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Avril 2015

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GRATUIT

nord & belgique Cultures et tendances urbaines


Robyn Orlin © Shush Tenin

Sommaire

LM magazine n°106 - Avril 2015

06 - News

58 - écrans

Tank littéraire, Yoga au musée, Dons d’arcades, Des DJs et des mules, La photo dans le pot de miel, Zombie braderie, Des auto-tamponneuses

Pulp, a film about life, death and supermarkets, The Wrong Mans, BIFFF, Goodnight Mommy, Au Champ d’Honneur

10 - Reportage 20 - Style

Entretien avec Jan Fabre, Willy Verginer, Chagall, Geneviève Claisse, Rencontre avec Christian Boltanski, Modern Love, L’Univers de Thorgal… Agenda

Nathalie Lété, le conte est bon

92 - Théâtre & Danse

26 - Portfolio

Interview : Robyn Orlin, Dialogue avec Aurélien Bory, Pelléas et Mélisande, Revue Ravage, Les Turbulentes, Le P’tit Monde… Agenda

Cuba, entre deux eaux

Ruben Ireland, fantaisie militaire

34 - Musique Rencontre avec Trisomie 21, Les Paradis Artificiels, Jessica 93, Hyphen Hyphen, Sleaford Mods, Of Montreal, Flying Lotus, Daddy Long Legs, Toro Y Moi, Paul Weller, Baden Baden, San Fermin…

56 - Disques Chilly Gonzales, Mew, Superpoze, Turzi, Ghostpoet

66 - Exposition

120 - Littérature Salon du Livre d’Arras, Au large de l’Histoire, Glenn Gould

128 - Livres François Bégaudeau, Julien Péluchon, Xavier Coste, Ville Tietäväinen, Joe Sacco

130 - Le mot de la fin Post-punk superheroes par Butcher Billy


LM magazine France & Belgique

28 rue François de Badts 59110 La Madeleine - F tél : +33 362 64 80 09 - fax : +33 3 62 64 80 07

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Administration Laurent Desplat laurent.desplat@lastrolab.com Réseaux sociaux Sophie Desplat Impression Imprimerie Ménard 31682 Labège Diffusion C*RED (France/Belgique) ; Zoom On Art (Bruxelles)

Ont collaboré à ce n° : Thibaut Allemand, Elisabeth Blanchet, Rémi Boiteux, Julien Collinet, Mathieu Dauchy, Christophe Delorme, Marine Durand, Ruben Ireland, Audrey Jeamart , Florian Koldyka, Thomas Lansoud-Soukate, Benjamin Leclerc, Marie Pons, Lina Tchalabi, Marie Tranchant et plus si affinités. LM magazine France & Belgique est édité par la Sarl L'astrolab* - info@lastrolab.com L'astrolab* Sarl au capital de 5 000 euros - RCS Lille 538 422 973 Dépôt légal à parution - ISSN : en cours L’éditeur décline toute responsabilité quant aux visuels, photos, libellé des annonces, fournis par ses annonceurs, omissions ou erreurs figurant dans cette publication. Tous droits d’auteur réservés pour tous pays. Toute reproduction, même partielle, par quelque procédé que ce soit, ainsi que l’enregistrement d’informations par système de traitement de données à des fins professionnelles, sont interdites et donnent lieu à des sanctions pénales. LM / Let'smotiv est imprimé sur du papier certifié PEFC. Cette certification assure la chaîne de traçabilité de l’origine du papier et garantit qu'il provient de forêts gérées durablement. Ne pas jeter sur la voie publique.

Papier issu de forêts gérées durablement


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© Raul Lemesoff

news

News

Think Tank Ces images de char d’assaut défilant dans les rues de Buenos Aires font d’abord froid dans le dos. En y regardant de plus près, on remarque que l’engin, digne d’un film de Gondry, est en réalité chargé de livres. Cette « arme d’instruction massive » comme l’appelle son créateur, l’artiste Raul Lemesoff, circule dans la capitale argentine pour distribuer gratuitement des bouquins. La guerre contre l’ignorance en quelque sorte.

Muzen

© DR

Du yoga au musée ? C’est ce que proposent les Musées royaux des Beaux-Arts de Belgique, à Bruxelles. Ces séances sont organisées en face des œuvres de Gao Xingjian, à l’occasion d’une exposition qui lui est consacrée jusqu’en 2020. L’idée serait d’inviter le public à reconsidérer l’espace muséal comme un lieu voué à la contemplation. à quand un petit tennis au théâtre ? 24.04, 22.05, 26.06, Bruxelles, MRBAB, 12h15, 8/6€


© Åkestam Holst

Arcades solidaires Les jeux vidéo, une activité inutile ? Pas en Suède, où se défouler sur Pac-Man ou Space Invaders sert une vraie cause. L’agence Åkestam Holst a créé des bornes d’arcades qui font office de boîtes de dons. Installées dans les aéroports de Stockholm et Göteborg, celles-ci lancent une partie quel que soit le montant introduit. L’argent récolté par ce projet nommé « Charity Arcade » est reversé à La Croix Rouge locale. Bien joué.

© DR

© DR

fabriken.akestamholst.se

DJ Dinner vs mules Lego Quel est l’objet le plus absurde ? La paire de mules Lego ou l’assiette pour enfants DJ Dinner en forme de platine vinyle ?  Si le premier vous donne un air vraiment ridicule (et peut vous tuer en vous faisant chuter dans les escaliers) le second incite votre progéniture à jouer avec la nourriture, démontant les principes élémentaires d’une bonne éducation. Alors ? DJ Dinner, environ 30€, www.fredandfriends.com ; mules Lego, environ 15€, www.thinkgeek.com


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© Blake Little

news

Statues de miel

Walking Dead à vendre Charmante bourgade de 25 000 m2, bien située (60 km d’Atlanta) et envahie par les zombies cherche acquéreur. Le prix ? 680 000 dollars. Une partie de Grantville est mise en vente sur eBay par le maire. La particularité de cette ancienne cité textile ? Elle a servi de tournage à la série The Walking Dead. L’élu américain est en quête d’un acheteur qui ressusciterait les lieux. Car l’endroit, ruiné par la crise, est devenu vraiment mortel. http://www.ebay.com/itm/Downtown-GrantvilleGeorgia-For-Sale-unique-opportunity

© DR

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Pour réaliser cette série de photographies - rassemblées dans le livre Préservation - le photographe américain Blake Little a recouvert ses modèles de plusieurs litres de miel, le laissant ruisseler sur leur corps. Le résultat est saisissant : ces hommes, femmes, enfants ou animaux semblent figés dans le temps, telles des statues de cire dégoulinantes ou des fossiles retrouvés prisonniers dans de l’ambre. Mais en plus collant. blakelittle.com

Roulez jeunesse ! « Il reste encore des enfants à écraser, vous pouvez accélérer ». Cette invitation digne d’un sketch de Groland est très sérieuse. Elle orne un panneau installé au bord de la route principale qui traverse Bretenières. C’est le maire de ce village de Bourgogne qui en est à l’initiative. Hervé Bruyère joue la carte de l’humour (noir) face aux automobilistes irrespectueux de la limitation de vitesse. Un dérapage moyennement apprécié localement...


Quartier de Vedado, La Havane


11 reportage

Cuba

entre deux eaux Texte & Photo Elisabeth Blanchet

Après plus de 50 ans de guerre froide, les relations entre Cuba et les états-Unis se réchauffent enfin. La libération en décembre dernier de 5 détenus cubains, emprisonnés pour des raisons politiques depuis 15 ans, est un détonateur. Barack Obama annonce que les possibilités pour les Américains de se rendre sur l’île seront étendues et les échanges dans des domaines clés facilités. Que signifie ce rapprochement pour le peuple cubain ? Pour sa culture, sa fierté, son avenir ? Voyage au cœur d’un pays tout en contrastes.


« P

ourquoi aurait-on peur des Américains ? On leur résiste depuis 55 ans ! » Miguel, 18 ans, étudiant, est attablé à la terrasse d’un café du Vieux La Havane. Il sirote l’équivalent cubain d’un Coca-Cola. Il est fier de la résistance de son peuple face au grand voisin. Pour son père Luis, 65 ans, directeur d’une agence de tourisme, il est temps d’évoluer. « C’est une bonne chose que les rapports avec les Etats-Unis s’améliorent. Pour l’instant, nous ne pouvons toujours pas négocier directement avec eux ». Mais il émet un bémol : « Pas question pour autant qu’il nous arrive la même chose qu’en Union Soviétique et dans les pays de l’Est, où on est passé du communisme à un capitalisme sauvage. Ce qui a créé des disparités énormes entre les gens ». Fidel sur toute la ligne. Du communisme, ou plutôt de sa version cubaine, le « fidélisme », parlons-en. Dans les grandes villes, l’œil du touriste perd ses repères : pas de pubs géantes pour Coca ou Marlboro mais des posters à la gloire de la patrie, de sa constante lutte contre l’impérialisme. Les images, les slogans de Che Guevara sont partout. Pas de magasins connus, mais surtout des échoppes vétustes aux étagères quasiment vides où les Cubains payent avec des coupons de rationnement. Sur le Prado, dans le Vieux La Havane, ou sur le fameux Malecón, le grand boulevard qui longe la mer, il y a toujours du monde : on se balade, on fait du sport, on discute... Le visiteur est plongé dans une autre époque. Les « smartphones » sont rares et attraper

>>>

Luis et son fils Miguel

« Pas question de passer du communisme à un capitalisme sauvage »


13 reportage

Malec贸n, La Havane


Employée d’une rhumerie, Pinar del Río


15 reportage

école primaire, Trinidad

une connexion Internet relève « Les images glorifiant du parcours du guérillero. Nous sommes sur « l’île des déconnecla patrie sont tés  » comme le dit la blogueuse omniprésentes » dissidente Yoani Sanchez. Le pays rame en effet entre sous-équipement et censure. Si un certain assouplissement se fait jour (en mars, le gouvernement a autorisé l’installation du premier réseau Internet gratuit et public), « le pouvoir continue d’exercer sa mainmise sur tous les médias… » selon Amnesty International*. L’histoire en bagnoles. Pour saisir l’ambiance, visons aussi la circulation sur le Malecón. Trois générations d’automobiles y racontent un petit bout de l’histoire de la plus grande île des Caraïbes : il y a les belles Américaines, vestiges des sinistres années Batista (1952-59), des voyages des barons de la Mafia qui envisageaient la capitale cubaine comme un « Las Vegas by the sea », des stars hollywoodiennes et des soldats en quête de débauche bon marché… Puis viennent les Ladas et les Trabans, qui témoignent des bonnes relations avec l’Union Soviétique. Après l’effondrement du bloc de l’Est, c’est vers l’Asie que Fidel se tourne et en particulier la Corée… >>> * Rapport annuel datant du 25 février 2015.


16 reportage

Malecón, La Havane

Jouer l’ouverture. Face à la mer, les bâtiments forment une allée hétéroclite : du Vieux La Havane arborant de vétustes façades de style colonial, aux constructions inspirées de l’architecture soviétique des années 1960-70. C’est dans un de ces bâtiments atypiques –­ un centre commercial où survivent trois boutiques – que se situe le mythique Jazz Café. Une fois la porte franchie, nous retrouvons le génial pianiste Roberto Fonseca qui fait salle comble ici tous les lundis soirs. Parmi le public, des Américains captivés par ses improvisations, en redemandent. « Je sais qu’ils adorent la musique cubaine, constate Roberto, il est vraiment temps de se détendre avec les Etats-Unis. D’abord pour ma carrière, évidemment (rires) ». En effet, si Roberto Fonseca a déjà joué dans le pays de l’Oncle Sam – et dans le monde entier – il lui faut présenter des autorisations spéciales. Et inversement pour les Américains désireux de se produire ici. Liberté conditionnée. Si la musique est partout, les arts visuels ne sont pas en reste. Le Museo Nacional de Bellas Artes expose les plus grands artistes locaux. Dans la cour, on trouve un accrochage de diptyques photographiques confrontant les points de vue de l’Américain Jeffrey Cardenas et de la Cubaine Yanela Piñeiro. Cette série de


17 reportage

Le Prado, La Havane Le photographe américain Jeffrey Cardenas devant ses oeuvres au Musée des beaux-arts de Cuba

portraits se nomme « Comment nous vous voyons (et comment vous nous voyez »). En juillet, les photographes ont invité les passants à poser chez l’un puis chez l’autre. Le résultat est étonnant : plus de 600 personnes en 3 jours ! C’est surtout leurs réactions qui fascinent Jeffrey : « Personne n’a demandé d’argent, ni voulu savoir où les photos seraient publiées. Ils ont participé au nom de l’art », expliquet-il. « à Cuba, une grande place est accordée à la culture. Dès qu’un talent est repéré, il est encouragé par l’état », assure-t-il. Enfin, tant que l’artiste reste plus ou moins inoffensif pourrait-on ajouter. En janvier, la plasticienne Tania Bruguera a été interpellée puis placée sous liberté surveillée pour avoir tenté une « prise de micro » sur la place de la >>>

Le pianiste Roberto Fonseca au Jazz Café, La Havane


Voitures américaines, Vieux La Havane

Vieux La Havane

Vieille ville de Trinidad

Révolution (sic). Et les artistes exilés sont toujours légion (le dramaturge Yoshvani Medina, l’écrivaine Zoé Valdes...), malgré la suppression en 2012 de la fameuse liste noire frappant d’interdiction des musiciens (Celia Cruz, Bebo Valdés ou Gloria Estefan). Le changement c’est maintenant ? Quoi qu’il en soit, le projet de Jeffrey et Yanela dévoile une société en pleine transition et prête au changement. Pourtant, tout comme Luis, l’Américain redoute une évolution brutale : « Le tourisme de masse américain est un vrai danger. Le pays n’a pas les infrastructures et la nourriture nécessaires pour accueillir les 2 millions de touristes qui, selon le New York Times, seraient prêts à voyager à Cuba ! Et puis ce serait dommage que le pays perde son identité, sa beauté, au profit de chaînes de fast-foods ». Il est cependant convaincu que l’économie a besoin d’un sérieux coup de pouce. Un nouveau départ qui passe par la levée de l’embargo, sur laquelle Obama n’a pas le pouvoir. Seul le Congrès peut la voter. Suite aux prochaines élections.


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Š Delphine Chanet

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Show 85 Men Summer 2014


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Nathalie Lété Au bout du conte

Texte Marine Durand Photo Alain Leprince / ADAGP, Paris, 2015 Ci-dessous : Tête de chaperon rouge, Larme et Endormie, 2009 Céramique peinte à la main estampée aux ateliers Astier de Villatte (Paris), pièces uniques, 19 x 11 x 22cm

Qui se cache sous cette cape rouge ? Serait-ce le grand méchant loup que l’on aperçoit dans le bois ? Ce printemps, les personnages qui ont marqué notre enfance s’affranchissent de leurs pages illustrées et nous attendent à La Piscine, à la faveur de la première rétrospective de Nathalie Lété. L’artiste nous a ouvert les portes de son royaume.


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Bambi, Tapis mural tissé, rebrodé et tufté main par l’atelier Sara Telaio, à Shkodër (Albanie), Laine, 140 x 200 cm

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énétrer dans l’atelier de Nathalie Lété est une expérience singulière. Partout où se pose le regard, cela déborde : de couleurs, de matières, d’objets accumulés. Au rez-de-chaussée, on croise des armoires où s’alignent des coraux peints et une ribambelle de vieux jouets. à l’étage, on trouve de grands tapis figurant un chat, une chouette, un bambin aux boucles blondes. Posées au sol ou accrochées aux murs, les poupées en toile de jute et fleurs à la gouache se disputent l’attention des visiteurs. « J’aime me sentir petite au milieu de toutes ces choses. C’est un peu ma façon de me cacher », glisse notre hôte, tout en confectionnant une amanite avec du grillage et du carton. Le champignon géant a lui rejoint les quelque

« J’aime me sentir petite au milieu de toutes ces choses. C’est ma façon de me cacher  » 2 000 pièces qui composent l’exposition Mes (petites) histoires, à Roubaix. Créations en liberté. Si, depuis ce loft d’Ivry-sur-Seine, plus de 25 ans de création nous contemplent, le goût de l’artiste pour les travaux manuels est plus ancien. Fille unique élevée à Sceaux auprès d’une mère allemande et d’un père chinois, elle suit chaque soir des cours dans la MJC de son quartier : peinture, dessin, bricolage… tout est bon pour occuper la fillette >>>


Autopsie du loup, 2009, Ensemble de 13 pièces uniques en céramique émaillée

Mère - Grand que vous avez de grandes dents, 2009, Ensemble de 10 pièces uniques en céramique émaillée © Nathalie Lété

Raccoon Tail Cat, 2014, Acrylique sur bois © Nathalie Lété


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et nourrir son imaginaire. « En fait, j’ai l’impression de faire la même chose, mais de façon plus professionnelle », sourit Nathalie. Dès 16 ans, elle gagne sa vie en peignant et vendant des foulards de soie, mais se rêve hôtesse de l’air. Un passage chez une astrologue achève de la convaincre de sa destinée artistique : après l’école Duperré viendront les beaux-arts, puis dix années à travailler le papier mâché sous le nom « Mathias et Nathalie », avec son compagnon de l’époque. « Ensuite, j’ai eu envie de retrouver une forme de liberté ». Cela se traduit par des thèmes qui lui tiennent à cœur : la nature ou le folklore bavarois, transmis par sa grand-mère. Loup y es-tu ? Pourtant, on aurait tort de réduire l’univers de Nathalie Lété à ses contours enfantins. Sa rétrospective nous entraîne dans une galerie de « clairières » et de « montagnes enneigées », en passant par une « boucherie extra » avec côtes de bœuf en céramique

et saucisses en tissu plus vraies que nature. Point d’orgue de l’exposition, l’espace « Qui a tué le loup ? », présentant le redoutable animal sur une table de chirurgie tous (faux) organes dehors, peu après la « chambre du petit chaperon rouge », un conte que la créatrice affectionne particulièrement. « Il y a des versions où la petite fille mange sans s’en rendre compte sa grand-mère. C’est une métaphore du passage de l’enfance à l’âge adulte ». Et un résumé du parcours de Nathalie Lété ? Ça, c’est une autre histoire… Jusqu’au 21.06, Roubaix, La Piscine, mar>jeu, 11h>18h // ven, 11h>20h // sam & dim,  13h>18h, 9€/6€/grat-18 ans, www.roubaix-lapiscine.com www.nathalie-lete.com

[ Bio express ]

10 juin 1964 : Naissance à Orsay 1984-1987 : Etudie à l’école d’arts appliqués Duperré. 1988 : Entre aux beaux-arts de Paris en lithographie. 1987-1997 : Travaille avec son compagnon au sein du duo « Mathias et Nathalie ». Ensemble, ils créent des décors expressionnistes et des sculptures en carton peint. 1998 : Publie son premier livre pour enfants illustré, Mes Peluches, aux éditions Mila. 2000 : Signe sa première collection de cartes postales pour la boutique japonaise « Usagi pour toi ». Son travail est aujourd’hui vendu dans une centaine de boutiques, en France, au Japon, en Australie, aux Etats-Unis et en Corée.

Poulet (série Boucheries), 2012, Céramique peinte à la main, estampée aux ateliers Astier de Villatte (Paris), pièce unique, 27 x 18 x 15 cm

2010 : Signe sa première collection de textiles pour Monoprix. Elle collabore trois saisons avec l’enseigne. 2015 : Première rétrospective, à La Piscine.


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Totem Recall

Ruben Ireland Texte Julien Damien Illustration Marianna, Collaboration with Jenny Liz Rome

C

es portraits de filles, qui semblent des guerrières échappées de contrées oubliées ou fictives, sont l’œuvre de Ruben Ireland. Mais l’auteur se défend de cultiver un univers fantastique. Ces dessins sont avant tout la traduction de ses émotions. « Le vrai sujet de mon travail, ce ne sont pas les femmes, mais plutôt mes amours, mes peurs et mes rêves », confie cet artiste anglais, qui se définit comme « un faiseur d’images ». Celles-ci révèlent une ambiance sombre, minimaliste, où la monochromie se renforce au contact de rares touches colorées. Et provoquent des sentiments paradoxaux – ceux-là mêmes qui habitent le Londonien. Derrière l’apparente sérénité de ces illustrations, se dégagent à la fois puissance et faiblesse, joie et désespoir... Parfois issues de la culture pop, ses modèles restent la plupart du temps imaginaires – « car je souhaite explorer quelque chose d’universel et d’ambigu » – et s’accompagnent souvent de tout un bestiaire. « Je me sers d’animaux pour leur portée symbolique : les serpents sont fourbes et manipulateurs, les ours féroces, forts et protecteurs, les lapins prudents, etc. En tant qu’humains, nous possédons tous ces traits, naturellement, que je représente ainsi ». Ruben joue avec les éléments, les folklores anciens et les symboles dans un mélange de techniques traditionnelles et numériques : « j’utilise aussi bien la peinture, le dessin, la photographie et le collage que les programmes digitaux ». Traçant une ligne à visiter : www.rubenireland.co.uk floue entre rêve et réalité.


New Way Warrior.


June.


Four of Hearts.


It Girl.


Hold On.


Lepus.


34 musique


Trisomie 21 Retour vers le no future Texte Julien Damien Photos Martina Peitz / Ph. Levy / O. Lechevestrier

Parfois, il arrive qu’une œuvre marginale survive à toutes les époques. Que des musiciens captent et subliment sans même s’en apercevoir l’esprit de leur temps pour l’immortaliser. La définition du « groupe culte », en somme. Trisomie 21 est de cette trempe-là. Durant les années 1980-90, les frères Lomprez participent à l’émergence d’un courant qu’on appellera plus tard la cold wave*. Philippe, chanteur de cette géniale fratrie synthétique, revient avec nous sur une singulière aventure.

N

ous sommes à l’orée des années 1980. à Manchester, Ian Curtis s’en est allé après avoir posé les fondations de l’ère post-punk. De l’autre côté de La Manche, à Denain (près de Valenciennes), les frères Lomprez ne savent encore rien de Joy Division, mais sont habités par la même envie de « créer une musique différente ». « On n’a jamais avoué d’influences. Avec le «  On a choisi le camp recul on conviendra qu’on faisait de l’anormalité » partie de ce mouvement mais, sur le coup, on n’en avait pas conscience ». Philippe et Hervé n’ont pas 20 ans, « pas d’idoles » et bricolent dans leur coin ce qu’ils peuvent trouver de machines : « Des ordinateurs Atari, des vieux magnétos dont on utilisait les chambres d’échos… ». Leur son est glacial, électronique, la voix sépulcrale de Philippe traverse des textes désabusés chantés en «  anglais bizarre ». Et capture parfaitement leur univers immédiat, totalement sinistré. Denain, frappée par une crise économique sans précédent après la fermeture d’Usinor (6 000 emplois supprimés), qui sonne le glas de la sidérurgie, rappelle le cas de Manchester ou de Détroit : ces villes devenues des appartementstémoins géants pour qui voudrait habiter la fin du monde. >>>

* Plus utilisé en France qu’en Grande-Bretagne où l’on préfère le terme « post-punk ».

Représenté par Joy Division, Bauhaus, The Cure (période The Faith), Siouxsie & The Banshees ...


Apocalypse. « C’était post-industriel, « Si on annonçait la fin du apocalyptique, se souvient Philippe Lomprez. monde, les gens s’amuseraient En réaction, il nous fallait inventer un autre comme jamais, non ? » monde, musical certes, mais qui serait au moins un refuge ». L’art, cette éternelle échappatoire face à une réalité qui déraille. Il se traduit ici par la mélancolie synthétique de La Fête Triste, ode funèbre des machines à la disparition programmée de l’Homme, ou encore à travers le nihilisme et l’urgence de The Last Song, écrite comme « la dernière chanson avant la fin monde ». Mais qui, paradoxalement, s’avère un immortel tube dancefloor. « Logique : si on annonçait la fin du monde, les gens s’amuseraient comme jamais, non ? ». Sans doute. Mais pourquoi avoir baptisé ce groupe ainsi, de l’étrange et dérangeant « Trisomie 21 » ? « La norme ne nous plaisait pas, on a donc choisi le camp de l’anormalité ». Autant dire qu’avec un blaze pareil, impossible de faire carrière. « Ce qu’on ne voulait pas de toute façon ». Pourtant, le succès sera vite au rendez-vous. Trisomie 21 s’affiche comme la figure de proue française de la « cold wave ». Les albums se


vendent par dizaines de milliers. Les concerts s’enchaînent. Une notoriété à l’écart du show-biz, de la TV et des radios qui les fait voyager en Grèce, à Montréal, aux états-Unis, etc. Au Brésil, Breaking Down devient un hit et les frères Lomprez sont accueillis comme des superstars. Toutefois leur label, « Play It Again, Sam » (PIAS), ne se révèle pas leur meilleur soutien : « à l’époque c’était une petite maison. Ça paraît dingue, mais elle n’aimait pas ce qu’on faisait, ne croyait pas en nous... Elle a tout raté, sous-estimé le succès de tous nos albums… ». Indochine. Fatalement, la machine s’essouffle et le duo Album Chapter IV : En 1986 la pochette de Chapter IV connaît un creux au mitan des années 1990. reprend une peinture de C’est finalement Indochine qui les sort de cette Goya, Saturne dévorant un de ses fils, métaphore retraite, en 2001. « Ils avaient adoré La Fête parfaite d’une « société Triste et nous ont proposé de travailler sur devenue cannibale », dixit Philippe Lomprez. Elle est leur nouvel album ». Cette collaboration abouconsidérée comme l’une tit sur Le Grand Secret, qui marque le retour des 500 pochettes qui ont marqué l’histoire mondiale au premier plan de Nicola Sirkis… et le réveil du rock. Du Repos des de T 21. Deux nouveaux albums suivront, mais enfants heureux (1983) à Black Label (2009), aussi des reprises signées d’illustres DJs (The T21 a sorti 25 albums. Hacker, David Carretta). L’ultime concert a lieu au VK* à Bruxelles, en avril 2010, à quelques à visiter / www.trisomie21.tv encablures du Plan K où tout avait commencé. Aujourd’hui Philippe, un temps spécialiste des poissons tropicaux, gagne sa vie comme vendeur en aromathérapie. Hervé est ingénieur du son. à 54 et 52 ans, les frères Lomprez ont-ils tourné la page ? Pas sûr. Il se murmure que quelques maquettes sont déjà bien avancées.

1983

2004

2009


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Comment lancer cette nouvelle édition des Paradis Artificiels sans nous répéter ? Le printemps qui revient, les terrasses et les salles de concerts qui font le plein, l’allusion à Charles Baudelaire, on a tout tenté. Par contre, on n’en fera jamais assez pour souligner la qualité de la programmation de ce festival. De la chanson française jusqu’aux musiques électroniques en passant par le hip-hop ou l’indie pop, on ira tous aux Paradis !

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Superpoze Vous vous demandez encore si la musique électronique a une âme ? 30 ans après son décollage depuis Chicago et Detroit jusqu’à ses dernières ramifications ? énième preuve par l’exemple : Superpoze. Ce batteur de formation fait partie des grandes révélations de l’année. à l’instar de Rone, le Caennais compose des mélodies synthétiques éminemment vivantes, incarnées. Nourri aux productions de Ninja Tune et Warp, il façonne un set libéré de toute frontière de genre. Disons qu’en lorgnant vers le hip-hop expérimental et invitant volontiers un piano ou violon, le Normand suscite la rêverie. Christophe Delorme Superpoze + Koudlam + Buvette : 10.04, Tourcoing, Le Grand Mix, 20h, 19,80>5€ (et aussi : 04.06, Amiens, La Lune des Pirates, 20h30, 13>8€ // 16.05, Bruxelles, Botanique, 19h, 28>22€


Koudlam Puisqu'on évoque Pan European Recording un peu plus loin via Turzi (voir p. 57), voici une autre figure du label français. Sur laquelle, pas de bol, on ne vous dira rien. On pourrait bien sûr vous parler de ses divagations éthyliques electroscandées, de l'irruption du gabber dans la pop, de ses connexions avec l'art contemporain (via Cyprien Gaillard), ou de sa fascination pour les endroits désertiques ou surpeuplés (Benidorm Dream). Ou encore de ses placements discrets dans des spots de pub (L'Oréal, Meetic…). Le mieux, c'est de le (re)découvrir sur scène. Seul, ce mystère vivant envoûte et déroute. Volontiers poseur, le musicien au pseudonyme de Gitan aiguise la curiosité, irrigue la création et irrite la concurrence. Ça tombe bien, il est seul dans sa catégorie. Thibaut Allemand Koudlam + Superpoze + Buvette : 10.04, Tourcoing, Le Grand Mix, 20h, 19,80>5€, www.legrandmix.com

Guts Vous vous souvenez d’Alliance Ethnik ? Après avoir marqué les années 1990 avec des tubes rap « simples et funky », les Parisiens se séparaient en 1999, avec des fortunes diverses. Beatmaker et producteur du groupe, Guts a poussé l’aventure plus loin. Passé par Svinkels puis exilé à Ibiza, il a sorti en fin d’année dernière Hip Hop After All, une collection de pépites old-school qui subliment l’essence du genre (de De La Soul au rap west coast). J. D. Guts + Kacem Wapalek : 21.04, Tourcoing, Le Grand Mix, 20h, 19,80>5€


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Fauve Fauve ? C’est un peu comme si Kyan Khojandi de la série télé Bref s’était reconverti dans la musique (après une longue dépression) : le même débit mitraillette pour décrire le quotidien d’une génération, ses amours, ses galères… Le tout sur une bande-son élégamment minimaliste, entre rock-pop et hip-hop. Erigés comme les nouveaux génies de la chanson française, puis descendus par la même presse trois mois plus tard, les Parisiens s’en foutent et sortent un deuxième album. Bref, Fauve est en concert à Lille. J.D.

Smack My Bitch Up, Firestarter, Poison… autant de riffs enragés qui ont occasionné quelques dégâts dans les années 1990. Ils ont aussi poussé quelques gardiens du temple rock sur le dancefloor. Certes, l’electro-punk de The Prodigy a pris quelques rides. Et leur dernier album ne révolutionnera pas le genre (The Day Is My Enemy). Mais quand même... L’énergie que libère ces canailles reste intacte. Alors ne boudons pas notre plaisir ! J.D. The Prodigy + Cosmo Sheldrake : 19.04, Lille, Zénith, 19h30, 46,10>40,60€ (et aussi : 27.06, Rotselaar, Festival Rock Werchter, 95€)

23.04, Lille, Le Zénith, 19h30, 30€ (et aussi : 12.07, Liège, Festival Les Ardentes, Parc Astrid, pass 1 jour 58€)

Programme 10>24.04, métropole lilloise, www.lesparadisartificiels.fr Autour de Lucie, 10.04, Roubaix, La Cave aux Poètes, 20h, 15€ Shake Shake Go, 10.04, Lille, La Péniche, 20h, 14/13€ Arthur H + Liz Cherhal, 11.04, Oignies, Le Métaphone, 20h30, 21>15€ Les Garçons Manqués (Nicolas Rey + Mathieu Saïkaly), 13.04, Lille, L’Hermitage Gantois, 20h30, 17€ Rae Morris, 14.04, Lille, La Péniche, 20h, 12/11€ (et aussi : 15.04, Bruxelles, Ancienne Belgique, 20h, 15€)

Radio Elvis, 15.04, Lille, La Péniche, 20h, 12/11€ (et aussi : 09.04, Amiens, La Lune des Pirates, 20h30, 13/8€ // 10.04, Dunkerque, 4 écluses, 9/6€) Black Yaya, 16.04, Lille, église Sainte-Catherine, 19h, 18,80€ Agua Roja + Volage, 17.04, Lille, La Péniche, 20h, 12/11€ Paradise Night : Bakermat + Mr. Belt + Wezol + Cleavage + The Tailors, 17.04, Lille, L’Aeronef, 20h30, 28€ Triggerfinger + Rival Sons + Birth of Joy, 18.04, Lille, L’Aeronef, 20h, 27,50€ Palace, 18.04, Lille, La Péniche, 20h, 11/10€

Lonely The Brave, 20.04, Lille, La Péniche, 20h, 12/11€ (et aussi : 18.04, Hasselt, Muziekodroom, 19h30, 18/15€) Floor + Minsk, 22.04, Lille, La Péniche, 20h, 15/14€ Fyfe, 23.04, Lille, La Péniche, 20h, 14/13€ (et aussi : 10.04, Bruxelles, Botanique, 20h, 14>8€) Black M + Youssoupha + Coely, 24.04, Lille, Zénith, 19h30, 39/32€ Hindi Zahra + Julien Perez + The Pirouettes, 24.04, Lille, Le Splendid, 20h, 26,40€


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© Steph Burlot

musique

Jessica 93 Pourvoyeur de clips improbables (cette vidéo de Poison, où on le voit s’empiffrer un kebab pendant 5 minutes) Geoffroy Laporte aka Jessica 93 est surtout l’auteur du son noise / post-punk le plus radical de la scène française actuelle. Voix saturée de reverb, basse en acier, répétition lancinante de riffs sombres… S’il ne révolutionne pas le genre, le Parisien restitue à la perfection les leçons apprises de ses maîtres (Robert Smith période Pornography) et répétées dans son garage de Seine-SaintDenis. C’est tout ? Ah si : précisons que le bonhomme (orchestre) jongle avec tous ses instruments seul sur scène. Prêt pour la séance d’hypnose ? Julien Damien 04.04, Villeneuve d’Ascq, La Ferme d’en Haut, 21h, 7€ // 29.04, Arlon, L’Entrepôt (Les Aralunaires), 20h, 10€ // 13.05, Bruxelles, Botanique (les Nuits Botanique), 20h, 16/13/10€

Hyphen Hyphen

© DR

Petite comète aperçue dans le paysage pop français en 2012 (Major Tom, Baby Baby Sweet Sweet), Hyphen Hyphen repart en tournée pour défendre un premier album aux accents plus synthétiques. Bonne idée, c’est en live que les Niçois aux visages crayonnés délivrent toute leur énergie. Ce trait d’union délirant entre Talking Heads et Phoenix, soutenu par la voix stellaire de Santa, place son auditoire en orbite. Amélie Comby Ricard S.A Live Sessions : Hyphen Hyphen + Jabberwocky + Fuzetta, 02.04, Lille, L’Aéronef, 19h30, gratuit sur résa., www.aeronef-spectacles.com


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Sleaford Mods

Le monde de demain Texte Thibaut Allemand Photo Simon Parfrement

Comme l’aurait dit Winston – à peu de chose près – Sleaford Mods n’a rien d’autre à offrir que du sang, de la peine, de la sueur et de la bile. Avec un tel programme, le tandem venu de Nottingham, à un jet de pierre de… Sleaford, n’aurait pu demeurer qu’un météore, un feu de paille, voire un pétard mouillé. Après sept ans et autant d’albums, on constate que la rage, ça conserve.

O

n n’a pas affaire à des perdreaux de l’année. Jason Williamson, la quarantaine bien tapée, a roulé sa bosse dans pas mal de formations indie rock au début des nineties, boulonnant avec Spiritualized. On l’a même vu tenter sa chance à Los Angeles – pas longtemps : la chaleur ne sied pas à cet Anglais pâlot qui se sera brûlé les ailes et l’épiderme sous le soleil californien. D’Andrew Fearn, en revanche, on ne sait pas grand’chose. Disons que sur scène, c’est le type qui boit sa bière en lançant deux ou trois beats. Bien trouvés, les beats : à la fois rachitiques et hargneux, têtus et bien sentis, ces rythmes détonnent tellement dans le paysage hip-hop qu’un petit malin a qualifié leur son de « kraut-hop ». Genre. Savoir-faire. Marqué par le Wu-Tang Clan comme à peu près tout le monde, Sleaford Mods reste anglais – cet accent des Midlands à couper au cran d’arrêt, ces diatribes sur – en vrac – le chômage, la pop culture et ses stars, l’extrême droite, le capitalisme et, plus globalement, absolument tout ce qui constitue « la société ». En fait, Sleaford Mods doit moins au rap américain qu’à une longue tradition britannique où se croisent de fieffés fielleux tels Mark E. Smith, Half23.04, Bruxelles, Beursschouwburg, 20h, Complet !, www.beursschouwburg.be Man Half-Biscuit ou John Cooper Clarke. 12.07, Liège, Les Ardentes, pass 1 jour Bref, Sleaford Mods incarne le mouton noir 55€, www.lesardentes.be du rap anglais.


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Of Montreal Texte Julien Damien Photo Chad Kamenshine

Quelque part entre le garage, la surf-music et le funk, on trouve Of Montreal. Comme son nom ne l’indique pas, le groupe vient de cette bonne ville d’Athens – Géorgie, USA – là-même où REM a perdu sa religion (la comparaison s’arrête là). La légende veut que Kevin Barnes ait enfanté cette formation dans les années 1990 suite à ses amours contrariées avec une Québécoise. Remercions la dame avec laquelle l’Américain ne vécut pas heureux. C’est un peu à elle qu’on doit cette pop baroque, joyeusement dépressive, l’une des plus excentriques de ces vingt dernières piges (Hissing Fauna, Are You The Destroyer?, Skeletal Lamping). Héraut borderline de l’indie, Barnes a réussi l’exploit de résumer un demi-siècle de l’histoire moderne de la musique en 13 albums (en convoquant parfois les Kinks, les Beatles ou Queen sur un même titre). Si, récemment, sa folie s’est plus facilement exprimée par une tendance à se dépoiler sur scène que sur ses disques, comment rater l’occasion d’admirer l’une des dernières icônes glam ? 26.04, Bruxelles, Botanique, 20h, 17/14/11€, botanique.be


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Flying Lotus

Vision kaléidoscopique Texte Christophe Delorme Photo Tim Saccenti

C

lassé expérimental pour son affiliation à l’éminent laboratoire électronique Warp, Steven Ellison (alias Flying Lotus) est d’abord un artiste libre. Profondément marqué par le jazz de Miles Davis, d’Alice Coltrane (avec laquelle il partage quelques gènes) mais aussi par les transes futuristes de Sun Ra, il est très tôt devenu un virtuose du beatmaking. Depuis 2006, il construit une oeuvre polymorphe, l’une des rares à jouir d’autant de crédibilité auprès des fans de hip-hop, d’electro ou d’indie pop. Et You’re Dead ! , paru à l’automne dernier, pensé comme un concept album conserve cet aspect érudit. Pas étonnant, donc, d’y croiser à la fois Herbie Hancock, Snoop Dogg et Kendrick Lamar. En bonne compagnie depuis le début de sa carrière, il se reconnaît volontiers comme un héritier de l’afrofuturisme mais prêt à 26.04, Bruxelles, Botanique (Cirque Royal), en découdre avec la musique électro19h, 29/26/23€, botanique.be nique (et le hip-hop) d’après-demain.


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Daddy Long Legs

Voix de garage Texte & Photo Rémi Boiteux

Avis aux amateurs de syncopes et saccades ! Un gang d’authentiques bluesmen punk et classe débarque près de chez vous. Leur son semble droit sorti d’une Highway 61 à peine revisitée. Des guitares et harmonicas saturés, mais pas de gras chez Daddy Long Legs : juste l’essence du garage-blues le plus électrique. Le nom vous dit quelque chose ? Vous pensez à des Parisiens alternos ou des Lillois insaisissables ? Raté : ceux-là viennent de Brooklyn. De la pop tordue pour hipsters barbus donc ? Encore tout faux ! Dès les premières notes, furibardes et vintage, plus d’équivoque, l’esprit du garage-blues est ici invoqué et sacrément incarné. Sur scène, le leader qui donne son surnom au groupe – ses guibolles mesurent deux mètres – donne de la voix et du souffle. Son harmonica est une locomotive et le set file à un train d’enfer. Derrière ce showman aux faux airs de Joe Dassin punk et prédicateur, ses comparses Murat Aktürk et Josh Styles exultent, cultivant une élégance rock’n’roll garantie pur jus. « C’est en live qu’on brille vraiment », précisent-ils. Une chance donc que ces festivals à venir à Lessines, Ospel et Groningen ! On s’y prépare en dégustant leurs deux albums comme des rasades de whisky : le séminal Evil Eye on You et l’ébouriffant Blood From a Stone. « On est là pour repousser les limites du blues roots en gardant les éléments crus du punk. Pour cela on a tous les trois une palette d’influences extra-large ». Palette qui explose sur scène en éclaboussant un public 01.05, Lessines, Roots & Roses Festival, 14h, 35/30/17,50/15€, électrifié. Leur but ? « Faire sortir l’animal en www.rootsandroses.be chacun de nous ».


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Toro Y Moi

© Andrew Paynter

Depuis les années 2010, une curieuse épidémie de torticolis frappe la planète. Si les causes sont encore méconnues, on impute une partie de ces maux à un petit Américain au look de premier de la classe. C’est en effet pile à ce moment que Chaz Bundick, alias Toro Y Moi, sortait de sa chambre un nouveau son bricolé sous le bras. Résultat : une production électronique plutôt cotonneuse dressant un pont entre disco et pop dont l’écoute impose le headbanging. Ça fait mal, mais c’est bon. 02.04, Bruxelles, VK, 20h, 19/16€, www.vkconcerts.be

certs Csoén lection Mer 01.04 Skip&Die + Makeda + Jumo Tourcoing, Le Grand Mix, 19h, 12/5e/gratuit Vaudou Game... Lille, L’Aéronef, 20h, 18>8e Les Enchanteurs : Klô Pelgag Noyelles-sous-Lens, C. Culturel Evasion, 20h30, 10/8/6e

Jeu 02.04 Jabberwocky + Hyphen Hyphen + Fuzeta Lille, L’Aéronef, 19h30, Gratuit Amatorski Louvain, Het Depot, 20h, 19/16/14e La Yegros + Umoja... Lille, maison Folie Wazemmes, 20h, 12/8/3e Asaf Avidan Lille, Le Zénith, 20h30, 44,40>33,40e

Ven 03.04 Kolombo + Alex Palmer... Mons, Alhambra, 20h, 11e

Zion Train Bruges, Cactus Muziekcentrum, 20h, 15/12/10/5e

Klone + 7 Weeks... Dunkerque, Les 4 Ecluses, 20h30, 10/7e

Zlang Zlut + Dead Astropilots Roubaix, La Cave aux Poètes, 20h, 12/10/8e

Jessica 93 + Cheshire Cat Villeneuve d’Ascq, La Ferme d’en Haut, 21h, 7e

Mad Professor Beauvais, L’Ouvre-Boîte, 20h30, 18/16/13e

KlangKarussell DJ Set + Chateau Marmont Live... Lille, L’Aéronef, 21h, 22>10e

Les Enchanteurs : Lofofora... Carvin, Salle des fêtes, 20h30, 12/10/8e Manu Dibango Lens, Le Colisée, 20h30, 19>10,10e Mugwump Bruxelles, Beursschouwburg, 22h, Gratuit Justin Martin Lille, Le Magazine, 23h, 10e

Joris Delacroix Lille, Le Magazine, 23h, 15e

Dim 05.04 Cheveu + Michael Forshaw… Charleroi, Rockerill, 18h, 15/13e Arno Bruxelles, Ancienne Belgique, 20h, 30e

Lun 06.04 Sam 04.04 Asaf Avidan Bruxelles, AB, 20h, 34e

Therapy + King Hiss Bruxelles, Ancienne Belgique, 20h, 26e

Dans Dans + Hanggai Dixmude, 4AD, 20h30, 11/9/7e

Mar 07.04

Les Enchanteurs : Raging Fyah Billy-Montigny, Espace Léon Delfosse, 20h30, 10/8/6e

KKC Orchestra + Metapuchka Evin-Malmaison, Salle Dutilleul, 20h30, 10/8/6e


Mer 08.04 Starflam Gand, Vooruit, 19h30, 17,75e Kate Tempest + Unno Lille, L’Aéronef, 20h, 15>5e Les Tambours du Bronx Lille, Le Splendid, 20h, 25,30e

Jeu 09.04 Grand Corps Malade Lille, Théâtre Sebastopol, 20h, 45>33e Sinkane Bruxelles, AB/club, 20h, 15e Massilia Sound System... Noyelles-Godault, Espace Giraudeau, 20h30, 16/14/12e Feu! Chatterton + Radio Elvis Amiens, La Lune des Pirates, 20h30, 13/8e Jeanne Cherhal + Benoît carré Liévin, Centre arc en ciel, 20h30, 13>3e

Ven 10.04 Brain Damage... Bruxelles, Atelier 210, 20h, 13/10e Bénabar Lille, Le Zénith, 20h, 49>20e Dog Eat Dog Courtrai, De Kreun, 20h, 12/9e

Ewert and the Two Dragons Lille, L’Aéronef, 20h, 18>8e Fyfe Bruxelles, Botanique/Witloof, 20h, 14/11/8e Autour de Lucie + Lena Deluxe Roubaix, La Cave aux Poètes, 20h, 15e Superpoze + Koudlam Tourcoing, Le Grand Mix, 20h, 19,80>5e Liesa Van der Aa Hasselt, Cultuurcentrum, 20h, 18/16,50e Magnus + Blaudzun Anvers, Arenbergschouwburg, 20h, 19e Melissmell + Vincent Brusel Arras, Le Pharos, 20h30, 9>3e Rachel et Aurélien Hazebrouck, Musée des Augustins, 20h30, 3/1,50e/grat. Gregory Porter Amiens, Maison de la Culture, 20h30, 32>15e Mustang + Radio Elvis Dunkerque, Les 4 Ecluses, 20h30, 9/6e

Sam 11.04 Saso Bailleul, Musee B. De Puydt, 18h, 20h, 4,20/3,30e/gratuit

Délinquante Méricourt, Eco-quartier du 4/5 sud, 20h30, 10/8/6e Arthur H + Liz Cherhal Oignies, Le Métaphone, 20h30, 21>15e Marianne James Lille, Casino Barrière, 20h30, 37>28e Paula Temple + Alex smoke + Synkro + Renaat Charleroi, Rockerill, 22h, 10e

Dim 12.04 Bal éthiopien Lomme, m.F. Beaulieu, 11h30, Déjeuner & Bal 15e / Bal 5e Nneka Louvain, Het Depot, 20h, 24/21/19e

Lun 13.04 Denai Moore Bruxelles, Botanique/Witloof, 20h, 14/11/8e Godflesh + Vatican Lille, L’Aéronef, 20h, 18>8e

Mar 14.04 Godflesh Bruxelles, Magasin 4, 19h, 12e

Paul Weller

12.04, Bruges, Cactus Club Muziekcentrum, 19h30, 37>27€, www.cactusmusic.be // 18.04, Bruxelles, Ancienne Belgique, 20h, 35€, www.abconcerts.be

© DR

Icône punk avec The Jam dans les années 1970, avant de squatter durablement les charts avec The Style Council, Paul Weller incarne le mod dans toute sa splendeur. Avec 12 albums solo (citons 22 Dreams et Sonik Kicks), le quinqua est une légende vivante en Angleterre mais reste méconnu de ce côté-ci de la Manche. Ces concerts tombent donc à pic pour renouer avec une certaine finesse mélodique, quelque part entre les Kinks, The Small Faces et The Who.


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Baden Baden

© Baghir

Oublions que Baden Baden est le nom d’une station thermale allemande pour nous concentrer sur notre sujet. En l’occurrence une pop mélancolique aux accents plus britanniques que teutons, et chantée dans la langue de Molière comme celle de Shakespeare. Les deux premiers albums de ce trio parisien, affichant une certaine gravité sentimentale évite les débordements larmoyants grâce à des textes poétiques, tout en nuances. 15.04, Bruxelles, Botanique, 20h, 16>10€, botanique.be

Wovenhand Tourcoing, Le Grand Mix, 20h, 19/16/5e

Les Wampas Beauvais, L’Ouvre-Boîte, 20h30, 18/16/13e

THE Prodigy... Lille, Le Zénith, 19h30, 46,10>40,60e

Fest. Les Enchanteurs : Yépa Leforest, Médiathèque B.Pivot, 20h30, 10/8/6e

The Avener Liège, Cas. Fonck, 22h, 18/12e

Groundation + Nahko Bruxelles, Ancienne Belgique, 20h, 27e

Mer 15.04 Wallace Lens, Médiathèque Robert Cousin, 20h30, 10/8/6e Swing Baraquin Esquelbecq, Maison du Westhoek, 20h30, 8/4e

Jeu 16.04

Jeff Mills + Developer Bruxelles, Fuse, 23h, 28>10e

Sam 18.04 Les Paradis Artificiels : Triggerfinger + Rival Sons + Birth of Joy. Lille, L’Aéronef, 20h, 27,50e Selah Sue Anvers, Lotto Arena, 20h, 35e

Godspeed You ! Black Emperor Lille, L’Aéronef, 20h, 26>14e

Airnadette Béthune, Théâtre, 20h30, 16/14e

Roni Size Bruxelles, AB, 20h, 19e

Cats on Trees + Jelly Bean Oignies, Le Métaphone, 20h30, 21>15e

Jungle by night + Umeme Roubaix, La Cave aux Poètes, 20h, 12/10/8e Biga Ranx + Feini-X Crew Mazingarbe, Sous chapiteau, 20h30, 16/14/12e

Ven 17.04 I love Rock’n Pop Lille, Casino Barrière, 19h30, 35e Brel, 30 ans après Hondschoote, Musée municipal, 20h, 5e/gratuit

Year Of No Light + Monarch ! Dunkerque, Les 4 Ecluses, 20h30, 10/7e Jazzy Jeff + Grazzhoppa Charleroi, Rockerill, 22h, 12e

Dim 19.04

Lun 20.04 La Yegros Bruxelles, AB, 20h, 19e

Mar 21.04 Guts Tourcoing, Le Grand Mix, 20h, 19,80>5e Marcus Miller Lille, Théâtre Sebastopol, 20h, 49>37e

Mer 22.04 Moriarty Liège, Caserne Fonck, 19h30, 22/18e Circa Waves Bruxelles, Ancienne Belgique/ club, 20h, 15e Ed Wood Jr. Lille, maison Folie Wazemmes, 20h, 5,50/3,50e

Black Cat Joe + Miss Corina Boeschèpe, Musée de la radio, 15h, 7e

Marcus Miller Bruxelles, Ancienne Belgique, 20h, 33e

Luce & Mathieu Boogaerts Lille, L’Aéronef, 18h, 18>8e

The Growlers + Angel Lille, L’Aéronef, 20h, 18>8e


Jeu 23.04 Fauve Lille, Le Zénith, 19h30, 30e Bénabar Bruxelles, Palais12, 20h, 49>20e Hubert Felix Thiefaine Bruxelles, Cirque Royal, 20h, 51/46/41e

It’s a Trap show : Gnucci + Dj Fly + Anh K + Guest Dunkerque, Les 4 Ecluses, 20h30, 10/7e

Of Montreal Bruxelles, Botanique/Orangerie, 20h, 17/14/11e

Dj Food + Illum Sphere Gand, Vooruit, 22h, 14,75e

Lun 27.04

Sam 25.04

Calexico + The Barr Brothers Bruxelles, Ancienne Belgique, 20h, 30e

Matthew E. White Bruxelles, Ancienne Belgique/ club, 20h, 15e

Fest. Prog Resiste : Happy Jack + Ange + Amanda... Soignies, Esp. Culturel Victor Jara, 13h45, 35,60/30,50e

Red Fang Tourcoing, Le Grand Mix, 20h, 19/16/5e

Loudblast 30 th anniversary Lille, L’Aéronef, 18h, 26>14e

Thomas Fersen Cambrai, Théâtre de Cambrai, 20h, 29>6e

Ven 24.04

Gaëlle Pavie + Hélène Salem Nieppe, Eglise Notre-Dame de Bon-Secours, 20h, Gratuit Moon Duo + Moaning Cities Bruxelles, Botanique/Rotonde, 20h, 17/14/11e

Goran Bregovic Bruxelles, Bozar, 19h, 36/30,6e

The Wave Pictures Lille, La Péniche, 20h, 10/9/5e

Jeanne Cherhal Douai, L’Hippodrome, 20h, 20>9e

Tiken Jah Fakoly Bruxelles, Ancienne Belgique, 20h, 30e

Russian Circles + Helms Tourcoing, Le Grand Mix, 20h, 18/15/5e Skip&Die... Bruxelles, Ancienne Belgique/ club, 20h, 15e Soom T Bruxelles, VK*, 20h, 12/9e

Dim 26.04 Fest. Prog Resiste : Light Damage + Arena + Architect Soignies, Espace Culturel Victor Jara, 11h45, 35,60/30,50e Flying Lotus + Shabazz

San Fermin + Louis Aguilar : 30.04, Amiens, La Lune des Pirates, 20h30, 12/7€, www.lalune.net

www.lm-magazine.com

© Ellis Ludwig-Leone

San Fermin San Fermin, c’est cette fête basque de Pampelune célèbre pour ses lâchers de taureaux. Ça tombe bien, c’est l’idée qui traverse la pop de ce groupe de Brooklyn, symphonique, adepte du lâcherprise. Ici larmes et rires, joies et grandes peines sont habités par un même souffle, portés par une orchestration acoustique, un baryton et deux chanteuses. Comme une grosse bête qui fend la foule. Attention aux coups de cornes.

Palaces + Kutmah Bruxelles, Cirque Royal, 20h, 29/26/23e

Mar 28.04 Sinsémilia Lille, L’Aéronef, 20h, 26,80e

Jeu 30.04 L’objet Tourcoing, Le Grand Mix, 18h, Gratuit Soprano Bruxelles, Forest National, 20h, 38e Unearth + Iron Reagan... Dunkerque, Les 4 Ecluses, 20h30, 12/9e Spirit Catcher + Compuphonic... Charleroi, Rockerill, 21h, Gratuit Catz’n Dogz Lille, Le Magazine, 23h, 10e


56 disques

Disque du mois

Chilly Gonzales Chambers (Gentle Threat/PIAS)

Est-ce de la musique de chambre ? De la pop ? Avec un mélange d’esprit retors et d’évidente simplicité, voici le jeu auquel nous convie Chilly Gonzales. Accompagné du Kaiser Quartett de Hambourg, le Canadien livre un album (presque) entièrement instrumental, qui prolonge et développe ses cours érudits de musique pop. Lui qui, sur sa chaîne YouTube, déconstruit Get Lucky ou Shake it Off pour en dévoiler les mécanismes, signe ici un disque respectant les codes de la musique de chambre tout en s’avérant efficace comme une collection de tubes et empreinte de pop culture. Sample This et Switchcraft s’inspirent du hip-hop, quand Advantage Points rend hommage à John McEnroe ! Et Green’s Leaves s’installe, entêtant comme un refrain sautillant et imparable. Au delà du jeu malin et du challenge artistique, on sent surtout la corde sensible de Gonzo vibrer comme rarement : la mélancolie de Sweet Burden ou d’Odessa emporte, et le sublime Solitaire, où Gonzales se retrouve seul au piano, laisse sans voix. Quand survient la sienne, sur un ultime Myth Me, chantant « singing is the saddest thing », on déclare sans retenue sa victoire. à la McEnroe : technique époustouflante et singulière élégance. Rémi Boiteux

Mew + - (PIAS)

Cousin danois du Odd Blood de Yeasayer, le nouvel album de Mew exhume les éléments ultra-identifiés de la pop la plus surproduite des années 1980 pour les propulser dans les étoiles, en les imprégnant d’une énergie rock primale et d’expérimentations fluo. Comme si Toto ou Europe avaient enregistré de grands disques. Derrière son drôle de titre, + ressemble fort à cette quadrature du cercle pop. Mélange de constructions savantes avec ses virages virtuoses et d’ingrédients sirupeux avec ses arpèges prog-rock et ses voix haut perchées, le cocktail atteint la coolitude que frôle un Phoenix dans ses meilleurs moments, en évitant de justesse la boursoufflure éliminatoire. Car de Mew à Muse il n’y a qu’un son, qui fait toute la différence. Rémi Boiteux


Superpoze

Turzi

Opening (Combien Mille

C (Record Makers / La

Records / Tomboy Lab)

Après avoir superposé les Eps... Superpoze devait réussir l’exercice de l’album. Le jeune Caennais a pris son temps pour répondre aux attentes et offrir ce long format qu’on sent réfléchi, sorte de tour du propriétaire de son talent. Celuici s'avère vaste, et pourra surprendre les fans des entraînants Jaguar ou The Iceland Sound qui l’ont fait connaître. Il s'autorise, plus que jamais, des envolées aux pianos, des ballades (Unlive). Un format plus long pour des couleurs plus sombres donc, et un ton plus grave. Si l'on regrette parfois l’insouciance des débuts, dans le sillage de cette electronica contemplative diffusant son lot d'images fortes, subsiste des compositions plus rythmées. Benjamin Leclerc

Baleine)

Doué pour les jeux de mots (le 45 tours Seven Inch Allah, 2007), en partie responsable de la prolifération du terme « krautrock » pour à peu près tout et n'importe quoi (l'excellent A, 2007), Turzi s'est ensuite recentré sur un baggy sound inspiré (B, 2009) avant un pas de côté électronique guère convaincant (Turzi Electronique Experience, 2011). Avec C, le Versaillais reprend le fil alphabétique. On en espérait beaucoup. Nous voilà bien déçus. En fait, le ténébreux livre un album hommage au space rock (Hawkwind, etc.), glisse un soupçon de Air et de Jarre, et invite la soprano Caroline Villain. C'est très très bien fait, vraiment. Mais ça sonne figé, stérilisé – à mille lieues des productions de son label, Pan European Recording. Thibaut Allemand

Ghostpoet Shedding Skin (Play It Again Sam/Pias)

Shedding Skin constitue le troisième tome des chroniques londoniennes de Ghostpoet, griot moderne sorti de l’ombre à la faveur d’une nomination au Mercury Prize en 2011. Avec les années, la voix d’Obaro Ejimiwe prend les accents fébriles et traînants d’un late Gil Scott-Heron, ce qui n’affaiblit pas son propos, bien au contraire. Désormais entouré d’un live band inspiré et accompagné par quelques voix de choix (Mélanie De Biasio, Nadine Shah…), le trentenaire se glisse avec succès dans les frusques fripées qui allaient si bien il y a encore peu de temps à Tricky, ex-maître ès-pop torturée. Sauf quelques abus d’électricité qui « ampoulent » certains recoins, le Londres feutré de Ghostpoet est toujours passionnant à arpenter. Mathieu Dauchy


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Pulp, a film about life, death and supermarkets

Working Class Heroes Texte Thibaut Allemand Photo Jarvis Cocker, Nick Banks, Candida Doyle, Steve Mackey, Mark Webber in PULP © ZED

Dans les nineties, le débat était binaire : Blur ou Oasis ? Les plus malins répondaient Pulp. À la faveur de la déferlante britpop, Jarvis Cocker et sa troupe firent irruption avant de faire profil bas, jusqu’à un retour très attendu en 2011. Le film traite-t-il de tout cela ? Non, de beaucoup plus : de vie, de mort, et de supermarchés.


De Florian Habicht, avec Jarvis Cocker, Nick Banks, Candida Doyle, Richard Hawley, Steve Mackey, Mark Webber… Sortie le 01.04.

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n s’est souvent ennuyé devant des rockumentaires présentant des producteurs bedonnants sur fond noir ou devant leur table de mixage, répétant à quel point c’était « amazing  » de bosser avec tel artiste, son jeu de guitare étant « incredible ». Un film musical réussi devrait saisir l’essence de l’artiste ou, au moins, proposer un regard subjectif sur son œuvre. Mission accomplie avec ce long métrage signé Florian Habicht. Ce Néo-Zélandais balade sa caméra dans les rues de Sheffield, cité d’origine et ô combien inspirante pour Jarvis Cocker et les siens.

Sheffield Sex City. On peut apprécier ce film en ignorant l’histoire de Pulp. Habicht part du principe que c’est le peuple – ces Common People – qui irrigue la plume de Jarvis Cocker - l’un des plus grands paroliers de l’histoire de la pop. Alors, outre les membres du groupe, Habicht interroge des fans attendant le concert du come-back (le 8 décembre 2012 à la Motorpoint Arena), se promène dans le marché couvert (où Jarvis, lycéen, vendait du poisson le weekend). Enfin, on se souviendra longtemps de cette septuagénaire expliquant qu’elle préfère Pulp à Blur : « Les mélodies et les paroles sont bien meilleures. J’aime la pop qui fait réfléchir. » Oui, nous sommes bien en Angleterre.


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The Wrong Mans

Absolutely british Texte Florian Koldyka Photo Screengrab © BBC

Série

Deux collègues devenus amis se découvrent un goût insoupçonné pour l’aventure. Rappelant Bored to Death ou Mais qui a tué Pamela Rose ?, les péripéties de The Wrong Mans projettent des personnages ordinaires et attachants au beau milieu de conspirations hautes en couleurs.

S

am Pinkett mène une vie (trop?) tranquille. Son travail l’ennuie, surtout depuis sa rupture avec Lizzie Green, sa supérieure. Cet urbaniste étourdi se réveille groggy d’une soirée de débauche au cours de laquelle son vélo a été volé. Rejoignant alors son travail à pied le long d’une route de campagne, une voiture surgit et part en tonneaux. Après l’arrivée des secours, il s’apprête à quitter le périmètre accidenté lorsque le portable présumé de la victime sonne... Au bout du fil, des ravisseurs menacent de tuer une femme. Abasourdi, Sam se confie à la bonne pâte Phil Bourne, chargé de distribuer le courrier de l’entreprise. Boute-en-train, la tête de turc du bureau se cherche des occupations... et un ami. Et quoi de mieux que les mic-macs de malfrats pour se sentir vivant ? Les acteurs-scénaristes Mathew Baynton (Sam) et James Corden (Phil) (auteurs de Gavin & Stacey) co-écrivent cette production de la BBC Two, élégamment réalisée. Les courses-poursuites nombreuses garantissent une intensité de tous les instants au cours des six épisodes. Au rocambolesque de coutume, la série préfère un humour absurde distillé au compte-gouttes. Soit le levier idéal d’un De (et avec) James Corden et Mathew équilibre entre les enjeux dramatiques et les Baynton, à partir du 02.04, 20h50, Arte, 6 épisodes ressorts comiques.


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© Luminor

© Roland Jalkh

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BIFFF

Goodnight Mommy

Envie de quitter le monde réel ? Précipitez-vous à la 33e édition de cet illustre festival. Ici fantastique ne rime pas forcément avec gore, « Bambi, c’est aussi du fantastique », nous confirme l’organisation. La sélection (75 films) mêle ingénieusement avant-premières, classiques, perles de série B voire Z. Cette année, le Brussels International Fantastic Film Festival met à l’honneur la production argentine tout en accompagnant celle de notre vieux continent via l’inauguration d’un « marché européen du film de genre ». Mais, comme le dit l’échevin bruxellois du tourisme : « La force du BIFFF c’est son public ». Les spectateurs affectionnent l’ambiance déconnante de la manifestation. Au détour de la buvette, chacun peut participer aux Zombifff’lympics, concourir au « lancer de colonne vertébrale », avant de perdre la tête au traditionnel bal des vampires. Monstrueux ! Amélie Comby

Plus de 25 ans après Faux-Semblants (Cronenberg), deux jumeaux subissent l’horreur psychologique. Dans une maison ultra-moderne isolée au milieu des champs, Lukas et Elias, 10 ans, attendent le retour de leur mère. Mais lorsqu’elle réapparaît, froide et distante, la tête recouverte de bandages suite à une opération, ils remettent en question son identité. Adoptant le point de vue des enfants, la mise en scène des Autrichiens Veronika Franz et Severin Fiala scrute la dislocation des liens familiaux d’un œil à la fois contemplatif (le film baigne dans un onirisme inquiétant) et clinique. La tension monte progressivement, le malaise vire à la séance de torture mentale. Le duo de réalisateurs confie : « Nous voulions faire un film sur le monstre qui se trouve en chacun de nous, et qui en même temps nous glace le sang ». Mission accomplie. Audrey Jeamart

07.04>19.04, Bruxelles, Bozar, www.bifff.net/fr Synthétis workshop, 08>09.04 // Concours Body painting, 08>16.04 // Zombifff Lympics, 11.04 // Bal des vampires, 18.04

De Veronika Franz et Severin Fiala, avec Elias Schwarz, Lukas Schwarz, Susanne Wuest… Sortie le 22.04


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DVD

Au champ d’honneur Texte Thibaut Allemand Photo Lies Willaert / VRT

Réalisée par Jan Matthys, cette série de dix heures dépeint les destins tourmentés d’une famille de notables gantois, les Boesman, prise dans la Première Guerre mondiale. Lui, gynécologue, s’arrange avec l’occupant, quand ses deux fils sont dans les tranchées – l’un de bon cœur, l’autre malgré lui. Et les femmes dans tout ça ? Elles sont fortes. Très fortes. Mme Boesman fait preuve d’une résistance passive mais ô combien efficace, quand sa fille se bat pour devenir médecin. Comme toute fresque qui se respecte, on trouve une histoire d’amour, des trahisons De Jan Matthys, avec et des coups de théâtre, jusqu’à la paix, forcément Lize Feryn, Matthieu Sys, Wietse Tanghe, amère – les Gueules cassées, cette impression de gâBarbara Sarafian, Wim chis, d’inutilité…. Surtout, Au Champ D’Honneur (In Opbrouck (4 DVD, Editions Montparnasse, 25€) Vlaamse Velden, en VO) est filmé au plus près des acteurs – on plonge dans les tranchées comme dans les couloirs de l’Université de Gand. On découvre l’horreur de l’occupation allemande, mais aussi la naissance du sentiment national flamand ou la condition des femmes – sans complaisance. Saluons enfin le talent des acteurs – tous convaincants – pour nous faire revivre ces heures sombres, « héroïques » et tragiques, qui accouchèrent du xxe siècle dans la douleur.


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Scarabée sacré, 2011, bronze, 38 x 42 x 76 cm Photo : Pat Verbruggen © Angelos bvba


Jan Fabre Serviteur de la beauté Propos recueillis par Julien Collinet Photo Stephan Vanfleteren

Dans le cadre de Mons 2015 se tient une exposition majeure à Namur. « Facing Time » organise la rencontre entre deux artistes sulfureux, séparés par près de 150 ans : le Namurois Félicien Rops et l’Anversois Jan Fabre. Ce dernier voit ses installations monumentales se déployer aux quatre coins de la ville.  Performeur, sculpteur, chorégraphe, dramaturge… il bâtit depuis plus de trente ans une œuvre dense, iconoclaste et inspirée. S’il a pu choquer, notamment avec cette pièce de 2004 où des danseuses urinent sur scène, il reste un artiste mondialement reconnu pour sa capacité à mêler tradition et modernité. Rencontre avec un monument de l’art contemporain. Comment est née cette exposition ? C’est la directrice du musée Félicien Rops qui en a eu l’idée. J’avais déclaré dans une interview que si je devais voler une œuvre dans un musée, ce serait Pornocratès de Rops. Les choses ont ensuite pris de l’ampleur. Et aujourd’hui, je découvre l’exposition achevée.


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Comment a-t-elle été montée ? La commissaire de l’exposition, Joanna De Vos, a eu totale liberté pour choisir mes oeuvres et celles de Félicien Rops. Il s’agissait de confronter deux époques et deux artistes différents. Comment avez-vous découvert Félicien Rops ? C’est un artiste majeur dans mon parcours. Quand j’avais 18 ans, je venais régulièrement à Namur pour jouer au casino. C’était le seul établissement en Belgique où on pouvait manger à la table de jeu ! à cet âge j’étais un dingue de Blackjack. Je pouvais rester des heures à jouer aux cartes, tout en m’empiffrant de tartines de filet américain (rires). Un jour, j’ai tout de même eu la curiosité de pousser la porte de l’ancien Musée Rops, et ça a été un choc.

« Si je devais voler une œuvre dans un musée, ce serait Pornocratès de Rops »

Jan Fabre, Cross with Snake, II, 2012, 74 x 39,5 x 29,7 cm, Jewel beetle wing-cases on wood, stuffed animal © Angelos bvba

Félicien Rops, Pornocratès, 1878, gouache, aquarelle, pastel rehaussé d’or sur papier, 75 × 48 cm. Fédération Wallonie-Bruxelles, en dépôt au musée Félicien Rops. Province de Namur.


Qu’est-ce qui vous plaît tant chez lui ? Il faut savoir que dans les années 1970 personne ne connaissait son œuvre. à l’époque son travail paraissait trop conceptuel. On n’y voyait que de l’abstraction. Mais Rops est un artiste fantastique, qui a une imagination incroyable. Il a fait preuve d’une telle subversion... Son potentiel est infini. Il vous a beaucoup influencé ? Enormément. On le voit très bien dans les œuvres sélectionnées ici. Rops s’intéressait beaucoup à la sensualité, à l’aspect érotique du corps humain et à ses fluides aussi.

Jan Fabre, The Escape of the artist II-13, 2008, 17,6 x 12,6 cm, Crayon HB et crayon de couleur sur papier photographique © Angelos bvba, Photo : Pat Verbruggen

Comme vous… Oui. Depuis tout jeune je suis fasciné par ces questions. Dans mon travail on retrouve toutes ces prises de risque. J’avais déjà réalisé des dessins avec mon propre sang dès 1977 et avec mon sperme à la fin des années 1980. Rops était un chevalier solitaire. C’est un artiste qui n’a jamais été à la mode ou respecté. Il a toujours été seul. Tandis que vous, vous bénéficiez d’une renommée internationale… La chance est le seul juge ! Que ressentez-vous devant cette exposition qui place vos œuvres, séparées par près de deux siècles, face à face ? Cela montre que l’époque n’a que très peu d’importance. L’identité des artistes est beaucoup plus forte. Et puis c’est une grande fierté. L’exposition s’étend dans de nombreux points de la ville. Cela crée une plateforme au service de la beauté et de la discussion.


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Comme lui, pensez-vous représenter un « art belge » ? Oui, je suis un artiste typiquement belge ! Ma mère était une francophone catholique, mon père un flamand communiste. Il m’a emmené dans la maison de Rubens tandis que ma mère m’a appris à aimer Baudelaire. Je profite de la richesse de la culture de ces deux langues. Pour autant, l’art belge affiche une grande singularité, notamment une ironie omniprésente. Comment parvenez-vous à jongler entre vos différentes activités (art visuel, chorégraphie, réalisation, etc.). Toutes ces pratiques se nourrissent-elles les Jan Fabre, Facing Time © Attilio Maranzano, 2015 unes les autres ? Le dessin et l’écriture sont à la base de tout. Les croquis, les petits dessins, deviennent ensuite des sculptures, des installations. J’utilise ensuite le média le plus adapté pour exprimer mon idée (sculpture, théâtre...). Mais peu importe les supports. Ils sont uniquement au service de la beauté. Je suis un serviteur de la beauté. Je suis prêt à me mettre à genoux pour elle. Existe-t-il d’autres artistes avec qui vous aimeriez monter une exposition similaire ? Oui, et je vais bientôt le faire ! Une grande exposition est prévue à SaintPétersbourg en 2016. Ce sera un dialogue avec Rubens et Van Eyck. Avez-vous d’autres projets ? Je suis obnubilé par une création mondiale qui verra le jour les 27 et 28 juin à Berlin, « Mount Olympus ». Ce sera une performance de 24 heures inspirée de la tragédie grecque avec 30 interprètes sur scène.

Rops / Fabre - Facing time - Jusqu’au 30.08, Namur, Musée Félicien Rops, Maison de la Culture, La Citadelle et les rues de Namur, L’église SaintLoup, Le Théâtre royal de Namur, 10/5€/grat, www.ropsfabre.be


Félicien Rops, La Peinture érotique, s.d., eau-forte sur papier, 36,7 × 54,8 cm. Musée Félicien Rops. Province de Namur

3 questions à

Bernard-Henri Lévy Pour apporter encore un peu plus de lumière à l’événement, les organisateurs ont invité l’homme à la chemise blanche. Le philosophe anime une conférence avec Jan Fabre. Pourquoi vous intéressez-vous à Félicien Rops ? J’ai écrit un roman sur Baudelaire. Il dit que Rops est le seul véritable artiste qu’il ait connu durant la fin de sa vie. Rops fut le témoin de la crise cérébrale qui frappe Baudelaire dans l’église de Namur. Cette attaque a une conséquence considérable sur la fin de son œuvre. Quel regard portez-vous sur le travail de Rops ? C’est un artiste qui n’est pas de son époque. Il avait une liberté et une insolence érotique qui était invisible par ses contemporains. J’imagine sa très grande solitude. Il choquait la bourgeoisie. Cette exposition a l’opportunité de le remettre à la place qu’il mérite. C’est également le cas de Fabre ? Fabre jouit d’une reconnaissance méritée, mais il y a des gens qui ne le comprennent pas. La transgression n’est pas plus facile à une époque qu’à une autre. Les tabous ne sont pas les mêmes. Le sexe ne l’est plus mais la mort, oui, et elle est très présente chez Fabre.


73 exposition

Willy Verginer Nature humaine Texte Julien Damien Photo Ciüria de foies, 2014, lindenwood, acrylic color, 179 cm // Sospese dal fumo, 2014,lindenwood, acrylic color, 188x48x49cm © Egon Dejori

C’est en lisant LM Magazine que Valérie Formery a découvert Willy Verginer. Comme nous, la conservatrice du musée Ianchelevici a été fascinée par les sculptures en bois réalistes et expressives de cet artiste italien. à travers Théâtre de l’absurde, elle lui consacre une exposition qui redéfinit les contours de notre quotidien.

C

e qui frappe d’abord, c’est le réalisme de ces statues. Façonnées à échelle humaine, elles semblent plus vraies que nature. « On s’attend presque à les voir s’animer », confie Valérie Formery. Une maîtrise technique héritée de la tradition séculaire des sculpteurs sur bois de la vallée de Gardena, dans le nord de l’Italie, d’où Willy Verginer est originaire. Celuici définit la forme générale de ses œuvres à la tronçonneuse – d’après modèles vivants – avant de l’affiner. Puis vient le travail de la couleur, caractéristique du style de cet artiste qui se considère surtout comme un

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Willy Verginer, Outdoor Sculpture In Progress.

Tra idilico e realtà, 2014, lindenwood, acrylic color, iron, 160x60x120cm.

peintre : « C’est la partie la plus importante de mon travail. Elle ne souligne pas simplement la narration, mais remet tout en question » .

TL linëus, 2011, lindenwood, acrylic, led, 174cm.

« La sculpture descend de son piédestal »

Satire. La mise en scène absurde achève de plonger chacun dans un univers poétique, mais aussi satirique. Car Verginer questionne (raille ?) notre rapport à la nature et à la société. Comme cet homme en costume-cravate, attaché-case à la main, assis à l’envers sur un âne… « Est-il à contresens de ce qu’il est censé faire de sa vie ? », s’interroge la commissaire. Le parcours de l’exposition retrace en 25 pièces l’évolution de l’art du Transalpin, jusque dans « la maison de l’arbre », où des constructions monumentales traduisent ses préoccupations écologiques. « Chez lui, la sculpture descend de son piédestal. On quitte la statuaire classique pour le domaine de Jusqu’au 14.06, La Louvière, Musée l’installation ». Au milieu de Ianchelevici, mar>ven, 11h>17h, sam>dim, 14h>18h, 3/2/1,50€/ ces créations, le visiteur rejoint grat-12ans, www.ianchelevici.be lui-même le dispositif.


Maquettes de costume pour « L’Oiseau de feu » d’Igor Stravinski © Chagall // L’anniversaire, 1915 © The Museum of Modern Art, New York. photo : Scala, Firenze - ® SABAM, Belgium 2015

Que la lumière soit ! Après un passage par Milan, une grande rétrospective consacrée au peintre Marc Chagall a débuté à Bruxelles. L’occasion de se plonger dans l’œuvre d’un artiste sensible au regard souvent optimiste et poétique. Plus de 200 peintures, dessins, collages et même costumes y sont réunis. Nul besoin d’en faire trop. L’œuvre si riche de Chagall et l’acuité de son regard sont mises en valeur par une scénographie dépouillée. Dans cette rétrospective, « il s’agit de montrer le parcours complet de l’artiste », explique Michel Draguet, le directeur général des Musées royaux des beaux-arts de Belgique (MRBAB). Et cela à travers plus de 200 pièces issues tant du fonds des MRBAB que de collections russes, de la succession du peintre ou de grands musées. « Chagall n’a, sans doute, jamais été autant d’actualité, selon Michel Draguet. En ces temps d’obscurantisme qui regardent vers notre passé le plus sombre, alors que l’Europe atone glisse vers le pessimisme, il nous offre une leçon de vie et d’optimisme ». Et d’ajouter : « Il y a urgence à voir Chagall. Ou le revoir d’un regard neuf. » Que ce soient ses peintures à l’huile, ses dessins, ses collages et même quelques costumes réalisés pour des opéras. Il faut s’imprégner de ces couleurs et de ce regard « utopique et solaire ». De ses premières œuvres russes à la thématique de la culture juive en passant par celles illustrant les Fables de La Fontaine, placées à portée de regard Rétrospective Chagall - Jusqu’au 28.06, Bruxelles, des enfants, l’artiste témoigne de Musées royaux des beaux-arts de Belgique, mar>ven 10h>17h // sam>dim 11h>18h, 17,50€ (le w-e) son siècle tourmenté à travers un /14,50/12,50/8,50/ 7,50€/ grat-5ans, prisme lumineux. Marie Tranchant www.expo-chagall.be


Cercles, 1969 / Jet de pierre, structures ouvertes, 1962 © Musée départemental Matisse, Le Cateau-Cambrésis ©ADAGP © Photo Florian Kleinefenn

Geneviève Claisse

Creuser l’abstrait Pourquoi copier le réel ? La photographie et le cinéma s’en chargent parfaitement. Née il y a un siècle, l’abstraction géométrique offre une nouvelle vision du monde matériel que l’art figuratif ne peut plus rendre. Ici, point de références à la nature : la forme, la ligne et la couleur deviennent un langage universel, popularisé par Auguste Herbin et son alphabet plastique. Le Musée Matisse consacre une autre grande figure de cet art : sa petite-nièce, Geneviève Claisse. Née en 1935 dans le village de Quiévy, comme Herbin dont elle se découvre parente sur le tard, Geneviève Claisse a toujours eu du monde la même vision : géométrique. « écolière, j’étais déjà abstraite », dit-elle. Son œuvre non-figurative tourne autour du cercle et du carré, qu’elle contracte, éclate, combine ou dont elle efface le trait pour ne laisser que la trace. Une rigueur mise en mouvement par l’utilisation de couleurs pures – puis le noir et blanc – dans un équilibre entre discipline et liberté artistique. Geneviève Claisse cherche, non pas à copier le monde, mais à le recréer. Y déposant ses émotions dont « beaucoup de joie », selon Patrice Deparpe, commissaire de cette exposition. Après Herbin puis le Lillois Dewasne, le Musée Matisse célèbre celle qui lui donna 12 œuvres. Ce parcours en rassemble 80, « des premiers croquis réalisés dans les années 1950 jusqu’aux pièces les plus récentes ». Pour l’occasion, l’artiste a conçu 18.04>20.09, Cateau-Cambrésis, une installation in situ, en forme de cercle, qui perMusée Matisse, ts ls jrs sauf mar, 10h>18h, 5/3€/gratmet de découvrir son travail par le début ou la fin. Le 18 ans, museematisse.lenord.fr temps, lui aussi, est remis en question. Julien Damien


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Monument aux morts

Christian Boltanski Textes Julien Damien Photo Le Manteau, 1986 © Christian Boltanski

18 ans après Les Registres du Grand-Hornu, Christian Boltanski réinvestit le MAC’s pour livrer une nouvelle métaphore plastique de ses obsessions : la mémoire, la disparition… Une partition qu’il réinterprète inlassablement à travers une œuvre monumentale, protéiforme et humaniste. Visite guidée en compagnie de l’un des plus grands artistes de notre temps.

L

a salle des pendus est moins une exposition qu’un voyage intérieur vers des rivages qu’on aimerait ne jamais atteindre. Le temps qui passe et détruit tout, l’oubli, la mort… Ces thèmes hantent Christian Boltanski depuis bientôt 60 ans. Articulées entre elles sur 5 000 mètres carrés, les 15 pièces présentées au MAC’s n’ont pourtant « C’est un objet rien d’une rétrospective. Elles forment une seule œuvre, indivisible, radicale et unique qui ne sera conçue spécialement pour le Grand-Hornu. « C’est un objet unique qui, fin août, plus jamais visible ne sera plus jamais visible », prévient-il. Si le parcours offre – comme toujours chez Boltanski – une multiplicité de lectures, l’artiste a d’abord voulu y exprimer « la destruction de la vie, de l’humain ».

L’effacement progressif. Ce chemin débute devant Les Registres du GrandHornu, œuvre emblématique de cette « mythologie de l’individu » que le Français a réalisée pour le MAC’s en 1997. Dans une pénombre presque religieuse, 3 500 boîtes de fer blanc et rouillées couvrent l’immense mur de l’ancien magasin au foin. Sur chacune d’elles, un nom de mineur, parfois assorti d’une photo, comme un mémorial – « nommer >>>

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quelqu’un, c’est lui donner la dignité d’être humain ». Au pied de ces Registres, des manteaux posés sur des tréteaux de bois et doués d’une parole synthétique questionnent le visiteur : « Dis-moi, comment estu mort ? »… Et l’on comprend que tout cela va disparaître. Que la présence de l’Homme va s’estomper à mesure que l’on progresse dans cette œuvre orchestrée avec des vêtements, bouts de tissus, lumières et sons. « L’humain peut beaucoup, mais ne peut rien contre le temps qui avance continuellement », annonce notre hôte. Paradoxalement, c’est au rythme d’un cœur qui bat que se poursuit le voyage. Un fond sonore qui naît du centre du parcours, pour l’inonder. « Ce sont à la fois des battements cardiaques et, en même temps, le bruit d’une usine ». Voici une autre interprétation de l’œuvre, plus sociétale : « le mineur, et l’Homme, détruits par la machine et le travail ». Fantômes. Boltanski joue sa partition avec des procédés déjà employés ailleurs*, mais qu’il réarrange pour épouser l’iden-

Les Registres du Grand-Hornu, 1997 © Ph. De Gobert

*au Grand Palais (Paris) avec Personnes ou sur l’île de Teshima, au large du Japon, à travers Les Archives du Cœur.


tité du site, un ancien charbonnage. Ainsi cet espace impressionnant qu’il nous faut maintenant traverser fait référence au vestiaire des mineurs, qui surélevaient leurs vêtements pour les mettre à l’abri des rats et du vol. Ici, des dizaines de manteaux – d’hommes, de femmes et d’enfants – sont suspendus et animés par un système mécanique, nous frôlant de leur présence fantomatique et glaçante. Ils nous poussent vers notre destin (la mort) révélé au centre d’une ultime salle par un immense tas de vêtements noirs, bouleversant charnier de tissu vidé d’humanité. Celui-ci évoque aussi le terril, qui figure, au bout du compte, tout ce qu’il reste du mineur, dont le nom a disparu... Le temps, ou la machine, ont fait leur œuvre. Et tout effacé. Né en 1944 d’une mère chrétienne et d’un père juif, Christian Boltanski reste profondément marqué par la Seconde Guerre mondiale. Face à ce grand mont sombre et universel, il confie : « je ne vous cacherai pas qu’une interprétation possible est la Shoah ». Dans La salle des pendus, chacun puise en lui pour trouver sa vérité. C’est le propre de l’art.

Jusqu’au 16.08, Hornu, Musée des arts contemporains, mar>dim, 10h>18h, 8/5/2/1,25€/ grat - 6ans, www.macs.be

Vue d’exposition © Ph. De Gobert

Après, 2015 © Christian Boltanski / Mirjam Devriendt / Mac’s


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Modern Love

La mode 2.0 Texte Julien Damien Photo Modern Love

Impression 3D, vêtements personnalisés, motifs au laser… De fil en aiguille, la mode défile à l’heure du numérique. Les pionnières du genre se nomment Sarah Arnett et Kim Hunt. Ces Anglaises ont installé pour un an leur bureau de création – Modern Love – au cœur de la Cité de la Dentelle et de la Mode pour nous dévoiler leurs sources d’inspiration, secrets de conception ou modes de production. Quels liens se tissent entre nouvelles technologies et tradition dans l’univers du design textile et vestimentaire ? Si le « fait-main » trouve toujours sa place, c’est bien grâce à l’ordinateur que les dessins prennent ici vie. Des pièces de la collection printemps-été 2015 de cette maison britannique jalonnent le parcours de l’exposition, qui nous invite aussi à Jusqu’au 31.12, Calais, Cité de la Dentelle jouer les apprentis-designers en postant et de la Mode, tous les jours sauf mardi, 10h>18h, 5/3,50€, www.cite-dentelle.fr, nos œuvres via un blog dédié. Alors, qui blog de l’expo : www.textileadventures.com sera le Jean Paul Gaultier 2.0 ?


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© Le Lombard, 1977-2015

exposition

L’Univers de Thorgal Dans les années 1970, le Rideau de Fer divise l’Europe. Le dessinateur Grzegorz Rosinski, alors résident polonais, ne peut se déplacer mais rêve d’une collaboration avec le scénariste belge Jean Van Hamme. La censure communiste étant un obstacle indépassable – comme en témoignent leurs échanges épistolaires – ils choisissent de donner vie à une œuvre apolitique et atemporelle. Ainsi naît le plus célèbre des vikings : Thorgal, guerrier courageux, idéaliste. Ce chef-d’œuvre d’héroic fantasy (d’abord publié dans Le Journal de Tintin) fait l’objet d’une exposition fascinante au Centre belge de la bande dessinée. On y découvre les secrets de fabriJusqu’au 06.09, Bruxelles, Centre belge de la bande cation (planches, croquis, etc.) et les délicates dessinée, lun>dim, 10h>18h, 10/8/6,50/3,50€ (- 12 ans), circonstances de la création du fils du peuple www.cbbd.be des étoiles. Amélie Comby


88 théâtre exposition & danse

Show 85 Men Summer 2014, Dries Van Noten © Ann Vallé

Agenda

Dries Van Noten / Inspirations Le créateur de mode anversois dévoile ses sources d’inspiration en réunissant des œuvres d’art issues de collections publiques et privées, mais aussi des photos, pièces de couture, de la musique... D’une vitrine à l’autre, chaque thématique est l’occasion d’une explosion de couleurs, d’un dialogue entre une étoffe et un extrait de film, d’un clin d’œil à une œuvre majeure de Rothko ou Picasso autant qu’à des références de la culture populaire. Anvers, jusqu’au 19.07, MoMu, mar>dim, 10h>18h, 8/6/3€/ gratuit -18 ans, www.momu.be

RECIF 2, une traversée

Garry Winogrand

à travers la découverte des paysages maritimes, de la Manche à l’Antarctique, Simon Faithfull bouleverse notre perception de l’espace et du temps. Au centre de cette rétrospective consacrée à cet artiste britannique, Reef plonge le spectateur au cœur du Brioney Victoria. Un bateau de pêche de 32 tonnes qu’il a fait couler au large de l’Angleterre. Devenue récif artificiel, l’épave se transforme peu à peu. Un univers parallèle fascinant.

Cet artiste new-yorkais (1928-1984) est connu pour son approche à la fois esthétique et documentaire de la photographie. Woman are beautiful met en exergue son travail sur la femme, dans sa beauté quotidienne, au naturel et sans fard : des courbes que des vêtements peinent à cacher, des seins sous un simple débardeur, un corps nu dans un lac, un sourire, un regard… La sensualité du corps féminin s’expose discrètement.

Calais, jusqu’au 22.06, Musée des beaux-arts, mar>sam, 10h>12h, 14h>18h // dim, 14h>18h, 2/1,50€/ gratuit -5 ans, www.calais.fr

Charleroi, jusqu’au 17.05, Musée de la Photographie, mar>dim, 10h>18h, 7/5/4€/ grat -12 ans, www.museephoto.be

Luc Tuymans - Suspended Si Luc Tuymans est l’une des figures emblématiques d’une nouvelle génération de peintres figuratifs, il s’est aussi consacré à l’estampe. Fasciné par le monde des images, l’Anversois « s’attache à les réduire jusqu’à n’être plus que la trace ou la mémoire d’elles-mêmes », selon Catherine de Braekeleer, directrice du Centre de la Gravure de la Louvière, qui nous fait découvrir ici une nouvelle face de ce travail passionnant. La Louvière, jusqu’au 10.05, Centre de la Gravure et de l’Image Imprimée, mar>dim, 10h>18h, 7€> grat -12 ans, www.centredelagravure.be


90 théâtre exposition & danse

Agenda

Art Garden Un lapin géant, une statue monumentale de Superman en train de fondre... D’étranges créatures investissent la Gare Saint-Sauveur en ce début de printemps. Elles sont l’œuvre de la jeune scène artistique de Singapour. Présenté dans le cadre du festival « Singapour en France » à l’occasion du 50e anniversaire des relations diplomatiques entre ces deux pays, ce travail se distingue par sa dimension fantastique et ludique.

Once Upon A House, 2010 © DAWN NG

Lille, 15.04>06.09, Gare Saint-Sauveur, mer>dim, 12h>19h, gratuit, www.lille3000.eu

Van Gogh au Borinage

Sebastian Diaz Morales

L’exposition phare de Mons 2015 s’articule autour d’une étape décisive de la vie de Van Gogh. Le Hollandais arrive dans la région en 1878 en tant que prédicateur protestant pour évangéliser les communautés rurales. Mais ce séjour de deux ans amène une vraie remise en question. Van Gogh décide de se consacrer à son art. Et peint ce qui restera l’un de ses sujets de prédilection : la vie ouvrière dans sa réalité brute.

Entre cinéma et art contemporain, Sebastian Diaz Morales bouscule notre perception du réel et de la fiction. Il nous invite à imaginer notre propre vision du monde à travers six films qui laissent filtrer une indéniable poésie, mais aussi une dimension politique. Avec Ficcionario, le vidéaste argentin signe sa première exposition monographique en France, au Fresnoy, où il fut étudiant. Un retour renversant.

Mons, jusqu’au 17.05, BAM, mar>dim, 10h>18h, 15/12/3€, www.bam.mons.be

Tourcoing, jusqu’au 26.04, Le Fresnoy, mer, jeu, dim, 14h>19h // ven, sam, 14h>20h, 4/3€, www.lefresnoy.net

Aloïse Corbaz en constellation Aloïse Corbaz (1886-1964) demeure une figure essentielle de l’art brut : internée dès 1920, la Lausannoise a multiplié les écrits et les dessins. Vivement colorés, ces derniers étaient minuscules (et cousus entre eux) ou gigantesques, tels les 14 mètres de son Cloisonné de Théâtre, autour duquel s’organise cette exposition. Le parcours présente d’abord ses écrits avant de se conclure avec des relectures de ses œuvres par des créateurs contemporains. Villeneuve d’Ascq, jusqu’au 10.05, LaM, mar>dim, 10h>18h, 10/7€/ grat -12 ans, www.musee-lam.fr

Toutes les expositions de l’Eurorégion sur www.lm-magazine.com


SPECIAL

Juin - Juillet Ao没t 2015

Nord

+33 (0)6 67 21 87 09 pub@lm-magazine.com

de

France Belgique


92 thÊâtre & danse


Robyn Orlin L’effet papillon Propos recueillis par Marie Pons Photos Robyn Orlin, 2011 © Peggy Jarrell Kaplan / At the same time…© Shush Tenin / In a world full of butterflies… © Thomas lachambre

Robyn Orlin est en guerre depuis les années 1980. La turbulente chorégraphe née en Afrique du Sud met en scène des pièces aux titres en forme d’énigmes, véritables manifestes politiques bourrés d’humour et de sous-entendus. Contre l’héritage colonial et l’exclusion, elle fait danser les corps – noirs, blancs, gays – avec panache. Avant la présentation de deux spectacles dans notre région, rencontre avec une artiste instinctive, drôle et irrévérencieuse. Au risque de se faire bousculer. En quoi votre vie en Afrique du Sud a-t-elle influencé votre travail ? J’ai grandi durant l’Apartheid, dans une famille concernée par ce qui se passait dans le pays. J’ai été engagée politiquement très tôt. On dit souvent que vous dérangez… Je dis ce que je pense et défends concrètement mes idées… ce qui dérange certains sûrement. On déteste ou on adore mon travail, voilà (rires). >>>


94 théâtre & danse

L’humour est-il une arme efficace ? Oui, c’est la meilleure façon de critiquer. Si les gens parviennent à rire d’eux-mêmes, c’est déjà ça de gagné. Parlons de At the same time…* Comment la rencontre avec les danseurs de l’école des sables au Sénégal s’est-elle déroulée ? C’était à la fois très riche et difficile. J’ai senti que je ne pouvais pas être aussi acerbe que d’habitude, car j’étais étrangère. Bien que je sois Africaine je ne comprenais pas assez bien leur culture pour lui imposer mon grand cynisme (rires). Quel est le sujet de cette pièce ? Elle parle du corps en Afrique et des Africains le célébrant. On explore les différentes couches qui nous constituent, jusqu’à toucher l’intimité profonde. J’ai voulu que ces hommes me parlent de leurs corps, et ils ont évoqué des choses enfouies. Un sujet revenait sans cesse : la cérémonie sénégalaise du faux-lion.

« Je suis en colère contre le regard porté par l’Occident sur les Africains  »

En quoi consiste-t-elle ? Les hommes se déguisent en faux-lions mais aussi en femmes et s’engagent dans une danse endiablée, très belle. Les faux-lions parcourent le public pour débusquer ceux qui n’ont pas payé de billet d’entrée – souvent les enfants – et les pointent du doigt, gentiment. C’est très espiègle et les lions sont effrayants ! Cela apprend aux enfants à se confronter à leurs peurs. Utilisez-vous cette cérémonie dans la pièce ? Oui, de manière plus parodique, dansée de façon complètement dingue et drôle. Mais plutôt que de houspiller les enfants, on interagit avec le public.

*At the same time we were pointing a finger at you, we realized we were pointing three at ourselves : « Au moment où nous avons pointé

un doigt vers toi, nous avons réalisé que nous en pointions trois vers nous-mêmes. »


Le titre du spectacle est énigmatique, que signifie-t-il ? Pointer quelqu’un du doigt est un geste très violent. Avant de faire de grandes déclarations, on ferait mieux d’y réfléchir à deux fois. « Pointer du doigt » c’est aussi faire un doigt d’honneur ? Vous avez raison. Je suis en colère contre le regard porté par l’Occident sur les Africains. Dans ce cas c’est plutôt « fuck you » qui me vient à l’esprit. Mais j’essaie toujours de passer par l’humour, pour que le message soit moins brutal. Je crois aussi que plus on vieillit, et plus on fait attention à dire aimablement aux gens d’aller se faire foutre (rires). >>>


96 théâtre & danse

Comment l’autre pièce que vous présentez actuellement est-elle née : In a world full of butterflies…** ? J’étais à New-York le 11 septembre et cela m’a profondément marquée. Pendant longtemps je n’ai pas pu regarder une seule image de ces événements... Puis je suis tombée sur cet homme chutant depuis le World Trade Center en flammes, comme Icare. J’ai trouvé ça à la fois poétique et terrible. La pièce a commencé là. Et ensuite ? « Le monde change à Je me suis inspirée de la métamorphose de la chenille une vitesse folle. C’est en papillon. Un état de transition, semblable à une série fascinant et effrayant en de chutes avant l’envol. Les deux interprètes m’ont parlé même temps » de leur peur de chuter dans la vie. Elisabeth Bakambamba Tambwe a évoqué le fait d’être une Africaine vivant en Europe, et Eric Languet d’être un danseur classique qui adore surfer. Le résultat prend la forme de deux solos, très différents l’un de l’autre, mais tout aussi drôles. Qui sont les « chenilles » et les « papillons » du titre ? Les chenilles, ce sont par exemple les femmes noires dont parle Elisabeth, tombées en disgrâce à un moment dans leur vie : Nina Simone, Naomi Campbell, Billie Holiday… Alors qu’Eric est à l’opposé : il ne pense qu’à s’envoler, à être un papillon ! Pour cela, je l’ai habillé d’un tutu et de pointes. Quels sont vos projets ? J’examine toujours l’Histoire pour voir comment elle résonne aujourd’hui, notamment en Afrique du Sud, depuis la fin de l’Apartheid. Et puis je vais avoir soixante ans cette année, je veux prendre le temps de faire les choses. Le monde change à une vitesse folle. C’est à la fois fasciAt the same time…,08>09.04, Lille, L’Opéra, nant et effrayant. 20h, 23>5€, www.opera-lille.fr

** In a world full of butterflies, it takes balls to be a caterpillar…some thoughts on falling : « Dans un monde rempli de papillons, il faut des couilles pour être une chenille… quelques réflexions sur la chute… »

One hour with Robyn Orlin, 10.04, Roubaix, Théâtre de L’Oiseau-Mouche/Le Garage,19h, gratuit sur résa. au +33 (0) 3 20 20 70 30, www.gymnase-cdc.com In a world full of butterflies…, 14.04, Armentières, Le Vivat, 20h, 21/14/7€, www.levivat.net.


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Aurélien Bory Dialogue avec la gravité Texte Marie Pons Photos Aglae Bory / Mario Del Curto

Aurélien Bory invente des mondes parallèles stupéfiants, aux pans inclinés et à la perspective inversée. Chacune de ses mises en scène navigue entre acrobatie et poésie pure, qu’il s’agisse d’une pièce impliquant un chapiteau (Géométrie de caoutchouc) ou pour 12 artistes chinois et sept blocs de bois de 100 kilos (Les 7 planches de la ruse). Avec Plexus, il tisse un portrait tout en nuances de la danseuse Kaori Ito, au sein d’une gigantesque toile d’araignée. Renversant.


L

e metteur en scène s’exprime avec calme lorsqu’il retrace le chemin qui l’a mené de ses études en sciences - en acoustique architecturale - à la découverte du cirque. Il en garde un goût prononcé pour la physique, source d’inspiration première de son travail : « Je crée un théâtre physique dans tous les sens du terme : je m’intéresse autant aux corps qu’aux lois physiques qui régissent l’espace du plateau ». C’est en poussant la porte de l’école du Lido à Toulouse qu’il entre dans le monde du spectacle. Il y apprend le jonglage, la mise en scène, fait des rencontres décisives. Et frappe fort dès 2003 avec Plan B, premier succès d’une trilogie sur l’espace qui forge son style, où quatre acrobates-jongleurs défient la gravité en jouant avec la perception visuelle du spectateur.

Géométrie. Depuis la création de la Compagnie 111 en 2000, Aurélien Bory manifeste un génie pour la scénographie. Il compose avec une géométrie fascinante, mais toujours traversée par des corps en mouvement. Chacune de ses pièces réserve une série de contraintes aux interprètes. Autour d’une idée-force, il cherche le maximum de configurations pour bousculer le cadre originel. « Il s’agit de confronter l’homme à quelque chose qui le dépasse, dit-il. De


définir son rapport au monde ». Ain« Je crée un théâtre si, dans Les 7 planches de la ruse, monté en Chine en 2007, les artistes physique dans tous les de l’Opéra de Dalian circulent entre sens du terme » les pièces d’un jeu de tangram géant (aux 2 000 combinaisons possibles) et orchestrent un ballet où le moindre geste risque de démolir l’ensemble. C’est en admirant ces acrobates évoluer entre ces immenses blocs noirs que Kaori Ito envisage de travailler avec le Toulousain. Rencontre au sommet. Kaori Ito est Japonaise, danseuse émérite qui a fait ses armes chez Preljocaj, Alain Platel et James Thierrée. « J’ai eu envie de créer quelque chose spécialement pour elle », se souvient Aurélien, qui a entamé la réalisation de portraits sur-mesure avec Qu’estcequetudeviens ? pour Stéphanie Fuster, en 2008. « Ce qui m’intéresse c’est de regarder comment une personne peut se déployer en un paysage. D’explorer son espace intérieur pour le donner à voir ». Pour écrire Plexus, il puise dans l’histoire de Kaori Ito : « Elle a quitté le Japon à 18 ans pour danser, une vraie rupture dans sa vie. J’ai travaillé sur cette perte, ce déplacement ». Il réalise alors >>>


102 théâtre & danse

« son double, une marionnette à son effigie. Je lui ai dit : « voilà ton professeur de danse ». On la manipulait avec des fils, Kaori a adapté ses mouvements, sa pesanteur. Ensuite, j’ai seulement gardé les fils pour concevoir un espace  ». Ombre et lumière. L’architecture de Plexus se bâtit comme un réseau, une forêt de cinq mille fils où la danseuse flotte, tente de se déplacer. Un décor qui s’écrit en clair-obscur : « L’ombre est très importante au Japon. Elle enveloppe des esprits, c’est inquiétant, évanescent ». Fluette silhouette évoluant tout en grâce, Kaori Ito s’y révèle tour à tour présence fantomatique et pantin désarticulé. La pièce reflète son monde intérieur et l’espace dans lequel elle lutte pour trouver sa place. « Elle y est enfermée comme à l’intérieur de son propre corps ». Elle se débat lentement, suspendue entre ciel et scène. D’une certaine manière, c’est aussi un anti-portrait, un efface01>02.04, Bruxelles, Les Halles de Schaerbeek, 20h30, 18>9€, www.halles.be ment progressif de l’inter21>22.04, Arras, Théâtre d’Arras, mar, 20h30, prète. Et une réflexion sur mer, 20h, 20>9€, www.tandem-arrasdouai.eu la condition humaine.


105 théâtre & danse

Pelléas et Mélisande

Le temps retrouvé Texte Julien Damien Photo L’astrolab*

Commentant son décrié Pelléas et Mélisande, Claude Debussy écrivait : « Je travaille à des choses qui ne seront comprises que par les petits enfants du xxe siècle ». Nous y voilà. Plus de 100 ans après, l’ Atelier Lyrique de Tourcoing reprend son unique opéra achevé, ressuscitant la version originelle.

L’

histoire ? Lors d’une partie de chasse, Golaud, prince du royaume d’Allemonde, se perd dans la forêt et découvre la belle Mélisande*, en pleurs. Sans rien savoir d’elle, il l’emmène dans son château et l’épouse. Celleci y rencontre le demi-frère de Golaud, Pelléas. Les deux jeunes gens tombent amoureux. Golaud s’en aperçoit et tue Pelléas. Mélisande meurt peu après en accouchant… à partir de cette pièce du Gantois Maurice Maeterlinck, parue en 1893, Claude Debussy compose un opéra tellement novateur qu’il fait scandale dès sa Première, le 30 avril 1902, à Paris. Symbolisme. « Ici, il n’y a pas d’air. Simplement un discours chanté au lieu d’être parlé, mais abondamment illustré par un orchestre qui devient un personnage à part entière, éclaire Jean-Claude Malgoire, directeur musical de l’ALT. C’est une révolution dans l’art lyrique. Encore aujourd’hui, il y a une modernité qui peut effrayer les mélomanes ». Debussy, en quête d’un équilibre parfait entre les mots et la musique, est parvenu à créer un univers surnaturel, propre au symbolisme incarné par Maeterlinck. « C’est de la poésie au théâtre, le règne de l’imaginaire, qui relève d’un surréalisme bien avant l’heure ». D’où le parti pris du metteur en scène, Christian Schiaretti, de cultiver l’épure. « En suggérant plutôt qu’en démontrant », glisse-t-il. Jouée avec des instruments d’époque, débarrassée des interludes, cette version tourquennoise s’annonce fidèle à celle que Debussy avait imagi19, 21 & 23.04, Tourcoing, Théâtre née : en totale rupture. municipal Raymond Devos, mar & jeu, *Interprétée par Sabine Devieilhe, récompensée d’une Victoire de la musique classique en 2015.

19h30 // dim, 15h30, 45>6€, www.atelierlyriquedetourcoing.fr


106 théâtre & danse

Revue Ravage

Mort d’un homme politique

Q

uand deux icônes de la culture flamande sont réunies, l’œuvre enfantée ne peut être qu’explosive. Ce nouveau texte de Tom Lanoye mis en scène par Josse De Pauw interroge les limites du pouvoir. Joris van Gils (Josse De Pauw), Président et leader charismatique du parti socialiste, est désormais un vieil homme fatigué. La fin approche. Surtout que les sondages ne lui sont pas favorables. Au sein même de ses rangs on le pousse vers la sortie. Mais Joris, vaniteux, ne veut pas quitter ses fonctions… Autour de lui, l’épouse délaissée, le fils héritier, la maîtresse, le rival politique ou le spin doctor ne lui laissent aucun répit. Sur scène, un bigband dirigé par Peter Vermeersch, personnifie le public, l’électorat… et soutient les chants des comédiens dans cette fresque mordante.* Julien Damien * La pièce est en néerlandais, sous-titrée en français. 01>04.04, Gand, NTGent, 20h, 33,50 >12,50€, Complet le 04.04, www.ntgent.be // 21>25.04, Bruxelles, Théâtre National, mar, jeu, ven, sam, 20h15, mer, 19h30, 20>11€, www.theatrenational.be

Josse De Pauw © Danny Willems


109 théâtre & danse

Les Turbulentes # 17

Sur les pavés, de l’art Texte Julien Damien Photo L’homme qui perdait les boutons © Circpanic // Les Philébulistes © Ian Grandjean

C’est le cauchemar du journaliste : le marronnier. Ce sujet qui revient chaque année, réclamant un angle neuf. En la matière, les Turbulentes font office d’exception. Théâtre, danse, cirque, marionnettes… la 17e édition du festival des arts de la rue de Vieux-Condé jongle avec les propositions. Du coup, le problème est inverse : comment choisir parmi une trentaine de spectacles qui rivalisent d’ingéniosité ?

T

oute une ville en guise de théâtre, une scène sans murs et le ciel pour plafond. Les possibilités de création qu’offrent les arts de la rue sont sans limites, sauf celles de l’imagination. Et les 200

artistes qui ré-enchantent durant un week-end cette ancienne cité minière du Valenciennois n’en manquent pas. « De l’Art, de l’Air », annonce la 17e édition de ce festival reconnu dans tout l’Hexagone. Les Philébulistes l’ont bien


Juste avant que tu ouvres les yeux © Olivier Bardina

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noté. Dans Hallali ou la 5e de Beethov’, cinq acrobates ont inventé une machine à voltige de 10 mètres de haut à partir de laquelle ils redéfinissent les contours de la discipline (le trapèze, la barre fixe...). Au-delà de la performance, cette pièce traite avec poésie du moment qui précède la mise à mort de la proie (d’où l’utilisation du terme « hallali », emprunté à la chasse). « Les arts de la rue mêlent naturellement les genres, et sont par essence innovants », affirme Virginie Foucault, directrice du Boulon, l’association qui organise l’événement.

roule dans la ville. Trois acteurs jouent en marchant derrière, énumèrent nos pensées à l’heure du réveil quotidien. Au cours du périple, la chaussée s’offre à eux, dans un long travelling arrière, métaphore du cours de notre existence. De la réflexion, de l’humour certes, mais aussi de l’émotion, au détour d’une rue, où la compagnie de la Vache Bleue nous conte l’histoire d’une vieille dame qui a tout oublié et se fabrique des souvenirs – une vie – avec les objets qu’elle trouve dans sa valise… Loin de la brève de trottoir !

En camion. Pas convaincus ? Alors citons Juste avant que tu ouvres les yeux, de la Ktha Compagnie. Dans ce « spectacle à 3,5 km/h » en partie créé au sein du Centre national des arts de la rue vieuxcondéen*, le public est installé sur des gradins à l’arrière d’un camion qui

* Label obtenu en septembre 2013, le Boulon est le seul CNAR au nord de Paris

01>03.05, Vieux-Condé, divers lieux, ven, à partir de 19h, sam & dim, à partir de15h, gratuit, programme complet sur www.leboulon.fr Hallali ou la 5e de Beethov’ : 01 & 02.05 // Juste avant que tu ouvres les yeux : 01, 02 & 03.05


112 théâtre & danse

Le P’tit Monde Texte Amélie Comby Photo Moby Dick © Jean Louis Fernandez

E

t si on emmenait les enfants au théâtre ? D’accord, mais pas pour applaudir un conte naïf pour la énième fois. Aucun problème : Le P’tit Monde propose des pièces qui mêlent jeux d’acteurs et théâtre d’objets, tout en s’appuyant sur de grands textes (Moby Dick, Dédale). L’affiche retient autant les histoires alléchantes, sur fond de chocolat ou de muffins que celles, plus graves, évoquant la disparition (Les trois petits vieux qui ne voulaient pas mourir). Dans 14.04>24.04 Hazebrouck, Centre André Malraux, Salle des Augustins, Centre tous les cas, les thèmes sont traités avec d’animation du Nouveau Monde // Merville, délicatesse, pour inciter les plus jeunes à Espace culturel R. Hossein, divers horaires, 7/5/4€, www.centreandremalraux.com réfléchir et à accepter l’autre. Cette anProgramme : A quoi ça sert un livre ?, Cie Par née, l’événement interroge aussi la notion dessus bord / A. Denis ; Un chien dans la de lecture. à quoi ça sert un livre ? Aude tête, Théâtre du Phare / O. Letellier ; Dédale, Cie Monotype / J. Aillet ; Vy, Michèle Nguyen ; Denis et Florence Masure répondent aux Les trois petits vieux qui ne voulaient pas mourir, Cie Par dessus bord / A. Denis ; La bambins accompagnées d’un violoncelle. vie de Smisse, Cie Voix Off / D. Bouvet ; Papa Assis par terre, chacun apprend que lire, est en bas, Cie La clinquaille ; Le temps des muffins, Théâtre Magasin / J. da Silva ; Moby c’est ressentir, frémir, mais aussi imagiDick, Cie The party / M. Cruciani ner et créer… tout un p’tit monde !


114 théâtre & danse

Agenda

Robot ! Blanca Li

Robot ! © Laurent Philippe

Robots, machines, ordinateurs… les technologies envahissent notre quotidien. Dans cette chorégraphie, Blanca Li explore nos relations survoltées avec ces « entités » électroniques, mais aussi ses limites. Sur scène, les danseurs entament un ballet hybride, drôle et poétique, avec des automates (dont le très humanoïde NAO) et se débattent avec leur humanité. Jusqu’à la redéfinir ? 04.04, Béthune, Théâtre municipal, 20h30, 16/14€ // 07.04, Roubaix, Colisée, 20h30, 39>8€

Le Triomphe de l’amour

Le bruit des os qui craquent

Marivaux / Michel Raskine

Suzanne Lebeau / Cie Tourneboulé

La princesse Léonide veut conquérir le cœur d’Agis, un prince déchu qui vit reclus chez un frère et une sœur philosophes. Ceux-ci lui ont enseigné les vertus de la raison et Agis demeure rétif à l’amour. Qu’à cela ne tienne ! Léonide se travestit en homme et devient Phocion pour pénétrer cette maison, et parvient à séduire tout le monde. Cette mise en scène très moderne de Raskine mêle les époques et sert une version enlevée de la cruelle comédie de Marivaux.

Elikia et Joseph, 13 et 8 ans, viennent de s’échapper du camp de rebelles qui les avait contraints à prendre les armes, dans un pays indistinct en proie à une guerre civile. La pièce raconte leur fuite en pleine forêt, à la recherche d’un village allié. Joseph est animé par l’espoir. Elikia est elle dévorée par la violence qu’elle a subie. Le sujet des enfants-soldats est traité à travers une scénographie jouant sur la suggestion et les symboles.

07>10.04, Villeneuve d’Ascq, La Rose des Vents, 20h, sf jeu, 19h, 21>10€ // 15>17.04, Dunkerque, Le Bateau Feu, mer & jeu, 19h, ven, 20h, 8€

08, 09 & 10.04, Béthune, Comédie de Béthune, 20h, sf jeu, 18h, 20>6€, www.comediedebethune.org

La fin du monde est pour dimanche François Morel

Un vieil homme philosophe avec son petit-fils en regardant l’aurore. Une femme parle à la photographie de Sheila en la remerciant d’exister. Un envoyé spécial de France Bleu Judée couvre en direct la naissance du divin enfant... François Morel imagine des tranches de vie surréalistes dans une ambiance de fin du monde. Il peint un portrait drôle et poétique de l’humanité. 09.04, Roubaix, Colisée, 20h30, 35>8€ // 11 & 12.04, Calais, Le Channel, sam, 19h30, dim, 17h, 6€


116 théâtre & danse

Orphelins Agenda

Dennis Kelly / Patrice Mincke

Orphelins © Yves Kerstius

Liam rentre chez sa sœur Helen le visage couvert de sang. Pourquoi ? A-t-il réellement aidé un jeune blessé sur le trottoir, comme il le prétend ? Ses explications sont contradictoires... Ce huis-clos familial met le spectateur mal à l’aise, posant la question : « Qu’aurais-je fait ? ». Sur fond de violences urbaines, ce thriller psychologique interroge l’intimité d’une famille et les rapports entre la morale et le droit. Jusqu’au 11.04, Bruxelles, Théâtre de Poche, 20h30, 18>1,25€, www.poche.be // 28.04, Ottignies - Louvain-la-Neuve, Centre culturel, 20h30, 15>10€, www.poleculturel.be/fr // 21.05, La Louvière, Le Palace, 20h, 17>14€, www.ccrc.be

Paradis Lapsus

Cirkopolis

Pierre Rigal / Cie Dernière minute

Cirque Eloize / MeS D. St-Pierre / J. Painchaud

Un homme et une femme ne parviennent pas à s’entendre, et donc à s’aimer. Une fée-entremetteuse essaye de régler le problème mais génère des lapsus ! à partir de ce mot qui signifie « trébucher » en latin, Pierre Rigal entraîne ses deux danseurs dans une chorégraphie où les corps se dérèglent. Aux absurdités verbales répondent les faux-pas physiques. Entre danse hip-hop, chant et théâtre, ce spectacle qui s’adresse aux enfants autorise tous les lâcher-prises.

Entre cirque, théâtre et danse, cette compagnie québécoise redessine les contours du genre depuis plus de 20 ans. Dans Cirkopolis, le Cirque Eloize nous plonge dans une mégalopole rétro-futuriste qui écrase les individus, (tel Brazil de Terry Gilliam). Dans une ambiance music-hall des années 1930, voltigeurs, et jongleurs défient cette monotonie (dictature moderne ?) via moult prouesses acrobatiques, et une bonne dose de fantaisie.

13.04, Arras, Théâtre, 20h, 8€, www.tandem-arrasdouai.eu

15>18.04, Roubaix, Colisée, 20h30, 39>8€, www.coliseeroubaix.com

Penthesilea

Heinrich von Kleist / Pascal Dusapin

Dans la mythologie grecque, Penthésilée, reine des Amazones, affronte Achille lors de la Guerre de Troie. Celui-ci en tombe amoureux lorsqu’il la tue. Quand le dramaturge Heinrich von Kleist s’empare de cette histoire d’amour et de haine en 1808, il inverse le rapport : c’est Penthésilée qui tue Achille, le dévorant. Voilà qui a inspiré la musique furieusement émotive du 7e opéra de Pascal Dusapin. Jusqu’au 18.04, Bruxelles, La Monnaie, jeu, sam, mar, 20h, dim, 15h, 125>12€, www.lamonnaie.be


04.04 - 21 h

Jessica 93 + Cheshire cat (Concert dark rock)

11.04 - 10 h - 22 h

Play’it Convention (Ouverture du Play’it festival, festival de jeu vidéo métropolitain)

21.04 - 19 h

Ciné-soupe (Par les Rencontres Audiovisuelles 1h20 de films courts - Dès 8 ans)

26.04 - 17 h

Quand je serai petit (Spectacle musical par la Cie Illimitée - Dès 6 ans)

10.05 - 15 h 45 & 17 h

Rouge...

Inventions pour opéra et pots de peinture (Spectacle jeune public par la Cie Une autre Carmen - Dès 12 mois)

26.05 - 21 h

Disappears + John Doe (Concert rock)

30.05 - Dès 14 h

Portes ouvertes du collectif Plateforme

268 rue Jules-Guesde 59650 Villeneuve d’Ascq Tél : 03 20 61 01 46 facebook.com/fermedenhaut.vda www.villeneuvedascq.fr/feh


Agenda

118 théâtre & danse

Happy Slapping Thierry Janssen / Alexandre Drouet  Happy Slapping © Yves Houtmann

Happy Slapping conte les errances de trois ados (Spielberg, Lucas et Coppola) qui passent leur temps à filmer des défis idiots. C’est surtout une sombre vision de notre société, et le regard de la jeunesse sur celle-ci. Fin des utopies, violence froide, cynisme permanent… Mêlant dialogues habités, monologues dérangeants et utilisation parcimonieuse de la vidéo, voici un réquisitoire noir et féroce. 21.04, Bruxelles, Bozar, 12h40, 8/6€ // 22>24.04, Mouscron, Centre Marius Staquet, 20h30, sf jeu, 19h30, 18>6€

Lucrèce Borgia

Bossemans et Coppenolle

Victor Hugo / David Bobée, Cie Rictus

Paul Van Stalle et Joris d’Hanswyck / David Michels

Pour ses débuts sur scène, Béatrice Dalle ne pouvait rêver meilleur rôle que celui de la fascinante Lucrèce Borgia. Cette pièce de Victor Hugo narre la rencontre à Venise entre l’empoisonneuse et son fils Gennaro, né d’un inceste. David Bobée dynamite cette fresque d’une mise en scène « rock’n’roll ». Les comédiens circassiens évoluent sur un sol gorgé d’eau entre des solos live du guitariste Butch McKoy. Un grand moment de théâtre pop et métaphorique.

Georgette et Joseph s’aiment. Mais voilà, leurs parents (surtout leurs mères) sont fans d’équipes de foot rivales : l’Union St-Gilloise et le Daring. Avec toutes les querelles que cela suppose et le risque de ruiner ce mariage… Écrite en 1938, cette pièce de boulevard, parodie de Roméo et Juliette selon ses auteurs, est un sommet du genre. Et fait la part belle au « zwanze », cet humour gouailleur typique de Bruxelles, tout en exagération et autodérision.

22.04, Maubeuge, La Luna, 20h, 11/8€, www.lemanege.com

22.04>17.05, Bruxelles, Théâtre des Galeries, 20h15 (& 15h, sam 02.05 & dim), 25>10€, www.trg.be

Yo Gee Ti

Mourad Merzouki / Cie Käfig

Imaginez des danseurs transformés en aiguilles à tricoter... Pour ce faire, Mourad Merzouki a collaboré avec le styliste taïwanais Johan Ku. Le chorégraphe imagine des danses qui révèlent leur beauté dans le mouvement d’ensemble. Rideaux de fils que les interprètes tressent ou lèvent en vagues, lumières projetées sur des corps ondulants, Yo Gee Ti joue avec l’illusion d’optique, créant un formidable objet organique (Yo Gee Ti, en chinois). 24.04, Dunkerque, Bateau Feu, 20h, 8€, www.lebateaufeu.com

Tous les spectacles de l’Eurorégion sur www.lm-magazine.com


120 littérature

Salon du Livre d’Arras

Des livres et nous Texte Julien Damien Photo Antoine Repessé

Tandis que la liberté d’expression nous est servie comme un fromage (qui s’accompagne d’à peu près n’importe quoi : un vin rance, une salade électorale démagogique) l’association Colères du Présent n’a pas attendu les massacres de janvier pour se réclamer de l’esprit Charlie. Cabu, Charb ou Tignous furent d’ailleurs des habitués du salon du livre d’Arras. Loin de favoriser un sentiment d’accablement, l’actualité tragique a renforcé le caractère engagé de cette 14e édition.


Cela démarre fort, avec la rencontre entre Edwy Plenel et le juge anti-mafia de Palerme, Roberto Scarpinato. Il s’agit là de mettre au jour les relations kleptocrates entre le pouvoir (politique, financier) et la criminalité. « Ce magistrat est une icône de la résistance, il est sous protection policière depuis 20 ans, voyage en avion blindé. Ce sont ces figures-là qu’on veut entendre » confie François Annycke, le coordinateur de l’événement. Colères du Présent valorise en effet la critique sociale et l’expression populaire. « C’est un salon politique. Au delà des clivages droite-gauche, on aborde des sujets qui interrogent notre société. Et qui nous concernent tous » insiste notre hôte. Série noire. Une volonté de sortir la littérature des lieux « moquettés » qui se traduit via quatre thèmes. « C’est la crise disent-ils », « La gauche, le peuple et l’Europe », ou encore le roman noir, à l’occasion des 70 ans de la mythique Série Noire. Parmi la soixantaine d’auteurs invités, on attend Caryl Férey (Zulu) ou l’Italien Angelo Pellegrino, veuf de Goliarda Sapienza, papesse du genre. Et puis la grande question, sous forme d’autopsie de notre démocratie : « Pourquoi faut-il une presse

libre ? ». Entre deux débats, des ateliers invitent chacun à concevoir son propre Charlie Hebdo. Allez hop ! Les mains dans le cambouis.

30.04>02.05, Arras, Grand’Place, divers lieux, gratuit, www.coleresdupresent.com 30.04, Rencontre entre Edwy Plenel et Roberto Scarpinato, théâtre d’Arras, 19h // 30.04, Rencontre avec Angelo Pellegrino, Lille, librairie VO, 36 rue de Tournai, 19h // 01.05, Atelier « Faites votre Charlie », Arras // 01.05, Tables rondes au Cinémovida, Arras, 11h30 : « Pourquoi faut-il une presse libre ? », 14h : « Les 70 ans de la Série noire », 15h30 : « C’est la crise disent-ils », 17h : « La gauche, le peuple et l’Europe ».


122 littérature

Au large de L’Histoire

La pensée en mouvement Texte Thibaut Allemand Photo © Marie-Claude White

Passionnant mais totalement déroutant, cet essai revisite les xixe et xxe siècles à leur périphérie. Naviguant entre les époques et les écoles, Au large de L’Histoire est une gigantesque errance. Géographique, historique, philosophique… poétique, aussi. Drôle d’ouvrage. Est-ce de l’histoire, de la philosophie, de la poésie ? Un peu de tout cela. Kenneth White développe ici son concept de géopoétique. Les définitions sont nombreuses, on retiendra celle-ci : « la création d’une synthèse entre le monde extérieur et soi, soi et le monde extérieur recréés dans un troisième objet qui est une synthèse ». Le philosophe, ancien disciple de Gilles Deleuze, se penche ici sur les questions de la modernité (et sa fin supposée), de l’errance, du nomadisme, mais Kenneth White, Au Large de aussi des lieux, de l’habitat. Se côtoient Stefan Zweig l’Histoire, éd. Le Mot & Le et les penseurs sanskrits, Walt Whitman et Heidegger, Reste, 347p. 25€ Rimbaud et Hölderlin, Marx et Rilke. Plus qu’un étalage stérile, l’érudit éclaire les travaux picturaux de Malevitch à la lumière de Nietzsche et du biologiste D’Arcy Thompson. C’est une affaire de ponts jetés entre divers savoirs et disciplines. Cependant, en s’appuyant sur le rapport à la nature et sur des penseurs, artistes ou philosophes appartenant à l’avant-garde, White n’évoque jamais les rapports sociaux qui traversent, agitent et font avancer le monde. On peut le regretter. Nous étions cependant prévenus : l’Ecossais se situe « au large » de l’Histoire.


124 littĂŠrature


BD

Glenn Gould, une vie à contretemps Texte Thibaut Allemand Photo Dargaud

Glenn Gould (1932-1982) fut-il la première superstar de la musique classique ? Non, il y eut Franz Liszt, entre autres, dont les prestations déclenchaient l’hystérie. Cependant Glenn Gould fut comparé à James Dean et déchaîna foudres et passions. Pourquoi ? C’est ce que tente de dévoiler Sandrine Revel. Qu’on soit ou non familier de l’œuvre du Canadien, on plonge dans l’étrange existence de ce virtuose asocial, hypocondriaque, maniaque et… fan de Petula Clark ! Flash-backs, scènes oniriques, interventions de contemporains (Von Karajan, Bernstein…), la narration tordue n’égare jamais le lecteur, séduit par ce trait en feutre et pastel. Enfin, Revel pose un dernier regard subjectif via une sélection commentée des œuvres en fin de (bel) ouvrage. >>>

SANDRINE REVEL Glenn Gould, une vie à contretemps (Dargaud) 128p., 21€


126 littĂŠrature


128 livres

Livre du mois

François Bégaudeau La Politesse (Verticales)

Une fois surmontée l’épreuve de la page blanche, achevée la recherche de subventions et atteint le graal de la publication, vient l’étape de la promotion pour tout écrivain cherchant à dépasser le succès d’estime. Au prétexte de souvenirs rassemblés pour sa nièce, le narrateur dépeint les coulisses de cette inévitable « promo », plus ou moins exotiques selon que vous serez David Foenkinos – ici archétype du romancier populaire – ou un semi-inconnu confondu dans le taxi avec un animateur de France 2. Si les premières pages de La Politesse (dont la ressemblance phonétique avec La Délicatesse ne saurait être fortuite) agacent, c’est que l’auteur d’Entre les murs entretient le trouble sur la nature du « je ». Interview expéditive sur une radio prestigieuse ou lecture devant six retraités et 10 chaises vides dans une médiathèque de province, on devine les anecdotes vécues, exagérées et re-compilées dans cet ouvrage qui flingue avec un mépris délectable le monde littéraire. Quittant peu à peu le terrain du journal de bord pour glisser vers le roman, François Bégaudeau montre alors l’étendue de son talent, entre autres grâce à une déconstruction syntaxique et une oralité savamment orchestrées. 304 p., 19,50€. Marine Durand

Julien Péluchon KENDOKEI (Seuil)

L’écriture de Péluchon est de celles qui voudraient renouer avec l’inventivité du langage. On goûte alors les néologismes, les solécismes, les asyndètes, et autres parataxes du texte. Son récit vise le non-sens et l’absurde, truculent pied de nez au rationalisme. Une narration truffée d’ellipses nous relate ainsi les péripéties de Donald Leblond, maître d’un art martial japonais dont la ville sacrée est Madrid. Initié par un postier dunkerquois, il est doté de super-pouvoirs, combat le mal en costume de scarabée, le tout sur fond de personnalité multiple. Vous avez dit loufoque ?! Oui. Mais voilà, les essais linguistiques relèvent plus du morceau de bravoure que du style maîtrisé, et l’intrigue, aussi originale soit-elle, ne décrit rien d’autre que l’histoire ordinaire d’un paumé. 156 p., 16,5€. Thomas Lansoud-Soukate


Xavier Coste

Ville Tietäväinen

à La Dérive (Casterman)

Les Mains Invisibles (Casterman)

1910. Dans un Paris inondé, un couple d’Américains criblés de dettes tente le casse du (début de) siècle, aidé de quelques Apaches (ces légendaires jeunes délinquants). Évidemment, ça tourne mal… Quel bel album ! C’est ce qu’on se dit en touchant la couverture au léger relief. En le feuilletant, le découpage des cases jouant avec les codes de l’Art nouveau. En admirant le trait anguleux ou les couleurs, tour à tour sombres ou éclatantes. Dommage, alors, que ce ne soit qu’un one shot. Au-delà de quelques erreurs embarrassantes (confondre Alfred et Louis Dreyfus…), on regrette que les personnages et l’intrigue, picaresque, ne soient pas plus développés. Magnifique dans la forme, un brin décevant dans le fond. 72 p., 18€. Thibaut Allemand

Cruellement d’actualité, cet album conte le destin tragique des migrants à travers deux frères arabes, Nadim et Rachid. On les rencontre d’abord dans leur quotidien de misère sur la côte marocaine. Puis on découvre « l’Eldorado » dont rêvait Rachid : le jeune homme finit ouvrier clandestin dans une serre espagnole. Bidonville, racisme… Le rêve tourne au cauchemar. On ne va pas tout révéler. Sachez simplement que cette œuvre est le fruit d’un travail d’enquête du Finlandais Ville Tietäväinen. Son trait, vif et vivant, jongle entre l’ombre et la lumière, quand les dialogues naviguent entre trivialité de l’ordinaire et sentences que l’on gardera longtemps en mémoire. 224 p., 27€. Thibaut Allemand

Joe Sacco Bumf, Tome 1 (Futuropolis)

À ceux qui s’attendent à du Joe Sacco, soit une enquête fouillée, un 9e art « en prise avec le réel » et autres formules toutes faites… Planquez-vous ! Amoureux d’humour graveleux, de nonsense et de grossièreté érigée en discipline olympunk, foncez sur cette fantaisie étrange. Une récréation dans l’œuvre du bédéaste qui se propose de revisiter un demi-siècle d’Histoire américaine. Honnêtement, on n’a pas tout compris : renvoyant dos à dos Nixon et Obama (pourquoi pas ?), maniant un humour mâtiné de Crumb période Fritz The Cat, de Mad ou de la free press sixties, Sacco laisse libre court à ses envies. Sauf que ses élucubrations nous égarent mais ne nous surprennent jamais, l’agitation tous azimuts finissant par ennuyer. Un comble. 120p., 19€. Thibaut Allemand


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The Smiths, Joy Division, Siouxsie and the Banshees, The Cure © Butcher Billy

le mot de la fin

Post-punk and new wave music stars as superheroes L’artiste brésilien Butcher Billy s’est fait une spécialité des « mash-ups » à base de comics. Après sa série représentant les dictateurs en super-vilains, ce sont les icônes du rock qu’il glisse dans la peau de super-héros. Ian Curtis (Joy Division) devient Spiderman, Morrissey (The Smiths) se transforme en Hulk... De quoi former un super-groupe ! www.behance.net/butcherbilly – butcherbilly.tumblr.com


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Lm magazine 106 avril 2015  

LM magazine, cultures et tendances urbaines, Sorties Nord-Pas de Calais et Belgique, Lille, Bruxelles

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