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n°82 / Février 2013 / GRATUIT

nord & belgique Cultures et tendances urbaines


Sommaire Let’smotiv - février 2013

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n  ews Van Gogh, Prise Directe, Poelvoorde fait son festival et Christopher Moloney, son cinéma, les animaux d'Agan Harahap, la playlist d'Elio Di Rupo et des nids d'oiseaux connectés…

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l  ieu Le Rockerill

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p  ortfolio Wes Naman, au bout du rouleau

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p  ortrait Ah Bon ? Productions

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m  usique David Shaw And The Beat, Melody's Echo Chamber, Yan Wagner vs Lescop, [PIAS] Nites, Sigur Rós, Alain Souchon, Metz, Carte blanche à Domnique A, Isaac Delusion, Lou Doillon, Noisefest

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cinéma  Antiviral, La Bande Des Jotas, Pas Très Normales Activités, Le Grand Retournement

44 Exposition Charles Paulicevich,

Plein les yeux !, Yves Saint Laurent, Song For The Sea, Voyage à travers les

Plan B © Aglae Bory

#82

collections de Bavay, We Are Sealand, We Want Jazz, Jockum Nordström, Christian Astuguevieille, Agenda

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interview Dialogue avec Carolyn Carlson

64  t  héâtre & danse Cabaret de Curiosités, Corps Furieux, Roméo et Juliette, Rencontre avec Thierry Collet, Jean-Louis Trintignant, Les Petits Pas, Platée, Scheisseimer - Souvenirs dessinés d'une guerre, Performatik, Savoir-vivre, Agenda

82  d  ossier littérature D'où vienstu, roman graphique ?

88 l ivres Emmanuel Burdeau, Asli Erdogan, Philip Roth, Fanny Chiarello

90 d  isques The Asphodells, Foxygen, A$AP Rocky, Broadcast, Veronica Falls

92 a  genda concerts et soirées 98

Le Mot de la fin Auguste Derrière sort de sa réserve


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Let’smotiv Nord & Belgique 114 rue Barthélémy Delespaul - F - 59000 Lille tél : +33 362 64 80 09 - fax : +33 362 64 80 07 redaction.nord@letsmotiv.com redaction.bruxelles@letsmotiv.com

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Direction de l’édition / Rédaction en chef : Nicolas Pattou

nicolas.pattou@lastrolab.com

Rédaction : Thibaut Allemand

redaction.nord@letsmotiv.com

Elsa Fortant

info.nord@letsmotiv.com

Direction Artistique / graphisme : Cécile Fauré

cecile.faure@lastrolab.com

Couverture : Wes Naman

wesnamanphotography.com

Publicité : pub.nord@letsmotiv.com

administration : Laurent Desplat

laurent.desplat@lastrolab.com

Impression : Imprimerie Ménard 31682 Labège

diffusion : C*RED (France/Belgique) ; Zoom On Art (Bruxelles)

Ont collaboré à ce n° : François Annycke, François-Xavier Béague, Madeleine Bourgois, Mathieu Dauchy, Auguste Derrière, Hugo Dewasmes, Marine Durand, Grégory Escouflaire, Audrey Jeamart, Florian Koldyka, Aurore Krol, Émilie Laystary, Wes Naman, Clément Perrin, Martin Van Boxsom et plus si affinités. Let’smotiv Nord & Belgique est édité par la Sarl L'astrolab* - info@lastrolab.com Membre du réseau Let’smotiv Magazines - Let’smotiv est une publication d’Urban Press L'astrolab* Sarl au capital de 5 000 euros - RCS Lille 538 422 973 Dépôt légal à parution - ISSN : en cours L’éditeur décline toute responsabilité quant aux visuels, photos, libellé des annonces, fournis par ses annonceurs, omissions ou erreurs figurant dans cette publication. Tous droits d’auteur réservés pour tous pays. Toute reproduction, même partielle, par quelque procédé que ce soit, ainsi que l’enregistrement d’informations par système de traitement de données à des fins professionnelles, sont interdites et donnent lieu à des sanctions pénales. ı Let'smotiv est imprimé sur du papier certifié PEFC. Cette certification assure la chaîne de traçabilité de l’origine du papier et garantit qu'il provient de forêts gérées durablement. Ne pas jeter sur la voie publique.

Papier issu de forêts gérées durablement


en Bref

Photoportrait à quoi ressemblerait Vincent Van Gogh s'il prenait aujourd'hui une photographie de lui-même en lieu et place de son célèbre autoportrait (1889 - exposé au musée d'Orsay) ? C'est la question à laquelle Tadao Cern, un artiste lituanien, a tenté de répondre. Avec l'aide d'un ami ressemblant au maître néerlandais, il a tenté de s'approcher au plus près de l'original en mêlant habilement vidéo, photographie et retouche numérique. www.tadaocern.com

© Tadao Cern

Prise Directe © Les produits de l'épicerie

Proposé par le Théâtre du Prisme, ce festival de lectures contemporaines met à l'honneur un théâtre « immédiat », où l'émotion n'empêche pas la réflexion. Ainsi, au fil des huit créations présentées, sont abordés les peurs du monde moderne, le rapport à la mort ou encore la surveillance, en phase avec la réalité, celle du public. 09>15.02, Lille, Lomme, Roubaix, Villeneuve d'Ascq, www.theatreduprisme.com

Telex

Dans le Lot-et-Garonne, un homme de 51 ans complètement ivre a débarqué à la gendarmerie pour y chercher son interdiction de permis pour ivresse. Tout est dit, non ?


Ça arrive près de chez vous

© Agan Harahap

© Christopher Moloney

Ces dernières années, on croisait souvent Benoît Poelvoorde en promo d'une énième bobine (« Mais le dernier, après j'arrête ! ») et, parfois, dans un bon film. Bref, cette fois-ci, le Namurois prend un autre chemin, et on le suivrait bien. Les 30 août et 1er septembre prochains, l'ex-M. Manatane assurera la direction artistique de l'Intime Festival, consacré à la littérature, et tourné également vers la photographie, la musique, le théâtre et le cinéma. Pour l'heure, sont annoncés les écrivains Laurent Gaudé, Wajdi Mouawad, Tom Lanoye et le réalisateur Benoît Jacquot... www.theatredenamur.be

À table !

Crève-l'écran

Des animaux dans un supermarché ? Rien de bien nouveau, il y en plein le rayon frais. Oui, mais ceux-ci sont bien vivants, et du genre sauvage. À travers cette série, Agan Harahap oppose la jungle et la chasse à l'abondance de nos sociétés. Il interroge les notions de brutalité et d'aseptisation, de nature et de culture... Bref, le photo-monteur américain mêle esthétisme et politique de façon originale.

On a tous voulu remonter les ChampsElysées pour y croiser Jean Seberg vendant le Herald Tribune. Christopher Moloney, lui, s'amuse à capter des images de film, à les tirer sur pellicule et à placer la photo à l'endroit exact où furent tournées de célèbres scènes. La preuve en image avec Annie Hall de Woody Allen. Sur son site web, on retrouve également Superman, Léon, Taxi Driver… Mais rien sur la planète Tatooine. Dommage.

www.behance.net/aganharah

www.philmfotos.tumblr.com

Encore un symptôme de la crise et de la pauvreté galopante ? En Grande-Bretagne, où la redevance télé est trois fois plus chère pour les écrans couleur, 13 202 foyers sont toujours équipés d'une télé... en noir et blanc. Entendu sur Radio-Londres.


news

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Elio selecta C'est qui le patron ? Obama, son challenger, avait lancé les hostilités, mais Elio Di Rupo réagit en publiant sa playlist sur Deezer et Spotify ! Passé le tiercé gagnant (Selah Sue, Jacques Brel et Arno, soit l'axe Flandres-Wallonie-Bruxelles), le socialiste dévoile des titres de Bowie ou d'Amy. Voilà voilà… Sous prétexte de fun et de cool, le Premier Ministre annonce son hit parade, persuadé que ça le rendra plus sympathique. Mais ses nœuds-pap' suffisaient amplement, non ?

Au pied du nid Sur Google Map, dès que l'on cherche un coiffeur à proximité, un restaurant chic ou des pompes funèbres sympas, apparaissent ces petits marqueurs en forme de gouttes d'eau. L'artiste bricoleur Shu-chun Hsiao reprend cette forme emblématique pour fabriquer... des abris pour oiseaux ! On est impatient de les voir fleurir dans toute la ville, histoire de virtualiser définitivement le réel. À moins que ce ne soit le virtuel qui devienne réel  ? On vous laisse y réfléchir, hein.

Dans la banlieue de Stockholm, une jeune femme de ménage âgée de 22 ans a volé un train. Elle s'est emparée des commandes durant quelques kilomètres avant de s'encastrer dans un immeuble. Bon, s'il y avait eu des morts ou des blessés, nous n'aurions évidemment pas ouvert le magazine avec cette info. à l'heure qu'il est, tout le monde se pose encore la question. Pourquoi cette dame a-t-elle à ce point déraillé ?

www.shuchunhsiao.com

Telex

Pathétique, ridicule, triste, touchant, raté ou totalement flippant, le répertoire des chansons francophones navrantes s'avère d'une richesse insoupçonnée. L'Aéronef propose un petit tour d'horizon participatif (CD, 45 tours, clé usb à l'appui). 12.02, Lille, L'Aéronef, 19h, gratuit

© DR

© Shu-Chun Hsiao

Boute-en-train


© Stéphane Francq

exposition

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lieu

rockerill L'usine nouvelle Subjuguante. Intimidante, aussi. Au bord de l'avenue, cette cathédrale de brique et d'acier impose sa présence massive. Long de plusieurs centaines de mètres, Le Rockerill toise de toute sa hauteur un métro aérien, un brin de verdure et, à l'horizon, des usines. Celles qui tiennent encore et crachent leur fumée jour et nuit. Clichés de Charleroi ? Peut-être. Avec lesquels Le Rockerill vit très bien. On s'interroge : est-ce un endroit (vaguement) réhabilité par la municipalité, comme c'est l'usage dans nos régions ? Ou, plus berlinois fin de siècle, un squat gigantesque façon Tacheles  ? Ni l'un ni l'autre, nous éclaire Michaël Sacchi, dit Mika Hell : « Notre collectif d'artistes, les Têtes de L'Art, cherchait un lieu. Or, en 2010,


on a appris que les Forges de la Providence étaient abandonnées. Étant fils de sidérurgistes carolos, on s'est cotisés pour l'acheter ». C'est aussi simple. Et encourageant : sans revenir sur les clichés collés à Charleroi, on suppose qu'une telle initiative peut changer cette image sinistre. Réponse franche et sèche de Mika Hell : « On s'en fout un peu, ce n'est pas notre boulot ». Lieu unique S'il ne fallait relater qu'un souvenir du Rockerill, votre serviteur évoquerait cette nuit où, les pieds dans la poussière et la bière (pas chère) à la main, on admirait Dopplereffekt usiner un son glacial et post-humain dans la Grande Salle, un vestige de la Révolution industrielle. Inoubliable. Le Rockerill ne se repose pas sur ses lauriers et propose chaque semaine des concerts gratuits (les Apéros indus), des Dj's, des expositions, des stages de forgerie pour enfants et a depuis peu créé son propre label, Rockerill Records (Le Prince Harry, Duflan Duflan...). Ou comment battre le fer tant qu'il est chaud ! Thibaut Allemand 22.02 Baccala Party avec Hubert & Roger, JR de Montreal, Ass, Curver & Wood Boy, Globul vs Barako Bahamas, 22h, 28.02 Ciné Music : Space Aliens From Outer Space + 1991, The Year Punk Broke, 20h Le Rockerill, Marchienne-au-Pont, Rue de la Providence,www.rockerill.com


portfolio

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wes naman Maître ruban Quel déconneur ! Wes Naman déforme les visages de ses amis en les enveloppant dans des kilomètres de scotch. Et voilà le travail ! Ces photos ahurissantes nous évoquent l'écossais Douglas Gordon dont Monster (1997) utilisait le même procédé, mais le photographe de 37 ans n'en a jamais entendu parler. «  En fait, tout est parti d'un jeu avec mon assistante. C'était drôle, et j'ai donc proposé à mes amis d'essayer ». On est bien tenté d'y chercher un sous-texte, tel qu'une critique de la norme imposée, une ode lo-fi aux freaks ou une condamnation du Botox. «  Oui, cela peut être vu ainsi, modère Naman. Mais c'était avant tout pour le fun. Une façon de conserver l'esprit sain entre deux travaux alimentaires ». Wes ne pouvait mieux dire, puisqu'il est également photographe culinaire. Et oui, il faut bien que quelqu'un les prenne, ces fameux clichés qui ornent nos livres de recettes… Cela étant, l'œuvre de ce résident d'Albuqerque, élu meilleur photographe de sa ville pour la troisième fois en... trois ans, ne se résume pas à cet exercice de style. Jetez un œil, au hasard, sur la série Lonely Men. Elle utilise les codes de la publicité (dans la mise en place du sujet, le jeu de lumières ou le flou artistique) mais dévoile l'intimité grisâtre d'hommes âgés de vingt à soixante-dix ans, tous plus ou moins abîmés. La solitude de ces hommes émeut. Vraiment. Thibaut Allemand

À voir /www.wesnamanphotography.com


Louis Aguilar © Ronan Thenadey

François & The Atlas Mountains © Lola Pertowsky

ah bon? productions

Nicolas & Maxime © Mathieu Drouet


Avec les résultats du Tiercé, le Journal Officiel, où sont publiées les créations d’associations, constitue une excellente mesure de la fertilité patronymique. En fusionnant « Tac Tac T’as Vu » et « Folk Ad Hoc », Maxime Ternois et Nicolas Bourgeot ont donné naissance à Ah Bon?. Un nom qu’on aurait même pas donné à un caniche, convenons-en.

portrait

Ah Bon? Productions, addition d’un informaticien30.01, Fat Supper manager de groupes et d’un instituteur-animateur radio + Vilain, La Péniche, forcené. Là où le mélomane moyen se contente de colLille, 8€ lectionner les disques, le tandem invite directement les 09.02, Narrow Terence groupes. Cela commence par des concerts organisés + projection, Cinéma L’Univers, Lille, 6€ dans un bar du Vieux-Lille. Baptisées Ad Hoc, ces soi11.02, Jason Lytle (solo rées migrent vers la Péniche. Mais l'ambition demeure : /Grandaddy), Le Grand braquer les projecteurs sur la scène musicale lilloise, Mix, Tourcoing, 10/13€ «  très riche, et pourvue d’un public nombreux et exi22.02, Carte Blanche à Ed Wood Jr, La Péniche, geant », s'enthousiasme Maxime. La cosmogonie d’Ah Lille, 7€ Bon?, c’est aussi des concerts en appartement (les 27.02, Michel Cloup Atome Sessions), des soirées dancefloor hédonistes + AelöhA, La Péniche, qui ne transigent pas avec le bon goût musical (les Lille, 10e 14.03, Bison Bisou + My fameux Bals Ah Bon?), et une division «  management Disco Jacket, L’Antre 2, et développement d’artistes », qui soutient entre autres Lille, 7/5/1e les prometteurs Louis Aguilar, Weekend Affair et Team 23.03, Dylan Municipal Wild. Faisant fi de l'esprit de clocher, la paire épingle + Peru Peru + Bärlin, Château de Robersart, aussi des pointures hexagonales (François & The Atlas Wambrechies, 3/5€ Mountains, Arlt) ou américaines (Damien Jurado, quand même !). Ces hobbies leur ont permis de tisser un lien de confiance avec les artistes et le public. Après s’être lancés dans l’aventure « comme des chiens fous, sans formation administrative ni connaissance en communication », Ah Bon? occupe « une place intermédiaire, entre les salles de concert et les gros producteurs ». Et se voit désormais sollicité par de (vrais) producteurs pour son expertise ès-scène locale. « La prochaine étape, c’est d’en vivre, enfin ». La fin de l’austérité passe par des demandes de subventions (au niveau européen notamment). En attendant, Ah Bon? frappe un grand coup en invitant le grand-père indie en chef, Jason Lytle, âme de Grandaddy, pour ce qui pourrait bien être l’enterrement de vie de jeune homme de l’association… Ah bon ? Et ouais. Mathieu Dauchy

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Š Lucien Perochon

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De la sueur et du beat Longtemps dans l’ombre mais connu de tous, David Shaw apparaît en pleine lumière à la faveur d’un premier album saisissant. À ses côtés, The Eyes In the Heat partage son goût pour le post punk des années 80, et une techno plus contemporaine. Deux projets hybrides en forme d’invitation à la scène qui vont droit au beat. David Shaw a fait du rythme sa marque de fabrique. Chacun de ses titres repose sur une alchimie, une pulsation qui accroche l’oreille et marque durablement l’esprit. Tout au long de So It Goes, ce producteur français établi à Manchester développe un son au carrefour du rock, de la new wave et de la house. Son album est aussi et surtout l’aboutissement d’un cheminement musical impressionant. Ancien membre de Black strobe grande époque (aux côtés d’Ivan Smagghe et Arnaud Rebotini), il cultive ensuite un projet techno, Siskid, auquel on doit quelques maxis hautement recommandables (Gunstubs ou She Has Reasonable Doubts par exemple). Éclectique, Shaw devrait faire le... show et libérer toute sa puissance en live - on imagine déjà la dimension dévastatrice de titres tels Trance In Mexico ou Sentiment Acide. Back from the 80’s À ses côtés, The Eyes In The Heat, trio emmené par Oliver Ho (alias Raudive), vétéran et fer de lance d’une techno britannique radicale et sans concession. Le Londonien est entouré de la chanteuse franco-libanaise Zizi Kanan et du batteur français Jérôme Tchernyan, complice des Cocteau Twins. Entre beats techno cinglants et textures cold-wave, la formation défend un projet calé entre eighties et troisième millénaire. L'album Program Me, apparu sur Kill The Dj en septembre dernier et porté par le ravageur single Amateur, en est la preuve éloquente. Clément Perrin

David Shaw & The Beat + The Eye In The Heat 08.02, Roubaix, La Cave Aux Poètes, 20h30, 10/8/6€, +33 (0)3 20 27 70 10 David Shaw + Raudive + KLM (Aftershow), Lille, Kiosk, 23h, 8e, www.kiosk-club.fr


© Diane Sagnier

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Musique de chambre Il n’aura pas fallu l’espace d’un automne à Melody’s Echo Chamber pour s’adjuger une place de choix au classement Forbes de la nomenclature pop. Avec, comme ticket d’entrée, un premier album trop élégant et ouvragé pour avoir jamais rien visé de tel au départ. Rendezvous sur scène pour aller voir celle... qu’on n’avait pas vue venir. La classe internationale avant l’estime locale : il y a sans doute plus difficile à gérer. Et si une telle reconnaissance a quelque chose d’inattendu pour Mélody Prochet, elle n’est pas non plus l’effet du hasard – sinon celui d'une rencontre informelle avec Kevin Parker, leader de Tame Impala, dont l’Aixoise assurait la première partie au sein de My Bee’s Garden. Un goût commun pour les embardées psychédéliques allait rapidement porter l’Australien à seconder dans sa métamorphose cette altiste de formation, bien décidée à se déprendre de ses repères classiques. Et le binôme d’emporter aux antipodes le chant éthéré des égéries 60’s frange comprise (Vashty Bunyan, Françoise Hardy), l’électro pionnière du BBC Radiophonic Workshop et les brumes de Birmingham (Pram, Broadcast...). Cet univers sonore complexe mais cohérent fait le charme du projet, comme il fit autrefois la grandeur du précité Broadcast. Un rapprochement dûment souligné par la critique, et qui pourrait devenir pesant, à la longue. S’il fallait du moins s’excuser d’avoir mesuré, un peu avant les autres, la richesse du fonds légué par les Anglais. Et si les premiers échos de cette chambre-là ne nous promettaient encore, elles, de belles répliques. François-Xavier Béague Melody’s Echo Chamber 16.02, Lille, L’Aéronef, 20h, 13/7€, +33 (0)3 20 13 50 00


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Lescop

Yan Wagner Conquérants, volontaires et déterminés, le Rochellais Mathieu Lescop et le Franco-américain Yan Wagner représentent l'avenir de la jeune France. Les deux compères se fréquentent depuis longtemps et partagent désormais le haut de l'affiche. Retour sur un parcours qui devrait servir d'exemple aux jeunes générations. Diplômes. Tandis que le peu fréquentable Lescop vadrouillait par monts et par vaux en compagnie de son orchestre bruyant (Asyl), le studieux Yan Wagner rédigeait une thèse intitulée Constructions et représentations d'un loisir de masse : les discothèques de Paris, New York et Londres (1960-1983). Épatant, non ? Généalogie. Les journalistes en mal d'étiquettes ont réuni les deux damoiseaux sous la bannière d'une hypothétique néo-new wave. Pourtant, les intéressés ne revendiquent pas les mêmes influences. Yan Wagner se reconnaît dans les sons froids et bien dégagés au-dessus des oreilles de DAF ou Kraftwerk, et son album fut produit par le vénérable Arnaud Rebotini. Lescop, lui, prête allégeance au post-punk britannique (Wire) et à la synthpop hexagonale - Taxi Girl et Etienne Daho en tête. état d'esprit. Les deux ont le cœur sur la main : ainsi, Lescop a co-écrit Tu Mens avec Mustang, et Yan Wagner a enchaîné les remixes, de Cercueil à Black Strobe, de Daho à… Lescop. Chorégraphie. Ne vous fiez pas à leur allure de gendres idéaux. Sur scène, la ceinture noire de karaté Lescop se laisse aller à une gestuelle géométrique et vaporeuse. Et l'on a vu Wagner faire preuve d'un humour glacial afin de réveiller un public apathique. Mais oui, de la vigueur, que diable ! Thibaut Allemand Lescop + Yan Wagner 13.02, Tourcoing, Le Grand Mix, 16/13€, +33 (0)3 20 70 10 00 Lescop - 14.02, Amiens, La Lune des Pirates, 20h30, 12/9€, +33 (0)3 22 97 88 01 09.05, Bruxelles, l'Orangerie, 19h30, 20/17/14€, +32 (0)2 218 37 32

© Marie Athenaïs

© DR

V S


PIAS fait ses nuits Pour la quatrième année, le célèbre label prend ses aises deux nuits durant. Si la programmation se décline selon les pays (France, Allemagne, Irlande et Pays-Bas), la Belgique, patrie de naissance de [PIAS], n'a pas à rougir ! certes, on peut regretter que certains artistes emblématiques (Front 242, Miossec, 2manydj's... ) ne soient pas invités, mais ces deux nuits thématiques proposent un bel aperçu de l'actualité maison. Thibaut Allemand & Elsa Fortant

N Jason Lytle On l'a dit, écrit, répété. Grandaddy aurait dû s'arrêter après l'indépassable The Sophtware Slump (2000), dont il n'a jamais retrouvé cette grâce artisanale digitoorganique. Une séparation, puis une reformation plus tard, on retrouve Jason Lytle en solitaire, avec un album plus que digne et qui renvoie, parfois, au chef-d'œuvre précité. Dont on espère savourer quelques extraits sur scène.

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© DR

© DR

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the magician

Ex-membre d'Aeroplane (et actuelle moitié de Peter & The Magician aux côtés de Yuksek), Stephen Fasano émoustille les dancefloors à coups de pop, new beat et disco des années 80. Un revival réussi comme le prouve les synthétiseurs fous d'I Don't Know What To Do. Un coup de baguette magique et le bon mais oublié I Follow Rivers de Likke Ly devient un incontournable... Abracadabra !


© Timothy Saccenti

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rone

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T

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© Charlie De Keersmaecker

Introspective et mutante, cette electronica a grandi sous de glorieux totems (Erwan Castex vénère Warp, et ça s'entend), mêle bleeps, scratches et chants fantomatiques, et renoue avec les grandes heures d'une certaine IDM planante et vrillée. Mais c'est sur scène que Rone prend toute sa dimension.

Ce fut l'une des grandes révélations britanniques de l'an passé. Un album bluffant, mêlant mélancolie ado et mélodies tarabiscotées, phrasé hiphop et rythmes anguleux, grisaille urbaine et légèreté pop. Un album qu'on a beaucoup écouté avant de les découvrir sur scène – l'un des concerts les plus scolaires et décevants de l'année. Mais qui sait, peut-être aurontil acquis un peu de bouteille (et de charisme) depuis ?

Après dEUS, un roi-mage ! C'est affublé d'un nom franchement pas sexy qu'apparait l'un des groupes belges les plus acclamés du moment. Nourri à une certaine école pop sixties, lorgnant vers des arrangements sophistiqués, le quintette de Courtrai a signé un deuxième Lp très (trop ?) produit – ces chansons passent-elles l'épreuve de la scène ?

© Cordy

balthazar

[PIAS] Nites 15 & 16.02, Bruxelles, Tour & Taxis, 20h, 33€ le 15.02, 26€ le 16.02, 50€ les deux soirées, Prog : Booka Shade (Live), The Magician, Docor P, Fake Blood, Agoria Presents Forms, Kavinsky, Dr Lektroluv, Brown & Gammon, Popof, Rone, Yama Dirty Crew (15.02) // Alt-J, Balthazar, Jason Lytle, Andy Burrows, Lord Huron, Camps (16.02)


© DR

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Retour aux sources Depuis 1999, Sigur Rós s’est taillé une place de choix au sein de la communauté post-rock. Mais les années passent, et les murs de son disparaissent. Après l’escapade pop solo de son chanteur Jónsi (Go, 2010) et les longues plages minimales du récent Valtari (2012), qu’attendre aujourd’hui de leur nouvelle tournée ? À la fin du siècle dernier, certains béotiens découvraient qu’en Islande, il n’y avait pas que Björk. Tiens donc ! Malgré un nom d’album pas facile à demander à son disquaire favori  (Ágætis byrjun), Sigur Rós emportait tous les suffrages avec ce deuxième album. Chaque sortie depuis est l’occasion de découvrir une sonorité nouvelle et un line-up sans cesse grandissant (les violons d’Amiina depuis 2002, les cuivres de The Horny Brasstards depuis 2005). Mais en 2012, la sortie de Valtari surprend : le rythme n’aura jamais été aussi lent et le son, si peu profond. « Ça vaut le coup en concert ? » se demandent les mêmes béotiens. Certainement ! Même si, c'est vrai, Sigur Rós évite soigneusement le dernier-né et reviennent aux fondamentaux. C'est-à -dire la sacro-sainte trinité Ágætis Byrjun / ( ) / Takk qui les propulsa, entre 1999 et 2005 au rang de hérauts intouchables du post-rock. Nappes de guitare et envolées soniques sont donc toujours de la partie, à l’image de Popplagið, titre de clôture coutumier et véritable tempête auditive. Certes, cette setlist brosse le public dans le sens du poil. Mais Sigur Rós promet une nouvelle fois de fabuleux moments de grâce. Martin Van Boxsom Sigur Rós + Blanck Mass 26.02, Bruxelles, Forest National, 20h, 41€, www.forestnational.be 28.02, Lille, le Zénith, 20h, 45/36,20€, www.zenithdelille.com


© Robby Reis

© Thierry Rajic

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Alain Souchon

Metz

Derrière l'éternelle figure de l'adolescent fragile, solitaire et rêveur, se cache un véritable bourreau de travail. Quarante ans de carrière, marqués par une écriture, profonde et délicate, émouvante à souhait. Subtiles et entêtantes, ses mélodies font de « La Souche », un artiste populaire intemporel. Avec « son petit tour », Souchon s'offre au public sans aucun artifice, entouré de deux musiciens, en acoustique. Authentique.

Depuis le temps qu'on l'attendait, il fallait bien qu'il pointe vraiment le bout de son nez, le revival grunge ! Et même si on n'a jamais su définir exactement cette scène, disons qu'on en perçoit les contours au sein de Metz. Le trio canadien signé chez Sub Pop (comme par hasard) se place dans les traces de glorieux anciens (The Jesus Lizard, Nirvana), alignant mélodies squelettiques et boucan en Mach-5. Pas dit qu'on les réécoute dans vingt ans, mais la décharge se prend volontiers de plein fouet, ici et maintenant.

02.02, Arlon, Maison de la Culture // 13.02, Mons, Th. Royal // 14.02, Albert, Th. Du jeu de paume // 15.02, Charleroi, PBA // 16.02, Louvain la Neuve, Aula Magna // 19.02, Huy, Centre Culturel // 20.02, Spa, Salle des fêtes // 21.02, BXL, Centre Culturel Woluwe St Pierre // 22.02, Tournai // 23.02, Anzin, Th. Municipal

© Julien Bourgeois

dominique A présente…

Arlt + Maissait + V.O. 07.02, Arras, Théâtre, 20h, 8€, +33 (0)3 21 71 66 16

06.02, Lille, L'Aéronef, 20h, (+ Cheyenne 40), 11€/Gratuit abonnés // 11.03, Bruxelles, Ancienne Belgique, Club, 20h, 15/12€ // 12.03, Hasselt, Muziekodroom, 20h, 10/7€

Dominique A est chanteur. Et prescripteur (sur son site officiel, dans les colonnes de TGV Magazine…). Le voici programmateur, conviant ici le tandem Arlt - de flamboyants héritiers de Brigitte Fontaine - et la mélancolie ligne claire mais trouble de Maissiat. Enfin, l'auteur de Twenty-two Bar dévoile V.O. une troupe de francs-tireurs belges menée par B. Gronemberger et comptant d'anciens Raymondo et Melon Galia. Les plus avertis ne sont pas surpris. Mais ce coup de pouce du chanteur majuscule prend également des airs de consécration.


Isaac Delusion

Lou Doillon

On prend les paris : 2013 sera l'année de la révélation pour Isaac Delusion. Le trio parisien cultive une réelle démarche DIY, soutenue par leur (micro) label, Cracki Records. Loïc, Nicolas et Jules ont déjà signé Midnight Sun (2012) et Early Morning (2012), deux EP's très prometteurs, tournés vers les grands espaces, sur fond de mélodies astrales. La voix aérienne de Julien ondule sur un patchwork pop, folk et électro, rappelant Télépopmusik ou Erlend Øye. Tellement planant, qu'on s'y rend les yeux fermés !

Révélation inattendue de 2012, la musicienne promène son timbre grave et ses chansons cousues d'or sur les routes de France – et d'ailleurs. Histoire de faire vivre ces histoires d'amour déçues, soutenue par la crème hexagonale (citons le guitariste François Poggio, au hasard). On proposerait bien aux derniers sceptiques de ranger leur mauvaise foi au vestiaire mais, s'ils n'ont pas succombé à la ballade I.C.U., au tube soul Questions And Answers ni à l'envoûtant Devil or Angel, on ne peut plus rien pour eux. De toute façon, ce sera sûrement complet !

Wave Machines + Isaac Delusion + We Are Knights 15.02, Roubaix, La Cave aux Poètes, 20h30, 10/8/6€, +33 (0)3 20 27 70 10

noisefest

Sudden Infant © DR

© Kate Barry

© Pierre Torrell

musique

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23.02, Lille, le Splendid, 26,80€, +33 (0)3 20 56 46 16 // 12.05, Bruxelles, Les Nuits Botanique, 20€, www.botanique.be

Le Noisefest n'est pas un événement harsh noise mais la présence de Grünt, Tourette et Sudden Infant mérite un flashback. À la fin des 70's, Throbbing Gristle en jetait les bases. Dans les 80's, Whitehouse et Merzbow « popularisaient  » le genre, qui suit depuis son petit bonhomme de chemin. Ces adeptes, du style têtu, refusent toujours les structures musicales conventionnelles, et torturent la texture sonore  : bruits blancs, larsen, hurlements, saturations... Certes, on tourne parfois en rond mais, franchement, l'expérience harsh noise vaut le coup d'être vécue en live. 16.02, Courtrai, De Kreun, 17h, 13/10/7€, www.dekreun.be


antiviral

cinĂŠma

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Š 2013 Filmosphere, UFO Distribution


cinéma

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Présenté à Cannes en sélection Un certain regard, Antiviral a suscité la curiosité. Parce qu’il s’agit d’un premier film dont le réalisateur n’est autre que Cronenberg junior. Loin de se détourner du cinéma de son père, le fils en reprend les codes esthétiques, et le thème de la société malade de ses dérives. Syd March est employé dans une clinique qui récupère les virus ayant infecté des stars et les inocule à leurs fans. Pour déjouer les contrôles de son employeur, le jeune homme s’injecte les germes afin de les revendre de façon clandestine à son propre compte. Porteur du virus mortel d’une icône planétaire, le voici devenu la cible de groupes criminels et va devoir se battre pour rester en vie... Refusant de renier l'héritage naturel, Brandon Cronenberg explore un univers cher à son illustre papa, compilant éléments de science-fiction, esthétique de l’horreur et prédominance de la chair martyrisée. Le culte de la célébrité et la marchandisation du corps ne sont évidemment pas des propos novateurs. Mais c’est avec une étonnante maitrise que le réalisateur parvient à restituer une atmosphère clinique, aseptisée, à l’aide de sublimes plans fixes et d’une photographie soignée. Révélation L’autre atout principal du film, c’est l’hypnotique Caleb Landry Jones, présent dans la moindre séquence d’Antiviral. Peau crayeuse, inquiétant au possible, le comédien incarne à la perfection une victime impuissante face au mal qui la ronge. On pourra regretter de vraies longueurs (la faute à une intrigue qui joue un peu trop sur la répétition). Mais la déshumanisation de cette société pervertie dépeinte par Cronenberg transforme ce premier long-métrage en une expérience cinématographique inédite et glaçante. Marine Durand

Antiviral, de Brandon Cronenberg. Avec Caleb Landry Jones, Sarah Gadon, Malcom McDowell… Sortie le 13.02


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cinéma

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LA BANDE DES JOTAS Ce troisième long métrage de Marjane Satrapi est son œuvre la plus sincère et aboutie. Après Persepolis (2007) et Poulet Aux Prunes (2011), la réalisatrice franco-iranienne signe un film léger et cynique à la fois. Nils et Didier débarquent dans le sud de l'Espagne pour participer à un tournoi de badminton. Arrivés à l'hôtel, ils découvrent que leur valise appartient à une inconnue. Cette dernière accueille les compères pour procéder à un échange de bagages, puis fond en larmes avant de leur confier qu'elle se trouve à la merci de cinq mafieux qui ont assassiné sa sœur : la bande des Jotas, des tueurs dont les prénoms commencent tous par la lettre « J ». Les sportifs du dimanche, sympathiques mais pas très futés, sont alors confrontés à une série de crimes insolites sous le soleil ibérique. Hommage à la série Z et au western spaghetti, La Bande Des Jotas multiplie les plans façon Sergio Leone, mâtinés de second degré : un littoral touristique balayé comme le grand canyon, des anti-héros captés dans une lumière orangée et majestueuse... Le scénario ayant été écrit durant le tournage, les dialogues semblent parfois improvisés. La spontanéité et la complicité, voilà les vrais leitmotivs d'un film dont le rôle principal est tenu par Satrapi. Celle qui n'aime pas trop la violence, « sauf quand elle stylisée et envisagée avec humour, comme le fait Robert Rodriguez dans Machete », livre ici un excellent « délire entre potes ». Une rencontre entre tueurs à gage en plastique et paysages voluptueux. Emilie Laystary La Bande Des Jotas, de et avec Marjane Satrapi Avec Matthias Ripa, Stéphane Roche, Maria de Medeiros. Sortie le 06.02


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cinéma

© Christine Aubry, 2013 Solaris Distribution

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pas très normales

activités

On pensait que Norman, insensible aux avances des chaînes télé, Canal+ en tête, ne cèderait pas aux sirènes du septième art. Le jeune comique, révélé par ses vidéos sur le Web, tient pourtant ici le premier rôle d'une parodie signée Maurice Barthélemy (ex Robin Des Bois). Octave, un jeune Parisien, emménage dans la Creuse avec sa copine. Le couple est perturbé par la présence de grotesques cochons revenants. Souffrant d’un tel scénario, l’intérêt du film repose avant tout sur les blagues potaches et la prestation d’un Norman en roue libre, à l’attitude et au phrasé représentatifs de sa génération. Comme dans ses vidéos, l’action est centrée sur son personnage et filmée à travers l’objectif de son téléphone, ou par la caméra de Thierry Musseau, ignoble vidéaste raté et pervers, sosie stylistique de Hunter Thompson dans Las Vegas Parano. Julien Collinet Un film de Maurice Barthélemy Avec Norman Thavaud, Stéfi Celma, Maurice Barthélemy, Rufus...

le grand retournement Peu médiatisé, Frédéric Lordon, directeur de recherche au CNRS, fait partie des Économistes Atterrés (un collectif réunissant chercheurs, universitaires et économistes antilibéraux). En 2011, cet essayiste incisif s'est fendu d'une « comédie sérieuse sur la crise financière »... en alexandrins ! Gérard Mordillat réussit le pari de transposer cette pièce au cinéma. Idée de génie  : installer les banquiers, ministres et un étonnant Président dans le décor d'une vaste usine désaffectée, témoin et allégorie de la crise. Ces murs délabrés laissent de l'espace aux comédiens (tous parfaits) pour donner vie à un texte aussi drôle qu'instructif. Loin du théâtre filmé, Mordillat propose une mise en scène vive, renforcée par le rythme des alexandrins, dont la petite musique tient le spectateur en haleine... et change de l'écœurant refrain libéral. Thibaut Allemand Un film de Gérard Mordillat, avec J. Weber, F. Morel, F. Delapersonne, P. Mille, E. Baer… À lire / F. Lordon, D'un retournement l'autre, Éd. Seuil, 2011


exposition

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charles paulicevich Le diable se niche dans les détails Charles Paulicevich, 32 ans, parcourt Bruxelles depuis la fin des années 2000, immortalisant l'a priori banal : concours de beauté pour animaux, champs de foire... Tantôt il saisit un détail, tantôt il révèle ce qui semble anodin ou au contraire, transforme ce qui paraissait évident. Rendez-vous avec un singulier photographe. Salon de l’automobile ou de l’érotisme, spectacles en boîtes de nuit, manifestations sportives… Ces « évènements » savamment organisés relèvent de la théâtralisation. Dans cet ordinaire revêtu de ses plus beaux atours – oublions le bon et le mauvais goût – Charles Paulicevich capte sur le vif des instantanés de vie. On songe parfois à Martin Parr mais Catherine Mayeur, commissaire de l'exposition, modère : « Le travail de Paulicevich n'est pas dénué d'humour, mais il n'y a rien de caustique ou d'ironique ». S'agit-il de dévoiler l'envers du décor ? Pas vraiment : en immortalisant ces procédés de mise en scène, cet artiste de l'ordinaire les renvoie à leur propre réalité. La nuance paraît subtile, elle est pourtant considérable. L'accrochage présente des clichés de taille certaine (55 x 82 cm) de façon horizontale et linéaire. Paulicevich refuse la narration. Pourtant, court ici une petite musique (la fameuse Variation ?), chaque image contextualisant la suivante. Une continuité s'instaure alors sur des rapports formels, de couleurs, de sujets, voire sur des associations d'idées – entre les images, bien sûr, mais aussi à l'intérieur même de ces clichés : ainsi de ce jeune homme esseulé à la piscine, les yeux dans le vague, un nageur hors-champ et l'Atomium en arrière-plan. Quel est le sujet ? Bruxelles  ? Les jeux de bains  ? La solitude  ? À chacun de trouver sa réponse. Comme le souligne Catherine Mayeur, Paulicevich « renforce le caractère fictif du réel une fois photographié ». À méditer. Thibaut Allemand

Charles Paulicevich - Variation. « Cet ouvrage est un tissu de mensonges. à Bruxelles, il pleut. » Jusqu'au 12.05, Charleroi, Musée de la Photographie, mar>dim, 10h>18h, 6/4/3€, gratuit le 1er dim du mois, +32 (0)71 43 58 10 ▲


Images issues de la sÊrie Variation Š Charles Paulicevich


On Aura Tout Vu, défilé « Fishing for compliments », hiver 2010-2011 © OATV / photo Guillaume Roujas

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Habits de lumière Autrefois emprisonné par des armatures, déformé par des robes aux dimensions extravagantes, le corps est maintenant mis en scène sur les podiums des défilés. à travers des silhouettes emblématiques, la Cité de la mode et de la dentelle de Calais revient sur cinq siècles de théâtralisation par le vêtement. Rien d’étonnant, donc, à ce que la scénographie s’articule en plusieurs actes. L’exposition, qui présente croquis, peintures, costumes, et pièces de haute couture, s’arrête longuement sur la fraise, caractéristique des élites de la Renaissance tardive (ou Maniérisme, 1520-1580). « Dans La Folie Des Grandeurs, dont sont projetés des extraits, celle de Don Salluste (Louis de Funès) est imposante, pour montrer à quel point il est orgueilleux » sourit la co-commissaire Isabelle Paresys. Focus ensuite sur la magnificence des ornements, dentelles et pierreries d’époques, dont s’inspire pour ses créations le brodeur Ollivier Henry. Acte III du parcours, place au « corps en cage », qui est aussi masculin : les gentilshommes étaient sanglés dans des pourpoints qui se rapprochent du corset, dont on constate, avec l’espace « défilé», à quel point il a inspiré les couturiers, Dior et Gaultier en tête. Dans les souliers d’un autre Point d’orgue de ce « spectacle de la mode », la costumerie offre la possibilité, sous la houlette d’un médiateur, d’essayer des répliques spécialement confectionnées par des élèves costumiers. « J’ai voulu que les gens constatent combien il était compliqué de s’habiller seul, de s’asseoir avec un vertugadin ou une crinoline, souligne Isabelle Paresys. Sans oublier qu’il y a un côté très sensuel au fait de pouvoir toucher les vêtements ». Une mise en pratique inédite qui achève de nous en mettre... plein les yeux. Marine Durand

Plein les yeux ! Le spectacle de la mode. Jusqu'au 28.04, Calais, Cité internationale de la dentelle et de la mode, tous les jours sauf le mardi, 10h>17h, 5/2,5e. +33 (0)3 21 00 42 30

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Fondation Pierre Bergé – Yves Saint Laurent © A. Guirkinger (H/W 1966) // Yves Saint Laurent, 1969 © Jeanloup Sieff, The Estate of Jeanloup Sieff

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L’homme moderne Une exposition Yves Saint Laurent peut-elle encore nous surprendre ? La question se posait, tant l’œuvre du créateur du tailleur-pantalon, du smoking pour femmes ou de la saharienne semble ancrée dans notre patrimoine culturel. Mais ici, le défi est joliment relevé. Déjà à la tête de la rétrospective organisée au Petit Palais en 2010, Florence Müller s’est plongée dans les archives pléthoriques de la Fondation Pierre Bergé-Yves Saint Laurent : « Sur la centaine de pièces rassemblées, environ 80 n’ont jamais été dévoilées. Mais je ne pouvais faire l’impasse sur quelques vêtements emblématiques, comme la mariée de tricot ou la robe Mondrian, des repères pour le public. » Au sein de cette diversité thématique totalement inédite, on s’attardera du côté de la sélection « Rive gauche », qui souligne la modernité de Saint Laurent. En osant, dès les années 70, le mélange de pièces de luxe et de vêtements bon marché, il fut le premier à traduire en haute couture les bouleversements de la société. à noter aussi, la maison de couture pour poupées qui révèle l’étonnante précocité du créateur. De son adolescence à son entrée chez Dior comme assistant en 1955, il dessine des collections pour chacune de ses « paper dolls » et façonne, à travers le jeu, son talent visionnaire. Autre petit bijou de l’exposition, une salle nous ouvre enfin les coulisses de la création. On y découvre le mannequin aux mensurations de Zizi Jeanmaire, dans les bras de laquelle Saint Laurent fondra en larmes lors de la présentation triomphale de sa première collection éponyme, en 1962. Marine Durand Yves Saint Laurent Visionnaire. Jusqu'au 05.05, Bruxelles, Espace culturel ING, tous les jours, 10h>18h, mercredi jusqu’à 21h, 8/6/5€/gratuit, +32 (0)2 547 22 92


Le chant des sirènes « Antonia Small pose un regard amoureux sur ces gens et cette île  » confie Nicolas Ammeux, directeur de la maison folie de Beaulieu. On tombe également sous le charme des ces clichés pris de l'autre côté de l'océan. Pourquoi les images d'un si lointain village renvoient-elles autant d'échos familiers ? D'emblée, on est saisi par la dizaine de portraits qui ouvre le parcours. Enfin, portraits... Les habitants du petit village de Port Clyde (Maine, USA) et de l'île de Monhegan, à 22 kilomètres au large des côtes, ne posent pas. Ils pêchent, principalement. Toute leur existence, du berceau à la tombe, est tournée vers l'océan. Ces visages, ce travail aux gestes quasi-ancestraux et cette vie, modeste mais pas misérable, Antonia Small les a saisis. Son travail se situe à mille lieues du tourisme (Small vit à Port Clyde depuis des années) ou de l'exotisme. Ainsi d'une partie de cartes, ou du salon d'une grand-mère qui rappelle de longs dimanches qu'on a tous connus. Ces tirages argentiques en noir et blanc (70 x 70cm) dévoilent un mode de vie peu à peu menacé par la pêche industrielle intensive et le changement climatique, entre autres. Des problèmes que connaissent les pêcheurs de la Côte d'Opale, par exemple. D'ailleurs, cette réflexion est prolongée avec une projection-débat, le 22 février, autour de The Fish Belong To The People (2010), signé William Hyler et évoquant cette question. Partir à l'autre bout du monde en restant dans la région, rencontrer d'autres cultures et en apprendre beaucoup sur la sienne ? C'est un peu l'histoire de la maison Folie Beaulieu, finalement. Thibaut Allemand Song for the sea 02.02>17.03, Lomme, maison Folie Beaulieu, mer, 10h>12h, 14h>18h, jeu, 14h>18h, ven, 14h>20h, sam, 10h>12h, 15h>18h, dim, 15h>18h, gratuit, Visite guidée sur rdv, +33 (0)3 20 22 93 66

Détail, Family © Antonia Small

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© Boris Dambly

© DR

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voyage à travers les collections de Bavay...

We Are Sealand

Parquet, vitrines, typographie…c'est dans une ambiance digne du xixe siècle que l'on effectue ce voyage. Le parcours retrace (chronologiquement) deux siècles d'histoire de fouilles de 1780 à 1976, soit un patrimoine exceptionnel constitué d'objets archéologiques bavaisiens issus de collections privées comme de prestigieux musées. L'occasion de découvrir le bronze d'Antinoüs, volé en 1901 au musée de la Chartreuse de Douai et détenu jusqu'ici par le Museum of Fine Arts de Boston ou encore la statue d'Hercule, empruntée au British Museum. Outre la valeur esthétique de l'objet, c'est son contexte de découverte qui est ici mis en lumière, notamment grâce à des archives de fouilles, des correspondances ou des aquarelles. Toutes les conditions sont réunies pour admirer un patrimoine antique éparpillé aux quatre coins du globe. Elsa Fortant

En 1967, une plate-forme militaire de 550 m², abandonnée dans la Manche au large des côtes anglaises, est occupée par une famille de cinq membres dont le patriarche, Paddy Roy Bates, se proclame roi. Sealand est né. Il est décédé en octobre dernier mais la principauté, qui édite timbres et frappe monnaie, existe(rait) toujours. De quoi inspirer plus d'un doux-rêveur... Ainsi de ce voyage (en radeau !) vers Sealand du Re : Collectif. Partis en septembre dernier du port de plaisance d'Ath, nos plasticiens font escale à Bruxelles... Cette exposition d'un soir tiendrait de la performance. Il s'agirait d'«  un évènement caractérisé par sa spontanéité et par l’onirisme de toutes choses éphémères. L’acte en présence et la présence en acte ». Sealand est une belle imposture. Et cette improbable «  odyssée  » jongle avec les mêmes codes, entre mystification, farce et canular. Thibaut Allemand

Jusqu'au 27.08, Bavay, Forum Antique, tlj 9h>12h, 13h>18h, sf mer et sam matin, 5/3€, + 33 (0)3 59 73 15 50

21.02, Bruxelles, Galerie 10/12, 19h30, (et 22>24.02, sur rendez-vous), entrée libre, +32 (0)496 76 45 74


Détail, Les Animaux et Nous © DR. © Courtesy David Zwirner, New York/London ; Galleri Magnus Karlsson, Stockholm ; et Zeno X Gallery, Antwerp. © Adagp Paris, 2013.

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Portrait Gino Lattuca © Sébastien Marcq

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We Want Jazz

Jockum Nordström

Mons, pépinière de fanfares et d'harmonie, ne pouvait rester insensible au jazz. À travers les parcours marquants de cinq artistes montois– et autant de générations – We Want Jazz offre de redécouvrir l'histoire de cette musique populaire (et l'apport de Mons). Comment ? Avec entre autres une gigantesque frise historique, des photographies émouvantes, et... des douches sonores (des cabines dans lesquelles on diffuse du jazz). Le tout sous la houlette du légendaire Michel Mainil, excusez du peu !

En cinq salles, une vingtaine de dessins au crayon sur papier, près de quarante collages et une dizaine de sculptures en carton, l'expert comme le curieux ont de quoi se réjouir. D'apparence candide, le travail de Jockum Nordström jongle avec les références culturelles suédoises, relate des scènes de la vie quotidienne ou s'essaie à l'architecture en réalisant des... immeubles en carton. Plaçant son érudition au service d'une naïveté revigorante, habillant un discours humaniste de matières jugées pas ou peu nobles, le Suédois pousse l'art contemporain dans des retranchements inattendus.

16.02>14.04, Mons, Salle Saint-Georges, mar>ven, 12h>18h, sam& dim, 14h>20h, gratuit, +32 (0) 65 40 56 02

Bracelet éponge © A. Leprince © ADAGP, Paris 2013

Christian Astuguevieille

16.02>19.05, Roubaix, La Piscine, mar>jeu, 11h>18h, ven, 11h>20h, sam>dim, 13h>18h, 5,5/4€, + 33 (0)3 20 69 23 60

16.02>19.05, Villeneuve d'Ascq, Lam, mar>dim, 10h>18h, 10/7€, +33 (0)3 20 19 68 88

Voici un auteur d'écritures imaginaires, un créateur de totems pour des divinités inventées de toutes pièces, dont la notion de civilisation chimérique demeure le leitmotiv. Utilisant, entre autres, le bronze, l'éponge ou la corde (de chanvre, de coton naturelle ou patinée), l'artiste donne naissance à une œuvre-monde où l'on retrouve des bijoux, des meubles, des dessins, des sculptures totémiques ou encore des fresques murales, dont l'une a été expressément réalisée pour cette exposition-événement.


exposition

Voices Of The Sea, Sans titre 7, Série Passage © Franck Bernhard

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agenda

Voices of the sea Après Watercolours et Visions romantiques des côtes de la Manche, voici la troisième étape d’un cycle d’expositions sur les représentations du littoral calaisien. Celui-ci a inspiré de nombreux photographes, dont B. Plossu, P. Lesage, M. Parr ou encore L. Henno. Une vingtaine d'artistes et une centaine d'œuvres inspirées, entre autres, par le tourisme, les migrations ou encore la construction du Transmanche. Ou quand l'esthétique rencontre le politique.

Circle of dreams, cercle de rêves Cinéaste, musicien, plasticien… et lithographe ! En 2007, David Lynch découvrait la lithographie dans l’atelier parisien Item où travaillèrent Matisse ou Picasso. La célèbre mèche blanche avait déjà présenté certaines de ces œuvres au Musée du dessin de Gravelines en 2010. Voici 170 pièces, sur pierre ou sur bois, et quelques courtsmétrages, le tout demeurant dominé par un onirisme noir et narratif.

CALAIS, jusqu'au 14.04, Musée des Beauxarts, mar>sam, 10h>12h, 14h>17h, dim, 14h>17h, 2/1€, +33 (0)3 21 46 48 40

La Louvière, 23.02>19.05, Centre de la Gravure et de l'Image Imprimée, mar>dim, 10h>18h, 6/4/3/1,25€, +32 (0) 64 27 87 27

Choses

Renaissance

Le credo de Mathieu Lehanneur ? Le «  mieux-vivre  ». Cette idée-phare anime Choses, première exposition monographique consacrée au designer touche-àtout de 38 ans. Citons entre autres The Island (diffuseur minéral apportant ses bienfaits aux cellules de l’organisme), dB (filtre à bruit autonome), Andrea (purificateur d’air) ou encore C° (chauffage infrarouge intelligent) mettant ainsi en évidence la relation entre la recherche scientifique et le design.

Un rapport avec le nouveau souffle promis par le fameux musée au bassin minier ? Peut-être. La première exposition temporaire du Louvre-Lens propose, sur près de 1 800 m², 13 salles et plus de 250 œuvres (peintures, sculptures, gravures…), un témoignage du foisonnement artistique d'une période longue (près de deux siècles). À ne pas manquer, plusieurs chefs-d'œuvres (la Sainte-Anne inachevée de Léonard de Vinci, l’Arc de triomphe de l’Empereur Maximilien 1er de Dürer…).

Hornu, jusqu'au 31.03, Grand-Hornu Images, mar>dim, 10h>18h, 6/4€, +32 (0) 65 65 21 21, www.grand-hornuimages.be

Lens, jusqu'au 11.03, Musée du Louvre-Lens, tlj sf mar, 10h>18h, 9/8€/grat, www.louvrelens.fr


Renaissance 2.0 © Frederic Raevens

Renaissance, Scènes de la vie de la Vierge et quatre Saints franciscains © Musée du Louvre, Dist. RMN / Pierre Philibert

Anatomies de l'étrange

Qantara

Au-delà de l'illustration de l'extraordinaire, Anatomies de l'étrange lie science et imaginaire collectif, cultures érudite et populaire. On y trouve des rites funéraires, des métamorphoses et monstruosités humaine ou animale, voire un bestiaire dévoilant cyclopes et autres sirènes. Le parcours amène petits et grands à s'interroger sur l'a-normalité.

En une douzaine de thèmes (littérature, commerce, art de vivre...), cette passerelle (Qantara, en VF) de 600 m² pose une nouvelle lumière sur le vaste monde méditerranéen. Des objets issus du patrimoine archéologique et de nombreux écrans diffusant des documentaires (souvent courts mais toujours instructifs) invitent à mieux connaître les particularités d'une région s'étendant de Gibraltar à Tel Aviv, en passant par Benghazi ou Toulon.

Lille, jusqu'au 03.03, Musée d'Histoire Naturelle, lun>ven, 9>12h, 14>17h , dim 10>17h, fermé mardis et samedis, 3,5/2,5€, +33 (0)3 28 55 30 80

Renaissance 2.0 C'est la révolution technique la plus importante depuis Gutenberg. Un doute, une question sur une date, un nom ? Internet répond. Or, l'histoire de la Toile serait... belge et remonterait au xixe siècle ! Comme l'explique clairement, hum, Wikipedia, « le Mundaneum avait pour but de réunir dans un même lieu toutes les connaissances du monde, sous toutes ses formes (livres, affiches, journaux du monde entier...) dans un gigantesque et novateur Répertoire Bibliographique Universel  ». C'est cette histoire que le musée se propose de retracer. Mons, jusqu'au 01.07, Mundaneum, mar>ven, 13h>17h, sam>dim, 13h>18h, 5€, +32 (0) 6 531 53 43

Tourcoing, jusqu'au 03.03, Institut du Monde Arabe, mar>dim, 10h>18h, gratuit, +33 (0)3 28 35 04 00

Walden Memories Signé Henry-David Thoreau, Walden Memories retrace deux années passées dans une cabane en rondin, à l'écart du monde et des Hommes. JeanFrançois Peyret, lui, propose un projet tenant à la fois de l'installation et de la performance. Forêt « augmentée » technologiquement, mêlant images recomposées, musiques improvisées et mots du poète, Walden Memories se penche sur les rapports qu'entretient l'Humanité avec les sciences et les techniques. Tourcoing, 09.02>31.03, Le Fresnoy, mer > jeu & dim, 14h>19h, ven>sam, 14h>21h, 4/3€, gratuit dim, 33 (0)3 20 28 38 00


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« La spontanéité

est une question centrale pour moi. J'aime les

imperfections »


interview

carolyn carlson Une palette d'émotions Propos recueillis par ¬ Audrey Jeamart Photos ¬ Christian Kettiger, Frédéric Iovino

Les monochromes méditatifs de Mark Rothko (1903-1970), ont inspiré la danseuse et chorégraphe Carolyn Carlson au point qu'elle consacra un ouvrage à cette figure de l'expressionnisme abstrait américain (Dialogue With Rothko, 2011). De ce texte, et de l'influence picturale du maître, la directrice du Centre Chorégraphique National de Roubaix a composé un solo. Préférant le terme de « poésie visuelle  » à celui de chorégraphie, elle traduit ici l'épure essentielle d'un artiste majeur, et signe sa dernière création avant son départ du CCN, en décembre prochain. Quelle est la genèse de ce Dialogue avec Rothko ? J’ai découvert ce peintre il y a plus de quinze ans au Musée d'Art moderne de Paris. J’ai été touchée par sa simplicité, la sensualité de ses couleurs et son goût pour la tragédie. Ce fut un véritable choc, une révolution pour moi. Puis, en 2011, les éditions Invenit m'ont commandé un recueil de textes inspirés de son œuvre. J’ai plongé dans ses créations, afin de m'approcher au

plus près de sa psyché et de sa façon d'appréhender le monde, tout en m’inspirant également de rêves, de voyages. Quelques-uns de ces textes sont d'ailleurs repris dans la bande sonore de ce solo. Comment traduit-on l'œuvre d'un peintre sur scène ? En dansant, je traduis surtout la pureté du geste. Je travaille beaucoup à l’intuition. Certaines tentatives sont ▲

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imparfaites, mais je les conserve tout de même. Chacun l’interprète ensuite à sa manière, perçoit des choses qui n’étaient pas intentionnelles. Comme dans les compositions florales au Japon, il y a toujours un petit défaut, un élément qui n’est pas au centre… La spontanéité est une question centrale pour moi. J'aime les imperfections. Comment avez-vous construit ce spectacle ? La pièce se divise en trois parties. La première possède une tonalité légèrement absurde, la deuxième, plus mystique, est empreinte de gravité, tandis que dans la dernière, je plonge dans l’obscurité. Je cherche à percer le secret de Rothko, en suivant l’évolution

de sa peinture, jusqu’à son dernier tableau, entièrement noir, où il plonge dans le vide et entre dans l’éternité (ndlr. le peintre s'est suicidé à 66 ans à la suite d'un anévrisme lourdement handicapant). Et le décor ? Il s'agit d'un décor simple et minimaliste. C'est l’atelier du peintre. Deux toiles, une petite table basse et une lampe très forte. J’ai recours à peu d’accessoires, mais je porte plusieurs gants différents. Chez Rothko, comme dans la pièce, toute l’expression est dans la main. Enfin, le noir des murs représente celui de la dernière toile de Rothko.


« J'ai tenté de recréer

le mystère de Rothko »

Avez-vous immédiatement envisagé ce dialogue sous la forme d'un solo ? C'est vrai que ces dernières années, je présentais toujours chaque solo comme le dernier. Mais l’occasion s’est toujours représentée. J’ai toujours envie de créer, de danser. Quelle est la place du musicien Jean-Paul Dessy ? Jean-Paul a créé une partition originale, et la joue au violoncelle sur scène. La musique est très importante, elle structure l’espace et confère à la pièce une ambiance étrange. À l'image du travail de Rothko, dont les peintures ne contiennent aucune ligne parfaite. Il subsiste toujours un flou qui permet d’imaginer énormément de choses. J'ai tenté de recréer ce mystère. C’est votre dernière année en tant que directrice du CCN. Quel bilan en tirez-vous ? Chaque pièce que j’ai montée ici a été importante pour moi, chaque jour a compté. Mais ce qui me manquera le plus, c’est l'équipe. Nous sommes

vraiment proches, il y a une grande complicité entre nous, un respect, un soutien. Le premier principe du zen est que la vie est brève, et comporte une certaine ironie. C’est pourquoi il faut vivre dans l’instant. J’ai passé neuf ans ici, et j’ai profité de chaque moment. Désormais, il est temps de passer la main. J’ai essayé d’ouvrir l’imaginaire de chacun, je souhaite que mon successeur poursuive cette mission. Car pourquoi faisons-nous tout cela ? Pour le partage, évidemment.

Dialogue Avec Rothko 14>16.02, Roubaix, Le Colisée, 20h30, 25/22€, +33 (0)3 20 24 07 07


Marcel Duchamp © DR

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LA CURIOSITé

EST UN DIVIN DéFAUT Dixième édition déjà ?! On pensait avoir hiberné, mais Romaric Daurier livre une explication plus simple  : les Cabarets de curiosités ont lieu plusieurs fois dans l'année. Instigateur de l'évènement, le directeur du Phénix de Valenciennes lève un coin du voile sur cette nouvelle édition, baptisée Springbreak, et placée sous le signe de la renaissance. « J'ai toujours fantasmé un espace d'avant-garde et de recherche au sein d'une Scène nationale », confie celui qui a pris la tête du Phénix voici trois ans. D'avantgarde, il est justement question ici, puisque l'ombre de Marcel Duchamp plane sur nombre de ces propositions. Aussi facétieuse et iconoclaste soit-elle, cette figure n'est-elle pas écrasante ? Le critique d’art G. Désanges et le comédien F. Cherboeuf prouvent le contraire. À la croisée du théâtre et de la danse, de la performance et du cinéma, leur création présente Duchamp comme une source d'inspiration, et non comme une statue du commandeur indépassable. Dépassement Ailleurs, des écrivains incarnent leur textes sur scène, persuadés que leurs mots prennent tous leur sens en étant prononcés. Germinal, créée par A. Defoort et H. Goerger décortique les ressorts de la dramaturgie, l'histoire des sciences et des structures sociales. Sur ce plateau vierge tout est à (ré)inventer : quatre individus découvrent le langage, l'image, la musique, l’ordinateur ou le téléphone. Enfin, l'on tient à souligner notre impatience quant à Jerk, sorte de Who's who des marges. Adapté d'une nouvelle de Dennis Cooper par Gisèle Vienne, ce sombre solo pour un marionnettiste est mis en son par l'électronicien Peter Rehberg (alias CoH) et stylisé par Stephen O'Malley, chantre du drone-doom avec Sunn O))). Voilà qui promet une joyeuse collision des publics ! Thibaut Allemand Cabaret de Curiosités Avec Baron Samedi (06.02), Marcel Duchamp (07 & 08.02), Jerk & Germinal (14 & 15.02), Nuits de la Performance avec lectures, performances...(07 & 08.02), programme détaillé sur www.lephenix.fr 05>15.02, Valenciennes, le Phénix, 9€ un spectacle, 3€ les suivants, pass étudiant 15e, Nuits de la Performance : gratuit sur réservation, +33 (0)3 27 32 32 32 À lire / Black White Box, Cabaret de Curiosités, ouvrage collectif, éd. Subjectile, Le Phénix, 113p., 18€


Emporté par la fougue Alors que le légendaire carnaval bat son plein et le pavé, le festival Corps Furieux s'empare de hauts-lieux de Dunkerque. Là aussi, les corps tanguent, se bousculent et s'entrechoquent. Et là aussi, sont conviés des géants de différentes disciplines. Rendez-vous avec une scène en pleine effervescence. Inclassables. Depuis 2005, les créations présentées ne répondent à aucun code ni passage obligé. « Nous avons la chance d'évoluer avec un public qui choisit de découvrir des propositions atypiques  » s'enthousiasme Hélène Cancel, directrice de la Scène nationale du Bateau Feu. Multidisciplinaire, cette sélection exigeante carambole cinéma, danse, cirque et musique. Pas de thème figé, peut-être, mais un objectif dans la ligne de mire : interroger le corps, ses possibilités et ses représentations. Ainsi, Trickster de Didier Galas explore les multiples facettes du très complexe Arlequin au gré des traditions théâtrales (la commedia dell’arte, l’opéra chinois, le nô ou le buto japonais...). Après avoir joué, le corps souffre dans le film Shame (2011) du cinéaste Steve McQueen, traitant de l'addiction sexuelle, du manque ou du trop-plein de jouissance. Ailleurs, dans Ce que le jour doit à la nuit, les douze danseurs d'Hervé Koubi donnent vie à la quête identitaire du chorégraphe. Puis, le bien-nommé Sortir du Corps, interprété par les comédiens de la Compagnie de l'Oiseau Mouche, interroge l'influence de la parole sur notre corps. à la fin, il reste un seul corps qui s'émeut, tremble et vibre : celui du spectateur de Corps Furieux. Elsa Fortant Corps Furieux 31.01>15.02, Dunkerque, divers lieux, +33 (0)3 28 51 40 40, www.lebateaufeu.com Trickster, le 31.01 et 01.02, 20h30, La Piscine // Sortir du corps, 5 &6.02, 20h30, Salle du Méridien // Jur en concert, 7.02, 20h30, 4 Ecluses // Aie, 8.02, 20h30, Salle du Méridien // Ce que le jour doit à la nuit, 14 & 15.02, 20h30, Palais du Littoral

Sortir du Corps © Frederic Iovino

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© Christophe Raynaud de Lage

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Corps à vif Après Hamlet en 2010, David Bobée poursuit sa relecture moderne des textes de Shakespeare. Et voici son Roméo et Juliette, incandescent et organique, dans une Vérone écrasée par la lumière et la chaleur. Quatorze comédiens, danseurs et acrobates donnent corps au mythe revisité. « Je souhaitais une pièce composée d’acteurs de différentes origines, confie David Bobée. Je cherchais un mélange de langues et de couleurs, à l'image du monde dans lequel j’aime vivre ». Comme une envie tenace de coller à l'époque, cet ici et maintenant qu’il a mis en scène durant dix ans avant d'affronter les pièces du répertoire. Cette version de Roméo et Juliette n'est pas une simple transposition. « Shakespeare, c'est bien plus que du papier et de l’encre, c'est vivant », rappelle le trentenaire, qui s'est armé d’une scénographie de cuivre et, surtout, d'une traduction sur mesure. Ce texte cru est parfaitement servi par le jeu physique des comédiens, préservant toutefois des instants oniriques. Ici, le couple mythique n'est plus figé dans sa symbolique et manifeste une fougue adolescente. Cette Juliette vindicative et ce Roméo poète s'inscrivent, en quelque sorte, dans la continuité d’Hamlet : une jeunesse qui cherche à s’émanciper, confrontée au déclin d’une société aux valeurs pourrissantes. En filigrane, se superposent des thèmes très actuels. Une banlieue qui brûle, un pouvoir politique qui néglige la question sociale en privilégiant le fait divers. À l’image de ce prince de Vérone qui arrive après la bataille, châtiant sans chercher à prévenir les causes de la tragédie. Aurore Krol Roméo o et Juliette 07 & 08.02, Maubeuge, La Luna, 20h, 11/8€, +33 (0)3 27 65 65 40 14 & 15.03, Douai, L'Hippodrome, 20h, 21/17/13/10/9€, +33(0)3 27 99 66 66 19>22.03, Béthune, Le Palace, 20h, 18/14/8/7€, +33 (0)3 21 63 29 19


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interview

thierry collet Le tour de la question Propos recueillis par ¬ Thibaut Allemand Photo ¬ Qui Vive avec C. Cacciato, T. Collet (un peu partout, mais en bleu) et K. Demey © Nathaniel Baruch

« Pour moi, la magie n'est pas une fin en soi, mais le moyen de s'interroger sur des domaines politiques et sociaux  » confie Thierry Collet au détour d'une phrase. Entouré de ses confrères Carmelo Cacciato et Kurt Demey, ce comédien et prestidigitateur utilise ses talents d'illusionniste pour lever le voile sur certains tours de magiciens et d'autres, qu'on nous joue quotidiennement. Qui Vive dévoile le secret de quelques tours. N'est-ce pas sacrilège ? Non, car les tours que nous révélons sont disponibles dans n'importe quelle mallette de magie pour enfants. Mais ce n'est pas une conférence, les dispositifs de révélations sont théâtraux. Le public peut faire l'aller-retour entre le plaisir d'être émerveillé et le plaisir de comprendre. Vous ne faites pas de la magie « pour  endormir les gens, mais pour les réveiller  », proclame votre manifeste. Que voulez-vous dire ? Le magicien est un marchand de sable, qui détourne l'attention de ce

qu'il fait vraiment. Or, le public est heureux d'être dans l'illusion et ne veut surtout pas connaître le truc. Mais jusqu'à quel point, dans notre vie de citoyen, ne veut-on pas savoir ? Rester dans l'ignorance, c'est la solution de facilité. Il est beaucoup plus difficile de s'informer et d'utiliser son esprit critique. Le magicien passe un contrat clair avec le public, en prévenant qu'il va tromper son monde. Or, dans nos vies, ces techniques sont utilisées à des fins moins heureuses. Pourriez-vous donner un exemple concret ? Prenons le cas de Colin Powell. En


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« Le magicien passe un contrat clair avec le public, on sait qu'il 2003, pour convaincre l'ONU que l'Irak disposait d'armes de destruction masva tromper son monde » sive, ce secrétaire d'État des États-Unis brandit une fiole qu'il présente comme remplie d'anthrax. C'est un leurre, de la même façon qu'un magicien explique qu'il n'a rien dans les manches ou que sa boîte est vide. Donc la magie, c'est simplement la différence entre celui qui sait et celui qui ne sait pas ? Oui. Celui qui a l'information a le pouvoir. Nous pensons être sur-informés, car nous sommes abreuvés d'images. Or, il ne faut jamais oublier qu'il y a toujours un hors-champ. On prend l'image

pour vraie, mais elle est cadrée. On a choisi de nous la montrer ainsi. Comme le magicien choisit de mettre l'accent sur un geste plutôt que sur un autre.

Retrouvez l'intégralité de l'interview sur www.letsmotiv.com Qui Vive 12 & 13.02, Feignies, Espace Gérard Philippe, 20h, 11/8e,+33 (0)3 27 65 65 40


© Alexandre Vernerey

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à mots ouverts En retrait, pas en retraite. Toujours plus rare à l’écran, Jean-Louis Trintignant s’est retiré dans la poésie. L’espace privilégié des méditations auxquelles l’âge le porte, sans doute. Mais un foyer où se ranime, toujours ardent, le désir d’habiter les mots des autres, et de retrouver la scène. Avec Vian, Desnos et Prévert comme compagnons de route. Recevant sa dernière Palme d’or, Jean-Louis Trintignant citait l’auteur de Paroles : «  Et si on essayait d’être heureux, ne serait-ce que pour donner l’exemple  ?  ». Le choix des mots est devenu essentiel chez ce monstre (sacré) de retenue. D’où la poésie, et l’annexion à sa quête de trois bons exemples. Parce que Desnos, Vian et Prévert sont trois poètes foncièrement libertaires, qui continuent de chanter la résistance et le combat en ces temps de résignation, et dont le comédien prolonge échos et éclats avec la simplicité requise (en « racontant des histoires dans une jolie langue » plus qu’en ne disant de la poésie). Après avoir prêté sa voix à Aragon et Apollinaire (plus « élitistes », selon lui) le comédien s'en remet enfin à ces doux anarchistes, porté par leur don de « parler légèrement des choses graves ». Pour toucher le plus vaste public, dans l’intimité de salle à dimensions humaines. Et parce que ces trois grands prétendants au bonheur ont toujours à délivrer, quant aux petites et grandes choses de l’existence, une parole touchante, souvent drôle, mais toujours lucide : la politesse de ceux qui connaissent tous les revers de médailles ? François-Xavier Béague Trois poètes libertaires du XXe Siècle (Vian, Prévert, Desnos) 21.02, Mouscron, Centre Marius Staquet, 20h30, 35/33/31€, +32 (0)5 686 01 60 22&23.02, Bruxelles, Wolubilis, 20h30, 45/40/29€, +32 (0)2 761 60 30 09.03, Liège, Le Forum, 20h30, 33,50€, +32 (0)4 223 18 18


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Festival les petits Pas Festival de danse contemporaine jeune public, l'association de ces notions peut dérouter. Pourtant, Les Petits Pas sont nés en 2006 comme une réponse évidente au manque de spectacles de danse pour enfants. Au fil des ans, ce festival pionnier du genre s’est imposé grâce à une programmation exigeante élaborée par Danse à Lille. Cette année, il accueille Cuisses de grenouille, par la Cie Caterina et Carlotta Sagna, programmé à l'Opéra de Paris l’an dernier. Désireux de sortir du cadre traditionnel de la représentation, Les Petits Pas osent les propositions « hors les murs », dont la création déambulatoire et sensorielle de Cyril Viallon, qui s'apprécie en pleine nature de Wavrin à Lesquin, en passant par Loos ou Ronchin. Intrigante également, la performance d’Alexandra Meijer, dans un lieu tenu secret, quelque part entre la France et la Belgique. Madeleine Bourgois 04>15.02, Roubaix, Lille Wavrin, Loos, Ronchin, Lesquin, Frelinghien,...7/5€, Pass : 3 spectacles pour 15€, Infos et résas : +33 (0)3 20 20 70 30

L'une des plus fameuses œuvres de J-P Rameau (1683-1764) est également l'une des plus faussement légères. Derrière l'histoire d'une grenouille (Platée, donc) convaincue d'être la future élue du Roi des Dieux, se jouent également la question du grotesque et du sublime, intimement mêlés dans la cour de Louis XV... mais aussi à notre époque. Montée en 1988 par le chef d'orchestre J-C Malgoire et le metteur en scène F. Raffinot, Platée est ici moins repris que réinterprété, le tandem dirigeant l'Atelier Lyrique de Tourcoing ne mettant plus l'accent sur les mêmes enjeux. Ainsi, la place prépondérante de l'image dans notre société a inspiré Raffinot, qui rehausse la mise en scène de théâtre d'ombres et d'images de synthèse. Cet opéra, dans lequel la danse joue aussi un rôle majeur, révèle de nouvelles facettes. À dans vingt-cinq ans ? Thibaut Allemand 8, 10 & 12.02, Tourcoing, Théâtre Municipal Raymond Devos, 20h, sf dim, 15h30, 45/43/35/33/10€, +33 (0)3 20 70 66 66

© Sylvie Skinazi

© Eric Maes

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Platée


© Kurt Vander Elst

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The Fault Lines © Eva Wu Rdinger

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Scheisseimer

Souvenirs dessinés d'une guerre Dans Scheisseimer, le plasticien et dramaturge belge Koenraad Tinel, fils de collaborateurs, restitue ses souvenirs en Allemagne durant la guerre. Seul sur scène au milieu de 240 tableaux (miroirs de l'expérience endurée), le septuagénaire conte le quotidien de la guerre, en évitant soigneusement l'analyse pour mieux traduire ses émotions d'enfant. Tinel n'a pas « écrit » de texte – mais il raconte chaque soir, avec des mots différents, une expérience douloureuse et indélébile  : son milieu d'origine, et le thème poignant qu'est l'héritage de la faute. 20>23.02, Bruxelles, Théâtre des Tanneurs, 20h30, 10/7,5/5€, +32 (0)2 512 17 84

© Eric Didym

savoir-vivre

23.02>20.03, Bruxelles, Théâtre Varia, 20h sf mer, 19h30, 20/15/12€, +32 (0)2 640 82 58

Performatik Dix jours durant, à l'initiative du Kaaitheater, Performatik transforme Bruxelles en porte-étendard de la performance. Vingt-quatre expositions, performances, installations ou chorégraphies (et parfois, tout cela à la fois) investissent huit musées et théâtres de la capitale. S'il ne fallait vraiment retenir qu'un nom, ce serait sans doute Boris Charmatz. Dans son Brouillon - an exhibition in motion, le chorégraphe français et ses danseurs bousculent la mise en espace en accrochant, décrochant et baladant les tableaux. Tourneboulant ! 23 & 24.02, 14h>19h, Bruxelles, Argos, 14h>19h, 5€, www.argosarts.org Festival Performatik : 22.02>4.03, Bruxelles, divers lieux, +32 (0)2 201 59 59

Le metteur en scène Michel Didym ne joue pas à Desproges, il joue du Desproges – nuance de taille. Sur scène aux côtés de Catherine Matisse, Didym présente un florilège de textes et d'inédits du génie pince-sans-rire. Avec ce même souci d’irrévérence, le tandem poursuit le combat contre la bêtise sous toutes ses formes. Tandis que la télévision rediffuse les sempiternelles apparitions du bouffon tragique, Didym plonge à la source de son talent, l'écriture. Étonnant , non ?


Henry VI © Nicolas Joubard

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Mr et Mme Rêve 02 & 09.02

Henry VI

Cie Pietragalla-Derouault

M-C. Pietragalla et J. Derouault s'emparent librement des écrits d'Eugène Ionesco. Insolite et dérangeante, cette œuvre n'était pas destinée à la danse. On y retrouve pourtant, dans la répétition machinale de mots et de gestes, l'esquisse d'une chorégraphie. Ce duo enflammé est ainsi le témoin de « divines hallucinations ». Il croise des rhinocéros ou s'envole dans le cosmos. Le tout grâce à des animations en 3D ! Ionesco et la 3D ? Pas si absurde. Lens, Le Colisée, 02.02, 20h30, 18,90/14,20€, +33 (0)3 21 28 37 41 // Béthune, Théâtre, 09.02, 20h30, 22/18/3€, + 33 (0)3 21 64 37 37

C'est la première fois qu'un opéra de L. Janácek est présenté à Lille ! Jenufa conte un infanticide et une rédemption sur des mélodies peu classiques et des décrochages rythmiques inattendus. Mis en scène par P. Caurier et M. Leiser, servi par l'ONL, ce spectacle a triomphé lors de sa création en 2007. Ce sera, on l'espère, le premier d'une longue lignée de Janácek joués dans la capitale des Flandres. Lille, L'Opéra, 20h, 67/47/29/12/5€, + 33 (0)8 20 48 90 00

15 actes, 12 000 vers, 150 personnages et 50 ans d'Histoire ! Si Thomas Jolly divise cette trilogie en deux parties, présentées un soir chacune, l'intégralité de la pièce est jouée le troisième jour (durée 8h30). 18 comédiens interprètent plusieurs rôles, dans une mise en scène proche de l'originale. On a beau connaître l'issue de ce règne mouvementé, le suspense et le caractère romanesque de cette œuvre-maîtresse tiennent le public en haleine. Béthune, Le Palace, 06.02, 19h, sf sam, 15h, 18 à 7€ // Arras, Théâtre, 07>08 & 09.03, 19h30, 21 à 9€, sf sam, 15h, 30 à 16€

Jenufa 02, 05 & 07.02 L. Janácek / P. Caurier et M. Leiser

06>07 & 09.02 W.Shakespeare / T. Jolly – La Piccola Familia

Uprising / The Art Of Not Looking Back 08.02

Une salle, deux ambiances ! En première partie de soirée, Uprising  : sept danseurs alternent mouvements de groupes et duos en corps à corps sous haute tension, sur fond de musique percussive. Plus léger et autobiographique, The Art Of Not Looking Back et ses six danseuses constituent son pendant féminin. L'ensemble résume bien la personnalité trouble du chorégraphe H. Shechter, proche de W. Vandekeybus. Douai, L'Hippodrome, 20h, 21/17/13/10/9€


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Le Mec De La Tombe D'à Côté © Isabelle de Beir, Théâtre Le Public

danse

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agenda

Crise de foi

Le mec de la tombe d'à côté

13.02

Sophia Aram

Éclatante d'insolence, Sophia Aram est l'un des grands esprits libres de l'époque. Dotée d'un humour piquant et d'une témérité jamais prise en défaut, la comédienne fait trembler les puissants à la seule force de sa prose. Ici, l'impertinente moque les obscurantismes de tous poils avec une excellence qui frise le génie. Cette digne héritière de Voltaire réactualise l'esprit des Lumières. Il était temps ! Armentières, Le Vivat, 13.02, 20h30, 23/18/11€, +33 (0)3 20 77 18 77 // Lille, 13.05, Théâtre Sébastopol, 35€, +33 (0)3 20 17 34

Sortie de scène 13.02>10.03

N.Bedos / J-C Idée

Auteur de comédies à succès, Pierre Monceau, la soixantaine exaspérée, règle ses comptes. De missives enflammées en pamphlets énervés, tout le monde y passe ! Mais lorsque sa nièce dépressive débarque chez lui, cet Alceste moderne est contraint de mettre de l'eau dans son vin. Nicolas Bedos se livre sans doute un peu dans cette pièce grinçante d'humour noir, servie par des acteurs remarquables, Jean-Claude Frison en (mauvaise) tête ! Bruxelles, Théâtre des Galeries, mar>dim, 20h15, dim, 15h, 24>10€, +32 (0)2 512 04 07

14 > 16 & 23.02 D'après K. Mazetti / M. Marchese – Th. Le Public

Ce mec, c'est Jean-Marie, un agriculteur un peu rustre. Elle, c'est Daphné, citadine raffinée et pimbêche. Ils n'ont rien en commun, mais leurs proches sont enterrés sous des dalles mitoyennes. Entre ces deux opposés, l'amour naît peu à peu… Dans son roman, la suédoise Katarina Mazetti soulignait les différences dans ce couple, de façon tendre et cocasse. Une comédie romantique ? Oui, mais un peu plus encore. Charleroi, Théâtre La Ruche, 20h30, 20/15/10/9€ // Soignies, Espace culturel Victor Jara, 23.02, 16h, 13/10€

Plan B 15 & 16.02 A. Bory & P. Soltanoff / Compagnie 111

Ils sont quatre, se jouent de l'abscisse, de l'ordonnée et surtout de la gravité ! Créé il y a dix ans, ce spectacle se situe à mi-chemin entre théâtre et danse, cirque et magie. Aurélien Bory et le metteur en scène new-yorkais Phil Soltanoff réinventent ici l’art du mouvement. Ils jouent avec les perspectives, pastichent les films de kung-fu et s'autorisent de beaux moments de poésie visuelle. Bref, ce Plan B devient plan A. Calais, Le Channel, ven, 20h30, sam, 19h30, 6€, +33 (0)3 21 46 77 00


dossier

Ceci n'est pas un roman graphique

© AM Ville de Lens

Dossier réalisé par Thibaut Allemand et François Annycke Illustration : Mourir Partir Revenir, Le Jeu Des Hirondelles © Zeina Abirached, Éd. Cambourakis


littérature

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Une fois n'est pas coutume, la scène se déroule à la rédaction. De passage dans les bureaux, l'un de nos pigistes s'arrêta devant les étagères et, la bouche pincée, lâcha : «  Moi, j'aime pas la BD  ». Sentant notre interrogation, le malotru tenta de s'expliquer : « Il y a tant de livres à lire, de toiles à admirer, que je n’ai pas de temps à perdre pour les illustrés. La beauté des livres, c’est qu’ils sont sans image et qu’ils offrent ainsi libre carrière à l’imagination ». Devant nos mines navrées, le cuistre crut bon d'ajouter  :  «  Mais j'aime les romans graphiques, hein ».

U

ne fois ce snobinard mis à la porte, on se posa cinq minutes pour tenter de comprendre. Passé le fait que notre ami tirait gloriole de ne pas appartenir au million d'acheteurs du dernier Titeuf, que reprochait-il exactement à la bande dessinée traditionnelle ? Sa profusion  ? Son manque d'originalité ? Certes, parmi les 4 109 nouveautés arrivées dans les présentoirs pour la seule année 2012, tout n'est pas forcément exceptionnel ; entre les héros survivant à leurs auteurs, les franchises interminables et les adaptations navrantes, on a vite fait de tourner les talons à peine entré chez le libraire. Pourtant, depuis une dizaine d'années, s'imposent des ouvrages hors des sentiers battus. Ces bandes dessinées échappent au format «  48 pages CC  » (collécartonné) ; la pagination n'est d'ailleurs plus la norme, et affiche souvent plusieurs centaines de pages. Les histoires tiennent en un tome ou plus, mais la série n'a pas sa place. Et derrière l'austérité de façade (le noir et blanc est fréquent), éclatent des talents enfin libérés des contraintes de la BD dite « franco-belge ». Ces œuvres sont couramment regroupées sous le terme fourre-tout de roman graphique. Et ça fait chic, semble-t-il. Mais d'où viens-tu, roman graphique ? Made in USA À l'origine, il s'agit de la traduction de « graphic novel » - cette appellation apparut pour la première fois en 1964, sous la plume du critique littéraire Richard Kyle, qui souhaitait distinguer certains comics jugés plus mûrs, plus sérieux, estimant que le terme «  comics  » renvoyait à des ouvrages enfantins. Il s'agissait moins pour Kyle d'évoquer la fiction (le roman en soi) que de légitimer des œuvres en les élevant au rang de littérature. Et en 1978, Will Eisner reprit le terme à son compte pour défendre Un Pacte Avec Dieu (le récit dessiné de son enfance dans le Bronx) ▲


▲ ▲ Persepolis T.4 © Marjane Satrapi, éd. L'Association ▲ Le chat du rabbin © joann Sfar, éd. L'Association ▲

oublier Tiananmen © Davide Reviati, éd. Cambourakis

auprès d'éditeurs snobant les comics. Eisner théorisera la notion dans des ouvrages académiques. À sa suite, Art Spiegelman explore la mémoire de la Shoah à travers Maus, qui accède au rang de classique. Le sens des réalités On le voit, cette geste se nourrit du réel. Qu'il s'empare de questions politiques (Castro, de Reinhard Kleist), intimes (l'épilepsie dans L'Ascension Du Haut-

Mal de David B.) ou tout cela à la fois (la vie d'un combattant antifranquiste, père de l'auteur, dans L'Art De Voler, d'Antonio Altarriba et Kim), le roman graphique traite de sujets sérieux, adultes (citons Persepolis, de Marjane Satrapi). Il existe d'ailleurs une sorte de « politique des auteurs », pour reprendre un terme cher à la Nouvelle Vague. Si, dans la BD classique, le héros récurrent éclipse le dessinateur, le roman graphique identifie d'abord l'auteur – oui, comme un romancier, une fois encore. L'ironie de l'histoire, c'est qu'en Europe, aucun auteur ne vous dira qu'il fait du roman graphique, rejetant une étiquette un peu précieuse et revendiquera la BD. Un dernier pour la route ? Le Groom Vert-de-gris, de Yann et Schwartz. C'est un Spirou et pourtant, on le rangerait bien dans la case roman graphique. On va sans doute l'offrir à notre pigiste… T.A.


Portraits La + prometteuse

littérature

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Julie Maroh Multi-primé, traduit dans plusieurs langues et bientôt adapté au cinéma, Le bleu est une couleur chaude (Glénat, 2010) conte une histoire d'amour dramatique entre Emma et Clémentine. Les planches de Julie Maroh se distinguent par un trait subtil, une opposition clair-obscur et un délicat usage de la couleur. F.A.

Le + journaliste

Étienne Davodeau En 1992, son premier album contient déjà tous les thèmes qui lui tiendront à cœur : amitié, militantisme, vie quotidienne... Son œuvre, couronnée par de nombreux prix, oscille entre fiction, documentaire et poésie du quotidien. F.A.

Le + inattendu

Derib Mais que vient faire le papa de Yakari ici ?! C'est que le Suisse a signé, entre autres, une fresque d'une trentaine d'albums narrant la vie d'un trappeur marié à une squaw. Buddy Longway, c'est la vie sauvage, le choc des cultures, des personnages qui mûrissent et vieillissent... Un roman graphique au format franco-belge. T.A. ▲

À visiter / Deux expositions à Bruxelles, au Centre Belge de la Bande Dessinée : Jusqu'au 07.04 : Dix ans d'Écritures (exposition consacrée à la collection Écritures des éditions Casterman, spécialiste ès-roman graphique) 17.09>02.03.2014 : Will Eisner, du Spirit au roman graphique Bruxelles, CBBD, tlj sf lun, 10h>18h, 8/6,3€, + 32 (0)2 219 19 80 À lire / Joseph Ghosn, Roman Graphique : 101 propositions de lectures des années soixante à deux mille (Éd. Le Mot Et Le Reste, 270 p., 30€) À découvrir / www.cambourakis.com

Castro © Reinhard Kleist

Pour aller plus loin


Blue © Pat Grant

Interview

Frédéric Cambourakis est le fondateur des éditions du

Ho ! © Ivan Brunetti

même nom. Cet ancien libraire a sauté le pas en 2006, afin de défendre des écritures exigeantes et méconnues. Interrogé sur les graphic novels, il dresse un constat sans appel. Le livre vit-il ses dernières heures ? Quelle différence faites-vous entre bande dessinée et roman graphique ? Aux USA, le terme graphic novels fut créé pour se différencier des comics. Mais en France, c'est un outil de communication et de publicité dont se servent les agents et les commerciaux pour désigner une partie des BD. Ça m'énerve un peu qu'on


littérature

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Chroniques Pat Grant Blue (Ankama, 2012) Méconnue, la bande dessinée australienne révèle pourtant un caractère drôle, politique et inventif. En jonglant avec les cadres, de la petite vignette au dessin pleine page, Pat Grant intensifie les rebondissements d'une étrange expédition. Trois adolescents sèchent le lycée et se lancent à la recherche des restes d'un homme écrasé par un train, le long d'une voie ferrée. Il s'avère qu'il ne s'agit pas d'un homme, mais d'une pieuvre bleue – manière drôle et imaginative de figurer l'Autre, l'étranger, et, en creux, d'évoquer le racisme. L'album est complété d'un essai qui revient sur les influences de l'auteur, son parcours et sur différents courants méconnus de la BD, notamment les comics de surf. 104 p., 17,90 €. F.A.

Mana Neyestani Une Métamorphose Iranienne (Éd. Ça Et Là - Arte, 2012) Un jour, ce dessinateur-jeunesse iranien a figuré un enfant et un insecte discutant et titré « Comment lutter contre un cafard ». Ce dessin lui valu l'emprisonnement immédiat – les autorités y ont vu une caricature du chef de l'état ! Commence la détention, puis la fuite pour échapper à la traque du pouvoir. La diplomatie française a d'abord refusé ce réfugié encombrant, mais Neyestani est aujourd'hui l'hôte de la Ville de Paris. Cette Métamorphose rend compte des étapes de son calvaire – le cafard kafkaïen - et plonge le lecteur dans l'horreur d'une administration dressée contre son peuple. Ses dessins simples et directs répondent idéalement à un texte percutant. 198 p., 20€. F.A.

sépare les deux. Même si ce terme recouvre une réalité, le roman graphique est une forme de bande dessinée, tout simplement. Comment expliquez-vous l'engouement actuel pour ce type de BD ? Persepolis de Marjane Satrapi et Le Chat Du Rabbin de Johann Sfar, qui n'est pas un roman graphique d'ailleurs, ont représenté un tournant et fait découvrir la BD à un nouveau public. Cette explosion a favorisé l'apparition de nombreuses maisons indépendantes, qui ont profité de l'impulsion donnée par L'Association. Mais leur public n'est pas forcément fidèle, c'est pourquoi je ne vois pas d'engouement. Hélas, il s'agit plutôt de stagnation, voire de régression. Quel avenir pour la bande dessinée ? Cet avenir dépend de celui du livre en général. Les librairies ferment les unes après les autres - prenez le cas de Virgin, par exemple. Je ne suis pas sûr qu'il reste beaucoup de maisons d'édition d'ici trente ans. Donc l'avenir du roman graphique est aussi lié à la crise du livre. F.A.


chroniques

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Django unchained © Sony Pictures

Quentin Tarantino. Un cinéma déchaîné

Emmanuel Burdeau, Nicolas Vieillescazes (Éd. Capricci)

En aparté True Romance, 1er scénario (écrit avant celui de Reservoir Dogs) fut porté à l'écran en 1993 par Tony Scott. L'aviez-vous remarqué ? Tous ses titres de films sont composés de deux mots.

En huit films et (presque) autant de sous-genres cinématographiques revisités, Quentin Tarantino est devenu une marque de fabrique. Trop souvent réduite à un exercice de cinéphilie , voire de cinéphagie mal digérée, son œuvre n'en reste pas moins singulière. Mise en lumière avec Emmanuel Burdeau, Nicolas Vieillecazes et une dizaine de plumes.

Consacrant chacun un texte à une bobine, journalistes, cinéastes, philosophes et anthropologues interrogent la filmographie de l'enfant prodige. Outre les incontournables questions sur la portée Le nom de sa société du langage et des dialogues, celle du temps (les de production « A Band Apart », est un hommage flash-backs) et de la violence chez QT, l'ouvrage au film de Godard : explore des pistes encore vierges. Ainsi, selon Bande À Part. Emmanuel Burdeau, Django Unchained constitue un virage sans précédent pour le réalisateur. Ce dernier film forme une œuvre narrative, linéaire, composée de personnages très construits, loin de Reservoir Dogs (1992) ou Pulp Fiction (1994). À travers ce cinéma en réinvention constante, le plus célèbre employé de vidéo-club s'affranchit de toute limite et, surtout, des références qu'on lui attribue trop souvent. Ces nouvelles interprétations convaincantes incitent à (re) visionner l'intégrale de Tarantino. Foisonnant de notions philosophiques, artistiques, anthropologiques parfois obscures, l'ouvrage nécessite sans doute, lui aussi, plusieurs lectures afin d'en saisir tout le(s) sens. Tarantinesque, en somme. 160p., 18€. Elsa Fortant


livres LE BÂTIMENT DE PIERRE Asli Erdogan (éd. Actes sud) Quoi de plus banal qu'un bâtiment de pierre ? À première vue, ce texte onirique semble tout aussi anecdotique. Mais, cette écriture circulaire suscite progressivement de l'effroi en resserrant le sujet : l'horreur d'une prison labyrinthique dont le cœur est ce cinquième étage de torture. On y croise opposants politiques, intellectuels, hommes, femmes et enfants dont les cris résonnent à travers les couloirs. Au bord de la folie, la narratrice (enfermée elle aussi) rivalise de poésie pour nous guider vers un ange aux ailes blessés. L'homme qui s'est éteint devant elle survit dans ses yeux... Reste pourtant un texte d'espoir : « Après tout la nuit finira, une aube nouvelle éclairera le monde  ». 107p., 13,50€. François Annycke

NÉMÉSIS Philip Roth (éd. Gallimard) Le décor est planté en 1944 dans la ville natale de l'auteur, à Newark (New Jersey). Bucky Cantor, jeune prof de sport déclaré inapte à la guerre pour cause de mauvaise vue, est confronté à une épidémie de poliomyélite frappant sa communauté. Némésis décrit la réaction de cette Amérique face à la fatalité. Comme dans La Peste (1947, Camus) se confondent l'urgence hygiéniste, l'effroi et la poursuite des coupables présumés. Cantor lui-même se sent responsable de ne pouvoir sauver tous les enfants... Servi par une langue toujours aussi juste, ce qui est présenté par Roth comme son ultime réveille un vieux sentiment de culpabilité. Comment les juifs américains, en sécurité aux états-Unis pendant la guerre, ontils vécu et supporté la Shoah ? 226 p., 18,90€. Florian Koldyka

Une Faiblesse De Carlotta Delmont Fanny Chiarello (Éd. L'Olivier) Mais qu'a donc fait Carlotta Delmont pendant quinze jours ? Avril 1927. La diva américaine triomphe avec Norma mais disparaît subitement. Toutes les thèses sont entendues, toutes les pistes soulevées. On veut draguer la Seine, on enferme le ténor qui incarne Pollione, les langues se délient : dénonciations, supputations... Mais l'artiste réapparaît soudainement et sa carrière s'achève alors, laissant place à une légende sulfureuse. Comme ses personnages de papier, Carlotta a tout sacrifié à l'art, et tout perdu en voulant redevenir simplement humaine. Mêlant les styles et les points de vue, Fanny Chiarello signe là son plus brillant roman, et dresse avec délicatesse le portrait d'une femme en quête de liberté. 183 p., 18€. François Annycke


chroniques

90

The Asphodells Ruled By Passion Destroyed By Lust (Rotters Golf Club/ La Baleine) On doit à Andrew Weatherall l’une (la ?) des meilleures compilations mixées de l’année 2012, Masterpieces. À la faveur de deux tracks captivants, on y découvrait The Asphodells, nouveau terrain de jeu du producteur de Primal Scream, accompagné par Timothy J. Fairplay (ex-Battant). Difficile de ranger ce premier album dans une case. Exercice de disco psychédélique, hommage à New Order (The Quiet Dignity Of Unwitnessed Lives), essai post-punk mâtiné de classic house  (Another Lonely City) et d’acid (We Are The Axis), Ruled By Passion Destroyed By Love est un peu tout ça à la fois. Et plus encore, tant les références s’entremêlent pour finalement se transcender. Si la filiation avec le premier LP de Weatherall, A Pox On The Pionneers (2009), semble évidente, Ruled… s'en démarque en revenant à des structures plus techno, répétitives et donc... dansantes. C’est après l’expiration finale, le magistral Love From Outer Space, que l’on saisit le coup de force de The Asphodells : signer un disque en dehors des formats établis, faire fi de toutes les tendances actuelles, mais parvenir à synthétiser plus de vingt ans d’underground musical britannique. À découvrir encore, et longtemps. Clément Perrin

Foxygen We Are The 21st Century Ambassadors Of Peace & Magic (Jagjaguwar/Differ-Ant) Conduit par les Californiens Jonathan Rado et Sam France, Foxygen publiait l'an passé un court album intitulé Take The Kids Off Broadway, manifeste pop contre les enfants-stars. Enregistré sous la houlette de Richard Swift (génie solitaire ayant rejoint depuis peu les Shins), ce premier « vrai » album enfourche d'autres chevaux de bataille. Convoquant aussi bien ELO (Shuggie) que The Rolling Stones, le groupe rejoue les hymnes velvétiens (No Destruction) en regardant droit dans les yeux les figures tutélaires de la fin des années 60. Ce manifeste psyché se consume au gré des humeurs dictées par le piano, les guitares bourdonnantes et le chanter-parler de Sam France. On ne saurait trop vous conseiller de partager le message d’espoir et de paix de Foxygen. F. Koldyka


disques A$AP Rocky

BROADCAST

Long.Live.A$AP (Sony Music)

Berberian Sound Studio (Warp/Differ-Ant)

2012 fut l'année de Rakim Mayers : un statut de superstar, une mixtape, un contrat plaqué or – trois millions de dollars, baby -, puis ce premier album. Comme l'usage l'exige, toute la hype du tumblr rap s'exprime : Kendrick Lamar et Drake sur F_ckin' Problems, Joey Badass et Danny Brown entre autres sur 1train. À la production, les beatmakers montants Beautiful Lou, Clams Casino (LVL) ou le Lillois Soufien 3000 (Pain) magnétisent le flow cafardeux de cet enfant gâté, seulement diverti par la came, la mode et les filles. Bien qu'originaire de Harlem, le leader du collectif A$AP Mob s'inspire davantage des sirènes du Dirty South de Houston que du rap politique de NYC. Plus que jamais, le régionalisme est/ouest/sud du rap game est révolu. Florian Koldyka

Berberian Sound Studio met un point final à l’impeccable – et toujours plus influente - discographie de Broadcast. Une bande originale, plutôt qu’un album- avec tout ce que l’exercice peut comporter de frustrant pour l’auditeur (l’austérité des thèmes prenant le pas sur la mélodie, un propos fragmenté...). Cependant, tout en retournant à l’inspiration cinématographique des débuts, ce testament prolonge cette exploration de l’occulte (et de ses manifestations sonores) dans laquelle le duo s’était engagé avant la disparition de Trish Keenan (Witch Cults Of The Radio Age, 2009). Un merveilleux hommage rendu à l’art du bruitage (le propos du film). Un mausolée sombre et majestueux pour la chanteuse, qui hante littéralement ce disque. F-X Béague

Veronica Falls Waiting For Something To Happen (Bella Union / Slumberland / Differ-Ant) En 2011, le premier disque de Veronica Falls sonnait comme un enchantement fébrile, la jeunesse retrouvée, de la nostalgie pour trentenaires biberonnés à la brit pop et au shoegaze. On l’écoutait et on s’imaginait avec des mèches dans les yeux, contant fleurette à une fille timide… Waiting For Something To Happen, comme le titre de ce nouvel album. De ces atermoiements d’adolescents, le quatuor de Londres (deux filles deux garçons) a fait son fonds de commerce : le premier single s’intitule d’ailleurs Teenage, et ça minaude avec les yeux dans le vague. En dignes héritiers de Pale Saints ou de The Jesus And Mary Chain, Veronica Falls joue de la pop buissonnière : on leur met 10/10 dans notre école des fans, même si le spleen n’est plus trop de notre âge. Grégory Escouflaire


agenda

92

concerts Ven 01.02 Icônes Lille, Théâtre de l'Hotel Casino Barrière, 19h, 30 à 67e Clutch + Hark Bruxelles, VK*, 19h, 15/12e King Dude... Anvers, Trix Bar, 19h, 13/10e The Joy Formidable... Bruxelles, Le Botanique/ Orangerie, 19h, 20/17/14e Les Fatals Picards Lille, Splendid, 20h, 25e Pauline Croze + I Want You Lille, L'Aéronef, 20h, 16/11e

We the Kings Anvers, Trix Club, 19h, 13/10e AqME + Inimikall Sipping Arlon, Entrepôt, 20h, 15/13e Cali Bruxelles, L'Ancienne Belgique, 20h, 31e Lénine Renaud Lille, La Péniche, 20h, 10e Golden Earring Ostende, Casino Kursaal, 20h, 50/40/35/30e Po + Tony Melvil Lille, maison Folie Moulins, 20h, 1 Crédit Loisirs / 3e

The Datsuns Leffinge-Middelkerke, De Zwerver, 20h, 15/13e

Lun 04.02 Darkstar + Trust Bruxelles, L'Ancienne Belgique/ AB Club, 20h, 12e

Mar 05.02 Foxygen Bruxelles, Le Botanique/Witloof Bar, 19h, 16/13/10e Jenufa de Leos Janacek : Mark Shanahan + Orchestre National de Lille... Lille, Opéra, 20h, 67/47/29/12/5e

Le Prince Miiaou Villeneuve d'Ascq, La Ferme d'en Haut, 20h, 7/4e

Jenufa de Leos Janacek : Mark Shanahan + Orchestre National de Lille + Choeur d'Angers Nantes Opéra... Lille, Opéra, 20h, 67/47/29/12/5e

Saule Louvain-la-Neuve, La Ferme du Biéreau, 20h, 18/15/12e

Claire Diterzi Béthune, Théâtre de Béthune, 20h, 14/11/3e

Alain Souchon Charleroi, Palais des Beaux Arts, 20h, 52/42e

Broc Béthune, Théâtre Le Poche, 20h, 7/5/4/3e

Art Mengo Grenay, Espace Culturel Ronny Coutteure, 20h, 14/12/7/6e

Mer 06.02

Paul Kalkbrenner Esch-sur-Alzette, Rockhal, 21h, 32e

Joachim + Smos... Anvers, Café d'Anvers, 23h, 7e

Dave Clarke Bruges, Het Entrepot, 22h, 45e

Dim 03.02

Tamikrest + TMP Charleroi, Centre Culturel Eden, 20h, 12/9e

The Rapture + Peo Watson Lille, Magazine Club, 22h, 10/5e

Mozart, Brahms & Bartok joués par : Isabelle Faust + Alexander Melnikov Lille, Opéra, 16h, 22/17/13/8/5e

Tiefschwarz + John Denis... Anvers, Café d'Anvers, 23h, 12e

The Spinto Band Lille, L'Aéronef, 18h, 13/7e

Sam 02.02

Maximilian Hecker Bruxelles, Le Botanique/ Rotonde, 19h, 16/13/10e

dj Day + J-Rocc + DJ Lefto Gand, Culturell Centrum Vooruit/Bal, 22h, 14/11,75e

Arno Anvers, Trix, 19h, 32e Sessions Urbaines #5 : Némir + Matador... Bruxelles, Le Botanique/ Rotonde, 19h, 10/7e

Ballaké Sissoko... Maubeuge, Le Manège Scène Nationale, 20h, 11/8e

Janacek, pièces intimes #2 : L. Le Flécher + Irène Kudela Lille, Opéra, 18h, 9/5e Goose Charleroi, Centre Culturel Eden, 20h, 20/18e Gallon Drunk + Mama Rosin + King Dude Tourcoing, Le Grand Mix, 20h, 13/10e Sir Yes Sir + Stadt Bruxelles, L'Ancienne Belgique/ AB Club, 20h, 12e Les Trois Accords Lille, La Péniche, 20h, 15,8e

Tamikrest... Anvers, Trix Club, 19h, 17/14e

Metz + Cheyenne 40 Lille, L'Aéronef, 20h, grat/11e

Letz Zep Lille, Théâtre Sébastopol, 20h, 43/40e

Janacek et au delà : ONL Lille, Le Nouveau Siècle/ Auditorium, 20h, 8/5e


Retrouvez l’intégralité des concerts sur

Les Trois Accords Lille, La Péniche, 20h, 15,8e Némir + Feini-X Krew Roubaix, La Cave aux Poètes, 20h, 10/8/6e

Jeu 07.02 Arno Leuven, Het Depot, 20h, 33/30/28e Cali + Le Yéti Lille, L'Aéronef, 20h, 23/19e Dominique A invite : Dominique A + Arlt + V.O. + Maissiat Arras, Théâtre d'Arras, 20h, 8e Jenufa de Leos Janacek : Mark Shanahan + Orchestre National de Lille... Lille, Opéra, 20h, 67/47/29/12/5e Jur Dunkerque, Les 4 Ecluses, 20h, 12/9e

de portables + Toman Courtrai, De Kreun, 20h, 13/10/7e

Pierre de Surgères... Mouscron, Centre Culturel Marius Staquet, 20h, 12/8e

Arno + DJ-urassik Crew Charleroi, Centre Culturel Eden, 20h, 30/27e

MeliSsmell Calais, Grand Théâtre, 20h, gratuit

Fritz Kalkbrenner Tourcoing, Le Grand Mix, 20h, 19,80e

Howe Gelb... Leffinge-Middelkerke, De Zwerver, 20h, 15/13e

The Black Heart Rebellion Diksmuide, Muziekclub 4AD, 20h, 10/8/6e

Julien Ribot + Jens Bosteen Roubaix, La Cave aux Poètes, 20h, 10/8/6e

David Shaw And The Beat + The Eyes In The Heat Roubaix, La Cave aux Poètes, 20h, 10/8/6e René Aubry Calais, Le Channel, 20h, 6e Karpatt Béthune, Théâtre Le Poche, 20h, 7/5/4/3e Chris Watson Verviers, Spirit Of 66, 21h, 10e Riton + Party Harders Bruxelles, Mr Wong, 22h, 8/5e

Dim 10.02 Le Masquelour Blouse Band Dunkerque, Les 4 Ecluses, 13h, gratuit Gouter Concert : Zita Swoon Group Lille, L'Aéronef, 16h, enfant : 5/3€ // Accompagnateur : 1e Zita Swoon Group + Wolves and Moons Lille, L'Aéronef, 18h, 16/11e

Mai Lan Amiens, La Lune des Pirates, 20h, 12/9e

Greenshape Valenciennes, Le Phénix, 22h, 9/3e

Christine + The Name Roubaix, La Cave aux Poètes, 20h, 10/8/6e

Etienne de Crécy Lille, Magazine Club, 23h, 10/5e

AfterLive : Blindhorses Lille, L'Aéronef, 23h, gratuit

Sam 09.02

disiz Bruxelles, L'Ancienne Belgique/ AB Box, 20h, 29e

Dinosaur Jr Anvers, Trix, 19h, 25/22e

Lun 11.02

Kyari Pamyu Pamyu Bruxelles, VK*, 19h, 36e

Angus Stone Bruxelles, L'Ancienne Belgique/ Flex, 20h, 26e

Ven 08.02 The Bony King Of Nowhere Liège, Archeoforum, 19h, 12e Sparkling Bits + R.O... Bruxelles, Recyclart, 19h, 8/6e The Van Jets Bruges, Cactus Muziekcentrum, 20h, 17/14/12/9/5e Répertoire : Jos Houben + Françoise Rivalland Arras, Théâtre d'Arras, 20h, 21/9e The Meteors + Dusk... Lille, Gare St-Sauveur, 20h, grat

Jos Houben + Françoise Rivalland Arras, Théâtre d'Arras, 20h, 21/9e NOEIN + Diary of destruction + Undercry Hazebrouck, Shakalaka, 20h, 4e Dirty Primitives + Twin Twisters + Jimi Was Gain Béthune, Théâtre Le Poche, 20h, 5e

Amenra + Eleanora Courtrai, De Kreun, 19h, 18/15/12e

Jason Lytle Tourcoing, Le Grand Mix, 20h, 13/10e

Mar 12.02 Soir de navrance #3 Lille, L'Aéronef, 19h, grat Dog Is Dead Bruxelles, L'Ancienne Belgique/ AB Club, 20h, 12e


agenda

94

concerts Mer 13.02 Metropoly'sons : Une histoire des musiques électroniques Roubaix, Infocom, 10h, gratuit Sit Fast + Fear Not Lille, Opéra, 18h, 9/5e James Walsh Leuven, Het Depot, 20h, 12/10/8e Alain Souchon Mons, Théâtre Royal, 20h, 35/25e Lescop + yan wagner Tourcoing, Le Grand Mix, 20h, 16/13e Pégase Lille, La Péniche, 20h, 7e ONL : Pulsions de vie / Francis Poulenc & Carl Nielsen Lille, Le Nouveau Siècle/ Auditorium, 20h, 45/10e The Black Heart Rebellion Bruxelles, Beursschouwburg, 20h, gratuit The Bony King Of Nowhere Bruxelles, L'Ancienne Belgique/AB Théâtre, 20h, 19e Tourcoing Jazz Club : Shai Maestro Trio Tourcoing, Hospice d'Havré, 20h, 15/10e

Jeu 14.02 Benjamin Dupé Valenciennes, Le Phénix, 18h, 9/3e Le Singe Blanc + La Pince... Bruxelles, Magasin 4, 19h, 7e ONL : Pulsions de vie / Francis Poulenc & Carl Nielsen joués Lille, Le Nouveau Siècle/ Auditorium, 20h, 45/10e Olivia Ruiz Lille, L'Aéronef, 20h, 32e

Enrico Rava Quintet Aulnoye-Aymeries, Théâtre Léo Ferré, 20h, 11/8e

Eths + Explore the Spirit Calais, Centre Culturel Gérard Philipe, 20h, 5e

Nicole Willis Tourcoing, Le Grand Mix, 20h, 13/10e

Bojan Z + Eric Legnini... Hazebrouck, Espace Flandre, 20h, 18/14e

Lescop + Week End Affair Amiens, La Lune des Pirates, 20h, 12/9e

Tremplin Golden Jazz en Nord Lomme, maison Folie de Beaulieu, 20h, 8e

Petite Noir + Guest Roubaix, La Cave aux Poètes, 20h, 10/8/6e [CrimCrum #19] Collectif Muzzix : Random Record... Lille, La Malterie, 20h, nc

Ven 15.02 Benjamin Dupé Valenciennes, Le Phénix, 18h, 9/3e Drums Are For Parades + The Experimental Tropic Blues Band + Wim Vandekeybus Bruxelles, VK*, 19h, 15/12e disiz + Guest Lille, L'Aéronef, 20h, 18/14e Sungrazer + The Machine Bruxelles, Magasin 4, 20h, 14/11e [PIAS] Nites 2013 : Booka Shade + Agoria presents " Forms " + The Magician + Dr Lektroluv + Kavinsky + Popof + Doctor p. + Fake Blood + Rone + Yama Dirty Crew + Brown & Gammon Bruxelles, Tour & Taxis, 20h, 50/40/33e Olivia Ruiz Bruxelles, L'Ancienne Belgique, 20h, 32e Killer Mike + Rascals Tourcoing, Le Grand Mix, 20h, 13/10e Audrey Lavergne Lille, Splendid, 20h, 19e La Grande Sophie Liévin, Centre Culturel Arc En Ciel, 20h, 20/18/15e

ONL : Pulsions de vie / Francis Poulenc & Carl Nielsen joués Lens, Salle Bertinchamps, 20h, 45/10e Artefact Festival : Forest Swords + Kiss the Anus of a Black Cat Leuven, Stuk, 20h, 14/12/10e Wave Machines + Isaac Delusion + We Are Knights Roubaix, La Cave aux Poètes, 20h, 10/8/6e Groovy Nations Comines, Le Nautilys, 20h, 3/2e H-Burns + Mémo Béthune, Théâtre Le Poche, 20h, 7/5/4/3e Mark Farina + Delafino... Anvers, Café d'Anvers, 23h, 13e

Sam 16.02 NoiseFest : Sudden Infant + Helm + Grunt + Keränen + Svartvit + Aqua Dentata Courtrai, De Kreun, 17h, 13/10/7e Lucy Rose Bruxelles, Le Botanique/ Orangerie, 19h, 17/14/11e [PIAS] Nites 2013 : Balthazar + Alt-J + Jason Lytle (solo) (Grandaddy) + Andy Burrows + Lord huron + Champs Bruxelles, Tour & Taxis, 20h, 50/33/26e ONL : Pulsions de vie /


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Francis Poulenc & Carl Nielsen joués Faches-Thumesnil, Salle Jacques Brel, 20h, 45/10e Artefact Festival : The Irrepressibles Leuven, Het Depot, 20h, 15/12/10e Zita Swoon Group Ath, Le Palace (Maison Culturelle d'Ath), 20h, 30e

Mar 19.02 Dez Mona & Box Hasselt, Hasselt Cultuurcentrum, 20h, 18/16,5e Bloc Party + The Joy Formidable Anvers, Lotto Arena, 20h, 34e Alain Souchon Huy, C. cult. de Huy, 20h, 55e Tweak Bird Lille, La Péniche, 20h, 9e

Melody's Echo Chamber + L'Objet Lille, L'Aéronef, 20h, 13/7e

Mer 20.02

Brussels Jazz Orchestra Lomme, maison Folie de Beaulieu, 20h, 9/5e

Les Frères Casquette Dunkerque, Les 4 Ecluses, 10h, 6€ (adulte) / 5€ (enfant)

By the Rivers Hazebrouck, Shakalaka, 21h, gratuit

Artefact Festival : O neman Leuven, Het Depot, 20h, 8/5e

Bartholomeo + BP + Smos Anvers, Café d'Anvers, 23h, 7e Azari & III + Fred Hush (Dj) Lille, Magazine Club, 23h, nc Ben Sims + Filterheadz... Anvers, Petrol Club, 23h, 16/13e

Dim 17.02 Ebo Taylor & Odapajan... Anvers, Trix Club, 19h, 16/13e Artefact Festival : We Float Places Leuven, Het Depot, 20h, gratuit

Lun 18.02 John Cale Gand, Culturell Centrum Vooruit, 20h, 32/28,75e Lianne La Havas Tourcoing, Le Grand Mix, 20h, 16/13e Red Snapper Leuven, Het Depot, 20h, 15/12/10e Venus In Flames Gand, Cafe Video, 20h, gratuit

Saso Lille, maison Folie de Wazemmes, 20h, 3e Illunatic + UZ Bruxelles, L'Ancienne Belgique/ AB Club, 20h, 12e Dan Deacon Courtrai, De Kreun, 20h, 15/12/9e Alain Souchon Spa, Centre Culturel de la ville de Spa, 20h, 55/49e The Skints Lille, La Péniche, 20h, 8e The Bony King Of Nowhere Gand, Culturell Centrum Vooruit/Theatre, 20h, 18/14e

Jeu 21.02 Conan... Bruxelles, Magasin 4, 19h, 7e Matrix / Ciné-Concert : Orchestre National de Lille + Frank Strobel Lille, Le Nouveau Siècle/ Auditorium, 20h, gratuit Arno Gand, Culturell Centrum Vooruit, 20h, 32e

Artefact Festival : SX Leuven, Het Depot, 20h, 15/13/11e Louise Primate Lille, m. Folie Moulins, 20h, nc Tango Pasion Lille, Théâtre de l'Hotel Casino Barrière, 20h, 31e Casey + QWH Dunkerque, Les 4 Ecluses, 20h, 10/7e Jean Louis Trintignant Mouscron, Centre Culturel Marius Staquet, 20h, 35/33/31e Artefact Festival : Andy Stott + Vladislav Delay Leuven, Stuk, 21h, 16/14/12e

Ven 22.02 An Pierle Bruxelles, Le Botanique/ Rotonde, 19h, 17/14/11e Allez hop ! Un peu de hip-hop ! : Mochélan + MakyzarD + Nina Miskina + Dj Odilon La Louvière, Le Palace, 19h, 11/7e Alain Souchon Tournai, Maison de la Culture de Tournai, 20h, 50/48/45/40e Ed Wood Jr + Guests Lille, La Péniche, 20h, 7e Modestep Bruxelles, L'Ancienne Belgique, 20h, 23e Vitalic + Guest Lille, L'Aéronef, 20h, 23/19e Matrix / Ciné-Concert : Orchestre National de Lille + Frank Strobel Lille, Le Nouveau Siècle/ Auditorium, 20h, 45/10e Artefact Festival : Daddy G + Submotion Orchestra Leuven, Het Depot, 20h, 15/12/10e


agenda

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concerts Artefact Festival : Vessel + The Haxan Cloak... Leuven, Stuk, 20h, 16/14/12e Zita Swoon Group Louvain-la-Neuve, La Ferme du Biéreau, 20h, 20/18/10e Taipan + Veerus Roubaix, La Cave aux Poètes, 20h, 10/8/6e Fifty Foot Combo Gand, Culturell Centrum Vooruit/Bal, 21h, 17/15,75e Moon Hop Hazebrouck, Shakalaka, 21h, gratuit Concrete Knives Leffinge-Middelkerke, De Zwerver, 21h, 7/5e SebastiAn Lille, Magazine Club, 22h, nc

Dunkerque, Les 4 Ecluses, 20h, 10/7e Artefact Festival : Ital Tek + Lone + Moodprint Leuven, Stuk, 21h, 14/12/10e James Chance + Phidel... Anvers, Petrol Club, 22h, 15/11e

Dim 24.02 Matrix / Ciné-Concert : Orchestre National de Lille + Frank Strobel Lille, Le Nouveau Siècle/ Auditorium, 16h, 45/10e Calexico + The Dodos Lille, L'Aéronef, 18h, 23/19e Supuration Lille, Splendid, 18h, 10e

Sam 23.02

Zita Swoon Group Gent, Handelsbeurs, 20h, 23/20e

Concrete Knives Goûter concert - Tourcoing, Le Grand Mix, 16h, gratuit/4e

Kid Koala Bruges, Cactus Muziekcentrum, 20h, 19/16/14/11/5e

Cannibal Corpse... Anvers, Trix, 19h, 30/28e

AfterLive : Blindhorses Lille, L'Aéronef, 21h, gratuit

Radio Moscow Anvers, Trix Bar, 19h, 15/12e

Lun 25.02

Bombay Show Pig Lille, maison Folie Moulins, 20h, 1 crédit Loisir/3e Arno Bruges, Cactus Muziekcentrum, 20h, 30/27/25/22e Concrete Knives + Crane Angels Tourcoing, Le Grand Mix, 20h, 13/10e SX Courtrai, De Kreun, 20h, 16/13/10e Alain Souchon Anzin, Th. Municipal, 20h, 42e

Wim Mertens Hasselt, Hasselt Cultuurcentrum, 20h, 18/16,5e Amy Macdonald Bruxelles, L'Ancienne Belgique, 20h, 35e

Mar 26.02 James Chance... Bruxelles, Magasin 4, 19h, nc An Pierle Gand, Culturell Centrum Vooruit, 20h, 18/14e

Lou Doillon Lille, Splendid, 20h, 26,80e

Sigur Rós + Blanck Mass Bruxelles, Forest National, 20h, 41e

Taipan + The Saoul Brotherz

Wovenhand + Motorama Tourcoing, Le Grand Mix, 20h,

16/13e Amy Macdonald Bruxelles, L'Ancienne Belgique, 20h, 35e Absynthe Minded Anvers, Arenbergschouwburg, 20h, 20/17e Hommage à Bessie Smith : R. Patigny + S. NAWASADIO Mouscron, Centre Culturel Marius Staquet, 20h, 15/12e

Mer 27.02 Fills Monkey Roubaix, La Cave aux Poètes, 18h, 6e Michel Cloup + ÆlōhA Lille, La Péniche, 20h, 10e Motorama Bruxelles, Madame Moustache, 21h, 5e Yeti Lane Gand, Cafe Video, 21h, gratuit

Jeu 28.02 An Pierle + Peaks Liège-Droixhe, Cinéma Le Parc, 20h, 17e Michel Cloup + Arlt... Etterbeek, Atelier 210, 20h, 14/11e Bugge Wesseltoft... Hasselt, Hasselt Cultuurcentrum, 20h, 18/16,5e Sigur Rós Lille, Zénith Arena, 20h, 45/36,20e Saule Mons, Lotto Mons Expo, 20h, 11/8e Space Aliens From Outer Space Marchienne-au-Pont, Rockerill, 20h, nc Big Bernie Dunkerque, Les 4 Ecluses, 20h, grat


le mot de la fin

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Auguste Derrière sort de sa réserve ! Une équipe de graphistes bordelais a retrouvé les réclames de cet auteur méconnu du début du xxe siècle au fond d'un grenier . Si l'imagerie est forcément surranée, Derrière était un visonnaire, un précurseur, et possédait un sens du calembour à faire pâlir Vermot ! à lire / Les moustiques n'aiment pas les applaudissements et Les fourmis n'aiment pas le flamenco (éd. Le Castor Astral, 13,10€) - à visiter / www.augustederriere.com


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letsmotiv nord & belgique 82 - février 2013  

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