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n째111 / octobre 2015 / GRATUIT

nord & belgique Cultures et tendances urbaines


Sommaire

LM magazine n°111 - Octobre 2015

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Disques 08

84

News

écrans Woody Allen, Ridley Scott

14

Rencontre Fabrice Arfi Informer n’est pas un délit

90

30

J’ai 10 ans Théâtre, Musique, Exposition, Édition, Mode, Artiste en herbe & Surprises !!!

Exposition Michel Gondry, Les Mondes Inversés, Verlaine, Anatolia… Agenda

60

Musique 22

Portfolio Hugh Kretschmer

Tourcoing Jazz Festival, Flavien Berger, Rich Aucoin, Ivan Smagghe, Jeanne Added, The Gladiators, A$AP Rocky & Wiz Khalifa… Sélection concerts

108

Théâtre Miet Warlop, Ballets C de la B, Dancing Grandmothers, Occupaïe le Vivat !… Agenda

128

Littérature Jonathan Ames, Zeina Abirached, La Générale d’Imaginaire, Livres

138

Le mot de la fin Fabrice Arfi © Julien Falsimagne, Opale, Editions Calmann Lévy / Tension © Hugh Kretschmer / Hands Up! © Lejo / Seun Kuti © Johann Sauty / Miet Warlop © Bea Borgers


LM magazine France & Belgique

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Direction artistique / Graphisme Cécile Fauré cecile.faure@lastrolab.com

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Couverture Hugh Kretschmer Ken Doll Shelved www.hughkretschmer.net

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Administration Laurent Desplat laurent.desplat@lastrolab.com Réseaux sociaux Sophie Desplat Impression Imprimerie Ménard 31682 Labège Diffusion C*RED (France/Belgique) ; Zoom On Art (Bruxelles)

Ont collaboré à ce n° : Thibaut Allemand, Rémi Boiteux, Julien Bourbiaux, Madeleine Bourgois, Audrey Chauveau, Amélie Comby, Mathieu Dauchy, Christophe Delorme, Marine Durand, Hugh Kretschmer, Vincent Lançon, Raphaël Nieuwjaer, Marie Pons, et plus si affinités.

LM magazine France & Belgique est édité par la Sarl L'astrolab* - info@lastrolab.com L'astrolab* Sarl au capital de 5 000 euros - RCS Lille 538 422 973 Dépôt légal à parution - ISSN : en cours L’éditeur décline toute responsabilité quant aux visuels, photos, libellé des annonces, fournis par ses annonceurs, omissions ou erreurs figurant dans cette publication. Tous droits d’auteur réservés pour tous pays. Toute reproduction, même partielle, par quelque procédé que ce soit, ainsi que l’enregistrement d’informations par système de traitement de données à des fins professionnelles, sont interdites et donnent lieu à des sanctions pénales. LM / Let'smotiv est imprimé sur du papier certifié PEFC. Cette certification assure la chaîne de traçabilité de l’origine du papier et garantit qu'il provient de forêts gérées durablement. Ne pas jeter sur la voie publique.

Papier issu de forêts gérées durablement


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© Marc Josse, Rennes-ATD

news

News

Le musée mobile plaît Après un trajet de 28 000 km à travers le monde, le MuMo s’arrête jusqu’en décembre dans la métropole lilloise. Le MuMo ? Le tout premier musée itinérant d’art contemporain pour les enfants. Son but ? Faire découvrir à nos mômes des œuvres spécialement conçues pour eux. Photographies, sculptures, vidéos… 16 artistes internationalement reconnus – citons Daniel Buren, Paul McCarthy - se sont prêtés au jeu. Sympa, non ? www.musee-mobile.fr ou www.lille3000.eu

© EmilyMusso Twitter

Selmère selfille « Les enfants sont les symptômes des parents », disait joliment Françoise Dolto. L’époque a bien changé. Pour preuve ce détournement de selfie dont a été victime cette étudiante américaine. Les coupables ne sont autres que ses propres géniteurs, qui se sont amusés à parodier les poses qu’elle prenait avec son petit ami… Et la photo a été retweetée près de 80 000 fois ! La honte, quoi…


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© DR

news

Donald vs Kanye « L’Amériiiiiqueu, l’Amériiiiiqueu, je veux l’avoir et je l’aurai », clamait feu Joe Dassin. Entre l’inénarrable Donald Trump et Kanye West qui annonce sa candidature présidentielle pour 2020 (des tee-shirts sont déjà en vente) on se dit que, franchement, notre Jojo avait toute sa place dans la course à la Maison Blanche… Plus inquiétant : vu qu’en France on suit souvent les modes US, doit-on bientôt craindre un second tour Vincent Bolloré / Booba ?

© Adriano A.Biondo

Poilante, la rentrée des classes pour les gamins de Karlsruhe. Cette école maternelle en forme de chat est située à la frontière franco-allemande. La Kindergarten die Katze est censée représenter l’amitié entre les deux pays. Mais pourquoi ce félin ? Parce que « c’est un animal malin et conscient de l’être », selon le designer Tomi Ungerer, qui a conçu le projet avec le bureau d’architectes d’Ayla-Suzan Yondel. Mouais, on doit pas avoir le même…

© DR

Chat alors !

They Call It Acid D’aucuns l’annoncent comme le « documentaire ultime » sur la culture acid-house dans l’Angleterre des eighties – un peu le pendant british de The Sound Of Belgium de Jozef Devillé. Entre témoignages – Larry Heard ou Marshall Jefferson – et peinture des (féroces) années Thatcher, Gordon Mason a bien bossé : 17 ans qu’il planche sur ce film ! Mais voilà, cet Anglais n’a pas les fonds pour diffuser le bébé. Pas désespéré, il a lancé une campagne de crowdfunding, estimant ses besoins à quelque…126 500 livres (pour 8 000 Blu-rays et DVD). www.theycallitacid.com


10 news

événement

© Alrik Prével

Hip-Hop Games Concept #5 Créés par le danseur-chorégraphe lillois Romuald Brizolier – aka Romss – ces « jeux de danse » mêlent concours et spectacles, hip-hop et improvisation. Issues du Sénégal, du Brésil, de Corée et de France, les quatre équipes en lice doivent raconter une histoire au public, à partir d’objets imposés, dans un décor et sur des musiques aléatoires. Pas de battles donc, mais des performances néanmoins très techniques. 30.10>01.11, Lille, Flow, Gare St Sauveur, Grand Sud, divers horaires 9€>gratuit //

© DR

© Wolfgang Stiller

17.10, Bruxelles, CC Jacques Franck, www.hiphopgamesconcept.com

Cramés

Le passeport ne passe plus

Plutôt glauques, ces allumettes géantes surmontées de têtes humaines carbonisées. Rangés dans leurs « boîtescercueils », les « Matchstick Men » sont l’œuvre de Wolfgang Stiller. à travers ces sculptures en bois, l’artiste allemand  expose une métaphore du burn-out. Le travail, c’est toujours la santé ?

Votre bout de chou a barbouillé les murs de sa chambre ? Pas bien grave… Voyez plutôt le tour que ce petit Chinois de 4 ans a joué à son papa, qui n’aurait pas dû laisser traîner son passeport... En le « décorant » de la sorte, ce MichelAnge en herbe l’a rendu inutilisable ! C’est en tout cas l’avis des agents d’un aéroport sud-coréen qui ont interdit au paternel de rentrer à la maison.

www.wolfgangstiller.com


« On défend le droit de mieux informer les citoyens sur le monde qui les entoure »


15 Rencontre

Fabrice Arfi Chien de garde de la démocratie Propos recueillis par Marine Durand Photo Fabrice Arfi © Julien Falsimagne / Opale / Editions Calmann Lévy

Face aux attaques récurrentes au droit à informer, 16 journalistes issus de différentes rédactions nationales s’engagent. Dans Informer n’est pas un délit, qui reprend le nom d’un collectif né en janvier après la découverte d’un amendement sur le « secret des affaires », ils racontent les coulisses de leurs enquêtes, mais surtout les pressions, les menaces, le harcèlement judiciaire dont ils sont victimes au quotidien. Un livre citoyen pour essayer de sortir la République de sa torpeur, nous explique Fabrice Arfi, journaliste à Mediapart et co-directeur de l’ouvrage avec le reporter Paul Moreira. Comment est né le collectif « Informer n’est pas un délit » ? Lors de l’examen de la loi Macron au Parlement, nous avons découvert qu’un amendement avait été glissé en catimini dans le texte, instaurant un « secret des affaires ». Rien n’avait été annoncé, personne n’avait été consulté. En moins de 24h, des centaines de journalistes se sont fédérés, donnant naissance à un collectif inédit. Deux jours plus tard, l’amendement était retiré à la demande de François Hollande. Que prévoyait cet amendement ? Des peines de prison pour quiconque violerait le « secret des affaires », en révélant ou détournant une information protégée. Pourquoi est-il dangereux ? Sous couvert de lutte contre l’espionnage industriel, c’est une directive qui menace le travail d’enquête des journalistes, et donc le droit de tout citoyen à être informé. Avec un tel amendement, jamais personne n’aurait entendu parler du scandale du >>>


© DR Élise Lucet

Mediator, des affaires Karachi, Luxleaks ou Bettencourt, et à cette heure-ci, Jérôme Cahuzac serait probablement toujours ministre du Budget. Pourquoi ce livre ? Au-delà de la question du secret des affaires, une certaine idée du journalisme nous lie. Mais rien de corporatiste, on défend uniquement le droit pour les citoyens d’être mieux informés sur le monde qui les entoure. Or ce droit est constamment attaqué. J’ai proposé l’idée du livre en me souvenant d’un ouvrage publié aux Arènes, Black List (2002), dans lequel une quinzaine de journalistes américains racontaient les enquêtes qu’ils n’avaient pas pu mener. Avec Paul Moreira, nous avons décidé de réunir une quinzaine de confrères pour qu’ils racontent les coulisses de leurs enquêtes sensibles : les surveillances de la part des renseignements, les menaces anonymes, le culte du secret qui règne à l’Assemblée Nationale, ce que cela signifie aujourd’hui d’enquêter sur le FN, sur des tycoons comme Vincent Bolloré… La liberté de la presse est-elle menacée aujourd’hui en France ? évidemment, on ne meurt pas d’être journaliste en France, on n’est pas en Russie ou au Congo. Pour autant, on ne doit pas rester sans réaction face aux attaques. La loi sur la liberté de la presse de 1881 est une grande loi, mais comme sa date l’indique, elle mérite d’être

© France Télévision

Paul Moreira


17 rencontre

© DR

« Nous réclamons une nouvelle grande

actualisée. Quant à la loi du 4 janvier 2010 sur la protection du secret des sources, elle est simplement abominable.

loi sur la presse »

Pourquoi ? Elle établit que « le secret des sources des journalistes est protégé dans leur mission d’information du public », mais une autre disposition relativise immédiatement, expliquant qu’on peut y porter atteinte « si un impératif prépondérant d’intérêt public le justifie ». Qu’est-ce que cela signifie ? Si les révélations d’un journaliste menacent de faire tomber un gouvernement corrompu, est-ce un impératif prépondérant d’intérêt public ? Ce que nous réclamons aujourd’hui, à travers ce livre, c’est une nouvelle grande loi sur la presse, instaurant une vraie protection des sources. Sans sources, il n’y a pas de journaliste, donc pas d’information.

Connaît-on un contexte plus défavorable qu’avant ? La liberté d’informer est fragilisée. On constate aujourd’hui dans notre pays une concentration inédite des médias entre les mains de six milliardaires, qui viennent de secteurs totalement étrangers au journalisme. L’homme d’affaires Bernard Arnault a racheté Les échos et Le Parisien, l’avionneur Serge Dassault possède Le Figaro, Patrick Drahi, qui vient des télécoms, a racheté Libération et L’Express… Vous imaginez l’image que cela renvoie à nos confrères à l’étranger ? C’est tout un écosystème qui est pollué, d’autant qu’il règne en France un réel culte de l’opacité. >>>


18 rencontre

Denis Robert

© NR, agence Poppy

Quels sont les moyens de pression utilisés ? Chaque journaliste raconte dans le livre les difficultés auxquelles il est confronté. Denis Robert, qui a révélé l’affaire Clearstream, a reçu près de 300 huissiers du monde entier au cours d’une procédure de plusieurs années. Benoît Collombat de France Inter, qui a enquêté sur le système Bolloré en Afrique, s’est heurté à un harcèlement judiciaire sans précédent… Gérard Davet et Fabrice Lhomme (Le Monde), qui sont en permanence sous la protection de gardes du corps, évoquent les « nouvelles officines », ces gens qui s’activent en dehors de tout cadre légal pour empêcher que certaines informations sortent. Ce qui est dingue, avec ces histoires, c’est qu’on fait juste notre boulot. Quelle est la prochaine étape de votre combat ? L’amendement sur le « secret des affaires » est sorti par la porte pour mieux revenir par la fenêtre : nous nous sommes rendu compte qu’une directive similaire allait être examinée au Parlement européen. C’est une procédure complexe et qui va prendre du temps… Enfin, ne craignez-vous pas d’être de nouveau attaqué avec cet ouvrage ? Si c’était le cas, ça ne manquerait pas de panache ! Mais nous avons bétonné juridiquement le livre. Les journalistes exercent une fonction de « chiens de garde de la démocratie », ce n’est pas moi qui le dit mais la Cour européenne des Droits de l’Homme. Or un chien ça aboie, ça mordille les mollets.

à lire / Informer n’est pas un délit Ouvrage collectif dirigé par Fabrice Arfi et Paul Moreira Avec Elise Lucet, Gérard Davet, Fabrice Lhomme, Denis Robert, Mathilde Mathieu, Hélène Constanty, Benoît Collombat, Laurent Richard, Caroline Monnot, Marine Turchi, Christophe Labbé, Olivia Recasens, Jacques-Olivier Teyssier, Martine Orange, (CalmannLévy), 300 p., 17€.


20 rencontre


Dark Cloud, 2004


23 portfolio

Hugh Kretschmer Démontage photo Texte Julien Damien

Q

uitte à nous fâcher avec Confucius, on ne saurait affirmer qu’une image vaut mille mots. Mais de toute évidence, celles d’Hugh Kretschmer ont des choses à nous dire. Dans son cabinet de curiosités onirique et ironique on trouve, au choix : un funambule qui plonge dans la bouche d’un fakir, un malheureux poursuivi par un nuage noir et beaucoup de femmes et d’hommes qui fusionnent avec leur environnement, jamais innocemment. « J’adore les concepts, je m’efforce d’introduire un message ou une idée dans chacune de mes photographies  », confie cet artiste installé à Los Angeles. Souvent étiquetée « surréaliste », son œuvre est influencée par un large éventail de mouvements : « le constructivisme russe, le dadaïsme, le cubisme, etc. ». Plus généralement, ces clichés sont issus de ses « rêves éveillés ». « The sky is the limit », clame l’Américain. « Et cette limite est uniquement régie par l’imagination ». Mais revenons un peu sur terre pour nous intéresser à la technique de ce génial bidouilleur. Ici, point de gros travail de postproduction numérique (« j’essaie d’éviter au maximum »). Hugh s’inscrit dans une démarche quasi-artisanale. Eh oui ! Ces astucieuses superpositions sont obtenues grâce à de « simples » collages et assemblages de photos qu’il prend en studio, dans des décors et avec des accessoires qu’il fabrique lui-même ! « En fait, je suis très concret, j’aime tout le processus de fabrication ». Quoi qu’il en soit, le résultat nous laisse… bouche bée.

à visiter / www.hughkretschmer.net à lire / interview sur www.lm-magazine.com


à gauche : Lost In Work, 2000 à droite : Hair, 2001


à gauche : Bound Bull, 2002 à droite : Shoe Envy, 2002


à gauche : Lion Tamer, 2002 à droite : High Diver, 2002


30 spĂŠcial 10 ans


2005-2015

Eh bien voilà, LM a dix ans ! Comment fêter ça ? Plutôt que de vous assommer de compilations, on a décidé de rester fidèle à notre ligne. C’est-à-dire dénicher le meilleur de l’actualité culturelle dans le Nord de la France et en Belgique… mais avec des yeux d’enfant. à quels spectacles peut-on assister, que peut-on lire, écouter ou même porter quand on a l’âge de rêver ? Loin de la naïveté que l’on prête au «jeune public », on découvre des artistes rivalisant de créativité. Un monde qui voit très grand.


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J’ai dix ans ! spécial 10 ans

© Philippe Abergel

Un tube, les doigts dans le nez J’ai 10 ans ? « On l’a finie en une heure ou deux » raconte Voulzy. Alain écrit « des trucs “bobo-pipi-bobo” sans réfléchir », dit-il, parce que, de toute façon, on ne peut pas faire mieux que Brassens. Alors, autant inventer un nouveau style. Pas n’importe quoi non plus : « c’était travaillé, agencé, avec des notes placées volontairement, pas par hasard ».


Sale gosse –

Quand il ne nous menace pas de nous casser la gueule à la récré, Souchon est carrément méchant, Jamais Content (« du rap avant l’heure » dit-il), regarde Sous les Jupes de Filles. mais appelle sa mère à la première chute de skis. Anecdote véridique, qui donnera Allô Maman Bobo.

Un sacré comédien Dès 1980, il donne la réplique à Catherine Deneuve dans Je Vous Aime de Claude Berri. Il est aussi le compagnon de Jane Birkin dans Comédie de Jacques Doillon et, bien sûr, tue par amour pour Adjani dans L’Eté Meurtrier. Pas jojo, ça…

Alain Souchon Forcément, pour notre anniversaire, on a tout de suite pensé à lui. Bientôt 62 ans qu’il a dix ans ! Et pourtant, ses chansons n’ont pas pris une ride. Mieux, elles rassemblent un public toujours plus large. Des foules sentimentales que ce faux dilettante rassemble grâce à ses éternels mots d’enfants, mais jamais au ras des pâquerettes. Alain Souchon est en tournée dans le Nord de la France et en Belgique avec son vieux complice Laurent Voulzy. Et ça, c’est pas bidon.

Mentir c’est pas bien ! T’avais 30 ans quand le disque est sorti en 1974.

« Je me disais que lorsque des types  de la génération de Paul McCartney deviendraient présidents, le monde serait plus doux. Ce n’est pas vraiment ce qui s’est passé. »

Meilleur copain Il rencontre Lolo en 1974 dans le jardin du boss de leur maison de disques (RCA). La culture pop et le don pour la guitare de Voulzy collent à ses textes plus « swing ». Leur première collaboration ? J’ai dix ans !

« Mes chansons, c’est une façon de caresser le monde, les gens... enfin, plus les filles que les garçons. » 12.11 & 14.01.16, Lille, Zénith, 20h, 69>42€ // 13.11, Liège, Country hall, 20h, 71,50>44,50€ // 14.11, Bruxelles, Palais 12, 20h, 71,50>44,50€ // 28.11, Dunkerque, Kursaal, 20h, complet // 13.01.16, Amiens,

Zénith, 20h, 69>42€


34 spécial 10 ans

Grégory Vandaële

Théâtre

Le Grand Bleu Propos recueillis par Madeleine Bourgois Photo Abrakadubra © Philippe Cibille / Het Hamiltoncomplex © Fred Debrock

C’est un lieu singulier dans le monde du spectacle vivant du Nord de la France. Installé aux Bois-Blancs, à Lille, depuis près de 30 ans, le Grand Bleu est un théâtre estampillé « pour l’enfance et la jeunesse ». Une référence tant pour les compagnies que pour le public. Grégory Vandaële, directeur depuis 2015, dresse un panorama de cette création « jeune public ».


35 spécial 10 ans

Qu’est-ce que le théâtre apporte aux enfants et aux adolescents ? Il leur apprend à grandir. C’est émouvant de voir des jeunes gens réagir devant un spectacle, développer leur regard critique. Je crois en des spectacles porteurs à la fois de sens et de plaisir. La musique, le cirque, le théâtre d’objets, enrichissent notre imaginaire sans passer par l’image, c’est-à-dire l’écran. C’est d’autant plus important aujourd’hui. Sur scène, certains sujets sont-ils encore tabous ? Aujourd’hui toutes les problématiques sont abordées pourvu qu’elles sonnent juste. Les spectacles doivent refléter la complexité du monde, tout en étant inventifs. On ne vit pas entourés de fées et de princes... Il faut « Refléter la complexité encourager les jeunes gens à réfléchir, sans perdre l’aspect ludique.

du monde, tout en étant

Grâce à quels types de pièces ? inventifs » En janvier dernier, nous avons programmé Le Bruit des os qui craquent, qui met en scène deux enfants soldats. C’était au moment des attentats à Paris. à cette occasion le public et l’équipe artistique se sont interrogés sur le parcours des ces jeunes assassins. Ces échanges sont indispensables lorsqu’un spectacle illustre des faits d’actualité graves. Quel regard le « théâtre pour adultes » pose-t-il sur le jeune public ? Les metteurs en scène les plus réputés s’y mettent : comme Joël Pommerat, qui a créé entre autres Cendrillon et Pinocchio. Cette année, nous accueillons Simon la gadouille, la première création « jeunesse » du Nordiste Arnaud Anckaert. Ces allers-retours sont importants. De nombreuses scènes ont accompagné ce mouvement, à l’image du Théâtre du Nord, du Prato ou de l’Opéra à Lille, qui proposent régulièrement du théâtre jeune public. Hélas, les scènes et les centres dramatiques nationaux s’engagent encore trop peu. La profession reste fragile économiquement. Qu’en est-il de l’implication des enfants ? J’aimerais qu’on échange plus avec eux. On organise souvent des débats sur le jeune public, mais en son absence ! Alors, pourquoi pas, un jour faire entrer les enfants dans la gouvernance du Grand Bleu...

>>>


36 spécial 10 ans

Comment se porte la création jeune public dans la région ? Elle est de plus en plus créative et ouverte. Mais a du mal à s’exporter. On peut être un grand artiste, sans savoir comment vendre ses spectacles. C’est pourquoi des lieux comme le Grand Bleu méritent d’exister : on permet aux équipes d’identifier un réseau et on les conseille. Dans la région, la profession est organisée au sein d’un collectif depuis une dizaine d’années. On Le Grand Bleu, 36 avenue Marx Dormoy, Lille, 13>6€, réfléchit maintenant à une coopérative de pro+33 (0)3 20 09 88 44, duction de spectacles. www.legrandbleu.com Quel est votre projet pour Le Grand Bleu ? Je souhaite que l’on s’adresse aux nouvelles générations : la petite enfance, l’enfance et l’adolescence, ainsi qu’aux jeunes parents et grands-parents avec leurs petits-enfants... Nos spectacles s’adressent à tous. Même si, évidemment, on ne montre pas tout à des enfants de trois ans. Ce lieu ouvert aux familles doit aussi refléter la création contemporaine jeune public. On défend des pièces imaginatives, désinvoltes, engagées. Comme cette création anversoise que nous accueillons cette saison, Het Hamiltoncomplex, interprétée par 13 jeunes filles de 13 ans. Un travail d’une humanité terrible, qui mêle chants, danse et théâtre.

Programme : Jusqu’au 03.10 : Comment moi-je (Cie Tourneboulé) // 06>08.10 : Couac (Cie Succursale 101) // 23>24.10 : Dark Circus (Cie Stereoptik) // 05>07.11 : VHS (Cie Tantôt) // 10>14.11 : Simon la Gadouille (Théâtre du Prisme) // 10>12.11 : Comment va le monde ? (Théâtre du Prisme) // 18>21.11 : Cosmos 110 (Cie l’Organisation) // 26>28.11 : Het Hamiltoncomplex (Hetpaleis) // 02>05.12 : Les Misérables (Cie Les Karyatides) // 08>12.12 : à quoi ça sert un livre ? (Cie Par-Dessus Bord) // 16>19.12 : Inuk (Cie l’Unijambiste) // 21>23.12 : Quand je serai petit (Cie Illimitée)…


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J’ai un Arbre dans mon Cœur © Hjalmeida

spécial 10 ans

Théâtre

Cie Sens Ascensionnels Après une grande école de commerce, Christophe Moyer fut banquier d’affaires durant un an et demi… avant de tout plaquer pour fonder la compagnie Sens Ascensionnels. à la recherche d’un théâtre humaniste, le Lillois dénonce (avec humour) les désordres – sociaux, écologiques – du monde. « J’essaye d’aider les spectateurs à décrypter la société, et de remettre de l’humanité là-dedans. » C’est le cas dans J’ai un arbre dans mon cœur, adaptation pour les 3 - 7 ans d’Oblique. Mêlant film d’animation à la craie, théâtre et objets manipulés, il met en scène les Zoblics. Installés autour d’un lac surnommé « la Mère Veille », ces sortes de Shadocks profitent de ce que leur offrent les « arbres à tout » : des poissons, des doudous… Mais ils en veulent toujours plus, jetant à l’eau leurs affaires pas même à voir / Oblique : 15.11, Lille, maison Folie Wazemmes, usées. Jusqu’à ce que la « Mère 5,50/3,50/2€ (-12 ans) J’ai un arbre dans mon cœur : 28 & 29.11, Lille, maison Veille » à bout, dérègle tout… Ou Folie Wazemmes, 5,5/3,5/2€ // 02, 05 & 06.12, comment parler intelligemment Valenciennes, Le Phénix, 13>5€, // 08>12.03.16, Lille, Le Grand Bleu, 13>6€ d’écologie aux enfants. J.D. et A.C. à visiter / www.sens-ascensionnels.com


Les Karyatides Carmen, Madame Bovary, Les Misérables… Cette compagnie belge s’est fait une spécialité de raconter les grands romans sur un petit plateau. Les Karyatides condensent les classiques de la littérature en moins d’une heure, avec des figurines, des santons ou … des vieilles boîtes de biscuits ! Du théâtre d’objets inventif, ingénieux et poétique. Les narratrices et personnages de ces petits mondes, Karine Birgé et Marie Delhaye, livrent des adaptions pour tous les âges. Les plus jeunes apprennent en s’amusant tanJ.D. © Yves Gabriel

dis que les plus grands… révisent !

Les Misérables (dès 9 ans) : 08>09.10, Grande Synthe, Palais du Littoral // 29>30.10, Soignies, CC de Soignies // 02>03.11, Amiens, le Safran // 19>21.11, Bruxelles, La Montagne Magique // 27>28.11, Namur, Festival Turbulence // 02>05.12, Lille, Le Grand Bleu, à visiter / www.karyatides.net

© Jeanne Bidlot

Michèle Nguyen S’inspirant de son vécu, Michèle Nguyen met les grands maux de l’humanité à la portée des plus jeunes. Dans Vy, elle conte son enfance blessée loin de son Viêt-Nam natal, recueillie chez une grand-mère féroce et raciste. à l’aide d’une marionnette – métaphore du môme qui subsiste en nous – elle livre aussi la naissance de son amour des mots, comme un acte de résistance. Auréolé en 2011 d’un Molière du meilleur spectacle jeune public, et en Belgique du Prix de la Critique, ce solo est une ode au rêve et à l’imagination. La Voyageuse, son onzième spectacle (!), est en cours de création.

J.D.

La Voyageuse (banc d’essai, séances scolaires) : 09 & 10.11, Bruxelles, Théâtre la Montage Magique, www.theatremontagnemagique.be à visiter / www.michelenguyen.com


40 spécial 10 ans

Festival Découvertes, Images et Marionnettes

Hands Up ! © DR

Marionnettes

Les malheureux qui n’ont pas dépassé le stade de Guignol et Gnafron risquent d’être sacrément surpris. Eh oui, la marionnette n’est plus le « parent pauvre de la scène ». Ce festival tournaisien donne à voir, en une vingtaine de propositions internationales, un art en pleine mutation. Nouvelles technologies, cirque, théâtre… Aujourd’hui, nos petits pantins gesticulent « dans tout type de spectacles vivants », clame Françoise Flabat, la directrice du Centre de la Marionnette de Tournai. Sur grands et petits plateaux, dans des lieux insolites (églises, caves, etc.), cette 10e édition montre « des pièces que vous n’avez pas l’habitude de voir ». Si la forme a changé, le fond, lui aussi, s’est épaissi. Ainsi The Writer, de l’Ulrike Quade Company, interroge avec subtilité la responsabilité de l’artiste dans notre société, en mettant en scène un écrivain à l’idéologie borderline. A House in Asia des Espagnols d’Agrupación Señor Serrano rejoue la traque d’un Ben Laden-Geronimo en mêlant documents et extraits de films (mythologie ou information… mais qui est vraiment au bout des ficelles ?). Des spectacles pour « les grands enfants » (dès 14 ans), d’accord, mais pour les plus jeunes ? Le festival ne les oublie pas. Dans Hands Up ! – par exemple – le Néerlandais Nejo fait le malin avec ses mains qui deviennent tour à tour un gros chien, des danseurs de claquettes… Dingue ce qu’on peut raconter avec 14>18.10, Tournai, Centre de la Marionnette, divers lieux, divers horaires, 22>1,25€, pass 3 spectacles : ses doigts, une paire d’yeux en bois 30€ (puis 10€ par spectacle supplémentaire) / 24€ (puis 8€ par spectacle supplémentaire), et une sacrée dose d’imagination. programme : www.festivalmarionnette.be L’essentiel, en fait. Julien Damien


Le Vol des hirondelles © Baptiste Jacquemin

Dark Circus © Jm Besenval, Dessins Stereoptik

M Festival Ici, on tire les ficelles de tous les imaginaires grâce à des spectacles, rencontres ou ateliers. Tandis que la compagnie 6.35 s’inspire des « habitants-personnages » du quartier Moulins à Lille pour nourrir son théâtre d’ombres (elle a paraît-il trouvé un Don Quichotte des Moulins !), Elodie Mora met en scène dans ses Balades Immobiles un vieux bonhomme marionnette qui rêve d’aventures avec… des objets. Elle revisite nos contes traditionnels avec des chaussures, des tapettes à mouches... Et livre une parfaite synthèse de toutes les possibilités qu’offrent ces arts. J.D. 17>25.10, Lille, maison Folie Moulins, 5,50/3,50/2€, programme : www.maisonsfolie-lille.fr

Maxi’Mômes #9 Deux fois par an, ce festival transforme la maison Folie Wazemmes en cour de récréation. Mais que peut-on bien raconter aux mômes ? à peu près tout. Dans Le swing de l’alligator, la compagnie du Tire-Laine aborde la question du racisme avec l’histoire de deux gamins du Bayou, l’un noir et l’autre blanc, qui se rassemblent autour du blues. Dans Infantia, Jean-Pascal Viault initie nos bouts de chou à la danse via la chorégraphie aérienne d’une jeune femme dans un cocon suspendu. Le vol des hirondelles offre en musique (et en papier) une réflexion poétique sur le temps qui passe et nous transforme en adulte. Hélas… J.D. 25>29.11, Lille, maison Folie Wazemmes, horaires divers, 5,50/3,50/2€ (-12ans) par spectacle-atelier, www.mfwazemmes-lille.fr Prog : 25.11 : Le vol des hirondelles (Cie Un château en Espagne), Le swing de l’alligator (Cie du Tire Laine) // 28 & 29.11 : J’ai un arbre dans mon cœur ( Cie Sens Ascensionnels), C’est pas pareil (Cie Clandestine), Cache moi !, (Théâtre de l’Aventure), Infantia (Jean-Pascal Viault pour l’Yonne en scène)…


42 spécial 10 ans

L’art expliqué aux enfants

Mome pas peur ! Les enfants ont-ils leur place au musée ? Comment les intéresser à l’art sans les ennuyer ? Jeux, ateliers de dessin … S’il n’y a pas de recettes miracles, nombreuses sont les institutions multipliant les activités pour les sensibiliser. Exemples des deux côtés de la frontière. Au Musée des arts contemporains du Grand-Hornu, « on privilégie le face-à-face avec l’œuvre plutôt que les ateliers », explique Joanna Leroy, du service pédagogique. Ainsi, le Mac’s inaugure à l’occasion de l’exposition L’Homme, le Dragon et la Mort un kit spécifique. Créé avec la Cambre, l’école supérieure des arts visuels de Bruxelles, cette mallette contient des nuanciers ou des crayons et se transforme en table et chaise. Les enfants peuvent ainsi se poser dans une salle pour plancher sur des « exercices » (dessiner différents dragons, par exemple). « Il s’agit de les immerger dans l’expo en appréhendant les œuvres par le jeu ». Autre approche au LaM à Villeneuve d’Ascq qui propose, outre des visites ludiques (tous déguisés !) ou philosophiques (dès 7 ans), le LaM stram gram, soit un spectacle pour les 2 - 4 ans inspiré de cette phrase de Paul Klee : « Une ligne est un point qui est parti marcher ». Cette histoire toute simple raconte la balade d’un point à la rencontre d’autres tracés. « Les enfants s’initient ainsi au graphisme avant de parcourir le musée où ils pourront reconnaître ces formes – des courbes, des traits, etc. – au sein des œuvres », détaille Violaine Digonnet, en charge du secteur jeune public. L’art à visiter / www.musee-lam.fr et www.mac-s.be contemporain ? Trop facile ! Julien Damien

© Nicolas Dewitte / LaM

Arts Plastiques


44 spécial 10 ans

éditions Les Fourmis Rouges

Littérature

des Livres qui piquent Texte Julien Damien Photo La vie des gens © Martin Jarrie (Illustration) & François Morel (Texte) / Yasuke © Frédéric Marais (Texte & illustration)

Niaise, la littérature pour enfants ? Pas forcément. Sur un marché très riche qui s’étend, en gros, des blockbusters façon Disney aux personnages « tous à poils » si chers à Jean-François Copé, on trouve à boire et à manger. Pas toujours à rêver... Les Fourmis Rouges tirent leur épingle du jeu en chatouillant la rétine avec des graphismes soignés et, surtout, des histoires qui ne manquent pas de piquant. On remarque d’abord le dessin, très diversifié, coloré et toujours élégant. « Vitaminé » selon Valérie Cussaguet. Un résultat dû à la méthode d’impression, « en tons directs ». Certes, mais

c’est quoi un bon livre pour enfants ? Pour l’éditrice de cette maison indépendante créée en 2013 à Paris, les choses sont simples : « il faut d’abord que l’histoire me plaise à moi, en tant


Brune Bottero, communication / presse et Valérie Cussaguet, éditrice.

© Stephan Zaubitzer

qu’adulte… ». Derrière ce nom (Les Fourmis rouges) évoquant à la fois une petite bête « qui fascine aussi bien les enfants que les parents » et le travail collectif (de l’auteur au libraire), on trouve une volonté d’aborder tous les sujets, avec tendresse et subtilité. De ce qui se passe dans nos narines – comme dans Panique au village des crottes de nez qui narre les aventures d’une famille de mickeys délogée par un doigt géant – aux « choses plus existentielles ». Dans Ephémère, Frédéric Marais narre ainsi, en couleurs intenses, le destin shakespearien d’un petit insecte sans bouche, pas franchement résigné à se laisser manger. Soit une fable sur « la mort et le sens de la vie ».


46 spécial 10 ans

Objets perdus, Cristina Sitja Rubio (Texte & illustration)

Sens critique – Citons aussi, du même auteur, l’histoire vraie de Yasuke, jeune esclave noir devenu… samouraï au Japon ! Dans Les Oiseaux, Julien Roux montre aux enfants à quel point la diversité permet à tous ces petits êtres de coexister… « On parle de choses graves mais avec légèreté. Les enfants comprennent d’ailleurs assez vite les enjeux. Ce sont des lecteurs ouverts, sans a priori et avides d’histoires ». Pour les Fourmis Rouges il s’agit aussi « de développer le sens critique » des tout-petits. Ben oui, ce n’est pas parce qu’on est haut comme trois pommes qu’on doit nous prendre pour des poires. à visiter / editionslesfourmisrouges.com

Abris, Emmanuelle Houdart (Texte & illustration)


Elle tourne comme ça, Martine Laffon (Texte), Mayumi Otero (Illustration)

Premier matin, Fleur Oury (Texte & illustration)

Ephémère de Frédéric Marais (texte et illustrations), 32 p., 16,50€ Les oiseaux, de Julien Roux (texte et illustrations), 40 p., 16,50€ Yasuke, de Frédéric Marais (texte et illustrations), 32 p., 16,50€ Panique au village des crottes de nez, de Jean-François Moriceau & Petra Mrzyck (texte et illustrations), 32 p., 14€


48 spécial 10 ans

Style

Caroline Bosmans

Iconoclasse Texte Sonia Abassi Photo AW 15-16, SS15 © Caroline Bosmans / TMMDI © Alexander Popelier

AW 15-16


50 spécial 10 ans

TMMDI

Caroline Bosmans est de ces stylistes qui n’empruntent pas les sentiers tout tracés. Cette ancienne psychothérapeute marie haute couture et âge tendre au-delà des conventions. Ses collections donnent un nouveau sens à la mode pour enfants, très loin de l’ingénuité convenue de l’exercice. Rencontre.

« S

i les adultes ont le droit d’exprimer qui ils sont vraiment grâce à leurs vêtements, pourquoi les enfants ne le pourraient-ils pas ? » En partant de ce constat, Caroline Bosmans redessine la mode enfantine en y incorporant ce qui lui faisait jusque-là défaut : du caractère. Entre avant-garde et merveilleux, Guillermo del Toro et Tim Burton, les fringues de la fondatrice de la marque

(C R L N B S M N S) offrent une vision sans fausse naïveté de la jeunesse. Tissus tantôt sombres et épais, pastels et fluides… celle qui n’est « vraiment pas fan des imprimés à fleurs et petits papillons », met le bazar dans un vestiaire édulcoré. étranges lapins – Pour preuve, sa collection TMMDI (They Made Me Do It) s’inspire du ténébreux … Donnie Darko !


Caroline, qui souhaitait « intégrer des motifs de lapins », a trouvé dans l’animal effrayant qui sautille dans le film de Richard Kelly un modèle inattendu. « En travaillant à partir d’un thème aussi sombre, je m’impose un challenge en l’adaptant au monde des enfants ». Voila le défi : ne pas succomber à la facilité pour habiller une jeunesse évoluant dans une société complexe. Ainsi la collection EMOtiCON aux smileys, tons et imprimés joyeux, recycle les symboles d’une technologie omniprésente dans le quotidien de nos marmots. La styliste, aujourd’hui quatre fois maman, livre à travers l’ensemble de son œuvre un message iconoclaste :

SS15

« la société a tendance à surprotéger les enfants. Ils vivent pourtant dans le même monde que nous. Sans chercher à les confronter à tout prix à la réalité, pourquoi la leur cacher ? ». Caroline Bosmans fait le pari de la raconter avec délicatesse, à l’aide de tissus, de fils et d’aiguilles.

à visiter / carolinebosmans.com


52 spécial 10 ans

Yung Lenox

Dessine-moi un rappeur

style

Texte Sonia Abassi Photo DR

à l’âge où la plupart des enfants apprennent à colorier sans déborder, Yung Lenox dessine, expose et vend des portraits de rappeurs US. Ghostface Killah, Chief Keef, Ice Cube, Ol’ Dirty Bastard, J-Dilla… Ils y passent tous ! D’un trait de feutre, le petit prodige couche les grands noms du hip-hop sur papier.

T

out avait pourtant commencé par une blague. Celle du père du jeune Lenox, quand celui-ci lui présente fièrement un énième dessin de superhéros. à court d’inspiration, Yung demande conseil à son papa, Skip Grass, qui lui répond, goguenard : « Gucci Mane ». Challenge accepted. Le petit dessinateur n’a alors que cinq ans et

est loin de se douter que son portrait du rappeur aux chaînes en or terminera exposé à NYC durant la Frieze Week. Evénement auquel il ne pourra pas assister. Ben oui, le lendemain, il y avait école ! « Live Fast, Draw Yung » – Yung a aujourd’hui 9 ans. Le gamin de Seattle


(ville dont la scène hip-hop est plutôt discrète) a croqué, sans avoir l’air d’y toucher, plus d’une cinquantaine de rappeurs et autant de pochettes d’albums. La majorité de ces œuvres a été exhibée dans la célèbre Gallery 1988 West, à Los Angeles, en 2013. Action Bronson, E40 ou même le grand Raekwon ont tenu à rencontrer en personne celui qui collaborera bientôt avec la marque de prêt-à-porter Coke Magic. Présenté en avril au très select Tribeca Film Festival, puis au Festival International du Film de Melbourne, le documentaire « Live Fast, Draw Yung » de Stacey Lee et Anthony Mathilde, rend hommage au jeune portraitiste – le plus prolifique du Nord-Ouest des états-Unis. Une soudaine notoriété qui l’intéresse bien moins que ses jeux vidéo et ses parties de foot entre copains.

à visiter / yunglenox.bigcartel.com


54

© Baptiste Almodovar

spécial 10 ans

Mami Chan Une fois par trimestre, le « Kids Tempo Club »* assure l’éducation musicale de notre descendance avec des concerts sur-mesure. En octobre, place à l’inénarrable Mami Chan ! C’est peu dire que la Japonaise détonne dans le monde des spectacles « jeune public ». Après une décennie passée au conservatoire de Tokyo, elle s’est posée en France dans les années 2000. Découvrant le punk, le rock, elle accouche à grands renforts de synthés et de pianos-jouets d’un style singulier. Entre pop décalée et mélodies enfantines chantées d’une voix acidulée, sa musique est tellement hors des clous qu’on lui propose de jouer avec Philippe Katerine puis … pour les enfants. Le début d’une carrière inattendue face à un public avec lequel Mami Chan avoue se sentir bien. Le Village des Petites Boucles, mélange de vidéos poétiques et de bidouillages instrumentaux, offre une parfaite entrée dans son unià voir / Le Village des Petits Boucles : vers onirique et inclassable. J.D. *Organisé par la Cave aux Poètes à Roubaix.

21.10, Roubaix, Théâtre Pierre de Roubaix, 18h, 6€, www.caveauxpoetes.com


Les goûters-concerts Envie de retrouver du Kendji Girac dans le casque du petit ? Non ? Alors prenez les devants. C’est que l’oreille, ça s’éduque tôt. L’Aéronef et le Grand Mix proposent des « goûters-concerts » aux enfants de 3 à 12 ans. Le principe ? Un groupe programmé dans la salle lilloise ou tourquennoise livre un show à hauteur de petiot (entre 30 et 40 minutes) dans la journée – avec un goûter, donc. Vitalic (!), Curry & Coco ou les Birdy Nam Nam se sont déjà prêtés au jeu. Cette année, on attend Great Montain Fire, Elvis Perkins ou The Hillbilly Moon Explosion. De quoi se faire l’oreille ! Musique 14.10 : Great Montain Fire // 18.11 : The Hillbilly Moon Explosion, Lille, L’Aéronef, 16h, 5€, www.aeronef-spectacles.com 02.12 : Elvis Perkins, Tourcoing, Le Grand Mix, 16h, 5€, www.legrandmix.com

Stéréokids, Oxmo Puccino © DR

Kidzik à Louvain-la-Neuve, les mini-tympans ont carrément droit à un festival rien que pour eux. Il s’appelle Kidzik et a lieu tous les étés depuis six ans, fin août, à la Ferme du Biéreau. Soit trois jours de concerts, de spectacles audio, de contes musicaux ou d’ateliers pour familiariser les minots « avec les sonorités du monde qui les entoure ». Ici, on découvre le rap avec des vaches à tâches et on s’initie à l’électro minimale dans des road-movies… de poules.

Stéréokids

L’an passé, les kids se sont cassé la voix sur General Elektriks ou Frànçois and the Atlas Mountains. Les choristes en herbe (de 8 à 12 ans) sont attendus au Grand Mix à Tourcoing, le mercredi de 14 h 30 à 15 h 30. Les inscriptions sont toujours ouvertes.

Le concept ? Un mini-festival où les enfants s’éclatent sur « de la musique de grands » avec leurs parents. Stéréokids a ouvert le bal en juin, à la Cigale (Paris). Et plutôt en grande pompe : Oxmo Puccino, Moodoïd, DJ Pone… En même temps, il est plus facile de constituer une belle affiche quand on s’appelle Pedro Winter. Eh oui, le fondateur du label Ed Banger reste attentif aux goûts de sa progéniture. Une petite pensée pour ceux qui enchaînent les concerts de Tchoupi…

www.legrandmix.com

www.stereokids.fr

kidzik.be

Une chorale « rock indé »


56 spécial 10 ans

Flashback

Place des grands hommes

« On s’était dit rendez-vous dans dix ans… » Oui, on aime bien citer des joueurs de poker en introduction de certains articles. D’autant que le groupe en question s’appelle Ten Years After. Et que ce magazine fête ses dix ans ce mois-ci. Vous avez saisi l’astuce ? Bref ! Place à des tauliers des musiques amplifiées, comme on dit aujourd’hui. Ten Years After, donc. Une légende du British blues boom des sixties, hélas un peu oubliée, comparée à Cream, Deep Purple ou Led Zeppelin. Au fait, pourquoi Ten Years After ? Parce que le groupe a démarré en 1966 soit… dix ans après l’avènement d’Elvis, en 1956. Un nom qui en dit long, donc : à la fois hommage au King et volonté de s’en démarquer. Pour proposer un blues-rock plus fort. Plus puissant. Plus dur. Plus véloce. C’était même la réputation d’Alvin Lee : le guitariste le plus rapide du monde. Dont la prestation à Woodstock demeure dans les mémoires. D’autant que I’m Going Home, immortalisé au fameux festival hippie, ouvrait Le Péril Jeune (1994) – on se souvient de Bruno s’échinant, en vain, à le rejouer. La première incarnation du groupe (1966-1974) a posé les bases du hard rock mâtiné de blues. En 2013, après quelques reformations d’usage, Alvin Lee passait la gratte à gauche. Deux ans après, Ten Years After court toujours. Restent le batteur Chick Churchill, le claviériste Ric Lee et une énorme pression sur les épaules du remplaçant, Marcus 05.12, Marche-en-Famenne, Wex, 20h30, Bonfanti. Qui s’en tire bien, aux dernières 39/29€, www.wex.be 26.01.16, Lille, Théâtre, Sébastopol, 20h, nouvelles. L’important, ce sont aussi et 35€, www.theatre-sebastopol.fr surtout les chansons, non ? Vincent Lançon

© DR

Ten Years After


58 spécial 10 ans

1

2005

FUTUR ANTERIEUR

© Philippe Matsas

Un petit coup d'œil dans le rétro avant d'entamer une nouvelle décennie ? à la recherche de ce temps pas si perdu, on sourit (ou pas) en percevant certains échos. Petits allers-retours 2005-2015.

Noir dessein –

Le 10 janvier 2005 Choron tirait sa révérence... à la fin du même mois, Wolinski recevait le Grand Prix du Festival d’Angoulême pour l’ensemble de son œuvre, de HaraKiri à… Charlie Hebdo.

Lectures –

Les petits (et grands) sorciers s’arrachaient Harry Potter et Le Prince de Sang Mêlé. Tandis qu’on découvrait l’excellent Lunar Park de Bret Easton Ellis, La Possibilité d’une île nous emmenait très loin dans le futur. Dix ans plus tard, le mage Houellebecq donne toujours dans l’anticipation (mais voit-il plus loin que le bout de son nez ?)

Aux manettes – on jouait à GTA : Liberty City Stories. Dix ans plus tard, rien n’a changé : GTA V bat tous les records.


Dans les oreilles – Demon Days de Gorillaz et Human After All de Daft Punk… mais en tête des charts (français et belge) : Alex F de Crazy Frog. Cette année, les albums de Maître Gims et de Louane raflent la mise… Mais LA Priest, Jamie XX et Tame Impala rythment nos colonnes.

à la TV – outre

le premier épisode de Kaamelott, Lost atterrissait avec pertes et fracas sur nos écrans.

Ils ont aussi 10 ans (seulement ?) – Youtube, la TNT (en

qui très peu croyait, pas même Cyril Hanouna). Et puis Facebook se délestait de son petit « The » pour décoller. Bono en parlerait mieux, lui qui est devenu la pop star la plus riche du monde grâce à ses actions dans ce réseau pas si social, passé maître de « l’optimisation fiscale ».

Ciné Club – Jacques Audiard se faisait déjà un prénom avec De Battre Mon Cœur S’est Arrêté, avant de recevoir la palme d’or cette année (Dheepan). L’épisode III de Star Wars décevait plus d’un fan, qui attendent avec impatience que J.J. Abrams réveille la force cet hiver avec un 7e opus.

Télé-achat – Avant l’évènement du sacrosaint Cloud, la clé USB enterrait définitivement la disquette. Parmi les objets à la mode on s’arrachait aussi l’Ipod Nano ou… la Nintendo DS.


60 musique

10>18.10, Tourcoing, maison Folie Hospice

d’Havré, Grand Mix, Théâtre Raymond Devos, Théâtre de l’Idéal, Magic Mirrors, Centre culturel Marius Staquet (Mouscron)..., 30€>gratuit, pass : 10€, www.tourcoing-jazz-festival.com Programmation : 10.10 : Seun Kuti & Egypt 80 // 11.10 : John Mayall // 12.10 : Renaud Garcia Fons // 13.10 : Cyrille Aimée

Quartet, Snarky Puppy, Charles Pasi... // 14.10 : Brad Mehldau + Dan Tepfer, Taraf de Haidouks... // 15.10 : Maceo Parker, Chassol... // 16.10 : Dianne Reeves + Jean Pierre Como, Mountain Men... // 17.10 : Le Dpt Jazz du Conservatoire de Tourcoing invite Hugh Coltman, Lena Mervil, Hugh Coltman Shadows – Songs of Nat King Cole, Manu Katché + Faada Freddy, Otis Taylor... // 18.10 : Organic Orkeztra…


61 musique

Tourcoing Jazz Festival Brass band Texte Audrey Chauveau Photo Seun Kuti © DR

Elitiste, le jazz ? Qu’est-ce qu’il ne faut pas entendre... Voici bien un genre qui n’a cessé d’évoluer, à la fois respectueux des classiques tout en s’ouvrant sur le monde et les époques. Ce que démontre le Tourcoing Jazz Festival à travers une programmation métissée, ouverte, et sans fausses notes.

I

ci, les monstres sacrés comme le saxophoniste Maceo Parker ou le charismatique bluesman Otis Taylor font de la place aux jeunots. Attention, pas des perdreaux de l’année non plus. Citons Chassol, qui associe les harmonies du monde dans un canevas vidéo et sonore. Ou encore le fils du légendaire Fela Kuti, Seun Kuti (and Egypt 80), et son afrobeat survolté. Le département jazz du Conservatoire de Tourcoing innove de son côté en s’associant au dandycrooner Hugh Coltman (The Hoax), pour un hommage vibrant à Nat King Cole. Métissage – Oui, le festival tourquennois a toujours su mettre en lumière de nouveaux talents. Pour cette 29e

édition, il confie ainsi au jeune pianiste Dan Tepfer et ses variations improvisées de Bach les commandes de sa tournée d’ouverture. En soirée, le Jazz Club convie Cyrille Aimée pour la singularité de sa voix que les voyages ont nuancée de sonorités tziganes, swing ou bossa. Et pour clore les festivités, Jérémie Ternoy et Kristof Hiriart offrent une création originale : Organik Orkeztra. Un projet audacieux - et gratuit - mêlant notes bleues, pop et musiques improvisées. Surtout, il invite sur la même scène des musiciens du nord de la France, du Pays basque et des patients et aides-soignants de l’Etablissement Public de Santé Mentale. Faisant honneur à l’esprit d’ouverture qui a marqué l’histoire du jazz.


62 musique

Flavien Berger

Waterworld Texte Thibaut Allemand Photo Andrea Montano & Marine Peyraud

En quelques mois, autant de singles et un album hautement recommandable, Flavien Berger est devenu l’un des artistes à suivre. Infatigable chercheur, nourri aux pionniers électroniques comme aux récents totems de la weird pop, le Parisien définit une nouvelle grammaire. Et revisite le tout sur scène, éparpillé façon puzzle. Cela fait un petit moment qu’on l’a à l’œil. 2015 est son année. Flavien Berger a signé Léviathan, premier essai conceptuel (mais pas ennuyeux) consacré à l’eau et à différents types d’attractions (terrestres, foraines). Un album en forme de suite logique à deux EP remarqués et remarquables (citons le single La Fête Noire, comme une rencontre entre Mustang, La Femme et Kraftwerk). Membre du collectif bruxellois Sin – qui explore les arts visuels et sonores – le jeune Français a débuté la musique à l’adolescence, en faisant bugger le jeu Music 2000 sur PlayStation. Il aurait donc pu demeurer un geek obsédé par les boutons et les molettes – oui, comme pas mal de grands noms de l’électro. Pourtant, sur scène, le jeune professeur des Ateliers de Sèvres ne prépare jamais rien, préférant se laisser porter par la foule – comme un surfer sur l’eau, tiens. On le voit triturer ses machines, dédoubler sa voix, enregistrer en direct des loops… Et danser. Important, ça, la danse. Ces performances sans filet font tout son charme. Tête chercheuse et crooner, l’électronicien détourne En première partie de Mansfield TYA la pop pour en tirer des chansons étonnantes, 23.10, Tourcoing, Le Grand Mix, 20h, 13/16/5€ -18 ans, fluctuantes, flottantes… Plongeons ! www.legrandmix.com


64 musique

Ivan Smagghe introuvables – pourvu qu’on se donne la peine de chercher. Ce passionné de littérature exilé à Londres, livre des mixes hors du temps, des modes. La certitude de danser sur une piste un poil oblique mais bien accompagné. T.A. 09.10, Mons, Alhambra, 20h, 10€, www.alhambramons.com

© DR

Ivan Smagghe fut disquaire (la boutique Rough Trade, à Paris), journaliste (magic, Nova Mag…), moitié de Black Strobe et fondateur du label Les Disques de la Mort. Les DJ-sets de ce complice de Chloé mêlent pépites récentes et incunables pas si


66

© Max Zerrahn

musique

The Orb Ce duo affronte le problème de beaucoup de pionniers. Après avoir trempé l’ambient dans l’acid house dès 1988, signé quelques tubes imparables (citons Little Fluffy Clouds), le projet d’Alex Paterson a versé dans une électronique planante (pensez Pink Floyd, J-M Jarre) pas toujours digne de ses débuts. Depuis quelques années, The Orb est hébergé par Kompakt – un juste renvoi d’ascenseur de la part des Allemands minimalistes. On est curieux de voir ce grand nom sur scène en 2015. Dancefloor nostalgique ? Communion apaisée ? Les deux, sans doute. Qui dansera verra. T.A. 08.10, Anvers, Arenbergschouwburg, 20h15, 22,50/19,50€ (-26 ans), www.arenbergschouwburg.be

Yo La Tengo

© DR

Ces vieux routiers du circuit indie parviennent encore à créer l’excitation à chacune de leurs sorties – voir l’impatience à l’annonce de Stuff Like That There (2015). Oh, certes, le trio d’Hoboken ne compte guère plus de 68 fans absolus au dernier recensement. Et alors ? Depuis 1984, ces enfants de Can et du Velvet n’ont jamais cherché la célébrité. Mais ont contribué à redéfinir une certaine idée du rock. C’est déjà pas si mal, non ? T.A. 25.10, Louvain, Het Depot, 20h, 26/21€, www.hetdepot.be


68 musique

Rich Aucoin

Man on the Moon Texte Rémi Boiteux Photo Scott Munn

Sauter en l’air, un sourire irrépressible scotché aux lèvres : c’est aussi (surtout ?) ce qu’on attend d’un vrai bon concert. Et le bricolo canadien Rich Aucoin, en solo mais avec plein d’accessoires, sait diablement y faire. Sa grand-messe hystéro-pop a de quoi nous projeter sur la lune (en zigzagant). Deux artistes ont aujourd’hui élevé la performance de type G.O.* au rang d’art : Dan Deacon et Rich Aucoin. Si chacun occupe un territoire musical distinct, un même frisson mêlant l’euphorie mystique au grand n’importe quoi traverse leurs shows. Quand l’un organise des méta-danses collectives déjantées, le second multiplie les gadgets improbables pour hypnotiser son public. C’est lui – Rich Aucoin donc – qu’on s’apprête à retrouver avec curiosité sur La Péniche à Lille. Curiosité car récemment on a plutôt vu son cirque indé s’épanouir à ciel ouvert, dans des festivals propices à son stage-diving sur planche de surf ou à l’accueil de ses toiles de montgolfière, jetées sur des centaines de paires de bras en délire. D’accord, l’homme d’Halifax sait s’y prendre pour étonner et faire jumper, mais musicalement ? Derrière ses prestations aux allures de grand zapping audiovisuel, ses compos font souvent mouche et Rich gagne des airs d’Arcade Fire mué en one-man-band. Les hymnes-puzzle de ses deux albums, le très pop We’re All Dying To Live et l’explosif Ephemeral, s’entrechoquent au milieu de slogans surréalistico-euphorisants à prendre au premier ou au quinzième degré, mais pas dans la demi-mesure. *Gentil Organisateur : employé responsable des animations d’un club de vacances.

13.10, Lille, La Péniche, 20h,14/15€, www.lapeniche-lille.com


71 musique

Jeanne Added

Femme libérée Texte Mathieu Dauchy Photo element-s Marikel Lahana

Le storytelling qui accompagne le premier album et la tournée gigantesque de Jeanne Added est d’autant plus fort qu’il est authentique. Retour sur l’histoire d’une nécessaire métamorphose, depuis les premiers pas corsetés de l’interprète jusqu’à l’envol d’une artiste singulière. La carrière de la jazzwoman Jeanne Added suivait une voie royale (« royal » comme dans « Royal Academy of Music ») et le public jazz s’était attaché à cette Rémoise formée au violoncelle et au chant classique, aperçue aux côtés de Vincent Courtois, John Greaves ou encore Baptiste Trotignon. Un C.V. fourni mais cantonné à un rôle d’interprète qui a rapidement nourri chez Jeanne un besoin physique d’expression artistique totale. Entamée en 2008, la mue providentielle s’appuie sur Dan Levy, obstétricien pop et moitié de The Dø, et devient véritablement officielle à l’occasion d’une résidence offerte par les Rencontres Transmusicales de Rennes fin 2014. La boîte mail du tourneur de Jeanne Added commence alors à enfler. La sortie en juin dernier de Be Sensational, n’a fait qu’allonger la liste des étapes d’une tournée amorcée en février et qui ne s’achèvera pas avant mars 2016. Le chaînon manquant – Jeanne Added n’a rien abandonné de son exigence en passant des rigueurs classiques à l’écriture pour le grand public. Elle est désormais l’auteure d’une musique élégante qui cite avec éclat post-punk, electro-pop et lyrisme lumineux. Des 16.10, Douai, L’Hippodrome, 20h, 8€, nuances riches, parfois rugueuses, qui se www.tandem-arrasdouai.eu répandent dans une surprenante variété 18.12, Bruxelles, Botanique, 19h30, de lieux. Publics rock, chanson ou jazz, 18/12€, botanique.be 19.12, Lille, L’Aéronef, 20h, 22>10€, Jeanne Added fait le consensus autour www.aeronef-spectacles.com d’une musique non-consensuelle.


72 musique

The Gladiators

Des racines et des dreads Texte Thibaut Allemand Photo DR

Ces Jamaïcains ont pénétré dans l’arène du reggae-roots en 1968. Et lui ont conféré ses lettres de noblesse. Alors, certes, la douce voix habitée d’Albert Griffith a jeté l’éponge – remplacée par le talentueux Droop Lion depuis quelques années. Outre son nouveau répertoire, la formation entonne évidemment les standards Hello Carol, Dreadlocks The Time Is Now ou Proverbial Reggae avec une ferveur franchement communicative. On a beau être allergique à Jah, se moquer de toutes ces fadaises 11.10, Dunkerque, Les 4 Ecluses, rastafari et s’être trouvé un p’tit chez soi 18h, 15/12€, www.4ecluses.com tranquille en plein Babylone, difficile de 15.10, Lomme, maison Folie Beaulieu, 20h30, 18/15€, www.ville-lomme.fr rester insensible à des prières de combat 17.10, Oignies, Le Métaphone, 21h, aussi chaloupées. 19>13€, www.9-9bis


75 musique

A$AP Rocky & Wiz Khalifa

Joutes au sommet Texte Mathieu Dauchy Photo Wiz Khalifa © Miko Lim / A$ap Rocky © Dexter Navy

A$AP Rocky, rappeur américain pas trentenaire, est la dernière victime du « syndrome Ronaldo – Messi » : alors qu’il pourrait outrageusement dominer le rap game, des petits prodiges lui disputent le trône. Parmi eux, Wiz Khalifa. Une excellente nouvelle pour les joutes verbales à venir.

L

e drame du bourreau de travail Cristiano Ronaldo, c’est sa contemporanéité avec le surdoué Lionel Messi. Même punition pour A$AP Rocky. Lorsqu’il sort son premier album LONG.LIVE.A$AP en 2013, un grand renouveau de la scène rap US est en cours : Kendrick Lamar, Frank Ocean et Odd Future ont déjà remporté les suffrages des amateurs de la gouaille diphtonguée. Rakim « A$AP Rocky » Mayers signe malgré cette concurrence un contrat de trois millions de dollars avec une major et domine la Champions League du swag avec une équipe qui comprenait alors le beatmaker lillois Soufien3000 (interviewé dans ces pages, cf LM n°84).

Rap contest – Rebelote à l’heure de la sortie du deuxième album du rappeur d’Harlem. La scène est plus vivante et concurrentielle que jamais. Le godfather Dr Dre opère son grand retour discographique, tandis que Joey Badass et Young Thug tirent la couverture à eux. Sans oublier Wiz Khalifa qui compte bien continuer à figurer parmi ces contenders. A$AP Rocky a donc pris la mesure du challenge. Sur AT.LONG.LAST.A$AP, il intensifie les collaborations : Danger Mouse, Future, M.I.A, Kanye West, Mos Def, Lil Wayne et même… Rod Stewart (!). Certes, il aiguise un style piquant et racé, entre hip-hop underground et pop, mais bien éloigné du psychédélisme des débuts (cf la mixtape Live.Love.A$AP). Alors, qui sera le 28.10, Bruxelles, Forest National, 20h, vrai Messi(e) ? Le combat de Forest National 45€, www.forest-national.be s’annonce épique.


76 musique

Jay-Jay Johanson

© DR

Il y a un peu de David Bowie chez ce Suédois. L’androgynie, une carrière musicale des plus disparates... Après 20 ans à se chercher – et « une longue dépression », a-t-il confié, ce qui expliquerait enfin le mulet orange d’Antenna – le crooner a fini par caler sa voix sur celle de son mentor, Chet Baker, et renouer avec le trip-hop jazzy des débuts (Whiskey). I Don’t Know Much About Loving clame-t-il dans son dernier album, Opium (sans doute le plus réussi). Pas grave : côté musique, c’est déjà mieux. 28.10, Villeneuve d’Ascq, La Ferme d’en Haut, 21h, 10/7/2€, www.villeneuvedascq.fr

Bal Numérique La maison Folie Beaulieu nous rappelle que les bals sont à la mode. Cette première déclinaison « numérique » fait la part belle au pointilleux label Ici, d’ailleurs – Yann Tiersen, Diabologum, etc. En guest, Le Chapelier Fou rivalise de créativité avec un violon, des sonorités synthétiques et un sens inouï de l’orfèvrerie. Contaminé par le virus de l’expérimentation, Mein Sohn William triture le code génétique de la pop française à coups de voix de GPS et de noisy absurde. # délire. 10.10, Lomme, maison Folie Beaulieu, 20h30, gratuit, www.ville-lomme.fr

30.10, Lille, L’Aéronef, 20h, 30€, www.aeronef-spectacles.com

© Asger Carlsen

Ratatat Armés de guitares et de machines, ces New-Yorkais réveillent une vision du futur qu’on cultivait dans les années 1970, sans les voitures qui volent mais avec une bonne dose de psychédélisme – (ré)écoutez donc Abrasive, Nightclub Amnesia, Cream on Chrome. Entre le rock, la pop et l’electro, Evan Mast et Mike Stroud nous promettent un concert instrumental pas ratatiné. Et, franchement, avec un nom pareil, c’était pas gagné.


Dominique A J e a n - C l a u d e

G a l l o t ta musique

Raphael Nach Irma

Les Chiche Capon

Arthur H

— Ciné concert — The Cameraman »

A n g e l i n Preljocaj

«

de

Bu s te r Keaton

avec l’Orchestre National de Lille

Hubert-Félix

T h i é fa i n e

Les Innocents

Orange Blossom

Un Poyo Rojo

Eric Antoine

Stéphane

Guillon

humour

Stephan Eicher

U n d d i e a uto maten

Th é â t r e d e boulevard

Photo : Arthur H © Léonore Mercier Lic 1 - 1083804 / 1-1083806 / 3-1083805

ous ! Abonnez-v

danse

Hors service

Pa s f o l l e s les guêpes

Nelson

M a m è re

est un panda

Boulevard Victor Hugo F - 62400 Béthune 03 21 64 37 37 www.theatre-bethune.fr FNAC, Ticketnet et Digitick


78 musique

Todd Terry

© Krijn van Noordwijk

Surgi sur le devant de la scène à la fin des années 1980, Todd Terry a rapproché mieux que personne hip-hop et créations synthétiques – enfantant la « hip-house ». Il accompagna la déferlante chicagoane en signant les hymnes Can You Party et A Day In The Life. Puis, il s’illustra par des remixes de tubes pop-rock tels que Love Fool, des Cardigans et fit découvrir Everything But the Girl au grand public grace à sa version de Missing, l’un des plus gros cartons des nineties. 09.10, Lille, Magazine Club, 22h, 10€, www.magazineclub.fr

certs Csoén lecti o n Jeu 01.10 John Mayall Liège, Reflektor, 19h30, 29e Sing Me A Song Valenciennes, Le Phénix, 20h, 16>9e Thibault Cauvin Marcq-en-Barœul, Théâtre de la Rianderie, 20h30, 15/13e Thylacine + Nikitch + Slowdawn Amiens, La Lune des Pirates, 20h30, 13/8e

Ven 02.10

Boulogne-sur-Mer, Le Garromanche , 20h, Pass 2 soirs : 20e // Pass soirée : 12e

Elliot Murphy Marcq-en-Barœul, Théâtre Charcot, 20h30, 20/16e

Name : Audion + Barnt + Carl Craig + Marcel Dettmann + Tale of us + Matthus Raman Lomme, M.I.N, 22h, 1 jour : 31/23e // 2 jours : 51,50e/46,50e

Ibrahim Maalouf Arras, Théâtre, 20h30, 33>20e

Sam 03.10 NAME : Blaise Bandini, Pascal Hetzel, Keith Kemp… Lille, Gare St-Sauveur, 16h, Grat.

Ibrahim Maalouf Arras, Théâtre, 17h, 33>20e

June Bug Villeneuve d’Ascq, La Ferme d’en Haut, 18h, Gratuit

Hybris #3 : Shikoland Lille, L’Aéronef, 18h30, 13/11e/Grat.

STARFLAM Bruxelles, Ancienne Belgique, 19h, 15e

Tom McRae Bruxelles, Ancienne Belgique Flex, 19h, 26e

Golden Rules Gand, Charlatan, 20h, 12,50e

I Love Rock’N’Pop Lille, Théâtre de l’Hôtel-Casino Barrière, 19h30, 69>35e Major Lazer Bruxelles, Palais12, 20h, 34e Poulpaphone : Alb + Jabberwocky + Izia + Fakear

Regarde les Hommes Tomber Lille, L’Aéronef, 20h, 10>5e Demi Portion + Kacem Wapalek Dunkerque, Les 4 Ecluses, 20h30, 10/7e Dominique A Béthune, Théâtre, 20h30, 34/30e

Poulpaphone : Son Of Dave + Nicole Willis + Jain + BRNS + The Shoes… Boulogne sur Mer, Le Garromanche, 20h30, Pass 2 soirs : 20e // Pass soirée : 12e Name : Ellen Allien + Ben Klock + Villanova + Damian Lazarus + Solomun… Lomme, M.I.N, 22h, 1 jour : 31/23e // 2 jours : 51,50e/46,50e

Dim 04.10 NAME : Clémentine & Faraï Lille, Gare St-Sauveur, 12h, Grat Ibrahim Maalouf Arras, Théâtre, 17h, 33>20e Lady Lamb Lille, La Péniche, 18h, 12/11e

Lun 05.10 The Vaccines Bruxelles, Ancienne Belgique, 19h, 27e


Dans les rapides Lille, Th. du Nord, 20h, 20/10e P. T. Saunders + Martin Mey Roubaix, La Cave aux Poètes, 20h, 12/10/8e Cortez + Totorro… Dunkerque, Les 4 Ecluses, 20h30, 10/7e Mademoiselle K Boulogne-sur-Mer, Espace de la Faïencerie, 21h, 8/6/5e

Mar 06.10 The Waterboys Bruxelles, Ancienne Belgique, 19h, 30e MOBB DEEP Bruxelles, Botanique/Orangerie, 19h30, 39>33e

Mer 07.10 Dez Mona Courtrai, De Kreun, 20h, 19>13e Great Lake Swimmers Lille, La Péniche, 20h, 15/14e Minuit + A-Vox Lille, L’Aéronef, 20h, 18>5e Lefto + JuJu Rogers Tourcoing, Le Grand Mix, 20h, 13/10/5e

Palma Violets Bruxelles, Botanique/Orangerie, 20h, 23/20/17e

Jeu 08.10 Dee Dee Bridgewater Bruxelles, AB, 19h, 38e AUFGANG + Saycet Arras, Théâtre, 20h, 8e FLAVIEN BERGER Bruxelles, Botanique/Rotonde, 20h, 17>11e Moriarty + Jenny Lysander Lille, L’Aéronef, 20h, 26>14e Stephan Eicher Maubeuge, La Luna, 20h, 15/10e Natas Loves You Lille, L’Antre-2, 20h30, 8/5/1e The Orb Anvers, Arenbergschouwburg, 20h30, 22,5/19,5e Tigran Hamasyan Lille, Cathédrale Notre-Dame de la Treille, 20h30, 20/15e

Ven 09.10 Ibeyi Bruxelles, Ancienne Belgique, 19h, 24e Ivan Smagghe + Alex Palmer Mons, Alhambra, 20h, 10e

HK & Les Déserteurs Roubaix, Le Colisée, 20h30, 22>10e

Sam 10.10 Oxmo Puccino Trio Valenciennes, Le Phénix, 20h, 35>9e Seun Kuti & Egypt 80 Tourcoing, Le Grand Mix, 20h, 23>18e Asian Dub Foundation Oignies, Le Métaphone, 20h30, 20>14e Bal Numérique : Chapelier Fou + Mein Sohn William Lomme, maison Folie Beaulieu, 20h30, Gratuit Brigitte Fontaine Calais, CC G. Philipe, 20h30, 7e College + We Are Match + Gym Dunkerque, Les 4 Ecluses, 20h30, 9>6e Les folies Françoises Marcq-en-Barœul, Théâtre Charcot, 20h30, 15>10e

Dim 11.10 John Mayall Roubaix, Le Colisée, 18h, 30>25e

15.10, Lille, L’Aéronef, 20h, 15>5€

www.lm-magazine.com

© DR

Is Tropical En 2013 sortait le clip du sensuel Dancing Anymore, tiré de l’opus I’m Leaving. Réalisé par Megaforce, on peut y apercevoir un ado seul dans une luxueuse maison, où il s’adonne au plaisir charnel en compagnie de créatures (virtuelles) aux formes affolantes. Trop, c’est trop(ical) pour Youtube, qui ne mettra que quelques heures avant de supprimer la vidéo. Pas assez vite : elle est devenue virale. Comme la pop acidulée de ces Anglais qui réconcilient guitares et machines sur le dancefloor. Gardez quand même vos fringues...


80 musique

Young Fathers

© DR

Ne résumons pas les Young Fathers à un jeu de contrastes. Encore moins à un bête mélange des genres. Flow travaillé, rythmes sans cesse renouvelés, le trio écossais délivre un rap ténébreux trempé dans le blues, passant du punk à la soul sans crier gare. Résultat ? Un son lunatique, schizophrène, que Kayus, Graham et Alloysious posent sur des textes à double tranchant – cf leur dernier album : White Man Are Black Men Too. Beau ET bizarre. 24.10, Lille, L’Aéronef, 20h, 15>5€, www.aeronef-spectacles.com

Mar 13.10 HF THIEFAINE Lille, Le Zénith, 20h, 49>39e Rich Aucoin Lille, La Péniche, 20h, 15/14e Alex Nevsky + Keith Kouna Lille, L’Antre-2, 20h30, 8/5/1e Yaël Naïm Lens, Le Colisée, 20h30, 12>5e Lonelady + Vertigo Villeneuve d’Ascq, La Ferme d’en Haut, 21h, 7/4e Charles Pasi Tourcoing, Magic Mirrors, 21h, 15/12e

Mer 14.10 Great Mountain Fire Lille, L’Aéronef, 20h, 15>5e Révérend James Leg Lille, La Péniche, 20h, 15/14e Brad Mehldau + Dan Tepfer Tourcoing, Th. Municipal R. Devos, 20h, 25/23/20e

Jeu 15.10 Jean-Louis Murat - Babel Braine-le-Comte, Salle Baudouin IV, 20h, 25/20e Maceo Parker Tourcoing, Th. Municipal R.

Devos, 20h, 20/18/15e Chassol – « Big Sun » Tourcoing, Magic Mirrors, 21h, 15/12e

Ven 16.10 I Love Rock’N’Pop Lille, Théâtre de l’Hôtel-Casino Barrière, 19h30, 69>35e Bigflo & Oli Tourcoing, Le Grand Mix, 20h, 19/16/5e JP Manova + Lexa Large Roubaix, La Cave aux Poètes, 20h, 12/10/8e Jeanne Added Douai, L’Hippodrome, 20h, 8e Dianne Reeves Tourcoing, Th. Municipal R. Devos, 20h, 20/18/15e Sinsemilia + Unity Family Calais, C. C.l Gérard Philipe, 20h30, 15e

Sam 17.10 Hugh Coltman Tourcoing, Magic Mirrors, 17h, 10/7e

Roubaix, La Cave aux Poètes, 20h, 12/10/8e Sinsemilia + La Familya Anzin, Théâtre, 20h, 15e Manu Katché Tourcoing, Th. Municipal R. Devos, 20h, 25/23/20e Rustie + Feadz + Plastician Lille, L’Aéronef, 21h, 18>8e Otis Taylor Tourcoing, Magic Mirrors, 21h30, 15/12e

Dim 18.10 Public Image LTD (Pil) Anvers, Trix, 19h30, 27e

Dim 19.10 Son lux Bruxelles, Ancienne Belgique, 19h, 21e

Mar 20.10 Sleaford Mods Bruxelles, Ancienne Belgique, 19h, 19e

Mer 21.10

Feu! Chatterton Bruxelles, Botanique/Orangerie, 20h, 20/17/14e

Mami Chan Roubaix, Théâtre P. de Roubaix, 18h, 6e

Werkha + SupaGroovalistic

Saun & Starr


Sam 24.10

Bruxelles, Ancienne Belgique/ club, 19h, 15e

The Jon Spencer Blues Explosion Charleroi, Eden, 20h, 25/23/20e

Brian Damage Dunkerque, Les 4 Ecluses, 20h30, 10/7e

Jeu 22.10 Squarepusher + Darkstar Bruxelles, Ancienne Belgique, 19h, 25e Skip&Die Bruxelles, VK*, 19h30, 15/12e Melody Gardot Douai, L’Hippodrome, 20h, 33>20e Bloody Beetroots Lille, Le Magazine, 23h, 10e

Motorama Bruxelles, Beursschouwburg, 22h, 15/12e

Dim 25.10

Bangkok + Vilain Lille, L’Antre-2, 20h30, 8/5/1e Fink Anvers, Trix, 20h30, 24e Motorama Arlon, L’Entrepôt, 20h30, 15/13e

UB40 Anvers, De Roma, 20h30, 26/24e

Ven 30.10 Godspeed You! Black Emperor Anvers, Trix, 19h30, 25e

Yo La Tengo Louvain, Het Depot, 20h, 23e

RATATAT + GUEST Lille, L’Aéronef, 20h, 30e

Mar 27.10

Mansfield.TYA + Flavien Berger Tourcoing, Le Grand Mix, 20h, 16/13/5e

Battles Tourcoing, Le Grand Mix, 20h, 19/16/5e

!!! (Chk Chk Chk) + ERIC DUNE Lille, L’Aéronef, 18h, 15>5e

Ven 23.10 LEE ‘SCRATCH’ PERRY Bruges, Cactus Muziekcentrum, 20h, 18>5e

Jeu 29.10 LA PRIEST Bruxelles, Ancienne Belgique/ club, 19h, 15e

Jay-Jay Johanson Mons, Alhambra, 20h, 10e

Mer 28.10 A$AP Rocky & Wiz Khalifa Bruxelles, Forest National, 20h, 45e Metz + Crows Lille, L’Aéronef, 20h, 15>5e Jay Jay Johanson + Ivory Lake Villeneuve d’Ascq, La Ferme d’en Haut, 21h, 10>7e

Sam 31.10 Editors Bruxelles, Palais12, 20h, 44/40e Saun & Starr + Bodybeat… Tourcoing, Le Grand Mix, 20h, 16/13/5e Oscar And The Wolf Anvers, Antwerp Sportpaleis, 20h30, 42/38/34e Skip&Die + Makeda + Jumo Tourcoing, Le Grand Mix, 19h, 12/5e/gratuit Vaudou Game... Lille, L’Aéronef, 20h, 18>8e

Low

30.10, Tourcoing, Le Grand Mix, 20h, 13/16/5€ (-18 ans) 31.10 Bruxelles, Ancienne Belgique, 17h, 28€, www.abconcerts.be

www.lm-magazine.com

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Pour le ska punk et la cumbia-core, on repassera. Depuis 22 ans, Low traîne sa tristesse insondable – on laisse la litanie des adjectifs passe-partout (âpre, lumineux, abyssal, bouleversant) aux hebdomadaires culturels qui font ça à la chaîne. N’empêche, sur disque comme sur scène, le trio de Duluth (Minnesota) n’a jamais laissé insensible. Avec une économie de moyens, un son puissant et un rythme lent, très lent, nos compagnons voguent à deux voix sur des abîmes de mélancolie. Impressionnant.


82 disques

Disque du mois

Kurt Vile b’lieve me I’m goin down (Matador/Beggars)

La carrière de Kurt Vile ne ressemble pas à celle qu’on aurait pu lui prédire en découvrant Childish Prodigy, sa première consécration. Lézardé de distorsions rageuses, on l’aurait aisément projeté en pendant bruitiste de ses camarades de War On Drugs. Mais dès Smoke Ring for My Halo, Vile a choisi la route de la douceur et de la lumière – les longues compositions apaisées, le cool plutôt que le nerf. B’lieve me I’m goin down, assurément son meilleur album depuis ce tournant, est une manière d’enfoncer le clou tout en revenant à une facture plus fragile, et à des blessures plus apparentes. Si le disque a été enregistré d’un bout à l’autre des états-Unis, le road trip qu’il propose est essentiellement intérieur. Le banjo d’I’m an Outlaw, la boîte à rythmes de Wild Imagination, le piano obsédant de l’extraordinaire Lost My Head There ou les ruminations de That’s Life, Tho : le style laid-back de Kurt Vile n’avait jamais traversé de telles nuances d’orchestration et d’émotion. Plus sombre, mais aussi accueillant et moelleux que ses deux prédécesseurs, b’lieve me I’m goin down le voit explorer toute l’étendue de sa palette. Et livrer, rien que ça, quelques-unes de ses plus belles chansons. Rémi Boiteux

Lou Doillon Lay Low (Barclay/Universal)

Avant tout, faire taire les pisse-froid qui évoqueront encore le cas d'une “fille de” : mon garagiste tient l'établissement de son père et mon boucher travaille en famille. Ceci posé, leur faire écouter ce deuxième LP de Lou Doillon. Trois ans après le renversant Places (réalisé par le maître Étienne Daho), la fille de Jacques a rejoint Taylor Kirk et les membres de Timber Timbre. Entourée des Canadiens, la Parisienne signe une œuvre volontiers électrifiée et (forcément) sous tension, sans jamais sacrifier ses mélodies mélancoliques. Planent ici les fantômes d'Anita Lane et de Nick Cave. De Timber Timbre aussi, évidemment. Ce creuset folk blues pop possède une dimension cinématographique. Une véritable confirmation. Thibaut Allemand


Helena Hauff

Skylar Spence

Discreet Desires

Prom King

(Werkdiscs/Ninja Tune/

(Carpark Records/La

PIAS)

Baleine)

Proche de la scène néerlandaise (Clone, Bunker, Creme…) cette Hambourgeoise pourrait bien populariser à grande échelle le son que des activistes tel Unit Moebius défouraillent dans l'ombre depuis des années – ça tombe bien, tout ce petit monde est ami. Après une cassette sidérante et abrasive parue voici quelques mois (A Tape, 2015), Helena Hauff signe son premier LP. On songe, en vrac, à Dopplereffekt, The Hacker ou Japanese Telecom. Armée d'antiques machines (TB-303, TR-808…), cette ex-étudiante en physique propose une techno “à l'ancienne”, dure et sombre, qui doit autant à Berlin qu'à Détroit, à La Hague qu'à Grenoble, mais évite justement le revival terne : ce son vicié fait suer, et on en redemande. Thibaut Allemand

Jadis connu sous le nom de Saint Pepsi (une tripotée de morceaux lâchés sur la Toile et toujours disponibles), Ryan DeRobertis évite un procès en se rebaptisant d'un nom qui semble sorti de Retour Vers Le Futur II (1989). Ça tombe bien, le natif de Rhode Island multiplie les allers-retours entre hier et aujourd'hui. Hier, pour ces titres qu'on jurerait exhumés de trésors cachés du disco (Bounce Is Back) ou du garage (Can't You See, Cash Wednesday). Aujourd'hui, pour cette production impeccable, façon Random Access Memories (2013) de qui vous savez. Inconnu ou presque voici quelques mois, ce producteur futé pourrait bien remporter la mise cette année – et se voir courtisé par les plus grands. Thibaut Allemand

Youth Lagoon Savage Hills Ballroom (Fat Possum/PIAS)

La manière est barrée mais la trajectoire rectiligne : Trevor Powers, aka Youth Lagoon, est passé de la confidentialité (The Year of Hibernation) à l’adoubement indie (Wondrous Bughouse). Il devrait en toute logique trouver une forme de consécration avec ce Savage Hills Ballroom. On retrouve ici ce qui faisait la saveur de son encensé prédécesseur, mais dopé cette fois à l’exigence mélodique, arborant une plus large palette. Sa pop psyché aux yeux tristes renvoie parfois aux miaulements nocturnes du Mercury Rev de Deserter’s Song, mais la voix çà et là crispante est désormais maîtrisée – et on la suit volontiers sur des hauteurs fantastiques comme Again. Dix morceaux qu'on ne lâchera plus, au moins jusqu’au prochain album. Rémi Boiteux


84 écrans

L’Homme irrationnel

Hasard et châtiment Texte Raphaël Nieuwjaer Photo Mars Distribution

Depuis Crimes et délits, en 1989, un écrivain ne cesse de hanter le cinéma de Woody Allen : Fiodor Dostoïevski. Après Match Point et Le Rêve de Cassandre, L’Homme irrationnel offre une nouvelle variation autour de Crime et châtiment. Au risque de la répétition ?

P

rof de philosophie aussi brillant qu’autodestructeur, Abe Lucas est précédé par sa réputation. Son arrivée dans une petite fac de la Nouvelle-Angleterre ne laisse personne indifférent. Surtout pas ses collègues féminines et ses étudiantes. à ce personnage de séducteur, Joaquin Phoenix offre une nonchalance blessée, une massivité fragile. Avec ses vieux tee-shirts collés sur un ventre rebondi, l’acteur semble poursuivre son travail méthodique de destruction du glamour


dont le sommet était le faux documentaire de Casey Affleck, I’m Still Here. Il y apparaissait, on s’en souvient, en néo-rappeur à dreadlocks dénué de talent. C’est sans doute la vraie (et la seule) nouveauté de ce film : un acteur masculin qui n’essaye pas d’imiter Woody et sa fameuse élocution. Coup de dés – Pour le reste, L’Homme irrationnel rejoue une vieille question : un crime peut-il être moral ? C’est à la fois la limite et le talent d’Allen que de l’envisager de manière presque abstraite. Les personnages sont avant tout des fonctions dans une démonstration. D’où cette légère misanthropie, cette distance amusée vis-à-vis de ceux qui croient être maîtres de leur destin. Ne règnent en effet chez le cinéaste que la chance et le hasard. Cela a donné matière à ses plus belles comédies, comme à ses drames les plus désespérés. L’Homme irrationnel n’est ni l’un ni l’autre, juste un film mineur qui relance avec malice les De Woody Allen. Avec Joaquin Phoenix, Emma Stone, Parker Posey. dés. Ce n’est pas si mal. Sortie le 14.10


86

© Twentieth Century Fox

écrans

Seul sur Mars

Rouge western Ridley Scott revient au genre qui a fait sa gloire : la science-fiction. Mais, loin des créatures visqueuses d’Alien et de la ville poisseuse de Blade Runner, Seul sur Mars privilégie la comédie et le bricolage. Au point d’inventer un nouveau genre : le survival pantouflard. Botaniste en mission sur la planète rouge, Mark Watney (Matt Damon) est laissé pour mort par son équipe lorsque celle-ci fuit une tempête de sable. Seul et sans moyen de rentrer sur Terre, Mark va organiser sa subsistance. Les premières minutes sont les plus saisissantes, depuis le tourbillon de gravats jusqu’au retrait par Mark d’un bout de métal planté dans l’abdomen. Mais le film ne cherche pas à prolonger cette intensité, fuyant comme la peste ce qui semble d’abord son sujet : la solitude absolue. Tenant un journal filmé, Mark ne cesse de se mettre en scène, de parler à la caméra, de blaguer. à bien des égards, Seul sur Mars prend le contre-pied de récentes fictions aux prétentions métaphysiques, comme Gravity ou Interstellar. Scott n’a ni l’ambition de révolutionner la 3D, ni de discourir sur la relativité du temps et l’avenir de l’humanité. Son film se limite à un éloge de la débrouillardise et de la volonté. Avec sa bande-son disco, il semble même lorgner vers les années Reagan, lorsque l’espace n’était qu’une nouvelle zone à conquérir. Rien d’étonnant, donc, à ce que l’on retrouve l’iconographie du western le plus traditionnel. « Dans l’espace, personne ne vous entendra crier », De Ridley Scott, avec Matt Damon, Jessica Chastain, Kristen Wiig… disait l’affiche d’Alien. C’était le bon temps. Raphaël Nieuwjaer

Sortie le 21.10


88

© Gemma la Mana / Netflix

écrans

Séries

Wet Hot American Summer Pour faire simple, WHAS, c’est la rencontre entre les Monty Python, le Saturday Night Live, Les Nuls et Leslie Nielsen (Y a-t-il un pilote dans l’avion ?). Une série à regarder au 36e degré – au moins – qui raconte la première journée d’une colo américaine. Ce prequel d’un film incompris à sa sortie en 2001 (et vite devenu culte) reprend les mêmes acteurs : aujourd’hui des quadragénaires qui campent des moniteurs censés être… des ados de 16 ans. Soit le premier d’une longue cascade de décalages qui rythment ce bijou d’humour nonsense. J.D. De David Wain et Michael Showalter, avec Paul Rudd, Bradley Cooper, Jon Hamm, Michael Cera, Jason Schwartzman… à voir sur Netflix

Que s’est-il passé durant les cinq semaines qui ont précédé le réveil de Rick Grimes au milieu d’un monde peuplé de zombies ? Fear The Walking Dead nous propulse à l’instant zéro de la propagation de l’épidémie, aux côtés des Clark. Tandis que cette famille d’Américains moyens regarde s’éteindre les lumières de la civilisation, on tremble devant ses imprudences face un danger que nous, spectateurs, connaissons bien – c’est le point fort de ce « prequel ». Mention spéciale à Franck Dillane, transcendant dans son rôle de toxicomane oscillant entre héroïne et héroïsme. Entre la vie et la mort. S.A. à voir sur Canal + Séries (vostfr) et sur Itunes (vf)

© Frank Ockenfels / AMC

Fear The Walking Dead


90 exposition

L’Usine de Films Amateurs de Michel Gondry

Faites votre cinéma ! Textes Julien Damien Photo UFA Moscou, Ariane Rousselier / UFA Paris © Hervé Véronèse / UFA Roubaix © Edouard Lionet


Evénement à Roubaix. Après New-York, São Paulo, Moscou ou Tokyo, Michel Gondry pose sa fameuse « Usine de Films Amateurs » à la Condition Publique. Née en 2008, cette installation participative vous invite à réaliser votre propre film de A à Z, gratuitement et en trois petites heures. Silence, moteur et, surtout, action !

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u sein des 1 500 m2 de la halle B de l’ancienne manufacture textile on découvre, pêle-mêle, une forêt en carton-pâte, des fausses rues, des décors de chambre à coucher, de cuisine (avec, détail qui tue : un frigo sans fond, qui permet des plans intérieurs). Plus loin, un cabinet médical fait aussi office de bureau de police (on fait coulisser un petit mur et hop, la salle d’attente laisse apparaître une cellule !)… Pas de doutes, on retrouve bien l’univers du génie de la bricole (La Science des rêves, L’écume des jours, etc.)… mais à la sauce roubaisienne. « Michel Gondry impose un cahier des charges strict, avec des lieux qui reviennent systématiquement mais, ensuite, chaque ville adapte les décors à son identité », explique Marthe Mutte, coordinatrice des projets artistiques. Ici la brique rouge (en papier) est donc de rigueur et, en face d’un bar aux allures de kebab, on découvre une rame de tramway Transpole (avec des écrans en guise de fenêtres, pour simuler le trajet).


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Bouts de ficelle – Concrètement, ça se passe comment ? La démarche est un peu la même que dans Soyez sympas, rembobinez, où Jack Black et Mos Def réalisaient des remakes de blockbusters avec des bouts de ficelle. Ici, des groupes constitués de 15 personnes suivent un protocole simple mais précis. Après la visite du studio (16 décors*), le choix du genre (policier, SF, comédie, etc.), chacun s’attèle à l’écriture du scénario, la distribution des rôles puis au tournage. Des accessoires et costumes sont mis à disposition et une petite caméra est confiée à l’équipe qui filme en « tourné-monté » – en une prise, suivant l’ordre chronologique du récit. Après le clap de fin, on repart avec son petit DVD (c’est aussi vous qui dessinez la jaquette). « Le but n’est pas de créer L’Usine de Films Amateurs (lille3000) un chef-d’œuvre. Mais, que les gens 03.10>15.11, Roubaix, La Condition Publique, mer>dim : 11h>19h // jeu : 13h>19h // sam : s’amusent tout en faisant preuve de 11h>21h, départ toutes les heures, gratuit créativité ». Ne reste plus qu’à faire (réservation au +33 (0)3 28 33 48 33), www.laconditionpublique.com travailler son imagination. Là, on vous Week-end Gondry fait confiance… *réalisés avec des étudiants en design de l’ESAT de Roubaix

14 & 15.11 : sam, 14h30>16h30 : conférence de Nicolas Thévenin // dim, 14h30>18h30 : projections de films et de clips (Heure Exquise, Les Rencontres Audiovisuelles, Le Fresnoy)


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Les Mondes Inversés

Sens dessus dessous Textes Julien Damien Photo Yinka Shonibare © Leslie Artamonow

Fermé pour cause de rénovation depuis 18 mois, le BPS22 inaugure un espace plus grand, plus beau… pour aussitôt y (re)mettre le bazar ! Les Mondes Inversés mêlent art contemporain et cultures populaires à travers une exposition qui bouscule l’ordre établi. Attention, ça risque de secouer.

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alevitch, Picasso, Kupka… nombreux sont les artistes à avoir emprunté aux folklores, légendes ou coutumes. Logique : « la culture populaire, c’est une forme de désordre qui grippe notre mécanique sociétale trop bien huilée », selon Pierre-Olivier Rollin, directeur du musée carolo. En d’autres termes : « c’est foutre le bordel ! » L’esprit du carnaval s’impose : cet instant où l’avant devient l’arrière, où les femmes se muent en hommes, les riches en pauvres et vice versa. La quarantaine d’œuvres présentées ici tendent ainsi à « recréer cet espace utopique de liberté pour retourner les ordres dominants : politiques, moraux, esthétiques, économiques, etc. »

à en perdre la tête – Imaginez : une « zone d’autonomie temporaire » de 2 500 m2 (clin d’œil au fameux Taz de l’écrivain-anarchiste Hakim Bey), où alternent pièces monumentales ou minimalistes dans un parcours volontairement foutraque. « La scénographie est aussi populaire : les œuvres se frottent comme dans une foire ». Quelles sont les attractions ? Citons les sculptures grotesques et obscènes de Michel Gouéry, qui tancent le bon goût pour remettre en cause l’idée même du beau et du laid. Plus loin, Scramble for Africa de Yinka Shonibare nous place en face d’hommes acéphales attablés autour d’une carte de l’Afrique. Parodie de la conférence de Berlin, qui vit les Européens démembrer le continent à la fin du xixe siècle, l’installation pose en filigrane une hypothèse : et si les Les Mondes Inversés, art contemporain et cultures populaires Africains se partageaient eux-mêmes Jusqu’au 31.01.2016, Charleroi, BPS22, mar>dim : 11h>19h, 6/4/3€/gratuit -12 ans, www.bps22.be leur propre terre ? Pas si dingue ça…


Verlaine. Cellule 252

Maudit poète Après Van Gogh, le BAM poursuit son exploration d’illustres Montois avec Verlaine… Paul Verlaine, un Montois ? Par la force des choses, oui. Le « Pauvre Lélian » a passé deux ans de sa vie, entre octobre 1873 et janvier 1875, dans la prison locale. La fin de son idylle avec Rimbaud, mais une page déterminante dans sa vie d’écrivain. La cause de cette incarcération est un petit revolver 7 mm avec lequel le poète blessa son amant, le 10 juillet 1873, lors d’une énième dispute dans leur chambre d’hôtel bruxelloise. Voici l’un des objets dévoilés aux Beaux-Arts de Mons, parmi quelque 250 pièces. Une telle exposition n’est pas avare d’écueils : « Il fallait éviter l’accumulation de documents, montrer des choses visuelles », soutient le commissaire, Bernard Bousmanne. Entre manuscrits originaux, toiles, photographies d’époque ou dessins de sa main, on trouve aussi la voiture cellulaire dans laquelle il fut jeté à sa sortie du tribunal. Mais, surtout, « il fallait raconter une histoire ». Le décor nous est posé avec le crime, les personnages (sa femme Mathilde, la truculente mère de Rimbaud, etc.) avant de vivre le procès. Un chapitre riche de nombreux documents – dont des lettres des deux amoureux. Nous voici alors dans cette fameuse cellule 252, « où Verlaine écrivit ses plus beaux poèmes ». Citons Crimen Amoris, L’Art Poétique qu’on lit ici. Et puis l’épilogue : son retour en Belgique, 20 ans plus tard, en tant qu’écrivain adulé. Rimbaud n’est plus. On découvre 17.10>24.01.16, Mons, BAM, mar>dim : cet autre Verlaine, décadent, alcoolique. 10h>18h, 12/9€, www.bam.mons.be Un Bateau ivre. Julien Damien

Paul Marsan dit Dornac, Paul Verlaine au café François 1er à Paris, 1892 © Bibliothèque littéraire Jacques Doucet

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Anatolia 1

Pont culturel

25e édition mais 45 bougies pour le festival Europalia, qui se tourne aujourd’hui vers la Turquie. D’octobre à février, Bruxelles et ses villes limitrophes explorent les différentes facettes – historiques, artistiques – d’un territoire fascinant, notamment à travers Anatolia, grande exposition patrimoniale qui investit le Bozar. Charriant son lot de fantasmes, l’Anatolie méritait bien une définition préliminaire. « Elle correspond à la péninsule située à l’extrémité occidentale de l’Asie », éclaire Julian Richard, coordinateur des expositions d’Europalia. Cette passerelle entre deux continents a été pendant 12 millénaires un carrefour de migrations, donnant lieu à de passionnants échanges. On en conserve les traces de cultes et de rituels variés sur lesquels se concentre cet accrochage. Dans un décor reprenant des matériaux typiquement anatoliens (le marbre, le cuir, les carrelages…) prennent place plus de 200 pièces réparties en quatre thèmes : la contemplation du cosmos, la vénération de la nature, le culte des dieux et les interventions divines. « Il y a des céramiques, des textiles des époques seldjoukides et ottomanes, des sculptures datant de l’Antiquité classique, de l’orfèvrerie… 30 musées turcs ont prêté les trésors de leurs collections, dont certains ne sont jamais sortis du pays ». 1. Sommet d’étendard (?) en forme de taureau Parmi les immanquables, une surprenante © Museum of Anatolian Civilizations, Ankara statue d’Artémis dont la robe se compose 2. Rhyton en argent © Musée Sadberk Hanim, Istanbul de renflements représentant, selon les inter- 3. Casque de parade © Musée du Palais de Topkapi, Istanbul prétations, des seins, des œufs, ou des tes07.10 > 17.01.16, Bruxelles, Bozar, ticules de taureaux sacrifiés. L’Anatolie n’a mar > dim : 10h > 18h, sauf jeu : 10h > pas livré tous ses secrets. Marine Durand 21h, 15€>gratuit – 6 ans, www.bozar.be


De si gracieux sourires © Gabriel Desplanque

Panorama 17 Beaucoup de films, bien sûr, mais aussi des installations, des sculptures digitales et même… un opéra technologique qui met en scène une chanteuse réelle et une autre virtuelle (I.D.). Ce rendez-vous annuel dévoile les travaux des étudiants du Fresnoy, soit les œuvres d’une cinquantaine d’artistes de toutes nationalités. Baptisée « Techniquement douce », titre emprunté à un scénario avorté d’Antonioni, cette 17e édition de Panorama interroge les rapports entre le corps et la technique – certes prégnants depuis que nous sommes Homo Sapiens – mais qui ont atteint un paroxysme avec l’irruption des nouvelles technologies. Bienvenue à l’ère du Net Art et des soft robots ! J.D. Jusqu’au 13.12, Tourcoing, Le Fresnoy, mer, jeu, dim : 14h>19h // ven, sam : 14h>20h, 4/3€, www.lefresnoy.net

Après un lifting d’un an, le musée des BeauxArts de Valenciennes rouvre avec une exposition qui honore un enfant du pays : Antoine Watteau. On y découvre « le peintre du rêve » et de la fête galante sous un jour inédit, à la lumière de toiles rares, notamment La Chute d’eau, récemment découverte et jamais dévoilée au public. Ce paysage représentant la cascade de Tivoli nous apprend comment l’Italie inspira ce maître, dont l’influence s’étendra jusqu’aux impressionnistes. Jusqu’au 17.01.16, Valenciennes, Musée des beauxarts, mar>dim : 10h>18h // jeu : 10h>20h, 5/2,60€, www.valenciennes.fr

Antoine Watteau, La Chute d’eau, avant 1715 © Musée du Louvre, département des Peintures, dépôt au Musée des beaux-arts de Valenciennes © DR

Rêveries Italiennes - Antoine Watteau


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Agenda

Just Lust Le Botanique consacre une rétrospective au Bruxellois Xavier Lust, qui se distingue par son approche très innovante du design. L’ancien élève de l’institut Saint-Luc s’est fait connaître au l’aube des années 2000 par sa technique unique de déformation du métal, sans utilisation de moules. Chez lui, la matière semble se galber naturellement, engendrant des meubles aux formes harmonieuses et épurées.

© DR

Bruxelles, jusqu’au 01.11, Le Botanique, mer>dim : 12h>20h, 5,50/4,50/ 3,50€/gratuit, botanique.be

Foot Print La chaussure s’élève au rang d’œuvre d’art à la faveur d’une exposition au MoMu. Parmi les 600 pièces présentées, celles de Martin Margiela, Ann Demeulemeester ou Dries Van Noten tiennent le haut de l’affiche. Le parcours de 22 salles dévoile aussi des modèles devenus emblématiques, comme ceux de Roger Vivier, père des affolantes cuissardes portées par Bardot sur sa Harley-Davidson. Anvers, jusqu’au 14.02.2016, MoMu, mar>dim : 10h>18h, 8/6/3€/gratuit, www.momu.be

Dessus Dessous Annette Messager Annette Messager investit le Musée des beaux-arts et la Cité de la dentelle et de la mode de Calais pour créer 14 œuvres et installations. Le travail de cette figure de l’art contemporain, empreint de féminisme, mêle les formes et les matériaux, le tragique et le ludique. Dans Dessus Dessous, il est ainsi question d’odyssée, de déplacements, de Rodin mais aussi de mode, de couturières, de collants et de soutiens-gorge. Calais, 17.10>15.05.2016, Musée des beaux-arts : tlj sauf lun : 10h>12h & 14h>18h // dim : 14h>18h, 4/3€ // Cité de la dentelle et de la mode : tlj sauf mar : 10h>18h, 5/3,50€ // pass deux musées : 7/5€

Stephan Vanfleteren Depuis 2010, le musée de la photographie de Charleroi propose – chaque année – à un artiste de livrer sa vision de la ville. C’est Stephan Vanfleteren qui conclut cette série de commandes. Le Flamand dresse un portrait en noir et blanc et sans complaisance de la cité carolo. Ses clichés d’enfants ou pris la nuit sous les néons d’un café, traduisent les maux et toute la solidarité de l’ancienne cité industrielle. Charleroi, jusqu’au 06.12, Musée de la Photographie, mar>dim, 10h>18h, 7/5/4€/ gratuit -12 ans, www.museephoto.be


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Agenda

La Louvière, 03.10>07.02.16, Centre de la gravure et de l’image imprimée, mar>dim : 10h>18h, 7>2€/ gratuit (-12 ans), www.centredelagravure.be

Des choses à faire

Joie de vivre

Le textile n’est pas qu’affaire de vêtements. Anne Masson et Eric Chevalier le démontrent ici brillamment via une approche expérimentale – et donc très libre – des tissus. Ceux-ci deviennent organiques, élastiques, mobiles, et servent à créer des portemanteaux, des meubles... Des choses à faire met aussi en lumière une pratique très collaborative, avec des architectes, designers ou chorégraphes.

Le Palais des beaux-arts examine les différentes manifestations de la joie de vivre à travers 120 œuvres réparties en six sections – « Bonheurs », « Sous le soleil », « Liens », « Liesses », « Corps joyeux » et « Rires ». Cette première grande exposition sur le sujet montre comment la gaité ou l’hédonisme ont de tous temps inspiré les artistes, de Rodin à Murakami, en passant par Picasso ou Niki de Saint-Phalle.

Hornu, 04.10>10.01.2016, CID, 8/5/2€/ gratuit (–6 ans), www.cid-grand-hornu.be

Lille, jusqu’au 17.01.2016, Palais des Beaux-Arts, lun : 14h>18h // mer, jeu, ven : 10h>18h // sam & dim : 10h>19h, 10/8/7€, www.pba-lille.fr

L’Homme, le Dragon et la Mort. La Gloire de saint Georges Mons 2015 interroge la figure légendaire de saint Georges. Héros local, protecteur de centaines de villes européennes, sa lutte contre le dragon personnifie le combat entre le bien et le mal, mais aussi celui de l’Homme contre lui-même. Cette exposition propose une sélection de peintures, sculptures ou dessins représentant le saint et les traditions populaires qui l’entourent. Hornu, 18.10>17.01.2016, Mac’s, mar>dim : 10h>18h, 8/5/2/1,25€/ gratuit (–6 ans), www.mac-s.be

© François Schuiten

François Schuiten Célèbre pour Les Cités Obscures, réalisées avec Benoît Peteers, François Schuiten révèle des mondes imaginaires dans une exposition qui mêle planches originales, sérigraphies, lithographies, affiches… Pour l’occasion, le dessinateur de BD a créé une nouvelle planche en relation avec un lieu emblématique de la région, la Tour St-Albert à Binche. Un voyage urbain fascinant, entre futurisme et mystères.


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Agenda

© Sebastian Sullen - Corrie Baldauf

Les sorciers du ring catcheurs congolais

Détroit City Au cœur d’une programmation de lille3000 en mode « Renaissance », cette exposition consacrée à Détroit montre comment les habitants et les artistes ont réinventé cette ville en faillite. à côté d’un potager collaboratif ou d’œuvres réalisées avec des matériaux récupérés – Scott Hocking, cf LM 110 – on trouve aussi « la plus petite discothèque du monde », avec de la musique made in Motor City. Lille, jusqu’au 17.01.2016, Gare Saint Sauveur, mer>dim : 12h>19h, gratuit, www.renaissance-lille.com

Levez l’encre !

Aux dernières heures du jour, dans les faubourgs de Kinshasa, les catcheurs congolais se disputent la gloire – et tentent d’améliorer leur quotidien – sur des rings de fortune. Le photographe Colin Delfosse dévoile en grands formats ces nouveaux héros de la nuit kinoise, auteurs d’une performance tant sportive qu’artistique, entre magie noire et pur spectacle.

Consacré au monde maritime et à la navigation, le parcours observe cinq thèmes : typologie des navires, batailles navales, imaginaires et monstres marins, exploration, littérature. Des photographies de Mary Warocqué aux ouvrages scientifiques d’Ambroise Paré, atlas, gravures, livres précieux et autres objets rares illustrent la fascination qu’exerce depuis toujours « le Grand Bleu » sur l’Homme.

Lomme, 16.10>28.11, maison Folie Beaulieu, mer : 10h>12h & 14h>18h // jeu & ven : 14h>18h // sam : 10h>20h, gratuit, www.ville-lomme.fr

Morlanwelz, 03.10>10.01.2016, Musée Royal de Mariemont, tous les jours sauf lundi : 10h>17h, 5>1,25€/ grat (–12 ans), www.musee-mariemont.be

Là où commence le jour Ce parcours initiatique a pour thème l’émancipation de l’individu par la connaissance du monde. Ceci prend la forme d’un récit poétique débutant au crépuscule pour s’achever à l’aube. Le visiteur déambule au milieu d’œuvres d’art contemporain (vidéos, photographies, sculptures...), qui l’interrogent sur son rapport à l’espace, au temps, à la nature, avant sa renaissance, aux premières lueurs du jour. Villeneuve d’Ascq, 02.10>10.01.2016, LaM, mar>dim : 10h>18h, 7/5€/gratuit (-12 ans), www.musee-lam.fr

Toutes les expositions de l’Eurorégion sur www.lm-magazine.com


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Miet Warlop La théorie du chaos Texte Marie Pons Photo Mystery Magnet © Reinout Hiel

Miet Warlop crée des performances littéralement explosives. Les deux mains plongées dans la couleur et la matière - plâtre, perruques, tables et chaises - elle donne naissance à des pièces peuplées de personnages mystérieux, moitié homme moitié objet. Rencontre avec une inclassable artiste flamande.

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ôtoyer Miet Warlop c’est entrer dans l’œil du cyclone : attelée à la préparation de plusieurs projets, elle affronte une machine à laver qui inonde son atelier de Gand tout en répondant à nos questions… Soit l’illustration parfaite de son goût très certain pour le chaos, qu’elle peaufine depuis ses premières expérimentations plastiques et sa formation aux arts visuels à l’Académie Royale des Beaux-Arts gantois. Au sein de la section « 3D/Multimedia » elle touche à tout et rapidement, se frotte à la scène, qui lui offre un « cadre magique pour confronter les objets aux images, les faire résonner dans l’espace ». Pour sa première pièce Sportband, Afgetrainde Klanken (2005), elle convie 25 amis sur le plateau et invente un combo entre performance sportive et jeu d’orchestre. Depuis, cette artiste visuelle ne cesse de chercher, tester, faire et défaire, entourée d’une équipe d’assistants, de sculpteurs et de costumiers. Miet’s world —­Dans le monde de Miet, on trouve une table pourvue de jambes à talons hauts, un homme-élastique géant, des personnages sans tête ou portant des perruques de laine démesurées en guise de couvre-chefs. Des créatures touchantes et maladroites, qui provoquent des catastrophes. Chaque pièce est une succession


de réactions en chaîne respectant un timing millimétré, semblable au montage d’un film burlesque. « J’aime surprendre, me situer à la frontière entre le divertissement et la stupeur. Un jeu subtil pour que le public rejoigne ma planète ».

« J’aime me situer à la frontière entre le divertissement et la stupeur »

Big Bang — Son œuvre repose sur un big bang créatif : « Chaque pièce surgit de la précédente, je travaille avec les objets, suivant une ligne continue, et les projets se forment à mesure ». Mystery Magnet (2011) est ainsi un tumulte organisé, à coups de fumées, de liquides, de mousses colorées et de bombes de peinture, fruit de l’imaginaire d’un personnage solitaire et obèse. Dragging the Bone, sa dernière pièce en date, s’avance comme un autoportrait lunaire et déjanté où elle campe une fille sans visage aux cheveux longs dans un monde sculpté de blanc. Quelle est donc la relation entre ces deux spectacles ? « L’explosion pour la première, l’implosion pour la seconde. J’ai tout dévasté avec Mystery Magnet,

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« La surprise, le chaos, l’énergie destructrice qui permet de recréer… ça ressemble bien à ce qu’il y a dans ma tête ! »

pour la suivante j’explorais ce qui restait : moi ». La Flamande aime surprendre, et ne cesse de pousser les limites de son œuvre, « hors des murs du théâtre, hors des corps, hors des idées, hors de la peur, dehors ! (rires) ».

Sur tous les fronts — Cet automne, elle inaugure sa première exposition personnelle à Gand, mène de front la tournée de Mystery Magnet et Dragging the Bone, avant d’attaquer en janvier une nouvelle création, « une pièce de groupe avec un batteur, des Mystery Magnet : 03.10, Charleroi, Charleroi musiciens, et trois ou quatre perDanses, 21h30, 15>1,25€, www.charleroidanses.be // 18>20.11, Gand, CAMPO, 20h30, formers ». Miet se reconnaît dans 13>7€, www.campo.nu cette suractivité : « La surprise, le Dragging the Bone : 09.12, Louvain, chaos, l’énergie destructrice qui Stadschouwburg, 20h, 16>8€, www.30cc.be permet de recréer… ça ressemble Exposition : novembre, Gand, Kiosk Gallery bien à ce qu’il y a dans ma tête ! ». à visiter / www.mietwarlop.com


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En avant, marche !

Retour en fanfare Texte Marine Durand Photo Phile Deprez

Depuis leur collaboration sur le sensible Gardenia (2010), le chorégraphe Alain Platel, le compositeur Steven Prengels et le metteur en scène Frank Van Laecke cherchaient le projet qui leur permettrait de créer à nouveau ensemble. Ils ont trouvé l’inspiration avec En avant, marche !, série photographique du Flamand Stephan Vanfleteren sur les fanfares, envisagée sur scène comme un miroir de notre société.

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st-ce du théâtre dansé, un concert chorégraphié, une pièce pour cors, trompettes et tubas ? Le mélange des genres fait partie de l’ADN des Ballets C de la B, la troupe d’Alain Platel. Mais qu’on ne s’y trompe pas : c’est bien la musique qui constitue le moteur narratif d’En avant, marche !, spectacle pour quatre acteurs et un orchestre professionnel faisant appel, pour chaque représentation, à une fanfare ou harmonie locale. « Il y a quelque chose de très émouvant dans ces groupes éclectiques, ces médecins ou ouvriers réunis par une même passion », éclaire Frank Van Laecke, ajoutant : « la fanfare est là aux moments les plus importants de notre existence, des fêtes aux enterrements. » La vie, la mort, l’amour — Empruntant à Pirandello l’argument initial de La fleur aux lèvres – un homme atteint

d’une tumeur incurable à la bouche choisit de repousser la femme qu’il aime – le trio imagine un joueur de trombone malade prenant les cymbales pour ne pas se retirer de l’ensemble. « Tout tourne autour de son appartenance ou non au groupe, et de la question d’accepter de quitter la vie ». Alternant moments de liesse et morceaux de bravoure mélancoliques, extraits du « Trouvère » de Verdi et hymnes nationaux, En avant, marche ! pousse chacun à s’interroger sur sa place au sein de la communauté. 08>10.10, Bruxelles, KVS, 20h, 25>13€, www.kvs.be 13 > 15.10, Villeneuve d’Ascq, La Rose des vents, mar, mer : 20h // jeu : 19h, 21>12€, www.larose.fr 03.11, Bruges, Cultuurcentrum, 20h, 24>9€, www.ccbrugge.be 12>14.11, Anvers, de Singel, 20h, 28>8€, www.desingel.be 26.01.16, Douai, L’Hippodrome, 20h, 20>9€, www.tandem-arrasdouai.eu 28.01, Courtrai, Cultureel Centrum…


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Dancing Grandmothers

Cure de jouvence Texte Marine Durand Photo Young-Mo Cheo

Méconnue en France mais star en Asie, la chorégraphe sud-coréenne Eun-Me Ahn organise la confrontation dansée entre les jeunes professionnels de sa troupe et une bande de grands-mères rencontrées d’un bout à l’autre du pays. Après avoir enflammé le théâtre parisien de la Colline cet été, ses « dancing grandmothers » vont dérouiller les zygomatiques du public de l’Opéra de Lille. En ouverture de ce spectacle, on découvre les corps sveltes des neuf membres de la compagnie asiatique, pour une entrée en matière pop et colorée. La rencontre avec le troisième âge, elle, passe d’abord par l’image, projetée en fond de scène. à la façon d’un documentaire « qui parlerait à la fois du passé et du sol », la « Pina Bausch de Séoul » a fait le tour de la Corée rurale pour filmer des femmes de 60 à 90 ans dansant sur les tubes de leur jeunesse. On rit forcément des gestes saccadés, curieux ou harmonieux de ces mamies saisies dans leur environnement quotidien. Mais d’un rire bienveillant devant le plaisir évident qu’elles prennent à se déhancher. On se délecte, ensuite, de l’arrivée en plateau de douze d’entre elles, pour une seconde partie guidée par le contraste. La techno se mêle aux musiques folkloriques, les acrobaties des uns frôlent les petits pas des autres. Dans de joyeuses rondes, les deux générations se réunissent pour enfin inviter le public à monter sur la scène, transformée en dancefloor géant grâce à un pla15>17.10, Lille, Opéra, jeu et ven : 20h / sam : 18h, 23/18/14/9/5€, fond de boules à facettes. Un shoot d’énergie et www.opera-lille.fr de bonne humeur dont on ne saurait se priver.


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Occupaïe le Vivat Texte Julien Damien Photo Stefan Grosse Halbuer

Nul besoin de s’enfermer dans une communauté hippie du Larzac pour vivre un moment de partage et d’éveil. Un passage à Armentières devrait suffire. à la fois artistique et social, Occupaïe propose « un mois d’occupation joyeuse pour expérimenter de bonnes choses pour le corps et l’esprit ». Lesquelles ? Des ateliers relaxants, des siestes musicales et poétiques (un roupillon « comme en forêt » ou un éveil anti-grisaille), ou d’échanges de savoir-faire : réparer son vélo, fabriquer une imprimante 3D, monter une comédie musicale.... Le but ? « Le bien-être », tout simplement. 01>31.10, Armentières, Le Vivat, tous les jours (sauf lundi), 10h> 22h, gratuit Programme : éveils corporels relaxants, siestes poétiques, ateliers de découvertes, soupes populaires délicieuses et conversations sur toutes sortes de méthodes alternatives // 01.10, Fête d’ouverture en musique avec Pang + Delta Sònic + Chauffe Marcelle !, 20h // Exposition photo - Antoine Repessé // 18.10, folle journée coréenne avec Jihyé Jung & Emmanuel Eggermont, 12h : Fabrication de la soupe coréenne & dégustation, 14h : Sieste karaoké Noraebang, 15h : Danses traditionnelles & folkloriques coréennes + origami, 17h : Bal coréen avec un boys band !


© Guy Delahaye

My Rock En janvier 1951, Merce Cunningham signe avec 16 danses pour soliste et compagnie de trois l’acte de naissance de la danse contemporaine. Trois ans plus tard, en juillet 1954, Elvis Presley offre au rock un de ses premiers hits avec That’s All Right (Mama). Né quasiment en même temps, ces deux mouvements ne s’étaient jamais croisés. Jean-Claude Gallotta répare cet impair en conjuguant ses deux passions. De Nirvana à Patti Smith, des Clash aux Rolling Stones, 12 interprètes vibrent au rythme de cette bande-son mythique. Ils livrent à travers My Rock un panthéon très intime de « la musique du Diable ». Christophe Delorme 10.10, Béthune, Théâtre municipal, 20h30, 16/14€, www.theatre-bethune.fr

© Pascal Gély

L’Avare L’Avare ? Tout le monde connaît… Mais L’Avare de Ludovic Lagarde ? Le directeur de la Comédie de Reims projette la satire de Molière dans notre société actuelle, dénonçant l’obsession du profit qui la brûle. Son Harpagon (Laurent Poitrenaux) est une sorte de patron moderne qui vire psychopathe. La pièce se déroule à l’arrière d’une maison bourgeoise où s’accumulent les richesses. Ce grand parano y tyrannise ses proches, armé d’un fusil, livrant une partition aussi drôle qu’effrayante. J.D. 06 & 07.10, Valenciennes, Le Phénix, 20h, 22>9€, www.lephenix.fr 09>17.10, Lille, Théâtre du Nord, mar, mer, ven : 20h // sam & jeu : 19h // dim : 16h, 27>7€, www.theatredunord.fr


120 théâtre & danse

© Michel Petit

AH/HA Cinq corps se rencontrent dans un lieu sans nom. Ce rassemblement leur donne une force insoupçonnée. Ils se retrouvent dans une des expressions les plus intenses de l’homme : le rire. Ils libèrent alors une palette d’expressions allant de la franche rigolade au grotesque monstrueux, « du sourire discret de Mona Lisa jusqu’au cri horrifique de Munch », confie Lisbeth Gruwez, ici sur scène pour la première fois avec plusieurs danseurs. 07>09.10, Bruxelles, KVS, 20h30, 17/13/9€, www.kvs.be // 13.10, Maasmechelen, CC Maasmechelen, 20h15… // 14 & 15.10, Louvain, Stuk, 20h30…// 17.10, Koksijde, Casino, 20h…

Tchéky Karyo - Jimi Hendrix (monologue électrique) « L’histoire de la vie est plus rapide qu’un clin d’œil ». Ainsi commence l’ultime poème laissé par Jimi Hendrix, mort en 1970 d’une overdose de somnifères, dans un hôtel londonien. Tchéky Karyo incarne les textes du dramaturge Zéno Bianu, qui imagine le dernier rêve du guitariste à partir de ces mots. Sur scène, la voix de l’acteur est amplifiée grâce à des effets sonores, comme une guitare électrique, pour une expérience théâtrale et musicale psychédélique. 24.10, Boulogne-sur-Mer, Carré Sam, 20h30, 8/6/5€, www.ville-boulogne-sur-mer.fr

22>24.10, Bruxelles, Wolubilis, 20h30, 37>24€, www.wolubilis.be // 17 & 18.11, Maubeuge, La Luna, 20h, 11/8€, www.lemanege.com // 26 & 27.04.2016, Valenciennes, Le Phénix, 19h, 22>9€, www.lephenix.fr

© Laurent Philippe

Pixel Familier des créations hybrides, Mourad Merzouki pousse la recherche encore plus loin dans Pixel, s’offrant les services d’un duo spécialisé dans les arts numériques. Projetées sur un voile transparent ou sur scène, des vidéos entament un dialogue virtuose avec 11 interprètes venus du hip-hop ou de la contorsion. Poétique, ce ballet croise danse et mapping, et le public ne sait plus si les images sont enregistrées ou dirigées en temps réel. Envoûtant.


122 théâtre & danse

La Vénus à la fourrure

à rebrousse-poil Texte Marine Durand Photo Fabienne Rappeneau

Créée en 2010 à Broadway par David Ives et mise en scène ici par Jérémie Lippmann, La Vénus à la fourrure arrive en Belgique auréolée de deux Molières (meilleure pièce et meilleure comédienne en 2015). Une tragi-comédie en forme de trompe-l’œil qui signe le retour magistral de Marie Gillain au théâtre. Lorsqu’elle déboule avec fracas par le fond de la salle, on croit à une erreur de casting. Talons vertigineux, lingerie provocante et vocabulaire de charretier, Marie Gillain surjoue la vulgarité pour se glisser dans la peau de l’apprentie comédienne Vanda Jordan. En retard, elle vient passer une audition pour La Vénus à la fourrure, adaptation du roman éponyme de Sacher-Masoch – qui n’est autre que le père du masochisme. D’abord réticent, le metteur en scène Thomas Novachek (Nicolas Briançon) se laisse peu à peu surprendre par les performances de la jeune écervelée en bourgeoise du xixe. Mais qui est Vanda, et que cherchet-elle vraiment ? On assiste à du théâtre dans du théâtre ! Habilement employée, la mise en abyme qui structure toute la pièce – popularisée par le film de Roman Polanski en 2013 – introduit un jeu de rôles troublant où se mêlent séduction et soumission, où le rapport dominant-dominé souhaité par le metteur en scène s’inverse progressivement. Usant d’effets scéniques (éclairs et fumée), Jérémie Lippmann offre à Marie Gillain, qui n’était pas remontée sur les planches depuis 13.10, Namur, Théâtre de Namur, 20h30, 56,50> 27,50€, www.theatredenamur.be // 12 ans, un rôle sur mesure. Fausse gourde 14.10, Huy, Centre culturel de l’arrondissement de Huy, Complet ! // mais actrice virtuose, la Belge se joue de 15>18.10, Bruxelles, Wolubilis, Complet ! son partenaire autant que du public.


124 théâtre & danse

Agenda

Les Toiles dans la Ville Le Prato

Oubliez tout ce que vous pensiez savoir des acrobates, clowns et autres funambules. Le cirque contemporain affiche mille visages. Un art en perpétuel mouvement que cette troisième édition des « Toiles dans la Ville » vous propose de découvrir en jonglant avec 80 représentations et une trentaine de compagnies. Allez hop, en piste ! Jusqu’au 02.12, métropole lilloise, eurorégion, divers horaires, 30€>gratuit, www.leprato.fr Boi © Sébastien Armengol

Paroles de fric

Xerse

Ray Cooney/ Stewart Vaughan & Martine Willequet

Guy Cassiers / Emmanuelle Haïm

Trouver n’est pas voler, d’accord, mais trouver de l’argent volé ? C’est très risqué... Georges l’apprendra à ses dépens. Un soir, cet expert-comptable rapporte chez lui une mallette remplie d’euros, échangée par mégarde avec la sienne dans le métro. L’employé modèle se retrouve poursuivi par des policiers, une amie (trop) intéressée, un tueur fâché… Entre gags et quiproquos, ce vaudeville déjanté n’a pas volé nos éclats de rire.

Xerse raconte en chants et en danses la route du roi de Perse pour conquérir Athènes. Mais sur son chemin, Xerxès 1er fera d’autres conquêtes, plus galantes… Cet opéra marque la rencontre entre Cavalli et Lully – c’est à dire des musiques italienne et française du xviie siècle – qui a accouché de la tragédie lyrique. Elle est aussi celle, aujourd’hui, du metteur en scène Guy Cassiers et de la chef d’orchestre Emmanuelle Haïm.

16.09>11.10, Bruxelles, Théâtre des Galeries, mar>sam : 20h15 // dim :15h, 25>10€, www.trg.be

02>10.10, Lille, Opéra, ven, mar, jeu, sam : 19h30 // dim : 16h, 69>5€, www.opera-lille.fr

Dans les rapides Maylis de Kerangal / Cascadeur

L’auteure multi-récompensée de Réparer les vivants et le chanteur casqué Victoire de la Musique 2015 conjuguent leurs talents pour une lecture-concert intimiste. Sur la musique de Cascadeur, Maylis de Kerangal redonne vie – et voix – à son roman Dans les rapides. L’histoire ? Au Havre, en 1978, trois ados reçoivent le rock de Blondie comme une grosse claque. Et nous aussi. 05.10, Lille, Théâtre du Nord, 20h, 20/10€, www.theatredunord.fr


Agenda

126 théâtre & danse

Hacia la alegria Olivier Py

Le directeur du festival d’Avignon adapte son roman Excelsior. Il narre la crise existentielle que traverse un architecte qui, malgré la réussite, est en proie au doute. Celui-ci se réveille au milieu de la nuit, puis dérive dans la rue, courant des quartiers chics jusqu’aux bas-fonds, se délestant de tout ce qui le constitue. Mais ce monologue interprété par Pedro Casablanc figure avant tout la course d’un homme... vers la joie (Hacia la alegría). 06>10.10, Bruxelles, Théâtre National, 20h15, sauf mer : 19h30, 20/16/11€, www.theatrenational.be

© DR

Il n’est pas encore minuit…

Micro Cr€dit

Cie XY

Maxime Le Gall / Pauline Jambet

La Compagnie XY transforme l’acrobatie en art chorégraphié. Cette œuvre virevoltante rassemble 22 voltigeurs qui multiplient les doubles saltos du haut de pyramides humaines. Ils se catapultent dans les airs à l’aide de planches sauteuses et dansent le Lindy Hop – dérivé du Charleston – avec une virtuosité époustouflante.

En écho à Mon fric, la dernière pièce de David Lescot et prochaine création de Cécile Backès, cette « petite forme à installer partout » interroge notre relation à l’argent. Au départ, elle se construit comme une conférence visant à nous libérer de notre poids d’Homo œconomicus. Mais le comédien seul en scène perd très vite le contrôle, assailli par les (gros) mots de dette, crédit, profit, etc., se démenant comme il peut dans les rouages de la machine capitaliste.

09>11.10, Dunkerque, Le Bateau Feu, ven : 20h // sam : 19h // dim : 16h, 8€ // 13 & 14.10, Maubeuge, La Luna, 20h, 11/8€ // 16>18.10, Calais, le Channel, ven : 20h // sam : 19h30 // dim : 17h, 10/5€

14>17.10, Comédie de Béthune, 20h, sauf sam : 18h, 20/6€ + autres dates : www.comediedebethune.org

La nuit transfigurée / Verklärte Nacht Anne Teresa de Keersmaeker / Cie Rosas

Une nuit, une femme avoue à son amant qu’elle est enceinte d’un autre qu’elle n’aime pas. Après une douloureuse hésitation, l’homme finit par accepter cette situation. Terriblement romantique, cette Nuit transfigurée composée en 1899 par Arnold Schoenberg à partir d’un poème de Richard Dehmel avait déjà été adaptée en 1995 par ATDK. Cette fois-ci, la chorégraphe épure son propos et se concentre sur la « théâtralité intrinsèque du duo ». Sur la force de l’amour. 15>18.10, Anvers, deSingel, 21h, sauf dim : 16h, 24>8€ // 21.10, Bruges, Concertgebouw, 20h, 22€ // 22.03.2016, Dunkerque, Le Bateau Feu… // 24>26.03.16, Gand, NTGent….

Tous les spectacles de l’Eurorégion sur www.lm-magazine.com


BD


129 littérature

Alcoolique Texte Julien Bourbiaux Photo Monsieur Toussaint Louverture

« Et si on se murgeait tous les week-ends ? ». À 15 ans, Jonathan A., double fictif de l’auteur, Jonathan Ames (romancier et créateur de la série Bored to Death) et Sal, son meilleur (petit ?) ami, découvrent le plaisir désinhibant de l’alcool et décident de s’y adonner régulièrement. De joyeuses cuites sans conséquences – avec le fantasme du jeune écrivain d’approcher les destinées de Kerouac ou d’Hemingway – se transforment bientôt en beuverie ininterrompue. Se réveiller à côté d’une naine excitée, déguster une saucisse avec Monica Lewinsky, expliquer une calvitie par un diagramme… l’antihéros fait rire mais renvoie à la dure réalité de la dépendance. La séparation, qu’elle soit amicale, amoureuse ou familiale, creuse les blessures de cet alcoolique sensible et touchant. Le désespoir est continuellement alimenté. La répétition du même dessine un cercle infernal oscillant entre autodestruction et instinct de survie. C’est glaçant de sincérité jusqu’à frôler le pathétique. Le graphisme en noir et blanc du cartooniste d’American Splendor, Dean Haspiel, renforce l’ambivalence du personnage – se détruire et se Jonathan Ames & Dean Haspiel, Alcoolique soigner. Sans parler de la magnifique couverture (Éditions Monsieur Toussaint Louverture) sérigraphiée et cabossée « pour rappeler que la 144 p.,22€ vie ne laisse personne indemne ».


130 littĂŠrature


132 littérature

BD

Le Piano Oriental Texte Thibaut Allemand Photo Casterman

Dans les sixties, lorsqu’Abdallah Kamanja parvient à créer un piano pouvant jouer des quarts de ton (soit le lien entre les musiques occidentales et orientales), le fabricant autrichien Hoffman est évidemment intéressé. Abdallah file donc à Vienne présenter son invention… Parallèlement, une jeune Libanaise s’installe aujourd’hui en France. Ces deux récits provoquent un effet Zeina Abirached, Le Piano Oriental de miroir et dessinent, chacun à leur manière, (Casterman) 232 p., 22€ une rencontre entre deux cultures (l’Europe, le Moyen-Orient). On a souvent comparé le trait de la Libanaise Z. Abirached à celui de l’Iranienne Marjane Satrapi. Effectivement, il y a une parenté. Mais ce lien est plutôt à chercher du côté de David B., auteur de la fresque L’Ascension du Haut Mal (1996-2003) qui les a influencées toutes les deux. Tout en (aplats de) noir et blanc, l’auteur de [Beyrouth] Catharsis (2006) donne ici à voir un petit théâtre d’ombres très calligraphique et poursuit son travail de mémoire, explorant un Liban disparu sans oublier notre époque.


134 littérature

à L’œuvre !

L’imagination au pouvoir !  Texte Sonia Abassi Photo © Bureau, Agence Primate © Claude Boisnard

à l’heure où la reconnaissance du burn-out en tant que maladie professionnelle suscite encore un débat fiévreux, la Générale d’Imaginaire et la maison Folie Wazemmes s’emparent de la thématique du travail et de ses petits (et gros) tracas, à travers leur nouveau festival : « à l’œuvre ! » «  Le travail lui-même est nuisible et funeste non seulement dans les conditions présentes, mais en général, dans la mesure où son but est le simple accroissement de la richesse ». Ainsi parlait Karl Marx dans ses Manuscrits de 1844. Sans aller jusque-là, « à l’œuvre ! » entame une critique subtile du capitalisme moderne, en le manipulant comme un « objet artistique », indique Bureau : 03.10, Lille, Stéphane Gornikowski, organisateur de l’événement. Théâtre Massenet, 19h15, 9/6/3€ // Fils unique d’une Proposant des spectacles à peine achevés – « c’est un famille nombreuse + Avant de disparaître (lecture éloge de la fragilité » – « à l’œuvre ! » amorce « un musicale) : 08.10, Lille, débat constructif » autour d’une thématique maintes fois maison Folie Wazemmes, 20h, 9>6,50€ // Devoir abordée, mais ici traitée avec originalité. Place à la littéde Classe : 11.10, Lille, maison Folie Wazemmes, rature, avec des lectures musicales, dont celle d’Avant 13h>20h, gratuit de disparaître de Sylvian Pattieu, où Sophie Boulanger et Louise Bronx (re)donnent voix aux licenciés de PSA d’Aulnay-sous-Bois. Du théâtre aussi, avec Devoir de Classe, de Louise Wailly, soit un exposé de lycéenne sur Marx – encore lui – en forme de « lutte des classes pour les nuls ». Citons enfin Fils unique d’une famille nombreuse, stand-up de Willy Claeyssens qui raconte son parcours du combattant pour trouver un travail et… le garder. Des débats, rencontres ou happenings ponctuent un festival militant. 03>17.10, Lille, Théâtre Massenet, maison Folie Wazemmes // Armentières, Le Vivat // Roubaix, Archives nationales du monde du travail // Tourcoing, l’Idéal, 9€>gratuit, divers horaires, programme complet : slam-lille.com, mfwazemmes-lille.fr


136 livres

Livre du mois

David Foster Wallace L’infinie comédie (L’Olivier )

Il aura fallu presque vingt ans pour que la grande œuvre de David Foster Wallace arrive en France. La faute autant à un manque d’intérêt de la part des éditeurs, à la tâche monumentale que représente la traduction d’un roman de presque 1500 pages, qu’à un concours de circonstances. Celui-là même qui aura empêché le Diable Vauvert, maison historique de l’auteur de Brefs entretiens avec des hommes hideux de publier cet opus. Pour l’initié, c’est donc l’arrivée du Graal. Le novice, lui, aura l’impression d’attaquer la montagne DFW par la face Nord. Ce pavé nous emmène dans une Amérique dystopique, où la société du spectacle est devenue religion. Mais une étrange vidéo – L’infinie comédie – menace de tout détruire… Au-delà du nombre de pages, c’est dans un labyrinthe que l’on s’enfonce, tout en bifurcations, digressions et montage alterné. Cette écriture à la fois savante et populaire, c’est encore l’auteur qui en parle le mieux lorsqu’évoquant le tennis, sa grande passion, il écrit que sa beauté « n’[est] pas du tout une question de réduction mais – ce qui est pervers – d’expansion, un papillotement aléatoire de croissance métastatique incontrôlée ». Telle est L’infinie comédie : une obsession, un cancer, une maladie qui fait vivre autant qu’elle tue. 1 486 p., 27,50€. Raphaël Nieuwjaer

C. Malavoy, Paul & Gaëtan Brizzi La Cavale du Dr Destouches (Futuropolis)

Le cinéma s’est cassé les dents sur Céline (Leone, Audiard, Godard…). Or, le neuvième art s’est déjà emparé de l’infréquentable, mais en biais : ainsi de Tardi illustrant le Voyage. La logorrhée du reclus de Meudon était-elle adaptable aux phylactères ? Oui. La preuve avec Christophe Malavoy qui scénarise une œuvre dessinée et coloriée par les frères Brizzi, venus du dessin animé. Soit l’adaptation des trois romans contant l’exil à Sigmaringen : D’un château l’autre (1957), Nord (1960) et Rigodon (1969). Expressif, jouant avec la caricature, le trait des deux frangins sied à merveille à ces trognes patibulaires et cette prose misanthrope et désenchantée. Quant à ce noir et blanc teinté de gris, il reflète parfaitement cette époque... 96p., 17€. Thibaut Allemand


JACQUES JOSSE

Gustavo Nielsen

Marco Pantani a débranché la prise

Le Cœur de Doli

La petite reine a souvent inspiré les écrivains (Albert Londres, Antoine Blondin…). La route, la douleur : de quoi irriguer une plume. Quoi de plus romanesque que ces coureurs à la fois héros et martyrs ? Surtout lorsqu’ils meurent, seuls, dans une chambre d’hôtel… Ce fut le cas de Marco Pantani (1970-2004). La vie du diable du peloton est narrée par Jacques Josse. Il ne s’agit pas d’une biographie, mais d’un portrait inspiré en mouvement permanent. En de courts chapitres aux phrases alertes, l’Italien est rendu à sa condition d’homme – hors du commun, certes. Le Rennais dépeint les efforts, les défaites et les (maigres) victoires de Pantani. Des victoires sur lui-même, surtout. Et puis cette solitude, toujours. 128p., 14€. Thibaut Allemand

À six ans, Victor, jeune garçon brillant, apprend qu’il est un clone de remplacement, à savoir une banque d’organes destinée à « sauver », le cas échéant, son frère vicieux et sadique Sergio... Sa vie, créée par manipulation génétique, ne représente donc qu’une doublure sacrificielle vouée à la fonction de serviteur. À 16 ans, sa rencontre avec une jeune poétesse nommée Dolores, travestit les rôles paramétrés dans le laboratoire du « reprogénéticien »… Gustavo Nielsen parvient ici à sonder le sentiment amoureux et ses ressorts naturels dans un contexte de programmation et de performance. Sommesnous capables d’exister dans Le Meilleur des Mondes ? Aldous Huxley plane audessus de ce roman d’anticipation aux allures de thriller. 260 p., 18€. J. Bourbiaux

(La Contre Allée)

(La dernière goutte)

Pierre-Frédéric Charpentier Rock The Casbah, Le son de The Clash (Le Mot & Le Reste)

D’après l’auteur, le but de cet ouvrage est « d’établir l’intégrale de l’œuvre enregistrée des Clash, de 1976 à 1985 ». Noble ambition et vaste programme. On s’attend à un travail d’entomologiste, façon Simon Goddard (auteur de deux livres hélas jamais traduits sur The Smiths et Morrissey). Rien de tout cela ici. Certes, le Français aligne cinq cents chansons. Mais qu’en dit-il ? Rien, ou presque. Des commentaires, souvent creux, s’amoncellent dans une immense liste redondante. Les spécialistes restent sur leur faim et les néophytes s’égarent, chaque titre possédant autant d’entrées que d’éditions (dix pour Should I Stay Or Should I Go ?). Modeste, Charpentier invoque sans cesse “les spécialistes” ou Internet. Autant surfer ou lire autre chose. 352p., 23€. Thibaut Allemand


138 le mot de la fin

Hugh Kretschmer –

Pauvre Ken. Mais que lui est-il arrivé ? Encore une de ces histoires loufoques comme les raconte Hugh Kretschmer dans ses assemblages de photos (voir notre portfolio). Apparemment, notre artiste américain aime beaucoup jouer à la poupée. Quelque part, n’aurait-il pas toujours 10 ans lui aussi ?


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Lm magazine 111 octobre 2015 france belgique  

LM magazine - Let'smotiv n°111, octobre 2015, 10 ans, cultures et tendances urbaines, Lille, Bruxelles

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