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n째74 / mai

2012 / GRATUIT

nord & belgique Cultures et tendances urbaines


Sommaire Let’smotiv - mai 2012 - #74

06 N  ews Futur Antérieur chez Agnès B, Le Parlement européen, Les Transnumériques, un livre gratiné, Z'artsUp !, La Face cachée de la lune...

Post graffiti, Untitled © Graphic Surgery // Nuits Botanique, Woodkid © DR

12 événement Maisons de mode : sous toutes les coutures ! 18 Portfolio Véronique Dorey : collection acidulée 24 Musique Les Nuits Botanique, Seth Gueko, Juveniles, Fivestival, Django

Django, Twin Twin, Château Brutal, Dirty Three, Tu Fawning, Jay Z, Kanye West

42 Cinéma Kubrick photographer, Walk Away Renée, Cannes à Dunkerque,

48 Expositions Mémoire industrielle, Utamaro, Migrants flamands

Les P'tites toiles d'Émile, Prison Movies

en Wallonie, William Klein, Post-Graffiti, Michel-Ange et Carpeaux… Agenda

68 Théâtre & Danse Éric Antoine, Kunstenfestivaldesarts, Les Extravagants, Les 24 Heures, Paix Nationale, Le Test, Pudique Acide… Agenda

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88 Livres Eric Fottorino, Eric Fassin, Emmanuel Moynot 90 Disques Chromatics, The Men, I:Cube, Allo Darlin', Moonface With Siinai 92 Agenda concerts 98 Le mot de la fin Janol Apin, métropolisson

Littérature The Velvet Underground : White Light / White Heat


Let’smotiv Nord & Belgique 114 rue Barthélémy Delespaul - F-59000 Lille Tél : +33 362 64 80 09 - Fax : +33 362 64 80 07 redaction.nord@letsmotiv.com redaction.bruxelles@letsmotiv.com

www.letsmotiv.com Let’smotiv Nord & Belgique est édité par la Sarl L'astrolab* - info@lastrolab.com Membre du réseau Let’smotiv Magazines L'astrolab* Sarl au capital de 5 000 euros - RCS Lille 538 422 973 Dépôt légal à parution - ISSN : en cours Directeur de l’édition : Nicolas Pattou nicolas.pattou@lastrolab.com Rédaction : Thibaut Allemand - Cédric Delvallez redaction.nord@letsmotiv.com GraphisME : Cécile Fauré - cecile.faure@lastrolab.com Publicité : pub.nord@letsmotiv.com administration : Laurent Desplat laurent.desplat@lastrolab.com

Let’smotiv est une publication d’Urban Press www.urban-press.com 18 rue des Couteliers - 31000 Toulouse Tél : +33 561 14 03 28 Fax : +33 561 14 25 22 Mail : info@urban-press.com

Ont collaboré à ce n° : Janol Apin, François-Xavier Béague, Madeleine Bourgois, Pascal Cebulski, Mathieu Dauchy, Véronique Dorey, Marine Durand, Vincent Lançon, Raphaël Nieuwjaer, Judith Oliver, Antoine Pecquet, Clément Perrin, Martin Van Boxsom, Bérengère Vito Couverture : Véronique Dorey, www.artsfactory.net diffusion : C*RED (France/Belgique) ; Zoom On Art (Bruxelles)

Directeur de la Publication : Laurent Buoro Directeur du Développement : Loïc Blanc Rédacteur en chef : Nicolas Pattou Direction Artistique : Cécile Fauré, Christophe Gentillon Régie publicitaire : Proxirégie / salvatore@proxiregie.fr Impression : Imprimerie Ménard, 31682 Labège

L’éditeur décline toute responsabilité quant aux visuels, photos, libellé des annonces, fournis par ses annonceurs, omissions ou erreurs figurant dans cette publication. Tous droits d’auteur réservés pour tous pays. Toute reproduction, même partielle, par quelque procédé que ce soit, ainsi que l’enregistrement d’informations par système de traitement de données à des fins professionnelles, sont interdites et donnent lieu à des sanctions pénales. ı Let'smotiv est imprimé sur du papier certifié PEFC. Cette certification assure la chaîne de traçabilité de l’origine du papier et garantit qu'il provient de forêts gérées durablement. Ne pas jeter sur la voie publique.

Papier issu de forêts gérées durablement


© Ray Caesar, Gallery House Exodus Study Press

En bref… Vivement hier ! De la seconde moitié du xixe siècle jusqu'à la Belle Époque on manifeste sa foi dans le progrès. De Jules Verne à Méliès, cela se traduit par une obsession pour les voyages intersidéraux, l'aspiration au confort moderne. Un siècle plus tard, cet optimisme scientiste a ressurgi dans un courant esthétique nommé steampunk (la réécriture d'un siècle victorien où robots à vapeurs et fusées à molettes auraient existé). Futur Antérieur confronte des productions culturelles « de l'époque » et des réappropriations contemporaines, au gré d'un accrochage où vous croiserez peut-être Adèle Blanc-Sec... Paris, Galerie du Jour, jusqu'au 26.05, mar>sam, 12h>19h, entrée libre, www.galeriedujour.com

Teuf techno(crate) L’Europe n'est pas vraiment à la fête, mais bon… Pour la 20e année consécutive, le Parlement européen nous ouvre ses coulisses. L'occasion de découvrir cette institution de l'intérieur, et de débattre avec quelques hauts responsables. Mais aussi d’abattre certaines frontières, puisque cette édition se place sous le signe du rapprochement entre les générations. Preuve en est, avec le DJ set de Mamy Rock, 69 ans. De quoi redonner un petit coup de jeune au Vieux Continent ! © DR

12.05, Bruxelles, Parlement européen et divers lieux, fetedeleurope.europa.eu

Télex

Depuis le 17 avril, Antonio Manfredi, fondateur d'un musée d'art contemporain près de Naples, brûle des tableaux. Baptisée Art War, son action dénonce le ridicule budget de la culture (0,21%) dans un pays longtemps admiré pour ses artistes. 200 d'entre eux ont donné leur accord pour une destruction par le feu. Une sorte de Fahrenheit 451 à l'envers.


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Les Transnumériques Voici une 4e édition ludique et éclatée ! De Bruxelles à Liège en passant par Mons, pendant presque trois mois, on ne sait plus où donner de la tête entre arts numériques, circuit bending, théâtre, musique électronique ou danse contemporaine... Du paysagiste ambient Benjamin Lew au plasticien sonore Scanner, du collectif artistique subversif Paracommandart au metteur en scène 2.0 Jacques Urbanska, pas moins d'une centaine d'installations, performances, projections et autres œuvres en réseau parcourent la Belgique électronique !

© Korefe

Anonima Teatro © A. Djurovic

2.05>17.05, Bruxelles, Mons, Liège, www.transnumeriques.be, +32 (0)6 559 08 89

Manger ses mots

L'art est dans la rue

Fatigué des livres de cuisine de grandmère qui prennent la poussière sur les étagères ? Le studio allemand Korefe, plusieurs fois récompensé pour ses packaging, tourne la page avec un livre de recette 100% comestible. Fabriqué à base de pâtes fraîches, The Real Cookbook invite les cuistots en herbe (ou en chef) à préparer des lasagnes en insérant les ingrédients entre les pages. Reste plus qu'à enfourner ce livre à usage unique avant de déguster son contenu gratiné. Un livre à dévorer.

Z'arts Up !, ce sont 24 compagnies françaises ou étrangères foulant le pavé de la cité du Buridan. Des spectacles de rue tout terrain, tels que celui de la Cie Anonimo Teatro, qui donne du souffle aux objets et marionnettes. Sans oublier les Z'ailleurs, le festival cousin qui investit Annezin, Divion ou La Couture. Entre petits formats déambulatoires et spectacles grandioses, Z'Arts Up ! reprend le petit dictionnaire du théâtre de rue de A à Z... ou l'inverse.

www.korefe.de/en

Béthune, 11>13.05, www.culturecommune.fr/zartsup

Oyez ! Un nouveau disquaire débarque à Lille ! On y trouve vinyles et CD d'occcasion, mais aussi des mangas (vous savez, ces BD violentes qui pervertissent nos bambins). Une seule crainte : Combien de temps le mp3 survivra-t-il aux vinyles ? Notes en Bulles, 172, rue Solférino, Lille, lun>sam, 10h>12h30, 13h30>19h


© Patricia Povoa

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Au poil ! Le minimalisme, c'est l'art de ne pas couper les cheveux en quatre. Preuve en est avec le travail de l'artiste Patrícia Póvoa (Copyrihted famous hairs). Quelques portraits de personnalités réelles ou fictives identifiables au premier coup d'œil grâce à... leur coupe de cheveux. Mister T, Princesse Leia... Mais on ne va pas tous les citer, histoire de ne pas vendre la mèche ! www.cargocollective.com/patriciapovoa

La face cachée de la lune © DR

à l’heure où l'ordinateur est le meilleur ami du musicien, la Cie Inouïe nous ramène sous le règne de l’analogique. Neuf musiciens réinterprètent The Dark SIde Of The Moon (de Pink Floyd, faut-il le rappeler ?) dans son intégralité – chaque son, chaque bruitage. N’utilisant que des instruments d’époque, et mettant de côté la (trop habituelle) console numérique, le groupe tend à une reproduction parfaite du son de l’album. Sous la forme d’un studio reconstitué sur scène, il dévoile ainsi la face cachée du plus grand disque de tous les temps. Rien que ça. 24.05, Arras, Théâtre d’Arras, 20h30, 24/18/8€, +33 (0)3 21 71 76 30

Télex

Mons en triporteur ? Et pourquoi pas ? Assis à l'arrière d'un antique Piaggio Ape Calessino, on peut explorer la ville belge en plusieurs parcours thématiques, dont le circuit Van Gogh ou Mons 2015. Mais aussi découvrir les lieux de vie (ducasses, marché...) ou suivre le parcours romantique (poèmes, chocolat et mousseux !). TrioBalade, soirs et w-e, 19 à 59€, www.triobalade.be


texte ¬ Judith Oliver photos ¬ www.sebastiengras.com

Maisons de Mode Sous toutes les coutures

Ambiance Mad Men à l'Ensait de Roubaix. Dans la cour d'honneur de la prestigieuse école d'ingénieurs textile bruissent jupes à froufrou et autres robes cintrées. C'est que, pour le 10e anniversaire du marché des modes, la centaine de stylistes et accessoiristes invités s'est mise sur son 31. Façon Happy Fifties. Sur les stands, c'est une autre affaire. On trouve de tout, du sac en agneau à la bague en domino, du diadème aux tuniques en mousseline de soie. Une mode alternative, loin des standards de la grande distribution et des prix de la haute couture... Bref, la marque de fabrique des événements Maisons de Mode.


Plus de créateurs depuis sa création.

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échoppes et un Vestiaire multi-marques à deux pas du Musée la Piscine (Roubaix).

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ancien et cinéma reconverti en Jardin des modes rue du Faubourg des Postes (LilleSud).

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ateliers à loyers modérés

11 boutiques-

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epuis quelques années, le Marché des modes bat des records de fréquentation. Au printemps (mai) comme en hiver (décembre), 15 000 personnes en moyenne défilent parmi tables et portants. « La diversité du public m'étonne toujours  » s'amuse Lucy Wattel-Coll, responsable de la communication de l'association lilloise. Depuis sept ans, elle se prête au même jeu : s'asseoir sur les marches et observer. « Il y a de tout. Des femmes d'âge mûr, des fashionistas apprêtées à l'affût des plus belles pièces, des familles, mais aussi des jeunes branchés encore à moitié dans leur soirée de la veille. C'est réjouissant, on a réussi notre pari : prouver que la mode n'est pas réservée aux élites  ». Et en effet. Du Marché des modes à la Nuit des soldes, des Fashion parades aux 48h Maisons de Mode, l'association est passée maîtresse dans l'organi-

sation d’événements grand public - et gratuits ! - dédiés à la jeune création textile. Dans le viseur, un objectif : hisser la métropole lilloise sur le podium des villes « in » de la mode.

Tube à essai

Car au delà des rendez-vous ponctuels, depuis sa création en 2006, Maisons de Mode mène un travail de fond. Histoire d'en découdre avec l'image d'une région trop souvent associée à la production industrielle et la grande distribution. « L'idée c'est de faire émerger un marché de prêt-à-porter créateurs, ce chaînon manquant entre les dentelliers, les écoles d'excellence et les grandes enseignes du territoire  », explique Lucy Wattel-Coll. Et de poursuivre : « Maisons de mode fonctionne comme une grosse couveuse. On identifie de jeunes stylistes et accessoiristes désireux de monter leur propre marque.


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Alexandra Pisco

Directrice de Maisons de Mode depuis janvier 2008

Ayant monté sa propre marque à 20 ans, elle s’est forcément sentie concernée par le dispositif. Ancienne collaboratrice de Chanel, à l'affût des nouvelles tendances au sein de divers bureaux de style, cette pétillante New-Yorkaise n’a pas hésité une seconde à mettre ses expériences et son pragmatisme au service de ses jeunes poulains. Maisons de Mode connaît-il des équivalents en Europe ? Non. On trouve des incubateurs d'entreprises, comme l'institut Mode Méditerranée à Marseille, mais ils ne sont pas associés à un projet de réhabilitation urbaine. à Lyon, le village des créateurs a permis la rénovation d'une ancienne traboule, mais dans un quartier sans enjeu social. Enfin, à Amsterdam, la municipalité a préempté des « vitrines » du quartier rouge pour les confier à de jeunes stylistes. Mais, chacun doit retaper son local et se débrouiller seul. Allier un dispositif d'accompagnement à la création d'entreprises avec un grand projet urbain, comme à Lille, est proprement inédit. La région Nord-Pas de Calais compte de nombreuses enseignes de prêt-àporter et des grandes écoles. Pourquoi ne s'est-elle pas imposée comme

un haut lieu de la mode ? C'est surtout une question d'image : pour beaucoup, la région se résume à Damart, la Redoute, Phildar, la dentelle de Calais et l'industrie textile. Paradoxalement, il s'agit d'acteurs souvent créatifs, qui innovent et prennent des risques. Mais les préjugés demeurent. La Métropole lilloise pourrait-elle un jour se hisser au rang d'Anvers, Londres ou Berlin ? Je l'espère ! Il y a trente ans, personne n'aurait cru qu'Anvers deviendrait une ville de la mode. On la réduisait alors au port et aux diamants. Quelques fortes personnalités, la création d'un musée et une bonne communication municipale ont changé la donne. Alors pourquoi pas ? La Métropole est déjà identifiée en région et en Belgique, reste à poursuivre nos efforts pour étendre son rayonnement.


Puis, on leur présente un panel de dispositifs pour se lancer et devenir de vrais chefs d'entreprise ». Car ce n'est pas le tout de tenir un crayon, il faut pouvoir modéliser, communiquer, démarcher, être un bon gestionnaire... « On n'imagine pas le boulot que ça représente, ni le nombre de casquettes avec lesquelles on doit jongler » confie Tristan Besnard, jeune pousse fraîchement arrivée. Comme les 40 créateurs passés par Maisons de Mode depuis 2008, il profite des ateliers et conseils pour monter sa collection, se mettre à la comptabilité et peut envisager sereinement sa participation à Scoop, un prestigieux salon londonien.

Dans le rétro

L'originalité de Maisons de Mode tient aussi à son ancrage dans les « quartiers off » de Lille Sud et Roubaix. Cette

pépinière aurait pu être installée dans le Vieux-Lille, au plus près d'une clientèle branchée au fort pouvoir d'achat, mais « noooon.... on aime bien, nous, le cocktail un-kebab-une-boutique-decréateur façon Brick Lane, dans l'East London  ! Et puis, c'était pas le but  » s'amuse Lucy, qui rappelle l'origine politique du projet. Initié par les Maires de Lille et de Roubaix, le dispositif s'inscrit dans un vaste plan de réhabilitation urbaine porté par Lille Métropole. Maisons de Mode doit permettre le renouveau du textile, mais surtout la reconversion de quartiers défavorisés. « Bien sûr, ce n'est pas cela qui fera, à lui seul, disparaître le taux de chômage et les difficultés de Lille-Sud  », admet Lucy, « mais on contribue à transformer son image, à l'associer à autre chose que des voitures brûlées de l'autre côté du périph' ».


De fil en aiguille Quentin Carnaille Julie Meuriss

Lille - www.juliemeuriss.com A force de faire un carton avec ses sacs en agneau et ses petites pochettes en liberty, Julie Meuriss a décidé de plonger dans le grand bain. Elle devrait ouvrir d'ici peu sa boutique dans le Vieux-Lille.

Lille - www.quentincarnaille.com Ne cherchez pas l'heure sur les montres de cet ancien architecte. Leurs cadrans arborent de minutieuses sculptures réalisées à partir des roues dentées et autres pièces anciennes d'horlogerie. Une « esthétique de l'inutile » qui a séduit 50 Cent, au détour de sa collection de montres bling-bling. De quoi remettre les pendules à l'heure.

Ysterike

Lille – Jardin des Modes- www.ysterike.com Il a suffi d'une seule collection pour que cette jeune pousse rende « Ystérike  » les bloggeuses. En cause, Miu, une robe doll espiègle au décolleté croisé et aux manches ballon. En moins de deux ans, Sarah Lespagnol a imposé sa patte du Liban au Koweit en passant par le Japon. Sa nouvelle collection, présentée dans Wad, fait déjà un tabac.

L'Herbe Rouge

Roubaix - www.lherberouge.com « Une autre mode est possible » annonce la vitrine. Installée à Roubaix depuis janvier, l'Herbe Rouge prône un commerce responsable, éthique et écologique. Et distribue déjà pulls en coton bio, gilets de lin ou chemises de Tencel dans plus de 100 points de vente indépendants. 20e édition du Marché des Modes, 11>13.05, Roubaix, ENSAIT et Vestiaire, ven, 16h>21h, sam & dim, 11h>19h, entrée libre, +33 (0)3 20 999 120, www.maisonsdemode.com Maisons de mode Lille, Rue du Faubourg des Postes, Roubaix, Avenue Jean Lebas, mer> sam, 14h>19h


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Véronique Dorey Illustration // France // www.artsfactory.net

texte ¬ Thibaut Allemand

Véronique Dorey fait partie de ces indispensables « petites mains » de la bande dessinée. Coloriste de profession, elle a enluminé ou nuancé les pages de Portugal de Pedrosa ou Le roi des mouches de Mezzo-Pirus, entre autres. Le métier s'est transformé et l'ordinateur, imposé presque partout. Qu'importe, l'artiste a taquiné le pinceau dans son coin. « J'ai longtemps tâtonné avant de développer un style et un univers personnels », reconnaît Véronique, qui présente sa première exposition en 2005. Devant ces tableaux mêlant candeur du trait et propos piquant, on pense immédiatement à Trevor Brown ou Mark Ryden. L'intéressée s'en amuse : « Je n'ai découvert ces artistes que bien plus tard, lorsqu'on m'a soufflé ces comparaisons ! ». Réalisées à la peinture acrylique, sur bois comme sur papier, ces œuvres parfois narratives jouent avec les normes  : les perspectives sont bafouées, les conventions sociales bousculées mais l'important est ailleurs. Finalement moins inspirée par Chris Ware que par des jouets anciens, des publicités antiques ou des typographies hors d'âge, la dessinatrice met un point d'honneur à ajouter une note ironique et décalée à ses dessins faussement naïfs, pour éviter de « sombrer dans le kawaii ou le Poulbot ». /


botanique Le mois dernier, nous sommes brillamment parvenus à évoquer les Paradis Artificiels sans aucun jeu de mots hallucinant. Ce mois-ci, présentons donc les Nuits Botanique sans parler de jeunes pousses et autres vieilles branches. Ce festival aux idées larges aligne des habitués de ces pages (Baxter Dury, Django Django, La Femme…), des come-back inespérés (Spain, quand même) et des formations qui s’incrustent à chaque festival (oui, les Ting Tings, on parle bien de vous). Bref, 11 jours à parcourir les hauteurs de Bruxelles, entre Bota et Cirque Royal, pour le plaisir de nos esgourdes. Et s’il fallait assister à seulement quatre concerts, pourquoi pas ceux-là ?

Ghostpoet + C2C 16.05, 20h, L’Orangerie, 23/20/17€

Ghostpoet

Ghostpoet affiche des origines nigérianes mais son art respire l’Angleterre. Et en bon Britannique, Obaro Ejimwe allie le savoir des anciens (LKJ, Roots Manuva, The Streets) aux avancées progressistes récentes, mêlant hip-hop, grime, dubstep ou electro comme… beaucoup de monde ces derniers temps, c'est vrai. Son premier LP (Peanut Butter Blues & Melancholy Jam, 2011) signé sur le label de l’éminence grise Gilles Peterson, constitue une belle carte de visite. Mais Ghostpoet fait surtout la différence sur scène, où son flow narratif et nonchalant s’épanche sur des instrumentations digitales vacillant au-dessus d’un rythme abyssal. Et si les copinages au goût très sûr ne gâchent rien - Dels, Micachu ou le précité Mike Skinner - ce fantôme impose, seul, sa présence et son esprit.


Dominique A

11.05, 20h, Cirque Royal, 23/20€

Impossible de résumer les vingt ans de chanson de Dominique A en deux mots. Encore moins en deux albums. Et pourtant… En choisissant d’interpréter en intégralité La Fossette (1992) et une partie de son dernier-né, Vers Les Lueurs (2012), le chanteur majuscule met en lumière deux pièces capitales de sa carrière. Voici deux décennies, un Dominique anonyme publiait un premier disque minimaliste et diaphane doté du Courage Des Oiseaux. Quelque chose comme la rencontre entre Barbara et Young Marble Giants. Aujourd’hui, qu’en reste-t-il ? Aussi orphelin, détaché et intemporel soit-il, cet acte fondateur ouvrait un chemin pour tant d’autres : Katerine ou Miossec, au hasard, se sentirent libérés d’un poids à l’écoute de ce disque aussi (anti) héroïque. En 2012, Bashung parti, Christophe ailleurs, Dominique A hérite à nouveau, et malgré lui, du rôle de chef de file de cette chanson différente. La preuve une fois encore lors d’une soirée où, accompagné d’un quintette à vent, le Nantais donne souffle à son dernier monument en date. Visage glabre, main droite en mouvement perpétuel et chant au sommet, voici contées certaines des plus belles histoires d’A.

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dossier réalisépar Vincent Lançon & Thibaut Allemand photosGhostpoet,Electric Guest © DR, Dominique A © Franck Loriou, Woodkid © Karim Sadli


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Woodkid

Electric Guest

17.05, 20h, CirqueRoyal, 23/20/17€

20.05, 20h30, Rotonde, 17/14/11€

Un maxi en poche, et déjà les Nuits Bota ? Oui, mais « Woodkid, alias Yoann Lemoine, est un artiste complet  » nous explique-t-on. Le Français est multi-instrumentiste, chanteur, photographe et réalisateur de clips pour Yelle, The Shoes ou Lana Del Rey. Un vrai bilan de compétences à lui tout seul. En attendant, sa pop acoustique doit autant à The Divine Comedy qu’à In The Nursery, et se fait remixer par Gucci Vump, histoire d’arroser le tout au whisky coke. Alors, future révélation ou plan de com’ qui fera pschiiit ?

à l’instar de Steve Albini (Pixies, Dionysos…), Danger Mouse fait partie de ces producteurs qui impriment leur marque… au risque d’occulter l’artiste dont ils s’occupent. Rien de tel avec Electric Guest. Le tandem californien possède suffisamment d’or dans les mains pour que leur personnalité ne s'efface jamais derrière la prod’ raffinée du magicien aux grandes oreilles. Cette pop hédoniste mêlant harmonies vocales et groove implacable affole les playlists des radios autant que les mollets en soirée.

+32 (0)2 218 37 32, www.botanique.be Du 10 au 21.05, Bruxelles, Botanique,

Chapiteau

Cirque Royal

Great Mountain Fire + The Rapture (11.05) // The Divine Comedy ( 12.05) // 1995 (13.05) // General Elektriks + Housse De Racket + La Femme (16.05) // Absynthe Minded (18.05) // Goose + Montevideo (19.05) // Blood Red Shoes (20.05)...

The Ting Tings (10.05) // Dominique A (11.05) // Spain (12.05) // Intergalactic Lovers (16.05) // Woodkid (17.05) // Charlotte Gainsbourg + Connan Mockasin (19.05) // Camille ( 30.05)...

Grand Salon Gonzales (11.05) // Chapelier Fou (13.05) // Oxmo Puccino (21.05)...

L'orangerie Daniel Darc (13.05) // Soiree Dfa : Planningtorock + Prinzhorn Dance School + Yacht (15.05) // C2C

+ Ghostpoet (16.05) // Baxter Dury (17.05) // Revolver (18.05)…

La Rotonde Laura Gibson (11.05) // Fràncois & The Atlas Mountains + Hoquets (12.05) // Django Django (13.05) // Perfume Genius (16.05) // Grimes (17.05) // King Krule (18.05) // Citizens! (19.05) // Electric Guest (20.05) // Gravenhurst (21.05)...


propos recueillis par ¬ Cédric Delvallez photo ¬ Fifou pour Fish High

Seth Gueko Brouille l'écoute

Soyons honnête : en interviewant Seth Gueko, le gitan bling-bling du rap français, le méchant comique de Saint-Ouen-l’aumône, on attend surtout des punchlines à tire-larigot. Surprise  ! L’animal se révèle aussi bourré de bonnes influences, clairvoyant sur son travail. Pas toujours finaud, certes, mais il semble avoir appris de ses erreurs. Comment se passe la tournée ? Mortel  ! Je ne peux qu’apprécier de rencontrer mon public, tous les mecs qui me suivent sur les réseaux sociaux. Le second degré et l’humour noir se ressentent vachement plus sur scène. C’est un vrai one man show. à l’instar des Svinkels, tu fais partie des artistes rap qui se sont énormément nourris du punk. à qui dois-tu cela ? J’ai plein de grands frères. C’est toute une culture qu’ils m’ont transmise  : Ludwig Von 88, la Mano Negra, les Négresse Vertes, Bérurier Noir… Toute la scène alternative des années 80, les redskins. Les premiers à avoir

chanté « la jeunesse emmerde le Front National » sur des boîtes à rythmes, ça reste les keupons  ! Je suis un punk des temps modernes ! Pourquoi cites-tu régulièrement Audiard, Pacino ou Benoit Poelvoorde ? Dans les vieux polars d’Audiard, il y a toujours des flics ripoux et des rôles atypiques. J’aime les rôles de voyous, les personnages qui ont de la répartie, le casting de gueule. Seth Gueko, c’est un personnage aussi… Oui. Mais, le mec qui est sous le costume est encore plus fou que l'artiste  ! C’est un débauché. Il pète,


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il rote, il se fait masser. Seth Gueko, c’est un filtre, un percolateur. J'ai alors décidé de révéler au monde entier mon potentiel de débilité.

« J'ai décidé de révéler au monde entier mon potentiel de débilité »

Au point de passer par la case prison ? J’y suis allé à 30 ans, c’est tard. Ceux qui ont l’habitude d’aller en zonzon, ils y vont plutôt à 15, 16, 17 ans. Moi, c’était une petite erreur de parcours. On m’a tapé sur les doigts parce que je suis un artiste et qu’il fallait marquer le coup. Ça m’a servi de leçon.

Tu travailles sur un 3e album. À quoi peut-on s’attendre ? Du Seth Gueko au sommet de son art ! Je me livre beaucoup dans cet album qui s'intitulera probablement Le Thaïlandais. J’ai aussi envie de séduire les femmes à travers ma musique, parce qu’on me prend pour un putain de misogyne ultra violent.

11.05, Roubaix, la Cave aux Poètes, 20h30, 10€, +33 (0)3 20 27 70 10


texte ¬ Vincent Lançon - photo ¬ Misteur Valaire © DR

texte ¬ Vincent Lançon - photo ¬ Yann Morrison

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Juveniles

Fivestival

Ayant mérité le titre de « ville rock  » dans les 80's, Rennes s'est longtemps reposé sur ses lauriers. Or, depuis quelques mois, une jeune garde hétéroclite bat le pavé. Leurs noms  ? Manceau, La Terre Tremble !!!, Montgomery, on en passe... Juveniles tire son épingle du jeu en redessinant les contours d'une synth pop glacée à la voix brûlante (la profession de foi We Are Young). Fainéant, on parlerait de Metronomy breton. Et on invoquerait la signature chez le très inégal Kitsuné. Leur second single nous a fait revoir nos Ambitions à la baisse, mais qu'importe : des morceaux tels que le chamboulant Night Nights ou Avant-Garde Is French For Bullshit, sa basse gironde et son synthé stellaire nous font placer pas mal d'espoir dans ce trio qui n'a certainement pas encore atteint son acmé... Juveniles. /

Moins clinquant que le Vieux-Lille, moins tendance que Wazemmes, le quartier de Fives fait partie de ces zones lilloises injustement oubliées. On y trouve quelques lieux (LaSécu, le Théâtre Massenet, la Maison de la Photographie...), mais ce n'est pas suffisant. Alors, depuis cinq ans, NASDAC (Nouvelle Association Solidaire de Diffusion des Arts et Cultures) replace Fives au centre de la carte culturelle, en investissant la légendaire salle des fêtes. Au programme : musiques éthiopiennes revisitées, hip-hop, jazz, funk, klezmer... un seul dénominateur  : la fête ! à ne pas manquer, le retour (éternel) des antiques Washington Dead Cats, chantres d'un psychobilly métissé et, surtout, ennemis jurés des Wampas depuis près de 30 ans. Bref, NASDAC sème quelques indices sur le potentiel de Fives. On investit sans hésiter ! /

5.05, Lille, La Péniche, 20h, 11€, +33 (0)3 20 57 14 40

Lille, Salle des fêtes de Fives 12.05, 19h, Washington Dead Cats, Blue Magic Band, Juliette Dragon (4,5/2,5€) // 18.05, 20h, Misteur Valaire + Deluxe... //19.05, 20h, Balkan Beat Box + Imperial Tiger Orchestra..(9/7€ Pass 2 Soirées : 20€/16€ ), + 33 (0)9 81 25 54 84


texte ¬ Thibaut Allemand photo ¬ Pavla Kopecna

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Mot compte double à une époque où, submergé par les moyens d'informations, écœuré par l'immédiateté, on trouve difficile de prendre du recul, de se projeter sur le long terme, une formation comme Django Django s'avère salutaire. Pourquoi ? Car le quatuor écossais brouille les cartes... et prend son temps. Difficile de définir le son de Django Django en quelques mots. Evitons d'emblée les termes paresseux et faciles du genre pop dingo, énergie démentielle, drôlerie décalée... Vous avez lu ça partout ailleurs. D'autant qu'à l'écoute de ce premier Lp, on n'est pas tombé de notre chaise : des groupes aussi différents que The Go!Team, Animal Collective ou MGMT avaient eux aussi rebattu les cartes pour mieux les redistribuer, suivant des règles à peu près aussi simples que celles du sloubi. Or donc, si Django Django séduit, c'est par sa proximité, cette faculté à enchaîner bubblegum blues, folk acidulé et pop mâtinée d'électronique avec un naturel déconcertant, à l'instar de The Beta Band, leur groupe frère, au sens propre. Autre argument de poids : il y a trois ans (une éternité), les Ecossais étaient sur toutes les lèvres, à la faveur d'un chouette single et de quelques concerts. Mais la bande a préféré retourner dans sa piaule, et jouer encore une fois aux petits laborantins soniques. Le genre d'attitude qui achève de convaincre que ces musiciens sont moins foufous que perfectionnistes. Reste la scène. Ces rats de home-studio sont-ils convaincants sur les planches ? D'après les échos qu'on en a eus, oui-da. Allons voir ! / Django Django 13.05, Bruxelles, 20h, La Rotonde, Complet ! 22.05, Tourcoing, Le Grand Mix, 20h, 14/11€, +33 (0)3 20 70 10 00


texte ¬ Bérengère Vito - photo ¬ DR

texte ¬ Vincent Lançon - photo ¬ Théo Gennitsakis

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Twin Twin & Chateau Brutal

Dirty Three

Combien de concerts a-t-on ratés, accoudé au bar, à enfiler les apéros durant la première partie, puis oubliant de décoincer lorsque la tête d'affiche fut venue ? Toujours à l'affût de jeunes talents, le FAIR et son rafraîchissant partenaire anisé trouvent la parade et proposent trois groupes qui ne donnent pas envie de squatter le comptoir. Des mélodies forestières de Mrs Good (ne vous fiez pas à ce nom, on a affaire à quatre moustachus adeptes de Crosby, Still, Nash et même Young) aux slammeurs fluos de Twin Twin, on trouve de quoi épancher sa soif de découvertes. Sans oublier Château Brutal  : le duo ressent forcément une certaine pression, mais trouve 51 manières de faire sonner la vieille formule guitare-batterie. Un volume de rock, trois volume de pop, et l'affaire est pliée ! Gaffe à ne pas franchir la ligne jaune, évidemment. /

Dirty Three, c’est la réunion horsnorme de trois musiciens virtuoses. Un multi-instrumentiste et violoniste de génie (Warren Ellis, vieux complice de Nick Cave), un guitariste et un batteur aperçus aux côtés de Cat Power et Bonnie « Prince  » Billy (Mick Turner et Jim White). Depuis vingt ans, ce trio australien offre des concerts relevant autant de la performance artistique que du voyage sensoriel. Chacun s’exprime tour à tour dans une joute instrumentale dominée par Warren Ellis, animal fou de l’arène, aussi inspiré que viscéral. Dirty Three plonge dans des morceaux-fleuves, affranchis du folk et du rock, et lorgnant parfois vers le post-rock façon Slint. Certes, Toward The Low Sun, dernier album en date, n’est pas facile d’accès, mais sur scène, Dirty Three reste intense et spectaculaire. Culte, en somme. /

24.05, Lille, L'Aéronef, 21h, gratuit, +33 (0)3 20 13 50 00

27.05, Lille, L'Aéronef, 18h, 16/11€, +33 (0)3 20 13 50 00


texte ¬ FX Béague photo ¬ Jaclyn Campanaro

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Deuxième service Février 2011, débriefing à l’Aéronef de Lille : une belle soirée, sous le patronage de jeunes gloires appliquées (The Pains Of Being Pure At Heart). Mais bien en peine de justifier leur tête d’affiche quand l’unanimité s’est faite en première partie aux antipodes du format pop : Tu Fawning, c’est beau, c’est sombre. Et ça fait de l’ombre. Séance de rattrapage à Lille et Bruxelles, pour faire passer ce goût de trop peu, et leur donner enfin la vedette. Ils la voleraient de toute façon, comme leur premier album (Hearts On Hold, 2010), inépuisable, en a tranquillement éclipsé beaucoup d’autres. Des chansons implacables à la mélopée parfois glaçante, mais toujours prodigues d’une étrange beauté, qui s’impose avec autorité, et sans grandiloquence. Toutes qualités observées sur scène : calmes et assurés, les Américains laissent à leur musique le soin de prouver qu’elle a quelque chose à dire. Elle prouve au moins qu’un side-project peut aller au-delà d’une timide fusion des genres. Tu Fawning défie les classifications, loin des sonorités auxquelles on identifie ses deux têtes pensantes, l’autrement bruyant Joe Haege (des 31 Knots et Menomena), et la folkeuse Corrina Repp. Ces deux figures reconnues de la scène de Portland, unies par le goût de l’expérimentation, des musiques tribales et du gospel, ont choisi le moyen le plus court et le plus sain pour tenter de s’imposer : travailler la composition. C’est qu’à force de maîtrise instrumentale et d’arrangements qui tétanisent, on a vite fait de passer pour des musiciens, dans ce monde de petits malins. / TU FAWNING 28.05, Lille, La Péniche, 20h, 11€, + 33 (0)3 20 57 14 40 2.06, Bruxelles, la Rotonde, 20h, 14/11/8€, + 32 (0)2 226 12 11


texte ¬ Mathieu Dauchy photos ¬ DR

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Pour quelques dollars de plus La tournée Watch The Throne, c’est un peu comme le blockbuster d’il y a 15 ans qui ressort en 3D, ça permet à ses producteurs de relancer la planche à billets. On ne doute pas du lien qui unit Kanye West à Jay-Z, mais à 620 euros le billet, le show a intérêt à tenir ses promesses. 622 euros, c’est le tarif du « pack VIP », une formule destinée aux fans (de préférence émirs du Qatar) qui souhaitent profiter de cet événement exceptionnel dans des conditions privilégiées. à ce prix-là, vous êtes installé tout près de la scène et on vous remet « un gadget spécial ». Avouons que ça fait cher le Happy Meal. Cependant, une fois cela posé, arrêtons-nous sur le contenu. En 2011, l’album Watch The Throne fit figure de fantasme hip-hop : Jay-Z, l’un des artistes les plus puissants de la planète, associé à Kanye West, aka MC Melon. Autant dire que l’humilité n’est pas de mise. Avec le recul, ce disque vaut tout au plus un album moyen de Kanye : surproduit, pillant Otis Redding et Nina Simone sans vraiment leur rendre hommage, boursouflé de featurings d’apparat, Watch The Throne est une belle coquille vide. Ce qui n’ôte en rien la curiosité de voir cette coquille s’ouvrir sur scène. Les billets à tarif raisonnable sont partis comme des petits pains devant la promesse d’un show exceptionnel. N’empêche, reste le goût amer de ce scandale, celui de créer des castes au sein du public, une pratique de plus en plus courante chez certains producteurs de spectacles… qui devraient perdre leur trône. / jay z - kanye west 3.06, Anvers, Sportpaleis, 20h30, 622/194/54/49/42€, www.sportpaleis.be


texte ¬ Marine Durand photo ¬ Columbia © Stanley Kubrick

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Stanley Kubrick

Eyes wide shoot

Inutile de rappeler que Stanley Kubrick a posé, en treize longs-métrages, une empreinte indélébile sur le cinéma. Les Musées royaux des Beaux-Arts de Belgique dévoilent ses débuts méconnus en tant que photoreporter. Une plongée dans l’Amérique des années 50 qui prouve que le regard de l’auteur prévaut sur la technique. En avril 1945, Stanley Kubrick a 16 ans, un intérêt très modéré pour les études mais une passion pour la photographie. Le jour de la mort du président Roosevelt, le jeune garçon immortalise les larmes d’un vendeur de journaux et vend son premier cliché à la revue américaine Look. Il y restera cinq ans. Réparties en quatre grands thèmes (Portraits, New York City, Le spectateur comme voyeur, Du photographe au cinéaste), les 130 photos de Stanley Kubrick Photographer ont d’abord été sélectionnées pour leur qualité documentaire. De la vie d’un petit cireur de chaussures à celle d’une famille de cirque, se dessine un portrait émouvant et sans détours du New-York de l’après-guerre. En grands et petits formats, à l’image de ces petites vies qui forment la grande histoire américaine. Mise en scène Au fil des photos exposées, le cinéphile averti traque le réalisateur en devenir. Entre close-up et vifs jeux de lumière, Kubrick expérimente dans ses reportages les différents effets de style et la dramaturgie caractéristiques de son cinéma. « Il s’attache à mettre en scène la réalité. D’ailleurs, Killer’s kiss, son deuxième longmétrage, est déjà présent dans ses clichés » souligne Michel Draguet, commissaire de l’exposition. Un film à redécouvrir au Studio 5 de Flagey, qui propose un cycle « Kubrick : années 50 » en parallèle de l’exposition. / Stanley Kubrick Photographer Jusqu’au 1.07, Bruxelles, Musées royaux des Beaux-Arts de Belgique, mar>dim, 10h>17h, 8/5€/ entrée libre, +32 (0)2 508 32 11 Stanley Kubrick ‘50 6.05>1.06, Ixelles, Flagey, 7,5/5€, +32 (0)2 641 10 10


texte ¬ Raphaël Nieuwjaer - photo ¬ DR

texte ¬ Raphaël Nieuwjaer - photo ¬ Twin Peaks © DR

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Cannes à Dunkerque

Walk away Renée

Palmiers, tapis rouge et paparazzis sont de retour. Pour la quatrième année, le Studio 43 prend des airs de Palais des Festivals, en accueillant Romain Goupil pour la soirée d'ouverture de sa rétrospective cannoise. Lors d'un cocktail précédant la projection de Mourir À 30 ans (caméra d'or en 1982), le réalisateur revient sur son expérience de la Croisette. Pour Marion Mongour, du Studio 43, cette invitation « témoigne d'un lien possible entre cinéma et politique ». Cinq autres films complètent ce programme aussi riche qu'éclectique – notamment le bouleversant Cléo De 5 À 7 (Agnès Varda, 1962), ou le toujours intrigant Twin Peaks (David Lynch, 1992). À noter, pour les plus jeunes, une nouveauté  : un ciné-quizz autour des films de cape et d'épée (le 28 mai, à 16h30). De quoi ravir les cinéphiles ! /

En 2004, Tarnation avait sidéré. Jonathan Caouette montait les vestiges de sa vie (films de famille en super 8, autofiction vidéo, photos, etc.) en un saisissant maelström, quasi-psychédélique. S'y racontait la folie d'une mère, une enfance douloureuse, une adolescence punk et, plus profondément, le désir de Caouette de sauver sa famille par l'image. Walk away Renée poursuit ce geste, tant par la forme que par le projet. Centré sur Renée LeBlanc, la mère de Jonathan, il approfondit un portrait de starlette déchue (sa carrière de mannequin interrompue, ses imitations de Dolly Parton). Et dessine, en creux, celui d'un fils qui tente de s'émanciper, dans sa vie et son œuvre, d'une figure maternelle aussi adorée qu'envahissante. Le titre, repris d'une chanson de The Left Banke, se murmure mais ne dit pas autre chose : « Va-t-en, Renée ». /

16>29.05, Dunkerque, Studio 43 avec Mourir À 30 ans, La Classe Ouvrière Va Au Paradis, Cléo De 5 À 7, Fanfan La Tulipe, Identification D’une Femme, Twin Peaks. 6/5/3/2,5€ la séance, ou 18/15€ le Pass 6 films, +33 (0)3 28 66 47 89

Un film de et avec Jonathan Caouette, Avec Renée LeBlanc, Adolph Davis, Joshua Caouette, Zoe Emre Dahan… Sortie le 2.05


texte ¬ Thibaut Allemand - photo ¬ Beijo da mulher aranha © Babenco

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texte ¬ C. Delvallez - photo ¬ La boutique des pandas

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Les P’tites Toiles d’Emile

Prison Movies

Cinéligue donne un nouveau coup de pouce au développement de l’audiovisuel dans les zones semi-urbaines de la région. Les P’tites Toiles d’Emile, cinéma itinérant à l’intention des plus jeunes, investit neuf communes comptant trop peu d’habitants pour intéresser UGC, Gaumont et consorts. Au programme, on retrouve pourtant des films sortis récemment et ayant rempli les salles obscures – notamment Sur La Piste Du Marsupilami d’Alain Chabat et Les Pirates de Peter Lord. Mais pour l’association lilloise, l’éducation à l’image passe aussi par des formats moins courants (courts et moyens métrages) et des activités annexes (ateliers, expositions, cinésconcert…). Parce que le cinéma n’est pas seulement l’affaire des grandes agglomérations, soutenons ces projections... séance tenante ! /

Véritable genre en soi, le film de prison a donné lieu à quelques chefs d’œuvre. Citons Hunger (2009), qui relate le combat des prisonniers politiques irlandais à la fin des 70’s ou le multi-primé Un Prophète (2008). Sans oublier Luke La Main Froide (1967) ou Le Prisonnier d’Alcatraz (1961). Ces films ont des points communs : unité de lieu, personnages récurrents… Mais, ces archétypes sont subvertis et surtout, la prison permet de (re)dessiner, en creux, la notion de liberté. Etalée sur deux mois ferme, cette rétrospective évite les sous-genres crapoteux (les films de prisons de femmes, les films de camps…) mais dévoile quelques raretés, tels que Sexe Enchaîné (1928), qui traite de l’homosexualité en cellule, ou à Chaque Aube Je Meurs (1939), avec la performance de James Cagney, un modèle pour les films de prison à venir. Vivement la récidive ! /

9>16.05, Annoeullin, Auchy-les-mines, Bauvin, Douvrin, Hantay, Hulluch, La Bassée, Santes et Violaines, 2€/séance, +33 (0)3 58 14 13

Jusqu’au 29.06, Bruxelles, Cinemateek, 3€ la séance, +32 (0)2 551 19 00 Prog : Un Prophète, Ann Vickers, Le Prisonnier d'Alcatraz, Punishment Park, Scum…


texte ¬ Cédric Delvallez photos ¬ Cartonnerie, près de Colomiers (31) Manufacture, Riom (63) © Mémoire industrielle

Tous à l’usine !

Les usines désaffectées n’attirent pas que des clubs de combats de coqs clandestins. Il y a deux ans, ces lieux captivants ont favorisé la création du collectif toulousain Mémoire industrielle. Aujourd’hui, les sept graffeurs renvoient la maison Folie de Wazemmes vingt ans en arrière, quand elle n'était qu'une filature à l’abandon.


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Xerou, le porte-parole, est comme un poisson dans l’eau devant la MFW : « Le décor est déjà planté. C’est exactement ce qu’il nous fallait  », déclare-t-il. Pour tout dire, l’extérieur parait bien plus neuf que l’intérieur, où traine le butin de la Brigade antirouille – comme ils aiment à s’appeler. Tous les objets récu-

pérés lors de leurs vadrouilles, témoins d’une époque où l’industrie tournait à plein régime, sont réutilisés : les formats rectangulaires servent de toiles, les petits objets forment une maquette, et le reste constitue la scénographie, notamment un vieil extincteur rouillé  : « T’as l’impression qu’il va te tomber sur


le coin de la figure ! », sourit Xerou. N’empêche, cela fait presque trop rangé. Expression libre Outre ce travail de mémoire effectué auprès du monde ouvrier, éclatent ici la qualité et la diversité des graffitis, répartis dans « l’usine » en fonction de leur couleur. Dark et la calligraphie, Spazm et les jeux de lumières, ou encore Keyler et la 3D en transparence … Chaque membre a sa spécialité. « Généralement, dans un crew, les mecs sont tous dans le même délire. On est à l’opposé de ça », explique Xerou. Alors, même si l’on ne s’y sent pas aussi à l’aise que dans une gare en ruine, Mémoire industrielle 4.0 abat un beau boulot contre notre société du gâchis… et les murs trop gris. /

Mémoire industrielle 4.0 Jusqu’au 3.06, Lille, maison Folie de Wazemmes, mer>sam, 14h>19h, dim, 10h>19h, gratuit, +33 (0)3 20 78 20 23


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texte ¬ Antoine Pecquet photo ¬ Mère et enfant © Moriya Jihei, Les douze heures des Maisons vertes, L'heure du Tigre © Tsutaya Jùzaburò

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Beauté fragile L’un des premiers artistes japonais à avoir influencé les Occidentaux – impressionnistes et Art Nouveau en tête –, Kitagawa Utamaro est le grand maître du portrait féminin au xviiie siècle. Le Pavillon japonais des Musées d’Extrême Orient expose une soixantaine de ses œuvres. Edmond de Goncourt, qui « lança  » Utamaro en occident, décrit ses estampes comme «  un transport de la cervelle au milieu d’êtres aux habitudes d’esprit, aux histoires d’une autre planète ». Pour Nathalie Vandeperre, des Musées d’Extrême-Orient, Utamaro « offre l’introduction rêvée à la culture japonaise classique. Un bonheur pour le regard ». Rarement sortis des réserves, les Utamaro des collections royales de Belgique figurent parmi les plus beaux au monde. « Les éditeurs japonais s’adressent à nous, car nos épreuves sont exceptionnellement fraîches » assure la conservatrice. Dans une scénographie épurée, les estampes semblent flotter dans la pénombre. Belle idée pour ces portraits du « monde flottant » (Ukiyo-e), le quartier de plaisir de la ville d’Edo (Tokyo). « La représentation des prostituées de luxe, stars de l’époque, était un genre populaire, l’équivalent des magazines people », explique Nathalie Vandeperre, « Utamaro lui a donné ses lettres de noblesse en montrant ces femmes dans leur intimité, avec beaucoup de sensibilité ». C’est peu dire. La grâce du trait, le chatoiement des encres sur les fonds saupoudrés de nacre laissent rêveur pour longtemps. / Utamaro Les douze heures des maisons vertes et autres beautés Jusqu’au 27.05, Bruxelles, Musées d’Extrême-Orient, 4/1,50€, +32 (0)2 268 16 08


texte ¬ Judith Oliver photo ¬ © Andrea d'Haens, Archives Capucins

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Sortir des clichés Le Grand Hornu Images fait un pas de côté. Habituellement spécialisée dans le design, l’institution wallonne revient sur un pan méconnu de l'Histoire belge : l'époque où les paysans flamands cherchaient fortune dans la province du Hainaut. Habile manière de relativiser les stéréotypes formés de part et d'autre de la frontière linguistique... En pénétrant dans l'exposition Migrants flamands en Wallonie, Claude et Marie ont été les premiers étonnés : « on savait que beaucoup d'ouvriers italiens étaient venus dans la région. Mais les paysans flamands… ». Depuis toujours, ils habitent à Tertre, cette petite ville du Borinage à deux pas des arcades du Grand Hornu. Et pensaient tout connaître, bien sûr, de la période où les mines tournaient à plein régime et les industries wallones prospéraient. Que nenni ! De photos domestiques en affiches, de témoignages vidéo en archives de presse, les souvenirs du couple s'entrechoquent. Remontent à la surface. Comme ces noms à consonance flamande des voisins, des rues, des échoppes qui font partie du paysage depuis la fin du xixe siècle. Montrée à Gand il y a un an, cette exposition est le fruit d'un chantier considérable mené pendant plusieurs années avec l'appui des deux communautés. Sa rigueur scientifique, indéniable, se fond dans la chaleur intimiste d'une scénographie inventive (tas de valises, cartons de souvenirs...) qui rend d'autant plus passionnant cet éclairage économique, social, politique et culturel de la Belgique au tournant du xxe siècle. / Migrants flamands en Wallonie Jusqu'au 27.05, Hornu, Grand Hornu Images, mar>dim, 10h>18h, 6/4€, +32 (0)6 565 21 21


texte ¬ Martin Van Boxsom photo ¬ Piazzale Flaminio 1956 Stampa fotografica ai sali d’argento © William Klein

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Rome en un Klein d’œil En 1956, William Klein (28 ans) qui vient de publier son journal photographique sur New York est invité par Federico Fellini à Rome. Armé de son appareil, il arpente alors les rues de la Ville éternelle. Une nouvelle fresque romaine à découvrir ou redécouvrir sur les murs de la Maison de la Photographie de Lille. New York était le portrait critique et violent d’un exilé qui ne reconnait plus son berceau. Rome, c’est la vision neuve d’une ville fascinante coincée entre antiquité et modernité, où les vespas côtoient les statues de marbre. « Un geste d’amour envers cette ville éternelle » confie Alessandra Mauro, commissaire de l’exposition. Engagé par le réalisateur Federico Fellini comme assistant pour son film Les Nuits de Cabiria (1957), William Klein n’a pas grand-chose à faire, mais tout à vivre. Il foule alors les pavés des rues de la capitale, l’appareil autour du cou comme n’importe quel touriste américain. « Prendre une photo, c'est une excuse pour être badaud. Je me donne l'impression de faire quelque chose donc j'ai moins mauvaise conscience ». Une excuse talentueuse puisque l’on ressent à travers cette exposition « Le souffle de toute une ville ». En 65 clichés, on se projette dans ses rues, on observe les passants sur de grands formats via des fenêtres ouvertes... Rome s’étale sur les deux niveaux de la Maison de la Photographie pour un portrait exhaustif, riche et diversifié, qui saisit, sans classification ni hiérarchie, ruines et magasins, fresques et graffitis. / Rome + Klein Jusqu’ au 30.05, Lille, Maison de la Photographie, lun>ven, 10h>18h, entrée libre, + 33 (0)3 20 05 29 29


texte ¬ Thibaut Allemand photo ¬ CT © DR

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L’âge mûr Graffiti. D’emblée, quelques images fortes : bombes de peinture, rames de métro, mégalopoles de type New York, Paris ou Berlin. Il est vrai qu'on ne pense pas immédiatement à l’axe Lille-Reims. Or, ces deux villes accueillent l’exposition Post-Graffiti. Un accrochage en forme d’introduction exigeante aux nouvelles formes d’arts picturaux. À l’entrée, une œuvre massive, clinique et épurée de CT, toute en lignes droites, courbes soignées et couleurs qui claquent. à côté, les collages géométriques de Graphic Surgery se rapprochent du constructivisme. Béat et béotien, on cherche un lien avec le graffiti, aussi post- soit-il. « Le graffiti est illégal, considéré comme du vandalisme, explique le commissaire d'exposition Stéphane Bruneau. Or, les artistes présents ici viennent souvent du graffiti, mais travaillent également en atelier ». Ils balaient l’éventail des techniques : collage, aérosol, peinture à l’huile, photo, sculpture… Le parti-pris muséal de cet accrochage permet à chacun de découvrir le travail d'artistes mythiques (Jonone, TANC, JR…) ou méconnus du grand public. On admire les élucubrations narratives d'Alexöne ou le travail calligraphique de L'Atlas, héritier des écritures coufiques. En revanche, le lettrage mal léché d'Horfée laisse perplexe. Question de goût. Parmi la petite cinquantaine d’œuvres exposées, une belle place est laissée aux signatures émergentes venues de Brest, de Grenoble ou de Montréal. Manière de prouver que le post-graffiti recouvre autant d’esthétiques que de générations, et s’inscrit durablement dans l'histoire de l’art. / Post-Graffiti Jusqu’au 10.06, Lille, maison folie de Moulins, mer & dim , 15h>19h, ven, 17h>21h, sam, 15h>21h, gratuit, +33 (0)3 20 95 08 82


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texte ¬ Judith Oliver photo ¬ Corey Arnold/Ben and King/2009 / Chromira C-Print / Bristol Bay, Alaska

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Knokke en négatif(s) Jusqu'au 10 juin, le festival international de la photographie de Knokke-Heist propose un parcours artistique taillé pour les amateurs de vélo. Du front de mer à l'arrière pays rural, ce circuit traversé par les bâches et les embruns nous entraîne dans des coins méconnus de la station balnéaire belge. Mythique Knokke. Terre de Jean-Michel Folon et de Jean-Claude Van Damme. Un lieu dont on a tous en tête quelques images : des villas cossues, un casino art déco, des familles dévorant des gaufres devant la mer, la brume et les enfilades de cabanons. Bref, des sujets de cartes postales auxquels le festival de la photographie entend bien tordre le cou, en convoquant dix artistes finlandais, néerlandais, américains et allemands réunis sous la bannière - un peu lâche - du voyage (« Wonderland »). Un prétexte aussi pour nous éloigner doucement de la digue et rejoindre des sites moins convenus (quartiers de pêcheurs, petit cimetière de village... ) ou très rarement ouverts au public (la salle Magritte du casino !). De ce périple particulièrement agréable par beau temps, on retiendra surtout trois éléments. Les bâches monumentales de Michael Light, dont les paysages lunaires reconstitués à partir d'archives de la NASA habillent les façades d'un quartier en chantier. Les fantastiques reflets bleutés de la calotte de glace groenlandaise immortalisés par Olaf Otto Becker. Mais surtout, les gammes chromatiques et cadrages dynamiques de la série de Corey Arnold sur la pêche aux crabes en Alaska, à retrouver, en ville comme aux cimaises du sympathique musée Sincfala. / Wonderland, Festival International de la Photographie de Knokke-Heist Jusqu'au 10.06, Knokke-Heist, Centre culturel, Musée Sincfala, Casino et extérieurs (plans disponibles en ville), gratuit, www.fotofestival.be


texte ¬ Thibaut Allemand - photo ¬ Garden of the Gods Zeus Ice, 2010 © Scott Hocking

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texte ¬ Vincent Lançon - photo ¬ Volterra Michel-Ange © RMN Musée du Louvre, René-Gabriel Ojéda

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Michel-Ange

Parcours

Michel-Ange (1475-1564) fut acclamé de son vivant mais son legs fit l'objet de réserves. Son œuvre, jugée trop licencieuse, gênait les tenants de l'Académie. Il fallut attendre le Romantisme naissant pour que de jeunes artistes (Géricault, Delacroix...) désireux de rompre avec la tradition le réhabilitent. à leur suite, le Valenciennois Jean-Baptiste Carpeaux (1827-1875) s'est littéralement identifié au maître, s'appropriant pleinement la Terribilità de Michel-Ange – perfection de la reproduction des corps, nudité joyeuse des personnages… Le Jugement dernier et les figures de l’enfer ont aussi largement fécondé son imagination. Cette exposition rassemblant près de 200 peintures, 7000 dessins et sculptures révèle de façon magistrale la filiation existant entre le génie italien et le sculpteur français. /

Cosmopolite et hétérogène, la commune bruxelloise de Saint-Gilles héberge près de 500 artistes. Depuis 1988, la biennale permet au public de rencontrer cette pépinière de talents directement sur son lieu de travail, pour mieux comprendre sa démarche. Au gré des ateliers et des expositions, on réinvente la ville. Forum permanent de la manifestation, la Maison du Peuple présente ainsi les célèbres photos des ruines de Detroit d'Yves Marchand et Romain Meffre (voir Let's Motiv n°56). En sus des nombreux accrochages « officiels  », Parcours d'Artistes dévoile de multiples formes de réappropriation de l'espace urbain. Par les habitants d'abord (photographies de jardins urbains aux USA, clichés de potagers collectifs bruxellois...) puis par les artistes, qui s'en donnent toujours à cœur joie en investissant carrefours, façades et vitrines. /

Jusqu'au 1.07, Valenciennes, Musée des Beaux-Arts, 10h>18h, 5/2,5€, +33 (0)3 27 22 57 20

4>20.05, Bruxelles, Saint-Gilles, Pass 5€, +32 (0)2 534 56 05

au siècle de Carpeaux

d'Artistes


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agenda Armes blanches, Julius Caesar † 44 BC © Erwin Olaf

Bon appétit !, Groupe de banqueteurs, Terre cuite, Ca. 70-100 - Rome (?) © Groep feestvierders

Platinum beauties

Bon appétit !

Photographe autodidacte, Marc Lagrange signe, depuis les années 80, des portraits érotiques de femmes à forte personnalité. Plongeant ses modèles dans des décors somptueux, souvent baroques, chics et chocs, l'homme a d'abord travaillé pour la publicité (C&A, Marie Jo…) avant de tracer sa propre voie. Avec un objectif : élever la sensualité à un niveau supérieur.

C'est l'accrochage le plus alléchant du mois. Les céréales, la bière, le café ou les tomates, entre autres, possèdent une histoire. Se croisent ici les mœurs, le goût, l'économie, bref, la culture au sens large. Bon appétit dévoile cette longue saga en s'appuyant sur des œuvres issues du Musée du Cinquantenaire (objets archéologiques, vaisselle, verres anciens, affiche...) et une sélection de peintures servie sur un plateau.

BRUXELLES, Young Gallery, jusqu’au 2.06, ven>lun, 14h>19h, gratuit, +32 (0)2 374 07 04

Armes blanches pour nuits noires « Le couteau vaut peu contre l'esprit », déclara Michel L'Hospital en 1561. Pourtant, le couteau et l'esprit font bon ménage ici. Signés Erwin Olaf, Joel Peter Witkins, Mac Roboud ou encore Leo Copers, ces dessins, photos, vidéos, installations et performances utilisent cet outil ancestral pour lui conférer une charge symbolique (amoureuse, religieuse, violente...). Parallèlement aux œuvres de ces 19 artistes, une sélection de couteaux ethnographiques soulignent la portée historique de cette exposition pour fines lames. BRUXELLES, ISELP, 4.05>7.07, lun>sam, 11h>17h30, gratuit, +32 (0)2 504 80 70

BRUXELLES, Musée du Cinquantenaire, 16.05>16.09, mar>dim, 10h>17h, 8/6/4€, +32(0)2 741 72 11

Le baroque en Flandre Rubens, Van Dyck ou Jordaens sont quelques-uns des grands noms mis à l'honneur ici. Issues des fonds de l’École Nationale Supérieure des Beaux-Arts, les 31 œuvres exposées témoignent du renouveau iconographique baroque et des techniques caractérisant le dessin (la sanguine, les trois crayons...). Une façon de replonger dans le contexte de la Contre-Réforme, où la défense des convictions religieuses passait déjà par l'expression artistique. DOUAI, Musée de la Chartreuse, jusqu'au 28.05, tlj, 10h>12h, 14h>18h, fermé le mardi, +33 (0)3 27 71 38 80


Le baroque en Flandre, détail, Martyre de sainte Catherine, Anton van Dyck © ENSBA Paris

Wols, détail, Des choses dans le vent, 1947, collection particulière © Jacques Quecq d’Henriprêt © ADAGP, Paris 2012

Ford Madox Brown, détail, The English Boy © Manchester City Galleries

Grand Atelier, détail, Red Swinsuit-Barmaid © OrlaBarry

Wols, dessins

Le Grand Atelier

Issues de collections publiques et privées, plus de quarante œuvres sur papier permettent de mesurer l'étendue des recherches de Wols (19131951) pionnier de l'abstraction lyrique européenne et représentant majeur de l'art informel. Ou comment exorciser ses souffrances et ses désirs à travers des improvisations rappelant parfois le graffiti ou le trait enfantin. Un travail reposant entièrement sur la spontanéité.

Si l'art s'apprécie dès le plus jeune âge, prendre du recul et former son esprit critique ne sont pas innés. Pensé et conçu pour les enfants, le Grand Atelier leur offre l'occasion de se confronter à une trentaine d'artistes tels que Christian Boltanski, Jacques Duez, Léon Frédéric ou René Magritte. à partir de thèmes simples (la famille, la maison, l'écriture...), cette fenêtre ouverte sur le monde aiguise la curiosité des petits – et des grands, aussi.

DUNKERQUE, LAAC, 12.05>16.09, mar>dim, 10h>12h15, 14h>18h, 4,5/3/1,5€, +33 (0)3 28 29 56 00

GRAND-HORNU, MAC's, jusqu'au 3.06, mar>dim, 10h>18h, 6/4/2e, +32 (0)6 565 21 21

Ford Madox Brown, Pionnier des Préraphaélites

Les utopies pessimistes

Ford Madox Brown (1821–1893), n’avait pas fait l’objet d’une exposition importante (85 œuvres ici) depuis près d’un demi-siècle. Sa puissance tient à la synthèse unique entre différentes écoles : le sens de la ligne italien, l’art flamand de la couleur et le réalisme français. Ajoutez-y le romanesque britannique, et vous obtenez une série de merveilles qui inquiétèrent les tenants de l’académisme victorien.

Peinture, dessin, gravure, vidéo, sculpture, aquarelle... Inutile de chercher là une quelconque unité esthétique ou un courant défini parmi la quarantaine de pièces présentées. Le commissaire, l’artiste lillois Perlinpinpin, dresse des ponts entre les parcours de vingt artistes, parmi lesquels Marc Ronet ou Gérard Duchêne. Ces créateurs placent leurs œuvres en regard l'une de l'autre, favorisant le dialogue entre artistes confirmés et la jeune génération.

GAND, Musée des Beaux-Arts, jusqu’au 3.06, mar>dim, 10h>18h, 5/3,75/1€, +32 (0)9 240 07 00

LILLE, Espace Le Carré, 11.05>8.07, mer>sam, 14h>19h, dim, 10h>13h &15h>18h, gratuit, + 33 (0)3 20 74 46 96


exposition |

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agenda Sports Factory, détail © Donald Abad & Cyriac Allard

Sports Factory Une visite au musée invite plus souvent à la contemplation qu'au divertissement, pensait-on. Fidèle à sa démarche (favoriser les croisements entre l'art et le sport), la Quinzaine de L'Entorse investit la Gare St Sauveur et convie une quinzaine d'artistes de renommée internationale (parmi lesquels Remy Bosquière, Dinal Abad et Cyriac Allard ou encore Hélène Huteau). Avez-vous déjà escaladé une citation de Jacques Lacan ? Joué au ping-pong sur une table cylindrique  ? Alors préparez-vous ! LILLE, Gare St-Sauveur, 10.05>12.08, mer>dim, 12h>19h, gratuit, +33 (0)3 28 52 30 00

Là où je suis, le présent éternellement

Déplacer…, Sans titre © Devade, Adagp Paris 2012

Markus Raetz, estampes, scuptures Sophistiquée et ludique, l'œuvre de M. Raetz est marquée par l'anamorphose, le jeu sur la sémantique et exige la participation du spectateur. Afin de voir ce Yes sculpté se transformer en No, par exemple. Quelque 200 dessins, sculptures et estampes de l'Helvète sont réunis en 8 salles, autour de thèmes majeurs (la couleur, la figure, le paysage, jeux de mots et de miroirs...). TOURCOING, MUba Eugène Leroy, jusqu'au11.06, tlj sf mar, 13h>18h, 5/3e/ gratuit, +33 (0)3 20 28 91 60

Déplacer, déplier, découvrir.

On se souvient des autoportraits de Jean-Pierre Scouflaire : des structures en acier galvanisé et des morceaux de bois disposés sur les murs. Après avoir exploré au pinceau ou au ciseau, les possibilités offertes par un quadrilatère, le plasticien belge offre une fausse rétrospective de son œuvre. En présentant un ensemble de dessins, estampes, peintures, volumes ou reliefs, il rend compte de ses recherches sur le carré.

À travers les œuvres de Martin Barré, Jean De­gottex, Marc Devade, Simon Hantaï et Michel Par­mentier, le LaM explore des démarches artistiques singulières et sous-estimées. Revenant sur des problématiques éter­nelles (la place de la parole, du silence ou la recherche d'un absolu dans l'art), ces défricheurs picturaux ont pourtant marqué la production française de la seconde moitié du xxe siècle. Un cycle émaillé de nombreuses conférences, afin d'enrichir le débat.

MONS, BAM, jusqu'au 24.06, mar>dim, 10h>18h,+32 (0)6 540 53 30

V. D'ASCQ, LaM, jusqu'au 27.05, mar>dim, 10h>18h, +33 (0)3 20 19 68 88


Eric Antoine Magical Mysteric Tour

« Je suis constamment dans le grand écart. Je touche aussi bien le lectorat cultivé de Télérama que celui, plus populaire, de TéléLoisirs  » explique, lucidement, l’immense Eric Antoine. Celui qu’on a découvert en conférencier azimuté dans Réalité Ou Illusions, présente Mysteric, un spectacle « plus théâtral ». à la croisée des genres, ce comédien, auteur, metteur en scène, prestidigitateur fait succomber les allergiques aux lapins blancs par son humour décapant. Votre sens de la théâtralité prévaut sur la magie, car vos tours sont assez classiques, finalement. C’est vrai. Par rapport à la magie nouvelle, ce que je fais reste très traditionnel. Avec Réalité ou Illusion, je présente une dizaine de tours, pas plus. J’ouvre le spectacle avec une série d'effets, histoire de poser le personnage, mais je privilégie l'humour et le dialogue. Cela relève plus du cabaret ou du caféthéâtre, avec des vannes adressées aux publics. Mysteric, mon nouveau spectacle, est construit différemment. Il est plus écrit, plus théâtral. On reprend quelques classiques, comme la femme coupée en deux, mais avec une mise en scène et des effets originaux, comme une lévitation, par exemple, ou la psychokinèse: les gens pensent que je les touche alors que je suis loin d'eux. ça relève du mentalisme.

Le mentalisme, qui amène toujours le soupçon du complice. Oui, c'est malheureux. Mais on en joue, justement : ma chérie se fait passer pour une spectatrice lambda, servant des effets incroyables… avant de révéler la supercherie. Et finalement, la manière dont on la dévoile est encore plus intéressante que les tours eux-mêmes. On pose ainsi la question de la crédibilité et de la naïveté. Mais le reste du temps, l'intervention d'un complice ne m'intéresse pas. La magie connaît-elle une uniformisation à l'échelle mondiale ? Reste-t-il des particularismes ? Les deux. Les Anglo-Saxons imposent les grandes tendances, mais des identités nationales subsistent dans les pays émergents. En Inde, les magiciens appartiennent à la caste des saltimbanques et transmettent leur savoir de père en fils. >

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propos recueillis par ¬ Thibaut Allemand photos ¬ DR

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Ils se produisent dans la rue, au milieu du public, et leurs effets sont différents. En Chine, le costume influence les tours : on ne cache pas la même chose sous une robe de mandarin que dans un costume européen. Les enfants inscrits à l’école de cirque cultivent la performance, très pointue, mais très traditionnelle. C’est une vision perfectionniste, mais un peu esclavagiste aussi. En Occident, les avancées technologiques offrent de nouvelles possibilités, reposant sur la vidéo, la fibre optique… On effectue désormais des tours avec des iPads. La réaction du public devant la magie est-elle variable d’un pays à l’autre ? Les Américains sont fous : « Oh my God, you're amazing ! I can’t believe it ! ». En France, tu fais le même tour dans la rue, les gens répondent « J'ai pas le temps. »

Nous sommes plus cartésiens, plus ironiques, nous avons plus de distance. Et puis, on est plus intelligents, aussi ! (rires.) Je pense surtout que certains intellectuels ou des individus qui manquent de confiance en eux n'aiment pas la magie, car ils ne supportent pas de se faire avoir. Y a-t-il des tours que vous n’avez jamais réussi à accomplir ? Oui. Le close-up, par exemple, c’est un peu comme le violon, où il existe de véritables paliers de technicité. Or, je ne suis pas un grand technicien. J'ai une bonne culture de la magie, mais j'insiste sur la mise en scène. Citer un tour est inutile, c’est du jargon, mais il existe des tours de cartes que je ne peux réaliser, faute d’habileté. (voix théâtrale : ) Je compense ce que je n'ai pas dans les doigts par ce que j'ai dans la tête, le cœur et la langue ! /

Mystéric 2.05, Bruxelles, Théâtre 140, 20h30, 29/25€, +32 (0)2 733 97 08 9.05, Lille, Théâtre Sébastopol, 20h, 33/30€, +33 (0)3 20 54 44 50 11.05, Saint-Amand les Eaux, Le Pasino, 20h30, 29€, +33 (0)3 27 48 19 00 et en octobre : le 19 à Liège, Festival du rire de Liège, le 20 à Roubaix, Colisée, le 21 à Bapaume, Espace Isabelle de Hainaut


texte ¬ Judith Oliver photo ¬ Oliver FrljiC & Mladinsko Theatre, Damned be the traitor of his homeland © Ziga Koritnik

17e Kunstenfestivaldesarts 4>26.05, Bruxelles, divers lieux et dates (Box office : 50 rue de l'Ecuyer),12>35€, pass 150€, www.kfda.be B. Bailey (4>7.05, Egl. Gésu); W. Forsythe (4>6.05, Th. National); O. Frljic (4>8.05, Beursschouwburg); New Forms of Life (5>12.05, Inst. Royal des Sc. naturelles); C. Régy (9>15.06, Tanneurs); J. Bel (10>11.05, Halles de Sch.); A. Schilling ( 14>17.05, Kaaitheater); Rimini Protokoll (17>19.05, KVS); F. Linyekula (24>26.05, KVS); G. Cassiers (24>26.05, Th. National)


Bruxelles à l'avant-scène

Romeo Castellucci, Rodrigo Garcia, Rimini Protokoll, Guy Cassiers... 12 ans déjà que le Kunstenfestivaldesarts de Bruxelles révèle, avant Avignon, des artistes majeurs de la scène européenne. Une réputation de défricheur que le festival doit à son équipe portée sur les expérimentations hybrides et la création étrangère. Oser le hors-piste, la pente verglacée des tabous et du politiquement incorrect, les membres du Kunsten ont ça dans le sang. Ils l'ont prouvé dès 1994, en créant un festival transversal soutenu par les deux principales communautés de Belgique. Et le démontrent depuis, en foulant régulièrement les zones grises aux marges du cinéma, de la performance, des arts plastiques ou du théâtre. En 19 créations, 32 projets et 170 représentations, cette édition ne déroge pas à la règle. L'affiche convie des monuments de la danse (W. Forsythe, J. Bel) ou du théâtre (C. Régy, G. Cassiers) pour mieux nous présenter de parfaits inconnus (Olivier Frljic, New Forms of Life) ou des formes extra-canoniques particulièrement fertiles. L'Afrique sans idées noires Le projet Exhibit B du Sud Africain Brett Bailey est de celles-ci. Dans l'Eglise Gésu, haut lieu de la lutte des sans-abris à Bruxelles, ses acteurs se figent en une série de tableaux vivants qui citent les « zoos humains » de l'époque coloniale. Cette archéologie des stéréotypes trouve plusieurs échos dans le programme. Le chorégraphe congolais Faustin Linyekula revisite ainsi, grâce au ballet de Lorraine, une naïve « fantaisie négro-cubiste » imaginée en 1923 par Léger, Cendrars et Malhaud. Tandis que les Berlinois de Rimini Protokoll conçoivent un futur où des businessmen nigérians conseilleraient leurs confrères européens dans leurs stratégies commerciales. Outre les relations entre le Vieux Continent et ses anciennes colonies, le Kunsten scrute les frémissements de l'ex-bloc soviétique. Citons ainsi le Hongrois Arpad Schilling, qui délaisse les grands classiques pour s'attaquer au conservatisme de son pays et Kornel Mundruczo, qui transpose un roman consacré aux ravages de l'Apartheid, dont le propos fait aussi écho à la situation européenne. Ceci dit, du Liban au Mozambique, de la Suède au Brésil, le festival n'écarte aucune question ou zone géographique. /

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texte ¬ Cédric Delvallez photo ¬ Jacques Bonnaffé Loeh © Brigitte de Malau

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Retour gagnant ! En jetant un rapide coup d’œil à l'affiche des Extravagants, festival poético-comique conduit par le Prato, on croirait presque à une erreur. Chris Esquerre, Wurre-Wurre, les Chiche Capon... Tout ceci a de faux-airs de 2011. Mais quand on y regarde de plus près, cette 4e édition révèle progressivement ses subtilités, et conserve un joli quota de nouveautés. Le retour de certains artistes peut surprendre, mais pour le directeur Gilles Defacque, la fidélité n'est pas une option : « C'est comme le vin : les spectacles se bonifient avec les années  », sourit-il. Et puis, les temps changent  : «  Les Chiche Capon sont devenus tellement connus que je ne pourrai bientôt plus les programmer », prévient-il. Mais pas de quoi s'alarmer : la relève est assurée. Le jeune Toby, fils spirituel de Buster Keaton et Gaston Lagaffe, clown muet au style improbable, défend magnifiquement le « spectacle raté ». Dérapages et balourdises font la force de son solo où la poésie le dispute au rire. Autre excellente surprise : la présence de Jacques Bonnaffé, surtout connu pour sa carrière cinématographique – Prénom Carmen (1983) de Jean-Luc Godard, Quand la mer monte… (2004) de Yolande Moreau... Pour l'occasion, l'homme fait une lecture pour le moins dynamique  : « C'est une formidable bête de scène. Il a un côté rock », soutient le directeur. Alors c'est décidé : on ne laissera pas mûrir ces spectacles plus longtemps. On se l'ouvre sur le champ, ce millésime 2012 ! / Les Extravagants 9.05>1.06, Lille, le Prato (11.05, Saint-André, le Zeppelin : Loin d'être fini de Gilles Defacque), divers horaires,17/13/5€, +33 (0)3 20 52 71 24


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texte ¬ Thibaut Allemand photo ¬ Super Hamlet © Laurent Combe, Sébastien Dumas

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Top Chrono ! Il y a quelque chose qui relève du cirque à l'Hippodrome de Douai. Cette scène circulaire. Ce festival qui dure 24 heures, soit deux tours de cadran – circulaire, le cadran. La comparaison était facile, l'angle tout trouvé, mais Gilbert Langlois, directeur du lieu, nous arrête gentiment : Les 24 Heures ne sont pas des Multipistes-bis. Si le festival Multipistes se concentre sur le cirque contemporain en décembre, Les 24 Heures sont plutôt une grande fête de fin de saison. L'occasion d'en prendre pleins les mirettes avec un programme éclectique et grand public : musique, magie, théâtre, cinéma, mais aussi ciné-théâtre, documentaires animaliers... L'Hippodrome frappe très fort le samedi soir avec les célèbres Australiens de Circa qui multiplient les acrobaties vertigineuses. Voilà, d'emblée, pour le clou du spectacle. Mais l'intérêt du festival réside dans les plis, dans ces évènements insolites : citons le ciné-théâtre de La Cordonnerie (un film entièrement sonorisé, bruité et doublé en live !) ou le spectacle de Bébel, magicien hors-pair qui conte une vie contrastée. à propos de magie, le mentaliste Thierry Collet viole quelques grandes règles en livrant ses trucs, mais cette trahison nous alerte sur les manipulations (publicitaires, électorales...) dont nous sommes quotidiennement la cible. Et l'on s'interroge aussi sur le rire avec le clown Jos Houben, qui démonte les ressorts d'un gag et les mécanismes du rire pour mieux nous dérider. Emotions, réflexion, multiplicité... on finirait bien sur un « Quel cirque ! », mais bon. / Les 24 heures 2&3.06, Douai, Hippodrome, Salle des fêtes de l'Hôtel de Ville, Théâtre municipal, 12/7€ (de 1 à 3 spectacles), 40/20€ (4 spectacles), puis 2€ par spectacle supplémentaire. Cinéma : 2€/séance. + 33 (0)3 27 99 66 66


Paix Nationale

texte ¬ Marine Durand - photo ¬ DR

texte ¬ Vincent Lançon - photo ¬ Isabelle De Beir

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Le Test

Un pays déchiré, entre deux territoires : Ici et Là-bas. Un jour, Là-bas fait sécession et s'en va, littéralement, en emportant la mer. Il reste des camps de réacclimatation. Dans l'un d'eux, on découvre Mr Bril (A. Von Sivers), originaire de Là-bas, et Mimi (G. Damas, également auteure du texte) rescapée du Centre, la région qui a tout déclenché. Le tandem doit cohabiter avec deux livres, un petit dictionnaire Larousse de 1975 et L’Art de plier les serviettes de table. Malgré un happy end convenu, on apprécie l'humour en biais de cette pièce dirigée par P. Pizzuti. On s'étonne simplement de son sous-titre : comédie surréaliste. Certes, la mise en scène est étrange, mais le terme semble galvaudé. D'autant qu'on s'interroge ici sur l'absurdité de la situation politique actuelle – en Belgique aujourd'hui, en Yougoslavie hier. /

Jeune papa, Pierre soupçonne subitement sa femme d’infidélité et ne trouve pas le réconfort attendu auprès de son propre géniteur, aux prises avec sa carrière politique. Le test de paternité lui apportera-t-il le repos espéré, ou fera-t-il voler en éclats une vie douillette et bourgeoise, engoncée dans ses certitudes ? Après l’assistance aux mourants ou la sexualité des handicapés, Lukas Bärfuss s’empare à nouveau d’une problématique dite « sensible » de notre société. Mais plus que le poison du doute, c’est l’égoïsme aliénant de l’être humain que le dramaturge suisse finit par mettre au jour. Servi par une plume enlevée, violent sans jamais verser dans la leçon de morale, Le Test mêle, avec beaucoup de justesse, gravité et humour. /

Jusqu'au 30.06, Bruxelles, Th. Le Public, mar>sam, 20h30, 25/22/8€, +32 (0)80 09 44 44

8.05>2.06, 20h30, Bruxelles, Théâtre de Poche, 16/13/11/8€, +32 (0)2 647 27 26


Pudique acide

Extasis

texte ¬ Pascal Cebulski - photo ¬ Herman Sorgeloos

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texte ¬ Madeleine Bourgois - photo ¬ Marc Coudrais

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à louer

New York, 1984. Anciens élèves du CNDC d’Angers, Mathilde Monnier et Jean-François Duroure participent à un stage chez le chorégraphe Merce Cunningham. Peu après, le tandem crée Pudique acide sur des partitions signées Kurt Weil et Bernard Hermann. Et, un an plus tard, à Lyon, il présente le second volet, Extasis. Ces pièces ont pour point de départ la ressemblance physique entre les deux danseurs ; androgynes, jumeaux, ils portent tutus et longs imperméables. Héritier de la théâtralité de Pina Bausch (avec qui Duroure a longtemps travaillé), ce duo a marqué la fin des années 80, insufflant à la danse contemporaine un lyrisme déchaîné, tout en maîtrise technique. Aujourd’hui recréées et interprétées par un couple de jeunes danseurs (Sonia Darbois et Jonathan Pranla), ces pièces devraient séduire une nouvelle génération de spectateurs. /

Les créations du collectif belge Peeping Tom sont de drôles de curiosités. Et À Louer, un nouveau voyage singulier. Dans un intérieur cossu qui paraît infini, un portrait de famille s’anime, les fauteuils s’ouvrent. Des personnages, jeunes ou vieux, en sortent comme pour raconter les lieux. De délirants souvenirs s’entrelacent alors dans un espace-temps déformé. Accélérations, ralentis, pauses, rembobinages : on emprunte au cinéma. à défaut de zoomer, la danse focalise sur les pensées des personnages. Aucunement voyeurs, Gabriela Carrizo et Franck Chartier nous introduisent dans un étrange univers, un monde parallèle. Entre rêve et réalité, ils interrogent le sentiment de possession, insinuant que rien ne nous appartient, sinon «  nous-mêmes  ». On se laisse emmener sans résistance. Plus légers ou aliénés ? Là où tout est… à louer. /

24.05, 20h30, Le Vivat, Armentières, 18/13€, +33 (0)3 20 77 18 77

15.5 & 16.5, 20h, Villeneuve d’Ascq, La Rose des Vents, 20/5€, +33 (0)3 20 61 96 96


agenda Brume de Dieu © Brigitte Enguerand

Vy © Anik Rubinfajer

La cantatrice chauve

Vy

Jusq. 26.05

E. Ionesco / D. Scahaise

9, 12 & 13.05 M. Nguyen/A. Garcia Sanchez

Inutile de présenter La Cantatrice chauve, monument d'absurdité signé Ionesco. Or, la difficulté réside justement dans l'appropriation d'un tel sommet par le metteur en scène et les acteurs. Mais on fait confiance à Daniel Scahaise, directeur du Théâtre des Martyrs et scénographe, pour diriger des comédiens de la trempe de Jean-Henri Compère, compagnon de route de Jan Bucquoy.

C'est l'histoire d'une petite Montoise qui rêvait d'être danseuse, et de sa raciste de grand-mère. Vy nous parle de visites médicales, de cours de piano et de croûtes sur les genoux. Une manière pour Michèle Nguyen de raconter son enfance, sa rue, son voisinage. Accompagnée pour la première fois d'une marionnette (son double), la comédienne prolonge ainsi À quelques pas d'elle, pièce dans laquelle elle clamait déjà son amour de la danse.

Bruxelles, Th. Des Martyrs, mar, 19h, mer>sam, 20h15, dim 6 & 13.05, 16h, 16, 50 à 9€, +32(0)2 223 32 08

Calais, le Channel, 16h, 3€, +33 (0)3 21 46 77 00

Brume de Dieu

Marionnettes et théâtre d'objets

8, 9 &11>16.05

T. Vesaas / C. Régy

9.05>3.06

Claude Régy et la littérature norvégienne, c'est une longue histoire. Après Homme sans but d'Arne Lygre ou Variations sur la mort de Jon Fosse, c'est un extrait des Oiseaux (1957) de Tarjei Vesaas que le Français met en scène. Le passage où Mattis, un simple d'esprit qui sait parler aux oiseaux, traverse le lac dans une barque qui menace de couler. Sous forme de monologue – une autre spécialité de Régy – Laurent Cazenave narre ce moment de basculement, où affleure une autre dimension.

Après Rêves de Lecture et Corps Furieux, voici donc le troisième et dernier moment fort de la saison du Bateau Feu. Consacré au théâtre d'objets, durant un mois et dans toute l'agglomération dunkerquoise, l'événement privilégie la création (Gardiens de phare(s) et autres loupiotes, un solo lumineux de Michel Laubu) sans négliger les incontournables (Spartacus du Théâtre La Licorne). Fixes ou itinérants, ces cinq spectacles sont autant de moyens de (re)découvrir l’art de la marionnette.

Bruxelles, Th. Les Tanneurs, 20h30, 16/12€, 02 502 37 43

Dunkerque et agglomération dunkerquoise, divers prix, www.lebateaufeu.com


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Les auveugles © Kurt Van der Elst

Occupe-toi du bébé © DR

Cendrillon © Cooper

The Wild Party © DR

Les Aveugles

Cendrillon

11.05

15,18, 20,22,24, 26 & 29.05 J. Massenet / L. Pelly

M. Maeterlinck / P. Corillon

En pleine forêt, douze aveugles espèrent le retour de leur guide. Des répliques minimalistes et absurdes meublent l'attente, peut-être vaine, d'être sauvés. Signé Maurice Maeterlinck, ce texte n'avait jamais été adapté pour le théâtre musical. Servi par six comédiens et six chanteurs-interprètes, ce monument d'étrangeté prends corps, porté par la partition de Dann Janssens et la mise en scène de Patrick Corillon. Douai, L'Hippodrome, 20h, 15/13/8/3€, +33 (0)3 27 99 66 66

Occupe-toi du bébé 15 & 16.05

D. Kelly / O. Werner

C’est sur une fameuse partition de Jules Massenet que Laurent Pelly met en scène les malheurs de Cendrillon au sein d’une famille recomposée. Dirigé par C. Schnitzler, cette opéraféerie carambole les émotions (« Je ris! Je pleure et je ris ! » chante Cendrillon). Un classique d'entre les classiques à (re)découvrir. Lille, Opéra, 20h, sf le 20, 16h, et le 26, 18h, 64/45/28/12/5€, +33 (0)820 48 9000

The Wild Party 17>19.05 D'après J.M. March / F. Haùgness

Un metteur en scène interroge les protagonistes relaxés d'un double infanticide (ainsi que leur entourage). Adaptation française d'un texte de Dennis Kelly, maître anglais du théâtredocumentaire (ou théâtre-verbatim), Occupe-toi du bébé joue moins sur le trouble entre réel et fiction qu'il ne pose de bonnes questions sur la place des faits divers – et leur traitement médiatique. Servie par sept acteurs à la précision meurtrière, cette œuvre installe le malaise mais nous ouvre les yeux sur des mécanismes trop bien rodés.

En 1928, J. M. March signe un long poème en prose qui marque les esprits. Queenie et Burrs organisent une fête où s'invite le ténébreux Mr Black. Sur fond de sexe, de drogues, de sueur et de jazz, The Wild Party est une épopée tragique dans les New York débauché des années 20. Créé en 2001, ce Jazz-Théatre où les cuivres soutiennent la voix rauque de Frederik Haùgness est depuis joué chaque année, dans toute la Belgique comme à Avignon. L'Atelier 210 n'avait pas reçu ce monument théâtral, musical et moderne depuis cinq ans !

Béthune, Le Palace, 20h, 18/14/12/8/7€ +33 (0)3 21 63 29 19

Bruxelles, Atelier 210, 20h30, 18/15/10€, + 32 (0)2 732 25 98


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agenda Drôle de semaine, C. Alévêque © DR

Cité Babel 19>21.05

Biyouna © DR

Biyouna ! R. Bouali

Comédien, conteur, auteur et metteur en scène, ce Roubaisien a signé une « épopée des petites gens ». Il joue tous les rôles et puise dans ses souvenirs, sa famille, ses rencontres, ou les discussions avec le commerçant du coin... Amoureux des expressions populaires, des caractères, des figures locales, il narre, sans jamais tomber dans le pittoresque, le quartier de son enfance. Armentières, Maison des Artistes (le 19, 17h), Médiathèque L'Albatros (le 20, 11h) et La Feuilleraie (le 21, 19h30, complet !). Entrée libre sur réservation auprès du Vivat : + 33 (0)3 20 77 18 77

Drôle de semaine

22.05

Biyouna & C.Cohen / R.Bédia

Biyouna, c'est une grande gueule entre éclats de voix, de rires et de larmes. Avait-elle un destin ? Nul ne le sait. Mais un parcours escarpé, c'est certain. La môme de la place Belcourt fut danseuse au Copacabana, actrice révélée par Nadir Moknèche et chanteuse tardive à la voix éraillée. L'exubérante conte sa vie mouvementée et, surtout, son pays, les plis et les replis de l'Algérie et ses relations ambiguës avec la France, dans un one woman show émouvant mis en scène par Ramzy. Valenciennes, le Phénix, 20h, 22/20/17/9€, +33 (0)3 27 32 32 32

21>27.05

Le cercle de craie caucasien

Salle intimiste où découvrir les humoristes de demain, La Péniche part à l'abordage de la métropole lilloise. Sous le patronage de ODB, sont conviés des comiques confirmés ou à découvrir, tels que Christophe Alévêque, Scratch ou Jaouen et les Rouflakets, entre autres. À noter, À chacun son pépin avec M. Jolivet, A. Kanavagh et J. Ferrari. Ou comment rire du – et avec le ! - handicap.

Inspiré à la fois d'une ancienne légende chinoise et du jugement de Salomon, cette œuvre politique de Bertolt Brecht met deux destins en parallèle. Celui de Groucha, une fille de cuisine qui sauve un enfant noble abandonné par sa mère. Puis celui d'Azdak, un juge extravagant devant rendre la sentence dans l’affaire de l’enfant volé. à qui reviendra-t-il ? L’épreuve du Cercle de Craie en décidera…

Lille, Le Biplan, Casino Barrière, La Péniche, Salle Pasteur-Lille Grand Palais, Le Zénith, divers prix, www.agauchedelalune.com

Tourcoing, Th. Municipal R. Devos, jeu 19h30, ven 20h30, 18/14/8€, +33 (0)3 20 27 13 63

24&25.05

B. Brecht / J. Douieb


Nico et le Velvet Underground © Steve Schapiro - Corbis

Velvet Underground L’almanach V.U.

texte ¬ François-Xavier Béague

à peine cinq années d’existence, quarante de rayonnement, et combien de commentaires ? Encore plus souvent cité qu’écouté, le Velvet Underground doit beaucoup à la critique rock, intarissable sur ce séisme musical. Avec Richie Unterberger, la fascination atteint le stade pathologique. L’incroyable postérité éditoriale du groupe trouve souvent un public dans l’évocation de son environnement esthétique, social, voire mondain (le

N-Y des 60’s, Warhol et la Factory). Ici, ne privilégiant aucun angle, le critique se fait mémorialiste et retrace pour les inconditionnels ce qui fut aussi, prosaï-


littérature |

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Session d’enregistrement du 6 mai 1969, au Record Plant de New York © William “PoPsie” Randolph

Sterling Morrison, John Cale, Mary Woronov, Lou Reed, Andy Warhol, Nico, Gerard Malanga, et Maureen Tucker, à Los Angeles, mai 1966 © Michael Ochs - Archives Getty

quement, un quotidien. Des années de formation à la gloire relative (66-70), et de l’amère dissolution à nos jours, aucun détail n’est épargné : le travail d’Unterberger rassemble la totalité des informations disponibles - glanées par ses propres soins, ou éparpillées dans les ouvrages de ses devanciers. Jusqu’au dernier compte-rendu du moindre concert... Une austère chronologie ? La lecture en est d’autant plus instructive : de cette succession d’interviews, de coupures de presses, d’anecdotes, le lecteur tire sa propre compréhension

Cliché de Nico, pris lors de la session photo pour son album,The Marble Index © Steve Schapiro - Corbis

du genre d’équilibre instable qui fait et défait toutes les grandes formations rock. Et saisit qu’en marge des étincelles du couple Lou Reed - John Cale, par exemple, le discret Morrison entretenait la radicalité du groupe avec une foi de vestale (tandis que Nico pratiquait la manipulation à un niveau olympique). à l’heure des come-backs, des tribute bands et des concerts reconstitués, cette somme définitive rejoue dans l’ordre tous les épisodes de ce mythe new-yorkais. Mais n’essayez pas de le refaire à la maison. Et pour l’hygiène de vie, préférez quand même la méthode Servan-Schreiber. /

Richie Unterberger, White light/ White heat, le Velvet Underground au jour le jour, éd. Le Mot et le reste, 462 p., 45€


livres |

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chroniques Mon tour du « Monde »

Démocratie précaire, Chroniques de la déraison d'état

Eric Fottorino | Éd. Gallimard C’est un tour du Monde qui commence par la fin. Par cet humiliant 15 décembre 2010 qui voit Fottorino, alors directeur du célèbre quotidien du soir, remercié par le trio de nouveaux propriétaires Bergé, Niel et Pigasse. De son arrivée candide et enthousiaste en 1985 à ses reportages chevronnés au ViêtNam, au Mexique ou en Colombie, on suit avec passion son accession au pouvoir et l’évolution tourmentée de la machine « complexe » qu’est Le Monde. Les relations houleuses avec Edwy Plenel, les plans de restructuration ou les rencontres surréalistes avec Nicolas Sarkozy à l’Elysée, Fottorino ne cache rien d’un univers où règnent guerres intestines, alliances et trahisons. Passionnant. 542 p., 22,50€. Marine Durand

Eric Fassin | Éd. La Découverte Ce recueil de chroniques tenues entre 2006 et 2012 contrarie le « présentisme » sarkozien, soit un présent pur, sans passé et sans avenir. Il écarte la communication à court terme pour replacer, dans l'Histoire et face à leur responsabilité, les acteurs d'une politique qui depuis dix ans a « précarisé » la République. Pour Fassin, sociologue, le sarkozysme est principalement un partage brutal entre « eux » et « nous », aboutissant à une racialisation de la démocratie. Plutôt que de répondre aux mauvaises questions structurant le débat depuis les années 80 («  le problème de l'immigration », « la question de l’Islam »…), il déconstruit la politique qui en fait un problème. Un geste essentiel. 309 p., 21€. Raphaël Nieuwjaer

Pierre Goldman, la vie d'un autre Emmanuel Moynot | Éd. Futuropolis Fils de résistants, révolutionnaire communiste, guérillero au Venezuela, braqueur, écrivain, journaliste à Libé, assassiné en 1979 à l’âge de 35 ans, Pierre Goldman est une usine à mythes. Accusé d’un double meurtre en 1970, il signe un ouvrage essentiel, Souvenirs obscurs d’un Juif polonais né en France (1975) plaidoyer clamant son innocence, mais aussi quête de son identité. à la façon d’autres bédéastes (E. Davodeau, J. Sacco…), Moynot utilise le neuvième art pour enquêter. L’ouvrage relève d’une forme hybride, alternant « BD pure » mettant en image les Souvenirs obscurs… et entretiens avec l’entourage de Goldman. À ceux qui pensaient tout connaître sur le sujet, voici de nouveaux points de vue, de nouveaux éclairages. Passionnant. 208 p ., 24€. Thibaut Allemand


disques |

90

Chromatics Kill For Love | Italians Do It Better / La Baleine Chromatics et la structure rétromaniaque Italians Do It Better furent l'une des grandes révélations synthétiques de l'an 2007. Mais leur tête pensante, Johnny Jewel, n'a que faire des dancefloors. Avant de signer ces quelques joyaux postdisco, le démiurge de Portland avait longtemps tâtonné du côté de la noise et du punk rock. Nourri aux Stooges et à Kraftwerk, à Blondie et Moroder, à New Order et John Carpenter, l'homme mène de front plusieurs formations : Glass Candy, Desire... et Chromatics, donc. Dont on n'avait pas de nouvelles depuis cinq ans – ou presque : leur travail sur la BO de Drive (2011) écarté, Jewel le publia au début de l'année, sous l'alias Symmetry : Themes For An Imaginary Film était un long voyage à dos d'antiques claviers et de cordes voilées. On retrouve quelques-unes de ces ambiances nocturnes et synthétiques sur ce deuxième Lp, belle odyssée entre chien et loup. Ouvert par une reprise de Neil Young et close sur une longue plage ambient, cette échappée convoque le Velvet et New Order (Kill For Love), avant de filer vers un space disco sidérant (Lady, Broken Mirrors). Nous n'avons pas fini d'explorer les recoins de cette heure et demie qui s'impose, déjà, comme l'une des pierres de touche de 2012. Thibaut Allemand

THE MEN Open Your Heart | Sacred Bones : Differ-Ant C’est un peu le mariage de la carpe métalleuse et du lapin à crête, mais il faut pousser le sectarisme très loin pour ne pas aimer. Ces hommes-là (quatre furieux de Brooklyn) envisagent l’histoire du rock comme un coffre à jouets – avec une nette prédilection pour ceux qui fonctionnent toujours (riffs épiques, solos de batterie…). Pour le reste : priorité, si l’on ose dire, à l’urgence (Turn It Around et Animal, en ouverture). Multiplication des pains et des plans, sans calcul ni retenue (jusque dans l’étonnante orthodoxie kraut d’Oscillation). Ajoutez enfin un coup de ponceuse vocale pour ajuster toutes les pièces d’un second album qui dynamite les chapelles. Du reste, ces Américains préfèrent s’en tenir aux bons vieux conflits de voisinage (le vôtre, si vous les écoutez au volume approprié). F-X Béague


chroniques I:Cube

ALLO DARLIN'

« M » Megamix | Versatile / Module

Europe | Fortuna Pop! / Differ-Ant

Pour Nicolas Chaix alias I:Cube, l’enjeu de ce second Lp en huit ans ne résidait pas dans le manque de matière, mais dans la mise en forme de celle-ci. Il a donc puisé dans ses immenses réserves puis assemblé le tout, façon mixtape à l’ancienne. Des bribes de morceaux (24 au total) qui apparaissent comme un flash d’ambient, une bouchée d’acid, un clin d’œil house voire un climax techno (Lucifer en discothèque, son dernier maxi). Le format conviendra peu aux Dj’s, mais livre un panorama vertigineux de trois décennies de musique électronique savamment digérées. Inclassable, « M  » Megamix fourmille de détails et offre une multitude d’angles d’écoute. Mais le langage de cette dance music à la fois brute et réfléchie est résolument universel. Clément Perrin

à une époque où le terme « indie  » est vidé de son sens, Allo Darlin' convainc et séduit en redonnant ses lettres de noblesse au genre. Le quatuor londonien signe des chansons qui signifient quelque chose. Il est ici question de saudade, la pétillante Elizabeth Morris y contant son mal du pays, mais aussi de famille recomposée, Allo Darlin’ s’inscrivant dans une lignée où l’on croise The Go-Betweens, Belle & Sebastian, Talulah Gosh ou Heavenly. Chant sensuellement brisée, mélodies qui vont droit au cœur, accords impeccables et hymnes de poche pour un amour perdu ou un disque retrouvé forment l’alpha et l’omega de ce groupe modeste, sincère, honnête et passionné. En quatre mots, une bonne définition de l’indie pop. Thibaut Allemand

MOONFACE WITH SIiNAI Heartbreaking Bravery | Jagjaguwar / Differ-Ant L'un des grands intérêts de la rythmique motorik du krautrock (hormis celui de rendre foutrement excitante une ville comme Düsseldorf) réside dans ce sentiment de plénitude absolue. Les Finlandais de Siinai ne s'y sont pas trompés, appliquant parfaitement la notice de montage sur Olympic Games (2012). Et c'est en toute confiance que Spencer Krug (Wolf Parade, Sunset Rubdown, on en passe) est allé chercher leur science de l'engrenage pour signer son troisème Lp sous l'alias Moonface. En résulte un disque posé entre le lyrisme de Krug, sosie vocal de Bowie, des guitares qui crissent et s'enfument comme aux plus belles heures du shoegazing, et derrière, cette rythmique carré, implacable, digne des meilleurs ouvriers en maintenance des systèmes mécaniques automatisés. Thibaut Allemand


agenda |

92

agenda Mar 01.05 Bowerbirds Anvers, Trix Bar, 19h, 15/12e Matthew Dear Bruxelles, L'Ancienne Belgique/ AB Club, 20h, 12e An Pierle + Monophona Arlon, L'Eglise du Sacré-Coeur, 20h, 28/25e

Leuven, Het Depot, 19h, 19/16/14e

We Are Enfant Terrible... Namur, Belvédère, 20h, 8e

The Upsessions... Dunkerque, Les 4 Ecluses, 20h, 10/7e

Two Folks In A Groovy Box... Amiens, La Lune des Pirates, 20h, 2e

Birdy Nam Nam Bruxelles, L'Ancienne Belgique, 20h, 25/22e

The Vibrators Lillers, L'Abattoir, 20h, 10/8e

Lilith La Louvière, Le Scailmont, 20h

Odonis Odonis Lille, La Péniche, 20h, 9e

J-Funk + DJ Caroll Arras, Hôtel de Guines - Maison Folie d'Arras, 21h, 8/5e

Velocity Bird + Pink Falda Lille, La Rumeur, 20h, 2e

Timo Maas + Caspar... Bruxelles, Fuse, 23h, 13/9e

Mer 02.05

Kolombo + Compuphonic... Arlon, Ancien Palais de Justice, 20h, 13/10e

Kiss the Anus of a Black Cat + Foals... Anvers, Petrol, 23h, 12/8e

Jazzypots Arras, Hôtel de l'Univers, 20h, (Repas + concert) 40e

Claudio PRC Lille, Etik Club, 00h, 8/7e

Youssouffa... Tourcoing, Le Grand Mix, 20h, 14/11e

Dim 06.05

Zombie Zombie + Cheveu Arlon, Ancien Palais de Justice, 20h, 20/17e Piers Faccini + Ian Kelly Arlon, ULG, 20h, 20/17e The Legendary Shack Shakers... Lille, L'Aéronef, 20h, 11e

Jeu 03.05 Sound of Stereo Leuven, Het Depot, 19h, 16/13/11e Russian Circles... Courtrai, De Kreun, 20h, 12/9e Mansfield Tya Roubaix, La Cave aux Poètes, 20h, 10/8/6e

Elisaroz Lille, Maison Folie Moulins, 20h, 5/3e Chase & Status + Rage... Bruxelles, Fuse, 23h, 22/17e Mark Farina... Anvers, Café d'Anvers, 23h, 12e

Azylya + Apparition... Bruxelles, Magasin 4, 17h, 10/7e

My Best Fiend Bruxelles, L'Ancienne Belgique/ AB Club, 20h, 12e

Stal Lille, La Péniche, 20h, 7e

Kill the Young... Dunkerque, Les 4 Ecluses, 20h, 9/6e

Ven 04.05 The Selecter

Lun 07.05 Filastine Lille, La Péniche, 20h, nc

Little Trouble Kids... Anvers, Trix Club, 18h, 10e

Killing Joke Gand, Vooruit, 20h, 24/21,75e

Coeur de Pirate Bruxelles, Cirque Royal, 20h, 30/26e

Sam 05.05

Concerto pour violon et orchestre et Symphonie N°4 de Beethoven : ONL Roubaix, Le Colisée, 20h, 30/24/22/12/8e

Band of Skulls Bruxelles, L'Ancienne Belgique, 20h, 24/21e

Foster The People Bruxelles, L'Ancienne Belgique, 20h, Complet !

Juveniles Lille, La Péniche, 20h, 11e

A Place To Bury Strangers Courtrai, De Kreun, 20h, 15/12e

Mar 08.05 Bowerbirds Bruxelles, L'Ancienne Belgique/ AB Club, 20h, 12e The Black Box Revelation Gand, Vooruit, 20h, 24e HK & les Saltimbanks Lille, Le Grand Bleu, 20h, 12/10/8/6e

Tango Nuevo : Melingo La Louvière, Le Splendide (chapiteau) , 20h, nc

Mer 09.05

June Bug & The Storytellers Lille, M. Folie Moulins, 20h, 5e

Les Violons Barbares La Louvière, Le Palace, 20h, nc


Retrouvez l’intégralité des concerts sur

Sheetah et les Weissmuller Linselles, S.des Fêtes, 20h, grat.

The Headshakers Lille, Gare St-Sauveur, 20h, gratuit

HK & les Saltimbanks Lille, Le Grand Bleu, 20h, 12/10/8/6e

Les Fatals Picards + O.d.y.l. Beauvais, L'Ouvre-Boîte, 20h, 20/15e

Fatoumata Diawara Bruges, Cactus Muziekcentrum, 20h, 14/10/8/5e

Loïc Lantoine Calais, Le Channel, 20h, 6e

Green Vaughan + Success Dunkerque, Les 4 Ecluses, 20h, 6e/gratuit abonnés

Seth Gueko Roubaix, La Cave aux Poètes, 20h, 10e

Scott Matthew Louvroil, Espace Casadesus, 20h, 10/7e

Sic Alps + The Men Shist Lille, La Malterie, 20h, 9/7e

High Contrast + Mc WreC... Bruges, Cactus Muziekcentrum, 22h, 14/11/9/6/5e

Jeu 10.05

2 Many Dj's Lille, Magazine Club, 22h, 20e

Frànçois & The Atlas Mountains + Hoquets Bruxelles, Le Botanique/ Rotonde, 20h, 15/12/9e

Dez Mona feat. BOX Courtrai, Schouwburg, 20h, 18/15/12e

The Ting Tings Bruxelles, Cirque Royal, 20h, 27/24e HK & les Saltimbanks Lille, Le Grand Bleu, 20h, 12/10/8/6e Georges Hermans... Lille, La Péniche, 20h, 14/8e Johnny Dowd Bruges, Cactus Muziekcentrum, 20h, 11/8/6/5e De Puta Madre Bruxelles, L'Ancienne Belgique/ AB Box, 20h, 19/16e

Boogie Night #6 : Smoove & Turrell + The Soul Snatchers + Aziz + Boulaone + Afro Jaws... Lille, Maison Folie de Wazemmes, 22h, 14/10e Psysex + S.U.N. Project... Bruxelles, Fuse, 23h, 15/10e

Sam 12.05 Bal à Fives Rockabilly : Washington Dead Cats + The Blue Magic Band + J. Dragon Lille, Salle des fêtes de Fives, 19h, 4,5/2,5e

Ven 11.05

1995 + Dope D.O.D.... Bruxelles, Le Botanique/ Chapiteau, 19h, 23/20/17e

The Rapture Bruxelles, Le Botanique/ Chapiteau, 19h, Complet !

Yelawolf Bruxelles, VK*, 19h, 20/17e

Dominique A Bruxelles, Cirque Royal, 20h, 23/20e High Damage Tourcoing, Le Grand Mix, 20h, 17/14e

Willow + Superlijm Bruges, Cactus Muziekcentrum, 19h, 8/5/3e The Excitements + Gizelle Smith + Dj Caroll Tourcoing, Le Grand Mix, 20h, 14/11e

Orchestre Classique & Musique Chaâbi Lille, Le Grand Bleu, 20h, 12/10/8/6e

Jah Mason Anvers, Petrol, 21h, 25/20e Maxim Lany + Ante Perry... Gand, Culture Club, 23h, 10/5e James Murphy (DFA Rcds) Lille, Magazine Club, 23h, 10e Octave Lille, Etik Club, 00h, 8/7e

Dim 13.05 Tarrus Riley + By the Rivers Lille, L'Aéronef, 18h, 18/14e Balkan Beat Box... Gand, Vooruit, 19h, 24/21,5e Chapelier Fou Bruxelles, Le Botanique/ Museum, 20h, 15/12/9e Amadou et Mariam Bruxelles, Cirque Royal, 20h, 29/26/22e Dubians Lille, Gare St-Sauveur, 20h, grat Joseph Arthur Bruges, Cactus Muziekcentrum, 20h, 16/12/10/7/5e

49 Swimming Pool Lille, La Péniche, 20h, 9e

Fenster Lille, La Péniche, 20h, 10e

Sexion d'Assaut Bruxelles, Forest Nat., 20h, 36e

Royal Baths + White Fangs... Marchienne-au-Pont, Rockerill, 20h, nc

Daniel Darc + Le Yéti Bruxelles, Le Botanique/ Orangerie, 20h, 19/16/13e

Chilly Gonzales Bruxelles, Le Botanique/ Museum, 20h, Complet !

Spain Bruxelles, Cirque Royal, 20h, 20/17/14e

Django Django + Devin Bruxelles, Le Botanique/ Rotonde, 20h, Complet !

Joseph Arthur Sequedin, Salle Schumann, 20h, gratuit


agenda |

94

agenda Lun 14.05 Steven Wilson Bruxelles, L'Ancienne Belgique, 20h, 26/23e Amon Tobin "Isam Live" Lille, L'Aéronef, 20h, 23/19e Constance Lille, Splendid, 20h, 19e

Mar 15.05

Marchienne-au-Pont, Rockerill, 20h, nc Jeffrey Lewis Bruxelles, Ateliers Claus, 20h, 10e Marc Ducret Trio Arras, Théâtre d'Arras, 20h, 18/12/8e Sidilarsen Wattrelos, La Boîte à Musique, 20h, nc

Balthazar + Gaëtan Streel Bruxelles, Le Botanique/ Chapiteau, 19h, 23/20/17e Baxter Dury Bruxelles, Le Botanique, 20h, 17/14/11e Globul + Dorian... Marchienne-au-Pont, Rockerill, 20h, nc Piers Faccini + Lail Arad Bruxelles, Le Botanique/ Museum, 20h, 16/13/10e

A Whisper In The Noise Bruxelles, Magasin 4, 19h, nc

Ciné Concert : Zone Libre : "le cabinet du Dr Caligari" Lille, L'Aéronef, 20h, 13/7e

Luka Bloom Leuven, Het Depot, 19h, 24/21/18e

Intergalactic Lovers... Bruxelles, Cirque Royal, 20h, 20/17e

Errors + Kiss the Anus of a Black Cat Courtrai, De Kreun, 20h, 10/7e

Thomas Dolby Bruxelles, L'Ancienne Belgique/ Flex, 20h, 28/25e

Great Mountain Fire... Bruxelles, Le Botanique/ Museum, 20h, 15/12/9e

Great Mountain Fire + Willow Opwijk, Nijdrop, 20h, 7e

Pad Brapad Lille, Maison Folie de Wazemmes, 20h, 3e

M. Braure + Filochards Lille, Maison Folie de Wazemmes - Auberge, 20h, 7/5e

C2C + Ghostpoet Bruxelles, Le Botanique/ Orangerie, 20h, 23/20/17e

Ven 18.05

Samuel Sighicelli Arras, Théâtre d'Arras, 20h, 18/12/8e

Kiss & Drive + Roken is Dodelijk + Willy Vinyl Mouscron, Centre Culturel Marius Staquet, 20h, 12/10/8e

DFA Label Night : Yacht + Prinzhorn Dance School... Bruxelles, Le Botanique/ Orangerie, 20h, 18/15/12e Friends + High Places Bruxelles, Le Botanique/ Rotonde, 20h, 16/13/10e

Mer 16.05 Souffles de P. Leroux : Le Quintette à vent d'Ictus Lille, Opéra, 18h, 8/5e General Elektriks + Housse de racket + La Femme Bruxelles, Le Botanique/ Chapiteau, 19h, 19/16/13e Blitz the Ambassador Lille, Maison Folie Moulins, 20h, 5,5/3e Skarbone 14 + Miss Tetanos

Gamero & Barcelona Lille, Maison Folie de Wazemmes, 20h, 12/9e Calibre + Rockwell + Data... Bruxelles, Recyclart, 22h, 10/6e

Jeffrey Lewis + L. Aguilar Lille, L'Aéronef, 20h, 13/7e Woodkid + V.O. Bruxelles, Cirque Royal, 20h, 23/20/17e Jimmy Burns Tourcoing, Hospice d'Havré, 20h

Mathias Kaden Lille, Etik Club, 00h, 8/7e Ray Lema + Susheela Raman Grande Synthe, Palais du Littoral, 18h, 17,5e Sol Invictus + Diapsiquir Bruxelles, Magasin 4, 19h, 15/12e Deluxe + Misteur Valaire Lille, S. des f. de Fives, 19h, 9/7e

Jeu 17.05

Absynthe Minded + Roscoe Bruxelles, Le Botanique/ Chapiteau, 19h, 23/20/17e

Sabar Toukassane Lille, Maison Folie Wazemmes, 15h, gratuit

Quantic & Alice Russell Leuven, Het Depot, 19h, 19/16/14e

The Mamys And The Papy's Lille, Maison Folie de Wazemmes, 15h, gratuit

Revolver + Rover... Bruxelles, Le Botanique/ Orangerie, 20h, 17/14/11e

Mehdi Haddab - Afro Celt Sound System Grande Synthe, Palais Du Littoral, 18h30 & 21h, 40/15e

Ladylike Lily + Stranded Horse Dunkerque, Les 4 Ecluses, 20h, 1 jour : 10/7e, Pass 2 jours : 15/10e

And Also the Trees... Bruxelles, Magasin 4, 19h, 20/17e

Prinzhorn Dance School Lille, La Péniche, 20h, 8e


Retrouvez l’intégralité des concerts sur

Cumbia Rockers Allstars + Dj Caroll Lille, Gare St-Sauveur, 20h, nc, Band of Skulls Tourcoing, Le Grand Mix, 20h, 14/11e BeatMaker Contest Lille, M. Folie Moulins, 20h, 3e King Krule Bruxelles, Le Botanique/ Rotonde, 20h, 17/14/11e The Cynics + Twin Twisters Diksmuide, Muziekclub 4AD, 20h, 12/10/8e Damien Schneider Lille, Etik Club, 00h, 10e

Sam 19.05 WazemSlam Lille, Maison Folie de Wazemmes - Auberge, 15h, gratuit Internationals + S.W.A.N Bruxelles, L'Ancienne Belgique, 17h, gratuit Afrocubism Grande Synthe, Palais du Littoral, 18h, 17,5e Balkan Beat Box + Imperial Pressure Lille, Salle des fêtes de Fives, 19h, 14/12€, Pass 2 soirs 20/16e Goose Bruxelles, Le Botanique/ Chapiteau, 19h, 23/20/17e Gaetano Fabri Lille, Maison Folie de Wazemmes, 19h, gratuit Brother Ali Anvers, Trix Bar, 19h, 16/13e Blackie Lille, La Péniche, 20h, 9e Mouse On Mars Bruxelles, Le Botanique/ Orangerie, 20h, 21/18/15e Rumble in Rhodos + Anorak Bruxelles, Magasin 4, 20h, 8e Idiot Saint Crazy Dunkerque, LAAC, 20h, gratuit

Charlotte Gainsbourg + Connan Mockasin Bruxelles, Cirque Royal, 20h, 29/26/23e

Oxmo Puccino Trio Bruxelles, Le Botanique/ Museum, 20h, 23/20/17e

Machiavel + Coal Mine Charleroi, Coliseum, 20h, 25/20e

Mar 22.05

Kandle + Greenshape Dunkerque, Les 4 Ecluses, 20h, 1 jour : 10/7e, 2 jours : 15/10e Quantic & Alice Russell Courtrai, De Kreun, 20h, 19/16/13e Choir Of Young Believers Bruges, Cactus Muziekcentrum, 20h, 14/11/9/6/5e Citizens! Bruxelles, Le Botanique/ Rotonde, 20h, 16/13/10e Slaughterhouse + DJ Cause Bruxelles, VK*, 20h, 30/27e The Real Nelly Olson + N.E.C Lille, Le Biplan, 22h, 5e

Young Magic + Mary & Me Gand, Vooruit/Bal, 20h, 12/8e Thomas Fersen La Louvière, Le Splendide (chapiteau) , 20h, nc Django Django + BRNS Tourcoing, Le Grand Mix, 20h, 14/11e Ensemble Ars Nova Douai, L'Hippodrome, 20h, 23/17/9/3e Erik Truffaz + F. Moreau... Tourcoing, Hosp d'Havré, 20h, nc Eiffel Roubaix, La Cave aux Poètes, 20h, 15/12/8e

Djedjotronic + Surkin... Anvers, Petrol, 23h, 15/11e

Umberto Tozzi Lille, Théâtre de l'Hotel Casino Barrière, 20h, 38/35e

Dim 20.05

O Brigitte (chansons de Brigitte Fontaine) : Lille, Maison Folie de Wazemmes, 20h, 12/9e

Tiken Jah Fakoly Grande Synthe, Palais du Littoral, 17h, 17,5e Rizzle Kicks Lille, La Péniche, 18h, 10e Greg Haines Lille, La Malterie, 18h, 7/5e The Toasters Bruxelles, Magasin 4, 19h, 14/10e Staff Benda Bilili + Ibrahim Maalouf Bruxelles, Cirque Royal, 20h, 20/17e

Mer 23.05 PIÈCES EN TRIO DE SCHUMANN, KURTÁG, PROKOFIEV Lille, Opéra, 09h, 8/5e Caravaggio Arras, Théâtre d'Arras, 20h, 18/12/8e Janice Graham Band Lille, L'Aéronef, 20h, 13/7e

Electric Guest Bruxelles, Le Botanique/ Rotonde, 20h, 17/14/11e

Sharon Van Etten Bruxelles, L'Ancienne Belgique/ AB Club, 20h, 12e

Lun 21.05

Birdy Hunt + Hill Valley Lille, Splendid, 20h, gratuit

Under African Skies Roubaix, Le Colisée, 20h, 32/28/23/21/8e

My Best Fiend Tourcoing, Hospice d'Havré, 20h, 11/8e


agenda |

96

agenda

Retrouvez l’intégralité des concerts sur

Lecture de textes de Panaït Israti : Loïc Lantoine... Lille, Maison Folie de Wazemmes, 20h, gratuit

Jeu 24.05 Dub Trio + Castles Bruxelles, Magasin 4, 19h, 10e Absynthe Minded Gand, Vooruit, 19h, 24/21,5e Ange Lille, Splendid, 20h, 27e Loïc Lantoine Liévin, Centre Culturel, 20h, 13/11/8e La face cachée de la lune : Compagnie Inouïe Arras, Théâtre, 20h, 24/18/8e Ricard Live : twin twin + Château Brutal + Mrs Good Lille, L'Aéronef, 21h, gratuit

Ven 25.05 Freddy'Loco Lille, Maison Folie de Wazemmes, 20h, 3e Triptik + Feini-X Crew Dunkerque, Les 4 Ecluses, 20h, 9/6e Beach House Courtrai, De Kreun, 20h, 23/20/17e Billy Bragg Gent, Handelsbeurs, 20h, 21/18e Sporto Kantès Beauvais, L'Ouvre-Boîte, 20h, 16/11e Cultural Warriors + African Simba... Bruges, Cactus Muziekcentrum, 22h, 13/10/8/5e Dj Ice + Silver Cee... Lille, Etik Club, 00h, 8/7e

Sam 26.05 The Pack A.D.

Roubaix, La Condition Publique, 19h, 2e

Chapelier Fou Lesquin, S des Fêtes, 20h, grat.

Drums Are For Parades Dunkerque, Les 4 Ecluses, 20h, 12/9e

Girls Tourcoing, Le Grand Mix, 20h, 17/14e

Inna de Yard All Stars + Kilimanjaro Childrens Calais, Ctre G. Philippe, 20h, 5e

Julien Clerc - Symphonique Lille, Zénith Arena, 20h, 60/35e

Siskiyou Bruges, Cactus Muziekcentrum, 20h, 8/5e Dr Vince + Kalash Lille, La Péniche, 20h, 10e AVA + Puss in Boots... Lille, Le Biplan, 22h, 7,5/5,5e

Mer 30.05 Massenet : Ghazarossian Lille, Opéra, 18h, 8/5e Siskiyou + Sleepy Sun Tourcoing, Le Grand Mix, 20h, 11/8e

Ozgur Can Lille, Etik Club, 00h, 8/7e

Camille Bruxelles, Cirque Royal, 20h, 33/30/27e

Dim 27.05

The Black Mantis Project Lille, Maison Folie de Wazemmes, 20h, 3e

Dirty Three... Lille, L'Aéronef, 18h, 16/11e Garland Jeffreys Gand, Vooruit, 19h, 20/18,5e Daniele Silvestri... Bruxelles, VK*, 19h, 20/17e Cercueil & Chorale & Conservatoire + High Places Tourcoing, Le Grand Mix, 20h, 8/5e

Jeu 31.05 Youngblood Brass Band Anvers, Trix Club, 19h, 16/13e Fabrice Lig + Globul... Marchienne-au-Pont, Rockerill, 20h, nc Elvis Costello Bruxelles, Cirque Royal, 20h, 55,5/48,5/43,5/33,5e

The Spits + Green Vaughan Charleroi, Le Vecteur, 20h, 7e

Arlt + Stranded Horse Lille, L'Aéronef, 20h, 11e/ Gratuit abonnés

Lun 28.05

Extra Life + Jesus Is My Son Bruxelles, At. Claus, 20h, 8e

Shellac + Sleepy Sun Anvers, Trix, 19h, 21/18e Tu Fawning Lille, La Péniche, 20h, 11e Wolves in the Throne Room Lille, L'Aéronef, 20h, 13/7e

Cursive Lille, La Péniche, 20h, 9e Sir Alice + Hyphen Hyphen Roubaix, Condition Publique, 20h, 2e

Mar 29.05

Bärlin Lille, Maison Folie Moulins, 20h, 5 ou 10e (avec l'album)

Mudhoney + Sleepy Sun Leuven, Het Depot, 19h, 23/20/18e

Choeurs Opéra de Lille Béthune, Théâtre de Béthune, 20h, 14/10/3e


le mot de la fin |

98

Photographe pour l'AFP le jour, Janol Apin ne rejoint pas son terrier le soir venu. Non ! Cet adepte du jeu de mots et de la mise en scène insolite court d'autres lièvres dans le métro parisien. L'animal bondit de station en station et signe des clichés poétiques et ludiques. À lire / Métropolisson (Éd. LaCarothe) - À visiter / www.janol-apin.com


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Let'smotiv Nord & Belgique n°74 - mai 2012  

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