Magazine L'Ecran Février 2020

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n°28


Édito

manny CALAvERA Rédacteur en chef

Comme chaque année, février est le mois où l’on se prend une soudaine fascination pour la spéculation cinématographique. Oui, cette fièvre de la valeur d’une œuvre et de la juste récompense qu’elle doit logiquement en tirer par son passage sur le podium fièrement dressé par une industrie qui s’auto-congratule. Et, fatalement, en « bon français » qui a la critique facile, c’est aussi une période où l’on se prend aussi l’envie de déglinguer toutes ces cérémonies parfois si consensuelles, si conventionnelles (le préfixe « con- » pourrait même se suffire à lui-même, diront certains esprits taquins) qu’elles ressemblent à des garden party de pingouins costumés venus récolter les louanges de leurs semblables, en toute mondanité assumée. Au final, je me retrouve moi-même dans une ambivalence pour le moins étrange, à redouter un nouveau triste sketch d’un maître de cérémonie en plein gouffre d’inspiration tout en me félicitant que ces estrades de strass et de paillettes soient l’opportunité pour le cinéma, le vrai, d’être récompensé à la vue de tous. La vérité étant bien souvent au milieu et assumant totalement cette schizophrénie chronique (il paraît qu’il faut dire « dissonance cognitive », aujourd’hui), faisons simple et parlons statuettes et compressions métalliques dorées ; c’est l’heure des Oscars et des César. Si les nominations des récompenses françaises n’ont pas encore filtré à l’heure où ces lignes sont écrites, on peut sans nul doute mettre un billet sur les deux films français qui ont le mieux tiré leur épingle du jeu cette année 2019, à en juger par les distinctions ramassées jusqu’à tout récemment. Je veux bien sûr parler de Portrait d’une jeune fille en feu (Céline Sciamma) et de Les Misérables (Ladj Ly). S’il y a bien deux films qui repartiront de manière quasi obligatoire avec une récompense, c’est bien eux, tant leur parcours est pavé d’or : Prix du scénario à Cannes et nominé aux Golden Globes pour le premier, Prix du Jury cannois et nominations aux Golden Globes ET aux Oscars pour le second… Pour nos deux petits frenchies, ça laisse rêveur ! On pourra sans doute s’attendre à quelque chose pour J’accuse, le dernier long-métrage de Roman Polanski, avec le lot de huées et d’indignations (mal placées ?) que l’on imagine. Remarquez, ça mettrait un peu d’ambiance ! On va voir comment Florence Foresti, de nouveau maîtresse de cérémonie, arrive à gérer cet aspect devenu quasi inévitable de la

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manifestation (et de bien d’autres, autour du monde, depuis la chute de Weinstein). On pourrait même s’attendre à quelques blagues de la part de l’humoriste qui aura fort à faire pour remonter les audiences laissées dans les bas-fonds l’édition précédente (plus mauvais score pour les César depuis 2010 ; oui, Kad, c’est de toi qu’on parle). Sinon, du côté de L’Écran, on aimerait sans doute voir apparaître les titres de Le Chant du Loup (Abel Lanzac) et de Le Daim (Quentin Dupieux) dans le palmarès ; le premier parce que cela fait un bien fou de voir qu’on fait encore du cinéma de genre en France, et le second parce que le déjanté Quentin (Mr Oizo pour les intimes) n’a jamais eu les honneurs du cinéma français alors qu’il incarne sans doute l’OVNI le plus remarquable du 7e art hexagonal de cette dernière décennie ! Et parce que faire son dernier film avec Dujardin en vedette, merde, ça doit valoir quelque chose ! Rendez-vous vendredi 28 février pour les délibérations… Côté États-Unis, ça se jouera plutôt le 9 février prochain. Comme il est d’usage de les anticiper, rappelons que les Golden Globes se sont déroulés début janvier et qu’ils sont, chaque année, posés comme un indicateur « valable » du palmarès à venir des Oscars. Une sorte de prémonition énoncée frénétiquement autour d’une table de spiritisme embrumée d’encens haut de gamme, si vous voulez. Pour ce qui est des films donc, Joker (T. Phillips), The Irishman (M. Scorsese), Once Upon a Time in Hollywood (Q. Tarantino) et 1917 (Sam Mendes) devraient repartir avec au moins une statuette sur leur dizaine de nominations chacun. On y retrouvera également Parasite, le lauréat de la Palme d’Or 2019 signé Bong Joon-Ho qui n’en finit plus de décrocher la timbale, surclassant les français Sciamma et Ly aux Golden Globes. On saluera au passage la pique lancée par le Sud-Coréen à l’impérialisme culturel et exclusif de nos chers amis américains : «Une fois que vous aurez surmonté la barrière des sous-titres, vous découvrirez tellement plus de films magnifiques !». Une bien élégante manière de rappeler qu’un film étranger en version originale n’a semble-til que très peu de chances d’apparaître en bonne place au box-office étasunien. Une bien élégante manière de rappeler aussi que cette tendance prend souvent une forme bien plus désespérante : le remake, avec des acteurs américains, dans un contexte américain, et assez peu de scrupules. Toujours est-il que Parasite remporte déjà une victoire : celle de faire partie des dix films non américains de l’histoire à être nominés pour l’Oscar du meilleur film. Reste à savoir si les aptitudes prémonitoires des Golden Globes se révéleront justes à nouveau et que l’œuvre coréenne déboute à nouveau le film de Ladj Ly qui est en lice pour faire la fierté d’un (autre) cinéma français, celui du réel et de ceux qu’on a tendance à oublier.

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Sommaire

PRENEZ PLACE éditorial

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. L’effet Rashomon, ou les histoires à tiroir Par Stella

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. Le Ring :

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You, Saison 2 Par Listener Jeux de baston VS gestion Supertramp VS The Watcher

. Rétrospective :

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Fallout 76 Par Supertramp

. Gus Van Sant Par Chloé

Photo couverture : pixabay.com Chef rédacteur : Manny Calavera Maquettiste : Lola Canales Rédacteurs : Chloé Naberac, Supertramp, The Watcher, Doc Aeryn, Listener, Stella, Kinothérapeute Correctrice : Adeline Dekockelocre

LA rencontre

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. Box-office :

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. Yeo Eun-a Réalisatrice de Motel Rose Par Doc Aeryn

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À NE PAS LouPER

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Critique

BOX-OFFICE

CRITIQuE BOX-oFFICE

© Netflix

You, saison 2 De Greg Berlanti, & Sera Gamble ( 2019 ) Pour un flirt avec toi, You ferait n'importe quoi Salut toi. Qui es-tu ? Puisque tu as ce magazine entre les mains, je dirais… étudiant-e ? Intéréssé-e par le cinéma, les séries, sans doute… Ou tu étais juste dans les parages et tu cherchais de quoi passer le temps. Un peu comme quand tu t’es mis devant la saison 1 de You sur Netflix, pour finalement la dévorer intégralement en deux jours.

tueur (en série), menteur, agresseur- inutile de rayer la mention inutile, il n’y en a pas. Bien que la série ait pour protagoniste un homme absolument détestable, elle avait l’avantage d’être sournoisement efficace. La première saison s’achevait de surcroît sur la promesse d’un antagonisme endiablé entre Joe et Candace, l’ex revenue d’entre les morts.

You, tu sais, c’est l’histoire de Joe Goldberg, ce harceleur, stalker, creep,

Alors, oui, t’avais envie de la voir cette nouvelle saison... Peut-être même que tu

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Mais alors qu’est-ce qu’elle raconte cette saison, en fait ? Parce que tu as beau y réfléchir, tu as du mal à saisir le propos, l’histoire, l’enjeu, le sens, la raison de tout cela. Dans la saison 1, tu t’imaginais que la série épinglait férocement la figure du nice guy, ce mec tout gentil tout beau, pour te balancer dans la face que non, il n’existe pas et que oui, un nice guy peut être un agresseur, tueur, etc., tout en restant persuadé d’être “quelqu’un de bien”. Maintenant que tu as vu la saison 2, tu te poses des questions… Est-ce que tu n’as pas rêvé tout ça ? Et si la série avait été mauvaise, depuis le début… ? Cette saison annonce pourtant un projet intéressant : faire comprendre au nice guy qu’il n’est pas un nice guy, un projet certainement utopiste, mais soit. Sauf que niet, ce n’est visiblement qu’une idée en l’air dont on ne parlera plus.

l’attendais de pied ferme. Quelle ne fut pas ta désillusion devant ces dix épisodes pénibles et, contre toute attente, ennuyants au possible ! Avec cette saison, You se perd et te perd, à oser tout et surtout n’importe quoi. D’entrée, tu te méfies : voilà que la série verse bien plus dans sa veine “dexterienne” qui, pour être honnête, ne lui va bien qu’à petite dose. Candace ? Un gâchis ! Les facilités ? Multipliées ! Tu te reprends : la première saison abusait elle aussi des grosses ficelles mais tu ne lui en tenais guère rigueur. Non, c’est pas la série le problème, c’est sûrement toi... D’ailleurs, You le sait. You aime se jouer de toi et de tes réflexes de spectateur, You te contraint à un soap sans acidité et peu à peu t’en révèle les bas-fonds à mesure qu’enfin, la saison reprend de sa verve. Voilà même que tu te surprends à détester Candace alors que tu aurais presque fantasmé à la fin de la saison 1 que la série ose un vrai revenge drama sans foi ni loi en adoptant non plus le point de vue de Joe, mais le sien. Que nenni. L’audace, le culot et You, c’est un grand mensonge. Et… Oh non, serais-tu en train de compatir pour Joe ? ...Il a eu une enfance si triste ! Non, ça suffit, souvienstoi : Joe Goldberg est un harceleur, stalker, creep, tueur (en série), menteur, agresseurinutile de rayer la mention inutile car il n’y en a toujours pas. Oui, tu le reconnais, même sans adhérer à cette deuxième saison, elle a le mérite d’interroger ton regard de spectateur et de moquer gentiment tes réflexes d’identification.

You mise en réalité sur une variation de sa première saison, avec quelques twists, dans un décor LA-sien qui, en soi, est l’un des éléments les plus rigolos de cette saison. Pour le reste, c’est simplement un remix pâlot et paresseux d’une tenue narrative au mieux bancale, au pire complètement foireuse, et d’une réalisation peu inspirée voire carrément ringarde. Tu le sais déjà, il y aura une saison 3. Faut-il donner à ta relation avec You une deuxième chance ? Au fond, maintenant, tu sais à quoi t’en tenir. Allez, sans doute trouverastu le temps de netflix & chill un dimanche d’automne avec You. - Listener -

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Chronique

CHRonique © Allociné

L'effet rashômon, ou Les histoires à tiroir Dans le Kyoto médiéval, trois hommes s’abritent sous un temple pour échapper à la pluie. Un samouraï vient d’être assassiné, et chacun prétend être impliqué dans l’histoire. Tour à tour, les trois étrangers font leur propre récit du drame, mais aucune histoire ne coïncide… En 1950, Kurosawa réinventait le récit non linéaire dans ce film qui donnera son nom à un ingénieux procédé scénaristique : l’effet Rashōmon. Au lieu de se dérouler d’une traite, le récit se fait et se refait sans cesse, nous dévoilant à chaque fois une version de la vérité. Kurosawa n’a

bien sûr pas inventé ces “histoires à tiroir” qui existent depuis la nuit des temps (Rashōmon est d’ailleurs inspiré d’une légende médiévale), mais il est l’un des premiers à utiliser les outils du cinéma pour remettre en cause la notion de vérité, qui n’est qu’affaire de points de vue. L’effet Rashōmon a donné quelques films parmi les plus géniaux et stimulants de ces dernières années, dans lesquels le spectateur devient enquêteur, et la caméra objet de méfiance. L’histoire à tiroir type, c’est le récit policier où l’on fait face à plusieurs

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témoignages contradictoires. Si vous aimez vous faire retourner le cerveau, je ne peux que vous conseiller Usual Suspects (Bryan Singer, 1995). Plus récemment, le thriller Seules les bêtes (Dominik Moll), petite pépite française de décembre dernier, s’ouvre sur une simple disparition en montagne pour révéler une affaire à l’ampleur et aux ramifications insoupçonnées, à mesure que les différents protagonistes nous partagent leur point de vue.

les trois plus dangereux guerriers du royaume. Ici encore, plusieurs versions de l’histoire sont énoncées. Si les affrontements ont bien eu lieu, les enjeux émotionnels des personnages changent radicalement d’une histoire à l’autre et l’on prend plaisir à revoir les combats (d’une mise en scène et d’une photographie époustouflantes) sous d’autres angles, qui nous font reconsidérer le bien et le mal. Le thriller Mademoiselle, de Park Chan-Wook (2016), fait également très fort dans ce domaine. Entre les murs d’une riche propriété japonaise dans la Corée colonisée des années 30, des évènements impliquant une servante, sa maîtresse et un comte nous sont racontés avec trois perspectives différentes, qui chamboulent complètement le spectateur. Les dialogues, les images et les rapports entre les personnages résonnent très différemment au cours du film, qui est à la fois une arnaque,

Mais l’effet Rashōmon ne se cantonne pas aux polars. C’est plus largement une manière pour le film de réfléchir à sa propre narration, et de jouer avec le spectateur et son rapport aux personnages. Cela peut donner, en toute subjectivité, l’un des plus beaux drames d’arts martiaux jamais réalisés, Hero de Yimou Zhang (2002). À l’époque des royaumes combattant en Chine, un homme appelé Sans Nom raconte au roi comment il a vaincu

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© The Jokers


une trahison, une romance et une émancipation.

Peter Spierig, 2014). Je ne pourrai pas en dire beaucoup de peur de vous gâcher le plaisir, mais l’intrigue repose sur des voyages temporels et Ethan Hawke joue l’un des personnages principaux, deux raisons que j’espère suffisantes pour vous embarquer dans ce scénario absolument déroutant.

Si l’effet Rashōmon, c’est raconter à nouveau ce qui a déjà été dit, cela peut évidemment s’appliquer au fantastique et à la science-fiction, que ce soit avec des univers parallèles ou des voyages dans le temps. Ce qui ne veut pas dire que tous les films de voyages dans le temps utilisent ce procédé, car il faut tout de même que le scénario joue suffisamment sur cette idée de réécriture. Il y a un film qui vaut particulièrement le détour, en ce qu’il constitue l’un des plus grands bouleversements scénaristiques que j’ai vus. Quand je parlais de retournement de cerveau, Usual Suspects apparaît à côté comme un long fleuve tranquille. Il s’agit de Prédestination (Michael et

On pourrait également citer le très divertissant À couteaux tirés (Rian Johnson, 2019), mais aussi Mystery Train (Jim Jarmusch, 1989) dans le genre “faux” policier, ou encore le déchirant L’effet Papillon (Eric Bress et J. Mackye Gruber, 2004)… Autant de films aux scénarios inventifs qui montrent combien le cinéma, qui compose avec ce que l’on voit et ce que l’on ne voit pas, se prête à l’expérience subjective. - Stella -

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© Metropolitan Films Export


RING

Critique

LE RING

© Capcom / ChuckleFish - Montage L’Ecran

Jeux de baston VS jeux de gestion Dans les temps immémoriaux, alors que les guerriers se réchauffaient les muscles au coin du feu après une journée harassante passée à piller et ruiner des empires, le chef de guerre Calavera lança à l’assemblée rutilante : Quel est le plus grand plaisir de la vie ? Gonzo Bob ne put lâcher qu’une éructation éthylique en guise de réponse. La feminazgul Dolores tenta un “La trilogie de La Momie ” qui s’évanouit dans les crépitements du feu agonisant. Supertramp et The Watcher s’égosillèrent à l’unisson “Écraser ses ennemis, les voir mourir devant soi et entendre les lamentations de leurs femmes”. “Mais de quelle manière ?” soupira narquoisement Calavera se régalant d’avance de l’affrontement amorcé.

let's fight ! 11


The Watcher : Le perfect avec un enchaînement pied long, pieds court x3, uppercut et chop aérien est la meilleure façon de savourer l’amertume d’une humiliante défaite pour un adversaire dans un jeu de combat.

Supertramp : Quand le doigt appuie sur la souris, l’imbécile regarde le doigt. Et je pense que dans ton cas, il n’y a que les nerfs qui font marcher tes doigts et font fonctionner ton cerveau. C’est quoi le principe d’appuyer sur trois boutons ? Les jeux vidéo, c’est fait pour réfléchir. Si tu veux taper sur quelque chose, va le faire dans la vraie vie. La gestion, c’est fait pour l’écran, la baston pour les gens qui savent pas aligner deux phrases sur leur partie sans dire “YIHA”, “PAM”, “PAM” et “BOUM”.

The Watcher : Les raccourcis clavier ne sont pas des vraies commandes. Les chop à 3 boutons ou les quarts de cercle croix+rond/A+B demandent plus de dextérité et de savoir-faire qu’un clic gauche. Le gameplay des jeux de stratégie est à peine digne d’un titillage de clitoris.

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Supertramp : C’est pas en me sortant tes pseudoformules mathématiques que tu vas me faire croire que tes jeux ont une profondeur… Ce sont des genres d’étrons qui auraient dû rester sur des arcades au fond d’une boutique remplie de pédophiles. Reparle-moi quand tu pourras gérer une entreprise avec des flux distants du marché, micromanager tes ressources, et pas bourriner la même touche pour lui exploser la gueule. Hein, paysan ! L’ennemi, faut le ruiner ; pourquoi tu penses que le capitalisme a vaincu le communisme ? Alors dis-moi, comment tu vas poser ton combo quand t’auras attrapé la crampe du branleur ? Attends que j’envoie mes sous-fifres pourrir ta maison et vomir dans ta cuisine…

The Watcher : Aucune victoire par intermédiaire n’est plaisante : noyer l’écran de troupes qui le font lagger ne remplacera jamais le doux son d’une Fatality sanguinaire. Et la délicieuse éruption sanguine dans l’entrejambe, lorsque tu éjectes ton adversaire du ring en quelques secondes ? Le bourrinage n’empêche pas d’être un minimum stratège avec le choix du combattant selon les caractéristiques de l’opposant. Suffit pas de mettre des citations de Sun Tzu en écran de chargement pour en comprendre le sens ! Le jeu de combat est le jeu roi qui demandera d’utiliser chaque parcelle de tes aptitudes et talents pour vaincre, et c’est cette exigence qui rend la victoire si belle.

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La Rencontre

LA RENCONTRE © L’Écran

Rencontre avec Yeo Eun-a Réalisatrice de Motel Rose ( 2018 ) et de cocoon ( 2015 ) Merci à Yeo-Eun-a et au Centre Culturel Coréen de Bruxelles pour le temps qu’ils nous ont accordé en marge du Festival du Film Coréen de Bruxelles, et pour la traduction pendant l’interview. Est ce que vous pouvez nous en dire plus sur vous, vos influences, et vos études ? J’adore dessiner depuis que je suis toute petite, mais j’avais pas vraiment une décision définitive sur mon avenir. (...) Quand j’ai fini mes études c’était dans le département de la gestion des jeux-vidéos. Avant la remise de diplôme, y’avait une sorte d’exposition à faire. Et comme j’ai fait gestion des jeux vidéos, j’ai essayé de faire de l’animation avec des jeux vidéos. Par hasard il y avait un réalisateur de films d’animation et il m’a laissé un message, je l’ai rencontré après et il m’a proposé de suivre ce chemin là. (...) Je ne pense pas être très influencée par les oeuvres d’art mais plutôt par les faits divers, ce qui arrive dans le réel. Quand j’écoute la radio, il y a toujours des histoires que les auditeurs envoient à la radio… ce genre d’histoire m’inspire.

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J’ai ensuite une question sur l’évolution du style visuel entre Motel Rose et Cocoon. En effet, avant de commencer un projet il n’y a rien de prévu, rien de décidé. Justement, si je parle de Cocoon, c’est une histoire sur la famille, qui force vraiment la violence… Comme vous avez vu, il a un parasite, qui est la mère, alors tout est mélangé, c’est un peu un monstre. A ce moment là, je me disais, on a pas besoin vraiment de la couleur. Alors naturellement, c’est devenu en noir et blanc. Mais par contre, quand j’ai fini le scénario de Motel Rose, j’ai essayé de comprendre un peu plus ce genre d’endroit (le motel rose) donc j’ai visité plusieurs fois le quartier des prostituées donc évidement il y avait plein plein de couleur, et surtout le rose était dominant. Ou également les motels, ce sont les hébergement un peu kitsch (...) mais ça existe comme décoration, et donc naturellement j’ai été influencé par ces couleurs. Et aussi pour mon prochain projet, comme il y a aucun chose qui est décidé, je ne sais pas quel genre de style je vais faire. Au Q&A hier, vous aviez dit que ce serait la couleur orange ? Si je vous dévoile un peu les détails de mon prochain projet, oui, j’utilise beaucoup la couleur orange. C’est une histoire sur un parc de jeux pour enfant, mais abandonné. (...) J’ai capté justement la couleur orange, mais je voulais souligner cette couleur, cette atmosphère mais toutes les autres choses sont présentées en noir et blanc. Vos films évoquent pleins de thèmes différents, mais le thème qui m’a marqué, c’est celui de l’enfermement. En effet, toutes mes oeuvres sont une façon de me soigner moi-même (...) Certains disent que tous les humains sont un peu comme des îles, qui flottent dans la mer. Donc on peut jamais être lié l’un à l’autre. Quand j’ai essayé d’exprimer mes sentiments à ce moment là, il y avait des immeubles sans fenêtre parce que je me sentais vraiment enfermée dans un endroit, mentalement. Par exemple si je parle de Motel Rose il y a même un tunnel pour aller dans le quartier des prostituées, et donc, j’ai toujours essayé d’exagérer distinctement la rupture et la distance entre ce monde et le nôtre, qui ne peut jamais se réconcilier. Et aussi ça existe dans le réel ce genre de chose. Pas forcément… géographiquement, mais par exemple juste derrière ce bâtiment s’il y avait un quartier de prostituées, les gens n’oseraient pas y aller. Alors justement il y a une certaine barrière qui nous bloque d’y aller. Je voulais exprimer un peu ce genre de conflit, ce genre d’enfermement qu’on peut pas surmonter facilement.

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D’un point de vue tout à fait extérieur, pourquoi les films coréens réalisés par les femmes sont aussi violents et cruels ? Pas forcément physiquement, mais sur la violence de la vie réelle. (...) Dans l’inconscient, on pense que les femmes ne peuvent pas vraiment parler de ce genre de chose, violemment comme ça. Voilà. Donc, dans le film, Motel Rose, Mina et Anna elles sont des fillettes, donc si elles ne restent pas à l’intérieur de la famille, elles deviennent directement des proies, des victimes de la société. C’est une histoire à la base réelle. Si vous deviez faire découvrir un film au public européen, lequel ce serait ? Quelle serait votre pépite ? Un film qui est moins connu et dont je voudrais vous parler est Pa-dak pa-dak (2012), réalisé par Lee Dae-Hee (...) Donc, c’est une histoire, à propos des poissons qui sont dans l’aquarium du restaurant de poissons. En Corée, le marketing n’était pas très bon pour ça, parce que ça a été considéré comme une animation pour enfant, mais ce n’est pas du tout pour les enfants. Ca parle plutôt de la vie réelle de la société coréenne aussi. Donc je dirais que je vous recommande de voir ce film.

Propos recueillis le 02/11/2019 par Doc Aeryn & The Watcher Retrouvez l’interview complète sur asso-lecran.fr

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© Imdb


RÉTRO

Critique

CRITIQue

rétroSPECtIvE

© Bethesda

Fallout 76 La guerre ne changera jamais, mais Bethesda si.

Nous revenons sur l’un des plus gros échecs de lancement vidéoludique de la décennie : Fallout 76 sorti en 2018 et développé par le studio Bethesda. Comme chaque jeu de la franchise Fallout, vous vous réveillez dans un monde post-apocalyptique, ici Appalachia, et tentez de survivre dans environnement hostile en ramassant des objets pour fabriquer des armes et des outils. Le grand changement du petit dernier de la franchise est que

le jeu peut se jouer en ligne. Après The Elder Scrolls : Online ou TESO (Bethesda, 2014), Bethesda s’attaque à l’une de leur franchises les plus connues en y attachant un multijoueur massif où chacun évolue dans son environnement préféré. Le jeu répond à toutes les attentes niveau graphismes puisqu’il est très beau. Plusieurs décors sont disponibles et l’on retrouve vraiment les petits

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détails qui ont fait de Fallout un des meilleurs jeux post-apo dans l’industrie vidéoludique. Fallout 76 a une vie, une âme, l’attention est apportée aux débris de maisons, aux camps de fortune établis par de supposés survivants, les enregistrements et les lettres laissés à l’abandon pour témoigner d’une époque révolue. Fidèle à ses prédécesseurs, le jeu raconte une histoire intéressante avec des quêtes somme toute divertissantes. De plus, il laisse une trace de l’attitude humaine face à la guerre et à la survie de leur espèce : War never changes.

de PNJ, pas de véritable vie autre que les ennemis que l’on peut rencontrer. Les décombres parlent, mais moins que les survivants, et l’on a tendance à se sentir bien seul lorsque l’on décide de jouer offline à Fallout 76… Et quand on tente de jouer à plusieurs, le jeu ne peut pas le supporter. Hormis les crash de serveur omniprésents et les bugs incessants lorsque l’on essaie de se connecter avec son ami, la rencontre avec d’autres joueurs ennemis est plus que ratée. Lorsque l’on voit un ennemi, à la manière de Borderlands (2K Games), il faut d’abord attaquer le joueur, puis qu’il vous attaque en retour pour que le duel se lance. Mais la différence, c’est que Borderlands n’est pas un jeu qui se targue d’être un nouveau MMO. Fallout 76 veut instaurer des combats, mais oblige la confrontation pure et

Alors pourquoi ça ne marche pas ? Là où Bethesda a commis sa plus grande erreur, c’est de lancer un multijoueur sans savoir comment le gérer. Pourtant, avec TESO, la foule avait été directement séduite. Ici, pas

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© Bethesda


© Bethesda

dure. Cela marche quand c’est un duel entre amis, mais quand on veut éliminer un ennemi à la déloyale, c’est fichu. S’ajoute à cela beaucoup de défauts handicapant considérablement le multijoueur : problèmes de touches qui se chevauchent, zones complètement inatteignables en bas level, système de construction de camps buggé et éphémère… Fallout 76 est un bon jeu solo, mais l’insistance à en faire un jeu multijoueur bâclé a gâché sa sortie, s’attirant les foudres des critiques.

jeu afin d’en faire un jeu un peu plus agréable. J’ai espoir qu’il devienne une bonne œuvre avec le temps. Ne se laissant pas abattre par sa sortie désastreuse, le jeu s’offre une battle royale pour essayer de se sauver et de surfer sur la vague de la mode Fortnite (Epic Games, 2017). Je pense que Fallout 76 a cette qualité d’être modulable et extensible. Il est l’expérience même d’un nouveau multi qui peut s’approprier n’importe quelle forme de gameplay précédemment créée. Et c’est comme cela qu’il va évoluer et attirer de plus en plus de joueurs. Parce que tout le monde adore le monde de Fallout, et que si l’on peut y ajouter n’importe quelle forme de multi existante, alors je signe immédiatement.

Mais Bethesda ne peut pas se permettre de laisser ça ainsi en sachant que ce Fallout 76 sera l’égérie de sa franchise, du moins jusqu’à la sortie de The Elder Scrolls 6, prochain gros projet de l’éditeur. Pour en faire une belle représentation des jeux postapocalyptiques, les développeurs travaillent tous les jours à améliorer le

- Supertramp -

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Tu as du retard sur ta lecture cinĂŠphile, sĂŠriephile, gamophile ?!

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Par Chloé 22

© Film Exposure

LGDC

Gus van sant


culpabilité du jeune protagoniste se refoule ou pèse lourdement sur ses épaules d’adolescent.

Quand on regarde un film de Gus Van Sant, il y a une finesse et une subtilité certaines qui se dégagent dans la manière qu’a le cinéaste de jongler entre les musiques et les silences, les plans fixes et plans-séquences. Il effectue des plans qui plongent dans un état contemplatif autant ses protagonistes que le spectateur, n’ayant crainte de laisser le temps s’écouler. Il se dit lui-même influencé par la cinéaste belge Chantal Akerman et notamment par son long-métrage Jeanne Dielman, 23, quai du commerce, 1080 Bruxelles (1975).

Quand il ne laisse pas le temps s’étirer dans ses plans, le cinéaste le fragmente au montage en jouant sur les différents points de vue des protagonistes et le nôtre également, jusqu’au point culminant du film, notamment avec ladite “tétralogie de la mort” qui comprend le quatuor Elephant, Gerry (2004), Last Days (2005), et Paranoid Park. Les protagonistes sont prisonniers d’une errance à la fois physique et mentale. C’est le rapport de la jeunesse à la mort sous diverses formes qui réunit ces quatre films imprégnés d’une grande mélancolie. Je garde d’ailleurs un souvenir ému d’une scène de Last Days, scotchée par un plan fixe et une musique guitare-voix jouée par Michael Pitt, intitulée “Death to birth”, aux paroles évocatrices : “ It’s a long, lonely journey from death to birth”.

On retrouve une certaine froideur, parfois même une passivité dérangeante et de l’émotion contenue dans le jeu de ses acteurs. Gus Van Sant n’est pas du genre à éclabousser ses films de pathos, même quand l’histoire est pesante ou douloureuse comme avec Elephant (2003), qui retrace le dernier jour de la vie de lycéens. Le film s’inspire directement de la tuerie perpétrée par deux élèves au lycée Columbine, aux États-Unis, en 1999 : le long-métrage est lisse et froid à l’image d’une violence impassible. Les sentiments et les émotions restent pudiques aussi dans Paranoid Park (2007), où la

Gay ouvertement assumé depuis les années 90, l’homosexualité est une thématique que l’on retrouve dans bon nombre de ses films et dès son premier long-métrage Mala Noche (1985), mais également dans My own private Idaho (1991) avec l’acteur

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date, fidèle à jamais. C’est également lui qui a coécrit le scénario du film avec Matt Damon. Vous l’aurez compris, il s’agit de l’un de mes films coups de cœur.

Keanu Reeves et River Phoenix, frère défunt de Joaquin Phoenix. Bien qu’elles ne soient pas au premier plan, on retrouve des scènes homosexuelles aussi dans Elephant et même dans Last Days qui, toujours de manière fictive, fantasme les derniers jours du chanteur du groupe Nirvana, Kurt Cobain. Il va même se pencher sur une figure politique et militante concernant les droits des gays, dans son film Harvey Milk (2008). En effet, Harvey Milk fut le premier élu politique gay à San Francisco dans les années 70. C’est le grand Sean Penn qui détient le rôle et remporte l’Oscar du meilleur acteur. Le réalisateur n’aurait pas pu mieux choisir comme visage hollywoodien pour rendre hommage à un homme militant, sans doute méconnu ou peut-être oublié de l’Histoire.

Gus Van Sant est un cinéaste qui n’hésite donc pas à faire le grand écart entre cinéma hollywoodien et cinéma indépendant. Il n’est pas uniquement puriste, mais il ne joue pas non plus la carte d’un casting purement tape-à-l’œil. C’est cette liberté qui me plaît : choisir de ne pas choisir de camp. Avec sa caméra, Gus Van Sant aime et sublime les esprits en vrac, les âmes esseulées, les marginaux qui ne collent pas à une société trop uniforme ou étiquetée. Je n’ai plus qu’à continuer mon exploration cinématographique de l’œuvre de ce réalisateur qui ose parfois autofinancer ses films ou faire du grand cinéma avec un faible budget, quand l’industrie hollywoodienne ne lui ouvre pas toujours la porte. En clair, un véritable amoureux du 7ème Art qui ne bafoue ni ses engagements politiques ni son travail esthétique.

Mais son film le plus populaire reste Will Hunting (1997) sorti en salle presque dix ans auparavant. Construit comme un film indépendant, il renferme cependant de grands acteurs hollywoodiens. Le cinéaste offre, selon moi, un magnifique duo de cinéma : Matt Damon en jeune surdoué écorché, et le regretté Robin Williams en psy touchant et hors des normes. En second rôle, et pas des moindres, on retrouve Ben Affleck parfait dans le rôle du pote de longue

- Chloé -

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- Top 5 Du Rédac -

1 - Will Hunting (1997) 2 - Elephant (2003) 3 - Harvey Milk (2008) 4 - Paranoid Park (2007) 5 - Last Days (2005) © Image : Miramax Films

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À ne pas louper

à NE PAS LouPER ! - L’American Cosmograph -

- La Cinémathèque Du 7 au 15 février se tiendra la 21ème édition du festival Extrême Cinéma, le festival dédié au film de genre. Au programme : des films trop violents, trop subversifs ou tout simplement trop bizarres ; tous les excès du cinéma seront permis sur les écrans de La Cinémathèque durant cette semaine complètement folle. Des œuvres cultes, des petits bijoux inconnus, des invités plus captivants les uns que les autres, ainsi que deux expositions : le meilleur du cinéma bis n’attend que vous.

Rendez-vous le 4 février, à 20h30, pour une soirée ciné-débat exceptionnelle. En premier lieu, sera projeté en avant-première : Tout Peut Changer, (Tom Donahue, 2020) un documentaire féministe dénonçant la sousreprésentation des femmes à Hollywood, aussi bien devant que derrière la caméra. L’avant-première sera suivie d’un échange avec Kathy Sebbah, réalisatrice, Annabelle Bouzom, productrice, et Camille Mathon, directrice artistique de Girls Don’t Cry ; le média avec lequel cette séance est en partenariat. 24 Rue Montardy

69 Rue du Taur

>>

Site Internet de la Cinémathèque

>> american-cosmograph.fr

>>

95 Grande Rue Saint-Michel cinemalecratere.com

© Imdb

© IMDB

- Le Cratère Du 12 février au 4 mars, dans le cadre du festival Télérama Enfants, une sélection des meilleurs films pour enfants sortis l’année dernière vous sera alors proposée. Une sympathique session de rattrapage qui vous permettra de découvrir ou de revoir, en salle, certaines des pépites du cinéma jeunesse dont 2019 nous a gâtés. De l’animation japonaise au cinéma allemand, il y en aura pour tous les goûts et tous les âges.

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- Cinéma -

THE GENTLEMEN (action, crime) de Guy Ritchie, sortie le 5 février

AVEC CHARLIE HUNNAM, MATTHEW MCCONAUGHEY, HENRY GOLDING

Il est enfin là, le retour aux sources tant attendu de Guy Ritchie! Après une très mitigée adaptation de la légende arthurienne (2017) et le très tristement célèbre Aladdin (2019), le réalisateur de l’excellent Snatch (2000) revient à la charge équipé de ses meilleures armes, à savoir le crime, la banlieue londonienne et un humour des plus déjantés. Londres, Mickey Pearson, baron de la drogue, veut prendre sa retraite. Cette nouvelle va déclencher intrigues, mensonges et guerres de gang afin de prendre sa place.

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- Série -

HUNTERS de David Weill (Thriller) , saison 1, lancement le 21 février, Amazon Prime

Al Pacino chassant des nazis dans les années 70 : rêve humide de Tarantino ? Que nenni ! C’est là le plot de Hunters (2020), le nouveau poulain des écuries Amazon Prime. De grandes espérances reposent sur les épaules de la bête, en effet, c’est seulement la troisième incursion d’Al Pacino dans le mondes des séries ! La série, inspirée de faits réels, relate les péripéties d’un groupe de chasseurs de nazis traquant d’anciens dignitaires du parti. Cachés dans la société américaine des années 70, ils complotent pour l’avènement d’un quatrième Reich. Canasson ou étalon ? À vous de voir le 21 février.

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- Jeu Vidéo -

KUNAI (metroidvania/platformer), sortie le 6 février (PC/Nintendo Switch)

Dans Kunai, on incarne Tabby, un petit androïde mignon renfermant l’âme d’un tueur ancestral et ayant pour mission de sauver la Terre du joug de l’I.A maléfique Lemonkus Fruit du travail d’un petit studio indépendant :TurtleBlaze, Kunai est un plateformer/metroidvania mêlant exploration du monde et affrontements nerveux, toujours avec un gameplay valorisant l’agilité et la réactivité du joueur. Les graphismes simplistes et rétro raviront sûrement les fans du genre les plus nostalgiques.

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Les pépites du 7ème art selon nos Rédacteurs Kinotherapheute : Snatch, Guy Ritchie (2000) Listener : The End of the F***ing World, saison 1 Charlie Covell ( 2017 - en cours) Stella : Prédestination, Michael et Peter Spierig (2014) Chloé : Jusqu’à la garde, Xavier Legrand (2017)

Supertramp : Papers Please, Lucas Pope (2013) The Watcher : Le club des Gentlemen, Jeremy Dyson, Mark Gatiss, Steve Pemberton, Reece Shearsmith (1999-2002 )

- Kinotherapheute -


- Contacts asso.lecran@gmail.com @lecranut2j

www.asso-lecran.fr

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