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Serigne Ibrahima Dieye Paraboles d'un règne sauvage



Serigne Ibrahima Dieye Paraboles d'un règne sauvage

Abidjan 2020


L’arme à gauche, 2020 installation, pièce sonore L’arme à gauche, 2020 installation, audio piece

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D’UN INEXTRICABLE CHAOS NAÎT L’HISTOIRE Delphine LOPEZ Mars 2020

La Galerie Cécile Fakhoury a le plaisir de vous présenter Paraboles d’un règne sauvage, la première exposition personnelle de l’artiste sénégalais Serigne Ibrahima Dieye. La pénombre d’un long couloir, passage obligé pour entrer dans l’exposition, nous enveloppe. Des formes, des mots - noirs - se lisent, résonnent. Dans ce couloir, un sentiment de confinement prend au corps. Le malaise aussi de ne pas connaître avec certitude l’issue. L’arme à gauche.1 L’installation est un sas, une zone tampon dont le fonctionnement est en tout point similaire à n’importe quels autres sas et zone tampon de notre monde contemporain, celui d’une banque, d’un aéroport, d’un hôpital. Leurs fonctions sont de faire comprendre – sentir aussi, au plus profond de nous-mêmes – que nous entrons dans un territoire particulier dont les règles ne nous appartiennent pas et auxquelles nous devons nous soumettre. De juger ensuite de l’éligibilité de chacun à entrer dans ce territoire selon plusieurs critères : êtes-vous de la bonne nationalité, avez-vous suffisamment d’argent, n’êtes-vous pas malade. Au mur, Serigne Ibrahima Dieye a inscrit les noms de ceux qui ne sont jamais arrivés au bout. Amos, Suzanne, Mohammed, des prénoms qui évoquent des temporalités, des géographies, des cultures diverses ; aucune n’est épargnée. Ces noms nous rappellent l’arbitraire implacable du système global. Alors, traverser l’installation de bout en bout est un accord de principe qui revient à accepter les termes de l’exposition tels que définis par l’artiste. À la sortie du couloir, l’installation se prolonge comme une mise en garde : des têtes suspendues se sont délestées de leurs attributs religieux tombés en vrac au sol. Simulacres de pendaison, nous sommes tous identiques dans la mort qui nous rattrapera sans distinction, plus vite peut-être si vous choisissez dans ce monde la dissidence. Sacrifice.2 1. pages 4 et 5. 2. pages 68 à 77.

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Ici, il ne faut pas espérer entrer dans une bulle pacifiée par l’art et le beau, ni trouver une solution. À chaque œuvre, Serigne Ibrahima Dieye convoque le chaos du monde comme matière de création et choisit de nous en narrer les fables les plus sombres. Paraboles d’un règne sauvage est un conte plastique dystopique. Dans chaque œuvre, lieux et personnages sont esquissés sans être jamais nommés. Ils n’en demeurent pas moins familiers à qui les regarde attentivement. Serigne Ibrahima Dieye puise autant ses sujets que ses formes dans l’actualité. La composition des scènes de ses peintures et dessins pourrait être celle de photographies de presse prises dans des zones de guerre, des frontières disputées, des camps de réfugiés ; images de malheurs géopolitiques contemporains auxquelles on s’est douloureusement habitué. Les séries de dessins Sacrifice et Rancœur se déploient dans l’espace comme une suite linéaire dont on ne peut nier la séquence narrative. Chaque œuvre semble être un instantané, une scène prise sur le vif dont les lignes de forces sont esquissées avec empirisme ; l’expérience d’un quotidien au Sénégal, l’expérience d’un quotidien global. Pourtant, il n’échappera pas que la figure humaine est presque entièrement absente des œuvres de Dieye. Quand elle est représentée, c’est sous la forme de crânes, revenants d’outre-tombe marqués par l’échec. Assemblée des vanités.1 Au mur défile un carnaval sombre de figures anthropomorphes, corps d’humain à tête d’animal, crânes d’oiseau, mouton et petit rongeur, attributs macabres exhibés sans gêne et affairés à la seule tâche qu’il leur soit possible de faire : annihiler le corps de l’autre comme l’a été le leur. La litanie du stylo à encre de Chine forme les spirales accumulées qui donnent corps aux personnages mais toujours menacent de s’évaporer. La litanie de l’encre est hypnotique. Plongez le regard assez longtemps dans cette matière et vous verrez surgir une masse mouvante régie par ses propres lois de l’attraction ; une masse en lutte, une lutte des atomes pour la survie : Un règne sauvage.2 Bien sûr, personne n’est dupe : le recours à la figure animale de Dieye est une mise en abîme radicale. Il ne s’agit plus simplement pour l’artiste de prétexter prendre les caractères sauvages des animaux pour dire la brutalité de l’homme. Au contraire, en choisissant des figures d’animaux qui n’ont rien à voir avec la situation dépeinte, Dieye met en lumière l’inextricable vanité humaine qui cherche par tous les moyens à se justifier. 1. pages 46 et 47. 2. pages 48 à 55.

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Alors, comme une image subliminale qui jaillirait de la contemplation successive des œuvres de Serigne Ibrahima Dieye, apparait en filigrane la silhouette d’un monstre à plusieurs têtes créé par la démesure des hommes. Ce monstre se nomme Neo-capitalisme. Corruption. Guerre. Exploitation des ressources. Exploitation des hommes. Xénophobie. Violence Héréditaire.3 D’une œuvre à l’autre, les avatars de ce monstre se manifestent – créativité inversement proportionnée à la noirceur des maux – à travers la richesse des techniques auxquelles recourt l’artiste : les sérigraphies de bières Gazelle ; les photocopies de billets de banque ; l’évanescence de la peinture acrylique diluée dans l’eau donnant une nappe tantôt de jaune et tantôt de bleu-gris comme une fumée polluée. Chez Dieye, la matière plastique dans toute son épaisseur se fait outil de dénonciation d’une société où règne la loi du plus fort. Pris entre deux forces antagonistes, oscillation binaire entre le noir et le blanc des œuvres, le territoire de l’exposition s’étend comme un no man’s land, une zone grise dans laquelle chacun de nous est acteur et responsable du sens. Serigne Ibrahima Dieye nous pousse ainsi à réfléchir au rôle que nous avons dans la construction du monde, à notre part de responsabilité individuelle, tout en faisant du geste créatif un acte privilégié de résilience face à l’abîme.

Delphine Lopez est directrice de la Galerie Cécile Fakhoury à Dakar, au Sénégal depuis son ouverture en 2018.

3. pages 64 à 67.

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ARISING FROM CHAOS, HISTORY UNFOLDS Delphine LOPEZ Mars 2020 Translation : Suzanne Vogel

Galerie Cécile Fakhoury is pleased to present Paraboles d’un règne sauvage [Parables of a wild kingdom], the first solo exhibition of Senegalese artist Serigne Ibrahima Dieye. The darkness of a long corridor, a compulsory path to enter the exhibition, enshrouds us. Shapes, words resonate. In this corridor, a feeling of confinement takes hold of the body. So does the uneasiness of not knowing the outcome with certainty. L’arme à gauche.1 The installation is an airlock, a buffer zone whose function is in every way similar to any airlocks and buffer zones in our contemporary world, that of a bank, an airport, a hospital. Their purpose is to make us understand - and feel, deep down inside - that we are entering a particular territory whose rules do not belong to us and to which we must submit ourselves. Then, they serve to judge everyone’s eligibility to enter this territory according to several criterias: is your nationality the right one, are you healthy. On the wall, Serigne Ibrahima Dieye wrote the names of those who never made it to the end. Amos, Suzanne, Mohammed, names that evoke different temporalities, geographies and cultures; none is spared. These names remind us of the implacable arbitrariness of the global system. Going through the installation from beginning to end is an agreement in principle that amounts to accepting the terms of the exhibition as defined by the artist. At the end of the corridor, the installation continues as a warning: hanging heads have shed their religious attributes that have fallen loose on the ground. Simulacra of hanging, we are all the same in the death that will catch us indiscriminately, perhaps faster if you choose dissidence in this world. Sacrifice.2 1. [Kick the bucket] See work pages 4 to 5. 2. See work pages 68 to 77.

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Here, one should not hope to enter a bubble pacified by art and beauty, nor find a solution. In each work, Serigne Ibrahima Dieye summons the chaos of the world as a matter of creation and chooses to tell us its darkest fables. Paraboles d’un règne sauvage is a dystopian visual tale. In each work, places and characters are sketched without ever being named. Nevertheless, they remain familiar to those who look at them attentively. Serigne Ibrahima Dieye draws his subjects as much as his forms from current events. The composition of the scenes in his paintings and drawings could be that of press photographs taken in war zones, disputed borders, refugee camps; images of contemporary geopolitical misfortunes to which one has painfully become accustomed to. The series of drawings Sacrifice and Rancor are deployed in space as a linear succession whose narrative sequence cannot be denied. Each work seems to be a snapshot, a scene taken on the spot whose main elements are sketched empirically; the experience of a daily life in Senegal, the experience of a global daily life. Yet one will notice that the human figure is almost entirely absent from Dieye’s works. When it is represented, it is in the form of skulls, returning from beyond the grave and marked by failure. Assemblée des vanités. 3 On the wall is a dark carnival of anthropomorphic figures, human bodies with animal heads, bird skulls, sheep and small rodents, macabre attributes displayed without embarrassment and busy with the only task they can do: that of annihilating the other’s body as was annihilated their own. The litany of the Indian ink pen forms the gathered spirals that give shape to the characters but always threaten to evaporate. The litany of ink is hypnotic. Plunge your gaze long enough into this pictorial material and you will see a moving mass governed by its own laws of attraction; a mass in struggle, a struggle of atoms for survival. Un règne sauvage.4 Of course, no one is fooled: the use of Dieye’s animal figure is a radical mise en abîme. It is no longer simply a matter of the artist using the wild characters of animals as a pretext to portray the brutality of man. On the contrary, by choosing animal figures that have nothing to do with the situation depicted, Dieye highlights the inextricable human vanity that seeks by all means to justify itself. 3. [Assembly of Vanities] See work pages 46 to 47. 4. [A wild kingdom] See work pages 48 to 55.

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Then, like a subliminal image that would spring from the successive contemplation of the works of Serigne Ibrahima Dieye, the silhouette of a multi-headed monster created by the excessiveness of men appears between the lines. This monster is called Neo-capitalism. Corruption. War. Exploitation of resources. Exploitation of men. Xenophobia. Violence héréditaire 1. From one work to the other, the avatars of this monster manifest themselves through the richness of the technique – a creativity inversely proportional to the darkness of the evils: the silkscreen prints of Gazelle beers; photocopies of banknotes; the evanescence of acrylic paint diluted in water giving sometimes a yellow and sometimes a blue-grey cloud like polluted smoke. In Dieye, the plastic material in all its thickness becomes a tool for denouncing a society where might makes right. Caught between two antagonistic forces, a binary oscillation between the black and white of the works, the territory of the exhibition extends like a no man’s land, a grey area in which each of us is an agent responsible for meaning. Serigne Ibrahima Dieye pushes us to reflect on the role we have in the construction of the world, on our share of individual responsibility, while at the same time making the creative gesture a privileged act of resilience in front of the abyss.

Delphine Lopez is the director of Galerie Cécile Fakhoury in Dakar, Senegal, since its opening in 2018.

1. [Hereditary violence] See work pages 64 to 67.

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LES COULEURS DE LA DOULEUR Hamidou ANNE Avril 2020

"Je refuse d’accepter la fin de l’homme. Il assez facile de dire que l’homme est immortel simplement parce qu’il survivra : car lorsqu'à la fin, de la plus ordinaire des roches, se répercuteront les ultimes tintements, suspendus dans les dernières lueurs rougeâtres du crépuscule, perdurera aussi une pulsation - celle de sa voix indéfectible et chétive, parlant encore..." William Faulkner, Discours de réception du Prix Nobel, Stockholm, 1950.

Serigne Ibrahima Dieye est une somme de rencontres ; avec son travail, puissant et ambitieux ; avec l’homme, boule de feu nimbée dans un sarcophage de calme et de sobriété ; avec les émotions contraires vers lesquelles nous plongent ses œuvres qui dessinent le monde dans sa forme la plus cruelle. Figure de la nouvelle génération d’artistes sénégalais, le peintre interpelle par sa précocité. Diplômé de l’École des Beaux-arts de Dakar en 2013, il a tout de suite conquis par son esthétique du fabuleux aux formes déroutantes et à l’univers oppressant. Serigne Ibrahima Dieye ne se cherche pas ; reconnaissable à son style particulier, il semble avoir trouvé sa voie, pris ses aises dans une création contemporaine foisonnante et diverse, et trouvé ses repères pour distiller une poésie picturale dure, mais lucide. Paraboles d’un règne sauvage est une description d’un monde semblable à un champ de ruines, où les hommes se côtoient de connivence avec la violence comme déterminant de leur sociabilité. Cette violence est omniprésente ; elle est celle d’un artiste bouleversant, dont la colère a une ambition de dénonciation de nos turpitudes. En nous immergeant dans le chaos, l’univers de Serigne Ibrahima Dieye propose une esthétique de la douleur qui appelle à l’urgence de la rectification de la trajectoire du monde.

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Paraboles d’un règne sauvage est aussi un hommage à des maîtres, morts ou vivants, d’ici et des ailleurs, symbole de l’universalité du message de l’art. Dieye pose tout le long des œuvres des balises pour mener pudiquement le spectateur sur le chemin de figures honorées. Les Sacrifices sont inspirés par la série bouleversante Tabaski du maître Iba Ndiaye. Aussi peut-on difficilement appréhender la puissance plastique chez Dieye sans évoquer son admiration pour Soly Cissé et son goût de la liberté, de la transgression et de la révolte qu’il puise chez Basquiat. « J’accepte de plaire ou déplaire, mais mon intention première est de sortir ce que j’ai dans le cœur » confie-t-il. LA FABLE, UN DISPOSITIF DU CHAOS On pénètre dans l’exposition de Serigne Ibrahima Dieye comme on entre en religion, en quête de sens et à la recherche de réponses à nos interrogations ontologiques. Dieye se promène au milieu de son œuvre tel un funambule déroutant, et ses œuvres, des reflets enrôlés dans l’usage des codes du fantastique, dénoncent une humanité imbibée par la violence dont nous sommes porteurs. La brutalité, le sang, la mort que provoquent les guerres, le terrorisme et les meurtres de masse constituent l’univers chaotique dans lequel nous plonge directement l’exposition, sans au préalable s’assurer de notre capacité à affronter nos démons. L’artiste ne tergiverse ni ne nuance, sans concessions ni préliminaires. Il happe son spectateur, gagne sa confiance par l’appel trompeur de la fable censée naïvement nous interroger sur nos travers, et le plonge dans une expérience immersive où, par la peinture, le dessin et le collage, il façonne une image de décadence de nos sociétés contemporaines. C’est dans un univers lové dans nos « désespérances sourdes et nos pulsions incontrôlables »1 qu’il nous lâche. Entrer dans cet univers c’est se soumettre à un exercice cathartique, en vue de purger nos passions tristes. Sous des formes anthropomorphes, figures classiques de son univers merveilleux, Serigne Ibrahima Dieye offre un face-à-face difficile de l’homme avec lui-même. Il avoue chercher, dans son travail, l’animal qui sommeille en chacun. Ceci donne des personnages obéissant à leurs pulsions morbides, 1. Delphine Calmettes, exposition « Les Fabulistes, Aliou Diack et Serigne Ibrahima Dieye », Galerie Le Manège, 21 mars 2019 - 18 mai 2019

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hors de leurs cages et dangereux pour une société soumise à la force de la loi hobbesienne. 2 Ces loups sont la cible du coup de pinceau de Dieye. Il dévisage ainsi les auteurs des crimes, ceux qui érigent des barbelés aux frontières devant des migrants en souffrance, ceux qui dépècent des terroirs à la recherche de métaux rares, ceux qui tuent femmes et enfants au nom d’un Dieu-argent. Il ne les épargne pas, mais les tourne en dérision sous leur ridicule, pour mieux mettre l’emphase sur la farce qu’inspirent aux puissants les drames du quotidien. Car c’est de cela qu’il s’agit, du quotidien, quand on interroge la source d’inspiration de Serigne Ibrahima Dieye. Aucun répit durant nos tribulations en ce lieu ! Chaque toile est une claque et une interrogation sur le sens de nos actions quotidiennes et sur la portée de nos gestes qui détruisent le legs des générations précédentes. Les religions, les politiques, les pratiques et les rites, tout devient sujet d’une observation minutieuse du peintre. Sa démarche picturale, ponctuée par le maniement de la peur et de l’ironie, fige le visiteur, le confine seul avec ses émotions et sa responsabilité. Finalement, le projet de Serigne Ibrahima Dieye est de nous singulariser, nous libérer du poids de la communauté pour nous faire porter seul la charge symbolique des malheurs du monde. L’homme redevient seul comme il le fut à sa naissance, et comme il le sera à sa mort. PRÉMONITION PICTURALE DE LA SOLITUDE INFINIE DE L’HOMME D’ailleurs, à l’heure où ses œuvres sont accrochées, les aéroports, ponts entre les idéopoles connectées, les bruyants lieux de vie, antres de nos insouciances et de nos folies, les espaces de création et de fécondation du pouvoir discursif et créatif sont fermés.3 La chaleur humaine tant partagée dans les maquis et les rues bondées devient coupable. Il y a une injonction à garder

2. Dans son célèbre ouvrage, Léviathan (1651), le philosophe anglais Thomas Hobbes (1588-1679) décrit la « guerre de tous contre tous » chez les hommes, caractéristique de l’état de nature qui provoque le chaos. Cet état de nature qui fait référence à la formule latine « L’homme est un loup pour l’homme » précède la formulation d’un contrat social sous l’égide d’une entité supérieure (L’État, le Léviathan) afin de pacifier l’espace public. 3. Pour faire face à la propagation pandémique du virus Covid-19 apparu au début de l’année 2020, les gouvernements et instances internationales ont opté pour des politiques de confinement des populations à l’échelle mondiale, entraînant dans de nombreux pays la fermeture successive des frontières aériennes et terrestres, l’interruption des connections aériennes, la fermeture des lieux publics, l’annulation des grands rassemblements culturels et religieux, et parfois même la fermeture de commerces jugés non essentiels. Aussitôt inaugurée en mars 2020, l'exposition personnelle de Serigne Ibrahima Dieye a dû fermer ses portes au public jusqu'à la fin mai. Chargée de résonances nouvelles avec l'actualité, l'exposition a été prolongée jusqu'à la fin du mois d’août 2020.

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la distance physique pour espérer se sauver et sauver l’autre. Une écrasante majorité de la population mondiale est confinée chez elle redécouvrant l’étrangeté de la solitude, de la réclusion et de la peur de la finitude. Dans une période d’urgence sanitaire où les fondamentaux de la mondialisation heureuse sont interrogés et remis en doute, Paraboles d’un règne sauvage sonne donc comme une opinion prémonitoire de prochains temps incertains. Les transformations technologiques, la dématérialisation de l’économie, l’interconnexion des élites mondialisées, l’affaissement des frontières ne nous sauvent pas d’une pandémie. Bien au contraire, la vie s’arrête, l’amour des siens devient une injonction au sans-contact. Les marqueurs du capitalisme s’étiolent pour laisser place au sauve-qui-peut généralisé. Le jeune ar tiste, lui, ne se dérobe pas. À l’esthétique néo-naturaliste symptomatique de l’importance de relever, décomposer et conter chaque détail, Serigne Ibrahima Dieye rajoute une dimension politique intimement liée à son œuvre. Peut-il en être autrement ? Serigne Ibrahima Dieye est né à Dakar en 1988, année de grandes manifestations politiques qui ont conduit le pouvoir d’alors à décréter l’état d’urgence. Il a grandi à Guinaw rails, quartier populeux de la grande banlieue dakaroise, où des milliers de gens, confinés derrière la ligne de chemin de fer, sont oubliés par les décideurs politiques et laissés à eux-mêmes depuis des décennies. Il est aussi de la génération qui subit les conséquences désastreuses des politiques d’austérité ayant réduit comme peau de chagrin le pouvoir du service public et laissé des millions de gens sans espoir avec pour réceptacle des douleurs, la religion. UNE VOIE POUR LES SANS VOIX Dieye est bien un peintre de son époque. L’artiste nous avait prévenu, il prend la posture césairienne1 de la bouche de ceux qui n’en ont point. Il renferme une colère qu’extériorise son travail. Il relaie les maux qui oppressent, affaiblissent, invisibilisent et tuent le petit peuple des aires géographiques et sociales oubliées par le récit africain de la mondialisation heureuse. 1. « Ma bouche sera la bouche des malheurs qui n'ont point de bouche, ma voix, la liberté de celles qui s'affaissent au cachot du désespoir. » Aimé Césaire, Cahier d’un retour au pays natal, Paris, Présence Africaine, 1947.

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Dieye prend les habits d’un intellectuel organique de la peinture au sens gramscien2 pour asseoir une critique radicale du capitalisme et interpeller sur ses impasses politiques, économiques, climatiques et sociales. Serigne Ibrahima Dieye définit ainsi l’engagement comme nécessaire chez l’artiste dont la voix a une résonance au milieu de millions d’autres inaudibles. Il est un relais à qui le privilège d’être entendu impose en même temps le devoir de documenter les maux de son temps pour témoigner devant l’histoire et la postérité. L’obsession poétique de Dieye est de parler des invisibles, nommer leur douleur et montrer leur drame à ceux qui sont tentés de les déshumaniser et de les ériger au rang de décor urbain. Il humanise les subalternes, ceux dont le malheur a une finalité : satisfaire cet Hommeconsommateur cible de la douce rage de l’artiste. Mais dans son travail Serigne Ibrahima Dieye évite de tomber dans la facilité manichéenne et déculpabilisante de la peinture de victimes face aux bourreaux. Les deux groupes sont fatalement liés et unis dans leur culpabilité originelle : leur condition d’homme. Dieye se détache du cliché de l’artiste prescripteur, qui propose un chemin de rédemption. Chez lui, le privilège de l’artiste de remodeler la réalité, de refaire le monde en vue de le transformer pour le sauver de l’abîme, est ignoré. Il n’y a pas de salut chez lui, et personne n’est épargné car la violence irrigue l’humanité. AFRICA RISING IS DEAD Serigne Ibrahima Dieye ne nous convie pas, main tendue, dans un espace de célébration d’une quelconque jubilation au nom de l’Africa rising, devenu chant lyrique des tenants d’une africanité heureuse. Ces utopies béatement positives, chantres des innovations et des progrès économiques et sociaux plus exagérés que réels, ne résistent pas à l’univers oppressant du peintre, qui tire son œuvre du vécu quotidien des vaincus de la mondialisation. Serigne Ibrahima Dieye est ancré sur son sol natal dont les convulsions provoquent chez lui des secousses douloureuses. L’Afrique, il ne la peint pas du dehors. Imprégné des « lieux marginaux » comme la banlieue dakaroise en compte plusieurs, où se font et surtout se défont les rêves vers des ailleurs fertiles et salvateurs, Serigne Ibrahima Dieye nous enjoint à regarder l’Afrique telle qu’elle est, dans un monde souillé par la cupidité et les inégalités qui charrient la violence et l’injustice.

2. Le penseur italien Antonio Gramsci (1891-1937) conceptualise la fonction de l’intellectuel organique, « organiquement » lié à une classe sociale dont il systématise la conscience qu’elle a d’elle-même.

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Le sang est en itinérance dans les œuvres de Dieye. Artiste engagé, si ce mot a encore un sens, il plonge son pinceau dans les blessures ouvertes et saignantes des opprimés, des faibles, de ceux dont le sang irrigue les sous-sols, théâtre des luttes et des crimes, de la corruption et de l’exploitation de l’homme par l’homme. L’artiste nous contraint à regarder la douleur en face, à souffrir des images paraboliques d’une Afrique luttant contre ses maux dans une époque où le capitalisme financier génère les inégalités et favorise la domination pour asseoir son projet totalitaire. L’exposition est une interpellation, un rappel de la violente condition humaine. Les lignes de Serigne Ibrahima Dieye mettent en relief les couleurs de la douleur. Les corps, les plumes omniprésentes, les carcasses sont les représentations de ces restes qui peuplent les théâtres de guerre laissés aux charognards venus chercher pitance. La peinture dans son univers macabre n’a pas la volonté de nous apaiser ni de nous « pacifier par l’art et le beau », comme le rappelle la commissaire Delphine Lopez, mais elle a la vocation de nous plonger dans un choc sensoriel et émotionnel comme pour provoquer un traumatisme, qui rappelle les différents épisodes douloureux de l’histoire du continent nié dans sa dignité et son humanité des siècles durant. Serigne Ibrahima Dieye est un peintre du tourment. Dans le travail de Serigne Ibrahima Dieye, fond et forme se mélangent, se lient, se nourrissent pour rendre une poésie clinique redoutable qui ne s’embarrasse pas de la morale rationnelle ni religieuse. Tous coupables ! Cette première exposition personnelle de Serigne Ibrahima Dieye consacre un peintre d’exception, dont la puissance du récit ne transige pas avec sa vérité. Il n’y a aucune morale binaire, aucune tentative d’écrasement ou de tempérance de la vérité au nom d’une quelconque volonté de nous épargner. Serigne Ibrahima Dieye utilise la matière pour proposer un « conte plastique dystopique »1, à travers une esthétique de la douleur. Il met en scène nos vanités, nos absurdités ainsi que nos tentations sordides par une esthétique de la fantaisie. Son imaginaire, qui rappelle le réalisme magique de l’Amérique latine, propose un discours dur, sans concession, vis-à-vis d’une contemporanéité dont les signaux indexent un mode de vie générateur de violences et de drames. À l’instar de nombreux discours issus des espaces marginaux et 1. Delphine Lopez, D'un inextricable chaos naît l'histoire, p.7

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alternatifs à visée contre-hégémonique, le sien est de cette création contemporaine africaine qui s’inscrit pleinement dans le temps du monde et va au-delà de son royaume d’enfance pour proposer un art résolument soucieux de dénoncer les maux de son temps. Paraboles d’un règne sauvage est une parole forte et profonde d’une jeunesse urbaine ouverte au monde, créatrice, qui questionne le sens des mythes et suggère d’aller à la quête des architectures de la transformation radicale de la société. C’est un travail ambitieux d’un jeune artiste qui a fait sienne cette fulgurance nietzschéenne : « Il faut avoir du chaos en soi pour accoucher d'une étoile qui danse ». 2 Paraboles d’un règne sauvage est une représentation du monde en proie à une longue nuit. Winter is here.

Hamidou Anne est essayiste, chroniqueur et haut-fonctionnaire sénégalais. Ancien élève de l’ENA et diplômé du CELSA, il prépare actuellement une thèse en sciences politiques à l’Université Gaston Berger de Saint-Louis, au Sénégal Publications : Politisez-vous !, United Press of America, 2017 ; Panser l’Afrique qui vient, Présence africaine, 2019 ; « Décentrer, déconstruire, décoloniser », Africultures Hors Série, 2019 ; Amadou Mahtar Mbow : une vie, des combats, Éditions Vive Voix, 2019.

2. Friedrich Nietzsche, Ainsi parlait Zarathoustra, 1885

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SHADES OF PAIN Hamidou Anne Translation : Stephen Kells

“I decline to accept the end of man. It is easy enough to say that man is immortal simply because he will endure: that when the last dingdong of doom has clanged and faded from the last worthless rock hanging tideless in the last red and dying evening, that even then there will still be one more sound: that of his puny inexhaustible voice, still talking.” William Faulkner, Banquet speech, Stockholm, 1950 Serigne Ibrahima Dieye is a composite of encounters and interfaces; with his work, powerful, ambitious; with the man himself, a ball of fire swathed in a sarcophagus of imperturbability and calm; with the conflicting emotions brutally provoked by an art that depicts the world in its most pitiless light. A leading player of the new generation of Senegalese artists, this painter’s early success has marked him out. After graduating from Dakar’s School of Fine Arts in 2013, he immediately won plaudits with his disturbing portrayal of a fantastic, oppressive world. Serigne Ibrahima Dieye knows exactly who he is. With his inimitable style, he seems to have found his way, made himself at home in a contemporary creative scene that’s both prolific and diverse, and laid foundations enabling him to refine his creative output into an essence that is visually lyrical, uncompromising, yet lucid. Paraboles d’un règne sauvage depicts the world as urban wasteland, a place where people enter into a kind of amicable collusion, with violence being the glue that brings them together. This violence is inescapable; it belongs to an artist who’s determined to shake things up, whose rage yearns to see us turn against our moral corruption. By plunging us headfirst into chaos, Serigne Ibrahima Dieye’s creative world offers us a depiction of pain which launches an urgent call to correct the world’s direction of travel. Paraboles d’un règne sauvage is also a tribute to creative masters – whether dead or alive, no matter their homeland – as a symbol of art as a universal language. Dieye’s works are punctuated by signposts that discreetly guide

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the viewer down the same path as that forged by time-honoured figures. The series ‘Sacrifices’ drew inspiration from the profoundly-impacting series ‘Tabaski’ by the great Iba Ndiaye. As a result, it’s hard to really appreciate the aesthetic charge of Dieye’s work without considering his admiration for Soly Cissé and the taste for freedom, rule-breaking and rebelliousness that he has acquired from Basquiat. ‘People may or may not like what I do and I’m fine with that, but my overriding aim is to express what’s in my heart’ he confides. THE FABLE AS A VEHICLE OF CHAOS We approach Serigne Ibrahima Dieye’s exhibition in the same way that we approach religion, in search of meaning and answers to our ontological questions. Dieye glides unsettlingly through his work like a tightrope walker. His art, peopled by fantastic figures recruited into accepting the conventions of this fantastical world, excoriate humankind for being steeped in the violence of which we ourselves are the agents. The exhibition plunges us immediately into a chaotic world of brutality, bloodshed and death generated by war, terrorism and mass murder, affording us no opportunity to ascertain our ability to face up to our demons. The artist offers no room for equivocation here – there are no shades of grey, no concessions, no preliminaries. He takes hold of the onlooker, winning their trust through the siren call of the fable which, in their innocence, they believe just wants them to examine their quirks when all the time the artist’s aim has been to plunge them into an immersive experience where through painting, drawing and collage, he fashions a picture of the moral decay of our contemporary societies. He then lets us loose in a world that holds our ‘voiceless despair and our untameable urges’1 in a close embrace. To enter this world is to submit oneself to a catharsis in order to purge ourselves of these melancholy passions. By means of anthropomorphic figures – characteristic of his fantastic world – Serigne Ibrahima Dieye sets up an uncomfortable face-to-face encounter between all of humanity – and itself. In his work, he admits to seeking out the beast that slumbers in each one of us. What results are characters who slavishly follow their unhealthy impulses, roaming free of their cages and posing 1. Delphine Calmettes, exhibition, ‘Les Fabulistes, Aliou Diack et Serigne Ibrahima Dieye’, Galerie Le Manège, 21st March 2019 – 18th May 2019.

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a danger to a society subjected to Hobbes’ laws of nature.1 These ‘wolves’ are the target of Dieye’s brushwork. He casts an unyielding gaze upon the authors of crimes, those who erect barbed wire constructions along borders, barring the road to struggling migrants, those who carve up the countryside in search of precious metals, those who kill women and children in the name of Mammom. Unsparing in his treatment of them, rather he mocks them, all the better to shine a spotlight on how - in the eyes of the powerful - the trials of ordinary people’s everyday lives play out like farce, rather than tragedy. Because ultimately, when we ask what it is that inspires Serigne Ibrahima Dieye’s work, we find that it’s everyday life. There’s no respite from the ordeal we undergo in this place! Every canvas is a rebuke and a question mark directed at why we do the things that we do on a daily basis and the destructive impact of our actions upon the legacy bequeathed to us by the generations that have gone before us. Religion, politics, traditions and rituals: all come under the painter’s microscope. His visual approach and technique, accompanied by skilfully deployed fear and irony, immobilizes the onlooker, shutting them up with only their emotions and culpability for company. Ultimately, Serigne Ibrahima Dieye’s mission is to treat us as individuals and liberate us from the grasp of wider society so that we – each by him – or herself – bears the symbolic burden of the woes of the world. Each human being will be alone once more – as they were at their birth, as they will be when they die. A VISUAL FOREBODING OF HUMANITY’S INFINITE SOLITUDE 2 Incidentally, at a time when his works are on public display, airports, those bridges between hyper-connected, cutting-edge, capitalistic modern urban societies, those clamorous public spaces, lairs where our frivolities and follies lie in wait; spaces where creative and discursive power can come together and flourish and multiply – those bridges are closed. The warmth of human

1. In his famous work, Leviathan (1651), English philosopher Thomas Hobbes (1588-1679) describes the ‘War of all against all’ prevalent in human society, characteristic of the chaotic state of nature. This state of nature, which makes reference to the Latin proverb ‘Homo homini Lupus’ (Man is wolf to Man) precedes the formulation of a social contract under the aegis of a superior entity (the State, the Leviathan) in order to maintain public peace and order. 2. In response to the pandemic spread of the Covid-19 virus that emerged in early 2020, governments and international bodies have opted for global population containment policies, leading in many countries to the successive closure of air and land borders, the interruption of air connections, the closure of public places, the cancellation of major cultural and religious gatherings, and sometimes even the closure of businesses considered non-essential. As soon as it opened in March 2020, Serigne Ibrahima Dieye's solo exhibition had to close its doors to the public until the end of May. Full of new resonances with current events, the exhibition was extended until the end of August 2020.

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contact, omnipresent in ‘maquis’ (bars) and teeming streets has become a literal guilt trip. There is an injunction to keep our distance from others in the hope of keeping ourselves – and others – safe. An overwhelming proportion of the world’s inhabitants are shut up at home, reacquainting themselves with strange feelings and experiences: solitude, confinement and a fearful consciousness of their finite nature. The current global health crisis has thrown the central claims of globalization to be a driver for global happiness into question. Against this backdrop, Paraboles d’un règne sauvage offers advance warning of uncertain days soon to come. Technological revolutions, the dematerialization of the economy, the interconnectedness of globalized elites, the opening up of borders - these have not saved us from a pandemic. On the contrary, life has ground to a halt and our love for our nearest and dearest actually drives us to reduce or eliminate physical contact with them. The defining characteristics of capitalism are withering away to be replaced by a general attitude of ‘everyone for themselves’. As for the young artist, he has the courage to not beat around the bush. To the neo-naturalist aesthetic, symptomatic of the importance of recording, deconstructing and recounting each detail, Serigne Ibrahima Dieye adds a political dimension, which is part and parcel of his work. Could it have been any other way? Serigne Ibrahima Dieye was born in Dakar in 1988, the year of mass political demonstrations which led to the then authorities declaring a state of emergency. He grew up in Guinaw Rails, a densely-populated outer suburb of Dakar, where thousands of people, penned in behind the railway lines, have been forgotten by political decisionmakers and abandoned for decades. He also belongs to the generation that has suffered the disastrous consequences of the policies of economic austerity which have cut public services at an unprecedented rate and left millions of people without hope and turning to religion in response to their suffering. A VOICE FOR THE VOICELESS Dieye is very much a painter of his time. The artist had given us fair warning – he adopts Aimé Césaire’s approach 3 of the mouth that gives words to those who are wordless. The anger shut up within him comes out in his work. He tells of the evils that trample upon, enfeeble, render invisible and even 3. ‘Ma bouche sera la bouche des malheurs qui n'ont point de bouche, ma voix, la liberté de celles qui s'affaissent au cachot du désespoir.’ (My mouth will give words to woes that are wordless, my voice is freedom for those who are slumped in the dungeon of despair) Aimé Césaire, Cahier d’un retour au pays natal, Paris, Présence Africaine, 1947

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kill the common people inhabiting the geographical and social spheres that are excluded from the African chapter of the globalization ‘success story’. Dieye adopts the approach of an organic intellectual in the Gramscian meaning of the term1 in the field of painting so as to establish a radical critique of capitalism and call it to account in relation to the political, economic, climatic and societal dead-ends to which it is leading us. Serigne Ibrahima Dieye believes that an artist needs to take an active political stance, given that their voice can be heard even as millions of other voices cannot. Thus, he acts as an intermediary, as someone for whom the privilege of being listened to comes with the duty to document the evils of his time for the historical record and for posterity. Dieye’s poetic obsession is to talk about the people who are unseen, give a name to their pain and reveal their often tragic story to those who are tempted to strip them of their humanity, treating them as if they were no more than just a part of the street furniture. He humanizes these ‘subalterns’ (social groups on the margins), whose misfortune does actually have a purpose – that of satisfying Homo Consumens, object of the artist’s sweet rage. Serigne Ibrahima Dieye’s work avoids falling into the trap of simplistic, guiltrelieving, feel-good Manichaeism, the portrayal in paint of victims on one side and persecutors on the other. The two groups are in fact inextricably, inescapably linked, united in their original sin – the essence of the human condition. Dieye frees himself from the cliché of the artist as healer and guide, offering a route to redemption. Not for him the artist’s prerogative to reshape reality, to bring a radical transformation to the world to save it from the abyss. Salvation is not to be found in him, no-one is spared, because violence permeates humanity. AFRICA RISING IS DEAD Serigne Ibrahima Dieye has no intention of ushering us into some sort of celebratory mode for any old run-of-the-mill rejoicing in the name of Africa rising, which has become the anthem for the disciples of an Africanityhappy-ever-af ter. These naively happy, utopic narratives that sing the praises of innovations and advances in the economic and social spheres that are more apparent than real are incapable of standing against the painter’s heavy, gloom-laden realm, whose work draws on the daily lived experience of those who have been vanquished by globalization. Serigne 1. Italian philosopher Antonio Gramsci (1891-1937) devised the concept of the role of the organic intellectual, who is ‘organically’ associated with a social class and who constructs a way of articulating this class’s concept of itself.

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Ibrahima Dieye is firmly-rooted in his native soil and any upheaval in his homeland leaves him painfully shaken. Africa is not something he paints from the outside, looking in. Intimately familiar with ‘left-behind places’, of which the suburbs of Dakar have a few – places where dreams of escaping to new, more fruitful horizons are formed, and above all, fall apart, Serigne Ibrahima Dieye pleads with us to see Africa as it really is, in a world defiled by the greed and inequalities that drive violence and injustice. Blood runs right through Dieye’s work. An activist artist – if this term even means anything anymore – he plunges his paintbrush deep into the open, bleeding wounds of the oppressed, the weak, of those whose blood runs like rivers in anonymous basements, the stage for struggles and crimes, corruption and man’s exploitation of his fellow man. The artist forces us to look pain square in the face, to endure pictorial parables of an Africa engaged in a struggle against its scourges at a time when finance capitalism creates inequalities and promotes an ideal of domination in order to firmly establish its totalitarian vision. The exhibition is an appeal, a reminder of the violence of the human condition. Serigne Ibrahima Dieye’s outlines throw into sharp relief the shades of pain. The bodies and ubiquitous plumage, the carcasses, all are depictions of the left-overs that inhabit theatres of war left to the mercy of the carrioneaters come to demand their scraps. The role of painting in Dieye’s macabre world is neither to bring us peace nor to ‘calm us through art and beauty’, as exhibition curator Delphine Lopez reminds us. Its task is to subject our emotions and our senses to a sudden, brutal shock, as if to try to induce a psychological trauma – a reminder of multiple painful events in the history of a continent that has been denied its dignity and its humanity for century upon century. Serigne Ibrahima Dieye puts torment onto canvas. In Serigne Ibrahima Dieye’s work, content and form blend together, form a friendship, feed off the other to create a razor-sharp lyricism that’s a force to be reckoned with and which has no time for humanistic or religious moralizing. All are guilty! This, Serigne Ibrahima Dieye’s first solo exhibition, showcases a remarkable painter who doesn’t sacrifice the truth of a story for the sake of narrative impact. There’s no black-and-white moralizing, no attempt to suppress or tone down the truth due to some desire to shield us from it.

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Serigne Ibrahima Dieye uses the raw materials of painting to offer up a ‘dystopian visual tale’,1 communicated through an aesthetic of suffering. He shines a spotlight on everything that is futile, vain and absurd about our lives - as well as the sordid things that tempt us - through an artistic approach that’s driven by the fantastic. His imagination, reminiscent of the Magical Realism of Latin America, serves up an uncompromising discourse levelled at a modern society of which the hallmark of its modernity is a way of life that gives rise to violence and tragedy. Like many counter-hegemonic discourses originating from marginalized and alternative environments, his has its roots in a contemporary African creative scene which is very much in touch with the spirit of the age, going beyond the realm of childhood to produce art that has such a heart to speak out against the evils of his time. Paraboles d’un règne sauvage is a forceful and profound statement from a youthful, urban community that is open to the outside world, creative, ready to question received wisdom and founding myths and to advocate the need to seek out systems and structures capable of delivering radical societal transformation. It’s an ambitious project for a young artist who embodies a dazzling, whitehot Nietzschean dynamism: ‘One must still have chaos in one, to give birth to a dancing star’. 2 Paraboles d’un règne sauvage portrays a world in the claw-like grip of a long night. Winter is here.

Hamidou Anne is a Senegalese essayist, columnist and senior official. A former student of ENA and graduate of CELSA, he is currently preparing a thesis in political science at the University Gaston Berger of Saint-Louis. Publications : Politisez-vous !, United Press of America, 2017; Panser l’Afrique qui vient, Présence africaine, 2019; « Décentrer, déconstruire, décoloniser », Africultures Hors Série, 2019; Amadou Mahtar Mbow: une vie, des combats, Éditions Vive Voix, 2019.

1. Delphine Lopez, Arising from chaos, History unfolds, p. 12 2. Friedrich Nietzsche, Thus spoke Zarathustra, 1885

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Blood is dripping on the walls. Heads are falling hapharzadly. A barbed wire isolates the space and the names of the victims intertwine with one another, whose bloody drips indicate their fate, in a methodical and organized alignment of still smoking revolvers. Mohammed, Suzanne, Abdoulaye, Henriette, Joseph Reality, fiction, work of art, manifesto, testimony, imagination, resignation, indignation See, look, do not avert your eyes, listen, hear, live what you do not want to see or look at or hear or live. Get out, whatever the cost, without hesitation, without restriction, without cowardice, without veiling your eyes, get out of your comfort zone and out of your blindness in the face of death in all its absurdity in the service of causes that aren’t ones. Organized and indiscriminate terror strikes everyone, all religions, all convictions, all existences combined. Enough, enough, enough !

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LE SANG COULE SUR LES MURS. LES TÊTES TOMBENT PÊLE-MÊLE. UN BARBELÉ ISOLE L’ESPACE ET S’ENCHEVÊTRENT LE NOM DES VICTIMES DONT LES COULURES SANGLANTES SIGNIFIENT LE SORT, DANS UN ALIGNEMENT MÉTHODIQUE ET ORGANISÉ DE REVOLVERS ENCORE FUMANTS. MOHAMMED, SUZANNE, ABDOULAYE, HENRIETTE, JOSEPH RÉALITÉ, FICTION, ŒUVRE D’ART, MANIFESTE, TÉMOIGNAGE, IMAGINATION, RÉSIGNATION, INDIGNATION VOYEZ, REGARDEZ, NE DÉTOURNEZ PAS LES YEUX, ÉCOUTEZ, ENTENDEZ, VIVEZ CE QUE VOUS NE VOULEZ NI VOIR NI REGARDER NI ÉCOUTER NI ENTENDRE NI VIVRE. SORTEZ, COÛTE QUE COÛTE, SANS RÉSERVE, SANS RESTRICTION, SANS LÂCHETÉ, SANS VOUS VOILER LES YEUX, SORTEZ DE VOTRE ZONE DE CONFORT ET DE VOTRE AVEUGLEMENT EN FACE DE LA MORT DANS TOUTE SON ABSURDITÉ AU SERVICE DE CAUSES QUI N’EN SONT PAS. LA TERREUR ORGANISÉE ET INDISTINCTE FRAPPE AUTANT LES UNS QUE LES AUTRES, TOUTES RELIGIONS, TOUTES CONVICTIONS, TOUTES EXISTENCES CONFONDUES. ASSEZ, ASSEZ, ASSEZ !


NON, TUER N’EST JAMAIS JUSTE. IL N’Y A PLUS DE VICTIMES, IL N’Y A PLUS DE BOURREAUX, IL N’Y A PLUS DE VIVANTS, IL N’Y A PLUS DE MORTS, IL N’Y A PLUS DE BONS, IL N’Y A PLUS DE MAUVAIS. STIGMATISATION DES UNS CONTRE LES AUTRES, NON ! ASSEZ DE CES FABRICANTS D’ARMES, DE CES MARCHANDS D’ARMES. CES GENS QUI S’ENRICHISSENT AVEC UNE CYNIQUE BONNE CONSCIENCE, CEUX QUI LES ACHÈTENT MÊME SI LEURS ENFANTS MEURENT DE FAIM, CEUX QUI S’EN SERVENT MÊME S’ILS NE SAVENT PAS POURQUOI, POUR QUI, CONTRE QUOI NI CONTRE QUI, AVEC LA MÊME INDIFFÉRENCE IMPLACABLE ET MEURTRIÈRE. ET NOS NOMS ET VOS NOMS SONT SUR LES MURS, ET NOTRE SANG ET VOTRE SANG, ET NOS TÊTES ET VOS TÊTES ROULENT SUR LE SOL, ET LES DÉTONATIONS CONTINUENT DANS UNE INDIFFÉRENCE COLLECTIVE. INSTINCT DE SURVIE, INSTINCT ÉGOÏSTE DE PRÉSERVATION, « TANT QUE CE N’EST PAS MOI », JUSQU’AU JOUR OÙ LA MORT LA PLUS STUPIDE NOUS ARRACHE UN DERNIER RICTUS ÉTONNÉ ! ÉTRANGE VÉRITÉ, REGARDE, REGARDE DANS CE MIROIR ÉBRÉCHÉ. OUI C’EST TOI, C’EST MOI, C’EST NOUS, MÊME SI NI TOI, NI MOI, NI NOUS, NE VOULONS NOUS Y RECONNAÎTRE. TERRIBLE DESCENTE AU FOND DE NOUS-MÊMES ET DE L’ABSURDITÉ HAGARDE DE NOTRE MONDE !

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No, killing is never right. There are no more victims, there are no more executioners, there are no more living, there are no more dead, there are no more good, there are no more bad. Stigmatization of one against the other, no! Enough of these arms manufacturers, these arms dealers. Those people who get rich with a cynical good conscience, those who buy them even if their children are starving, those who use them even if they do not know why, for whom, against what or against whom, with the same implacable and murderous indifference. And our names and your names are on the walls, and our blood and your blood, and our heads and your heads roll on the ground, and the banging continues in collective indifference. Survival instinct, selfish instinct of preservation, "as long as it's not me", until the day when the stupidest death snatches a last astonished grin from us! Strange truth, look, look in that chipped mirror. Yes it's you, it's me, it's us, even if Texte écrit par Sylvain Sankalé pour la pièce sonore de l’installation in situ L’Arme à gauche. Lu par Serigne Ibrahima Dieye et diffusé au sein de son exposition Paraboles d’un règne sauvage.

neither you, nor me, nor us, want to recognize ourselves in it.

Text written by Sylvain Sankalé for the audio piece of the in situ installation L’Arme à gauche. Read by Serigne Ibrahima Dieye and broadcasted in his exhibition Paraboles d'un règne sauvage (Parables of a wild kingdom)

What a dreadful descent into the depths of ourselves and the haggard absurdity of our world!

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LES PLUMES DE LA FORTUNE #1, 2020, technique mixte sur papier marouflé sur toile / mixed media on paper mounted on canvas, 120 x 140 cm © Serigne Ibrahima Dieye, Courtesy Galerie Cécile Fakhoury

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LES PLUMES DE LA FORTUNE #2, 2020, technique mixte sur papier marouflé sur toile / mixed media on paper mounted on canvas, 120 x 120 cm © Serigne Ibrahima Dieye, Courtesy Galerie Cécile Fakhoury

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LES PLUMES DE LA FORTUNE #3, 2020, technique mixte sur papier marouflé sur toile / mixed media on paper mounted on canvas, 120 x 120 cm © Serigne Ibrahima Dieye, Courtesy Galerie Cécile Fakhoury

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ASSEMBLÉE DES VANITÉS, 2020, technique mixte sur papier marouflé sur toile / mixed media on paper mounted on canvas, 200 x 400 cm © Serigne Ibrahima Dieye, Courtesy Galerie Cécile Fakhoury

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RÈGNE SAUVAGE #1, 2020, technique mixte sur papier marouflé sur toile / mixed media on paper mounted on canvas, 180 x 122 cm © Serigne Ibrahima Dieye, Courtesy Galerie Cécile Fakhoury

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RÈGNE SAUVAGE #2, 2020, technique mixte sur papier marouflé sur toile / mixed media on paper mounted on canvas, 180 x 122 cm © Serigne Ibrahima Dieye, Courtesy Galerie Cécile Fakhoury

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RÈGNE SAUVAGE #3, 2020, technique mixte sur papier marouflé sur toile / mixed media on paper mounted on canvas, 180 x 122 cm © Serigne Ibrahima Dieye, Courtesy Galerie Cécile Fakhoury

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RÈGNE SAUVAGE #4, 2020, technique mixte sur papier marouflé sur toile / mixed media on paper mounted on canvas, 180 x 122 cm © Serigne Ibrahima Dieye, Courtesy Galerie Cécile Fakhoury

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JEUX DE POUVOIR, 2020, technique mixte sur toile (diptyque) / mixed media on canvas (diptych), 200 x 360 cm © Serigne Ibrahima Dieye, Courtesy Galerie Cécile Fakhoury

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RANCŒUR #1, 2020, technique mixte sur papier / mixed media on paper, 150 x 100 cm © Serigne Ibrahima Dieye, Courtesy Galerie Cécile Fakhoury

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RANCŒUR #2, 2020, technique mixte sur papier / mixed media on paper, 150 x 100 cm © Serigne Ibrahima Dieye, Courtesy Galerie Cécile Fakhoury

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RANCŒUR #3, 2020, technique mixte sur papier / mixed media on paper, 150 x 100 cm © Serigne Ibrahima Dieye, Courtesy Galerie Cécile Fakhoury

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VIOLENCE HÉRÉDITAIRE #1, 2020, technique mixte sur papier marouflé sur toile / mixed media on paper mounted on canvas, 150 x 197 cm © Serigne Ibrahima Dieye, Courtesy Galerie Cécile Fakhoury

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VIOLENCE HÉRÉDITAIRE #2, 2020, technique mixte sur papier marouflé sur toile / mixed media on paper mounted on canvas, 150 x 197 cm © Serigne Ibrahima Dieye, Courtesy Galerie Cécile Fakhoury

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SACRIFICE #1, 2020, technique mixte sur papier / mixed media on paper, 150 x 100 cm © Serigne Ibrahima Dieye, Courtesy Galerie Cécile Fakhoury

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SACRIFICE #2, 2020, technique mixte sur papier / mixed media on paper, 150 x 100 cm © Serigne Ibrahima Dieye, Courtesy Galerie Cécile Fakhoury

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SACRIFICE #3, 2020, technique mixte sur papier / mixed media on paper, 150 x 100 cm © Serigne Ibrahima Dieye, Courtesy Galerie Cécile Fakhoury

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SACRIFICE #4, 2020, technique mixte sur papier / mixed media on paper, 150 x 100 cm © Serigne Ibrahima Dieye, Courtesy Galerie Cécile Fakhoury

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SACRIFICE #5, 2020, technique mixte sur papier / mixed media on paper, 150 x 100 cm © Serigne Ibrahima Dieye, Courtesy Galerie Cécile Fakhoury

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CARNAGE, (non exposée / not on display) 2020, technique mixte sur papier marouflé sur toile / mixed media on paper mounted on canvas, 194 x 200 cm © Serigne Ibrahima Dieye, Courtesy Galerie Cécile Fakhoury

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HUMAN SACRIFICE #2, (non exposée / not on display) 2020, technique mixte sur papier marouflé sur toile / mixed media on paper mounted on canvas, 200 x 200 cm © Serigne Ibrahima Dieye, Courtesy Galerie Cécile Fakhoury

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HUMAN SACRIFICE #3, (non exposée / not on display) 2020, technique mixte sur toile / mixed media on canvas, 200 x 300 cm

© Serigne Ibrahima Dieye, Courtesy Galerie Cécile Fakhoury

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NOT FOR SALE #3, (non exposée / not on display) 2020, technique mixte sur papier marouflé sur toile / mixed media on paper mounted on canvas, 200 x 200 cm © Serigne Ibrahima Dieye, Courtesy Galerie Cécile Fakhoury

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Portrait de Serigne Ibrahima Dieye, 2019 Serigne Ibrahima Dieye's portrait, 2019 Š Antoine TempÊ

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Serigne Ibrahima Dieye Né en 1988 à Dakar, Sénégal. Serigne Ibrahima Dieye vit et travaille à Grand Mbao, Sénégal. Formé à l’École Nationale des Arts de Dakar dont il sort dipômé en 2013, Serigne Ibrahima Dieye développe une pratique à la croisée du dessin, de la peinture et du collage. Travaillant souvent sur de grands formats, fréquemment sur des toiles de format carré qui ne sont pas sans rappeler des modèles d’images contemporaines, l’artiste mélange symboles, formes et matières. Serigne Ibrahima Dieye compose ainsi les scènes étranges d’un théâtre contemporain dont animaux hybrides et figures mystérieuses sont les protagonistes. Débute alors le récit de fables urbaines tant fantaisistes que dramatiques et qui empruntent leur sujet à diverses cultures et puisent leur profondeur dans les nébuleuses de l’histoire et de l’actualité. Dans ses œuvres, Serigne Ibrahima Dieye nous dévoile un regard poétique sans concession et non dépourvu d’ironie sur la société contemporaine et les maux qui l’agitent. Expositions (sélection): Paraboles d’un règne sauvage, Galerie Cécile Fakhoury, Côte d’Ivoire (2020) ; Eyes East Bound, Biennale du Caire, Le Caire, Égypte (2019) ; Les Fabulistes, Galerie le Manège, Dakar, Sénégal (2019) ; The View from Here - Contemporary Perspectives on Senegal, Zuccaire Gallery, New York, États-Unis (2018).

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Serigne Ibrahima Dieye Serigne Ibrahima Dieye was born in 1988 in Dakar, Senegal. He lives and works in Grand Mbao, Senegal. Serigne Ibrahima Dieye has been taught at the National Scool of Fine Art in Dakar from which he graduated in 2013. His practice is at the crossing of drawing, painting and collage. Often working on larger formats, and often resorting to square canvas reminiscent of contemporary imagery, Serigne Ibrahima Dieye mixes symbols, shapes and materials to create the uncanny scenes of a contemporary theater led by hybrid animals and mysterious figures as the protagonists. In his work, Dieye triggers the narration of urban fables as whimsical as they are dramatic and originating from various culture and taking their depth from the neboulous turn of history and the current affairs. In his painting, Serigne Ibrahima Dieye is offering us a poetic, sometimes ironic and always uncompromising stance on our contemporary society and its miseries. Exhibitions (selection): Paraboles d’un règne sauvage, Galerie Cécile Fakhoury, Abidjan, Côte d’Ivoire (2020); Eyes East Bound, Biennale du Caire, Cairo, Egypt (2019); Les Fabulistes, Galerie le Manège, Dakar, Senegal (2019); The View from Here - Contemporary Perspectives on Senegal, Zuccaire Gallery, New York, USA (2018).

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Expositions collectives / Selected Group Exhibitions

2019

Pavillon National du Sénégal,

Coast to Coast,

13e Biennale de Dakar,

Biennale internationale

Dakar, Sénégal

d’art contemporain de Suède,

Des Hommes et des Totems,

Göteborg, Suède

Institut Français de Dakar,

The View from Here -

Dakar, Sénégal

Contemporary Perspectives on Senegal,

Trêve d’exotisme,

Zuccaire Gallery,

Galerie Atiss, Luxembourg

New York, États-Unis

2017

Eyes East Bound,

Partcours 6,

Biennale du Caire, Le Caire, Égypte

Galerie Atiss, Dakar Sénégal

Les Fabulistes,

Fin d’hivernage,

Galerie le Manège, Dakar, Sénégal

Galerie Arte, Dakar, Sénégal

The View from Here -

Symbiose: Sénégal / Coréee,

Contemporary Perspectives on Senegal,

Galerie Nationale, Dakar, Sénégal

Kent State University,

Galerie Arte, Saint Louis, Sénégal

Ohio, États-Unis

Indépendance,

2018

Galerie Nationale, Dakar, Sénégal

The View from Here Contemporary Perspectives on Senegal,

2016

Wright Museum of Art,

OFF 12e édition de la Biennale

Wisconsin, États-Unis

de Dakar, Sénégal

OFF de la 13e Biennale de Dakar,

Le Salon des Jungles Urbaines,

Galerie Atiss, Dakar, Sénégal

Atelier Céramiques Almadies,

The View from Here -

Dakar, Sénégal

Contemporary Perspectives on Senegal,

Galerie Nationale, Dakar, Sénégal

Waru studio, Dakar, Sénégal

Exposition collective à l’occasion

BIND Images Contemporaines,

de la Donation Barbier

OFF de la Biennnale de Dakar,

à la Collection Eiffage,

Dakar, Sénégal

Dakar, Sénégal

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Expositions personnelles / Selected Solo Exhibitions

2020 Paraboles d’un règne sauvage, Galerie Cécile Fakhoury, Abidjan, Côte d’Ivoire

Résidences / Residencies

2019 Residence de création, Konstepidemin, Göteborg, Suède 2018 Fondation Blachère, Apt, France

Prix / Awards

2016 Lauréat du Marathon Eiffage, Dakar, Sénégal

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Ce catalogue accompagne l’exposition Paraboles d'un règne sauvage de Serigne Ibrahima Dieye à la Galerie Cécile Fakhoury à Abidjan, du 14 mars au 13 juin 2020.

Coordination éditoriale Suzanne Vogel Textes D’UN INEXTRICABLE CHAOS NAÎT L’HISTOIRE

Delphine Lopez (p.7 à 14), Traduction : Suzanne Vogel (p.12 à 14) LES COULEURS DE LA DOULEUR

Hamidou Anne (p.15 à 32), Traduction : Stephen Kells (p.26 à 32) SANS TITRE

Sylvain Sankalé Traduction : Suzanne Vogel (p.36 à 39) Photographies des œuvres et vues d'exposition : Issam Zejly (p.4 à 85), portrait de l'artiste par Antoine Tempé (page 87) Design Elfie Barreau

Catalogue © Galerie Cécile Fakhoury, 2020 Œuvres © Serigne Ibrahima Dieye, 2020 Texte © Delphine Lopez, 2020 Texte © Hamidou Anne, 2020 Texte © Sylvain Sankalé, 2020

ISBN 978-2-9542653-1-5

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Galerie Cécile Fakhoury - Abidjan Boulevard Latrille, entre le Carrefour de la Vie et le Carrefour de la RTI, entre la Sodemi et l’Immeuble Carbone 06 BP 6499 Abidjan 06 - Côte d’Ivoire Tel: +225 22 44 66 77 galerie@cecilefakhoury.com www.cecilefakhoury.com




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