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n째81 / janvier 2013 / GRATUIT

nord & belgique Cultures et tendances urbaines


Domestic Pond « Fontaine » © Duende Studio with Mathieu Lehanneur

Sommaire Let’smotiv - janvier 2013

#81 06

n  ews Des sales gosses, la Batmobile, des affiches, deux éléphants rincés, le FIFA de Montréal, des maisons sur les toits, des BD déterrées...

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l  ieu L'Institut du Monde Arabe

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p  ortfolio Le coup de crayon d'Ugo Gattoni

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m  edia Luc Chatel contre les Tartuffes de la télévision

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s  tyle Dress Code

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m  usique Arno, Kendrick Lamar, Les Transardentes, Sophie Hunger, Emily Loizeau, Monarch!, Lionel Belmondo, Ibrahim Maalouf, les frères Kalkbrenner, Eugene McGuinness, Zombie Zombie, Tamikrest, Dinosaur Jr...

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intervieW Laurent Cantet à propos de Foxfire

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cinéma  Jours de pêche en Patagonie, Le roi du curling, Tu honoreras ta mère et ta mère

54 d  esign Xavier Lehanneur, un créateur à part

56 Exposition Voices Of The Sea, Harry

Gruyaert, Weegee, Charles Burns, Pierre Tombal, La Renaissance…, agenda

70  t  héâtre & danse Le mouton et la baleine, De quoi tenir jusqu'à l'ombre, Caramba!, Je pense à Yu, Vivat la danse !, Week-end Poil à gratter, King Lear 2.0, Adolphe, Les liaisons dangereuses…, Agenda

86  l ittérature The Hoochie Coochie 88 l ivres Florian Keller, Thomas Olivri, Riad Sattouf, André Juillard & Yves Sente

90 d  isques Aline, Sinkane, Blackmail, Christopher Owens, Derrick May & Jimmy Edgar

92 a  genda concerts et soirées 98

Le Mot de la fin Prédictions 2013 avec Auguste Derrière


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Let’smotiv Nord & Belgique 114 rue Barthélémy Delespaul - F - 59000 Lille tél : +33 362 64 80 09 - fax : +33 362 64 80 07 redaction.nord@letsmotiv.com redaction.bruxelles@letsmotiv.com

w w w. l e t s m o t i v. c o m Direction de l’édition / Rédaction en chef : Nicolas Pattou

nicolas.pattou@lastrolab.com

Rédaction : Thibaut Allemand

redaction.nord@letsmotiv.com

Elsa Fortant Florian Koldyka

info.nord@letsmotiv.com

Direction Artistique / graphisme : Cécile Fauré

cecile.faure@lastrolab.com

Couverture : Ugo Gattoni

www.ugogattoni.fr

Publicité : pub.nord@letsmotiv.com

administration : Laurent Desplat

laurent.desplat@lastrolab.com

Impression : Imprimerie Ménard 31682 Labège

diffusion : C*RED (France/Belgique) ; Zoom On Art (Bruxelles)

Ont collaboré à ce n° : François Annycke, François-Xavier Béague, Madeleine Bourgois, Mathieu Dauchy, Florent Delval, Cédric Delvallez, Auguste Derrière, Marine Durand, Grégory Escouflaire, Ugo Gattoni, Louis Hertert, Audrey Jeamart, Raphaël Nieuwjaer, Hilaire Picault, Martin Van Boxsom, Olivia Volpi et plus si affinités. Let’smotiv Nord & Belgique est édité par la Sarl L'astrolab* - info@lastrolab.com Membre du réseau Let’smotiv Magazines - Let’smotiv est une publication d’Urban Press L'astrolab* Sarl au capital de 5 000 euros - RCS Lille 538 422 973 Dépôt légal à parution - ISSN : en cours L’éditeur décline toute responsabilité quant aux visuels, photos, libellé des annonces, fournis par ses annonceurs, omissions ou erreurs figurant dans cette publication. Tous droits d’auteur réservés pour tous pays. Toute reproduction, même partielle, par quelque procédé que ce soit, ainsi que l’enregistrement d’informations par système de traitement de données à des fins professionnelles, sont interdites et donnent lieu à des sanctions pénales. ı Let'smotiv est imprimé sur du papier certifié PEFC. Cette certification assure la chaîne de traçabilité de l’origine du papier et garantit qu'il provient de forêts gérées durablement. Ne pas jeter sur la voie publique.

Papier issu de forêts gérées durablement


en Bref

L'enfance est un monde difficile à quitter, demandez à Peter Pan ce qu'il en pense, tiens  ! Cristian Girotto, retoucheur photo, nous invite à y retomber avec L'enfant extérieur. Voilà de quoi nous aurions l'air avec un visage de gamin. Un curieux mélange. Un poil troublant  ! www.cristiangirotto.com

C'est bath ! L'homme chauve-souris serait-il à sec  ? Il faut croire, puisqu'il met aux enchères, ce 19 janvier, sa toute première Batmobile. Designée par George Barris, elle fait sa première apparition sur nos écrans de télévision en 1966, avec à son volant Adam West. Inspirée d'une Lincoln Futura modèle 1955, elle s’avérera idéale pour vos trajets citadins comme pour vos longues traversées campagnardes, cheveux au vent et looké de pied en cap(e). www.barrett-jackson.com

Telex

Dix ans de prison, 50 000 euros d'amendes. C'est ce qui a été infligé à Christopher Chaney pour avoir diffusé des clichés intimes de Scarlett Johansson, Mila Kunis ou Christina Aguilera. C'est amplement mérité : les photos étaient très décevantes.

© Cristian Girotto

Sale gosse


La loi du marché sur la tête, manifestation, 2010 © Vincent Perrottet

Agit-pop On se souvient de phrases et de discours légendaires, d'actions mythiques... Mais la politique, c'est aussi une histoire visuelle. Une histoire retracée au Musée d’Histoire contemporaine de Paris à travers une exposition foisonnante. 1789, la Commune, la Résistance, Mai 68, les mouvements féministes... Cette belle rétrospective de communication urbaine rassemble 150 documents d’archives qui ont profondément marqué les codes graphiques et politiques. Jusqu'au 24.02, Paris, Musée d'His-

FIFA :

Défense d'éléphant Ça fait la Une chaque année : des centaines de Russes tombent comme des mouches sur les plages, victimes du cocktail insolation + vodka frelatée + baignade complètement raide. Pourtant, c'est bien le divin alcool de patates qui a sauvé la vie de deux éléphants, en Sibérie. Les deux animaux voyageaient dans un camion de cirque tombé en panne. Au vu des températures un brin frisquettes (-35°C, normal), la dresseuse les fit courir, mais ce sont deux tonneaux de vodka qui maintinrent les pachydermes au chaud... et en vie !

ceci n'est pas du football Étiez-vous présent à la 30e édition du Festival International du Film sur l’Art de Montréal ? Non ? Mais que faitesvous de vos journées, bon sang  ?! Vous avez raté 250 films venus de 20 pays. Heureusement deux structures de la Métropole lilloise proposent une belle séance de rattrapage en projetant le palmarès de la sélection. On y retrouve quelques grands thèmes (L'art engagé, des portraits d'artistes, l'architecture...) et des films autour du fameux Ai Weiwei, l'art féministe, l'urbanisme cubain... FIFA, 24>27.01, Tourcoing, le Fresnoy et Lille, Le Palais des Beaux-Arts, 8/5/4,50€, +33(0)3 20 28 38 00

Dans un article intitulé « Droit de cuissage à la mairie », Causette évoquait les viols, agressions et harcèlement dont aurait été victime une collaboratrice de la Mairie de Maubeuge. Le premier magistrat, Rémi Pauvros, a porté plainte contre... l'excellent magazine. Mais vient d'être débouté. À suivre ?

Unfinished Spaces Ballet © DR

toire Contemporaine, tlj sf 1er lundi de chaque mois, 10h>17h, 5/3€, http://expositionafficheaction.fr


news

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© Paul Raftery

Maison Vole Quelque part entre Là-Haut, des studios Pixar, et Sous les pavés la plage de tous les anars, l'architecte Édouard François a construit ses pavillons sur le toit d'une vieille bâtisse autrefois promise à la démolition. On a d'abord cru à un canular, à une preuve par l'absurde que les petites maisonnettes sont plus belles que les vieux HLM. Mais à Champigny-sur-Marne, c'est devenu une réalité et, mine de rien, on irait bien faire un tour dans l'une d'elles... www.edouardfrancois.com

Malle aux trésors Brasserie à la carte Amateurs de malt et de houblon, ce jeu est fait pour vous  ! Une entreprise carolorégienne décline le célèbre Trivial Pursuit avec l'édition Belgique, pays de la bière – évidemment disponible en français et néerlandais. Le principe n'a pas changé, 1800 questions et six catégories un peu retouchées : géographie, histoire, culture et gastronomie, types de bières, fabrication et surprise. Belge jusqu'au bout des pions, le design du plateau de jeu a été confié au dessinateur Jean-Michel Carpentier (la BD Chansons Cochonnes, 1990). Petit plus : pour une fois, c'est à consommer sans modération !

Telex

Hergé avait promis qu'après lui, il n'y aurait pas d'autre aventure de Tintin. Et pourtant... pourtant, voici qu'apparaît une nouvelle version des Sept Boules De Cristal. En fait, la version originale, telle qu'elle parut la première fois, sous forme de strips, dans Le Soir, entre 1943 et 1944. On y retrouve des passages supprimés ensuite par l'auteur... On vous laisse débattre sur le respect de la mémoire car en attendant, les tintinophiles trépignent ! Dans le même ordre d'idée, c'est le génie Uderzo qui voit compilée l'intégrale de ses travaux entre 1941 et 1951. Pour ne pas oublier que son œuvre dépasse largement le seul Astérix... L'Intégrale Uderzo 1941-1951, Hors Collection, 424p., 69€ // Les Mystères des 7 boules de cristal, 450 p., 39,95€

En 2009, L'affaire Philippe Val vs Siné avait fait du bruit, le Talleyrand de Charlie Hebdo utilisant le prétexte de l'antisémitisme pour mieux lourder le vieil anar' historique. Bref, Siné a gagné son procès pour licenciement abusif. 90 000 €. Champagne ou bon pinard ?


© DR

exposition

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lieu

Institut du monde arabe Choukrane ! L'endroit est bien choisi. Sise dans le quartier de l'Union, à la frontière de Tourcoing, Roubaix et Wattrelos, la seule antenne régionale de l'Institut du Monde Arabe propose sa première exposition en ses murs, investis en novembre dernier. Le thème  ? Qantara. Ou passerelle, en arabe. Vastes, blancs et lumineux, les 600 m² de cette ancienne filature accueillent une exposition consacrée au monde méditerranéen. On y trouve, entre autres, des objets issus du patrimoine archéologique (une bouteille syrienne datant de 1250, un globe à encens de la première moitié du xve siècle...). Rares et précieuses, ces


pièces ne constituent pourtant pas le clou de l'exposition. En une douzaine de thèmes (littérature, vie religieuse, commerce, art de vivre...), le parcours est jalonné d'écrans diffusant de nombreux documentaires, souvent courts mais toujours instructifs. De quoi passer des heures, sans même s'en apercevoir, afin de mieux connaître les particularités du monde méditerranéen et, surtout, les différences, points communs ou relations entretenues par ces pays. Questions En entrant à l'IMA, on cherchait la définition du monde arabe. Est-il question d'une langue ? Une religion ? Des mœurs ? Évidemment, il y a une langue (littéraire) commune – mais tous les Arabes ne la parlent pas. C'est certain, l'Islam est important – mais tous les Arabes ne sont pas musulmans. Bien sûr, il y a des mœurs communes – mais du Maroc à l'Irak, les us et coutumes diffèrent. On sort avec de nouvelles interrogations, et c'est tant mieux. L'IMA pousse la réflexion au gré de conférences, concerts, expositions organisés en ses murs et à travers la métropole. Il donne quelques pistes, mais jamais de réponses toutes faites. Thibaut Allemand

Qantara Jusqu'au 03.03, Tourcoing, Institut du Monde Arabe, mar>dim, 10h>18h, gratuit, +33 (0)3 28 35 04 00


portfolio

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ugo gattoni à coups de crayon En 2010, tout juste diplômé de l’EPSAA, (École Professionnel Supérieure d’Arts graphique et d’Architecture de la ville de Paris), le jeune Ugo se lance. « J’ai une formation de graphiste. Ce n’est qu’en sortant de l’école que je me suis vraiment intéressé à l'illustration de manière sérieuse  » confie-t-il. Son premier pas fut d'ailleurs très remarqué. Une fresque gigantesque (10 x 1,20 m) intitulée Ultra Copains (réalisée avec Guillaume Singelin) combine dessins et typographies. On a passé quelques heures à admirer une cité peuplée de saynettes absurdes et de personnages hauts de... 1 centimètre environ ! Ce microcosme qui renvoie autant à Godzilla qu'à Où est Charlie constitue l'acte de naissance des Éditions Copains, désormais dirigées par le seul Ugo. Depuis lors, les sollicitations affluent, il participe notamment à la réalisation d'un clip de Caravan Palace (Rock It For Me). Puis, l'éditeur Nobrow Press lui commande l'une des ses plus belles œuvres à l'occasion des Jeux Olympiques de Londres : Bicyle, frise de 5 mètres consacrée à la capitale anglaise. Durant dix semaines, Ugo réinterprète la ville et la barde de milliers de vélos. Loin d'être obsédé par la fresque, Gattoni excelle également dans la sobriété, multipliant détails, trompe-l'œil et niveaux de lecture. On pense à Dali – l'un des maîtres de Gattoni, au même titre que Jérôme Bosch ou, plus près de nous, Micah Lindberg. Utilisant uniquement le crayon de papier, le Rotring et la pierre noire, il n'utilise Photoshop qu'en dernier recours, pour accentuer les contrastes. « En deux ans, j'ai vraiment trouvé ma technique. Le risque, c'est de tourner en rond ». Eh oui : même l'imagination la plus débridée n'empêche pas certains automatismes. «  Je redécouvre la gouache, l'acrylique...  C'est pourquoi 2013 sera l'année de la couleur » ! Thibaut Allemand À lire / Bicycle, (Nobrow Books, 19€), www.nobrow.net À voir / www.ugogattoni.fr


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« Ces faux impertinents méprisent les petits partis et les pensées minoritaires. »


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interview

luc chatel La valse des pantins Propos recueillis par ¬ Thibaut Allemand Photos ¬ DR

Vous souvenez-vous de cette séquence du Petit Journal, durant la dernière campagne présidentielle ? L'équipe de Yann Barthès s'était vu refuser l'entrée à une réunion que Jean-Luc Mélenchon tenait avec des chômeurs, à Metz. Scandale ! Mais entre nous, on se doutait bien que Barthès chercherait la petite phrase, se moquerait du candidat ou des gens présents… Le porte-manteau de The Kooples de Canal+ se drapa dans sa dignité, invoqua la liberté de la presse et tutti quanti. Ce qui irrita un poil Luc Chatel - aucun lien avec l'ex-chef de produit de L'Oréal… et ministre, aussi. Ce journaliste, fatigué des « faux impertinents » du petit écran, signe un pamphlet original, une galerie de portraits brossés au gant de crin. Et si Barthès est la première cible, il n'est pas la seule victime ! Tout d'abord, qu'est-ce que l'impertinence, selon vous ? Elle est indissociable de la provocation, de l'humour et du débat d'idées. Elle doit bousculer certaines idées reçues et ébranler nos certitudes dans tous les registres de la vie quotidienne. Cela concerne la politique, mais aussi la surconsommation, la course à la croissance absolue, cette frénésie des nouvelles technologies...

Vous reprochez à ces faux-impertinents de relayer le discours dominant Exactement. Éric Zemmour se fait passer pour un marginal, mais il est omniprésent, et souhaite simplement une alliance entre le FN et l'UMP. En quoi cela remet-il en cause quoi que ce soit ? Marine Le Pen est à la une de tous les grands journaux, l'UMP évoque le racisme anti-blanc... À l'inverse, prenons la décroissance. Ce ne sont pas ▲


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Le polémiste en toc

juste trois écolos en vélo  : c'est une vraie théorie, défendue par des économistes et des philosophes. Or, cette pensée est totalement absente de l'espace du débat ou ridiculisée. C'est ce qui parcourt mon livre : ces impertinents ne font que relayer les idées des principaux partis. Ils manifestent un mépris, voire une haine des petits partis et des pensées minoritaires. En cela, ils ne sont pas du tout impertinents. Mais s'en prendre à Eric Zemmour, c'est un peu attendu, non ? C'est vrai, mais j'ai choisi des thèmes moins convenus. Une des impostures de Zemmour, c'est de passer pour un intellectuel. Mon entourage me disait « Quand même, c'est un écrivain ». Mais vous avez lu ses romans ?! Moi, je les ai lus, et un livre comme Petit Frère, c'est du sous-San Antonio, il y a des scènes de sexe ridicules, on dirait un adolescent en pleine puberté qui parle de « bites » et de « nichons » – ce sont ses termes  ! Ailleurs, ce sont des scènes

« Eric Naulleau a demandé à mon éditeur que je n'écrive plus jamais sur lui ! Il ne supporte pas la moindre critique » sur le racisme, mais traitées n'importe comment. C'est extrêmement mauvais. D'autres portraits sont plus étonnants, comme celui de Michel Denisot, qui semble tout sauf impertinent. Son émission est consensuelle, promotionnelle et hyperconsumériste. Denisot est totalement lisse, mais il incarne Canal+, en ceci qu'il demeure la dernière des figures fondatrices,


« L'émission de Denisot est consensuelle, promotionnelle et hyperconsumériste »

L'éleveur de chroniqueurs

après les départs de Pierre Lescure ou Alain De Greef. Or, c'était important d'évoquer Canal+ en tant que chaîne, car elle a toujours prétendu être celle de l'insolence. Elle l'a été, non ? Oui, du temps de De Caunes, Les Nuls ou Édouard Baer. Mais le fondement de la chaîne, c'est tout de même le porno et le football  ! On a vu plus impertinent. Un bon exemple est celui des Guignols, qui furent incisifs et inventifs, autrefois. Mais j'ai trouvé insupportable la manière dont ils s'en sont pris à Richard Virenque pour cette histoire de dopage. Alors oui, il ne s'exprime pas très bien, c'est un cycliste qui vient d'un milieu populaire, c'est plutôt facile de se moquer de lui. Mais surtout, on attaquait le vélo alors que cette chaîne s'est enrichie sur le football, un sport qui n'est pas plus propre que le cyclisme, sauf qu'il y a vingt fois moins de contrôles. C'est également un des critères de l'impertinence : se moquer, certes, mais pratiquer l'autodérision et accepter la critique. À propos, quels furent les réactions des heureux élus de vos portraits ? Michel Denisot, pas content, a appelé mon éditeur, pour lui rappeler qu'il invitait souvent des auteurs de la maison au Grand Journal. Il n'en a pas dit plus, mais ça voulait ▲

En pleine lucarne — Livres Sur La Télévision, de Pierre Bourdieu (Liber-Raison d'agir, 1996)

Les Nouveaux Chiens De Garde, de Serge Halimi (Liber-Raison d'agir, 1997, 2005) Médias, la faillite d'un contre-pouvoir, de Luc Chatel et Philippe Merland (Éd. Fayard, 2009)

— Films Pas Vu Pas Pris, de Pierre Carles (CP Productions, 2006)

Les Nouveaux Chiens De Garde, de Gilles Balbastre et Yannick Kergoat ( 2011) — En ligne Action-Critique-Media www.acrimed.org


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« l'impertinence : se moquer, certes, mais pratiquer l'autodérision et accepter la critique »

tout dire. Quant à Eric Naulleau, il a lui aussi téléphoné à mon éditeur, d'autant que nous avons le même. Il est furieux et trouve le livre nul. Il a demandé que je n'écrive plus jamais sur lui ! Ce type se fait fort de descendre les auteurs en vue mais ne supporte pas la moindre critique.

Le public prend-il vraiment ces impertinents au sérieux ? Non, je pense que personne n'est dupe. Un téléspectateur qui a du mal à joindre les deux bouts ne peut croire ces gens qui jouent les marginaux tout en étant grassement payés et en occupant tout l'espace médiatique. De plus, dans le traitement de l'information, peu de place est vraiment laissée au quotidien des Français. Où se trouve l'impertinence, désormais ? On en trouve sur le Web, au théâtre, mais je constate qu'elle a disparu des émissions grand public à la télé et à la radio. Ce Soir Ou Jamais, de Frédéric Taddeï l'a été. Ce dernier avait posé deux conditions  : ni invités en promotion, ni chroniqueurs, «  la plaie de la télévision », selon lui. Or, ce programme a perdu de sa force, car les invités originaux ne sont pas faciles à trouver. Evidemment, c'est une émission très intéressante, mais elle n'a pas le même impact que Le Grand Journal ou On N'est Pas Couché.

Caniche de garde

Retrouvez l'intégralité de l'interview sur www.letsmotiv.com

À lire / Les tartuffes du petit écran : De Thierry Ardisson à Eric Zemmour, le bal des faux impertinents (2012, JeanClaude Gawsewitch Éditeur, 224p., 17,90€) À visiter / www.medias-etcontrepouvoir.com


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mode

dress code Rhabillés pour l'hiver ! On avait découvert Dress Code au sein de l'excellente émission  Personne ne bouge ! (le dimanche soir, sur Arte). De ces trois minutes hebdomadaires, ses auteurs, Géraldine de Margerie et Maxime Donzel tirent aujourd'hui un livre, préfacé par le tandem CollinMauduit. Le concept est simple : nous aider à associer le bon vêtement au bon moment. Aussi précieux que dérisoire, inutile donc indispensable, ce mode d'emploi nous rhabille de pied en cap. Quatre parties, autant de saisons, et vingt-cinq situations quotidiennes... ou presque (on ne souhaite à personne un enterrement quotidien). Vous êtes moche ? Vous allez à un concert (p.29) ? Vous partez dans un pays en voie de développement  ? Quoi qu'il arrive, Monsieur ou Madame, vos tenues (et vous même) seront au top grâce aux descriptions hyperdétaillées, bourrées d'humour, de références bien choisies. Géraldine de Margerie sait de quoi elle parle : pigiste à Glamour, mannequin à ses heures perdues, elle fut aussi et surtout l'auteure du Dictionnaire du Look (2009). Aussi, on lui fait confiance lorsqu'elle taille un costard aux diktats de la mode, même si son humour, de temps à autre, pose question - l'ironie apparente laissant parfois place à un certain entre-soi un rien déplaisant. Ces réserves émises, reste de vraies astuces, comme savoir associer sa morphologie à la bonne fringue. Ensuite, à travers de petites anecdotes, on révise son histoire - celle d'Halloween par exemple- on apprend de nouveaux mots et expressions comme « butterface » (qui désigne une fille canon, mais sa tête...) ou encore que les moustiques sont attirés par le jaune : et ça, c'est utile. Elsa Fortant Dress Code, Maxime Donzel et Géraldine de Margerie, Éd. Robert Laffont, 171p., 22€


photos Š Olivier Marty


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r mment s'habille

Co

après les fêtes ?

Si vous avez des hanches généreuses, rééquilibrez votre silhouette avec un collier plastron (maxicollier de ouf).

Privilégiez une jupe années 1950, serrée à la taille puis très évasée, y glisser un chemisier. Hop, on vous donne cinq kilos de moins.

Optez pour des collants de couleur opaque, noirs de préférence, pour éviter d’attirer l’attention sur vos nouveaux mollets de cycliste.

Misez sur des talons hauts, vos nouveaux partenaires minceur (évitez cependant les talons compensés qui ont tendance à alourdir la silhouette).


ller

Comment s'habi

à un concert ?

Misez sur quelque chose d'ample et aéré. Par exemple, le tee-shirt de la première tournée du groupe afin de prouver à tous, que vous êtes un fan de la première heure.

Evitez cependant de porter un T-shirt d'Oasis à un concert de Blur, ou un T-shirt de Véronique Sanson à un concert de France Gall. Quoique.

Débarrassez-vous au vestiaire de tout ce qui est blouson, casque de scooter, valise, instrument de musique, correspondant allemand.

Enfilez des baskets pour ne pas avoir la plante de pieds en feu après quelques heures passées à piétiner dans la fosse (concert d'Alain Souchon) ou à sauter dans tous les sens (concert de Peaches).


Karaoké déglingué

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arno

Arno s'est fait une spécialité de reprise de standards (Les Filles Du Bord De Mer d'Adamo, par exemple). En 2008, il publie Covers Cocktails, un LP complet de relectures (Abba, Bob Marley, The Kinks, Gainsbourg...) et rend au passage à Dutronc ce qui lui appartient en mêlant La Fille Du Père Noël à Jean Genie, du voleur Bowie.

Cinéma Il s'est fait connaître en France grâce à sa participation à la bande originale du film Merci la vie (1990) de Bertrand Blier. Arno passe aussi devant la caméra pour camper un maître-nageur gay dans Camping Cosmos (1997) de Jan Bucquoy, et disserte en improvisation totale avec Alain Bashung dans J'ai Toujours Rêvé D'être Un Gangster (2008) de Samuel Benchetrit.


Une gueuze ? Arno fait souvent la tournée

des bars de Bruxelles. Mais c'est à l'Archiduc (Rue Antoine Dansaert, 6), bar jazz à l'ambiance aussi classe que détendue, que vous aurez le plus de chance de rencontrer l'engeance. Naguère, il y buvait des coups avec son pote Bashung.

Masterchef Durant la convalescence de Marvin Gaye à Ostende, en 1981, Arno fut son cuisinier. Le Prince de la soul adorait son poulet au curry, paraît-il. « Je ne veux pas appeler à la révolte, autrement je serais comme Staline, Hitler, Mao. Moi, je suis seulement un chanteur de charme raté »

Tu vois le bazar ! On l'a tour à tour surnommé le Higelin belge ou le Tom Waits flamand. On a vu comparaison plus honteuse, mais il n'y a qu'un seul Arno. Depuis la fin des années septante, le natif d'Ostende trace son chemin, entre blues rocailleux, rock'n'roll habité et chanson française dépenaillée. Puisque le gaillard est sur les routes pour défendre – s'il en était besoin – son excellent 19e Lp (Future Vintage), on a décidé de s'arrêter deux secondes sur son parcours. De biais, en grand angle.

Sur sa platine Alt-J, Beak>, Animal Collective Du dubstep « plus original que beaucoup de trucs rock d’aujourd’hui »

« J’ai les fesses dans le beurre » chante-t-il, rappelant son appartenance à une génération privilégiée.

Hymne Putain Putain, évidemment ! Cette déclaration d'amour à l'Europe, écrite avec son premier groupe, les TC Matic, fut reprise par, entre autres, Stephan Eicher, Nouvelle Vague ou Stromae. Et mériterait d'être enseignée dans toutes les écoles, par les temps qui courent...

« il y a plus de rock dans un salon de coiffure que chez les rockeurs 30.01, Courtrai, De Kreun, 20h, 33/30 /27€ // 02.02, Anvers, Trix, 19h, 32€ // 07.02, Louvain, Het Depot, 20h, 31€ // 08.02, Charleroi, Eden, 20h, 30/27€ // 21.02, Gand, Vooruit, 20h, 32€ // 23.02, Bruges, Cactus, 20h, 30/27/25/22€


© DR

musique

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Le chaînon ( ) en or manquant Le hip-hop, secteur ultra segmenté : West Coast versus East Coast, patrons d’empires commerciaux contre jeunes loups contestataires, le bling bling face au rap conscient… En un album, Kendrick Lamar s’est affirmé comme le chaînon manquant, capable d’une synthèse digne d'un grand écart. Vraiment grand. Kendrick Lamar ne vient pas de nulle part. L'Américain a passé vingt-cinq ans à Compton, quartier craignos du Sud de Los Angeles et berceau de NWA (Niggaz Wit Attitudes). Les créateurs du gangsta à la fin des années 80 au sein desquels débuta l'un des plus grands rappeurs et producteurs de l’Histoire, Dr Dre. En bon parrain, le brave toubib assure un featuring sur Good Kid M.A.A.D. City, premier album au titre évocateur : un bon gamin dans une ville de dingues. K.Dot, comme il se faisait appeler autrefois, n’a jamais dealé de crack, mais a assimilé tous les codes du hip-hop West Coast, y introduisant les subtilités d’un rap introspectif. Le magicien ose Si quelques productions flirtent avec les blockbusters R‘n’B (Drake et Mary J. Blige font des caméos), elles restent toujours de bon goût - un mec qui sample Beach House ne peut pas être un mauvais bougre. Lamar pose un flow polymorphe, rappelant tantôt 2Pac, son idole de toujours, parfois Snoop Dogg, ou encore ses homies de NWA. Les freestyles de cet élève prodigieux affolent donc les commentateurs sur YouTube. On lui reprochera éventuellement un manque de concision. Son album s'étire sur une heure et demie  ! Mais on ne trouve pas non plus de titres superflus. Good Kid… est sous-titré A Short Film By Kendrick Lamar. Un court-métrage pas si court dont on a hâte de voir la version scénique. Mathieu Dauchy

Kendrick Lamar 03.02, Bruxelles, Ancienne Belgique, 20h, 25/22€, www.abconcerts.be


Le feu

sous

la glace

Comme le temps file ! Sixième édition, déjà, pour les Transardentes. À ses débuts, cette soirée constituait en quelque sorte le prolongement électronique du célèbre festival aoûtien (Les Ardentes). Aujourd'hui, c'est l'événement d'hiver attendu par les clubbers et techno-heads de toute l'Europe septentrionnale. Oubliée, l'image d'Ardentes-bis qu'on collait à l'événement. Il s'agissait de répondre à la forte demande locale en montant une soirée fédératrice de renommée internationale. Mission accomplie avec des têtes d’affiches remarquables (SBTRKT, Dave Clarke, Erol Alkan, Boys Noize...). Mieux, les organisateurs perçoivent également les évolutions du public et n’hésitent pas à diversifier les styles. Ainsi, l’édition 2013 réserve sa plus grande salle au Dubstep et à la Drum&Bass. Dans celle-ci, Chase & Status, auteurs d’albums fondateurs et plébiscités par le public des festivals d'été, s'annoncent comme la grande sensation. Autre nouveauté : la présence d’un son UK House d'excellente facture, délivré par des pointures telles Disclosure ou Maya Jane Coles. Mais que les amateurs de techno pure se rassurent, le festival ne renie pas ses racines pour autant, comme l’atteste la présence du duo Stephan Bodzin - Marc Romboy aux platines ! Enfin, les artistes locaux sont de la partie. Les Transardentes ont favorisé l’apparition d’un  «  vivier electro  » à Liège  : les Partyharders, pour ne citer qu’eux. Il a aussi soutenu moult DJ’s désormais illustres, comme Brodinski ou Yuksek. La musique électronique a donc trouvé un événement à sa mesure et de manière durable en Wallonie ! Louis Hertert les transardentes - 26.01, Liège, Halle des Foires, 42/35€, www.lestransardentes.be Prog : Chase & Status, Pendulum, Noisia, Dirtyphonics, Loadstar, Delta Heavy, Culprate, Animal, Dub Timus Soundsystem, SBTRKT, Disclosure, Rudimental, Maya Jane Coles, The Magician, Mosca, Para One, Dusky, Marc Romboy, Stephan Bodzin, Wankelmut, Kölsch, Oxia, Compuphonic, Raving George

SBTRKT © DR

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sophie hunger Vous êtes prêts ? De Sketches On Sea (2007), son premier album pur produit DIY (enregistré dans son salon), à Danger Of The Light (2012), le quatrième et dernier, produit par Adam Samuels (Stéphan Eicher, Emily Loizeau), c'est certain, les méthodes ont changé. La qualité de l’œuvre de Sophie Hunger reste quant à elle intacte. L'auteurecompositrice-interprète cultive le mariage des genres : entre jazz hypnotique, soul poétique, pop dépouillée et folk mélancolique. Sur scène, la Suissesse est tour à tour pianiste, joueuse d'harmonica ou saxophoniste. À cette formation classique (guitare, basse, batterie), s'ajoutent une clarinette, un bugle, un orgue Hammond et un xylophone. Que d'épithètes pour qualifier cette insaisissable chanteuse  ! Rendez-vous donc avec un ovni frêle et émouvant... d'une complexe simplicité. Elsa Fortant 23.01, Arras, Théâtre d'Arras, 20h, 21/17/13/10/9€, +33 (0)3 21 71 76 30

D'Emily Loizeau, on n'a jamais eu grand chose à faire, en fait. Certes, on sifflotait parfois le single L'Autre Bout Du Monde, mélodie posée sur des brisures haut-perchées. Mais on n'allait guère plus loin : pour un duo avec Andrew Bird (vous avez vu l'astuce ?), il fallait supporter des collaborations avec la fange française (Mathias Malzieu, Olivia Ruiz, Tryo, Camille...). Jusqu'à ce jour où, désœuvré, on jetait une oreille à Mothers & Tygers (2012). Majoritairement anglophone, ce troisième LP baigne dans le folk britannique (dans les orchestrations comme dans les thèmes abordés). Et en dépit de passages mignons tout plein, l'ensemble s'avère sacrément séduisant. Et c'est la première fois qu'on a pas eu envie d'étrangler Camille, présente sur Marry Gus And Celia. C'est peut-être un détail pour vous mais pour moi, ça veut dire beaucoup. Thibaut Allemand 26.01, Béthune, Théâtre Municipal, 20h30, 22/18€, +33 (0)3 21 64 37 37

© Diane Sagnier

© Augustin Rebetez

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emily loizeau


© DR

© Denis Rouvre

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Monarch !

Ibrahim Maalouf

Si Sunn O))) a popularisé – et ouvert – le drone-doom metal avec un chef-d'œuvre (Monoliths & Dimensions, 2009) et des prestations scéniques plus... discutables, Monarch! emprunte une approche plus punk rock du genre. Enfants du maïs et de Black Sabbath, les Bayonnais poussent le doom dans ses derniers retranchements, nimbant ses infrabasses des divins hurlements d'Émilie Bresson. Sataniste pour de faux, l'expérience n'en reste pas moins sonore et sonique, sensorielle et sans issue.

Après une trilogie portée sur l'entrelacement des tonalités et des rythmes, le trompettiste (et pianiste, percussionniste...) vient de signer Wind, véritable précis de savoir-vivre à l'usage des tenanciers de débats caducs (Jazz  ? World ?). À 32 ans, refusant de choisir entre l'histoire collective (la grande histoire du jazz) et l'introspection (personnelle par définition), le Franco-libanais de génie quitte la cour des artistes à suivre pour entrer de plain-pied dans le cénacle des jazzmen qui comptent.

02.01, Liège, La Zone, 20h, 6e 03.01, Bruxelles, Magasin 4, 19h, 7€

© Jean-Baptiste Millot

Lionel Belmondo

24.01, Tourcoing, maison Folie L'Hospice d'Havré, 20h30, 15/10€+33 (0)3 59 63 43 53

26.01, Tournai, Maison de la Culture, (dans le cadre de Tournai Jazz), 21h30, 20/16€, +32(0)6 925 30 80

Durant dix ans, Lionel Belmondo, c'était l'ensemble Hymne Au Soleil, qui fit un tabac des deux côtés de l'Atlantique. Aujourd'hui, simplement accompagné du contrebassiste Sylvain Romano et du batteur Laurent Robin, le saxophoniste ténor revient à une formule plus intimiste pour revisiter le répertoire classique européen (Fauré, Chopin, Bach, Wagner, Rachmaninov, Tchaïkovsky, Brahms, Schubert …) et présenter des compositions originales... à plus d'un titre.


Paul Kalkbrenner

V S Fritz Kalkbrenner Paul Kalkbrenner, ça va, on connaît : le DJ allemand qui monte qui monte depuis une dizaine d'années, remplit les salles et signe des autographes. Et voilà que le petit frère, Fritz, creuse son propre sillon. On les attend tous les deux au tournant. Mais qui est qui ? Bio (vraiment) express. Paul est né en 1977, Fritz en 1981. Ensemble (et avec Sascha Funke), ils découvrent, adolescents, la techno dans les années 1990 : un coup de foudre dont aucun ne s’est remis à ce jour. Coupons les cheveux en quatre. Paul demeure toujours clean, propre sur lui, tiré à quatre épingles et le crâne rasé de près – pour préparer la future calvitie ? Capillairement parlant, Fritz est plus volubile, le cheveu est dense, et l’homme possède un petit côté ours en peluche/ trappeur canadien assez chaleureux. Le genre de mec toujours disponible pour allumer un feu de bois. J’en ai vu un au cinéma ! Les deux, en fait : dans Berlin Calling (2008), Paul joue le rôle principal et Fritz, son propre rôle. Si le film n’est qu’un ersatz de Vol Au-Dessus D’un Nid De Coucou (1975), la bande originale, elle, s'avère enivrante et entêtante. En particulier le single Sky And Sand, composé par Paul et chanté par Fritz : une mélodie froide, une voix chaude, un succès... qui profite surtout à Paul, qui enchaîne depuis les tournées à guichets fermés. Fritz, pendant ce temps, prépare son tout premier album. D'accord, mais le son dans tout ça ? Paul signe de longs morceaux épurés et chaloupés soutenus par un beat nerveux. Il cultive une ambiance sombre et sereine à la fois. Fritz, c’est plus compliqué : il transpire la soul, mais en offre une traduction définitivement house. Olivia Volpi Paul Kalkbrenner, 01.02, Esch-sur-Alzette, Rockhal, 21h30, 32€, +35 (0)2 24 555 555 // 08.03, Anvers, Lotto Arena, 19h30, 34€, www.sportpaleis.be Fritz Kalkbrenner, 08.02, Tourcoing, Le Grand Mix, 20h, 19,80€, +33 (0)3 20 70 10 00

© Torben Conrad

© Pola Sieverding

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© Dean Rogers

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McGUINNESS paye sa tournée Un prénom vieillot, mais un patronyme renvoyant au meilleur breuvage de l'Univers, l'évocation de l'inconnu Eugene McGuinness faisait encore gausser pas mal de monde ces dernières années. Principalement des sourds et malentendants, en fait. Et il aura suffi d'un troisième LP en forme de réussite, à la fois « grand public » et sans compromis, radio-friendly et bien écrit, pour que la magie opère. Genèse d'Eugene. Liverpool, 2008. Un petit Anglais de vingt-deux ans, seul dans sa chambre, guitare folk en bandoulière et des chansons plein les poches. Modestement intitulé, The Early Learnings Of… (2007) dévoilait cet innocent aux mains pleines d'or et faisait mille promesses… tenues le long d'un premier véritable album paru l'année suivante. Mélodies imparables et simplicité d'exécution très sixties, où se bousculent The Coral, Jonathan Richman ou Jens Lekman. Mis en confiance par un side project (Eugene + Two Lizards, plutôt dispensable) et une tournée en compagnie de l'affreux Miles Kane, McGuinness nourrit depuis des rêves de grandeur. Entouré d'une formation solide, le Liverpuldien concrétise ses fantasmes. Le visage est émacié mais les chansons s'épaississent, tout en chœurs enchanteurs, riffs malins et rythmiques musclées. Autant dire que ces morceaux évoquant à la fois Orange Juice et Franz Ferdinand prennent toute leur ampleur sur scène. Un futur grand, qu'il serait dommage de rater dans une salle à taille humaine. Thibaut Allemand Eugene McGuinness + Pan Aurora 29.01, Lille, L'Aéronef, Le Club, 20h, 11€/gratuit abonnés, +33 (0)3 20 13 50 00


© Gilbert Cohen

© Brantley Gutierrez

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Zombie Zombie

Dinosaur Jr

Des géniaux Django Django aux pathétiques Hyphen Hyphen, la mode des patronymes répétitifs fatigue. Mais on pardonne à Zombie Zombie, ancienneté oblige. L'obsédé des claviers Étienne Jaumet (ex-Married Monk) et le batteur Neman (Herman Dune) ont débuté sous ce nom il y a sept ans et enchaîné les sorties avec une régularité métronomique. Ces rejetons spirituels de George A. Romero et John Carpenter demeurent un poil trop révérencieux envers leurs maîtres (le kraut, les BO de Gialli et autres films d'épouvante...), mais proposent des concerts à l'image de ces vieilles bobines : divertissants et hypnotiques.

Voici le seul et unique groupe de l'histoire des musiques populaires à avoir publié, une fois reformé, des albums aussi bons, voire meilleurs, que ses œuvres de jeunesse. Et pour le reste ? Comme d'hab' : mélodies débraillées et soli déraillés, le tout chanté par l'éternelle voix de vieil enfant fatigué de l'increvable Jay Mascis. Qui, faut-il le rappeler, avait fondé le trio après une rupture amoureuse avec une certaine... Uma Thurman. Hey, what did you expect ?

31.01, Lille, L'Aéronef, 20h, 16/11€, +33 (0)3 20 13 50 00

© Peter Weber

Tamikrest

01.02, Charleroi, L'Eden, 20h, 12/9€ 02.02 Eeklo, N9, 21h, 15/12/7/3€ 03.02, Anvers, Trix Club, 19h30, 17/14€

09.02, Anvers, Trix, 19h30, 25/22€, www.trixonline.be 11.02, Courtrai, De Kreun, 20h, 25/22/19€, www.dekreun.be

La formation malienne compose un blues du désert nourri à Vieux Farka Touré et Tinariwen. Militants et enchantés, ces morceaux content la lutte des Touaregs, actuellement coincés entre un état oppresseur et des islamistes enragés (qui détruisent des... mosquées et viennent d'interdire la musique). Bref, la Résistance est là. Aucun danger dans la salle  : chacun rentrera sagement chez soi après le concert. Faut pas exagérer.


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« Les amateurs apportent leur

générosité et

 »

leur expérience de vie


interview

LAURENT CANTET Bande à part Propos recueillis par ¬ Audrey Jeamart Photos ¬ © Pierre Milon, 2011 Haut et Court

Près de deux décennies après ses débuts, et quatre ans après Entre Les Murs, le multi-récompensé Laurent Cantet signe Foxfire, Confessions D'un Gang De Filles. Nerveuse, au plus près du réel, cette adaptation d'un roman foudroyant de Joyce Carol Oates confirme, s'il le fallait, tout le talent du tandem Cantet-Campillo. Rencontre avec un sympathique chef de bande. Comment est né ce projet, qui succède à votre Palme d’Or pour Entre Les Murs ? Je ne planifie jamais le prochain film, j’ai toujours l’impression que cela me tombe dessus. J’adore être sur un tournage, mais je veux être sûr que ce que je raconte a du sens, et que j’ai envie d’y consacrer les quatre années qui vont suivre. Pour Foxfire, tout est parti du livre de Joyce Carol Oates que l’on m’a offert pendant le montage d' Entre Les Murs. J’ai eu envie de traduire un choc de lecture.

Campillo, de trouver le juste milieu entre le souvenir et l’immédiateté. De plus, le récit de Joyce Carol Oates m'intéressait pour les correspondances avec notre époque actuelle. Notamment la manière dont l’idéalisme d’un personnage se heurte à la puissance du réel, et la violence faite aux opprimés. Comme dans Entre Les Murs, on retrouve des adolescentes… Oui, leur énergie est très stimulante pour un réalisateur. J'aime explorer cette période de la vie, où l'on n'a pas encore tous les outils pour appréhender le monde. Ici, on assiste à la naissance d’une conscience politique chez ces jeunes filles qui n’ont jamais entendu parler du féminisme.

Votre film épouse-t-il la trame du livre ? Dans le livre, Maddy, la cinquantaine, retrouve également ses écrits de jeunesse. Mais ses souvenirs de lutte s’étaient un peu évaporés. On a donc tenté, avec mon co-scénariste Romain ▲

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Foxfire, Confessions D'un Gang De Filles De Laurent Cantet, avec Katie Coseni, Raven Adamson, Madeleine Bisson, Claire Mazerolle, Paige Moyles, Rachael Nyhuus...

Comment avez-vous choisi vos interprètes ? À Toronto, on a fait passer des essais à de nombreuses jeunes filles croisées un peu partout. Il fallait qu’elles soient à l’aise devant la caméra, mais aussi qu’elles fonctionnent bien ensemble. La question de la bande et de la place qu’on y occupe est un thème constant dans mon cinéma. Vous avez très souvent recours à des interprètes amateurs, pourquoi ? Je pense que je m’ennuierais avec des acteurs dont je sais ce que je peux attendre. Les amateurs apportent leur générosité et leur expérience de vie. Et puis, c'est aussi un plaisir de chercher des actrices, craindre que ça ne marche pas, rechercher la justesse ! Que va-t-il se passer quand on lancera la caméra ? Justement, comment avez-vous tourné ? Avec deux caméras et de longues prises, ce qui offre le luxe de laisser les choses arriver. On reste dans l’énergie. Les actrices vivent plus la scène qu'elles ne la jouent.

Comment avez-vous choisi le lieu de tournage ? On a eu la chance de trouver une petite ville préservée, à 800 kilomètres au nord de Toronto. Certaines rues n’ont guère changé depuis les années cinquante  ! C'était les décors que j’imaginais à la lecture du livre. Je me suis alors autorisé des mouvements de caméra à 360°, sans me retrouver coincé par des voitures, des buildings… Même si Foxfire a la couleur d’un film d’époque, je n’ai pas prêté une attention maniaque à la reconstitution des années cinquante. Pourquoi pas une transposition de nos jours, dans ce cas ? Parce que les années cinquante incarnent la période du Rêve américain, où tout semblait possible. Je m’intéresse aux laissés-pour-compte de ce rêve. Je souhaitais réaliser un objet hors du temps. Ainsi, la violence faite aux femmes demeure très actuelle. Je voulais montrer la continuité des luttes et des souffrances.


© DR

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Avec le temps Découverte en France avec Historias Minimas (2002) et Bombón El Perro (2004), l'œuvre de l'Argentin Carlos Sórin souffre, hélas, d'une diffusion en salles aléatoire. Réjouissons-nous donc de retrouver son écriture épurée, ses personnages ordinaires et... ses histoires minimales. Marco s'est arrêté sur le parking d'une station-service. Plus assez d'essence pour aller jusqu'à la suivante, située à 450 kilomètres. Il traverse la Patagonie. Le pompiste tape à sa vitre, lui dit que le camion-citerne arrivera dans quatre heures... Que faire, sinon attendre ? Les récits de Sórin alternent toujours arrêt et relance. Des esquisses, des tentatives, plutôt que des actions fermes et déterminées. Rien d'héroïque chez ses personnages. Il suffit d'entendre l'ordre dans lequel Marco énonce les raisons de son voyage : les vacances, la pêche et... retrouver sa fille. Non pas que les retrouvailles ne lui importent pas : il préfère avancer prudemment, à tâtons. Le voyage est tissé de rencontres, de détours, d'attente. Les petites villes et les contrées désertiques que Sórin filme sans emphase favorisent le croisement de ces personnages. Ils butent l'un sur l'autre, échangent quelques mots sans importance avant de poursuivre leur route. L'art du cinéaste est en cela proche de celui du nouvelliste Raymond Carver. D'une banalité moins étrange et fantastique (chez Carver, les rencontres sont presque toujours des apparitions), elles affectent néanmoins les protagonistes de façon mystérieuse. Difficile d'en connaître les effets. Sórin en effet ne cède jamais à l'émotion facile, au lyrisme calculé (hormis pour la musique). Son film n'en est pas moins vibrant, à chaque instant, d'humanité. Raphaël Nieuwjaer Jours De Pêche En Patagonie De Carlos Sórin, avec Alejandro Awada, Victoria Almeida, Oscar Ayala...


Le roi du curling

TU HONORERAS TA MERE ET TA MERE

Pour son premier long-métrage, le Norvégien Ole Endressen lorgne du côté de la comédie américaine contemporaine. Difficile, en effet, de ne pas songer à Will Ferrell et John C. Reilly (Frangins Malgré Eux, 2008, par exemple) en voyant débarquer sur la glace les deux équipes de curling dont l'affrontement constituera le cœur du film. D'un côté, donc, le très libidineux Ravndal ; de l'autre, le très maniaque Paulsen. Autour, une galerie de personnages pour le moins hauts en couleur. Le récit est classique : Paulsen devra surmonter sa folie pour gagner le championnat, dont la prime servira à soigner son mentor atteint d'un cancer. Évidemment, les situations comptent plus que l'intrigue, et certaines sont savoureuses. Le film n'atteint jamais ses illustres modèles, mais on comprend qu'il a reçu l'Amphore du Peuple au Festival Grolandais de Toulouse... Raphaël Nieuwjaer

« Tout va bien se passer » promet le médecin en accouchant Jo. Mais lorsqu'elle arrive en Grèce avec ses fils pour monter le festival que la famille organise chaque année, rien ne se passe vraiment comme prévu au sein de sa grande fratrie. Les catastrophes s’enchaînent comme dans les meilleures tragédies grecques, mais l’on rit à chaque rebondissement. Brigitte Roüan signe une comédie qui aborde la maternité sous tous ses aspects (du bébé à l’adulte, en passant par l’enfant et l’adolescent) avec le mythe d’Œdipe en toile de fond. Cette Jo évoque souvent Jocaste (la mère d'Œdipe, donc) et n’a de cesse de couver ses garçons devenus grands. Ces deniers tentent de s’en émanciper tout en criant « maman ! » à la première galère. Les mères et leurs fils s’y reconnaitront assurément même si les nombreux clins d’œil à la tragédie manquent parfois de tact. Martin Van Boxsom

Un film de Ole Endressen Avec Atle Antonsen, Linn Skåber, Kåre Conradi... Sortie le 02.01

De Brigitte Roüan, avec Nicole Garcia, Eric Caravaca, Patrick Mille, Michaël Abiteboul, Gaspard Ulliel… Sortie le 06.02

© Agat Films & Cie

© KMBO

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mathieu Lehanneur Magicien, inventeur, artiste ? Non, Mathieu Lehanneur revendique le statut de designer. D’où vient alors ce sentiment étrange de ne pas rencontrer un design très orthodoxe devant ses œuvres ? Portrait d’un créateur pas comme les autres ! Mathieu Lehanneur le raconte sans détour : il ne connaissait rien au design quand il a commencé ses études à l’ENSCI de Paris. Ce diplômé des Beaux-Arts de Versailles comptait sur cette discipline pour intervenir dans le monde réel, dans son tissu économique et social. En créant librement et non pas en concevant une énième chaise. Son credo, c’est le « mieuxvivre ». Une idée-phare qui ressort parfaitement de Choses, première exposition monographique qui lui est consacrée. « Mes projets visent la meilleure cohabitation possible entre nous et notre environnement » explique ce touche-à-tout de 38 ans. The Island (diffuseur minéral apportant ses bienfaits aux cellules de l’organisme), dB (filtre à bruit autonome), Andrea (purificateur d’air) ou encore C° (chauffage infrarouge intelligent) mettent ainsi en évidence la relation entre la recherche scientifique et le design. On voyait en Mathieu Lehanneur un artiste ou un magicien parce que ses objets possèdent ce petit supplément d’âme et de poésie qui les rend uniques. Ainsi de la station météo Demain est un autre jour, destinée aux services de soins palliatifs, ou l’installation Once upon a dream, une capsule de sommeil conçue avec un hypnologue. Pas un hasard si l’exposition côtoie Art, Science et Fiction dans l'enceinte du Grand-Hornu (voir p.69). « La SF permet de s’affranchir de la réalité. J’aime qu’un objet dépasse sa fonction pour devenir une entité vivante, réactive  ». Ou quand la créature échappe à son créateur… Audrey Jeamart

© Véronique Huyghes

portrait

dB VIA, 2006, ABS, mini speakers, electric engin, charger © Carte Blanche Age of the World, Glossy black enamelled ceramic, Manufacturer : Claude Aiello, Vallauris, H 70 cm Radius 60 cm Europe 2009 © Issey Miyake, photo Claude Germain Andréa, Le Laboratoire, 2009 In collaboration with David Edwards, Harvard University, Ventilator, polycarbonate, plant diameter 32 cm, height : 45 cm © Photo Véronique Huyghe

Choses Jusqu’au 31.03, Hornu, Grand-Hornu Images, mar>dim, 10h>18h, 6/4€, +32 (0) 65 65 21 21, www.grand-hornuimages.be


Voices of the sea L'écume des jours Lieu de rencontres entre riverains, touristes ou migrants sur le point d'emprunter le Transmanche, le littoral calaisien séduit également les artistes. Après Watercolours, reposant sur le dessin et Visions romantiques des Côtes de la Manche concentrée sur la peinture du XIXe siècle, l'exposition Voices Of The Sea aborde toutes les dimensions du territoire côtier. En photographies, mais sans le moindre cliché.


Chantier du Lien Fixe Transmanche, terminal février-mars 1988, Coll. du Centre régional de la photographie NPDC © Philippe Lesage

D'autres se seraient, hélas, contentés d'images vantant la lumière du Nord et les reflets gris-verts d'une mer fracassant les illustres falaises du cap Blanc-Nez. Le musée des Beaux-Arts de Calais et le CRP de Douchy-lesMines envisagent toutes les réalités du littoral calaisien. Comment ? En convoquant une vingtaine d'artistes et une centaine d'œuvres. Soit trente  ans de photographies répartis en trois thèmes majeurs : Promenades calaisiennes, Circulations et No man's land. Trois réalités distinctes, voire opposées. Ainsi, dans la section réservée aux Promenades, Franck Bernhard

▲ Sans titre, Extrait de la série « One day trip », 1988-1989, Coll. du Centre régional de la photographie NPDC © Martin Parr, Magnum Photos

immortalise les hordes de randonneurs cherchant du regard, selon le temps, les blanches falaises anglaises (série Passage, 2003-2005). Dans la seconde partie, Circulations, on embarque avec Martin Parr ! Le célèbre ▲


▲ Horizon, Vidéo installation , 22 minutes, 2009 © Enrique Ramírez ▲

Sans titre 7, Série Passage, photographie argentique, 200 © Franck Bernhard

photo-journaliste britannique traque le tourisme de masse et ses comportements consuméristes. Il en tire des clichés en grand format pointant de manière ironique les aller-retours en bateau quotidiens effectués par ses compatriotes pour se réapprovisionner en alcool et tabac... Terre promise Mais Calais, ce sont aussi des centaines de réfugiés livrés à leur sort, errant dans un No man's land et désireux


de rejoindre, un jour, une Albion moins perfide que salutaire. Cette traversée impossible est suggérée dans le courtmétrage du chilien Enrique Ramirez. Horizons présente deux écrans face à face liés par une projection au sol de phrases en allemand, anglais, français ou espagnol comprenant le mot immigration. Un sujet évidemment abordé par Laura Henno (voir LM n°78) dont la série La Traversée (titre provisoire) dévoile les conditions de vie des exilés. Immersif et intrigant, audacieux

et parfaitement agencé, l'accrochage réussit le pari de confronter plusieurs réalités d'un territoire qui n'a pas fini d'inspirer les artistes du monde entier. Florian Koldyka

Jusqu'au 14.04, Calais, Musée des Beaux-Arts, 10h>12h, 14h>17h, dim, 14h>17h, 2/1€, +33 (0)3 21 46 48 40,


Ostende

Bruxelles, Gare du midi


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HARRY GRUYAERT Défend ses couleurs Il est l’un des photographes belges les plus réputés de ces trente dernières années. Chantre de la couleur reine - à l’instar d’un Eggleston ou d’un Saul Leiter - Harry Gruyaert revient sur ses racines noire jaune rouge à l’occasion d’une exposition, Roots, qui lui est consacrée au Botanique. « J’ai toujours travaillé dans des pays où la couleur est omniprésente. C’est une attirance magnétique… Mais en Belgique, dans les années 70, tout était grisonnant. C’est la découverte de la photo couleur américaine (ndlr. The New Color Photography) qui m’a encouragé à photographier le pays en couleurs. C’était comme découvrir la beauté de la laideur, et la beauté dans la banalité  ». Habitué de l’exotisme (le Maroc, l’Inde, les USA) et de la distance, l'Anversois chausse de nouvelles lunettes pour retrouver cette « virginité », qui donne – on s’en doute – de bien meilleurs clichés. Son goût pour l’humour et le surréalisme, d’Ensor à Magritte, achèvera de le convaincre : oui, la Belgique se doit d’être photographiée, mais plus comme le fît la vieille garde pictorialiste, jugée bien trop prude et classique. La couleur juste, pas juste la couleur En 120 photos des années 70 et 80, l’exposition dresse ainsi le portrait d’une Belgique du quotidien et du folklore, dans des cafés de province ou des fêtes populaires, à la lisière d’un champ ou d’une vitrine de superette. Sous l’œil exercé de l’artiste, le résultat est dénué de poncif – ici la fonction n’est pas sociale, et encore moins journalistique : tout se joue sur les rapports chromatiques, leurs contrastes, leur relief. «  Je passe d’ailleurs beaucoup de temps à travailler mes tirages… D’autant qu’avec le digital, on s'affranchit des limites de la chimie ». En résulte une mise au point unique de ce que l’on nomme Belgique... Une œuvre loin du documentaire, mais toujours crue et juste. Grégory Escouflaire

Harry Gruyaert – ROOTS, jusqu’au 03.02, Bruxelles, Le Botanique (Museum), mer>dim, 12>20h, 5,5/4,5/3,5/2€/gratuit, +32 (0)2 218 37 32, www.botanique.be à lire / Très beau catalogue de l’exposition chez Hannibal/Editions Xavier Barral, avec des textes d’Harry Gruyaert et de Dimitri Verhulst (La Merditude des Choses) ▲


Brabant


Photos Š Harry Gruyaert / Magnum Photos


Line-Up for Night Court, ca. 1941 © Weegee/ International Center of Photography

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La mort à tout prix C’est sur le pleur des sirènes de police que nous passons le seuil de l’exposition consacrée au photoreporter américain Arthur Fellig (1899-1968), alias Weegee. Roi de la presse à scandale, observateur acéré des bas-fonds new-yorkais entre 1930 et 1945, ce personnage fascinant fait l'objet d'une rétrospective au titre aussi effroyable qu’explicite : Murder Is My Business. Car pour « faire [son] beurre », Weegee shoote tout ce que la Grosse Pomme a de plus sordide à offrir. Muni de son Speed Graphic et d’un flash impitoyable, il passe des nuits entières dans sa Chevrolet, la radio branchée sur la fréquence de la police - on pense bien sûr au rôle de Joe Pesci dans The Public Eye (1992), largement inspiré de la vie du journaliste. Publiés dans des journaux plus (Life, New York Herald Tribune) ou moins (The Daily Mirror) prestigieux, ses clichés témoignent de la violence extrême qui règne alors à Gotham City – et de son étrange banalité : ici, un mafioso étendu sur le trottoir (Body Of Dominick Didato, 1936) ; là, de joyeux badauds assistant à leur premier meurtre (Their First Murder, 1941). L’esthétique brutale et contrastée du photographe, alliée à un sens aigu de la mise en scène (Weegee n’hésite pas à déplacer les macchabées ou à mettre bien en évidence les armes encore fumantes) donne le sentiment d’assister directement au drame : le sang chaud coule sur la chaussée, les accidentés de la route ont toujours le volant entre les mains… La centaine de clichés en noir et blanc exposés ici confronte impitoyablement le spectateur à cette réalité morbide. Et lui glace le sang. Cédric Delvallez Weegee : Murder Is My Business Jusqu’au 27.01, Anvers, FOMU, mar>dim, 10h>18h (fermé le 1er et le 02.01), 7/5€ (- de 26 ans : 1€, gratuit pour les - de 12 ans), + 32 (0)3 242 93 00


Across Charles Burns

Pierre Tombal et les autres Après avoir fait ses armes aux côtés du regretté Mittéi, puis au sein de la rédaction du Journal de Spirou, Marc Hardy dévoile en 1983 la première planche de ce qui deviendra son best-seller : Pierre Tombal, 26 albums au compteur. Voilà 30 ans que le coup de crayon irrévérencieux du Belge s'attaque à la mort oui, mais aussi la Seconde Guerre Mondiale à travers La Patrouille Des Libellules ou encore le plus vieux métier du monde avec Lolo & Sucette. Un peu plus de 150 planches à découvrir, la plupart inédites, et la moitié consacrée au fossoyeur.

Voici un an à peine, le M Museum proposait un fabuleux parcours autour de l'œuvre sombre, pléthorique et fantastique de Charles Burns. Aujourd'hui, Lasécu pose un autre regard sur l'auteur de Black Hole (1995-2005). Une vingtaine d'artistes (dont Elzo Durt ou Laurent Houssin) réinterprètent et réinventent le monde glaçant de l'Américain, tandis que sont exposées dessins originaux et planches du dessin d'animation Peur(s) Du Noir (2007). Belle occasion de replonger dans ces cauchemars adolescents et autres dérives insomniaques. Jusqu'au 02.02, Lille, Lasécu, ven>dim, 14h>19h, gratuit, +33 (0)03 20 47 05 38

Vénus debout dans un paysage, Cranach, Lucas, dit l'Ancien © Musée du Louvre, Dist. RMN / Martine Beck-Coppola

Jusqu'au 10.03, Malmedy, Malmundarium, tlj sf lundi, 10h>17h, 6/5/3€, +32 (0)80 799 668

© Charles Burns

© Hardy-Cauvin-Dupuis

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Renaissance Un rapport avec le nouveau souffle promis par le fameux musée au bassin minier ? Toujours est-il que le thème retenu pour la première exposition temporaire du Louvre-Lens est la Renaissance. Sur près de 1 800 m², en treize salles, plus de 250 œuvres (peintures, sculptures, gravures …) témoignent du foisonnement artistique de cette période longue (près de deux siècles). À ne pas manquer, plusieurs chefs-d'œuvres (la SainteAnne inachevée de Léonard de Vinci, l’Arc de triomphe de l’Empereur Maximilien 1er de Dürer). Jusqu'au 11.03, Lens, Musée du Louvre-Lens, ouvert tlj sf mar, 10h>18h, 9/8€/gratuit, www.louvrelens.fr


exposition

Détail, Plein les Yeux !, On Aura Tout Vu, défilé « Fishing for compliments », hiver 2010-2011 © OATV / photo Guillaume Roujas

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Madame Grès : Mode sculpturale

Charles Paulicevich, Variation

Cette rétrospective rend hommage à la couturière minimaliste parisienne, dont le fameux pli très serré devint la marque de fabrique – au point d'en prendre son nom : le pli Grès. Bannissant le fil et les aiguilles, c’est directement sur ses modèles que l'artiste façonne l’étoffe et construit ses volumes. Drapés virtuoses d’inspiration hellénistique, découpes sensuelles et teintes monochromes, ces 80 vêtements emblématiques (robes fourreaux, tailleurs...) étonnent par leur modernité.

Concours canin, salons de l'automobile, champs de foire... Sans jamais prendre de haut ces sujets, évacuant jusqu'à la dernière trace d'ironie, ce photographe s'intéresse à la théâtralisation du quotidien et pose un regard neutre sur ses codes et ses artifices. Ni reportage, ni documentaire, ces images s’énoncent comme des formes hybrides, encourageant une analyse plus approfondie.

ANVERS, jusqu'au 10.02, MoMu, mar>dim, 10h>18h, 8/6/1€, +32 (0)3 470 27 70

Plein les yeux ! Cette exposition démontre qu'au fil des siècles, le corps a été repoussé au-delà de ses limites au nom d'une certaine élégance. Costumes, photos, croquis, peintures, extraits de films (Autant En Emporte Le Vent ou La Reine Margot) et pièces de haute couture (Christian Dior, Givenchy, Thierry Mugler) dévoilent des corps corsetés ou dénudés, enserrés ou libérés et ce, pour mieux les mettre en valeur. CALAIS, 16.01>28.04, Cité internationale de la dentelle et de la mode, tlj sf mar, 10h>17h, 5/2,5€, +33 (0)3 21 00 42 30

Charleroi, 26.01>12.05, Musée de la Photographie, mar>dim, 10h>18h, 6/4/3€, grat – de 12 ans, +32 (0)7 143 58 10

CoBrA, le regard d'un passionné De 1948 à 1951, CoBrA tenta de déplacer le Surréalisme loin de Paris. Ce collectif regroupait des artistes de toutes origines (Copenhague, Bruxelles et Amsterdam), cherchait la liberté formelle pure, favorisait les échanges et s'inspirait entre autres du folklore et des arts premiers. Réunie par Gilbert Delaine (fondateur du LAAC) cette quasi-rétrospective de plus de 200 œuvres - dont certaines inédites – propose de (re)découvrir ce mouvement fondateur de l'art moderne. Dunkerque, jusqu'au 03.03, LAAC, tlj sf lun, 10h>12h15, 14h>18h, 4,5/3/1€, +33 (0)3 28 29 56 00


Golden Sixties © DR

Détail, Série Variation © Charles Paulicevich

S.F. (Art, science et fiction) Cet accrochage dépasse les supports traditionnellement associés à la SF (romans, BD, films...). Ici, peintures, sculptures, photos ou vidéos, entre autres, témoignent de la vivacité d'un genre né au xixe siècle. Citons l'art brut fascinant de Jean Perdrizet, les clichés de Kraftwerk signés A. Corbijn, l'insubmersible Jetée du regretté Chris Marker ou les êtres post-humains de Jacques Charlier, un Wallon célèbre en Flandre mais trop méconnu chez lui.

Anatomies de l'étrange Au-delà de l'illustration de l'extraordinaire, Anatomies de l'étrange lie science et imaginaire collectif, cultures érudite et populaire. Rites funéraires cohabitent avec métamorphoses et monstruosités humaine ou animale. Un bestiaire fantastique dévoile pourquoi les Grecs croyaient en l'existence des cyclopes, sirènes et autres créatures mythiques. Le parcours amène petits et grands à s'interroger sur l'a-normalité.

Grand-Hornu, jusqu'au 17.02, MAC'S, mar>dim, 10h>18h, 6/4/2€, +32 (0)6 565 21 21

Lille, jusqu'au 03.03, Musée d'Histoire Naturelle, lun>ven, 9>12h, 14>17h , dim 10>17h, fermé mardis et samedis, 3,5/2,5€

Golden Sixties

Zizi sexuel l'expo !

Un authentique stylo de JFK, la reconstitution de la chambre d'hôtel de La Grande Vadrouille, un costume de Cloclo, un petit livre rouge, un billet pour Woodstock, la Lune comme si vous y étiez... Les sixties, décennie charnière à tous les niveaux (social, culturel, politique, économique...), sont de retour, le temps d'un parcours instructif, ludique et immersif... de plus d'un kilomètre ! Le tout dans un parking situé sous la gare de Liège. Underground, on vous dit.

Destinée aux 9-14 ans, et adaptée du fameux Guide Du Zizi Sexuel de Zep (2001), cette exposition imagine l'intimité de Titeuf et de son amie Nadia pour aborder l’amour, la puberté et la sexualité. Entre manipulations ludiques et données scientifiques, on y découvre « l’essoreuse à langues » ou la « ola des capotes » pour éviter le « cancer du sida ». Le ton décalé n'entame pas la qualité du contenu, validé par des spécialistes de l'enfance.

Liège, jusqu'au 28.04, Gare TGV de LiègeGuillemins, tlj, 10h>19h, 11/10/8€, +32 (0)4 224 49 38

Villeneuve d'Ascq, jusqu'au 03.03, Forum Départemental des Sciences, 4/2€, gratuit pour les -18 ans, +33 (0)3 59 73 96 00


© Geoffroy Tassenoy

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Un homme à la mer La dernière création de Jasmina Douieb illustre et démontre une situation ubuesque provoquée par notre Europe-forteresse. Refusant tout didactisme, brutale mais pas dénuée d'humour, Le Mouton Et La Baleine se présente comme une fable aux douloureux échos de réel. À l'origine, un drame authentique : en 1992, une frêle barque, remplie d'une vingtaine de Marocains, sombre dans les flots du détroit de Gibraltar. Un cargo russe sauve l'un d'eux et repêche quelques cadavres. S'en suit une longue discussion entre Gibraltar, l'Espagne et le Maroc pour savoir qui accueillerait le survivant et les corps, les deux premiers refusant des « clandestins », tandis que les autorités marocaines ne s'en soucient pas, invoquant l'Aïd-el-Kébir, la fête du mouton. Une mer de morts Mais comment transposer une telle tragédie sur scène ? « Un plateau en métal figure le paquebot, des tas de vêtements jetés au sol constituent la mer Méditerranée... et les cadavres qu'elle charrie » répond Jasmina Douieb. De toute façon, la question du réalisme n'était pas primordiale  : « Il s'agit d'une fable, avec un texte dur, violent, mais parfois très drôle. On n'est jamais loin de Bertolt Brecht, finalement ». Sur les planches, sept comédiens et neuf musiciens donnent vie à ce drame confinant à l'absurde kafkaïen. « Les musiciens sont eux-mêmes des primoarrivants. Ils incarnent, en quelque sorte, le chœur des morts ; leur partition ajoute à l'atmosphère ». L'auteur Ahmed Ghazali autorisant des adaptations de son texte, Jasmina Douieb n'est-elle pas tentée de commenter l'actualité ? « Non, expliquet-elle. Ce texte et ma mise en scène s'appuient sur un fait réel. Cette situation perdure depuis des années. Elle paraît immuable ». Hélas. Thibaut Allemand

Le mouton et la baleine 15>26.01, Bruxelles, Théâtre Océan Nord, 20h30 sf mer, 19h30, relâche dim & lun, 10/7,5/5€, +32 (0)2 216 75 55 // 30.01 >01.02, Bruxelles, L'Atelier 210, 20h30, 18/16/15/13/10/8€, +32 (0)2 732 25 98 // 06.02, Tournai, Maison de la Culture, 20h, 20/12€, +32 (0)6 925 30 80 // 20 > 22.02, Charleroi, Eden, 20h, 14/9€, + 32 (0)7 131 44 20


© Christian Rizzo

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Le parti de la différence En faisant le pari de la professionnalisation, de l’exigence et de la recherche théâtrales, la compagnie de l’Oiseau-Mouche a remporté celui de la reconnaissance. Mieux, elle a converti, dans le champ artistique, le handicap en véritable force : celle de pouvoir façonner le regard et la main des artistes qui croisent sa route - et qui savent prolonger sur scène un dialogue sans filtre avec ses sociétaires. On aborde ici l’art par la différence, avec ce que le handicap peut apporter à l’objet même de la création théâtrale : l’exploration de l’humain. En trente ans, ce qui fut le premier Centre d’Aide par le Travail artistique a porté son ambition bien au-delà de l’art-thérapie. « Ma plus grande satisfaction ? Faire. Faire du théâtre. Et en avoir fait mon métier », insiste Hervé Lemeunier. Cette figure de la compagnie depuis quinze ans témoigne d'une conviction inébranlable : « Prouver qu’une personne en situation de handicap peut se réaliser dans l’art, c’est bien. C'est le côté militant, social, de notre démarche. Mais notre identité, c’est le changement. Se confronter, pour chaque spectacle, à des choses neuves ». Accueil à domicile Du théâtre de gestes à l’exploration de la création contemporaine (la version de Sortir Du Corps par Cédric Orain a connu un retentissement national), l’Oiseau-Mouche est devenu une véritable « fabrique à spectacles ». Assez attractive pour qu’un Christian Rizzo approche la troupe et requière ses services pour ajouter de nouvelles nuances à sa palette d’artiste omnidisciplinaire : à la croisée de la mise en scène, de la danse et de la vidéo, De Quoi Tenir Jusqu’À L'Ombre entend prolonger son interrogation du réel et des sensations – dans un bouleversement des codes où la vision du spectateur doit elle-même s'adapter. « Quand on fait du théâtre, à un moment donné, il faut y aller, faut que ça sorte ! » conclue Hervé Lemeunier. Allons-y, donc : ce genre de moment-là, seul l’Oiseau-Mouche peut nous l’offrir. François-Xavier Béague De Quoi Tenir Jusqu’À L'Ombre, de Christian Rizzo 24.01 > 01.02, Roubaix, Théâtre de l’Oiseau-Mouche, 19h, 12/10/8/6€, +33 (0)3 20 65 96 57, www.oiseau-mouche.org


Je pense à Yu

Caramba ! Pour sa création 2013, Thierry Roisin, directeur de la Comédie de Béthune, s'intéresse à la vieillesse. Spectacle en trois temps, Caramba  ! donne voix et corps à huit individus âgés de 50 à 80 ans. Pour composer la première partie, le metteur en scène a recueilli des témoignages et réactions de groupes de collégiens et de personnes âgées. Sur scène, les comédiens nous renvoient au visage les amabilités qu’ils ont entendues, du type « Tu le surveilles bien ton cholestérol ? ». Ils se livrent ensuite à travers des monologues intimes, pour finalement se taire dans la dernière partie, et laisser leurs corps parler pour eux. Désireux de «  réviser nos images figées et propos conventionnels sur la vieillesse », Thierry Roisin met en lumière le contraste entre une société qui va à toute vitesse, et un âge où la lenteur s’impose peu à peu. Madeleine Bourgois

15.01 > 25.01, Béthune, La Comédie, 20h30, sauf 18.01, 14h30, relâche le 20.01, 18/14/8/7€, +33 (0)3 21 63 29 19

Je pense à Yu. Non, pas « vous », mais lui, Yu Dongyue. C'est en lisant son journal que Madeleine, quinquagénaire, découvre le destin tragique de ce journaliste chinois. Âgé de 38 ans, il vient d'en passer dix-sept derrière les barreaux et sort psychologiquement détruit. Pourquoi  ? Pour être devenu l'un des symboles de la dissidence après avoir maculé de peinture rouge le portrait de Mao sur la place Tien An Men, en 1989. Bouleversée, Madeleine (re)plonge dans ces heures tragiques. Au cours de sa quête, elle entraîne Lin, jeune étudiante chinoise et Jérémie, un voisin. Inspirée des questionnements de l'auteure, Carole Frechette, sur le militantisme, la pièce ne retrace pas le vécu de Yu mais le prend comme prétexte pour aborder les notions d'engagement, de renoncements, individuel et collectif. Elsa Fortant 22.01>09.02 Bruxelles, Le Rideau, 20h30 sf lundi, mer 19h30, dim 15h, 21/16/11€, + 32 (0)2 737 16 01

© Enviromantic

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Passage à l'acte © Marc Domage

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In Vivat Veritas Nous avons souvent croisé des programmateurs embarrassés au moment de défendre leur festival, lâchant dans un sourire que leur affiche hasardeuse était un «  instantané de la création du moment ». Ça sonne bien, certes, mais ça ne convainc personne. Or, Vivat La Danse refuse ce genre de facilité. La preuve. On aurait pu s'attendre à une prudente vitrine de la saison. Ou au contraire, à un laboratoire de spectacles-éprouvettes un brin précipités. Rien de tout cela. Ces cinq jours satisfont la curiosité des plus exigeants en réussissant à convertir les curieux. Ce subtil équilibre tient à une sélection d'artistes triés sur le volet et à un thème, souvent en résonance avec l'actualité sociale – Mémoire et filiation ou Question de genre, par exemple. Cette année, le thème est vaste et ouvert à toutes les interprétations : Immersion sensorielle, vertiges de la perception. Sens dessus dessous Un concept qui implique (entre autres) la perte des repères, et donne lieu à d'audacieux croisements (Gérald Kurdian mêlant performance, magie et pop music) des spectacles dont les corps seraient absents (Tales Of The Bodyless, d'Eszter Salamon), ou la création de Christian Rizzo et de la Compagnie de l'Oiseau-Mouche (voir p.72). Sans oublier des installations interactives, telles que Thermes, une piscine de balles sur lesquelles sont gravées des fragments de pensée stoïcienne... Enfin et entre autres, on retrouve la célèbre Mylène Benoit et le très attendu dernier de ses Trois Solos, (accompagné des deux premiers, forcément). Eclatées dans toute la Métropole, cette brève semaine constitue un grand moment pour Le Vivat. Ah, un petit scoop, au passage : l'an prochain, le thème du deuil, de la disparition et de la fuite pourraient être mis à l'honneur... Thibaut Allemand Vivat La Danse ! 25.01>30.01, Armentières, Le Vivat et divers lieux, 6 à 18€/soirée , Pass « Vivat la danse ! » : 10 spectacles + un film, 40€, (navettes gratuites tous les jours, au départ de Lille vers Armentières, et du Vivat vers Roubaix), +33 (0)3 20 77 18 77, www.levivat.net


Ma biche et mon Lapin © DR

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Farces et attrapes Il paraît que le meilleur remède à la morosité hivernale ambiante et aux températures glaciales du mois de janvier se prescrit à Hazebrouck. Un week-end caustique initié par le Centre Culturel André Malraux. Mais quelles sont donc les vertus thérapeutiques du Week-End Poil À Gratter ? Le rire et la proximité. La programmation de Poil À Gratter est drôle, impertinente et familiale. Adaptée aux jeunes adolescents, elle sensibilise à des formes théâtrales ouvertes et engagées. Présentées sur trois jours, ces huit productions s'appréhendent sous la forme d'un parcours. Les formats courts (de quinze minutes à une heure environ) et un système de bus permettent de voyager d'une salle à l'autre, et d'enchaîner les spectacles au cours d'une même soirée. Ce programme confronte le travail des artistes expérimentés à celui des débutants. Comme celui de Christophe Carrignon, père du théâtre animé et celui de la jeune Compagnie Peuplum Cactus, s'y essayant à travers deux formes courtes de marionnettes. Poil à Gratter, c'est aussi le plaisir de (re)découvrir une référence nordiste incontestable en matière de théâtre d'objets : Fantastik Peplum par le théâtre La Licorne. Ou de goûter un Dernier Thé À Baden Baden, des Suisses Plonk et Replonk. Au milieu de cartes postales, de vidéos et de bruitages en direct, on suit un agent-double dans une ambiance décalée façon OSS 117. La thérapie par le rire, testée et approuvée pour la quatrième année consécutive. Elsa Fortant Week-End Poil À Gratter 18>20.01, Hazebrouck, Centre Culturel André Malraux, 10/7/6€, + 33 (0)3 28 49 52 88 Prog : Fantastik Peplum, le 18.01, Blaringhem ; le 19.01, Bailleul // Dernier thé à Baden Baden, le 18.01 / Théâtre d'objet : mode d'emploi, 18>20.01 / Ma biche et mon Lapin, le 18 & 19.01 / Pitt, le 19 & 20.01 / Carte Blanche à Peuplum Cactus Cie, le 19 & 20.01 / Le sourire de la Joconde, le 19.01 / Meurtre au Motel, le 20.01, Hazebrouck...


John Malkovich revient à son premier amour  : le théâtre. Il prend le pari non pas d'interpréter, mais de mettre en scène l’œuvre qui, dans la version cinématographique de Stephen Frears (1988), l'a révélé au grand public. Au cœur de cette tragédie épistolaire, la lutte entre hommes et femmes, toujours d'actualité. Malkovich prend le parti de faire correspondre la marquise de Merteuil et le vicomte de Valmont via des tablettes et smartphones. Après avoir songé à Vincent Cassel et Cristiana Reali, Malkovich opte pour un casting moins médiatique. De la modernité, de la fraîcheur et de l'inattendu, what else ? 22.01, Roubaix, Le Colisée, 20h30, 39/35/30/27€, + 33 (0)3 20 24 07 07

© Kurt Van der Elst

king lear 2.0

15>19.01 & 22>26.01, Bruxelles, Théâtre Les Tanneurs, 20h30, 10/7,5/5/1,25€, +32 (0)2 512 17 84

© Karine Petit Garbarini

les liaisons dangereuses

© C. M. Magglioca

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Adolphe Après avoir adapté L'Amant de Lady Chatterley (L'Instant T). Antoine Lemaire se passionne pour Adolphe, de Benjamin Constant. Soit un sommet de l'exploration de l'ennui, des sentiments amoureux, des dits et des non-dits, où les remords le disputent aux regrets. Ce marivaudage est servi par une mise en scène originale – micros et vidéos envahissant la scène. De quoi jouer habilement avec les tourments intérieurs de chacun, tout en respectant l'esprit de Constant.. 15>19.01, V. D'Ascq, La Rose Des Vents, 20h, sf jeu & sam, 19h, 20/15/12/7/5€, www.larose. fr // 24 & 25.01, Douai, L'Hippodrome, 20h, 21/13/9/3€, www.hippodromedouai.com // 06>08.02, Mouscron, Centre M. Staquet, 20h30 sf jeu, 19h30, 18/12/14/10/8/6€, +32 (0)5 686 01 60

Derrière ce titre quasi-désuet (il y a vingtans, aurait-on eu droit à 36  15 King Lear  ?), se cache une pièce à l'audace remarquable. Seule en scène, Berdine Nusselder incarne Cordelia, fille du roi défunt, partie à l'étranger pour devenir... chanteuse. Rentrant au pays, elle découvre un royaume en proie à la guerre civile... Physique et nerveux, le jeu et la mise en scène (signée Ruen Ruëll) électrifient l'imaginaire shakespearien pour le projeter en plein xxie siècle. Ébouriffant !


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La Nuit Sera Calme © Sophie Robichon

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La Revue 2013

Ne m'oublie pas

M. del Rio, B. Lefrancq, A. Leleux... Jusqu'au 03.02

P. Genty & M. Underwood

La Revue du Théâtre Royal est une véritable institution du rire bruxellois. Les comédiens Bernard Lefrancq, Angélique Leleux et Maria del Rio (pour n'en citer que trois sur les dix) tirent à boulets rouges sur la vie politique et culturelle du plat pays. Imitations, chorégraphies et saynètes hilarantes, ces chansonniers revisitent l'année écoulée avec mordant, ironie, mais sans méchanceté aucune. Vivement l'an prochain ! Bruxelles, Théâtre Royal des Galeries, mar>sam, 20h15, dim, 15h, 30/28/24/19/16€, +32 (0)2 512 04 07

R.Gary/J.Gamblin

Maubeuge, Le Manège, 20h, 11/8€, +33 (0) 3 27 65 65 40

Cendrillon J. Pommerat

La nuit sera calme 08>10.01

Aussi à l'aise devant la caméra que sur les planches, Jacques Gamblin se présente sous un autre jour durant trois soirs. Il devient lecteur et incarne des extraits choisis de La Nuit Sera Calme, faux entretiens et vrais souvenirs de Romain Gary. Humaniste, drôle et jamais loin de Camus, ce texte intimiste mêle la petite histoire à la grande et conte son engagement dans la Résistance ou ses fonctions de diplomate. Valenciennes, Le Phénix, 20h, 22/20/17/13 €, +33 (0)3 27 32 32 32

09 & 10.01

Créé en 1992 par Philippe Genty, Ne M'Oublie Pas s'offre une seconde jeunesse en compagnie de dix comédiens norvégiens... et leurs doubles artificiels. Danse, théâtre, chant et marionnettes se croisent dans un spectacle centré sur l'imaginaire – les vingt personnages étant littéralement propulsés au pays des rêves. Chorégraphiée par Mary Underwood et mise en musique par René Aubry, cette fantasmagorie ne s'oublie pas comme ça !

10>19.01

L'incontournable Joël Pommerat déleste ce conte ancestral de la mièvrerie de Disney et aborde des thèmes plus adultes, tel le deuil. En ce sens, Pommerat se rapproche de la dureté des contes de Perrault et des frères Grimm (la modernité en plus), malaxe la matière première et cultive un léger malaise. Lille, Théâtre du Nord, 20h, sf jeu, 19h, séance suppl. le sam, 15h, 25/20/10/7€, +33 (0)3 20 14 24 24 // 24, 25 &27.01, Mons, Le Manège, jeu, 20h, ven, 14h, dim, 16h, 11/8€, www.lemanege.com // 31.01>02.02, Huy, Centre Culturel Régional, jeun, 20h30, ven, 13h30, sam, 17h, 7/6/1,25€, +32 (0)8 521 12 06


My Name Is Billie Holiday © Annsophie Lombrail

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Memory V. Delerm

Abattoir 12.02

Depuis dix ans, Vincent Delerm joue ses chansons sur scène – dans tous les sens du terme. Memory, quant à elle, est une pièce de théâtre ponctuée de morceaux inédits. Des contrepoints aux questions d'un certain Simon, interprété par Delerm. Accompagné d'une voix-off (celle de Woody Allen, quand même !), le trentenaire nostalgique s'interroge sur le temps qui fuit. Fiction, autofiction, les deux ? Réponse sur les planches.

B. Appert 17&18.01

Abattoir relève à la fois d'un travail sur la mémoire et sur le quotidien. Bernadette Appert conte ses souvenirs d'enfance (ses parents tenaient un abattoir à Courrières), mêle ce vécu à la fiction, au désir et à la mort. Une œuvre paradoxale qui mêle l'intime à l'universel, cite Roland Barthes et renvoie parfois à Annie Ernault dans sa mise à nu de l'intimité.

Calais, Le Channel, 19h30, 6€, +33 21 46 77 00 // 28.03, Lens, le Colisée, 20h30, 23,60/17,80€, +33 21 28 37 41

Arras, Théâtre, 20h, 21/17/13/10/9€, +33 (0)3 21 71 66

La possibilité d'une île

My name is Billie Holiday

D'après M. Houellebecq / A. Fattier 6.01

V. Lazlo/M. Kacenelenbogen 18&19.01

En quelques mots ? Mélancolie désabusée, anti-humanisme et... Raël. Aurore Fattier transforme ce fameux roman en un monologue à la fois drôle et glaçant. Aux angoisses de notre temps (la peur de la vieillesse et de la mort) répondent des remèdes échappés de la science-fiction (le clonage en tête). Servi par la prestation magistrale de Jean-Benoît Ugeux (et du chien Ascott, aussi) La Possibilité D'une Île donne envie de se replonger dans cette prose clinique et salutaire. Bruxelles, Bozar, 12h40, 7€, +32 (0)2 507 82 00

Rendre hommage à une chanteuse quand on est soi-même chanteuse, c'est risqué. Surtout lorsque l'idole se nomme Billie Holyday. Mais Viktor Lazlo (chanteuse, aussi auteure et comédienne) s'en sort avec les honneurs. Entouré d'un quatuor horspair, elle narre la vie de Lady Day et réinterprète, sans jamais l'imiter, une vingtaine de morceaux de l'une des plus belles voix du jazz. Bruxelles, Wolubilis, 20h30 (complet le 18), 25/23/21/16€, +32 (0)2 761 60 30


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littérature

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Du beau, du bon, du bourbon Un patronyme bluesy, un goût affiché pour le bourbon Wild Turkey, on pencherait pour une obscure formation rockabilly. The Hoochie Coochie est pourtant l’éditeur de BD le plus novateur de la décennie. À l'origine, il y a Turkey Comix, un fanzine qui devint une belle revue en 2002 ; aux agrafes succèdent les ficelles, l’offset suit, puis des livres. Une quinzaine, pas plus, mais pas n'importe lesquels  : des couvertures épaisses, tissées ou linogravées comme autant de vitraux servant le culte de la bande dessinée. Et tout ceci dans le cadre d'une association, bénévolement, en auto-diffusion. Un sacerdoce reconnu : Turkey Comix primée à Angoulême 2008  ; une seconde revue internationale et polyglotte, DMPP (pour « Dame Pipi » !) est couronnée l’année suivante. En parallèle, les livres flattent autant les yeux que l’intellect, plongeant dans les sciences sociales (Histoire, sociologie, philosophie) pour appuyer des récits ou des réflexions qui dépasseront la dernière page. Vivre et laisser mûrir Après la reliure des bonnes feuilles de dix ans de Turkey, trois albums ambitieux et dispendieux sont sortis ces derniers mois. The Hoochie Coochie tente un coup de poker : jouer sa trésorerie sur ces chefs-d’œuvre ou... quitter la table. D’abord il y a Renégat, récit de piraterie d’Alex Baladi ; un pavé représentant quatre ans de travail d’un auteur habitué aux one-shots. Ensuite, Le Temps Est Proche de Christopher Hittinger, magistrale relecture du xive siècle, année après année, guerre après guerre, peste noire et Décaméron de Boccace inclus. Enfin, l’expérimentation des frères Leglatin Projectile, petit théâtre où deux militaires jonglent avec des symboles (guerre, vie, couple, enfance) entre rhétorique et poétique. Trois consécrations. La suite ? Elle dépend de vous. Hilaire Picault the hoochie coochie Renégat d'Alex Baladi, 176p., 25€ Le Temps Est Proche de Christopher Hittinger, 160p., 20€ Projectile de J & E Leglatin, 112p., 20€ Commande en ligne sur www.thehoochiecoochie.com


livres

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La mécanique du rire Il était le fameux Man On The Moon (1999), incarné par Jim Carrey dans le biopic de Milos Forman. L'acteur Andy Kaufman (1949-1984) se jouait de son auditoire et mit au point un humour très particulier. Volontiers surréalistes et provocantes, ses performances créaient une sorte de malaise salutaire. Critique de cinéma, le suisse Florian Keller décrypte, dans un bel essai, les mécanismes de ce personnage insaisissable. Non, Andy Kaufman n'était pas exactement un joyeux drille. à rebours du Rêve américain, le New-Yorkais lunaire se situait volontiers du côté des losers. Il proposait un comique déceptif, faussement amateur, reposant sur les imitations et l'imposture. Les ratages faisaient partie intégrante de son art. Convoquant les théories du philosophe slovène Slavoj Žižek et disséquant l'Amérique de la seconde moitié du xxe siècle, Florian Keller retrace la destinée de cet excentrique, mort d'un cancer à l'apogée d'une fulgurante carrière débutée au mitan des seventies. Un épisode postmortem résume assez bien cet humour écartelé entre le grotesque et l'horreur pure. Dans un ultime canular, Kaufman avait imaginé simuler sa propre mort... et mieux revenir à l'improviste vingt ans plus tard. Le 16 mai 2004, vingt après donc, sa famille afficha une banderole « Bienvenue à la maison Andy ». Un pétard mouillé plein de tendresse, à l'image d'une œuvre prise en étau entre bêtise et subtilité, sarcasme et provocation, simulation et réalité. Et si finalement, le ridicule tuait bel et bien ? Florian Koldyka

Comique extrémiste - Andy Kaufman et le Rêve Américain, Florian Keller, éd. Capricci, 256 p., 18€


chroniques Geek-art, une anthologie

LA VIE SECRÈTE DES JEUNES III

Thomas Olivri - Éd. Huggin & Muninn

Riad Sattouf - éd. L'Association

Il y a encore dix ans, le terme geek désignait un (post-)ado au physique difficile, accro aux mondes étranges et à la vie sociale quelque peu limitée. Mais l’avènement de la fantasy et de la série The Big Bang Theory ont transformé le bizarre en branché. Le geek, c’est chic ! Voici ce que nous dit cette très belle anthologie réunissant une centaine d’artistes du monde entier. Graphistes, peintres et designers parodient leurs icônes  : Obiwan Kenobi, Batman, Mario, les Tortues Ninja… à découvrir aussi, une chronologie des grands évènements du geekdom (de geek et kingdom), depuis la naissance des consoles à la première diffusion de Game Of Thrones. Pour les mordus, et surtout pour tous les autres. 450 p, 39,95€. Marine Durand

Tranches de vie ramassées dans le métro ou dans la rue, en terrasse ou dans un taxi, en bus ou en bateau. Dans ce troisième tome, Riad Sattouf croque ses contemporains – on entend son rire gêné derrière chaque case – et met en lumière « des jeunes » souvent stigmatisés. Entre histoires d'amour désespérément drôles, jeux vidéos et sentiments d'infini d'une jeunesse sûre d'elle-même : « Tu sais ce que c'est le plus incroyable ? (…) C'est qu'on est jeune, que la vie est très très longue, et qu'on n'a pas fini de voir des jeux et des consoles de folie... qu'on n'imagine même pas ! Ha, moi ça, ça, ça m'rend heureux ! ». Nous aussi, car cet album démontre que le regard du Rennais n'a rien perdu de son acuité. 140p., 19€. François Annycke

Blake & Mortimer : Le serment des cinq lords André Juillard / Yves Sente - éd. Blake & Mortimer Si la bande dessinée franco-belge est un patrimoine, il existe différentes manières d’en prendre soin. Plus  de vingt ans après la mort d’E.P. Jacobs, créateur de ces héros so british, la série reprit à la fin des années 90 sous la plume de Ted Benoit, grand amateur de ligne claire. André Juillard, au style habituellement plus sensuel, prit la suite, tout aussi scrupuleusement fidèle à l’original. Tout le plaisir est là : s’imaginer que chaque nouveau tome est d’époque. C’est un travail de reconstitution, mais aussi d’approfondissement. Ici, pas de technologies spectaculaires, mais une investigation proche de l’introspection, prétexte pour Juillard et Sente de nous éclairer sur la jeunesse du plutôt réservé Francis Blake. 64p., 15€. Florent Delval


disques

90

ALINE Regarde Le Ciel Accelera Son/Idol/PIAS Un sans-faute. On a souvent placé les plus fols espoirs en des formations et ce, sur la seule foi d'un single. Ou d'un concert où l'on avait un peu trop bu (et trop dansé). Avant de s'apercevoir, plein de regrets, que ce groupe ne fut touché qu'une seule fois par la grâce. Rien de tout cela avec Aline. Depuis son premier 45-Tours, voici trois ans, sous le nom de Young Michelin, jusqu'à son récent simple (Je Bois Et Puis Je Danse, tube officieux de l'été 2012), la bande à Romain Guerret a effectué un parcours irréprochable. Durant cette période, le quintette a délimité son territoire, celui d'une pop ligne claire, héritière des Smiths, du Cure première période, des mélodies faitmain de Sarah Records et, plus proche de nous, de Gamine, incroyables Bordelais hélas oubliés. Alors, d'habiles faiseurs et rien de plus  ? Que nenni ! Ces mélodies limpides et ces arrangements éclatants de modestie, produits par Jean-Louis Piérot, sont sertis de textes finement écrits, aussi simples qu'évocateurs, loin de la tradition littéraire française – à l'anglaise, donc. Ces douze morceaux s'imposent déjà comme l'un des grandes réussites de l'an 2013. Et surtout, comme une nouvelle pierre de touche de la pop française. Thibaut Allemand

Sinkane Mars - City Slang/PIAS Le single Jeeper Creeper nous avait mis la puce à l’oreille, avec sa ligne de basse reggae, sa rythmique hypnotique, et la voix suave d’un homme qu’on n'imaginait pas seul aux manettes. Le CV d’Ahmed Gallab, alias Sinkane, éclairait sur les multiples talents du Soudanais résident de l’Ohio, collaborateur de Caribou, Born Ruffians ou Of Montreal.. Au vu de ces recommandations, on pensait que l’album serait une formalité pour l’adoubement de Sinkane et son entrée dans nos playlists « pop du monde entier ». Mars est aussi bigarré qu’on l’attendait, mais pas aussi inventif qu’on l’espérait. Le psychédélisme a pris le dessus sur l’hédonisme du single précité. Il en résulte un disque déjouant nos attentes mais qui n’en demeure pas moins très réussi. Mathieu Dauchy


chroniques BLACKMAIL

CHRISTOPHER OWENS

Bones - Modular/ Yuk-Fü Records Blackmail, ou la triple alliance entre les producteurs Stéphane Bodin et François Marché (alias Bosco) et Sylvain Levene (aucun lien avec l'ex-PIL Keith), ancien bassiste sous-employé de Beat Mark. De guitare ici, nulle trace. Le trio use de synthés antiques pour signer LE grand disque hargneux de ce début d'année. Portés par un chant de crooner agonisant, ces titres mêlent le blues épileptique de Suicide, la noirceur des paysages dessinés par Death In Vegas et l'électronique virile mais correcte de Black Strobe. Les moins amnésiques se souviendront de l'éphémère Northern Electro made in Sheffield. Bref, la B.O. parfaite d'une balade nerveuse dans de sombres ruelles, qui s'achèverait par une belle décharge d'ultraviolence. Nickel. Thibaut Allemand

Lysandre - Turnstile/ Fat Possum/PIAS Peu importe que le MIDI-Festival 2008 ait été ou non l'occasion pour Christopher Owens de croiser la route d'une Lysandre  : ce premier album solo (six mois à peine après la séparation des Girls) sent le patronage shakespearien malgré tout - le Songe D'Une Nuit D’Été. D’une amourette estivale, prétexte au ficelage thématique de cette suite pop-folk, Owens n’a retenu que la torpeur. Et rien n’y trahit ce talent de la géométrie variable que leur auteur avait démontré il y a si peu de temps : onze morceaux parfaitement linéaires, prévisibles, et dont la délicatesse, surjouée, vire elle-même à la formule (trop de flûtes bucoliques tuent la partie de campagne). Rien de personnel, au total, dans sa façon de la jouer perso. L’album précipité du mois. F-X Béague

Derrick May & Jimmy Edgar We Love… Detroit - We Love Recordings Si Detroit m'était contée... Deux illustres natifs, Derrick May et Jimmy Edgar déclarent leur flamme au berceau de la techno au cours d'une belle compilation. Pour le père fondateur Derrick May, la sélection baigne dans la mélancolie inhérente au son de la Motor City. Citons John Beltran (Synaptic Worlds) Kink feat. Ravhel Mow (Handmade) ou Petar Dundov (Distant Shore). Quant au recueil du jeune Jimmy Edgar, il conserve la noirceur, mais efface l’introspection au profit d’un son plus brut et industriel (Kyle Hall & Zero, Kris Wadsworth). Ces deux sélections n’évincent pas les grands noms (Carl Craig, Magda), mais privilégient judicieusement les pistes méconnues ou oubliées. Pour mieux s’imprégner de l’essence d'une musique entre utopies perdues, rêve et fracas. Clément Perrin


agenda

92

concerts Mer 02.01 Deuil + Jag Hatar + Monarch! Liège, La Zone, 20h, 6e Nordmann Bruxelles, Bonnefooi, 21h, grat Diamond D (DITC) Bruxelles, Le Bazaar, 00h, 8e

Jeu 03.01 Rumeurs Futuristes Lille, Opéra, 14h, 9/3e

Karo V + Debby Wax + Low-Hic Bruxelles, Wax Club, 23h, nc

Mer 09.01

Sam 05.01

Ifa y Xango Bruxelles, Bonnefooi, 21h, grat

Nicolas Cante Lille, Gare St-Sauveur, 19h, grat Amikal Sonic Lille, Tripostal, 20h, gratuit Dirty Fingers La Louvière, Taverne du Théâtre, 20h, gratuit

The Man up North Gand, Cafe Video, 20h, grat

Blackie & The Oohoos Bruxelles, Beursschouwburg, 21h, 5e

Jeu 10.01

Surge Of Fury + Ablaze... Liège, Inside Out, 18h, 7e

O.B.F Feat Shanti D + S'kaya + Coptic Sound... Lille, Waz Factory, 21h, nc

Monarch! Bruxelles, Magasin 4, 19h, 7e

Brothers In Arms Verviers, Spirit Of 66, 21h, 13e

Shakespearien / Chostakovitch & Prokofiev joués par : Orchestre National de Lille + JeanClaude Casadesus... Lille, Le Nouveau Siècle/ Auditorium, 20h, 45/10e

Dead Elvis & His One Man Grave Gand, Le Charlatan, 22h, gratuit

missNoa + Ote Rama + Mth Lille, Kiosk, 22h, nc

Rhino Bucket Verviers, Spirit Of 66, 20h, 10e

Ven 04.01

Deniz Johnson + Fernando Wax + Matt telam Bruxelles, Wax Club, 23h, nc

Sioen Gent, Handelsbeurs, 20h, 25/22e

Rumeurs Futuristes : Ensemble Ictus Lille, Opéra, 18h, 9/3e

Fred Hush (Dj) + Guests Lille, Magazine Club, 23h, 7e

Concrete Knives + Team Wild Dunkerque, Les 4 Ecluses, 20h, 10/7e

Bulls On Parade La Louvière, Taverne du Théâtre, 20h, gratuit

RedHead + Carbon 14 + Joffsy + Feesh Tix + Andy Blotter... Liège, Inside Out, 23h, 6e

Roger Molls + Dj Caroll Lille, Tripostal, 20h, gratuit

Dim 06.01

Les Jeudis de Françoise : Karim Kacel + Clémence Chevreau Liévin, Centre Culturel Arc En Ciel, 20h, 13/11/8e

Kal Benna + Atmosoul + Ed Awkins Lille, Kiosk, 22h, nc

Antonio Farao Dunkerque, Jazz Club, 20h, 15/10/7e

Lun 07.01

Beverly Jo Scott Boulogne-sur-Mer, Espace Faiencerie, 21h, 8/6e

Bulls On Parade La Louvière, Taverne du Théâtre, 20h, nc The New Old Melody Indie Folk Trio Lille, Waz Factory, 21h, gratuit Brothers In Arms Verviers, Spirit Of 66, 21h, 13e Mixjagger + Gym X + Czeski Lille, Kiosk, 22h, nc Les Blouses Bleues : Stabil Lille, Gare St-Sauveur, 22h, grat Noir + Tapesh + Rob Low & Cheap Charly Men... Anvers, Café d'Anvers, 23h, 12e Kavinsky + Peo Watson Lille, Magazine Club, 23h, 10e

Phantom Limb Anvers, Arenbergschouwburg, 20h, 10/8e

Mar 08.01 Phantom Limb Bruxelles, Le Botanique/ Rotonde, 19h, 16/13/10e WinterJazz : The Gloaming Ixelles, Flagey Studio, 20h, 25/13e

Elisaroz Lille, Le Biplan, 22h, nc Hard Bass Dealers Lille, Kiosk, 22h, nc Kid Strike + Red Ant + Hannibal + DJ Syns Bruxelles, Wax Club, 22h, 5/2e

Ven 11.01 Matthieu Levet + Globul +


Retrouvez l’intégralité des concerts sur

Front 242... Marchienne-au-Pont, Rockerill, 17h, gratuit Nuit du Tipostal Même pas mort : Défilé + Live + DJ Lille, Tripostal, 19h, gratuit Eloïse Decazes + Eric Chenaux Lille, Minor Place Records, 20h, gratuit Gamblin Jazze, De Wilde Sextet Valenciennes, Le Phénix, 20h, 35/31/28/22e Shakespearien / Chostakovitch & Prokofiev joués par : Orchestre National de Lille + JeanClaude Casadesus... Lille, Le Nouveau Siècle/ Auditorium, 20h, 45/10e Hélène Ségara Charleroi, Palais des Beaux Arts, 20h, 47,50/42,50e Felix Mendelssohn + Orchestre royal de chambre de WalloniE... Mons, Théâtre Royal, 20h, gratuit/ 20/15/10e La Cie du Tire Laine à Saint Sauveur Lille, Gare St-Sauveur, 20h, grat Antonio Farao Dunkerque, Jazz Club, 20h, 15/10/7e Panic + Bombsite Kids Verviers, Spirit Of 66, 21h, 10e Cashmere Cat + Zebra Katz Liège, Caserne Fonck, 22h, 8/5e Corben Dallas + Mr Krabs - Skndalist + Jogo + Highscream & Wazo... Bruxelles, Fuse, 22h, 15/10e Anorexic Sumotori + Softly Spoken Magic Spells Lille, Le Biplan, 22h, nc Le Libertine Supersport présente : Erol Alkan + Daniel Avery + Flume +

Mickey + Rick Shiver... Bruxelles, Ciné Mirano, 22h, nc Alex Palmer + Eric Powa B. Bruxelles, Wax Club, 23h, nc Scan X + DJ Unu + Czeski Lille, Kiosk, 23h, nc Peaches + Peo Watson Lille, Magazine Club, 23h, 7e Tom Hades + Slim Khemiri... Liège, Inside Out, 23h, 6e

Sam 12.01 Contingent + Emergent Sea + Trademark + Les Slugs... Bruxelles, Magasin 4, 17h, grat Matthieu Levet + Barako Bahamas + Front 242... Marchienne-au-Pont, Rockerill, 17h, gratuit Try Love Sound & Friends Lille, Le Modjo, 18h, grat The Sword + Lonely Kamel Anvers, Trix Club, 19h, 15/12e Vincent Delerm "Memory" Calais, Le Channel, 19h, 6e Orchestre National de Lille + J.C. Casadesus + Dmitri Chostakovitch + Sergueï Prokofiev Armentières, Le Vivat, 20h, 23/18/11e Roscoe + Li-Lo* Namur, Maison de la Culture de Namur, 20h, 10e Chabenat Paris Quartet + Smitlap Comines, Le Nautilys, 20h, 6e Human Project + Amélie Pieds Nus Lille, Tripostal, 20h, gratuit Headwar + La Terre Tremble Amiens, La Lune des Pirates, 20h, nc Maxi Monster Music Show : Juliette + Bertrand Lacombe Lille, Théâtre de l'Hotel Casino Barrière, 20h, 20e

Antonio Farao Dunkerque, Jazz Club, 20h, 15/10/7e Purple Rising Verviers, Spirit Of 66, 21h, 12e La Cie du Tire Laine Lille, Gare St-Sauveur, 22h, grat Alex & Laetitia + missNoa Lille, Kiosk, 22h, nc Human Error + Lewis Carter... Liège, Inside Out, 22h, nc Art Point M + Guests Lille, Magazine Club, 23h, 5e Raphael Pujol + Marko Leka + Raphael Natal Bruxelles, Wax Club, 23h, nc Mala + Raffertie + Locked Groove + Gullfisk Anvers, Petrol Club, 23h, 18/14/7e

Dim 13.01 Duo Kompaer Lille, Le Biplan, 17h, nc Igor Géhénot Trio Lille, La Péniche, 17h, 12/8e La Cie du Tire Laine à Saint Sauveur Lille, Gare St-Sauveur, 17h, grat. Brasil Afro Funk : Toninho Almeida Lille, Barraca Zem, 18h, 5/4e Channel Zero Lille, Splendid, 19h, 24,20e Remus Rag & The Slow Drag Gang Gand, Le Charlatan, 22h, nc Deeper Impakt + Will Turner + Atmosoul + Ed Awkins Lille, Kiosk, 22h, nc

Mar 15.01 Wishbone Ash Verviers, Spirit Of 66, 20h, 23e Mâäk + Marc Ducret


agenda

94

concerts Bruxelles, Théâtre Marni, 20h, 18/15/13e Ron Pope Anvers, Arenbergschouwburg, 20h, 25e

Rock'n'roll : N.Djavanshir + Double k7 Lille, L'Aéronef, 19h, gratuit

Brixton Dunkerque, Les 4 Ecluses, 20h, 9/6e

Koritni + Blackrain + Guest Lille, Splendid, 19h, 20e

Délinquante Béthune, Théâtre Le Poche, 20h, 7/5/4/3e

Julien Clerc Roubaix, Le Colisée, 20h, 45/41/37/34/8e

Baden Baden Bruxelles, Le Botanique/ Rotonde, 19h, 16/13/10e

Dan Tepper Gand, Muziekcentrum de Bijloke, 22h, gratuit

Vive la Fête Bruxelles, L'Ancienne Belgique, 20h, 25e

Mer 16.01

Evi + Playolskool + Séby Devito Lille, La Péniche, 20h, 4e

Invitation au voyage, récital : Damien Pass + Alphonse Cemin Lille, Opéra, 18h, 9/5e Soldier’s Heart Gand, Cafe Video, 20h, grat Hugo Wolf Quartet Gent, Handelsbeurs, 20h, 22/18/5e Angel eyes duo Boulogne-sur-Mer, Carré Sam, 21h, 10/8/7e Jean Marc Padovani... Boulogne-sur-Mer, Carré Sam, 21h, 10/8e Raketkanon Bruxelles, Beursschouwburg, 21h, grat

Jeu 17.01 The Rocksteady 7 Leuven, Het Depot, 20h, 10/8/6e WinterJazz : Too Noisy Fish Ixelles, Flagey Studio, 20h, 15/10e Los Angelos Lille, Kiosk, 22h, nc Beetle Blues Lille, Le Biplan, 22h, nc

Ven 18.01 Vernissage de l’exposition Some Of Us Call That

Les contes de Rose Manivelle : Vincent Courtois & Ze Jam Afane Roubaix, La Condition Publique, 20h, 12/8e Festival Tour De Chauffe : Stuck In The Sound + Mad Insina + Somabogota Villeneuve d'Ascq, La Ferme d'en Haut, 20h, 5e Mark Eitzel Leuven, Het Depot, 20h, 12/10/8e La Grande Sophie Jeumont, Centre Culturel André Malraux, 20h, 15/10e Isbells... Hasselt, Hasselt Cultuurcentrum, 20h, 16/14,5e

Julien Clerc Anzin, Théâtre Municipal, 20h, 40/37€ Skryptom : Commuter + Maxime Dangles + Czeski Lille, Kiosk, 22h, nc Intruder + Ben one shot + Kwistax + Mego + sabatA... Bruxelles, Recyclart, 22h, 8/5e Imaginary Family + The Flying Horseman Bruxelles, Beursschouwburg, 22h, gratuit Ecco + Julian GroovE... Bruxelles, Wax Club, 23h, nc Butch + So Tasty Lille, Magazine Club, 23h, 5e Kid Vicious Liège, Inside Out, 23h, 5e Edu Imbernon + Amine Edge + Pole Folder + CP + Moringlory + Nightbob... Anvers, Café d'Anvers, 23h, 12e

Sam 19.01

Release party : Neko Lille, Bistro de St-So Gare SaintSauveur, 20h, gratuit

cycles solistes du concert d'Astrée : Telemann + Fasch + Janitsch... Lille, Opéra, 18h, 9/5e

De Bach en Kagel : ONL + J.C. Malgoire + Aurore Bucher + Daniel Mesguich + Jacky Lautern... Lille, Le Nouveau Siècle/ Auditorium, 20h, 38/10e

Echo Beatty + Solar Year Gand, Culturell Centrum Vooruit, 19h, 12/9,75e Las Buenas Ondas... Bruxelles, Le Botanique/Witloof Bar, 19h, 13/10/7e

WinterJazz : Jef Neve Trio Bruxelles, Théâtre Marni, 20h, 18/15/13e

Christian Escoude Namur, Maison de la Culture de Namur, 20h, 9e

Amandine Beyer Gent, Handelsbeurs, 20h, 22/18/5e

Isbells + Few Bits Bruxelles, L'Ancienne Belgique, 20h, 19e

Fordamage + Guns Of

Komah + Essence + Site...


Retrouvez l’intégralité des concerts sur

Bruxelles, Magasin 4, 20h, 10/7e

Villeneuve d'Ascq, Ferme St Sauveur, 17h, 6/4e

Girls Girls Girls... Anvers, De Kleine Hedonist, 20h, nc

Mark Eitzel Gand, Culturell Centrum Vooruit, 19h, 18/16,75e

Saule Arlon, Maison de la Culture, 20h, 15e

Rony Verbiest Quartet La Louvière, Centre Culturel Régional du Centre, 20h, 13/10e

Michel Mainil Quartet Mouscron, Centre Culturel Marius Staquet, 20h, 12/10/8e Tony Melvil Lille, Barraca Zem, 20h, 5/4e Tristesse Contemporaine... Amiens, La Lune des Pirates, 20h, nc Michel Mainil Quartet Mouscron, Centre Culturel Marius Staquet, 20h, 12/8e Salt & Pepper Dunkerque, 4 Ecluses, 20h, grat Steve Hooker Lillers, L'Abattoir, 21h, gratuit Sorah Lille, Le Biplan, 22h, nc Prince Off + S. Bauer Bruxelles, Wax Club, 23h, nc Maissouille + DJ David Keta + The Speed Freak + Kout... Waregem, THE STEEPLE, 23h, 12/10e

Lun 21.01 Asking Alexandria + While She Sleeps... Bruxelles, L'Ancienne Belgique, 20h, 23e Mad Sin + Hell O Tiki + Candy Kayne Liège, Inside Out, 20h, nc

Mar 22.01 Get Well Soon Bruxelles, Le Botanique/ Orangerie, 19h, 18/15/12e Too Noisy Fish + Actuum Gand, Culturell Centrum Vooruit/Bal, 20h, 14/11/9e WinterJazz : LABtrio Ixelles, Flagey Studio, 20h, 15/10e

Mer 23.01

Trey Songz Bruxelles, L'Ancienne Belgique, 20h, 37e Un autre tchèque / Dvorák et Vivaldi joués par : ONL + Fernand Laciu Lille, Le Nouveau Siècle/ Auditorium, 20h, 38/10e Diablo Blvd Anvers, Trix, 20h, gratuit Till Fellner Ixelles, Flagey Studio, 20h, 25/13e Wille and The Bandits Lille, Le Biplan, 22h, nc

Jeu 24.01 Glowsun + Poncharello + Lincoln Lille, La Péniche, 19h, 10e KitchenMen... Beauvais, L'Ouvre-Boîte, 20h, 11e Imaginary Family + Stef Kamil Carlens... Bruxelles, L'Ancienne Belgique/ AB Théâtre, 20h, 17e Convok + Nina Miskina + DJubay + Dj Grazzhoppa's... Bruxelles, Le Botanique/ Rotonde, 20h, 5e Sal la Rocca Bruxelles, Théâtre Marni, 20h, 15/12/10e

Acid Annie + Sparkwave + Brian KX vs Johnny CrasH... Liège, Inside Out, 23h, nc

URSONATE : Ensemble Ictus Villeneuve d'Ascq, Espace Culture - USTL Lille 1, 19h, grat

Gesaffelstein + The Hacker Lille, Magazine Club, 23h, nc

Stereoseat Gand, Cafe Video, 20h, grat

Anika + Born Gold + My Disco Jacket Roubaix, La Cave aux Poètes, 20h, 8/6e

Dim 20.01

Manaswing Valenciennes, Le Phénix, 20h, 16/14/13/9e

Abba Mania Bruxelles, Cirque Royal, 20h, 50/44/38e

Christian Escoude Bruxelles, Théâtre Marni, 20h, 15/12/10e

The K. + In-Kata Gand, Le Charlatan, 20h, grat

Raphael Godeau Marcq-en-Baroeul, Théâtre de la Rianderie, 11h, gratuit Amatorski + Bernard Dewulf + Gorki + Isolde Lasoen + Marble Sounds... Bruxelles, L'Ancienne Belgique, 15h, 19e Deinze + Naragonia

Holograms Lille, La Péniche, 20h, 9e Sophie Hunger Arras, Théâtre d'Arras, 20h, 21/17/13/10/9e

Lionel Belmondo Tourcoing, maison Folie L’Hospice d’Havré, 20h30, 15/10€ Kosia Brada Orkestar... Lille, Le Biplan, 22h, nc


agenda

96

concerts Disco Stu + Guiz Bruxelles, Wax Club, 23h, nc

Ven 25.01 Zélie les histoires Lille, Bar du Palais des beauxarts, 10h, gratuit Aimee Mann Gand, Culturell Centrum Vooruit, 19h, 29/26,75e Cannabis Corpse + Ghoul Anvers, Trix Bar, 19h, 14/11e MuZiek de Singe... Charleroi, Centre Culturel Eden, 20h, 13/10e Paul Banks + Willow Bruxelles, L'Ancienne Belgique, 20h, 25e Bliksem La Louvière, Taverne du Théâtre, 20h, gratuit Don Carlos... Wattrelos, Centre Socio Educatif, 20h, 25/20e Philip Glass Ensemble Gand, Muziekcentrum de Bijloke, 20h, 40/36/32/28e Mémo Lille, Splendid, 20h, 20e Magma + Cheikh de Staël Saint Amand Les Eaux, Théâtre Municipal, 20h, 20/15/10e de portables + Toman Bruxelles, L'Ancienne Belgique, 20h, 12e Trio Opus 71 Valenciennes, Le Phénix, 20h, 28/26/22/15e Abba Mania Liège, Le Forum, 20h, 48,50/42,50/35,50e Lisa A Peur + Personne Amiens, La Lune des Pirates, 20h, nc Amélie-Les-Crayons... Liévin, Centre Culturel Arc En Ciel, 20h, 15/13/10e Anne Deville

Liège, CC Les Chiroux, 20h, 9/6e Sierra Leone's Refugees Allstars Beauvais, L'Ouvre-Boîte, 20h, 14e Alexis HK Béthune, Théâtre Le Poche, 20h, 12/8/3e

Sessions Urbaines #5 : Flynt + Feini-X Crew + Gash + La Selecta + Tonino + Kaysee Montejano... Bruxelles, Le Botanique/ Rotonde, 19h, 10/7e Billy Talent Anvers, Trix, 19h, 25/22e

Tamara Goukassova + Rocky (Dj set) + Marklion... Lille, La Péniche, 20h, 9e

La leçon de jazz – Louis Amstrong : Antoine Hervé + Michel Delakian Calais, Le Channel, 19h, 6e

The Widowbirds Ostende, Café Manuscript, 20h, 10e

Green Spirit Sound System + El Brazo + DJ Bdr... Arlon, Entrepôt, 19h, 7/5e

Duke Dumont + Renaissance Man... Lille, Magazine Club, 23h, nc

The Script Bruxelles, Forest National, 20h, 34e

DJ Lovepills + Ben & Stel-R Bruxelles, Wax Club, 23h, nc

Trust Lille, La Péniche, 20h, 8e

Yves De Ruyter + Frank Zolex + Francky Jones + Tofke + Marko + Phiphi + Philip + G-froy + Claude El Divino... Bruxelles, Fuse, 23h, 12/10e

The Loved Drones + Pang ! Huy, Atelier Rock, 20h, grat

Sam 26.01 Andy Votel + Anthony Pateras + Evil Superstars + Fennesz... Bruxelles, L'Ancienne Belgique, 16h, 19e Transardentes 2013 : Chase & Status + Rage + Pendulum + Verse + Noisia + Dirtyphonics + Loadstar + Delta Heavy + Culprate + Animal + Dub Timus Soundsystem + SBTRKT + Disclosure + Rudimental + Maya Jane Coles + The Magician + Mosca + Para One + Dusky + Marc Romboy + Stephan Bodzin + Wankelmut + Kölsch + Oxia + Compuphonic + Raving George + Modek + Merdan Taplak Liège, Halles des Foires, 18h, 42/35e

Philip Glass Ensemble Gand, Muziekcentrum de Bijloke, 20h, 40/36/32/28e Max Boublil Bruxelles, Cirque Royal, 20h, 34/30/26e Dick Annegarn Marche-En-Famenne, Maison de la Culture, 20h, 24/16e Matthew Herbert Ixelles, Flagey Studio, 20h, 35/20e The Bony King Of Nowhere Courtrai, De Kortrijkse Schouwburg, 20h, 15e Jazz en Nord / L'After : Jessy Blondeel Quartet + FDH Trio Lomme, Maison Folie de Beaulieu, 20h, 8e Emily Loizeau Béthune, Théâtre de Béthune, 20h, 22/18/3e 4 Ecluses présente HORS LES MURS : en coréalisation avec Le Bateau Feu / Scène nationale et la


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Ville de Gravelines : Alexis HK Gravelines, Scène Vauban, 20h, 12/9e Le Soldat Rose Roubaix, Le Colisée, 20h, 39/35/30/27/8e Salvatore Adamo Lille, Théâtre de l'Hotel Casino Barrière, 20h, 45/42/39/36e Sierra Leone's Refugees Allstars... Diksmuide, Muziekclub 4AD, 20h, 9/7/5e Laurent Voulzy Anzin, Théâtre Municipal, 20h30, 40/37€ The Black Heart Rebellion Gand, Culturell Centrum Vooruit, 21h, 13/11,75e Ibrahim Maalouf Tournai, Maison de la Culture, 21h30, 20/16€ Alwan Lille, Le Biplan, 22h, nc Mandy + Pepperpot + Matthus Raman Lille, Magazine Club, 23h, nc Eprom + Akkachar... Bruxelles, Recyclart, 23h, 5e

Dim 27.01 Jazz en Nord : Po Rock à 4 Villeneuve d'Ascq, La Ferme d'en Haut, 17h, 6,10/4,10e Great Mountain Fire + Ewert and the Two Dragons + Funeral Suits Tourcoing, Le Grand Mix, 18h, gratuit abonné/10e Black Light Burns... Anvers, Trix Club, 19h, 20/17e David Bartholomé + Guest Louvain-la-Neuve, La Ferme du Biéreau, 20h, 16/15/10e

Lun 28.01 Benoit Lille, Théâtre Sébastopol, 19h, 20/15/12e

Mar 29.01 Eugene McGuinness + Pan Aurora Lille, L'Aéronef, 20h, gratuit/11e Jenufa de Leos Janacek avec Mark Shanahan + ONL + Choeur d’Angers Nantes Opéra Lille, Opéra, 20h, 67/47/29/12/5€ Charlemagne Palestine... Leuven, Stuk, 20h, 10/6e Laurent Voulzy Amiens, Cirque Municipal Jules Verne, 20h, 53/48e Claron Mc Fadden Bruxelles, Recyclart, 21h, gratuit

Mer 30.01 Dörvon Berkh Lille, Opéra, 18h, 9/5e Cory Chisel Duo Anvers, Trix Bar, 19h, 13/10e Micro : Pierre Rigal + Compagnie Dernière Minute Arras, Théâtre d'Arras, 20h, 21/17/13/10/9e You are Not Alone Tour : Jermaine Jackson + David Serrero Lille, Théâtre de l'Hotel Casino Barrière, 20h, 71,20/58,10/51/48e Jenufa de Leos Janacek avec Mark Shanahan + Orchestre National de Lille + Choeur d’Angers Nantes Opéra Lille, Opéra, 20h, 67/47/29/12/5€ Arno Courtrai, De Kreun, 20h,

33/30/27e Maria Minerva Gand, Cafe Video, 20h, grat Angus Stone Tourcoing, Le Grand Mix, 20h, 20/17e The Ruby Suns Bruxelles, Beursschouwburg, 21h, 5e

Jeu 31.01 The Soft Pack Anvers, Trix Club, 19h, 14/11e BjoRn Berge Wattrelos, La Boîte à Musique, 20h, 9/6e Zombie Zombie + Soft Crayon Lille, L'Aéronef, 20h, 16/11e Tomatito Sextet Bruxelles, L'Ancienne Belgique, 20h, 33e Sessions Urbaines #5 : Speech Debelle + Dynamic + Mikigold & Fatoosan... Bruxelles, Le Botanique/ Rotonde, 20h, 10/7e Ensemble Ictus Gent, Handelsbeurs, 20h, 17/13/5e Musique d'Orient et Maghreb : La Voix de Manama + La Firqat du Bahrein Arques, Centre Balavoine, 20h, gratuit BachibouSouk Lille, Le Biplan, 22h, nc Horses Gand, Le Charlatan, 22h, nc

ven 01.02 Paul Kalkbrenner Esch-sur-Alzette, Rockhal, 21h30, 32€ Tamikrest Charleroi, L'Éden, 20h, 12/9€


le mot de la fin

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Non mais sans rire, vous y aviez cru, aux prédictions mayas ? Nous non plus. En revanche, on fait une confiance totale aux véritables visionnaires tels que Nostradanus ou Auguste Derrière. De vrais prophètes, eux ! En plus, ce dernier, auteur de réclames au début du xxe siècle, possédait un sens du calembour à faire pâlir Vermot ! à lire / Les moustiques n'aiment pas les applaudissements et Les fourmis n'aiment pas le flamenco (éd. Le Castor Astral, 13,10€) - à visiter / www.augustederriere.com



Let'smotiv Nord & Belgique 81