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n째110 / septembre 2015 / GRATUIT

nord & belgique Cultures et tendances urbaines


Sommaire

LM magazine n°110 - Septembre 2015

84

écrans

08

News

Les Secrets des Autres, Mémoires de Jeunesse, Orson Welles

14

Portrait Tim Hunkin Géo Trouvetou

46

événement

Rencontre avec Maylis de Kerangal & Cascadeur, The Apartments, Django Django, We Will Folk You, Crosby, Stills and Nash, Action Bronson, NAME, Poulpaphone, Shikoland… Sélection concerts

Renaissance, lille3000

20

Portfolio David Stewart

70

Disques 74

Littérature Le roman-photo

30

Faut-il ouvrir les frontières ? Catherine Wihtol de Wenden

Écouter les migrants

100

Exposition Xavier Lust, Design September, City Sonic, Foot Print… Agenda

114

Théâtre Rencontre avec PierreEmmanuel Barré, Les Tailleurs, Transe Express, Les Toiles dans la Ville, Née sous Giscard, Collectif Mensuel, Charleroi Danses… Agenda

Société

Veronika Boutinova

90

Musique

138

80

Livres

Le mot de la fin Water d’Alix Martinez

Fly Drive © Tim Hunkin / Landrover Cow © David Stewart / Maylis de Kerangal & Cascadeur © Philippe Breard / Pauline à Paris © Benoit Vidal - Flblb / Rambla de Rio © lille3000


LM magazine France & Belgique

28 rue François de Badts 59110 La Madeleine - F tél : +33 362 64 80 09 - fax : +33 3 62 64 80 07

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Direction de la publication / Rédaction en chef Nicolas Pattou nicolas.pattou@lastrolab.com

Direction artistique / Graphisme Cécile Fauré cecile.faure@lastrolab.com

Rédaction Julien Damien redaction@lm-magazine.com

Couverture David Stewart The Stewart offspring on dry stone wall www.davidstewwwart.com

Amélie Comby info@lm-magazine.com

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Administration Laurent Desplat laurent.desplat@lastrolab.com Réseaux sociaux Sophie Desplat Impression Imprimerie Ménard 31682 Labège Diffusion C*RED (France/Belgique) ; Zoom On Art (Bruxelles)

Ont collaboré à ce n° : Thibaut Allemand, Elisabeth Blanchet, Rémi Boiteux, Julien Bourbiaux, Mathieu Dauchy, Marine Durand, Nicolas Jucha, Aurore Krol, Thomas Lansoud-Soukate, Raphaël Nieuwjaer, David Stewart, Lina Tchalabi, Marie Tranchant, et plus si affinités.

LM magazine France & Belgique est édité par la Sarl L'astrolab* - info@lastrolab.com L'astrolab* Sarl au capital de 5 000 euros - RCS Lille 538 422 973 Dépôt légal à parution - ISSN : en cours L’éditeur décline toute responsabilité quant aux visuels, photos, libellé des annonces, fournis par ses annonceurs, omissions ou erreurs figurant dans cette publication. Tous droits d’auteur réservés pour tous pays. Toute reproduction, même partielle, par quelque procédé que ce soit, ainsi que l’enregistrement d’informations par système de traitement de données à des fins professionnelles, sont interdites et donnent lieu à des sanctions pénales. LM / Let'smotiv est imprimé sur du papier certifié PEFC. Cette certification assure la chaîne de traçabilité de l’origine du papier et garantit qu'il provient de forêts gérées durablement. Ne pas jeter sur la voie publique.

Papier issu de forêts gérées durablement


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© Helene Waldner

news

News

Le sens de la vie Un fusil à canon retourné pour suicidaires, une valise transparente pour nudistes, un lève-assiette pour finir sa soupe… Autant d’objets absurdes exposés au Nonseum (contraction de « nonsense » et de museum). Et non, ce temple du portnawak ne se trouve pas en Angleterre mais à Herrnbaumgarten, un village de vignerons situé en Autriche. Où l’on n’a pas besoin de forcer sur la bouteille pour se marrer. www.herrnbaumgarten.at

Chaise de cancre

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Envie de donner une touche « fond de la classe en 4e B » à votre intérieur ? Cette Graffiti chair est toute trouvée. Œuvre de l’artiste Rob Pruitt, cette chaise pliante est recouverte de gribouillages de personnages de cartoons, de héros de jeux vidéo, etc. Comptez plus de 800 e tout de même… Vous avez peut-être un petit cousin qui customiserait aussi bien votre mobilier ? exhibitiona.com


Studio Ill © Sebastien Michelini / Kevin Couliau

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Joli rebond Quitte à froisser nos amis américains, le plus beau terrain de basket du monde se trouve sans doute… à Paris. Niché entre deux immeubles à Pigalle, le playground Duperré, un temps menacé de fermeture, a subi un sacré lifting. Couleurs vives, design pour le moins singulier... Les créateurs d’Ill Studio ont bien bossé. De là à nous faire gagner les prochains JO… www.ill-studio.com

Dismaland

© Yui Mok/PA Wire via ZUMA Press

Quand Banksy s’attaque à Disney cela donne Dismaland. Un parc d’attractions lugubre (« dismal ») situé en bord de mer, près de sa ville natale de Bristol, et ouvert jusqu’au 27 septembre. Entre des œuvres d’artistes contemporains (dont Damien Hirst) on y découvre une Cendrillon qui s’est crashée en carrosse, poursuivie par des paparazzis, les enfants peuvent piloter un bateau où s’entassent des migrants, sans jamais atteindre le rivage… De l’art ou du cochon ? banksy.co.uk

Culture à deux vitesses Déjà pas folichons (26% inférieurs à ceux des autres métiers) les salaires des professionnels de la culture laissent de plus apparaître de conséquentes disparités entre les sexes. Selon une enquête publiée par le ministère de la Culture, les femmes toucheraient 19% de revenus en moins que leurs homologues masculins, pour une rétribution qui s’échelonne de 17 700 à 33 700 € par an. Des chiffres qu’on met volontiers en relief avec une autre étude, publiée en début d’année par le groupement des sociétés d’auteurs et de compositeurs, et qui révélait que la culture générait quelque 536 milliards d’euros par an en Europe !


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© Jakub Geltner

news

La photo du mo

is

Des caméras et des hommes

© Cité Nature

© Ballymore Groupe

Souriez, vous êtes filmés… enfin, surtout les poissons. Dans le cadre du festival « Sculpture by the Sea » qui vient de se dérouler au Danemark, Jakub Geltner a posé une douzaine de caméras sur un rocher situé dans l’océan. Avec cette installation – qui de loin ressemble à une nuée de mouettes – l’artiste tchèque livre sa critique d’une société encline à épier ses concitoyens. Vidéoprotection ou vidéosurveillance ? C’est vous qui voyez… www.geltner.cz

Chercher la petite bête Souvenez-vous, on vous mettait l’eau à la bouche dans notre édition d’octobre 2014. En marge de son expo Insectes ou Ravageurs ?, la Cité Nature d’Arras propose une petite dégustation… d’insectes (« cuits », nous précise-t-on). Durant cet « entomogoûter » ouvert aux enfants et aux adultes, on reçoit quelques conseils pour réaliser son propre élevage à la maison. Miam. 06.09, Arras, Cité Nature, 15h, 9/7€ (enfants)  + accès aux expositions et jardins + l’atelier et le goûter, www.citenature.com

Brasse flottée Ce projet fou de piscine en verre située à 40 mètres au-dessus du sol devrait voir le jour en 2018 dans le centre-ville de Londres. Cette « Sky Pool » relierait les toits de deux immeubles de luxe. Précisons que l’accès au fastueux « Embassy Garden » sera réservé aux résidents de ces appartements, qui se négocieront à partir de 845 000 e. Audacieux, certes, mais un brin exaspérant que de voir ces millionnaires nager dans les airs, non ? www.ballymoregroup.com


14 style

Attention, chien mĂŠchant ! Combien de temps oserez-vous laisser votre main dans cette cage ?


15 portrait

O

Tim Hunkin

Message in a machine Texte & Photo Elisabeth Blanchet Illustration Tim Hunkin

Les stations balnéaires anglaises sont connues pour leurs jetées (“pier”) aux allures de fêtes foraines, truffées de sucreries, fish and chips et souvenirs bas de gamme… Sans oublier les incontournables “arcades”, des salles remplies de jeux vidéo garantissant une montée d’adrénaline ! Dans le Suffolk, les machines délirantes de l’ingénieurinventeur-artiste Tim Hunkin créent autrement la sensation. Elles font de la jetée de Southwold une expérience hilarante sur fond de critique de notre société de consommation. Rencontre azimutée.


Autofrisk vous tripote de haut en bas… De quoi vous faire rougir !

“T

he Under The Pier Show”, comme son nom ne l’indique pas, est bien ancré sur les planches du “pier”. Ici, on trouve une flopée d’automates plus étranges les uns que les autres, tous œuvres de Tim Hunkin. D’où viennentils ? « Quand la jetée de Southwold a été rénovée il y a une dizaine d’années, la mairie cherchait des machines et moi, j’en avais récupérées d’un lieu qui avait fermé à Londres, ça arrangeait tout le monde », confie-t-il. Ce sexagénaire, ingénieur de formation, a toujours aimé bricoler... et amuser la galerie. « Depuis tout petit je construis des machines pour amuser les gens. Un demi-siècle plus tard, c’est ce qui me plaît toujours le plus. La “Chiropodist” par exemple, est l’une des mes premières inventions. Il s’agit

« Depuis tout petit, je construis des machines pour amuser les gens  » d’une boîte à chaussures percée dans laquelle on glisse ses orteils. à l’intérieur, j’ai placé un petit moteur et des sortes de doigts vous chatouillent. Personne n’y résiste ! » Cogner du banquier — En bon Britannique, Tim Hunkin a un sens de l’humour décapant, palpable dans chacune de ses pièces. Le “Bathyscape”, par exemple, nous entraîne dans les abysses de Southwold. Assis dans un mini sous-marin, on plonge via un écran et quelques vraies >>>


Combien de coups sur la tête donnerez-vous à votre banquier en 30 secondes ?

Pieds chatouilleux s’abstenir !

The Under The Pier Show, des jeux d’arcade délirants, faits main. Ici un croquis de notre inventeur.


homme connaît bien le monde de la presse puisqu’il a été caricaturiste durant 15 ans pour les suppléments du week-end des plus grands canards britanniques. Sa vie nourrit aussi ses créations. « Je n’aime pas partir en vacances, alors j’ai créé le “Microbreak”, un simulateur qui permet de faire un minibreak au soleil pour une pièce de £1 : bus, plages, touristes, piscine et cancer de la peau en prime ». 

Maigrir vautré devant la télé ? Vous en rêviez ? Quick-fit l’a fait ! Ce canapé exécute les exercices d’aerobic dispensés par Jane Fonda à votre place.

gouttes d’eau. On découvre alors un univers rempli d’agents immobiliersrequins-mangeurs d’hommes qui ne font qu’une bouchée des petites cabanes de plage locales. Après avoir échappé aux dents de la mer, Tim nous propose un bon défouloir : « Cogner du banquier  ». Le jeu « Whack the banker » consiste à remettre à leur place à coups de gourdin les financiers qui sortent de leur trou. Sur la machine on lit : « Une opportunité unique de discipliner les banquiers sans scrupules ». Et on s’y donne à cœur joie… De la suite dans les idées — Derrière chaque attraction, il y a une idée. Tim les puise dans la vie de tous les jours ou dans les journaux. « J’aime quand les news prennent une dimension hystérique », avoue l’inventeur. Et notre

Art ou foire ? — La personnalité de ce Géo Trouvetou rend ses créations uniques, entres objets forains et œuvres d’art. De son côté, Tim ne se présente pas comme un artiste mais comme un inventeur excentrique. En moyenne, il lui faut entre trois et six mois pour construire une machine. Mais depuis son grand atelier de Southwold, il se lance un nouveau défi : ouvrir une arcade, Novelty Automation, en plein cœur de Londres. « Ce n’est qu’aujourd’hui, après toutes ces années à réaliser ces projets, que j’en vis et que j’ai pu ouvrir cette salle. Pour l’instant, nos réservations de jetons sur Internet viennent de fonctionnaires qui devraient être en train de travailler ! Cela me réjouit particulièrement ! ». En attendant, inventeur génial et artiste malgré lui, Tim navigue discrètement d’une machine à l’autre dans son arcade : ses clients sont morts de rire. C’est tout ce qui lui importe.  à visiter / à Southwold : www.underthepier.com à Londres : www.novelty-automation.com


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David Stewart So british Texte Julien Damien Photo Surf Birds


à visiter / www.davidstewwwart.com à lire / l’interview de David Stewart sur www.lm-magazine.com


En haut à gauche : Thrice Removed, Hugh and chicken in profile En bas à gauche : Curry’s Dog Face à droite : Thrice Removed, Sisters in scarfs eating pimlico chips


Teenage Pre-occupation, Summertime Mud


à gauche : Intension/Indecision, Prawn girl En haut à droite : Thrice Removed, Dead john dory and drop dead girl En bas à droite : Thrice Removed, Five Girls, four cartons, three cups


Fogeys, Six Feet Under

Irrésistibles, ces clichés de David Stewart. Encore faut-il un solide sens de l’ironie pour se bidonner devant ces vieillards coiffés de chapeaux extravagants assis au bord d’une tombe (on notera le titre du projet, lui-même décalé, Six Feet Under). Ce talentueux photographe ne serait-il pas anglais ? Gagné ! « Mon humour est très britannique », concède l’intéressé, qui trouve l’inspiration dans tout ce que peut lui offrir la perfide Albion : « Il n’y a rien de plus étrange que ce qu’on voit dans la vraie vie, surtout au Royaume-Uni ! ». à la fois « tendres et cruels », ces portraits ou situations ne sont toutefois jamais méchants vis-à-vis des sujets mis en boîte : « je me moque d’eux, mais je les aime. La preuve : cette ado de 14 ans qui brandit un poisson au bout d’un bâton, c’est ma fille ! » D’ailleurs les jeunes – au centre de sa série Teenage Pre-occupation – constituent une cible parfaite : « ils manquent de confiance en eux, sont indécis, accablés par la technologie et obsédés par ce que font


Fogeys, June in February

les autres… ». Des mises en scène loufoques, un style nonsense et une vocation que David Stewart doit un peu… aux Ramones et aux Clash. « Je ne les ai jamais rencontrés, je traînais simplement dans le public avec mon appareil, explique-t-il. à l’époque du punk, les groupes jouaient souvent sur de petites scènes. Ça me permettait de les photographier facilement. Je n’étais pas très doué, mais j’adorais le résultat, même s’il était mauvais. J’ai alors compris que je devais en faire mon métier. Cela a peut-être influencé mon style, quelque peu alternatif, comme cette musique ». Drôle, certes, David Stewart ne rigole toutefois pas avec la technique. Il travaille exclusivement avec des appareils argentiques, au grand angle : « Cela suppose une plus grande attention vis-à-vis du sujet, et vous oblige à suivre votre instinct ». En cela, il honnit le numérique « qui requiert moins de compétences et de réflexion. Les photographes qui se concentrent sur le traitement de l’image cachent souvent un manque de contenu… ». Et vlan !


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Catherine Wihtol de Wenden Faut-il ouvrir les frontières ? Propos recueillis par Nicolas Pattou Photo DR / Sciences Po / Aurore Krol

à rebours des discours toujours plus sécuritaires dans lesquels s’enlise l’Europe, et alors que les drames humains se multiplient en Méditerranée ou à Calais, Catherine Wihtol de Wenden fait partie des scientifiques qui proposent une autre solution à la « crise des migrants ». Laquelle ? Une ouverture globalisée des frontières aux Hommes. Peu ou pas relayée par les responsables politiques, cette idée est-elle utopiste ? Après tout, dans un monde où circulent les capitaux, les marchandises, pourquoi les individus ne se déplaceraient-ils pas librement ? Directrice de recherche au CNRS, docteur en science politique à Sciences Po, cette spécialiste des migrations internationales nous explique en quoi cette mesure serait bénéfique pour l’Humanité, et abat nombre d’idées reçues.


Qu’en est-il de la réalité des frontières à l’heure actuelle ? On compte de plus en plus de frontières, notamment depuis la disparition de l’URSS et l’apparition de nouveaux états. On en recense 193 dans le monde, c’est plus que du temps de la guerre froide... Ceci dit, des espaces de libre circulation ont émergé en Europe. On favorise aussi les déplacements de main-d’œuvre dans la communauté des états de l’Afrique de l’Ouest par exemple, dans les pays d’Amérique Latine (l’Unasur), entre l’Australie et la Nouvelle Zélande, etc. On observe donc un double mouvement... Oui. Tout dépend du statut du migrant. Dans le cas des migrations de proximité, on encourage la mobilité pour faciliter la circulation de fournitures et de main-d’œuvre. En revanche, les frontières se sont renforcées là où il y a des risques migratoires d’installation. C’est le cas autour de la Méditerranée, entre le Mexique et les états-Unis, le Bangladesh et l’Inde. Il y a des pays qui ont construit des murs, renforcé leur militarisation.

[ REpères ]

Migration légale et illégale Sont considérés comme des migrants « légaux » : - Ceux qui répondent aux normes de franchissement dans un espace régional au titre de la liberté de circulation, d’installation et de travail (ex : Union Européenne). - Ceux qui bénéficient de titres de séjour des pays d’accueil leur permettant de franchir légalement les frontières européennes et extra-européennes. - Les réfugiés statutaires : toute personne craignant à raison d’être persécutée dans son pays d’origine (Convention de Genève). - Les détenteurs de visas de long séjour (supérieur à trois mois) : regroupement familial, études, travail…

Qu’en est-il alors de l’immigra- - Les touristes, munis ou non de visas de court tion irrégulière ? (voir encadré) séjour, selon les pays dont ils sont originaires, qui n’ont pas la possibilité de travailler. Aujourd’hui, elle représente environ 5 millions de personnes en Europe. Ils étaient 11 millions aux états-Unis avant la régularisation de Barack Obama (désormais ce chiffre est de 3,5 millions). Certains n’ont pas de statut, comme les déplacés environnementaux (40 millions de personnes), les apatrides (13 millions). Il y a beaucoup de gens qui sont dans un no man’s land juridique au regard du franchissement des frontières. >>>


D’après les Nations-Unies, on compte 214 millions de migrants légaux sur la planète, environ 3% de la population mondiale. Comment peut-on apprécier ces chiffres ? On recense exactement 232 millions de migrants dans les derniers rapports. Il est vrai qu’on assiste à une explosion du nombre de réfugiés dans le monde (60 millions), de demandeurs d’asile, d’exilés politiques... Des gens qui circulent dans une semi-légalité, et donc une grande précarité. En même temps, au regard des 7 milliards d’individus dans le monde, ce n’est pas colossal. En remettant les choses en perspective, à la fin du xixe siècle, au moment de la révolution industrielle, 5% de la population était en situation de migration. Pour la plupart des Européens, à cause de la colonisation, du commerce, etc.

« La gestion militaire des flux migratoires ne dissuade personne, mais oblige les migrants à prendre plus de risques »

On ne vit donc pas une situation inédite... Non. Pas du tout. Auparavant, il était question de migrants en provenance du nord qui allaient vers le sud alors qu’aujourd’hui, on assiste à une migration du sud vers le nord. Donc les pays du nord sont inquiets. Aujourd’hui, la migration est beaucoup plus diversifiée.

Que pensez-vous de la course au renforcement des frontières ? C’est un immense gâchis humain et financier. De nombreux exilés sont prêts à réaliser des projets forts, ont des choses à apporter. Tout l’argent investi dans les barrages pourrait servir à l’insertion des nouveaux venus. La gestion militaire des flux migratoires est une erreur. Cela ne dissuade personne, mais oblige les migrants à prendre plus de risques. Est-il vrai qu’avant 1914, on pouvait parcourir le monde sans papier ? Oui. Les passeports ont été introduits très tardivement. Et les frontières étaient ouvertes pour la plupart des gens. Que se passerait-il si l’on ouvrait toutes les frontières ? Je propose d’abord de multiplier les espaces de libre circulation régionaux. Si l’on accordait à plus de monde le droit de séjourner légalement en tant que touriste, étudiant ou travailleur, on aurait moins de demandeurs d’asile. La désespérance qui conduit à se tourner vers des passeurs


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est liée à la limitation d’entrée sur notre territoire. On trouverait moins de morts aux portes de l’Europe si l’on ouvrait les frontières. Cela n’entraînerait donc pas une explosion des entrées en Europe ? Non. Malgré les inégalités Nord-Sud, peu de gens migrent finalement. Cela représente un coût énorme pour un individu. L’idée que tout le monde se précipiterait chez nous est fausse. La moitié des migrants africains se déplacent sur leur propre continent. Et des migrations de moins longue durée ? Si les frontières étaient ouvertes, les gens circuleraient mais ne s’installeraient pas forcément. Alors que si vous fermez tout, chacun s’affronte autour de la régularisation. Aujourd’hui, on connaît plutôt cette configuration. Quelle influence cette ouverture aurait-elle sur le marché du travail ? Cela développerait des quantités d’activités, avec une action positive sur l’emploi. Par exemple, cela faciliterait l’activité portuaire, le commerce, tout autour de la Méditerranée. Sans obligation de visa on pourrait faire ses courses à Marseille quand on habite Alger. En même temps, on assisterait à une tentation de flexibilité car les travailleurs en provenance du sud seraient moins exigeants.


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Une ouverture plus large des frontières aurait donc des effets positifs sur l’économie mondiale ? Bien sur que oui, de nombreux secteurs sont plombés par un manque de main-d’œuvre et de créativité. ll y a des tas d’emplois auxquels les Européens ne sont pas candidats. Si ces nouveaux arrivants travaillaient légalement ils paieraient des impôts et consommeraient plus. Tout le monde est économiquement perdant avec des frilosités sécuritaires... N’y a-t-il tout de même pas quelques craintes légitimes ? En tout cas, pas sur le plan de la sécurité. Les terroristes prennent rarement le risque de débarquer sans papiers. Vous noterez que la plupart d’entre eux sont nés dans le pays où ils commettent des attentats. à lire / Faut-il ouvrir les frontières ?, Catherine Wihtol de Wenden, Presses de Sciences Po, 2014, 100 p., 15€

Pourquoi votre discours n’est-il donc pas plus relayé ? Pourquoi les hommes politiques ne s’en emparent-ils pas ? Le droit d’émigrer, Catherine Wihtol Parce que l’extrême droite est très puissante de Wenden, CNRS Editions, 2013, 58 p., 4€ dans les pays européens. Chacun se positionne en fonction de ces partis xénophobes. Les responsables politiques cherchent à gagner des voix en jouant sur les craintes. Même en expliquant qu’une marche en avant sécuritaire ne fonctionne pas ? De nombreux chercheurs, la plupart de mes collègues et des organisations internationales, tiennent le même discours que moi, mais nous ne sommes pas entendus. Il faudrait que les pays soient complètement ruinés pour envisager autre chose que la sécurité aux frontières. On nous rabâche qu’il faut se protéger, on se dispute à propos de quotas... les gens sont protectionnistes. Ne sentez-vous tout de même pas un sentiment d’empathie depuis le début de l’année ? Bien sûr, mais je ne sais pas combien de morts il faudra trouver à nos portes avant que l’opinion publique change vraiment d’avis. Les gens sont très indifférents dans l’ensemble.


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O Veronika Boutinova

écouter les migrants Texte & Photo Aurore Krol


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Les migrants de Calais font rarement l’objet d’une couverture autre que sensationnelle. Derrière ce drame humanitaire qui se joue à 100 km de Lille, il y a pourtant une histoire au jour le jour dont il faut garder trace. Si un noyau dur de bénévoles s’active, certains s’engagent aussi comme témoins, afin de ne pas réduire ces hommes et ces femmes à un simple flux. C’est le cas de Veronika Boutinova. Cette auteure, metteur en scène et militante calaisienne écrit depuis 20 ans sur le sort des migrants.


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L

a dramaturge se souvient des premières familles kosovares arrivées en 1995 pour fuir la guerre. « Elles campaient dans le parc sur lequel donne ma maison. Certains tentaient de passer au dessus des grillages de l’Eurostar. Au début je me suis intéressée au problème par curiosité et pour aider. Ensuite ça m’a prise aux tripes, hantée, et cela a naturellement influencé mon écriture ». En rejoignant des groupes de bénévoles, elle apporte son soutien en distribuant des repas ou en enseignant les bases du français et de l’anglais aux enfants. Puis Veronika monte sa compagnie. Prônant un théâtre « dans ta gueule » (qui s’inspire du mouvement « In-Yer-Face », théorisé dans les années 1990 au Royaume-Uni à partir d’œuvres très crues comme celles de Sarah Kane) elle ne puise pas directement chez les Anglais mais reconnaît la même dynamique. « J’écris un théâtre grossier, sur la guerre, au ton uppercut, pour refléter le monde qui m’entoure. J’ai voulu rendre hommage au mouvement en appelant ma compagnie « Dans ta face », bien que ça fasse un peu potache ». Adepte de l’ « inside theatre », aussi bien par manque de

>>>


« On a voulu jouer pour

lieu que par souci de cohérence, sa troupe a régulièeux qui vivent dehors » rement répété et joué dans l’espace public. « On parlait des migrants alors on a voulu jouer pour eux qui vivent dehors. On s’est donc rendus sur des lieux de distribution de repas pour montrer des formes essentiellement visuelles ». La langue de « Babel » — Si Veronika a déjà une quinzaine de pièces à son actif, deux de ses textes sont désormais publiés. Parmi eux N.I.M.B.Y., titre acronyme renvoyant à l’expression « Not In My Backyard » (pas dans ma cour), qui ironise sur les propos a priori empathiques de citoyens désireux d’apporter des solutions, pourvu qu’elles se déploient loin de chez eux. Cette pièce acerbe en globish* met en scène un Calaisien sans scrupules louant ses toilettes à des migrants. Corps abimés et cynisme économique se mélangent, le propos étant aussi cru qu’esthétiquement travaillé. « Dis moi où tu chies, je te dirais qui tu es », résume la dramaturge. Mais cette provocation >>> *version simplifiée de l’anglais


41 portrait sociĂŠtĂŠ


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n’a rien de gratuit et s’accompagne d’une recherche sur le langage. « Je veux saisir le sabir, cette langue utilisée par ces étrangers de nationalités diverses qui se mettent à dialoguer. Pour se comprendre, on parle nubien-italien, français-anglais… Je m’amuse à transformer la structure de la phrase, à la démonter. Il s’en dégage une indéniable poésie. Et un texte troublant à interpréter pour un comédien, car cela déstabilise les réflexes grammaticaux. » Sensibilisation — Faisant de la sensibilisation son fer de lance, Veronika Boutinova est soutenue par le Conseil Régional du Nord-Pas de Calais pour monter des projets dans le cadre de la semaine de la solidarité internationale. à cette occasion, elle travaille avec le Lycée Coubertin de Calais. « Pour les lycéens, ça change tout d’écrire sur le sujet, de rencontrer des personnes de chair et d’os. Un Soudanais qui a un prénom et un âge, ce n’est plus un migrant, ce mot informe qui désigne une masse floue… » Le cinéma l’Alhambra est aussi un de ses partenaires privilégiés, organisant régulièrement rencontres et lectures pour expliquer au plus grand nombre la situation réelle dans les squats. Pour Veronika, cette démarche de médiation relève


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« Un Soudanais qui a

de l’urgence. « Les gens pensent connaître le sujet mais ils ne un prénom et un âge, ce savent pas la moitié des brutalités. La grande majorité ne n’est plus un migrant » veut pas en entendre trop parler, même s’il y a de l’empathie. Au début j’étais en colère contre les habitants, moins maintenant. Parce qu’on ne peut pas nier que la plupart d’entre eux subit aussi une très grande pauvreté ». Elle regrette néanmoins un certain confusionnisme, des indications erronées qui pullulent sur Internet, mais aussi des propos et des actes à la violence décomplexée. Afin d’accroître la visibilité de ses revendications, Veronika ne les limite pas aux frontières de sa ville. N.I.M.B.Y. a ainsi été lu au théâtre du Rond Point en 2010. « Les Parisiens tombaient des nues quand ils entendaient ce qui se passe à Calais. Le texte a aussi suscité énormément de questions en février dernier à Lille, lors de sa lecture au Prato. » Que souhaiter désormais à cette pièce ? « Qu’un metteur en scène s’en à Lire / N.I.M.B.Y et Dialogues avec un calendrier empare », sourit l’auteure… bulgare, Veronika Boutinova, éditions L’Espace d’un instant, 144 p., 15€.


Maylis de Kerangal & Cascadeur Au fil des mots

Propos recueillis par Julien Damien Photo Philippe Breard

Elle est une auteure reconnue, récompensée du prestigieux Médicis en 2010 (Naissance d’un pont) et de 10 prix littéraires pour Réparer les vivants (2014). Lui s’avance le visage dissimulé, trop émotif pour chanter autrement que derrière un casque, mais distille une pop éthérée magnifiée dans deux albums (The Human Octopus, Ghost Surfer). Maylis de Kerangal et Alexandre Longo, aka Cascadeur, se retrouvent autour d’une lecture-concert de Dans les rapides. Un roman qui met en scène trois adolescentes, au Havre, qui reçoivent un jour de 1978 la musique de Blondie et de Kate Bush comme une claque. Interview croisée avec deux talents singuliers.


47 rencontre

Comment est née cette lecture-concert ? Maylis de Kerangal : à l’occasion d’un festival littéraire, au Havre, Le Goût des Autres. L’an dernier, la programmatrice Rozenn Le Bris m’a offert une carte blanche. On a alors imaginé une lectureconcert de Dans les Rapides. Et on a pensé à Cascadeur. Ghost Surfer a été un album important pour moi, il entrait en résonnance avec Réparer les Vivants. Ce dernier roman s’ouvre sur une scène de surf. Un jeune homme meurt et on suit le parcours de son cœur qui sera transplanté… Alexandre Longo : C’est une rencontre étonnante, on a eu l’impression de se trouver, on a beaucoup de points communs. Lesquels ? AL : L’attachement à des lieux et à des personnages passés, le fait que Maylis revisite des tranches de vie. C’est ce que j’essaie d’atteindre avec ma musique. Mon travail est très inspiré par l’enfance et l’ado« L’écrivain devient lescence. Il y a aussi la thématique du surf, l’importance de la mer, de la chanteur et le musicien vague. On dit souvent que nos morprivé de sa voix ceaux sont « liquides »… Comment ce roman a-t-il été adapté ?

participe à l’écriture »

MdK : L’idée, c’était de produire quelque-chose qui ne serait ni l’illustration d’un texte par la musique, ni un habillage littéraire, mais une œuvre autonome. D’emblée, on s’est dit qu’on travaillerait à partir de Ghost Surfer plutôt que sur des reprises de Kate Bush ou de Blondie. On offre une traversée de ce livre, ponctuée par des chansons de Cascadeur... AL : On a extrait les voix de mes chansons, pour servir des morceaux instrumentaux embrassant d’autres thématiques. J’ai ensuite proposé des montages à Maylis. Cette sorte de jeu de rôles nous séduisait : l’écrivain qui devient chanteur et le musicien-chanteur >>> privé de sa voix participant à l’écriture.


48 rencontre

« Des phrases panoramiques, qui enflent et attrapent tout

Le roman est un portrait de la ville du Havre, il évoque aussi l’adolescence, l’amitié, le rock... Lequel de ces thèmes avez-vous retenu ?

comme des lassos »

MdK : On a exploré l’histoire d’amitié entre les trois filles, plus que la vie de Kate Bush et de Debbie Harry. On s’est concentrés sur le moment où elles entendent cette musique pour la première fois, ce qu’elle provoque en elles… AL : L’identification que décrit Maylis est très juste. On a tous imaginé des projections sur des morceaux qu’on écoutait dans notre chambre, en mimant les chanteurs ou les musiciens. Dans les rapides est un roman d’apprentissage à partir de la musique. Maylis, pourquoi adapter Dans les rapides, qui est un texte plutôt ancien (2007) ? MdK : Parce qu’il condense des motifs récurrents de mon travail : c’est d’abord une histoire sur l’adolescence, thème très présent dans mes livres. Ensuite, cette fiction se déroule au Havre, c’était donc l’occasion de rendre hommage à cette ville où j’ai vécu jusqu’à 18 ans. Et puis il y a tout ce travail sur le langage. Ces phrases panoramiques, qui enflent et attrapent tout comme des lassos… Dans les rapides marque la naissance de votre style ? MdK : Il est né dans le livre précédent, mais c’est ici qu’il s’affirme. On y retrouve de grandes descriptions, ce rapport à l’oralité, dans la manière dont ces trois filles se parlent, où les dialogues sont intégrés au corpus du texte... On passe du lyrique au prosaïque. Dans les rapides, c’est le moment où je commence à convoquer tous ces éléments. Pour toutes ces raisons, cela me plaisait que Cascadeur s’empare de ce texte. En quoi sa musique rejoint-elle votre écriture ? MdK : J’ai le sentiment qu’on a une vraie parenté, une manière de nous exprimer assez voisine : un lyrisme chahuté, un peu rock. Et puis j’aime la profondeur de sa musique et son aspect totalement aérien. Ses disques sont aussi des traversées, comme mes livres


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(où l’on doit transporter un cœur, construire un pont, etc.). Ce sont des lignes de fuites, des voyages étranges. Cette collaboration est-elle une première ? AL : Oui, et d’ailleurs ça me rassure d’échapper à une forme de « caste musicale », de ne pas m’enfermer dans une seule discipline. à lire / Dans les rapides, de Maylis de Kerangal, Ed. Folio, 128p., 5,80€

MdK : Oui, c’est une histoire totalement inattendue, et on l’a tellement aimée qu’on la poursuit ! Que vous apporte cette expérience ?

à écouter / Ghost Surfer, Cascadeur, Mercury / Universal Dans les rapides, avec Maylis de Kerangal et Cascadeur 05.10, Lille, Théâtre du Nord, 20h, 20/10€ - de 30 ans, www.theatredunord.fr

MdK : Le sens du travail collectif. Quand j’écris, je me retrouve seule face à une machine…. Là, tout d’un coup, on crée ensemble. Puis, la scène : c’est un drôle de truc. J’ai déjà livré des lectures publiques, mais là je danse sur les planches. C’est tout le corps qui est convoqué alors que, généralement, le corps de l’écrivain ne s’expose pas. C’est un moment intense pour moi.


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The Apartments L’histoire de la pop est jonchée de héros portés disparus et ressuscitant trop rarement. Peter Milton Walsh est l’un d’eux. Héritier de Leonard Cohen, cousin de Spain ou des Tindersticks, l’Australien publiait son premier 45 tours en 1979. Puis laissa filer six, huit, voire… dix-huit ans entre deux œuvres. La dernière en date, No Song, No Spell, No Madrigal (2015) est marquée par le deuil de son fils. Pourtant, l’écoute de cet album intimiste et chaleureux (ce piano, ces cuivres…) procure une incroyable sensation de réconfort. Pas sûr que The Apartments se produisent de sitôt en France – ou 22.09, Tourcoing, Le Grand Mix, 19h, 12/5€ (-18 ans)/gratuit abonnés, ailleurs. Concert évidemment immanwww.legrandmix.com quable, donc. Thibaut Allemand

© Anastasia Konstantelos

musique


DDED A E N N JEA Y T R A DØ I R E O H T M K M I E PRIC H YAEL NA T D N A EPICA D O F O L O W HE W LILLY T & NUIT R I A M C D S E O CALL O METZ S ISIZ M D A N S R M E H A NG FAT HIKO SHIKO U BIRDY N O Y S A S •

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Django Django

L’esprit de synthèse Texte Amélie Comby Photo DR

Faut-il encore introduire Django Django ? Les piqûres de rappel ne font jamais de mal. En pleine tournée européenne, les quatre Britanniques au look de premiers de la classe sont de passage à Lille. Si vous les avez ratés lors du dernier Pukkelpop, voici l’occasion de découvrir d’ingénieux laborantins. Ces Irlando-écossais agitent une multitude de tubes à essai – psyché, surf-music, pop anglaise et electro – avant d’obtenir un précipité sur-vitaminé. Un objet hédoniste qui s’explique par les débuts de DJ de David Maclean, dans les années 1990, et qui procure des effets immédiats. La tête pensante du groupe déclare d’ailleurs que « la musique provoque une réaction comme nulle autre forme d’art ». On 19.09, Lille, Le Splendid, 20h, est d’accord, en ce qui les concerne 26,40€, www.le-splendid.com // 11.12, Bruxelles, Ancienne Belgique, en tout cas. 19h, 26€, www.abconcerts.be


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We Will Folk You Cette 5e édition du festival des guitares en bois ne se cantonne pas, justement, aux guitares en bois. En témoignent le folk brésilien, habité par la saudade, de Dom La Nena, la violoncelliste Tallisker (quand on choisit un nom pareil, on aime le bon whisky) ou encore Moriarty, dont la chanteuse Rosemary Standley a enregistré l’an passé un disque avec… Dom La Nena. Le genre de coïncidence qui souligne la belle cohérence de la programmation, dont le sommet est assurément la présence de Neil Halstead : leader des légendaires Slowdive, le shoegazer range ses pédales d’effets pour livrer des chansons acoustiques, à l’os, pas loin d’un certain Nick Drake… Mieux : on assiste à ces sets intimistes sous le toit voûté des 4 Ecluses, confortablement installé dans de moelleux canapés, sous la lumière discrète de quelques lampes – on a rarement vu Prog : Moriarty + Enor Enora (24.09) // Dom La Nena + Tallisker + Ivory Lake (25.09) // Neil Halstead + Black Lilys meilleures conditions pour visi+ June Bug (26.09) ter les nombreux territoires du 24>26.09, Dunkerque, Les 4 Ecluses, 20h30, 9/6€, sauf sam : 20/17€, pass 3 soirs : 30/24€, www.4ecluses.com folk. Thibaut Allemand

Neil Halstead © Andy White

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That’s all folk(s) Crosby, Stills and Nash. À l’oreille, quelque chose cloche. Ne manquerait-il pas un “Young” ? Oui et non. Oui, car le quatuor a écrit quelques-unes des plus belles pages du folk rock américain. Non, car Neil Young n’a joué avec le trio que par intermittence. Quel spectacle ! Sans eux, pas de Teenage Fanclub. Ni de Thrills ou Fleet Foxes. L’influence de Crosby, Stills & Nash, l’un des premiers super-groupes de l’Histoire, demeure prégnante sur la pop moderne. À l’origine, en 1968, trois musiciens aux carrières déjà bien remplies passent la soirée chez Joni Mitchell. Il y a ici un ex-Byrds (David Crosby), un ex-Hollies (Graham Nash) et un ancien Buffalo Springfield (Stephen Stills, avec lequel jouait un certain... Neil Young). On boit, on chante, et l’on s’aperçoit que les voix se marient plutôt bien. Le trio ne le sait pas encore, mais il apportera un souffle nouveau au folk et au rock. S’inscrivant dans les pas des Byrds (forcément) et de Gram Parsons, la bande signera huit albums où se mêlent les influences country, rock et pop – Nash est anglais et The Hollies, des Beatles-bis. La suite ? Oh, des décennies de carrière en dents de scie, des parcours solo inégaux et des engueulades homériques – entretenues par des egos surdimensionnés et des terrils de cocaïne (ben oui, ça énerve). Aujourd’hui posés, vénérés par la jeune garde, les trois mousquetaires remettent le couvert. Les harmonies vocales n’ont (presque) pas bougé. À voir, histoire d’apercevoir un morceau 25.09 Bruxelles, Forest National, 20h, 99/69/59/49€, d’Histoire… Thibaut Allemand www.forest-national.be

© Eleanor Stills

Crosby, Stills and Nash


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Action Bronson

Diabète de scène New-Yorkais passé des fourneaux au micro en une glissade providentielle, Action Bronson est un personnage rabelaisien. Décrivons par le menu l’histoire d’Arian Asllani, sa barbe rousse, son penchant pour la nourriture et, surtout, sa musique. Mr. Wonderful, avatar 2015 des nouvelles aventures d’Action Bronson (et titre de son premier album signé sur une major), part en tournée précédé de quelques productions au bon goût discutable (Bon Appétit, Bitch !). Et, surtout, par cette image de Gargantua reconverti dans le rap game après avoir régné en tant que Chef sur le classement TripAdvisor des restaurants du Queens. Un CV à reconsidérer après vision de la série « Fuck, That’s Delicious » réalisée pour Vice, dans laquelle on découvre un Mr Wonderful plus proche de l’anneau gastrique que du vrai cordon bleu. Mais quittons l’arrière-cuisine, la meilleure galette d’Action Bronson reste celle qu’il a livrée à Warner Music Group. Le conseiller d’orientation a bien bossé : le véritable talent d’Action Bronson se révèle avec un micro au bout des doigts (boudinés), flow bien calé, textes savamment épicés. C’est cette recette que suivra l’Américain lors d’une tournée principalement européenne cet automne. À rebours complet de la trap music qui paralyse une bonne partie du rap, Action Bronson opère sur des instrus furieusement funky. Mr. Wonderful n’est pas dénué de gras, mais il propose un rap jouissif, trait d’union entre Funkadelic et Ghostface Killah : le banquet d’un Vatel mélomane qui donne sacrément envie de voir le chef en action. Mathieu Dauchy

27.09, Bruxelles, Ancienne Belgique, 19h, 25€, www.abconcerts.be

© Alexander Richter

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événement

NAME

Culture beat Texte Thibaut Allemand & Julien Damien Photo Name 2014 © Maxime Chermat

Changement de décor. Après le Tripostal, la Condition Publique et un long bail dans les friches textiles de la Tossée, la 11e édition du NAME investit le MIN de Lomme. Le MIN ? Un marché d’intérêt national – ou « marché de gros » – où se fournissent les restaurateurs ou primeurs de la région en fruits et légumes frais. Autrement dit, le Rungis du Nord. Imaginez : deux scènes plantées au cœur du « carreau des producteurs », un lieu immense, tout en briques rouges, en métal et qui s’inscrit parfaitement dans la lignée des sites atypiques où se pose notre cher festival. « D’ordinaire, l’endroit n’est absolument pas accessible au public, et fonctionne à plein régime ! Au petit matin, les clubbers vont croiser les maraîchers qui partent bosser », prévient Sabine Duthoit. Pourquoi ce déménagement ? « Par souci de place ». La capacité d’accueil passe ainsi de  5 500 à 6 500 personnes par soir. « Même si le but, ce n’est pas de faire un gros machin », précise la porte-parole d’Art Point M, qui annonce une cuvée 2015 très techno. Entre Carl Craig, Marcel Dettmann ou le résident du Berghain Ben Klock, le NAME se met en mode « Détroit », en phase avec lille3000 (voir p. 93). >>> Alors, vous reprendrez bien un peu de BPM ?


© Maxime Chermat

Barnt

Marcel Dettmann

© Philistine DSGN

© Christian S

À 38 ans, Marcel Dettmann possède un label qui porte son nom – et quel nom ! À jamais associé au fameux Berghain (Berlin) dont il fut – comme Ben Klock – l’un des premiers résidents. Cette légende vivante, maniaque du vinyle, apprécie la techno dark, mentale, sombre et puissante, « keine chichi », quoi.

On pourrait s’épancher sur son album Magazine 13 (2014) conjuguant krautrock en apesanteur et techniques modernes. Ou encore son Back To Back avec Matias Aguayo aux dernières Trans Musicales de Rennes. Mais s’il fallait résumer Barnt en un track, ce serait Tunsten : un canon absolu de rythme minimal à la mélodie perchée, pas très loin du divin Bay Of Figs de Marc Houle.

Audion Si ces dernières années ont vu revenir en force une techno dure et abrasive (Marcel Dettmann, Helena Hauff, Minimum Syndicat, Torb – on en passe !), nos petits cœurs fragiles garderont toujours une place pour l’electro mélodique et mélancolique d’Audion – alias Matthew Dear pour sa maman. Et dire que l’auteur de ces mélopées synthétiques, fragiles et tournoyantes, est né dans le très, très viril Texas ! Étonnant, non ?

02 & 03.10, Lomme, M.I.N., 22h>06h, 1 jour : 29/21€, 2 jours : 49/41€, www.lenamefestival.com NAME by Night : Tale Of Us, Carl Craig, Audion, Marcel Dettmann, Mano Le Tough, Barnt, Vaal b2b Somne, Matthus Raman, You Man, Pixel Carré, Graphset (02.10) // Solomun, Ben Klock, Ellen Allien, Damian Lazarus, My Favorite Robot (live), Villanova (live), Locked Groove, APM001, Peo Watson, Fred Hush, Pixel Carré, Graphset (03.10) NAME by Day « spécial Détroit » : Andy Garcia, Brendan Gillen Aka BMG, Doug English (02.10) // Blaise Bandini, Pascal Hetzel, Keith Kemp, Sierra Sam & Pascal Hetzel, Alan Oldham aka DJT1000 (03.10) // Clémentine & Faraï, Fanfare techno (04.10) Lille, Gare Saint-Sauveur, ven : 18h>00h // sam : 16h>00h, dim : 12h>19h, gratuit Et aussi… 13.09, Barbecue électronique, Avesnelles, stade municipal, gratuit, www.avesnelles.fr


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Jain © Carcasse

musique

Poulpaphone

Airs marins Moult bêtes marines auraient pu inspirer le nom de ce festival. Mais le poulpe déployant ses tentacules reste le mieux adapté à l’événement boulonnais. à l’aube de l’automne, le Poulpaphone largue les amarres pour sa 11e édition dans une friche industrielle de Garromanche. Entre décors marins et jeux de lumière, ce site brut et froid se transforme le temps d’un week-end en un lieu bouillonnant. Pour Lisa Torres l’enjeu est « de mêler des têtes d’affiches internationales et des artistes émergents ». Ne cédant pas à la surenchère estivale, on soutient ici la découverte de groupes régionaux. « Nous misons plus que jamais sur l’éclectisme, proposant aussi bien du rock, de l’electro que du hip-hop », ajoute la programmatrice. Si Fakear, BRNS ou the Shoes promettent un live électrisant, à grand renfort de rythmes et percussions, le Poulpaphone nous invite à explorer d’autres fonds musicaux. On se laisse donc porter par le hip-hop jazz de Percepolis dont la poésie rappelle Oxmo Puccino ou par la voix soul de la (très) jeune Jain. Et pour les adeptes Prog : Alb, We are Match, I am un chien, JabberWocky, Izia, de lives plus tempétueux, cap Fakear (02.10) // Son Of Dave, Percepolis, Nicole Willis and The Soul Investigators, Jain, BRNS, The Shoes (03.10) sur I am un chien, où s’entre02 & 03.10, Boulogne-Sur-Mer, site du Garromanche, choquent electro et heavy metal. 20h30, 1 soir : 12€, pass 2 soirées : 20€, Bonne pêche ! Amélie Comby www.poulpaphone.com


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Hybris#3 : Shikoland Texte Thibaut Allemand Photo DR

Les soirées Hybris constituent l’une des marques de fabrique de L’Aéronef. En 2012, la structure imposante devenait méconnaissable à l’heure d’accueillir Secret Chiefs 3. L’idée ? « Une immersion totale dans un univers artistique grâce à des moyens exceptionnels en terme de décoration et de mise en scène ». L’an passé, c’est le catch qui était mis à l’honneur. Cette fois-ci, les clés sont confiées à Shiko Shiko, formation férue de rock déviant. Admirateur de Battles, Animal Collective ou Electric Electric, les Lillois publient un second LP et convient pour l’occasion quelques-uns de leurs amis – citons entre autres le noise de Cheyenne 40 ou encore le solitaire My Disco Jacket. Et à part les concerts ? Ah, c’est la surprise ! On vous enjoint 02.10, Lille, L’Aéronef, 18h30, 13/11€/gratuit abonnés, de venir – mais pas sûr que vous www.aeronef-spectacles.com en reveniez…


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Mac DeMarco

© DR

« Wouhou ! Mac DeMarco ! Top déconne ! » C’est en ces mots que certains – sans doute fans de Salut C’est Cool – considèrent le Canadien expatrié à NewYork. Il l’a bien cherché, aussi : ce songwriter ne se prend pas au sérieux, fait l’imbécile sur scène, tourne des vidéos débiles… Oui, mais lorsqu’il s’agit de dégainer des arpèges trempés dans la nonchalance et de saisir des mélodies tombées du ciel, on peut compter sur lui. Et ça, c’est vraiment cool. T.A. 14.09, Tourcoing, Le Grand Mix, 20h, Complet !

certs Csoén lection Sam 05.09 School Is Cool… Anvers, Trix, 19h, 5e Marc Houle & Marc Faenger Bruxelles, Fuse, 23h, 14/10/8e

Jeu 10.09 GZA Anvers, Trix, 19h30, 25e

Ven 11.09 Traumer Lille, Le Magazine, 23h, 10e

Sam 12.09 Joseph Capriati + Mano Le Tough Bruxelles, Fuse, 23h, 16/12/9e Para One Lille, Le Magazine, 23h, 10e

Dim 13.09 Jordi Savall & Rolf Lislevand… Gand, Sint-Baafskathedraal, 20h, 34/22e Sun Kil Moon Courtrai, De Kreun, 20h, 21/18/15e

Jeu 17.09 Jessica 93 + Terror Terror… Charleroi, Rockerill, 21h, grat.

Ven 18.09 Leffingeleuren Festival : Starflam + Hookworms + Terakaft + Mocambo… Leffinge, De Zwerver, 19h, Pass 1 j. : 27/22e, Pass we : 60/50e Roman Flügel Lille, Le Magazine, 23h, 10e

Sam 19.09 Leffingeleuren Festival : Dans Dans + Blanck Mass… Leffinge, De Zwerver, 15h, Pass 1 j. : 27/22e, Pass we : 60/50e Orchestre national de Barbès Tourcoing, place Bourgogne, 17h, gratuit The Skints Bruxelles, VK*, 19h30, 15/12e

Dave Clarke's birthday night Bruxelles, Fuse, 23h, 15/12/9e

Dim 20.09 Leffingeleuren Festival : Dez Mona + The Deslondes + The Skints + Condor Gruppe My Baby + Motivo Loco + Manwhore + Black Jack + 9000 & Louis… Leffinge, De Zwerver, 15h, Pass 1 j. 27/22€, Pass we : 60/50€ Lefto B2B Gilles Peterson Bruxelles, Ancienne Belgique, 15h, 23e Michel Cloup Lille, La Péniche, 18h, 10/9e JC Satàn Bruxelles, VK*, 19h30, 15/12e Outfit Bruxelles, Botanique,Witloof Bar, 19h30, 14/11/8e

Mar 22.09

Barcella + Tony Melvil Oignies, Le Métaphone, 20h, 15>9e

The Apartments Tourcoing, Le Grand Mix, 19h, 12/5e/gratuit

Django Django Lille, Le Splendid, 20h, 26,40e

Quatuor Ebène, Stacey Kent Bruxelles, Bozar, 20h, 60>16e


Jeu 24.09 Crocodiles Bruxelles, Botanique/Rotonde, 20h, 16/13/10e Eriksson Delcroix + The Franklin Electric Lille, L'Aéronef, 20h, 15/7/5e Jim Murple Memorial Hazebrouck, Centre André Malraux, 20h, 10/7/6e Saint-Saëns - violoncelle et orgue Lille, Nouveau Siècle, 20h, 50>5e

Wim Mertens Ensemble Bruxelles, Ancienne Belgique/ Theater, 20h, 33e We Will Folk You #5 : Dom La Nena + Tallisker + Ivory Lake Dunkerque, Les 4 Ecluses, 20h30, 6e Talisco + For The Hackers Calais, Centre Culturel Gérard Philipe, 20h30, 15€ Skank Lab #5 : Lighti Ject + Mayd Hubb + Brain Damage Lille, L'Aéronef, 22h, 10/7/5e

Sam 26.09

We Will Folk You #5 : Moriarty + Enor Enora Dunkerque, Les 4 Ecluses, 20h30, 17e

The Neon Judgement Bruxelles, Ancienne Belgique, 19h, 28e

Mugwump + Lomepal + Glü… Charleroi, Rockerill, 21h, grat.

Christine and The Queens Lille, Le Zénith, 20h, 36,30e

Ven 25.09

Dee Dee Bridgewater… Amiens, Maison de la Culture, 20h30, 36>16e

Arno Hasselt, Cultuurcentrum, 20h, 32e BOB #5 - Festa Carioca ! Lomme, maison Folie Beaulieu, 20h, Gratuit Crosby, Stills & Nash Bruxelles, Forest National, 20h, 99>49e UFA Film Nights, with Jeff Mills DJ Set Berlin… Bruxelles, Bozar, 20h, 22h, 12e

We Will Folk You : Black Lilys + Neil Halstead + June Bug Dunkerque, Les 4 Ecluses, 20h30, 9/6e

Dim 27.09 Variations Goldberg / Dan Tepfer Villeneuve d’Ascq, Ferme d’en haut, 17h, 5/3€

Action Bronson Bruxelles, Ancienne Belgique, 19h, 25e

Lun 28.09 The Warlocks Roubaix, La Cave aux Poètes, 20h, 13/12e

Mer 30.09 Heymoonshaker … Roubaix, La Cave aux Poètes, 19h, 8/6e/gratuit

Jeu 01.10 Thibault Cauvin Marcq-en-Barœul, Théâtre de la Rianderie, 20h30, 15/13e Thylacine… Amiens, La Lune des Pirates, 20h30, 13/8e

Ven 02.10 Hybris #3 : Shikoland Lille, L'Aéronef, 18h30, 13/11e/Gratuit Tom McRae Bruxelles, Ancienne Belgique / Flex, 19h, 26e Major Lazer Bruxelles, Palais12, 20h, 34e

22.09, Bruxelles, Botanique, Witloof Bar, 19h30,14/11/8€,

www.botanique.be

www.lm-magazine.com

© Kent Andreasent

Petite Noir Repéré dès 2012, Yannick Ilunga, alias Petite Noir, publie enfin son premier LP (La Vie Est Belle/Life Is Beautiful, 2015). Ce temps lui a permis de se rôder sur scène. Entouré de musiciens britanniques, le SudAfricain, encensé par Solange Knowles ou Mos Def, déploie une œuvre où se mêlent influences africaines et new wave. Il appelle ça Noir Wave et s’en est fait le chantre. On doit bien l’avouer, on n’a pas encore tout à fait saisi le concept. Est-ce si important ? T.A.


La division et la joie

NEW ORDER, Music Complete (Mute/PIAS), sortie le 25.09 En concert / 06.11, Bruxelles, Ancienne Belgique, 19h, Complet !

Lorsqu'une formation aussi légendaire, intouchable que New Order signe un nouvel album, on observe toujours un moment de doute, de crainte. Appréhension éclipsée provisoirement avec Restless, single lâché en guise d'appât. Et totalement balayée après l'écoute de Music Complete.

En fait, New Order fait… du New Order. Depuis pas loin de 35 ans, les Mancuniens mêlent l'énergie du rock à la précision de l'électronique. Les émules sont innombrables. Les rivaux, peu nombreux. Cette science du mélange est à l’œuvre sur Singularity ou Plastic dont les beats implacables retourneront plus d'un dancefloor. Le tout rehaussé du chant nonchalant de Barney Sumner et des lignes de basse de… Tom Chapman, remplaçant honorable de Peter Hook (qui a claqué la porte en 2008). Si Music Complete ne rivalise pas avec Power, Corruption & Lies (1983) ou Technique (1989), il reste à la hauteur des albums tardifs de la formation. Comme sur Get Ready (2001), les invités se pressent au portillon : on passera sur la prestation inutile de Brandon Flowers (chanteur de The Killers) comme sur le talk-over enroué d'Iggy Pop (Stray Dog) pour saluer les performances de Elly Jackson, alias La Roux (le fabuleux Tutti Frutti et People On The High Line et ses claviers Madchester). Bien sûr, certain pesteront : New Order sans Peter Hook, est-ce encore New Order ? On ne les a pourtant guère entendus lorsque la claviériste fondatrice, Gillian Gilbert, était absente de Waiting For The Sirens' Call (2005). Thibaut Allemand

© Nick Wilson

Disque du mois


71 disques

Aline La Vie Électrique ([PIAS] Le Label)

Et dire que certains pisse-froid font encore rimer Aline et Indochine avant de se vautrer chez Foals ou Arcade Fire. C'est bien dommage. Or donc, Aline confie les manettes de son deuxième LP à Stephen Street (The Smiths, Morrissey, Blur, Peter Doherty, Graham Coxon …). Bref, il en connaît un rayon, question élégance britannique. Tant mieux : le sens du style d'Aline est bien à chercher outre-Manche. Outre le single chaloupé La Vie Électrique, le quintette offre une perle synth pop (Tristesse De La Balance), signe deux classiques instantanés (le très Daho Les Mains Vides, le smithien Chaque Jour Qui Passe) et s'aventure du côté du dub (Plus Noir Encore) avant de conclure avec Promis Juré Craché, soit Plastic Bertrand menant les Ramones. On n'a pas tout cité. Il faudrait parler du guitariste Arnaud Pilard, cet héritier de Johnny Marr. De la plume affûtée de Romain Guerret (Une Vie, hommage acide à Morrissey). De ces claviers, ces arpèges, ces accords, ces airs et ces arrangements. Des principes de la bande, aussi : mélodie, simplicité, honnêteté. Une bonne définition de l'indie pop – loin du vaste fourre-tout que l'étiquette recouvre aujourd'hui. Thibaut Allemand

Ultimate Painting Green Lanes (Trouble In Mind/Boogie Drugstore)

La rentrée ne doit pas nous faire oublier une chose : l’été n’est pas terminé. Pour conjuguer les langueurs ensoleillées avec la mélancolie du retour des pluies, la pop doucement acide d’Ultimate Painting s’impose. Sur leur deuxième opus, les anciens de Mazes et de Veronica Falls trouvent la formule parfaite et ne la lâchent plus. Dépassant rarement les trois minutes, ces 12 morceaux glissent comme dans un rêve de beatle-maniaque qui, avant une sieste au soleil, se serait envoyé Brighten the Corners de Pavement – et quelques piña coladas. Résultat : un sans-faute, d’où émergent l’irrésistible (I’ve got the) Sanctioned Blues ou l’obsédant Paying the Price. Et qui évoque autant Rubber Soul que le Velvet de Loaded. C’est dans les vieux seaux qu’on fait les meilleurs châteaux de sable. Rémi Boiteux


72 disques

Mansfield.Tya

Torb

Corpo Inferno

Night Session

(Vicious Circle/L’Autre Distribution)

On savait qu’on pouvait attendre beaucoup du duo de Nantaises Mansfield. TYA, sur la foi d’albums singuliers et des chansons sublimes, comme Wasting My Time dont, six ans plus tard, nous ne sommes pas encore revenus. à l’évidence, Corpo Inferno est le terrain où s’épanouissent les promesses, éclosent les ambitions les plus folles en bouquet ardent. On s’en inquièterait presque : du panache à la prétention il n’y a qu’un pas, avec lequel Julia et Carla jouent dangereusement. Et gagnent la plupart du temps, se nourrissant aux racines les plus profondes de la chanson (Gilbert de Clerc et autres miniatures au parfum médiéval ou baroque) comme aux procédés de production dancefloor (le tubesque BB). Le résultat est agaçant de brillance, et terriblement addictif. Rémi Boiteux

(Torb Trax)

Employés dans l'antre de Philippe Zdar, le Motorbass Studio, deux ingénieurs du son se découvrent une passion commune pour la techno : Underground Resistance, Francesco Farfa, Carl Craig, DJ Rolando… Agiles de leurs dix doigts, Julien Naudin et Fabien Courtois construisent également leurs machines – des modèles uniques situés dans la lignée d'autres canons bien connus : TB-303, TR-808, etc. Fruit d'une session nocturne (Night Session, donc), ce premier LP balaie le savoir-faire et l'inspiration de ces enfants des premières free parties : ravageur et hypnotique, ce voyage sonique mêle sons acid, basses rondes et synthés olympiens sans jamais sacrifier la puissance sur l'autel des BPM, instaurant une ambiance de rave éveillée. Indispensable. T. Allemand

De Lux Generation (Because/Warner Music)

Mis en orbite grâce à un EP mêlant les influences de LCD Soundsystem, Daft Punk et !!! (Scion AV Presents, 2013), De Lux confirmait tout le bien que l'on pensait de ce tandem avec Voyage (2014). Un an plus tard, le deuxième LP des Angelenos paie son tribut à Talking Heads : funk anguleux, disco dévoyé, voix haut-perchées, tout ici rappelle le travail de David Byrne – c'est flagrant sur Simba Simba Simba, un travail de moine copiste et défroqué. Or, une oreille attentive détecte, derrière la forme légère et hédoniste, un mal-être diffus, une psychose tranquille et quelques questions existentielles. Cette mélancolie rend la machine à danser plus humaine, pleine de fêlures. Bref, des mots bleus pour nos nuits blanches. Thibaut Allemand


Dominique A J e a n - C l a u d e

G a l l o t ta musique

Raphael Nach Irma

Les Chiche Capon

Arthur H

— Ciné concert — The Cameraman »

A n g e l i n Preljocaj

«

de

Bu s t e r Keaton

avec l’Orchestre National de Lille

Hubert-Félix

T h i é fa i n e

Les Innocents

Orange Blossom

Un Poyo Rojo

Eric Antoine

Stéphane

Guillon

humour

Stephan Eicher

U n d d i e a utomaten

Th é â t r e d e boulevard

Photo : Arthur H © Léonore Mercier Lic 1 - 1083804 / 1-1083806 / 3-1083805

ous ! Abonnez-v

danse

Hors service

Pa s f o l l e s les guêpes

Nelson

M a m è re

est un panda

Boulevard Victor Hugo F - 62400 Béthune 03 21 64 37 37 www.theatre-bethune.fr FNAC, Ticketnet et Digitick


74 littérature

Le roman-photo

Juste une mise au point Texte Julien Damien Photo Grégory Jarry dans Qui veut la peau des Ferchaux ?, J’aime lire max ! © Bayard Presse

Cantonné au rôle de tire-larmes dans des magazines peu recommandables, le roman-photo demeure un moyen d’expression sous-estimé. Ses possibilités artistiques sont pourtant immenses et n’ont jamais été défrichées. Ce que démontre Grégory Jarry, co-fondateur des éditions FLBLB (prononcez « fleubeuleub ») dans un manifeste qui dézingue les clichés.


Un Gars et un Gars, de Ype Driessen.

C’

est l’histoire d’un média tué dans l’œuf. Né après la Seconde Guerre mondiale « le roman-photo s’est vite fourvoyé dans les productions à l’eau de rose qui ont rencontré un succès foudroyant, explique Grégory Jarry. Et ce moyen d’expression a été réduit à cet emploi… ». En parallèle, il a aussi assouvi la demande de milliers de lecteurs en manque de « pipoles ». « à cette époque, on sortait des numéros avec des stars, car le cinéma était en plein boom ». Ses petites cases accueillirent une flopée de vedettes : Mireille Darc, Claudia Cardinale, Sophia Loren… Hélas, tout cela aboutit aux mêmes conséquences : associer le roman-photo à un sous-genre daté, voire ringard, repoussant les artistes, auteurs et photographes pour des décennies. Certes, il y a eu quelques tentatives. Citons Jean Teulé, qui reçut pour son reportage Gens de France, en 1989, le prix du meilleur album au festival d’Angoulême (« la seule fois où un roman-photo fut récompensé »), ou encore la revue Hara-Kiri, grâce à Gébé (Malheur à qui me dessinera des moustaches), le Pr Choron et Wolinski. Mais – excepté les éditions FLBLB, qui publient du roman-photo depuis 20 ans – ces exemples firent peu d’émules. Tout reste à faire — Dommage, car ce « cousin de la BD et du cinéma » est riche de possibilités. « Son histoire est très courte, et


76 littérature

artistiquement très pauvre. Il y a tout à inventer sur le fond et la forme ». Quelles sont ses spécificités ? « Il traduit bien le réel, mieux que la BD, ce qui crée une proximité avec le lecteur ». Rien n’empêche aussi de casser les codes, on peut imaginer de nouvelles façons de raconter une histoire, innover sur le plan de l’écriture et de l’iconographie. Ainsi, Pauline à Paris de Benoît Vidal, qui décrit via sa grand-mère l’épopée d’une bonne à Paris au début du xxe siècle, se situe entre le documentaire et le récit hugolien. à lire /

Do it yourself — Le roman-photo jouit d’un avantage de taille : il nécessite peu de moyens. Grégory Jarry le sait bien, lui qui Savoir pour qui voter est imporjoue régulièrement dans ses propres productant, de Grégory Jarry, éditions FLBLB, 96 p., 15€ tions (citons Savoir pour qui voter est imporPauline à Paris, de Benoît tant, tordant recueil de sketches politiques Vidal, éditions FLBLB, 144p., publié en 2007). « Bien-sûr, il faut du temps, 20€ de l’énergie, savoir écrire un scénario… mais Gens de France, Jean Teulé, la réalisation est simple. Elle ne requiert pas éd. Ego comme X, 256p., 38€ d’excellents acteurs, on peut se lancer avec des Retrouvez l’interview amis. Et je pense qu’il y a beaucoup d’auteurs de Grégory Jarry sur www.lm-magazine.com qui s’ignorent… ». Un côté « Do it yourself » qui à visiter / pourrait séduire les cinéastes : « un projet se www.flblb.com monte en quelques mois sans avoir à lécher le cul des chaînes de télévision ! (sic) », lancet-il dans son manifeste (Debout le Roman-Photo !), assurant avoir suscité l’intérêt, il y a quelques années, d’un Denis Podalydès en mal de producteurs… Bref, Grégory Jarry en est persuadé : « demain, une nouvelle maison créée par de plus jeunes, imposera le romanphoto comme moyen d’expression majeur de son temps ». Debout le Roman-Photo, de Grégory Jarry, éditions FLBLB, 16p., gratuit


Malheur à qui me Dessinera des Moustaches, de Gébé, Hara-Kiri.


78 littérature

Savoir pour qui Voter est Important, de Grégory Jarry.


80 livres

Livre du mois

Alexandre Friederich Fordetroit (Allia)

La décrépitude de Detroit, ville-fantôme comme le veut le cliché, a inspiré romanciers, photographes ou cinéastes avec plus ou moins de bonheur. Ce texte serré, à l’intersection du roman et du reportage, est parmi ces approches l’une des plus singulières. Œuvre du Suisse Alexandre Friederich, auteur d’easyJet et d’Ogrorog, philosophe à l’âme de cycliste et aux sympathies anarchisantes, Fordetroit commence très fort dans sa description de l’étrange quotidien de cette cité en friche. S’il peine à maintenir cette fulgurance de style, Friederich ménage dans son enquête de multiples passages puissamment évocateurs. Il y côtoie des individus qui se tiennent, sans le savoir, au bord de la fin du monde. Cette sensation aboutit à un livre à la fois élégiaque et prophétique, pourtant toujours modeste dans ses effets. Car Friederich ne joue pas au grand écrivain américain, et assume son regard d’étranger. « Tu n’as rien vu à Detroit » pourrait presque en être le leitmotiv… Mais, entre aventure quotidienne (planter ses légumes, garer son vélo) et chronique d’apocalypse (des envolées terribles et sublimes), on a, en même pas 150 pages, lu beaucoup dans Fordetroit. 128 p., 6,50€. Rémi Boiteux

James McBride L’oiseau du bon Dieu (Gallmeister)

Quel vent soufflait sur les États-Unis quelques années avant la guerre de Sécession ? L’histoire d’Henry Shackleford, esclave noir de 12 ans, nous permet d’en saisir l’effluve. John Brown, abolitionniste sanguinaire et adorateur de la Bible, libère ce garçon qu’il prend pour une fille et le renomme « Henrietta ». Affublé d’une robe et d’un bonnet, Henry compose un rôle à la fois chétif et courageux, pétri de malice, parfait pour s’attirer les louanges du vieux John et sauver sa peau face aux esclavagistes. Des prairies du Kansas à l’arsenal fédéral d’Harpers Ferry en Virginie, James McBride dresse dans cet ouvrage auréolé du National Book Award en 2013, un fascinant et burlesque portrait de l’illuminé Capitaine Brown dans son combat contre « l’institution diabolique ». 448 p., 24,80€. Julien Bourbiaux


82 livres

Simon Liberati

Sorj Chalandon

Eva (Stock)

En 2011, Eva Ionesco racontait sur grand écran (My Little Princess) son enfance hors norme, modèle pour les photos érotiques de sa mère dès l’âge de 5 ans devenue égérie extravagante des nuits parisiennes. La « petite fée » ressurgit sous la plume de son époux Simon Liberati dans cet « éloge » mêlant souvenirs d’adolescence – les deux jeunes gens partagèrent un temps la même bande d’amis – et récit d’une passion tardive. De biographie romancée, Eva se mue en journal d’écrivain, l’auteur se perdant parfois dans l’accumulation de références littéraires. Revers de bâton : le lecteur reste souvent étranger à cette entreprise autocentrée. Subsiste le destin tragique et inoubliable d’une femme-enfant pervertie trop jeune par le monde adulte. 188 p., 19,50€. Marine Durand

Profession du père (Grasset)

Profession du père rapporte les souvenirs d’un fils. De sa jeunesse sous l’emprise d’un mythomane, tour à tour médecin, agent secret pour le compte de l’OAS ou ceinture noire de judo. D’un homme fou et violent, qui réduit en miettes l’existence de son épouse, la rendant incapable de protéger son enfant. « Il y a un peu de mon père dans chacun de mes livres », expliquait Sorj Chalandon pour présenter son septième roman. Il lui a pourtant fallu attendre le décès du paternel pour livrer un récit aussi intime, exorcisant un douloureux passé à travers la figure du jeune Emile Choulans. Usant des phrases lapidaires et percutantes qui ont fait sa renommée de journaliste, Chalandon emporte son lecteur aux confins de la noirceur. Jusqu’aux dernières lignes, impitoyables. 320 p. 19€. Marine Durand

Douglas Coupland La Pire. Personne. Au monde (Diable Vauvert)

Cameraman à la morale douteuse, Raymond Gunt est un loser aussi grossier que détestable. à court d’argent, il se fait embaucher par son ex-femme (devenue lesbienne) sur le tournage d’une télé-réalité de type « Survivor », en plein Pacifique. Assisté par Neal, SDF allumé et fan de The Cure, notre anti-héros se retrouve vite au cœur d’une série de catastrophes dont… une explosion nucléaire. Mais, malgré la fin du monde qui guette, chacun s’emploie à assurer la réalisation de l’émission. Dans cette farce monty-pythonienne trash, l’auteur de Génération X poursuit sa critique de la bêtise et du cynisme contemporains en nous délectant de sa science du dialogue. Une satire déjantée, un peu foutraque, outrancière… comme l’époque, en somme. 368 p., 20€. Julien Damien


84 écrans

Les secrets des autres

Journal de deuil Texte Raphaël Nieuwjaer Photo Ed Distribution

Un père, une mère, trois enfants. Leur vie semble faite de l’étoffe la plus ordinaire. Entre eux, pourtant, une douleur n’en finit pas de se réveiller : celle causée par la mort d’un bébé. Pour son deuxième film, Patrick Wang offre un drame subtil, toujours attentif à ses personnages.

I

n the Family, le premier film de Wang tourné en 2011, n’avait trouvé le chemin des salles françaises qu’en 2014. Bouclé en une poignée de semaines, ce drame de presque trois heures autour de la garde d’un enfant n’avait aussi connu qu’une distribution confidentielle aux états-Unis. Certainement le prix à payer lorsqu’on rompt avec la standardisation d’un certain cinéma indépendant. Depuis, cette œuvre s’est attirée les faveurs de la critique hexagonale et la bienveillance


du public. Les Secrets des Autres était donc attendu. Plus modeste en apparence, il confirme le style du cinéaste, notamment son goût pour les longues scènes de conversation, et les plans-séquences en intérieur. Mais le film présente aussi des expérimentations au niveau du récit. Puissance de la parole — Pour adapter le roman de Leah Hager Cohen, The Grief of Others, Wang a cherché des moyens de traduire au cinéma le surgissement du passé. Le flash-back prend alors des formes nouvelles : le plan s’interrompt, deux images s’entrechoquent dans de somptueuses surimpressions, l’histoire se retourne sur elle-même. Ces inventions n’entament pas le réalisme tant convoité par le metteur en scène. La narration diffractée accueille de longues prises et un jeu d’acteurs, tout en retenue. Comme dans In the family, la douleur s’estompe à mesure que la parole émerge. Ce n’est sans doute pas la moindre qualité de ce film que de faire en sorte que De Patrick Wang, avec Trevor St. John, Wendy Moniz, Jeremy Shinder, etc. chaque mot compte. En salle.


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Mémoires de jeunesse

Génération sacrifiée Brillante jeune femme en quête d’émancipation, Vera Brittain découvre l’amour et touche à son rêve d’intégrer l’université d’Oxford… Mais la Première Guerre mondiale éclate. Elle va vivre ce conflit dévastateur de l’arrière puis sur le front. Adapté des propres mémoires de cette pionnière du féminisme, ce film constitue un remarquable plaidoyer antimilitariste. Vera Brittain a tout pour être heureuse. Un frère, Edward, qui la comprend et la soutient, des parents conservateurs qui acceptent son inscription à Oxford, et un fiancé Roland Leighton (Kit Harington, Jon Snow dans Game of Thrones), ami d’Edward… Mais la guerre va tout balayer. Edward, Roland et leur ami Victor sont appelés au front, laissant derrière eux une jeune femme désemparée, poussée à s’approcher des combats en tant qu’infirmière volontaire. Réalisé par James Kent à partir de l’œuvre littéraire Testament of Youth, les mémoires de Vera Brittain, le film nous confronte à l’horreur, parfois au cœur des tranchées mais surtout en retrait, dans des hôpitaux de fortune. Alicia Vikander – vue dans Royal Affair – y incarne avec justesse une femme courageuse, éprise de liberté, mais impuissante face à la folie des hommes qui fauche ceux qui lui sont chers. Le contraste entre un début de film léger – la romance entre Vera et Roland – et une seconde partie nous plongeant dans les sombres heures de l’Histoire est saisissant. Mémoires de jeunesse raconte les sacrifices de ceux qui n’ont pas péri sur le champ de bataille, mais De James Kent, avec Alicia Vikander, Kit Harington, Taron Egerton, ont appris à vivre avec les fantômes de ceux Colin Morgan… Sortie le 23.09 qu’ils ont aimés jadis. Nicolas Jucha

© Mars Distribution

écrans


88

Orson Welles

Projections privées

Dossier Secret © 1954 Gray Film Sipirs S.A. / Euro London Films Ltd. / DR

écrans

DVD

Restés dans l’ombre de Citizen Kane, Mr. Arkadin, film noir aux accents baroques, et Autour du monde avec Orson Welles, série documentaire proche de l’essai, comptent pourtant parmi les œuvres les plus inventives du cinéaste américain. Une restauration qui ne suffit pas à gommer la qualité inégale des bandes d’origine, des bonus qui apportent leur flot d’informations parfois anecdotiques… Ce coffret présente surtout l’intérêt de porter notre attention sur une période mésestimée de la filmographie de Welles : celle de l’exil européen de l’icône hollywoodienne. Plus rythmé, plus enlevé et plus exubérant que Citizen Kane, dont il ne devait être qu’un succédané, Mr. Arkadin relate une enquête, à travers le continent, sur le passé trouble du milliardaire Arkadin, interprété par Welles lui-même. Cette investigation n’est en fait que le prétexte à une galerie de portraits plus pittoresques les uns que les autres. On se perd alors dans les méandres des mémoires autochtones comme dans une vision fantasmée des pays traversés. Autour du monde avec Orson Welles fait singulièrement écho à ce programme, car dans ce périple aux quatre coins de l’Europe, le maître n’entend pas offrir un visage réaliste des populations qu’il rencontre. La présence du réalisateur dans le champ, les séquences reconstituées en studio, le montage de dialogues fictifs prouvent qu’il ne filme pas l’Europe de son temps, il la fabule. Orson Welles fut un chantre du cosmopolitisme… Dossier secret (A.K.A. Mr. Peut-être l’ignorions-nous encore ! Arkadin) + Autour du monde Thomas Lansoud-Soukate

avec Orson Welles, Carlotta Films, Edition Collector, 20,06€ par film


90 événement

Renaissance

lille3000

Le monde de demain Dossier réalisé par Julien Damien Photo Les Métamorphoses, Francis Kurkdjian © DR

Artistique et festif, lille3000 pérennise « l’esprit de 2004 », année où Lille fut Capitale européenne de la culture. Après nous avoir couverts de « Bombaysers », fait visiter l’« Europe XXL » et les méandres du « Fantastic », cette biennale nous invite à « renaître ». Le terme renvoie bien sûr à la Renaissance italienne, période charnière de l’Histoire qui nous fit sortir du Moyen âge pour aborder une ère de progrès. Connaissons-nous actuellement une révolution du même ordre ? Nouvelles façons de communiquer, de concevoir l’économie, le rapport à la nature… Notre société est indéniablement en train de changer, charriant son lot de crispations. Face à la crise, et alors que la plupart des pays d’Europe semblent sombrer dans la dépression (surtout la France), cette manifestation nous enjoint de ne plus avoir peur du lendemain, et d’aborder le présent avec optimisme. Comment concrétiser cette idée ? En nous immergeant dans cinq grandes villes qui, chacune à leur manière, se sont renouvelées. Durant plus de trois mois, dans près de 80 communes de l’Eurométropole, l’art nous donne à voir de quoi demain sera fait. Et cela grâce à moult propositions, plus participatives que simplement muséales, traversées par l’idée du « Do it yourself », grande tendance de ce nouveau monde qui s’ouvre à nous. 26.09>17.01.16, Lille & Eurométropole, nombreux événements gratuits, pour les événements payants : C’Art Renaissance Solo : 40€, C’Art Duo : 60€, C’Art Jeunes : 20€, Programme complet & tarifs : www.renaissance-lille.com


[ sommaire ] rio détroit Phnom Penh eindhoven séoul Tu dois changer ta vie JR - Unframed 4 questions à Didier Fusillier


92 événement

Rio ? Ses plages, le foot… et son carnaval, bien sûr ! Le plus grand du monde. Il constitue le centre de la parade d’ouverture de cette 4e édition de lille3000. « C’est le catalyseur de Renaissance », selon Caroline Parade, 26.09, Lille, David, directrice des arts visuels. Au programme : centre-ville, 19h 2  000 musiciens ou danseurs (professionnels et Cariocas !, 26.09>17.01.2016, Lille, maison folie Wazemmes, amateurs), cinq chars, des centaines de Lillois mis à mer, jeu & dim : 14h >18h // ven & sam : 14h>19h, gratuit contribution, et une ville métamorphosée. Telle la rue Faidherbe qui se mue en « rambla », habillée de douze totems et d’éléments de décor du carnaval de Rio « qui sortent pour la première fois du territoire brésilien ». En plein boom économique, cette mégalopole doit communiquer son « énergie » durant trois mois au quartier de Wazemmes – dans la rue, ses cafés. Cela dit, la capitale de la samba reste une ville de contrastes – entre richesse et pauvreté – cristallisés à la maison Folie via l’exposition Cariocas !. «  Ce sont surtout les artistes de rue que l’on présente » prévient ainsi Didier Fusillier. Tel ce focus sur la favela Maré, l’un des lieux les plus dangereux au monde, ici photographié par ses jeunes habitants, des ados qui ont fabriqué leurs appareils avec les moyens du bord (comme des boîtes de conserve). Ils révèlent l’autre visage de Rio : celui de la battante.

rio

Dora Longo Bahia, Farsa - Manet (A execução de soldados do EIIL) < < < < < < < < < Photo © Gabi Carrera < < < < < < < < < < < < < < < < < < < < < < < < < < < < < < <


Motor City fut la première grande ville des USA déclarée en faillite. Et à vivre le chaos. Dépeuplement, maisons abandonnées, disparition des services publics... « C’est le rêve américain qui 26.09>17.01.2016, Lille, s’est effondré », selon Justine Weulersse, comGare Saint Sauveur, mer>dim : 12h>19h, gratuit missaire de l’exposition dédiée à « the D ». Mais, fidèle à sa devise érigée après l’incendie qui la ravagea en 1805 (« Nous espérons des temps meilleurs, elle renaîtra de ses cendres ») cette cité garde espoir. Sa force ? Ses habitants. « Nourriture, éclairage, culture… poussés par la nécessité, ils réinventent tout ! Ce sont des ingénieurs du futur ». Cette ville demeure par exemple la capitale des fermes urbaines. Une agriculture incitative dont les graines ont aussi germé dans le quartier Saint-Sauveur de Lille, qui a inauguré en avril son jardin partagé. L’histoire de Détroit est un cycle de déclins et de renaissances qu’illustre également le travail de Scott Hocking. Représentatif de la scène artistique de Motor City, ce plasticien crée des œuvres éphémères avec des matériaux qu’il trouve au milieu des ruines. à ne pas rater : l’installation monumentale qu’il érige dans les 4 000  m2 encore en friche de la Gare Saint Sauveur.

détroit

Scott Hocking < < < < < < < < < < < < < < < < < < < < < < < < < Sisyphus and the Voice of Space, 2010 © DR < < < < < < < < < < <

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94 événement

« Phnom Penh est le seul exemple contemporain d’une ville qui a été vidée de ses habitants, tués ou chassés par les Khmers rouges », rappelle Claire Baud-Berthier, coordinatrice artistique. De 1975 à 1979, jusqu’à la chute du 26.09>17.01.16, Lille, régime de Pol Pot, la capitale cambodgienne Musée de l’Hospice Comtesse,  fut « une ville fantôme ». Ce n’est que dans lun : 14h>18h // mer>dim : 10h>19h, 4/2€/gratuit les années 1990 qu’elle a pu renaître, via une urbanisation effrénée, voire anarchique, et parfois au mépris de la population. « Phnom Penh est donc très jeune, confirme Didier Fusillier. Elle a inventé une autre façon de vivre en Asie ». Et a vu émerger une nouvelle scène artistique, constituée de trois générations : les survivants du génocide, ceux qui sont nés juste après, et la dernière génération, « plus décomplexée », libérée de toutes influences mais attachée à sa culture. Qu’ils soient photographes, peintres ou sculpteurs, ce sont ces trois visions de l’identité cambodgienne que révèle l’Hospice Comtesse. Parmi eux Rithy Panh, réalisateur du film L’image manquante, qui exorcise le génocide avec des figurines en terre cuite. Il a accepté « pour la première et dernière fois », de sortir ces sculptures de son pays pour les exposer à Lille. « Elles repartiront ensuite au Cambodge, pour redevenir poussière ». Dans une émouvante allégorie de… la renaissance.

Phnom Penh

Per Brolund and Em Riem, The Nest – Ratan lounge chair < < < < < < < < < < < < < < < < < < < photo © DR < < < < < < < < < < < < < < < < < < < < < < < < < < < < < < < < < < < < < < < < <


Ancienne cité industrielle, Eindhoven a connu la désolation dans les années 1990. « Elle fut décimée après le déménagement de Philips, qui a 26.09>17.01.2016, Lille, entraîné la suppression de 38  000 maison Folie Moulins & Flow, mer& jeu : 14h>18h // ven : emplois », explique Didier Fusillier, 14h>20h // sam : 12h>20h, dim : 12h>18h, gratuit ex-directeur de lille3000. Sa renaissance est passée par l’innovation et la création, générant 45 000 jobs grâce au design et aux nouvelles technologies... « C’est une ville sidérante, extrêmement vive ! ». Et connue pour être un vivier de « makers », « des gens qui ne veulent plus passer par les réseaux commerciaux, les chaînes de production et qui, avec les moyens du bord, inventent », précise Justine Weulersse, coordinatrice artistique. Si des focus sur le design sont au programme (citons les textiles de Bart Hess, reproduisant les effets de la peau humaine) cette exposition présentée à la maison Folie Moulins est avant tout participative. « On veut montrer ce qui fait le succès d’Eindhoven : le Do it yourself ». Concrètement ? « Des moyens en libre accès pour permettre la création dans tous les domaines ». Le public pourra s’initier dans ce « fab lab » à la découpe laser, aux imprimantes 3D ou fraiseuses numériques, encadré par des makers lillois. Allez hop, on se retrousse les manches !

eindhoven

bart hess, Vous Avez Dit Bizarre ?, 2015, latex < < < < < < < < < < < Photo © DR < < < < < < < < < < < < < < < < < < < < < < < < < < < < < < < < <

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96 événement

Détruite au sortir de la Seconde Guerre mondiale, Séoul est devenue la troisième mégalopole la plus peuplée du monde. Un miracle économique et une mutation qui s’est opérée en quatre déSéoul, Vite, Vite ! 26.09>17.01.2016, Lille, cennies. à travers Séoul, Vite, Vite !, 25 artistes Tripostal, mer>dim 10h>19h, 8/4€ (+ Tu dois changer ta vie) coréens livrent leur vision – sans concession – de cette cité géante. « Un choc visuel », selon Caroline Carton, coordinatrice artistique de cette exposition dont le nom reprend une expression coréenne. Celle-ci traduit le dynamisme, mais aussi les doutes d’une société face à une modernisation trop rapide. Une énergie qui explose au visage du visiteur dès son entrée au Tripostal grâce aux œuvres pop de Choi Jeong Hwa. Conçues avec des objets récupérés à travers le monde, elles évoquent la mythologie et les marchés populaires locaux. Séoul est aussi un bouillon de technologie que restitue U-Ram Choe à travers 10 installations monumentales. Des « créatures mécaniques qui font coexister les machines et la vie », telle cette Light ball composée de 300 phares de voitures. La plasticienne Lee Bul investit quant à elle un espace de 200 m2 avec Civitas Solis II, « une pièce recouverte de miroirs ». Un paysage-installation qui reflète tous les contrastes d’une cité écartelée entre passé et futur.

séoul

Choi Jeong Hwa < < < < < < < < < < < < < < < < < < < < < < < < < < < < < < < < < < < < © DR < < < < < < < < < < < < < < < < < < < < < < < < < < < < < < < < < < < < < < < < < < <

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Capusla Mundi, Anna Citelli et Raoul Bretzel Rebirth, 2004 © Giacomo Bretzel

Tu dois changer ta vie

JR / Unframed, An immigrant family views the Statue of Liberty from the Ellis Island Immigration Station dock revu par JR, courtesy of National Park Service, Statue of Liberty National Monument, U.S.A., 2014

Inspirée de l’essai éponyme du philosophe Peter Sloterdijk, cette exposition participative a été conçue comme « un chemin initiatique » selon Caroline Carton. Le but est de plonger le visiteur dans un labyrinthe aux multiples entrées et de l’inviter à réfléchir (aux nouveaux modes de communication, au vivant, sur lui-même, etc.). Comment ? Grâce à des œuvres contemporaines (telle cette forêt de ballons de Martin Creed, qui sature l’espace), et des « exercices spirituels ou corporels » (sur la respiration, la méditation…). « Il s’agit de ressentir, de toucher… que chacun de nous ressorte avec l’impression d’avoir changé sa vie, et de se retrouver en tant qu’Homme ».

JR - Unframed Celui qui se définit comme « artiviste urbain » investit le sous-sol du Tripostal (ouvert pour la première fois) dans le cadre de Tu dois changer ta vie. Unframed (« sans cadre ») est un projet qu’il a mené sur Ellis Island, qui fut la porte d’entrée pour des millions de migrants arrivant à New-York, jusqu’en 1954. Composée de clichés d’archives – de grands photographes ou d’anonymes – cette installation soulève la question de l’immigration, plus que jamais d’actualité.

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© Maxime Dufour

événement

Interview

Didier Fusillier « Porter le flambeau » Fraîchement nommé à la présidence de la Villette, Didier Fusillier, le chef d’orchestre de lille3000, revient sur la genèse d’un projet dont l’objectif est aussi simple qu’audacieux : oser le rêve et l’optimisme. Pourquoi ce thème de la « Renaissance » ? C’est parti d’un sondage, en 2012, qui dévoilait que la France était le plus pessimiste de tous les pays développés et que 70% des Français pensaient que leurs enfants vivraient moins bien qu’eux… Avec Martine Aubry, on s’est dit qu’il fallait provoquer un sursaut. Montrer qu’on pouvait être un modèle pour les générations futures… Bref, porter le flambeau.

Y a-t-il aussi cette volonté de montrer, grâce l’art, que notre société change ? Oui. On vit certainement une époque charnière. Mais lille3000 n’est pas une biennale d’art. Nous n’avons pas cette prétention, ni cette envie. Nous souhaitons surtout confronter un large public à des chocs esthétiques, des visions nouvelles. Qu’entre copains, en famille, on imagine un monde différent pendant trois mois.

Comment incarner cet esprit ? En s’appuyant sur cinq villes qui ont toutes connu un choc à un moment donné de leur histoire. On a cherché à voir comment elles s’en tiraient – ou pas – et si elles inventaient de nouvelles façons de vivre.

Un message plutôt optimiste… On en a besoin, surtout dans le Nord ! Parce que là, ça devient lourd... Je crois qu’il faut qu’on se rende compte qu’on a une chance folle d’habiter en France. On a très envie que les gens se disent, en sortant de « Renaissance » : « la vache, vivre à Lille, c’est génial ! ».

©ESMOD

[ à suivre ] Textifood (Musée d’histoire naturelle, Lille) // La Joie de Vivre (Palais des beaux-arts, Lille) // Là où commence le jour (LaM, Villeneuve d’Ascq), Panorama 17 (Le Fresnoy, Tourcoing) // L’Usine des films amateurs de Michel Gondry (La Condition Publique, Roubaix) // Chagall, les sources de la musique (La Piscine, Roubaix) // Chagall, de la palette au métier (Muba, Tourcoing)…


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Xavier Lust

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O Expert en la matière

Texte Julien Damien Photo Portrait de Xavier Lust avec les chaises Oxo, Chair & barstools Family, Photo : © Kristalia

Ne pas mettre à l’honneur Xavier Lust à l’occasion des dix ans de Design September aurait constitué un crime de lèse-majesté. Le Botanique consacre donc une rétrospective à ce créateur bruxellois emblématique, qui se distingue par son approche très innovante du design.

« C’

est un orfèvre de la matière », dit de lui Roel Rijssenbeek, le directeur artistique de Design September. Voilà qui résume assez bien le travail de Xavier Lust. Cet ancien élève de l’Institut SaintLuc s’est fait connaître à l’aube du millénaire avec une technique unique de déformation du métal, sans utilisation de moules. Sa façon de le plier engendre des formes harmonieuses, la matière semble se galber… naturellement. Un paradoxe étonnant, et un style épuré que l’on reconnaît au premier coup d’œil, par exemple dans cette Archiduchaise en aluminium, aux lignes fluides et sensuelles. « Cette méthode me permet de toucher l’intime vérité de la matière,

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Archiduchaise, 2007–2009, polished aluminum © DR


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exposition exposition

Oudjat, Console - siège d’entrée, Laiton patiné, Edition de 8 + 4, H 88 x 209 x 58 cm, Photo : © Karima Hajji

confie le quadragénaire. Le meuble n’est pas réalisé avec un moule, on ne force pas la matière à correspondre à un dessin, c’est donc elle qui décide de se plier et qui donne la forme finale à la pièce ». En d’autres termes, Xavier Lust ne crée pas d’objets, il les laisse… naître. « Chair » – « Ce mobilier révèle un certain équilibre, une sorte de « Ce qui m’amuse, c’est langage cellulaire, quelque-chose qui parle à notre chair ». Une inde repousser les limites novation esthétique qui offre une du possible » résistance décuplée, mais aussi de nouvelles possibilités fonctionnelles, tel ce meuble baptisé Oudjat, en laiton poli, parfaite fusion d’un siège et d’une console. Pour autant, Xavier Lust ne se cantonne pas au seul travail du métal. Pièces en schiste, travertin… ce designer multi-récompensé n’aime rien tant que l’expérimentation : « ce qui m’amuse, c’est de repousser les limites du possible ». Il multiplie ainsi les champs d’action : design industriel (il collabore avec de grandes marques italiennes), art-design (il crée pour des collectionneurs) et design urbain. Les Bruxellois lui doivent notamment les bancs du Mont des Arts, et verront pousser cet automne 2 700 abribus qu’il a signés. Bien en vue, Xavier Lust ne vise finalement rien d’autre que « l’essentiel », Xavier Lust - Design Stories dit-il, en donnant vie à « des objets 11.09>01.11, Bruxelles, Le Botanique, mer>dim : 12h>20h, 5,50/4,50/3,50$/ qui traversent le temps ». gratuit, botanique.be


Magic Box D44 Architecture © Anna Kanicka

Design September

Made in Belgium Inaccessible, le design ? Balivernes. Il est partout autour de nous ! Des vêtements que nous portons jusqu’aux bancs publics en passant par notre téléphone ou notre fourchette. Quelles sont les tendances, les influences ? à Bruxelles, durant un mois, on peut rencontrer des créateurs dans l’intimité de leur atelier, et percer quelques secrets de fabrication. « Ce n’est pas une foire, mais une plateforme qui permet toutes les rencontres », insiste le directeur artistique, Roel Rijssenbeek. Ici, on cherche à réunir les designers belges et internationaux, confirmés ou émergents, et surtout à « effacer les barrières entre ces créateurs et le public ». Expositions, conférences, visites d’ateliers… plus de 100 événements sont au programme de ce festival qui s’adresse aussi bien aux connaisseurs qu’aux néophytes. à l’occasion de son 10e anniversaire, Design September pousse encore plus loin le rapprochement en proposant un parcours « Art&Craft », soit une immersion dans des lieux habituellement clos – comme l’atelier de maroquinerie Niyona ou la maison d’édition belge de mobilier Cruso. Et puis, l’éternelle question : le design est-il un art ? En tout cas, il entre au musée. Parmi les grandes expositions de cette édition, citons ceux consacrés à Xavier Lust au Botanique (voir pages précédentes), à Matali Crasset à la Galerie de la Senne, ou à Muller Van Severen au Bozar. Pour Roel Rijssenbeek, c’est tout vu : « et si, à l’occasion de ce 10e anni01>30.09, Bruxelles, versaire, on imposait le design comme programme complet : www.designseptember.be le 10e art ? » Banco. Julien Damien


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Werner Moron, L’architecture de la chance, 2014 © Alain Janssens

exposition exposition

City Sonic # 13 Chanceux, ces Montois. Le programme de la capitale européenne de la culture leur en met déjà plein les yeux. Les voici conviés à « une dérive poétique et sonore », selon le directeur artistique de City Sonic, Philippe Franck. De la gare à la Grand’Place, des performances, ateliers ou créations in situ font vibrer la cité du Doudou aux rythmes d’étranges sons. Tel Jason Van Gulick, qui offre un nouveau relief à l’Eglise Sainte-Elisabeth en mettant à l’épreuve son acoustique grâce à des métronomes. Au Carré des Arts, le Britannique Janek Schaefer nous démontre que le silence, qu’il a enregistré dans des intérieurs vides du monde entier, est lui aussi… un bruit. Julien Damien 12>27.09, Mons, mar>dim : 12h>18h, parcours gratuit, citysonic.be

Kimi, 2015 © Eric Nehr

Eric Nehr Ces albinos photographiés en buste sur un fond monochrome sont originaires du Cameroun ou du Panama. Au-delà de la puissance expressive de ces clichés, de leur beauté, Eric Nehr donne à voir des individus marginalisés, souvent traqués et persécutés dans leur pays. En les plaçant ainsi dans la lumière, le portraitiste parisien révèle toute leur sensibilité et leur vérité d’Homme. J. D. 19.09>22.11, Douchy-les-Mines, Centre régional de la photographie, lun>ven : 13h>17h // sam & dim : 14h>18h, gratuit, www.centre-photographie-npdc.fr


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Foot Print

La mode en grandes pompes

à l’origine de Foot Print, il y a d’abord la spectaculaire collection de chaussures prêtée par Geert Bruloot et son associé Eddy Michiels, gérants de l’avant-gardiste boutique anversoise Coccodrillo. Parmi les quelque 600 pièces présentées, celles de Martin Margiela, Ann Demeulemeester ou Dries Van Noten tiennent le haut de l’affiche. Mais l’exposition est loin de se cantonner à la mode belge. « Nous souhaitions mettre à l’honneur les stylistes ayant marqué la création de chaussures aux xxe et xxie siècles », détaille Karen Van Godtsenhoven, conservatrice au MoMu. Dans une scénographie quasi surréaliste, un parcours de 22 salles dévoile des modèles emblématiques. Suspendus dans la pénombre, les escarpins révolutionnaires de Salvatore Ferragamo (le premier à étudier l’anatomie pour chausser les stars de talons confortables) et les créations de Roger Vivier, père des affolantes cuissardes portées par Bardot sur sa Harley-Davidson, côtoient le génie de la jeune génération. Réalisées pour le dernier défilé parisien d’Iris Van Herpen, les sculpturales bottines de Noritaka Tatehana, juchées sur une plateforme de cristal, prouvent que les créateurs actuels en Foot Print, la trace des chaussures dans la mode 03.09.15 >14.02.16, Anvers, MoMu, mar>dim : ont définitivement sous le pied. 10h>18h, 8/6/3€/ gratuit - 18 ans, www.momu.be Marine Durand

Jurgi Persoons, P/E 1997 © MoMu/ Frédéric Uyttenhove

Jean Paul Gaultier, Raf Simons, Dirk Bikkembergs, Cristóbal Balenciaga… De grands noms de la couture ? Assurément, mais aussi de vrais amoureux de la chaussure ! Objet de fantasme par excellence, permettant toutes les audaces, cette dernière s’élève au rang d’œuvre d’art à la faveur d’une exposition au MoMu.


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Agenda

théâtre exposition & danse

Daniel Buren Les œuvres de Daniel Buren sont conçues pour dialoguer avec l’environnement qui les reçoit. Elles jouent sur les points de vue, les espaces, les couleurs, la lumière, le mouvement… Les Flèches, travail in situ et en mouvement : Musée d’Amiens 2015, nous fait ainsi découvrir un travail qui assume sa dimension décorative, et qui se caractérise notamment par l’utilisation de bandes d’une largeur immuable de très exactement 8,7 cm. Daniel Buren, « Défini, Fini, Infini, travaux in situ », Unité d¹habitation, Cité Radieuse, MAMO Audi talents awards, Marseille, 2014. Détail. © DB-ADAGP, Paris / © Fondation Le Corbusier-ADAGP, Paris

Amiens, jusqu’au 31.10, Musée de Picardie, mar, ven & sam : 10h>12h, 14h>18h // mer : 10h>18h // jeu : 10h>12h,14h>21h // dim : 14h>19h, 5,50/3,50€, www.amiens.fr/musees

Pascale Marthine Tayou Le plasticien belgo-camerounais poursuit avec Boomerang son travail satirique sur le consumérisme et le concept d’identité nationale. Pascale Marthine Tayou mêle objets trouvés, matériaux organiques ou industriels, pour créer des installations foisonnantes qui invitent à la réflexion. Tel cet enchevêtrement de tuyaux de pompes à essence, constituant une violente charge écologique. Bruxelles, jusqu’au 20.09, Bozar, mar>dim : 10h>18h, jeu : 10h>21h, 8/6€, www.bozar.be

Paysages de Belgique La mer du Nord, les vallées de la Meuse, mais aussi les usines, des paysages imaginaires ou complètement abstraits… Le musée d’Ixelles offre une vision inédite des contrées belges à travers une sélection originale de peintures, gravures, photographies, vidéos ou installations conçues de 1830 à nos jours. De Félicien Rops à René Magritte, ces artistes démontrent (s’il le fallait encore) que le plat pays ne manque décidément pas de relief. Bruxelles, jusqu’au 20.09, musée d’Ixelles, mar>dim : 9h30>17h, 8/5€/grat - 18 ans, www.museedixelles.be

(Photo)sensible Des mains crispées, des corps bizarrement courbés, des instruments qui font froid dans le dos… (Photo)sensible. Portraits Psychiatres Patients 1865 – 2015, montre l’évolution de notre regard sur les malades mentaux via les clichés des photographes depuis le xixe siècle. Entre tentative de diagnostic (quel est le visage de l’âme tourmentée ?) et, au fur et à mesure du temps, dénonciation de situations intolérables, ces images retracent une histoire singulière de la psychiatrie. Gand, jusqu’au 11.10, Musée Dr. Guislain, mar>ven : 9h>17h // sam & dim : 13h>17h, 8/6/3/1€/grat - 12 ans, museumdrguislain.be


Exposition

Du 18 septembre au 20 décembre

STAYING ALIGHT (La Cuisine graphique) Vernissage : 18.09 - 18h

Concert de jazz

27 septembre – 17h

VARIATIONS GOLDBERG Dan Tepfer

(Tourcoing Jazz Tour)

Installation extérieure

Du 3 octobre au 20 décembre

ÉCLOSION FLORAFERRIQUE (Le Fer à coudre)

Théâtre

4 octobre – 17h

EN FER ET EN OS (La Langue pendue)

Concert pop mélancolique

28 octobre – 21h

JAY JAY JOHANSON + IVORY LAKE 268 rue Jules-Guesde La Ferme d'en Haut à Villeneuve d'Ascq

Fabrique Culturelle

59650 Villeneuve d’Ascq Tél : 03 20 61 01 46

facebook.com/fermedenhaut.vda www.villeneuvedascq.fr/feh


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Agenda

Fred Biesmans « Choobaland » Principalement conçues en terre cuite, les sculptures miniatures – ou « choobas » – de l’artiste belge Fred Biesmans offrent au regard des décors, machines ou situations inspirés de l’univers SF. Avec un infini sens du détail, ce tailleur de pierre de formation imagine des scènes, des villages entiers ou des bivouacs, dans un futur qu’on devine hostile pour les humains, entre Mad Max et La Guerre des étoiles.

Vue de l’exposition Fred Biesmans. Choobaland MAC’s,Grand-Hornu © Ph. De Gobert

Hornu, jusqu’au 04.10, MAC’s, mar>dim : 10h>18h, 8/5/2/1,25€/ gratuit - 6 ans, http://www.mac-s.be

D’Or et d’Ivoire

Atopolis

L’exposition estivale du Louvre-Lens nous renvoie au xiie siècle, entre Paris et l’actuelle Toscane. Durant cette courte mais intense période se déroulèrent là-bas des échanges artistiques qui ont favorisé l’éclosion d’un art nouveau, annonçant rien de moins que la Renaissance. Statuaire monumentale, peintures à fond d’or, émaux et ivoires… Plus de 125 œuvres issues d’une vingtaine de musées européens témoignent de cette spectaculaire mutation.

Atopolis ? Littéralement, « la ville idéale ». Une cité qui n’existe pas, donc, et où toutes les cultures cohabiteraient en harmonie. Peinture, sculpture, photo... 23 artistes issus de tous les continents ont carte blanche pour bâtir leur propre Atopolis, abordant les questions de l’immigration ou du métissage. C’est par exemple Francis Alÿs qui filme des enfants s’enfonçant dans la mer, de chaque côté du Détroit de Gibraltar, pour se rejoindre métaphoriquement à l’horizon.

Lens, jusqu’au 28.09, Louvre, tous les jours sauf mardi, 10h>18h, 9/8€, www.louvrelens.fr

Mons, jusqu’au 18.10, Manège de Sury, mar>dim : 12h>18h, 8/5€, www.mons2015.eu

Panorama 17 Films, installations, sculptures digitales, etc. Ce rendez-vous annuel présente les travaux des étudiants du Fresnoy, soit les œuvres d’une cinquantaine d’artistes de toutes nationalités. Baptisée « Techniquement douce », titre emprunté à un projet de film avorté d’Antonioni, cette édition interroge les rapports entre le corps et la technique, et l’irruption des nouvelles technologies dans l’évolution biologique. Tourcoing, 19.09>13.12, Le Fresnoy, mer, jeu, dim : 14h>19h // ven, sam : 14h>20h, 4/3€, www.lefresnoy.net

Toutes les expositions de l’Eurorégion sur www.lm-magazine.com


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Pierre-Emmanuel Barré Est-il un sale con ?

Propos recueillis par Nicolas Pattou Photo Christophe Brachet

Dans la série des humoristes politiquement incorrects (au hasard : Gaspard Proust, Stéphane Guillon) on trouve désormais Pierre-Emmanuel Barré. En plein été, nous avons chatouillé cette plume caustique, histoire de tester ses limites. Comme nous le présumions, cela fait longtemps que notre homme ne se demande plus si l’on peut rire de tout. Mais réduire ce Breton de 31 ans à un « sale con » (c’est lui qui le dit !) serait trop simple. Présents sur tous les fronts (France Inter, Canal +), P-E Barré est d’abord passé par la scène dite « classique » avant de traiter le grave à la légère. En tout cas, sa technique pour le rejoindre en tournée reste imparable : « Venez (ce soir) ou je tue des chatons ! ». Si vous ne le faites pas pour lui, faites-le au moins pour eux. Comment définiriez-vous votre humour ? Et quels seraient vos modèles ? J’essaye de ne pas faire toujours la même chose, parce qu’en France, on nous range vite dans une case. Beaucoup de trucs me font rire : l’absurde, l’humour noir, et même le pipi-caca. Surtout le caca d’ailleurs. Quand c’est bien fait, c’est imparable. Je suis fan des humoristes anglo-saxons, Louis C.K., Eddie Izzard, ou les Monty Python. Mais ici on en a des cools aussi. Chris Esquerre est un génie et le spectacle de Blanche a failli me tuer.  Que faisiez-vous avant d’arriver à Paris ? N’avez-vous pas étudié la biologie avant de suivre le cours Florent ? Oui, j’ai toujours adoré être au chômage. La bio m’apparaissait comme un bon moyen pour finir à Pôle Emploi, mais au dernier moment, j’ai préféré utiliser la voie officielle, alors j’ai fait du théâtre. >>>


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Pourquoi avoir retenu ce titre de spectacle : « Pierre-Emmanuel Barré est un sale con » ? J’ai écrit le spectacle avant de faire de la radio ou de la télé. Les gens venaient un peu par hasard, et c’est compliqué d’arriver avec un texte cru quand le public ne sait pas à quoi s’attendre.  En plus, je jouais le dimanche après-midi. C’est marrant comme une blague sur Outreau est moins drôle avec deux enfants au premier rang. Quelle est votre définition du « sale con » ? On est tous un peu des sales cons, hein ! On enjambe des clochards pour aller acheter Libé tous les matins. Être un sale con, c’est pas compliqué, il suffit de s’occuper de sa gueule et faire des blagues sur les mecs qui en chient. C’est un peu comme être de droite.

« Je trouve ça

Depuis qu’un ancien humoriste confond la scène avec une sacraliser les choses » tribune politique douteuse, est-il important de faire comprendre d’où l’on parle ? Pourquoi « ancien humoriste » ? Un menuisier raciste, ça reste un menuisier. Personne va venir lui retirer sa carte de menuisier. Manuel Valls, il va pas débarquer chez le menuisier pour embarquer son rabot à bois. J’aime pas quand un politique décide pour moi ce qui est drôle ou pas. C’est un peu condescendant de penser qu’on est trop cons pour être en désaccord avec un propos. Si quelqu’un tient un discours condamnable, qu’il soit condamné, mais quand on interdit un spectacle, on condamne des propos avant qu’ils ne soient tenus. à ce rythme là, ils vont finir par sortir un projet de loi sur le renseignement ou le Premier Minis... Oh, wait.

dangereux de

Pour autant, est-il indispensable de continuer à déconner sur les génocides, les viols d’enfants, etc. ? Je trouve ça dangereux de sacraliser les choses. Depuis le début de l’humanité, dès qu’on décide qu’un truc est sacré, ça part en couille. Le sacré, c’est que des emmerdes. Jamais il y en a eu un


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pour dire : « Eh, les mecs, on dit que la vie c’est un truc sacré, et personne tue personne ? ». Les gens qui décident ce qui est sacré sont des cons. Vous devinez que certains terrains sont glissants ? Comment composez-vous avec ceux-ci pour ne pas vous planter ? Je pars du principe que si c’est drôle, ça passe. C’est un point de vue intéressant, mais malheureusement, j’ai tort. Parfois, je suis le seul à trouver un truc marrant. C’est pas grave. J’aime bien les « froids », aussi. C’est rigolo. Testez-vous vos sketches avant un spectacle ? Ou au contraire préférez-vous garder un côté « brut de décoffrage » ? Sans tenir compte des associations de défense de telle ou telle minorité ?  Bah, si on commence à tenir compte des réclamations, ça va devenir très difficile de faire de l’humour. Je suis un peu fasciné par ces gens. La plupart font ça bénévolement ! Je comprends qu’une blague ne fasse pas rire, mais faut vraiment avoir une vie de merde pour que ta meilleure occupation, ce soit de faire des procès au type qui l’a racontée.  >>>


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Comment procédez-vous pour l’écriture ? Par quoi êtes-vous le plus inspiré ? Vous dites « Le malheur des autres, c’est mon fonds de commerce », pourriez-vous donner quelques exemples ? Pour les chroniques, je travaille avec mon co-auteur, on suit l’actualité. C’est vrai qu’on a tendance à choisir des sujets sérieux. On a eu une très belle fin d’année, entre les 49-3, la loi Macron et le projet de loi sur le renseignement... En 2015, si on aime se faire enculer, il fait bon habiter en France. Vous passez d’un sujet à l’autre, parfois sans transition apparente… Comment faites-vous pour lier vos spectacle l’impression réflexions sur les athées extrémistes, les témoins de rien du d’une discussion tout, les bienfaits des attentats... ? Je voulais que le spectacle soit un de fin de soirée. » peu “parlé”, avec peu de mise en scène, donner une impression de discussion de fin de soirée. On s’emmerde pas avec les transitions à 3 heures du matin.

« Je donne au

Qu’en est-il de vos chroniques à la télévision et à la radio ? Vous y retrouverons-nous en septembre ? Je serai toujours sur France Inter, mais j’ai quitté La Nouvelle Edition sur Canal+. Ils vont me manquer, je les aimais bien. J’ai eu un espace de liberté incroyable dans cette émission.  Vous avez aussi joué dans des pièces plus « classiques » à vos débuts (Ruy Blas de Hugo, des pièces de Feydeau). Avez-vous d’autres projets de théâtre ? Du cinéma ? J’ai déjà co-écrit une pièce avec Bruno Hausler intitulée Full Metal Molière qu’on rejoue en septembre au Point Virgule. Hop. Bim, ni vu ni connu je cale ma promo dans la dernière question ! Je suis vraiment une vieille fouine... à part cette pièce, j’ai plein d’autres projets, mais je ne préfère pas en parler. Si vous voulez, on refait une inPierre-Emmanuel Barré est un sale con, terview quand ils seront réalisés, 26.09, Lille, le Splendid, 20h, 28,30€, www.le-splendid.com ce sera avec plaisir.


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Les Tailleurs # 2

Pignon sur rue Texte Julien Damien Photo Post Scriptum © David Monjou

é

caussinnes ? Un joli petit village situé entre Mons et Soignies, célèbre pour sa pierre bleue, son « goûter matrimonial » et bientôt, peut-être, pour son festival des arts de la rue. Forts du succès – inattendu – d’une première édition, « Les Tailleurs » présentent des spectacles « insolites et insolents » au cœur d’un chouette morceau du patrimoine hennuyer. Au programme : du théâtre, du cirque bien sûr, mais aussi des concerts, des contes, du happening… En tout une cinquantaine de représentations réparties sur deux parcours. Le IN s’installe dans les parcs, les châteaux ou chez l’habitant, tandis que le OFF invite à déambuler sur les places, les ponts, dans les ruelles pavées de « petit-granit »… L’occasion de participer aux « sessions d’homologation de démarches ridicules » – immortalisées par les Monty Python – tout en évitant le contrôle de « la brigade câline de la police fédéralisée » (jamais avare de « petites histoires de police bien montée »). Pendant ce temps, au sein de l’église Sainte-Aldegonde, superbe édifice 12 & 13.09, Ecaussinnes, divers horaires, parcours IN : 1 jour : 10e€ gothique du xvie siècle, on rêve éveillé dans / 2 jours : 15€, (5/10€ – 12 ans), parcours OFF : gratuit, l’étrange ville du Prince Heureux et son théâtre www.lestailleurs.be de marionnettes – forcément – poétique.


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Mù, cinématique des fluides

Voyage au centre de la matière Texte Marine Durand Photo Juan Robert

La dernière production de Transe Express renoue avec les fondamentaux de la compagnie : une structure monumentale pour une rêverie mêlant cirque, théâtre, musique et chant. Participatif, Mù, cinématique des fluides est aussi le baptême du feu d’une nouvelle équipe directrice. Depuis M.O.B. (2006) et ses joueurs de tambours suspendus à un mobile géant, Transe Express, créée en 1982 par Gilles Rhode et Brigitte Burdin, deux pionniers de l’art céleste, n’avait plus produit de spectacle grand format. C’est d’ailleurs la dimension hors norme de Mù, cinématique des fluides, faisant appel à une vingtaine de bénévoles locaux, qui a conquis la ville de Grande-Synthe. « Nous souhaitions ouvrir la saison avec une proposition extraordinaire en plein air », indique Ali Duru, directeur du service développement culturel. Il faudra attendre que la nuit tombe pour voir surgir la magie d’un ballet entre ciel et terre. Après avoir absorbé toute une parade de déglingués, poissons panés squelettiques et gargouilles lumineuses, un coquillage géant éclate en deux entités, inaugurant un dialogue entre des « musiciens-étamines » au sol et des chanteurs-voltigeurs postés sur une « étoile de l’air ». « Mù repose sur une idée simple, des costumes évocateurs et un effet de masse créant une emprise sur la rue », décrypte Rémi Allaigre, l’un des trois directeurs artistiques. Dernier acte de cette odyssée au fil des éléments, l’envolée de l’étoile, laissant la foule « immergée dans la matière », 15.09, Grande-Synthe, Place de l’Europe, 20h30, gratuit. www.transe-express.com, éblouie par ce songe matérialisé. www.ville-grande-synthe.fr


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Les Toiles dans la Ville

Quel cirque ! Texte Julien Damien Photo Cie Galapiat © Sébastien Armengol

Oubliez tout ce que vous pensiez savoir des acrobates, clowns et autres funambules. Le cirque contemporain affiche mille visages. Un art en perpétuelle mutation que cette troisième édition des « Toiles dans la Ville » vous propose de découvrir en jonglant avec 80 représentations et une trentaine de compagnies. Allez hop, en piste !

C

omme l’araignée, le cirque tisse sa toile sur l’eurométropole et se suspend un peu partout : sous chapiteau bien sûr, mais aussi au détour d’une rue, dans un square ou la cour d’un château… « L’idée, c’est de montrer le plus de formes possible de ce cirque de création », prévient Gilles Defacque, directeur du Prato et Monsieur Loyal d’un festival qui – belle cohérence – se tient en plein cœur de Renaissance lille3000 (voir p. 90). C’est quoi, le cirque d’aujourd’hui ? Un art plus que jamais populaire et qui ne cesse, depuis 15 ans, de se réinventer et de dévorer toutes les disciplines qui lui passent sous le nez (rouge) : théâtre d’objets, arts plastiques, danse, vidéo, etc.

Anarchie — « La nouvelle génération est partie de la page blanche, avec le désir de créer un nouveau répertoire. De dire des choses aussi, notamment sur l’identité », note Gilles Defacque. « C’est iconoclaste, décalé... presque punk ! Il y a une grande revendication anarchiste dans le cirque actuel, de liberté, comme dans la poésie ». C’est par exemple la compagnie Baro d’Evel qui questionne notre condition en confondant humains et animaux dans son très onirique Bestias. Ou Vincent Warin qui danse seul avec son BMX au rythme d’un violoncelle (L’Homme V). Des esthétiques très diverses donc, mais qui poursuivent une même quête. Celle de « l’étonnement et de l’émotion ». >>>

14.09>02.12, métropole lilloise / eurorégion, divers horaires, 30€>gratuit, www.leprato.fr


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Mad in Finland - Galapiat Cirque

© Sébastien Armengol

Sept circassiennes finlandaises ont quitté leur pays natal pour vivre leur passion. Elles livrent à grand renfort de hard-rock nordique, de vodka (!) et de numéros de haute voltige (trapèze, duo éméché de rolla-bolla, etc.) le portrait drôle et magique d’une Finlande rêvée et de sa célèbre « dépression ». Une satire tout en panache pour une performance so finnish. 08>11.10, Lille, Gare Saint Sauveur, jeu & ven : 20h // sam : 19h // dim : 18h, 17e/ 8,50e (abonnés) /5€

Le Vide Fragan Gehlker, Alexis Auffray et Maroussia Diaz Verbèke Un homme est suspendu à une corde au-dessus du vide, tandis qu’un autre fait vibrer celles de son violon. Est-ce une performance ? Un spectacle ? Une pièce de théâtre ? Le Vide peut s’appréhender comme une relecture du Mythe de Sisyphe. Sauf qu’ici le cordeliste (Fragan Gehlker) n’est pas condamné à faire rouler éternellement une pierre, mais à se débattre avec le néant (l’absurdité de la vie ?), repoussant les limites de la peur et du risque. 18>20.09, Lille, Théâtre du Nord, ven : 20h // sam : 19h // dim :16h, 27>7€

Programmation Les Aventures de Madame Mygalote : L’Ile Bleue du Sommeil - Gilles Defacque 14 & 15.09, journée + 17.09, 17h30, Tressin // 21 & 22.09, journée + 24.09, 17h30, Sainghin-en-Mélantois // 28 & 29.09, journée + 01.10, 17h30, Anstaing // 03.10, Wasquehal, Les P’tites Scènes de La Manivelle Le Vide - Fragan Gehlker + La Jongle à Gilles - Gilles Defacque & Arnaud Van Lancker Quartet 18>20.09, Lille, Théâtre du Nord, ven : 20h // sam : 19h // dim : 16h, 27>7€ Les 3-Mâts 19.09, Bouvines, Mairie, 19h // 20.09, Péronne-en-Mélantois, Mairie, 12h // 22.09, Forest-sur-

Marque, Mairie, 16h30 // 24.09, Chéreng, Stade, 16h30 + Lille, Université Catholique, 12h30 // 26.09, Willem, Stade, 11h35 // 06.10, Villeneuve d’Ascq, Esplanade de Lille 3, 12h // 07.10, Lille, Université Lille 2, 12h // 08 & 10.10, Lille, Gare Saint Sauveur, jeu : 18h // sam : 11h // 25.10, Lille, Grand Sud // 07 & 08.11, Tourcoing, MUba // 28 & 29.11, Villeneuve d’Ascq, LAM Parasites - Moïse Bernier 21 & 22.09, Lille, Le Prato, 20h, 17>5€ Cabaret Express 25.09, Sequedin, Centre culturel, 20h30, gratuit sur réservation // 12.10, Lille-Sequedin, Maison d’Arrêt // 14.10, Villeneuve

d’Ascq, Sully, 21h // 19.11, Bousbecque, Cinéma le Foyer, 20h, gratuit sur réservation // 20.11, Marquillies, Salle communale, 20h, gratuit sur résa. Soirée débat : 11 janvier 2015, et maintenant ? 01.10, Lille, Th. du Nord, 20h La Solitude de la Voltigeuse Banquet-Cirque-Prato 02 & 04.10, Péronne-enMélantois, ven : 20h // dim : 12h30, sur réservation Les Chevaliers - Okidok 03.10, Lomme, maison Folie Beaulieu, 20h30, 9/5€ Le Chas du Violon - les Colporteurs 03 & 04.10, Sainghin-enMélantois, à côté de la salle des


Parasites Quand le cirque pose des questions existentielles. Cette création de la compagnie Galapiat présentée en avant-première narre la rencontre de trois êtres poétiques (et bien perchés) : un clown acrobate bardé d’interrogations (Moïse Bernier) et deux musiciens. Ensemble, ils tentent de s’élever au-dessus du brouhaha du monde et de ses conventions, pour s’imaginer une nouvelle vie…

© Mii Mic

21 & 22.09, Lille, Le Prato, 20h, 17/8,50 (abonnés) / 5€

© Stereoptik

Moïse Bernier / Cie Galapiat

Dark Circus Cie Stereoptik « Venez nombreux, devenez malheureux » annonce le Dark Circus. Ici, le dompteur s’est fait dévorer par son fauve, le trapéziste s’est écrasé et l’homme-canon à été propulsé dans l’espace pour toujours… Eh oui, tout est sombre et raconté en noir et blanc dans ce théâtre de mort. Jusqu’au jour où un jongleur maladroit y insuffle de la couleur… Un conte à l’humour noir narré tout en théâtre d’objets, vidéos, musique et dessins. Du cirque à la sauce Tim Burton. 23 & 24.10, Lille, Le Grand Bleu, ven : 15h & 20h // sam : 18h, 13/11/10/6€

fêtes, sam : 15h & 19h // dim : 11h & 17h30, gratuit sur résa. Les Vadrouilles - le Collectif AOC 03.10 & 04.10, Bouvines, Départ du parcours à la mairie, sam : 17h // dim : 15h30 Offrande - Cie Carpe Diem 06.10, Villeneuve d’Ascq, Espace culture Lille 1, 19h, gratuit Mad in Finland - Galapiat Cirque 08>11.10, ven : Bus au départ de la Comédie de Béthune, 20h // sam : Bus au départ de la maison de la culture de Tournai, 19h // dim : Bus au départ du Fil & la Guinde, 18h, 17>5€ Un Cabaret-Cirque Renaissance du Prato 10.10, Lille, Bistrot St-So, 21h

laCosa - Claudio Stellato 10 & 11.10, Lille, Esplanade Saint Sauveur, sam : 17h // dim : 16h30 L’herbe est plus rose ici CRAC de Lomme & Cie Adhok 11.10, Fives-Lille, Square des Mères, 15h45 Entre nous - Cie Carré Curieux 11.10, Wambrechies, Cour du Château de Robersart, 15h & 17h, gratuit (Omnibus cirque au départ de Tourcoing en passant par Halluin, Linselles, Wambrechies et la Gare St Sauveur) Boi - Jonas Seradin 16.10, Haubourdin, Centre Culturel Place Blondeau, 20h, 7/5/3€, 18.10, Lambersart, Plaine du Colysée, 15h

Tournage Imaginaire : le Cirque d’un monde en fanfare 16.10, Lompret, La Lomprethèque, 3€ / gratuit - 12 ans L’Homme V - Vincent Warin + Entre nous - Cie Carré Curieux 17.10, Lomme, Chapiteau du CRAC, 19h, 5€ Scènes ouvertes Le cirque du bout du monde 14.11, 20h30, 2e Vous êtes ici Cie L’Ouvrier du Drame 25.11, Villeneuve d’Ascq, Espace culture Lille 1, 19h30, gratuit Cirque & Sciences Focus Circostrada 25.11, Villeneuve d’Ascq, Espace culture Lille 1, 17h


128 théâtre & danse

Née sous Giscard Texte Amélie Comby Photo Cyril Bruneau

Q

ue peuvent bien évoquer les années Giscard ? On pense à la dépénalisation de l’avortement ou au droit de vote à 18 ans. Certes, mais pour la comédienne Camille Chamoux, il s’agit de tout autre chose. Elle révèle en quoi être Née sous Giscard peut compliquer une vie. Car, à son plus grand regret, grandir avec BHL, Michel Leeb, La Bande à Basile constitue des « bases molles ». Comment se faire une place entre les baby-boomers et la génération Y ? Camille Chamoux, nous conte dans ce one-woman-show les déboires des héritiers d’une époque un peu fade et, sous son regard critique, nous livre un spectacle drôle et subtilement construit au rythme d’imitations. Une caricature (à peine…) de « ce siècle de l’émotion, pas celui des grandes convictions » dont il 25 & 26.09, Valenciennes, Le Phénix, 20h, vaut de toute façon mieux rire. 22>9€, www.lephenix.fr


130 théâtre & danse

Collectif Mensuel

Le rire engagé Texte Marine Durand Photo Collectif Mensuel, L’Homme qui Valait 35 Milliards © Dominique Houcmant / Goldo

Trublions, agitateurs de conscience, clowns enflammés ? En deux pièces majeures mais déjà huit ans sur les planches, le collectif Mensuel a trouvé sa place – à part – dans le paysage théâtral francophone. De retour à la création, ils réservent la première de Blockbuster à leur public liégeois. En plein travail d’écriture, c’est un Renaud Riga enjoué qui revient sur les débuts du collectif. Le nom, d’abord : « En 2007, nous avons commencé à jouer L’Hebdo du lundi dans un théâtre de Liège : un spectacle différent chaque semaine en réaction à l’actualité ». La formule séduit mais les empêche de partir sur les routes. Renaud et ses comparses, Sandrine Bergot et Baptiste Isaïa, passent au rythme d’une création par mois, s’autorisant une grande liberté formelle entre chansons, stand-up et marionnettes. Quatre saisons plus tard, ils tentent l’aventure du long. Avec un succès qu’ils n’auraient pas osé espérer. Qu’ils racontent le kidnapping du patron Lakshmi Mittal sur fond de crise sidérurgique (L’Homme qui Valait 35 Milliards) ou les dérives d’une société ultrasécuritaire après un attentat (2043), les « Mensuel » imposent leur patte : « On ne croit pas à un théâtre qui ne fasse pas réfléchir, mais on a la prétention de faire un théâtre divertissant », sourit Renaud Riga. Blockbuster ne déroge pas à la règle : mashup de 160 longs-métrages hollywoodiens, ce « film-monstre » et mixé en direct met en scène l’insurBlockbuster, Collectif Mensuel / Nicolas Ancion rection chaotique des dominés contre 27.09>09.10, Liège, Théâtre de Liège, mer : 19h // jeu, ven, sam : 20h // dim : 16h, 22/20/16/8/7/4€, les dominants. Engagé ? Oui, mais www.theatredeliege.be avec du Bruce Willis dedans.


132 théâtre & danse

Charleroi Danses

European Crossroads Texte Marie Tranchant Photo La Esclava © Thibault Gregoire

Le centre chorégraphique carolo célèbre toutes les danses lors d’un événement faisant la part belle aux œuvres contemporaines. Au total, 23 productions, six créations mondiales et cinq premières belges rythment cette édition en forme de carrefour européen. Fidélité et ouverture. Deux mots qui résument l’état d’esprit de Charleroi Danses. Pour Vincent Thirion, directeur du centre chorégraphique de la Fédération Wallonie-Bruxelles, « il y a des filiations à long terme – quatre résidents – et des découvertes. à travers cette biennale, il s’agit de remettre en avant l’aspect rituel, le déplacement dans une salle de spectacle ». L’événement rayonne plus que jamais en Belgique, depuis les écuries de Charleroi jusqu’à la Raffinerie de Bruxelles, il constitue d’ailleurs une antenne de Mons 2015. Cette édition est aussi marquée par l’inauguration d’un grand studio imaginé par l’architecte Jean Nouvel. Ici, on ne perd pas de vue la dimension politique d’un spectacle. L’innovation en matière d’écriture ou les processus participatifs traversent chaque projet. Ainsi, Atlas de Ana Borralho et João Galante, réunit une centaine d’amateurs locaux prêts à brosser le portrait de Charleroi. Avec Shifts, le résident Peter Savel traduit quant à lui la douleur causée par le deuil. Citons aussi les deux versions du Sacre du printemps : l’une signée Daniel Linehan, privilégiant l’aspect musical – et « sensoriel » – du chef-d’œuvre de Stravinsky, tandis que Virgilio Sieni s’appuie sur « un théâtre des corps », 30.09>17.10, Bruxelles, Charleroi, Mons, divers tout aussi émouvant. Alors, prêts à lieux, 15/10/5€/ gratuit, www.charleroi-danses.be entrer dans la danse ?


134 théâtre & danse

Agenda

L’Elisir d’amore G. Donizetti / T. Rösner & D. Michieletto

Nemorino en pince pour la riche Adina, qui ignore ce jeune homme naïf. Pour conquérir la belle fermière, celui-ci croit acheter un philtre d’amour à un charlatan (du vin en réalité). Mais, entre-temps, la nouvelle d’un héritage se répand, et rend Nemorino bien plus attirant… ainsi donc, le philtre fonctionne ! Cet opéra-bouffe aussi. Créé en 1832 par G. Donizetti, son inventivité et sa drôlerie en font l’un des plus populaires de l’Histoire. 08>18.09, Bruxelles, Cirque Royal, mar, mer, jeu, ven : 20h // dim : 15h // jeu 17.09 : 14h, 197>17,50€, cirque-royal.org

L’Elisir d’amore © Javier del Real

Ray Cooney/ Stewart Vaughan & Martine Willequet

Paroles de fric

Ni dieux, ni maîtres, mais du rouge

Trouver n’est pas voler, d’accord, mais trouver de l’argent volé ? C’est très risqué... Georges l’apprendra à ses dépens. Un soir, cet expert-comptable rapporte chez lui une mallette remplie d’euros, échangée par mégarde avec la sienne dans le métro. L’employé modèle se retrouve poursuivi par des policiers, une amie (trop) intéressée, un tueur fâché… Entre gags et quiproquos, ce vaudeville déjanté n’a pas volé nos éclats de rire.

Une conférence ? Un spectacle ? Une dégustation ? Les trois à la fois. Dans ce « wine man show », Eric Boschman, sommelier de renommée internationale, nous propose de trinquer à travers un voyage dans les régions viticoles du monde. De l’Afghanistan au Chili, de l’homme de Spy au chapeau bicorne de Napoléon, le Belge titille notre palais, nos zygomatiques et nos méninges. Une histoire du vin drôlement instructive.

16.09>11.10, Bruxelles, Théâtre des Galeries, mar>sam : 20h15 // dim :15h, 25>10€, www.trg.be

17>26.09, Bruxelles, Théâtre le Public, mar>sam : 20h30, 25>1,25€, www.theatrelepublic.be

Éric Boschman

Cahier d’un retour au pays natal Aimé Césaire / D. Scahaise / Cie Falinga

Père de la Négritude, Aimé Césaire livre en 1947 avec Cahier d’un retour au pays natal une œuvre majeure, à la fois expression de la révolte – celle des Noirs opprimés – et texte profondément poétique. Il fallait un sacré culot pour porter cette voix. Celui qu’a le Burkinabé Etienne Minoungou, qui habite littéralement ce chef-d’œuvre pour nous aider à entendre ces vers chargés de symbole. 19.09, Woluwe-Saint-Lambert, Wolubilis, 20h30, 15>9€, www.wolubilis.be


136 théâtre & danse

Agenda

Notre peur de n’être Fabrice Murgia / Cie Artara

Un quadra en deuil depuis 22 ans est hanté par le fantôme de sa femme, une étudiante cherchant du travail ne lâche pas son dictaphone, un pauvre hère s’enferme dans sa chambre pour fuir la pression sociale… La solitude moderne est au cœur de l’œuvre de Fabrice Murgia, qui offre ici un regard anthropologique sur des individus paralysés par la société. 23>27.09, Bruxelles, Théâtre National, jeu>dim : 20h15 // mer : 19h30, 19/15/10€, theatrenational.be

Notre peur de n’être © Jean-Louis Fernandez

Speak low if you speak love…

Comment moi-je ?

Wim Vandekeybus / Ultima Vez

Marie Levavasseur / Cie Tourneboulé

L’amour ? Vaste sujet. Pour lui, nous somme capables de déplacer des montagnes ou de nous détruire… C’est ce sentiment que le chorégraphe flamand Wim Vandekeybus explore à travers la danse et la musique. Et quelle musique ! Celle de Mauro Pawlowski – guitariste de dEUS – qui accompagne la chanteuse sud-africaine Tutu Puoane, tandis que sur scène, des danseurs se repoussent, se désirent, et nous bouleversent.

Un spectacle pour enfants qui pose des questions existentielles ? La compagnie Tourneboulé réussit ce tour de force avec simplicité, en mêlant théâtre d’objets, musique et marionnettes. Un soir d’hiver, une petite fille voit le jour. Elle n’a pas de parents, pas de prénom. Au fil des rencontres, elle s’interroge : Qui suis-je ? Qu’est-ce que grandir ? C’est quoi le monde ? Doucement, elle commence à penser. Et nous aussi…

23.09>03.10, Bruxelles, KVS, 20h, 25>13€ // 09.12, Bruges, Concertgebouw // 21>23.01.16, Anvers, deSingel… // 19.02.16, Hasselt, cultuurcentrum…

29.09>03.10, Lille, Le Grand Bleu, mar : 14h30 // mer : 15 // jeu & ven : 10h & 14h30 // sam : 15h & 18h, 13>6€, legrandbleu.com

Que faire ? Benoît Lambert / Cie Service Public

Que faire ? La grande question. Celle que se posait Lénine en 1902, avant la révolution russe. Celle que se pose aujourd’hui ce vieux couple, dans sa cuisine. Des monsieur-et-madame-Tout-le-monde, soudain confrontés à la vacuité de leur existence, et du mode de vie occidental. Alors ils décident de tout mettre à plat : des droits de l’Homme à Mai 68, en passant par la Révolution française … Que garder ? Que jeter ? Une fable philosophique, tordante et corrosive. 30.09>02.10, Béthune, La Comédie de Béthune, 20h, 20>6€, www.comediedebethune.org

Tous les spectacles de l’Eurorégion sur www.lm-magazine.com


138 le mot de la fin

Water, Alix Martinez –

Et plouf ! La photographe américaine Alix Martinez met en scène des enfants jouant tous les sports imaginables sous l’eau. Ces images subaquatiques, rappelant parfois celles d’un ballet, provoquent une sensation de légèreté chez le spectateur. Un défi technique pour l’artiste, qui aurait failli se noyer lors de ses premières prises de vue. Allez, on retient son souffle, et on y retourne. www.alixmartinez.com


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Lm magazine 110 septembre 2015  

Let'smotiv - LM magazine, Nord de France et Belgique, Cultures et tendances urbaines, Sorties Lille et Bruxelles

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