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n째112 / novembre 2015 / GRATUIT

nord & belgique Cultures et tendances urbaines


Sommaire

LM magazine n°112 - Novembre 2015

06

News 10

36

82

Rencontre

Exposition

Bertrand Belin

Nicolas Wilmouth, Entretien avec Annette Messager, François Schuiten, Là où commence le jour, L’Homme, le Dragon et la Mort, Joie de Vivre… Agenda

Reportage Liberland Micro-terre promise

40

Musique

18

Portfolio Brest Brest Brest

Festival Tour de Chauffe, Kitty, Daisy & Lewis, Kraftwerk, Blick Bassy, Lou Doillon, Les Innocents, Ought… Sélection concerts

62

Disques 64

Livres

114

Théâtre & Danse Next Festival, Jan Martens, New York Express, Les trois petits vieux qui ne voulaient pas mourir, Collectif l’Avantage du doute… Agenda

66

écrans Le cinéma Bis, Arras Film Festival, The Visit, Séries

26

Enquête La Compagnie des spectres

138

Le mot de la fin Pochettes-surprises

Liberland © Elisabeth Blanchet / Affiche festival 360° © Brest Brest Brest / Bertrand Belin © Philippe Lebruman / Affiche Caltiki, Le monstre immortel © Medusa / Still Life © Nicolas Wilmouth / The Dog Days Are Over, Jan Martens © Piet Goethals


LM magazine France & Belgique

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Ont collaboré à ce n° : Ont collaboré à ce n° : Thibaut Allemand, Elisabeth Blanchet, Rémi Boiteux, Julien Bourbiaux, Madeleine Bourgois, Julien Collinet, Mathieu Dauchy, Marine Durand, Patricia Gorka, Arnaud Jarsaillon, Audrey Jeamart, Nicolas Jucha, Benjamin Leclerc, Clément Perrin, Rémy Poncet, Marie Pons, Marie Tranchant et plus si affinités. LM magazine France & Belgique est édité par la Sarl L'astrolab* - info@lastrolab.com L'astrolab* Sarl au capital de 5 000 euros - RCS Lille 538 422 973 Dépôt légal à parution - ISSN : en cours L’éditeur décline toute responsabilité quant aux visuels, photos, libellé des annonces, fournis par ses annonceurs, omissions ou erreurs figurant dans cette publication. Tous droits d’auteur réservés pour tous pays. Toute reproduction, même partielle, par quelque procédé que ce soit, ainsi que l’enregistrement d’informations par système de traitement de données à des fins professionnelles, sont interdites et donnent lieu à des sanctions pénales. LM / Let'smotiv est imprimé sur du papier certifié PEFC. Cette certification assure la chaîne de traçabilité de l’origine du papier et garantit qu'il provient de forêts gérées durablement. Ne pas jeter sur la voie publique.

Papier issu de forêts gérées durablement


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© Mr. (C)

news

News

Portrait-robot Voila ce qu’on appelle marier le fond et la forme. Ce portrait de Jimi Hendrix est l’œuvre de l’artiste Christian Pierini Macêna – alias Mister C. Il a été réalisé en assemblant des instruments de musique : amplis, guitares, vinyles… Dans le même genre, le Brésilien a également croqué Albert Einstein (avec des composants d’ordinateurs et des câbles) ou Dali (avec des dessins et des photos). www.facebook.com/MisterCopyrigh

© COLAS-Joachim-Bertrand

Autoroute du soleil « Là où on va on n’a pas besoin de route », lance le Doc à Marty McFly. Eh bien il se trompe, car nos routes vont très bientôt produire… de l’électricité. L’entreprise Colas, filiale de Bouygues, a conçu un revêtement constitué de cellules photovoltaïques qui sera commercialisé dès janvier 2016. Ces dalles de 15 cm de côté ont été testées avec succès à Chambéry et Grenoble. Il en ressort qu’une “wattway” d’1 km fournit assez d’énergie pour éclairer une ville de… 5 000 habitants ! Lumineux. www.colas.com


© DR

Roubaix Vintage Weekender Du rockabilly aux fringues disco, du vinyle rare au petit meuble orange… 70 stands consacrés à la musique, la mode ou la littérature comblent une foule de “rétromaniaques”. Puis, entre un concert des Bellfuries ou de Freddie Notes (“le James Brown jamaïcain”), on nous autorise à faire du cinéma grâce à l’Usine de Films Amateurs de Michel Gondry. (voir notre édition d’octobre) 06>08.11, Roubaix, la Condition Publique, ven : 17h>23h30 // sam : 11h>01h // dim : 11h>19h, Gratuit, www.laconditionpublique.com

Où sont les femmes ?

More Women © Elle UK

Les images en disent plus qu’un long discours. Tenez, cette campagne qui dénonce le sexisme lancée par le magazine Elle (#ElleFeminism). Un petit montage effaçant les hommes de photos de groupes officiels (aux Nations Unies, à la Maison Blanche) ou sur les plateaux de télé révèle que la gent féminine se retrouve minoritaire en tous lieux de pouvoir… Sans commentaire. #ElleFeminism

Dessinez c’est pas gagné Il est interdit de prendre des notes ou de dessiner au musée Magritte à Bruxelles. Une mesure assez surréaliste dont s’est ému le site de défense des usagers de la culture Consoloisir, suite à la plainte d’une visiteuse expulsée des lieux après avoir sorti son crayon. Certes, on se souvient du coup de marqueur qu’avait subie en 2013 La Liberté guidant le peuple d’Eugène Delacroix, au Louvre-Lens. Mais trop de sécurité ne tue-t-elle pas la liberté, justement ?


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© lalibre.be

news

Des bulles sous la tapisserie

Et si les hommes politiques se faisaient tatouer leurs promesses de campagne ? C’est le défi (et le joli coup de pub) lancé par l’équipe de MLT Tattoo aux candidats aux élections fédérales, à Montréal. On doute qu’il soit suivi d’effets… Le mensonge dans la peau ? N’exagérons rien mais, n’est-ce pas Henri Queuille, ancien président du Conseil sous la ive République qui avouait : « Les promesses n’engagent que ceux qui les écoutent » ? Une phrase qui mériterait au moins un petit décalco, non ?

Super quotidien Mais que fait donc Batman quand il n’est pas occupé à sauver le monde ou à tabasser le Joker ? Eh bien rien d’extraordinaire. Il se coupe les ongles de pied, plonge dans un tas de feuilles mortes, ingurgite placidement des céréales… Bref, comme le révèle une série de gifs de l’artiste Sarah J (Ordinary Batman Adventures), il s’ennuie un peu. sarahj-art.tumblr.com

Ordinary Batman Adventures © Sarah J.

© MLT Tatoo

Des dessins originaux de Franquin (Gaston Lafaffe) Peyo (Les Schtroumpfs) ou Roba (Boule et Bill) ont été trouvés sous plusieurs couches de papier peint dans un appartement bruxellois. Ils y sont dissimulés depuis plus de 50 ans ! La découverte (datant de 2013 mais révélée récemment) a été faite lors de travaux menés par le Syndicat libre de la fonction publique. Ce local abritait auparavant l’agence de distribution de BD World Press, où tout ce joli monde se rencontrait !


10 reportage

Sur le Danube à quelques kilomètres du Liberland, Bezdan (Serbie).


11 reportage

L.I.B.E.R.L.A.N.D. Liberté, Egalité, Money Texte Elisabeth Blanchet Photo E. Blanchet & Agnès Villette

Il était une fois un petit bout de terre en forme de cœur. 7 km2 de forêts, de clairières et de plages donnant sur le Danube. Et qui, officiellement, ne sont ni en Serbie ni en Croatie. Une “terra nullius” en jargon juridique, jusqu’à ce que Vit Jedlicka, tchèque de nationalité et libertarien de pensée, en devienne le président. Le 13 avril dernier ce libéral eurosceptique plantait un drapeau sur ce territoire dont personne ne voulait. Et fondait le Liberland, la dernière micronation en vogue. Voyage au croisement de frontières (très) floues, entre anarchie et ultralibéralisme.


Rien à déclarer ? Dommage !

Lcomme libertarien,

soit « un « Chacun peut partisan d’une philosophie politique et économique qui repose sur la liberté postuler, à condition individuelle conçue comme fin et moyen, de considérer la d’après le Petit Larousse. Les libertariens se distinguent des anarchistes par leur propriété privée attachement à la liberté du marché et des libéraux par leur conception très micomme sacrée » nimaliste de l’état ». C’est sur ces principes que Vit Jedlicka a créé le Liberland. « L’état se limitera aux affaires étrangères, la gestion de la citoyenneté et le cadastre », serine-t-il. Proposition plausible ou vaste plaisanterie ? « Je veux faire du monde un endroit plus libre, concevoir un état qui serait un modèle. Regardez Monaco, Hong Kong ou le Liechtenstein : là où on laisse les gens vivre, la société s’épanouit »...

I comme identité.

« Tu le vois comment le passeport du Liberland ? » L’ambiance est au brainstorming au QG de la LSA, la branche opérationnelle du Liberland. Ceux qui passent par ici espèrent obtenir la citoyenneté liberlandaise. La demande peut se faire sur le Net et, depuis la mise en ligne de liberland.org, Vit en a reçues plus de 370 000 du monde entier. N’importe qui peut postuler, à condition de respecter les opinions d’autrui, de considérer la propriété privée comme sacrée, de ne pas être communiste ou nazi, de ne pas avoir commis de crimes et de contribuer à l’édification de la nation. >>>


13 Les pionniers du Liberland.

reportage

Kenneth Lilieholm, Niklas Nikolajsen et Vit Jedlicka se croient Ă Yalta.

>>>


B comme bitcoin.

Autour de la table de la LSA, au milieu du ballet des jeunes et des moins jeunes qui passent, se baignent dans le canal ou cuisinent, le débat vire inévitablement aux bitcoins… Pour l’heure, le Liberland n’a pas de monnaie (car pas d’habitants), mais ces « crypto-sous » en usage sur Internet vont de pair avec la philosophie locale, puisqu’échappant au contrôle des banques traditionnelles.

E comme économie.

Le Liberland, c’est un peu le terrain de jeux des nouveaux concepts économiques. « On est en train de mettre en place un système de “merit coins” où l’on pourrait avoir des parts dans Liberland parce qu’on a contribué à sa construction », explique Vit. Reste à établir un système d’équivalence avec la vraie monnaie… Que dire de l’économie du pays en devenir ? Du vrai « free-style » puisqu’il n’y aura pas de contrôle de l’état, ni de taxes imposées (seulement des contributions volontaires) et pas de banque centrale. 

R comme réaction.

Les habitants de Bezdan, petite ville serbe voisine, en ont vu d’autres. Il y a 20 ans, ils étaient en guerre avec la Croatie. C’est un regard distant, sceptique aussi, qu’ils portent sur ces aventuriers venus de toute la planète. De l’autre côté du Danube, en Croatie, les Liberlandais ne sont pas appréciés. « Pour qui se prennent ces étrangers revendiquant la propriété de Siga (nom originel du Liberland) ?, s’insurge Gaby. Depuis leur invasion, on ne peut plus y aller, la police contrôle tout le monde ».   >>>


15 reportage

Alex Kahn est content, il vient d’échapper à la police croate.

De gauche à droite : Le QG de la LSA ; Le canal de Bezdan ; Un fan du bitcoin (Happy George).


De gauche à droite : Niklas Nikolajsen, le dirigeant danois de la LSA ; Tim, un volontaire ; Le drapeau du Liberland hissé sur l’un des deux bateaux de la LSA ; Vit Jedlicka, le président du Liberland ; Yoshi Livo & Anton, volontaires ; Nicolai Oster, l’assistant de direction ; Les 5 commandements sur un tee-shirt ; Valine dont le petit ami se trouve dans une prison croate ; Kenneth Lilieholm, le chef des opérations.

Lcomme LSA.

La Liberland Settlement Association est dirigée par des Danois dont Niklas Nikolajsen, un ponte du bitcoin installé en Suisse. Indépendante de Vit Jedlicka, elle a été créée après que le Tchèque a planté son drapeau ici. Pas de concurrence entre eux. Niklas et Vit travaillent ensemble et se sont mis d’accord pour se partager cette terre. Le rôle de la LSA est d’assurer une présence liberlandaise sur place tandis que Vit promeut la micronation à travers le monde. En clair, c’est la branche opérationnelle chargée de coloniser le territoire…

Acomme arrestation.

Les tentatives de colonisation par le fleuve (depuis la Serbie) ou la terre (depuis la Croatie) se soldent souvent par une interpellation. Le motif ? Passage illégal de frontière. Une dizaine de Liberlandais – dont Vit – ont ainsi connu les geôles croates cet été…

N

comme nation.

« Une micronation,

Pour contrairement à un état, le spécialiste des micronations Stéphane Bertin Hoffmann, n’a pas besoin d’être il y a deux grandes définitions. Selon la première, allemande, reconnue pour exister. « une nation est une communauté qui partage la même langue, la même culture, dans certains cas la même religion ; bref, un socle commun.  » L’autre vision, datant du xixe siècle, française, est plus subjective : « une nation est le témoignage d’une volonté de vivre ensemble, d’une communauté de destin ». Reste qu’ « une micronation, contrairement à un état, n’a pas besoin d’être reconnue par d’autres pour exister ».  

Dcomme dérive :

« Si le Liberland venait à exister, la population serait limitée, les éventuels troubles aussi, selon StéphaneBertin Hoffman. D’ailleurs, la constitution assure que l’état aurait un parlement, une police ». Une des seules dérives pourrait être les critères de sélection des citoyens... à ce propos, le président jet-setter, peu scrupuleux en affaires, vient de déclarer qu’en échange de 10 000 $, tout réfugié syrien pourrait obtenir la à visiter / liberland.org citoyenneté “liberlandaise”.


17 reportage

Stéphane-Bertin Hoffmann 3 questions à

Auteur de La Reconnaissance des micronations ou l’utopie confrontée au droit, Stéphane-Bertin Hoffmann éclaircit quelques zones d’ombres.

Qui peut revendiquer une micronation? Il faut comprendre qu’on est complètement dans la fantaisie ! Si vous vous proclamiez « Reine de la Lune », personne ne vous en empêcherait. Mais cela ne vous donnerait aucun droit. C’est la même chose pour le Liberland, cette revendication s’appuie sur la liberté d’expression. Quelle est la tendance ? La création de micronations augmente depuis 10 ou 15 ans. Internet a accéléré le mouvement : chacun peut revendiquer – largement et gratuite-

ment – un territoire en affichant ses prétentions. Quel est l’intérêt ? Cela traduit certainement un rejet des institutions traditionnelles. Et puis, d’une certaine façon, cette activité « micronationale » s’apparente à de la science fiction. On envisage la création d’un monde parallèle, soumis à des règles différentes.

à lire / La Reconnaissance des micronations ou l’utopie confrontée au droit, de Stéphane-Bertin Hoffmann, Editions Lulu.com, 2010


Lost In Work, 2000


19 portfolio

Brest Brest Brest à l’Ouest Texte Julien Damien Photo History and Chips © Rémy Poncet 2010 - 2014

« T

iens, LM publie un sujet sur le western spaghetti ? ». Que nenni. L’image qui fait notre couverture est extraite de la série de collages History and Chips, signée Rémy Poncet, moitié de Brest Brest Brest. Rien à voir avec la Bretagne : ce collectif de graphistes (formé avec l’autodidacte Arnaud Jarsaillon) est né dans la Drôme en 2009. « C’est surtout un nom très ludique, qui manipule les codes de l’absurde, comme nos travaux… ». Très dada, Brest Brest Brest déplace l’iconographie populaire vers le terrain de l’art contemporain. Le concept d’History and Chips ? Des aliments de couleur astucieusement posés sur des vieilles photographies noir et blanc. « Il s’agit de cartes postales trouvées sur des marchés, des portraits d’inconnus ou des images de films ». En l’occurrence, notre cowboy est issu d’une affiche du Diable dans la peau, datée de 1960. Techniquement ? Rien de bien compliqué – comme toutes les bonnes idées : une plaque de verre est glissée entre l’image et l’élément culinaire (un jaune d’œuf, une tranche d’ananas…), ce montage est photographié puis une légère retouche numérique gomme les imperfections. Et voilà le travail ! Une créativité que le duo met essentiellement au service de structures culturelles, à travers des affiches qui accrochent l’œil : compagnies de théâtre, Scènes nationales, salles de concerts (tel l’Aéronef à Lille). Ce choix tient surtout à une question de « sensibilité et de liberté artistique ». Qu’il serait bien dommage de brider.

à visiter : www.brestbrestbrest.fr


à gauche : Tension, 2004 à droite : Dark Cloud, 2004


Paranormales

Activites Texte Julien Damien Photo DR / Audrey Cadario Š Julien Damien

Audrey Cadario, T.I.P. 62


27 enquête

Portes qui claquent, objets qui bougent tout seuls, voix suspectes… On vous devine sourire. Sachez pourtant que ces phénomènes occupent nombre d’enquêteurs dits du « paranormal ». Des vidéos plus ou moins effrayantes – ou grotesques – pullulent sur le net. Parmi ces « détectives », certains semblent toutefois très sérieux. Que cherchent-ils ? Quelles sont leurs motivations ? Rencontre avec deux groupes de chaque côté de la frontière (franco-belge, hein, pas de l’au-delà…).

D

ans la mallette de la Team Investigation Paranormal du Pas-de-Calais on trouve, pêle-mêle : une caméra infrarouge, un dictaphone, un K2... « C’est un détecteur de champs électromagnétiques » précise Audrey Cadario. Bref, l’attirail de tout chasseur de fantômes qui se respecte. « J’ai horreur de cette définition, corrige la fondatrice de T.I.P. 62. On cherche avant tout des preuves ». De quoi ? « Qu’il existe un monde de l’au-delà… » La curieuse passion de cette jeune maman est née en mai 2014, après sa participation à une enquête au château de Fougeret (Vienne) avec l’équipe de Recherches. Investigations. Paranormal, une émission diffusée sur le câble et la TNT. « J’ai ressenti pas mal de choses cette nuit-là… », confie notre hôte, énigmatique. Quoi qu’il en soit, l’expérience l’a convaincue. En janvier, cette vendeuse en boulangerie créait son association, à Noyelles-sous-Lens. Sur le terrain – Constituée de sept personnes, la petite troupe investit des lieux désertés, dénichés au gré de promenades. Audrey évoque notamment une visite au sanatorium abandonné

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La Chartreuse, Liège

T.I.P. 62 au Fort de Maulde, Escaut


29 enquête

Un membre de Paranormal Investigations Belgique (P.I.B.) devant devant une maison hantée.

d’Havré (Mons - Belgique), où son fameux K2 s’est excité. « Il s’est déclenché à plusieurs reprises suite à mes questions, j’ai enregistré des voix… j’ai eu très peur ! » L’endroit a depuis été rasé pour laisser place à une maison de retraite… Philippe, le compagnon d’Audrey, n’a lui rien vu du tout. « Je suis cartésien », assure ce grand gaillard, qui s’amuse de ces sorties nocturnes. Mais depuis peu, T.I.P 62 exerce aussi chez des particuliers. « Ce sont eux qui nous contactent via notre page Facebook. Mais on n’attend pas d’argent ». Juste l’espoir d’apporter un jour cette fameuse preuve. Les experts – De l’autre côté de la frontière, on trouve Paranormal Investigations Belgique, l’une des plus anciennes associations du genre. Elle regroupe une trentaine de groupes qui enquêtent entre la France et le plat pays. Michaël Cammarata a fondé P.I.B en 1999 après avoir vécu, dit-il, « des phénomènes étranges ». «  Cela s’est passé dans une maison achetée près de Charleroi, une statuette de la Vierge Marie m’a sauté à la figure ». Personne n’a jamais résolu ce mystère. Cet agent immobilier a donc décidé de faire le boulot lui-même. Gratuitement, mais pas

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« Sur 100 interventions, 99 trouvent une explication rationnelle »

n’importe comment : « scientifiquement ». C’est-à-dire en éliminant les hypothèses une par une. P.I.B comprend ainsi : un géobiologue (il étudie la pollution électromagnétique), un psychologue (pour les troubles mentaux), un expert en photographie et un étudiant en parapsychologie. « Sur 100 interventions, 99 trouvent une explication rationnelle », certifie le Namurois. Par contre, dans ce petit 1% restant, il y a de tout… Des esprits résiduels (« qui refusent de quitter la maison où ils sont morts »), des âmes errantes ou, plus grave, « des entités démoniaques qui n’ont jamais eu de corps ». Ce serait l’un de ces spectres qu’a découvert Michaël le mois dernier, à Liège, « chez une dame dont la maman s’est pendue dans la maison ». Sentiment d’oppression, objets qui bougent… « à un moment, elle a senti quelque chose la griffer dans le dos, elle avait des marques… ». Comme toujours dans pareil cas, Michaël a fait appel à un prêtre-exorciste. Depuis, les à visiter / P.I.B : paranormal-belgique.com choses se seraient calmées. Vade retro…

T.I.P 62 : www.facebook.com/tip62/info

Michaël Cammarata, P.I.B.


31 enquête

L’

exorciste Michel Decarpentrie

Propos recueillis par Julien Damien Photo Julien Damien

Les amateurs de frissons risquent d’être un peu déçus. Point de tête qui pivotent à 180 degrés ici, ni de geyser de vomi. à écouter Michel Decarpentrie, qui exerce depuis plus de 20 ans la fonction de prêtreexorciste, on est plus proche de la psychiatrie que du film de William Friedkin. Le doyen du diocèse de Tournai nous raconte son quotidien pas si étrange. Quoi que…


Comment êtes-vous devenu exorciste? C’est une décision de l’évêque. Peutêtre parce que j’ai fait des études d’assistant social. Quel est votre rôle ? Accueillir des gens en grande souffrance. Quand on me téléphone, c’est qu’on a déjà vu du monde : des médecins, des psys, des charlatans aussi… L’exorcisme reste souvent leur dernier recours. Mais bien souvent ils attendent une « restauration magique ». Or, il n’y a rien de magique dans l’existence humaine.

« Ce n’est pas une thérapie, je ne suis pas psy » Qu’est-ce qu’exorciser ? Cela signifie « libérer par la parole ». Ceux qui viennent à moi sont censés me raconter leur histoire, afin de se défaire de leur mal. Pour moi, il s’agit

donc d’écouter la personne à tous les niveaux : physique, intellectuel, spirituel... Pas de phénomènes surnaturels donc… Non, je n’ai jamais rien vu de très spectaculaire. Même si un être humain « brisé » peut parfois adopter un comportement étrange... Mais le rituel d’exorcisme reste rare. Je l’ai exécuté cinq fois en 20 ans. En quoi cet acte consiste-t-il ? C’est une prière de délivrance, une liturgie de la parole par la lecture de la Bible. Qui sont les personnes que vous recevez ? On trouve tous les profils et milieux. Athées, catholiques, musulmans… J’ai même reçu un médecin. Des psychiatres m’envoient aussi leurs patients. Ces gens croient-ils être « possédés » ? Oui. Ce sont toutes des personnes

Tubular Bells C’est le nom de l’album instrumental dont le thème introductif a été immortalisé par L’Exorciste (le film, voir ci-contre). Publié en 1973 et réalisé par le Britannique Mike Oldfield il a été vendu, grâce à cette publicité inespérée, à 16 millions d’exemplaires ! D’autant plus remarquable que ce 33 tours est composé de deux seuls longs morceaux de rock symphonique.


33 enquête

dont les relations – amicales, familiales, professionnelles, etc. – sont « cassées ». Pour elles, les événements s’enchaînent, provoquant à un moment donné une faille dans la perception de la réalité… Combien de temps vous faut-il pour exorciser ? Le temps nécessaire pour que chacun raconte son histoire : trois séances maximum. Mais ce n’est pas une thérapie, je ne suis pas psy. Pourtant cela y ressemble… Oui mais le psy, souvent, ne tient pas compte de l’aspect spirituel de l’être humain, c’est cela qui pose problème. Combien de personnes recevezvous ? Cinq ou six par semaine. C’est beaucoup certes, mais on vit dans une société très éclatée, en perte de repères, donc les Hommes le sont aussi. Les demandes augmentent-elles ? Oui, ça a augmenté à partir de 1995. C’était sans doute lié à la crainte du nouveau millénaire. Cela a diminué un peu pour repartir à la hausse dans les années 2005-2006. Avec la crise, la peur, ce poison mortel, reprend le dessus… Croyez-vous au Diable ? Le Mal existe, on le voit tous les jours. Le mot « Diable » signifie « le diviseur ». Tout ce qui divise est le Mal. Mais je n’aime pas le personnaliser, ce serait lui donner trop d’importance.

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Soit, en millions de dollars, la recette que L’Exorciste a rapportée à Warner Bros. C’est l’un des long-métrages les plus rentables de l’histoire – son coût de production ne s’élevant qu’à... 15 millions. Réalisé par William Friedkin, c’est le film le plus vu de l’année 1973. Michel Decarpentrie avoue être passé à côté.

Virgin

Autre anecdote, et non des moindres : c’est Tubular Bells – et donc, indirectement, L’Exorciste – qui permit à Richard Branson de hisser Virgin, alors simple distributeur, au rang de premier label indépendant mondial ! Un satané coup de pouce…


37 rencontre

Bertrand Belin De pied en cap

Propos recueillis par Thibaut Allemand Photo Philippe Lebruman

Bertrand Belin, c’est avant tout une voix. Grave, chaude, rythmée. Elle a pris du coffre le long de cinq LP dont le plus récent, Cap Waller, confirme le talent de ce chanteur hâtivement rangé au rayon folk. Son envergure est bien plus vaste. Également romancier, comédien, le songwriter évoque ce nouvel album. Et ses activités annexes, aussi. Quelle est l’histoire de Cap Waller ? Comme le précédent, Parcs (2013), j’ai enregistré cet album à Sheffield afin de poursuivre le travail en studio avec Mark “Shez” Sheridan (ndlr : le guitariste de Richard Hawley). Le « Cap » évoque un relief qui fait « J’écris, compose passer d’un monde ou d’un océan à l’autre. Au-delà de l’idée de suret joue seul tous les plomb et d’observation, j’aimais cette rupture. C’est également un instruments en studio » hommage à Hugh Waller, qui interprétait des chants ouvriers, des chansons de lutte du début du siècle. Celles-ci demeurent pertinentes, car les gens de basse extraction sont en proie aux mêmes difficultés. Vous aviez conçu Hypernuit (2010) sans coucher les textes sur le papier. En est-il de même pour Cap Waller ? Oui, je fonctionne ainsi depuis Hypernuit. Cela permet de faire “réfléchir le larynx” sans passer par le cerveau. Il n’y a pas que le sens du mot qui compte, mais la façon dont il est dit. S’il y avait un texte, je serais tenté de le modifier, de l’ordonner. J’ai voulu me défaire de l’ornementation, de la rime, de la page. Ces mots sont destinés à être entendus dans un contexte musical, pas forcément à être lus. >>>


On a l’impression qu’Hypernuit fut un album de rupture. Contrairement aux deux premiers albums, vous avez pris une voix plus grave, vous avez arrêté de chanter...

à écouter / Cap Weller, Cinq7 / Wagram, sortie le 09.10

Depuis Hypernuit (2010), Bertrand Belin est en pleine lumière. Ce cinquième LP s’inscrit dans une continuité tranquille – celle de Parcs (2013). L’homme à la voix grave et chaude fait rouler sa rocaille verbale. Les syllabes s’entrechoquent. Elles sont physiques. Percussives. Comme un écho aux toms de Tatiana Mladénovitch (batterie). En harmonie avec les claviers lumineux de Thibault Frisoni. Faussement folk, vraiment autres, littéraires sans ostentation, ces onze chansons enregistrées à Sheffield ne révolutionnent pas la formule Belin. Mais élargiront l’audience d’un chanteur qui creuse le même sillon. Sans jamais lasser. Ni se trahir. T.A

Dire que j’ai arrêté de chanter serait exagéré, car je ne parle pas ainsi au quotidien. Les mélodies ne sont pas d’une grande amplitude, mais ce n’est pas du talk-over, il y a certains mélismes*. Sur mes premiers albums, ma voix était plus haute, car je chantais des romances. Elle a effectivement changé en 10 ou 15 ans. J’ai peut-être fait une mue tardive. (Sourire) Les deux singles extraits de l’album, Folle, Folle, Folle et Je Parle En Fou sont très accrocheurs… Je Parle En Fou est sans doute plus facile d’accès. C’est une chanson isolée dans l’album. Pour une fois, le texte a été écrit, sa forme est plus classique, avec des rimes, des stances* anciennes. Ronsard mêlé à de la chanson sociale, avec un rythme qui va de l’avant. Folle, Folle, Folle est une exploration de musicien. Cette montée en tempo naît de l’envie de se renouveler. J’ai toujours considéré que la batterie donne le son d’un album. Ici, elle est susceptible de mettre le corps en mouvement, un peu comme chez The Meters, dans le funk, le jazz. Ce n’est pas une pulsation de confort comme on l’entend dans la variété.

Il faut donc évoquer le rôle de Thibault Frisoni (guitare, basse, clavier) et Tatiana Mladenovitch (batterie)… Nous jouons ensemble depuis 10 ans et nous travaillons sur les chansons des uns et des autres. Nos univers s’enrichissent mutuellement. * Mélisme : en musique, technique consistant à charger, dans un texte, une syllabe de nombreuses notes. Stance : groupe de vers au nombre défini et servant un sens complet.


39 rencontre

« J’ai toujours considéré

J’écris, compose et joue seul tous les instruments en studio. Puis Thibault et Tatiana modifient, que la batterie donne le augmentent ces parties. Ce sont son d’un album » des musiciens que j’admire, je veux les séduire pour les garder auprès de moi. On est comme un groupe, sauf qu’il m’arrive assez souvent de jouer seul sur scène. Vous êtes également romancier (Requin, 2015) et avez joué dans Spleenorama, une pièce de Marc Lainé. Dans quelle mesure ces activités annexes ont-elles nourri cet album ? Il est difficile de dire quelle activité influence l’autre. J’ai écrit Requin pour déployer des idées, aborder des problématiques plus ou moins graves. Pour travailler la langue avec une syntaxe différente de la chanson. J’ai écrit six ou sept morceaux pour Spleenorama. Parmi eux, D’une Dune et Que Tu Dis se 08.11, Namur, Festival Beautés Soniques, Théâtre retrouvent sur l’album. La difféJardin Passion, 19h, 12,50€ // 27.11, Tourcoing, rence c’est qu’au théâtre, le public Le Grand Mix, 20h, 19/16/5€ (-18 ans) // 28.11, Bruxelles, Le Botanique / L’Orangerie, 19h30, est silencieux. En concert, on est 23/20/17€ // 02.04.2016, Arras, Théâtre, 20h, fréquemment sanctionné par des 20>9€ // 31.05.2016, Lens, Petit Théâtre / Mediathèque Robert Cousin, 20h30, 10/7/5€ applaudissements. Ou des sifflets. à lire / Requin, éditions P.O.L., 192p., 14€ (Sourire)


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Existe-t-il une scène eurorégionale ? Quelle question... Pour s’en laisser convaincre, il suffit d’assister à l’une des 14 soirées du festival Tour de Chauffe. Né il y a pile 10 ans, ce dispositif accompagne des groupes amateurs durant une année (bilan scénique, mise à disposition d’un studio, etc.). Puis vient le grand soir : le passage sur scène en première partie d’une « pointure ». Soit deux concerts pour le prix de la moitié d’un. Parmi tout ce beau linge, on a choisi cinq noms. Pas facile.

Tour de chauffe Rencontre au sommet

© DR

événement

We Are Match Cinq Normands aux faux airs de gendres idéaux taquinent les codes de l’indie pop ? On rigole. Et puis on écoute (leur EP, Relizane, leur album, Shores) avant de se rendre compte qu’ils n’ont rien à envier à leurs confrères d’outre-Manche (au hasard, Alt-J). WAM part dans tous les sens (des ballades synthétiques, du rock prog’) pour livrer autant d’hymnes polyphoniques. Ils disent utiliser une quarantaine d’instruments – dont des barreaux de fenêtre accordés en « la » ou un presse orange en « sol ». Et ça s’entend. J.D. (+ Jelly Bean) : 19.11, Lille, maison Folie Moulins, 20h, 5€


© Greg Dezecot

Forever Pavot Le nom annonce la couleur : du psychédélisme certes, mais aussi le cinéma français des années soixante, les gialli italiens… De la musique de film ? Plutôt une bande son sans images. Il faut voir Emile Sornin s’activer derrière son clavier, tout sourire derrière sa moustache. Autour de lui, son groupe traduit la richesse de l’album studio. Et pas n’importe quel studio : l’Electric Mami, du groupe Aquaserge, symbole de cette nouvelle pop hexagonale décomplexée. Le compositeur manipule aussi facilement l’orgue que la guitare, la basse ou la batterie. Sur scène, il parvient à donner aisément vie à Rhapsode (son premier opus). Il faut dire qu’Emile a roulé sa bosse, rencontrant ses compagnons au gré de projets et des clips qu’il réalise – pour Alt-J, Disclosure… ça tombe bien, le cinéma, c’est le trait d’union entre tous les styles qu’il croise. Benjamin Leclerc (+ Here’s To The Lion + Low Bats) : 21.11, Villeneuve D’Ascq, La Ferme d’en Haut,  20h30, 5€

Hyphen Hyphen

© Fanny Schilchter

Ces Niçois aux visages grimés ont écumé les salles bien avant de sortir leur premier album. C’est d’ailleurs en concert que leur énergie tribale est la plus palpable. Des riffs électro-rock efficaces qui ne s’encombrent pas d’effets inutiles, mettant idéalement sur orbite la voix de leur chanteuse Santa, fracturée et stellaire, comme pour conjurer tous les maux de la terre. Ça va secouer, alors accrochez-vous. Ou lâchez-vous. J.D. (+ EVRST + Kids From Atlas) : 04.11, Comines, Nautilys, 20h, 5€

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Tou r

ALB

Talib Kweli En 1998 sort l’album Black Star, fruit d’une des collaborations les plus remarquées de l’histoire du rap US. Deux noms : Mos Def et Talib Kweli. Ensemble ils poseront les bases du style dit « conscient », abordant des questions sociétales. Si le premier s’est attiré les faveurs des médias, le second s’est montré plus discret. Mais Talib Kweli n’a pas balancé son dernier couplet. De son premier opus Quality, en 2002, à son dernier venu Gravitas, sorti en 2013, « le chercheur » – son nom en arabe – s’est imposé comme une figure de l’underground. Sonia Abassi

Chacun le connaît grâce à une ritournelle servant la pub d’un fabricant automobile (Whispers under the Moonlight). Derrière cette anagramme de LAB, on trouve surtout un bricoleur génial. Aussi à l’aise derrière un synthé qu’avec un fer à souder, Clément Daquin n’aime rien tant que trafiquer ses machines. Pour exemple, le son 8 bits de l’euphorisant Golden Chains provient d’une console Nintendo qu’il a lui-même bricolée. Le résultat oscille entre futurisme et nostalgie, comme si les Beach Boys exploraient la lune avec Air et Sébastien Tellier. J.D. (+ Sperwer) : 12.11, Comines, Le Nautilys, 20h, 5€

(+ Le Fond et la Forme) : 29.11, Lille, Le Flow, 19h, 5€

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10 ans

Programme 04>29.11, Eurométropole, www.tourdechauffe.fr 04.11 : Hyphen Hyphen + Evrst + Kids From Atlas, Comines, Nautilys, 20h, 5€ 06.11 : Sycamore Age + Cayman Kings + Unik Ubik, Antoing (Be), Scaldis, 20h, 5€ 07.11: Forum des Musiques Actuelles #10, Lille, maison Folie Wazemmes, 9h30>19h, gratuit 12.11 : Alb + Sperwer, Comines, Nautilys, 20h, 5€

13.11 : Zaza Fournier + Sendak, Villeneuve d’Ascq, Ferme d’en Haut, 20h30, 5€

21.11 : Forever Pavot + Low Bats + Here’s To The Lion, Villeneuve d’Ascq, Ferme d’en Haut, 20h30, 5€

13.11 : Manic Maya, Armentières, Le Vivat, 20h, 7€/gratuit -26 ans

26.11 : Liesa Van Der Aa + Flat Screen Radio, Villeneuve d’Ascq, Ferme d’en Haut, 20h, 5€

14.11 : Hint + Jessica 93 + Megamoto, Roubaix, La Condition Publique, 19h30, 5€ 15.11 : Orange Blossom + Bathernay, Faches Thumesnil, Les Arcades, 17h, 5€

27.11 : Perfect Hand Crew + Liam Ki & Oncl’phil S, Tourcoing, maison Folie Hospice d’Havré, 20h, 5€

18.11 : Ester Rada + Mohdd, Faches Thumesnil, Les Arcades, 20h, 5€

28.11 : Shiko Shiko + Unno + Charly Laser & Moustache, Lille, Gare Saint Sauveur, 20h, Gratuit

19.11 : We Are Match + Jelly Bean, Lille, maison Folie Moulins, 20h, 5€

29.11 : Talib Kweli + Le Fond et La Forme, Lille, Le Flow, 19h, 5€


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Kitty, Daisy and Lewis

Happy Days Texte Julien Damien Photo Dean Chalkley

Kitty, Daisy et leur frangin Lewis ouvrent une faille spatio-temporelle vers l’Amérique des 50’s. Point de DeLorean trafiquée au plutonium pour cette triplette londonienne, mais un répertoire rockabilly qui semble tout droit sorti d’un vieux jukebox. De quoi nous coller une sacrée banane. Biberonnés aux vieux standards du rock par un papa ingénieur du son et une maman punk (ex-batteuse des Raincoats), ces zazous ont vite appris à jongler avec les instruments qui traînaient dans le salon. Résultat : Kitty, Daisy et Lewis ont 42 ans à eux trois quand sort leur premier single, Honolulu Rock-A Roll-A, en 2005. Loin du phénomène de foire cet essai sera suivi de trois albums dont le dernier – The Third – est produit par l’ex-Clash Mick Jones. Voix rauques, guitare steel, contrebasse, harmonica… leurs compositions transpirent le rhythm ‘n’ blues, le boogie woogie, et restituent avec une bluffante authenticité la bande-son des années 1950. Mais qu’on ne s’y trompe pas, au-delà du simple revival, cette fratrie arborant une même paire de sourcils broussailleux exhume une énergie, un fantasme : celui d’une Amérique gominée, en jean taille haute, se rencardant le soir au drive-in. Bref, une jeunesse insouciante et heureuse. Vrai qu’ils ne révolutionnent pas grand-chose, et les grincheux se demanderont « à quoi bon » swinguer sur des morceaux qui sonnent comme des tubes de Wanda Jackson – écoutez donc Going Up The Country. Reste une 08.11, Anvers, Trix, 19h30, 25/22€, irrépressible envie de taper la mesure du pied. www.trixonline.be Et c’est déjà pas mal.


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Le programme

Roboter © Peter Boettcher

« Ce que j’essaie de faire avec les synthétiseurs, c’est chanter avec les doigts », explique Ralf Hütter lors d’une de ses rares déclarations. Voici résumée l’essence de Kraftwerk : considérer cet outil comme un instrument, pour créer des sons inédits et pas simplement reproduire ceux existants. Ainsi naquit le concept d’ « Industrielle Volksmusik » : la musique industrielle populaire !

contre-courant Dans la langue de Goethe, Kraftwerk signifie « centrale électrique », parfait miroir de leur musique inspirée par une modernité qui inquiète et fascine. à la fois source d’aliénation et d’émancipation.

Sur la route Sinon, Florian et Ralf adorent les longues balades en voiture, et faire du vélo : d’où les disques Autobahn et Tour de France.  


Les composants La tour centrale : Konrad « Conny » Plank, ingénieur du son et producteur des quatre premiers albums du groupe. C’est à lui que Kraftwerk doit ce son « industriel ». Les périphériques (ou les cousins germains, forcément) : Neu!, Can, Tangerine Dream. Ils ont piraté le logiciel : de David Bowie (période berlinoise) à Gesaffelstein, en passant par Afrika Bambaataa, Depeche Mode, Boards of Canada ou même Pharrel Williams… pour ne citer qu’eux !

Kraftwerk

à l’aube des années 1970, en pleine vague hippie, deux étudiants du Conservatoire de Düsseldorf s’apprêtent à révolutionner la musique. L’histoire est bien connue : en utilisant le synthétiseur comme un instrument à part entière, Florian Schneider-Esleben et Ralf Hütter annoncent l’émergence de la techno. Aujourd’hui, les sorties de Kraftwerk s’appréhendent comme des performances multimédias, en témoignent leurs passages au MoMa de New York (2012) ou à la Tate Modern de Londres (2013). Le Nouveau Siècle, où le quatuor se pose ce mois-ci, n’a jamais si bien porté son nom. 07.11, Lille, Nouveau Siècle, 20h et 23h, Complet !

« La techno est à l’image de Détroit : une totale erreur. Comme si George Clinton et Kraftwerk étaient coincés dans un ascenseur avec un synthétiseur pour leur tenir

»

compagnie.

Derrick May

L’humour à la machine Malgré les apparences, ces Allemands sont de vrais boute-en-train. Aux critiques qui les considèrent « déshumanisés », ils répondent par un joli pied-de-nez musical : The Robots (1978). Et pour jouer le morceau sur scène, ils ont recours à des automates. Bien avant Daft Punk…

Pas chou Raillant la nouvelle génération de Teutons rockeurs (Neu!, Can, entre autres), les journalistes anglais qualifient leur musique du peu flatteur krautrock : le « rock du chou » ou  « rock choucroute ».


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© DR

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Lou Doillon Voici trois ans, Lou Doillon défendait son premier essai sur les scènes européennes. La brune brindille rendait justice à de soyeuses chansons arrangées par Étienne Daho. Coproduit par le canadien Taylor Kirk, l’âme ténébreuse de Timber Timbre, son nouveau répertoire à la 14.11, Lille, Le Splendid, 20h, fois blues, folk et soul devrait donner lieu à 28,50€, www.le-splendid.com // quelques embardées électriques. Sans parler 14.12, Bruxelles, Ancienne Belgique, 20h, 28€, www.abconcerts.be // de cette voix aux douces fêlures et légèrement 06.02.2016, Calais, C.C. Gérard Philipe, 20h30, 15€, www.calais.fr voilée. Comment y rester insensible ? T.A.


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© Yann Stofer

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Perez Deux longues années que Perez faisait languir son monde. Étrange collision entre une chanson française un brin théâtrale, une new wave frenchy but chic (pensez Étienne Daho, Bashung période Play Blessures, 1982) et dancefloors élégiaques, le Bordelais installé à Paris publie enfin son premier LP, périlleusement intitulé Saltos. Certes, ce premier essai nous a un peu laissés sur notre faim. Mais sur scène, le gaillard a de la bouteille : on l’a connu leader des post-hardcoreux Year Of No Light, des mutants pop Adam Kesher ou des excellents garagistes de Beat Mark. Inutile de dire que sur les planches, ce chanteur à mèche sait l’allumer lorsque c’est nécessaire. Thibaut Allemand 19.11, Tourcoing, Le Grand Mix, 18h, gratuit, www.legrandmix.com

© Benoit Peverelli

St Germain Tiens, revoilà St Germain. Mais si : Rose Rouge, Sure Thing… 15 ans après Tourist, Ludovic Navarre refait parler de lui en défendant un troisième album sobrement intitulé St Germain. La recette n’a pas bougé : une touche jazz qui sert quelques boucles envoûtantes, mais cette fois épicées de percussions et d’instruments maliens. Le résultat est toujours aussi délicat et sophistiqué. Idéal pour entrer doucement en transe. J.D. 11.11, Bruxelles, Ancienne Belgique, 20h30, Complet !


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Blick Bassy

Croque la pomme Texte Sonia Abassi Photo Denis Rouvre

« Tout ce que j’ai à offrir se trouve dans mon sac et dans mon sac, on trouve le Cameroun », clame Blick Bassy. Il semble que le chanteur ait négligé de mentionner sa guitare ensorcelante, sa voix feutrée et ses sonorités souvent mélancoliques, mais toujours lumineuses. Son répertoire fleure bon le Mississippi, où flotteraient ça et là de douces réminiscences de son Cameroun natal. Une folk africaine croisant un blues profond, comme auréolée de la légende du crossroads. Il fallait s’en douter, avec l’inégalable Skip James comme principale inspiration ! Celui qui refusait jusqu’alors de quitter sa famille rejoint Paris en 2005. Mais ici, le chanteur ressent le besoin de se rapprocher de la culture de ses ancêtres et de sa langue maternelle : le Bassa. Plutôt que de se diriger vers le sud, il s’enfonce un peu plus dans le Nord, direction Douai. Et c’est par un glacial soir d’hiver que le miracle a lieu. Emmitouflé dans une couette, sa guitare sous la main, le jeune homme griffonne en Bassa les prémices de ce qui deviendra son troisième album : Akö. Sorti le 6 avril 2015, le disque tape dans l’oreille d’Apple, qui utilise le single Kiki pour la publicité mondiale de son Iphone 6. Consécration. Depuis, le poète écume les salles, un public de plus 21.11, Arras, Théâtre d’Arras, 20h,  20>9€, www.tandem-arrasdouai.eu // en plus large face à lui. à qui il prouve que 29.11, Bruxelles, Botanique, 20h, 16/13/10€, botanique.be la musique n’a décidément pas de frontières.


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© Richard Dumas

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Les Innocents Entre Les Innocents et le nord de la France, c’est une longue histoire. Cet « autre Finistère » a vu la réconciliation de JP Nataf et Jean-Christophe Urbain aux Nuits Secrètes en 2014. Ils viennent ici défendre un disque aussi inattendu qu’inespéré. Moins Souchon/Voulzy que Simon & Garfunkel, les Parisiens accordent leurs voix, jouent en ombre et lumière et mêlent guitares acoustiques et électriques. Des Innocents aux mains pleines… de pop songs parfaites. T.A. 01.11, Bruxelles, Botanique/Orangerie, Complet! // 18.11, Lesquin, C.C. de Lesquin, 20h, 20,99/11€ (Lesquinois) // 26.11, Liège, Reflektor, 19h30, 25€, www.reflektor.be // 27.11, Boulogne sur Mer, Espace de la Faïencerie, 21h, 22>12€, www.ville-boulogne-sur-mer.fr // 28.11, Béthune, Théâtre, 20h30, 22/18€, www.theatre-bethune.fr

Zaza Fournier © Julien Mignot

Si ça vous chante Voici un chaleureux festival, idéal pour affronter les premiers frimas de l’hiver. Au menu : du cinéma (Whiplash, où la relation tordue entre un jeune batteur de jazz et son professeur), une sieste musicale (où vous êtes bercés par deux violoncelles) et puis des concerts, pardi ! On ne saurait trop vous conseiller d’accorder une oreille aux textes de Zaza Fournier et à la chorale Scala & Kolacny Brothers, soit 200 filles qui reprennent des titres de Kraftwerk (!), Radiohead ou Depeche Mode pour en livrer des hymnes épiques. Brrr. 25>29.11, La Louvière, Eglise du Vœu à Saint-Antoine de Padou, Ciné Stuart, Le Palace, divers horaires, 21>12€, www.ccrc.be Prog : 25.11 : Whiplash // 26.11 : Kris Dane + Bernard Orchesta // 27.11 : Scala & Kolacny Brothers // 28.11 : Zaza Fournier // 29.11: Invitation à la sieste


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Ought

Jeunesse sonique Texte Rémi Boiteux Photo Colin Medley

Si leur rock puise dans la généalogie punk, de Clash à Sonic Youth en passant par Talking Heads et le Velvet, ces Montréalais sont tournés vers un avenir qu’on leur devine radieux. à vivre sur scène dès maintenant, avant qu’ils ne deviennent vraiment énormes. Quand Constellation, un des labels les plus importants, élégants et intransigeants de son époque, signe une bande de jeunes malins gavés de punk, on peut s’attendre à un peu plus que deux accords qui foncent dans le mur. Ought conjugue sur scène déflagration et érudition : chacun de leurs morceaux feuillette l’histoire du punk avec fougue et désinvolture. De son acception la plus stricte à ses extrapolations savantes en passant par ses racines, toutes les facettes de ce genre essentiel du rock à guitares sont visitées. Le chant du charismatique Tim Darcy se confronte sans rougir à d’illustres aînés, Lou Reed et Mark E. Smith en tête et les compositions rivalisent d’excellence. Dépassant largement l’ordinaire du binaire, les chansons d’Ought regorgent de virages rythmiques impressionnants. Si leur expansif premier album (More Than Any Other Day, 2014) ne donnait qu’un aperçu de leur talent, son tout récent successeur, Sun Coming Down est une carte de visite d’une classe absolue. Enfin, c’est en live que le groupe se révèle dans toute sa splendeur, avec ses instants bondissants, son pedigree racé (ce parlé-chanté très 22.11, Bruxelles, Le Botanique, new-yorkais, cette intelligence décontractée) 19h30, 19/16/13€, botanique.be et ses accès nerveux de pure électricité. Déjà 26.11, Tourcoing, Le Grand Mix, 20h, 13/10/5€, www.legrandmix.com incontournable : Ought est un must.


© Carole Epinette

Jean Louis Murat & The Delano Orchestra Quitte ou double. Bourru mais sensible, l’Auvergnat envisage la chanson comme un métier et monte sur scène comme on va au charbon : en tirant la gueule le plus souvent. Ce qui n’ôte rien à la qualité de ses compositions, et encore moins à une rencontre intergénérationnelle entre le daron de la chanson et les nouveaux hérauts d’un folk différent, The Delano Orchestra. Ce disciple de Neil Young aurait-il enfin trouvé son Crazy Horse ? 04.11, Armentières, Le Vivat, 20h, 21/14/7€, www.levivat.net

certs Csoén lection Dim 01.11 Hip-Hop Games concept #5 Lille, Le Flow, 14h, Gratuit Unknown Mortal Orchestra Tourcoing, Le Grand Mix, 18h, 16/13/5e Bob Dylan Bruxelles, Forest National, 20h, 79>69e Matthew E. White and Band Bruges, Cactus Muziekcentrum, 20h, 18/15/13e Kurt Vile & The Violators… Bruxelles, Ancienne Belgique, 21h, 23e

Lun 02.11 Unknown Mortal Orchestra Bruxelles, Ancienne Belgique, 19h, 19e Colin Stetson & S. Neufeld Arras, Théâtre, 20h30, 20>9e

Mar 03.11 Beach House Bruxelles, Ancienne Belgique, 19h, 28e

The Jon Spencer Blues Explosion… Anvers, Trix, 19h30, 22e

Mer 04.11

Ben Mazué Lomme, maison Folie Beaulieu, 20h30, 9>5e

Ven 06.11

Algiers Bruxelles, Ancienne Belgique/ club, 19h, 15e

New Order Bruxelles, Ancienne Belgique, 19h, Complet !

Dave Matthews Band Bruxelles, Forest National, 20h, 54>44e

Socalled (film + concert) Lille, L’Aéronef, 19h, 15>5e

Hyphen Hyphen + EVRST… Comines, Le Nautilys, 20h30, 5e Tim Fromont Placenti Lille, maison Folie Wazemmes, 20h, 5,50/3,50/2e

Jeu 05.11 Gaz Coombes Bruxelles, Botanique/Orangerie, 20h, 20/17/14e

Saycet Lille, La Péniche, 20h, 13/12e Archimède + Scotch & Sofa Calais, Centre Culturel Gérard Philipe, 20h30, 7e Un Orage + Ivory Lake Lille, L’Antre-2, 20h30, 8/5/1e Lil’ Louis Lille, Le Magazine, 23h, 15e

Sam 07.11

Nekfeu Bruxelles, Ancienne Belgique, 20h, 27e

Balthazar Bruxelles, Forest National, 20h, 31e

Yael Naim + Pomme Lille, L’Aéronef, 20h, 29/26/21/16e

Kraftwerk Lille, Nouveau Siècle, 20h, 23h, Complet !


Selah Sue Lille, Le Zénith, 20h, 35e Fred Wesley & The New JB’s Lomme, maison Folie Beaulieu, 20h30, 18>15e Tito Prince + Vald Dunkerque, Les 4 Ecluses, 20h30, 10/7e

Dim 08.11 Kitty, Daisy & Lewis Anvers, Trix, 19h30, 22e Mercury Rev - Nicole Atkins Bruxelles, Botanique/Orangerie, 20h, 29/26/23e

Lun 09.11 Deerhunter + Atlas Sound Tourcoing, Le Grand Mix, 20h, 19/16/5e Oneohtrix Point Never Bruxelles, Botanique/Orangerie, 20h, 20/17/14e

Mar 10.11 Brigitte Lille, Le Zénith, 19h30, 35,20>29,70e Laetitia Sheriff… La Chapelle d’Armentières, Salle Mandela, 20h, Gratuit

Akhenaton Amiens, Maison de la Culture, 20h30, 36>16e

Mer 11.11 St Germain Bruxelles, Ancienne Belgique, 19h, 38e Public Enemy Louvain, Het Depot, 20h, 39/36e The Prodigy Bruxelles, Palais 12, 20h, 40e

Jeu 12.11 Fest. les inRocKs : Fat White Family + The Districts… Tourcoing, Le Grand Mix, 19h, 19/16/5e // pass 2 jrs : 34/ 28e Prefuse73 Bruxelles, VK*, 19h30, 16/13e Souchon et Voulzy Lille, Le Zénith, 20h, 69>42e ALB + Sperwer Comines, Le Nautilys, 20h, 5e Julien Lourau Lomme, maison Folie Beaulieu, 20h30, 9/5e

Ven 13.11 Festival les inRocKs : Son Lux

+ Ghost Culture… Tourcoing, Le Grand Mix, 19h, 19/16/5e // pass 2 jrs : 34/ 28e Last Train Louvroil, Espace Culturel Casadesus, 19h30, 8>6e ALB Aulnoye-Aymeries, Théâtre Léo Ferré, 20h, 11/8e Keith Jarrett Bruxelles, Bozar / Salle Henry Le Boeuf, 20h, 122/52e Maniac Maya Armentières, Le Vivat, 20h, 7e/ Gratuit -26 ans Babx Marcq-en-Barœul, Théâtre de la Rianderie, 20h30, 9/6/5e Malted Milk + Eric Bibb … Oignies, Le Métaphone, 20h30, 18>12e Ping-Pong : Brigitte Giraud / Albin de la Simone Lomme, maison Folie Beaulieu, 20h30, 14/8e Zaza Fournier + Sendak Villeneuve d’Ascq, La Ferme d’en Haut, 20h30, 5/3e

Sam 14.11 Simple Minds Bruxelles, Forest National, 18h30, 49/44z

19.11, Bruxelles, Cirque Royal, 20h, 31€, www.cirque-royal.org 20.11, Anvers, Arenberg, 20h, 25/22€

www.lm-magazine.com

© Steve Gullick

Richard Hawley Pour l’avoir vu sur scène avec Pulp ou avec le seul Jarvis Cocker, on peut l’affirmer : le silencieux Hawley volait parfois la vedette au grand échalas. Depuis 15 ans, le natif de Sheffield compose en scrutant les fifties et les sixties américaines – Elvis Presley, Cole Porter… Comme surgies d’un autre temps, ces chansons ne sonnent cependant pas “vintage”. Interprétées avec une ferveur et une classe souveraine, elles sonnent juste, tout simplement.


© Paul Rousteau

Aline

25.11, Bruxelles, Le Botanique / La Rotonde, 19h30, 16/13/10€, www.botanique.be

Souchon & Voulzy Bruxelles, Palais 12, 20h, 71,50/57,50/44,50e Lou Doillon Lille, Le Splendid, 20h, 28,50e Avishai Cohen Trio Lille, Théâtre du Casino Barrière, 20h30, 28e Brigitte Fontaine Lomme, maison Folie Beaulieu, 20h30, 16/12e H I N T + Jessica 93… Roubaix, La Condition Publique, 19h30, 5e Last Train + Wallace Vanborn Dunkerque, Les 4 Ecluses, 20h30, 5e/Gratuit Raphael Béthune, Théâtre, 20h30, 34/30e Kenny Larkin Lille, Le Magazine, 23h, 10e Big Red + Unity Crew Revival Roubaix, La Cave aux Poètes, 23h, 12/10/8e

Dim 15.11 Papa Roach + Unswabbed Lille, L’Aéronef, 18h, 26>14e San Fermin Bruxelles, Botanique/Rotonde, 20h, 20/17/14e

La Vie Électrique (2015) deuxième essai des Marseillais d’adoption, délaisse la ligne claire et correspond davantage à ce que propose le quintette sur scène. Une pop enlevée, mélancolique et habitée. Ces mélodies jouées avec une énergie punk-rock et entonnées par le charismatique Romain Guerret font partie des plus belles choses arrivées à la pop française. À noter, la première partie assurée par Hugo, avec lequel ledit Guerret a chanté Hey Mon Ami !

Lun 16.11 Fat Freddy’s Drop Bruxelles, Ancienne Belgique, 19h, 30e

Mar 17.11 Hot Chip Anvers, Trix, 19h, 26e Last Train + The Arrogants Roubaix, La Cave aux Poètes, 20h, 12/10/8e

Mer 18.11 Les Innocents Lesquin, Ctre Cult., 20h, 21,90e

Ven 20.11 The Shoes Lille, L’Aéronef, 20h, 28,50e Thomas Dybdahl Bruxelles, Botanique/Rotonde, 20h, 20/17/14e Faada Freddy… Oignies, Le Métaphone, 20h30, 17>11e Patrick Watson Gand, Vooruit, 21h, 23,75e DJ Food + OM Unit Bruxelles, VK*, 20h, 15/12e

Sam 21.11

The Hillbilly Moon Explosion Lille, L’Aéronef, 20h, 15>5e

Curtis Harding Liège, Reflektor , 19h30, 14e

Tim Fromont Placenti Lille, L’Antre-2, 20h30, 8/5/1e

Deerhunter - Atlas Sound Bruxelles, Botanique/Orangerie, 20h, 20/17/14e

Jeu 19.11 Afterwork : Perez Tourcoing, Le Grand Mix, 18h, Gratuit Caravan Palace Lille, L’Aéronef, 20h, 27e The Stranglers… Louvain, Het Depot, 20h, 28/25e Mesparrow Lille, L’Antre-2, 20h30, 8/5/1e

Jacco Gardner + Michel Rault Bruges, Cactus Muziekcentrum, 20h, 17/14/12/5e Roisin Murphy Bruxelles, Forest National, 20h, 38e Faada Freddy + FM Laeti Calais, C.C. G.Philipe, 20h30, 7e Forever Pavot + Low Bats… V. d’Ascq, La Ferme d’en Haut, 20h30, 5e


Dim 22.11 The Exploited + Opium du Peuple + Maid of Ace Oignies, Le Métaphone, 18h, 18>12e

Liesa Van Der Aa… Villeneuve d’Ascq, La Ferme d’en Haut, 20h, 5e Ought + Yung Tourcoing, Le Grand Mix, 20h, 13/10/5e

Curtis Harding Gand, Vooruit, 19h30, 15,75e Ought - Yung Bruxelles, Botanique/Rotonde, 20h, 19/16/13e

Mar 24.11 Lianne La Havas Bruxelles, Ancienne Belgique, 19h, 25e

Mer 25.11 The Cinematic Orchestra Bruxelles, Ancienne Belgique, 19h, 28e Belle and Sebastian Bruxelles, Cirque Royal, 20h, 30/27/24e Maserati + Ed Wood Jr… Dunkerque, Les 4 Ecluses, 20h30, 9/6e

Jeu 26.11 Izia Lille, L’Aéronef, 20h, 29e

Ven 27.11 Bertrand Belin + H-Burns Tourcoing, Le Grand Mix, 20h, 19/16/5e EZ3kiel Bruxelles, Botanique/Orangerie, 20h, 26/23/20e

Albert Hammond Jr + Tempesst Tourcoing, Le Grand Mix, 20h, 16/13/5e Bertrand Belin… Bruxelles, Botanique/Orangerie, 20h, 23/20/17e Jeff Mills Elecrosymphonic Valenciennes, Le Phénix, 20h, 35>9e Lianne La Havas + Roseau Lille, L’Aéronef, 20h, 22>10e Front 242 + Midas Fall… Mons, Alhambra, 20h, 10e

Jeff Mills Elecrosymphonic Lille, Nouveau Siècle, 20h, 50>5e

Blacko + Feini-X Crew + QWH Oignies, Le Métaphone, 20h30, 16>10e

Dominique A Lens, Le Colisée, 20h30, 25/17/12,50e

Les Innocents Béthune, Théâtre, 20h30, 22/18e

Naufragés ! Lomme, maison Folie Beaulieu, 20h30, 9/5e

Sam 28.11 Madonna : Rebel Heart Tour Anvers, Sportpaleis, 18h30, 181/131/101/81/51e Danny Elfman’s Music from the films of Tim Burton Bruxelles, Palais 12, 20h, 85/77/70/55e

Dim 29.11 Talib Kweli… Lille, Le Flow, 19h, 5e

Lun 30.11 Texas Anvers, Lotto Arena, 18h30, 54/40e Thomas Dutronc Lille, Th. Sebastopol, 20h, 46>42e

27.11, Bruxelles, Ancienne Belgique, 19h, 25€,

www.abconcerts.be

www.lm-magazine.com

© Billy Fischer

Joey Bada$$ En 2010, on découvrait sur la toile la vidéo d’un ado insolent. Sac vissé sur le dos, regard assuré, il se présentait sous le nom de JayOhVee, avant de passer en mode freestyle au seul son d’une human beatbox. Cinq ans plus tard, le New-Yorkais a opté pour le blaze de Joey Bada$$ et a fini par le graver en lettres d’or sur la liste des grands noms du hip-hop US. Son premier album – B4.DA.$$ – lui confère une “street credibility” et lui vaut d’être comparé à Nas.


62 disques

Disque du mois

Monika Secret in the Dark (Other Music / Fat Possum / PIAS)

Vive la crise ! Non, ce n’est pas un revival du Yves Montand héraut du libéralisme, mais ce qu’on est tenté de s’exclamer en découvrant que le disque le plus euphorisant de l’automne vient de Grèce. Le troisième album de Monika en remontre au dernier Daft Punk pour titiller nos nerfs nostalgiques, donner des fourmis dans les jambes autant que des frissons dans le dos. L’Hellène s’apprête à passer toutes les frontières, même celles du goût, tant son disco plein de soul agrège raffinement et efficacité au mépris des étiquettes. Dès l’apparition du beat métronomique de Shake Your Hands, toute résistance est inutile. Reviennent les couleurs dorées du tournant des années 1970-80, les notes d’ABBA ou de The Hues Corporation. La suite déroule ce tapis soyeux de souvenirs et, si elle n’invente rien de nouveau (ça, c’est le job de Oneohtrix Point Never, voir ci-contre), frappe dans le mille. De la célébration pastorale Give Us Wings aux envolées « sparksiennes » de Stripping, tous les genres se croisent ici à coups d’élégants déhanchés. Monika chante Get Off My Way et Take Me With You : on choisit sans hésiter la deuxième option. Rémi Boiteux

Seth Troxler Dj–Kicks - (!K7 Records / Differ-ant)

Avec ses vidéos postées sur YouTube, Seth Troxler s’est taillé un costume de bouffon techno pourfendeur d'EDM. Un ton décalé, certes, mais peut-être trop envahissant dans une (jeune) carrière à la discographie clairsemée. De la matière, ce Dj Kicks semble en offrir sur un plateau. Il s’ouvre par une séquence soyeuse quoiqu'un peu convenue (Niki Nakazawa, Herbert, Dj Koze). Plus loin, Seth Troxler navigue entre house psychédélique (Butch, Session Victim), oldies lo-fi (K.Alexi, Sun-Ra) ou classique bien senti (Mood II Swing). L’ensemble fait plus que tenir la route, mais peine à imposer la patte Troxler, savant équilibre entre dancefloor et étrangeté. Au vu de la liberté totale offerte ici, on attend un peu plus d’un Dj parmi les plus courtisés de la scène électronique. Clément Perrin


!!! (chk chk chk)

Petite Noir La Vie Est Belle / Life Is Beautiful

As if (Warp Records)

Sonorités house, rythmes endiablés, auto-tune… Le groupe américain utilise un maximum d’ingrédients pour conserver, après 20 ans de carrière, toute sa fraîcheur. Car l’objectif de ce sixième album reste le même : nous faire danser. Disco, punk, pop… la synthèse est toujours de mise. On y perçoit d’ailleurs les influences des meilleures formations d’indie dance de ces dernières années : LCD Soundsystem, Hot Chip, Metronomy… Un assemblage par endroit inégal, certes, mais le goût prononcé de la bande de Nic Offer pour le live aboutit à un son club euphorisant. Un “feel-good album” tout en gimmicks et empli de tubes à chanter à tue-tête. Ça fait du bien, parfois. Benjamin Leclerc

(Double Six / Domino)

L’album le plus cosmopolite de l’année est donc l’œuvre d’un Sud-Africain né en Belgique, deux pays où le “vivre ensemble” représente plus qu’un programme politique. Cosmopolite, ce disque l’est dès son double-titre, et plus encore après une introduction à la “noir wave”, ce mélange afro-postwave qui nappe des rythmes sauvages de claviers frondeurs et d’une basse sautillante. TV On The Radio n’est (encore) pas très loin, et Sinkane complèterait l’affiche à merveille. Yannick « Petite Noir » Ilunga porte d’une voix martiale ou crooneuse des prétentions énormes, celles d’une vie qui sera belle, donc tantôt mélancolique, tantôt extatique, souvent douce. La recette d’un très beau moment, qu’il dure une vie ou 47 minutes. Mathieu Dauchy

Oneohtrix Point Never Garden Of Delete (Warp / Boogie Drugstore)

à ceux qui ne se seraient pas frottés au chaos qu’est l’œuvre de Daniel Lopatin, une mise en garde : nul n’entre ici sans casser sa boussole. Mais il est tout à fait permis de choisir ce disque – probablement le plus excitant de 2015 – comme porte d’entrée dans son labyrinthe de sons génétiquement modifiés, de spiritisme post-technoïde et d’interférences extraterrestres. Car ce nouvel album sous l’alias OPN ramasse toutes ses obsessions et les redéploie en touchant au cœur comme jamais. Les réminiscences tapies dans les littéralement stupéfiants Sticky Drama ou Freaky Eyes dépassent la citation pour atteindre une émotion neuve. Mutante. Avec cette odyssée, celui qui se rêvait en James Joyce de la musique vient sans doute de sortir son Ulysse. Rémi Boiteux


64 livres

Livre du mois

Princesse Sapho Le Tutu (Tristram, coll. Souple)

Voici l’édition définitive d’un roman (anonyme) du xixe siècle dont on ne sait pas grand-chose mais qui intrigue et enivre. De là à soupçonner le présent Tutu de mystification, il n’y a qu’un pas. L’histoire nous emmène à la suite d’un personnage incroyable : Mauri de Noirof. Dandy misanthrope, atroce et attachant qui, après avoir épousé une riche héritière alcoolique, engrosse une femme à deux têtes rencontrée dans un cirque, enfantant un fils à quatre têtes et huit bras, avant de devenir ministre tout en s’adonnant à des festins de débris anatomiques avec sa mère… Bref, des aventures surréalistes narrées avec une désinvolture qui n’a d’égale que la virtuosité de la plume. Princesse Sapho, qui qu’elle soit, manie avec génie le coq-à-l’âne, le point-virgule et l’art du dialogue scabreux au milieu des situations les plus cocasses. C’est enlevé, irrévérencieux et étonnant ­– on pense à Roussel, à Jarry. Peu importe finalement son authenticité, discutée dans les postfaces : ce roman amoral et virevoltant existe et c’est, en soi, une fête. 256 p., 9,95€. Rémi Boiteux

Benoît Collombat & Étienne Davodeau Cher pays de notre enfance (Futuropolis)

Délicieuse est l’ironie du titre. Le sous-titre ? « Enquête sur les années de plomb de la ve République », soit la France postgaullienne et pré-mitterrandienne. Une grosse dizaine de troubles années qui virent le juge Renaud mourir assassiné, le Service d’Action Civique (SAC) jouer les barbouzes dans nos rues et, enfin, Robert Boulin se noyer dans 10 centimètres d’eau. Habitués de La Revue Dessinée, Benoît Collombat et Étienne Davodeau ont mené un véritable travail d’enquête, restitué en cases et bulles par Davodeau avec le talent qu’on lui connaît. En creux, on sourit à l’évocation de notre propre époque, si souvent qualifiée de violente, de barbare... La France de nos parents n’était pas mal non plus ! 224 p., 24€. T. Allemand


Cyril Pedrosa

Joyce Carol Oates

Les Equinoxes (Dupuis)

Carthage (Philippe Rey)

À la manière d’un certain cinéma français (pensez Resnais), Cyril Pedrosa (Portugal, 2011) signe une BD chorale. Une jeune fille dans un musée, deux hommes luttant contre un projet d’aéroport, le temps qui passe, des retrouvailles familiales… Pourtant, ce scénario ne nous tient pas en haleine, car ce dessinateur surdoué a privilégié la forme au fond. Mais quelle forme ! Intimiste, le dessin dégage un parfum d’improvisation. Cette liberté est cependant profondément structurée, dans l’architecture du livre (quatre saisons, de l’automne à l’été), comme dans la construction interne des chapitres. Si Ruby avait colorisé Portugal, Pedrosa assume pleinement ce rôle et joue avec le pastel, l’aquarelle, la mine de plomb… Un beau livre. 336 p., 35€.

été 2005. Le mariage de l’aînée des Mayfield approche. Son fiancé, Brett, vient de rentrer de la guerre d’Irak. Le héros local, porté volontaire « par amour pour son pays » est abîmé, physiquement et moralement. Rien ne se passe alors comme prévu : les fiançailles sont rompues, puis quelques jours plus tard, la fille cadette Cressida disparaît. Brett avoue l’avoir tuée... La suite nous transporte sept ans plus tard, auprès d’une énigmatique “Stagiaire” qui arpente les couloirs de la mort. Imperturbable observatrice de ses contemporains, Joyce Carol Oates aborde deux sujets ultrasensibles dans la société américaine : la guerre en Irak et la peine de mort. Ici, le drame se noue à plusieurs niveaux : individuel, familial, local, national. Sans que jamais la tension ne se relâche. 600 p., 24,50€. M. Bourgois

Thibaut Allemand

Antoine Compagnon Petits spleens numériques (Éditions des Équateurs)

À partir de son blog hébergé sur le site du Huffington Post, Antoine Compagnon compose un ouvrage – découpé en billets – qui traite de « l’ordinaire de notre existence électronique ». Professeur au Collège de France, spécialiste de Baudelaire, Montaigne et Proust, l’auteur nous détaille les usages des « prothèses numériques » à travers ses activités professionnelles et ses (très) nombreux voyages à l’étranger. Cet amoureux des tablettes, smartphones et de leurs applications n’en demeure pas moins critique face à ces outils qui s’interposent entre les individus et le monde. On regrettera un discours souvent anecdotique, établi depuis le vernis d’une vie connectée contrastée, sans interroger plus précisément ses enjeux ou la mélancolie qui l’accompagne. 216 p., 13,50€. Julien Bourbiaux


67 écrans

Cinema Bis

Les toiles mystérieuses Dossier réalisé par Audrey Jeamart Photo La Lame Infernale © The Ecstasy of Films

Dans l’immense galaxie du 7e art, il existe une planète méconnue du grand public : le cinéma bis. Horreur, fantastique, SF, western, polar… Un « mauvais genre » pour beaucoup, généralement tourné avec peu de moyens, souvent raillé mais pourtant passionnant et inventif. Nous sommes partis à la rencontre de deux explorateurs acharnés qui seront nos guides cosmiques : Didier Lefèvre, l’éditeur arrageois des fanzines Médusa et Hammer Forever, puis le Picard Christophe Cosyns, fondateur de la maison d’édition de DVD indépendante The Ecstasy of Films. 3…2…1… Ignition ! 


Didier Lefevre Le Serial Publisher

Tiré entre 300 et 400 exemplaires, Médusa consacre chaque année 200 pages au cinéma de genre. En attendant la sortie du numéro 27 en janvier, rencontre avec son créateur, Didier Lefèvre. D’où vient votre goût pour le cinéma bis ? J’avais 6 ans en 1977, et La Guerre des Étoiles fut un vrai choc. Ensuite, grâce à l’explosion des vidéoclubs, j’ai écumé tous les genres : du Jackie Chan, du Bruce Lee, du fantastique, de l’horreur… Mais ma passion reste le cinéma fantastique. Comment définiriez-vous ce « Depuis Tarantino, genre ? ça fait « cool » Le cinéma bis est l’équivalent du cinéma d’exploitation américain, d’aimer le cinéma bis » soit des séries B, des films à petit budget qui étaient projetés en double programme pour le prix d’un billet. Dès les années 1950, on sortait des westerns, des films de cape et d’épée, sexy, fantastiques, et des déclinaisons de grands succès à la pelle. Il existe ainsi une quarantaine de Django ! Quelles sont les différences avec les productions dites « conventionnelles » ? On osait tous les excès et brisait les tabous. Pas forcément en montrant, mais en suggérant fortement, avec des sous-genres comme la


69 écrans

teensploitation, la sexploitation, la nazisploitation (des films complètement barrés de prisons de femmes) … Comment est-il « fabriqué » ? C’est un genre paradoxalement très codifié, avec un cahier des charges rigoureux, soutenu par des producteurs qui voulaient faire de l’argent. Certains réalisateurs faisaient preuve d’une réelle inventivité dans la mise en scène, comme Dario Argento et ses plans ultra léchés. Mais il faut parfois voir une dizaine de films pour en trouver un bon, c’est un peu la recherche de l’orchidée qui pousserait sur une bouse. Quels sont les pays à la pointe dans le domaine ? L’Italie domine, en qualité et en quantité, avec le giallo. D’ailleurs Les Frissons de l’Angoisse (1975) de Dario Argento est l’un des meilleurs films de l’histoire du cinéma, tous genres confondus. Il y a aussi des polars violents, qui sont un témoignage des années de plomb. On peut encore citer l’Espagne, la Grèce, l’Allemagne, la France avec Jean Rollin, l’Angleterre avec la Hammer, et même en Suède, on trouve des films déments !

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Didier Lefèvre — Fanzine Médusa n°26, page 85

Couvertures Médusa n° 27, 23, 18, Double page 18-19, Médusa n° 26

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Radio Medusa sur PFM : émission consacrée à l’actualité du fanzinat et au cinéma bis. à écouter sur : www.radiopfm.com/ecoute-des-emissions/radio-medusa

Ce cinéma n’est-il pas in« Ce genre a toujours été justement sous-estimé ? traîné dans la boue en Il a toujours été traîné dans la boue en dépit de sa vraie dépit de sa vraie valeur » valeur. En revanche, il n’y a jamais eu autant de soirées et de festivals autour du bis que maintenant. Mais c’est un effet de mode. Ça fait « cool » d’aimer le cinéma bis. C’est l’effet pervers qu’a provoqué Tarantino, en puisant son inspiration dans le cinéma d’exploitation européen et asiatique. Votre passion pour le fanzine est-elle aussi ancienne ? Je lisais Starfix et Mad Movies. Vers 15 ans j’ai découvert les fanzines musicaux qui parlaient de rock alternatif et de cold wave. Comment avez-vous créé le vôtre, Médusa ? Au lycée, alors que j’éditais une feuille de chou avec des amis, j’ai eu l’idée d’un fanzine sur le cinéma. Des brouillons de Médusa, en quelque sorte. Le premier vrai numéro est sorti en février 1989, durant ma première année de fac. La parution s’est interrompue en 2004 pour reprendre en 2011.


Le coin des

Fanzines

CANNIBALE FANZINE, Magazine amateur publié par l’association cinéphage havraise Cannibale Peluche : cannibalepeluche.canalblog.com

Affiche belge de L’empreinte de Dracula (1973) de Carlos Aured (titre original : El retorno de Walpurgis)

Quels sujets abordez-vous ? On vise l’exhaustivité, en privilégiant des réalisateurs et des cinématographies peu abordés – comme le cinéma grec dans le dernier numéro, le cinéma scandinave ou encore le krimi (abréviation pour l’allemand kriminal films, ndlr) dans le prochain.

Fanzine ZONE 52, Musique, ciné, bouquins, jeux vidéo et culture en vrac ! : zone52.bigcartel.com Everyday is Like Sunday, Horror culture, musique, littérature, comic-books, interviews et reviews à gogo : www.likesunday.com

D’une façon générale, quelle serait votre définition du fanzine ? La liberté. Sans contrainte, ni rapport direct avec l’actualité. Je ne m’explique pas vraiment le retour actuel du fanzinat, mais c’est un peu la revanche du papier sur le virtuel. C’est une forme de résistance. Videotopsie, Le fantastique autopsié : videotopsie.blogspot.fr à visiter / medusafanzine.blogspot.fr

Torso, revue de cinéma de genre : torsorevuedecinema.fr


72 écrans

Christophe Cosyns

Le réanimateur

Originaire d’un petit village de l’Oise, biberonné à La Dernière Séance et aux vidéoclubs, Christophe Cosyns dévore depuis l’enfance tout ce que peut lui offrir le cinéma, des grands classiques aux genres plus pointus. Jusqu’à fonder sa propre société d’édition de DVD... « Même en vacances, je faisais exprès de choper des coups de soleil pour pouvoir regarder des films ». Oui, Christophe Cosyns est ce qu’on pourrait appeler un mordu. Mais pas de n’importe quel cinéma. Déplorant la disparition de l’éditeur Neo Publishing en 2010, il veut défendre un 7e art « créatif et aux idées subversives, mais souffrant d’une connotation régressive ». Après un cursus cinéma à l’université, il devient aide-éducateur dans le secondaire avant que le chômage ne l’incite à rebondir. Il souhaite créer sa propre société d’édition de DVD. « J’ai fait toutes les banques. Une seule m’a

suivi ». Un montage de dossiers très lourd mais que son CAP comptable lui permet d’assumer seul. Le nom de la société est vite trouvé : The Ecstasy of Films, en hommage au morceau The Ecstasy of Gold d’Ennio Morricone.

« Je me considère comme un passeur de mémoire » Son catalogue de départ ? La Lame Infernale, mélange de néo-polar italien et de giallo signé Massimo Dallamano, La Marque du Diable, éprouvante incursion à l’époque de l’Inquisition par le


73 écrans

La Lame Infernale (La polizia chiede aiuto), de Massimo Dallamano, Collection Profondo Giallo, 1974

britannique Michael Armstrong et le giallo Sac à vomi, Torso de Sergio Martino. La Marque du Diable, 1980 Nous sommes en août 2012. L’aventure peut commencer ! Et quelle aventure… Artisanat – Choisir les films, trouver les ayants-droit, négocier ardemment les contrats… « Au début, j’avais une oreille collée au téléphone et un œil sur Google Translate ! C’était de la débrouille, à la manière Corman*», plaisante-t-il en revendiquant cette dimension artisanale. Viennent ensuite la création de l’arborescence du DVD,

la commande des sous-titres, des visuels du packaging, et le tournage des bonus avec des intervenants spécialisés, avant de confier le bébé à un laboratoire pour l’encodage du film et la confection d’un support test. Mille exemplaires, en général, sont pressés. Un stock qui débarque alors… chez lui. Car Christophe Cosyns gère également la com’, le service clients, les envois... Pour un résultat variable : certaines références sont épuisées (les 666 exemplaires de La Marque du Diable écoulés en deux mois) alors que d’autres restent disponibles au bout de deux ans. >>>


Sac à vomi – Christophe Cosyns se considère avant tout comme un « passeur de mémoire ». Il souhaite redonner, à l’heure du téléchargement, une place au support, au bel objet, pensé de A à Z. D’où l’ajout de goodies, comme les authentiques sacs à vomi d’époque de La Marque du Diable. Une exigence de qualité qui demande du temps : six mois de travail pour une édition (trop pour être rentable) et qui réclame des sacrifices – il n’a pas pris de vacances depuis quatre ans. Mais il peut compter sur une épouse « conciliante qui [le] soutient énormément »

« Redonner une place au support, au bel objet, à l’heure du téléchargement »

et remporte de vraies victoires. « Maintenant des boutiques m’appellent, et on me contacte pour sortir des films chez moi ». Pas mal pour cet autodidacte qui passait pour un fou. *Réalisateur américain qui a produit plus de 400 films à petit budget.

à visiter / www.the-ecstasy-of-films.com à paraître / En novembre : Qui l’a vue Mourir ? d’Aldo Lado, collection Profondo Giallo (inédit en DVD et en VHS en France) Avant fin 2015 : The Punisher de Mark Goldblatt, un film d’action américain adapté de Marvel, et le documentaire Rewind This ! (consacré à la culture VHS)

Et ce n'est pas fini…

Bon Chic Mauvais Genre #59 : Est-ce express ? 06.11, Lille, Le Majestic, 13€ / 2 films 19h30 : Trans-Europ-Express d’Alain Robbe-Grillet, 1966 21h30 : Europa de Lars Von Trier, 1991

Midi-Minuit Fantastique - vol. 2, Michel Caen et Nicolas Stanzick, éd. Rouge Profond, 752 p. + DVD, 60€


75 ĂŠcrans


76 écrans

Arras Film Festival

La fête de tous les cinémas Texte Julien Damien Photo Jim Sheridan © DR / A Perfect day © Fernando Marrero / UGC Distribution

120 films, dont 52 avant-premières et 19 inédits. Difficile de ne pas trouver son bonheur dans la programmation de l’Arras Film Festival, 16e du nom. Pour preuve l’affluence, en constante augmentation au fil du temps (plus de 38 300 spectateurs l’an passé). Un succès plutôt logique à bien y regarder…

L’

événement célèbre tous les cinémas, « du blockbuster au film d’auteur, en passant par les classiques », assure son délégué général, Eric Miot. Et cela sans sacrifier les fondamentaux : en restant tourné vers l’Europe, en particulier de l’Est – même si le cinéma islandais « est très fort ». Bref, le rendez-vous arrageois se porte bien. Mieux que la planète en tout cas. « Il est vrai qu’il se dégage de cette sélection une vision assez noire du monde ». Autre constat : « l’humour devient une forme de résis-


tance ». Citons A Perfect Day, de l’Espagnol Fernando Leon De Aranoa, mettant en scène Benicio del Toro et Tim Robbins en humanitaires aux convictions vacillantes, en pleine zone de guerre. Angélique – En restant curieux chacun peut dénicher les pépites disséminées ça et là. Par exemple, le film d’animation du Flamand Jan Bultheel, Cafard, qui narre l’histoire vraie du champion du monde de lutte Jean Mordant, engagé dans l’armée belge en 1914 et embarqué dans une ubuesque odyssée autour du globe. Côté valeur sûre, la très attendue leçon de cinéma est cette année donnée par Jim Sheridan (Au nom du père), soutenant une rétrospective consacrée à l’Irlande et ses conflits. Seconde invitée d’hon06>15.11, Arras, Casino, Cinemovida, neur : Michèle Mercier, dont on (re) Grand’Place, Hôtel de Ville, Hôtel de Guînes, Université d’Artois, 7/5€ par séance, pass : découvre, au-delà de la série Angé60€, abonnement 10 films : 45€, abonnement lique, une filmographie qui l’a fait 5 films : 27,50€, www.arrasfilmfestival.com Invités : Jim Sheridan (leçon de cinéma : tourner avec François Truffaut, Dino 13.11, 10h, Université d’Artois, gratuit) // Michèle Mercier (rencontre : 08.11, 14h30, Risi... à la fois populaire et pointue, Village du Festival, Grand’Place, gratuit en somme. à l’image du festival.


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The Visit

Introspection du 3e type Documentaire

Si un vaisseau extraterrestre débarquait sur Terre, que se passerait-il ? La question est posée par le Danois Michael Madsen (homonyme de l’acteur américain, coupeur d’oreilles dans Reservoir Dogs) dans The Visit, un OVNI entre documentaire et fiction qui nous en apprend beaucoup sur nous-mêmes.  Ici, la question n’est pas de savoir si des extraterrestres sont susceptibles de nous rencontrer, mais plutôt « quand » ? Partant du postulat qu’une intelligence venue d’ailleurs existe, le réalisateur danois a interrogé différents experts aux Nations Unies, à la NASA ou au sein du gouvernement britannique. Découvrant que cette question est un sujet sérieux, voire sensible… Le spectateur – par le biais de la caméra subjective – a l’impression de dialoguer avec ces différents spécialistes en recherche spatiale, psychologie ou encore astrobiologie. Qui sont-ils ? Pourquoi viennent-ils sur notre planète ? Face au vide d’informations sur le « visiteur », les intervenants développent leurs raisonnements et expriment certains doutes : faut-il tout dire sur l’humanité ? Peut-on avoir confiance ou doit-on se préparer à une agression ? Pour finalement réaliser que notre plus grande peur serait que les extraterrestres ne nous trouvent pas dignes d’intérêt. Second volet d’une trilogie entamée avec Into Eternity (2011) qui s’intéressait au traitement des déchets nucléaires, The Visit est avant tout une exploration de la pensée « humaine ». Serons-nous seulement capables de nous présenter à ces inconnus ? De Michael Madsen, sortie le 04.11 De leur dire qui nous sommes ? Nicolas Jucha

© Heikki Faerm

écrans


Photo : Arthur H © Léonore Mercier Lic 1 - 1083804 / 1-1083806 / 3-1083805

ous ! Abonnez-v

Raphael musique

Nach Irma

— Ciné concert — The Cameraman »

de

Bu s te r Keaton

avec l’Orchestre National de Lille

Hubert-Félix

Les Innocents

T h i é f a in e

Un Poyo Rojo

Orange Blossom

Stéphane

Eric Antoine

Guillon

humour

Les Chiche Capon

Art h ur H

«

Stephan Eicher

U n d di e a utomaten

A n g e l i n Pr e l j o c a j

danse

Th é â t r e d e b o u l e v a r d Hors service

Pa s f o l l e s l e s g u ê p e s Nelson

Ma mère est un panda

Boulevard Victor Hugo F - 62400 Béthune 03 21 64 37 37 www.theatre-bethune.fr FNAC, Ticketnet et Digitick


80

© Fox

écrans

Séries

Scream Queens « N’ouvre pas la porte, il est derrière ! Nooon ! Je l’savais… » – Réaction typique du téléspectateur face à une scène d’horreur. Apprêtez-vous à ne pas déroger à la règle face au génial Scream Queens. Cadeau des créateurs Ryan Murphy et Brad Falchuk (à qui l’on doit Nip/Tuck et American Horror Story), la nouvelle série de la Fox est un trésor de nonsense, de sarcasme et… d’hémoglobine, of course ! Et cela grâce au Red Devil, un mystérieux tueur déguisé en mascotte de l’université et bien décidé à exterminer jusqu’au dernier des membres écervelé(e)s du campus local. De quoi passer ses soirées avec un rictus diabolique collé au visage. Sonia Abassi De Ryan Murphy, Brad Falchuk, Ian Brennan. Avec Jamie Lee Curtis, Emma Roberts, Abigail Breslin, Nick Jonas, Ariana Grande… depuis le 22.09 sur la Fox

De Justin Roiland, Dan Harmon, jusqu’au 08.11 sur France 4

© Cartoon Network Studios

Rick et Morty Voici une claque télévisuelle à l’humour féroce, signée Dan Harmon. Oui, le papa du complètement barré et regretté Community revient cette fois-ci avec une série animée. à l’âge où d’autres profitent d’une retraite ensoleillée en Floride, Rick, savant fou et alcoolique, voyage d’un univers parallèle à l’autre pour y semer le chaos. à ses côtés, son benêt de petit fils, Morty, lui sert de conscience. Toute ressemblance avec deux personnages d’un film SF voyageant à bord d’une DeLorean est bien sûr fortuite… S.A.


Still Life


83 exposition

O Nicolas Wilmouth Natures vivantes Texte Julien Damien Photo Series Still Life, Les héritiers

« Je ne prends pas de photos, je les fais », clame Nicolas Wilmouth. Une nuance que l’on saisit assez vite devant ses compostions croisant art contemporain et classicisme. Deux séries exposées à Marcq-en-Barœul offrent l’occasion de découvrir des œuvres aussi esthétiques que narratives.


85 exposition

O

n remarque d’emblée le travail sur la lumière : un clair-obscur qui évoque aussi bien Le Caravage que la peinture flamande du xviie siècle, des influences avouées du Parisien. Un résultat qu’il obtient en assemblant par ordinateur plusieurs « shoots » réalisés en studio. Un peu à la manière d’un peintre qui perfectionnerait sa toile. Toutefois, résumer l’œuvre de Nicolas Wilmouth à une « simple » question esthétique serait réducteur. En s’approchant de ces photographies on découvre moult détails. Les scènes de tables de la série Still Life convoquent des éléments très contemporains : du pain de mie, une boîte de sardines… En insérant ces anachronismes dans des images utilisant les codes de la peinture classique, l’artiste dresse un pont entre passé et présent.

histoires ». Still Life est ainsi traversée par « l’envie d’inviter les spectateurs à ces tables ». à vous, donc, d’imaginer ce qui se cache dans ces natures mortes, décidément très vivantes. Un jeu avec le temps que l’on retrouve avec ses Héritiers, qui s’apparentent à des tableaux de Rembrandt. Il s’agit là de portraits d’enfants de son quartier, mis en scène « comme le prince ou l’infante d’une cour », mais arborant des lèvres glossées, des coiffures modernes… « J’ai moi-même fabriqué les fraises, j’aime travailler à la manière d’un artisan », précise l’artiste, qui se définit comme « un faiseur d’images  ».

Tables ouvertes – Nicolas Wilmouth n’aime rient tant que « raconter des

à partir du 04.12, Paris, Galerie Rivière/Faiveley, galerierivierefaiveley.com

à visiter / www.nicolaswilmouth.com à voir / Jusqu’au 28.11, Marcq-en-Barœul, La Corderie, mar : 14>19h // mer & sam : 10h>13h & 14h>18h // ven : 14h>20h30, gratuit, www.marcq-en-baroeul.org, www.renaissance-lille.com


Les HĂŠritiers


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Attention, chien mĂŠchant ! Combien de temps oserez-vous laisser votre main dans cette cage ?


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Annette Messager Le quotidien enchanté

Propos recueillis par Julien Damien Photo © Marc Domage / adagp 2015

Notre planète, 2013-2015

C’est une artiste majeure de notre temps. Plus de 30 ans après la présentation de ses Chimères, Annette Messager est de retour sur les terres qui l’ont vue naître, à Calais. Elle y présente 19 pièces pour la plupart inédites, spécialement conçues ou revisitées pour le Musée des beaux-arts et la Cité de la dentelle et de la mode. La plasticienne poursuit une œuvre débutée dans les années 1970, mêlant les formes et les matières, l’intime et l’universel, bouleversant les sens et les interprétations.


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Pouvez-vous nous présenter cette double exposition ? Les œuvres exposées à la Cité de la dentelle et de la mode ont été créées en 2015 et l’année dernière. Elles sont un hommage à toutes les couturières. Les grandes maisons sont souvent tenues par des hommes mais la couture est faite par les femmes. Généralement on les appelle les « petites mains », ce qui n’est pas un terme très sympathique... J’ai donc voulu les magnifier en m’inspirant d’instruments de couture qu’on a tous chez soi. Qu’en est-il des œuvres présentées au Musée des beaux-arts ? Là, c’est plus compliqué. à Calais, tout prend un sens particulier avec la

Histoire de traversins, 1998-2015

« à Calais, tout prend un sens particulier... »

question des migrants. Ne pas y faire allusion, c’est impossible. Le faire, c’est aussi dangereux. Pourquoi ? Je ne me compare pas à Picasso, mais qui se souviendrait du bombardement de Guernica s’il n’avait pas peint ce tableau ? Je fais donc allusion aux migrants à travers, par exemple, ces personnages que j’appelle des pantins, qui sont mous ou qui sont accrochés ici et là, comme sur Notre planète – (ndrl :


l’installation présente des globes qui se gonflent et se dégonflent). Pourquoi avoir intitulé cette exposition Dessus Dessous ? Je m’intéresse à ce qu’on trouve audessous de nous, caché, comme dans la couture, où les dessous sont très importants. Je joue sur différents niveaux, j’aime rapprocher une chose et son contraire, j’ai souvent nommé des pièces de cette façon comme ArticulésDésarticulés.

Les soutiens-gorge, 2015

Que voulez-vous exprimer ici ? Je m’appelle Messager, certes, mais je ne délivre pas de messages (rires). C’est au spectateur de faire le chemin avec sa propre histoire, son imagination. Comme disait Marcel Duchamp : « c’est le regardeur qui fait l’œuvre ». Comment interpréter cette installation faite de 400 traversins dans le hall ?  Elle a beaucoup de significations. Les rayures peuvent nous renvoyer aux prisonniers, à Auschwitz. Et puis il y a aussi les batailles de polochons. Ils devraient évoquer le sommeil, le calme et en même temps, ils suggèrent des réminiscences de cauchemars… Vous voyez, un stupide traversin peut exprimer plein de choses ! Quelle relation entretenez-vous avec notre région ? Je suis originaire de Berck-Plage. Je me rendais souvent à Calais en famille dans ma jeunesse et mon père qui était architecte me montrait toujours

Fashion Odyssex, 2014

les églises, les bâtiments... Un voyage durait très longtemps avec lui (rires). Et donc j’ai vu ces « Bourgeois » (ndlr : sculpture de Rodin, dans le centre de Calais) qui me faisaient très peur étant petite. Il y a ces chaînes, cette clé énorme… Par la suite j’ai d’ailleurs conçu beaucoup de clés. J’ai dû être frappée par cette sculpture. Enfin, il y a cette lumière du Nord qui est très belle, très forte. >>>


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Les spectres des couturières, 2014-2015

« J’exécute des sculptures avec des éléments du quotidien » Avec le recul, comment définiriezvous votre art ? Je travaille avec des matériaux simples. J’exécute des sculptures avec des éléments du quotidien, en les détournant pour les montrer autrement. Une ambivalence qu’on retrouve ici dans Les spectres des couturières où vous mettez en scène d’énormes objets coupants sous une forme molle… Oui, j’aime ce qu’on peut manipuler, palper. Un bout de tissu peut être inquiétant, servir autant à étouffer quelqu’un qu’à le protéger. Je travaille

aussi avec des poupées, des peluches, facilement malléables, qui peuvent soudainement changer de forme et devenir dangereuses. C’est le quotidien qui est fantastique selon moi. C’est nous qui sommes inquiétants, notre monde… C’est très ludique tout cela… Oui, il faut bien jouer, même des drames. Attention, il ne s’agit pas de jouir du malheur mais, malgré tout, on reste des humains. La vie continue…

à lire / Des œuvres commentées par Annette Messager sur : wwww.lm-magazine.com à voir / Dessus Dessous Jusqu’au 15.05.2016, Calais, Musée des beauxarts : tous les jours sauf lundi : 10h>12h & 14h>17h // dim : 14h>17h, 4/3€ Cité de le dentelle et de la mode : tous les jours sauf mar : 10h>17h, 5/3,50€ // pass deux musées : 7/5€, www.calais.fr  


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François Schuiten Bulle immobilière Texte Julien Collinet Photo L’Enfant penchée (I), triptyque, 1996, serigraphie Coll. CGII © François Schuiten

Le maître bruxellois du neuvième art François Schuiten s’expose à La Louvière jusqu’en février. Lumières sur les cités offre une plongée abyssale dans les mondes imaginaires de sa série culte (Les cités obscures), où une attention toute particulière a été portée à la scénographie. L’unique exposition de Mons 2015 consacrée à la BD. n pénétrant dans l’exposition, le spectateur se retrouve plongé dans le noir. Un jeu de lumière sophistiqué révèle par phosphorescence des illustrations. « On ne trouvera jamais mieux qu’un album de bande dessinée pour raconter une histoire. Dans un musée, il faut donc porter un nouveau regard sur cette discipline et déstabiliser le public », explique François Schuiten. Egalement scénographe, l’artiste a ainsi participé à l’accrochage. Pour exemple, une salle consacrée à l’album La théorie du grain de sable, fait appel aux sens du visiteur. Le sol est recouvert d’un large tapis de sable alors que des dessins s’affichent sur les murs. Dans ces compositions incroyablement denses et graphiques, l’architecture est omniprésente. « Mon père était architecte, j’ai été imprégné par cet art depuis mon enfance. » Dans sa série culte Les cités obscures, entamée >>> en 1982 avec  Benoît Peeters, Schuiten

© Patricia Mathieu

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François Schuiten signant les sérigraphies de La Tour Saint-Albert à Binche, 2015.


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Le Palais sur la forêt (Fragments 4), 2010.

imaginait ainsi le double futuriste de nos métropoles, de Brüsel à Pahry en passant par Kobenhavn.

« Je lutte pour un Activisme architectural – Pour l’occasion, le dessinateur s’est d’ailleurs penavenir qui accepte ché sur une structure emblématique de la région. Il s’agit d’un édifice industriel son histoire » haut de 63 mètres menacé de destruction : la Tour Saint-Albert. « Il était important de prendre sa défense. Je lutte pour un avenir qui accepte son histoire. Ce serait comme enlever les terrils alors qu’ils font partie du paysage ». Cet acte a permis d’attirer l’attention des médias sur l’avenir de ce bâtiment témoin d’une époque révolue. Un geste militant dont Schuiten est coutumier. Alors que le marché des planches originales de BD atteint des sommets, l’auteur a depuis longtemps choisi de céder ses originaux à des fondations comme la BNF ou le Centre de la gravure. «  Les planches doivent servir à Lumières sur les cités - Mons 215 faire des livres… Pour rien au Jusqu’au 07.02.2016, La Louvière, Centre de monde, je ne voudrais que mon la gravure et de l’image imprimée, mar>dim : 10h>18h, 7>2€ / gratuit –12 ans, œuvre soit dénaturée ». Nous www.centredelagravure.be non plus.


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Là où commence le jour,

Les chemins de la connaissance La nouvelle exposition conçue par le LaM de Villeneuve d’Ascq invite à redécouvrir le monde qui nous entoure. Entre des manuscrits de la Renaissance et des installations contemporaines, c’est une image de soi et de son propre rapport à la connaissance qui nous est renvoyée. Là où commence le jour, : voilà un titre poétique, ponctué par une virgule énigmatique... Le ton est donné. Il ne faudra pas chercher à rationaliser cette exposition, mais plutôt accepter de se laisser porter par les souvenirs et les désirs qu’elle éveille en chacun de nous. Dans le cadre de lille3000 - Renaissance, le LaM a imaginé un parcours aux airs de jeu de piste. En 160 œuvres, Là où commence le jour, met en lumière ce que l’émancipation humaine doit au savoir. Au fil des 12 chapitres, du crépuscule à l’aube, les questionnements affleurent : par quelles voies – religieuses, scientifiques, artistiques – l’individu découvre-t-il le monde ? Se découvre-t-il lui-même ? Sommes-nous capables de seulement le connaître ? De nous connaître ? Dessins médiévaux, cabinet de curiosités revisité, tableaux contemporains se succèdent, jouant sur le visible et l’immatériel, l’illusion et le reflet... Au détour d’une vidéo, Janine Antoni fascine en funambule sur la ligne de l’horizon. Kandinsky appose l’empreinte de ses mains sur une toile, tel un enfant. à la sortie, une longue-vue permet de contempler son Jusqu’au 10.01.2016, Villeneuve d’Ascq, LaM, mar>dim : 10h>18h, 7/5€/gratuit -12 ans, propre œil, comme une ultime devinette www.musee-lam.fr adressée au visiteur. Madeleine Bourgois

Rachel Garrard, Perpetual Return, 2014. Film sans son, en noir et blanc © Courtesy Rachel Garrard, New York, 2015

exposition


Saint Georges, 2015. Courtesy Luc Tuymans

L’Homme, le Dragon et la Mort. La Gloire de saint Georges Figure de la chrétienté, protecteur de centaines de villes européennes, saint Georges a-t-il seulement existé ? Mystère. Mais sa légende, elle, n’a cessé de nourrir l’imaginaire de l’Homme, comme le montre cette singulière exposition cosignée par le Mac’s et Mons 2015. La version la plus célèbre du mythe reste celle narrée au xiiie siècle par l’archevêque Jacques de Voragine, dans La Légende dorée. L’histoire d’une cité terrorisée par un dragon, à qui il faut livrer deux brebis par jour. Le troupeau décimé, ce sont les enfants qu’il veut, jusqu’à la fille du roi... Tandis que la princesse avance vers la mort, saint Georges surgit et terrasse la bête. Ce combat, les Montois le connaissent bien, pour le jouer lors de leur célèbre Ducasse. Il est une allégorie de la lutte entre le bien et le mal, mais aussi de l’Homme contre lui-même, qui doit choisir entre lâcheté et courage pour maîtriser son destin. « On retrouve aujourd’hui saint Georges dans les figures de Batman ou Superman », s’amuse Laurent Busine, directeur du Mac’s et commissaire de cette expo avec Manfred Sellink, qui ont réuni en quatre ans près de 80 pièces. Des peintures (dont un tableau de Le Tintoret), des sculptures – et une photo de Lewis Carroll ! – dévoilent les déclinaisons du saint « le plus représenté entre le Moyen âge et la Renaissance ». On découvre également des œuvres contemporaines, telle cette toile de Luc Tuymans, créée pour l’occasion et offerte au Mac’s. Un beau cadeau pour Jusqu’au 17.01.2016, Hornu, Mac’s, mar>dim : 10h>18h, 8/5/2/1,25€/ Laurent Busine, qui livre là son ultime accrogratuit -6 ans, www.mac-s.be chage. Last but not least. Julien Damien


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Joie de vivre

Une exposition tout sourire Dans le cadre de lille3000, le Palais des beaux-arts de Lille décline sa vision de la Renaissance à travers une exposition intitulée Joie de vivre. Au programme : une confrontation d’œuvres issues de plusieurs siècles d’art avec pour trait d’union la gaité et l’hédonisme. Il est des expositions dont on ressort avec le sourire. Joie de vivre en fait partie. Bruno Girveau, le directeur du Palais des beaux-arts de Lille, cultivait l’idée depuis un moment, et cet accrochage a trouvé toute sa place au sein de la thématique de la saison de lille3000 – Renaissance. La joie de vivre, « c’est quelque chose d’ineffable, d’impalpable et qu’on a en soi, une capacité de se sentir exister même dans la plus grande noirceur », estime-t-il. Une sculpture euphorisante de Niki de Saint-Phalle accueille ainsi le visiteur dès l’atrium. Dans le même espace, une vidéo compile des scènes joyeuses issues du cinéma : des Temps modernes à Polisse, en passant par Chantons sous la pluie. Des rayons de soleil illuminent l’entrée au sous-sol. Ici, les œuvres sont organisées de façon thématique : « sous le soleil », « bonheurs », « liens », « liesses », « corps joyeux » et « rires ». Au gré d’une scénographie lumineuse, les œuvres se côtoient en toute liberté. De Lichtenstein à Renoir, en passant par Picasso, Rodin, Martin Parr ou encore Takashi Murakami, les époques se confrontent avec audace mais, curieusement, en harmonie. On sort Jusqu’au 17.01.2016, Lille, Palais des beauxparfois étonnés de ces croisements, et arts, lun : 14h>18h // mer>ven :10h>18h // l’effet escompté est bien là : on sourit. sam & dim : 10h>19h, 10 /8/7€, Marie Tranchant

www.pba-lille.fr

Vue d’exposition © Marie Tranchant

exposition


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© Laure Ledoux / Vestes © Julien Saudubray / Geranos © Gregory Buchert

exposition

Watch This Space # 8 Cette biennale d’art contemporain soutient les jeunes créateurs de l’eurorégion. Thème imposé pour cette 8e édition : la résistance. Toutefois, « il ne s’agit pas forcément de se positionner contre quelque chose, mais de cultiver un décalage », selon Lucie Orbie, coordinatrice de 50° Nord. Derrière ce réseau transfrontalier on trouve une trentaine de structures (associations, écoles d’art, galeries...) soucieuses de valoriser le travail de jeunes plasticiens, photographes ou peintres peu ou pas (encore) connus. Comment ces artistes déclinent-ils ce « temps précédent la Renaissance » (rapport à lille3000) ? Eh bien la résistance peut être plastique, géopolitique ou simplement physique comme le montre Laure Laudoux avec ses photographies de sportifs croqués après l’effort. Elle prend aussi des formes plus existentielles, par exemple chez Gregory Buchert, qui dévoile via ses performances et vidéos (Les six premiers jours il ne fit rien...) comment résister en se laissant vivre. Dont acte. J.D. 01.11>30.01.2016, eurorégion, divers lieux, programme complet : www.50degresnord.net


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Week-end La Région des Musées Le Nord-Pas de Calais, une terre de musées ? Eh oui, il en compte près de 200, s’avançant comme la deuxième région de l’hexagone par sa densité muséale – juste derrière l’Île de France. De l’archéologie à l’art contemporain, il y a là tout un patrimoine à découvrir. C’est bien le but de cette initiative du conseil régional. Le principe ? Un week-end de portes ouvertes dans les musées agrémenté d’animations en tous genres (spectacles, ateliers). Après le Dunkerquois puis la Flandre et l’Audomarois, c’est la Côte d’Opale qui est mise à l’honneur lors de cette 3e édition. L’occasion de visiter des endroits d’exception, comme le Musée de la Céramique de Desvres qui met en lumière 300 ans de cet art, du xviie siècle à nos jours, ou encore le Musée Roger Rodière de Montreuil-sur-Mer, situé en plein cœur d’une citadelle du xvie siècle ! Côté expositions, citons celle d’Annette Messager qui occupe le Musée des beaux-arts et la Cité de la dentelle et de la mode, à Calais (voir page 88). Au total, 12 lieux du littoral à visiter dont un… virtuel. Il s’agit du futur Musée des peintres de la côte d’Opale qui doit ouvrir à étaples-sur-Mer en 2018, et que vous découvrirez en avant-première à la Maison départementale du Port. Et un de plus ! J.D. 28 & 29.11, Berck-sur-Mer, Musée de la Côte d’Opale // Musée de Boulogne-sur-Mer // Calais, Musée des beaux-arts de Calais & Cité de la dentelle et de la mode // Desvres, Musée de la Céramique // Dunkerque, LAAC & Musée portuaire // étaples-sur-Mer, Maréis & Maison départementale du Port // Gravelines, Musée du dessin et de l’estampe originale // Le Touquet, Musée du Touquet-Paris-Plage // Montreuil-sur-Mer, Musée Roger Rodière, 10h>18h, gratuit, www.laregiondesmusees.fr

Vue extérieure du musée © Musée de la Céramique Desvres

exposition


108 théâtre exposition & danse

Foot Print La chaussure s’élève au rang d’œuvre d’art à la faveur d’une exposition au MoMu. Parmi les 600 pièces présentées, celles de Martin Margiela, Ann Demeulemeester ou Dries Van Noten tiennent le haut de l’affiche. Le parcours de 22 salles dévoile aussi des modèles devenus emblématiques, comme ceux de Roger Vivier, père des affolantes cuissardes portées par Bardot sur sa HarleyDavidson. Anvers, jusqu’au 14.02.2016, MoMu, mar>dim : 10h>18h, 8/6/3€/gratuit, www.momu.be

Le château de Versailles en 100 chefs-d’œuvre

Anatolia

Après Roulez carrosses ! place à une sélection de pièces emblématiques provenant du domaine du Roi Soleil. Des chefs-d’œuvre qui pour beaucoup quittent leur écrin d’origine pour la première fois. La scénographie en trompe-l’œil nous projette d’abord dans les fastueux appartements privés puis à l’extérieur du château, entre les fontaines, les bosquets et le groupe sculpté Apollon servi par les nymphes.

Le festival Europalia se tourne pour sa 25e édition vers la Turquie et ses différents territoires. L’Anatolie par exemple, cette péninsule située à l’extrémité occidentale de l’Asie. Une passerelle entre deux continents qui fut durant 12 millénaires un carrefour d’échanges. Céramiques, textiles des époques seldjoukides et ottomanes, sculptures datant de l’Antiquité classique… Cette exposition livre quelques secrets de cette fascinante région à travers plus de 200 pièces.

Arras, jusqu’au 20.03.2016, Musée des beaux-arts, lun, mer, jeu & ven : 11h>18h // sam & dim : 10h>18h30, 7,50/5€/gratuit -18 ans

Bruxelles, jusqu’au 17.01.2016, Bozar, mar > dim : 10h>18h, sauf jeu : 10h>21h, 15€>gratuit –6 ans, www.bozar.be

Les Mondes Inversés Cette exposition dévoile une quarantaine d’œuvres qui mêlent art contemporain et cultures populaires. Cet accrochage qui marque la réouverture du BPS22 n’a d’autre but que de bousculer l’ordre établi, quel qu’il soit – politique, moral, esthétique, économique... Comment ? à travers des pièces iconoclastes, telles que Scramble for Africa de Yinka Shonibare, revisitant à sa manière la conférence de Berlin qui vit les Européens se partager l’Afrique. Charleroi, jusqu’au 31.01.2016, BPS22, mar>dim : 11h>19h, 6/4/3€/gratuit -12 ans, www.bps22.be

Jurgi Persoons, P/E 1997 © MoMu/ Frédéric Uyttenhove

Agenda


110 théâtre exposition & danse

Agenda

Empruntant son titre à une fulgurance de Rimbaud, cette exposition met en lumière les courants de la contre-culture durant les sixties. Des œuvres d’Andy Warhol, Giuseppe Penone ou Nan Goldin – pour ne citer qu’eux – montrent comment les artistes font voler en éclats le conformisme bourgeois d’après-guerre. Un « ensauvagement de l’art » décliné en cinq thèmes : le refus de la “belle main”, la décadence du travesti, le retour à la terre, le détournement des publicités et les expériences “hors limites”. Mons, jusqu’au 24.01.2016, BAM, mar>dim : 10h>18h, 12/9€ (ticket combiné avec l’exposition Verlaine), www.bam.mons.be

Détroit City

Verlaine. Cellule 252

Au cœur d’une programmation de lille3000 en mode “Renaissance”, cette exposition consacrée à Détroit montre comment les habitants et les artistes réinventent cette ville en faillite. à côté d’un potager collaboratif ou d’œuvres réalisées avec des matériaux récupérés – Scott Hocking, LM n°110 – on trouve aussi « la plus petite discothèque du monde », avec de la musique made in Motor City.

Après Van Gogh, c’est Verlaine qui est honoré au BAM. Grâce à un parcours bien chapitré et, surtout, riche d’objets et de documents – lettres, manuscrits, dessins – souvent inédits, on découvre comment Mons fut une page déterminante dans sa vie d’écrivain. Il fut enfermé dans la prison locale durant deux ans après avoir tiré sur son amant, Rimbaud. Une histoire méconnue mais qui ne demande qu’à être vue. Et lue.

Lille, jusqu’au 17.01.2016, Gare Saint Sauveur, mer>dim : 12h>19h, gratuit, www.renaissance-lille.com

Mons, jusqu’au 24.01.2016, BAM, mar>dim : 10h>18h, 12/3€ (ticket combiné avec l’exposition Parade sauvage), www.bam.mons.be

Stephan Vanfleteren Depuis 2010, le musée de la photographie de Charleroi propose – chaque année – à un artiste de livrer sa vision de la ville. C’est Stephan Vanfleteren qui conclut cette série de commandes. Le Flamand dresse un portrait en noir et blanc et sans complaisance de la cité carolo. Ses clichés d’enfants ou pris la nuit sous les néons d’un café, traduisent les maux et toute la solidarité de l’ancienne cité industrielle. Charleroi, jusqu’au 06.12, Musée de la Photographie, mar>dim : 10h>18h, 7/5/4€/ gratuit -12 ans, www.museephoto.be

RAINER © photo Etienne Pottier / © Arnulf Rainer

Parade sauvage


112 théâtre exposition & danse

Panorama 17 Films, installations, sculptures digitales... Ce rendez-vous annuel présente les travaux des étudiants du Fresnoy, soit les oeuvres d’une cinquantaine d’artistes de toutes nationalités. Baptisée « Techniquement douce », titre emprunté à un projet de film avorté d’Antonioni, cette édition interroge les rapports entre le corps et la technique, et l’irruption des nouvelles technologies dans l’évolution biologique. Tourcoing, jusqu’au 13.12, Le Fresnoy, mer, jeu, dim : 14h>19h // ven, sam : 14h>20h, 4/3€, www.lefresnoy.net

Marc Chagall : Les Sources de la Musique

Chagall De la palette au métier

Quelle est l’importance de la musique dans l’œuvre de Chagall ? Immense. Que ce soit dans ses thèmes ou son langage plastique. En s’appuyant sur plus de 200 œuvres (peintures, dessins, gravures, céramiques, vitraux…). Réparties en cinq sections, cette exposition montée en partenariat avec le Musée de la Musique – Philharmonie de Paris décortique cette relation qu’entretiennent les sons et les couleurs dans le travail de l’artiste.

Encore méconnue du grand public, l’œuvre tissée de Marc Chagall demeure pourtant puissamment expressive. à l’occasion du 30e anniversaire de la mort du maître franco russe, le MUba présente la toute première exposition consacrée à ce sujet. On y découvre ainsi une série de tapisseries réalisées par Yvette Cauquil-Prince, qui fut la maître d’œuvre de cet artiste qui n’en finit plus de surprendre.

Roubaix, jusqu’au 31.01.2016, La Piscine, mar>jeu : 11h>18h // ven : 11h>20h // sam & dim : 13h>18h, 10/7€/ gratuit –18 ans, www.roubaix-lapiscine.com

Roubaix, jusqu’au 31.01.2016, MUba Eugène Leroy, tous les jours sauf mar : 13h>18h, 5/3€/gratuit –18 ans, www.muba-tourcoing.fr

Levez l’encre ! Consacré au monde maritime et à la navigation, le parcours observe cinq thèmes : typologie des navires, batailles navales, imaginaires et monstres marins, exploration, littérature. Des photographies de Mary Warocqué aux ouvrages scientifiques d’Ambroise Paré, atlas, gravures, livres précieux et autres objets rares illustrent la fascination qu’exerce depuis toujours « le Grand Bleu » sur l’Homme. Morlanwelz, jusqu’au 10.01.2016, Musée Royal de Mariemont, tous les jours sauf lundi : 10h>17h, 5>1,25€/ gratuit –12 ans, www.musee-mariemont.be

Toutes les expositions de l’Eurorégion sur www.lm-magazine.com

Cuisine Américaine © Justine Pluvinage

Agenda


115 théâtre & danse

Next Festival

Laissez passer la création Texte Marine Durand Photo Until Our Hearts Stop © Iris Janke

Est-il nécessaire de présenter Next ? Tout juste auréolée du prix Effe, couronnant les 12 festivals les plus innovants d’Europe parmi quelque 760 candidats, la manifestation franco-belge dévoile une huitième édition à l’écoute des problématiques de son temps, et fidèle à sa réputation de tête chercheuse. En scène !

Q

uand cinq structures de l’Eurométropole, de Valenciennes à Tournai, unissent leurs forces pour programmer un festival d’art vivant transfrontalier, cela donne un rendezvous unique en Europe. De Christian Rizzo à Meg Stuart, la crème de la danse contemporaine répond présente, chaque chorégraphe dévoilant ici sa dernière création. De son côté, le metteur en scène hispano-argentin Rodrigo Garcia, habitué aux polémiques, propose 4, une production remettant en question les limites de la ville moderne.

les préoccupations des artistes d’aujourd’hui. Cela passe par des spectacles engagés, poétiques, sociaux, philosophiques, résume Benoît Geers, coordinateur de Next. Tandis que d’autres visent plutôt l’expérimentation, de nouvelles formes ». Avec Total Eclipse of the Heart, tirant son nom de la chanson de Bonnie Tyler, la compagnie Kassys se moque des petits travers de l’homme dans une pièce pour quatre acteurs et un chien écrite à partir de tubes pop. Ouf, la nouvelle génération sait aussi s’amuser ! >>>

Sans tabou – En face, la jeune garde a de quoi rivaliser. Multipliant les tableaux vivants, le Hollandais Dries Verhoeven (Ceci n’est pas…) installe un kiosque vitré au cœur d’une rue commerçante de Courtrai. Il place chaque jour son public face à un tabou de notre société : remplie d’un amas de cartouches sur lequel est posté un garçon armé, la structure évoque le drame des enfants-soldats. « La programmation met en lumière

13.11>28.11, Eurométropole Lille-Kortrijk-Tournai & Valenciennes, divers horaires, 21>8€, toute la programmation sur www.nextfestival.eu N E XT

14.11 : Total Eclipse of the Heart (Cie Kassys) / Ad Noctum (Christian Rizzo...) // 15.11 : La Raconteuse de Films (teatrocinema) // S T I VAL 16&17.11 : Sweat Baby Sweat (Jan Martens - voir page 118)... // 18.11 : Inês (Volmir Cordeiro)... // 19.11 : Le Cargo (Faustin Linyekula / Studios Kabako) // 21 & 22.11 : L’Autre Hiver (Denis Marleau & Dominique Pauwels) // 24.11 : Until Our Hearts Stop (Meg Stuart / Damaged Goods & Münchner Kammerspiele)... // 25.11 : When In Doubt, Duck (Tine Van Aerschot)... // 26.11 : Fugen (Isabelle Schad & Rodrigo García) + 4 (R. Garciá)... // 27.11 : Het Hamiltoncomplex (Lies Pauwels & Hetpaleis)... // 27 & 28.11: 7 Pleasures (Mette Ingvartsen)

sélection FE


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N E XT

théâtre & danse

ZOOMS FE

S T I VAL

Balthazar (David Weber-Krebs) Autour, il y a six interprètes. Au centre, il y a Balthazar, protagoniste de cette performance unique, plutôt du genre têtu et imprévisible. Et pour cause : Balthazar est un âne. S’inspirant du film de Robert Bresson (Au hasard Balthazar, 1966), le philosophe et metteur en scène belge David WeberKrebs interroge avec malice la place de l’animal comme objet artistique au contact de l’homme.

© Maximilian Haas

28.11, Courtrai, Schouwburg, 21h, 15/13/8€

Disgrâce (Kornél Mundruczó) Portant sur scène le roman de J.M. Coetzee, le cinéaste hongrois Kornél Mundruczó ne craint ni le politiquement incorrect ni l’inconfort imposé à son spectateur. Disgrâce s’ouvre sur la scène de viol d’une jeune blanche par plusieurs Noirs dans l’Afrique du Sud post-apartheid. Recluse dans une vieille ferme avec son père, Lucy choisira de ne pas fuir. Un théâtre puissant au service d’une réflexion sur l’effondrement d’un monde en temps de crise. 20 & 21.11, Villeneuve d’Ascq, La Rose des vents, ven 20h, sam 19h, 15/13/8€

Comment exprimer l’injustice dont est victime un peuple ? L’Israélien Arkadi Zaides s’y attèle, en gestes et en images, dans sa dernière création. Tandis qu’en fond de scène sont projetées des vidéos du quotidien dans les territoires occupés (captées par des civils palestiniens), le chorégraphe reproduit chaque situation sur le plateau. Il mime un soldat chassant un berger de ses terres, ou un enfant de colon armé de pierres. Exigeant et bouleversant. 18 & 19.11, Tournai, Maison de la Culture, mer et jeu 20h, 15/13/8€

© Jean Couturier

Archive (Arkadi Zaides)


O

Jan Martens Au pas de course

Texte Marie Pons Photo Jan Martens, Ode to the attempt © Phile Deprez

Il a 30 ans et le regard bleu franc. Chien fou de la jeune garde chorégraphique belge, Jan Martens renouvelle le genre. Il conquiert progressivement le plat pays, les Pays-Bas et la France avec des pièces physiques, drôles et précises. Auteur de dix spectacles en quatre ans, il se pose volontiers pour échanger avec nous, à la veille d’un départ pour l’Ohio et d’une tournée canadienne.


119 théâtre & danse

« Je pratique une danse « C’est encore frais ! » lance-t-il en souriant à propos de cette tournée nord-américaine, où il embarque ses trois derniers spectacles. Un tourbillon dont il se réjouit car tout va très vite pour cet Anversois d’adoption. Il est entré dans la danse avec la découverte du travail de Jan Fabre. Un choc. « J’avais 16 ans, c’était cru, sensuel, ça a éveillé quelque chose en moi ». Loin des cours de théâtre qu’il suivait déjà depuis deux ans, il entrevit d’autres voies à explorer. Parti étudier les langues germaniques à Gand, il rejoint finalement deux écoles de danse à Tilburg puis Anvers. Diplômé en 2006, il commence à travailler comme interprète. Et se fait vite repérer...

où l’effort est apparent »

Bounce ! – L’effort et la résistance © Klaartje Lambrechts sont des thèmes chers au choréSweat baby sweat, 16 > 17.11, Roubaix, graphe. « Une danse où l’effort est Le Gymnase, 19h, 10/8€, www.gymnase-cdc.com apparent est une danse qui parle de notre vie quotidienne. C’est précisément ce qui m’intéresse ». Car elle reflète notre réalité, qui réclame une lutte permanente. Ainsi, chez Martens, les corps sont mis à l’épreuve de la durée. Le langoureux Sweat baby sweat prend la forme d’un duo homme-femme où l’amour et le désir se déploient dans une lenteur toute sensuelle. Dans The dog days are over (2014), huit danseurs transpirants sautent pendant 70 minutes, pris dans la machine infernale du divertissement à tout prix. « Ils luttent pour atteindre la perfection. En cela c’est un portrait de notre société, glorifiant la prestation, la performance.. C’est la foire d’empoigne du quotidien ».

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120 théâtre & danse

The Dog days are over © Piet Goethals

Rencontres – Jan Martens adapte aussi ses pièces selon la personnalité des interprètes, à la recherche de la beauté dans leurs imperfections. « Un corps non-entraîné, un peu “outsider”, a un vrai pouvoir de communication ». Il a ainsi créé un duo pour un homme et un adolescent (Victor) ou un solo pour un danseur de 62 ans (Bis). Il aime ces rencontres : « J’essaie simplement de créer un dialogue entre les êtres humains. C’est important « Ce travail est un miroir de reconnecter l‘art contemporain au public ».

tendu à ma génération »

Selfie – Cette année, il se livre en solo avec Ode to the attempt, bourré d’humour et d’astuces. Il y tente, en vrac, « d’être provocant et drôle à la fois, ou de trouver une fin kitsch », selon les représentations. Entre collection de selfies et moments dansés, il déploie toute sa palette chorégraphique. Un autoportrait ? « Oui car j’avance tel que je suis. Mais, plus largement, c’est un miroir tendu à ma génération. Je pointe la dilution de notre attention entre Facebook et Skype, ce réflexe de sauter d’une chose à l’autre ». Et si lui-même ne tient pas en place, il ne perd pas le nord : « J’ai conscience de ce qui se passe autour de moi, toute cette excitation. Et je m’efforce Ode to the attempt + Bis, 27 & 28.11 Bruxelles, de dire “stop !” parfois… mais Beursschouwburg, 20h30, 13/10€ // Ode to the je suis impatient de continuer ». attempt, 22 & 23.03.2016, Villeneuve-D’Ascq, La Rose des vents, mar : 19h // mer : 21h, 21>12€ Pour notre plus grand plaisir.


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New York Express

Il était une fois en Amérique De retour d’un séjour à New York dédié à la découverte de la scène underground, Gilbert Langlois, le directeur du Tandem Arras-Douai, a rapporté trois performances investissant, chacune à leur manière, de nouveaux champs d’expérimentation. Un temps fort 100% US plein de surprises. Ni festival ni rétrospective, « New York Express » a été conçu comme un focus sur la jeune création américaine. Une façon pour Gilbert Langlois de conserver une totale liberté quant aux propositions futures : « Ce rendez-vous ne sera pas forcément récurrent. J’aime l’idée de pointer certaines formes, ou de mettre en avant une compagnie à un moment donné de la saison ». Dénichés dans les marges, les talents regroupés ici trouvent une unité dans leur démarche singulière, inventive, parfois déroutante. Seul en scène, Andrew Schneider imagine les effets d’une confrontation à son double et livre une performance en miroir, tout en jeux sonores et lumineux. Associée au metteur en scène français Pierre Godard, la chorégraphe Liz Santoro propose une pièce hypnotique, fondée sur la concordance entre la gestuelle de ses trois interprètes et le tic-tac d’un métronome. Auteure et réalisatrice, Annie Dorsen donne à voir chaque soir une coProgrammation : 10.11 : A Letter to médie musicale inédite, puisque dépendante du my Nephew/Pretty (Bill T. Jones/Arnie bon vouloir d’un algorithme. Chorégraphe multiZane Dance Company) // 13 & 14.11 : Relative Collider (Liz Santoro, Pierre primé, Bill T. Jones offre au Tandem la première Godard), Youarenowhere (Andrew Schneider) // 16 & 17.11 :Yesterday européenne de A Letter to My Nephew/Pretty, un Tomorrow (Annie Dorsen) // ballet pour 10 danseurs et un DJ mixant en di10>17.11, Hippodrome de Douai, Théâtre d’Arras, divers horaires, rect comptines, tubes disco ou R’n’B. Le modèle 20>8€, www.tandem-arrasdouai.eu de toute une génération ? Marine Durand

Youarenowhere © Ian Douglas

théâtre & danse


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Aneckxander © Bart Grietens

théâtre & danse

Être humain Qu’est-ce qu’être humain ? Vaste question à laquelle s’attaque Culture Commune. Ce temps fort de la Scène nationale du bassin minier du Pas de Calais y répond en sept propositions originales. Citons Jani Nuutinen qui, dans son spectacle de magie mentale Intumus Stimulus, explore nos limites sensorielles. Ambra Senatore (Petites Briques) décortique notre quotidien et le restitue à travers des petites pièces soulignant nos drames et nos joies. Dans Aneckxander, solo de danse (très) épuré, Alexander Vantournhout livre l’autobiographie de son propre corps, tout en tentant d’échapper à notre regard. To be or not to be ? J.D. 12>19.11, Loos-en-Gohelle, Fabrique Théâtrale de Culture Commune // Liévin, Centre Arc en Ciel // Lens, Musée du Louvre-Lens, Lycée Auguste Béhal // Oignies, Le Métaphone // Arras, Maison de l’étudiant de l’université d’Artois, 12>3€, www.culturecommune.fr

Stomp

© DR

Dingue ce qu’on peut faire avec des poubelles, des casseroles, des balais... Le ménage, accessoirement, ou alors créer un spectacle musical vu par 16 millions de personnes à travers le monde. Depuis 20 ans les Anglais de Stomp soulèvent les foules avec des objets du quotidien transformés en percussions ! Ils laissent aussi la part belle à l’impro, la danse et l’humour. Euphorisant, certes, mais attention de ne pas tout casser en rentrant à la maison. S.A. 06>08.11, Roubaix, Le Colisée, ven : 20h30 // sam : 16h & 20h30 // dim : 15h, 47>33€, www.coliseeroubaix.com 01.12, Gand, Capitole + 05.12, Anvers, Stadsschouwburg, 20h, 49>39e


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Les trois petits vieux qui ne voulaient pas mourir

Conte à rebours C’est un véritable coup de cœur qui a conduit Aude Denis à adapter pour le jeune public ce texte à succès de Suzanne Van Lohuizen. Séduite par l’écriture à la fois légère et profonde de l’auteur néerlandaise, la comédienne met en scène avec drôlerie et tendresse LA grande question existentielle. Ernest, Stanislas et Désiré cohabitent au milieu d’un bric-à-brac d’objets accumulés tout au long de leurs vies. Un jour, ils reçoivent une drôle de lettre anonyme qui dit : « Votre vie est finie, toutes les journées ont été utilisées. Il n’y a rien à faire ». D’abord étonnés, puis révoltés, nos trois petits vieux finissent par se résigner. Sur une bande son rock (David Bowie, Nick Cave…), ils courent et s’agitent dans tous les sens : c’est qu’il faut être prêts et de ne rien oublier pour le grand voyage. Mais au fait, il y a quoi après la mort ? Est-ce que ça fait mal ? Et puis, n’est-ce pas un peu trop long l’éternité ? à l’issue de cette dernière journée, Ernest, Stanislas et Désiré devront laisser derrière eux toutes ces traces de leurs vies déjà finies. Car on n’emporte rien dans l’au-delà. Ni la boîte aux lettres, ni la théière cassée et encore moins ses économies. Comme le dit Stanislas : « Quelle bande d’idiots, mourir c’est pas des vaLes trois petits vieux qui ne voulaient pas mourir (Aude Denis / Cie Par cances ». Servi par trois excellents comédiens de dessus bord), à partir de 8 ans. la compagnie Par dessus bord, ce spectacle pose 10.11, Armentières, Le Vivat, 20h, 14>7€, www.levivat.net un regard joyeux, tendre et sans mièvrerie sur la 31.01.2016, Wasquehal, Espace plus grande des questions. Enfants ou adultes, Culturel Gérard Philipe, 17h, 8>6€, www.lamanivelletheatre.com chacun y trouvera son « conte » ! Patricia Gorka

© Eric Legrand

théâtre & danse


128 théâtre & danse

Stravinski Remix

© Laurent Philippe

L’Oiseau de Feu fut la première pièce croisant hip-hop et ballet classique. Elle a été créée à Roubaix par Alfonso Cata, en 1984. Trente ans plus tard, Farid Berki ressuscite ce spectacle avec 10 danseurs de la région, soutenus sur scène par 90 musiciens de l’Orchestre national de Lille. Célèbre pour ses hybridations entre les genres et les cultures, le chorégraphe tourquennois y voit là un hommage mais aussi l’occasion de transmettre un patrimoine culturel bien vivant. Il creuse la « question Stravinski » avec, en première partie, Le Scherzo fantastique. 13 & 14.11, Lille, Le Grand Sud, 20h, 20>10€, www.opera-lille.fr // 27.11, Arques, Centre culturel Daniel Balavoine, 20h30, 13>8€, www.centreculturelbalavoine.fr

dbddbb Une danse en état de marche ? En quelque sorte. Dans Double Dada Beaubeau (dbddbb, donc), l’Américain Daniel Linehan se sert du pas cadencé – des militaires ou celui de la manifestation – comme d’un nouvel objet chorégraphique. Censé symboliser l’unité et la solidarité, celui-ci vient nourrir une danse rythmée par, non pas des slogans, mais des poèmes dadaïstes. Pour un résultat beaucoup plus joyeux. 03>05.11, Lille, Opéra, 20h, 23/18/14/9/5€, www.opera-lille.fr

Un père blanc un peu gâteux raconte le demisiècle qu’il a passé au Congo. Sa “mission”. Entre anecdotes souvent drôles et récits de la misère qui frappe le pays, il livre une critique de l’Europe mais aussi une touchante déclaration d’amour à l’Afrique. En s’appuyant sur des témoignages qu’il a recueillis auprès des derniers missionnaires belges au Congo, David Van Reybrouck exhume à travers ce spectacle-documentaire la question coloniale avec justesse et humanité. 25>28.11 (en Français) + 01>05.12 (en Néerlandais), Bruxelles, KVS, 20h, 20>9€, www.theatrenational.be, www.kvs.be

© Koen Broos

Missie / Mission


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© L’Avantage du doute

théâtre & danse

Collectif l’Avantage du doute Troisième production pour l’Avantage du doute, qui investit le Bateau-Feu avec Le bruit court que nous ne sommes plus en direct. Cette réflexion sur notre rapport aux médias reflète l’engagement d’un collectif d’« auteursacteurs », dont le travail se définit, justement, par l’immédiateté. Simon Bakhouche, Mélanie Bestel, Judith Davis, Claire Dumas et Nadir Legrand affichent des parcours éclectiques dans les arts vivants en France (clown, comédien, assistant metteur en scène…). Au milieu des années 2000, ce sont les Anversois du tg STAN, qui réunissent tous ces talents autour d’un spectacle appelé... L’Avantage du doute. Ce qui les fédère ? « La conviction que le théâtre peut susciter le débat », selon Claire Dumas. Depuis Tout ce qui nous reste de la révolution, c’est Simon (2008) – inspiré par le parcours du « seul soixante-huitard de la bande » – à La légende de Bornéo (2012), sur les nouvelles formes de management, le collectif pointe les travers de notre monde en instaurant un rapport extrêmement direct au public. Point de quatrième mur dans leur dernière pièce : les acteurs invitent les spectateurs à une conférence de rédaction d’Ethique TV, la chaîne qu’ils viennent de lancer. Comment réveiller l’intérêt des téléspectateurs, anesthésiés par un flux d’information ? Faut-il renoncer à ses idéaux pour résister aux réalités économiques ? Sans ironie ni cynisme, ces cinq faux journalistes – mais Le bruit court que nous ne sommes plus en direct 17>19.11, Dunkerque, Le Bateau-Feu, mar : 20h // vrais citoyens – visent juste, sans oublier mer et jeu : 19h, 8€, www.lebateaufeu.com de se moquer d’eux-mêmes. Marine Durand


132 théâtre & danse

Fractus V

Agenda

Fractus signifie la fraternité, mais induit également l’idée de fracture. S’inspirant de la pensée de Noam Chomsky sur l’information et la manipulation, le chorégraphe anversois traduit sur scène la nécessité pour l’individu de se remettre en question pour conserver sa liberté. En réunissant sur le plateau des interprètes d’horizons très éloignés (du cirque au lindy hop en passant par le hip-hop et le flamenco) il exprime « la rupture naturelle qui est souvent nécessaire afin d’en ressortir plus fort ». 10 & 11.11, Bruges, Concertgebouw, 20h, 32>16€

Une adoration

Coup Fatal

Laurent Hatat / Cie Anima Motrix

Alain Platel / Les ballets C de la B

Adapté d’un roman de Nancy Huston, cette création de Laurent Hatat raconte la vie… d’un mort. Cosmo, célèbre comédien, a été assassiné. Par qui ? 25 personnages (témoins, experts, proches, etc.) vont se succéder à la barre du tribunal. Les points de vue se croisent, se contredisent, et dessinent en filigrane une existence consommée par la scène. Au milieu de ce ballet, une figure rayonne : celle d’Elke, la maîtresse de Cosmo, qui brûle d’un amour tragique…

12 musiciens et un contreténor mêlent partitions baroques, influences jazz, rock et musique traditionnelle congolaise. Les chanteurs-instrumentistes de Kinshasa se livrent à des danses pleines d’humour narguant le comportement plutôt macho de ces dingues de fringues africains, aussi appelés “sapeurs”. Une ode à l’élégance et la joie chaudement recommandée à « tous les Européens déprimés » selon Alain Platel.

04>06.11, Béthune, la Comédie de Béthune, mer & ven : 20h // jeu : 18h, 20>6€, www.comediedebethune.org

11>21.11, Bruxelles, KVS, 25>13€, 20h, (sauf dim 15 : 15h), www.kvs.be + 05>16.04.2016 // 26.11, Beauvais, Théâtre du Beauvaisis, 20h30, Complet!

Monkey Money Carole Thibaut / Cie Sambre

Cette pièce d’anticipation nous plonge dans un monde séparé en deux par un mur : d’un côté on trouve les pauvres et de l’autre les riches. Un jour un homme le traverse et demande au « Vieux Grand Directeur De Tout » d’effacer sa dette, menaçant de s’immoler par le feu. Il demande aussi à l’héritière du VGDT de s’occuper sa fille, restée dans le monde des pauvres… Toute ressemblance avec une société réelle n’est pas fortuite. 12>22.11, Tourcoing, Théâtre de l’Idéal, 20h30 sauf dim :16h, 27>7€, www.theatredunord.fr

Fractus V © Filip Van Roe

Sidi Larbi Cherkaoui / Eastman


Agenda

134 théâtre & danse

Sillons

Brahim Bouchelaghem a souvent révolutionné la danse contemporaine. Dans cette création, « tournée vers le micromouvement et la pause, la vitesse et la vélocité, mais aussi l’apesanteur », les six danseurs mêlent l’énergie du hip-hop à la précision de la danse contemporaine. En solo, duo ou ensemble, ils sillonnent le plateau avec ardeur, le piétinent jusqu’à en extraire le sens. 13.11, Dunkerque, le Bateau-Feu, 20h, 8€, www. lebateaufeu.com // 17.03.2016, Hazebrouck, Centre André Malraux, 20h, 10/7/6€, www.centreandremalraux.com

Le bruit des os qui craquent

Pixel

Suzanne Lebeau / Compagnie Tourneboulé

Mourad Merzouki / Cie Käfig

Elikia et Joseph, 13 et 8 ans, viennent de s’échapper du camp de rebelles qui les forçaient à prendre les armes, dans un pays indistinct en proie à une guerre civile. La pièce raconte leur fuite en pleine forêt, à la recherche d’un village allié. Joseph est animé par l’espoir. Elikia est elle dévorée par la violence qu’elle a subie. Le sujet des enfantssoldats est traité à travers une scénographie jouant sur la suggestion et les symboles.

Familier des créations hybrides, Mourad Merzouki pousse la recherche encore plus loin avec Pixel. Il s’offre ici les services d’un duo spécialisé dans les arts numériques. Projetées sur un voile transparent ou sur scène, des vidéos entament un dialogue virtuose avec 11 interprètes venus du hip-hop ou de la contorsion. Poétique, ce ballet croise danse et mapping, et le public ne sait plus si les images sont enregistrées ou dirigées en temps réel.

14 & 15.11, Calais, Le Channel, 17h, 10/5€, lechannel.fr

17 & 18.11, Maubeuge, La Luna, 20h, 11/8€, www.lemanege.com // 26 & 27.04.2016, Valenciennes, Le Phénix, 19h, 22>9€, www.lephenix.fr

Walter, Belge et méchant Bertrand Wautlet / Grégoire Dey & Stéphanie Bataille

Le grand public a découvert son humour corrosif dans La Nouvelle Edition sur Canal +. Sur scène ? Walter est tout aussi irrésistible, n’hésitant pas à jouer le nazi manchot, le pédophile avare (« hé petit, vas-y doucement avec les bonbons ! ») mais ne met « jamais les noirs et les homosexuels dans le même panier. Je sais très bien que quand on est noir, c’est beaucoup plus facile de l’annoncer à ses parents ». Bref, vous avez saisi le personnage. 19.11, Lille, Théâtre du Casino Barrière, 20h30, 19e, www.lucienbarriere.com

Sillons © Frédéric Iovino

Brahim Bouchelaghem / Cie Zahrbat


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Agenda

théâtre & danse

Le repas des fauves

Dans la France occupée, sept amis fêtent l’anniversaire de leur hôte, oubliant les horreurs de la guerre. Tandis que la soirée se déroule pour le mieux, deux officiers allemands sont abattus sous leurs fenêtres. La gestapo investit l’immeuble et prend deux otages par appartement, laissant les habitants les choisir… Un huis clos haletant, adapté du texte de Vahé Katcha, où la tension ne descend jamais. Jusqu’au 15.11, Bruxelles, Théâtre des Galeries, mar>sam : 20h15 // dim : 15h, 25>10e, www.trg.be

Six pieds sur terre

Maxi’mômes # 9

Jean-Luc Piraux / Olivier Boudon

maison Folie Wazemmes

« Bon, on va tous mourir ». Ainsi débute ce solo interprété par Jean-Luc Piraux. Cet homme de 55 ans découvre qu’il lui reste “statistiquement” 20 ans à vivre. Il nous fait alors part de ses angoisses, de ses peurs plus ou moins rationnelles dans un monologue irrésistible d’humour (noir). Une façon plus agréable qu’une autre d’avaler la pilule, et une belle injonction à profiter de la vie.

Deux fois par an, ce festival transforme la maison Folie Wazemmes en cour de récréation. Mais que peut-on bien raconter aux mômes ? Tout. Dans Le swing de l’alligator, la Cie du Tire-Laine aborde la question du racisme avec l’histoire de deux gamins du Bayou, l’un noir et l’autre blanc, rassemblés autour du blues. Tandis que Le vol des hirondelles offre une réflexion poétique sur le temps qui passe et le passage à l’âge adulte.

24.11, Le Roeulx, Centre culturel Joseph Faucon, 20h, 12/10€, www.ccrc.be

25>29.11, Lille, maison Folie Wazemmes, divers horaires, 5,50/3,50/2€ (-12ans) par spectacle-atelier

La Belle au Bois Dormant Béatrice Massin / Cie Fêtes Galantes

Béatrice Massin livre une version peu académique du conte de Perrault, n’en conservant que cinq personnages, incarnés par trois interprètes jouant du travestissement. Et sa Belle s’endort jeune fille dans le Versailles du xviie siècle pour s’éveiller en femme au cœur d’un Prague contemporain. Un voyage féérique à la découverte de l’art baroque, où la princesse fait valser sa perruque sur Lully avant de virevolter au rythme des pièces de Mozart. 05.12, Valenciennes, Le Phénix, 14h30 & 18h, 13>5€, www.lephenix.fr // 18.12, Hazebrouck, Centre André Malraux, 20h, 10/7/6€, www.centreandremalraux.com

Tous les spectacles de l’Eurorégion sur www.lm-magazine.com

Le repas des fauves © Fabrice Gardin

Vahé Katcha / Julien Sibre / Alexis Goslain


138 le mot de la fin

Frenchification : Album covers – Quel déconneur ce Tom le French. Le designer installé à Londres s’est amusé à traduire littéralement des pochettes de vinyles cultes dans la langue de Molière. Il faut bien le dire, ainsi francisés, ces groupes mythiques ont un peu perdu de leur superbe. Mais qui sont donc ces mystérieux Jean Marron, Bisou, Terre Vent et Feu, Puissance Chat ou Planches du Canada ? www.tomlefrench.com James Brown - Get on the good foot (1972) / Cat Power - Jukebox (2008) / Queen - Greatest Hits (1981) Kiss - Destroyer (1976) / Boards Of Canada - Trans Canada Highway (2006) / Gipsy Kings - Gipsy Kings (1987) The Doors - The Doors (1967) / Earth Wind & Fire - Faces (1980) / Joy Division - The Best Of (2008)


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Lm magazine 112 novembre 2015 france belgique  

LM magazine, Let'smotiv, Sorties, cultures et tendances urbaines, Nord de France et Belgique

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