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L‘éCRAN

L’écran - Magazine -

n°2


Edito

ROnan DELBoS

Rédacteur en chef

Quelle est dure, la nouvelle année. Pour les autres, surtout, mais aussi un peu pour nous, amoureux du monde des arts et des figures humaines emblématiques qui le constituent. Difficile en effet d’être passé à côté de la pléiades d’artistes qui ont passé l’arme à gauche en ce terrible mois de janvier 2016, à commencer par le grand, l’immense, le volubile et tonitruant Michel Galabru, fierté de la comédie française populaire. Une figure certes franchouillarde, mais tellement humaine et chaleureuse, qui a partagé l’affiche avec les plus grands (De Funès, Noiret, Serrault, Blanche, Lefebvre, Prévost, Depardieu…) au court d’une carrière-fleuve (plus de 200 films pour 67 ans de carrière). La liste s’allonge encore avec le britannique Alan Rickman. Les fans inconditionnels d’Harry Potter s’en sont émus, fort justement, tant sa prestation dans l’adaptation cinématographique éponyme (sous les traits du complexe Severus Rogue) a été remarquée et saluée. Les plus vieux se souviendront de sa première apparition au cinéma dans le film Die Hard : Piège de cristal (John McTiernan, 1988) dans la peau du détestable Hans Gruber, capable de descendre trente étages en 18 secondes, et sans ascenseur (souriez, vous venez de vous faire spoiler) ! Mais il était aussi un homme de théâtre (comme Galabru, et tant d’autres comédiens passionnés), et c’est même sur les planches que son jeu d’acteur et sa voix si particulière ont débuté leur carrière. Autre acteur nonagénaire français disparu il y a peu, bien moins connu celui-là  : Marc Cassot. Son nom mérite d’être cité ici, dans la mesure où une bonne partie de sa carrière a été consacrée à ce que l’on pourrait appeler le « jeu de l’ombre », celui des doubleurs, qui prêtent leur voix aux plus grands. Un travail en coulisse, qui mériterait sûrement d’être davantage reconnu.


En l’occurrence, il a été la voix française de Paul Newman, Michael Gambon (Albus Dumbledore dans les Harry Potter) ou encore de Ian Holm, alias Bilbon Sacquet (saga du Seigneur des Anneaux). Je ne peux énumérer les disparitions de nos artistes biens aimés sans évoquer celles des étoiles du monde de la musique (domaine auquel le cinéma a beaucoup recours). Le 5ème art, en effet, est lui aussi endeuillé par des décès soudains. Lemmy Kilmister d’abord, bassiste et chanteur du groupe de heavy metal légendaire Motörhead, connu pour son look improbable (alliant uniformes de la Guerre de Sécession et babioles nazies) mais aussi pour sa voix rocailleuse qui donnait l’identité du son signé « Motörhead » (du bruit, diront certains, du « bon son bien gras », diront les autres). Et puis il y a David Bowie, véritable météore inclassable et mystérieux, qui semblait fuir les codes et le concept même de définition au fil d’une carrière qui leur ont fait prendre toutes les apparences, à lui et à ses œuvres. Ce véritable caméléon de la culture a consacré sa vie à la musique, mais il a aussi été tour à tour peintre, mime, comédien et même acteur au cinéma (sa prestation dans Furyo, de Nagisa Oshima (1983), est restée dans les mémoires). Enfin, terminons ce triste inventaire avec notre Michel Delpech national, qui a débuté ce bal macabre le 2 janvier 2016, et qui laisse derrière lui une trace prépondérante dans le patrimoine musical populaire français. Bon, relativisons un peu  ! Pour nous, amateurs de cinéma et d’autres objets audiovisuels et médiatiques non-identifiés, cette année ne débute pas si mal que ça puisqu’elle débarque accompagnée par la douce sonorité des répliques du dernier Tarantino, sur fond de gunfights et de distribution de mandales bien senties (The Hateful Eight, sorti le 6 janvier). Mais quand même…ce début d’année a des allures de veillée funèbre et cet édito, de rubrique nécrologique. Vous croyez que la somme de mauvaises nouvelles est passée  ? Alors inquiétez-vous car quelque chose de bien pire vient de tomber en cette fin de mois  : il vient d’être annoncé que Loana (oui oui, Loana) sera la protagoniste d’une émission de « relooking extrême  », et qu’elle serait actuellement en tournage pour être diffusée prochainement à la télévision. Décidément, le sort s’acharne contre la culture, qui n’a pas fini de pleurer…


Photo couverture : Johan van der Keuken Chef rédacteur : Ronan Delbos Chef éditorial : Doriane Job Chef de communication : Rémi Serre Rédacteurs : The Watcher, Gonzo Bob, Roxane Benetti, Simon Lesénéchal, Sacha Corbières, Adeline Dekockelocre, Lola Gouin, Marie Lachet.


PRENEZ PLACE Sommaire

éditorial

. Box-office : Star Wars VII de J.J. Abrams (2015) . Rétrospective : La Valse Des Pantins de Martin Scorsese (1983) . Le Ring

INFOS CINé

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. David Fincher, par Roxane Benetti

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. St valentin, tu mates quoi?!

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. Lettre d’amour à un SS

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. Interview de Clément Assistant de production à Les Films Figures Libres

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Chronique

St Valentin : Tu MATES QuOI ?! Opération anti-déprime Dimanche prochain, c’est le 14 février. Tu as beau faire tout ce que tu veux, tu ne peux pas l’ignorer, le 14 février c’est la St Valentin. Fête des amoureux. Ça tombe bien, tu as repéré une personne avec qui tu voudrais être plus qu’ami(e). Voici trois films (top non exhaustif) avec lesquels tu es sûr(e) de pécho (certes, ces films sont connus, mais infaillibles). Tu es décidé(e), tu vas sortir le grand jeu : petit repas (avec bougies !) puis tu enchaînes sur un film, LE film : N’oublie jamais de Nick Cassavetes, de 2004 (déjà !). Ne faisons pas de généralité, TOUTES les filles ne succombent pas à ce film mais il y en a quand même pas mal (effet Ryan Gosling ? Je ne sais pas). N’oublions pas les garçons qui peuvent observer (admirer) Rachel McAdams. Dans tous les cas, vous y êtes gagnants. Mais ce ne sont pas seulement ces deux acteurs qui font la « force » de ce film romantique, c’est aussi l’histoire : une histoire d’amour qui n’aurait jamais dû exister.

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Un réel conte de fée, un de ceux qui font rêver, que l’on voudrait vivre (excusez le cliché, mais c’est à ça que sert le film). Avec un peu de chance, l’être désiré te regardera à un moment du film avec le même regard qu’a Allie (R. McAdams) pour Noah (R. Gosling). Ou inversement. Ou tu préfères peut-être un bon film d’horreur, histoire de profiter des frayeurs de ton ami(e) pour pouvoir la/le prendre dans tes bras pour la/ le rassurer (à moins que ce ne soit l’inverse). Alors je te propose de visionner Ils de David Moreau et Xavier Palud, de 2006. Un thriller français, inspiré de faits réels, qui crée une énorme tension du début à la fin. Le pitch ? Un jeune couple qui vit dans une grande maison perdue au milieu d’une forêt (des bonnes conditions dès le départ !). Un soir ils vont découvrir qu’Ils sont là, à les épier, partout jusque dans leur maison. Cris, sang, peur, tout y est. Pendant et après ce film, vous ne serez pas totalement rassurés d’être chez toi, dans ton canapé, votre paranoïa n’en sera que plus amplifiée. Mais au moins, tu es sûr(e) que vous passerez le reste de la soirée (très) proches. Non, finalement, pas de film trop romantique (tu as peur que Ryan ou Rachel te remplace dans son cœur), ni de film d’horreur (une crise d’angoisse, il faut bien l’avouer, ça casse l’ambiance que tu avais prévu, c’est-à-dire romantique) donc tu décides de jouer sur un autre sentiment : la tristesse.

Tu prévois les mouchoirs que tu sortiras pile au bon moment, et passeras comme ça pour une personne attentive et pleine de compassion ! (Non, tout ça n’est pas calculé). Voici le film qu’il te faut : La vie est belle de Roberto Benigni (1997). Ce film mêle à la fois la comédie mais aussi le drame, et a reçu de multiples prix (3 Oscars – meilleur acteur, film étranger (c’est un film italien) et de la meilleure musique –, César du meilleur film étranger et Grand prix du jury de Cannes). Ce qui va lui faire monter les larmes ? Ce père (interprété par Benigni), emprisonné dans un camp de concentration avec son jeune fils, qui n’a qu’une seule obsession : lui cacher la réalité de leur situation. Pour cela il lui invente une histoire, comme quoi tout ne serait en fait qu’un grand jeu, ce qui provoque des situations rocambolesques. Mais ce qui est surtout marquant c’est la fin, le dénouement de ce « jeu ». Mais chut, no spoil. Si avec ça tu conclus pas, je ne comprend pas ! Et si tu es célibataire, rien ne t’empêche de quand même (re)voir ces films ! Avec un gros pot de glace ! (Oui je continue dans les clichés.) De toute manière tout le monde sait que la St Valentin n’est qu’une fête commerciale… - Marie Lachet

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Critique

CRITIQue BOX-oFFICE

Star Wars 7, The Forces Awakeness de J.J. Abrams, 2015

Le dernier-né de la saga culte que représente Star Wars est depuis le 16 décembre 2015 dans les salles françaises. Le marketing monstre de Disney, qui a racheté en 2012 la maison de production Lucasfilms, promet à Star Wars VII de littéralement pulvériser le record du film le plus rentable de tous les temps, d’autant plus que son lancement postérieur sur le marché chinois en janvier va sans nul doute accélérer ce processus. Pour ce qui est du film en lui- même, le résultat est déjà plus contrasté. Cette critique est garantie sans spoiler, pour les quelques australopithèques qui n’auraient pas vu le film. La critique a encensé le dernier opus, le considérant parfoiś comme l’un des meilleurs épisodes de la saga. Soit par manque de recul (ce qui est compréhensible), soit par pure subjectivité (ce qui est plus grave), certains médias ont même décrit Star Wars : Le Réveil de la Force comme en tous points réussi. L’erreur est humaine. Le résultat est autre, avec une déception prévisible. En effet, beaucoup d’entre nous ont projeté leurs attentes sur Star Wars VII, dans un climat d’euphorie complètement disproportionné le jour de sa sortie.

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C’est avec un certain frisson que l’on accueille le célèbre générique de début de film, dans lequel est exposée l’intrigue de départ. Cette nostalgie relative aux anciens épisodes promet alors le meilleur, notre instinct de fan se retrouve titillé. Le film commence bien, les décors sont plaisants, l’exposition des personnages s’impose comme une remise à plat du scénario, qui part sur de nouvelles bases. Tant mieux. Pourtant, c’est juste à première vue que la saga repart à zéro, puisque Han Solo et sa clique viennent gentiment nous passer le bonjour. Honnêtement, cette présence ne dérange pas outre mesure, et plait même au départ. Mais quand Harrison Ford crève l’écran, quitte à éclipser John Boyega et Daisy Ridley, qui sont, soit dit en passant, les nouveaux protagonistes de cet épisode, il y a de quoi se poser des questions... Pour ce qui est de Kylo Ren, il a la lourde tâche de succéder au méchant le plus emblématique de l’histoire du cinéma. Rien que ça. Et (bien évidemment) le résultat n’y est pas non plus. Niveau écriture des personnages, on repassera. Le véritable point négatif, c’est que la magie qui enveloppait chaque Star Wars depuis l’épisode IV s’est envolée pour laisser place à un gentil blockbuster.

Car oui, les combats de cet opus sont à des années-lumière de ceux des précédents épisodes. La paresse de Disney a un nom, elle s’intitule « fan service ». Cette pratique consiste à servir la recette escomptée à n’importe quel amateur de la saga, sans penser à changer quoi que ce soit, au grand dam des passionnés de la première heure. Ainsi en est-il de la base du Premier Ordre qui rappelle l’Etoile Noire, de la Résistance qui s’apparente aux rebelles ou encore du costume de Kylo Ren proche de celui de Dark Vador, bravo au scénariste mais cela rappelle sensiblement l’épisode IV ! Quelle est donc notre déception à la fin du film, lorsque l’on prend conscience que l’inventivité est passée du côté obscur de la force ! Cependant, il ne faut pas cracher dans la soupe puisque Star Wars VII, malgré ses incohérences et son manque de créativité, demeure une oeuvre convenable. J.J. Abrams, en tant que réalisateur passionné de science-fiction, rend une copie honorable, certaines actions sont à couper le souffle et les deux heures et quart de film n’accusent aucune longueur. Le tout est captivant et promet un moment de cinéma agréable pour toute personne n’ayant pas suivi les autres épisodes, puisque le malaise repose surtout en comparaison avec les six précédents.

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N’en attendez pas plus de ce Star Wars VII. Si l’on repense au marketing de Disney, cet opus est une boîte vide bien emballée : une fois la première heure de film passée, on prend conscience du fossé qui sépare ce Star Wars des précédents. Le film ne prend pas de risque et, quitte à livrer une copie médiocre, souhaite à tout prix éviter la déconvenue. Bonne chance à l’équipe du Star Wars VIII prévu pour 2017, qui sera probablement la dernière chance de Disney de garder ses fans inconditionnels. Un spin-off est déjà prévu pour cette fin d’année : « Rogue One : A Star Wars Story ». Il sera situé entre les épisodes III et IV et portera sur un groupe de rebelles déterminé à voler les plans de l’Etoile Noire. La machine est lancée, et quelle que soit la qualité des films de Disney, les différentes créations seront toujours rentables. Et c’est bien cela le problème... - Simon Lesénéchal

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Critique

CRITIQue

rétroSPECIVE La valse des patins

de Martin Scorsese, 1983

La Valse Des Pantins est une comédie dramatique réalisée par Martin Scorsese où l’on voit jouer Robert de Niro et Jerry Lewis. On peut y observer une nouvelle facette du réalisateur jamais vue auparavant. Le réalisateur satire le monde du spectacle en montrant la loufoquerie d’une personne qui veut atteindre la célébrité, la popularité et le triomphe.

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Ce protagoniste est incarné par Robert De Niro qui nous livre un jeu d’acteur d’une pureté à couper le souffle, en particulier lorsqu’il réalise un monologue avec deux pantins qui restera à tout jamais dans les annales du 7° art. On voit bien que le personnage typique des films scorsesiens est représenté par Robert De Niro : un être timbré, déterminé et inconscient des risques qu’il peut prendre. L’utilisation de Jerry Lewis avait, quant à elle, dérouté le public de Scorsese qui n’était pas accoutumé à observer un protagoniste calme et serein. Mais cette utilisation est primordiale pour le film car le réalisateur cherche à creuser un fossé entre les personnages qui jouissent de la célébrité et ceux dont le rêve est de l’atteindre. En plus de pouvoir observer un jeu d’acteur splendide, le réalisateur arrive à nous faire voyager dans le New York des années 1980, en partie grâce aux costumes des personnages qui ne manquent pas de couleurs ! Il cherche à nous plonger dans un univers concentré, brusque voire même étouffant - on pense aux images de foule dense utilisées à plusieurs reprises. On déguste donc des vagues d’émotions allant du rire jusqu’à l’angoisse. Scorsese

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a su retranscrire une période de l’histoire américaine à la perfection en n’épargnant aucun détail, que ce soit pour le décor, l’atmosphère ou les costumes. Mention spéciale à Masha (Sandra Bernhard) qui joue le rôle d’une protagoniste hystérique et bipolaire qui s’avère être amoureuse de Jerry Langford. C’est une femme qui peut être totalement déséquilibrée et possédée, puis en un trait de temps devenir une femme séduisante qui maîtrise pleinement ses émotions. En plus de nous proposer un jeu d’acteur somptueux, elle nous révèle ses talents de chanteuse lors d’une scène à mourir de rire avec Jerry. La Valse Des Pantins est un film satirique qui cherche à dénoncer le pouvoir de la télévision sur le peuple et dresse un bilan des États­-Unis. C’est aussi un film relevant de la psychologie humaine avec l’évolution de De Niro dans son désir de devenir le roi de la comédie. Scorsese montre clairement que les limites de la liberté peuvent être très vite franchies pour satisfaire un simple désir. En somme, j’encourage tout être humain et amoureux du 7° art à aller contempler ce chef­ d’oeuvre. - Sacha Corbières


LE SONDAGE Du MOIS Réponse au sondage du mois de janvier « Quel film a-t-il marqué le plus 2015 ? » : Mad Max : Fury Road Viens toi ausi participer à notre sondage du mois de Février en répondant à la question suivante sur notre page Facebook : « Quel est cet acteur ? »


Critique

LE RING Dialectique autour de

Les Huit Salopards

Arbitre : « A ma gauche Sacha Corbières, le cinéphile du dimanche, alcoolique, drogué, qui a perdu foi en la vie et qui compte se suicider le 31 février ! A ma droite, Simon Lesénéchal troisième du nom, fils autoproclamé de Jean Gabin, reconnu comme le maître à penser de Xavier Dolan ! La séance de ce soir opposera nos deux larbins dans un combat sans merci, ayant comme sujet le dernier-né de Quentin Tarantino, Les Huit Salopards (The Hateful Eight). Que le match commence ! »

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Sacha : Ce chef d’oeuvre m’a tout simplement ébloui de par l’atmosphère qui y règne, son décor aussi, avec un paysage montagneux qui incarne la lumière et la taverne qui représente l’obscurité et la noirceur des personnages. Ce contraste montre la vraie personnalité des acteurs : lorsqu’ils entreront dans la taverne, leur sort sera scellé à jamais.

Simon : C’est bien beau de parler des décors mais si on parlait plutôt de la substance-même de ce Tarantino ? Le fait de filmer en huis clos est ingénieux, mais cela nous prive pendant la quasi-totalité du film de l’extérieur de cette taverne. Ainsi, le seul moment que nous accorde le réalisateur en périphérie représente le passage de la diligence, où nos différents protagonistes s’observent et se sermonnent dans des scènes qui n’ont, en définitive, que peu d’intérêt. Par ailleurs, la durée du film, qui est le plus long de sa filmographie, n’est pas le meilleur choix de Tarantino !

Sacha : Quentin l’avait annoncé bien avant, le film est un huis clos. Il nous a accordé la possibilité d’observer le décor extérieur de la taverne qui est, en somme, d’une grande splendeur. Dans cette dernière, les différents événements nous ont tous les deux laissés bouche bée et, mon cher ami, tu ne peux dire le contraire. Dans ce film, la longueur est primordiale. Tarantino n’a pas voulu bâcler le film et a donc fait le choix de s’étendre sur la longueur des scènes et donc pleinement profiter du talent des acteurs.

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Simon : En effet, les différents événements ont pu te laisser bouche bée, mais ce ne fut pas mon cas. Les giclées de sang intempestives sont livrées jusqu’à l’overdose par le réalisateur, mais ce n’est pas ce que tout le monde recherche au cinéma. Les scènes d’exposition, pourtant très intéressantes, sont rattrapées par des saillies d’hémoglobine qui tendent à casser la tension brillamment installée jusque-là.

Sacha : C’est vrai que les gouttes de sang peuvent nuire au yeux des plus sensibles, mais il faut comprendre ceci, les globules rouges sont l’essencemême du bon vieux réalisateur et il ne changera pas pour MONSIEUR Simon. Les Huit Salopards est la consécration du majestueux. Après des années et des années d’expérience, ce film est le Saint Graal de Tarantino avec un scénario époustouflant digne des plus grands western spaghetti qui nous fait vivre des vagues d’émotions.

Simon : Les Huit Salopards, le Saint Graal de Tarantino ? Ce western emprunte beaucoup à Reservoir Dogs avec la bande de malfrats, ou encore à Django Unchained pour la condition des Noirs, mais il n’arrive pas à la cheville de ces deux derniers. La différence ici, c’est que le réalisateur est là où on l’attend et n’apporte pas cette petite étincelle en plus qu’on lui connaît d’habitude. La preuve avec cette voix off convenue, qui ne fait que répéter ce que l’on voit déjà à l’écran, comme si le spectateur en avait besoin.

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LGDC

LES GRANDS

Du CINéMA David Fincher, par Roxane Benetti


Réalisateur américain ayant à l’origine commencé par tourner des pubs sur les fœtus fumeurs (prévention contre le cancer) avant de dédier sa caméra au grand écran, il est clair que David Fincher est aujourd’hui l’un des réalisateurs inévitables à Hollywood. Si vous en doutez, arrêtez de lire cet article et filez chez l’opticien. Il faut cependant bien avouer que Fincher est loin d’être apprécié dans les hautes sphères du cinéma, en grande partie parce qu’il dérange, ce qui n’est pas plus mal... Il est, en effet, un réalisateur qui aime les défis et c’est ça qui fait de lui un grand ! Adapter un livre réputé « inadaptable  », réaliser un film sur Facebook (la présence d’Internet, impliquant la collecte d’informations personnelles sur des citoyens, reste un grand tabou aux Etats-Unis), mettre beaucoup de moyens dans des films qui étaient censés être à petit budget...En gros, il n’en fait qu’à sa tête, et ça marche. En même temps, après les nombreuses mésaventures rencontrées sur Alien 3, dont il a perdu le « final cut » (les décisions finales de montage) pour une question… de fric, on comprend que le Génie ai poliment levé son majeur devant les projets ne lui permettant pas d’exprimer son regard artistique.

Vous, chers lecteurs, avez surement déjà vu un film de David Fincher et il est fort probable (et même sur !) que vous l’ayez adoré. Si je vous dis Fight Club, The Social Network, Zodiac, Seven ou plus récemment Gone Girl… Si vous n’avez vu aucun de ces films, courrez vous les procurer chez un vidéoclub (ou la version encore disponible de Popcorn Time) parce qu’ils sont simplement jouissifs. Si l’on y regarde de plus près, la tension ainsi que les personnages à la personnalité complexe et torturée sont sa marque de fabrique, mais ce que j’aime le plus c’est son humour souvent un peu noir qui s’insinue dans ses films, amené dans les scènes par une ironie glaçante et fataliste. Le soin apporté à l’image est également une caractéristique première chez Fincher, une de celles qui me donne envie de m’extasier devant chacun des plans de ses films. Il tient sans doute cette précaution de son travail dans la publicité (à moins que ce ne soit l’inverse). En effet, le MAÎTRE du thriller (mais pas que) est un grand perfectionniste qui combine précision et complexité de l’intrigue avec un attachement prononcé pour l’esthétique, sombre et dérangeante, révélant son regard sur la société actuelle et son fonctionnement. C’est ce style froid mais maîtrisé, mettant en exergue les « obsessions » de Fincher telles que la quatrième dimension, la paranoïa, la

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manipulation ou la vie face à la peur de mourir, qui le rend fascinant à tout point de vue. Une autre caractéristique notable de Fincher, celle qui fait qu’à la fin du film je ne suis jamais déçue, c’est cette dimension mystérieuse qu’il instaure et qui amène le spectateur à croire que l’histoire part dans tous les sens, pour qu’il réalise ensuite que tout était parfaitement huilé. Derrière le masque de maître du questionnement alambiqué se cache donc un véritable génie, que dis-je, un Dieu de l’image et des intrigues finement menées. Mais plutôt que d’essayer de vous convaincre encore et encore du talent certain de David Fincher, autant vous donner ce simple conseil : allez voir ses films !

- Roxane Benetti

- Roxane benetti Jeune curieuse ne se cachant pas d’aimer autant le cinéma d’auteur, le cinéma de genre et les blockbusters que les films d’animation Disney. Pour elle, un film est bon quand il répond aux attentes du spectateur mais il devient génial quand il le surprend par ses détails et sa mise en scène. D’apparence bon public, il est pourtant préférable de se méfier de l’eau qui dort…


FESTIvAL

© Cinélatino

Chers lecteurs ! Nos chroniqueurs vous préparent un belle surprise ! A l’occassion du 28e festival Cinélatino, notre équipe va couvrir l’événement en partenariat avec la webradio étudiante Good Morning Toulouse. Nos petits rédacteurs vous feront part de leurs rencontres et de leurs expériences cinématographiques dans un Hors-Série prévu pour avril ! En attendant, restez connectés !

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© Reene Arns

Interview

La rencontre Interview avec Clément, assistant de production « Bonjour Clément, parle nous un peu de ton parcours. »

« J’ai commencé mes études universitaires par une Licence d’Histoire de l’Art et Archéologie, mais j’avais dès le départ l’intention de m’orienter vers le domaine audiovisuel et le cinéma. Par la suite j’ai tenté le concours de l’ESAV à Toulouse, sans succès, et j’ai été dans le même temps accepté en Master Arts, Communication et Médias de l’Université Jean Jaurès, parcours professionnel Etudes Cinématographiques. Ce qui m’a attiré vers cette formation est sa dimension professionnalisante, et le temps qui y est consacré à la pratique, que ce soient des stages, des rencontres avec des professionnels du milieu ou des ateliers pratiques. Durant les deux années de ce Master, j’ai eu l’occasion de rédiger deux mémoires professionnels axés sur des questions de production en région et sur l’engagement du public dans l’audiovisuel français. Mon objectif via cette formation était la rencontre et la constitution d’un réseau

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de contacts dans le secteur audiovisuel. Pour ce faire, j’ai effectué trois stages en milieu professionnel, à Prodigima Films, à France 3 Midi­Pyrénées et aux Films Figures Libres. C’est suite à ce dernier stage que j’ai été embauché par cette société, qui m’a proposé un contrat commençant au 1er septembre. »

« Présente nous cette société et tes missions au quotidien en tant qu'assistant de production. » « Les Films Figures Libres est une petite entreprise de production audiovisuelle


créée en 2000 à Toulouse, et qui compte trois employés permanents. Elle produit en moyenne trois à six films par an, majoritairement des documentaires de 52 minutes, de la recréation de spectacles vivants et des longs ­métrages destinés aussi bien à la télévision qu’à une sortie en salles. Le travail du producteur est dense et diversifié, son objectif est de mener à bien la fabrication d’un film, en faisant s’articuler les nombreux corps de métiers amenés à intervenir dans le processus de production. Mes missions en tant qu’assistant de production vont de la réception d’un projet de la part d’un auteur, à l’état d’ébauche ou de scénario complet, à la phase de développement, pendant laquelle il faut donner un avis et commencer à démarcher les partenaires. Après avoir étudié la viabilité du projet, la pré­ production peut être lancée. Cela consiste par exemple en l’estimation d’un budget prévisionnel et l’établissement d’un plan de tournage. Enfin, lors du tournage à proprement parler, la production assure liaison et communication entre les différents intervenants, et éventuellement une présence sur les lieux de tournage. Puis vient la postproduction et le montage. Durant toutes ces étapes, nous travaillons sur différents dossiers aussi bien artistiques qu’administratifs avec les chaînes, le CNC, les fonds régionaux, etc. »

« C’est un milieu qui offre une grande diversité, dans la mesure où il est nécessaire de toucher un peu à tous les aspects du processus de création d’un film. On doit constamment acquérir des connaissances nouvelles et s’intéresser à des domaines d’expertise et de compétence que l’on ne maîtrise pas forcément. Cela amène de la nouveauté en permanence, chaque film est unique et propose un système de réflexion et d’organisation qui lui est propre. Chaque projet permet de nouvelles rencontres avec des gens passionnés, dynamiques et compétents, auteurs ou techniciens, ce qui est très enrichissant d’un point de vue personnel et professionnel. Enfin, c’est un milieu concurrentiel dans lequel il faut se faire une place, surtout pour un étudiant fraîchement diplômé. »

- Interview de Lola Gouin et Gonzo Bob

- Clément 25 ans

Ancien étudiant du Master Arts, Communication et Médias de l’Université Toulouse Jean Jaurès

« Quels sont les aspects qui t'intéressent le plus dans ce métier ? »

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Assistant de production à Les Films Figures Libres


Chronique

Lettre

d'amOur à un SS Cher SS, je vous aime. Pardonnez cette introduction pour le moins audacieuse mais c’est la vérité nue. Vous et moi, c’est une vieille histoire qui remonte à avant même ma naissance. En effet, ma tendre génitrice passa la plupart de sa grossesse à regarder en boucle vos faits d’arme sur notre poste de télévision. Le fœtus que j’étais s’est développé bercé par le doux bruit de vos poings écrasant les maxillaires et broyant les côtes de vos adversaires, sous le délicat cliquetis de vos mitraillettes transperçant la chair et l’harmonieux râle d’agonie de vos ennemis. Mon enfance pourtant se passa loin de vous : je savais tout de vous sans vous avoir encore vu de visu, le ventre de ma mère n’étant pas transparent. Il faudra attendre mon adolescence et les premiers émois pour qu’enfin j’ose vous regarder, vous approcher.

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Et quel choc ! Commencer mon initiation par vos débuts et suivre votre carrière qui illustrait si bien les tourments que je ressentais en moi à cette période fût une bénédiction. Vous voir combattre pour votre vie et vos valeurs (qui devinrent en partie les miennes) était une libération face à la médiocrité de mes contemporains. Vous m’avez probablement sauvé d’une vie morne et pathétique qui se serait achevé sans éclats. Oui, j’ose le dire, vous fûtes mon prophète et vos œuvres, mon illumination. Il ne se passe pas un instant où face à l’adversité, je ne me demande « Que ferait-il  ? Qu’elle attitude adopterait-il  ?  » Aussi, permettez moi de vous réitérez ma déclaration  : Sylvester Stallone, je vous aime ! Avec Charlie Chaplin et Orson Welles, vous étiez les seuls à être nominé à la fois pour le meilleur scénario et le meilleur acteur à l’académie des Oscars (et vous les gagnerez !). Avec Harrison Ford et votre ami Arnold Schwarzenegger, vous êtes les seuls acteurs à incarner deux héros dans deux sagas mythiques du cinéma : Rocky Balboa et John Rambo pour vous, Han Solo et Indiana Jones pour Ford, Terminator et Conan pour Schwarzy. Votre pugnacité lors de la production de Rocky afin d’obtenir le rôle éponyme inspira tant de jeunes comme Matt Damon qui vous a d’ailleurs remercié publiquement pour cela il y a peu. Et quel talent - injustement peu reconnu - vous possédez puisque vous scénarisez

pratiquement chacun de vos films depuis 1977 : les modifications apportées à Rambo dans First Blood, tiré du livre de David Morell, enrichissent tellement le personnage. Et Rocky ! Vous extériorisez si magnifiquement les embûches que la vie parsème sur votre chemin dans cette saga. Nulle biographie narrera mieux votre existence que ces films. Alors que l’on vous croyait définitivement grillé, kaputt, has been malgré une prestation exceptionnelle dans Copland où vous écrasez en « acting » Robert de Niro et Harvey Keitel, vous ressuscitez et ramenez de l’enfer vos camarades d’action movies dans The Expandables, un titre qui fait un joli pied de nez à l’attitude des studios envers vous. Aujourd’hui, vous incarnez pour une ultime fois (quoiqu’il ne faut jamais dire jamais) Rocky Balboa dans Creed, Rocky’s Legacy. A l’instar d’un Gabin, vous passez le témoin à une jeune génération, les accompagnants dans un rôle de figure tutélaire qui vous va à ravir. L’académie des Oscars vous a nominé au côté de Christian Bale, Tom Hardy, Mark Ruffalo et Mark Rylance pour le meilleur second rôle. Vous avez été récompensé aux Golden Globes pour ce même rôle. Il était temps que vos pairs reconnaissent votre valeur. Alors pour conclure, permettez-moi cette locution latine Ave Sly, spectati te salutant ! »

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- The Watcher


Infos Ciné

- La Cinémathèque -

INFOS Dans le cadre du rendez-vous « 50 ans, 50 moments de cinéma » qui célèbre chaque mois depuis plus d’un an les cinquante ans de la cinémathèque de Toulouse, deux programmations sont prévues pour le mois de février : - Moment 48 : Hommage à Sessue Hayakawa le 13 fév - Moment 49 : Extrême Cinéma donne carte blanche au cinéma bis de la Cinémathèque française le 20 fév Où : Cinémathèque de Toulouse - 69 Rue du Taur, 31000 Toulouse

Hors Campus

- Cinéma ABC -

Nouveauté cette année, certains samedis du mois, à 15h, l’ABC diffuse les ballets et les opéras du ROYAL OPERA HOUSE de Londres. Samedi 20 Février : Rhapsodie/Les deux pigeons, chorégraphies de Frederick Ashton Où : Cinema ABC Toulouse 13 rue SaintBernard, 31000 Toulouse

Site web : www.lacinemathequedetoulouse. com/

© ABC-Toulouse

© France 3 / Culture Box

Plus d’informations et réservations sur : www.abc-toulouse.fr/ evenements.html

- Sorties en salles en février 2016 à ne pas louper -

- Deadpool (Action, aventure) de Tim Miller - Peur de rien (Comédie dramatique) de Danielle Arbid - Ave, César ! (comédie, comédie musicale) de Joel et Ethan Coen - Ce sentiment de l’été (Drame) de Mikhaël Her - The Revenant (Western, aventure) d’Alejandro González Iñárritu -La fabuleuse Gilly Hopkins (Comédie) de Stephen Herek


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Les pépites du 7ème art selon nos chroniqueurs

- La Fabrique, UT2J Les étudiants de la section Cinéma du Centre d’Initiatives Artistiques du Mirail (CIAM) vous accueillent le jeudi 18 février à 16h30 pour la projection de Loin de Verdun (film documentaire de Xavier Delagnes réalisé en 2015). Cette projection sera suivie d’un débat animé par Hilda Inderwildi en présence du réalisateur

- La Fabrique, UT2J -Le Cinéma CinéMirail Gaumont Le collectif Pathé (CIAM) vous-accueillent le mercredi 17 février Jacques Weber jouera pour la 13ème Nuit surduscène son spectacle Cinéma. Cette inédit Eclats de vie, créé manifestation gratuite spécialement pour le se déroulera de 19h à cinéma, direct et matin. 07h le en lendemain uniquement au cinéma Plusieurs longs métrages Gaumont Wilson, le et courts métrages lundi 18 janvier 20h. seront diffusésàainsi Oùque : Cinéma Gaumont des animations, des Wilson – 3 Place spectacles, des du pauses Président Thomas dînatoires et quelques Wilson, 31000 surprises quiToulouse seront

Gonzo Bob : Le Grand Saut - Joel et Ethan Coen, 1993 The Watcher : Flash Gordon - Mike Hodges, 1980

CINé

Où : La Scène de La Fabrique située à l’entrée de l’Université Plus d’informations au près de : ciam@univ-tlse2.fr

Campus

proposés tout au long de Plus d’informations et la nuit. réservations sur : www. cinemasgaumontpathe. Où : La Scène de La com/cinemas/cinemaFabrique située à l’entrée gaumont-wilson/ de l’Université Plus d’informations sur leur page facebook CinéMirail et réservations auprès de : ciam@univ-tlse2.fr

Adeline : Boy A - John Crowley, 2007 Roxane : Donnie Darko - Richard Kelly, 2002 Simon : Les Sentiers de la gloire Stanley Kubrick, 1957 SACHA : The Sunshine Boys Herbert Ross, 1975 MARIE : Dead Man Talking Patrick Ridremont, 2013

- Adeline Dekockelocre


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Magazine L'écran Février 2016  
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