoline, 1914, Coll. part. © Adagp, Paris 2015-Chagall

Après avoir présenté ses céramiques puis son travail sur les volumes, la Piscine de Roubaix s’intéresse cette fois à la musique dans la peinture de Chagall. En parallèle, le MUba Eugène Leroy de Tourcoing révèle son œuvre tissée, magistrale. Redécouvrons celui qu’Aragon nommait « l’homme violoncelle ».

C

hagall, un musicien ? Il aurait pu. Enfant, il jouait du violon avec son oncle. Il avait aussi une très jolie voix qu’il faisait entendre à la synagogue, songeant même à devenir chantre comme son grandpère. Il faut dire que dans la communauté juive hassidique où il naquit, la musique était omniprésente. « C’est un vecteur entre l’humain et le divin », souligne Bruno Gaudichon, commissaire de cette exposition qui rassemble plus de 200 toiles, à la Piscine. Finalement, Marc Chagall sera peintre. Mais la musique ne le quittera pas, traversant toute son œuvre. De façon évidente, avec les nombreux instruments qui peuplent, par exemple, ces scènes de rue à Vitebsk (Biélorussie) où il grandit. Clarinette, mandoline (dont jouait son Marc Chagall, L’Ange à la palette, 1927 – 36 © Dépôt du MNAM, Marseille, Musée Cantini frère David)… et puis le violon, bien sûr, qui représente pour Chagall, « les racines mais aussi l’instrument qu’on emporte avec soi, donc l’exil ». Mais cette partition s’entend aussi plus subtilement. Dans le rythme syncopé de ses compositions (L’homme à la tête renversée), l’harmonie des couleurs (L’ange à la palette) ou cette vision symphonique de la peinture, dans La chute de l’ange, « tableau d’alerte » illustrant la montée du fascisme. En fin de parcours, ses vitraux montrent comment « il inonde l’espace avec la couleur, comme le fait le son  ».


82 exposition

Mise en relief – Tout aussi singulière, l’œuvre tissée de Chagall, déployée dans les vastes espaces du MUba de Tourcoing, révèle « sa relation au monumental » selon Evelyne-Dorothée Allemand, conservatrice en chef du musée. L’accrochage rassemble une quinzaine de tapisseries réalisées d’après ses peintures par la licière Yvette Cauquil-Prince, dès 1964. La Parisienne sut gagner la confiance d’un Chagall déçu de sa collaboration avec le Mobilier National, avec qui il réalisa en 1962 une décoration pour la Knesset, mais qu’il jugea peu conforme à son travail. Ici, le visiteur contemple les œuvres originales accrochées à côté des tapisseries. Entre les deux : le carton (ou patron) réalisé par Yvette CauquilPrince. Conçu d’après un agrandissement photographique de la toile, celui-ci est parsemé de lettres et de chiffres qui découpent le tableau en petites zones. « C’est un langage très précis qui permettait ensuite à son équipe de tisser ». L’épaisseur de la tapisserie permet de restituer le relief de la peinture de Chagall. Elle dépasse, aussi, la « simple » fidélité à la toile pour en livrer une nouvelle lecture. « à travers cette transposition, ou mutation, Yvette Cauquil-Prince accentue plus ou moins certaines parties, c’est un travail très graphique et inventif » commente Evelyne-Dorothée Allemand devant Le gant noir, tableau merveilleusement « transposé » et, en même temps, réinterprété. Un autre Chagall, en somme.

Marc Chagall, Le Gant noir, 1923-1948, Huile sur toile 111 x 81,5 cm, Collection particulière © Adagp Paris, 2015, Photo : Ewald Graber

Yvette Cauquil-Prince, Le Gant noir, 2004, Carton de la tapisserie, 166 x 112 cm, Coll. part., © Adagp Paris, 2015, Photo : Archives Cauquil-Prince


Y. Cauquil-Prince d’après Marc Chagall, Le Gant noir, maître d’œuvre 2004, Tapisserie, basse lice, trame laine, chaîne en coton, 166 x 112 cm, Coll. part. © Adagp Paris, 2015, Photo : Archive Cauquil-Prince, Paris

Marc Chagall : Les sources de la musique Jusqu’au 31.01.2016, Roubaix, La Piscine, mar>jeu : 11h>18h // ven : 11h>20h // sam & dim : 13h>18h, 10/7€/ gratuit –18 ans, www.roubaix-lapiscine.com

Chagall - De la palette au métier Jusqu’au 31.01.2016, Tourcoing, MUba Eugène Leroy, tous les jours sauf mar : 13h>18h, 5/3€/gratuit –18 ans, www.muba-tourcoing.fr

Billet couplé pour les deux expositions : 12€


84 exposition

27 Marché des Modes e

Démarquezvous !

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85 exposition

Deux fois par an, le Marché des Modes transforme Roubaix en capitale de la création, accueillant une foule de flâneurs – et acheteurs ! – dans les allées de l’Ensait et du Vestiaire. Lignes épurées et bijoux graphiques, l’événement phare de Maisons

de Mode se met à l’heure hollandaise, sans oublier de valoriser les talents locaux.

Texte Marine Durand Photo Sébastien Gras

D’abord fureter, caresser les tissus, apprécier le savoir-faire d’une bague faite main ou d’une paire de bottines en cuir. Puis revenir sur un stand pour s’offrir une pièce coup de cœur, et porter haut les couleurs d’une mode différente, loin des standards des grandes enseignes. En 13 ans, la méthode a été éprouvée par nombre de jeunes filles, « mais aussi par des grands-mères venues faire leurs achats de Noël et ravies de discuter avec les créateurs », sourit Lucy Wattel-Coll. D’une édition à l’autre, la responsable de communication de Maisons de mode perfectionne le rendez-vous : « On nous a reproché de laisser trop de place aux bijoux par rapport au textile. Cette année, nous observons un ratio 50/50, et invitons une dizaine de stylistes des Pays-Bas, dans un décor reproduisant les docks d’Amsterdam ». Jeunes pousses – à côté de cette délégation hollandaise, on retrouve une centaine de marques françaises et belges et, comme toujours, la vingtaine de labels liés à Maisons de mode. Depuis 2004, la  « couveuse » a accompagné 132 créateurs dans ses boutiques-ateliers de Lille-Sud et Roubaix, dont trois ont été intégrés il y a un mois. Certains ont déjà fait leurs preuves, d’autres présentent ici leur toute première Du 04>06.12, Roubaix, Ensait, Le Vestiaire, ven : 16h>21h // sam : 11h>22h, dim : collection aux quelque 20 000 visi11h>19h, gratuit, www.maisonsdemode.com teurs du Marché. Un événement de taille en somme.

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Sélection 8

© Loic Sene / BODD

Peterson +Stoop

Ohiri Au milieu des bagues étoiles et autres bracelets qui pullulent sur les marchés, les bijoux d’Akébéhi Kpolo détonnent. Abstraites, racées et audacieuses – voir la sublime chaîne de corps Ehuna – ses pièces s’inspirent de la culture Akan, une ethnie d’Afrique de l’Ouest. Un héritage que la jeune femme, qui a créé sa marque en 2011 avant de rejoindre Maisons de Mode en novembre dernier, revendique, jusqu’à faire travailler deux artisans ivoiriens. On avait rarement marié avec autant d’élégance design et authenticité. www.ohirikreation.com

Passée pour l’une par la ArtEZ Art school de Arnhem, pour l’autre par le Royal College of Art de Londres, les deux Néerlandaises Jelske Peterson et Jarah Stoop ont accolé leurs noms de famille pour baptiser leur marque de chaussures. Créée en 2013 à Amsterdam, celle-ci se distingue par des modèles architecturaux à l’esprit couture, telle cette paire de talons à contrefort évasé masquant une bride « élastiquée ». à ne pas manquer sur le stand hollandais. www.petersonstoop.com

« Réhabilitons le port du nœud papillon ». Voici le mantra du Colonel Moutarde. Derrière ce personnage truculent à la tête de trois boutiques, on trouve Rémi Duboquet et Clémence Yon, deux trentenaires qui ont lancé leur griffe fin 2011 puis rejoint Maisons de Mode en 2014. à pois, à rayures, imprimés, forme slim ou classique, sobres ou colorés, plus de 300 références de nœud pap’ « cousus mains à Lille » sont disponibles, ainsi qu’une gamme de caleçons assortis. www.lecolonelmoutarde.com

Ninii

à suivre / Fanny Dheygere et sa marque , pétillante et décalée. Du sweat cornet de frites au top cropped en lycra brillant, sa première collection cultive une esthétique pop et dans l’air du temps. www.ninii.fr

© Peterson+Stoop

Le Colonel Moutarde


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Braderie de l’art

Détournement créatif Prenez 150 artistes venus de toute l’Europe, enfermez-les à la Condition publique pendant 24h et observez-les à l’œuvre. Depuis 1991, la Braderie de l’art permet aux Roubaisiens de percer le mystère de la création à partir d’objets et de matériaux de récupération. à vos marques, prêts, créez ! « Bouillonnant ». C’est ainsi que Sabine Duthoit, porte-parole de l’association Art Point M, décrit la Braderie de l’art. Le concept reste inchangé depuis son lancement : mettre à disposition de peintres, graffeurs, soudeurs ou sculpteurs une matière première gratuite, à transformer le temps d’un week-end en œuvres d’art vendues entre 1 et 300 euros. Imaginée par la plasticienne Fanny Bouyagui, la manifestation n’a pas tardé à trouver son public, entre acheteurs déterminés et fêtards noctambules venus profiter de l’effervescence du lieu. Le succès de la Braderie ne se dément pas car elle a su se renouveler : « on a amorcé un virage design, et les technologies du fab lab trouvent peu à peu leur place ». Une poignée de designers ont ainsi été sollicités pour concevoir des objets à l’aide d’une imprimante 3D. Plébiscité dans la métropole lilloise, le rendez-vous a obtenu une nouvelle reconnaissance en étant labellisé Cop21. Mais la consécration pourrait venir loin de nos frontières : après Liège, Rio de Janeiro propose en décembre sa première Braderie de l’art. Et Sabine Duthoit de s’amuser : « Ils ont même gardé 05 > 06.12, Roubaix, La Condition publique, le nom, alors qu’il ne veut absolument rien sam : 19h>3h30 // dim : 8h30>19h, gratuit, www.labraderiedelart.com dire en portugais ! ». Marine Durand

Photo © Philippe Bousbib

exposition


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Le château de Versailles en 100 chefs-d’œuvre Après Roulez carrosses ! place à une sélection de pièces emblématiques provenant du domaine du Roi Soleil. Des chefs-d’œuvre qui pour beaucoup quittent leur écrin d’origine pour la première fois. La scénographie en trompe-l’œil nous projette d’abord dans les fastueux appartements privés puis à l’extérieur du château, entre les fontaines, les bosquets et le groupe sculpté Apollon servi par les nymphes. Arras, jusqu’au 20.03.2016, Musée des beaux-arts, lun>ven (sf mar), 11h>18h // sam & dim, 10h>18h30, 7,50/5€/gratuit (-18 ans), www.versaillesarras.com

Dessus Dessous

François Schuiten

Annette Messager investit le Musée des beaux-arts et la Cité de la dentelle et de la mode de Calais pour créer 14 œuvres et installations. Le travail de cette figure de l’art contemporain, empreint de féminisme, mêle les formes et les matériaux, le tragique et le ludique. Dans Dessus Dessous, il est ainsi question d’odyssée, de déplacements, de Rodin mais aussi de mode, de couturières, de collants et de soutiens-gorge.

Célèbre pour Les Cités Obscures, réalisées avec Benoît Peteers, François Schuiten révèle des mondes imaginaires dans une exposition qui mêle planches originales, sérigraphies, lithographies, affiches… Pour l’occasion, le dessinateur de BD a créé une nouvelle planche en relation avec un lieu emblématique de la région, la Tour St-Albert à Binche. Un voyage urbain fascinant, entre futurisme et mystères.

Calais, jusqu’au 15.05.2016, Musée des beaux-arts : ts les jours sauf lun : 10h>12h & 14h>17h // dim : 14h>17h, 4/3€ // Cité de la dentelle et de la mode : ts les jours sauf mar : 10h>17h, 5/3,50€ // pass deux musées : 7/5€

La Louvière, jusqu’au 07.02.2016, Centre de la gravure et de l’image imprimée, mar>dim : 10h>18h, 7>2€/ gratuit (-12 ans), www.centredelagravure.be

L’Homme, le dragon et la mort. La Gloire de saint Georges Mons 2015 interroge la figure légendaire de saint Georges. Héros local, protecteur de centaines de villes européennes, sa lutte contre le dragon personnifie le combat entre le bien et le mal, mais aussi celui de l’Homme contre lui-même. Cette exposition propose une sélection de peintures, sculptures ou dessins représentant le saint et les traditions populaires qui l’entourent. Hornu, jusqu’au 17.01.2016, Mac’s, mar>dim : 10h>18h, 8/5/2/1,25€/gratuit (–6 ans), www.mac-s.be

Louis XV enfant, Augustin Justinat © Château de Versailles, Dist RMN / © Jean-Marc Manal

théâtre exposition & danse

Agenda


92

Agenda

Dansez, embrassez qui vous voudrez Plus que jamais salutaire, le Louvre-Lens rend hommage au goût français et au bonheur de vivre en célébrant la Fête galante et la Pastorale. Répondant à une soif de liberté durant la Régence, ces sujets furent d’abord popularisés par Antoine Watteau. Peintures, mobilier, céramiques, tapisseries, costumes… dans une scénographie bucolique, l’exposition réunit quelque 220 œuvres qui témoignent, simplement, de la joie de vivre et des délices de l’amour. Lens, 05.12>29.02.2016, Louve-Lens, ts les jours (sf mar) : 10h>18h, 10/5€/gratuit( -18 ans), www.louvrelens.fr

Joie de vivre

Séoul, Vite, Vite !

Le Palais des beaux-arts examine les différentes manifestations de la joie de vivre à travers 120 œuvres réparties en six sections – « Bonheurs », « Sous le soleil », « Liens », « Liesses », « Corps joyeux » et « Rires ». Cette première grande exposition sur le sujet montre comment la gaieté ou l’hédonisme ont de tous temps inspiré les artistes, de Rodin à Murakami, en passant par Picasso ou Niki de Saint-Phalle.

Détruite au sortir de la Seconde Guerre mondiale, Séoul est devenue la 3e mégalopole la plus peuplée du monde. Une mutation qui s’est opérée en quatre décennies. à travers Séoul, Vite, Vite !, 25 artistes coréens livrent leur vision de cette cité géante qui symbolise à merveille la Renaissance. Le titre de l’exposition reprend une expression locale, et traduit aussi tous les contrastes et les doutes d’une ville écartelée entre passé et futur.

Lille, jusqu’au 17.01.2016, Palais des Beaux-Arts, lun : 14h>18h // mer, jeu, ven : 10h>18h // sam & dim : 10h>19h, 10/8/7€, www.pba-lille.fr

Lille, jusqu’au 17.01.2016, Tripostal, mer>dim 10h>19h, 8/4€ (+ Tu dois changer ta vie), www.renaissance-lille.com

Là où commence le jour, Ce parcours initiatique a pour thème l’émancipation de l’individu par la connaissance du monde. Ceci prend la forme d’un récit poétique débutant au crépuscule pour s’achever à l’aube. Le visiteur déambule au milieu d’œuvres d’art contemporain (vidéos, photographies, sculptures...), qui l’interrogent sur son rapport à l’espace, au temps, à la nature, avant sa renaissance, aux premières lueurs du jour. Villeneuve d’Ascq, jusqu’au 10.01.2016, LaM, mar>dim : 10h>18h, 7/5€/gratuit (-12 ans), www.musee-lam.fr

Manufacture de Vincennes, L’agréable leçon © RMN-Grand Palais (musée du Louvre) / Stéphane Maréchalle

théâtre exposition & danse


94 thÊâtre & danse


December Dance

Danse avec les dieux Texte Marine Durand Photo Speak low if you speak love © Danny Willems

Après Sidi Larbi Cherkaoui (2007), Anne Teresa De Keersmaeker (2009), Akram Khan (2011) et Wim Vandekeybus (2013), le Concertgebouw et le Cultuurcentrum de Bruges offrent en toute logique la programmation de December Dance à Jan Fabre. Réunissant ses créations et celles d’interprètes ayant travaillé sous sa direction, l’inclassable Flamand présente une 9e édition riche et osée.

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onner carte blanche à Jan Fabre ? Une évidence pour Samme Raeymaekers, le directeur artistique de December Dance : « La quasi-totalité de ses performances théâtrales et dansées, de ses solos et monologues a été montrée à Bruges. Il fait partie de cette génération ayant provoqué, à la fin des années 1980, une onde de choc dans le paysage chorégraphique international ». L’approche artistique du plasticien, cohérente avec la philosophie du festival, a aussi été décisive. « Chez Fabre, les interprètes ne sont pas de simples exécutants mais des co-créateurs, incités à trouver le chemin qui leur est propre. Il les appelle ses “guerriers de la beauté” ».

Toujours plus loin – Armée de corps nus chez Olivier Dubois, danseurs encordés et voilés chez Wim Vandekeybus, confrontation trash entre amants par Annabelle Chambon et Cédric Charron, transe en solo signée Lisbeth Gruwez… Dans chacune des performances présentées ici, mixant les styles et les disciplines, proposées aussi bien par des artistes émergents que confirmés, se retrouve la patte du maître. Jan Fabre lui-même continue de repousser les limites 02.12>13 .12, Bruges, Concertgebouw, Cultuurcentrum, divers horaires, 33>7€, concertgebouw.be, ccbrugge.be de son art. Avec Mount Olympus, Programmation : 02.12 : Les Guerriers de la beauté montré pour la première fois en (P. Coulibeuf) // 04.12: Doctor Fabre will cure you Belgique, il remonte à la source (P. Coulibeuf) // 05 & 06.12 : Mount Olympus... (J. Fabre/Troubleyn) // 09.12 : Speak low if you speak de la tragédie grecque à travers un love (W. Vandekeybus/Ultima Vez) // Lisbeth Gruwez monstre théâtral de 24 heures interdances Bob Dylan (L. Gruwez/ M. Van Cauwenberghe) // 10.12 : Le Pouvoir des folies théâtrales (J. Fabre/ prété par 27 performers – prévoir Troubleyn) // 11.12 : I promise this is the last time boissons et en-cas, voire sacs de (A. Chambon/C. Charron) // 12.12 : Angel of death (J. Fabre/Troubleyn) // Tragédie (O. Dubois) // couchage. Une expérience unique et 13.12 : Spotted (M. S. Guojonsdottir)... déjà culte.


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Camille & Raphaëlle Boitel

Enfants de la balle Les Boitel, c’est avant tout une histoire de famille. Une fratrie de quatre engagée dans le cirque, jonglant entre les talents et une maman qui les suit depuis le début. Parmi eux, Camille et Raphaëlle déploient leur univers remuant durant le bien nommé festival Multipistes. Rencontre. Petits, Camille et Raphaëlle plongent dans le cirque tête la première, « en essayant d’apprendre à peu près tout » résume Camille. Il devient acrobate, musicien, jongleur, tandis que Raphaëlle se mue en contorsionniste, danseuse et voltigeuse. Voguant d’agrès en disciplines sans jamais se cantonner à une spécialité. Puis ils montent des spectacles de rue, notamment pour se payer la formation de la grande école Fratellini. Ils y rencontrent James Thierrée, qui les entraîne sur les routes pendant des années. L’univers des Boitel est foisonnant, habité de scénographies impressionnantes. Les mises en scène débordent de poésie chez Raphaëlle, qui déroule les jeux de l’amour et du hasard (à trois) dans Consolations et défie les lois de l’équilibre dans 5èmes Hurlants. De son côté, Camille présente L’Homme de Hus, « l’histoire d’un homme en proie à la dégringolade, qui a tout perdu et se livre sur le plateau, parmi les décombres de sa vie ». 01.12, La Jubilation, 19h + 5èmes Hurlants, Sur un autre ton, il donne une conférence sur 20h30, Douai, Hippodrome, 10€ 02.12, 5èmes Hurlants Douai, Hippodrome, la jubilation, en duo avec Pascal Le Corre, 20h, 8€ 07 & 08.12, L’homme de Hus, Arras, à travers une joute « d’acrobaties verbales Théâtre, lun : 20h30 // mar : 20h, 8€ où l’on risque de se casser la figure à tout 12.12, La Jubilation + Consolations ou interdiction de se jeter par dessus bord, moment ! » Soit deux façons d’interroger la Arras, Théâtre, 20h30, 10€, condition humaine, la fragilité de l’existence. www.tandem-arrasdouai.eu Le résultat est vertigineux. Marie Pons

5emes Hurlants © Tristan Baudoin

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Certifié conforme

© Pascalito

Daesh, polémiques autour du mariage pour tous, de la fin de vie, politiques qui dérapent… Quelle époque formidable ! Enfin, surtout pour Stéphane Guillon. Trois ans après Liberté (très) surveillée, le pourfendeur de la bien-pensance remonte sur scène pour un one-man-show conforme à son humour vitriolé. Et il ne s’interdit aucun sujet. Prenant le parti de nous inviter à rire des choses graves – et tristes – plutôt que d’en pleurer. Et ça fait du bien. 04.12, Aulnoye-Aymeries, Th. Léo Ferré, 20h, 15/10€, www.lemanege.com 05.12, Woluwe-Saint-Pierre, W:Halll, 20h30, 32€, www.whalll.be 17.12, Lille, Théâtre Sébastopol, 20h, 43>39€, www.theatre-sebastopol.fr 18.12, Béthune, Théâtre, 20h30, 42>38€, www.theatre-bethune.fr

Cold Blood Ni suite ni épilogue, Cold Blood est, après le phénomène Kiss and Cry, le deuxième spectacle d’un collectif formé par le réalisateur Jaco Van Dormael, la chorégraphe Michèle Anne De Mey et l’auteur Thomas Gunzig. Cette association prestigieuse a donné naissance à une nouvelle façon de raconter des histoires. Un nano-monde narré du bout des doigts – en direct – confrontant cinéma, musique, danse, théâtre et bricolages géniaux. à ce jeu de mains pas vilain s’ajoutent les pieds et les genoux… et toujours autant de poésie.

Répétition Quatre amis répètent leur dernier spectacle dans un gymnase. Ils travaillent ensemble depuis 20 ans. Il y a l’auteur, Denis (Podalydès), le metteur en scène, Stan (Nordey) et les deux actrices, qui sont aussi leurs femmes respectives : Audrey (Bonnet) et Emmanuelle (Béart). Mais un regard appuyé de Denis vers Emmanuelle va provoquer l’implosion de la troupe. Jalousies, rancœurs… C’est le grand déballage. Dans cette pièce de Pascal Rambert, chacun s’interpelle via des monologues qui font tout valser : amours, rêves, amitiés… 16 > 18.12, Valenciennes, Le Phénix, 20h, 28>9€

© Marc Domage

08 > 15.12, Mons, Théâtre le Manège, 20h sauf dim : 16h, 11€, www.lemanege.com // 22 > 29.04.16, Namur, Théâtre // 15 > 25.09.2016, Bruxelles, KVS // 04 > 08.10.2016, Charleroi, Charleroi-Danses


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Hänsel und Gretel

Réécrire l’histoire De la poignée d’opéras créés par le compositeur allemand Engelbert Humperdinck, la postérité a surtout retenu le « conte théâtral » Hänsel und Gretel, donné pour la première fois en 1893 sous la direction de son mentor, Richard Strauss. Le collectif d’artistes américains Manual Cinema en propose pour La Monnaie une version concert mêlant images projetées et marionnettes, traversée de thématiques actuelles. Si l’histoire des frères Grimm a été expurgée par Humperdinck de ses morceaux les plus sombres – la marâtre devient une mère désespérée tandis que les enfants bénéficient de la protection d’anges – Manual Cinema choisit d’y introduire une dimension moderne. « Nous nous sommes inspirés de villes comme New York ou Chicago au tournant du xxe siècle », raconte Drew Dir, l’un des cinq membres du collectif. « C’est comme si la révolution industrielle, qui créa autant de richesse que de misère, avait laissé la famille d’Hansel et Gretel du côté des perdants ». En plateau, le conte prend corps à la façon d’un « théâtre d’ombres cinématographique ». Dialoguant avec les six interprètes, une centaine de marionnettes de papier s’animent au moyen de rétroprojecteurs permettant d’alterner plans larges et serrés. Sur le devant de la scène, l’orchestre symphonique dirigé par le chef Lothar Koenigs, fait honneur aux mélodies poéD’après Engelbert Humperdinck tiques aux accents wagnériens. Reste le chœur (chanté en allemand, sur-titré FR / NL) d’enfants de La Monnaie, ponctuant avec fraî15.12>22.12, Bruxelles, Palais des Beaux-Arts, mar & ven : 20h // dim : cheur un récit conçu pour des oreilles adultes 14h, 112>28€, www.lamonnaie.be mais capable de toucher tous les publics. M. Durand

Lothar Koenigs © A.P. Englert

théâtre & danse


102 théâtre & danse

La Revue des Galeries

Agenda

Bernard Lefrancq / David Michels

© Fabrice Gardin

Au Théâtre des Galeries, fin d’année rime avec… actualité. Enfin, plutôt décalée. Dans la grande tradition du théâtre de boulevard, La Revue passe les grands événements de l’année 2015 – graves ou légers, belges ou internationaux – à la moulinette de l’humour. Sketchs, imitations, chansons mais aussi chorégraphies, music-hall… Un menu soulevant des vagues de rires et d’émotion, pour aborder 2016 du bon pied. 02.12>24.01.2016, Bruxelles, Théâtre des Galeries, 20h15 (sauf dim et le 12.12, le 19.15, le 09.01.2016, le 16.01.2016, le 20.01.2016 & le 23.01.2016 : 15h), 29>10€, www.trg.be

Plexus

Slava’s Snowshow

Aurélien Bory / Kaori Ito

Slava Polunin / Victor Kramer

Aurélien Bory a créé un spectacle surmesure pour Kaori Ito. Un solo bâti comme un réseau, où la danseuse japonaise flotte au milieu d’une forêt de cinq mille fils, dans un décor en clairobscur. Dans cette pièce qui se situe entre magie, marionnette et cinéma, elle se débat lentement, suspendue entre ciel et scène, comme un pantin désarticulé qui révèle son monde intérieur. Livrant une surprenante réflexion sur la condition humaine.

De son enfance en Sibérie, en pleine dictature soviétique, Slava Polunin en tire un spectacle surréaliste, entre ballet et improvisation. Une quinzaine de clowns se succèdent sur scène et dans la salle, envahies par un tourbillon de neige de papier ou une toile d’araignée géante. Quelque part entre Charlie Chaplin et le mime Marceau, ce gros bonhomme jaune en chaussures rouges dit la joie, la mort et l’amour, sans prononcer un mot.

05.12, Calais, Le Channel, 19h30, 10/5€, lechannel.fr

09>13.12, Roubaix, le Colisée, mer, jeu, ven : 20h30 // sam : 16h & 20h30 // dim : 15h & 19h, 45>15€

Peeping Tom Franck Chartier / Gabriela Carrizo

Le duo franco-argentin aime brouiller les pistes, entre théâtre et danse, vacillant du côté de l’étrange. Dans Vader, Peeping Tom met en scène un vieil homme dans une maison de repos. Entre aliénation, vie et mort, les souvenirs et le rêve prennent le dessus sur son quotidien. Une frontière aussi ténue dans 32 rue Vandenbranden. Ici, six personnages coincés dans un paysage enneigé voient leurs perceptions viciées. Sont-ils vraiment ceux qu’ils croient être ? Vader : 08>11.12, Bruxelles, KVS, 20h, 20>9€ + 28.01.2016, Dunkerque, Le Bateau Feu + 30.01.2016, Courtrai, Schouwburg) // 32 rue Vandenbranden : 15>19.12, Bruxelles, KVS, mar, ven, sam : 20h // jeu : 14h30, 20>9€


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Agenda

théâtre & danse

What if they went to Moscow

© Marcelo Lipiani

Christiane Jatahy / Cie Vertice de Teatro / Anton Tchekhov

Tchekhov mettait en scène trois sœurs se morfondant dans la campagne russe, rêvant de fuir à Moscou mais sans jamais s’exécuter. Et si elles étaient parties ? La Brésilienne Christiane Jatahy répond à cette question en croisant théâtre et cinéma. Tandis qu’on joue la pièce, un film est réalisé puis projeté en direct. Il montre ces trois sœurs exauçant leur vœu sans que les personnages, restées sur scène – dans la réalité – ne puissent l’atteindre. Soit deux faces possibles d’une même œuvre. Et de la vie. 10 et 11.12, Lille, maison Folie Wazemmes, 19h et 21h30, 12/8€

Caligula

Discours à la nation

Guy Cassiers / Toneelhuis / Albert Camus

Ascanio Celestini / David Murgia

« C’est drôle. Quand je ne tue pas, je me sens seul ». Ainsi parle le plus cruel des empereurs romains. Ce sont du moins les mots que lui prête Albert Camus dans sa tragédie publiée en 1944. L’histoire est connue : à la mort de sa sœur et maîtresse Caligula prend conscience de la finitude de l’existence. Refusant cette absurdité, il se confond en violence pour balayer les illusions de son entourage. Guy Cassiers s’empare de cette figure du pouvoir pour livrer un réquisitoire contre la dictature, doublé d’un drame philosophique.

En haut d’une estrade formée de cageots, David Murgia se glisse tour à tour dans la peau d’un patron, d’un financier, d’un syndicaliste… Bref, des acteurs de ce monde. Ultralibéralisme, globalisation, surpopulation… le comédien belge de 27 ans s’empare de leur parole pour mieux la tourner en dérision, nous livrant en 1 h 20 un discours à la nation grotesque, cynique, aberrant, drôle, mais terriblement réaliste. On rit, et puis on réfléchit…

03.12, Hasselt, Cultuurcentrum, 20h, 18/16,50€ // 10>12.12 Bruxelles, Kaaitheater, 20h30, 20/16/8€

10.12, Péruwelz, Foyer Culturel Arrêt 59, 20h, 10/7€, arret59.be // 13.12, Armentières, Le Vivat, 17h, 21/14/7€, www.levivat.net

Henry VI, cycle 2 Thomas Jolly / Cie La Piccola Familia / William Shakespeare

En montant cette trilogie de Shakespeare, Thomas Jolly signe un morceau de bravoure. Car Henri VI, c’est d’abord une histoire de chiffres : 200 personnages, une vingtaine de comédiens et 18 heures de spectacle ! Après la première partie de cette saga historique, présentée en janvier, voici donc la deuxième. Un marathon théâtral de 8 h 30 qui mêle le tragique au bouffon, nous plongeant cette fois au moment où se fomente la guerre des Deux-Roses... 12.12, Dunkerque, Le Bateau Feu 14h>22h30, 12€, www.lebateaufeu.com


106 le mot de la fin

Star Wars Characters On Vacation – Même Dark Vador a droit à quelques vacances – à vrai dire, toute cette promo autour de Star Wars VII commence à le fatiguer. Pendant qu’il sirote son thé dans une vallée fleurie, les stormtroopers se baladent en tandem, comme nous le révèlent les créations digitales de Kyle Hagey. Mais où sont encore passés Han Solo et la princesse Leia ? kylesgallery.com


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LM magazine 113 décembre 2015  

LM magazine décembre 2015, Let'smotiv, cultures et tendances urbaines, sortir Nord-Pas de Calais, Belgique, Lille, Bruxelles

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