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n째89 / octobre 2013 / GRATUIT

nord & belgique

Cultures et tendances urbaines


Happy Birthday Galerie Perrotin, Untitled Zebras, 2003 © Paola Pivi

#89 Sommaire Let’smotiv - octobre 2013

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n  ews Une typo fraîchement pondue, La Revue Dessinée, un nom à rallonge, Œdipe au Louvre-Lens, Jack le Black, les objets de Tony Spira, Scorsese et le Congo, des Rêves de Lecture

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M  ODE Sarah Sumfleth

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p  ortfolio Zack Seckler

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musique Tourcoing Jazz Festival, King Krule, The Wedding Present, Le Poulpaphone, IAM, Les Nuits Électriques, Les Liaisons Musicales, Thundercat, Laurent Garnier, Chassol, Charles Bradley, Christophe, Sleaford Mods, Palma Violets, PiL, Pixies...

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cinéma  Columbo vu par le sociologue Lilian Mathieu, La Vie d'Adèle, 9 Mois Ferme, État commun, Scorsese à Gand...

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r  eportage Long Cours, par Elizabeth Gueuret

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événement  Happy Birthday Galerie Perrotin !

E  xposition Marcel Mariën, Retours de mer, Real life super heroes, E.L.T. Mesens, Dada Is Not Dead, Picasso, Léger, Masson, Do Not Think... Agenda

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94 théâtre

Festivals de marionnettes, Les Femmes savantes, Money!, Fusée, L'Amour, la guerre, RRRR, Lucia di Lammermoor, It's Going to get worse and worse, my friend, 4D... Agenda

112 littérature  Rencontre avec Julie Maroh, Littérature, Love, etc., Livresse

120 livres Julien Delmaire, Joyce Carol Oates, Jérémie Gindre, Joff Winterhart, Philippe Corcuff

122 disques Factory Floor, Mixhell, Mazzy Star, The Field, Crystal Stilts

124 agenda concerts et soirées 130 Le  Mot de la fin Isabel M. Martinez


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Let’smotiv Nord & Belgique 114 rue Barthélémy Delespaul - F - 59000 Lille tél : +33 362 64 80 09 - fax : +33 3 62 64 80 07

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Direction de la publication / Rédaction en chef :

Direction Artistique / graphisme : Cécile Fauré

administration : Laurent Desplat

nicolas.pattou@lastrolab.com

cecile.faure@lastrolab.com

Rédaction :

Couverture : Zack Seckler

Impression : Imprimerie Ménard

Nicolas Pattou

Thibaut Allemand redaction@lm-magazine.com

www.zackseckler.com

Elsa Fortant

Publicité :

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pub@lm-magazine.com

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31682 Labège

diffusion : C*RED (France/Belgique) ; Zoom On Art (Bruxelles)

Ont collaboré à ce n° : François Annycke, François-Xavier Béague, Madeleine Bourgois, Audrey Chauveau, Sylvain Coatleven, Julien Collinet, Mathieu Dauchy, Sophie Desplat, Hugo Dewasmes, Marine Durand, Elizabeth Gueuret, Raphaël Nieuwjaer, Caroline Pilarczyk, Zack Seckler, Olivia Volpi et plus si affinités. Let’smotiv Nord & Belgique est édité par la Sarl L'astrolab* - info@lastrolab.com L'astrolab* Sarl au capital de 5 000 euros - RCS Lille 538 422 973 Dépôt légal à parution - ISSN : en cours L’éditeur décline toute responsabilité quant aux visuels, photos, libellé des annonces, fournis par ses annonceurs, omissions ou erreurs figurant dans cette publication. Tous droits d’auteur réservés pour tous pays. Toute reproduction, même partielle, par quelque procédé que ce soit, ainsi que l’enregistrement d’informations par système de traitement de données à des fins professionnelles, sont interdites et donnent lieu à des sanctions pénales. ı Let'smotiv est imprimé sur du papier certifié PEFC. Cette certification assure la chaîne de traçabilité de l’origine du papier et garantit qu'il provient de forêts gérées durablement. Ne pas jeter sur la voie publique.

Papier issu de forêts gérées durablement


news

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© hand made font

sans OGM

News

POLICE SPéCIALE police spéciale Mais qui crée ces fameuses fonts, ces polices d'écriture dont raffolent les graphistes ? On ne sait pas trop, mais on les imagine, yeux plissés, dessinant, biseautant et rabotant ce qui sera demain, peut-être, la nouvelle Helvetica. En attendant, pour créer cette police, nos vaillants typographes ont d'abord fait leur marché : 1 000 oeufs, 3 heures, 5 poêles et une bouteille et demi d'huile auront été nécessaire à cette font qui... ne sert pas à grand-chose, en fait. Sauf, évidemment, à créer un joli carton d'invitation pour votre prochaine soirée omelette. www.handmadefont.com/product/eggs-font

La Revue Dessinée Lancée par le dessinateur Kris (parmi d'autres), La Revue Dessinée est un trimestriel qui aborde l'actualité par le prisme de la BD. Dans le premier numéro, on trouve une enquête sur les gaz de schiste, une embarquée à bord d'une frégate de la Marine nationale, un récit sur les dernières heures de Salvador Allende, ou encore le quotidien d'un jeune agriculteur. Ou comment plusieurs journalistes et dessinateurs font sortir l'info des cases ! 228 p., 15€, www.larevuedessinee.fr


Œdipe explique l'énigme du sphinx, Jean Auguste Dominique Ingres, 1808, Musée du Louvre, Département des Peintures © 2010 Musée du Louvre, dist. RMN / Angèle Dequier

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Le nombre de lettres que compte le nom de famille de Janice Keihanaikukauakahihuliheekahaunaele, née Worth. Pas pratique pour les papiers d'identité de cette Polynésienne. Son prénom ne figure plus sur ces documents, car son nom prend toute la place ! Pourquoi ne pas quitter Hawaï pour s'installer au Pays de Galles  ? À Llanfairpwllgwyngyllgogerychwyrndrobwllllantysiliogogogoch, par exemple, elle passera inaperçue.

© Jack Le Black

fun

Au suivant ! ✪ Après La Liberté guidant le peuple, c'est Œdipe et le Sphinx, signé Ingres, qui va prendre place au Louvre-Lens. Une référence du néo-classicisme, qui s'intitule en réalité Œdipe explique l'énigme du sphinx. Tout d'abord étude (en 1808), le peintre la repris en 1827 pour en faire le chef-d'œuvre que l'on sait. L'illuminée qui avait tagué La Liberté y trouvera-t-elle des signes cabalistiques et autres marques de complot ? Lens, Musée du Louvre-Lens, décembre 2013, www.louvrelens.fr

MATIèRES TEXTILES

Jack le Black, 27 piges, est un enfant de la pop culture moderne (street art, hip-hop..) et des grands Jacques qui ont fait Paris, de Chirac à Mesrine. Entre deux collages sur les murs gris de la capitale, ce créateur détourne images iconiques (La Haine) ou phrases historiques chipées à Giscard. Underground, certes, mais en vente chez Colette. www.atelierjackleblack.com


Lost Romane © Toni Spyra

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objets

Poétique d'

photo du mois

Tony Spira est allemand, vit à Vienne et fait valser toutes nos idées reçues avec des objets profondément décalés. Cet assembleur de l'inutile a créé le multiprise piège à loup, la valise-jerrycan, ou encore le chandelier McDo. Et vous savez quoi ? Tout ceci fait sens ! On vous laisse méditer. www.spyras.tumblr.com

ça ne nous rendra pas le Congo !

Amoureux des fresques historiques (Gangs Of New York, La Dernière Tentation Du Christ) et des cinglés solitaires (Taxi Driver, Shutter Island), Martin Scorsese va bientôt réunir deux de ses passions dans une série consacrée à Léopold II. Co-produite par Harry Belafonte, elle promet une belle redécouverte d'un épisode sombre de l'histoire du royaume.

Le Vertige © Catherine Tambrun

I have a dream Rêves de Lecture confronte l'écrit au théâtre et à la musique, entre autres. Ici, les auteurs se prêtent à des expériences inédites : Olivia Rosenthal propose un duo étonnant avec la trapéziste Chloé Moglia (Le Vertige), le romancier Alex Cousseau voit son œuvre transposée en film d'animation... Citons enfin des habitués de nos pages (Amandine Dhée, Fanny Chiarello...) et la venue d'un maître du polar (mais pas que), Caryl Ferey. 07.10>09.11, Dunkerque, Le Bateau-Feu et divers lieux, gratuit sf Le Vertige, 3€, www.bateaufeu.com


Collection Automne-Hiver 2013/14 Š Elise Deram

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© Nicolas Reitzaum

portrait

Sarah Sumfleth La délicatesse Stylisme ou danse classique ? Le cœur de Sarah Sumfleth a longtemps balancé. Une blessure à la hanche emmène cette jeune artiste, qui gribouillait ses premières robes à l’âge de 4 ans, jusqu’aux bancs d’Esmod Paris. Réconciliant ses deux passions dans des pièces intemporelles et aériennes, la créatrice a mis la dentelle de Calais au centre de ses collections. Au début pourtant, ce n’était pas gagné. «  Pour moi, la dentelle ça ne servait qu’à faire des rideaux  !  » Un coup d’œil à ses robes délicates, à ses combinaisons minimalistes et féminines, permet de mesurer le chemin parcouru. Travaillé par petites touches, le tissu magnifie un vêtement ou s’impose avec une transparence raffinée. Entre-temps  ? Cinq ans chez le dentellier caudrésien Solstiss, où cette Franco-Allemande, née en Suède,

Bio express • étudie à Esmod Paris. • Première expérience professionnelle chez Solstiss, grande entreprise du Nord de la France et fabricant de dentelles leavers pour le prêt-à-porter de luxe et la haute couture. • Après dix années passées à œuvrer dans l’industrie textile, elle a lancé sa propre ligne de prêt-à-porter féminin haut de gamme : 88981 86536471 sarah sumfleth. • Depuis 2011, la marque est soutenue par le label "Maisons de Mode".


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grandie en Espagne et en Allemagne avant d’atterrir dans le Nord, a pris goût au savoir-faire à la française qu’est la dentelle de Calais. « J’ai adopté ce milieu où les hommes opèrent sur des machines centenaires, raconte-t-elle. Le vacarme des métiers à tisser me donne toujours des frissons. » Elève modèle De ses origines nordiques, Sarah Sumfleth a hérité sa blondeur. Sa constance et son goût du travail, aussi, à en croire Lucy Wattel, qui l’a accueillie au sein du label Maisons de mode il y a deux ans. Elle venait tout juste de remporter le concours de jeunes créateurs Talons aiguilles. Aujourd’hui, la future maman de 34 ans partage son temps entre la pépinière, où elle donne vie à sa propre marque, et son activité de styliste pour l’enseigne de prêt-à-porter Promod. « Un exercice complémentaire  », puisqu’elle y dessine principalement des jupes et pantalons, et un soutien essentiel en attendant de vivre de ses créations. Plus d’informations sur www.sarahsumfleth.com En vente chez Maisons de mode, 50/60 rue du Faubourg des Postes, Lille Boutique en ligne : www.sarahsumfleth.bigcartel.com


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Zack Seckler L'illusion comique Né et grandi dans la banlieue de Boston, Zack Seckler officie à New-York depuis dix ans. À 21 ans, encore étudiant en psychology business à la Syracuse University, il découvre la photographie. « Auparavant, c'était un simple hobby, je ne l'avais jamais envisagé comme un art à part entière. Dès lors, j'en suis tombé amoureux. C'était un peu comme ouvrir la boite de Pandore ». Photo-journaliste durant trois ans, pour « découvrir et raconter une histoire  », son objectif immortalise les paysages d'Amérique, d'Afrique ou d'Europe et nourrit une banque d'images époustouflante. Ces expériences aussi passionnantes soient-elles réclament une très grande abnégation. Le globe-trotter pose alors ses valises pour relever des défis plus sédentaires. Il se tourne vers la publicité, collabore rapidement avec la Bank Of America, Procter & Gamble et de prestigieux magazines comme Harper's Bazaar ou New York Magazine. De nouvelles récompenses saluent une jeune et brillante carrière, dont plusieurs International Photography Awards. L'artiste assume d'ailleurs ces travaux de commande : « Les beaux-arts ne se résument pas aux propositions des galeries. Une pub peut aussi recourir à l'art. Et puis, j'ai une famille à nourrir », précise le jeune père dans un sourire. D'inspiration surréaliste, la série Humor s'inscrit dans une démarche plus personnelle, qui conduit parfois le trentenaire à shooter un gorille dans un zoo pour réaliser un photomontage inspiré. Travaillés sur Photoshop, « la chambre noire moderne  », les contrastes et la lumière caractérisent des clichés à la mise en scène quasi- cinématographique. Son prochain projet, un film, sera donc une évolution logique. C'est clair, non ? Elsa Fortant


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Zack Seckler À voir / www.zackseckler.com À visiter / 15.01.14,Manhattan, Robin Rice Gallery, solo show


Joshua Redman Š Jay Blakesberg

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g jazz festival

in planètes tourco

Yael Naim & David Donatien © Zoriah

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Sans fausse note Il y a les festivals amochés, cabossés par les années. Fermés sur euxmêmes dont programmation se fane et les affiches passent inaperçues. Et puis, il y a ceux qui résistent au temps et, mieux encore, s’en font un allié. C’est le cas du Tourcoing Jazz festival, qui, à 27 ans, se renouvelle toujours et se bonifie comme un grand cru. Let's swing !

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utre le délicat passage du temps, franchi sans fausse note, Patrick Drehan et Yann Subts, les directeurs du TJF, ont fait face à un autre obstacle. Une idée reçue voudrait que le jazz soit sectaire, la bande-son d'une époque révolue. Dès lors, les festivals consacrés au style n'intéresseraient plus qu'une élite bourgeoise et vieillissante, maîtrisant un langage impénétrable. Balivernes ! Le TJF prouve le contraire chaque année. Ici ou ail-

leurs, le jazz n'a cessé d'évoluer. Respectueux des classiques ET briseur de conventions, ce genre a réinventé son écriture, intégré de nouveaux modes de production, notamment électronique. Sans parler de son ouverture totale sur le monde et de son cosmopolitisme... Brassage à tous les étages ! Métissage reste le mot d’ordre du festival en 2013. Un parti pris qui traverse toute la manifestation  : tant dans le


choix des artistes que dans les lieux où ils se produisent et l’aspect visuel des concerts. Ainsi, au cœur du MUba, le jeu du pianiste Edouard Ferlet fait écho aux œuvres de l’exposition consacrée à Georg Baselitz et Eugène Leroy. La Méditerranée est à l'honneur avec le fado crève-coeur d'Ana Moura et, plus encore, avec la rencontre entre l'Algérienne Souad Massi, le Gitan Éric Fernandez et les choeurs de Cordoue dans un Grand Mix qui aura rarement aussi bien porté son nom. Cette affiche hybride atteint des sommets avec la réunion d'Erik Truffaz et Enki Bilal : le premier improvise sur des projections d'Animal Z, célèbre BD de Bilal, tandis que le dessinateur lui répond à coups de crayons, en fonction de la musique jouée sur scène... Enfin, si l'évocation du saxophone vous donne de l'urticaire depuis les années 1980, dites-vous que cet instrument n'a pas servi qu'à tapisser des spots publicitaires ou des titres du Top 50. Deux princes du genre, Kenny Garrett et Joshua Redma, lui rendent ici toutes ses lettres de noblesse. Est-il besoin de développer ici sur Eric Legnini et les voix d’Hugh Coltman, Mamani Keita et Yael Naïm ? Sans doute pas. Chacun retrouvera à Tourcoing l'esprit d'ouverture qui a marqué toute l'histoire du jazz. Audrey Chauveau

Planètes Tourcoing Jazz Festival Du 12 au 19.10, Tourcoing, Roubaix, Mouscron, Divers lieux, Passeport Planètes Jazz : 10 €/ pers : donne accès des tarifs préférentiels sur la grande majorité des concerts, www.tourcoing-jazz-festival.com

Tourcoing

Prog

Christian Scott © Kiel Adrian Scott

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• Théâtre Municipal Raymond Devos - Richard Galliano (20.10, 20h30, 22>15e) / Truffaz, Bilal & Murcof (15.10, 20h, 22>15e) / Christian Scott (16.10, 20h, 22>15e) / Kenny Garrett (17.10, 20h, 22>15e) / Joshua Redman (18.10, 20h, 25>17e) / E. Legnini, Mamani Keita, Hugh Coltman & Yael Naim (19.10, 20h, 27>20e) • le Grand Mix - Souad Massi & Eric Fernandez (12.10, 20h, Complet !) • Théâtre de L’idéal - Le Trio Joubran (14.10, 20h30, 22>15e) •maison Folie Hospice d’havré - Remi Panossian Trio (15.10, 18h30, 7/5e) / Francesco Bearzatti (16.10, 18h30, 7/5e) / Rusconi (17.10, 18h30, 7/5e) / H. Lopez Nussa (18.10, 18h30, 7/5e)... • Magic Mirror - Dirty Dozen Brass Band (15.10, 21h, 17>12e) / Ana Moura (16.10, 21h, 17>12e) / Jose James (19.10, 18h, 8e) / Benbellajazz & Dj Amir (19.10, 21h30, 12>8e)/ Eric Legnini (19.10, 12h, gratuit) •Muba - Edouard Ferlet (19.10, 15h, 7>3e) Roubaix •Colisée - Avishai Cohen (13.10, 18h, 30>21e) Mouscron (Belgique) •Centre Culturel Mouscronnois - Mathis Haug / Jean-Jacques Milteau (15.10, 20h30, 20>16e)


© Jamie James Medina

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CRY BABY On l'a connu sous le nom de Zoo Kid. King Krule fait parler de lui depuis ses 17 ans, il n'en a que 19 aujourd'hui. Un jeune âge suffisant pour cumuler des likes. Moins pour faire l’objet d’une écoute attentive. Du coup, on a passé l'album en boucle, mais on revient sur la précocité de cet artiste caméléon, sans faire de blagues sur la couleur des cheveux. Né en 1994 à Londres, Archy Marshall est jeune. Et roux, certes. Mais c'est surtout l'auteur de l’un des meilleurs albums de la rentrée. Le cobaye qui écouterait les yeux bandés Six Feet Beneath The Moon jurerait que son interprète facture les cinquante ans facile. La mue est achevée, pas de doute, et si Archy en fait parfois des tonnes, il dispose d’une voix dont disposent peu de gens de sa génération. Voilà pourquoi son âge est si souvent mentionné dans la presse – on n'échappe pas à la règle. Ah, le journalisme musical… Bref, cette blue wave (copyright Marshall) aux mille nuances allie guitares cristallines, beats vaguement trip-hop et borborygmes caverneux suintant la colère et la déprime. Pour se remettre, le pauvre cherche à remplir sa chambre d’hôtel d’après-concert. Ça peut agacer, mais que la rockstar qui n’a jamais ainsi pêché (parmi son public féminin) lui jette la première pierre. Découvert par le MIDI-Festival de Hyères en 2011, le rouquin sait aussi se disperser intelligemment, il l’a prouvé avec deux petites participations au superbe album de ses compatriotes de Mount Kimbie. Reste la dernière épreuve : la scène. Mathieu Dauchy king krule 12.10, Bruxelles, Botanique, www.botanique.be, Complet !


Le side project En 1998, The Wedding Present est en sommeil. Avec son épouse, Sally Murrell, David Gedge forme Cinerama qui tend vers la BO de films et la pop orchestrale. On y trouve certaines des plus belles chansons signées Gedge.

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the wedding present

Discographie sélective

• George Best - Guitares au papier de verre et chant maladroit. Les classiques (My Favourite Dress, Shatner...) sont là, mais il faut attendre la réédition pour y trouver la merveille, Why AreYou So Reasonable Now ? • Seamonsters - Produit par Steve Albini. Voilà voilà... Ce disque est plus sombre que d'habitude. Cité car souvent considéré comme le meilleur, mais on n'est pas de cet avis. • Hit Parade - Le grand défi. En 1992, TWP publie un 45 Tours par mois, soit 12 en un an, réunis ici. Un original en Face A, une reprise en Face B. C'est cet album qui est joué à l'Aéronef. En entier. • Take Fountain - Le véritable chef-d'œuvre. Ample, racé, mélodieux, alignant plages cinématographiques et rock acéré. Le plus proche de Cinerama, aussi.


Brighton David Gegde y réside et, depuis quelques années, organise un festival le dernier weekend d'août, durant le fameux Bank Holyday. Des concerts avec vue sur mer…

La curiosité The Ukrainians : ce projet, mené par Peter Solowka, premier guitariste de TWP, est célèbre pour avoir repris des chansons des Smiths en urkrainien, avec accordéon, mandolines, etc. Excellent, mais quasi-introuvable.

Des héros très discrets « All the songs still sound the same ». Toutes les chansons sonnent pareil. Combien de groupes oseraient floquer leurs tee-shirts de ce slogan définitif ? Figure tutélaire mais discrète de l'indie britannique depuis 28 ans, The Wedding Present a influencé toute la jeune garde électrique au cœur gros comme ça, et signé des chansons aussi véloces que désabusées sur l'amour - et les ruptures, surtout. Tour d'horizon d'une formation attachante, dont le leader pourrait être votre voisin de palier – avec beaucoup plus de conversation.

George Best Figure du foot anglais, véritable pop star, il orne le premier Lp du groupe.

David Gedge a écrit quelquesunes des plus belles chansons d'amour de l'histoire du rock'nroll. Vous pouvez ne pas être d'accord, mais j'ai raison et vous avez tort !

la compilation C-86 Cette cassette a révéle le groupe. Matrice de l'indie pop des 80's, elle est souvent citée par la nouvelle génération (Allo Darlin', Aline, Veronica Falls, etc.)

John Peel, 2 septembre 1999

the wedding present 13.10, Lille, L'Aéronef, 16h (Goûter-concert, 5/3/1€) + 19h, 16/11/8€, www.aeronef-spectacles.com


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Le Poulpaphone « Lorsque l'on regarde les festivals d'été, on remarque une uniformisation  », lance Lisa Torres, programmatrice du Poulpa'. Alors sur les deux scènes du site industriel de Garromanche, ni Asaf Avidan, ni Woodkid. Tant mieux. En revanche, on se réjouit de la présence de pointures internationales comme Squarepusher, le rockeur 2.0 Willy Moon ou les rappeurs (trop sous-estimés) de The Coup. Et d'artistes plus proches, Girls In Hawaii et le duo toulousain Cats On Trees en tête. En perpétuelle évolution, cette 9e édition s'inscrit définitivement dans le paysage  : ainsi, les acteurs locaux de la restauration proposent pizzas et pâtisseries. Et pour les amateurs, l'association lilloise Le Cagibi propose de sérigraphier gratuitement le vêtement de son choix, aux couleurs du céphalopode boulonnais. Attention au jet d'encre ! Elsa Fortant 04>05.10, Boulogne-sur-Mer, Garromanche, 20h>02h, 10/8€, www.poulpaphone.com Cats On Trees, Mascarade, MC2, Girls In Hawaii, Willy Moon, Puggy (04.10) // The Coup, The Inspector Cluzo, The Sitcky Boys, Burning House, Balkan Beat Box, Squarepusher, Breakbot (sous réserve) (05.10)

Le groupe tout droit sorti de la planète Mars(eille), aurait pu nous gratifier d'un album hommage à Ennio Morricone, si le projet n'avait pas été avorté pour des problèmes de droits d'exploitation (25 000€ les trois secondes de sample, ça fait cher). La sixième galette des bad boys, Arts Martiens (2013) parue chez le mythique Def Jam (Beastie Boys, Public Enemy), renoue avec L’École Du Micro d'Argent (1997). Épurés et bruts, les instrumentaux d'inspiration asiatique portent des textes finement ciselés. Sur les planches, les quadras (eh oui !) retrouvent l'énergie de leur vingt ans, enchaînent nouveaux morceaux (Les Raisons De La Colère, Notre-Dame Veille) et gros tubes (La Saga, Independenza), tous illustrés dans une mise en scène inspirée – cagoules, sabres laser... Une renaissance qui confirme que oui, IAM est dans la place. Elsa Fortant 23.10, Anzin, Théâtre Municipal d'Anzin, 20h, 36,90€, www.ville-anzin.fr

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Cats on Trees © DR

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Miss Kittin Š DR

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Les doigts dans la prise Les Nuits électriques ? Une belle idée, sur le papier. Mais l'an passé, le programme était peut-être trop ambitieux. Passerelle entre deux lieux de concert, expositions ouvertes la nuit pendant les shows… L'affluence aurait-elle joué contre l'évènement  ? Cette fois, c’est plus simple  : on annonce uniquement de la musique électronique vivifiante, pour danser jusqu’au petit matin. Cocorico  ! L'affiche est très française. Enfin, franco-allemande, puisque tous nos chouchous ont fait escale à Berlin à un moment donné. C’est l’occasion de retrouver Jackson And His Computer Band, après huit ans d’absence. Le prodige vient tout juste de publier un deuxième album, Glow : plus pop qu’avant, les instruments électroniques sonnent ici comme les vrais. Jackson aime l’authenticité, le contact, et refuse de se pointer sur scène avec un laptop. L’homme a donc décidé d’incarner enfin son pseudonyme, et s’est fait construire un Computer Band unique, rutilant de plexiglas et de diodes diverses. Il promet une expérience scénique extraordinaire, une communion entre artiste, public et machine : les uns réagissent aux autres, et influent ainsi sur la musique et les images. La tête dans les étoiles Saluons aussi la grenobloise Miss Kittin, incontournable figure de l’electroclash (mais pas seulement), reine du mix élégant, au chant captivant – ou l'inverse. L'écoute de son dernier album, Calling From The Stars, remet quelques pendules à l'heure, notamment celle de Kavinsky, qui n’a qu’à bien se tenir. Enfin, Rone, l'enfant chéri des médias spécialisés, défend Tohu Bohu, son second album. Ce n’est certes pas le plus «  booty shake  » que l’on ait entendu, mais ses mélodies sombres et délicates soulagent les corps meurtris et les pieds enflammés. Olivia Volpi

les nuits électriques 17.10, Lille, Le Splendid, 21h : Chateau Marmont, Miss Kittin, 28,5€ 18 & 19.10, Lille, L’Aéronef, Kavinsky + Busy P + Twinsmatic + Gramatik (18.10, 21h, 33,5€) 19.10, L'Aéronef : Rone + Jackson And His Computer Band + Audion + Zombie Zombie, 21h, 33,5€/ Pass 3 jours : 66,5€, www.lesnuitselectriques.com.


Liaisons Musicales Comme à son habitude, et ce depuis quinze ans, le festival marcquois comble les amateurs de musique baroque et de jazz, balayant les préjugés élitistes. Deux mois durant, concerts, conférences ou théâtre – la compagnie Hilaretto, par exemple – font fi des barrières stylistiques. Un dialogue s'instaure alors entre des œuvres distantes de quatre siècles ! Cette année les musiques actuelles sont dignement représentées avec le trio folk rock parisien Théodore, Paul et Gabriel ou dans un registre plus sombre et rocailleux, Chapell Hill.

THUNDERCAT À l'image de son blase, chipé dans une série télé des années 1980 mettant en scène des félins humanoïdes (Cosmocats, quoi), Thundercat se réapproprie le passé pour mieux façonner le futur. Résultat : un son mutant emprunt de soul et de funk, bénéficiant des arrangements cosmiques du capitaine Flying Lotus, habilement mis sur orbite en août (Apocalypse). Les envolées vocales et la virtuosité de ce bassiste et songwritter de L.A., prennent d'ailleurs une toute autre dimension en live, une véritable claque ! Lorsque ce chat est là, les souris dansent. 01.10, Bruxelles, Club de Vaartkapoen, 19h30, 18/15€, www.vkconcerts.be

04.10>13.12, Marcq-en-Baroeul, divers lieux, 20>5€, www.marcq-en-baroeul.org

© Patrick Curtet

Laurent Garnier

04.10, Lille, Magazine Club, 22h, 15€, www.magazineclub.fr

Faut-il présenter cet artiste vainqueur d'une Victoire de la musique quasiment créée pour lui en 1998, et consacré à maintes reprises comme le meilleur DJ du monde par la presse spécialisée ? Après 25 ans de carrière, Big Baboo, pour les fans, est infatigable, intarissable, unique. Refusant le statut de star, le pape du DJ-ing français jongle avec les casquettes  : producteur, compositeur ou animateur radio. Coutumier des sets marathoniens (jusqu'à huit heures !), le patron de feu F-Com réjouit son auditoire d'une sélection braquée sur la techno de Détroit, visant aussi le jazz, le breakbeat et le dubstep. La messe est dite.

© Motormouthshaz

Théodore Paul et Gabriel © Arno Lam

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Plein les yeux ! À l'Aéronef, l'innovation, c'est la routine. Après une courte semaine tournée vers l'occultisme (pour aller vite), ou un weekend dédié aux liens entre musique et BD, la salle ouverte aux quatre vents propose Tympans et Rétines, un cycle de soirées consacré aux rapports entre musique et image. Premiers invités : Chassol et Limousine. Des cinés-concerts de plus ? Pas tout à fait. Plutôt l'occasion de se pencher sur une réalité : depuis l’avènement du clip, la création vidéo est devenue un passage quasi-obligé dans la promotion, voire la diffusion de la musique enregistrée. De la toute-puissance de YouTube à l'invasion (éreintante) des iPhones dans les concerts, sans même parler des expérimentations sur le patrimoine vidéo (les shreds et autres literal videos – à découvrir, si ce n'est fait !), l'image et la musique semblent désormais irrémédiablement liées. Christophe Chassol, 37 ans, appartient à cette génération vidéo-musicale. Marqué par « Sergio Leone, les Walt Disney et autres mangas, West Side Story et sa synchronisation parfaite entre image, danse, chant et orchestre », il fut jadis clavier de l'ombre de Phoenix ou Sébastien Tellier. Son deuxième LP, Indiamore (2013), est le fruit d'un voyage à Calcutta et Bénarès, à la rencontre de musiciens locaux. Le résultat se situe à mi-chemin entre documentaire visuel et re-création sonore – mais l'inverse est valable aussi. Lorsqu'on lui demande s'il pourrait dissocier l'image du son, Chassol répond « Oui, si j'étais né sourd ou aveugle ». Thibaut Allemand Soirée Tympans et Rétines - #1 : Chassol + Limousine - #2 : Ciné-concert « Eraserhead (D. Lynch) par Cercueil + guests 24.10, Lille, L'Aéronef, 8/4/3€, Pass 10€, www.aeronef-spectacles.com


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sleaford mods Ah ! le gros morceau. Ce duo de Nottingham n'est pas commode : deux grands gaillards pâlots, l'air mauvais, la mine renfrognée (des Anglais, quoi) veulent en découdre avec la Terre entière (des Anglais, quoi). L'accent à couper au couteau, Jason Williamson débite un rap hargneux, arrogant, plein de fiel et de morgue. Derrière, Andrew Fearn balance nonchalamment des boucles de basse et de beats. C'est d'une pauvreté sans nom, mais c'est aussi toute la richesse de cette formation trop méconnue. À côté, The Fall, c'est One Direction.

Celui-là, on l'aurait bien collé dans Quoi de neuf ? (voir p. 46) avec les autres revenants mais, malin, Charles Bradley a débuté tard. Très tard. C'est pas lui qui a versé le premier sang, mais le Viet-Nam a mis fin à un début de carrière – ses musiciens partis crapahuter, il devint cuistot, et le restera jusqu'à ses 51 ans. Et puis, en 2011 il sort un premier LP chez Daptone Records. Sorti de la cuisine, la flamme est toujours là. Cet héritier ET contemporain de James Brown souffle sur les braises d'une soul incandescente. Keep The Faith ! 23.10, Bruxelles, Ancienne Belgique, 20h, Complet !

© Darren Bastecky

© DR

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charles bradley

01.11, Bruxelles, Madame Moustache, 20h, 5€, www.madamemoustache.be // 02.11, Courtrai, The Pit's, 20h // 03.11, Anvers, TBA // 04.11, Duisbourg, Djäzz, 21h, www.djaezz.de

© DR

christophe

Vu la propension de Christophe à vivre la nuit – il ne se lève jamais avant 22h30 – on se demande si le Beau Bizarre tiendra le coup, au vu de l'horaire de ce concert : 18 heures, autant dire aux aurores pour cet oiseau de nuit ! Gageons que ce fanatique de voitures de sport, privé de permis de conduire, saura retrouver la grâce qui habite son œuvre, des Mots Bleus et autres Paradis Perdus, jusqu'aux joyaux ornant Paradis retrouvé (2013), son dernier album. 13.10, Lille, Hôtel Casino Barrière, 18h, 42 à 33€, www.lucienbarriere.com


Quoi de neuf ?

Soif de jeunesse, narcissisme désespéré et complémentaires retraite à la baisse, de nombreux artistes refusent de raccrocher les gants, et remontent sur le ring pour un dernier round souvent attendu, parfois étonnant, presque toujours sold-out mais rarement convaincant. Passage en revue des déambulateurs.

© Paul Heartfield

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PIL Fondé en 1978 sur les ruines fumantes des fumeux et fumistes Sex Pistols, PiL, nourri au dub et à Can, est le fruit d'une approche moderniste de John Lydon (ex-Rotten) et l'acte de naissance du post-punk (ou afterpunk) – avec quelques autres, dont Wire, au hasard.

Les deux premiers albums ont beau être majeurs, incontournables et tout ça, on ne les écoute que très, très rarement. Et puis, Jah Wooble, Keith Levene et Martin Atkins ayant quitté le navire, ne restent aujourd'hui qu'un Lydon boursouflé et trois sbires. L'afterpunk, c'était mieux avant.

24.10, Bruxelles, Ancienne Belgique, 33€, www.abconcerts.be


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pixies Le groupe préféré de Kurt Cobain a sorti quelques singles indie rock valables, mais n'a jamais signé un vrai bon album. Ceux qui vous diront le contraire ont eu une jeunesse très, très ennuyeuse. La bande n'assume pas son âge et refuse les photos. Cependant, si tous les come-backs réunissent des types autrefois beaux devenus gros, Frank Black l'a toujours été, gros. Ah, et la bassiste Kim Deal s'est fait la malle. Dommage pour ses derniers fans vieillissants.

02&03.10, Bruxelles, Ancienne Belgique, Complet !

fleetwood mac Bon, il paraîtrait que c'était bien, autrefois, jadis, il y a longtemps, alors on a TOUT écouté. De la période blues rock introspective à la pop surproduite le nez dans le bol de coke. Difficile d'être enthousiaste. Saluons donc les improvisations du fragile Peter Green à la fin des années 1960. Le « Big Mac », groupe de stade, héraut de la pop FM, jouit d'un lustre inédit. La jeune garde (Grizzly Bear, MGMT, Tame Impala, Best Coast) se prend d'affection pour cette guimauve surestimée. Ça promet...

09.10, Anvers, Sportpaleis, Complet !

Occupé à digérer nos Fleetwood Mac, on n'a pas réécouté l'oeuvre intégrale de l'ex-Genesis. Seulement les quatre premiers LPs. Disons que la production a un peu vieilli, mais pas l'écriture. Bon, et puis ce n'est pas un come-back (il n'est jamais vraiment parti) ni une reformation (il est tout seul). Il est vraiment sympa, Peter. Ouvert d'esprit, curieux, généreux... Mais c'est tout de même à lui que l'on doit le terme abject de World Music et, non, il est des choses que l'on ne pardonne pas.

01.10, Bruxelles, Forest National, Complet !

© York Tillyer

© DR

Peter Gabriel


Pour/Contre

palma violets Rien ne s’est passé comme prévu pour Palma Violets. Un an après la une du NME les sacrant Best new band in Britain, revoilà Franz Ferdinand et les Arctic Monkeys qui jouent de l’épaule et bloquent l’entrée dans la surface des quatre lads. Le ballon était pourtant sur le bon pied, prêt à scorer dès l’entame grâce au hit Best Of Friends, ravivant les meilleurs souvenirs liés aux Take Me Out et autres I Bet You Look Good On The Dancefloor. Le mouvement général conservateur est-il passé par là, refusant l’entrée en grâce sur le continent à de jeunes pousses sous prétexte que des anciens ont renouvelé leur visa ? Palma Violets aurait dû faire applaudir benoîtement Denisot sur Canal+, débouler sur la grande scène de Rock En Seine et en interview dans Brain Magazine et SoFoot. Oui, messieurs les réacs, vous avez volé la hype de Palma Violets ! Mathieu Dauchy

Réac ? Voyons voir... « Qui a exprimé des idées réactionnaires, qui va contre le progrès social et l'évolution des mœurs  ». Merci, Petit Robert. D'après ses laudateurs (et la girouette NME), Palma Violets s'inscrit dans la grande tradition du rock anglais. Une école caractérisée par un individualisme classe et cette habile façon d'accepter les traditions du royaume, tout en les moquant. Et un peu de génie mélodique ne fait pas de mal. Des noms ? Ray Davies, Paul Weller, Morrissey, Jarvis Cocker, Luke Haines... Ici, ne reste que les guitares usées de moines copistes pas avares en pâtés. Ceci nous rappelle The Paddingtons ou Hoggboy, portés au pinacle en leur temps et désormais chargés de com' chez Kitsuné. Plus que de la légitime défense, tirer sur Palma Violets est le devoir moral de chaque citoyen et le premier des droits humains. Thibaut Allemand

03.11, Bruxelles, Ancienne Belgique, 20h, 24€, www.abconcerts.be

© Tom Beard

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lilian mathieu La classe américaine Propos recueillis par ¬ Elsa Fortant Photos ¬ saisons 6 & 7, 10 & 11, Universal Studios - DR

Un imper râpé, une Peugeot 403 déglinguée, un basset désobéissant et une femme aux allures d'Arlésienne : on aura tous reconnu le lieutenant Columbo. Lilian Mathieu, sociologue au CNRS, spécialiste des mouvements sociaux et de la prostitution, pose un regard neuf sur la seule série policière où l'on connaît le meurtrier dès le début. Le chercheur y voit une représentation de la lutte des classes. Comment ? Lilian Mathieu passe aux aveux. Pourquoi vous êtes-vous intéressé à Columbo ? Certains de mes meilleurs souvenirs télé d'enfance gravitent autour de cette série. J'ai continué a regarder Columbo en vieillissant, mais en tant que sociologue, mon regard sur ce programme s'est précisé. Du point de vue sociologique, il n'y a pas d'objet digne ou indigne, une série populaire américaine est tout aussi recevable qu'un objet plus classique.

doute ! Columbo tranche avec les séries de l'époque par son caractère débonnaire. Les meurtres sont toujours commis en hors-champ, le lieutenant n'est pas armé, on ne trouve ni course poursuite, ni effusion de sang. C'est presque pacifique. Cette relative absence de violence est compensée par la confrontation psychologique entre policier et criminel. En quoi est-il question de lutte des classes ? Le fond de cette série, c'est l'inégalité. Elle se traduit par une confrontation des styles de vie, des goûts culturels.

Et pourquoi pas Kojak ou Starsky et Hutch ? L'autorisation de mes parents, sans ▲


« On se moque du côté bouffon de Columbo mais on s'identifie facilement à lui »

Les criminels sont issus de la haute société, avec son lot de demeures fastueuses, de voitures de luxe, de collections d'art. Or, le lieutenant débarque avec une voiture en ruine, un imperméable usé et un cigare bon marché. Très utile, le sociologue Pierre Bourdieu avait développé l'idée d'un rapport de force entre le bon goût distingué et le mauvais goût populaire dans La Distinction (ndlr.1979), entre autres. Est-ce la particularité majeure de cette série ? En partie, puisqu'à l'inverse, Sherlock Holmes vient de la haute société et

les meurtriers des bas fonds. On reste également dans l'entre-soi avec James Bond, sorte d'artisto qui combat des méchants raffinés. Maigret, c'est la classe moyenne qui poursuit des criminels issus de milieu modeste ou de la petite bourgeoisie. Enfin, je doute qu'il y ait d'autres séries où le policier arrive quinze minutes après le début de l'épisode ! Que dire de la durée d'un épisode qui approche 90 minutes... Plutôt rare, non ? Pour la télévision américaine, oui. Mais les séries françaises des années 1970,


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comme Maigret ou Les Cinq dernières minutes, nous avaient déjà habitués à un tel format, justifiant peut-être le succès de Columbo dans l'Hexagone. Ceci n'explique cependant pas la célébrité de la série dans d'autres pays comme l'Allemagne, l'Italie ou la Roumanie : dans The Columbo Phile: A Casebook (1989), le critique américain Mark Dawidziak explique que sous Ceausescu, le feuilleton était très populaire. S'attaquer aux turpitudes des grands bourgeois était sans doute recevable par les autorités du régime communiste. Mais est-ce ainsi que les téléspectateurs roumains appréhendaient la série ? Je n'en sais rien.

« Le fond de cette série c'est l'inégalité » Peut-on parler d'une œuvre cinématographique ? En effet, le lien avec le cinéma est très fort, et représente un atout majeur pour la série. Derrière la caméra sont passés des réalisateurs avertis, comme Cassavetes, et de futurs grands, tels Spielberg ou Jonathan Demme. Les acteurs habitués du grand écran ont aussi été nombreux, Peter Falk évidemment, puis Donald Pleasence, Faye Dunaway, Martin Sheen... L'écriture scénaristique, la mise en scène et l'interprétation sont d'une grande qualité.

Qu'en est-il du lien entre le grand public et l'inspecteur ? Il est ambivalent. On se moque de son côté bouffon mais on s'identifie facilement à lui lorsqu'il est confronté à des dominants, qu'il fait tâche. Les rapports de classe restent présents dans l'existence de chacun, l'expérience du mépris est très commune. Ce malaise trouve une expression positive à travers la résolution de l'enquête. La série conserve-t-elle une actualité ? Ça paraît anachronique, mais lorsque le mouvement des Indignés et son pendant américain, Occupy Wall Street, soulignent le fait que 1% de la population mondiale détient les richesses, tandis que 99% sont laissés pour compte, ils verbalisent l'idéologie de la série. Les criminels de Columbo relèvent de ces 1%, et le pauvre lieutenant représente ces 99% qui mènent une vie ordinaire, sans villa à Beverly Hills et qui n'ont pas les moyens de réparer leur voiture...

à lire / Lilian Mathieu, Columbo : la lutte des classes ce soir à la télé, Éd.Textuel, 143p., 12€

à voir /Columbo - Coffret DVD intégral des 12 saisons, octobre 2008, Universal, 149,99€


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La Vie d'Adèle

Un regard moderne Avant même sa sortie, La Vie d'Adèle aura fait couler beaucoup d’encre. Au programme : une Palme d’Or, des épanchements, des sorties médiatiques et une belle psychanalyse de groupe. Au final, un seul constat : Abdellatif Kechiche est définitivement un extraordinaire peintre du réel. La Vie d’Adèle n’est pas un film comme les autres. C’est un film sur la vie, pourtant irréductible, et sur une histoire d’amour. En grand cinéaste, l'auteur de L’Esquive (2003) réussit le tour de force de saisir l’insaisissable pour le porter à l’écran. Du coup, s’il ne fallait garder qu’une idée, qu'une impression de ce cinquième longmétrage, peut-être faudrait-il insister sur sa grande modernité. Modernité qui se matérialise dans la manière dont Kechiche raconte une histoire et laisse vivre ses personnages, avec leurs complexes (notamment sociaux) et dans leur complexité, sans jamais interroger leur psychologie. En montrant, simplement. Et Justice pour tous Le cinéma ne rend jamais totalement compte du réel ; au mieux, il en revêt les atours et sonne vrai. Dans la lignée de Pialat, Kechiche contourne cette question en changeant de focale : plutôt que de chercher à faire vrai, réaliste, il adopte la juste distance avec ce qu’il montre (souvent au plus près, caméra à l’épaule). Et finalement, c’est peut-être à travers cette vision juste que l’on saisit le mieux la mécanique interne du film : justesse de la direction d’acteurs et de l’interprétation, qui rend justice à l’histoire et ses personnages. Le cinéma de Kechiche atteint ici un niveau rarement observé. Espérons désormais que justice lui soit également rendue, au-delà des polémiques et des controverses. Sylvain Coatleven

La Vie d'Adèle, un film d' Abdellatif Kechiche Avec Léa Seydoux, Adèle Exarchopoulos, Jérémie Laheurte, Catherine Salée, Aurélien Recoing... Sortie le 09.10


Š Wild Bunch


© Jérôme Prébois

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9 Mois Ferme

Délit de grossesse Un soir de réveillon, la juge Ariane Felder se laisse aller à l’ivresse. Célibataire endurcie entièrement dévouée à sa carrière, elle se retrouve six mois plus tard à devoir composer avec une grossesse encombrante, liée au destin de Bob Nolan, un criminel abject. 9 Mois ferme, un méfait commis par un Albert Dupontel en grande forme. On était légèrement resté sur notre faim avec Le Vilain (2008), comédie inventive mais un peu trop sage. Endossant à nouveau les habits du très, très méchant (ici, un braqueur dévorant les yeux de ses victimes), Dupontel ne s’est posé ici aucune limite dans le mauvais goût, et ça lui réussit. Trouvant l’inspiration du côté du documentaire 10e Chambre, instants d’audience (2003) de Raymond Depardon, l’auteur-réalisateur-interprète nous entraîne dans les méandres d’un tribunal où il faut se battre contre l’erreur judiciaire. Verdict ? Mixant la vulgarité et le grotesque trash (voir les scénarios morbides et déjantés imaginés par Bob pour démontrer son innocence), ce cinquième long métrage s'avère incroyablement rythmé et irrévérencieux. On constate par ailleurs que Dupontel sait définitivement s’entourer : face à lui, une étonnante Sandrine Kiberlain, tandis que la palme du guignol revient aux seconds rôles, de l’avocat bègue au juriste éconduit. Sans compter les nombreuses surprises de casting dont on ne dira rien ici. Seul bémol : une (légère) surcharge d’effets visuels. Mais pas de quoi bouder notre plaisir : cela fait longtemps qu’on n’avait pas autant ri au cinéma. Marine Durand 9 Mois ferme, d’Albert Dupontel. Sortie le 16.10. Avec Albert Dupontel, Sandrine Kiberlain, Nicolas Marié, Philippe Uchan, Bouli Lanners…


© Zeugma Films

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Etat commun

Raccords de paix Alors que les négociations ont repris entre responsables israëliens et palestiniens pour régler un conflit débuté en 1948, le documentariste Eyal Sivan fait dialoguer des citoyens des deux parties autour d'une solution moins utopique qu'il n'y paraît : un état commun. À l'origine, ces Conversations potentielles accompagnaient un ouvrage du cinéaste co-signé avec Eric Hazan (Un État commun entre le Jourdain et la mer, éditions La Fabrique, 2012). Les voici, augmentées d'une vingtaine de minutes, dans une sortie en salles amplement méritée. Sivan ne se cantonne pas à filmer un débat comme on en voit tant à la télévision – presque toujours stériles car reposant sur des épreuves de force et des positions d'emblée tranchées. L'Israélien invente, pour cette réflexion en marche, une solution purement cinématographique. En divisant l'écran en deux, le réalisateur ne figure pas un écart irréconciliable entre Palestiniens et Israéliens. Ce geste donne au contraire au film sa dynamique : d'un côté la parole, de l'autre l'écoute. Montage de discours, et montage de réception. En plaçant face-à-face une proposition et une réaction, Sivan facilite l'échange, laisse les gens s'entendre. La division, pas plus que la guerre, ne sont alors des fatalités. Un état commun semble réalisable – il l'est déjà, d'une certaine manière, sur l'écran. Le cinéma ne se contente pas d'enregistrer le désastre : il retrouve toute sa puissance. Raphaël Nieuwjaer état commun : Conversations potentielles [1] d' Eyal Sivan Avec Ariella Azoulay, Omar Barghouti, Meron Benvenisti, Rozeen Bisharat... Sortie le 09.10


© DR

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La dernière tentation de Gand La Belgique a toujours aimé Martin Scorsese. La preuve ? En 1967, le cinéaste américain, encore jeune et dans une passe difficile, reçoit le premier prix de sa carrière pour son court-métrage The Big Shave. C'était au défunt Festival de Cinéma Expérimental de Knokke-le-Zout. Aujourd’hui, une exposition entière lui est consacrée. Retour sur un parcours exemplaire. Après Stanley Kubrick et Jacques Tati, l’équipe du Festival de Gand se penche sur le cas de Martin Scorsese, et frappe un grand coup. Le cinéaste est devenu aujourd’hui un monstre sacré du cinéma américain, l’un des réalisateurs les plus influents du XXe siècle. De plus, le New-Yorkais de 70 ans incarne à la perfection ce trait d’union entre le cinéma indépendant américain, mis à l’honneur lors de cette édition, et Hollywood — du moins une certaine acceptation de celle-ci. Costumes, scripts originaux, archives personnelles du maître… de quoi ravir les fans invétérés et les cinéphiles éclairés. D’autant qu'en parallèle, se déroule une rétrospective sélective alléchante — citons Mean Streets (1973), premier chef d’œuvre (qui peut oublier l'entrée fracassante de Robert de Niro dans un bar enfumé de New York sur une chanson des Rolling Stones ?) ou Taxi Driver (1976, ici en version remastérisée, et en présence du scénariste Paul Schrader !). Une plongée dans l’univers de celui qui, adolescent, hésitait entre deux « métiers » : prêtre, ou gangster. Et qui opta finalement pour le cinéma, domaine se situant selon lui au milieu de ces deux absolus. Très sage décision. Sylvain Coatleven 40e Festival du Film de Gand, 08>19.10, Gand, divers lieux, www.filmfestival.be Expo Martin Scorcese, 11.10>26.01, Gand, C. C. Provincial Caermersklooster, 10h>17h, 8/6/4€


Long Cours

L'écume des jours Photos ¬ Light Motiv Abord © Nadège Fagoo / Escale © Richard Baron / Balise © Eric Le Brun

L'agence Light Motiv regroupe une quinzaine de photographes, tous installés dans le nord de la France et en Belgique. Nous suivons les travaux de ces artistes depuis de nombreuses années* et particulièrement une série d'ouvrages consacrés au port de Dunkerque, à la population qui le traverse ou travaille sur place. Fruit de sept ans de recherches, de prises de vue et d'entretiens, ces cinq livres mêlent images captivantes et textes éclairés signés de la sociologue Elizabeth Gueuret, à qui nous donnons ici la parole.


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Si je vous dis port, vous pensez navires, marchandises, quais, transports maritimes... Mais pas forcément aux hommes et aux femmes qui y travaillent. Ceci résume à peu près la genèse de la collection Long Cours, affrétée par les Editions Light Motiv, et dont le cinquième recueil photographique paraît ces jours-ci (Escale de Richard Baron). Une sortie accompagnée d'une exposition rétrospective sur le Môle 1, au Port de Dunkerque. Là où tout a débuté. Fascinant, l'univers portuaire demeure inconnu de la plupart

des terriens. L'éditeur, Éric Lebrun, les photographes, les co-auteurs et moimême étions – et sommes toujours - attirés par le port de Dunkerque. Car il s'agit d'un territoire en mouvement, une zone de transit qui se forme, se déforme et se reforme. Cet espace très urbain sans l'être tout à fait porte les traces du temps qui passe et surtout, des histoires à hauteur d'homme. Qui, mieux que ces travailleurs, pouvait le raconter ? Nous sommes donc partis à leur rencontre. Chacun a évoqué ses expériences, ses souvenirs, son métier,


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son histoire et son évolution : pilotes, remorqueurs, marins, lycéens et futurs marins, dockers... Chaque recueil restitue ces conversations, en reprenant souvent ce langage à la fois technique et chargé d'histoire. Les photographies, elles, s'inscrivent complètement dans le présent. Mais feront, un jour, partie de l'histoire. Elizabeth Gueuret

* (voir nos portfolios de Nicolas Wilmouth LM n°5, de Richard Baron LM n°11 et d'Eric Le Brun LM n°12)

à voir / Long Cours - Exposition jusqu'au 02.11, Dunkerque, Môle 1, Hangar 4.IV., mer>sam>13h>17h, gratuit, www.fructosefructose.fr - Exposition extérieure accessible 7j/7, gratuit à lire / Marin, les élèves de la mer (Xavier Voirol, Elizabeth Gueuret), Balise (Eric Le Brun, Elizabeth Gueuret), Abord (Nadège Fagoo, Elizabeth Gueuret), Docker (Yves Morfouace, Elizabeth Gueuret) et Escale (Richard Baron, Elizabeth Gueuret). à visiter / www.lightmotiv.com


Galerie Perrotin événement

Dossier réalisé par Thibaut Allemand & Elsa Fortant Photos : Nasutamanus, 2012 © Daniel Firman - DR / Untitled, 2009 © Maurizio Cattelan - Photo Zeno Zotti / Architects as volume, 2012 © Xavier Veilhan - DR / Turismo Reynaldo, Dagmar, Andy y Yandri, 2000-2001 © Leandro Erlich - Photo Judi Werthein / Les Nœuds de Babel, 2013 © Jean-Michel Othoniel - Maxime Dufour


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Mais qu'est-ce que c'est ? Oui, c'est bien un éléphant accroché au mur, façon tête de cerf dans une gentillhommière. Ou presque. Et ce n'est pas le dernier de nos émois. Le TriPostal ouvre grand ses portes à une figure de l'art contemporain, Emmanuel Perrotin, qui fête les 25 ans de sa galerie à Lille. Sorte de self-made man de la cimaise, ce Parisien érudit et passionné ne s'est jamais spécialisé dans un domaine, défendant autant l'art conceptuel, le minimalisme, que le néo-pop art. La liste des artistes qu'il représente vaut tous les discours : Maurizio Cattelan, Wim Delvoye, Damien Hirst, Takashi Murakami, Mariko Mori, Sophie Calle... Mais que se cache-t-il derrière cet impressionnant gâteau ? Visite guidée. Lille, Tripostal, 11.10 > 12.01.2014, mer> dim, 10h > 19h, ven & sam, 10h > 20h, 6/4€, pass saison lille3000 "HAPPY BIRTHDAY, GALERIE PERROTIN / 25 ans" : 15/10€ (solo) - 25/20€ (duo)


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Emmanuel Perrotin

Maitre de ceremonie À la fois invité d'honneur et commissaire d'exposition, Emmanuel Perrotin revient sur son parcours, son métier de galeriste et les parti-pris de ce vaste accrochage. Bref, avant de souffler vingt-cinq bougies, le marchand d'art montre qu'il ne manque pas d'inspiration. Quelle est l'origine de cette exposition lilloise ? Si j'ai bien compris, Didier (ndlr. Fusillier, de Lille 3000) et Martine (ndlr. Aubry) souhaitaient rendre hommage au métier de galeriste. Cette invitation est très importante  : le secteur privé est une clé de voûte de la création, certaines œuvres nécessitant d'énormes moyens de production. Ni l'Etat, ni les marchands ne peuvent tout financer. Ce sont les clients qui le permettent. À travers le marchand, c'est donc un hommage à l'économie de l'art contemporain, une économie qui permet de réaliser les rêves des artistes. Pourquoi vous ? Je ne sais pas. Ça aurait pu être quelqu'un d'autre, c'est vrai. Ma gale-

rie a 25 ans, j'en ai 45. Et surtout, j'ai commencé, jeune, avec des artistes de ma génération, qui débutaient et sont devenus célèbres très vite, comme Damien Hirst ou Takashi Murakami. J'ai eu de la chance. Et du flair, comme un sélectionneur de football ? Oui, c'est de cet ordre là. À un détail près : je ne touche rien lorsqu'un artiste passe d'un «  club  » à l'autre. C'est aussi pour cela que j'ai souhaité que ma galerie soit plus importante, que j'ai ouvert des lieux à New-York ou Hong-Kong  : afin que les artistes ne s'en aillent pas. Ça m'est rarement arrivé, et ce n'est pas agréable. Damien Hirst m'a quitté, par exemple, mais je suis très content d'exposer huit de


« J'essaie d'être créatif dans la façon d'aborder mon métier » ses pièces, chose qui n'est pas arrivée en France depuis des années. Êtes-vous influencé par l'opinion du public dans vos choix artistiques ? Pas toujours. Prenez JR  : dans le milieu de l'art contemporain, il y aurait pu avoir un a priori négatif contre cet homme hyper-médiatisé, populaire... Mais j'étais dans un taxi, sur l'autoroute de Shanghai, lorsque j'ai vu l'une de ces œuvres au loin, sur un château d'eau. J'ai pensé : « Si je suis capable de reconnaître son truc à 100km/h sur la route, je devrais le rencontrer  ». Un autre exemple : lorsque Maurizio Cattelan a débuté, un grand conservateur a déclaré que cela relevait de la blague de potache. Aujourd'hui, le même le considère comme un des plus grands ▲


« Une énorme scénographie est un aveu de faiblesse des œuvres » artistes du xxe siècle. Il n'y a que les imbéciles qui ne changent pas d'avis ! Vous considérez-vous comme un artiste ? Non. Enfin, si, un peu : je participe à des brainstormings, j'exprime parfois ma fantaisie. J'essaie surtout d'être créatif dans la façon d'aborder mon métier, en organisant des concerts dans ma galerie avec Massive Attack ou WhoMadeWho, par exemple. Comment avez-vous sélectionné les œuvres présentes à Happy Birthday ? Il y a tellement de paramètres... Disons qu'on y trouve des artistes avec qui je travaille depuis longtemps, comme Guy Limone, certains avec qui je démarre, comme Sun Yuan et Peng Yu,

et d'autres avec lesquels je ne travaille plus, comme Wendy Jacob. Celle-ci ne crée plus, mais nous allons présenter une œuvre, Wall : il s'agit d'un mur qui respire.

En parlant de murs : un mot sur la scénographie ? Je préfère parler d'accrochage. 5 000 m² scénographiés, ça coûterait cher au contribuable. Mais ce n'est pas nécessaire : une énorme scénographie est un aveu de faiblesse des œuvres. Vous êtes marchand, mais y a-t-il des œuvres dont vous ne vous sépareriez pas ? Eh bien, Hommage à Francis Bacon de Takashi Murakami, qui est présentée à Lille. À chaque fois qu'il la voit dans une exposition, il s'étonne que je la possède toujours. On m'en a, encore récemment, offert une somme très, très importante, mais j'ai toujours refusé.


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Paroles d'artistes Guy Limone

Tapisserie rose, noir, blanc - (2013)

© Maxime Dufour

J'ai créé une tapisserie pour l'escalier du Tripostal, passage obligé pour passer d'un niveau à l'autre. Pourquoi ? Je viens d'un milieu très populaire où nous étions sept enfants. Il y avait la chambre des garçons, celle des filles et celle des petits. Or, le choix d'un papier-peint déterminait les cinq années à venir, c'était très important. Cette tapisserie est constituée d'images découpées dans les journaux, la publicité, des flyers... Je les taille au format 6,6 x 6,6 cm, le format ecta, très utilisé dans la presse. Ensuite, je compose 50 pages en collant sur chacune d'entre elles 35 images différentes. Puis, je les photocopie en couleurs. Ce sont donc des milliers de vignettes qui recouvrent le mur et, parfois, le plafond. On peut parfois retrouver le même motif, mais jamais dans le même sens ou la même combinaison. Je joue avec le rose et le fuchsia, qui étaient la couleur de la Galerie Perrotin en 1993, mais pas à la mode dans l'art contemporain, plus sensible au gris, noir et blanc.

Pieter Vermeersch

L'architecture définit l'espace, délimitant notamment l'intérieur et l'extérieur. Ici, je tente de transformer cette architecture, ces murs, durs et très physiques, en quelque chose d'immatériel. J'applique alors une couleur sur le mur en respectant un dégradé de 30%. Le contraste entre la couleur, le blanc et les tableaux qui sont posés sur ces murs troublent notre perception. Ces tableaux sont des peintures, très réalistes, de photographies abstraites. On ne sait alors plus ce qui est matériel ou immatériel. Je cherche également à saisir la temporalité : le dégradé représente le temps qui passe, irréversiblement. ▲

© Maxime Dufour

Untitled (blue 0-30%, red 0-30%, yellow 0-30%) - (2013)


© Guillaume Ziccarelli

Jean-Michel Othoniel

Feerie Generale Les derniers sont les premiers. On clôt ce dossier avec Jean-Michel Othoniel, dont les créations monumentales ouvrent l'exposition du TriPostal. Entre sculpture et installation, l’œuvre du Stéphanois reposant sur du verre soufflé frappe l'imaginaire. Rencontre avec l'inventeur du Réel Merveilleux.

Bio express

« J'ai eu deux chances. La première, d'aller au musée d'Art Contemporain tous les mercredis avec l'école. La seconde, d'y voir et d'y rencontrer, à six ans, des artistes 1993 : Jean-Michel Othoniel introduit le verre comme Tony Cragg. Je n'avais plus qu'une envie, pénétrer dans ses travaux. cet espace de liberté qu'est l'art contemporain », explique 1996-97 : Résidence Jean-Michel Othoniel. Le diplômé de l'école des beaux-arts à la villa Médicis à Rome. de Cergy-Pontoise trouve les fondements de son travail en 2000 : Transformation de la station de métro voyageant. Beaucoup. Novateur, le Stéphanois débute par le parisienne Palais-Royal soufre puis, les matériaux en entraînant d'autres, il façonne - Musée du Louvre en l'obsidienne (pierre volcanique) et à présent le verre miroité Kiosque des noctambules. 2003 : Crystal Palace, – comme en témoigne The Knot Of Imaginary, présenté première exposition au Tripostal (voir ci-contre). Ces périodes successives sont personnelle, présentée retracées lors d'une rétrospective au Centre Pompidou à Paris à la Fondation Cartier. (My Way, 2011), pour fêter ses vingt-cinq ans de carrière. «  Actuellement, je développe des formes abstraites inspirées des nœuds de Lacan, une métaphore de la création. Une façon de proposer des moments d'abstraction de la réalité », poursuit le quadragénaire. Ainsi, son art s'exprime à travers des œuvres monumentales dans l'espace public, à l'image du Kiosque des noctambules à Paris : « un petit émerveillement dans le quotidien ». Plasticien mais pas technicien, l'enchanteur dessine à l'aquarelle, modélise mais laisse la conception technique aux professionnels : « Je choisis des gens d'excellence, je ne souffle pas le verre car je souhaite travailler avec les meilleurs ». à 49 ans, ce touche-à- tout multiplie les projets en marge de l'art destiné aux musées, s'associant au Cirque du Soleil ou au paysagiste Louis Bénech afin de créer un jardin contemporain à Versailles, (intact depuis Louis XVI !) dont quatre sculptures pérennes.


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Marcel Mariën, Les dernières volontés, 1984, Photographie Collection du Musée de la Photographie de la Fédération Wallonie-Bruxelles © SABAM Belgium 2013

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Ça rime à rien ? Figure du surréalisme et historien du mouvement, Marcel Mariën nous a quitté voici vingt ans. Une belle exposition, présentant près de deux cents œuvres, lui est consacrée. Photographies, collages et dessins aussi drôles que rêveurs, aussi contestataires qu'en dehors du monde. Ici, l'onirisme le dispute au politique. Mais qui était Marcel Mariën ? Surréalisme. Galvaudé, ce mot est souvent employé à tort et à travers – on plaide parfois coupable. En même temps, c'est facile, ses têtes pensantes étant toutes décédées, personne ne viendra en revendiquer la paternité ; mais s'il en reste quelque chose aujourd'hui, par delà un Manifeste (à replacer dans le contexte) et des œuvres qui ont franchi les années, c'est aussi et surtout grâce à quelques historiens  : Marcel Mariën, donc, ou encore ELT Mesens (voir p.82). Mesens, justement, ouvre sa galerie londonienne au jeune Anversois – il n'a que 17 ans – pour y exposer sa première œuvre, L'Introuvable (ce célèbre verre de lunettes à deux branches). Filou génial Participant à diverses revues (dont La Main à plume, Le Ciel Bleu), Mariën se signale aussi et surtout par plusieurs tracts et collages subversifs et, enfin, par un formidable goût pour l'escroquerie : ainsi, il écoule des toiles, attribuées à Braque ou Picasso, mais peintes par Magritte, ou encore de faux billets de francs belges (conçus par Magritte aussi). La plus belle entourloupe (un concours truqué, en 1958) lui permet, avec les gains, de réaliser L'imitation du Cinéma, farce violemment anti-cléricale. Aventurier et voyageur, il parcourt ensuite le monde avant de rentrer à Bruxelles et de signer en 1979 L'activité surréaliste en Belgique (19241950), l'ouvrage de référence sur le mouvement. Thibaut Allemand

Marcel Mariën, Le passager clandestin 1920-1993 Charleroi, Mont-Sur-Marchienne, Musée de la Photographie, jusqu'au 19.01.2014, mar>dim, 10h>18h, 6/4/3€, www.museephoto.be


Retours de mer

Surasundari (Patralekha), Chandela, 10th © Indian Museum, Kolkata © Bandeep Singh

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Corps de l'Inde Karma, Yoga, Āsana... Si certaines philosophies et pratiques indiennes trouvent un écho en Occident, la plupart restent inconnues. En guise d'introduction à la saison Europalia India, cette exposition dévoile un pilier de l'art, de la médecine et de la culture indienne : la représentation du corps. Issus principalement de musées nationaux et régionaux indiens, de collections privées indiennes mais aussi européennes, les 250 objets présentés ici remontent jusqu'au troisième millénaire av. J-C. La plupart des sculptures monumentales, installations, miniatures, céramiques ou bijoux sont d'ailleurs exposés pour la première fois. Divisé en huit chapitres, le parcours aborde des thèmes universels : la mort de l'enveloppe charnelle, sa renaissance ou bien son rapport au monde extérieur. Un véritable voyage spirituel, donc. Elsa Fortant 05.10>05.01.14, Bruxelles, Bozar, mar>dim, 10h>18h, jeu 10h>21h, 14>4€, www.bozar.be

Le musée des Beaux-Arts de Dunkerque est inextricablement lié à la mer : lors de sa création, en 1838, le maire sollicite marins, capitaines ou collectionneurs à confier des « objets exotiques ». Retours de Mer dévoile ce vaste fonds et s'enrichit d'œuvres classiques, modernes et contemporaines empruntées à des musées ou galeries. Le parcours, en deux axes, s'ouvre sur la Tragédie où se croisent tempêtes, combats navals et naufrages, autour des tableaux épiques du marin et peintre Louis Garneray (1783-1857). Tout près, Les Restes de la Méduse (1997) de Valérie Favre, est une relecture inspirée de Géricault. Le second thème, l'Élégie, évoque les sentiments charriés par la mer : l'envie d'exil, le deuil... À ce sujet, La Vague (1869) de Gustave Courbet constitue le pivot d'une exposition dans laquelle on plongera plus d'une fois. Thibaut Allemand 05.10>31.01.2015, Dunkerque, Musée des Beaux-Arts, tlj sauf mar, 10h>12h15, 14h>18h, 4,5/3/1,5€, gratuit – 18 ans et 1er dim du mois, www.musees-dunkerque.eu

Louis Garneray, L'Abordage du Kent, collection musée des Beaux-Arts, Saint-Malo © Teddy Seguin – Musée de Saint-Malo


Life (détail) © Pierre-Elie de Pibrac

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De pied en cap(e) Passé par l'agence VU, le photo-reporter Pierre-Elie de Pibrac envisage également l'image comme un plasticien. A la faveur d'un voyage aux USA, il découvre la communauté des Real Life Super Heroes, auxquelles il consacre un ouvrage et une exposition. Comme on dit dans Kick-Ass : Pas de super pouvoirs ? Pas de problème ! «  Les Real Life Super Heroes réalisent des actes ordinaires de manière extraordinaire  », explique l'artiste trentenaire. L'origine du phénomène remonterait au Mexique des années 1980, incarné alors par Superbarrio, un luchador venu en aide aux victimes d'un tremblement de terre. Nourri à la culture comics, le mouvement prend de l'ampleur aux États-Unis. Au fil des rencontres, le photographe tire une série de portraits, dont vingt-deux présentés dans cette exposition. Plasticien, il multiplie les supports (figurines) et présente le quotidien de ces héros anonymes à travers huit photosculptures d'environ un mètre quatre-vingt, jouant avec les matériaux : pierre, brique, bitume, rouille ou encore bois. Bas les masques Âgés de 16 à 55 ans, ces super héros anonymes (ni vengeurs masqués, ni justiciers), liés par une charte éthique, n'usent jamais de la force. Au-delà du simple service ils organisent des maraudes, assistent la police, empêchent bagarres et deals de drogue, soutiennent les sans-abris. Pourquoi se déguisent-ils alors ? « Afin que leur démarche soit acceptée, qu'elle ne passe pas pour de la pitié », insiste Pierre-Elie. Ce que les vidéos et projections laissent entrevoir. Côté européen, les Français se réunissent sous la bannière (maladroite) Les Défenseurs de France. Il y a des héros, des super-héros et... des Real Life Super Heroes. Elsa Fortant

Real Life Super Heroes 12.10>24.11, Lomme, maison Folie Beaulieu, mer 10h>12h, 14h>18h, jeu & ven 14h>18h, sam 10h>12h, 15h>18h, www.ville-lomme.fr


exposition

Shadows & Decanter from the portfolio Revolving Doors, Man Ray, 1926, New York, MOMA, Museum of Mod © SABAM Belgium 2013. Digital image, The Museum of Modern Art, New York/Scala, Florence

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Constellation surréaliste Trop. Beaucoup trop. Édouard Léon Théodore Mesens (1903-1971) n'a pas arrêté, et nous voilà fort dépourvus à l'heure de conter par le menu tout ce que ce Belge a vu, vécu et promu. Sans lui, pas de Magritte, pour aller vite. Mais à Ostende, on prend le temps de (re) découvrir un personnage-clé de l'histoire des arts du siècle passé. C'est donc sur deux niveaux, vastes et clairs, que le Mu.ZEE tente de parcourir les connexions de cet écrivain, poète, plasticien et surtout figure du surréalisme belge. Pianiste de formation, le Bruxellois n'a pas vingt ans lorsqu'il rencontre Magritte, Van Hecke, Satie ou Tzara, durant les dernières années du Dadaïsme. Au gré de voyages à Paris, son carnet d'adresses prend des allures de Who's who des avantgardes. Et ce n'est pas fini : tour à tour éditeur (les revues surréalistes Période, Marie ou œsophage...), puis galeriste, Mesens expose Magritte à Bruxelles en 1933, puis cinq ans plus tard à la London Gallery, où il officie désormais. Ses propres œuvres (de nombreux collages, entre autres) visibles au rez-de-chaussée, permettent de saisir l'effervescence de l'époque et la fièvre créatrice du jeune Belge. Mais ne peuvent rendre compte de son influence décisive sur le mouvement. Non, Mesens n'avait pas le talent ni le génie d'un Dali, d'un Ernst, d'un Klee ou d'un Man Ray, quelques signatures à retrouver parmi les trois cent œuvres réunies ici. Mais qui sait si le surréalisme aurait connu la même aura, voire la même postérité, sans ce passionné, visionnaire et passeur ? Thibaut Allemand L'alphabet d'étoiles d'E.L.T. Mesens Jusqu'au 17.11, Ostende, Mu.ZEE, mar>dim, 10h>18h, 9/1€ (-26 ans) / grat (-12 ans), www.muzee.be


© Mimi The Clown

Dada is not dead On évoquait Dada un peu plus haut (voir p. 82) . Un mouvement bref, intense, qui fit table rase des conventions politiques et esthétiques, en conservant un sens de l'humour féroce. Un siècle plus tard qu'en restet-il ? Les artistes présentés ici ne se posent pas en héritiers officiels du mouvement de Tristan Tzara. Mais, devant les grafs très post-Bérus de Mimi The Clown, les portraits énergiques de David Veroone et les formes généreuses des cartoons de David Gouny, on envisage Dada comme un papa. Un père indigne, évidemment.

C'est la dotation Masurel (comprenant l'héritage de son oncle Roger Dutilleul) qui donna naissance au LaM il y a 30 ans. Mais où ces deux collectionneurs se fournissaient-ils ? Chez le galeriste D-H Kahnweiler (1884-1979), qui défendit les premiers cubistes (Picasso, Léger, Braque...) puis, dans les années 1920, Masson, entre autres. Grâce à des prêts exceptionnels de tableaux et sculptures provenant de collections publiques ou privées françaises, cet accrochage revient sur l'épopée d'une galerie emblématique. Jusqu'au 12.01.2014, V. d'Ascq, LaM, mar>dim , 10h>18h, 10/7€, www.musee-lam.fr

19.10>01.12, Lille, m. F. Wazemmes, mar>sam, 14h> 19h, dim, 10h>19h, grat, www.mfwazemmes-lille.fr

Do Not Think

© Jacques Floret

exposition

Daniel-Henry Kahnweiler et ses peintres

La planche à roulettes a inspiré nombre d'artistes contemporains. La preuve avec Do Not Think. Cette exposition, déjà présentée à Milan et Berlin, dévoile des sculptures (le français The Wa), photographies (l'allemand Captain Cracker), et des pièces électroacoustiques signées Andrea Befi. On en passe, mais on tient à souligner les impressionnants dessins au stylo bille de Jacques Floret, fièrement... encrés dans cette sous-culture urbaine. 05.10>24.11, Roubaix, La Condition Publique, mar>dim, 14h30>18h30, gratuit, www.laconditionpublique.com

André Beaudin, Le Cheval foudroyé, 1955. Donation Louise &Michel Leiris. Musée national d’art moderne / Centre Georges Pompidou, Paris. Photo : © Centre Pompidou, MNAM-CCI, Dist. RMN-Grand Palais / DR / LaM © Adagp Paris, 2013

Picasso, Léger, Masson

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Happy Birthday Dear Academie, Antwerp Icons - Bernhard Willhelm © Ronald Stoops

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Happy Birthday Dear Academie !

Seventies, Chacun ses audaces

Pour fêter les 350 ans de l'Académie, le KMSKA et le couturier Walter Van Beirendonck convient grands anciens (Jacob Jordaens, Vincent Van Gogh) et figures plus récentes (le plasticien Panamarenko). Impossible de résumer l'étendue du voyage (quatre siècles, tout de même), mais sachez qu'en sus des pièces maîtresse du KMSKA, viennent s’ajouter des chefs-d’œuvre prêtés par des musées internationaux et des pièces appartenant à de nombreux artistes connus.

Après les fifties (2008) et les sixties (2010), le musée revient sur les looks et symboles vestimentaires de la décennie de Jacques Mesrine et du Concorde, également marquée par des bouleversements sociaux qui influencèrent la mode. Pattes d'eph, fleurs et acrylique, mais aussi paillettes, vinyles et spandex sont à la fête ! À bientôt pour les années quatre-vingt ?

Anvers, MAS, jusqu'au 26.01.14, mar>dim, 10h>17h, sf weekend, >18h, 8/1€ (-26 ans), www.happybirthdaydearacademie.be

Bruxelles, Musée du Costume et de la Dentelle, Jusqu'au 02.03.2014, lun>dim sauf mer, 10h>17h, 4/3/2€/gratuit, www.museeducostumeetdeladentelle.be

Iris Van Herpen

Influencé par le cinéma, son travail allie trait fluide, compositions épurées et perspectives inhabituelles. Conceptualisant le roman graphique, Eisner défend l'idée que le texte doit jouer à jeu égal avec le dessin. Pour saluer cette œuvre moderne, l'exposition dévoile planches originales, vidéos d'entretiens, éditions étrangères aux couvertures variées... Le tour d'horizon d'un auteur majeur.

Mode ? Sculpture ? Cet enchevêtrement de cuir, de feuilles d'acryliques, de chaînes métalliques et autres lanières de plastique constitue les créations d'Iris Van Herpen. La styliste néerlandaise confectionne des robes avant-gardistes, relevant autant de la haute couture que de l'art contemporain. Cette trentaine de pièces réalisées entre 2008 et 2012 avec une imprimante 3D est accompagnée de photographies et de vidéos montrant les œuvres portées. Un défilé virtuel époustouflant.

Bruxelles, CBBD, jusqu'au 02.03.14, mar>dim, 10h>18h, 8/6/3€/gratuit, www.cbbd.be

Calais, Cité Internationale de la Dentelle et de la Mode, jusqu'au 31.12, tlj sf mar, 10h>18h, gratuit, www.cite-dentelle.fr

Will Eisner


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Living Objects, Shrine for sacred offering © Europalia India - Serge Anton

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Corot dans la lumière du Nord L'œuvre de Camille Corot (1796-1875), marquée par les paysages du Nord de la France, est à redécouvrir à travers 70 tableaux issus de collections régionales, nationales (Louvre, Orsay...) et étrangères (USA, GB...). Sont dévoilés ses liens avec la famille Dutilleux, l'influence de Corot sur l'école d'Arras, puis des dessins et des clichés-verre inspirés des paysages locaux. Au Nord, c'était le Corot, forcément. Douai, Musée de la Chartreuse, 05.10>06.01.14, tlj sf mar, 10h>12h, 14h>18h, 6/4,30€, www.museedelachartreuse.fr

Living Objects Made for India L'Inde à travers le regard de deux designers. Fondée à Londres il y a 13 ans, l'agence Doshi Levien se compose de l'Ecossais Jonathan Levien et de l'indienne Nipa Doshi. Le tandem a sélectionné des objets trouvés dans les foyers, bazars et autres boutiques situés en Inde. Ces objets du quotidien sont utilisés pour le nettoyage, les repas, le bain, la prière, le culte de divinités... En mêlant sacré et profane, marketing et artisanat, cette exposition en dit long sur la culture indienne. Hornu, GHI, 13.10>16.02.14, mar>dim, 10h>18h, 8/4/2€, www.grand-hornu-images.be

Le coup du fantôme Sun Yuan et Peng Yu, diplômés des Beaux-Arts de Pékin, alignent des machines virtuoses pas dénuées de second degré. à l'image de ce balcon faussement romantique qui crache des bouteilles ou des livres. Et si cette œuvre onirique (comprendre : qui laisse rêveur) ne vous suffit pas, allez donc faire un tour au Tripostal, où The Angel est présentée, dans le cadre des 25 ans de la Galerie Perrotin (voir p. 68). Lille, Gare Saint-Sauveur, jusqu'au 03.11, mer>dim, 12h>19h, gratuit, www.lille3000.com

MAHJOUB BEN BELLA Évènement ! Pour la première fois, Mahjoub Ben Bella est exposé à Lille. Pourtant, cet artiste a décoré 12  km de pavés du fameux Paris-Roubaix, a illuminé 400  m2 de façades au cœur de Lille, entre nombreux autres liens l'unissant au Nord. Ici, des œuvres inédites (peintures, dessins, aquarelles) témoignent d'une créativité renouvelée : travail sur la couleur, diversité des motifs… En sus, les carnets exposés témoignent d'une incroyable maîtrise de l'aquarelle. Lille, Musée de l'Hospice-Comtesse, 18.10>12.01, lun, 14h>18h, mer>dim, 10h>12h30, 14h>18h, 3,50/2,50€, www.mairie-lille.fr


Mao, 1972, Andy Warhol © Andy Warhol Museum

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Andy Warhol : Life, Death and Beauty

À Montréal, quand l'image rôde

Warhol est ici approché par le lien entretenu avec la spiritualité et la religion. En 130 œuvres (peintures, sérigraphies et photographies), alliant portraits mythiques (Marilyn, Mao...), autoportraits dérangeants et images macabres (la fameuse Electric chair), ce point de vue inédit permet de contester l'image d'un Warhol en toc, dont les seuls totems seraient l'argent et la célébrité. On redécouvre aussi ses relectures de grands classiques (dont Boticelli) entamées à la fin de sa vie...

Une quinzaine d'artistes canadiens (performers sonores, vidéastes, etc.) travaillent sur des données intimes et sensibles : la lenteur, le souffle, l'écho… Mais comment montrer l'indicible  ? Ces créateurs répondent à cette question, en posent d'autres, mais leurs réponses se passent de mots. À voir et à ressentir, donc.

Mons, BAM, 05.10>19.01, mar>dim, 10h>18h, 9/6€, www.bam.mons.be

Georg Baselitz Eugène Leroy, Le récit et la condensation

Le siècle d'or de la peinture danoise : une collection française

Tourcoing, Le Fresnoy - Studio National des Arts Contemporains, 05.10>05.01.14, mer, jeu & dim, 14h>19h, ven, sam, 14h>21h, 4/3€, www.lefresnoy.net

Redécouverte il y a une trentaine d'années, la peinture danoise du xixe siècle s'offre sur un plateau. Les plus célèbres artistes sont ici présentés (Abilgaard, Eckersberg, Lundbye, Melbye, Rorbye) et témoignent d'une apparente simplicité dans les portraits. Ils manifestent aussi un goût évident pour la lumière et les paysages – souvent maritimes.

Ou la rencontre entre deux monstres sacrés. Depuis 1969, Baselitz est célèbre pour ses figures peintes la tête en bas, attirant moins le regard sur le sujet que sur la peinture – qui devient sujet principal. De son côté, Eugène Leroy a toujours travaillé sur la lumière, plaçant ses sujets sous une avalanche de couleurs. Chacun joue sur le rapport entre le figuratif et le non figuratif. Leur rencontre, une première, tombe sous le sens et nous, sous le charme.

Roubaix, la Piscine, 12.10>12.01.14, mar>jeu, 11h>18h, ven, 11h>20h, week-end 13h>18h, 9/6€, www.roubaix-lapiscine.com

Tourcoing, MUba Eugène Leroy, 11.10>24.02.14, tlj sf mar, 13h>18h, 5/3€, www.muba-tourcoing.fr


La Galère © Cie Bakélite, DR

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Focus

Entre moi et je

© Karlijne Provinciael

Mike Alvarez

Pionnier de la danse hip-hop, Mike Alvarez arpente bitumes et battles depuis 1983. À la lecture de l'Essai sur le théâtre des marionnettes (1810), dans lequel Heinrich Von Kleist compare les mouvements de marionnettes à ceux des danseurs, le Belge imagine Entre Moi Et Je. Ici, le manipulateur est également danseur. Cela influence-t-il les mouvements de la marionnette ? Ou est-ce le pantin qui conditionne les gestes du danseur ? Vaste question à laquelle nulle réponse n'est donnée. En revanche, voici un beau duo solitaire, pierre de touche du hip-hop... et de la manipulation marionnettique. T. Allemand 17.10, Lille, maison Folie Wazemmes, 20h, 5,5/3,5€, www.mfwazemmes-lille.fr // 20.10, La Louvière, Le Palace, 16h, nc, www.ccrc.be


thema

festival la marionnette dans tous ses états Les marionnettes, de simples personnages et trois bouts de ficelles ? Grave méprise  ! Aujourd'hui, les marionnettistes sont des bricoleurs de génie, créateurs d'imaginaires fantastiques. Pour s’en convaincre, rien de tel qu’un petit détour par Lille, Tournai et dans le Valenciennois où ces pantins ont leurs festivals. La réussite des quatorze compagnies invitées par le 9e festival La Marionnette dans tous ses états à la maison Folie de Moulins réside dans l’inventivité et l’innovation des concepteurs. Loin des décors imposants des grosses productions, ces derniers créent des univers dans lesquels petits et grands se laissent entraîner sans retenue. Offrant un panel très large de l’art de la marionnette d'aujourd’hui, la maison Folie s’affirme également comme un lieu de création et de résidence puisqu’elle a accueilli deux compagnies plusieurs semaines avant le début du festival. Des créations maison Roméo + Juliette = AESD (Amour Eternel Sans Divorce), par Scopitone et Cie, revisite Shakespeare avec une fraîcheur inattendue : une marionnette à taille humaine donne sa vision de l’histoire des amants de Vérone, tout en manipulant diverses bricoles sur une simple table. La magie opère. De son côté, avec quelques objets, un peu d’eau et beaucoup de bidouille, la Cie Bakélite promet une épopée maritime au cœur d’un équipage aussi inquiétant que saugrenu. La Galère frôlera le naufrage à plusieurs reprises mais le capitaine veille au grain et n’abandonnera pas ses moussaillons ! Destinés à un public familial ou scolaire, ces spectacles généralement courts se jouent à la maison Folie mais aussi hors les murs. L'occasion de parcours originaux dans une médiathèque... voire dans une cuisine ! Hugo Dewasme La marionnette dans tous ses états 12>20.10, Lille, maison Folie de Moulins, 5,50/3,50e Pass 2 spectacles 9/6,50€, www.mfmoulins.mairie-lille.fr ▲

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FESTIVAL ITINÉRANT DE de MARIONNETTES

La Baleine © Alex Rochereau

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L’homme content de rien © Charlotte Bartholomé

7>27.10, Saultain, Aulnoy-lez-Valenciennes, VieuxCondé, Petite-Forêt, 3e, www.fim-marionnette.com

Festival Découvertes, Images et Marionnettes de Tournai

15>20.10, Tournai, Centre de la Marionnette, Halle-aux-Draps, Maison de la Culture de Tournai, de 16 à 1,25€, www.festivalmarionnette.be

C’est sur les routes du Valenciennois que la compagnie Zapoï implante pour la cinquième fois son FIM. Au fil de la déambulation, spectacles, expositions et ateliers dressent un panorama complet de l’art de la marionnette d'aujourd’hui. Citons l'immanquable exposition Marionnettes, territoires de création (au Boulon de Vieux-Condé), autour de laquelle une carte blanche est proposée à plusieurs artistes de la région. Parmi les spectacles attendus, Diaphanie ou les mémoires d’une fée par Barbara Mélois, qui transpose le conte de Cendrillon dans un univers de transparence et de lumière réalisé avec de la cellophane. Avec six spectacles qui seront joués de nombreuses fois et dans différents lieux, ce festival itinérant marque le territoire de son empreinte : celle du partage et de l’émotion.

Une semaine durant, Tournai devient la capitale wallonne de la marionnette. Ce festival accueille douze compagnies venues de toute l'Europe et autant d’approches différentes de cette discipline. De la marionnette à taille humaine qui évolue aux côtés d’un danseur aux plus petits formats présentés sur table, en passant par la manipulation d’ombres chinoises, tous les outils au service de la narration sont envisagés. Ainsi, avec les Espagnols d'El Teatre de l’Home Dibuixat, de simples pierres prennent vie et composent une ode à la tolérance derrière une histoire loufoque. Ces spectacles prouvent qu'avec peu de moyens, on peut captiver un public de tous âges, à condition d'être créatif !


© Yves Renaud

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Quand l’esprit vient aux femmes Célébrée bien au-delà des frontières de la Belle Province pour avoir concilié, depuis trente ans, la lettre et l’esprit des textes aux recherches formelles radicales, la compagnie UBU de Denis Marleau s’empare de Molière et nous emporte au château de Grignan, où de modernes Femmes savantes tiennent salon. C’est à coup sûr l’esprit du lieu qui a inspiré à la troupe québécoise l’envie de revisiter le classique : le site provençal, où elle était invitée à se produire, avait été le témoin, déjà, de joutes, de fâcheries et de réconciliations - épistolaires sans doute, mais entre deux femmes de lettres et de tête bien réelles, Madame de Grignan et son illustre mère, la Marquise de Sévigné. Ce cadre est reconstitué sur scène, Marleau et les siens ayant décidé de prolonger cette « villégiature théâtrale ». En revanche, exit le pittoresque grand-siècle à pourpoints et hauts-de-chausse : ces femmes savantes-là évoluent dans les années 1950 et les souvenirs d’enfance du metteur en scène. Mariage pour toutes ? «  C’était une époque conformiste pour les femmes, explique Denis Marleau. Le temps des des corsets, des carcans sociaux et d'une image standardisée, avec le mariage comme seul horizon d'épanouissement ». Une époque où les Armande et les Philaminte d’après-guerre (et d’avant la pilule) n’avaient pas fini de secouer le morne passéisme des nouveaux Chrysale. De lutter contre la figure du père reléguant les femmes aux tâches ménagères. Ni de résoudre cette « division du corps et de l’esprit » , dont les femmes «  vivent encore aujourd’hui de façon plus ou moins heureuse les contradictions ». Cette entrée féministe dans l’œuvre n’entame en rien la force comique du puissant remue-ménage qu’elle expose. Mais le soleil de la Drôme pourrait bien y avoir projeté quelques ombres… François-Xavier Béague

LES FEMMES SAVANTES 03>06.10, Mons, Le Manège, 20h sf dim, 16h, 11/8€, www.lemanege.com // 09 > 11.10, Valenciennes, Le Phénix 20h, 16/14/13/9€, www.lephenix.fr // 14&15.10, Maubeuge, La Luna, 20h, 11/8e, www.lemanege.com // 18 & 19.10, Charleroi, Palais des Beaux-Arts, 20h, 15/10€, www.pba.be // 22 > 26.10, Namur, Théâtre Royal, 20h30, 16/12/10/9/7€, www.theatredenamur.be

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Répétition © Antonio Gomez Garcia

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Le silence est d’or La crise. Depuis 2008, pas un jour ne passe sans sa cohorte d’analyses, de discours alarmistes et de promesses d'un nouveau capitalisme éthique. De cette saturation d’information « qui finalement diminue la connaissance », le Zoo Théâtre tire Money!, une création incisive sur le monde de la finance. Lorsqu’elle nous répond, Françoise Bloch est en pleine phase de création, parachevant le texte directement en plateau, ajustant la trame au fil des réactions de ses comédiens. « Il y aura peut-être une place laissée à l’improvisation… ». Après avoir ausculté le monde du conseil (Grow or Go, 2009) et constaté l’abrutissement généré par le télémarketing (Une Société de services, 2011), elle boucle cette non-trilogie et remonte aux origines du mal : le profit avant tout. Comment entrer dans le vif d’un sujet « profondément ennuyeux », selon les propres mots de la metteure en scène ? « Je suis partie d’un client demandant naïvement à son banquier ou allait l’argent de son épargne ». Rencontres avec Attac Bruxelles, simulation d’ouvertures de comptes, la méthode est empirique et rigoureuse. Money! décrit le parcours sinueux du capital, entre séquences vidéo documentaires et transpositions en tableaux sur scène. Dans cet espace fictif, la parole de chacun se délie. Ainsi, Françoise Bloch imagine un échange reposant sur la confiance dans lequel épargnants et banquiers tombent le masque. Ce dispositif pose, plus globalement, la question de la responsabilité. Que veut-on savoir et que vaut-il mieux taire ? Car si la parole est d’argent… Marine Durand Money ! 8.10>19.10, Bruxelles, Théâtre national, 20h30, sf mer 19h30, dim 15, et 17.10, 20h, 20/16/11€, www.theatrenational.be // 22.10>24.10, Charleroi, Eden, 20h, 14/9€, www.eden-charleroi.be //12.11>16.11, Liège, Théâtre de Liège, 20h sf 13.11, 19h, 22/12/7€, www.theatredeliege.be


© Niko Tavernise

© Clinic Orgasm Society

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Fusée

L'Amour, la guerre

Norme, nf : Règle, principe, critère auquel se réfère tout jugement. Voilà une définition et un concept que la Clinic Orgasm Society décide de mettre à mal à travers une trilogie des plus foutraques. Ainsi, le collectif bruxellois questionne les codes de l'a-normalité à travers la vulve disproportionnée de Lala Ferrero (l'héroïne de Pré) et la désincarnation de la famille dans Blé. Fusée, dernier pan - bien qu'autonome – du tryptique, aborde la question du manque et du besoin d'amour. La compagnie a été choisie pour représenter l'humanité dans le cadre d'un programme interculturel et artistique sur la planète Gliese 581 g. Elle doit composer une forme scénique avec les glöörghs, une population extraterrestre... Les supports utilisés (vidéo, son, image) révèlent l'ambivalence des sentiments humains face à la différence. Quoi de plus normal ? Elsa Fortant

Après avoir sondé la mélancolie en s'inspirant des écrits de Witkiewicz et de Melville (I Would Prefer Not To, 2011), Selma Alaoui et ses sept comédiens s'attaquent à Shakespeare, à ses ressorts dramatiques et ses archétypes. Sur une île tropicale, face à son père, très dur, et ses deux sœurs, la jeune Diane (qui évoque à la fois Cordélia et Hamlet) tente de rester fidèle à ses idéaux. Difficile, au vu des enjeux politiques, financiers et familiaux qui s'opposent à cette volonté de pureté. L'amour comme moteur de la révolte, voire de l'Histoire ? Cette troisième création confirme le talent d'Alaoui, qui joue avec les conventions du théâtre classique pour mieux les faire voler en éclat. À la fois vaudeville et mélodrame, comédie et tragédie, L'Amour, la guerre est porté par une mise en scène éclatée – et éclatante. Thibaut Allemand

Jusqu'au 05.10, Bruxelles, La Balsamine, 20h30, 14/12/8/6/4€, www.balsamine.be // 08>10.10, Lille, Le Grand Bleu, tlj 20h, sf jeu 14h30, 13/11/10/6€, www.legrandbleu.com

01>05 & 08>12.10 Bruxelles, Les Tanneurs, 20h30, 10/7,5/5€, www.lestanneurs.be // 22.10, Tournai, Maison de la Culture, 20h, 18/16/ 14/12/8€, www.maisonculturetournai.com


© Gilles Ivan Frankignoul

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Double Rideau(x) Toujours en itinérance, le Rideau de Bruxelles trouvera, en 2014, un point de chute entre les murs du XL Théâtre pour quinze ans. Une bonne nouvelle n'arrivant jamais seule, cette même compagnie crée le RRRR festival, un nouvel événement dédié aux nouvelles écritures de Belgique francophone. Hâtons-nous : ce bouillonnement créatif s'achève le 5 octobre ! «  Depuis sa création en  1943, le Rideau a pour mission de promouvoir les nouvelles écritures » explique Michael Delaunoy, directeur de la compagnie théâtrale. Ce festival affiche donc quatre spectacles, dont trois créations, neuf lectures d’œuvres originales et des rencontres autour de l’écriture dramatique. « Il s'agit de créer une émulation autour de ces auteurs belges méconnus du public, mais aussi des programmateurs étrangers. » Si les professionnels dénoncent une précarisation du métier, les auteurs belges bénéficient depuis quelques années d’une bonne réputation. Un exemple ? La dramaturge Céline Delbecq qui, à 27 ans, s’exporte déjà en dehors du royaume, et dont le texte Seuls avec l’hiver est ici mis en scène. « On ne verse pas dans le protectionnisme culturel, insiste Michael Delaunoy. Les textes proposés sont écrits par des Belges vivant à l’étranger, ou par des étrangers vivant en Belgique. L’Europe entière nous est passée dessus au cours des siècles, notre culture est à l’image de cette diversité ! » L’évènement, qui se veut biennal, s’ouvrira d’ailleurs bientôt à d’autres régions (le Québec, la Flandre), pour multiplier les échanges dans la simplicité, comme toujours avec le Rideau. Julien Collinet RRRR festival - Jusqu’au 5.10, Bruxelles, Poème 2, spectacles : 10€, Lectures et rencontres : gratuit, www.rideaudebruxelles.be


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It's Going to Get Worse

Sidi Larbi Cherkaoui revisite son œuvre et propose quatre duos qui constituent un nouveau spectacle à part entière. De l'animalité de Faun (nouvelle version du Prélude... de Debussy) à l'évanescence de Pure, de Matter (scène-clé de Origine, 2008), qui interroge les rapports entre les sexes et les cultures, aux relations de couples (Sin), l'Anversois prouve, avec peu de moyens et une imagination débordante, que la danse peut accéder à la quatrième dimension.

Inspirée des prêcheurs de bonne parole, la création tire son titre d'un discours du célèbre Jimmy Swaggart, télévangéliste américain. Au son de cette redoutable allocution répond le corps de Lisbeth Gruwez, seule sur scène. Catalyseurs de la violence des mots, les mouvements oscillent entre fureur, séduction et persuasion. Aussi effroyable qu'hypnotique, le pouvoir de la parole devient alors palpable. 12.10, Koskijde, CC Casino, 20h, 14/12,50 /11€ // 15>17.10, V. D'Ascq, La Rose Des Vents, 19h, sf jeu, 21h, 20>5€, www.larose.fr // 21>23.11, Bruxelles, KVS, 20h, 20>11€, www.kvs.be // 26.10, Lokeren, CC Lokeren

12.10, Courtrai, Cultuurcentrum Kortrijk, 20h15, 25/23/20/7€, www.schouwburgkortrijk.be // 15.10, Mons, Théâtre Royal, 20h, 20€, www.lemanege.com // 06>10.11, Anvers, de Singel

© Frédéric Iovino

Lucia di Lammermoor

Lille, L'Opéra, 03>21.10, 16h (jeu, sam, mar, jeu), 20h (mer, ven, lun), 67/47/29/12/5€, www.opera-lille.fr

Après L’Élixir d’amour en 2011, voici une autre œuvre bel canto (mais bien plus dramatique) signée Donizetti. Lucia di Lammermoor (1835), adaptée du roman de W. Scott, relate un amour tragique entre Lucia et Edgardo, membres de familles rivales. Le frère de la fiancée complote, les brouille, Lucia sombre dans la folie, et Edgardo se suicide. Habitué au théâtre contemporain, Stanislas Nordey retrouve la scène lyrique, épaulé par le chef Roberto Rizzi Brignoli (on se souvient de Macbeth et Rigoletto). Il dirige l’Orchestre de Picardie pour la première fois. On a hâte de découvrir l'ensemble.

© Luc Depreitere

4D

Matter © Koen Broos

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and Worse and Worse, My Friend


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The Goldlandbergs © Emanuel Gat

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La Voix humaine

The Goldlandbergs

J. Cocteau/ I. van Hove & Toneelgroep Amsterdam 10&11.10

E. Gat

Mythique, ce vrai-faux monologue signé Jean Cocteau en 1927 était audacieux : une femme seule, au téléphone. On n'entend pas le correspondant, mais on comprend que l'homme au bout du fil l'a quittée pour une autre. Après Simone Signoret ou Ingrid Bergman, Halina Reijn (aperçue dans Black Book, 2006, de P. Verhoeven) passe de l'abattement à la rage, devient femme blessée ou animal en cage... Douai, L'Hippodrome, 20h, 20/12€, NL surtiré FR, www.tandem-arrasdouai.eu

Une Flûte enchantée D'après Mozart / P. Brook, F. Krawczyk , M-H Estienne 11&12.10

Cette adaptation libre et poétique de l'ultime opéra de Mozart par l'immense Peter Brook a déjà conquis les cinq continents. Ici, pas de flûte de pan ni d'imagerie maçonnique, mais un décor de bambous, un peu d'étoffe et un piano solitaire. Sept chanteurs et un pianiste, guidés par Abdou Ouologuem, s'emparent alors du monument et en livre leurs propres relectures. Une adaptation qui doit énormément au compositeur Franck Krawczyk. Arras, Théatre, 20h, 25/20€, www.tandem-arrasdouai.eu

12.10

Voici la dernière (et attendue) création du chorégraphe et danseur israélien Emanuel Gat, véritable étoile de la danse contemporaine depuis une bonne décennie. Ici, Gat s'intéresse à Bach via Glenn Gould : la bande-son superpose en effet The Quiet In The Land (un documentaire radiophonique créé par Gould en 1977) et des extraits des Variations Goldberg de Bach interprétés aussi par Gould. Sur ce tapis sonore, Gat joue avec la lumière et les mouvements, se penchant sur les liens qui unissent les membres d'une même famille. Roubaix, le Colisée, 20h30, 25/22/17/8/6€, www.coliseeroubaix.com

Le Olivier Saint John Gogerty Les Chiche Capon

12&13.10

Pourquoi raconter une histoire, quand on peut narrer la grande Histoire ? Les Chiche Capon décident donc de conter l'histoire de l'Humanité, de la préhistoire à nos jours. Compliqué  ? Même pas  : digne héritier des Monty Python (ce nonsense) et des Marx Brothers (cette truculence élégante), ce carré d'as nous fait rire à gorge déployée. Si les profs d'histoire pouvaient s'en inspirer... Béthune, Théâtre, sam, 20h30, dim, 18h, 16/12/3€, www.theatre-bethune.fr


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Fournisseur d'Excès © ODB William Let

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L'Homme d'habitude

Fournisseur d'excès

Les Blérots de R.A.V.E.L. & Vilcanota 13.10

Olivier De Benoist

Quand sept musiciens et chanteurs (les Blérots de R.A.V.E.L.) rencontrent quatre danseurs (la compagnie Vilcanota), on obtient un grand moment de n'importe quoi parfaitement réglé : les conventions sont chahutées, les standards revisités, les défilés absurdes succèdent aux rituels décalés. Cette communion festive n'oublie pas les tout- petits (4 à 6 ans) : les bambins sont conviés à un atelier d'éveil à la danse et à la musique par Juliette Mathoret. Armentières, le Vivat, 17h, 3€, www.levivat.net

Constellations Nick Payne /Th. du Prisme

15>19.10

Roland est apiculteur et Marianne, physicienne. Constellations conte les étapes de leur relation amoureuse. Les scènes se répètent, mais ce n'est jamais tout à fait la même chose : un infime détail, peut tout faire basculer. Ce dispositif rejoint une théorie où toutes nos décisions (qu’on les prenne ou non), existent dans des univers parallèles. Après la comédie romantique, la comédie quantique ? Béthune, La Comédie, 20h, 18/14/8/7€, www.comediedebethune.org // Douai, L'Hippodrome, 21&22.01 // Arques, CC Balavoine, 06.02 // Tourcoing, La Virgule, 13>29.03

20.10

Olivier De Benoist est adepte d'un humour à l'ancienne (les rapports hommes-femmes étant sa principale source d'inspiration). Dans Très Très Haut Débit, il surjouait les machos et défendait la gent masculine. Dans ce nouveau spectacle, le baron fait amende honorable et défend ces dames. Mouscron, CC Marius Staquet, 17h, 32/30/28€ // 17& 19.10, Liège, Th. le Forum & Th. du Trocadero, 25.10, Denain, Théâtre//15.03, Lille, Hôtel Casino Barrière

Mariages et conséquences Alan Ayckbourn/ Martine Willequet 23.10>17.11

Rapports hommes-femmes toujours avec, cette fois, l'humour typically british d'Alan Ayckbourn, qui passe la barrière de la langue (merci Claire Nadeau !). La Londonienne Dany invite quelques amis, afin de consoler Clément, qui vient de se faire larguer. Mais celui-ci devient le catalyseur des haines rentrées, rancœurs tues et vérités inavouées qui soude la petite bande... Douce-amère, aussi tendre que cruelle, cette pièce met souvent mal à l'aise. Le prix à payer pour l'hilarité ? On en redemande. Bruxelles, Théâtre des Galeries, mar>dim, 20h, sf sam et dim, 15h, 29 à 11€, www.trg.be


« Le supermarché est une grande

de théâtre »

scène


littérature

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interview

JULIE MAROH Bande destinée Propos recueillis par ¬ François Annycke Photos ¬ Skandalon © Julie Maroh - éditions Glénat

Le Bleu Est Une Couleur Chaude (2010), de Julie Maroh, a collectionné les prix BD et remporté une Palme d'Or, via l’adaptation d'Abdellatif Kechiche (voir p. 54). Aujourd'hui, l'artiste publie Skandalon, histoire d’une icône rock aux faux-airs d’Icare. Cet ouvrage sonde de manière saisissante les sentiments les plus intimes, tout en contraste avec les excès publics du musicien. Rencontre avec une auteure qui sait manier les extrêmes. Quelle est l'idée de ce nouvel album ? Skandalon fait à la fois penser à un jeu, une divinité grecque et au scandale. Le récit, celui d'une rock-star en proie à toutes les tentations, est très contemporain, mais structuré comme un mythe classique. Tout est parti de la scène finale, qui m’est apparue en flashes alors que je travaillais sur Le Bleu. Ça m’a obsédée sans que je ne sache quoi en faire. Et lors d'un concert, une connexion s’est faite entre ce que je voyais sur la scène et ces flashes. J’ai alors accumulé des idées

et m'y suis consacrée pleinement une fois Le Bleu terminé. Les exemples de liens entre musique et littérature abondent. Avez-vous été inspirée par des disques ou des bandes-dessinées ? Des disques, oui, mais je ne pourrais pas tous les citer. Parfois je passais mes nuits à travailler. Alors, je profitais d’être seule pour mettre la musique à fond et peindre en dansant. Du coup, la musique aura au moins influencé mon geste ! En revanche, pour le dessin, je ▲


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me suis plutôt penchée sur la peinture européenne, depuis la Renaissance jusqu’au xixe pour saisir, entre autres, la notion de frontalité.

pages acryliques par jour. Pourtant, j'avais commencé à écrire Skandalon avant même la publication du Bleu. Ce sont donc de longs processus aucunement connectés entre eux. Mais, il est Quelles sont vos autres influences ? vrai que c'est difficile de sentir tous ces La violence et le sacré (ndlr. 1972) du yeux par-dessus son épaule. philosophe René Girard. Notamment   pour le thème  : une tragédie contemVous êtes vous imposé des contraintes poraine dont le décor est ce milieu stylistiques nouvelles ? musical. Au fur et à mesure, j’ai pris D'abord, celle d’apprendre à manier conscience que mon récit rejoignait l’acrylique, parce que je n’en avais la mythologie clasjamais fait ! Chaque sique et les théoséquence a été réali« Je laisse le personnage sée sur un papier de ries de Girard sur le désir mimétique et couleur spécifique, m’habiter pour mieux le bouc émissaire. Il chacune avait son explique comment ambiance colorée. Il le retranscrire » s’agit toujours de trouse forge une idenver le moyen de coller à une intention tité individuelle, mais aussi comment une société en crise se tourne vers un scénaristique. Enfin, j’ai peint par-desresponsable qu’elle sacrifie pour le bien sus en travaillant des transparences. commun. Mon troisième album sera éloigné graphiquement des deux premiers. Je cherche à transcrire sur papier une Quelle part de vous même retrouve-treprésentation mentale précise. on dans ce personnage ? Aucune. J’ai même toujours pensé   l’inverse : m’oublier, laisser le personLaissez vous place à une certaine nage m’habiter, le saisir, puis tenter de forme d'improvisation ? le retranscrire. Pas vraiment. J’ai généralement toujours écrit mes scénarii avant de desLe succès à Cannes, a-t-il influencé siner de petits storyboards. Désormais, ou compliqué la réalisation de ce je suis prête à renoncer à tout, et tenter deuxième ouvrage ? le reste. C’est un de mes défis personC’était... intense. J’étais très en retard nels, graphiquement, sur le troisième sur le planning, je peignais une à trois ouvrage que je prépare.

À lire / Le Bleu Est Une Couleur Chaude, Éd. Glénat, 2010, 159p., 15,50€ Skandalon, Éd. Glénat, 2013, 152 p., 18,50€ À voir / 06.10, Lille, L'Hybride, festival Littérature, Love, Etc, Rencontre avec julie Maroh et d'autres auteurs (voir p. 116)


Enquête sur la sexualité, Pasolini © DR

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Lettres d’Amour Le festival Littérature, Love, etc. n’est pas un salon du livre. Polissons, séducteurs et libres, ces trois jours invitent à regarder par le trou de la serrure ce qui se passe dans l’intimité de la prose contemporaine, lové devant des projections, au son de DJ Sets et de lectures. Pourquoi l'amour ? « C’est un thème fédérateur, qui touche tout le monde » résume Aurélie Olivier, présidente et fondatrice de l’association. À l'image de nombreux autres événements, tels le salon du livre d'Arras, par exemple, ce festival se donne pour mission de tirer la littérature de son confinement habituel. « Nous souhaitions créer un moment ouvert et collectif pour décomplexer notre rapport aux livres et à l'écrit ». En associant musique, cinéma ou effeuillage New Burlesque à des lectures et des rencontres avec des écrivains, par exemple. La matière abondante porte trois soirées thématiques : érotisme, apprentissage, émancipation. « Les œuvres sélectionnées nous semblaient rendre la vie plus riche » confie Aurélie. De quoi aborder l'amour sous sa forme sensuelle et canaille (un DJ-set, des projections de films pornographiques anonymes datant des années 1920, au hasard), mais aussi sous un aspect plus intime et profond grâce aux romanciers Pierrick Bailly et Gaëlle Bantegnie qui se souviennent de leur adolescence, et de leur(s) première(s) fois. Et enfin l'émancipation, nécessaire : Julie Maroh (voir p.112), qui dessina un amour homosexuel (un amour, tout simplement) ou Noémi Lefebvre relatant une rupture qui libère... Un tête-à-tête littéraire à prendre en affection. Caroline Pilarczyk Littérature, Love, etc. 04>06.10, Lille, L’Hybride, Pass 3 jours : 5€ (et accès à l'Hybride pour un mois) ; Interdictions à noter : ven -18 ans, sam -12 ans, dim -16 ans, www.litterature-etc.com


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Canards déchaînés Suis-je le seul à avoir lâché Ulysse, de Joyce, au profit d'un bon vieux SoFoot ? Suis-je le seul à penser que le pamphlétaire Philippe Muray n'avait pas l'once du talent d'Isabelle Morini-Bosc période TV Magazine  ? Aurais-je un problème avec la littérature  ? Que nenni  ! Preuve avec cette 16e édition de Livresse, consacrée à l'écriture journalistique. Depuis plus de dix ans, ce festival scrute l'état de l'écrit, mais ne s'était jamais penché sur le journalisme. Ici, au gré de rencontres, projections, concerts et performances (pas encore fixées à l'heure où nous imprimons), sont joyeusement étudiées les différentes espèces de canards. Parmi celles-ci, la presse sportive (avec Maxime Marchon de SoFoot, justement) ou musicale (avec Patrice Bardot de Tsugi et Michka Assayas ). Où l'on saura si le Doherty s'approche de la même façon, qu'il s'agisse de Gary (le footeux) ou de Pete (le foutu). Sera également abordé le journalisme d'investigation (ce qui sonne comme un pléonasme, non  ?) avec entre autres Thierry Fiorilli (Le Vif). Enfin, on ne ratera pas la discussion autour d'un genre majeur, le Gonzo. Souvent attribué à Hunter S. Thompson (Hells Angels, Las Vegas Parano), cette écriture ultra-subjective a marqué le fanzinat, la presse rock et, aujourd'hui, un Web égocentrique – pour le meilleur et pour le pire. Pour en causer, le journaliste free-lance Serge Coosemans et quelques rédacteurs du webzine Gonzaï, sorte de digest de Rock & Folk à l'usage des jeunes générations. Alors, comme conclurait cette chère Isabelle : on s'y presse ! Thibaut Allemand Livresse - 16>19.10, Charleroi, Le Vecteur, gratuit, Le journalisme Gonzo (16.10) // Le journalisme d'immersion, Le journalisme BD (17.10) // Le journalisme musical (18.10) // Le journalisme sportif (19.10), Programme complet sur www.vecteur.be


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Julien Delmaire Georgia (Éd. Grasset) Après trois recueils de poèmes, le slameur explore une nouvelle forme, plus vaste, où faire tenir son univers : le roman. Paru chez Grasset, celui-ci n'est pas vierge des écrits précédents publiés aux éditions L'Agitée (la maison de la Compagnie Générale d'Imaginaire). C'est une même cosmologie, une même envie féroce d'écrire un récit total, qui saisit autant les astres, les êtres, les odeurs que les songes. Alors c'est sûr, la langue poétique est parfois ardue quand le récit se fait tellurique, qu'il secoue le texte et fracture la phrase. Mais au final, on retient le souffle du poète, répandu dans le récit de cette Georgia, toxico paumée au dessus du vide, accompagnée de Venance, un immigré tout aussi égaré dans un monde qui n'est pas le sien. Julien Delmaire confronte admirablement ces deux errances à d'autres existences brisées, cassées, crachées. Un roman comme « un kaddish boîteux » pour tous ceux qui ne se plient pas aux règles et disparaissent. « Georgia, plus qu'une ritournelle, devint une photo sépia qui lentement brûlait, une robe de mariée au milieu des chardons ». Ou des charbons. Ardents, forcément. 250p, 12€. François Annycke

Joyce Carol Oates Mudwoman (Éd. Philippé Rey) La très prolifique Joyce Carol Oates revient avec un romanfleuve. Merry, alias Meredith, alias M.R., alias Mudgirl, alias Mudwoman, vit dans une terrible solitude. La rançon du succès, sans doute : elle est la première femme à diriger une grande université américaine. Sur fond de deuxième guerre en Irak, elle doit faire face à des tensions politiques et sociales au sein de son établissement. Avec une impressionnante dextérité, la romancière alterne les récits au présent, dans l'existence de M.R. adulte, et les retours à ses origines : une sordide histoire de petite fille qu'on a tenté de noyer dans la boue et qui fut adoptée par un couple sans enfant. Lorsque de tels souvenirs, même confus, resurgissent, l'adulte s'en trouve forcément ébranlée. 576p., 24€. Madeleine Bourgois


livres JÉRÉMIE GINDRE

JOFF WINTERHART

On a eu du mal (Éd. L'Olivier) Nous, on n'a eu aucun mal à lire ces cinq nouvelles. Ce premier livre témoigne d'une étonnante maîtrise de l'écriture, notamment dans la description de paysages et d'ambiances. Peut-être parce que l'auteur, également plasticien, dessinateur et sculpteur, est habitué à déconstruire les scènes pour en tirer du sens ? Le petit Paul au camping, François coincé dans son Ratrac sous une avalanche, Mélanie et ses pives, le footing de Claude, Sven à l'Université d’Été du Centre de Recherche Mnésique... Cinq histoires percutantes, bien montées, incisives, proche d'un Raymond Carver. Le Suisse parvient à transformer, en une scène, le plus insignifiant détail du quotidien en trait reflétant une existence humaine. 170p., 14€. F. Annycke

L'été des Bagnold (éd. Cà et Là) L'été, c'est pas fait pour rigoler. En tout cas, pas pour Daniel, quinze ans, qui vit en Angleterre avec sa mère célibataire. Son père ? Il habite en Floride, mais refuse de l'inviter. Du coup, l'été pour Daniel se résume aux courses au supermarché, aux grosses lunettes de la daronne, aux obligations sociales et aux jeux vidéos. Heureusement, les vacances lui permettent aussi de retrouver son pote Ky et de vivre un rêve : devenir chanteur de heavy metal. En petites saynètes qui font mouche, Winterhart sonde avec tendresse notre ennui durant l'adolescence. Un ensemble d'anecdotes qui réveille forcément des souvenirs chez chacun d'entre nous. 80p., 16€. François Annycke

Philippe Corcuff (avec des dessins de Charb) Polars, philosophie et critique sociale (Éd. Textuel) Apparu dans la foulée de la crise de 1929, le roman noir américain a ceci de particulier qu’il est le récit de temps troublés, d’un monde désorienté et d’extrêmes déchirements dans la société. Au cœur de ce tumulte, la figure du héros semble elle aussi perdue, oscillant entre franc cynisme et optimisme mesuré… Ce que le roman noir donne à lire, et à voir, n’est ni plus ni moins que le monde, notre monde. à ce titre, rien d’étonnant à ce qu’un sociologue comme Philippe Corcuff s’en empare et tente d’en percer le mystère… Il livre là une enquête passionnante, citant et confrontant, entre autres, Ellroy, Manchette et Salis. Un méta-polar dont la lecture est vivement recommandée à tous les amateurs du (mauvais) genre. 208p., 15,90€. Sylvain Coatleven


chroniques

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FACTORY FLOOR Factory Floor (DFA/PIAS Cooperative)

Pourquoi défendre Factory Floor, lorsqu'on dégomme Palma Violets (voir p.48) ? Si l'on tombe sur le râble de tels loqueteux (sans même évoquer Miles Kane), c'est à cause de cette déférence et de ce mimétisme stérile avec les anciens. Or, que propose Factory Floor ? Le respect de la tradition : caler Factory dans son patronyme lorsqu'on grave des morceaux largués entre acid, techno et postpunk, c'est déjà payer son tribut à l'un des plus grands labels de l'Histoire. Or, ce respect pour les figures de l'afterpunk s'avère mutuel  : le trio s'est vu remixé par Stephen Morris (New Order) ou Richard H. Kirk (Cabaret Voltaire), a collaboré avec Mark Stewart (The Pop Group) et Nikk Void, figure féminine du trio, a enregistré avec Chris & Cosey (ex-Throbbing Gristle, pionniers de la musique industrielle)... Bref, les éloges pleuvent et l'on s'inquiète de ne recevoir qu'un fac-similé des heures sombres et glorieuses de l'Angleterre. Même pas ! Pour le dire en une centaine de signes, ce premier album est dense, puissant, le groove le dispute au boucan et le postpunk glacé se conjugue à la house. Un disque abrasif qui réconcilie définitivement les chapelles. Un disque DFA, quoi. Thibaut Allemand - En concert à L'Ancienne Belgique (Bruxelles), le 09.10.

MIXHELL Spaces (Boys Noize Records/Sunday Best/PIAS Cooperative) Si on en croit leur compte Soundcloud, Mixhell est « un projet qui fusionne les éléments les plus inspirants du rock et de l'electronica pour créer un genre nouveau, le rock-tronica ». Derrière ces sonorités infernales, on trouve Iggor Calavera, ex-batteur de Sepultura (d'où les accents latins de certaines percussions) et sa femme, la DJ Laima Leyton, rejoints récemment par le bassiste Max Blum. Ce premier album signé chez Boys Noize Records aurait tout autant comblé Soulwax. D'entrée, Antigalactic convoque l'esprit de Moroder, d'ailleurs The Way (et la voix suggestive de Laima) réveille le très avant-gardiste I Feel Love (1977). Le voyage se clôt sur des instrus plus rondes et dance, dopées par la basse de Daria et Come With Me. On est aux anges. Elsa Fortant


disques Mazzy Star

The Field

Seasons Of Your Day (Rhymes Of An Hour Records/La Baleine)

Cupid’s Head (Kompakt/Modulor)

Pour le repos de l’âme et le confort des oreilles : ce ne sont pas les formules innovantes qui caractérisent cette quatrième halte des revenants de Santa Monica (leur dernier album remonte à 1996). Rien n’a changé, rien ne bouge. Jamais. Hope Sandoval allonge son timbre voilé entre deux miaulements de guitare slide, les ambiances sont nocturnes et le pas, feutré. Mais pour être lent, le pouls n’est pas faible, et tout y est, comme jadis, traversé d’un souffle incroyablement pénétrant. Elle est peut-être là, la rareté de Mazzy Star, dans une sorte de lyrisme contenu qui ne s’impose ni ne cherche jamais à se rendre indispensable, mais dont on peut (réellement) avoir besoin. FrançoisXavier Béague

Le Suédois est de retour avec un quatrième album attendu, deux ans après l’acclamé Looping State Of Mind. Pas vraiment revenu de la techno minimale de ses débuts (c’était en 2007) Axel Willner propose un monolithe de six titres, court mais dense de boucles habitées, d’une profondeur subtile et captivante. En bon ermite du hardware, il a affranchi son Cupid’s Head de tout apport extérieur, composant seul et uniquement sur machines… Cela donne à ces productions berlinoises une pureté très élégante qui laisse entrevoir au visiteur de vastes étendues – les fameux fields, peut-être. En clôture de l'album, les 20 Seconds Of Affection durent en réalité près de dix minutes et sont superbes. Elles referment un disque très abouti. Mathieu Dauchy

CRYSTAL STILTS Nature Noir (Sacred Bones Records/Differ-Ant) Ce n’est certes pas le plus exposé de tous les Crystal-quelque chose, mais le quintette de Brooklyn brille d’un éclat particulier. Nature Noir, son troisième album, est un clair-obscur : plus varié et nuancé que son lugubre prédécesseur (In Love With Oblivion, 2011), le paysage qui s’y déploie emprunte des touches plus délicates, et presque pastorales, à des modèles qu’on ne leur aurait pas forcément imaginés (l’influence de The Field Mice est évidente sur Sticks & Stones). Mais on est encore loin de la radieuse partie de campagne ! Et si l’orage attendu n’éclate jamais tout à fait (hormis sur un Future Folklore velvetien en diable), la fiévreuse gravité du chant nous expose à un climat curieusement tempéré : un disque languide et tendu à la fois. François-Xavier Béague


agenda

124

concerts Mar 01.10

jeu 03.10

CROCODILES Lille, La Péniche, 20h, 12/11/10e

Radio Moscow + Carousel Bruxelles, Magasin 4, 19h30, 15/12e

Born Ruffians + Moon King Tourcoing, Le Grand Mix, 20h, 13/10e

Edouard Ferlet Mouscron, C.C Marius Staquet, 20h30, 5e

Thundercat Bruxelles, VK*, 19h30, 18/15e Peter Gabriel Bruxelles, Forest National, 20h, Complet ! MAXIME LE FORESTIER Mons, Le Manège, 20h, 35/25e Cloud Control Bruxelles, Botanique/Rotonde, 19h30, 16/13/10e Rock’n’roll Night Club Bruxelles, Madame Moustache, 22h, Gratuit

Mer 02.10 WE GOT CACTUS TOUr : BOB LOG III + ANDREW COLLBERG + THE PORK TORTA + OTHERLY LOVE + ACORN BCORN Lille, L’Aéronef, 20h, 11e/ Gratuit abonnés Daau Anvers, deSingel, 20h, 22/18/8e Orchestre National de Belgique Bruxelles, Bozar, 20h, 45/35/25/15e Pixies Bruxelles, Ancienne Belgique, 20h, Complet ! Lily Wood & The Prick Bruxelles, Botanique/ orangerie, 19h30, 18/15e Deer Tick Bruxelles, Botanique/Rotonde, 19h30, 13/10e

Andy Stott... Bruxelles, Ancienne Belgique, 20h, 18/15e Pixies Bruxelles, Ancienne Belgique, 20h, Complet ! Maxime Le Forestier Liège, Théâtre Le Forum, 20h, 47/42/37e Motorama Bruxelles, Botanique/Witloof Bar, 19h30, 13/11/8e

Ven 04.10

DEAD MEADOW... Lille, La Malterie, 20h30, 9/7e Laurent Garnier Lille, Magazine, 23h, 15/10e Frustration + VERTIGO Saint-André-Lez-Lille, salle André-Wauquier, 20h, Gratuit sur réservation Les Liaisons Musicales : CHAPEL HILL + Por H O Por V Marcq-en-Baroeul, Théâtre de la Rianderie, 20h30, 9/6/5e Mondkopf + Somaticae... Arlon, Entrepôt, 20h, 12/10e Creature With The Atom Brain Bruxelles, Beursschouwburg, 22h30, Gratuit MAXIME LE FORESTIER Bruxelles, Cirque Royal, 20h, 49/44/39e

MotoramA... Amiens, La Lune des Pirates, 20h30, 10/5e

Cycle blues : Sean Carney + John Richardson La Louvière, CC d’Engis, 20h30, 15/13e

TéTé... Beauvais, L’Ouvre-Boîte, 20h30, 22/20/17e

Fuck Buttons Bruxelles, Ancienne Belgique, 20h, 19e

Alex Beaupain Béthune, Théâtre, 20h30, 16/12e

Children Of Bodom + Insomnium + Medeia Anvers, Trix, 19h, 30/28e

Le Poulpaphone : Puggy + Willy Moon + Girls in Hawaii + MC2 + Mascarade + Cats On Trees Boulogne-Sur-Mer, Site industriel de Garromanche, 20h30, 10/8e

Jonas Rathsman... Anvers, Café d’Anvers, 22h, 9e

Raggasonic Calais, Centre Culturel Gérard Philipe, 20h30, 5e Festival Spirit Of Jazz : Céline BONACINA Trio Dunkerque, Jazz Club, 20h45, 15/10/7e Festival Spirit Of Jazz : Eric Comère Quartet Dunkerque, L’Entrepôt (Université du Littoral), 18h, nc

D.A.A.U Bruxelles, Atelier 210, 20h, 17/14e Thomas Dybdhal Bruxelles, Botanique/Rotonde, 19h30, 21/19/16e Cabaret Monté à Bergues : Booster Goes P-Funk Bergues, Jardin Public , 19h30, 5e

sam 05.10 La Femme + Deci-Delà Beauvais, L’Ouvre-Boîte, 20h30, 16/14/11e


Le Poulpaphone : Squarepusher + BALKAN BEAT BOX + BURNING HOUSE + THE COUP + THE INSPECTOR CLUZO + THE STICKY BOYS Boulogne Sur Mer, Site industriel de Garromanche, 20h30, 10/8e Festival Spirit Of Jazz : Paolo FRESU / Nguyên Lê Sextet (création) Dunkerque, Jazz Club, 20h45, 3,50>18e alpage night #2 : DDDXIE RELEASE PARTY Lille, La Péniche, 20h, 12/11/10e Lilly Wood & The Prick + Okay Monday Oignies, Le Métaphone, 20h30, 15/12e Cascadeur Tourcoing, Le Grand Mix, 20h, 16/13e The Tallis Scholars Bruges, Concertgebouw, 20h, 30/25/20/15e Audrey Horne + Karma To Burn + Gold Bruxelles, VK*, 18h, 17/14e Amatorski Bruxelles, Flagey, 20h, 18e Legendary House Sounds : Zolex, Yves Deruyter… Bruges, Het Entrepot, 22h, 15/10e Vive la fête + Headphone Anvers, Trix, 19h30, 23/20e Sur un air de shakespeare Englos, Espace Kalimera, 20h, 5e/gratuit -16 ans

dim 06.10

mer 09.10

FINNTROLL + TYR + GUEST Lille, Le Splendid, 18h, 23 e

ROUBAIX À L’ACCORDÉON : WINSTON MCANUFF & FIXI… Wattrelos, La Boîte à Musiques, 20h, 12/10/8e

Les belles sorties : CANTO VIVO Neuville-en-Ferrain, Salle André Malraux, 16h, Gratuit Les Liaisons Musicales : Les quatre saisons de Vivaldi par Ensemble Gli Incogniti Marcq-en-Baroeul, Eglise du Sacré Cœur, 17h, 15/13/10e Garland Jeffreys Ostende, CC de Grote Post, 20h30, 15/13e Tunng Bruxelles, Botanique/Rotonde, 19h30, 16/13/10e

lun 07.10 Les Liaisons Musicales : Bill Deraime Marcq-en-Baroeul, Théâtre Charcot, 20h30, 20/16/13e Fat Freddy’s Drop Bruxelles, Ancienne Belgique, 20h, 28e

mar 08.10 BB Brunes Bruay La Buissière, Espace Culturel Grossemy, 20h30, 20/15/12/8e Les Belles Sorties : Madd Vibes Brass Band Emmerin, Espace Etoile, 20h, Gratuit sur réservation

Superlux+Compact Disk Dummies Liège, Manège de la Caserne Fonck, 20h, 19/15e Factory Floor... Bruxelles, Ancienne Belgique, 20h, 15/12e Darkside : Nicolas Jaar & Dave Harrington Bruxelles, Ancienne Belgique, 20h, 19e Amatorski Louvain, 30CC, 20h, 18>8e Marc Eitzel Bruxelles, Botanique/Rotonde, 19h30, 16/13/10e

jeu 10.10 THE OLD DEAD TREE + MELTED SPACE Lille, La Péniche, 20h, 12/11/10e Arno Maubeuge, La Luna, 20h, 20/15e B’Rock Bruges, Concertgebouw, 20h, 30/25/20/15e The Opposites + Compact Disk Dummies Bruges, Cactusmuziekcentrum, 21h, Gratuit Ozark Henry Louvain, Het Depot, 20h, 30/27/25e

RÉMI PANOSSIAN TRIO Valenciennes, Le Phénix, 20h, 16>9e

ven 11.10

The Scabs Ostende, Kursaal, 20h, 60>25e

Lalo & Rimski - Korsakov Lille, Nouveau Siècle, 12h30, 8/5e

Rone Bruxelles, Botanique/ Orangerie, 19h30, 20/17/14e

Les Trois Accords Bruxelles, Botanique/Rotonde, 19h30, 16/13/10e

Joseph Arthur... Bruxelles, Ancienne Belgique, 20h, 23e

Idir Amiens, Maison de la Culture, 20h30, 31/16/15e

Ultrasone + Ugur Yurt... Anvers, Café d’Anvers, 22h, 7e


agenda

126

concerts Puggy Anzin, Th. Municipal, 20h, 26,90 e Kaolin + Obiertas Béthune, Théâtre Le Poche, 20h45, 7/5/4/3e NOCHE ARGENTINA : Minino Garay et les Tambours du Sud + Bal Faches-Thumesnil, Les Arcades, 20h30, 13/10e Lalo, Saint-Saëns, RimskyKorsakov par : ORCHESTRE NATIONAL DE LILLE / ALDO CICCOLINI Hazebrouck, Centre André Malraux / Espace Flandre, 20h30, 18/14/10e BAL AH BON? Lille, La Péniche, 22h, 4e Les Liaisons Musicales : Concert Conté : Une soirée chez Bach, par l’Ensemble Stradivaria Marcq-en-Baroeul, Eglise SaintPaul, 20h30, 15/13/10e Mark Eitzel + Sacri Cuori Bruges, Cactusmuziekcentrum, 20h, 15/12/10/7/5e Cali Namur, Le Grand Manège, 20h30, 36/32/25e Libertine Supersport Birthday #4, Tourist + Dj Slow + Mister Tweeks + Mickey + MK + Medlar… Bruxelles, Libertine Supersport, 22h30, gratuit

sam 12.10 Grindi Manberg+ Numerobe Calais, Centre Culturel Gérard Philipe, 20h30, 5e Scrappy Tapes + The Lamourettes Dunkerque, Les 4 Ecluses, 19h30, 5e/gratuit abonnés SMALL BLACK Lille, La Péniche, 20h, 12/11/10e

JUNE & LULA Lille, Le Splendid, 20h, 22e Souad Massi & Eric Fernandez Tourcoing, Le Grand Mix, 20h, Complet ! Tourcoing Jazz Festival : RICHARD GALLIANO SEXTET «BACH - VIVALDI - GALLIANO» Tourcoing, Théâtre Municipal Raymond Devos, 20h30, 22/20/18/15e Nanoohm Anzin, Auditorium de la médiathèque, 18h, Gratuit KUISTAX FESTIVAL : Gentle Veincut + Jean Jean... Bruxelles, Magasin 4, 14h30, 14e UnterMenschen + Psykokondriak Liège, La Zone, 20h, Gratuit Amatorski Hasselt, Cultuurcentrum, 20h, 18/16,5e Hardfloor + CJ Bolland + Steve Cop + Sven Van Hees Anvers, Petrol Club, 22h, 19/15e

Christophe Lille, Théâtre de l’Hôtel Casino Barrière, 18h, 42/39/36/33e Suicidal Tendencies + The Inspector Cluzo + Sprung Monkey + General Lee Oignies, Le Métaphone, 16h, 14/11e ROUBAIX À L’ACCORDÉON : ANAKRONIC ELEKTRO ORKESTRA + OTTILIE B. Roubaix , La Cave aux Poètes, 20h, 12/10/8e CHUT(ES)! : Mathias Delplanques Roubaix , La Condition Publique / Hall B, 18h, 5e Tourcoing Jazz Festival : AVISHAI COHEN WITH STRINGS Roubaix , Le Colisée, 18h, 30/26/21e Ane Brun Bruxelles, Cirque Royal, 20h, 20e James Blake Bruxelles, Ancienne Belgique, 20h, Complet !

lun 14.10

Benny Rodrigues + Smos Anvers, Café d’Anvers, 22h, 7e

Volbeat Lille, L’Aéronef, 20h, 27,50e

Toots Thielemans Quartet Oostende, Kursaal, 20h, 60>37e

Tourcoing Jazz Festival : LE TRIO JOUBRAN Tourcoing, Théâtre de L’Idéal, 20h30, 22/20/18/15e

King Krule Bruxelles, Botanique/ Orangerie, 19h30, Complet ! Lessizmore 8 years b-day bash, dOP + Mathias Kaden + Pierre + DEG… Bruxelles, Fuse, 23h, 15/10€

dim 13.10 L’HOMME D’HABITUDE Armentières, Le Vivat, 17h, 19>7e The Wedding Present... Lille, L’Aéronef, 20h, 16/11/8e

Shaggy + Sly Robbie Bruxelles, Ancienne Belgique, 20h, 30e

mar 15.10 Julos Beaucarne Lillers , L’Abbatoir, 21h, 15/10e Tourcoing Jazz Festival : JJ Milteau Bluezz Gang + Mathis Haug Tourcoing, Centre Culturel Mouscronnois, 20h30, 20/18/16e


Tourcoing Jazz Festival : Dirty Dozen Brass Band Tourcoing, Magic Mirror, 21h, 17/15/12e Tourcoing Jazz Festival : REMI PANOSSIAN TRIO Tourcoing, Hospice d’Havré, 18h30, 7/5e Tourcoing Jazz Festival : Erik Truffaz / Enki Bilal / Murcof Tourcoing, Théâtre Municipal, 20h, 20/18/15/22e The Fabulous Thunderbirds Anvers, De Roma A Borgerhout, 20h30, 30/28e An Pierlé Hasselt, Cultuurcentrum, 20h, 16/14,5e Icona Pop Bruxelles, Ancienne Belgique, 20h, 21e

KK Null & The Noiser + Ripit + Belle Du Parvis Bruxelles, Magasin 4, 19h, 8e

Samy Thiebault Tourcoing, Théâtre Municipal, 20h, 22/20/18/15e

Europalia : Shujaat Khan Hasselt, Cultuurcentrum, 20h, 16/14,5e

SUSHEELA RAMAN + DJ DR DAS Valenciennes, Le Phénix, 20h, 23,80/21,70e

Majical Cloudz Bruxelles, Botanique/Rotonde, 19h30, 14/11/8e

Joshua Redman Quartet Anvers, De Roma A Borgerhout, 20h30, 22/20e

Les liaisons musicales : De Corte Y De Aldea Marcq-en-Baroeul , Théâtre Charcot, 20h30, 9/6/5e

Lil Wayne Bruxelles, Forest National, 20h, 42e

jeu 17.10 Zoufris Maracas. Amiens, Le Safran, 20h30, 10e VOLO Boulogne-Sur-Mer, Carré Sam, 20h30, 8/6/5e

mer 16.10

belles sorties : CANTO VIVO Lannoy, Salle des fêtes Henri Echevin, 20h, Gratuit

An Pierlé Beauvais, L’Ouvre-Boîte, 20h, 16/14/11e

Cali Lens, Le Colisée, 20h30, 19.70>25.50€

ROUBAIX À L’ACCORDÉON : MAÏA VIDAL + HADDO Roubaix , La Cave aux Poètes, 20h, 12/10/8e

FUZZ ORCHESTRA + SHIKO SHIKO vs LUMINOCOLOR... Lille, La Malterie, 20h30, 9/7e

Tourcoing Jazz Festival : Ana Moura Tourcoing, Magic Mirror, 21h, 17/15/12e Papanosh Tourcoing, Magic Mirror, 12h30, Gratuit FRANcESCO BEARZATTI «MONK’N’ROLL Tourcoing, Hospice d’Havré, 18h30, 7/5e Trombone Shorty Orleans Avenue / Christian Scott Tourcoing, Théâtre Municipal, 20h, 22/20/18/15e TV Colours + Tits + Immigrants Bruxelles, VK*, 19h30, 10e

LES NUITS ELECTRIQUES : CHATEAU MARMONT (LIVE) + MISS KITTIN (LIVE) Lille, Le Splendid, 21h, 28,50e Sebadoh + Bed Rugs Tourcoing, Le Grand Mix, 20h, 16/13e Jessy Blondel Quartet Tourcoing, Magic Mirror, 12h30, Gratuit Kellylee Evans Tourcoing, Magic Mirror, 21h, 15/12e Tourcoing Jazz Festival : RUSCONI Tourcoing, maison Folie hospice d’havré, 18h30, 7/5e Tourcoing Jazz Festival : Kenny Garrett Quartet /

An Pierlé La Louvière, CCRC, 20h, 18/15e Alex Beaupain Bruxelles, Botanique/ Orangerie, 19h30, 21/18/15e

ven 18.10 Benoît Carré + Benoît Metral Béthune, Théâtre Le Poche, 20h45, 7/5/4/3e Asian Dub Foundation Boulogne-Sur-Mer, Espace de la Faïencerie, 21h, 8/6/5e Lisa Portelli... Liévin, Centre Culturel Arc-EnCiel , 20h30, 13/11/8e LES NUITS ELECTRIQUES : KAVINSKY (LIVE) + BUSY P + gramatik + twinsmatik Lille, L’Aéronef, 21h, 33e Baroness + Royal Thunder Tourcoing, Le Grand Mix, 20h, 13/10e Eshareh Tourcoing, Magic Mirror, 12h30, Gratuit aphael Gualazzi Tourcoing, Magic Mirror, 21h, 17/15/12e HAROLD LOPEZ NUSSA QUARTET Tourcoing, Hospice d’Havré, 18h30, 7/5e Sur un air de shakespeare Lezennes, salle Brassens, 20h, 5e/gratuit


agenda

128

concerts Tourcoing Jazz Festival : Joshua Redman 4Tet / Guillaume Perret Tourcoing, Théâtre Municipal, 20h, 25/23/20/17e Flying Horseman Bruxelles, Ancienne Belgique, 20h, 15/12e Bombino + Pretbederf 8 Anvers, Trix, 19h30, 18/15e Sebadoh Bruxelles, Botanique/ Orangerie, 19h30, 20/17/14e Sexmob plays Nino Rota Bruxelles, Recyclart, 20h, 7e Les liaisons musicales : Mathis Haug Marcq-en-Baroeul , Théâtre de la Rianderie, 20h30, 9/6/5e

sam 19.10 Ben L’Oncle Soul Calais, Centre Culturel Gérard Philipe, 20h30, 5e Meta & The Cornerstones Dunkerque, Les 4 Ecluses, 20h30, 9/6e abonnés 4X4 Melissmell + Dimoné Liévin, Centre Culturel Arc-EnCiel , 21h, 13/11/8e Surfer Rosa Lille, La Malterie, 20h30, Gratuit LES NUITS ELECTRIQUES : RONE (LIVE) + JACKSON AND HIS COMPUTER BAND (LIVE) + zombie zombie + audion Lille, L’Aéronef, 21h, 33e Alex Beaupain Lille, Le Splendid, 20h, 25e

Tourcoing, Magic Mirror, 18h, 10/8e ERIC Legnini Tourcoing, Magic Mirror, 12h30, Gratuit Tourcoing Jazz Festival : Edouard Ferlet «Tink Back» Tourcoing, Muba, 15h, 7/5/3e Tourcoing Jazz Festival : Yael Naïm & David Donatien + Eric Legnini «Sing Twice» Feat. Mamani Keita, Hugh Coltman & Yael Naïm Tourcoing, Théâtre Municipal, 20h, 25/23/20/17e Vibronics + U-Stone... Bruxelles, Magasin 4, 20h, 16/13€ On Impulse Jazz Trio Mouscron, C.C Marius Staquet, 20h30, 12/10/8e Buraka Som Sistema Louvain, Het Depot, 20h, 18/15/13e Snarky Puppy Bruxelles, Ancienne Belgique, 20h, 15/12e

CHVRCHES + Thumpers Bruxelles, Ancienne Belgique, 20h, 19e The View Bruxelles, Botanique/Rotonde, 19h30, 16/13/10e Washed Out Bruxelles, Botanique/ Orangerie, 19h30, 18/15/12e Les liaisons musicales : Romain Leleu et l’Ensemble Convergences Hellemmes, Eglise St Denis, 17h, Gratuit

lun 21.10 REVERIE + YKEE DJ SET Roubaix , La Cave aux Poètes, 20h, 12/10/8e Jay-Z Anvers, Sportpaleis, 20h30, 167/163/59/54e Dirty Dozen Brass Band Ostende, CC de Grote Post, 20h30, 16/14e

mar 22.10

Twin Dj’s + Motel Kalor Anvers, Petrol Club, 21h30, 10e

KADAVAR Lille, La Péniche, 20h, 12/11/10e

Shiko Shiko + Billions Of Comrades Namur, Belvédère, 20h, 12e

Zaz Lille, Th. Sébastopol, 20h30, 35e

Orval Carlos Sibelius Bruxelles, Botanique/Rotonde, 19h30, 16/13/10e

dim 20.10

ONE NIGHT OF QUEEN Lille, Théâtre Sebastopol, 20h, 45/41e

Festival 6° son : Peter Bultink + Les Franglaises Liévin, Centre Culturel Arc-EnCiel , 17h, 18/16/13e

Tourcoing Jazz Festival : Benbellajazz & Dj Amir Tourcoing, Magic Mirror, 21h30, 12/10/8e

ELYAS KHAN + JOY WELLBOY Lille, La Péniche, 20h, 12/11/10e

Tourcoing Jazz Festival : José James

Texas Lille, Le Zénith, 18h, 39,60e

ZATOKREV + GALVANO + FROM THE BOGS OF AUGHISKA Roubaix , La Cave aux Poètes, 20h, 12/10/8e Tindersticks Bruxelles, Cirque Royal, 20h, 41/37/33/29e Goldfrapp Bruxelles, Ancienne Belgique, 20h, 30e

mer 23.10 IAM Anzin, Théâtre Municipal, 20h, 36,90 e


Savages Tourcoing, Le Grand mix, 20h, 13/10e

Arbeid Adelt Oostende, CC de Grote Post, 20h30, 16/14e

Guerilla Poubelle... Bruxelles, Magasin 4, 18h, 14/10e

Ozric Tentacles Bruxelles, Botanique/ Orangerie, 19h30, 19/16/13e

Vive la Fête Louvain, Het Depot, 20h, 23/20/18e

sam 26.10

Charles Bradley Bruxelles, Ancienne Belgique, 20h, Complet ! Les liaisons musicales : Soul In Exile Divine Madness Lille, Opéra, 18h, 9/5e

jeu 24.10 Marta Górnicka : RequieMachine Arras, Théâtre, 20h, 8e Soirée Tympans et Rétines #1 : Chassol + Limousine Lille, L’Aéronef, 20h, 8/4/3e, Pass : 10e

Mesparrow + Lena Deluxe Dunkerque, Les 4 Ecluses, 20h30, 10/7e abonnés 4X4 THE SWITCHBLADE ROLLERGRRRLS vs LES SANS CULOTTES + THE STICKY BOYS + ROLLER DISCO w/KiKi Girls Lille, Le Grand Sud, 20h, soirée : 11e/gratuit abonnés ; disco seulement : 6e Marcus Miller Louvain, Het Depot, 20h, 31/28/25e Miles Kane Bruxelles, Ancienne Belgique, 20h, 25e

Mac Demarco Anvers, Trix, 19h30, 15/12e Agnes Obel Louvain, Ferme du Biereau, 19h30, 3e Tamikrest Bruxelles, Botanique/Rotonde, 19h30, 17/14/11e

mer 30.10 Les belles sorties : VIVALDI ET DVORAK/ ONL Marquillies, Eglise, 20h, Gratuit The Cat Empire + Flap! Bruxelles, Ancienne Belgique, 20h, 23e Mark Lanegan... Bruxelles, Flagey, 20h, 25e Local Natives + Breton... Bruxelles, Ancienne Belgique, 20h, 25e

jeu 31.10

NANNA.B Roubaix , La Cave aux Poètes, 20h, 12/10/8e

James Ruskin + Justin Berkovi + Acid Junkies... Anvers, Petrol Club, 23h, 18/14e

Bleached Lille, La Péniche, 20h, 12/11/10e

Mozart / ONL Lille, Nouveau Siècle, 12h30, 8/5e

dim 27.10

ROVER + Théodore, Paul & Gabriel Lille, Le Splendid, 20h, 28e

Public Image Ltd Bruxelles, Ancienne Belgique, 20h, 33e

ven 25.10 Fauve + Joya Hope Beauvais, L’Ouvre-Boîte, 20h30, 16/14/11e ALPAGE NIGHT #13 : YOU MAN RELEASE PARTY Lille, La Péniche, 20h, 12/11/10e The Bollock Brothers Bruxelles, Beursschouwburg, 20h30, 12/10e Alter Bridge + Halestorm Bruxelles, Ancienne Belgique, 20h, 34e

Parquet Courts + Mazes Bruxelles, Ancienne Belgique, 20h, 15/12e

lun 28.10 MILES KANE + EUGENE MCGUINNESS Lille, L’Aéronef, 20h, 22/17/13e Willard Grant Conspiracy Bruxelles, Botanique/Rotonde, 19h30, 16/13/10e

mar 29.10

Seth Gueko Wattrelos, Centre SocioEducatif, 20h, 16,80e Les belles sorties : VIVALDI ET DVORAK/ ONL Lys-les-Lannoy, L’Eden, 20h, Grat Madlib aka Beat Conducta in India Bruxelles, VK*, 19h30, 18/15e Mark Lanegan... Bruxelles, Flagey, 20h, 25e

LIGHTNING DUST Lille, La Péniche, 20h, 12/11/10e

la colonie de vacances Roubaix, La Condition Publique, 20h, 12/8e

BRNS + Obsolete Radio + Hoffender Tourcoing, Le Grand Mix, 20h, 5e

Gentleman + Weeding Dub Oignies, Le Métaphone, 20h30, 15/12e


Blink series, Dock #1, Chevron#1 © Isabel M Martinez

le mot de la fin

130

Isabel M. Martinez - Comment saisir le mouvement sur une image fixe ? Cubistes et futuristes se sont posé la question, et Isabel M. Martinez propose une nouvelle réponse. Muni d'un filtre, son objectif saisit deux moments, distants de quelques secondes, sur une même image. Déroutants, ces Quantum blinks (ou clins d'œil quantiques) donnent à voir le temps qui passe. à visiter / www.immartinez.com


LM 89 nord belgique octobre 2013  

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