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Naomi Pearce, Trying to Conceive

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Reproductive Exile 2018. Vidéo HD. Durée : 30 minutes.

2018. HD Video. Duration: 30 minutes.

Reproductive Exile, le nouveau film de Lucy Beech, raconte l’histoire fictive d’une femme engagée dans un programme transfrontalier de procréation médicalement assistée. Tout en mettant en évidence le sexisme propre à la recherche biomédicale, ce film monté en boucle se caractérise par le piège d’un périple sans fin révélant la dépendance de la protagoniste à une constellation complexe de corps femelles invisibles — humains et non-humains — qu’ils travaillent, soignent, développent ou accompagnent son parcours reproductif. Ces corps sont invisiblement liés par la production et le partage d’hormones sexuelles animales et humaines, essentielles aux technologies de procréation. Le film a été tourné en République tchèque, où l’absence de législation sur la gestation pour autrui offre un panel de possibilités à toutes sortes de parents commanditaires se rendant dans ce pays, poussés par les différentes forces sociales, politiques et économiques qui accom-

Lucy Beech’s new film Reproductive Exile follows the fictional story of a woman undertaking cross-border assisted reproduction. Whilst considering the gender bias in biomedical research, this looped film is characterised by the entrapment of a perpetual journey, revealing the protagonist’s dependency on an intricate constellation of invisible female bodies—human and non-human—that work, care, constitute and provide for her reproductive journey. These bodies are invisibly linked by the production and sharing of both animal and human sex hormones central to reproductive technologies. The film is shot in the Czech Republic where the lack of legislation associated with reproductive rights offers a degree of freedom to a diverse range of commissioning parents who are driven to the country by a range of social, political and economic forces which sustain a booming fertility industry. The story unfolds in a fictional private international clinic

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Reproductive Exile pagnent le boom de l’industrie de la fertilité. L’histoire se déroule dans une clinique privée internationale fictive construite sur le site d’un ancien sanatorium public. La protagoniste y fait la connaissance d’« Eve » (abréviation d’Evatar), une représentation en 3D du système de reproduction féminin. Basée sur les récentes avancées de la recherche en sciences de la reproduction, elle a été développée pour révolutionner les essais cliniques portant sur les traitements médicamenteux et permettre un soin individualisé aux patientes. Historiquement, la recherche préclinique sur la santé des femmes utilisait principalement des cellules d’origine masculine et des animaux mâles, des pratiques qui se traduisent par un manque d’informations sur la physiologie féminine. Dans l’histoire de son propre traitement, Eve répond à l’absence de ce corps féminin. À mesure que la mère d’intention découvre l’incapacité de son corps à produire les hormones dont celui-ci a besoin pour sti­muler ses ovaires, elle développe une obsession pour Eve. Elle se confie à elle au sujet de ses injections quotidiennes, dérivées soit d’urine de jument gestante, soit de celle, concentrée, de femmes en phase de ménopause. La réponse à la stimulation ovarienne peut parfois être excessive et provoquer des effets secondaires tels que des visions hallucinatoires. Née en 1985 au Royaume-Uni, Lucy Beech vit et travaille entre Londres et Berlin. Ses films, souvent situés entre documentaire et fiction, s’intéressent aux communautés de femmes marginalisées. L’artiste a exploré la façon dont certains contextes tels que la biomédecine, le diagnostic, le bien-être, la mort et la maladie entraînent la construction d’un récit, en mettant l’accent sur le pouvoir et la production de visibilité en rapport avec le corps féminin, ainsi que les structures de soin, la recherche d’une vie harmonieuse et les économies déployées autour de ces thèmes. L’artiste est diplômée de la Slade School of Fine Art de Londres et de l’Open School East de Londres.

built in a former public sanatorium where the protagonist is introduced to ‘Eve’ (short for Evatar), a three-dimensional representation of the female reproductive system. Based on research into recent developments in reproductive science, Eve is the future of drug testing in women and personalised medicine. Pre-clinical research on women’s health has historically mostly involved male-derived cells and male animals, practices which have resulted in a lack of information about female physiology. Eve addresses this absence of the female body in the history of its own treatment. As the intended parent discovers more about her body’s incapacity to produce the hormones she needs to stimulate her ovaries, she becomes obsessed with Eve. She confides in her about the drugs she injects daily, derived in some cases from pregnant horse urine and, in others, from the concentrated urine of menopausal women. When the ovaries are stimulated to produce eggs with biological hormones, the response can at times be excessive and induce side effects such as hallucinatory visions. Lucy Beech (born in 1985, United Kingdom) lives and works in London and Berlin. Her films, which are often situated between documentary and fiction, engage with communities of marginalized women. The artist has explored how contexts such as biomedicine, death, wellness, diagnosis and illness involve the construction of narrative, focusing on power and the production of visibility in relation to the female body as well as structures of care, wellbeing and the economies deployed around these themes. Beech studied at the Slade School of Fine Art in London and the Open School East in London.

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Reproductive Exile

Scénariste et réalisatrice | Screenwriter and Director Lucy Beech Producteur exécutif | Executive Producer Mikulas Novotný Chef opérateur | Director of Photography Lukáš Milota Assistant opérateur | Focus Puller Jakub Vrbik Assistant caméra | Camera Assistant Zdenek Vichr Assistante réalisatrice | Assistant Director Zuzana Walter Chef opérateur son | Sound Recordist Adam Laschinger Ingénieur du son | Boom Operator Honza Skála Décors | Props Matej Sykora Costumes | Costumes François Virlouvet · Sabrina Nguyenngocho · Mariam Sylla Chauffeur | Driver David Moravčíkf Assistants de production | Production Assistants Adriana Ingeliová · Sylvain Dreyfuss Montage | Editing Lucy Beech Composition | Composition Graham Massey Design sonore | Sound Design Rob Szeliga Étalonnage | Colourist Ludovic Roussaux Effets visuels | VFX and 3D Modelling Kazuyoshi Sato · Nadeem Ali Casting | Cast Anne von Keller · Laurence Bouvard · Melinda King · Abigail Rice · Katherine Veckerová Eva Larvoire · Tereza Paclova Richtrová · Vilma Frantová · Maren Brown · Lucia Jágerčíková Remerciements | Special Thanks Rosie Cooper · Claire Jackson · Oliver Laric · Hélène Malmanche · Bill Beech · Rob Crosse Film commandité par Lafayette Anticipations – Fondation d’entreprise Galeries Lafayette (Paris), De La Warr Pavilion (Bexhill-on-Sea) et Tramway (Glasgow).

Film co-commissioned by Lafayette Anticipations– Fondation d’entreprise Galeries Lafayette, Paris, De La Warr Pavilion, Bexhill-on-Sea, and Tramway, Glasgow.

Première présentation institutionnelle en France.

First institutional presentation in France.

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Celles qui essaient de concevoir  Naomi Pearce  Trying to Conceive 1. Fiction Quel type de licence cette structure fictive permet-elle ? Reproductive Exile fait s’effondrer la binarité qui oppose œuvre d’art subjective et science objective, non pas pour présenter une alternative au discours expert, mais pour y intervenir en se positionnant dans ce que Susan Squier a décrit comme un lieu situé quelque part « entre la connaissance et l’ignorance1 ». En ce sens, Lucy utilise le support filmique pour transformer des objets scientifiques en sujets. Je rembobine la séquence des scanners et la regarde en boucle. Torse de femme, sabot de cheval, souris. Instinctivement, je vois un visage lorsque les orbes lumineux de ses os iliaques se transforment en paire d’yeux et que la fente nette de ses lèvres devient un sourire en coin. Elle est entourée par le halo d’une enveloppe blanche, marbrée, comme le gras bleu du lard. La caméra traverse les tissus, capable de voir là où nous ne voyons pas, fondant à travers des couches toujours plus profondes. Sans peau, elle est une masse tourbillonnante de formes, un autostéréogramme abstrait. Lucy n’est ni une professionnelle de la médecine ni la spectatrice à qui s’adresse ces images. Je comprends son détournement de ces documents numériques selon l’approche de Roberta McGrath, dont les recherches sur la photo­gra­ phie médicale du milieu du XIXE siècle visent « à comprendre le corps féminin dans sa corporéalité historique plutôt que dans sa spécificité biologique 2 ». Au cas où vous l’ignoreriez, Evatar existe, mais pas exactement comme Lucy l’imagine (du moins pas encore). Je visite le site Web du Woodruff Lab de l’université Northwestern, où cet organe sur puce est en cours de développement. La véritable Evatar est en plastique orange terne, pas en acier inoxydable, et sa culture liquide est bleue, pas blonde. Comme on pouvait s’y attendre, les chercheurs sont prompts à genrer : « Elle est innovante. Elle est en trois dimensions. Elle est composée de cellules humaines. Elle possède un système de reproduction fonction­­nel qui inclut un ovaire, une trompe

1. Fiction What kind of license does this fictive framework provide? Reproductive Exile collapses the binary of subjective artwork and objective science, not to offer an alternative to expert discourse but to intervene within it, positioning itself in what Susan Squier has described as somewhere ‘between knowledge and unawareness.’1 In this sense, Lucy uses film to create subjects out of scientific objects. I rewind the sequence of CT scans and watch them on repeat. Female torso, horse’s hoof, mouse. Instinctively, I see a face as the glowing orbs of her hip bones morph into two eyes, the sharp slit of her labia a crooked smile. Her edge is a halo of white casing, marbled, blue bacon fat. The camera is cutting through tissue, seeing where we can’t see, melting through layers going deeper. Without her skin she’s a swirling mass of shapes, an abstracted Magic Eye picture. Lucy is not a medically trained professional nor the intended viewer of these images. I understand her misuse of this material as following the approach of Roberta McGrath whose research into mid-nineteenth century medical photography tries ‘to understand the female body in its historical corporeality, rather than its biological specificity.’2 In case you didn’t know, Evatar exists, just not quite how Lucy imagines it (well not yet). I visit the website of Woodruff Lab at Northwestern University where this organ chip is under development. Here the real Evatar is a dull orange plastic, not stainless steel, and its liquid culture is blue rather than flaxen. Predictably, the researchers are quick to gender: She’s innovative. She’s three-dimensional. She’s made out of human cells. She has a functional reproductive tract that includes an ovary, fallopian tube, uterus and cervix. She also has a liver, and the channels necessary to pump nutrients between her organs. She produces and responds to hormones, and has a normal 28-day hormone cycle. She can metabolize drugs. She can tell you how a drug may affect fertility in women, or if it is toxic to the liver. And she

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Celles qui essaient de concevoir  Naomi Pearce  Trying to Conceive de Fallope, un utérus et un col utérin. Elle a aussi un foie et les canaux nécessaires pour pomper les nutriments d’un organe à l’autre. Elle pro­duit des hormones et y réagit. Elle possède un cycle hormonal normal de 28 jours. Elle peut méta­­­­­boliser les médicaments. Elle peut vous dire comment un médicament risque de nuire à la fertilité des femmes, ou s’il est toxique pour le foie. Et elle tient dans la paume de la main. Elle va révolutionner les essais cliniques portant sur les traitements médicamenteux et permettre un soin individualisé aux patientes. Elle s’appelle Evatar. Tout comme on dit qu’Ève est la mère de tous les humains, Evatar est la mère de tous les micro-humains.3 » Voyez comme la science compte aussi sur les fictions. 2. McGuffin La question à laquelle je veux vraiment obtenir une réponse est la suivante : qui sont les méchants dans Reproductive Exile ? Les États et les pays à la législation restrictive en matière de procréation assistée ? Les scientifiques qui pratiquent des tests invasifs et cruels sur les animaux ? Les essen­tia­ listes qui partent du principe que le sacrifice et la souffrance sont inhérents à la condition féminine ? Ceux qui défendent l’individualisme libéral des technologies de PMA ? Les gens voulant à tout prix avoir un bébé « qui leur ressemble » ? Anna, la protagoniste de Lucy, est un témoin, pas une héroïne, et elle ne nous offre aucune réponse. J’adore son visage et la façon dont il nous refuse l’accès à ses pensées malgré sa peau translucide. Dents du bonheur, cheveux plus fins que les miens, elle possède le type de physique que ma mère qualifierait d’« intéressant ». La résistance d’Anna à communiquer avec les humains qui la stimulent et la sondent suscite tout mon intérêt. Elle se révèle lorsqu’elle s’adresse à Eve. La manière dont ces monologues se préoccupent du processus et non du résultat m’intéresse. Au fil du visionnage, j’oublie qu’elle fait tout ça pour un bébé. Peut-être que ce film ne parle pas de grossesse, mais de reproduction. Peut-être que le bébé n’est qu’un McGuffin ?

fits in the palm of your hand. She’s the future of drug testing in women and personalised medicine, and her name is Evatar. Just as Eve is thought to be the mother of all humans, Evatar is the mother of all microHumans.3 See how science relies on fictions too. 2. McGuffin The question I really want answered is who are the bad guys in Reproductive Exile? States and countries with restrictive reproduction regulations? Scientists with their invasive and cruel animal testing? The essentialist thinkers who assume sacrifice and suffering are part of the female condition? Those who advocate the free market individualism of assisted reproduction technologies? The people desperate to have a baby that ‘resembles them’? Lucy’s protagonist Anna is a witness, not a heroine and she doesn’t offer us answers. I love her face, how it refuses access to her thoughts despite its translucent skin. Gapped teeth, hair finer than mine, she has the kind of look my mum would describe as ‘interesting’. Anna’s resistance to communicating with the humans who prod and probe her keeps me invested. She lets us in through her correspondence with Eve. I’m interested in how these monologues are preoccupied with process and not outcome. As I watch, I forget she’s doing this work for a baby. Maybe this film isn’t about pregnancy, it’s about reproduction. Maybe the baby is a McGuffin? McGuffin: a plot device in the form of some goal, desired object, or another motivator that the protagonist pursues, often with little or no narrative explanation. The McGuffin’s importance to the plot is not the object itself, but rather its effect on the characters and their motivations. By the end of the story the McGuffin may be forgotten altogether. 3. Communion I start to think about The Handmaid’s Tale during my third viewing. To clarify, I mean the novel written by Margaret Atwood and not the TV series, set in the totalitarian society of Gilead in which ‘handmaids’ are enlisted to bear

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Celles qui essaient de concevoir  Naomi Pearce  Trying to Conceive McGuffin : prétexte au développement d’un scénario sous la forme d’un objectif, d’un objet désiré ou d’un autre facteur qui motive le protagoniste, souvent avec peu ou pas d’explication narrative. L’importance du McGuffin dans l’intrigue n’est pas l’objet en lui-même, mais plutôt l’effet qu’il exerce sur les personnages et leurs motivations. À la fin de l’histoire, on peut facilement tout oublier du McGuffin. 3. Communion Pendant mon troisième visionnage, je commence à penser à La Servante écarlate. Je parle ici du roman de Margaret Atwood, pas de la série télévisée. Il se déroule dans la société totalitaire de Gilead, où des « servantes » sont enrôlées pour donner naissance aux enfants de l’élite. J’ai réussi à opérer quelques poussifs rapprochements — les thèmes communs de l’infertilité et de la gestation pour autrui, l’intérêt pour le pouvoir et l’organisation des relations de procréa­tion —, mais je suis encore plus intriguée par le fait que les deux œuvres convoquent des femmes invisibles. Au début du roman de Margaret Atwood, le personnage de Defred trouve un message dans sa chambre : Nolite te bastardes carborundorum, du faux latin signifiant : « Ne laissez pas les salauds vous tyranniser ». Plus tard, elle apprend que cette phrase a été gravée sur le plancher par la servante qui l’a précédée, et ce peu de temps avant que celle-ci ne se pende au lustre de sa chambre. Lorsque Defred découvre cette phrase, inconsciente de son origine et momen­tanément soulagée de sa solitude, elle est pourtant heu­­ reuse de communier avec une inconnue. Elle se demande si elle a gravé ce message avec une épingle ou un ongle. Elle est pleine de reconnaissance envers cette femme venue du passé qui a eu envie d’entrer dans son présent. Elle se demande : « Qu’est-elle devenue ? 4 » Reproductive Exile s’interroge sur les nom­­ breuses femmes invisibles de l’industrie de la ferti­ lité, qu’il s’agisse des donneuses d’urine source d’hormones, des intermédiaires qui travail­lent en coulisses ou des mères porteuses. Quand Anna commence à correspondre avec Eve (le diminutif d’Evatar), la prothèse scienti-

children for the elite. I could make a few clunky connections: the shared infertility and surro­­­­ gacy narratives, an interest in the power and agency of reproductive relations. But what intrigues me more is their mutual summoning of invisible women. Early in Atwood’s book the protagonist Ofred finds a message in her bedroom: ‘Nolite te bastardes carborundorum,’ faux Latin for ‘Don’t let the bastards grind you down.’ Later she learns this phrase was carved into the floorboards by the previous handmaid, shortly before she hung herself from the room’s chandelier. But on first encounter with the phrase, ignorant of its origins and buoyed with momentary relief from her loneliness, Ofred is pleased to be communing with an unknown woman. She speculates as to whether she used a pin or a fingernail to etch the message and is thankful for this woman’s desire to reach from the past into her present. She asks, ‘What’s become of her?’4 Reproductive Exile speculates on the many invisible women in the fertility industry, from the urine donors providing hormones or the brokers who labour behind the scenes to the surrogate hosts. As Anna begins to correspond with Eve, her bespoke scientific prosthetic, reproducing her menstrual cycle, I feel the film shift. After this first meeting it is as though the tone, colour and speed of her life is forever changed. We see Eve reflected in the watery violet of Anna’s iris, hear the voice of the clinic coordinator receding into a muffled hum. A piercing, singular focus descends. In my notes I write ‘love letter’. Anna, like Ofred, feels desperate for communion. In this near future imagining, mammal and machine mingle, rub up and into each other, Anna’s words searching in a forbidden way pregnant with desire. ‘Desire is not simple,’5 writes Anne Carson. In Greek, love is a mingling (mignumi), desire challenges the boundaries of bodies; ‘The god who melts limbs proceeds to break the lover (damnatai) as would a foe on the epic battlefield: Oh comrade, the limb-loosener crushes me: desire (Archilochus, West, IEG 196).’6

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Celles qui essaient de concevoir  Naomi Pearce  Trying to Conceive fique sur mesure qui reproduit son cycle menstruel, je sens que le film bascule. Après cette pre­­ mière rencontre, on dirait que le ton, la couleur et la vitesse de sa vie ne seront plus jamais les mêmes. On voit le reflet d’Eve dans le violet aqueux de l’iris d’Anna, on entend la voix de la coordonnatrice clinique s’estomper dans un écho lointain et étouffé. Quelque chose se concentre de manière pénétrante et singulière. Dans mes notes, j’écris « lettre d’amour ». Anna, comme Defred, a désespérément besoin de communion. Dans ce futur proche imaginaire, mammifère et machine se mêlent, se frottent et déteignent l’un sur l’autre, les mots d’Anna s’engagent sur une voie interdite pleine de désir. « Le désir n’est pas simple 5 »,écrit Anne Carson dans Eros : The Bittersweet. En grec, l’amour est un mélange (mignumi). Carson décrit un défi aux limites du corps : « Le dieu qui dissout les membres s’affaire à briser l’amant (damnatai) à la façon d’un ennemi sur un champ de bataille épique : “C’est le désir, cher camarade, qui me détruit, lui qui vainc tout.” (Archiloque, West, IEG 196)6 » Dans Reproductive Exile, Anna et Eve se mélangent, l’une déliant les membres de l’autre. Elles s’unissent dans un statut technique commun. Anna a conscience des autres corps auxquels elle est intimement connectée : les hormones purifiées d’urine de jument enceinte qui épaissit l’utérus de sa mère porteuse, le traitement hor­­ monal qu’elle s’injecte, extrait de l’urine de femmes en phase de ménopause. Elle trouve du réconfort dans le partage de ces débris liquides. Dans la scène où elle roule en voiture, la bandeson est une superposition dense de synthés tremblants, certains gutturaux, d’autres effervescents. Recouverts de bruits inversés : courants électriques bourdonnants, bips de machines, écho assourdi par l’immersion dans l’eau. Le rythme étouffé d’un battement de cœur accélère quand le liquide monte dans les tubes à essais. Le syn­­ thétique et l’organique se dissolvent. Les images alternent entre des plans d’Anna qui s’endort au volant en piquant du nez, les plafonniers du tunnel donnant à sa peau la couleur d’un thé léger, et d’Anna sous anesthésie à la clinique,

In Reproductive Exile Anna and Eve mingle, loosening each other’s limbs. They come together in shared technical status. Anna is conscious of the other bodies to which she is intimately connected; the hormones purified from mare’s urine which thicken her host’s uterus, the hormonally active medication she injects extracted from the urine of menopausal women. She finds comfort in the sharing of this fluid debris. Take the scene where she is driving, the soundtrack is a dense layering of tremoring synths, some guttural, others fizzing. These are overlaid with reversed noises: buzzing electrical currents, beeping machines, the muffled echo of watery submersion. A dull heartbeat quickens as liquid rises in test tubes. Synthetic and organic dissolve. The images move between Anna falling asleep at the wheel, head bobbing, the tunnel’s overhead lights turning her skin the colour of weak tea, and Anna under anaesthetic in the clinic, lying on a gurney. These shots are broken up with dreamy visions of Eve. Previously the camera presented her in totality, rotating objectively above. Now it floats inside one of her metal organs, half submerged, rocking in a sea of liquid. Lucy’s notes to grader: the colour of morning wee. As a deep rumble builds, Eve overflows. Cut to white slender legs, glowing in what looks like a bath of mare urine. Gasping breath, the sound of rushing car horns, near fatal collision and then Anna’s voice: ‘We’re soaking in each other.’ It’s a climax of sorts, my preferred alternative: ‘They get wet together.’ 4. White Like Atwood’s Gilead, Reproductive Exile seems to unfold within the context of a white supremacy. Although it is not explicitly referred to as such, whiteness inseminates the film’s images. White mouse fur, lab coats, sperm. White bedsheets, latex, ear buds. White walls, radiators, clock. White quarry of kaolin to purify the biological hormones used by the clinic. Proteins and contaminants removed. White skin of the clinics co-ordinators, the Intended Parents, the phantom surrogates.

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Celles qui essaient de concevoir  Naomi Pearce  Trying to Conceive allongée sur un lit à roulettes. Ces plans sont eux-mêmes entrecoupés de visions oniriques d’Eve. Avant, la caméra la filmait dans sa totalité en pivotant objectivement au-dessus d’elle. Désor­ ­mais, elle flotte à l’intérieur d’un de ses organes métalliques, à demi-immergée, bercée dans une mer de liquide sombre. Note de Lucy à l’étalonneur : la couleur du pipi du matin. Alors qu’un grondement grave monte en crescendo, Eve déborde. Plan de coupe sur de fines jambes blanches qui brillent dans ce qui ressemble à un bain d’urine de jument. Souffle haletant, bruits de klaxons des voitures qui passent, collision fatale évitée de justesse, puis la voix d’Anna : « Nous baignons l’une en l’autre ». Mon alternative pré­­férée : « Elles se mouillent ensemble. » 4. Blanc Comme le Gilead d’Atwood, Reproductive Exile semble se dérouler dans le contexte d’une suprématie blanche. Bien qu’il n’y soit pas fait explicitement référence, la blanchitude insémine les images du film. Fourrure de souris blanche, blouses de laboratoire. Draps, latex, écouteurs blancs. Murs, radiateurs, horloge blancs. Carrière de kaolin blanc pour purifier les hormones biologiques utilisées par la clinique. Protéines et polluants éliminés. Peau blanche des coordonnatrices cliniques, des parents d’intention, des mères porteuses fantômes. J’envoie un texto à Lucy : « Salut, pourrais-tu m’envoyer des essais factuels, etc., sur la gestation pour autrui/FIV qui t’ont été utiles ? Merci bb xx. » Elle répond rapidement en m’envoyant par e-mail un lien vers un dossier Google Drive intitulé « LUCY Research ». Je l’ouvre et découvre une colonne de dossiers bien organisés : Déci­sions de justice, ASPECTS JURIDIQUES, Rapports parlementaires et de la Cour européenne des droits de l’homme, DOCUMENTA­TION. Ceux-ci sont suivis d’un tas de documents Word, dont deux aide-mémoire utiles intitulés « La gesta­­tion pour autrui dans le monde » et « Diverses procédures judiciaires ». Je suis submer­ ­gée. D’abord par le volume — pages de fichiers de données, témoignages personnels, législation scientifique et politique — puis par la complexité.

I text Lucy: Hey can you send me any factual essays etc about the surrogacy/IVF process that you found useful? Thanks bb xx. She responds quickly, emailing a link to a Google Drive entitled ‘LUCY Research’. I open it, a column of neatly organised folders: Court Decisions, LEGALITIES, Parliamentary and ECHR reports, READING MATERIAL. These are followed by a stack of Word documents including a couple of helpful crib sheets with titles like ‘Surrogacy in the World’ and ‘Different Legal Cases’. I am overwhelmed. First by the volume; the pages of datasets, personal testimonies, scientific and political legislation, then by the complexity. As Anne Phillips writes in Our Bodies, Whose Property?, ‘We cannot do any kind of work without dragging the body along, and a prohi­ bition on the sale of any services that involve the body would make no sense at all.’7 Lucy points me to the PDF ‘Intimate Labor Within Czech Clinics’, a chapter from the book Fertility Holidays by medical Anthropologist Amy Speier. I start to read it over morning coffee, my eyes struggling to focus. Speier writes of the ways in which cross-border reproductive care reflects a global stratification that empowers some to nurture and reproduce whilst disempowering others. I think of Atwood’s handmaids. A subsection of the essay, ‘Choosing White Babies’, describes how a couple’s skin colour determines their travel route for fertility care; ‘couples choose the Czech Republic for white egg donors, for ones who will resemble them.’8 I recognise the words ‘resembles them’ from Lucy’s script. Is now the time to tell you that I have never been pregnant? To say that I do not know if I am able to get pregnant. To admit that I am ambivalent about pregnancy. To speculate that I am unsure as to whether I will reproduce. Does this matter to you? Does it make a difference to this text? For some reason, I need you to know. 5. Cycles I find women online documenting infertility journeys and spend too many hours watching their YouTube videos. I am sad-eyed and openmouthed, a knot of alienated empathy. I scroll

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Celles qui essaient de concevoir  Naomi Pearce  Trying to Conceive « Nous ne pouvons pas faire le moindre travail sans y entraîner le corps, et l’interdiction de vendre un service impliquant le corps n’aurait aucun sens 7 »,écrit Anne Phillips dans Our Bodies, Whose Property? Lucy m’oriente vers le document PDF « Travail intime dans les cliniques tchèques », un chapitre du livre Fertility Holidays de l’anthropologue médicale Amy Speier. Je commence ma lecture en buvant mon café du matin, mes yeux luttant pour faire le point. L’auteure évoque la façon dont les programmes de PMA transfrontaliers reflètent une stratification mondiale qui permet à certains de procréer et de se reproduire tout en plaçant les autres en situation de fai­blesse. Je repense aux servantes d’Atwood. Une soussection de l’essai intitulée « Choisir des bébés blancs » décrit comment la couleur de peau d’un couple détermine son parcours d’aide à la fertilité : « Les couples choisissent la République tchèque pour ses donneuses d’ovocytes blancs, pour des bébés qui leur ressembleront.8 » Je retrouve les mots « leur ressemble » du scénario de Lucy. Le moment est-il venu de vous dire que je n’ai jamais été enceinte ? De dire que je ne sais pas si je peux tomber enceinte. D’admettre que je suis partagée à propos de la grossesse. Que je ne suis pas sûre de me reproduire. Cela compte-t-il pour vous ? Pour une raison qui m’échappe, j’ai besoin que vous le sachiez. 5. Cycles En ligne, je trouve des femmes qui documen­­­tent leur parcours d’infertilité et passe trop de temps devant leurs vidéos sur YouTube. J’ai le regard triste et la bouche bée, un nœud d’empathie étranger. Je fais défiler les commentaires, ces flux d’autres femmes qui leur souhaitent bonne chance et leur envoient de la baby dust 9.Ces femmes qui se définissent par l’acronyme TTC (pour Trying to Conceive) se sont transformées en chercheuses et surveillent leurs entrailles, bien résolues à démystifier les événements biologiques par des prises de température quotidiennes et des calendriers de fertilité. Dans ce monitoring répétitif — quotidien, hebdomadaire, mensuel —, la compréhension de la logique temporelle

through the comments, streams of other women sending wishes of good luck and ‘baby dust’.9 These self-defined TTCs (trying to conceive) turned investigators surveil their own innards determined to demystify biological events with daily temperature checks and fertility calendars. In this repetitive monitoring—daily, weekly, monthly—understanding the body’s temporal logic is presented as a means of mastering it. As someone living with a chronic auto-immune condition, I can’t relate to their shock; I have never assumed my body would work ‘correctly’. Disgusted by my voyeurism (what is so addictive about other peoples’ pain?) I go back to Google and click on the article ‘7 things every woman should know before freezing her eggs’.10 Just as hair follicles lose pigment, ligaments stretch or skin sags, eggs age. ‘The most important thing for eggs is time,’ says endocrinologist and infertility specialist Dr. Jaime Knopman. The younger the better, all scientists agree. Age is more than just a number at our most microscopic, it is our ability to replicate. I think of my own ingrained assumptions concerning productivity and youth. If ‘time is money’ in what ways is the body clock’s ticking not simply wasteful, but bad for business? As Jasbir K. Puar writes in The Right to Maim: Debility, Capacity, Disability, ‘Neoliberal regimes of biocapital produce the body as never healthy enough, and thus always in a debilitated state in relation to what one’s bodily capacity is imagined to be.’11 I ask Siri: ‘How long can a frozen embryo survive?’ She replies: embryos can remain viable for many years with cases of live birth resulting as long as fifteen years after freezing. Biomedicine intervenes with time, it stops, starts, reverses. Lucy also screws with chronology, playing scientist by avoiding a beginning and end, in favour of the loop. The loop as an endurance strategy which unlike the aging body never tires. The loop resists closure, automatically replaying to fend off disappointment. Reproductive Exile explores the concept of time as something which both inevitably passes but is also unpredictably unknown. Cycles multiply: Anna’s, Eve’s, horse, mouse, all syncing together. It’s disconcerting to stay

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Celles qui essaient de concevoir  Naomi Pearce  Trying to Conceive du corps est présentée comme un moyen de la maîtriser. En tant que personne vivant avec une maladie auto-immune chronique, je ne peux pas comprendre leur choc : je n’ai jamais sup­­posé que mon corps pourrait fonctionner « normalement ». Écœurée par mon voyeurisme (qu’y a-t-il de si addictif dans la douleur des autres ?), je retourne sur Google et clique sur un article intitulé « 7 choses que toute femme devrait savoir avant de congeler ses ovocytes 10 ».Tout comme les folli­ ­cules pileux perdent leur pigmentation, que les ligaments s’étirent et que la peau se distend, les ovocytes vieillissent. « Le plus important avec les ovocytes, c’est l’âge », dit le docteur Jaime Knopman, endocrinologue et spécialiste de l’infertilité. Plus on est jeune, mieux c’est, tous les scientifiques s’accordent à le dire. À notre niveau le plus microscopique, l’âge est plus qu’un simple chiffre : il définit notre capacité de reproduction. Je pense à mes hypothèses tenaces sur la productivité et la jeunesse. Si « le temps, c’est de l’argent », dans quelle mesure le tic-tac de l’horloge biologique est-il mauvais pour les affaires, en plus de signifier une perte de temps ? « Les régimes néolibéraux du biocapital produisent un corps qui n’est jamais assez sain, et donc toujours dans un état affaibli par rapport à ce qu’on imagine être notre capacité corporelle 11 », écrit Jasbir K. Puar dans The Right to Maim: Debility, Capacity, Disability. J’interroge Siri : « Combien de temps un embryon congelé peut-il survivre ? » Sa réponse : « Les embryons peuvent rester viables de nom­­ breuses années, avec des cas de naissance vivante jusqu’à quinze ans après la congélation. » La bio­­ médecine intervient sur le temps, l’arrête, le relance, l’inverse. Lucy manipule aussi la chro­­ nologie et joue à la scientifique en évitant un début et une fin au profit de la boucle. La boucle comme une stratégie d’endurance qui, contraire­ ment au corps vieillissant, ne fatigue jamais. La boucle résiste à la conclusion, se rejouant automatiquement pour repousser la déception. Reproductive Exile explore le concept du temps comme quelque chose qui passe inéluctablement tout en étant imprévisiblement inconnu.

in the space of this film. It may be ruled by time but it is also stuck in its own rhythm. 6. Liminal Is there a more liminal position than that of the reproductive tourist? These persons away from home seeking the gestation of new life. They wait to expect and expect to wait. See the suitability of military wives as surrogates. But whereas ‘tourism’ implies leisure travel, reproductive ‘exile’ alludes to the numerous difficulties and constraints faced by infertile patients who are ‘forced’ to travel globally for assisted reproduction. Lucy shot Reproductive Exile on location in the Czech Republic, a now prime destination for IVF and surrogacy in the wake of countries such as Thailand, Cambodia, Nepal and others closing their borders to international clients. She tells me that this film is rooted in her interest in the perpetual relocation of the global fertility industry, its liminality, how it is reshaped as ethical approaches change and laws processually develop. 7. Suspension Astrologically speaking this film is a water sign. Liquid seeps, oozes, gushes and floods. It leaves bodies as piss or blood. It circulates architectural structures, pouring from taps and fountains, filling baths and swimming pools. Instead of symbolic wombs in the form of vessels or containers, Lucy focuses on fluid as a substance which connects but also flows. She traces bodily revenue streams. Even the visual effects designer who worked on Eve is a specialist in creating digital models of viscous fluids. I can’t decide whether this metaphorical use of liquid is sinister or soothing. I think of the black abyss in the film Under the Skin with its shells of imploded men, suspended, coaxed to their watery ends with hard cocks and inflated egos. In Repro­ ductive Exile liquid connects but it also overwhelms, Eve drowns whilst Anna loses consciousness. Lucy tells me she almost called the film Hyper Stimulation, a term for the condition that arises when women overstimulate their ovarian follicles to try and produce more eggs. This over-

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Celles qui essaient de concevoir  Naomi Pearce  Trying to Conceive Les cycles se multiplient : ceux d’Anna, d’Eve, de la jument et de la souris entrent tous en synchronisation. Rester dans l’espace de ce film est déconcertant. Il est peut-être régi par le temps, mais également coincé dans son propre rythme. 6. Liminaire Existe-t-il position plus liminaire que celle de la touriste de la PMA ? Ces personnes loin de chez elles, en quête de gestation d’une vie nouvelle, attendent d’attendre un enfant et s’attendent à attendre. D’où l’adéquation des femmes de militaires à devenir mères porteuses. Alors que le « tourisme » implique l’idée de voyager pour le plaisir, l’« exil reproductif  » évoque les nombreuses difficultés et contraintes aux­­quelles sont confrontés les patients infertiles « forcés » de voyager dans le monde entier pour accéder à la procréation médicalement assistée. Lucy a tourné Reproductive Exile en décors réels en République tchèque, désormais une desti­­ nation de choix pour la FIV et la gestation pour autrui, puisque des pays comme la Thaïlande, le Cambodge, le Népal et d’autres ferment leurs frontières aux clients internationaux. Elle me dit que ce film est né de son intérêt pour la délocalisation perpétuelle de l’industrie mondiale de la fertilité, pour sa liminalité et la façon dont elle se refaçonne au gré des changements d’approches éthiques et de l’évolution processuelle des législations. 7. Suspension Sur le plan astrologique, ce film est un signe d’eau. Le liquide coule, suinte, jaillit et déborde. Il quitte les corps sous forme de pisse ou de sang. Il circule dans des structures architecturales, s’écoulant des robinets et des fontaines, remplissant des baignoires et des piscines. Au lieu d’utérus symboliques sous forme de réci­­­­ pients ou de contenants, Lucy se concentre sur le liquide comme une substance qui connecte, mais qui coule aussi. Elle trace des flux de revenus corporels. Même le concepteur d’effets visuels qui a travaillé sur Eve est spécialisé dans la création de modèles numériques de liquides visqueux.

stimulation leads to fluid moving into a third space within the body; the interstitial, nonfunctional space between cells. The severe consequences of this are fatal, but in more common mild cases, phantom bloat babies grow and women look like they’re in their second trimester. What cruel design the body has. These liquid pregnancies point to another kind of suspension at work in Reproductive Exile, that of disbelief. As with Lucy’s previous work this film performs the documentary as fiction: she writes a script set in a fictional clinic with fictional co-ordinators who workshop real-life scenarios. Surrogacy too in some sense begins with a fiction, that of the intended parents’ fertility and their future family unit with a child who ‘resembles them’. 8. Baby Daddy We never find out where Anna gets her sperm from. Aside from the audience at the horse show, when men do appear on screen they inseminate or inject. One is proficient; hand sleeved in plastic sucked deep inside a mare, the other a bit useless; ‘Oh, there’s blood’, he squirms at the site of his partner’s oozing red flank. ‘Go get a paper towel’, she sighs, despondently. These images evidence the influence of industry and the ways in which, as Roberta McGrath has argued, ‘through biotechnology, sex is now finally and irreversibly severed from reproduction.’12 I find all the scenes with animals difficult to watch, depicted as they are either in captivity or under restraint. In earnest, I start reading Ulrich Raulff’s Farewell to the Horse: The Final Century of Our Relationship. The chapter ‘Blood and Speed’ describes the origin of The Stud Book: a genealogical peerage of the English thoroughbred. Like me you probably didn’t know a book concerning the nobility of horses preceded that of the nobility of Englishmen. Maybe you are also less amused to learn that horse breeding and the desire to manipulate human genetics have a history. The practice inspired Francis Galton, the founding father of eugenics: ‘In 1883 [he] acknowledged the contribution of English horse breeders to his research. Their experi-

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Celles qui essaient de concevoir  Naomi Pearce  Trying to Conceive Je n’arrive pas à décider si cet usage méta­ phorique du liquide est sinistre ou apaisant. Je pense à l’abysse noir du film Under the skin, avec ses enveloppes en suspension d’hommes qui ont implosé, amadoués vers leur noyade par un sexe en érection et un ego excessif. Dans Reproductive Exile, le liquide connecte, mais il submerge aussi : Eve se noie quand Anna s’endort. Lucy me dit qu’elle a failli intituler le film Hyper Stimulation, un terme qui décrit l’état des femmes qui stimulent trop leurs follicules ovariens pour essayer de produire plus d’ovocytes. Cette stimulation excessive provoque un épanche­­ ment liquidien dans un troisième espace du corps : l’espace interstitiel non-fonctionnel entre les cellules. Les conséquences de cet épanchement peuvent être fatales, mais dans les cas bénins plus courants, un ballonnement de bébé fantôme se développe et les femmes donnent l’impression d’en être au second trimestre de grossesse. Le corps est bien cruellement conçu. Ces grossesses liquides suggèrent un autre genre de suspension à l’œuvre dans Reproductive Exile, celle de l’invraisemblance. Comme dans l’œuvre précédente de Lucy, ce film utilise le documentaire comme une fiction : elle écrit un scénario se déroulant dans une clinique fictive avec des coordonnatrices fictives qui développent des scénarios réels. En un sens, la gestation pour autrui commence aussi par une fiction, celle de la fertilité des parents d’intention et de leur future unité familiale avec un enfant qui « leur ressemble ». 8. Papa du bébé On n’apprend jamais d’où vient le sperme utilisé par Anna. Quand des hommes apparaissent à l’écran, à l’exception du public du concours hip­­­pique, ceux-ci inséminent ou injectent. L’un semble compétent, la main couverte de plastique profondément enfoncée à l’intérieur d’une jument ; l’autre est un peu inutile : « Oh, il y a du sang », dit-il en se tortillant devant le flanc rouge suintant de sa partenaire. « Va chercher une serviette en papier », gémit-elle d’une petite voix abattue. Ces images prouvent l’influence de l’industrie et la manière dont, comme l’a avancé

ments had shown how suitable breeds or bloodlines could be helped to prevail against the less suitable . . . Targeted tampering with genetic inheritance in order to improve a breed: this was the great dream of the eugenicists of the late nineteenth and early twentieth centuries. But as they themselves admitted, the birth of this dream came much earlier: in the stables of the eighteenth century.’13 9. Trick This film is about much more than two bodies becoming one and one body becoming two. Opening scene: close-up of an artificial mare also known as a phantom mount. Surface scratched, puckered, evidence of previous contact. It’s made of leather: the hide of a dead cow. Birds tweet, the atmosphere is calm and bright. Camera is static, personifying the artificial mare’s availability, how she must wait. A stallion enters the frame, he has the agency to move. She heaves under his weight, creaking like an old bed. He is fucking the skin of a dead cow. Openmouthed, a globule of foamy spit trailing, he thrusts mechanically. Later it’s the mare’s turn to be tricked. Anna meets her via a floating monitor screen, chestnut head looming large, bathed in blue light. An equine breeding website tells me the blue light is tricking her circadian rhythms to optimise and regulate fertility. As the clinic’s lead co-ordinator states, in countries such as France surrogacy is considered a kind of trick, a prosecutable offence on the grounds that it ‘simulates’ the mother. Her response to legislation is one of negotiation; ‘We need to work around these fixed definitions of motherhood,’ she says. In Reproductive Exile, Lucy’s preoccupation with the trick is not to reinforce the binary of ‘natural’ and ‘unnatural’, it is to expose the fantasy on which this system is built. — 1 Susan Squier, Liminal Lives: Imagining the Human at the Frontiers of Biomedicine (Durham: Duke University Press, 2004), 22.

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Celles qui essaient de concevoir  Naomi Pearce  Trying to Conceive Roberta McGrath, « la biotechnologie sépare définitivement et irréversiblement le sexe de la repro­­ duction 12 ». Je trouve toutes les scènes avec les animaux difficiles à regarder tels qu’ils sont présentés, en captivité ou contraints. Je me mets sérieusement à la lecture du livre Farewell to the Horse: The Final Century of Our Relationship d’Ulrich Raulff. Le chapitre « Sang et vitesse » décrit l’origine du Stud Book, un registre généalogique du pur-sang anglais. Comme moi, vous ignoriez sans doute qu’un livre sur la noblesse des chevaux a précédé celui sur la noblesse des Anglais. De même, vous ne trouverez sans doute pas drôle d’apprendre que l’élevage de chevaux et le désir de manipuler la génétique humaine ont quelque chose en commun. La pratique a inspiré Francis Galton, père fondateur de l’eugénisme : « En 1883, [il] a reconnu que les éleveurs de chevaux anglais avaient contribué à ses recherches. Leurs expériences avaient démontré que les meilleures races et lignées pouvaient être stimulées pour l’emporter sur les moins adaptées. […] La manipulation ciblée de l’héritage génétique en vue d’améliorer une race, tel était le grand rêve des eugénistes de la fin du XIXE siècle et du début du XXE siècle. Néanmoins, comme ils le reconnaissaient eux-mêmes, ce rêve était né bien plus tôt : dans les écuries du XVIIIE siècle. 13 » 9. Trucage Ce film, c’est plus bien que deux corps qui en forment un seul et un corps qui en devient deux. Première scène : gros plan sur une fausse jument, également appelée monture fantôme. Surface griffée, ridée, preuve de précédents contacts. Elle est faite de cuir : la peau d’une vache morte. Des oiseaux pépient, l’atmosphère est calme et lumineuse. La caméra reste statique, comme incarnant la disponibilité de la fausse jument et son attente. Un étalon entre dans le cadre, il a le pouvoir de bouger. Elle grince sous son poids comme un vieux lit. Il baise la peau d’une vache morte. Il s’enfonce machi­ nalement, la bouche ouverte avec un filet de bave mousseuse.

2 Roberta McGrath, Seeing Her Sex: Medical Archives and the Female Body (Manchester: Manchester University Press, 2002), 2. 3 Kelly McKinnon, ‘Evatar: The Mother of MicroHumans,’ Woodruff Lab, accessed 7 August 2018, www.woodrufflab.org/Evatar%20MPS. 4 Margaret Atwood, The Handmaid’s Tale (Boston: Houghton Mifflin Harcourt, 1986), 53. 5 Anne Carson, Eros the Bittersweet: An Essay (New Jersey: Princeton University Press, 2014), 7–8. 6 Ibid. 7 Anne Phillips, Our Bodies, Whose Property? (New Jersey: Princeton University Press, 2013), 30. 8 Amy Speier, Fertility Holidays: IVF Tourism and the Reproduction of Whiteness (New York: NYU Press, 2016), 74. 9 ‘Baby dust is a term meaning good luck with conceiving a baby and a hope that it will happen soon. Sticky dust is a term meaning good luck with a current pregnancy, in hopes that it ends with a healthy baby. This is commonly used when a mother has had a previous miscarriage’, Trimester Talk, accessed 9 August 2018, http:// trimestertalk.com/what-is-baby-dust-or-sticky-dust. 10 Sarah McHaney and Rebecca Jacobson, ‘7 things every woman should know before freezing her eggs’, PBS NewsHour (10 December 2014), accessed 6 August 2018 www.pbs.org/newshour/ science/freeze-eggs. 11 Jasbir K. Puar, The Right to Maim: Debility, Capacity and Disability (Durham: Duke University Press, 2017), 82. 12 Roberta McGrath, Seeing Her Sex: Medical Archives and the Female Body (Manchester: Manchester University Press, 2002), 36. 13 Ulrich Raulff, Farewell to the Horse: The Final Century of Our Relationship (London: Allen Lane, 2017), 155.

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Celles qui essaient de concevoir  Naomi Pearce  Trying to Conceive Plus tard, c’est au tour de la jument d’être dupée. Anna la rencontre via un écran flottant présentant une grosse tête alezan baignée de lumière bleue. Un site Web sur l’élevage d’équidés m’apprend que la lumière bleue sert à manipuler les rythmes circadiens de l’animal pour optimiser et réguler sa fertilité. Comme l’explique la coordonnatrice en chef de la clinique, des pays comme la France consi­ dèrent la gestation pour autrui comme une sorte de trucage, une infraction passible de poursuites parce qu’il s’agit d’un « simulacre » de la mère. Sa réponse face à la législation consiste à négocier : « Nous devons contourner ces définitions fixes de la maternité », dit-elle. Dans Reproductive Exile, Lucy ne s’intéresse pas au trucage pour renforcer la binarité entre « naturel » et « contre nature », mais pour exposer le fantasme sur lequel ce système est construit. — 1 Susan Squier, Liminal Lives: Imagining the Human at the Frontiers of Biomedicine, Durham, Duke University Press, 2004, p. 22. [En l’absence d’édition en français, les traductions ont été réalisées pour le présent article] 2 Roberta McGrath, Seeing Her Sex: Medical Archives and the Female Body, Manchester, Manchester University Press, 2002, p. 2. 3 Kelly McKinnon, « Evatar: The Mother of MicroHumans », Woodruff Lab [en ligne], [consulté le 7 août 2018], disponible à l’adresse : www.woodrufflab.org/Evatar%20MPS. 4 Margaret Atwood, The Handmaid’s Tale, Boston, Houghton Mifflin Harcourt, 1986, p. 53. 5 Anne Carson, Eros the Bittersweet: An Essay, New Jersey, Princeton University Press, 2014, p. 7–8. 6 Ibid. 7 Anne Phillips, Our Bodies, Whose Property? New Jersey, Princeton University Press, 2013, p. 30. 8 Amy Speier, Fertility Holidays: IVF Tourism and the Reproduction of Whiteness, New York, NYU Press, 2016, p. 74. 9 «  Baby dust, ou “poussière de bébé”, est une expression utilisée pour souhaiter bonne chance à ceux qui essaient de procréer dans l’espoir que cela se produise rapidement. Sticky dust, ou

“poussière qui tient”, est une expression employée pour souhaiter bonne chance aux femmes enceintes dans l’espoir que la grossesse se conclue par la naissance d’un bébé en bonne santé. On l’utilise généralement quand la mère a précédemment fait une fausse couche. » Trimester Talk [en ligne], [consulté le 9 août 2018], disponible à l’adresse : http://trimestertalk.com/ what-is-baby-dust-or-sticky-dust. 10 Sarah McHaney et Rebecca Jacobson, « 7 things every woman should know before freezing her eggs », PBS NewsHour [en ligne], 10 décembre 2014, [consulté le 6 août 2018], disponible à l’adresse : www.pbs.org/newshour/science/freeze-eggs. 11 Jasbir K. Puar, The Right to Maim: Debility, Capacity and Disability, Durham, Duke University Press, 2017, p. 82. 12 Roberta McGrath, Seeing Her Sex: Medical Archives and the Female Body, Manchester, Manchester University Press, 2002, p. 86. 13 Ulrich Raulff, Farewell to the Horse: The Final Century of Our Relationship, Londres, Allen Lane, 2017, p. 155.

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