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n째90 / novembre 2013 / GRATUIT

nord & belgique

Cultures et tendances urbaines


#90 Sommaire Let’smotiv - novembre 2013 Arras Film Festival, Revival © Bontonfilm

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n  ews Une fresque gigantesque, R&S Records, Le projet Blair Witch, Que peut-on faire avec 1€ ?, Paris n'existe pas, Aqualand, Des pièces rares, Tour de Chauffe, Un drôle de camping, Zebrating Art, Anne Teresa de Beyoncé

12 portfolio Willy Verginer 22

musique Festival Ground Zero, David Lemaître, Trentemøller, Outfit, Disclosure, Pendentif, Emiliana Torrini, Gaëtan Roussel, Mount Kimbie, Phoenix, Hip-Hop Dayz, Si ça vous chante, Images Sonores, Hanni El Khatib, Mayer Hawthorne, Lou Doillon, Les Fatals Picards...

46 cinéma Festival du Film d'Arras, Top Of The Lake, Les garçons et Guillaume, à table !...

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E  xposition Le FRAC Nord – Pas de Calais, Andy Warhol, Le Siècle d'or de la peinture danoise, Tony Oursler,

Do Not Think et Jacques Floret, Montréal au Fresnoy, Tous en grève !, Indomania, Jan Fabre... Agenda

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théâtre Les Particules Élémentaires, Guy Alloucherie, Next Festival, The Scottish play, Tragedy of a friendship, Pierre Richard III, Ferré, Ferrat, Farré, Vortex Temporum, Le Tigre Bleu de l'Euphrate... Agenda

114 littérature Rencontre avec Éric Hazan

118 livres Anilda Ibrahimi, Eleanor Henderson, Jérôme Leroy, James Vance & Dan Burr, Andrés Caicedo

120 disques Tim Paris, Vincent Delerm, Janelle Monáe, De la Jolie Musique, Discodeine

122 agenda concerts et soirées 130 Le Mot de la fin

Alex Chinneck fait le mur


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Let’smotiv Nord & Belgique 114 rue Barthélémy Delespaul - F - 59000 Lille tél : +33 362 64 80 09 - fax : +33 3 62 64 80 07

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Direction de la publication / Rédaction en chef :

Direction Artistique / graphisme : Cécile Fauré

administration : Laurent Desplat

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cecile.faure@lastrolab.com

Rédaction :

Couverture : Willy Verginer

Impression : Imprimerie Ménard

Nicolas Pattou

Thibaut Allemand redaction@lm-magazine.com

www.verginer.com

Elsa Fortant

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laurent.desplat@lastrolab.com

31682 Labège

diffusion : C*RED (France/Belgique) ; Zoom On Art (Bruxelles)

Ont collaboré à ce n° : Sandrine Allanic, François Annycke, François-Xavier Béague, Madeleine Bourgois, Audrey Chauveau, Sylvain Coatleven, Julien Collinet, Sophie Desplat, Hugo Dewasmes, Marine Durand, Jacques Floret, Audrey Jeamart, Florian Koldyka, Judith Oliver, Clément Perrin, Willy Verginer et plus si affinités. Let’smotiv Nord & Belgique est édité par la Sarl L'astrolab* - info@lastrolab.com L'astrolab* Sarl au capital de 5 000 euros - RCS Lille 538 422 973 Dépôt légal à parution - ISSN : en cours L’éditeur décline toute responsabilité quant aux visuels, photos, libellé des annonces, fournis par ses annonceurs, omissions ou erreurs figurant dans cette publication. Tous droits d’auteur réservés pour tous pays. Toute reproduction, même partielle, par quelque procédé que ce soit, ainsi que l’enregistrement d’informations par système de traitement de données à des fins professionnelles, sont interdites et donnent lieu à des sanctions pénales. ı Let'smotiv est imprimé sur du papier certifié PEFC. Cette certification assure la chaîne de traçabilité de l’origine du papier et garantit qu'il provient de forêts gérées durablement. Ne pas jeter sur la voie publique.

Papier issu de forêts gérées durablement


Wish © Jorge Rodríguez-Gerada

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Agri-culture Jorge Rodriguez-Gerada est célèbre pour avoir réalisé des portraits de taille gigantesque sur des immeubles. Dans le cadre du Belfast Festival – ville où les fresques sont légion – l'américano-cubain signe WISH, immense visage d'une petite fille. Pour ce faire, l'artiste a engagé des dizaines de volontaires, utilisé des piquets de bois, ainsi que de la terre, des végétaux, du sable et des cailloux. Ah, un détail : l'œuvre mesure 5 hectares, et n'est visible que de quelques points culminants de la ville. En art comme ailleurs, il est souvent bon de prendre de la hauteur. www.jorgerodriguezgerada.com

R&S a trente ans ! R&S, pour Renaat et Sabine. Né à Gand en 1983 et relocalisé à Londres en 2006, R&S fut l'un des labels belges les plus influents de la scène électronique. Enfin, des scènes... C'est bien simple : la structure a signé à peu près tous les artistes avantgardistes de la fin des années 1980 et du début des nineties (les autres étaient planqués chez Mute, Warp et Factory). Jugez plutôt : Joey Beltram, Carl Craig, Biosphere, Aphex Twin, µ-Ziq, DJ Krush... Une bonne partie d'entre eux se retrouve sur une compilation de trente titres éditée pour l'occasion. www.randsrecords.com


de bonne guerre ✪

Photo Op © Kennard Phillipps

Tony Blair en plein selfie (autoportrait caractéristique de notre ère numérique) devant un champ de bataille en Irak. Bien sûr, c'est un photo-montage, mais cette œuvre, signée Peter Kennard et Cate Philips, a fait le tour du monde, symbolisant l'inconscience et le cynisme occidental. Un visuel à tel point iconique qu'il ouvre désormais une exposition consacrée à la représentation de la guerre dans l'art contemporain à Manchester. Enfin, ouvrait, car l'œuvre vient d'être censurée. Un comble, lorsque l'on sait que cette image a été exposée à la Tate Modern et fut publiée dans le Daily Telegraph, le Times, The Guardian ou The Independent... www.kennardphillipps.com

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dollar par jour La Banque Mondiale nous apprend qu'un milliard de personnes vivent avec moins de 1,25 dollar par jour. De nature joueuse, l'institution a demandé aux internautes ce que l'on pouvait acheter avec 1 dollar. Et chacun d'y aller de son petit tweet. Les résultats : Un litre de lait en Afrique du Sud 25 cl de jus de fruit et une barre chocolatée en Arabie Saoudite. Un plat de nouilles en Indonésie Un kilo de farine de maïs au Kenya Un pain au chocolat en France

paris n'existe pas Un film de Robert Benayoun, avec Richard Leduc, Danièle Gaubert, Serge Gainsbourg… (sortie DVD le 06.11, chez Zylo)

Comment un produit typique de son époque peut-il traverser les années ? Tout dépend de sa valeur intrinsèque. Or, Paris N'existe Pas (1968), de Robert Benayoun, est un grand cru. Et traite, justement, du passage du temps : en 1968, Simon (Richard Leduc), jeune peintre en mal d'inspiration, découvre une substance magique qui lui permet de voyager dans le temps. Au risque de perdre pied. L'artiste torturé peut heureusement compter sur son ami Laurent (Serge Gainsbourg) pour le ramener à la réalité – mais quelle réalité ? C'est là tout l'enjeu de ce film aux accents surréalistes, et à la facture plutôt hallucinante. Son réalisateur est d'ailleurs un fin connaisseur du surréalisme, auteur de plusieurs livres sur le sujet. Sélectionné à Cannes, Locarno et San Francisco en 1969, cette curiosité, qui scellait la première collaboration musicale entre Gainsbourg et Vannier, passe remarquablement l'épreuve du temps.


© Marc Henauer

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Altlantide

photo du mois

Signée Marc Henauer, cette photo a été prise... dans les Alpes autrichiennes. Là-bas, la fonte des neiges inonde le parc du Lac Vert, à Tragöß. Pollution, réchauffement climatique, montée des eaux ? Même pas ! Ce phénomène est tout à fait naturel, quoiqu'impressionnant, le niveau de l'eau atteignant 12 mètres. De quoi troquer la luge pour le ski... nautique ! www.facebook.com/marc.henauer.3

Pile ou Face Tales You Lose est le projet d'Andre Levy, numismate plutôt adroit de ses dix doigts. Armé d'un pinceau minuscule, cet artiste redessine les fameuses icônes ornant les pièces de monnaies de figures modernes. En vrac : Mario, Major Lazer, un Stormtrooper, la Schtroumpfette ou Albert Einstein ! L'histoire ne dit pas à combien s'élève, désormais, cette menue monnaie. www.talesyoulose.tumblr.com

Joe Driscoll & Sekou Kouyate © DR

tour de chauffe Depuis 2005, Tour De Chauffe soutient la création musicale locale en offrant à des projets amateurs les conditions de leur professionnalisation. Le dispositif s'ouvre cette année à la Belgique, notamment grâce au Track* de Courtrai. Le festival, quant à lui, permet au public de découvrir ces groupes en première partie de quelques pointures : Mathieu Boogaerts, La Gale, JC Satàn, Lee Ranaldo... Classique ? Pas vraiment : ici, c'est la première partie qui détermine le choix de la vedette. Alors un conseil : soyez à l'heure ! 08>30.11, Comines, Courtrai, Faches-Thumesnil, Lille, Lomme, Roubaix, V. d'Ascq, 5€/concert, www.tourdechauffe.fr

Tales You Lose © Andrew Levy

L'autre


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© DR

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Les voyages immobiles Des vacances à Bonn en novembre ? Si la tente n'est pas l'idéal en cette saison, optez-donc pour la caravane. Pas besoin de la tirer jusqu'en Allemagne, un tour au Basecamp Young Hostel peut vous réconcilier avec le camping. 15 caravanes « à thème », 2 airstreams (ces énormes roulottes américaines aux allures de boîte de conserve) et 2 authentiques wagons de nuits. Bon voyage ! 22 à 64€/personne/nuit, www.basecampbonn.de

© Zebrating-Art

zebrating art Mêlant l'anamorphose et le graff, le duo d'artistes allemands Zebrating crée des fresques impressionnantes sur des grilles, grillages et autres éléments du mobilier urbain peu prisés des street-artistes. Le résultat ? Des œuvres magnifiques, visibles à Mannheim, Paris, Cologne, Berlin ou Paris, mais sous certains angles uniquement... www.facebook.com/Zebrating

Rosa rosa rosam, Rosae rosae rosa En 2011, Beyoncé se faisait remarquer pour avoir, hum, emprunté, voire plagié la fameuse Rosas Danst Rosas, dite Danse des chaises, signée Anne Teresa de Keersmaeker. Plutôt que de courir au tribunal, la chorégraphe belge décidait de déposer ces mouvements dans le domaine public, créant même un tutoriel vidéo pour apprendre les pas. Résultat : 1500 personnes autour du globe se sont filmées, en déclinant la fameuse chorégraphie. Ces vidéos furent intégrées à la représentation anniversaire de «  Rosas danst Rosas  » au Kaaitheater, le 26 octobre dernier ! www.rosasdanstrosas.be


NouveautĂŠ

art visuel musique

Tourcoing jazz festival

art visuel

en dĂŠcembre, Prolongez votre lecture sur www.LM-magazine.com

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Photos  Š Egon Dejori


portfolio

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Willy verginer Merveilles à la tronçonneuse Aux nouveaux médias, Willy Verginer préfère les possibilités des matériaux ancestraux. « J'ai grandi dans le nord de l'Italie, où le travail du bois est une grande tradition. Au xviie et au xviiie siècle, on trouvait ici d'innombrables sculpteurs baroques ». Sitôt acquises les techniques de ses aïeux, Willy a développé une œuvre très abstraite dans les années 1990 inspirée de l'Arte Povera, Penone en tête. Une décennie de recherches plus tard, le Transalpin dévoile une exposition renouant avec le figuratif. Volte-face ? Pas tout à fait. Selon lui, la sculpture peut rompre avec les codes du passé tout en respectant les techniques anciennes. Il s'agit simplement d'en reconsidérer les thèmes. Ici, un théâtre de l'absurde, pétri des rêves, des cauchemars et des désirs de notre temps. Et techniquement, de quel bois se chauffe Willy Verginer ? «  J'utilise surtout du tilleul, l'un des bois les plus propres. Jamais de bûches, mais des planches d'une épaisseur de 12 cm. Mais avant, je les laisse sécher naturellement durant six ans », confie le quinquagénaire entre deux coups de tronçonneuse. « Comme vous voyez, j'utilise des machines, mais la plupart du temps je manie un simple burin et une lime ». Dans son atelier d'Ortisei, se succèdent des étudiants de l'école d'art de la ville. Des modèles vivants qui lui permettent de ciseler le moindre détail. Mais contre toute attente, notre hôte se considère avant tout comme un peintre. « C'est la partie la plus importante de mon travail. La couleur submerge mes sujets, elle ne souligne pas simplement la narration, mais remet tout en question ». À commencer par l'hyper-réalisme de la forme. Belle façon de tracer une ligne – très fine – entre l'art et le réel. Nicolas Pattou À voir / www.verginer.com


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Ground Zero tival fes

Ground Zero ? Une avalanche de concerts, des dates aux quatre coins de la Métropole, une succession de noms célèbres – ou en passe de l'être, et une recherche, parfois inutile, d'une ligne directrice. Cette année, saison froide oblige, on opte pour les concerts les plus sombres, dark, cold – ajoutez vos propres épithètes, vous avez saisi le concept. Les sanglots longs des violons de l'automne, comme disait l'autre.

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Mine de rien, le plus beau livre de l'an 2012 était signé Dominique A. Facile, cette année-là, Sorj Chalandon n'avait rien publié. La comparaison n'est pas fortuite : on retrouve chez l'ancien reporter de guerre et le chanteur cette langue sobre, sensible et le sens du non-dit. Dans Y Revenir, Dominique signe de son vrai nom (Ané), et se souvient d'une enfance banale et grise à Provins, d'envies d'ailleurs, d'amitiés trahies... Il n'épargne rien, et surtout pas lui-même. C'est remuant. L'auteur en lit des passages. Plus que tentant, non ? 05.12, Lille, Auditorium du Conservatoire, 20h, 25,80€

© Julien Mignot

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06.12, Lille, La Péniche, 20h, 12/11/10€

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Tristesse Contemporaine, ou l'histoire de vétérans d'un passé récent. En consultant les états de service du trio, on croise Telepopmusik, Aswefall, Jay-Jay Johansson, Earthling... Autant de noms évocateurs d'une certaine idée du futur - autrefois. Désormais, Leo Hellden, Michael Giffts et Narumi Omori passent leurs angoissantes obsessions à la moulinette d'une production électronique millimétrée. L'ensemble étant relevé par la voix chaude et atonale de Giffts. Si le premier essai homonyme, paru l'an passé, laissait planer des doutes sur la capacité de cet étrange triangle à proposer autre chose qu'une déclinaison de son spleen, Stay Golden (2013) convainc immédiatement, à la grâce d'emprunts à The Cure ou de débris synthpunk. Certes, quelques fantômes rôdent encore alentour, mais le groupe révèle un penchant plus extraverti. Le bout du tunnel n'est peut-être pas si loin. 29.11, Lille, La Péniche, 29.11, 20h, 14/12,80/11€

© Eric Beckman

Autrefois, Blouse donnait dans le shoegaze songeur et rétrofuturiste mâtiné d'éclats synthétiques. à l'image de son tube sous-terrain, Time Travel, qu'on s'est passé en boucle. Aujourd'hui, le trio de Portland recentre le propos autour d'une formule métronomique, mais plus brute - toutes proportions gardées. Survolant cette obsédante rythmique, la voix de Charlie Hilton évoque souvent le timbre altier de Nico ou Trish Keenan. Les amateurs de Broadcast et, surtout, du Stereolab de Peng (1992) sont aux anges...

© DR

Blouse


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© DR

Tricky Paru il y a bientôt vingt ans (déjà?!), Maxinquaye (1995) incarnait le pendant sombre et enfumé de la Cool Britannia vantée par Blur, Oasis et... Tony Blair. Etiqueté trip-hop, le kid de Bristol, lui, enchaînait les trois-feuilles et les sons abyssaux d'où émergeait un flow apocalyptique. Certes, depuis, de l'eau a coulé sous les ponts et le quadragénaire n'a plus la verve d'antan. N'empêche, à l'heure ou Massive Attack vit sous perfusion, on retrouve avec plaisir cet insaisissable bonhomme, funambule au charme vénéneux. 14.12, le Splendid, 20h, 25,30€

Festival Ground Zero

26.11>14.12, Lille, Lomme, Roubaix, Tourcoing, www.groundzerofestival.fr Tourcoing Le Grand Mix Anna Calvi (26.11, 20h, 22/20/17€) Gils In Hawaii / V.O. (07.12, 20h, Complet !)

VV Brown (11.12, 20h, 22/20/17€) Oldelaf (12.12, 20h, 19,80/18/15€) Roubaix La Cave Aux Poètes Scout Niblett + Team Wild (28.11, 20h, 12/10/8€) Arman Meliès (05.12, 20h, 12/10/8€) Lille La Péniche Bigott (27.11, 20h, 12/11/10€) Tristesse Contemporaine (29.11, 20h, 14/12,80/11€) Le Cabaret des Culottés + DJ Dominik Strauss Korn (30.11, 20h, 12/11/10€) Von Pariahs (04.12, 20h, 12/11/10€) Blouse (06.12, 20h, 12/11/10€)

Stubborn Heart (07.12, 20h, 12/11/10€) Laurent Lamrca + Eddy La Gooyatsh + Bastien Lanza (10.12, 20h, 10/9/8€) Auditorium du Conservatoire De Lille Dominique A - "Y Revenir" Lectures Musicales - (04 & 05.12, 20h, 25,80€) Le Splendid Biga Ranx + Unno (05.12, 20h, 22,80€) Tricky (14.12, 20h, 25,30€) L'Aéronef Keziah Jones (10.12, 20h, 27,50/22,70€) maison Folie Moulins Kadebostany + Beau Fun (30.11, 20h, 9/6,50€) Lomme maison Folie Beaulieu Slow Joe & The Ginger Accident (28.11, 20h, 9€)


© Sophie Krische

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Question de latitude Une brise délicate se faufile par la fenêtre entrouverte. Les yeux, jusqu’alors fixés sur l’asphalte, s’égarent, comblés par une nature sublimée par la douce lumière d’automne. Le paysage défile paisiblement au rythme des mélodies aériennes de David Lemaître. Le voyage s'annonce enchanté. Si le patronyme de David Lemaître dévoile l’une de ses qualités, la virtuosité, il ne laisse rien paraître de ses origines : après une enfance à La Paz, ce songwriter bolivien a quitté sa terre natale pour vivre à Berlin et son ADN musical, jusqu’alors pétri de chants contestataires sud-américains, de rock, de folk et de jazz, s’est enrichi de sons électroniques. Lemaître du syncrétisme soutient l'ensemble par une ligne rythmique élégante et place sa voix impeccable, dans la lignée d'un José Gonzales. Son premier LP, Latitude, dévoile 11 gemmes façonnées au cours du long trajet artistique qui l’a mené de l’Amérique du Sud à l’Europe. Et si ce poète aux semelles de vent affirme que la musique triste a le don de le rendre très heureux, ne vous méprenez pas, l’album n’a rien de sombre et arbore plutôt une joyeuse mélancolie. Des langoureuses ballades comme Magnolia ou Olivia aux accents plus pop de Megalomania en passant par l’électro vaporeuse de The Incredible airplane party, ce son nomade traverse sereinement les nuages, outrepasse les barrières culturelles. Enfin, si vous souhaitez connaître le folk selon David, rejoignez cette assemblée communiant avec Lemaître et ses disciples ! Audrey Chauveau David Lemaître 07.11, Hasselt, Muziekodroom, 20h, 12/9€, www.muziekodroom.be 09.11, Bruxelles, Botanique (Witloof Bar), 19h30, 14/11/8€, www.botanique.be 08.11, Namur, Le Belvédère, 20h30, 11€, www.belvedere-namur.be


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Trentemøller Beaucoup ont découvert le sorcier danois à travers The last resort (2006), hommage à Copenhague et premier essai salué par le public et la critique (album de l'année pour Trax, Groovemag et j'en passe). Au fil des ans, le producteur rafle onze récompenses en tous genres et une nomination aux Grammy. À la manière d'un Aphex Twin, l'artiste révèle de multiples facettes, aussi bien dans sa carrière que dans sa technique. Pour preuve, ses compositions accompagnent la bande originale d'un film de Pedro Almodovar, d'Oliver Stone ou de Jacques Audiard. Avec Lost (2013), le DJ se tourne vers une techno plus abyssale et intimiste. Ses compositions gagnent en consistance grâce à des collaborations de haut niveau, on pense à Low ou Jonny Pierce (The Drums). En live, l'homme venu du grand Nord balance froidement des versions inédites. On fond comme neige au soleil. Elsa Fortant 08.11, Bruxelles, Ancienne Belgique, 20h, 27€, www.abconcerts.be

On tient ces cinq gus à l'œil depuis leur premier 45 Tours, Two Islands (2011). Le quintette de Liverpool signait des morceaux de dance pop mutante, et l'on pensait forcément à Hot Chip – le mimétisme vocal avec Joe Goddard est parfois frappant, d'ailleurs. Ayant posé les valises à Londres, et désormais hébergés chez Double Denim Records (comme Stay+, au hasard), nos Fab Five ne changent rien à la formule, et dessinent une pop multi-facettes et introspective, mâtinée d'échos de clubs. On a bien dit écho : comme si Outfit passait devant les clubs sans jamais y entrer, saisissant les infrabasses échappées pour mieux les reproduire sur disque. Bref, Outfit écrit des chansons à danser sans jamais foncer sur la piste, conserve son quant-à-soi, et chronique l'existence au lieu de la vivre pleinement. C'est très anglais, tout ça. Thibaut Allemand

05.11, Lille, L'Aéronef, 20h, 11€/Gratuit abonnés, www.aeronef-spectacles.com 01.11, Bruxelles, Botanique, 19h30, 18/15/12e, www.botanique.be

© DR

© Alastair Philip

Outfit


Disclosure © Phil Sharp

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Royal babies Au royaume des musiques électroniques, le premier album de Disclosure a réveillé les souvenirs moites des pionniers house en invitant une nouvelle génération à rejoindre la salle de bal. Cet été, Settle a touché le Saint Graal – la première place des charts britanniques – auquel s'agrippaient Daft Punk et Queens Of The Stone Age. Comment expliquer le succès fulgurant des frères Lawrence (quarante ans à eux deux) ? En observant la formule élaborée depuis le studio qui leur sert aussi de chambre. Ils reconnaissent avoir beaucoup écouté SBTRKT, James Blake ou TEED, s'entraînant inlassablement à recopier les beats des uns et des autres. Puis, le duo s'émancipe et affiche ses intentions : composer des morceaux destinés aux clubs reposant sur une structure pop. Leurs séquences house old-school sont systématiquement portées par des couplets et un refrain enivrants. Pour couronner le tout, les fers de lance d'une certaine école britannique se bousculent pour y donner de la voix : Aluna Francis, Jessie Ware, London Grammar, Jamie Woon... Résultat, les productions habiles du tandem squattent rapidement les playlists des radios et remportent les faveurs d'un large public. Ajoutez à ceci le soutien indéfectible d'Annie Mac (sorte de Bernard Lenoir du dubstep) ou de Joe Goddard (Hot Chip), toutes les conditions furent réunies pour l'intronisation de Disclosure l'été dernier. En tournée, Guy et Howard ne se contentent pas de singer leur album. Ils sortent les guitares pour donner du relief à leurs beats féroces et filer une raclée aux canons de la dance music. Nicolas Pattou Disclosure - Festival I Love Techno 09.11, Gand, Flanders Expo, 22h, 56€, prog complet : www.ilovetechno.be


Emiliana Torrini

Pendentif Parmi la foule de talentueuses formations francophones (jetez deux oreilles à la compilation French Pop pour vous en convaincre), Pendentif est celle qui pourrait rafler le pactole. Chansons dégagées, invitations à la rêverie sur la plage, mélodies devant autant à l'indie pop 80's qu'aux bidouilleurs actuels (Toro Y Moi, Memory Tapes), les six Bordelais ont signé l'un des grands disques de l'année. À (re)découvrir dans une salle à peu près humaine, avant de les voir courir les Zénith...

Vous ne le savez peut-être pas, mais la voix fluette de Gollum's Song (2006), c'est elle. Slow, de Kylie Minogue, c'est elle. Éclectique, à mi-chemin entre la pudeur et la folie (non sans rappeler Björk), l'Italo-suédoise revient avec Tookah, toujours accompagnée du super producteur londonien Dan Carey. Sur scène, débordante d'énergie et d'émotion, elle alterne ambiances électriques et atmosphères alanguies. 13.11, Bruxelles, Botanique, 19h30, 26/23/20€, www.botanique.be

15.11, Lille, le Splendid, 20h, 15/12€, www.le-splendid.com

© Richard Schroeder

Gaëtan Roussel

Depuis la séparation (?) de Louise Attaque, en 2006, Gaëtan Roussel s'est toujours remis en question collaborant avec, entre autres, Alain Bashung sur l'ultime Bleu Pétrole (2008). Après un premier LP pas si pétillant (Ginger, 2010), ce fan de Violent Femmes concrétise enfin ses rêves de pop explosive. Sous les rythmes enchevêtrées, les pluies de cordes et les chœurs féminins, son drôle d'accent se fait discret. Toujours entouré de Julien Delfaud (Phoenix) et Benjamin Lebeau (The Shoes), Roussel signe des pop songs sans œillère, façon Gorillaz. 06.11, Anzin, Théâtre d'Anzin, 20h, 30€ // 07.11, Bruxelles, Botanique, 19h30, 29/26/23€ // 08.11, Liège, Caserne Fonck, 20h, 30/25€ // 19.02, Lille, L'Aéronef, 20h, 33€

© Claire-Pepper / Ali Mapletoft

© Julien Roques

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Š Maxwell Tomlinson

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Monts et merveilles Sur le papier, Mount Kimbie représente du pain béni pour journalistes imaginatifs et chargés de com' intrépides, qui peuvent ainsi enfiler les épithètes comme des perles, collant du post-, du -step et des waves un peu partout. De quoi aboutir à des disques postchillwave avec un soupçon d'avant-step, par exemple. En fait, la musique du tandem anglais est bien moins absconse, et beaucoup plus convaincante. À l'origine, deux étudiants palots plongés dans la scène dubstep qui agite Londres depuis le début des années 2000. Enfin, plongés... Non, le Cornouaillais Kai Campos et le Brightonais Dominic Maker ne sont pas des all-nighters ne vivant que pour la prochaine party. En revanche, la paire est happée par les basses fuligineuses du genre, et s'essaie à la production maison, à grands coups de collages de leurs trouvailles respectives. Un premier LP, Crooks & Lovers (2010), hérite de l'étiquette post-dubstep (ça mange pas de pain), est comparé à James Blake et recueille les éloges de The XX ou Foals. Honnêtement, c'est un bon disque, mais pas aussi renversant que le suivant. Le renouveau Cold Spring Fault Less Youth (2013) gagne en profondeur et dévoile une riche palette de textures sonores, des plus mélancoliques aux plus aériennes. Sur scène, le duo trouve son supplément d'âme. Secondé d'un bassiste, la paire, guitare en bandoulière, virevolte entre les machines et transforme ses compositions en de vastes terrains de jeu. Entourés de boîtes à rythmes, claviers et percussions, les Britanniques délivrent leurs pépites hypnotiques dans une ambiance feutrée... Enfin, ça dépend de vous. Thibaut Allemand & Elsa Fortant

Mount Kimbie 17.11, Bruxelles, Botanique, 19h30, www.botanique.be, Complet ! 19.11, Tourcoing, Le Grand Mix, 20h, 13/10/5€, www.legrandmix.com


© Sofia Mauro

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L'envol « Phoenix serait-il le meilleur groupe de pop français ? […] Pourtant, les oreilles hexagonales semblent encore ensablées » pouviez-vous lire il y a trois ans (cf LM 42). Mais ça, c'était avant. Avant le succès européen (tant escompté) de Wolfgang Amadeus Phoenix en 2009, avant le Grammy Award du meilleur album indépendant l'année suivante et avant Bankrupt, il y a quelques mois. Depuis ? Le groupe s'érige en chef de file d'une pop technique et accessible (Philippe Zdar, moitié de Cassius, ami et co-producteur de toujours, n'y est pas pour rien), électrifie zéniths et raouts internationaux. Comme l'animal mythique, le quintette possède le pouvoir de renaître à chaque album, sans jamais trahir sa patte : un «  amateurisme  » maîtrisé, offrant un relief supplémentaire à leurs compositions. Depuis quinze ans, la formation s'empare aussi habilement du funk (United, 2000), que du rock (It's Never Been Like That, 2006), ou du hip-hop (Alphabetical, 2004). D'autant plus étonnant quand on sait que les Versaillais intervertissent leurs rôles, jonglant entre composition, production ou mixage. Sur scène, la simplicité est de rigueur, rien d'ostentatoire, si ce n'est une pluie de billets – de banque, forcément. Les garçons enchaînent les medleys bien pensés, mêlant Too Young et Girlfriend ou bien Love Like a Sunset et Bankrupt pour composer Sunskrupt. Sans oublier les inusables tubes If I Ever Feel Better ou Long Distance Call. De quoi contenter les fans de la première comme de la dernière heure. Elsa Fortant Phoenix 23.11, Lille, Zénith, 20h, 35,20€, www.zenithdelille.com


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Hip-Hop Dayz Né en 2000, Hip-Hop Dayz met chaque année en lumière la richesse de la culture hip-hop. Au programme ? Concerts (La Gale, La Jonction, Casey, Soufien 3000...), battles de graff, de danse et de rap, open mics, beatmaking, beatboxing, spectacle théâtral (La Pluie d'Or), conférence animée par Olivier Cachin (la cravate américaine la plus célèbre du rap). Après, si tu kiffes pas, t'écoutes pas et puis c'est tout.

Dixième édition de ce festival, sous-titré autour de la chanson. Tout est dans le autour. Certes, les concerts accueillent la crème francophone (Bertrand Belin, un monument de concision) et des valeurs sûres (Dez Mona, Dimoné). Mais Si ça vous chante propose également une comédie musicale féroce et féministe (Irrésistible, le chant de bataille), ou du cinéma indien (Water, 2006). Histoire de changer de refrain ! 14>21.11, La Louvière, Le Palace, Arts & Métiers, 18>6e, www.ccrc.be

08>30.11, Arras, Dunkerque, Lille, Roubaix, Seclin, Tournai, V. d'Ascq, 20,80>9,80€, www.call911.fr

Garth Knox © P.-E. Rastoin

Images Sonores À qui ne connaitrait pas le Centre Henri Pousseur, sis à Liège, on pourrait citer, pour aller vite, l'IRCAM ou le BBC Workshop. Bref, un lieu de recherches et d'expérimentation musicales. Le festival Images Sonores, lui, est né en 1999 et déploie l'éventail des musiques mixtes. Ce pan des musiques contemporaines associe l'instrument acoustique aux sons électroniques. Pointues, déroutantes mais toujours stimulantes, les créations présentées lèvent le voile sur les sons de demain. 21>23.11, Liège, Théâtre, 15/10/7/1,25€, www.memm.be

Dez Mona © Mous Lamrabat

Nemir © Toma Abuzz

Si ça vous chante


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interview

HANNI EL KHATiB Brut de décoffrage

« Mon deuxième album a été intégralement joué et enregistré live »


Propos recueillis par ¬ Elsa Fortant Photos ¬ Nick Walker

Inconscientes ou assumées, les influences de ce trentenaire philippo-palestinien qui a grandi aux USA sont nombreuses. Nourri à l'Americana* des années 1960 et aux pères fondateurs tels Johnny Cash, Johnny Burnette et Sam Cooke, Hanni El Khatib soigne une esthétique vintage. Révélé avec un premier album garage rock en 2011, il transforme l'essai avec Head In The Dirt. Rendez-vous avec un homme-orchestre qui en a sous la gomina. Que conservez-vous de votre carrière de designer pour la marque de skate HUF ? J'en garde une certaine éthique et une volonté d'implication, je me sens responsable du moindre détail. D'une manière générale, travailler pour quelqu'un influence votre comportement. Dans beaucoup de groupes, les uns comptent sur les autres, certains ne veulent pas porter leurs instruments et ne savent pas trop pourquoi ils sont là. Avec mes musiciens, on ne fonctionne pas du tout comme ça, on voyage en petit comité et sommes d'autant plus soudés.

de Los Angeles, où j'ai d'ailleurs emménagé il y a quelques années pour travailler. J'y ai fondé le label Innovative Leisure (Bass Drum Of Death, Nosaj Thing, Crystal Antlers) avec deux potes, on forme une vraie famille. Quels sont vos thèmes de prédilection ? Je m'intéresse aux émotions, aux sentiments vécus. C'est une question d'humeur, de moment. Je dois me retrouver dans ce que j'écris. Alors, je m'inspire de ma vie et de ceux qui m'entourent. La poésie abstraite, ça n'est vraiment pas pour moi... Il m'arrive parfois d'achever l'écriture après la composition, comme si la musique m'aidait à combler les trous.

Vous sentez-vous proche de la scène de San Francisco, des groupes comme Thee Oh Sees, Wooden Shjips ? Non. Je n'ai jamais fait partie de la scène de Frisco, j'y ai juste débuté. Je me sens plus proche de la mouvance

Comment travaillez-vous ? Pour Will The Guns Come Out (2011), j'étais vraiment seul. Je passais des journées entières à enregistrer un ▲


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« Certains morceaux comme Penny sont même des one shot » morceau, instrument après instrument. Résultat, je ne savais pas comment jouer mes chansons en live. Puis, j'ai rencontré Dan (ndlr. Auerbach, des Black Keys) dans un bar où je mixais. Du coup, pour le deuxième album, tout est allé très vite. Quelques coups de fil plus tard Patrick Keeler de Greenhornes nous rejoignait à la batterie, Bobby Emmet au clavier ainsi que des choristes. Nous avons tout joué et enregistré live. L'approche est totalement différente, avec un vrai supplément d'âme. Head In The Dirt ne reste-t-il pas un peu surproduit ? Le public trouve que mon premier album sonne plus DIY. Pourtant, le deuxième est plus authentique, notamment grâce à la manière dont il a été enregistré. Certains morceaux comme Penny sont même des one shot, d'autres comme Save Me on été réalisés en trois prises... En une demi-heure c'était plié. Cela bride mon perfectionnisme, le rendu est plus spontané, plus vivant. D'ailleurs, j'ai l'intention de continuer comme ça. Avec cette méthode d'enregistrement, je sais exactement comment aborder la scène.

Vous pensez déjà au suivant ? Vu le rythme insoutenable des concerts, je ne peux pas écrire en même temps. Mais oui, à la fin de la tournée, j'irai à Mexico pour préparer mon prochain album avant de l'enregistrer à L.A. Je ne sais pas encore à quoi il ressemblera. Peut-être une extension des idées qui n'ont pas abouti sur Head In The Dirt, par manque de temps ou de maturité pour certaines compositions. * Genre qui puise dans les racines de la musique américaine, à la confluence de la folk, de la country, du gospel, de la soul et du rock.

11.11, Bruxelles, Botanique, 19h30, 19/16/13€, www.botanique.be 21.11, Lille, Le Splendid, 20h, 23€, www.le-splendid.com


Lou Doillon

© Jeremy Dupetat

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Mayer Hawthorne

Plus qu'une sensation automnale, Lou Doillon publiait, en septembre 2012, l'excellent Places – folk doucement écorché, cœur à vif et mélodies imparables, tels étaient les ingrédients de ce disque qui n'a (presque) pas quitté la platine depuis. Sur scène, modeste et détendue, la brindille brune joue ses chansons avec humilité et modestie. Détendue, et toujours étonnée d'un succès critique et public amplement mérité. En attendant impatiemment la suite... 16.11, Lille, Hôtel-Casino Barrière, 20h30, 39/36/33/27€, www.casinolille.fr

©Kate Barry

Jusqu'à son cinquième et dernier album, Where Does This Door Go (2013), coproduit par Pharell Williams, ce digne héritier de Curtis Mayfield était alors signé chez Stones Throw, maison de J. Dilla, MF Doom et Aloe Blacc, entre autres. Après quinze ans sur la scène hip-hop sous le blase de Haircut, le blanc-bec reprend son nom et nourrit ses compositions de jazz et funk pour créer de la néo-soul-rétro. Un Jamie Liddell américain, en somme. 26.11, Bruxelles, Ancienne Belgique, 20h, 25€, www.abconcerts.be

© DR

Les Fatals Picards

29.11, Lille, Le Splendid, 20h, 25/23€, www.le-splendid.com

S'il est de bon ton, pour quelques snobs, de les dénigrer, il serait injuste de tomber à bras raccourcis sur Les Fatals Picards. Après tout, à l'instar de Didier Super, ils relèvent moins du champ du rock que de l'humour. De plus, entre deux jeux de mots improbables (le premier EP, Les Onze Y Trônent, 1999), la bande s'engage également dans de nobles combats (la défense des Roms avec Manouches, sur leur dernier album 7e ciel). Un rire engagé et remuant, donc. Pas de quoi bouder son plaisir !


Zwei Leben (D'une Vie À L'autre) © Tom Trambow

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Arras Film Festi

écran total On entend déjà les sceptiques : «  Encore un festival de cinéma... Avec des salles obscures, des films en provenance des quatre coins du monde, des spectateurs très heureux et des cinéastes récompensés... À part ça ? » À part ça, le programme est sacrément riche. Entrez donc, on connaît l'ouvreuse.


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l'origine, le Festival du Film d'Arras est le fruit d'une poignée de cinéphiles arrageois regroupés au sein de Plan-Séquence. Née il y a plus de vingt ans, cette association propose, toute l'année durant, des classiques, des rétrospectives, des ciné-goûters pour les plus jeunes... Son action ne se cantonne pas à Arras : jusqu'en juin dernier, les soirées Bon Chic Mauvais Genre (une double affiche mensuelle de cinéma rare et autre présentée au Majestic de Lille) bénéficiraient de son soutien avisé. Mais la grande affaire de Plan-Séquence, c'est le festival du Film d'Arras.

Au programme Comme dans n'importe quelle manifestation de ce type, on trouve une compétition, de nombreuses avantpremières (voir encadré), des rétrospectives (cette année, la Guerre de Sécession et les films d'espionnage) et des grands noms, tels Yolande Moreau ou Patrice Leconte. Ce dernier bénéficie d'un hommage orienté sur sa part sombre (citons l'excellent et cruel Tandem (1987) ou le claustrophobe Monsieur Hire (1989)). « Et Les Bronzés ? » pestent les aigris. Pas cette fois, car il s'agit de coller à l'actualité du cinéaste dont le dernier film en date, Une Promesse, adapté de Stephan Zweig, est plutôt sérieux. Complètement à l'Est Pas frileux pour un sou, ce festival met en avant le cinéma des pays de l'Est. «  C'est gris et triste  !  » protestent certains au fond. Mais entre la Hongrie, les Balkans ou le fer de lance roumain, les esthétiques sont très variées. Même ▲


Zoom si, c'est vrai, on aborde les thèmes de la famille et de sa dissolution, les problèmes liés au capitalisme sauvage ou le passé stalinien difficile à assumer... à ce sujet, citons D'une Vie À L'Autre, de l'allemand Georg Maas, relatant l'histoire d'une femme vivant heureuse depuis vingt ans en Norvège, et confrontée à son rôle dans la Stasi. Enfin, le Festival ne se contente pas de projeter des bobines ; il soutient directement de jeunes cinéastes par le biais d'une plate-forme de co-production et des bourses. Avec une belle réussite, puisque Miel, du turc Semih Kaplanoglu, Ours d'or 2010, avait reçu une aide du Festival d'Arras. Tiens, on n'entend plus personne râler. Thibaut Allemand

Arras Film Festival Invités : Patrice Leconte (rencontre le 11.11), Yolande Moreau (rencontre le 16.11) 8>17.11, Arras, 3 à 6€ la séance, abonnement 5 films : 25€ ; 10 films : 40€, www.arrasfilmfestival.com

La Marche © Chi-Fou-Mi Productions, Marcel Hartmann

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La Marche D'abord, les faits : en 1983, un policier blesse un jeune des Minguettes, dans la banlieue lyonnaise. Échauffourées, rodéos, affrontements... De cette effervescence, naît la Marche pour l'égalité et contre le racisme, surnommée Marche des Beurs, de Marseille à Paris. Ce film retrace cette folle épopée. Au générique  : Olivier Gourmet, Philippe Nahon, en passant par l'excellente - et trop méconnue – Hafsia Herzi, révélée dans La Graine Et le Mulet (2007), d'Abdellatif Kéchiche. Le casting est impeccable, mais la bande-annonce étonne. Comme si le film de Nabil Ben Yadir, craignant de se perdre dans la reconstitution historique et les lourdeurs inhérentes, sacrifiait à la comédie et à la bonne vanne pour alléger le propos. Mais jugeons sur pièce grâce cette avant-première. sortie le 27.11, Avant-première le 08.11, Artois Expo, en présence de l'équipe du film.


© See-Saw Films

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Top of the Lake

En eaux troubles Signée Jane Campion, et présentée sur la Croisette (!), la mini-série Top Of The Lake conte l'enquête de Robin Griffin sur ses terres natales néo-zélandaises, suite à la disparition d'une jeune fille enceinte, Tui. Le résultat ? Six heures d'une beauté plastique à couper le souffle évoquant, en creux, la condition féminine et la vie d'une communauté isolée. A Laketop, tous les chemins mènent à Matt Mitcham (Peter Mullan), père de Tui et dealer de drogue notoire. Sa propriété, baptisée Paradise, abrite la retraite de femmes en recherche de quiétude. Elles vivent dans des containers aménagés, sous la coupe de l'étrange GJ, selon qui « dans la nature, il n'y a pas de mort, juste une redistribution des atomes ». Et l'immense lac adjacent de prendre parfois des allures de trou noir... Plus que la quête méthodique d'un mobile ou de preuves, ce polar contemplatif se concentre sur le mal-être de Griffin (Elisabeth Moss, Peggy dans Mad Men). L'enquête n'est pour elle qu'un prétexte pour éluder ses propres peurs et la relation avec sa mère. Dans ces histoires sordides, la vérité ne se dévoile qu'à demi-mot. Financé en partie par Sundance Channel, la première série de l'unique femme palmée à Cannes s'offre des acteurs déroutants et de majestueux plans-séquences (le lac, les montagnes...). Une esthétique fidèle à l'ADN « indé à gros budgets » de la chaîne qui certes ne manque pas d'idées mais ne lésine pas non plus sur les moyens. Florian Koldyka Top Of The Lake 07 & 14.11, Arte, 20h50, 3 épisodes par soir


© Thierry Valletoux / Gaumont - Rectangle Productions - LGM

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Les Garçons et Guillaume, à table !

Femmes, je vous aime Les Garçons et Guillaume, à table ! Derrière ce titre intriguant, se cache un one-man show adapté au cinéma. Dialogues percutants, mise en scène inventive, performance d'acteur... Mais avant tout, Guillaume Gallienne, 41 ans, signe une vraie réussite : un film drôle, bouleversant, et une superbe déclaration d’amour à sa mère. Les Garçons Et Guillaume... fut d'abord un spectacle. Mais, avant même de monter sur les planches, le sociétaire de la Comédie-Française souhaitait tirer un film de sa drôle de vie. À force d’imiter sa grande bourgeoise de mère qu’il admire et de se déguiser en Sissi l’Impératrice, est né une ambiguité autour de son orientation sexuelle, dans l’esprit des autres comme dans le sien. On pouvait craindre du théâtre filmé, égocentrique et narcissique. Il n'en est rien. Ici soutenu par d'excellents second rôles, Gallienne convainc en fils efféminé et s'avère hilarant dans celui de sa propre mère, présente jusque dans ses rêves. On le suit du vaste manoir familial à la pension anglaise, du service militaire aux séances chez le psy. Renouvelant le vieux procédé de la mise en abyme, on le retrouve sur les planches pour quelques monologues. Est finalement conté le parcours d'un personnage en proie aux doutes, devenu le talentueux comédien que l'on sait. Véritable douche écossaise d’émotions, ce premier long-métrage virevolte avec brio entre légèreté et gravité, et s'impose comme l’une des meilleures comédies de l’année. Audrey Jeamart Les Garçons et Guillaume, à table ! - Un film de et avec Guillaume Gallienne Avec André Marcon, Françoise Fabian, Diane Kruger, Reda Kateb… Sortie le 20.11


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FRAC, vue extérieure © Cabinet d'architectes Lacaton & Vassal


Monumentale légèreté

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Dossier réalisé par ¬ François Annycke & Elsa Fortant Photo ¬ Hilde Teerlinck, 2013 © Régis Baudy

Des FRAC, on a trop souvent l'image d'une tour d'ivoire, d'un gigantesque musée fermé au public où dormiraient les œuvres. Ce cliché est battu en brèche à l'occasion des 30 ans du FRAC Nord - Pas de Calais. La prestigieuse institution, longtemps à l'étroit dans un ancien hôpital, choisit le sur-mesure. Au cœur du quartier Grand Large, proche des activités humaines et face à la mer, le Fonds s'est fait construire un grand navire et invite le public à bord.

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mpressionné. Comment ne pas l'être en découvrant l'Atelier de Préfabrication n°2 (AP2), bâtiment haut de plus de trente mètres ? Construite durant l'après-guerre, cette Cathédrale de béton se voit apposer un double translucide de mêmes dimensions, mais à l'aspect contemporain et aux lignes plus fluides. Transparence, légèreté, architecture aérienne... Le FRAC épouse l'environnement maritime, comme en témoigne sa façade, Blowing In The Wind, création lumineuse qui réagit au vent signée Angela Bulloch. Il n'oublie pas non plus le pas-

sé, à en juger par la promenade sonore vers le LAAC tout proche, imaginée par Lericolais. L'ensemble ressuscite l'univers des chantiers navals, fait de bruits sourds et de fureur douce.

Le tour du propriétaire Du rez-de-chaussée à la terrasse sur le toit, le FRAC est une « maison ouverte », selon sa directrice Hilde Teerlinck (voir entretien p. 61). Sur six niveaux, le building de verre dévoile des espaces aux noms assez cosy : Le Studio, Le Salon, La Vitrine, Le Labo, Le Cinéma, Le Belvédère ou Le Forum… On découvre des ▲


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Hang it all (II), Gabriel Sierra, 2010, Collection FRAC Nord-Pas de Calais, Courtesy Galeria Casas Reigner © DR New Beginning, Anne Collier, 2007, Collection FRAC Nord-Pas de Calais © Anne Collier Les Bikes de Bois Rond (red, black, white), Gavin Turk, 2010, Pièce unique , Collection FRAC NordPas de Calais © DR

Copy Right (Colored version), Superflex, 2007 © The Aarhus Art Building / Jens Møller-Sørensen, Collection FRAC Nord-Pas de Calais © ADAGP 2013

Flat, Angela De La Cruz, 2009, Pièce unique, Collection FRAC Nord-Pas de Calais © DR

Four-sided Picture (Y, R, G, B), Walead Beshty, Photographie couleur Collection FRAC Nord-Pas de Calais © DR


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Statement Chair / Stop Discrimination of Cheap Furniture, Martí Guixé, 2004, Collection FRAC Nord-Pas de Calais © Martí Guixé

Les missions principales du frac - Constituer un patrimoine d'art contemporain en région et soutenir la création par l’action conjuguée d’acquisitions et de commandes d’œuvres d’art. - Diffuser largement le fonds constitué sur le territoire régional en développant des partenariats réguliers - Sensibiliser le public le plus large aux démarches artistiques contemporaines par la mise en place d’actions permanentes de médiation (visites commentées, accueil des groupes...).


plateaux modulables dessinant des parcours. La collection du FRAC compte 1 500 œuvres d'art contemporain et de design ; les dernières acquisitions accueillent le visiteur, le plongeant directement dans les grands thèmes abordés par le lieu : les liens entre création et société ou la fonction du design au quotidien, par exemple – admirez donc le mobilier du café et de la libraire, conçus par le duo Lang/Baumann.

Un début à tout Ici, rien n'est figé. Les parcours sont variés. Néanmoins, Le Futur Commence Ici, exposition inaugurale du lieu, constitue forcément une belle introduction. Il s'agit d'un (très vaste) échantillon de la collection dans laquelle le flâneur curieux comme l'amateur aguerri peut trouver son bonheur. Tiens,

prenons de la hauteur et courons vers Le Belvédère pour y découvrir la H-Box. Cet espace de projection nomade de 20 m², entièrement démontable, présente sur écran les artistes de la collection. Mais ce Belvédère présente aussi toute l'histoire du chantier. Car la mémoire n'est jamais loin. Faites-donc un tour au Salon. Là, face à la mer du Nord, l'anglais Matthew Darbyshire évoque les chantiers navals à travers des livres et des objets empruntés au musée portuaire. De quoi rendre sensible toute la démarche des concepteurs des lieux, entre hommage et création, mémoire et transformation. Comme une illustration des mots de Stiv Bators repris en néons rose au fronton par Scott King  : «  L'art est simplement la preuve d'une vie pleinement vécue ».

En aparté

hilde teerlinck Directrice du FRAC Nord-Pas de Calais

à la tête du Frac Nord-Pas de Calais depuis 2006, Hilde Teerlinck revient sur le rôle et le rayonnement de cette grande maison ouverte, dédiée à l'art contemporain.

Quelle est la particularité du FRAC Nord Pas de Calais ? Chaque directeur privilégie un axe d'acquisition et cultive une identité. Le FRAC Nord-Pas de Calais a d'abord cherché à constituer une collection internationale, avec des œuvres emblématiques d'artistes importants des années 1980-90 : Andy Warhol, Dan Flavin, Roman Signer, Gerhard Richter, Buren, Boltanski... Il s'agissait d'oeuvres assez monumentales. Puis l'accent a été mis sur le design, sans perdre de vue la création régionale. En arrivant en 2006, j'ai souhaité faire dialoguer les œuvres et renforcer une idée déjà présente, des thèmes liés à la condition humaine, la place de l'Homme dans la société. ▲


DIFFRACTIONS OF DESTROYED DESIGN, Lit Clos, 1999 © Ronan & Erwan Bouroullec, Collection FRAC Nord-Pas de Calais, photo © Morgane Le Gal

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Quels sont vos critères de sélection ? Les acquisitions sont prises en charge par un comité de six personnes qui se réunissent deux fois par an. Ce comité émet des propositions sur la base d'échanges avec des galeries, des commissaires d'exposition. Il est toujours intéressant d'entendre un artiste en recommander un autre. On achète des œuvres à des artistes contemporains qui interrogent notre société, abordent la question de l'objet design et l'utilisation de nouvelles technologies, par exemple. Nous voulons être précurseur. Idéalement, nos acquisitions devraient un jour se retrouver dans un musée ou marquer l'histoire de l'art.

Quelles sont les autres particularités du FRAC Nord Pas de Calais ? Notre situation territoriale, l'Eurorégion, favorise une large diffusion. Depuis dix ans nous nous concentrons sur la circulation de nos œuvres autant à l'étranger que dans la région. On possède une collection nomade, qu'on montre hors les murs à un large public. Ainsi, nous préparons le chemin pour le musée, un peu comme un brise-glace. Amener une œuvre dans un contexte étranger à l'art contemporain, ni très convivial, est aussi un attrait des FRAC. Cela nécessite d'ailleurs un important travail de médiation avec le public. Et c'est le cœur du nouveau projet


Superhelix, Markus SIXAY, 2006-12-12 © Galerie Chouakri, Berlin, Collection FRAC Nord-Pas de Calais © DR

du FRAC. Constituer une collection ne suffit pas, il faut l'accompagner. Comment cela se traduit-il concrètement ? Nous travaillons avec les écoles, les bibliothèques. Nous multiplions les partenariats, pour toucher un public a priori peu concerné par la culture. L'artiste lui-même devient vecteur. J'apprécie les résidences où il s'imprègne vraiment de son environnement. La rencontre entre les gens me paraît plus importante que la production elle-même. Quelle rencontre vous a le plus touché ? Julien Bartholomé est intervenu à l'hôpital au service des addictions. Durant six semaines, cet artiste a montré ses vidéos, qui sont très fortes. Il filme ses propres enfants comme un anthropologue, ce qui a interpellé les patients. Avec ce groupe, le temps de parole a été extrêmement important et leur a permis d'avancer. L'accent a été mis sur l'architecture du bâtiment... Oui. L'agence Lacaton & Vassal a eu le coup de génie de juxtaposer à un lieu emblématique de Dunkerque un double aux dimensions identiques. C'est un mariage idéal entre passé et futur. De plus, ils ont répondu au cahier des charges en donnant au FRAC un nouvel outil fonctionnel qui permet d'avoir des réserves, des salles d'expo, une salle pour le public.

Comment les Dunkerquois perçoivent-ils le FRAC ? Les Dunkerquois et les anciens du chantier naval sont conquis par cette conservation du lieu. L'art contemporain offre ici la garantie que ce monument, surnommé la Cathédrale, n'est pas oublié. Son installation sur le site de l'ancien chantier naval est un geste fort pour notre territoire. On donne vie à un nouveau quartier avec un bâtiment qui nous rapproche de la mer. Weekend d’ouverture du FRAC/AP2 16.11 > 17.11.2013 Le Futur commence ici 16.11>27.04.2014 503 avenue des Bancs de Flandres, 59140 Dunkerque, France +33 (0) 3 28 65 84 20, www.fracnpdc.fr, www.frac-platform.com


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L'objet du culte Andy Warhol avait-il une âme, et son œuvre, surexposée, autre chose à offrir que le reflet d’un monde saturé d’instantanés publicitaires ? Vingt-cinq ans après la mort du suspect, le BAM rouvre un dossier trop souvent bâclé. Et pointe, une centaine d’œuvres originales à l’appui, la responsabilité de trois puissants commanditaires  : Life, Death & Beauty. La controverse tient tout entière dans l’ambiguïté de cette célèbre recommandation : « Si vous voulez tout savoir sur Andy Warhol, regardez la surface de mes peintures (…). Il n’y a rien derrière  ». Un bâton tendu à ses détracteurs ? Rien n’est moins sûr, tant les surfaces de Warhol comptent de couches, de replis et –oui– de matière. Où l’on relève les empreintes d’une vie intérieure qui orientait sa recherche : « Comment par exemple négliger le fait, s’interroge Gianni Mercurio, commissaire de l’exposition, qu’en produisant plus de deux cents œuvres uniques sur le thème du Christ, Warhol a été le plus productif des artistes de son temps à interroger la foi, le sacré ? » Circulez ? Ca reste à voir… Tout indique en effet que ce fuyant poseur ait d’abord été un homme préoccupé : la mort, omniprésente, dialogue constamment avec la grâce, et forme la souscouche invisible de ses icônes les plus vivement colorées. Leur pouvoir de séduction, trouble, tient à la fois de l’image pieuse et du masque funéraire (ses Marylin éclosent après la mort de l’actrice, Jackie Kennedy prolonge en se démultipliant le choc de Dallas…) – quand il n’appelle pas explicitement l’inquisition. Ainsi des Camouflage, dont les méandres chromatiques troublent des apparences trop lisses pour être honnêtes : la Statue de la Liberté, le Christ encore, et Warhol luimême. Il y aurait donc de la vie sous cette épaisse mèche argentée ? Et quelque chose à cacher ? à l’heure de rouvrir ses portes, le BAM verse au dossier de belles et solides pièces à conviction. François-Xavier Béague Andy Warhol : Life, Death & Beauty jusqu'au 19.01.2014, Mons, BAM, mar>dim, 10h>18h, 9/6€, www.bam.mons.be ▲


Self-portrait, 1986, Acrylique et sérigraphie sur lin – acryl en zeedruk op vlas, 101,6 x 101,6 cm - Andy Warhol © Collection of The Andy Warhol Museum, Pittsburgh SABAM 2013


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œuvres commentées

Acrylique et sérigraphie sur tissu – Acryl en zeefdruk op textiel – Acrylic and silkscreen ink on linen, 55,9 x 71,1 cm, Collection of The Andy Warhol Museum, Pittsburgh © The Andy Warhol Foundation for the Visual Arts, Inc. / SABAM Belgium 2013

Little Electric Chair (1964-1965)

par Xavier Roland, responsable du pôle muséal Déballer cette œuvre à son arrivée au musée m'a bouleversé. On connaît mieux les autres versions réalisées en grand format. Or, ce sont justement les dimensions de celle-ci qui m’ont perturbé : petite comme elle est, on pourrait très bien l’accrocher au-dessus de sa cheminée. Par ailleurs, la sérigraphie, très sombre, dissimule un peu le sujet : il faut un certain temps pour que l’œil s’accommode aux retouches et à ce jaune extrêmement lumineux appliqués sur la toile. Ce qui lui confère, au moment de se révéler, une puissance extraordinaire : elle en impose autant que les œuvres colossales, Guns et Knives, auprès desquelles nous l’avons accrochée ! Warhol est un artiste, pas un publicitaire : un choc pareil le prouve définitivement.


Acrylique et sérigraphie sur toile – Acryl en zeefdruk op doek – Acryl and silkscreen on canvas, 100 x 100 cm, Collection Credito Valtellinese, Sondrio © The Andy Warhol Foundation for the Visual Arts, Inc. / SABAM Belgium 2013

The Last Supper (1986)

par Gianni Mercurio, commissaire de l'exposition C'est probablement l’une de ses dernières oeuvres, sinon la dernière. Elle fut mal comprise. Dans une optique post-moderniste, elle fut perçue comme la réinterprétation d’une œuvre classique, mais c’est d’abord un témoignage de son obsession pour la figure du Christ - sujet maintes fois traité à la fin de sa vie. On peut y voir une sorte de transfert : il se sait mourant et se projette, entouré de ses apôtres : les membres de la Factory. Le propos demeure assez énigmatique : la couleur rose suffit-elle pour y voir une version gay de la Cène ? La dévotion de Warhol a toujours pris un tour un peu hérétique, mais ce tableau est avant tout empreint du respect pour la profonde religiosité de sa mère. Il témoigne donc de son histoire personnelle.


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Christian Zacho (Grena 1843 – Hellrup 1913), Vue de Non Mill et du lac Halde, Danemark, 1873, huile sur toile, 36 x 58 cm. Collection particulière. Photo : A. Leprince

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cent ans de solitude Tout est politique, nous sommes d'accord. Et si Le Siècle d'or de la peinture danoise peut s'admirer pour ses qualités esthétiques, on ne l'apprécie pleinement sans en connaître le contexte. Visite sous-titrée. Le xixe siècle est celui de l'Âge d'or de la peinture danoise, dit-on. Cette apogée se situerait de 1800 à 1850. C'est une légende, véhiculée par les critiques d'art danois de cette époque, forcément marqués par l'esprit (et les préjugés) de leur temps. La péninsule danoise connaît alors une crise identitaire, traduite par un retour aux racines, entre mythes nordiques et éloge de la terre. Cette résurgence du paganisme idéalise les paysages côtiers, pêcheurs, fermiers et animaux domestiques, sujets de nombreuses œuvres présentées. Et cet Âge d'or de créer également une division entre les artistes « Blonds » (dont le patriotisme affleure) et les « Bruns » (attirés par l'Europe ou «  pas complètement  » danois, telle l'immense Elisabeth Jerichau-Baumann, née polonaise). Autrement dit, racisme et antisémistisme sous-tendent une distinction, non justifiée, entre artistes. Au risque d'en exclure la modernité d'Holger Drachmann ou Carl Bloch, heureusement visibles ici. La Piscine présente donc tout le siècle en plus de deux cent œuvres prêtés, chose rare, par un collectionneur anonyme, et dépasse allègrement les barrières jadis érigées. On l'oublie parfois, mais une exposition n'est pas un étalage. C'est avant tout la vision d'un (ou de plusieurs) commissaire(s). Le Siècle d'or de la peinture danoise l'illustre à merveille. T. Allemand Le siècle d'or de la peinture danoise : une collection française Jusqu'au 12.01.2014, Roubaix, Musée d'Art et d'Industrie André Diligent - La Piscine, mar>jeu, 11h>18h, ven, 11h>20h, sam & dim, 13h>18h, 9>6€, www.roubaix-lapiscine.com


Blue Classic, 2009 © Tony Oursler

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Videodrome De Tony Oursler, vous connaissez sans doute les fameuses sculptures-écrans ou, plus récemment, la vidéo du single Where Are We Now ? du revenant David Bowie. Vaste et protéiforme, l'œuvre du plasticien américain regroupe plus de trente ans de recherches autour des questions de la mémoire et de la technologie. Phantasmagoria est un parcours presque rétrospectif. Sont présentés ses premiers films datant des années 1970-80, les poupées-vidéo qui l'ont rendu célèbre durant les nineties, ou encore les globes oculaires, cousins de l'œil géant des Residents. Oursler fut marqué par le psychédélisme, le punk rock (en 1977, il fonde The Poetics avec le célèbre Mike Kelley), mais aussi par la SF vrillée façon Philip K. Dick. Pour lui, la télévision, le Web ou l'iPhone sont des prolongations artificielles de l'âme humaine. Leur aspect aliénant est souligné dans des œuvres mêlant fragments de corps, fantômes et poupées. L'autre intérêt de Phantasmagoria réside dans la façon dont l'artiste travaille sur la mémoire et investit le lieu : ainsi, un couloir sombre et long d'une quarantaine de mètres abrite une frise historique retraçant les grandes dates des arts visuels, du Moyen-âge à la 4D, en passant par la fantasmagorie (ou « art de faire parler les fantômes ») née au xviiie siècle et dont le plus illustre représentant fut le liégeois Étienne Robertson. Enfin, une installation sonore et visuelle, tout en variations lumineuses et voix d'outre-tombe, attend le visiteur dans la crypte. L'histoire d'une vie, en quelque sorte. Thibaut Allemand Tony Oursler : Phantasmagoria 17.11>23.02, Hornu, MAC’S Grand-Hornu Images, mar>dim, 10h>18h, 8/4/2/1,25€, www.mac-s.be


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Trick © photo Laura Morsch

interview

Jacques Floret Roulement à billes Propos recueillis par ¬ Elsa Fortant & Nicolas Pattou Illustrations ¬ Jacques Floret

Vous avez peut-être déjà aperçu ses illustrations de style ligne claire dans les pages du Monde, de Technikart, de la Revue XXI ou des Inrocks... Mais Jacques Floret exécute et expose (depuis 1993) des compositions au stylo bille quatre couleurs. Il collabore avec Pif Paf Records, APC, dessine parfois des filles nues et des bagnoles. Rencontre avec un artiste qui fait couler beaucoup d'encre.


exposition

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Scratch © Photo Giulia Franchino

« Je ne prends aucun plaisir à faire ces dessins »

Zoom

Do Not Think La planche à roulettes a inspiré nombre d'artistes contemporains. La preuve avec Do Not Think. Cette exposition, déjà présentée à Milan et Berlin, dévoile des sculptures (le français The Wa) dont une skatable (!) réalisée in situ par l'anglais Dave The Chimp. Entre photographies (Captain Cracker alias Christian Roth) et installation vidéo (Mischa Wermkauf et Matthias Leinke) on est intrigué par la pièce électroacoustique signée Andrea Befi, reconstituant le bruit des skates sur les rampes. Un parcours tout en mouvement !

Comment intervenez-vous dans cette exposition consacrée au skate à Roubaix (voir encadré ci-contre) ? Je ne suis pas un spécialiste de la question. Mais, une résidence à Berlin m'a permis d'approfondir mes connaissances et de proposer deux séries : Trick et Scratch. En quoi consistent-elles ? à travers Trick, j'ai voulu saisir une pose de skateur amateur, une de ces figures répétées inlassablement. Dans cet esprit, je me suis concentré sur une image que j'ai décidé de reproduire cinquante fois. Entre le premier et le dernier dessin, il n'y a aucune évolution, mais l'idée de répétition est là. C'est une autre manière de mettre son corps en jeu, pas aussi spectaculaire qu'avec


un skate, mais c'est très fatiguant de répéter la même chose. J'ai mis deux mois à réaliser tous ces dessins. Comment avez-vous procédé ? Sur le principe de l'imprimante. J'ai réalisé un premier dessin au trait, puis en couleur. Celui-ci m'a servi de modèle. Puis, je l'ai décalqué 50 fois, j'ai apposé sur chacun une couche de noir, puis une couche de rouge... et ainsi de suite. Jusqu'à ce que l'image soit saturée et lisible. Après en y regardant de près, c'est le jeu des sept erreurs. Il y a donc un aspect ludique dans votre œuvre ? Non, je ne prends aucun plaisir à faire ces dessins. La véritable satisfaction arrive quand la tâche est terminée. On a tous gribouillé au bic sur un coin de feuille. Je l'ai beaucoup fait dans ma jeunesse et je continue, même si je ne suis plus un ado. Je ne revendique pas un talent particulier, ne cherche pas non plus à perfectionner une technique. Je veux que le spectateur ait un lien direct avec l’œuvre, un truc du genre « Oui, je peux le faire aussi, mais ça a l'air très chiant ! » (rires). Et pour Scratch ? C'est une photo de mon neveu qui s'est pris un gnon, assez emblématique du

Rachel & Rosco.

skate, un ado fier de ses blessures ! Dans les deux cas, je me sers de ce qui existe déjà, comme un skateur qui utiliserait le mobilier urbain. Moi, j'utilise un simple bic quatre couleurs et le format A4. Pourquoi le stylo bille à quatre couleurs ? C'est un cadre, une règle du jeu. Du coup, je ne travaille qu'avec le bleu, le noir, le rouge, le vert. Ce n'est pas une question d'esthétique ou de rendu. Ce stylo est banal, tout le monde l'a déjà utilisé. La peinture à l'huile ou Photoshop sont épatants si on ne connaît pas cette technique. J'ai préféré un médium qui n'est pas spectaculaire.


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Les jeunes gens modernes aiment leurs mamans.

Quelles sont vos inspirations ? Aucune en particulier, Internet en général : il y a des milliards d'images, il faut juste les trouver. Par exemple, pour l'exposition Les jeunes gens modernes aiment leurs mamans (ndlr. 2008), j'ai dessiné 50 mamans, plus ou moins âgées, en déclinant quelques stéréotypes. Mais pour cela, j'ai utilisé des photos de magazines de tricots et des photos pornographiques, entre autres. J'ai poussé le vice en racontant que les mères étaient celles des artistes même si c'était totalement faux... Cinquante dessins encore une fois, êtes-vous superstitieux ? C'est plutôt comme une punition. La maîtresse vous faisait copier 25, 50, voire 100 fois la même phrase, pas 27 ou 32. Après, ça devient trop dur à supporter en terme de délai et de fatigue, c'est la bonne limite !

Besame.

À voir / Do Not Think, jusqu'au 24.11, Roubaix, La Condition Publique, mer>dim, 14h30>18h30, gratuit, www.laconditionpublique.com À visiter / www.lezilus.fr À lire / Alf-moi Partout - éditions galerie du jour agnès b., 2006 / Permettez-moi d’Admirer Votre Parc - éditions Orbe, 2007 / Rachel & Rosco - éditions Dilecta, 2009 / Oh! Le Bel Eté - éditions Derrière la salle de bains, 2010 / Mammaire - éditions Derrière la salle de bains, 2010 / Maman - éditions Derrière la salle de bains, 2010


De la série Parcours © Jacynthe Carrier, 2012, photographies Avec l’aimable autorisation de la Galerie Antoine Ertaskiran, Montréal

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ElectroSmog Montréal © Jean-Pierre Aubé, Vidéo, couleur, son, 10 min57, en boucle, 2012

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nd l'image rôde

à Montréal, qua

La belle présence texte¬ de notre correspondante à Montréal, Judith Oliver

Deux ans après sa remarquable exposition consacrée à Michael Snow (Solo Snow), la commissaire d'exposition et critique d'art québécoise Louise Déry revient au Fresnoy pour nous ouvrir les yeux sur la création contemporaine montréalaise. à Montréal, l'image s'étale dans les vitrines du Mile End et illumine les buildings du centre-ville. Mais à Tourcoing, elle rôde... sa lumière filtre à travers les draps de lin noir qui divisent la nef du Fresnoy en un dédale obscur, ponctué de leds et d'écrans. On déambule au milieu des cris de huards, ces fameux canards sauvages canadiens, et des notes de pianos. Mais le décor est propice à un épluchage consciencieux d'une vingtaine de vidéos au sens souvent multiple et d'installations sonores présentées jusqu'en janvier. On vous entend déjà crier à l'hermétisme, mais nombre des œuvres exposées s'avèrent accessibles, pour peu qu'on prenne le temps. C'est qu'il nous faut travailler notre regard : « Les gammes tapageuses jouées par la publicité ou les médias nous habituent au manque de subtilité. Prenez des vidéos comme celle de l'algonquine Nadia Myre, qui sort de la brume du lac pour toiser l'homme blanc, ou le film de Dominique Blain montrant des Haïtiens effacés par l'écume d'une vague. Elles sont porteuses d'un message politique fort, mais jamais celui-ci n'est martelé », explique Louise Déry, la commissaire d'exposition rencontrée à Montréal. Dualités Le parcours joue souvent sur des effets de contraste pour éclairer le sens des œuvres, pour moitié inédites, de l'exposition. Ainsi, l'installation de Jean Dubois et la vidéo d'Emmanuelle Léonard se répondent. La première se réveille si l'on souffle dans un micro. Elle pulse alors sur des écrans des dizaines de concepts mis au point par le philosophe Jacques Derrida, pape de la déconstruction, créant une logorrhée ▲


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L’aréna, Manon de Pauw, Diptyque vidéographique, couleur, édition de 3, 7 min, 26 sec, 2010

Court-circuit

inintelligible. à l'opposé de cet excès de mots, la vidéo de Léonard donne à voir des collégiennes à court de vocabulaire, peinant à décrire la beauté et la laideur.

Malgré la quasi-absence de fonds publics dévolus à la culture, Montréal jouit d'une solide réputation sur le plan international. Son dynamisme musical n'est plus à prouver (de l'immense Leonard Cohen à Arcade Fire, en passant par Chromeo) et la créativité de son cirque fait école. Mais il ne faut pas oublier qu'elle demeure un pôle d'excellence pour la création visuelle. La deuxième ville du Canada compte plus de mille étudiants en arts – cas très rare en Amérique du Nord. Outre l'abondance de galeries publiques et privées, les œuvres s'exposent dans l'espace public, sans doute pour compenser le nombre assez restreint de collectionneurs privés. Certes, Dominique Blain, Jean Dubois, Pascal Bernatchez ou la jeune Manon de Pauw, présentés au Fresnoy, ont été exposés en Europe. Mais, la production locale traverse rarement l'Atlantique. La présence du Québec à la biennale de Venise, cette année, changera peut-être la donne.

L'art du cousin Le but de l'exposition est aussi de procéder à une mise à jour de nos connaissances (généralement faibles) de la scène artistique québécoise, un peu comme l'avait fait ABC, en 2010, avec l'art contemporain belge. « Les Européens ont un regard... décalé » confesse Louise. Une vue qui se serait arrêtée aux années 1970 et à l'âge d'or de l'abstraction picturale. Il était temps de changer de lunettes : si les arts visuels de la Belle Province s'exportent beaucoup moins que sa musique et son cirque, ils méritent notre attention de toute urgence. à Montréal, quand l'image rôde Jusqu'au 5.01.14, Tourcoing, Le Fresnoy, mar>dim, 14h>19h (sf ven et sam, jusqu'à 21h), 4/3€, gratuit le dimanche, +33 (0)3 20 28 38 00, www.lefresnoy.net


Indomania,

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de Rembrandt aux Beatles

Tous en grève ! Il y a cinquante ans, les gueules noires demandaient 11% d'augmentation - autant dire des miettes - qui leur furent refusées. Pour les obtenir, cinq semaines de grève ne furent pas de trop. L'unité syndicale, le soutien de la population et une manifestation réunissant 80 000 personnes à Lens, le 29 mars 1963, firent plier le patronat et le gouvernement. Cet accrochage retrace, en de nombreuses photographies grand format et vidéos d'époque, cette lutte qui préfigurait, déjà, celles de 1968.

Jusqu'au 26.01.2014, Bruxelles, Palais des Beaux-Arts, mar>dim, 10h>18h, jeu 10h>21h, 14/11/8/2€, combiticket Corps de l'Inde + Indomania, 23€, www.bozar.be

Jusqu'au 31.12, Lewarde, Centre Historique Minier, tlj, 9h>17h30. A partir du 15.11 : lun>sam, 13h>17h, dim, vacs et jours fériés : 10h>17h, 13/11,50/7,40/5,90€, www.chmlewarde.com

Scarabée sacré avec laurier, 2012 © Pat Verbruggen, Angelos bvba

Jan Fabre, Illuminations Dans la salle d'exposition temporaire, sont réunis une centaine de manuscrits et feuillets enluminés (du xiie au xviie siècle), de l'orfèvrerie et de l'horlogerie du Moyen-Âge et de la Renaissance et enfin, des sculptures en bronze doré de Jan Fabre (la fameuse série Chalcosoma, 2006-2012). Mais avant cela, l'Anversois nous éblouit dès l'entrée, où sont présentées plusieurs œuvres de la série Hommage à Jérôme Bosch au Congo (2011-2013), dont certaines spécialement réalisées pour Lille. Brillant, forcément. Jusqu'au 10.02, Lille, Palais des Beaux-Arts, lun, 14h>18h, mer>dim, 10h>18h, atrium : gratuit, exposition, 6/4€, www.pba-lille.fr

Will They Sing Like Raindrops or Leave Me Thirsty, 2013 © Max Pinckers

Manifestation des femmes de mineurs à Lille © Collection Mémoires et cultures, Lens

250 œuvres balayent plus de cinq siècles de création artistique indienne. Picturale avec Rembrandt, architecturale avec Le Corbusier ou cinématographique avec Rossellini. Aujourd'hui, l'Inde inspire des figures contemporaines comme la chorégraphe et danseuse A.T. De Keersmaeker. Enfin, l'artiste Hans Op de Beeck et le photographe Max Pinckers présentent pour la première fois les œuvres créées en résidence dans ce pays aux allures de continent.


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Glacis des fortifications près de la porte Notre Dame (détail), Camille Corot © DR

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Iris Van Herpen Mode ? Sculpture ? Cet enchevêtrement de cuir, de feuilles d'acryliques et autres lanières de plastique constitue les créations de la styliste néerlandaise. Ses robes avant-gardistes relèvent autant de la haute couture que de l'art contemporain. Cette trentaine de pièces réalisées entre 2008 et 2012 avec une imprimante 3D est accompagnée de photographies et de vidéos montrant les œuvres portées.

Corot dans la lumière du Nord L'œuvre de Camille Corot (1796-1875), marquée par les paysages du Nord de la France, est à redécouvrir à travers 70 tableaux issus de collections régionales, nationales (Louvre, Orsay...) et étrangères (USA, GB...). Sont dévoilés ses liens avec la famille Dutilleux, l'influence de Corot sur l'école d'Arras, puis des dessins et des clichés-verre inspirés des paysages locaux.

Calais, Cité Internationale de la Dentelle et de la Mode, jusqu'au 31.12, tlj sf mar, 10h>18h, gratuit, www.cite-dentelle.fr

Douai, Musée de la Chartreuse, jusqu'au 06.01.14, tlj sf mar, 10h>12h, 14h>18h, 4,60/2,30€, www.museedelachartreuse.fr

Marcel Mariën, Le Passager Clandestin 1920-1993

Martin Scorsese

De Mariën, on a surtout retenu L'activité surréaliste en Belgique (19241950), ouvrage de référence sur le mouvement paru en 1979. Proche de Magritte, Mariën s'est également signalé par des tracts, des collages subversifs et de belles escroqueries (cf LM 89). Photographies, collages et dessins drôles et rêveurs, contestataires et en dehors du monde... Deux cents œuvres reviennent sur cette figure méconnue du surréalisme. Charleroi, Mont-Sur-Marchienne, Musée de la Photographie, jusqu'au 19.01.2014, mar>dim, 10h>18h, 6/4/3€, www.museephoto.be

Après Kubrick et Tati, le Festival de Gand se penche sur le cas de Martin Scorsese. Ce dernier incarne à la perfection ce trait d’union entre le cinéma indépendant américain, mis à l’honneur lors de cette édition et Hollywood. Le parcours souligne la diversité formelle et thématique d’une œuvre qu’on a trop souvent réduite à des films de gangsters. Costumes, scripts originaux, archives personnelles du maître… De quoi ravir fans invétérés comme cinéphiles éclairés ! Gand, C. C. Provincial Caermersklooster, jusqu'au 26.01, 10h>17h, 8/6/4€, www.caermersklooster.be


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Happy Birthday Galerie Perrotin, Homage to Francis Bacon, Takashi Murakami, Study of Isabel Rawsthorne © DR

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Living Objects Made for India

Baselitz - Leroy, Le récit et la condensation

L'Inde à travers le regard de deux designers. Fondée à Londres en 2000, l'agence Doshi Levien a sélectionné des objets trouvés dans les foyers, bazars et autres boutiques en Inde. Ces objets du quotidien sont utilisés pour le nettoyage, les repas, le bain, la prière, le culte de divinités... En mêlant sacré et profane, marketing et artisanat, cette exposition en dit long sur la culture indienne.

Ou la rencontre entre deux monstres sacrés. Depuis 1969, Baselitz est célèbre pour ses figures peintes la tête en bas, attirant moins le regard sur le sujet que sur la peinture – qui devient sujet principal. De son côté, Leroy a toujours travaillé sur la lumière, enfouissant son image sous la matière et une avalanche de couleurs. Leur rencontre, une première, tombe sous le sens et nous, sous le charme.

Hornu, GHI, jusqu'au 16.02.14, mar>dim, 10h>18h, 8/4/2€, www.grand-hornu-images.be

Happy birthday, galerie Perrotin Lille3000 rend hommage au métier de galeriste en fêtant les 25 ans de la galerie Perrotin. Emmanuel Perrotin ne s'est jamais spécialisé dans un domaine, défendant autant l'art conceptuel, le minimalisme, que le néo-pop art. La liste des artistes présentés ici vaut tous les discours : Maurizio Cattelan, Wim Delvoye, Damien Hirst, Sophie Calle, J-M Othoniel, Xavier Veilhan, J.R. ou Murakami. Les trois étages du Tripostal reflètent la vision d'un autodidacte qui dormait encore dans sa galerie il y a dix ans. Lille, TriPostal, jusqu'au 12.01.2014, mer>dim, 10h>19h, ven & sam, 10h>20h, 6/4€, Pass Saison Lille 3000 : 25/20/15/10€, www.lille3000.com

Tourcoing, MUba Eugène Leroy, jusqu'au 24.02.14, tlj sf mar, 13h>18h, 5/3€, www.muba-tourcoing.fr

Picasso, Léger, Masson, Daniel-Henry Kahnweiler et ses peintres Les trente ans du LaM sont l'occasion de saluer la mémoire du galeriste D-H Kahnweiler (1884-1979), pourvoyeur de la collection Masurel-Dutilleul. Il défendit les premiers cubistes (Picasso, Léger, Braque...) puis, dans les années 1920, Masson, entre autres. Grâce à des prêts exceptionnels de tableaux et sculptures provenant de collections publiques ou privées françaises, cet accrochage revient sur l'épopée d'une galerie emblématique. V. d'Ascq, LaM, jusqu'au 12.01.2014, mar>dim, 10h>18h, 10/7€, www.musee-lam.fr


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Julien Gosselin Filtre à particules Texte ¬ Madeleine Bourgois Photos ¬ Simon Gosselin, DR

Il fallait un certain courage et pas mal de culot, sans doute, pour s'attaquer aux Particules Elémentaires, l'un des plus ambitieux romans de Michel Houellebecq. Du haut de ses 26 ans, Julien Gosselin s'est lancé, remportant un succès presque unanime à Avignon. Il revient sur la genèse de son spectacle.


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orsque paraît Les Particules Élémentaires (1998), Julien Gosselin a onze ans. Une mère institutrice, un père éducateur, le gamin d'Oye-Plage découvre le théâtre à l'adolescence, à Calais. Naissent alors quelques rêves, comme celui d'évoluer plus tard dans le monde de l'art et de « passer des soirées à boire des coups en parlant bouquins ». 2006, le jeune homme intègre l'EPSAD, l’école du Théâtre du Nord. Deux mises en scène remarquées plus tard (dont Tristesse animal noir de Anja Hilling) le voici propulsé « révélation de l’été » au dernier festival d’Avignon grâce à son adaptation du célèbre roman de Michel Houellebecq. Petit rappel, si vous aviez oublié l'histoire : on suit les trajectoires de Michel et Bruno, demi-frères nés d'une mère

soixante-huitarde. Le premier, chercheur, n'éprouve aucun sentiment et ne vit que pour les sciences. Le second, humilié dans l'enfance, devient professeur et se perd dans une quête effrénée de sexe sous toutes ses formes. L'auteur y règle ses comptes avec Mai 68 et dresse le portrait d'une société enlisée dans une misère sexuelle et affective. La dernière partie du récit vire à la science-fiction apocalyptique. Le grand saut Si cet ouvrage, pressenti pour le Goncourt, a déjà été porté au théâtre et au cinéma en Allemagne, jamais un Français n'avait oser s'y attaquer. Julien Gosselin a découvert le roman vers 18  ans. En le relisant voici quelques années, pas d'hésitation : ce texte est ▲


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fait pour les planches. « J’ai la maladie du metteur en scène, avoue-t-il. Quoi que je lise, je pense à l’adaptation. De toute façon, quand l’œuvre est assez forte, elle tient magiquement à la réduction. » Sans modifier le style ni toucher aux longues plages narratives, le metteur en scène choisit de concentrer sa version des Particules sur le parcours des deux frères. Une fois les scènes majeures sélectionnées, vient le temps des premières lectures. Le metteur en scène a réuni dix comédiens dont six sont d’anciens camarades de promo. Certains passages sont abrégés, d’autres modifiés. Les répétitions commencent sans que Julien soit certain que tout tienne la route. « J’étais tétanisé, se souvient-il. Créer une pièce au festival d'Avignon, c’est prendre un risque énorme. On était dans une opacité totale jusqu'à la dernière minute ». Du théâtre et rien d'autre Gosselin absorbe les quatre heures de son spectacle avec un plateau aéré, manière de résoudre les changements


de lieux et les sauts dans le temps. Les comédiens ne quittent jamais les planches. Sur scène, quelques fauteuils et tables, un écran vidéo et une guitare, aussi. Rien de plus naturel pour Julien Gosselin. « Les premiers spectacles que j’ai vus utilisaient la performance, la vidéo… J’ai toujours connu ça. Pour moi il n’y a pas lieu d’en discuter. Je ne cherche pas à démontrer quoi que ce soit. Je fais du théâtre, pas du théâtre-

vidéo ou performance ». Les scènes très courtes alternent avec de longs passages parlés. Julien luimême se définit comme un zappeur, et s’amuse en manipulant ce rythme auquel nous sommes habitués. Il a formulé aujourd'hui un souhait : « que les moins de trente ans viennent voir la pièce ». Et qu’à leur tour, ils aillent « boire des coups » pour débattre de ce qu’ils ont vu.

Les Particules Elémentaires 08>16.11, Lille, Théâtre du Nord, 20h, sf dim 10, 16h, et jeu 14, 19h, relâche lun, Complet ! mais inscription possible sur liste d'attente, www.theatredunord.fr 15>18.04, Villeneuve d'Ascq, le Rose des vents, 20h (19h, le 17.04), 20>5€, www.larose.fr novembre 2014 : Valenciennes, Le Phénix

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Guy Alloucherie © Jérémie Bernaert

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ON CRÉE COMME ON NAÎT Le nom de Guy Alloucherie demeure attaché à celui du Ballatum Théâtre, fondé au début des années 1980 avec Eric Lacascade. Après un bref passage à la tête du Centre Dramatique de Caen, en 1997, le metteur en scène revient sur ses terres, à Loos-en-Gohelle, au sein du 11/19. Le début d'une nouvelle aventure pour ce fils et petit-fils de mineur qui puise son inspiration dans ses origines et le quotidien. Travailler dans cette région économiquement sinistrée implique de s’interroger sur la forme, certes, mais aussi sur le rapport aux habitants, à leur mémoire. Tout en orientant le travail de la compagnie vers le cirque ou la danse, Alloucherie et sa compagnie investissent les quartiers au cours des Veillées : chacun y évoque son travail, sa vie, sa culture... Cette matière brute, souvent filmée, constitue la substantifique moelle de créations théâtrales et de quelques impromptus au détour d'un parking de supermarché, d'une rue… De l’âme de cette région blessée, le natif d'Auchel tire la topographie et l'esprit de ses spectacles. Dans Aimer si fort, pour mourir si seuls, dix hommes et deux femmes subliment, par leur gestuelle, l'amour, la souffrance ou la mort, au milieu d'éléments parfois hostiles comme le charbon ou la brique. Cette dernière, devenue symbole d'une région classée au patrimoine mondial de l'Humanité par l'Unesco, constitue le point de départ de La Brique, donc, conférence solitaire où Guy Alloucherie part de ce simple morceau de terre cuite pour évoquer son parcours d'artiste... patrimonial. Hugo Dewasmes Aimer si fort pour mourir si seuls - 06>08.11, Douai, L'Hippodrome, 20h, 8€, www.tandemarrasdouai.eu // La Brique - 28>30.11, Dunkerque, Bateau Feu, 28.11 19h, 29&30.11, 20h30, 12€, www.lebateaufeu.com // 06.12, Fresnicourt, Le Dolmen, dans le cadre du Téléthon


iTMOi, Akram Khan © Richard Haughton

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La porte à côté Next dévoile « les langages innovants dans le théâtre et la danse d‘aujourd’hui ». Comme les trois quarts des rencontres scéniques actuelles ? Presque. Ce festival, né de l’association de cinq structures entre France et Belgique, parie sur la rencontre des cultures et nationalités. Il paraît que l’union fait la force... La première performance suffit d’ailleurs à le prouver, puisque cette sixième édition s'ouvre avec le très en vue Thomas Ostermeier. L’Allemand déplace l’action de Mademoiselle Julie (originellement située dans la Suède de la fin du xixe siècle), dans la Russie de Poutine et livre une version tout aussi transgressive que le chefd’œuvre de Strindberg créé en 1888. De Jan Fabre, une nouvelle fois au rendezvous (voir p. 102), au chorégraphe britannique Akram Khan, on est tenté d’aligner les grands noms. Mais avec 59 représentations qui se répondent dans 12 villes de l’Eurométropole, Next festival a d’autres d’ambitions. Benoit Geers, coordinateur, le confirme : « Nous cherchons à sortir les publics de leur zone de confort, à les emmener à la découverte de l’autre ». Réunir artistes reconnus et émergents, c’est l’autre richesse du projet transfrontalier. Le label Next Generation accompagne six jeunes compagnies dans leur processus de création. Certains coups de cœur se transforment d'ailleurs en collaboration durable. Benoit Geers renouvelle ainsi sa confiance au collectif Berlin. Convoquant vidéos, théâtre et musique, les Belges signent un portait multiple de la ville de Jérusalem. Par delà les frontières techniques et spatio-temporelles, donc. Marine Durand Next Festival 2013 15.11>30.11, Lille, Villeneuve d’Ascq, Tournai, Courtrai, Valenciennes, Péruwelz, Mouscron, Armentières, Ypres, Waregem, Tielt, Comines-Warneton. 20>7€, réservation et programmation sur www.nextfestival.eu


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CEDRIC ORAIN Retient la nuit Propos recueillis par ¬ Elsa Fortant Photos ¬ Pierre Nouvel / Janos Nemeth

Le saviez-vous ? En Angleterre, prononcer Macbeth dans un théâtre porterait malheur. Pour parler de cette immense tragédie de Shakespeare, on la renomme alors The Scottish Play. Cédric Orain a retenu ce titre pour adapter cette histoire où le crime et le remords luttent à l'unisson pour la couronne. Fasciné par le caractère sombre de l'œuvre, il entend surtout vérifier avec nous la force des vieilles malédictions au théâtre. Lever de rideau sur une pièce qui prend plaisir à faire peur. Comment avez vous abordé ce grand classique ? J'ai écrit l'adaptation en deux fois, avec mes mots. La première ressemblait à une simplification de la pièce de Shakespeare vidée de sa force. J'ai donc attaqué la deuxième version de mémoire et lorsque j'avais des trous, j'inventais autre chose.

thèmes dont elle traite, la passion, le meurtre, l'épouvante, l'attirance pour la nuit… sont des préoccupations intemporelles. Maintenant, il est vrai que je suis dans une position délicate car d'une part il est toujours question de Macbeth, mêmes noms, même histoire et en même temps je m'en éloigne, tout en restant respectueux.

Pourquoi prendre autant de liberté avec l'œuvre originale ? Je ne veux pas rattacher cette pièce à une époque ou à un contexte car les

Craignez-vous les réactions des puristes ? Je ne trahis personne. à partir du moment où l'on monte Shakespeare en ▲


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« Je cherche à faire peur sans que ce soit pénible »


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français ça n'est plus du Shakespeare. Au contraire, j'essaye d'en conserver la cruauté, l'humour cinglant, les différents registres de langues, lyrique puis trivial. À ma façon, je tente d'écrire le point de rencontre entre Shakespeare et nous. C'est la raison pour laquelle j'ai tenu à changer le titre (The Scottish Play), il n'y a pas d’ambiguïté. Quels sont vos choix de mise en scène ? Je définis des espaces. Puisque le théâtre élisabéthain se faisait avec trois fois rien, quelques signes suffisent : une table pour la scène du banquet, une forêt avec des jeux de lumières. Ces éléments donnent un cadre de jeu aux acteurs. Le reste se passe dans la tête du spectateur, même la peur. La peur est politique. Comment cela ? On fait passer un message en attisant les peurs sociales, financières, idéologiques. Se servir alors d'un lieu comme le théâtre pour revendiquer que l'angoisse peut être plaisante et ludique est un ressort poétique très fort. Comment faites-vous peur au théâtre ? J'installe une ambiance. Elle n'est pas forcément perceptible mais amène une

inquiétude. Cela passe par des bruits d'animaux, comme la chouette, le rat ou le loup. J'utilise la voix des acteurs, des sons troublants, des chants ou des chansons de PJ Harvey retravaillées. On peut également faire sursauter le public avec un artifice, par l'évocation, par un jeu d'acteur. Un simple regard peut terroriser le spectateur alors qu'on est en pleine lumière. Avec The Scottish Play, je cherche à faire peur sans que ce soit pénible. Je m'interroge sur la puissance nocturne du plateau. Je m'intéresse particulièrement au crépuscule, quand on est entre chien et loup, le moment où on est aux aguets. Pourquoi ne pas utiliser le noir ? C'est aberrant mais le noir total est interdit car on estime que ça porte atteinte à la sécurité du public. Le noir au théâtre disparaît, seuls quelques metteurs en scène obtiennent des dérogations, comme Joël Pommerat, par exemple. Il faut que les artistes se mobilisent pour changer cette règle. The Scottish Play 13>15.11, Valenciennes, Le Phénix, 20h, 16/14/13/9€, www.lephenix.fr 22.11, Armentières, Le Vivat, 20h, 19/14/13/8/7€, www.levivat.net


© Wonge Bergmann

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Excès Homo Génie des arts contemporains pour les uns, provocateur nihiliste pour les autres – parfois les mêmes, d'ailleurs – Jan Fabre n'a jamais laissé personne indifférent. Sa dernière création, Tragedy Of A Friendship, est un vibrant hommage à Richard Wagner et l'évocation, en filigrane, de l'amitié et de la dispute entre le compositeur allemand et le philosophe Friedrich Nietzsche. En 2004, le metteur en scène et plasticien anversois adaptait le Tannhäuser, de Wagner. Cette fois-ci, il s'agit pour Fabre de rendre hommage au maître allemand à travers treize scènes, correspondant à treize opéras du compositeur. Pour ce faire, il s'est entouré, entre autres, du musicien Moritz Eggert, du poète Stefan Hertmans et de douze danseurs et danseuses. Musique classique et contemporaine, mariage de la danse et du théâtre, jeux de lumières pâles (blanches, bleues...), le spectacle est total. Et Nietzsche, dans tout ça ? Dès l'ouverture de la pièce, personne ne le reconnaît. Tous les regards sont tournés vers Wagner. En fait, le philosophe représente ici la raison, la pensée, voire le surmoi, en contraste avec Wagner, artiste en proie à ses démons, ses folies, ses instincts. Opposer l'un et l'autre serait stérile, et Fabre ne choisit pas – en fait, Wagner envie Nietzsche, et vice-versa. Quant à la barbarie (brûlure de bougies, scène de viol et tutti quanti), est-elle nécessaire ? Non, mais on vous laisse juger sur pièce. De toute façon, sans ce petit parfum de scandale, Jan Fabre serait-il Jan Fabre ? Thibaut Allemand Tragedy Of A Friendship 23>26.11, Lille, L'Opéra, 20h, 22/17/13/8/5€, www.opera-lille.fr 11.12, Bruges, Concertgebouw, 19h15, 30/25/20/15e, www.concertgebouw.be


Pierre richard iii Et de trois ! Après Détournement de mémoire et Franchise postale, c'est la troisième fois que Christophe Duthuron met en scène les souvenirs (vivaces) de l'éternel Grand Blond. Derrière la maladresse légendaire – et non feinte – du bientôt octogénaire (eh oui!), se dévoile une existence épique, celle d'un aristo

ayant rompu avec l'ennui du château familial pour se jeter dans la comédie. Seul en scène, parfois joliment interrompu d'extraits de films forcément classiques, l'éternel François Pignon se raconte, tour à tour drôle ou féroce, émouvant ou hilarant. Avec Pierre Richard, défile tout un pan du cinéma populaire français : Gérard Oury, Yves Robert, Francis Veber ou encore Jean Carmet sont évoqués avec humour, malice et tendresse. En attendant, on vous invite à (re)lire une interview-fleuve de ce génie incompris dans Schnock n°8, actuellement dans toutes les (bonnes) librairies... Thibaut Allemand

28 & 29.11, Woluwe Saint-Lambert, Wolubilis, 20h30, 40/35/28€, www.wolubilis.be 30.11, Huy, Centre Culturel, 20h30, 35/30€, www.acte2.be 29 & 30.03.14, Valenciennes, Le Phénix, 20h sf dim, 16h, 35/31/28/22€, www.lephenix.fr

© Alastair Philip

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Vortex temporum

Ferré – Ferrat - Farré Inoubliable pompiste dans L'An 01 (1972) de Jacques Doillon, Jean-Paul Farré est aussi et surtout un formidable comédien, capable de se battre avec des pianos (Les Douze Pianos D'Hercule, 2008). Ici, le fantaisiste se réinvente en candidat à la présidence de la chanson poélitique. Entouré de Florence Hennequin au violoncelle et Benoît Urbain au piano et à l'accordéon, Farré mêle son répertoire à ceux du communiste Ferrat et de l'anarchiste Ferré dans un spectacle vif, intelligent et drôle. Farré président !

À l'origine, une œuvre pour un piano et cinq instruments, composée entre 1994 et 1996 par Gérard Grisey, maître de la musique spectrale. Son Tourbillon du Temps traduit une obsession pour la spirale et sa métamorphose. On retrouve ce goût des architectures complexes et des turbulences dans l'œuvre d'Anne Teresa De Keersmaeker. Avec les danseurs de sa compagnie Rosas et les musiciens d’Ictus elle explore les variations du temps, sa dilatation et son fractionnement. Ou comment la danse s'empare de la théorie de la relativité. 06>09.11, Bruxelles, Th. de la Monnaie, 20h, sf dim, 15h, 35>15€ // 16.11, Bruges, Concertgebouw, 20h, 32>16€ // 27 & 28.11, LouvainLa-Neuve, STUK, 20h, 25>18€ // 05>07.12, Anvers, deSingel // 10>12.12, Lille, L'Opéra

15.11, Aulnoye-Aymeries, Théâtre Léo Ferré, 20h, 11/8€, http://aulnoye-aymeries.fr

© Francois Saint Rémy

Le Tigre bleu de l'Euphrate Alexandre Le Grand, le seul, l'unique à avoir établi un empire que personne ne reconstituera jamais plus. Signé Laurent Gaudé, mis en scène par Thierry Roisin et magistralement interprété par Frédéric Leidgens, ce monologue est prononcé par le chef de guerre, dans ses derniers instants. Alexandre conte ses voyages dans ces contrées inconnues, ses rêves et ses exploits. L'écriture de Gaudé transmet ce souffle épique émouvant, voire intimiste. 12>23.11, Béthune, La Comédie, 20h, relâche dim 17.11, 18/14/8/7€, www.comediedebethune.org

© Herman Sorgeloos

© Didier Pallagès

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Tout le monde ça n'existe pas © Laura Zuallaert

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Tout le monde ça n’existe pas

Les Yeux ouverts

Marie Limet / Laure Saupique Jusqu'au 16.11

Amédée et Albin sont deux ouvriers agricoles. Le premier est tombé amoureux d'Angèle. Mais la jeune fille, séduite par un autre homme, part à Marseille où son prince charmant se révèle exploiteur. Il s'agit alors pour nos deux compagnons de la retrouver, et de la libérer. À l'origine, une belle leçon de vie, d'amour et d'amitié signée Jean Giono (Un de Baumugnes, 1929) et porté à l'écran par Pagnol (Angèle, 1934). Agnès Sajaloli rend accessible aux enfants cette histoire âpre, sans rien lui ôter de sa force.

Non, ça n'existe pas, puisque chacun est unique. Ainsi de Marie Limet, comédienne née avec une main en moins. Handicapée ? Que nenni  ! Car elle danse, s'exprime, se meut – et nous émeut - dans un solo de danse mâtiné de théâtre et de clownerie. Accompagnée d'un porte-manteau, d'une radio ou d'une valise, la jeune femme interroge la normalité, et... valide les plus fols espoirs placés en elle. Bruxelles, Théâtre de Poche, 20h30, tlj sf 05 & 06.11, 16>1,25€, www.poche.be // 06.11, Tournai, Maison de la Culture, 20h, 14>7€, www.maisonculturetournai.com

Mariages et conséquences A. Ayckbourn/M. Willequet Jusqu'au 17.11

La londonienne Dany invite quelques amis pour consoler Clément, qui vient de se faire larguer. Mais celui-ci devient le catalyseur des haines rentrées, rancœurs tues et vérités inavouées qui soudent la petite bande... Douceamère, tendre et cruelle, cette pièce met souvent mal à l'aise. Le prix à payer pour l'hilarité ? On en redemande. Bruxelles, Théâtre des Galeries, mar>dim, 20h, sf sam et dim, 15h, 29>11€, www.trg.be

J. Giono/Agnès Sajaloli

05>16.11

Lille, le Grand Bleu, horaires divers, 13/11/10/9/6€, www.legrandbleu.com

Davaï Davaï Cie Zahrbat/B. Bouchelaghem

12.11

Les danseurs de la compagnie russe Top 9 rencontrent Brahim Bouchelagem, qu'on ne présente plus. Ensemble, les artistes exploitent les moindres recoins du hip-hop, côté scène (mouvements breakés, figures tourneboulantes) et côté coulisses la préparation d'un battle. Derrière ceci, se dessinent trois thèmes chers au chorégraphe roubaisien : le libre arbitre, la construction de l'individu et le rapport de ce dernier au groupe. Béthune, Théâtre, 20h30, 16/12/3€, www.theatre-bethune.fr // 22&23.11, BrayDunes, Salle Dany Boon, 20h30, 12/9/7€


Drafters © Stephane Tasse

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Drafters Pierre Bolo

Grand Répertoire 15.11

Véritable dictionnaire amoureux du hip-hop, Pierre Bolo réinterpréte plus de trente ans de danses urbaines : figures mythiques, gestes improbables, mouvements ébouriffants... Cette création pour six danseurs (au moins), coréalisée avec le CCN de Roubaix, est un nouveau pas vers la reconnaissance, par les arts contemporains, d'une discipline jadis underground et forcément insaisissable – un vrai courant d'air (drafter, en VO). Lille, maison Folie Wazemmes, 20h, 12/8/6€, www.mfwazemmes-lille.fr

Gaspard Proust tapine 16.11

Gaspard Proust, ou la seule bonne raison d'être collé devant Salut Les Terriens ! un samedi soir. Entre les questions faussement provoc' et les vannes rédigées du pré-retraité Ardisson, se pointe un loustic propre sur lui, aux faux-airs de gendre idéal. Gaspard Proust, c'est son nom, se livre à un exercice d'humour noir, glaçant et grinçant. Bien sûr, c'est de la télé, l'animal se tient bien. Autant dire que sur scène, c'est une autre paire de manches… Bruxelles, Théâtre St-Michel, 20h30, 37/32/27€, www.theatresaintmichel.be

Trisha Brown Dance Company

19.11

Depuis les années 1970, Trisha Brown déconstruit la chorégraphie. Collaboratrice de plasticiens et de musiciens (Robert Rauschenberg, Laurie Anderson...), la New-Yorkaise présente ici quatre courtes pièces : For M.G. : The Movie (1991) et Foray, Forêt (1990), issus du cycle Back to Zero. Mais également le rude Newark (1987) et le très improvisé Watermotor (1978). De quoi balayer quatre décennies de recherches. Charleroi, Palais des beaux-Arts, 20h, 28/19/15/14€, www.pba.be

La Pièce à deux personnages T. Williams/S. Siré

19>30.11

Deux comédiens frères et sœurs, Felice et Clare, sont abandonnés par leur équipe. Pourtant, ils maintiennent la représentation et y jouent, peu ou prou, leur propre rôle, cloîtrés dans la maison de leur enfance après la mort de leurs parents... Où s'arrête le théâtre ? Où commence la réalité ? Publiée en 1973, reprise en 1975, cette mise en abyme est l'une des dernières œuvres de Tennessee Williams. Elle n'avait encore jamais été traduite. Bruxelles, Th. Océan Nord, mar>sam, 20h30, sf mer, 19h30, et jeu 21.11, 13h30, 10/7,50/5€, www.oceannord.org


Discours à la Nation © Antonio Gomez Garcia

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&

danse

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agenda

Discours à la nation

Yo Gee Ti

A. Celestini/D. Murgia

M. Merzouki / Cie Käfig

26.11>14.12

On n'a pas découvert ce texte de Celestini, figure du théâtre-récit, en italien, mais cet humour noir supporte bigrement le passage au français, surtout lorsqu'il est manié par David Murgia. Ici, la lutte des classes vue du côté du manche : ou quand les puissants s'expriment, avec franchise, souvent, et cynisme, toujours. Bruxelles, Théâtre National, 20h30, sf mer, 19h30 et dim, 15h, 20/16/11€, www.theatrenational.be // 29 & 30.04, Mons, Le Manège

Calais, le Channel, 23.11, 19h30, 24.11, 17h, 6€, www.lechannel.fr

The Pyre D.Cooper/G. Vienne

23 & 24.11

Imaginez des danseurs transformés en aiguilles tricotants des fils invisibles... Pour ce faire, Mourad Merzouki a collaboré avec le styliste taïwanais Johan Ku. Le chorégraphe imagine des danses incongrues, qui révèlent toute leur beauté dans le mouvement d'ensemble. Rideaux de fils pour derviches tourneurs, lumières projetées sur des corps ondulants, Yo Gee Ti joue avec l'illusion d'optique, créant un formidable objet organique (Yo Gee Ti, en chinois).

20 & 21.11

On se souvient encore, frissonnant, de Jerk. Gisèle Vienne, soutenue par le drone doom de KTL (alias Peter Rehberg et Stephen O'Malley) adaptait une nouvelle de Dennis Cooper dans un solo marionnettique mêlant sexualité et violence. Or, The Pyre a été écrit par Cooper pour Vienne elle-même. KTL et des musiciens de l'IRCAM perturbent les mouvements d'Anja Röttgerkamp. Tout en tension, fragilité et onirisime noir, ce bûcher joue avec les fantômes, l'érotisme et la pulsion de mort. V. d'Ascq, La Rose des Vents, 20h, Complet !, www.larose.fr //13&14.12, Bruxelles, Kaaitheater, 20h30,16/12/8€, www.kaaitheater.be

Soirée Cabaret « le Boeuf sur le toit » J. Wiener / D. Milhaud / F. Poulenc Le Roi David Arthur Honegger 29.11 & 01.12

Le Bœuf sur le toit, c'était le nom de ce cabaret montmartrois où Cocteau avait ses habitudes. Hommage est rendu au lieu en musique, J-C Malgoire ponctuant d’anecdotes les extraits choisis pour illustrer ces années folles. Ensuite, Daniel Mesguich conte l’épopée du Roi David sur la musique d’Honegger. Un vent de jeunesse et une joie de vivre qui chassent la grisaille ! Tourcoing, Th. R. Devos, 29.11, 20h, 01.12, 15h30, 25>10€, www.atelierlyriquedetourcoing.fr


littĂŠrature

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littérature

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interview

eric hazan Esprit de révolte Propos recueillis par ¬ Sylvain Coatleven Photos ¬ © H. Assouline - La Fabrique

Eric Hazan semble avoir eu plusieurs vies : longtemps chirurgien, il devient éditeur et lance en 1998 les éditions de La Fabrique. Or, derrière l’apparent changement de trajectoire, se dessine une constante : la passion de la politique. Présente ou passée, historique et contemporaine, celle-ci innerve l’ensemble de sa vie, dans son travail comme dans ses travaux. Aujourd’hui, c’est également au futur que se conjugue cette réflexion avec Premières mesures révolutionnaires. L’occasion d’envisager les perspectives d’une vieille idée : la révolution. Pourquoi écrire ce livre aujourd'hui ? Car l’ordre existant craque de toutes parts. Il n’y a plus aucune logique et plus personne n’y croit. Ce livre est destiné à tous ceux qui sont dans la colère rentrée, pour qu’ils se rencontrent, se parlent et fassent avancer les choses.

Comment définiriez-vous cet ouvrage ? Ce sont des pistes tracées dans un territoire pratiquement inexploré, celui de l’après-révolution victorieuse. On n'évoque jamais ce qu’il se passerait après une insurrection victorieuse. L'absence de réflexion sur cet après est ▲


littérature

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Les partis

d'extreme- gauche reposent x systemes

sur de vieu

une des raisons du pessimisme. Donc ce n’est pas de la politique-fiction, ni de l’utopie : c'est simplement de la politique. N'y a-t-il eu que des échecs pour l'instant ? Oui. Et certaines révolutions, comme la révolution chinoise, en 1949, le parti communiste chinois prend le pouvoir et voilà où en est : les grattes-ciels de Shangaï et les héritiers qui roulent en Ferrari rouge. L'idée de révolution déborde désormais les chapelles de l'extrême-gauche... Oui, tout à fait, il y a une nouveauté, en termes de langage et de stratégie. J’ai des amis dans des organisations de gauche ou d’extrême-gauche, comme le NPA (ancienne LCR, ndlr), le Front de Gauche ou l'Alternative Libertaire, mais

ces partis sont devenus inaudibles car ce sont des vieux systèmes. Bien sûr, leurs militants sont souvent très intéressants et déterminés. Mais ce n’est pas comme ça que ça va marcher. Il faut se débarrasser des schémas passés, de la confrontation face aux forces de l’ordre. Ça n’aura jamais lieu. Cette idée de révolution implique-t-elle forcément un affrontement ? Non. Et heureusement. On se ferait ratatiner, vu l’arsenal accumulé… On ne ferait pas le poids. Le système va s’engluer, il va s’évaporer. Il ne sera pas renversé, mais déposé. Vous dites que le pouvoir va s'évaporer. Celui-ci aurait donc une nature gazeuse ? Oui, c’est ça. Si on avait dit à un sujet de Louis XVI que le pouvoir, le trône ancestral, allait vaciller et s’évaporer au premier choc, il ne l’aurait pas crû. C’est un peu le même phénomène lors des révolutions arabes  : ces pouvoirs, s’appuyant pourtant sur une police féroce et que l’on disait invincibles, se sont très rapidement volatilisés. Et cette « colère rentrée » ne risque-telle pas de se traduire par un vote à l’extrême-droite ? Oui, bien sûr. Ce dont je parle, ce n’est pas gagné d’avance, il y a presque une forme de course de vitesse. Le système se décompose et il peut en sortir du bien, et du mal. Il y a des antécédents, comme l'Allemagne de Weimar dans les années 1920, par exemple.


La mémoire est toujours un enjeu politique, comme celle de 1789 par exemple. Comment faire pour que cette mémoire nous pousse à aller de l’avant ? Il faut une réflexion sur les échecs. Par exemple, au cours de l’hiver 1793-94, pourquoi le Comité de Salut Public a-t-il étouffé le mouvement populaire ? Il y a toujours une confrontation entre ceux qui veulent approfondir la Révolution, avec ce que cela suppose de désordre, et ceux qui veulent l’organiser. C’est l’un des grands problèmes auquel il faut penser à l’avance. Comment faire pour que cette confrontation ne se transforme pas en vertige délétère ? D’où pourrait partir cette révolution ? La révolution est un événement. Par définition, on ne peut prévoir ni quand, ni où. Par exemple, ici et maintenant, je ne vois pas la révolution se déclencher à Paris intra-muros, au vu de sa population. En revanche, les choses peuvent partir de Rouen, de Vaulx-en-Velin ou de Clichy-sous-bois. Les villes sont l'une des questions importantes soulevées dans votre livre. Pourquoi les gens quittent les villages, la campagne pour vivre en ville  ? Par obligation : l’agriculture classique a été remplacée par une agriculture industrielle. Ça n'amuse personne d’habiter des espaces péri-urbains et de faire quatre heures de transport par jour pour faire caissière chez Carrefour. Le jour où le travail et la possibilité de vivre

convenablement seront dissociés l’un de l’autre, les villes se dépeupleront. La disjonction entre travail et moyens de vivre est la clé de la reconstruction générale d’une existence qui vaut la peine d’être vécue.

La con f rontation

ne doit

pas

se transformer en

t

ver ige deletere Retrouvez l'intégralité de l'interview sur www.lm-magazine.com

À lire / Premières mesures révolutionnaires (Éd. La Fabrique, 80p., 8€) À visiter / www.lafabrique.fr


chroniques

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ANILDA IBRAHIMI La Mariée Était En Rouge (Books Editions) Saba, 15 ans, pleure sous son voile rouge. C’est jour de noces à Kaltra, village albanais perdu dans les montagnes. Mariée de force pour solder une dette de sang, la jeune fille attendra toute la nuit debout dans la chambre conjugale que son mari lui retire ce voile. Ce n’est qu’au matin, l’esprit embrumé de l’ivresse de la veille, qu’Omer la remarque. Il la gifle, la viole ; le village attend de voir le drap tâché de sang. Peu à peu, Saba trouvera sa place dans le cercle familial jusqu’à en devenir la matriarche, dont les lamentations funèbres relie le monde des vivants à celui des morts. Dans cette première partie, l’Albanie rurale, aux parfums de raki et de café turc, nous est contée à travers la vie de femmes aux destins tourmentés par le poids des traditions et des lois claniques. Dans la seconde, Dora, la petite-fille de Saba, poursuit la narration. Nouveau décor – la ville de Valona, et nouvelle période – le stalinisme version Enver Hoxha. Primé à plusieurs reprises en Italie, ce premier roman relate avec dynamisme cette saga familiale où les femmes en quête d’émancipation ont la part belle, avec en toile de fond l’histoire du xxe siècle, de la Seconde Guerre Mondiale à la chute du Mur. 358p., 20€. Sandrine Allanic

ELEANOR HENDERSON Alphabet City (Éd. Sonatine) Lintonburg, Vermont. Teddy et Jude, bientôt 16 ans, passent leurs journées à fumer de l’herbe sur fond de Metallica, attendant que la vraie vie commence. Concentrées sur la seule nuit du réveillon 1988, les cinquante pages qui ouvrent Alphabet City affirment la nature de ce récit : effréné et sublime. Après l’épilogue tragique de la première partie, Eleanor Henderson bifurque et embarque personnages et lecteurs dans un New York désenchanté, au cœur de la scène straight edge. Embrassant sans retenue les idéaux de ce mouvement punk hardcore (ni alcool, ni drogue, ni sexe sans sentiment), ces ados vont faire l’expérience d’une vie semi-monacale. Le portrait scotchant de jeunes qui se cherchent, en réaction aux modes de vie de leurs parents. 500p., 21€. Marine Durand


livres JAMES VANCE & DANS BURR

JÉRÔME LEROY Le Bloc (Éd. Folio Policier) France, années 2010. Le gouvernement appelle le Bloc Patriotique, d'extrême-droite, pour un gouvernement d'union face à des émeutes meurtrières en banlieue. Le roman se déroule le temps d'une nuit. Dans un hôtel particulier, Antoine Maynard, figure du Bloc et amant de sa présidente, attend le retour de celleci. Dans un hôtel miteux, Stanko, gros bras du parti, se planque. Autrefois chargé des basses-œuvres, il doit être éliminé... Mêlant néo-polar et politiquefiction, J. Leroy crée une réelle empathie envers ces deux salauds et conte, à mots couverts et noms changés, 40 ans de Front National. Le pendant parfait à la biographie de François Duprat signée Lebourg et Beauregard, parue l'an passé. 336p., 7,20€. Thibaut Allemand

Les Rois Vagabonds (Éd. Vertige Graphic) Quel était réellement le quotidien des Américains durant la Grande Dépression ? On se souvient des Raisins De La Colère (1939), de J. Steinbeck. Les Rois Vagabonds s'inscrit dans cette lignée. En 1932, Fred, un adolescent, part sur les routes à la recherche de son père et rencontre Sammy, dit le « Roi d'Espagne ». C'est le début d'une quête sans fin, d'un voyage à travers cette autre Amérique, où la solidarité (fantasmée) fait souvent place à la cupidité et aux bassesses – question de survie. Sans jamais esthétiser la misère, donc, Vance et Burr peignent des portraits d'hommes pour dépeindre le grand paysage américain. 207p., 17,30€. Thibaut Allemand

ANDRÉS CAICEDO Traversé Par La Rage (Éd. Belfond) En Amérique du Sud, Andrés Caicedo est une icône. Celle de la jeunesse. Dont il dépeint l'impuissance face à une dure réalité faite de misère, de violences et d'injustices, dans le Cali (Colombie) des années 1970. On suit l'épopée urbaine d'une petite frappe fan de James Dean qui, à force de bagarres, acquiert le respect du gang de la Tropa Brava... mais la police n'est jamais loin. Ni militant ni engagé, Traversé par la rage n'en reste pas moins une fulgurance, un roman d'apprentissage révolté. Le point de rencontre entre désir de liberté, rébellion et lucidité désespérée. À tel point qu'à 25 ans le jeune écrivain se donna la mort, quelques semaines après la parution de son second ouvrage, aujourd'hui devenu un best-seller, Que Viva La Musica (1977). 120p., 15€. Elsa Fortant


chroniques

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TIM PARIS Dancers (My Favorite Robot)

Des envolées bancales d’It’s A Fine Line (son duo avec Ivan Smagghe) à la disco mutante de Challenge (avec Pete Herbert), de son label Marketing à ses habits de remixeur prisé (The XX, Tiga, Silicone Soul...), il n’y a rien à jeter dans le parcours mené depuis une décennie par Tim Paris jusqu’à ce premier album. Plutôt qu'enchaîner les machines à danser qu’il manie si bien, le producteur français dévoile sur Dancers un véritable travail d’écriture, renforcé par de solides collaborations (Sex Judas, Ben Shemie, Forrest…). Passé Golden Ratio, ouverture électrique où s'invite Georg Levin, Tim Paris construit des ponts entre indie rock teinté de new wave et techno puissante mais subtile. Cet équilibre savant entre organique et analogique constitue le fil rouge de ce récit en onze chapitres. Au sein de cette luxuriance, le DJ producteur ménage des respirations, brisant le rythme (les downtempo Unsung Deaf Hero et Outback, Stones & Vinyl), maintenant la tension (Disco Ellipse) pour mieux la relâcher (Extreme Nails). Armé d’une impressionnante maîtrise technique et d’un éventail de styles, Tim Paris se pose en figure majeure, mais discrète, de la techno française. Clément Perrin

VINCENT DELERM Les Amants Parallèles (Tôt Ou Tard) François Truffaut pour sujet de maîtrise, Fanny Ardant comme premier tube, la voix de Woody Allen pour Memory (2011) : Delerm cultive son amour du cinéma. Ici, à travers la bande originale d'une histoire d'amour, incarnée par Rosemary Standley (le duo Robes). L'album concept s'ouvre sur L'Avion, sorte de générique parlé. Les textes évocateurs mais subtils narrent l'évolution d'un couple d'Amants Parallèles. Aidé par Maxime Le Guil et Clément Ducol (Camille), le trentenaire allie technicité (batterie, basse et percus sont créées à partir d'un piano) et charme de l'imperfection (les bruits de pédales et autres craquements). La bobine file, trop vite. Et s'achève sur Le Film II, un instrumental aussi joueur que mélancolique. Elsa Fortant


disques JANELLE MONÁE

DE LA JOLIE MUSIQUE

The Electric Lady (Bad Boy Atlantic Records) Aujourd'hui, point de futur dans la dance music ? La soul, une langue morte depuis la muséification de Stax et de la Motown ? Que nenni  ! La preuve  ? Janelle Monáe a réponse à tout. Propulsée au devant d'une scène pop lorgnant vers le R'n'B, la native de Kansas City développe une soul matricielle (Q.U.E.E.N.), percutante et ludique (Dance Apocalyptic). Constitué du même métal que ArchAndroid, The Electric Lady narre les nouvelles aventures de son avatar, l'androïde Cindi Mayweather, personnage inspiré d'une culture SF abondante (Metropolis, La Quatrième Dimension). De la vindicte des Black Panthers à l'influence esthétique de Michael Jackson, Janelle s'impose en témoin de la musique noire du siècle dernier. Et lui offre un bel avenir. Florian Koldyka

Mémoire Tropicale (Sauvage Records) Depuis des années, Erwann Corré composait dans l'ombre. Réunissant une foule d'amis talentueux, le Parisien caressait l'idée de créer une chorale pop francophone, sur le modèle d'I'm From Barcelona ou Architecture In Helsinki. Aujourd'hui, De la Jolie Musique ne compte que six membres, mais quinze musiciens se sont relayés pour donner vie à cette Mémoire Tropicale. Une rêverie douce et luxuriante évoquant Histoire De Melody Nelson (1971), mais pas seulement. Outre Jean-Claude Vannier, on pense à Biolay et au tropicalisme, à Elli & Jacno, à François de Roubaix et Cake. Cette avalanche de noms sème quelques indices, mais ne suffit pas à contenir tout le génie de cette œuvre, l'une des plus singulière de l'an 2013. Thibaut Allemand

DISCODEINE Swimmer (Dirty/Pschent) En 2011, le premier LP de Discodeine, potion hédoniste de discohouse et d’electro-pop, nous mettait une claque mémorable. Ce deuxième essai s'inscrit dans la même lignée. On reconnaît dès Seabox la patte de Pentile et Pilooski. Tous ces détails qui s’entremêlent au service d’un groove limpide, les textures léchées synthétisant un nombre toujours plus grand d’influences (la musique orientale sur Aydin). Sans offrir de successeur au tube Synchronize, Swimmer dévoile après plusieurs écoutes des moments de justesse époustouflants, bien que trop courts (Hydraa, Plum Blossom). Si l’effet de surprise a disparu, Discodeine séduit toujours autant et se place encore loin, et au-dessus, des habituelles chapelles de la sphère techno. Clément Perrin


agenda

122

concerts Ven 01.11

Sam 02.11

Crystal fighters Gand, Vooruit, 20, Complet !

Flying Horseman Anvers, Trix, 19h30, 14/11e

gang clouds + la californie Sains-En-Gohelle, La Cave À Zik, 19h, prix libre

METZ + Cheatahs Bruxelles, Botanique, 19h30, 16/13/10e

MS MR + Outfit Bruxelles, Botanique, 19h30, 18/15/12e The Antler King Gand, Vooruit, 19h30, 11,75e Agnès Obel Bruxelles, Cirque Royal, 20h, 30/27e Hanni El Khatib Lille, Le Splendid, 20h, 18/14e Jean-Louis Murat + Li-Lo* Charleroi, Le Coliseum, 20h, 25/20e Tim Paris + DC Salas... Bruxelles, Mr Wong, 20h, 10/5e Sleaford Mods + Excuseexcuse Bruxelles, Madame Moustache, 20h, 5e Spiritual Beggars Lille, Le Splendid, 20h, 18/14e Suede Bruxelles, Ancienne Belgique, 20h, Complet ! Wolves et Moons + Erevan Tusk... Amiens, La Lune des Pirates, 20h30, 10/7e Gentleman + Weeding Dub Oignies, Le Métaphone, 20h30, 15/12e The Troublemakers + Natural Child... Dixmude, 4AD, 20h30, 10/8/6e Laurent Davidsson + Neon Gand, Culture Club, 23h, 10/5e Nightmares On Wax + Dj Food Gand, Vooruit, 23h, 13,75e

'T Hof Van Commerce Bruges, Cactus Muziekcentrum, 20h, 18/15/13/10/5e Public Service Broadcasting Gand, Charlatan, 20h, 13/10e Enablers + Poil + Live Footage + Joy as a Toy Bruxelles, Magasin 4, 20h, 10e Jackson Scott + Wampire Lille, La Péniche, 20h, 12/11/10e Joyce Jonathan + June Bug & The Storytellers Lille, L'Aéronef, 20h, 19/14/10e Lust For Youth Bruxelles, Madame Moustache, 20h, 8e Warpaint Bruxelles, Ancienne Belgique, 20h, 24e Richard Galliano Bruxelles, Flagey, 20h15, 37>21,6e Carte blanche à Unno + Pomrad (aftershow) Dunkerque, Les 4 Ecluses, 20h30, 5e/gratuit abonnés Get In The Groove dance Party : DJ Healer Selecta + DJ Joe Tex et Brother Jam Lille, L'Aéronef, 23h59, Gratuit

Dim 03.11 Baths Lille, La Péniche, 18h, 12/11/10e

Palma Violets... Bruxelles, Ancienne Belgique, 20h, 24e Salvatore Adamo Anvers, Lotto Arena, 20h, 72/62/52/42e Vanessa Paradis Bruxelles, Cirque Royal, 20h, 53/48/41e

Lun 04.11 Temples Bruxelles, Botanique, 19h30, 16/13/10e !!! + The Herfsts Louvain, Het Depot, 20h, 19/16e Billy Bragg + Kim Churchill Bruxelles, Ancienne Belgique, 20h, 25e Dr Feelgood Verviers, Spirit Of 66, 20h, 20e Shannon Wright Lille, La Péniche, 20h, 16/15/14e

Mar 05.11 Limp Bizkit Anvers, Trix, 19h30, 36/34e Shannon Wright... Bruxelles, Botanique, 19h30, 17/14/11e Morcheeba Louvain, Het Depot, 20h, 27/24/22e Outfit + Tresors Lille, L'Aéronef, 20h, 11e/ gratuit abonnés !

Mer 06.11 Illuminations Lille, Opéra, 18h, 9/5e

The Dodos Bruxelles, Botanique, 19h30, 17/14/11e

Austra Bruxelles, Botanique, 19h30, 17/14/11e

Jean-Louis Murat + Li-Lo Arlon, L'entrepôt, 20h, 28/25e

Watsky + Wax Anvers, Trix, 19h30, 21/18e


Andre Williams and the Goldstars + Boogie Beasts Gand, Charlatan, 20h, 16/13e

Deafheaven + Weekend Courtrai, De Kreun, 20h, 13/10/7e

Paul Grundy + Roken Is Dodelijk + Ez3Kiel DJ Set... Lille, L'Aéronef, 19h, Gratuit !

BelleS SortieS : Zenzile + El Manos Anstaing, Salle Polyvalente, 20h, Gratuit !

Fabrice Alleman La Louvière, CCRC, 20h, 15/13e

Fredy Massamba Bruxelles, Botanique, 19h30, 17/14/13e

Festival Les Inrocks : These New Puritans + Young Fathers + PAPA Tourcoing, Le Grand Mix, 20h, 15/18e / Pass 2 j.  : 31/25e

Laura Veirs + Led To Sea Bruxelles, Botanique, 19h30, 16/13/10e

Bettens + A Fragile Tomorrow Bruxelles, Ancienne Belgique, 20h, 33e Giant Giant Sand Hasselt, Cultuurcentrum, 20h, 18/16,5e Partov Stelar Band Bruxelles, Cirque Royal, 20h, 29e Protoje and The Indiggnation Bruxelles, VK*, 20h, 20/17e Roméo et Juliette Lille, Zénith, 20h, 62>39e Scala Mons, Le Manège, 20h, 20/15e Shannon Wright... Arlon, L'entrepôt, 20h, 12/10e Hadouk Quartet Tourcoing, maison Folie Hospice d'Havré, 20h30, 15/10e

Le Père Noël est-il un rocker ? : Broussai + The Skints + Wedding Dub Lille, L'Aéronef, 20h, 1 place de concert = 1 jouet Loïc Lantoine Lille, Le Splendid, 20h, 19,8e Mathieu Boogaerts... Bruxelles, Madame Moustache, 20h, 12e Natalie Dessay + Michel Legrand Lille, Théâtre Sébastopol, 20h, 95/80/65e Volbeat Bruxelles, Forest National, 20h, 39e Winston McAnuff et Fixi Arras, Théâtre, 20h, 8e

Jeu 07.11

Flying Horseman Gand, Handelsbeurs, 20h15, 18/15e

Jucifer + Missiles of October + von Stroheim Bruxelles, Magasin 4, 19h, 8e

The Excitements... Amiens, La Lune des Pirates, 20h30, 11/8e

Gaëtan Roussel... Bruxelles, Botanique, 19h30, 29/26/23e

Jam Session #7 Tourcoing, m. Folie Hospice d'Havré, 20h30, Gratuit !

Gold Panda Bruxelles, Botanique, Complet !

Soldout Louvain, Ferme du Biéreau, 20h30, 12/8e

Seasick Steve + Gemma Ray Anvers, Trix, 19h30, 26/23e Axelle Red Liège, Caserne Fonck, 20h, 35/30e Babylon Circus Bruxelles, Ancienne Belgique, 20h, 24e

Stephan Eicher Amiens, Maison de la Culture, 20h30, 36/24/15e

Ven 08.11 Aéro(point)bar : “R3myBoy pend sa crémaillère" +

Spain Anvers, Trix, 19h30, 22/19e - MØ - Bruxelles, Ancienne Belgique, 20h, 15/12e Bach Florilège (dirigé par J-C Malgoire) Tourcoing, Théâtre Municipal R. Devos, 20h, 25/23/10e Dominique A Charleroi, Eden, 20h, 25/23/21e Festival Les Inrocks : Valérie June + Jacco Gardner + Lucius Tourcoing, Le Grand Mix, 20h, 18/15e, Pass  : 35/25e Gaetan Roussel Liège, Caserne Fonck, 20h, 30/25e Giant Giant Sand Louvain, 30 CC, 20h, 21/20/18/16/14/12e M Lille, Zénith, 20h, 59>32e Mintzkov + Stadt Courtrai, De Kreun, 20h, 16/13/10e ONL : Beethoven, Schumann, R. Strauss Armentières, Le Vivat, 20h, 26/21/12€ The Excitements Louvain, Het Depot, 20h, 10/8e Trentemøller Bruxelles, Ancienne Belgique, 20h, 27e Gabriel Rios Anvers, Arenbergschouwburg, 20h15, 22/19e


agenda

124

concerts Birden + Thysemf Arlon, L'entrepôt, 20h30, 12/10e

Jamie Cullum Bruxelles, Cirque Royal, 20h, 43/38e

David Lemaitre... Namur, Belvédère, 20h30, 11e

Jessica 93 + Bal Ah Bon? Lille, La Péniche, 20h, 9/8/6e

Hip-Hop Dayz #13 : Asocial Club + 5126 Nuul + Kukk feat Rwan et Zindoun + MC Metis Arras, Le Pharos, 20h30, 5/3e

Les Sales Majestés Lille, maison Folie Wazemmes, 20h, 10e

Louis Ville + François Lucas Calais, Centre Culturel Gérard Philipe, 20h30, 5e Mathieu Boogaerts Lens, Le Colisée, 20h30, 16,80/13,10e Michael Nyman Anvers, De Roma, 20h30, 32/30e Peter Bultink Faches Thumesnil, Les Arcades, 20h30, 5e John Talabot + Adana Twins+ Optimo Mickey + Rick Shiver + Sheridan Bruxelles, Libertine Supersport, 22h, 15/10e

Mathieu Boogaerts + Lutucru Comines, Le Nautilys, 20h, 5e

Dominique A lecture musicale - Y Revenir... Bruxelles, Botanique, 19h30, 29/26/23e Mintzkov + Faces On TV Anvers, Trix, 19h30, 18/15e Wampire + Fastlane Candies Bruxelles, Botanique, 19h30, 14/11/8e

Mombu + Dead Neanderthals + Mc Broko + Akhal teke Bruxelles, Magasin 4, 20h, 8€

Amon Amarth + Carcass + Hell Bruxelles, Ancienne Belgique, 20h, 30e

Saule + Noa Moon Bruxelles, Ancienne Belgique, 20h, 21e

Belphégor Lille, maison Folie Wazemmes, 20h, 15e

The Excitements Bruges, Cactus Muziekcentrum, 20h, 11/8/6/5e

Bob Dylan Bruxelles, Forest National, 20h, 74/64e

Uli Jon Roth Lille, Le Splendid, 20h, 30/26e

Daran Béthune, Le Poche, 20h, 10/8/4/3e

The Antler King + And They Spoke in Anthems Courtrai, Schouwburg Kortrijk, 20h15, 11/7e

Paradise + Reboot + PierrE Anvers, Café d'Anvers, 22h, 18/15e

Dope D.O.D. + Fresku... Anvers, Petrol Club, 22h30, 15/10e

Anorak + Infected Society Amiens, La Lune des Pirates, 20h30, Gratuit !

D'JULZ + Fred Hush... Courtrai, De Kreun, 23h, 13/10e

FESTIVAL HIP HOP DAYZ : SAM TIBA + ARTHUR KING+ SOUFIEN3000 + AKEDA Roubaix, La Cave aux Poètes, 23h, 12/10/8e

Axel Bauer Namur, Maison de la Culture, 20h30, 20/18e

Lun 11.11

Sam 09.11

Di Anno (Ex Iron Maiden) + Moonchild Charleroi, Le Coliseum, 20h30, 22/15e

ONL : Beethoven + Schumann + R. Strauss Lille, Nouveau Siècle, 18h30, 45>7e

Hip-Hop Days #13 : Seth Gueko Dunkerque, Les 4 Ecluses, 20h30, 12/9e

David Lemaitre Bruxelles, Botanique, 19h30, 14/11/8e

Dim 10.11

Quadron Bruxelles, Botanique, 19h30, 16/13/11e

Bach Florilège (dirigé par J-C Malgoire) Tourcoing, Théâtre Municipal R. Devos, 15h30, 25/23/10e

Arctic Monkeys Bruxelles, Forest Nat, Complet !

Zombie Rockerz Party Lille, Le Splendid, 19h, 23e

Hanni El Khatib Bruxelles, Botanique, 19h30, 19/16/13e AlunaGeorge Bruxelles, Ancienne Belgique, 20h, 21e Foals Bruxelles, Cirque Royal, 20h, 29e Major Lazer Lille, Zénith, 20h, 30,8e STRFKR Lille, La Péniche, 20h, 12/11/10e Lisa Stansfield Anvers, Arenbergschouwburg, 20h15, 30e


Mar 12.11 The 1975 Bruxelles, Botanique, 19h30, 17/14/11e Actéon Marc-Antoine Charpentier et Le Concert d'Astrée Arras, Théâtre, 20h, 20/16/12/10/9e Billy Talent Lille, Le Splendid, 20h, 24,20e Death In June Bruxelles, Magasin 4, 20h, 25/20e

Quartett Lille, Opéra, 20h, 33/24/17/9/5e Unknown Mortal Orchestra... Bruxelles, Ancienne Belgique, 20h, 15/12e Volcano Choir Bruxelles, Cirque Royal, 20h, 24/21e Flip Kowlier... Dixmude, 4AD, 20h30, 12/10/8e

Zaz Maubeuge, La Luna, 20h, 20/15e

Ven 15.11 Sinjin Hawke + DJ Slow + Wesh! Sound System Roubaix, La Cave aux Poètes, 19h, 12/10/8e Banane Metalik... Bruxelles, Magasin 4, 19h30, 13/10e

Jeu 14.11

Congo Natty + Ragga Twins Bruxelles, VK*, 19h30, 15/12e

Clarundo Mons, Le Manège, 12h10, 4/3e

Oddisee Anvers, Trix, 19h30, 19/16e

Slow Magic + Vuurwerk Courtrai, De Kreun, 20h, 13/10/7e

Little Green Cars Bruxelles, Botanique, 19h30, 14/11/8e

The Naked And Famous Bruxelles, Ancienne Belgique, 20h, 19e

Matt Elliott Band + Castus Bruxelles, Botanique, 19h30, 16/13/10e

Pendentif Lille, Le Splendid, 20h, 15/12e

Mer 13.11

Oddisee Bruxelles, Botanique, 19h30, 18/15/12e

No Joy + Brazos Lille, La Péniche, 20h, 12/11/10e

Amour et Beauté Lille, Opéra, 18h, 9/5e Emiliana Torrini Bruxelles, Botanique, 19h30, 26/23/20e Hippocampe Fou + Exodarap Bruxelles, Botanique, 19h30, 14/11/8e Kadavar + Year Of The Goat Anvers, Trix, 19h30, 14/11e Actéon Marc-Antoine Charpentier et Le Concert d'Astrée Arras, Théâtre d'Arras, 20h, 20/16/12/10/9e London Grammar Lille, L'Aéronef, 20h, Complet ! Low Louvain, Het Depot, 20h, 20/17e Natasha St Pier Mouscron, Centre Culturel Marius Staquet, 20h, 35e

Panda Dub + Mahon + Reservoir Dub Bruxelles, VK*, 19h30, 12/9e Samsara Blues Experiment Bruxelles, Magasin 4, 19h30, 13/10e Tour de Chauffe : La Gale + Eliogabal + Mouche Roubaix, La Condition Publique, 19h30, 5e Ayo Douai, L'Hippodrome, 20h, 25/20/15e Marvin Lille, La Péniche, 20h, 12/11/10e Pokey LaFarge Bruxelles, Ancienne Belgique, 20h, 19e Si ça vous chante  : Bertrand Belin La Louvière, CCRC, 20h, 18/15e

Quartett Lille, Opéra, 20h, 33/24/17/9/5e Si ça vous chante : Dez Mona La Louvière, CCRC, 20h, 15/13e The Van Jets Courtrai, De Kreun, 20h, 21/18/15e Tour de Chauffe  : Hello Bye Bye + Druzhnik Lille, maison Folie Moulins, 20h, 5e Valérie June... Ostende, CC De Grote Post, 20h, 16/14e Vieux Farka Touré Anvers, De Roma, 20h30, 20/18e Elisa Jo + Gérard Furlan Béthune, Le Poche, 20h45, 5e Roots Workers + Adiba Sound + 4Unight Dunkerque, L'Entrepôt, 22h, 5e Skank Lab #1 : Panda Dub meets Mahom... Lille, L'Aéronef, 22h, 8/4/3e


agenda

126

concerts Sam 16.11 Scylla + Veence Hanao Charleroi, Eden, 17h, Gratuit The Heavy + The Computers Bruxelles, VK*, 19h30, 15/12e

Banane Metalik + The Lucky Devils Dunkerque, Les 4 Ecluses, 20h30, 12/9e

Mar 19.11

Fai Baba... Dixmude, 4AD, 20h30, 9/7/grat

Rose Bruxelles, Botanique, 19h30, 29/26/23e

The Sounds Anvers, Trix, 19h30, 19/16e

Idir Oignies, Le Métaphone, 20h30, 13/10e

Valerie June... Bruxelles, Botanique, 19h30, 20/17/14e

Lou Doillon Lille, Théâtre du Casino Barrière, 20h30, 39/36/33/27e

Za! Bruxelles, Botanique, 19h30, 14/11/8e

Some Better Days Béthune, Le Poche, 20h30, 5e

Enter Shikari + Hacktivist Tourcoing, Le Grand Mix, 20h, 16/13/5e

Dim 17.11

Hip-Hop Dayz #13 : Black Milk + Medine + Nemir Lille, L'Aéronef, 20h, 19/14/10e

Kickback + Length Of Time Bruxelles, Magasin 4, 16h, 15/12e Quartett Lille, Opéra, 16h, 33>5e

Lefto Presents : Hiatus Kaiyote Gand, Charlatan, 20h

Ten Worlds Villeneuve d'Ascq, La Ferme d'en Haut, 17h, 7/4e

Pascale Delagnes La Louvière, CCRC, 20h, 13/11e

Austra + Diana + Hunter As A Horse Tourcoing, Le Grand Mix, 19h, 16/13e

Patrice Bruxelles, Ancienne Belgique, 20h, 28e The Dodos Lille, La Péniche, 20h, 12/11/10e

Ghostpoet + Hiatus Kaiyote Bruxelles, VK*, 19h30, 19/16e Mount Kimbie Bruxelles, Botanique, Complet !

The National Bruxelles, Forest National, 20h, 36e

Shovels and Rope Bruxelles, Botanique, 19h30, 17/14/11e

The Villagers Louvain, Het Depot, 20h, 19/16e

Jimmy Eat World + Rival Schools Bruxelles, Ancienne Belgique, 20h, 28e

Tour de Chauffe : The Experimental Tropic Blues Band + J.C.Satàn + Grüppe + The Neighbour Lomme, maison Folie Beaulieu, 20h, 5e Malick Pathé Sow, Bao Sissoko + Vieux Farka Touré Bruxelles, Flagey, 20h15, 22>13e

Natives Anvers, Trix, 19h30, 14/11e

Actéon Valenciennes, Le Phénix, 20h, 35/31/28/22e Brad Mehldau et Mark Giuliana jouent Mehliana Maubeuge, La Luna, 20h, 15/10e Dimone + Trash Croutes La Louvière, CCRC, 20h, 15/13e Mount Kimbie + John Wizards + Hibou Blaster + Wesh ! Sound System Tourcoing, Le Grand Mix, 20h, 13/10/5e Dianne Reeves Amiens, Maison de la Culture, 20h30, 36/24/15e Lloyd cole Eeklo, CC De Herbakker, 20h30, 22/20/19/18e

Mer 20.11 Steve Waring Oignies, Le Métaphone, 15h, Gratuit Ragas d'Inde du Sud Lille, Opéra, 18h, 9/5e Autumn Falls : Baths + Soldier’s Heart + Yellowstraps Bruxelles, Botanique, 19h30, 17/14/11e

Lun 18.11

Dub INC. + U-Roy + Broussai Lille, L'Aéronef, 20h, 24,60/21,60e

Nick Cave et The Bad Seeds Anvers, Lotto Arena, 20h, Complet !

Hurts + Pegasus Bruxelles, Ancienne Belgique, 20h, Complet !

ONL : Wagner Lille, Nouveau Siècle, 20h, 45>5e

Night Beds Bruxelles, Ancienne Belgique, 20h, 15/12e


The Wave Pictures Lille, La Péniche, 20h, 12/11/10e Vampire Weekend Bruxelles, Cirque Royal, Complet ! Tour de Chauffe : Lee Ranaldo + Shadow Motel Villeneuve d'Ascq, La Ferme d'en Haut, 21h, 5e

Jeu 21.11 NAAM + Mars Red Sky Bruxelles, VK*, 19h30, 15/12e Nickelback Bruxelles, Forest National, 19h30, 41e Boum de Noël : René Binamé + BAK XIII Bruxelles, Magasin 4, 20h, nc Dean Blunt + John T. Gast Bruxelles, Ancienne Belgique, 20h, 15/12e Gildas Boclé Trio Valenciennes, Le Phénix, 20h, 16/14/13/9e Images Sonores #15 : Garth Knox, Saariaho, Maintz, Manoury Liège, Théâtre de Liège, 20h, 15/10/1,25e Rohff Bruxelles, Ancienne Belgique, 20h, 33e The Jim Jones Revue... Louvain, Het Depot, 20h, 18/15e Tour de Chauffe  : Roscoe + Ivory Lake Lille, maison Folie Moulins, 20h, 5e Nolwenn Leroy Lille, Théâtre du Casino Barrière, 20h30, 45/42/39/36e Stephan Eicher Mouscron, Centre Culturel Marius Staquet, Complet !

Ven 22.11 Hip-Hop Days #13   : End of the Weak + Eriphile Lille, maison Folie Moulins, 19h, 5e Heaven Shall Burn + Hypocrisy + Dying Fetus + Bleed From Within Anvers, Trix, 19h30, 30/28e Stranded Horse & Boubacar Cissokho Bruxelles, Botanique, 19h30, 14/11/8e Crystal Stilts Courtrai, De Kreun, 20h, 13/10/7e Céléna et Sophia + Gras Mat + Vladimir Platine... Charleroi, Rockerill, 20h, nc Images Sonores #15 : Carte blanche au Conservatoire de Liège Colmant, Chandelier, Maestracci, Dumont, Stancszyk, Loiseleur, Iannello-Ripoll, Bettens Liège, Théâtre, 20h, 15/10/1,25e Jake Bugg Lille, L'Aéronef, 20h, 21/16/12e Maxime Le Forestier Lille, Théâtre Sébastopol, 20h, 49/43e

Olivia Ruiz Hazebrouck, Centre André Malraux, 20h30, 28/23e Philip Catherine Namur, Maison de la Culture, 20h30, 20/18e

Sam 23.11 Backfire! + Do Or Die... Bruxelles, Magasin 4, 14h, 18/15e Cock Sparrer + The Agitators Anvers, Trix, 19h30, 28/25e Sallie Ford & The Sound Outside Bruxelles, Botanique, 19h30, 16/13/10e Amel Bent Lille, Théâtre Sébastopol, 20h, 39/33/30e Amjad Ali Khan + Sarod & Ensemble La Louvière, CCRC, 20h, 14/11e Hip-Hop Days #13 : Féfé + Gazateam feat. Souad Massi + Ñuul Kukk feat. Rwan et Zindoun et La Jonction Lille, maison Folie Wazemmes, 20h, 15/10e

Oxmo Puccino Arras, Théâtre, 20h, 20/16/12/10/9e

Images Sonores #15 : Alexis Bourdon + Dimitri Coppe Liège, Théâtre, 20h, 15/10/1,25e

Wolf People Louvain, Stuk, 20h, 14/12/10e

Phoenix Lille, Zénith, 20h, 35,20e

Manu Katché Bruxelles, Flagey, 20h15, 25>15e

Tragedy Of A Friendship Lille, Opéra, 20h, 22/17/13/8/5e

Rone + We Are Enfant Terrible... Amiens, La Lune des Pirates, 20h30, 10/5e

Abd Al Malik Oignies, Le Métaphone, 20h30, 10e/gratuit

Joe Driscoll et Sekou Kouyaté Faches Thumesnil, Les Arcades, 20h30, 5e

Castillano + De Ruyter et Kesteloot Mouscron, Centre Culturel Marius Staquet, 20h30, 12/10/8e


agenda

128

concerts Lurrie Bell Lomme, maison Folie Beaulieu, 20h30, 15/12e

Youth Lagoon... Bruxelles, Botanique, 19h30, 23/20/17e

Tragedy Of A Friendship Lille, Opéra, 20h, 22/17/13/8/5e

Olivia Ruiz Bruay-La-Buissière, Espace Cult. Grossemy, 20h30, 24>8e

Airbourne + Black Spiders Bruxelles, Ancienne Belgique, 20h, 25e

Wednesday 13 + Sister Lille, La Péniche, 20h, 16/15/14e

Stephan Eicher Béthune, Théâtre, 20h30, 36/32e

Chokebore... Courtrai, De Kreun, 20h, 15/12/9e

The Slackers + Toxkäpp! Arlon, L'entrepôt, 20h30, 15/13e

Lun 25.11

Tour de Chauffe : John Doe + Disappears + LTDMS Villeneuve d'Ascq, La Ferme d'en Haut, 21h, 5e Manu Kenton + Dualizers + D.J. Neck + Deejay Reload… Anvers, Petrol Club, 22h, 10/8e

Dim 24.11 Grande musique pour petites oreilles : Christian Merveille Charleroi, Palais des BeauxArts, 16h, 10/8/7/6e Hip-Hop Days #13 : Fatoumata Diawara + On a slamé sur la lune Lille, maison Folie Wazemmes, 17h, 15/10e Heymoonshaker + Driscoll et Kouyaté Louvroil, Espace Culturel Casedesus, 18h, 7/5e Pokey Lafarge Lille, L'Aéronef, 18h, 11e/ gratuit abonnés Swim Deep Lille, La Péniche, 18h, 12/11/10e Stephan Eicher Béthune, Théâtre, 18h30, 36/32e The Jim Jones Revue Lille, Le Splendid, 19h, 18e Amenra + Spookhuisje Anvers, Trix, 19h30, 19/16e

Albin de la Simone Bruxelles, Botanique, 19h30, 20/17/14e Chokebore Bruxelles, Botanique, 19h30, 16/13/10e

Orchestre de Picardie et Orchestre symphonique de Bretagne Amiens, Maison de la Culture, 20h30, 27/14/13e

Mer 27.11 Folk Songs : Hanna Hipp + Jean-Paul Pruna Lille, Opéra, 18h, 9/5e Tricky Anvers, Trix, 19h30, 24/21e

Garou Lille, Théâtre du Casino Barrière, 20h, 53/42/40e

Electric Electric + Mambo Bruxelles, Atelier 210, 20h, 10/7e

Jake Bugg + Honeyhoney Bruxelles, Cirque Royal, 20h, 27e

Bastille + To Kill A King Bruxelles, Ancienne Belgique, 20h, Complet !

Tragedy Of A Friendship Lille, Opéra, 20h, 22/17/13/8/5e

Ben l’Oncle Soul... Louvain, Het Depot, 20h, 27/24e

Mar 26.11

Clarika Lille, Le Splendid, 20h, 25e

Satyricon Anvers, Trix, 19h, 26/24e

Disappears Courtrai, De Kreun, 20h, 13/10/7e

Autre Ne Veut Bruxelles, Botanique, 19h30, 16/13/10e Bertrand Belin... Bruxelles, Botanique, 19h30, 23/20/17e Black Millk Bruxelles, VK*, 19h30, 17/14e Axelle Red Lille, Théâtre Sébastopol, 20h, 46/33e Festival Ground Zero : Anna Calvi Tourcoing, Le Grand Mix, 20h, 22/20/17e Mayer Hawthorne Bruxelles, Ancienne Belgique, 20h, 25e

Ground Zero : Bigott Lille, La Péniche, 20h, 12/11/10e

Jeu 28.11 ONL : carte blanche à Baptiste Trotignon Lille, Nouveau Siècle, 12h30, 8/5e Autumn Falls : Califone + Emily Wells Bruxelles, Botanique, 19h30, 18/15/12e Autumn Falls : Madensuyu + Tugrul et Hasan Bruxelles, Ancienne Belgique, 20h, 15/12e


Ground Zero Festival : Scout Niblett + Team Wild Roubaix, La Cave aux Poètes, 20h, 12/10/8e

Uncle Acid And The Deadbeats Bruxelles, Ancienne Belgique, 20h, 15/12e

The Need For Cosmos : Samuel Sighicelli Arras, Théâtre d'Arras, 20h, 20/16/12/10/9e

Micky Green + Pale Grey Amiens, La Lune des Pirates, 20h30, 12/9e

DELUXE LIVE Grenay, Espace Culturel Ronny Coutteure, 20h30, 6/4/3/2e Ground Zéro : Slow Joe And The Ginger Accident Lomme, maison Folie Beaulieu, 20h30, 9/5e / 1 Crédit Loisirs Louis Bertignac Lille, L'Aéronef, 20h30, 38e Etienne M'Bappe Dunkerque, Jazz Club / Pole Marine, 20h45, 15/10/7€ Tony Dekker Dixmude, 4AD, 22h, 10/8/6e

Ven 29.11 Autumn Falls : Crystal Stilts Bruxelles, VK*, 19h30, 8e Autumn Falls : Scott Matthew + The Belle Game + Robbing Millions Bruxelles, Botanique, 19h30, 18/15/12e Autumns Falls : Alpha 2.1 Bruxelles, Atelier 210, 20h, 13/10e Les Fatals Picards Lille, Le Splendid, 20h, 25/23e Les Yeux Noirs Charleroi, Palais des BeauxArts, 20h, 16/12e Soirée Cabaret «Le Boeuf sur le toit» + Le Roi David Tourcoing, Théâtre Municipal R. Devos, 20h, 25/23/10e Tour de Chauffe  : Kill The Young + Alien Subway Lille, m. Folie Moulins, 20h, 5e Tristesse Contemporaine Lille, La Péniche, 20h, 14/12,80/11e

Deportivo + The Charls Arlon, L'entrepôt, 20h30, 15/13e Hip-Hop Days #13 : Nems Guttah + Slimane + guests Lille, Waz Factory, 20h30, 10e Skoda Jazz Festival : Youngblood Brass Band + Clan d'Estime Charleroi, Le Coliseum, 20h30, 20/17e Voodoo Wild + Swamp Mouscron, Centre Culture Marius Staquet, 20h30, 14/12/10e Etienne M'Bappe Dunkerque, Jazz Club, 20h45, 15/10/7€

Bunkers Comines, Le Nautilys, 19h30, 5e Barbatuques + Sensacional! Dunkerque, Les 4 Ecluses, 20h, 12/9/6e Ground Zero : Cabaret des Culottés + DJ Dominik Strauss Korn Lille, La Péniche, 20h, 12/11/10e Ground Zero  : Kadebostany + Beau Fun Lille, maison Folie Moulins, 20h, 9/6,50e Keziah Jones Douai, L'Hippodrome, 20h, 20/16/12/10/9e No Joy + Movoco Bruges, Cactus Muziekcentrum, 20h, 8/5/3/2,5/gratuit We Are Enfant Terrible + Peru Peru + Gym Lille, L'Aéronef, 20h, 13/7/5e The Gathering Lille, Le Splendid, 20h, 23e

Prohom + Weekend Affair Béthune, Le Poche, 20h45, 7/5/4/3e

The Watch Genesis Project Mons, Le Manège, 20h, 25/20e

Cut Copy + Shine 2009 Bruxelles, Beursschouwburg, 22h, 12/10e

White Lies Bruxelles, Ancienne Belgique, 20h, 33e

Condor Gruppe Charleroi, Eden, 22h30, Gratuit

Yaniss Odua + Natty Jean Wattrelos, La Boîte à Musiques, 20h30, 9/6e

Sam 30.11 Sonic City 2013 : The Black Angels + James Holden + OM + adult + The Haxan Cloak Courtrai, De Kreun, 13h, 43/40/37/35/32/28/25/22e Batmobile + The Sharks... Anvers, Trix, 16h, 28/25e Autumn Falls : Pick a Piper + Daughn Gibson + Eaux Bruxelles, Botanique, 19h30, 18/15/12e Tour de Chauffe  : The Pretty Things + Rollin'

Maïa Vidal Anvers, Arenbergschouwburg, 20h30, 12/10e Popa Chubby Oignies, Le Métaphone, 20h30, 15/12e Stéphan Eicher Lille, Th. du Casino Barrière, 20h30, 39/36/33/30e Etienne M'Bappe Dunkerque, Jazz Club / Pole Marine, 20h45, 15/10/7e Autumn Falls : Terakaft Bruxelles, Beursschouwburg, 22h, 12/10e


From The Knees Of My Nose To The Belly Of My Toes © Alex Chinneck Location : 1 Godwin Road, Cliftonville, Margate, Ct9 2Ha

le mot de la fin

130

Alex Chinneck - From The Knee Of My Nose To The Belly Of My Toes. Tel est le nom – cryptique – de cette œuvre signée Alex Chinneck. Réalisée à Margate (ville portuaire au sud-est de l'Angleterre), cette maison qui coule intrigue, amuse, et représente – peut-être – l'état de délabrement de cette cité touchée par le chômage et délaissée des touristes. Cette curiosité les fera peut-être revenir. à visiter / www.alexchinneck.com


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LM magazine n°90 - cultures et tendances urbaines - novembre 2013

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