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SEPTEMBRE / OCTOBRE 2010 Photo : © Nick Knight

Chezlegrandbag Newspaper Journal à parution bimestrielle gratuit /// Reims

ANNA+PETER Swing Project 1

ELEKTRICITY Huitième Édition

THE SHOES

« Notre Album Va Surprendre ! »

YÉ-YÉ

My Trap

...


N O U V E AU À R E I M S !

MILANO SCOOTER Concessionnaire exclusif Piaggo, Vespa, Gilera, Aprilia 3 rue Gambetta • 51100 Reims • 03 26 50 12 16

Nouvelle adresse ! Ouverture le 20 octobre 2010 ! 6 place Drouet d’Erlon à Reims.

CHEZLEGRANDBAG • PRIVATE CONCEPT STORE 6 place Drouet d’Erlon • 51100 Reims JCDC / Alexander Mc Queen / Marc Jacobs / Kriss Van Asche... Ouverture du mercredi au samedi de 12h30 à 19h30 (photo : ©JCDC)


Édito « Les folies sont les seules choses qu’on ne regrette jamais » (Oscar Wilde-Le portrait de Dorian Gray-1891) La rentrée, synonyme d’angoisse, de fin d’été et du froid qui s’annonce pourrait être un moment sombre du calendrier annuel. Pourtant, à y regarder, superficiellement, d’un peu plus près, c’est une sorte de renaissance. On retrouve ses amis, ses collègues, ses chers dossiers, on peut enfin être débarrassés des enfants qui reprennent le chemin de leurs études, on se lance frénétiquement dans du shopping (car les premiers frimas créent un désir d’habits d’hiver, de mode, et surtout de posséder telle ou telle pièce de créateur, comme une oeuvre qui nous manquerait tant). Les commerçants voient, avec satisfaction des hordes de harpies envahir leurs échoppes… le business reprend (mais avait-il cessé en son royaume ?). Rentrer, pourquoi ? Pour sortir ! Sortir au Festival Elektricity en octobre, pour écouter, particulièrement, Erol Alkan, The Shoes et Brodinski : impérial !, sortir dans les bars entre amis, au théâtre, aux concerts, aux expositions et spécialement à celle de Peter Saville, icône hier de Factory Records et créateur des célèbres «covers» pour Joy Division et New Order notamment, présentant aujourd’hui, au FRAC Champagne-Ardenne, son travail avec sa compagne Anna Blessmann : exceptionnel !… Sorties, donc découvertes intellectuelles, rencontres et échanges fructueux, essentiels à la vie, comme l’air que l’on respire ou le nectar dont on s’abreuve… En fait, la rentrée c’est un moment où l’on a envie, où l’on espère, où l’on repart sur un bon pied… avant de sombrer à nouveau du « côté obscur de la force » rattrapés par le quotidien et sa désespérante banalité. Alors, ne perdons pas de temps et célébrons cette rentrée dans l’excès. Soyons hédonistes et abusons des plaisirs de la chair, noyons nous dans l’alcool pétillant local (que nos paysans spécialisés savent si bien préparer), comme si la fin du monde (ou la mort) était imminente… Chassons l’ennui et la langueur monotone qui s’installe, vivons au jour le jour, abandonnons nous, brûlons tout -notre âme, nos espoirs, notre jeunesse- , et, ivres de douleur, laissons-nous aller au bonheur… car, du désespoir naît l’espoir, de la douleur naît le plaisir, de la laideur naît la beauté… et cette beauté, Elle, est éternelle, telle une Venus surgissant d’un informe bloc de marbre. Soyons élégants…et décadents, tels les derniers Romains... Ciselons notre existence en Lisippe de nos êtres éclairés... Et mettons une grande claque à la vulgarité sarkosienne. Carpe diem ! (Alexis Jama-Bieri)

Sommaire EROTOKRITOS Le chic contemporain p5 PURE La beauté pure p9 ANNA+PETER Swing Project 1 p11 YÉYÉ My Trap p12 ELEKTRICITY Huitième édition p14 ED HARCOURT Lustre p14 BLACK MOUNTAIN Wilderness Heart p15 THE SHOES «Notre album va surprendre !» p16 GREGG ARAKI Anticonformiste et radical p16 L’AMOUR FOU Yves Saint-Laurent / Pierre Bergé p19 J.M BASQUIAT The radiant child p21 TOKYO Tradition et modernité p4

Chezlegrandbag Newspaper est publié par l’association Chezlegrandbag, 2 impasse J.B de la Salle, Reims • 09 51 61 48 91 • chezlegrandbag@gmail.com Responsable de publication : Boris Terlet • Responsable de rédaction : Alexis Jama-Bieri • Régie publicitaire : Jordann Huret (07 60 06 19 83) Réalisation graphique : Romuald Gabrel (gr@postcomputer.fr) • Photographie : Crapaud Mlle (crapaudmademoiselle@gmail.com) & Clément Moreau (clement.moreau@digit-art.fr)


EROTOKRITOS LE CHIC CONTEMPORAIN Erotokritos est une figure montante de la jeune création contemporaine. Il crée une mode décomplexée, faite de simplicité sophistiquée, avec un éternel sens du chic Parisien. Interview. (Texte : Alexis Jama-Bieri • Photos : DR)

Alexis : Qu’est-ce qui vous a particulièrement sensibilisé à la création de mode ? Erotokritos : Je suis fasciné par le cinéma et son univers magique depuis mon enfance. A : Vous avez étudié sur la côte ouest aux Etats-Unis, ainsi qu’à Paris, voyagé au Japon... Qu’ont apporté ces différents univers, ainsi que vos racines méditerranéennes, à votre Mode ? E : Enfant, j’ai eu la chance de naître dans une famille qui privilégiait la créativité et les voyages. Ma mère est galeriste et mon père est collectionneur. A 19 ans je suis allé étudier les beaux-arts à San Francisco et ensuite la mode à paris avec le Studio Berçot. La mode est une affaire internationale, ce qui m’amène souvent à voyager !!

une belle palette et des beaux tissus… et c’est à moitié gagné. Après il faut créer des « total look » ou des panoplies fortes et par la suite définir les pièces une par une. … A : Et comment s’organise un de vos défilés (concept, lieu, modèles…) ? E : C’est une histoire qui change de saison en saison. Ce qui est génial dans notre époque c’est qu’on peut tout faire. Par exemple, si je veux pas faire une défilé podium classique, je peux à la place faire une installation dans une galerie etc… Le choix des mannequins, garçons ou filles, reste important car ils doivent évoquer l’esprit de la collection, pas seulement par leurs tenues mais aussi par l’attitude. C’est pour cette raison que j’engage un directeur de casting qui connaît bien les codes de la marque. A : Quels sont, selon vous, les incontournables de l’automne-hiver 2010-2011 ? E : La maille : après des saisons et des saisons de classicisme on a besoin de pièces fortes mais faciles à porter comme la maille jacquard de ma nouvelle collection fabriquée dans un petit atelier à Chypre.

A : Pour quelles créations prenez-vous le plus plaisir ? E : J’aime beaucoup la partie inspiration pour une nouvelle collection. Faire la gamme de couleurs, penser aux looks presque 1 an à l’avance, c’est aussi intéressant de se projeter dans le temps.

A : Quelle est votre définition du chic ? E : Ça change avec le temps. Sean Connery dans le premier James Bond est super chic mais de nos jours Sebastien Tellier est aussi chic.

Comment constituez-vous vos collections de saison ?... E : Avoir

A : Mis à part les collections de vêtements, vous créez des collections

de chaussures et de sacs. Comment définiriez-vous l’élégance en cette matière ? E : Je pense qu’il n’est pas possible de concevoir une silhouette si on a pas pensé aux chaussures et éventuellement aux sacs. Une marque doit pouvoir proposer les deux. Ma ligne de chaussures et d’accessoires est assez réduite mais propose des modèles simples, forts et de très bonne facture (sacs en Italie et Chaussures au Brésil). A : Ne pensez-vous pas, en fait, que l’élégance est plus liée à la personnalité et à son expression par des vêtements et des accessoires qui la ponctuent, qu’une fin stylistique en soi, qui viendrait avant tout des vêtements, conférant ce « fard » à celle ou celui qui les porte ? E : Si, si, il est très important de proposer de la mode. Après c’est à la personne de l’adapter à sa personnalité. On ne doit jamais se sentir déguisé, si c’est le cas c’est raté ! A : En fait, l’élégance ultime n’est-elle pas constituée par les images gravées dans le marbre de l’Antiquité, ou chromatisée dans les œuvres picturales, notamment de la Renaissance et par l’alliance de l’attitude parfaite, de l’étoffe au tombé sans égal révélant la majesté des corps, des couleurs sublimant la simplicité de la nature ? E : Ce qui m’intéresse c’est ce qui est élégant aujourd’hui et c’est ce qui fait que le métier de la mode reste très difficile. On à la responsabilité de définir une nouvelle élégance saison après saison, mais on adore ça !!!!

EROTOKRITOS Collection homme automne-hivers 2010/2011 • www.erotokritos.com Disponible Chezlegrandbag à partir du 20 octobre 2010 (Photographer / Can Evgin • Stylist / Melina Nicolaide • Make up / Phillip Mileto • Hair / Ben Jones)


PURE PURE BY SWITZERLAND : LA BEAUTÉ PURE Notre corps est un capital qu’il faut protéger, entretenir, face aux agressions quotidiennes et aux affres du temps. Intervenir sur notre épiderme, oui, mais pas à n’importe quel prix ! Pas en s’intoxiquant de composés chimiques, pas en détériorant notre environnement naturel par une (sur)production industrielle incontrôlée. PURE pourrait être une réponse à ces vœux (pieux ?) d’un vivre mieux. Pure conçoit des produits sans dérivés chimiques, et s’inscrit dans la tendance Bio, écolo et BoBo. Basée en Suisse, tout comme Clinique et La Prairie, Pure bénéficie d’un environnement naturel, professionnel et territorial propice au développement de ses activités de cosmétologie haut de gamme. (Texte : Alexis Jama-Bieri • Photo : DR)

Très fortement engagée dans le développement durable (composition des produits, label Ecocert, contribution à Green Cross pour l’accès à l’eau pour tous…), Pure fait preuve d’un dynamisme encore rare dans ce domaine « niche » du respect de l’environnement, même si l’on peut penser, à l’échelle planétaire, que c’est peut-être trop tard… et que chercher à préserver la terre, tout comme le développement durable, sont plus des effets d’annonce, de mode, voir des alibis électoraux qu’on oublie très vite (mis à part peut-être les écologistes), qu’une réelle volonté d’action concrète. Serait-ce en réalité un moyen de se donner bonne conscience, après les méfaits occasionnés par la génération du baby-boom notamment, qui a précipité, par son mode de vie consumériste, la destruction de la nature ? Ce postulat de Pure ne serait-il pas alors légèrement cynique ? Une sorte de juste retour des choses, en vendant des produits bio qui sont justement sensés respecter la nature, à ces générations qui l’ont méprisée ? Mais il n’en est rien ! Le concept de Pure et son action paraissent réellement

destinés à favoriser un développement respectueux de la nature, qu’il s’agisse de la planète, ou du corps de sa clientèle. Personnellement, je trouve les produits de Pure attractifs, tant au niveau cible de traitement qu’au niveau packaging… Le côté bio également, égoïstement, me rassure quant à l’impact positif sur la santé en cas d’utilisation. Ainsi, les produits de Pure se déclinent en gammes pour femmes et pour hommes destinées au bien-être de la peau et à la lutte contre les effets de l’âge, avec de nombreux éléments actifs haut de gamme alliant les bienfaits de l’eau thermale des Alpes, des plantes et des minéraux. N’ayant pas eu l’occasion de tester concrètement ces produits (même si je compte bien essayer le Sérum liftant yeux… pour mes lendemains de fêtes), je ne peux que vous inviter à les découvrir sur leur site web purebyswitzerland.com, et, si le concept vous séduit, à vous les procurer… vous ferez alors un geste pour Votre Nature !

La gamme de Pure comporte : PURE FOR MEN Gel nettoyant purifiant, crème de rasage protectrice, fluide hydratant matifiant, revitalisant total-correcteur anti-rides, sérum liftant yeux, gel douche cheveux & corps.

PURE FOR WOMEN Émulsion nettoyante démaquillante, brume tonique purifiante, gommage désincrustant visage, fluide hydratant équilibrent, soin revitalisant intensif-correcteur de rides, soin nuit régénérant aux 6 bienfaits, élixir de jeunesse pur, sérum liftant yeux.

www.purebyswitzerland.com En vente Chezlegrandbag à partir du 20 octobre

GABRIEL COIFFEUR Spécialiste de la coupe à sec 56 rue Buirette • 51100 Reims • 03 26 04 53 38


WEB REVIEWS Textes : Alexis Jama-Bieri • Photos : DR

Chope de vin www.zgallerie.com

Vous aimez le bon vin, mais parfois vous êtes juste plus à l’aise avec une chope. Alors ce gadget est fait pour vous ! Avec sa double paroi, qui fait apparaître la silhouette élégante

d’un verre à vin, dans une choppe confortable à tenir. Servez-vous du vin, inhalez le bouquet d’un air inspiré, goûtez. Mmmm ... vif et vigoureux, avec juste une pointe d’ironie. Bien

sûr, cet artifice ne vous permettra pas de tenir votre verre avec distinction, mais il reflètera votre décalée classe… So British !

Bestfriendshome

www.bestfriendshome.com Pour votre chien, des maisons extérieures made in Deutschland. Ces répliques d’habitation seront un lit douillet pour votre meilleur ami(e) à 4 pattes. Ainsi, vous aurez le choix entre une

habitation traditionnelle du vieux sud US, un bâtiment art déco évocation des architectures d’époque Bauhaus, ou mieux encore, un château de conte de fées, pouvant même être

agrémenté de cristaux swarowski. Pour une vie de chien(ne) de château…même attaché(e)… Peut convenir aussi aux chat(te)s aimant une certaine rudesse extérieure.

Swankolab

disponible sur l’AppStore Voilà une application Iphone qui va transformer votre inséparable smartphone en studio de développement photo. Vous pouvez ainsi jouer aux apprentis sorciers en mélangeant les produits chimiques réactifs pour obtenir des

photos aux effets bluffants, vintages et comme sorties d’un labo bricolé maison. Alors, choisissez une photo dans votre photothèque, sélectionnez un produit, son dosage, puis un autre… etc, lancez le développement. Vous

verrez votre photo apparaître progressivement, comme au développement. Si votre mélange de réactifs vous convient, vous pouvez l’enregistrer pour le réutiliser ultérieurement.

Statuts à la con

www.statusalacon.tribords.com Générateur de statuts à la con sur le principe du cadavre exquis : mot ou expressions piochées au hasard par un logiciel. Alors vivez

décalés et générez-vous des statuts à la limite du loufoque, sans toutefois sombrer dans le grotesque.

Surréaliste ! Votre web 2.0 en sera rafraîchi !

Cigarette électronique www.e-cigarex.com

« Ceci n’est pas une pipe ! » Non, c’est certain, mais ce n’est pas une cigarette non plus ! Elle en a l’apparence, la fumée, le goût, induit le même mimétisme mais ne contient pas les substances toxiques dues à la combustion.

La fumée est en réalité de la vapeur d’eau inhalée qui en simule l’aspect sous l’action d’une micro-résistance. Attention toutefois, les filtres contiennent de la nicotine plus ou moins dosée. Cette réplique, à qui l’on a supprimé

goudron, monoxyde et autres, reste donc contre-indiquée aux non fumeurs, mineurs, femmes enceintes, et aux personnes ayant des maladies cardiovasculaires.

LA PAULETTE L’électro au bistrot Le 10 septembre et le 22 octobre 2010 au Bistrot des Halles (entrée libre)

SOIRÉES LA PAULETTE Au Bistrot des Halles •23 bis rue du Temple • 51100 Reims • 03 26 89 23 81 Les 10 septembre et 22 octobre 2010 à partir de 21h30 • After show au Z Club à partir de 02h30


KARTELL LA PRODUCTION INDUSTRIELLE DEVENUE OBJET D’ART

BLOOM 499 euros

MASTERS 139 euros

GHOST BUSTER 631 euros

Le design, oeuvre de créateurs exigeants, investit le quotidien pour en faire un lieu où l’environnement, rationalisé et sublimé, devient cet automne, un univers privilégié qu’août n’a pas aboli. Les grands producteurs de design, notamment italiens, proposent des objets usuels qui transforment un intérieur de goût en galerie, où ces œuvres sont exposées, exhibées, pour votre égoïste plaisir, et celui de vos invités, à l’occasion d’inoubliables moments où raison et abandon se mêlent dans une atmosphère à la fois moderniste et cosy… Pour cet automne, installez-vous autour d’une table, calés sur les spartiates chaises Masters, qui vous rappelleront, par certains aspects, les chaises industrielles des cantines ou cafétéria collectives, en plus élaboré graphiquement. Et puis, afin de faire de votre salon un palais où la lumière, jouant de ses arabesques tamisées, formera ici des ombres fantasmagoriques, dansant sur vos murs, comme un prélude à vos rêves les plus fous et créant un décor digne des palais orientaux des Mille et une nuits, la suspension Bloom fera scintiller une cascade d’étoiles dans votre pièce à vivre, lieu de rencontres, lieu d’échanges, lieu de repos et lieu de contemplation d’un chez soi parfait… Ces œuvres de design, orfèvreries de matières synthétiques, conçues par Kartell, grande maison Italienne du mobilier de créateur, seront votre hymne à l’automne, dans un intérieur, où, passant de l’inconfort relatif au confort le plus affirmé, vous vous sentirez bien, très bien, trop bien… (Texte : Alexis Jama-Bieri • Photos : DR) chez INTÉRIEUR ACTUEL • 40 Rue Buirette • Reims • 03 26 88 25 34 (disponible à partir de mi-octobre 2010) 07


BOOKS

Textes : AVC

Road Beef

Peter Sutherland ou l’éloge de la beauté ordinaire Nous sommes aux Etats-Unis : des visages de femmes, des caddies défoncés, une caravane, une planche de skate, de la bière, une guitare, un jean, le désert… Clichés ? Far West ? Images ordinaires, banales, habituelles d’une Amérique que nous voudrions presque oublier ? Non, pas vraiment… Peter Sutherland, artiste photographe new yorkais, sait nous éveiller à la beauté cachée des objets ordinaires et des situations du quotidien. Road Beef, c’est au départ une exposition à Paris où Peter a présenté une sélection de nouvelles photographies, sculptures et vidéo. C’est la première fois que l’artiste expose en France, même si le concept store Colette a déjà diffusé son

travail. Et c’est un réel plaisir de découvrir le style si particulier et original de l’auteur entre autres de Pedal, à travers ces nouveaux clichés à la fois simples et naïfs. Et si Pedal nous entraînait dans les dédales frénétiques de la communauté des cyclistes new yorkais, Road Beef est un retour aux sources. Peter Sutherland a grandi dans le Michigan puis dans le Colorado. Il se souvient d’un lac, de sa maison avec une terrasse surplombant la vallée, de moments simples, de paix, de zen… Pourtant sa vie aujourd’hui, c’est New York, la société industrielle, la vitesse. Mais loin, d’être nostalgique, il n’a pas oublié ce qu’est toujours l’Amérique profonde. Loin de la modernité et des super structures, restent encore les vieux tracteurs,

la bière au goulot, des gens qui prennent le temps, le chat qui dort dans la chaleur écrasante du désert loin de la clim, cette dichotomie qui fait le charme des «States» pour ceux qui savent s’y arrêter. Le travail de Peter Sutherland nous amène là où l’essentiel est toujours pour lui : la nature, la simplicité, les hommes. Élaboré avec des copains français, avec ZZ Top en toile de fond, laissez-vous conquérir par ce petit recueil de «clichés», histoire de nous remettre les idées en place et d’avoir le juste regard. “ Road Beef ” Éditions Frenchandships Disponible Chezlegrandbag

Sang Bleu

Issue 5 : Rapports de force esthétiques … Sang Bleu existe depuis 2004… Certes encore jeune, cette revue dédiée à sa naissance aux tatouages et qui publie aujourd’hui son opus 5 est la preuve éditoriale qu’une bonne idée et beaucoup de travail peuvent surmonter les histoires de gros sous et les querelles d’éditeurs. Que vous appréciez ou non, que vous vous intéressiez ou non au pouvoir de l’encre sur la peau, Sang Bleu flirte avec l’art du tatouage, la mode, l’art contemporain, la sociologie, la philosophie pour nous entraîner vers un art expérimental destiné à affirmer les vibrations de la production d’idées et de formes des artistes contemporains… Tout cela, sans nier les contingences économiques, sociales

et culturelles du monde dans lequel nous vivons. Invités de ce numéro, des légendes du monde du tatouage tels Thomas Hooper ou Alex Binnie mais aussi des légendes de la mode tel Kris Van Assche, chacun ayant convaincu ses amis de participer à la nouvelle aventure. Le résultat, deux volumes que l’on effeuille, que l’on caresse, qui nous emmènent sur des chemins singuliers où nous allons nous raconter notre propre histoire au travers des images, photos ou dessins que Maxime Buchi, le rédacteur en chef, nous impose. Parce que Sang Bleu Issue 5, c’est aussi le choc de deux volumes face à face,

différents mais complémentaires, qui nous crient sur papier mat pour l’un, papier glacé pour l’autre une identité forte et unique, une singularité cuisante dans un monde marqué par la culture de masse. Ainsi, si écrits et tatouages ont été porteurs dans les temps anciens des normes sociétales, Sang Bleu, par le jeu du regard, renie la norme et l’anonymat du collectif pour mettre chacun de nous face à sa propre identité…

“ Sang Bleu ” Issue 5 Éditions Sang Bleu Editeurs Disponible Chezlegrandbag

The City / Die Stadt

Avenir et décadence, des photographes, une expo, un livre … 2010, l’agence de photos Ostkreuz célèbre son vingtième anniversaire. À cette occasion, elle a organisé à Berlin du 4 mai au 4 juillet dernier une exposition de ces dix-huit collaborateurs autour d’un thème : La Ville, grandeur ou décadence. Ces photographes qui illustrent déjà notre quotidien dans Newsweek, Stern, Géo ou le New York Times, sont partis à la recherche de l’essence de notre réalité urbaine. Projet collectif, certes, mais en suivant chacun leur sensibilité, ils ont travaillé deux ans pour témoigner de la grandeur et de la déliquescence de 22 villes dans le monde, créant ainsi un documentaire unique sur ce que l’homme construit ou défait… 2008 : début de l’enquête. Le seuil de l’urbanisation n’a jamais été aussi élevé sur notre planète. Pour la première fois dans l’histoire de l’humanité, plus d’hommes vivent en ville qu’à la campagne. Chaque jour, 190 000 personnes rejoignent une cité. Commencé au XIXe siècle avec l’ère industrielle, ce mouvement

n’a cessé de s’amplifier et prend aujourd’hui des proportions alarmantes dans les pays émergeants ou en voie de développement. Aujourd’hui, vingt-cinq mégapoles comptent plus de onze millions d’habitants. Au même moment, des villes meurent, disparaissent, se dépeuplent… The City , die Stadt , la Ville… berceau de notre civilisation du XXIème siècle, melting pot de cultures, de mentalités, de religions et d’idées, lieu de rencontre des désirs humains de liberté, de sécurité, de richesse… Elle libère les hommes de leurs entraves, elle leur en donne de nouvelles. Elle crée d’exécrables lieux de pauvreté, mais elle est parfois la seule chance d’y échapper. In the City, chacun est une part du tout et une part de rien. Proximité et anonymat. Tout et son contraire, tout en même temps, au même endroit. Dix-huit photographes, dix huit regards, 250 photos : Couleur… pour la douceur du regard de deux ados, une femme

qui dort, deux mains qui se tendent, détresse, solitude, communion d’une mère et de son fils à la mort du père, Amour ? Contre-jour… un immeuble à Detroit, Edward Hopper s’est-il glissé dans ces pages, Poésie ? Noir et blanc… des femmes, les « Mona Lisa de la banlieue », elles habitent Florence, Liverpool, Reykjavik, Minsk ou Berlin, des jeunes femmes aux pommettes hautes, peau claire, yeux bleus, bruns, quelque chose de commun, quelque chose de déjà perdu dans le regard, Détresse ? Sépia… Tchernobyl, l’Ukraine dévastée, il fait froid, Terreur ? Nigéria, Lagos, ses bidonvilles, les bus rouges sous le soleil, le troc, la joie des Mama, vie ? Ou Gaza, détruit, une chambre, reconstruire, Espoir ? Tout et son contraire… Avenir ou décadence … “ Die Stadt , The City ” Éditions Hatje Kantz Disponible Chezlegrandbag

L’imparfaite

« Ni trop haut, ni trop bas » Quand Sciences Po joue avec l’érotisme… Carrefour de bien des enjeux sociaux, la sexualité est un prisme de choix pour analyser l’articulation entre économie, juridique, philosophie, politique et art… C’est ainsi que Fahd Ayeva, Président de L’imparfaite et étudiant à Sciences Po explique la revue érotique qu’il produit avec huit autres élèves de la prestigieuse institution. Inspirée d’une expérience américaine, la revue plurielle s’adresse à tous, aux hommes, aux femmes, aux hétéro ou homosexuels… Après un numéro zéro tiré à 1000 exemplaires et épuisé en quelques jours,

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L’Imparfaite revient avec un numéro 1 encore plus beau, plus excitant et plus original. 130 pages dédiées à Eros… Entre livre et magazine, ni Entrevue, ni Têtu, ni Cosmo non plus, nos jeunes Sciences Po nous emmènent sans tabous sur les chemins d’un érotisme polisson, un peu chaud et rassemblent sciences humaines, journalisme, photos, dessins, le tout sans snobisme ni vulgarité, avec légèreté, liberté et humour. On n’est jamais sérieux quand on est étudiant… Ici, le journaliste Raphaël Malkin nous invite à accompagner les

sœurs de la perpétuelle indulgence dans un pèlerinage militant et festif. Le chercheur Lancelot Arzel présente une histoire sexuelle de la pissotière. Là, le photographe Benjamin Gavado projette sur des corps nus les spectres de ses fantasmes. Et Iphigénie raconte de surprenants échanges autour d’un œuf… Informer oui, analyser aussi et titiller plus encore… “ L’Imparfaite ” numéro 1 Disponible Chezlegrandbag


ANNA + PETER SWING PROJECT 1 En 1979, Peter Saville cofonde le label de musique indépendant Factory Records pour lequel il crée certaines des pochettes de disques les plus influentes de tous les temps pour Joy Division et New Order. Travaillant ensuite plus largement dans le monde de la mode et de la culture, son travail est perçu comme ayant durablement affecté les interactions entre le design et l’art. Sous le nom d’Anna + Peter, le légendaire designer anglais et l’artiste allemande Anna Blessmann présentent Swing Project 1, leur toute première exposition, au FRAC Champagne-Ardenne. (Texte : Florence Derieux • Photographe : Nick Knight)

Florence Derieux : Comment, quand et pourquoi avez-vous formé Anna + Peter ? Peter Saville : Anna + Peter est le fruit d’une relation personnelle et professionnelle, créative, la conséquence d’une existence partagée. Anna Blessmann : Cela découle tout simplement du fait de vivre ensemble. Car pour nous la vie n’est pas séparée du travail. PS : Nous avons de nombreux intérêts communs, mais nous sommes arrivés à ces intérêts par des routes très différentes. AB : En l’occurrence, je suis allemande, j’ai grandi à Berlin, mes parents sont tous les deux peintres et j’ai fait des études d’art. Je n’ai pas grandi avec l’imagerie pop, mais plutôt avec la renaissance italienne et l’art expressionniste, bien avant d’avoir vu une pochette de disque. PS  : Pour moi, c’est exactement l’inverse. J’ai commencé à travailler beaucoup plus tôt qu’Anna, en 1977, et le seul art avec lequel j’entretenais alors une relation c’était le pop. J’ai découvert l’histoire de l’art à travers le pop ; Anna a découvert le pop à travers l’histoire de l’art. Nous avons donc un intérêt commun mais des points de vue différents. Nous ne sommes pas toujours d’accord et il y a aussi beaucoup de discussions et de débats. Mais ce qui est intéressant, c’est que nous avons un intérêt commun. FD : Comment définiriez-vous cet intérêt commun ? PS  : Par où commencer... L’art ? AB : Nous partageons une même esthétique et nous intéressons aux mêmes artistes – même si parfois je pense qu’ils sont très bons et Peter n’est pas tout à fait d’accord, ou l’inverse – nous avons un certain intérêt pour l’art qui touche à la vie et nous sommes très attentifs à ce qui ne cantonne pas l’art à l’espace d’exposition (le fameux « white cube »), mais au fait que l’on peut voir des choses parfaitement éducatives et éclairantes à l’extérieur du monde de l’art, dans la réalité. Nous partageons cette sensibilité. PS : Nous partageons une vision plus contemporaine, un formalisme observé à l’intérieur de la réalité dystopique - c’est la question importante : le monde n’est pas exactement comme les formalistes l’ont proposé, mais nous voyons ces propositions d’une manière quelque peu brisée, et nous avons tous les deux remarqué cela - et nous partageons un intérêt pour l’art mais aussi pour la mode et le design : Anna est très pragmatique par rapport au design  ; elle une sensibilité très allemande à ce sujet. AB  : Cela doit avoir une fonction et fonctionner, ou cela ne m’intéresse pas  ! PS : Nous avons des discussions sur des questions socioéconomiques et sociopolitiques en relation avec l’état du monde dans lequel nous vivons, qui sont bien sûr très importantes par rapport à mes activités professionnelles. Nous avons donc la possibilité de discuter de presque toutes les activités dans lesquelles je suis engagé. Anna a une culture sociopolitique différente de la mienne puisqu’elle vient d’Allemagne, et nous discutons beaucoup des différences entre la Grande-Bretagne et l’Europe, ce qui est un sujet particulièrement important pour nous. AB : Évidement, nous partageons aussi l’expérience du sexe. PS : Nous avons un intérêt commun pour la sexualité et l’érotisme qui constitue une sorte de fil conducteur entre les différentes choses qui nous occupent – la mode, la notion d’image, d’identité, le design et l’art, etc. Il y a parfois la possibilité d’une lecture érotique ou sexuelle de ces choses. Mais, encore une fois, nous avons un point de vue différent mais complémentaire sur les questions liées au sexe. J’ai une approche plus visuelle et une attitude voyeuriste vis-à-vis de cela, et Anna a une attitude plus… AB : Active. PS : … plus physique, plus sensuelle. FD : Cette exposition est-elle la première que vous réalisez ensemble et sous ce nom ? AB : C’est effectivement la première fois que nous réalisons un corpus d’œuvres et une véritable exposition. Auparavant, nous avons travaillé ensemble sur des photographies, nous avons cosigné des éditions, etc, mais c’est notre première exposition. PS : En ce qui me concerne, c’est la première présentation de mon travail dans le

contexte d’une institution d’art contemporain, avec la production de pièces créées spécifiquement pour cet espace d’exposition. FD : Comment avez-vous travaillé ensemble à ce projet ? PS : Anna est mon professeur d’art depuis maintenant sept ou huit ans. Mes délibérations sur la raison d’être de l’art sont venues de ma relation avec Anna plus que de toutes autres formes d’éducation. L’approche théorique et pratique en art appliqué et en art plastique est très différente et, d’une certaine manière, ma rencontre avec Anna a été l’occasion d’une nouvelle formation. AB  : Je suppose que nous pensons à ce travail depuis de très nombreuses années, qu’il a en quelque sorte « grandi » durant ces dix dernières années, jusqu’à ce nous puissions enfin le « formuler ». PS : Cette invitation a été le contexte dans lequel différentes possibilités émanant de nous deux ont finalement pu converger. L’analogie de l’échange est à la fois traitée à une grande échelle – où toutes les disciplines convergent - tout autant qu’à une échelle personnelle. Cela embrasse différentes possibilités. J’ai réalisé, la première fois que nous sommes venus à Reims, il y a maintenant deux ans, que nous pouvions inclure presque tout ce qui nous intéresse dans notre projet « Swing ». C’est en fin de compte l’esprit de ce que nous avons envie de faire. FD : Pouvez-vous nous parler de votre exposition au FRAC ChampagneArdenne  ? PS  : Les pièces sont en fait des espaces qui permettent d’introduire le public aux sensations que procure l’idée de notre projet. Nous ne produisons donc pas des choses, à ce stade, nous lançons plutôt une invitation à découvrir un nouveau monde dans lequel tout est maintenant dans un état de flux, d’échange permanent. En ce sens, ce n’est pas un projet didactique, mais qui peut simplement créer une possibilité pour commencer à penser, soi-même, à ce qu’il se passe actuellement dans le monde dans lequel nous vivons. FD : Vous utilisez véritablement cette institution artistique comme un laboratoire, et l’invitation qui vous a été faite d’y exposer comme une opportunité d’expérimenter de nouveaux modèles. De quelle manière pensez-vous que ces œuvres vont ensuite continuer d’exister ? AB : Dans la mémoire de ceux qui auront visité l’exposition, j’espère… PS : Comme une prise de conscience. Il y a l’expérience personnelle que chacun aura peut-être. Il a aussi l’idée d’effacer l’espace entre le public et l’œuvre. D’une certaine manière, cela nous amène plus près de l’art et de la vie. J’adorerais que quelqu’un voit quelques parallèles entre ce qu’il voit ici, dans l’espace d’exposition, et ce qu’il commence à expérimenter dehors, dans une boîte, dans un bar, dans un restaurant, dans un hôtel, chez le coiffeur ou dans un magasin... Qu’il perçoive comment nous sommes en train de créer une culture hybride. Et à partir de là, de réaliser que tout cela ne concerne pas l’objet d’art mais la façon dont nous en faisons l’expérience. Au final, ce qui compte vraiment c’est sa propre relation aux choses et non pas les choses elles-mêmes.

ANNA + PETER /// Swing Project 1 Exposition au FRAC Champagne-Ardenne Du 1er octobre 2010 au 2 janvier 2011 Vernissage le jeudi 30 septembre 2010 à 18h00 • Visites publiques tous les dimanches à 16h00. Visite pour les enseignants le mercredi 13 octobre à 14h30 • Visite pour les étudiants le mercredi 17 novembre à 18h30.

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EXPOSITIONS Harold Guérin

Chapelle Pomme Z communication La démarche artistique d’Harold Guérin (né en 1981 à Reims ; vit et travaille entre Nancy et Reims) trouve son origine dans l’observation du paysage. Il multiplie les points de vue afin de percevoir différentes portions de l’espace et d’en interpréter les mutations. Les éléments tels que l’eau, le sol, la neige conditionnent la construction de ses installations dans leur structure même ; il reconstitue des objets fonctionnels et identifiables qui sont les témoins physiques et tangibles de frontières, visibles ou non. D’octobre 2009 à janvier 2010, Harold Guérin était invité par le Frac

Champagne-Ardenne en résidence de médiation au Lycée Val de Murigny dans le cadre du PAG Paysagerie. Cette résidence a été suivie de l’exposition Hors champs de février à avril 2010. Récemment, Harold Guérin a également participé à différentes expositions telles que le Prix d’art Robert Schuman à Metz, L’avenir d’une illusion au Centre d’art contemporain Passages à Troyes, Space Between au Centre d’art Bastilles à Grenoble ou Moving Worlds à Luxembourg dans le cadre de Roundabout 2, Triennale de la jeune création. Cette exposition investit l’ancienne chapelle

qui, jadis, avait accueilli un dispensaire puis fut lieu de culte d’un couvent, désacralisée il y a plusieurs années, et désormais aménagée en siège de l’agence Pomme Z communication (92 rue du Barbâtre • 51100 Reims • 03 26 40 08 88) Exposition du 6 octobre au 17 décembre 2010. Vernissage le 5 octobre à partir de 18H30. Co-organisation : FRAC Champagne-Ardenne & Chezlegrandbag. Photo © Harold Guérin (Point K, 2010) Vue de l’exposition Hors champs à la Chaudronnerie, Lycée Val de Murigny, 2010.

Diagonales /// « La musique du hasard » FRAC Champagne-Ardenne & CNAP

Résidence archiépiscopale et royale, liée au sacre de 32 rois de France, du 11e siècle à Charles X en 1825, le Palais du Tau et la chapelle de l’Ancien Collège des Jésuites accueillent, dans le cadre d’un parcours inédit d’expositions dans dix régions en France, ainsi qu’en Belgique et au Luxembourg, intitulé Diagonales : son, vibration et musique dans la collection du Centre National des Arts Plastiques, l’exposition La musique du hasard. Cette exposi-

tion réunit des œuvres des collections du Fonds National d’Art Contemporain et du Fonds Régional d’Art Contemporain de Champagne-Ardenne. Ce dernier a en effet développé pendant plusieurs années un axe d’acquisition vers les pratiques liées au son et à la musique dans le champ des arts plastiques. Cette exposition permet donc d’explorer les liens entre ces deux collections. Empreintes de l’influence de John Cage, les œuvres pré-

sentées proposent une poétique du hasard, entre bricolage et mixage, une expérience du quotidien, la recherche d’un degré zéro. Jusqu’au 30 septembre à l’Ancien Collège des Jésuites. Jusqu’au 24 octobre au Palais du Tau. Commissariat : Florence Derieux et Sébastien Faucon. Photo © Carsten Nicolai (Wellenwanne, 2001-2003) Collection FRAC Champagne-Ardenne.

Maison Vide

Espace de création et de diffusion dédié à l’art contemporain et au design C’est la reprise aussi pour ce petit lieu qui a ouvert ses portes en mars 2009. Derrière ce nom énigmatique se cache un projet hors des cadres et des conventions. Deux jeunes artistes, Anne-Sophie Velly et Maud Gironnay, ont entrepris de retaper une vieille maison au milieu d’un bourg de la Vallée de l’Ardre pour en faire un lieu de création in situ et de diffusion d’art contemporain. Cet endroit, pour le moins différent, s’est employé à cultiver cette singularité et cette audace en invitant un collectif d’artistes berlinois, Lagrandevie. L’été 2010 est passé et la saison écoulée a vu Maison Vide réussir la deuxième partie de son pari : devenir une structure pérenne.

Maison Vide a accueilli l’an passé les artistes Cécile Bethléem et Harold Guérin pour une impressionnante exposition intitulée Rhizome, et a ensuite monté le projet Promenons-Loup dans les Bois valorisant ainsi une certaine frange de la jeune création locale avec Hélène Paris, Emilie Vast, Sophie Herbé et Clémentine Treu. Enfin, ce fut au tour du jeune artiste Thomas Dupouy d’investir la maison pour une exposition trans-disciplinaire intitulée Zéro dB. Au fil de ces différentes propositions, Maison Vide a gagné la confiance des institutions (l’ORCCA, la Ville de Reims) qui ont décidé de soutenir le projet. Cette saison qui s’annonce pourrait bien être celle d’une nouvelle reconnaissance, celle

CD REVIEWS

Maison Vide • 1 rue Mannot 51170 Crugny contact : maisonvide@gmail.com www.maisonvide.fr • http://bold-design.org Photo © Maison Vide / Hélène Paris.

Textes : Steeve Grandsire

Here We Go Magic « Pigeons »

Allo Darlin’ « Allo darlin’ »

The Coral « Butterfly house »

The Bambi Molesters « As the dark wave swells »

Luke Temple délaisse un moment la construction de ses disques folk-pop façon Andrew Bird pour se consacrer à son projet de Brooklyn nommé Here we go magic. Le côté folk est abandonné au profit d’une pop psychédélique et quelque peu barrée où la mélodie est pleinement mise en emphase par une voix douce et chaleureuse. Les synthétiseurs, les guitares et une rythmique simple et prononcée sont là, ainsi, tout est réuni pour créer une atmosphère parfois légère (Collector, Old world united), une atmosphère chaleureuse (Casual), une atmosphère angoissante (Surprise), une atmosphère krautrock (Moon).

Avant de se lancer dans des explications, parfois indigestes, pour tenter de décrire l’univers de ces quatre anglais/australiens, simplifions l’affaire en expliquant que ce groupe s’est formé par affinités musicales. Avant d’être musiciens, ils ont chacun occupé un poste de «Fan». Leur culture musicale respective leur a permis de composer des titres évidents, faciles, plaisants où les références existent mais ne les discréditent pas. La jolie Elizabeth, qui compose les paroles, pose sa jolie voix sur les mélodies pop-surf parfois rock écrites par Paul, Bill et Mikey qui manient le ukulélé (utilisé subtilement), la guitare, la lapsteel et la batterie. Ce recueil de ballades conviendra tout à fait aux fans de Camera obscura, Simon & Garfunkel, The Pipettes et autres groupes au son vintage.

Le groupe anglais, bien trop méconnu et dont l’influence n’est plus à prouver, sort son sixième album. À chaque sortie, l’auditeur se dit qu’ils ne pourront pas faire mieux, mais à chaque fois, les inquiétudes s’effacent dès les premières notes. Certes ils ne font parfois pas mieux mais ils ont au moins le mérite de faire aussi bien. Leur registre musical est basé sur une pop-folk aux accents psychédéliques où l’héritage anglais est, ici, agrémenté de touches du continent d’en face. Les cinq anglais n’ont pas la prétention de révolutionner la musique mais ils se contentent de nous créer des ballades pop, simples, mélodiques et pures. Difficile donc de ne pas adhérer à leur son si léger. La perte d’un de leur guitariste, qui a préféré tenter sa chance en solo, ne les a pas affaiblis. Je défie quiconque de critiquer en mal ce groupe tant l’évidence musicale est de mise.

Si la rentrée vous mine le moral et si vous éprouvez un quelconque besoin d’évasion afin de prolonger un temps soit peu vos vacances, alors ce disque est ce qu’il vous faut. Au programme un rock dont les origines ne sont pas loin des plages californiennes et des déserts arides. Les spectres de Morricone, The Coral ou autres Last Shadow Puppets planent au dessus de vos oreilles, à l’écoute de ce disque où les paroles sont bannies. Les mots sont absents, ainsi l’imaginaire prend toute la place et le disque pourrait presque être une superbe bande originale tant les ambiances sont diverses. La guitare est omniprésente mais ne sonne jamais pareil. C’est épique, cuivré, mélancolique et tout droit venu de Croatie, c’est sûrement pour cette raison que le disque est frais et loin des clichés des groupes américains. The Bambi Molesters ne créent pas qu’une ambiance, ils créent un monde dans lequel on bascule.

(Secretly canadian / Differ-ant)

Bref, il est bien difficile de mettre cet album dans une case, et tant mieux, car les clivages ça ne nous plaît pas ! Impossible de s’ennuyer à l’écoute du disque, jetez-vous donc sur les bacs afin de marquer musicalement cette rentrée.

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d’un public plus large et toujours aussi curieux. Pour cette rentrée, Maison Vide accueille le duo de designers parisiens Bold, formé de William Boujon & Julien Benayoun, pour une proposition vraisemblablement autour de la vidéo, du son et de l’objet. Le vernissage est prévu le samedi 16 octobre, à 19h. Elle sera ouverte jusqu’au 21 novembre. (Ouverture le week end de 14h00 à 18h00 et en semaine sur rendez-vous).

(Fortuna pop / Differ-ant)

(Cooperative music / PIAS)

(Glitterhouse / Differ-ant)


YÉ-YÉ DEUXIÈME ALBUM : « MY TRAP »

Yé-Yé c’est d’abord la réunion de deux musiciens curieux et novateurs aux accents de pop electro chamarrée. Fabrice Hubert (ex Tahiti 80) et David Leloup, amoureux des sons synthétiques vintages… et pas seulement…, reviennent avec leur second album « My Trap » (Anoraksupersport / Chezlegrandbag / Différ-ant) disponible fin septembre. Interview. (Texte : Alexis Jama-Bieri • Photo : © Crapaud Mlle)

Alexis : Yé-Yé a 10 ans. Comment s’est développé votre concept artistique ? Fabrice : Nous n’avons jamais parlé de concept artistique, mais juste d’envie de faire et d’être ensemble. Avec Dave, on écoutait déjà beaucoup de musique et on jouait dans des groupes pop indés, en s’amusant avec des samplers et en bidouillant avec des multipistes. Nous avons démarré Yé-Yé car on avait l’impression de tourner en rond avec nos groupes pop plus classiques. Et puis il y avait toute cette mouvance « big beat » avec un type comme Fatboy Slim qui réinventait et recyclait en se jouant des codes et toujours avec beaucoup de second degré. Donc pas de concept pour Yé-Yé mais un propos artistique qui oscillerait entre Madchester, la pop 80’s, les musiques de films, la House, tout ça mis dans un grand sac (j’ai pas dit bag !) foutraque. David : On a toujours été fan de pop anglaise, et la démocratisation des samplers avec l’usage créatif qu’en ont fait certains (Daft Punk, Dj Shadow) nous a poussé à expérimenter. On s’est mis à réécouter tous nos disques pour trouver des boucles utilisables. Une boucle était souvent le point de départ d’un morceau.

différents, qui confère à votre album sa texture si vivante… et en fait une véritable machine à « tubes » ? David : Sice , qui est présent sur 9 titres a été emballé dès le début par les démos. Et il nous a trouvé des super lignes de voix. Le duo avec Helena s’est imposé naturellement. On avait envie d’un duo entre un vieux beau (à la Gainsbarre) et une jeune bombe !! F : Je ne sais pas si c’est hétéroclite mais c’est clair que toutes ces personnes étaient complémentaires pour ce projet, en tous cas à nos yeux. On a essayé de pousser toutes les personnes dans leurs retranchements et les amener à donner le meilleur d’elles-mêmes et Thomas a un peu trinqué !!! Mais il a joué le jeu et au final le mix reste super original et cohérent tout au long de l’album. D : pour le coté machine à tubes, on aime les trucs catchy depuis toujours, les trucs que tu siffles sous ta douche. On essaie sans doute de le retranscrire dans nos morceaux…

A : Nostalgiques de la musique des Yé-Yé (rassurez moi là !) ? F : Avec Yé-Yé on a trouvé un nom qui pouvait tourner en boucle (comme en musique électronique) et graphiquement ce nom est très beau, avec une symétrie qui pourrait s’apparenter à tort, au premier coup d’œil, à un palindrome. Et en même temps on voulait rappeler qu’on était français tout en brouillant les pistes, car nous sommes aussi éloignés des Yé-Yé qu’eux l’étaient, à l’époque, de la pop sixties anglo-saxonne. D : Le seule problème c’est les recherches dans Google !!! : avec un tiret, sans tiret , avec l’accent, sans accent !!! A : Après « Two brain for feet » votre 1er album sorti en 2004, vous venez de sortir votre nouvel album « My Trap ». Comment s’est réalisée la genèse de ce disque, les rencontres artistiques, et la création des titres, de l’ébauche à la production finale ? F : Très vite nous nous sommes rendu compte que l’album se dirigeait assez naturellement vers quelque chose de pop qui nécessitait les talents d’un chanteur et c’est comme ça que nous avons contacté Sice, qui a accepté très rapidement, après avoir écouté nos maquettes. Ensuite, on a demandé au fur et à mesure, suivant les morceaux et ce qu’on imaginait, et du coup d’autres personnes sont venues travailler avec nous. Bastien Cantillon était aux batteries enregistrées en Belgique... C’était vraiment cool !! C’est vrai qu’on a enregistré cet album entre Oxford, Bruxelles, Reims, Paris et Rouen et on a bien fait la fête aussi en rencontrant plein de monde! A : En fait, votre groupe est un réel « Meltin pot », entre cultures diverses, puisque participent à votre aventure pour « My Trap » : Sice (ex-Boo Radleys), Mark Gardener (ex-Ride), Jon Auer (The Posies), Helena Noguerra, La maison Tellier, Wilfried Schaeffer (Maarten) et les rémois Clément Daquin (Alb), d’une part, et Thomas Dupuis, d’autre part (pour le mixage studio de l’album). Est-ce justement cette adjonction, peut-être hétéroclite, d’univers

A : Votre album étant particulièrement travaillé au niveau du mixage du son, pensez-vous pouvoir restituer son univers musical et ses sonorités en Live ? F : Ce n’est pas le problème car on distingue bien les deux. En live on a voulu une approche très différente en formant un vrai groupe de 4 personnes qui interpréteraient à leur façon les morceaux de l’album, une sorte de relecture faite par un autre groupe. Le chanteur live, David Feron, n’a pas participé aux enregistrements et il apporte quelque chose en s’appropriant les morceaux. On ressemble presque à un « cover band », une reprise d’un album entier. Et c’est clair qu’en live il y a beaucoup plus de punch au niveau des sons avec des gros kick de batterie, des basses électro, mais avec une guitare omniprésente. Et au final, c’est une autre option : l’album aurait aussi pu sonner comme ça. A : Quelles sont vos références artistiques, celles qui guident votre réflexion créative, vous donne envie d’aller plus loin dans vos recherches musicales ? F : On a plein de références artistiques et on écoute toujours pleins de choses différentes on peut passer d’Os Mutantes à Sebastian en quelques secondes avec le même plaisir. C’est sûr

qu’on s’intéresse énormément à la production sonore et un type comme François de Roubaix reste pour moi un modèle. Son côté expérimentation et recherche sonore, sans perdre de vue la mélodie, ressemble beaucoup à ce que nous essayons de faire. Après, le vin dans notre studio nous aide beaucoup à expérimenter !! D : je suis d’accord. Sebastian, Amon Tobin, RZA, Ennio Morricone. Un pied dans le passé, un autre dans le futur !! Avec la mélodie comme ligne directrice. A : Quels sont, selon vous, les artistes et courants musicaux qu’il faudra suivre d’une attentive oreille prochainement, ici et ailleurs ? Et ceux à absolument éviter, ou oublier rapidement ? F : Je n’ai pas envie de m’attarder sur ceux à oublier, il y a tellement de choses à dire sur les autres !! Après au niveau des courants musicaux il y a toujours un éternel retour des styles. Récemment c’était la soul old school ou le folk revisité et ça fait longtemps qu’on a pas eu de grands courants novateurs comme le rap ou la techno. J’ai quand même l’impression qu’on risque d’aller très vite vers une approche moins compressée de la musique pour favoriser la dynamique. La « Loudness war » fait rage en Angleterre et je pense qu’on va rechercher à faire des albums avec des sons plus acoustiques notamment au niveau de la batterie. A : Que pensez-vous de la situation actuelle des artistes, des professionnels du spectacle et donc des musiciens ? Peuton encore, actuellement, vivre de son art tout en restant indépendant, et donc créer en toute liberté, sans quelconque diktat, qu’il soit économique ou de politique publique ? F : Ça c’est un long débat qui prendrait quelques pages !!! Je pense qu’il faut être sincère dans sa démarche artistique et ne jamais se mentir, on peut gagner de l’argent avec la musique mais ça ne doit pas être un objectif, c’est un coup à devenir aigri !! Je crée parce que j’en ai besoin, c’est viscéral mais peut-être que je changerai de support pour faire de l’art brut à un moment. Je me souviens d’une phrase de Camus qui disait qu’on perdait du temps à vouloir gagner de l’argent alors qu’on devrait savoir perdre de l’argent pour gagner du temps. Je pense que je gagne mon temps en faisant ce que j’ai envie de faire et le truc cool c’est qu’en plus je peux gagner de l’argent. A : De votre point de vue, quel est le meilleur support de diffusion musicale (vinyl, CD, mp3, radio, myspace…) ? F : Ça dépend pourquoi, si c’est pour la qualité sonore, je préfère écouter de la musique concrète, de la musique baroque ou de vieux albums pop en vinyle. Par contre, j’écoute les nouvelles productions sur CD, puisque les artistes ont travaillé leur album pour ce support. Quant au Mp3, il reste pour l’instant un format de compression qui supprime trop d’informations. Et puis, peu importent les moyens de diffusion, pourvu qu’il y en ai plein pour notre nouvel album !!. www.myspace.com/yeyepopband 11


FESTIVAL ELEKTRICITY HUITIÈME ÉDITION SYNONYME D’AUDACE, DE SURPRISES ET DE RAVISSEMENT Le festival de musiques électroniques créé par Yuksek en 2003 aborde déjà sa huitième édition. Après celle de 2009, marquée par la soirée événement du parvis de la Cathédrale, Elektricity tente un pari audacieux ; faire encore plus fort cette année ! (Texte : Guilhem Simbille • Photo : © DR)

Cette nouvelle édition sera marquée par une nouvelle ouverture sur le parvis de la Cathédrale avec Etienne de Crécy et Erol Alkan. Au-delà de ce lancement en grande pompe, Elektricity déroule cette année un tapis rouge à une certaine scène française, en présentant des artistes comme Chloé, Zombie Zombie, Bot’Ox ou Girlfriend. Puisqu’il s’est construit avec et autour d’une scène

rémoise en plein développement, Elektricity rendra hommage à ces artistes de Reims qui s’exportent et qui réussissent. Les Shoes fêteront donc la sortie de leur premier album à la Cartonnerie, avec un tout nouveau live et des invités très spéciaux. Brodinski se chargera de la clôture du festival sur la piste du Cirque, au cours d’une soirée exceptionnelle. 2010 sera également l’année des créations avec Pentile & the Noise Consort et le nouveau projet d’Arbogast. Enfin, le festival conserve le principe de carte blanche avec l’artiste Kasper Toeplitz. Pour les nouveautés, Elektricity s’est doté d’un nouveau site internet, une application iphone et surtout, cette année le festival propose un pass donnant accès à toutes les soirées payantes pour 45€ ! Cette année, Elektricity est le vrai reflet de son époque. Audacieux, aventureux et jubilatoire, ce festival contribue à faire de Reims une des places fortes des musiques du Temps Présent.

Ouverture L’an passé, Yuksek et Laurent Garnier avaient enflammé le Parvis de la Cathédrale, un site pour le moins symbolique. L’invité du festival 2010, Kasper Tœplitz, ouvrira le bal avec une création soutenue par Césaré intitulée Basstaarang. Accompagné de Philippe Foch, Kasper Tœplitz présente une pièce, basée sur la confrontation de deux approches très différentes de l’écriture contemporaine. Une odyssée sonique au cours de laquelle le frottement est le leitmotiv. Beats ‘N’ Cubes, le live d’Etienne de Crécy est un peu l’événement dans l’événement. Après une carrière incroyablement remplie, des disques devenus cultes et indispensables, comme Superdiscount, Etienne de Crécy revient sur le devant de la scène avec ce projet démesuré et incroyablement ambitieux, avec une installation scénique digne des shows de Plastikman, Krafwerk ou même Daft Punk. Figure patriarcale mais discrète de la French Touch, Etienne de Crécy débarque donc à Reims avec une toute nouvelle mouture de ce live dévastateur. Le londonien Erol Alkan, clôturera cette première soirée avec un de ses furieux sets aux accents de Bastard Pop. Erol Alkan appartient au cercle fermé des dj’s stars aux côtés de Boys Noize ou des 2 Many DJ’s. Et comme Elektricity est avant tout une grande fête, c’est le duo de scratcheurs fous, Fantôme Fesse, qui se chargera d’assurer le spectacle entre les sets. Les deux scratcheurs du grand Est 12

reviennent à Reims pour montrer l’étendue de leur talent et leur incroyable dextérité aux platines.

Club Césaré Le lendemain, Elektricity investit les locaux du centre national de création musicale Césaré le temps d’une soirée un peu folle… oscillant entre musique baroque et pop décadente. Le turbulent magazine Vice a accepté l’invitation pour être le parrain de cette soirée placée sous le signe du vice, et intitulée Paris brûle-t-il ? La première création 2010 du festival, Pentile & the Noise Consort, sera donc présentée ce soir-là. Derrière ce projet se cache Benjamin Morando, hémisphère gauche du duo Discodeine qu’il forme avec Pilooski. Pentile est un subtile mélange, un peu expérimental, de musique électroacoustique, de musique ancienne et d’électronique. Sublime. Tristesse Contemporaine, c’est un peu le péché mignon des programmateurs d’Elektricity. Ce trio a litéralement enflammé Paris au printemps avec ce qu’il convient d’appeler un tube : 51 ways to leave your lover. Le titre est une pure merveille de noirceur pop et de basses liquides. Chaque concert du groupe est un micro événement dans la capitale… où plus rien n’est tout à fait sous contrôle. Après ces deux lives, ce sera au tour des dj’s de faire de Césaré un club… Quand les programmateurs du Lieu Unique à Nantes et du Confort Moderne à Poitiers prennent la route avec leurs disques sous le bras, c’est pour faire du dancefloor un champ de ruine. Et si Luz, le célèbre dessinateur de Charlie Hebdo (par ailleurs un sélecteur érudit et un dj plutôt technique) est dans les parrages, tout devient possible. Au-delà d’une sélection toujours parfaite, Luz a un goût très prononcé pour le port de la moustache (depuis plus de dix ans) et surtout pour… la fête. L’équipe du magazine Vice se chargera de casser définitivement les genoux des clubbers les plus assidus, avec de la musique pour la tête et pour les jambes.

Journée Jeune Public Après un premier week-end bien rempli et plutôt surprenant, le festival reprend le mardi matin avec ses désormais traditionnelles journées jeune public. Depuis 2005, chaque édition d’Elektricity est ponctuée d’une proposition dédiée aux enfants au Centre Culturel Saint-Exupéry, partenaire de la première heure et fief historique de feu-Binary Gears. Cette année, c’est le ciné-live du duo rennais Sati, L’Odyssée de Rick le Cube qui sera présenté aux enfants, qui pourront aussi participer à des ateliers de découvertes du son (manipuler un theremin, produire des sons venus de l’espace et réaliser ses premiers kicks). Le mardi, la séance est réservée aux scolaires, le mercredi après-midi elle est ouverte (sur réservation) et sera suivie du traditionnel GoûterClub. L’Odyssée de Rick le Cube est un spectacle étonnant et sensible, une fable sur la tolérance qui s’adresse aux enfants de 4 à 12 ans… et aux adultes. Face à l’écran, Jesse Lucas et Erwan Raguenes, assurent les bruitages et des parties musicales d’un film d’animation retraçant le voyage initiatique de Rick, un œuf de forme cubique, rejeté par sa communauté.

Trois soirées attendues C’est une autre tradition, Elektricity, en bon festival urbain et nomade qu’il est, est attaché à bouger et à s’installer un peu partout en ville. Cette année, comme une vieille habitude, c’est encore à l’Appart Café qu’il y aura de l’action ce jeudi soir. C’est le duo neo-kraut Zombie Zombie qui s’y colle, autant dire qu’on devrait atteindre les 40° sans trop de difficultés. Formé d’Etienne Jaumet et de Cosmic Neman (le batteur de Herman

Düne), Zombie Zombie est un groupe hors-normes. Dès leurs premiers concerts en 2006, la rumeur a très vite enflé autour de leurs prestations incroyables. La légende est ainsi née et les Zombie n’ont pas tardé à s’envoler pour conquérir les clubs et les festivals du monde entier. Leur nouveau projet (un disque sur Versatile et un live) est à la hauteur de leur talent et des attentes de leurs fans puisque Les Zombie s’attaquent aux thèmes des BO de John Carpenter (The Thing, Halloween…). Rien que ça. Zombie Zombie va faire de l’Appart Café un endroit postapocalyptique. Pour les amateurs de soundtrack en général, et de John Carpenter en particulier, une battle de musiques de films est prévue lors de cette soirée ainsi qu’un live surprise… qui va laisser des traces. Ce festival s’est développé en même temps que certains artistes rémois, à commencer par Yuksek, son créateur. Ces artistes ont également grandi avec Elektricity, comme Brodinski, The Shoes ou Alb. Aujourd’hui, cette scène est en passe de marquer d’une empreinte élégante ce début de décennie. Certains parlent même d’un nouveau Versailles. Alors cette année, c’est au tour de The Shoes. Pour la sortie de leur tout premier album, l’équipe du festival a imaginé une soirée faite de petits sets ravageurs, juste avant que The Shoes n’entrent en scène pour présenter leur nouvelle formule live et leur album. Au programme Arbogast, The Wolf under the Moon, ainsi que ces voyous de Invvvaders pour une reformation exceptionnelle. Les américains de Future Islands seront également de passage… Et vous n’êtes pas au bout de vos surprises, puisqu’on annonce pour cette fin de soirée, un dj set exceptionnel. Pendant que The Shoes fêteront la sortie de ce premier disque, les plus érudits des festivaliers pourront déambuler dans la grande salle de la Cartonnerie transformée pour l’occasion en acousmonium par Kasper Toeplitz et Christian Sebille. Les deux artistes ont tenu, autour de cet impressionant dispositif sonore et de cette configuration inédite, à s’entourer de Christine Groult, Christian Zanessi, et Thierry Balasse pour alterner pièces courtes jouées live et pièces en écoute en hommage à Parmegiani. Après cette soirée très «Stade de Reims» ce sera déjà la clôture. Le Cirque de Reims sera transformé en un gigantesque club. Se succéderont des lives étonnants pour certains, attendus pour d’autres, et comme une cerise sur un gâteau, deux dj sets en forme d’apothéose avec en ligne de mire le plaisir et l’abandon grâce au set final de l’enfant terrible de la Reims Academy : Brodinski. Kasper Toeplitz, accompagné de Bruno Chevillon, ouvrira cette dernière soirée avec une pièce surprenante. Yuksek, artiste fondamentalement indissociable d’Elektricity, a souhaité créer la surprise cette année et présenter son side project ; l’étonnant duo cosmic pop Girlfriend, composé de… Pierre Alexandre Busson, aka Yuksek, et de Clément Daquin de Alb. Elektricity a voulu être parmi les premiers à présenter ce groupe irrévérencieux, qu’est Bot’Ox, le projet live de Cosmo Vitelli accompagné de Julien Briffaz (de [T]ekël). Chloé (de Kill the DJ) présentera son live ambitieux accompagnée du vj Transforma, un chef d’œuvre de noirceur électronique… Sublime. Un des moments forts de cette édition 2010. Ivan Smagghe, l’éminence grise de Kill the DJ et le plus chic des dj’s français sera également de la fête. Il descent de sa ville d’adoption, Londres, pour livrer un set so british.

Retrouvez toutes les infos du festival sur : www.elektricityfestival.com et sur l’application My Elektricity Festival disponible gratuitement sur l’Appstore


REIMS I O1 AU O9 OCTOBRE 2O1O

ETIENNE DE CRÉCY EROL ALKAN I CHLOÉ I BRODINSKI

ZOMBIE ZOMBIE I IVAN SMAGGHE I BOT’OX THE SHOES I GIRLFRIEND I KASPER TŒPLITZ

PENTILE & THE NOISE CONSORT I FUTURE ISLANDS I TRISTESSE CONTEMPORAINE ARBOGAST I INVVVADERS I SATI I FANTÔME FESSE I LUZ I THE CURATORS THE WOLF UNDER THE MOON I RING THE BELL & RUN LIKE HELL

WWW.ELEKTRICITYFESTIVAL.COM

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ED HARCOURT « LUSTRE » : UNE MUSIQUE QUI FAIT BRILLER LES YEUX Aux multiples influences passées au shaker, mélodieuse et surlignée d’une voix captivante, la musique d’Ed Harcourt, lie Jazz, Blues, Pop, indie…et monde de l’image. Après avoir collaboré avec le trompettiste de Jazz Erik Truffaz, Ed Harcourt nous divulgue en 2010 une facette supplémentaire de son Art, au fil des «chapitres» de son cinquième album « Lustre » (Differ-ant). À écouter avec un verre de bon vin. Interview. (Texte : Steeve Grandsire • Photo : © DR)

Steeve : Vous nous aviez habitué à sortir un album tous les deux ans, mais pour quelles raisons avez-vous attendu si longtemps (quatre ans fut une éternité pour moi) entre « The beautiful lie » et « Lustre » ? Ed : J’avais besoin d’une petite pause. J’étais dans une période assez transitoire et j’avais besoin de changements. J’étais aussi très occupé, principalement par plusieurs films, le tourisme, l’écriture et la production... J’ai aussi préparé un best of qui a sonné ma séparation avec EMI. En fin de compte je n’ai jamais arrêté de faire de la musique et j’ai décidé de sortir un nouvel album, l’année dernière, avec le magnifique Ryan Hadlock (ndlr : Metric, Blonde Redhead, Ra Ra Riot, The Gossip...) S : Quelles ont été vos sources d’inspiration pour l’écriture de «Lustre»? E : Je suppose que les réelles inspirations ont été la protection, l’amour et l’auto-désapprobation. Protection d’une famille peut-être car depuis que je suis devenu père j’ai développé un certain état d’esprit néandertalien de chasseurprotecteur. J’aime l’idée d’être un patriarche ! Bien sûr je

artistes français essentiels ? E : C’est très gentil de la part de 1973. Mes artistes français favoris sont : Satie, Debussy, Serge Gainsbourg, Edith Piaf, Camille, Phoenix, Erik Truffaz ou encore Yann Tiersen. S : Je suis sûr que vous pouvez être fier de tous vos différents albums, mais quelles sont vos impressions à propos du dernier ? E : Il est encore plus personnel, c’est plus moi. Il n’y a aucune tromperie.

préfère ne pas divulguer mes sources profondes d’inspiration, je laisse ça aux analystes. S : Quelle est l’origine du titre de votre dernier album ? Que signifiet-il ? E : C’est une image des yeux qui brillent à cause des lumières, et, lorsqu’ils brillent c’est qu’ils ne sont pas morts. S : Le groupe pop française, appelé «1973», vous considère comme un artiste principal, un artiste majeur ? Quelles sont vos groupes ou

S : Comment avez-vous l’intention de présenter vos nouvelles chansons sur scène? Seul, avec un orchestre, dans de petits ou de grands lieux ? E : Ça dépend vraiment ! Je n’ai pas réellement de choix en la matière. La décision est entre les mains du public (Ed attend les ventes de disques et la réaction de la presse). Personnellement je voudrais présenter l’album avec un grand orchestre. J’ai eu l’occasion de jouer avec un orchestre de 8 personnes sur scène, avec les sœurs Langley aux violons et aux chants : j’aimerais apporter cette ligne en France. Prions pour que cela puisse se faire !

BLACK MOUNTAIN « WILDERNESS HEART » Le groupe Canadien (Colombie Britannique) nous remémore un rock tel qu’on n’en avait plus entendu depuis les 70’s. Jeremy Schmidt, du groupe, devise sur leur 3ème album, «Wilderness Heart» (Differ-ant), disponible en septembre. (Texte : Steeve Grandsire & Alexis Jama-Bieri • Photo : © Ryan Walter Wagner)

Steeve : Comment vous sentez-vous au moment de la sortie de votre troisième album ? Vos impressions, vos peurs... Jeremy : On ne sait jamais comment le disque va être accueilli et attendu... mais je suis optimiste. Je suis conscient qu’on attend beaucoup de nous avec ce 3ème album (ce qui ajoute encore beaucoup de tension). Nous avons donc essayé d’obtenir ici quelque chose de différent, mais j’estime que l’effet obtenu est bien du « Black Mountain ». S : Quels axes de création avez-vous suivi sur ce nouveau disque ? Comment faire différent ? J : On a voulu faire différent et l’on obtient, semble-t-il, quelque chose de plus violent de temps en temps et de plus doux en même temps, comme si les Scorpions étaient en backing band... Par ailleurs, nous avons travaillé sur des arrangements plus concis et efficaces, avec les chants mis en avant. S : Quelles ont été vos sources d’inspiration pour l’écriture de «Wilderness Heart» ? J : Les requins, les bâtiments modernes, 14

les sons au coucher du soleil, les ponts de Londres, les hologrammes... S : Quels groupes ou artistes (actuels ou anciens) sont essentiels pour vous ? J : Ce sont principalement les « vieux groupes classiques de rock ». Mais chaque membre du groupe a probablement sa propre réponse. Pink Floyd a toujours été mon groupe favori (depuis très jeune), Fleetwood Mac, Roxy Music... Ils me semblent tous essentiels d’une certaine façon. En ce qui concerne les Français, et bien... j’ai grandi en aspirant l’Oxygène de Jean Michel Jarre... S : Quels arguments avanceriez-vous pour inciter une personne, qui n’a jamais entendu votre musique, à acheter votre album ? J : Les couvertures ont de beaux visuels, alors je lui dirais de faire comme quand on est enfant et qu’on achète un disque en fonction de la pochette. Et puis, pour le public français, notre groupe va jouer le 4 octobre sur la scène parisienne de la Maroquinerie... une occasion de découvrir notre musique «en live».


THE SHOES « NOTRE ALBUM VA SURPRENDRE ! » La musique de The Shoes est en perpétuelle évolution et c’est bien plus qu’une simple adjonction de styles. Leur ingénieux travail autour du(des) son(s) permet d’obtenir une architecture musicale la plus cohérente possible, et la plus harmonieuse dans sa disharmonie apparente. Un son unique ! Avec la sortie de leur 1er Album, The Shoes vont surprendre nos oreilles, parfois léthargiques… Interview. (Texte : Alexis Jama-Bieri • Photo : © Crapaud Mlle)

Alexis : Comment s’est constitué The Shoes ? Qui êtes vous, Guillaume et Benjamin ? Guillaume Brière et Benjamin Lebeau : Benjamin : Né a Reims Le 25/12/78, Guillaume : Né a Reims le 17/12/78... On est reparti de zéro après une aventure musicale et humaine… disons riche et mouvementée. Nous n’avions pas vraiment de but précis, c’était très ouvert. A l’époque c’était la folie « Myspace ». On a mis deux morceaux en ligne Knock out et America et ça s’est emballé assez vite. A : Le nom de «The shoes» est-il quelque part l’expression d’un certain fétichisme ? Notamment du beau son en ce qui vous concerne ? G&B : Putain mec, ce nom c’est un hasard et un malentendu ! On ne voulait pas s’appeler comme ça au début. Mais sur Myspace nous voulions rester anonymes, alors pour illustrer la page, on prenait nos chaussures en photos… l’idée à la con : donc The shoes. Nous ne pensions pas que les deux morceaux mis en lignes buzzeraient aussi vite et on s’est retrouvé piégés : trop tard pour changer ! Et au final, on l’aime bien ce nom.

A : Comment concevez-vous la communication autour de The Shoes ? G&B : Cela vient des idées de tout le monde. Nous travaillons beaucoup en collaboration avec Pierre LENY notre Label Manager et Julie la graphiste du label (Green United Music). On échange beaucoup d’idées : ce qui nous plait, ce à quoi on s’intéresse, les gammes de couleurs, les photos… Nous avons travaillé avec Gavin Watson pour le livret et la pochette du EP People movin et Stay the same : Ce mec est une légende ! Nous étions fiers de travailler avec lui. Récemment nous avons été contacté par VOGUE homme Italie (L’ Uomo) pour jouer les mannequins. Nous étions très flattés ! Pour le clip de People movin, nous avons choisi la réalisatrice Wendy Morgan qui avait réalisé un clip pour Gnarls Barkey dont nous avions adoré le

A : Vous formiez déjà, vous deux notamment, le groupe The Film, qui avait, il y a quelques années, acquis une certaine notoriété (d’ailleurs, Jean-Charles de Castelbajac nous parlait de vous dans notre précédent numéro)… Envie d’aller vers un nouveau style musical, ou nécessité de passer à autre chose ? G&B : Nous avons toujours été des «touche-à-tout» et c’est vraiment naturellement qu’on monte sans cesse de nouveaux projets, selon nos envies. Et puis c’était beaucoup plus simple de revenir à une musique de «producteur», dans notre studio, en se recentrant sur notre duo uniquement. The shoes est un projet très ouvert à toutes les idées : on essaie de développer un son qui nous est propre mais sans barrière de style, d’ailleurs notre album va surprendre !

A : Vous faites partie de ce que l’on nomme « la scène rémoise ». Quelle est, selon vous, la particularité de cette scène, et ce qui fait qu’il existe actuellement une telle émulation créative ? G&B : C’est finalement un noyau de musiciens assez restreint qui s’échangent des idées, travaillent ensemble… C’est assez positif ! Mais je pense qu’on tourne un peu en rond depuis quelques temps. J’ai envie de sang neuf et j’ai hâte de voir éclore de nouveaux groupes et de jeunes musiciens de la ville ! J’espère que le coup de projecteur actuel sur la scène musicale de Reims n’est qu’un début et qu’on verra de nouvelles têtes très bientôt. A : Guillaume, tu fais par ailleurs partie de projets connexes, justement de cette scène rémoise, avec « Grunge » et « Gucci Vump » ; Peux-tu nous dire quelques mots sur ces projets, totalement différents artistiquement ? G : Grunge, bah on joue du grunge quoi !… avec Anthonin Ternant des Bewitched hands on the top of our heads et Thomas Dupuis (alias Arbogast) de Alb (qui joue d’ailleurs sur scène avec The shoes depuis peu). Quant à Gucci Vump, c’est un side projet que je mène avec Brodinski depuis l’année dernière. Brodinski a beaucoup d’idées et toujours de nouvelles envies, il me les communique et on fait notre cuisine avec ça. Nous avons notamment remixé Tiga et sorti plusieurs titres et remixes sur le label Sound Pellegrino.

A : Quel est l’objectif ultime de votre musique ? G&B : La survie. A : À propos de survie, pensez-vous que la loi HADOPI figure parmi les moyens efficaces permettant de garantir la rémunération des artistes, quant à la diffusion de leur travail musical ? G&B : C’est un pansement sur une jambe de bois. C’est fini, la musique est gratuite et c’est très bien comme ça ! À nous d’inventer de nouveaux moyens pour faire de l’argent. On repart presque de zéro et c’est assez excitant non ? A : Parlons de votre album, qui sort cet automne : Quelle est votre ambition avec ce 1er album de The Shoes ? Comment s’est réalisée sa conception et son enregistrement ? Un album plus "road movie Européen" que "at home franco-français", non ? G&B : Nous voulions absolument faire un album de «chansons» et pas une compilation de morceaux vaguement dancefloor, c’est pour cela qu’il y a beaucoup d’invités vocaux sur le disque : Esser, Cocknbullkid, Wavemachine, Primary 1 et bien sûr Anthonin (alias The Wolf Under The Moon) des Bewitched hands on the top of our heads. Mis à part Anthonin, qui est de Reims, les autres guest sont des potes rencontrés en Angleterre. Le son et l’ambiance de l’album sont résolument anglais : très Pop. Alors que tout le monde essaie d’avoir un son très crade et compressé au maximum, nous voulions absolument prendre le contre-pied en produisant une musique «Hi-Fi» très aérée. C’est pour cela qu’on a produit et mixé intégralement l’album à Londres avec l’aide de Lexxx, notre ingénieur et mixeur (qui a entre autres réalisé le dernier Crystal Castles, Golden silvers, The teen-agers et a participé à l’album de The XX) ; Yuksek a mis aussi la main à la pâte, en mixant un des titres de l’album pour lequel nous avions besoin d’un son plus costaud.

pays a sa spécificité. C’est plutôt le hasard des rencontres qui nous a poussé a travailler principalement en Angleterre… et puis il y avait un côté «terrain vierge» où on repartait de rien, comme pour le Japon d’ailleurs où nous avons été tout de suite très bien accueillis, et où nous avons trouvé un label dès le début de l’histoire. Nous avons par ailleurs joué aux USA, où là, c’est encore une toute autre approche de la musique car, paradoxalement, ils ne sont pas encore trop initiés à la musique dite «électro». Mais nous sommes français et bien sûr nous aimons jouer ici ! Et on espère que l’album y sera bien accueilli.

grain, les couleurs. Nous sommes allés tourner en Belgique, dans une cité, avec des gamins trouvés sur place. Pour le prochain single Stay the same avec Esser, nous ne sommes pas encore fixés. Mais nous privilégierons plus l’idée que les effets ou le budget. On verra bien. A : Justement, en parlant de clip : Des réalisateurs amateurs utilisent vos titres et créent des clips personnels autour… Clips qui ne correspondent pas forcément à la communication que vous développez pour votre groupe… Qu’en pensez-vous ? G&B : Ça nous fait évidement plaisir qu’ils se servent de notre son pour faire des vidéos cool... mais ça n’a pas toujours grand chose à voir avec l’image qu’on tente de développer. Tant que les gens se rendent bien compte qu’il s’agit de films non officiels, c’est OK. A : Vous travaillez et jouez un peu partout dans le monde, notamment en Angleterre et au Japon. Qu’ont ces pays de particulier dans leur rapport à la culture, et notamment à la musique ? G&B : Chaque

A : Quels sont les prochains Live et dj set de The Shoes ? Une tournée en prévision ? Des remix en route ? G&B : Nous sommes très fiers de notre nouvel EP Stay the same qu’on a réalisé avec Esser. C’est pour se mettre en appétit en prélude à l’album ! Nous avons par ailleurs eu la chance d’avoir de jolis remix de ce titre, par Siriusmo, Etienne de Crécy, Harvard Bass, Isolée, Donovan et Adam kesher. Et puis, surtout, le vendredi 8 octobre, après notre retour du Japon, le festival Elektricity, à Reims, nous offre la release party de notre album ! Il y aura de nombreux invités : on a hâte d’y être ! A : Si la création musicale est une adjonction de styles prééxistants, en perpétuelle répétition, ne pensez-vous pas que celle-ci est vouée à dépérir, atteignant alors les limites de la nouveauté et la promettant aux noirceurs du Styx ? L’avenir de la musique n’est-il pas, derechef, voué au néant, celui du seul silence et d’un monde sourd…définitivement…et résigné (face à la musique de masse, purement commerciale)? Par votre recherche créative, n’êtes-vous pas, en quelque sorte, entrés en Résistance contre toute allégeance à un style musical préexistant (ou à une économie de formatage) ? G&B : Pas compris. On est pas nés avec un Larousse. www.myspace.com/the.shoesmusic Sortie de l’album début 2011 (Gum / Southern Fried / KSR) + EP «Stay the same» featuring Esser • Face B en collaboration avec Das Racist En live le 8 octobre 2010 à la cartonnerie dans le cadre festival Elekricity

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GREGG ARAKI INDÉPENDANT, ANTICONFORMISTE ET RADICAL Gregg Araki est un réalisateur, scénariste, producteur du cinéma indépendant américain. Né en 1959 à Los Angeles, il débute sa carrière en 1987, après des études de cinéma à l’université de Californie du sud. Son 1er film « three bewildered people in the night » réalisé en 1987 en noir & blanc et en 16mm pour un très faible budget (5000 dollars) sera récompensé d’un prix au festival de Locarno. Régulièrement récompensé dans les festivals de cinéma, Araki a reçu la Queer Palm au festival de Cannes 2010 pour « Kaboom » (Sortie en salles le 6 octobre 2010). Passionné de pop musique, il traite régulièrement dans son œuvre du thème d’une jeunesse désaxée, avide d’expériences intenses et extrêmes. (Texte : Wild Bunch prod • Photo : © DR)

Smith mène une vie tranquille sur le campus - il traîne avec sa meilleure amie, l’insolente Stella, couche avec la belle London, tout en désirant Thor, son sublime colocataire, un surfeur un peu simplet - jusqu’à une nuit terrifiante où tout va basculer. Sous l’effet de space cookies ingérés à une fête, Smith est persuadé d’avoir assisté à l’horrible meurtre de la fille rousse énigmatique qui hante ses rêves. En cherchant la vérité, il s’enfonce dans un mystère de plus en plus profond qui changera non seulement sa vie à jamais, mais aussi le sort de l’humanité. Les films de Gregg Araki, de la trilogie Teen Apocalypse, des années 90 : Totally F**ed up, The Doom Generation et Nowhere, étaient des films à petit budget, très «libres» et donc très proches de leur réalisateur. Bien que n’ayant aucune envie de se répéter ou de régresser artistiquement, Araki était très enthousiaste à l’idée de faire un film aussi débridé et fou que ses premiers. Le point de départ de Kaboom est donc empreint d’une sorte de nostalgie, celle de l’inconscience de la jeunesse et de l’inconnu : « À la fac, tu ne sais pas qui tu es, ce que tu vas faire, qui tu vas devenir – le futur n’est pas écrit, et la vie est un point d’interrogation marqué par le doute et le manque de confiance. La vie est si écrasante que chaque décision, chaque relation

semble impossible et condamnée à la catastrophe. C’est l’époque de la folie, de l’évolution, du chaos, des grandes aventures et d’émotions encore plus grandes… et tu te sens complètement dépassé. Plus tard tu réalises que c’était en fait les meilleures années de ta vie ». Pour compléter cette idée qui le travaillait, Araki souhaitait créer

influençant non seulement son travail, mais aussi toute sa vie. Araki a toujours été inspiré par la scène post-punk et la musique alternative, et il y a quelque chose de très «punk» dans Twin Peaks et dans la remise en cause de l’idéal «mainstream». Cette oeuvre était profondément originale, radicale, elle ne se souciait pas des conventions ni même de la compréhension, elle avait une pureté audacieuse, intrigante, nouvelle et inspiratrice. Tout en sachant qu’il est impossible de créer quelque chose qui puisse s’approcher d’une oeuvre aussi importante, Kaboom aspire à sa liberté et à sa pureté - imperturbable face aux contraintes du marché. Kaboom veut juste exister et vibrer à son propre rythme.

Filmographie Smiley Face (2007), Mysterious Skin (2005), Splendor (1999), Nowhere (1997), The Doom Generation (1995), Totally F***ed Up (1994), The Living End (1992), The Long Weekend (O‘ Despair) (1989), Three Bewildered People In The Night (1987). un film énigmatique et mystérieux, inspiré par Twin Peaks de David Lynch. Il était alors étudiant quand cette série a secoué la télévision américaine et il en fut réellement bouleversé, celle-ci

L’AMOUR FOU YVES SAINT-LAURENT / PIERRE BERGÉ Un amour passionnel d’un couple mythique, entre Littérature, Art et Mode. Un documentaire esthète réalisé par le photographe et plasticien Pierre Thoretton. Sortie en salles le 22 septembre 2010. (Texte : Sophie Dulac Distribution • Photo : © DR)

1958, Yves Saint-Laurent et Pierre Bergé se rencontrent. Chacun a trouvé l’homme de sa vie. Pour la première fois au cinéma, Pierre Bergé raconte leur histoire d’amour. 50 années ardentes et tourmentées, faites de succès extraordinaires et de douleurs intimes. Saint-Laurent crée le vestiaire de la femme moderne et lui donne le pouvoir. Ensemble, ils révolutionnent le monde de la mode. L’Amour Fou nous invite dans l’intimité de ces deux hommes qui ont vécu intensément leur époque et ont un peu changé notre monde... Ils ont subi la pression de ces années où s’épanouissait leur réussite : la drogue, l’alcool, la dépression… avec, autour d’eux, les applaudissements, les flagorneries, les agacements, les demandes incessantes et la tension qui abîme. À force de médiatiser ce couple, on a souvent oublié qu’il s’agissait d’abord de personnes qui se regardent, se soutiennent, se supportent, ont envie de claquer la porte, 16

de partir avant de revenir… Il y a la vie qui passe, la mort qui approche, la disparition, tout ce qui tisse une existence. Une conscience du temps qui s’écoule aussi pour eux. Ce film, c’est l’histoire du lien qui les unissait : les rapports au travail, à l’art, la poésie et la littérature qui inspiraient la création d’Yves Saint-Laurent ; une forme de fantaisie commune peut-être plus durable qu’un rapport amoureux passionnel ; une admiration mutuelle évidente et aussi un désir de se surprendre l’un l’autre. Réalisé à partir d’images d’archives (des dizaines d’heures de film et environ cent mille photos) utilisées comme des personnages, il se construit autour d’entretiens avec Pierre Bergé, témoin de son histoire de 50 ans avec Saint-Laurent. L’Amour fou est monté sur des plans circulaires récurrents, avec la musique, au piano, comme ritournelle. Pierre Bergé et Yves Saint-Laurent apparaissent alors comme pris dans un même cercle. On est encerclé par la vie, la mort et la possible continuité de l’existence à travers le mythe.


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J.M BASQUIAT THE RADIANT CHILD

Pionnier de l’art contemporain par sa renommée et l’abondance de sa création, Jean-Michel Basquiat a produit une œuvre des plus riches en un temps très court. Sortie en salles le 13 octobre 2010. (Texte : Pretty Pictures • Photos : DR)

Le film documentaire de Tamra Davis, rend hommage à l’artiste qu’elle a très bien connu, grâce à des images et entretiens inédits issus de ses propres archives. Il narre l’itinéraire d’un enfant de New York, véritable phénomène, apprécié aussi bien du grand public que des collectionneurs les plus pointus. C’est une plongée rare dans l’intimité d’un des artistes américains les plus importants, de 1983 à sa mort.

1978 signe l’émancipation de l’artiste qui se met à fréquenter le Club 57 et le Mudd Club où il y fait la rencontre des grands du moment (Bowie, Madonna, Warhol, etc.). C’est au cours de cette période qu’il vend l’une de ses cartes postales à Andy Warhol, ce qui constitue un élément déterminant de sa vie. On peut diviser la carrière de Basquiat en 3 périodes :

Tamra Davis a réalisé de nombreux clips vidéos pour des groupes tels que Sonic Youth, Depeche Mode...Son premier long-métrage, Guncrazy, fut nominé aux Golden Globes. Elle a réalisé ensuite quelques épisodes de la série TV Grey’s Anatomy. En 2005, elle se replonge dans l’entretien réalisé en 1985 avec Jean-Michel Basquiat et décide de s’en servir comme point de départ pour ce film documentaire. Ce film fait partie des sélections officielles 2010 des festivals de Sundance et de Deauville.

1980 à 1982 : obsession de la mort. Ses dessins, la plupart du temps sur toile, représentent des silhouettes squelettiques ainsi que des visages se rapprochant beaucoup des masques. Ce qu’il voit dans la rue l’inspire également beaucoup : enfants, voitures, graffitis. 1982 à 1985 : identité noire. Il représente des personnages noirs historiques ou contemporains faisant figure de proue ainsi que les évènements qui en découlent. Son travail se compose essentiellement de peintures sur panneaux multiples, pleines de superpositions d’éléments, allant de l’écriture au collage, par exemple.

Né à Brooklyn en 1960, d’une mère portoricaine et d’un père haïtien, Basquiat démontre dès son plus jeune âge un intérêt très prononcé pour l’art. En 1976, il est inscrit dans une école pour jeunes doués et y fait la rencontre d’Al Diaz avec qui il commence alors à peindre au spray à Manhattan. Leurs oeuvres comportent toutes deux caractéristiques particulières : une certaine poésie et d’étranges symboles, qui deviendront d’ailleurs typiques de leurs travaux. À cette époque, exposer était un problème, les galeries existantes étaient prises. Il fallait que l’art se trouve un endroit vitrine. Le Graffiti Art vient de ce besoin d’être visible de tous, les lieux d’expositions classiques étant désormais inaccessibles. Mais ces œuvres ne sont pas des vrais graffitis, comme il y en a toujours eu et comme on en voit partout. Les graffitis faisaient horreur aux bourgeois et ça plaisait aux artistes. Pourquoi tout le monde n’écrirait-il pas son nom sur les murs ? Pourquoi les seuls noms écrits sur les murs seraient-ils ceux des grandes entreprises ? Celui qui a son nom sur un mur existe. Celui qui a son nom sur une rame de métro se balade à travers la ville, même quand il dort : les tags, ces identités secrètes… La plupart des artistes graffeurs n’étaient pas, au sens strict, de véritables graffeurs. Ils utilisaient les techniques du graffiti pour que leur oeuvre soit simplement vue, comme le faisait alors Basquiat.

1986 à 1988 : Basquiat peint en utilisant des techniques, des styles et des éléments jusque là jamais utilisés dans son oeuvre. L’influence de l’héroïne, dont il dépend, est très palpable. En février 1987, la mort de Andy Warhol bouleverse Basquiat qui n’est plus le même suite à cet évènement. Son sentiment d’être incompris s’encre alors d’avantage dans sa vie quotidienne : seul Warhol savait comment le toucher. Basquiat s’éteint le 12 août 1988, à l’âge de 27 ans, d’une overdose d’héroïne.

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TOKYO ENTRE TRADITION SÉCULAIRE ET MODERNITÉ EXACERBÉE A l’étroit sous un ciel toujours bas, le rémois Vincent Havret s’envole vers d’exotiques destinations, pour nous faire découvrir un tourisme, où, candides du haut d’une plateforme, l’on plonge dans un océan d’évasion. Pour ce troisième carnet de voyage, il déshabille pour Chezlegrandbag newspaper la mystérieuse et (im)pudique Tokyo, la ville tiraillée entre tradition séculaire et modernité exacerbée. (Texte et photos : Vincent Havret)

Jungle architecturale, perfectibilité toute miroitante de modernité, les grands buildings n’achevaient plus de croître et de s’étendre dans les rues de Tokyo (nommée Edo autrefois). Une citée artificielle et végétale, qui tente de discipliner sa croissance. Un enfant a dû rêver cette ville, et d’autres, plus fous, l’ont construite.

cœur high-tech de la ville, issu d’une longue tradition d’ordre et de protocole. Pourtant, quelque chose m’échappe, je le sens. Certains regards impassibles ou fuyants par courtoisie, sont bien trop peints de silences. Il existe dans la ville même, une autre ville. Plus ancienne, plus secrète, au-delà du visible. Il faut juste trouver une porte.

Ni les nuits animées au quartier Roppongi, sur fond de festivités électro, ou près d’Akihabara (quartier au plus de 600 magasins d’électronique), ni les rencontres fortuites avec des populations lookées (en costume traditionnel, en hommes d’affaires ou encore littéralement déguisées en Manga, en cyberpunk, en Chat humain…) n’expliquent entièrement la sensation persistante d’un masque posé sur mes yeux. Tokyo est à la fois un décor de carnaval hypnotique, et une chorégraphie permanente. Est-ce là une réaction de ses enfants, apeurés par un devenir incontrôlable et incertain ?

Au dernier jour d‘une trop brève errance, je descendais au salon de l’hôtel, à l’heure matinale. La serveuse, soudain, m’offre un thé vert et cérémonieux, avec toute la discrétion de celle pour qui le silence n’est qu’une prémisse. Puis les grandes baies vitrées s’effacent devant le jardin. La Brise se lève. Et la cime des arbres esquisse lentement une calligraphie légère et harmonieuse : le trait souple d’une écriture sensible. Mes yeux s’ouvrent, enfin.

Qu’un feu électrique et automate s’allume, et en quelques secondes, des milliers de corps se croisent, sans même se toucher. Puis un nouveau signal convenu, et le reflux immédiat de la foule sur les trottoirs, ajoute à l’esthétique d’un geste mécanique et articulé reproduisant la perfection. Ainsi, pulsent les artères de Shibuya (arrondissement de 15 km2) et s’agite le

Un corbeau bleu et sans âge se pose sur une branche proche. Longtemps. Puis, à la seconde juste, libère ses vastes plumes et s’élève. Il danse et transperce majestueusement les lignes de fuite des immeubles alentour. Et sans effort, il encercle, par trois fois, un haut building endormi, désormais envoûté. Plus bas, quelques carpes centenaires se jouent, pour un instant, des reflets du soleil, puis reprennent le cours de leurs voyages intérieurs… Ce soir, dans l’avion, Edo va me manquer.

Place to be Asakusa (mon préféré), c’est le vieux Tokyo, avec pleins de temples et de silence qui perce la lumière… Le parc UENO de Taitō-ku, avec un zoo où l’on peut (pour de vrai) voir des pandas géants ! Le marché aux poissons de Tsukiji est gratuit, mais cela se mérite alors que vous avez le décalage horaire dans les pattes, il faudra se lever de bonne heure, vers 5 Heures pour voir la criée et les gros thons gelés se faire scier. Bon, allez, avouez donc que vous en rêviez, le karaoke (et les boîtes de nuit) c’est à Roppongi Hills. Il a beau être catalogué comme étant bourré d’étrangers (d’Américains en particulier), c’est un quartier idéal pour faire la fête à Tokyo. DJ Japonais à écouter non-stop en buvant du saké ou ce que vous voulez…

Place to shop Omotésando c’est le quartier chic de Tokyo avec des grands magasins à en pleuvoir… et tout près, faites donc un détour par Harajuku (Shibuya) pour les boutiques de mode des jeunes créateurs. 21


SÉLECTION DE VINS PAPADOM • 22 place du Forum • Reims 03 26 03 02 13 (Textes : Alexis Jama-Bieri et Eric Broggini • Photo : © Clément Moreau)

Une sélection de vins pour débuter l‘automne avec distinction, en profitant des derniers jours de plein soleil de l’été indien, entre amis, et autour d’un barbecue… peut-être. Château du Chatelard 2008 Beaujolais Blanc (10,50 €)

Triennes rosé 2009 Vin de Provence (7 €)

Domaine du Tariquet rosé 2009 Vin de Gascogne (6,30 €)

Le beaujolais blanc est un vin plutôt rare. 100% Chardonnay, c’est un vin rond et facile d’accès. De couleur jaune paille léger, ce nectar est, en nez, relativement classique…Un chardonnay blanc typique. Tout d’abord, on ressent les notes miellées, accentuées d’un soupçon d’anis étoilé. Ensuite viennent les arômes de pêche blanche et d’abricot jeune, à peine mûr. Ce vin développe une bonne acidité, une enthousiasmante fraîcheur, un côté léger et vanillé, avec une pointe de caramel. En bouche, on ressent tout de suite, ce qui apparaît au nez, c’est-à-dire une légère acidité, une fraîcheur et une belle attaque, franche, aux accents de citron jaune, équilibrée par une très légère pointe d’amertume. D’une belle longueur aromatique, ce blanc est un vin frais, aux arômes persistants. Ce vin, vif et léger, est un vin d’été par excellence. Idéal pour l’apéritif, il accompagnera par ailleurs à merveille les entrées froides, tout comme les poissons de mer doux grillés au barbecue, accompagnés d’un tian de légumes. Avec ce vin, l’apéritif est un moment unique, hors du temps, hors du monde... Une invitation aux rêveries.

Issu d’un cépage 100% Cinsault, ce vin est issus d’un domaine appartenant à une illustre famille de viticulteurs bourguignons, qui met au service de cette production tout son savoir faire, afin de l’élever au niveau des productions les plus pointues et qualitatives. De couleur rose pâle, ce vin possède un nez assez classique, avec des arômes de fruits rouges à petits grains (groseille, framboise) et de cerise, obtenus grâce au cépage utilisé. En bouche, ce vin devient rond, acquiert une ampleur et une complexité remarquables, qui se décelaient à peine au nez. C’est un vin d’été, très expressif (beaucoup plus que ce que l’on peut attendre ordinairement d’un vin rosé de Provence) qui développe des notes épicées subtiles.

Composé de cépage Cabernet Sauvignon et Grenache, ce vin rosé est surprenant, d’abord par sa couleur, rose franc, tirant sur le rouge. Au nez, il développe des arômes de fruits mûrs, de cerise et même de poivron vert, accentués par un côté légèrement poivré provenant du Cabernet. En bouche, ce vin enchante par sa rondeur et sa longueur associées à une belle acidité. D’emblée on se situe sur le même registre qu’au nez, mais complété par de subtiles pointes de cerise aigre douce et de noyau, équilibrant encore mieux le tout. Ce vin, tout en rondeur et d’une extrême douceur est telle une caresse venant effleurer notre palais : il se boit très facilement (d’ailleurs on aurait presque plus l’impression de manger un panier de cerises que de boire de l’alcool).

Il se consommera parfaitement à l’apéritif, abrité sous les frondaisons d’un tilleul…(mis à part le chant des cigales, on se croirait presque en Provence), ou accompagnant un barbecue. Un rosé haut de gamme : à découvrir !

À déguster frais (entre 6 et 8°C) en apéritif ou pour sublimer une viande rouge grillée au barbecue (parfait avec une côte de bœuf). Un vin envoûtant dont on devient vite addict… à essayer sans hésiter.

RECETTES L’ASSIETTE CHAMPENOISE • 40 avenue Paul Vaillant Couturier • Tinqueux • 03 26 84 64 64 (Textes et photos : l’Assiette Champenoise)

Betterave en croute de sel pour 4 pers.

Homard Tamara pour 4 pers.

8 Betteraves de terre • 2 Kilos de gros sel • 1 Litre de blanc d’œuf • 2 Litres de Balsamique • 240g de confit vin coteau champenois.

4 Homards bleus • 200g de carottes • 50 cl de jus de volaille rôtie • 50 cl de jus de volaille blanc • 10 échalotes • 1 oignon • 2 bottes d’estragon • 1 litre de vinaigre de Reims • 1 litre de Balsamique • 50g de Mesclun • Sel, sucre, poivre, beurre, huile d’olive, miel.

Betteraves cuites au four, gelée de confi vin et balsamico : Pour les betteraves, il faut avoir des petites betteraves de terre. Bien les nettoyer de leur terre. Prendre du gros sel que l’on va mélanger avec du blanc d’œuf et va faire un socle en gros sel. On va mettre les betteraves dedans et on va recouvrir de gros sel. Mettre cela au four pendant une heure et demi. Laisser reposer pendant environ une heure et demi hors du four. On va casser le gros sel et récupérer les betteraves. Les betteraves seront alors cuites et fondantes à l’intérieur. Réduction de balsamique, au dernier moment on va rajouter un confit vin à base de coteau champenois dedans. On aura l’acidité du vinaigre et la douceur du sucre du confit vin. Cela nous donnera une bonne alliance.

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Homards bleus, carottes, tarama et échalotes réduction de vinaigre de Reims : Cuire les homards pendant quatre minutes à court-bouillon. Décortiquer les queues comme les pinces. Garder sur une plaque avec un chiffon humide dans le réfrigérateur. Eplucher les carottes, les tailler en rondelles, faire revenir et éplucher l’oignon et le tailler également en rondelle. Faire revenir l’oignon dans un peu d’huile d’olive, ajouter les carottes, déglacer avec un peu de jus de volaille rôtie. Rajouter une pointe de sucre, une pointe de miel, et mouiller avec le fond blanc de volaille à hauteur des carottes. Laisser le jus bien réduire et lorsque le jus sera totalement réduit les carottes seront cuites. Les passer au moulin à légumes. Pour obtenir, une purée de carottes savoureuse. Le Tarama : prendre un tarama que l’on trouvera sur le marché ou chez le poissonnier. Réduction du vinaigre de Reims à l’échalote : (faire comme une béarnaise) échalote, oignon, estragon, gros poivre, et vinaigre laisser réduire. Une fois bien réduit, on passera un peu au cutter. Cela donnera une pâte un peu rose dû au vinaigre et échalotes. Vous pourrez ainsi en mettre des petites pointes sur le homard au moment du dressage. En décoration : trait de balsamique réduit et feuille de salade.


CAVE • BRASSERIE • BAR À CHAMPAGNE 23 BIS RUE DE MARS • 51100 REIMS • 03 26 46 10 00

www.hallplace.fr

photos : Clément Moreau

SÉLECTION ÉPICERIE ÉPICERIE AU BON MANGER • 7 rue Courmeaux, Reims • 03 26 03 45 29 • www.aubonmanger.fr (Texte et photo : AE)

Le Jambon de Pata Negra de l’épicerie Au Bon Manger Le jambon ibérique est souvent appelé “le meilleur jambon du monde”. Y goûter est une expérience gustative très impressionnante au point qu’il devient ensuite très vite difficile de s’en passer. Incontournable du meilleur de la gastronomie espagnole et régi par un décret royal, ce jambon est obtenu à partir de porcs de race ibérique (cerdo ibérico) plus connus sous le nom de Pata Negra (patte noire). Les cochons Pata Negra sont nourris de façon naturelle tout d’abord de fourrage de printemps, de céréales et de chaumes d’été de la prairie; ils suivent ensuite en liberté (mais suivis par GPS) un régime de pâturages au cours duquel ils consomment d’importantes quantités d’herbes mais surtout de glands. Ces glands ont la capacité d’infiltrer la graisse musculaire pour donner un superbe persillé, un délicieux parfum noiseté et une saveur très

et des qualités allant de l’exceptionnel au lamentable. Mais une fois cet écueil évité c’est la porte ouverte au plaisir extrême. Après de nombreuses recherches et d’intenses dégustations comparatives, Aline (la sémillante patronne de l’Epicerie Au Bon Manger) a choisi un jambon provenant d’un petit élevage de la région d’Extremadure (une communauté autonome du sud-ouest de l’Espagne à la frontière portugaise).

intense au jambon. Ses valeurs nutritionnelles sont excellentes (sa composition est proche de celle de l’huile d’olive).

Un jambon incomparable qu’elle tranche au couteau, devant vous, très finement sous la forme de petits pétales. Aussitôt tranchés leur suavité et leur longueur en bouche sont simplement exceptionnelles. À déguster à l’apéritif de toute urgence ! Le plus difficile sera ensuite d’en gérer le désir compulsif.

La difficulté est (comme toujours) de savoir choisir son jambon et d’éviter les fournisseurs margoulins qui inondent le marché avec des produits issus d’élevages devenus industriels. On trouve donc un peu de tout à des prix allant du simple au quadruple

Prévoir 20 à 30 g par personne - Idéal avec un Champagne Benoit Lahaye (2005), un Pascal Docquet 1996, ou une des formidables cuvées signées Georges Laval. Tout cela est à l’Epicerie, on peut même y goûter sur place. 23


COIFFURE FILLES & GARCONS 51 RUE DE TALLEYRAND, REIMS TÉL : 03 26 47 49 85

COIFFURE : JEAN-NOËL • MAQUILLAGE : AUDREY • STYLISME : CHEZLEGRANDBAG • PHOTO : CRAPAUD MLLE • MODÈLE : AURÉLIE

CLGB_REIMS#9  
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