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Ouattara Watts Before Looking at this Work, Listen to It


Ouattara Watts Before Looking at this Work, Listen to It

Abidjan 2018


”La fonction de l’artiste, c’est de rendre le spirituel réel pour qu’il puisse être possédé.” ”The function of the artist is to make actual the spiritual so that it is there to be possessed.”

ROBERT MOTHERWELL, “THE MODERN PAINTER’S WORLD“ 1944

”Il n'est pas peintre, Ouattara est un architecte noir. Le bâtisseur de la ville du 21ème siècle. Une ville d'union, d'association, pas de division, voilà ce que l'on trouve dans la structure de ses peintures, et pour cause. Absence de dualité, forces concomitantes qui agissent, interagissent avec nous, une construction dans laquelle la déconstruction prend part (voir le fond des toiles de Ouattara qui évoque un univers de chaos autant que d'énergie). Pour que nous prenions conscience que nous faisons partie de tout cela.”

“He is not a painter, Ouattara is a black architect. The builder of the city of the 21st century, a city of reunion, of association, and not of division, is what one finds in the very structure of his paintings, for a reason. Not a duality, concurrent forces which interact and which interact with us, a construction to which deconstruction participates (see the background of canvases of Ouattara which evoke a universe of chaos but also of energy). To become aware that we take part in this all.“

ROBERT FARRIS THOMPSON

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OUATTARA : MAÎTRE DU FEU Gaya GOLDCYMER Octobre 2018

À l’instar de la peinture, l’écriture est une traversée qui transcende les frontières et les territoires, les cultures et les savoirs, les sagesses et les sentiments.

reprendre le lieu et que la musique y était furieusement salsa, caraïbe et africaine. Comment oublier ces samedis et dimanches, quand 600 personnes entassées dans ce petit espace par 40 degrés, dansaient, riaient, dansaient encore, encore et encore. Avec le rythme, toujours !

Autour du travail de Ouattara, ce texte s’origine dans l’imprévisible et l’inattendu de la rencontre, dans des pensées et des émotions, des images, des tracés et des lignes sinueuses.

Je me souviens aussi du squat de la rue des Panoyaux, dans le quartier populaire de Ménilmontant, dans un ancien atelier d’artisans, aux planchers et aux escaliers branlants et à la cheminée extérieure haute et faite de briques.

Un texte donc en double avancée, à l’image de notre vie, à l’image de nos parcours : celui de la critique, le mien, et celui de Ouattara, le peintre. Alors, doucement, en pensant à nos parcours, je me laisse porter par mes images, je laisse mon esprit flotter et de nombreux flashbacks me reviennent comme autant d’impressions fluides et de feelings ondoyants dans la mémoire, forcément partielle autant que partiale.

Là, dans le squat des Panoyaux, véritable plaque tournante de quelques jeunes critiques mais surtout de jeunes artistes émergeants, le futur se dessinait sans que nous le sachions vraiment. Ce futur, nous le vivions déjà, intensément, au présent, porteurs de nos aspirations, sans calcul ni anticipation.

Aussitôt, je me souviens de nos dérives et de nos déambulations, de nos flâneries à travers Paris, les nuits d’été quand on se balade en bandes d’amis et que l’air est si doux.

Avec un réel désir, une rage et une soif de création et d’expérimentations sensibles et théoriques, nous mettions déjà en marche et en chantier ce qui allait advenir pour nous permettre l’ancrage dans nos projets rêvés encore à venir.

Je me souviens des soirées jusqu’au matin, au Tango, rue aux Maires, quand Serge Kruger venait de

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des jaunes ocres aux nuances de soufre mais aussi des bleus tendres et des bleus cobalt, des bleus outremer et des bleus indigos et toujours, des bleus dogon.

Cet ancrage qui allait nous permettre aussi des rencontres dont certaines seront déterminantes et orienteront nos histoires, nos récits, nos itinéraires… Des rencontres, comme celle de Ouattara avec Basquiat, ce qui changera le cours de sa vie.

Sans oublier la couleur noire, si énigmatique, celle qui contient toutes les autres … ou qui n’en contient aucune … Cette couleur qui obsède tous les peintres de Goya à Malevitch, d’Ad Reinhardt à Soulages et dont Leonardo da Vinci affirme qu’elle n’existe pas avant de se rétracter pour dire que c’est le blanc qui n’existe pas ou, à l’inverse, Matisse qui, lui, affirme que le noir est une couleur.

En souriant, je me souviens de mes visites dans l’atelier de Ouatt, le premier, au croisement des boulevards Saint-Germain, Raspail et de la rue de Grenelle là où je montais les escaliers un peu abrupts pour, enfin, arriver dans l’espace de création, un peu plus grand qu’une chambre de bonne, sous les toits de Paris. Mais là, par-delà la dimension réduite du lieu, une autre dimension s’imposait à moi, un autre espace se dessinait, se déployait, prenait corps devant mes yeux: celui d’un jeune artiste que je ressentais comme déjà intensément peintre.

Cette couleur que Ouattara travaillait déjà avec la même délectation qu’aujourd’hui : des noirs anthracite, des noirs réglisse, des noirs bleus comme la peau noire bleue des Dravidiens du sud de l’Inde, originaires d’Afrique où cette tonalité est un critère de beauté.

Je voyais que, petit à petit, lentement, Ouatt avançait dans une double temporalité, celle, ardente, de son désir pour la peinture, et celle plus zen et déterminée de sa production et de sa pensée. Il avançait et jour après jour, il faisait apparaître des mondes premiers, des formes essentielles et des couleurs originelles.

Avec méthode et obstination, Ouattara posait les bases d’une symphonie chromatique parfois violente mais pourtant maîtrisée et comme intensifiée par le geste radical de l’artiste. Une symphonie basée sur l’alliance des couleurs de la Terre à celles d’une palette éclatante mais en douceur.

Émerveillée, j’assistais à ce déroulement et je voyais surgir des variations chromatiques, des bruns rouges sombres ou éclatants, des rouilles et des terracottas rosées, des orangés, tangerine, sable ou cuivre,

Créant ainsi une harmonie - son harmonie - Ouattara s’engageait également dans la fabrication d’un abécédaire de formes et de signes

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juste nos parcours, Ouattara venu à Paris en provenance d’Abidjan, était étudiant à l’école des Beaux-Arts et moi je démarrais ma collaboration avec Art Press International et nous avions envie de dévorer le monde.

fabriqués en associant des systèmes premiers de représentation à ceux qu’il expérimentera plus tard : en reliant l’Afrique à l’Europe et au reste du monde. Des figures géométriques et des myriades de symboles qui, hier comme aujourd’hui, rythment et parcourent la surface de la toile. Des formes biomorphes, souples et flexibles, basées sur l’ellipse, la spirale, la courbe, des formes organiques végétales et animales, des serpentines ondulantes mais aussi parfois, des formes nettes et coupantes : triangles, atomes ou structures polyèdres.

Je me souviens de l’organisation de cette expo, de l’exaltation éprouvée grâce à cette Carte Blanche que Georges Lavrov m’avait donnée et combien le galeriste se réjouissait d’avoir dans son espace des jeunes émergeants, critique et artistes. Lucilla Catania, Laurent Baude, Max Reithman, Jérôme Basserode et quelques autres formaient cette première exposition de groupe, première exposition de Ouattara dans une galerie. Nous étions ravis car nous avions réussi à avoir quelques collectionneurs, quelques articles et même, une interview sur AfricaNumber 1.

Des figures symboliques issues de systèmes de signes idéographiques jouant avec des constituants majeurs désignés par l’Occident comme animisme, fétichisme, immanence, shamanisme qui puisent tous dans un temps premier de l’humanité. Systèmes combinant la tradition orale, parole et rythme, à des représentations imagées auxquelles il faut ajouter le marquage par la lettre, le chiffre, le nombre, omniprésents … Alors, confrontée à de tels surgissements, comment résister ? Comment ne pas être interpellée et comment ne pas chercher à faire coïncider mon intérêt émerveillé au désir de montrer ce travail : cet univers.

Et puis, en 1988, je me souviens d’une journée où Ouatt me dit je vais passer au vernissage chez Yvon Lambert, pour voir l’exposition de Jean-Michel Basquiat. Tu viens avec moi ? Je n’ai pu y aller ce jour-là mais Ouattara y est allé et ce moment, que personne ne pouvait anticiper, va être le jour d’un bouleversement d’itinéraire. Un bouleversement irréversible qui va accélérer le temps, les émotions et la production : sa rencontre avec Basquiat.

D’où l’exposition que j’ai organisée à la galerie Georges Lavrov, rue Beaubourg, juste à côté de Daniel Templon. Nous démarrions tout

Pour Ouattara, ce sera le deuxième changement significatif de vie, d’environnement humain, de paysages, d’échelle et, surtout, chan-

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dans la numération abjad fusionnant avec les signes de l’écriture indienne nagari. Numération abjad très proche de la Guématria hébraïque : là où les mondes se rejoignent !

gement de langue. Les apprentissages seront multiples et intenses et, une fois encore, la rencontre avec the Radiant Child va ouvrir à d’autres rencontres qui structurent encore aujourd’hui les axes de vie de Ouattara. D’Abidjan à Paris puis de Paris à New-York.

Magie du chiffre et du nombre qui permet de créer des combinatoires infinies et des symboliques qui traversent toute l’humanité dans sa diversité et que nous expérimentons en même temps que Ouattara, grâce aux vecteurs uniques que sont les toiles de l’artiste.

Aujourd’hui, de retour à Abidjan dans la continuité de sa production, une nouvelle phase s’ouvre, un nouveau cycle est enclenché. Ici, le travail de l’artiste prend toute son ampleur et acquiert toute sa plénitude. Avec cette exposition ivoirienne, une nouvelle traversée a lieu, une traversée spatio-temporelle qui réactive une connexion avec le continent africain qui ne s’est jamais interrompue mais qui s’intensifie et (re)trouve tout son sens : tous ses sens.

En corps à corps, avec la peinture, toujours avec la musique dans l’oreille ou dans la tête, Ouattara peint. Il peint et rythme son geste comme le compositeur et le musicien rythment leurs cadences. Et, dans l’arène qu’est la toile, il s’affronte à l’énigme de la peinture, il l’affronte avec obstination, avec insistance, avec douleur mais aussi avec délectation.

Dans ses grands formats, Ouattara se connecte à sa mémoire ancestrale, il utilise ses propres abécédaires, ceux qu’il s’est créé mais aussi de multiples signes, des figures et des pictogrammes qu’il puise dans la graphie africaine. Des systèmes de représentations, des images du monde qui transcrivent les traditions orales aussi fortes que les traditions écrites.

Dans ce corps à corps - le corps du peintre / le corps de la peinture - il applique la peinture, il la pose, il la projette avec toutes sortes d’outils : ceux que l’on achète, ceux qu’il crée et l’outil premier : la main. Les toiles de Ouattara se déroulent comme d’immenses parchemins où se dessinent des images, elles se déchiffrent comme d’immenses partitions où sont écrits des silences, des quarts de silences, des pauses, des triples et des quadruples croches. Autant de signes qui sont autant de sons. C’est ce lien que l’on expéri-

Et toujours, le chiffre, le nombre qui accompagnent ces tracés, comme en écho à la Suite Fibonacci des igloos de Mario Merz… Fibonacci, ce mathématicien de génie du 12ème siècle, qui va s’intéresser au chiffre et à la lettre. La lettre qui, par exemple, devient chiffre

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Ouattara trace des motifs et des figures en lien direct avec le Cosmos.

mente quand on est face aux toiles de Ouattara : le lien indéfectible entre l’image et le son, entre la figure et le rythme, entre le graphème et la couleur.

Dans ses toiles, il matérialise une vision du monde qui abolit les catégories, les frontières et les démarcations et qui matérialise une manière d’être au monde qui connecte le Particulier à l’Universel. Lentement, dans un geste sans cesse répété, Ouattara déroule ce fil rouge qui guide et oriente toute sa production : ce fil qui tresse ensemble des traditions ancestrales et des traditions modernes et contemporaines.

Ses toiles sont sonores, elles font du bruit, elles génèrent des rythmes mais elles produisent aussi le silence, la contemplation, la méditation. Comme le font les musiciens que le peintre écoute : Thelonius Monk, Duke Ellington, Charly Parker, John Coltrane et le dernier album d’Alpha Blondy, Oté-Fê : Human Race. Dans l’atelier, une magie s’opère, une magie qui fait apparaître des cosmogonies racontant la formation de l’Univers, des cosmogonies qui traversent et relient les espaces et les récits Dogon et Bambara, Sénoufo et Baoulé, Nuba et Fan.

Ainsi dans l’espace du tableau se déploie ce lien si particulier qui permet au peintre d’établir des passerelles de Braque à Breton, de Wilfredo Lam à Modigliani, de Jean Arp à Paul Klee. Ce faisant, il nous laisse à nous, regardeurs, la mission de décrypter tous ces signes, toutes ces traces dont il constelle ses toiles comme un véritable jeu de pistes parsemé de petits cailloux.

Ainsi, dans l’atelier, Ouattara fait apparaître des formes premières, celles des êtres et des esprits, et relie entre eux tous les mondes africains, tous les récits mythologiques et toutes les croyances qui fusionnent pour rendre visible la présence de l’Existence universelle.

Tel Shango le maître du feu, Ouattara forge des totems et des masques qui voilent et dévoilent, il passe de la statuaire africaine à l’à-plat du tableau, compose des polyphonies de tonalités sonores et colorées et fait surgir les esprits des mondes anciens et des mondes modernes.

En lien avec la spiritualité du monde, comme Joseph Beuys et ses totems et talismans, comme Mark Rothko et ses blocs de couleurs en lévitation ou ses portes ouvertes sur un autre monde, comme Barnett Newman et son zip marquant son rapport à la transcendance, au sublime et au feu incandescent de la Torah orale,

Par ses alliances, ses variations, ses explosions de couleurs, de symboles, de pictogrammes, de figures et de sonorités, le peintre, véritable

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passeur, connecte des univers hétérogènes pour mieux en marquer la dimension universelle.

I let my mind float and many flashbacks come back to me in memory as so many fluid impressions and wavering feelings, inevitably partial as well as fractional.

Comme en écho à Barnett Newman affirmant The Sublime is now, dans tous ses grands formats, Ouattara fusionne les contraires, organise l’équilibre des extrêmes, harmonise le chaos du monde.

Immediately, I remember our drifts and our strolls, our rambles through Paris, the summer nights walking in groups of friends when the air is so sweet.

Et affirme l’unité cosmique.

I remember the parties until the morning, at the Tango, rue aux Maires, when Serge Kruger had just taken over the place and that the music was furiously salsa, Caribbean and African. How to forget these Saturdays and Sundays, when 600 people crammed into this small space with 40 degrees, danced, laughed, danced again, again and again. With rhythm, always !

OUATTARA : MASTER OF FIRE Gaya GOLDCYMER October 2018 Translation : Jonathan Taïeb

I also remember the squat rue des Panoyaux, in the working class district of Ménilmontant, in a former craftsmen’s workshop, with its rickety floors and staircases, and the high, brick exterior chimney.

In the manner of painting, writing is a journey that transcends frontiers and territories, cultures and knowledge, wisdom and feelings.

Right there in the Panoyaux squat, real hub of young critics but especially emerging young artists, the future was taking shape without us really knowing it. This future, we were already living it, intensely, in the present, carriers of our aspirations, without calculation nor anticipation.

Around the work of Ouattara, this text originates in the unpredictability and unexpectedness of the meeting, in thoughts and emotions, images, traces and sinuous lines. A text thus in double progress, in the image of our life, in the image of our journeys : that of the critic, mine, and that of Ouattara, the painter.

With a real desire, a rage and a thirst for creation and sensitive and theoretical experiments, we were already starting and working on what would

So, slowly, thinking about our journeys, I let myself be carried by my images,

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with sulfur but also tender blue and cobalt blue, overseas blue and indigo blue and always, dogon blue.

happen to allow us to anchor our dream projects still to come. This anchorage that would also allow us meetings, some of which will be decisive and guide our stories, our tales, our routes … Meetings, like the one of Ouattara with Basquiat, which will change the course of his life.

Not forgetting the black colour, so enigmatic, the one that contains all the others … or the one that does not contain any … This colour which obsesses all the painters from Goya to Malevitch, from Ad Reinhardt to Soulages and of which Leonardo da Vinci affirms that it does not exist before retracting himself to say that it is white which does not exist or, conversely, Matisse which affirms that black is a colour.

Smiling, I remember my visits to Ouatt’s studio, the first one, at the crossroads of Saint-Germain, Raspail boulevards and rue de Grenelle where I climbed the steep stairs to arrive, finally, in a space of creation, a little bigger than a maid’s room, under the roofs of Paris.

This colour that Ouattara already worked with the same delectation as today : anthracite blacks, liquorice blacks, blue blacks like the blue black skin of the Dravidians of southern India coming from Africa where this tone is a criterion of beauty.

But right there, beyond the reduced size of the place, another dimension imposed itself upon me, another space of drawing, unfolding, taking shape before my eyes : that of a young artist whom I felt as already intensely painter.

With method and obstinacy, Ouattara laid the foundations for a chromatic symphony violent sometimes but yet mastered and intensified by the radical gesture of the artist. A symphony based on the alliance of the colours of the Earth to that of a brilliant palette but in sweetness.

I saw that, little by little, slowly, Ouatt was moving forward in a double temporality, one ardent of his desire for painting, and another one more zen and determined, of his production and his thought. He moved forward and day after day, he made appear primary worlds, essential forms and original colours.

Thus creating a harmony - his harmony - Ouattara also engaged in the fabrication of an alphabet of forms and signs created by associating primary systems of representation to those that he will experiment later on : by connecting Africa to Europe and to the rest of the world.

Marveled, I witnessed this unfolding and I saw the emergence of chromatic variations, dark reds or bright browns, rust and pink terracotta, orange, tangerine, sand or copper, yellow ochres

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Lavrov had given me and how much the gallery owner was delighted to have in his space young emerging critic and artists. Lucilla Catania, Laurent Baude, Max Reithman, Jérôme Basserode and others formed this first group exhibition, first exhibition of Ouattara in a gallery. We were delighted because we managed to have a few collectors, a few articles and even an interview on AfricaNumber 1.

Geometric figures and myriads of symbols that, yesterday as today, punctuates and roams the surface of the canvas. Biomorphic forms, supple and flexible, based on the ellipse, the spiral, the curve, vegetable and animal organic forms, undulating serpentines but also sometimes, clear and sharp forms : triangles, atoms or polyhedral structures. Sy m b o l i c f i g u re s f rom systems of ideographic signs playing with major constituents designated by the West as animism, fetishism, immanence, shamanism which all draw in an initial time of humanity. Systems combining oral tradition, word and rhythm, pictorial representations to which must be added the marking by the letter, the number, the digit, omnipresent …

And then, in 1988, I remember a day when Ouatt told me I will go to the vernissage at Yvon Lambert to see the exhibition of Jean-Michel Basquiat ; You want to come with me ? I could not go that day but Ouat tara went there and that moment, which no one could anticipate, will be the day of a disruption of itinerary. An irreversible upheaval that will accelerate time, emotions and production : his meeting with Basquiat.

So, confronted to such upsurges, how to resist ? How not to be challenged and how not to try to match my captivated interest with the desire to showcase this work : this universe. Hence the exhibition I organised at Georges Lavrov Gallery, rue Beaubourg, next to Daniel Templon. We were just beginning our routes, Ouattara had come to Paris from Abidjan, was a student at the Beaux-Arts and I was starting my collaboration with Art Press International and we wanted to devour the world.

For Ouattara, it will be the second significant change in life, human environment, landscapes, scale and, above all, change of language. Learning will be multiple and intense and, once again, the meeting with the Radiant Child will open to other encounters, which still structure today the axes of life of Ouattara. From Abidjan to Paris and from Paris to New York.

I remember the organisation of this exhibition, the exaltation felt thanks to this Carte Blanche that Georges

Today, back in Abidjan in the continuity of his production, a new phase opens, a new cycle is set in motion.

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Body to body, with the painting, always with music in the ear or in the head, Ouattara paints. He paints and paces his gesture as the composer and the musician punctuate their cadences. And, in the arena that is the canvas, he clashes with the enigma of painting, he confronts it with obstinacy, with insistence, with pain but also with delight.

Here, the work of the artist takes all its magnitude and acquires all its fullness. With this Ivorian exhibition, a new crossing takes place, a spatio-temporal crossing that reactivates a connection with the African continent that has never stopped but is intensified and (re)discovers all its meanings : all its senses. In his large formats, Ouattara connects himself with his ancestral memory, he uses his own alphabets, those he has created but also multiple signs, figures and pictograms that he draws from African graphics. Systems of representations, images of the world that transcribe oral traditions as strong as written traditions.

In this tussle - the body of the painter / the body of the painting - he applies painting, he puts it down, he projects it with all kinds of tools: the ones we buy, the ones he creates and the primary tool : the hand. The paintings of Ouattara unfold like immense parchments where images are drawn, they are read like immense partitions where are written silences, quarters of silences, pauses, triples and quadruple quavers. As many signs that are as many sounds. It is this link that one experiments when one is faced with the paintings of Ouattara : the unwavering link between image and sound, between figure and rhythm, between grapheme and colour.

And always, the number, the figure that accompany these lines, as an echo to the Fibonacci Suite of Mario Merz’s igloos … Fibonacci, this genius mathematician of the 12th century, who will be interested in the number and the letter. The letter that, for example, becomes a number in the Abjad numeral merging with the signs of nagari Indian writing. Abjad numeration that is very close to the Hebrew Gematria : where the worlds meet !

His paintings are sonorous, they make noise, they generate rhythms but th ey als o pro duce s ilen ce, contemplation, meditation. As do the musicians that the painter listens to : Thelonius Monk, Duke Ellington, Charly Parker, John Coltrane and the latest Alpha Blondy album, Oté-Fê : Human Race.

Magic of the number and the figure which makes it possible to create infinite combinations and symbols which cross all of humanity in its diversity and that Ouattara makes us experiment thanks to the unique vectors that are the canvases of the artist.

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In the studio, magic takes place, a magic that reveals cosmogonies telling the formation of the Universe, cosmogonies that cross and connect the spaces and stories of Dogon and Bambara, Senufo and Baule, Nuba and Fan.

Thus in the painting’s space unfolds

Thus, in the studio, Ouattara brings out primary forms, those of beings and minds, and links together all the African worlds, all the mythological stories and all the beliefs that merge to render visible the presence of the Universal Existence.

these signs, all these traces which

this particular link which allows the painter to establish bridges from Braque to Breton, from Wilfredo Lam to Modigliani, from Jean Arp to Paul Klee. In doing so, he leaves us, viewers, the task of decrypting all he spangles his paintings with, like a real treasure game scattered with small pebbles. Like Shango the master of the fire, Ouattara forges totems and masks that veil and unveil, he passes from

In connection with the spirituality of the world, like Joseph Beuys and his totems and talismans, like Mark Rothko and his levitating blocks of colours or his open doors to another world, like Barnett Newman and his zip marking his relationship to transcendence, to the Sublime and the incandescent fire of the oral Torah, Ouattara draws motifs and figures directly related to the Cosmos.

the African statuary to the flatness of the painting, composes polyphonies of sonorous and coloured tones and brings out the spirits of the old and modern worlds. Through his alliances, his variations, his explosions of colours, symbols, pictograms, figures and sounds, the painter, a real go-between, connects heterogeneous universes to better

In his paintings, he materialises a vision of the world that abolishes categories, boundaries and demarcations and that materialises a way of being to the world that connects the Individual to the Universal. Slowly, in a gesture c o n s ta nt l y re p e a te d, Ouat tara u n ro l l s t h e t h re a d t h a t g u i d e s and directs all his production: this thread that braids together ancestral traditions and modern and contemporary traditions.

mark the universal dimension. As an echo to Barnet t Newman affirming The Sublime is now, in all his large formats, Ouattara merges the opposites, organises the balance of extremes, harmonises the chaos of the world. And aďŹƒrms the cosmic unity.

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… SHANGO … WORLD SPIRIT, WORDL…SEGRET, WORLD GINDO … SHANGO… GRECE, HERODOTE, NOK, IFE … NEGRITUDE … SHANGO SPIRIT …ASTONISHMENT … DEMOISELLES D’AVIGNON … DERAIN, BAMBARA,BRAQUE, MATISSE, MALRAUX … LOBI … KIRCHNER … NEW ORLEANS BLUES … PICASSO, ZULU … SHANGO SPIRIT … SHANGO … COSMIC COMMUNION … BAMBARA, APOLLINAIRE, SENOUFO, DADA, ARP, TZARA … THELONIUS MONK … SHANGO SPIRIT … SHANGO … BRETON, HANNAH HOCH … GREBO … MICHEL LEIRIS … JOSEPHINE BAKER … FAN … MODIGLIANI, BRANCUSI … R. FARRIS THOMPSON … … DUKE ELLINGTON … JAZZ … SHANGO … SHANGO SPIRIT … COSMIC COMMUNION … BEUYS, MAN RAY, DUCHAMP … WILFREDO LAM … JOHN COLTRANE … AFRO-BLUES … DOGON, EMIL NOLDE … SHANGO… SHANGO … CHARLIE MINGUS … BAOULE, NUBA … MAX ERNST … PAUL KLEE … VLAMICK … AFRICA MAGIC SHANGO SPIRIT … SHANGO … WORLD SPIRIT, WORDL…SEGRET, WORLD GINDO … SHANGO… GRECE, HERODOTE, NOK, IFE … NEGRITUDE … SHANGO SPIRIT … ASTONISHMENT … DEMOISELLES D’AVIGNON … DERAIN, BAMBARA, BRAQUE, MATISSE, MALRAUX… LOBI … KIRCHNER … NEW ORLEANS BLUES … PICASSO, ZULU … SHANGO SPIRIT … SHANGO … COSMIC COMMUNION … BAMBARA, APOLLINAIRE, SENOUFO, DADA, ARP, TZARA … THELONUIS MONK … SHANGO SPIRIT … SHANGO … BRETON, HANNAH HOCH … GREBO … MICHEL LEIRIS … JOSEPHINE BAKER … FAN … MODIGLIANI, BRANCUSI … R. FARRIS THOMPSON … … DUKE ELLINGTON … JAZZ … SHANGO … SHANGO SPIRIT … COSMIC COMMUNION … BEUYS, MAN RAY, DUCHAMP … WILFREDO LAM … JOHN COLTRANE … AFRO-BLUES … DOGON, EMIL NOLDE … SHANGO… SHANGO … CHARLIE MINGUS … BAOULE, NUBA … MAX ERNST … PAUL KLEE … VLAMICK … AFRICA MAGIC SHANGO SPIRIT … SHANGO … WORLD SPIRIT WORLD…SEGRET, WORLD GINDO … SHANGO… GRECE, HERODOTE, NOK, IFE … NEGRITUDE … SHANGO SPIRIT …ASTONISHMENT … DEMOISELLES D’AVIGNON … DERAIN, BAMBARA, BRAQUE, MATISSE, MALRAUX … LOBI … KIRCHNER … NEW ORLEANS BLUES … PICASSO, ZULU … SHANGO SPIRIT … SHANGO … COSMIC COMMUNION …BAMBARA,APOLLINAIRE,SENOUFO,DADA,ARP, TZARA … THELONIUS MONK … SHANGO SPIRIT … SHANGO … BRETON, HANNAH HOCH … GREBO… MICHEL LEIRIS … JOSEPHINE BAKER … FAN … MODIGLIANI,


CE QUE LA PEINTURE ENTEND DE LA MUSIQUE Conversation Avec Ouattara Watts Hafida Jemni L’œuvre du peintre Ouattara Watts se déploie en musique. Que saisit-elle de la musique ? La restitue-t-elle avec phrasé, motif, silence, rythme ? Qu’en est-il du geste ? Du rapport entre ses œuvres ? À différents niveaux, comment Watts Ouattara opère-t-il en temps réel ?

Hafida Jemni : Quels sont les peintres ou les formes d’art que vous aimez ? Ouattara Watts : Plusieurs naturellement, et d’abord les Arts premiers, qui me lient à mes ancêtres, puis ceux qui abordent l’universel, comme Goya, Pollock, et particulièrement Rothko qui touche l’omniscient, il désenveloppe la vie, la mort, place l’homme devant la réalité la plus profonde. Hafida Jemni : Vos œuvres ont-t-elles des titres ? Si oui, peut-on parler d’un « indice, aidant à deviner le caractère de l’œuvre » ? Ouattara Watts : Des titres, oui, mais pas forcément porteurs d’un sens matériel prédéfini. Hafida Jemni : Vous peignez en écoutant de la musique. Votre choix se porte-t-il sur une musique particulière ou est-ce toujours la même quelque soit la peinture ? Ouattara Watts : J’écoute de la musique pour peindre, ma curiosité me conduit à toute sorte de musique. Des improvisations de jazz et en premier John Coltrane, l’un des artistes les plus talentueux de sa génération. Il a toujours cherché à se dépasser sur tous les plans : techniques, en explorant de nouveaux modes d’expression, cherchant de nouvelles sonorités, de nouveaux timbres et de nouvelles façons d’étendre la dynamique du saxophone ; une valeur stylistique unique, plaçant sa musique comme une quête spirituelle.

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Ouattara Watts dans son atelier situÊ dans un quartier industriel de Brooklyn, 2012 Ouattara Watts in his studio located in an industrial part of Brooklyn, 2012 Š Ruediger Glatz

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Miles Davis, trompettiste, jazzman inventif de tous les temps et qui dessinait et peignait. « La musique est une peinture que l’on peut entendre, et la peinture est une musique que l’on peut voir » disait-il ! D’ailleurs John Coltrane et Miles Davis ont collaboré ensemble pendant cinq années, constituant une véritable alchimie créative. Ensuite, je dirais Fela Kuti, artiste engagé et homme total, chanteur, compositeur, chef d’orchestre et homme politique nigérian. Et aussi Sun Ra pour sa philosophie cosmique, sa spiritualité et la dimension mystique de son travail. J’écoute également les chants polyphoniques des Pygmées, traversée émouvante véhiculant avec conviction les différents sentiments, les moments graves ou sérieux, tristes ou gais, moments de réjouissance, moments d’intense labeur. Une pratique commune, transmise de génération en génération qui souligne par le chant les principaux éléments d’une vie. La polyphonie est complexe, elle ressemble à des entrelacs de voix qui se croisent, se superposent sur un tempo donné, créant une structure où chaque ligne mélodique peut se développer indépendamment des autres. L’ensemble est construit sur les répétitions, sans cesse variées et enrichies, d’un même motif de base. Visuellement, le peintre y trouve là une énergie remarquable ! Mon écoute des rythmes, la vocalise proche de la méditation, me permettent de m’emparer d’un son, de le cristalliser par la répétition et ce jusqu’au décollement avec une mise en suspension. La musique méditative trace des lignes et des mouvements concentriques, comme celles des danseurs soufis, une ritournelle sonore, et une rengaine cinétique perpétuelle … Dans son ouvrage Le Cru et le Cuit, Claude Lévi-Strauss développe le paradigme selon lequel l’écoute de la musique s’opère au moyen de deux grilles : l’une est physiologique, donc universelle, et exploite des rythmes organiques. L’autre grille est culturelle, elle se situe au niveau d’une échelle de sons musicaux dont le nombre et les écarts varient selon les cultures. « L’émotion musicale, dit-il, provient de ce que, à chaque instant, le compositeur retire ou ajoute plus ou moins que l’auditeur ne prévoit sur la foi d’un projet qu’il croit deviner, mais qu’il est incapable de percer véritablement en raison de son assujettissement à une double périodicité celle de sa cage thoracique, qui relève de sa nature individuelle, et celle de la gamme, qui relève de son éducation. Que le compositeur retire davantage, et nous éprouvons une délicieuse impression de chute, nous nous sentons arrachés d’un point stable du solfège et précipités dans le vide, mais seulement parce que le support qui va nous être offert n’était pas à la place attendue. ». H. J.: Alors, la peinture s’appuie sur un médium musical pour être créée ? O. Watts : Oui, si on la considère comme un motif parlé d’une peinture, servant à amener des formes, des rythmes dont il motive le caractère et l’expression.

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Hafida Jemni : L’impact de la musique est-il immédiat sur la peinture ? Ouattara Watts : L’état attendu ou perçu s’apparente à celui d’une vacance, une disponibilité plurielle, et émotion génératrice à impact multiple : son impact sur le rythme, les séquences gestuelles, de formes, de couleurs … En somme, la musique est la combinaison de sons expressifs soutenant dans la durée une émotion émergente ou suspendue par le silence même qu’elle induit ailleurs, par le bruit qu’elle engendre simultanément ailleurs et c’est à cet endroit que naît l’écho de la force porteuse de l’incarnation du trait, de la forme, de la couleur et du sens ! Son exécution est à la fois liée à notre histoire, nos coutumes, nos habitudes, nos connaissances musicales, nos modes d’éducation, aux circonstances, etc. Ainsi, pour certains, le « chant » du vent est un chant mélodieux, berçant, apaisant, et pour d’autres, ce n’est qu’un bruit. La musique fait corps avec la peinture exécutant la figuration de l’accord instrumental. Cette métaphore du rapport amoureux s’accompagne d’un « jeu » musical prenant une véritable forme plastique. Hafida Jemni : L’interaction entre écoute musicale et production de contenus visuels peints s’apparente-elle, dans sa forme, au même rapport textuel et musical, étroit pour le coup, d’une chanson ou d'un opéra ? Ouattara Watts : Oui et non ! En somme, à l’écoute de la musique des Pygmées, le rythme me (dé)place dans un référentiel créatif. Autrement dit, cette musique avec sa sonorité fait taire en moi les bruits. Des bruits de fond qui déjouent, étouffent une écoute entière des fréquences créatives, qui brouillent les pistes pour empêcher toute tentative de s’affranchir de la vigilance de ce « moi » gardien. C’est alors qu’advient le silence pour rendre apte à créer. Ce même espace « silence », vers une écoute créative, se traduit en deux temps physiques. L’écoute, puis l’évasion, le déplacement, l’arrivée dans un autre territoire, cosmique, où le peintre est alors en suspension, déconnecté des contraintes matérielles, permettant cette évasion vers l’espace rendu vacant créé pour une énergie libératrice de l’imaginaire ; de telle sorte que l’on est dans un état de transe porté par le rythme : une transe coté spirituel. En fait, la base de mon travail repose sur la spiritualité, la méditation portée par une musique en tant que moteur pour peindre. De telle sorte que j’écoute des rythmes en boucle, une écoute programmée, dématérialisée, pendant un laps de temps plus ou moins long, comme une traversée d’une rive à l’autre. La rive de l’éveil des sens et de la conscience pour être créateur et non pas spectateur. L’expression créative est un processus d’affirmation de l’individualité au-delà du langage verbal. Elle permet d’accéder à des sentiments et à des émotions refoulés. Hafida Jemni : Musique comme moteur pour peindre. Comment se répand l’énergie sur la toile ?

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Ouattara Watts : Le geste du peintre : grande importance du geste. D’abord la musique induit une concentration intense, le corps du peintre s’engage dans la peinture. Au regard des peintures, des sons surgissent en fonction du phrasé des formes et des couleurs, de la présence du silence, du vide … Une analogie des séquences que l’on retrouve sur la toile, tel un portrait. Il peut s’agir aussi de la réalisation de figures libres, car l’artiste est libéré des tensions et la musique agit de manière à libérer les tensions auxquelles l’artiste est soumis pour le laisser vacant et le remplir d’énergie créatrice. Dans ce cas, la musique, l’artiste s’en sert comme moyen pour atteindre un état déconnecté. Pour moi, la musique c’est comme le soleil, elle est lumière et énergie. Elle met les récepteurs à vif. Hafida Jemni : Votre imprégnation musicale est-elle la même quand vous abordez tout type de médium : croquis, dessin ou peinture ? Ouattara Watts : Deux démarches autonomes, indépendantes, sont escomptées. La peinture est plus complexe, c’est un autre lieu, cérémonial, tridimensionnel, nécessitant un engagement physique important. Le dessin est plus intime, je dessine assis, avec une posture stable, les pieds sur terre. La peinture est délimitée dans un territoire où concourent des forces, des mouvements, de l’énergie. Sur la toile, la musique - l’accompagnatrice - est une spirale ; tout comme chez les Soufis l’homme dans le cosmos décrit des spirales ou ritournelles. La musique des hommes, dans le sens métaphorique, peut-être assimilée à un chaos, un tourbillon romanesque, poétique, par des voix silencieuses qui prennent des formes et des couleurs, et libération de pulsion. Le travail est à faire, car l’Afrique a beaucoup de chose à dire, rien n’a été dit ni entendu ! L’homme qui se veut engagé ne peut échapper à l’écoute du monde, et l’écoute du monde a pour conséquence de générer un calme apparent qui voile une entropie, un désordre social, politique … Hafida Jemni : Comment travaillez-vous vos toiles ? Ouattara Watts : Je les travaille par série. D’abord, les pigments et les couleurs c’est ma passion. Je fabrique moi-même mes propres instruments, mes brosses. J’ai inventé « le Bleu de Watt » (une sorte de potion magique !) découlant du bleu indigo. Je peins avec des brosses, des pinceaux, mais aussi beaucoup avec la main. J’aplanis avec mes deux mains nues, j’aime ce contact avec la matière, la peinture, et j’y vais avec mon corps, par des mouvements circulaires empruntés à l’architecture soudanaise du temps où l’argile mélangée avec du beurre de karité permettait à des maisons de tenir debout sur plusieurs générations. Je travaille avec des matières textiles (sacs de cacao, de café, etc.) que je rajoute à la surface pour accumuler des épaisseurs, superposer et créer du relief. Au niveau iconographique, elle est composite : on y voit de la peinture, du tissu, du

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bois, avec une intervention manuelle, cousu, collé. Une richesse en terme de composition et un engagement du geste et de l’intellect. Hafida Jemni : Qu’est-ce que « Entendre » veut dire pour vous ? Ouattara Watts : Entendre, c’est écouter dans la durée, comment ça vient, comment ça chante, et puis silence après silence. L’audition musicale est faite de souvenirs et désirs : elle opère une liaison entre un passé que je me remémore et subis, et un avenir que je crée et invente. Dans le principe d’écoute, on décèle la prévisibilité de l’écoute, l’illusion sonore, le phénomène d’émergence, les associations de pensées et, in fine, on écoute ce que l’on veut entendre. La musique est un langage abstrait et spécifique, que le compositeur met en œuvre avec plus ou moins de talent ou de génie, que l’interprète s’efforce d’exploiter au mieux pour traduire tout ce dont la partition est porteuse, et que l’auditeur enfin doit s’approprier pour apprécier tous les rebondissements du discours musical : nuances, couleurs, modulations, accents, contrastes, respirations, ruptures, etc. Hafida Jemni : Vous nous avez exposé vos références musicales, leurs mécanismes de pénétration dans votre production. Vous côtoyez les génies, votre écoute musicale est exigeante à l’image de votre création. Je termine cette conversation avec une forte envie d’écouter le coffret de All Of You : The Last Tour 1960 qui vient d’être réédité chez Acrobat, un ensemble d’enregistrements live datant du printemps 1960 à l’occasion de la tournée européenne du Miles Davis Quintet avec John Coltrane, et qui a marqué la fin des cinq années de collaboration de Coltrane avec Davis. Il ne nous resterait plus qu’à imaginer qu’un de vos tableaux aurait pu être peint sur ces notes ?

Propos recueillis et rédigés à Paris VIe , le 15 octobre 2015 par HJ, Hafida Jemni est diplômée de l’Institut d’Études Supérieures de l’Art, curatrice, enseigne l’art contemporain d’Afrique et sa diaspora à l’IESA Paris.

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SOUNDING OUT PAINTING : A Conversation with Ouattara Watts Hafida Jemni Translation : James Horton

The work of painter Ouattara Watts unfolds through music. What does it capture of the nature of music ? Does it transpose it through phrasing, pattern, silence, rhythm ? And what about gesture ? The relationship between his works ? How does Ouattara Watts work on these different levels in real time ? Hafida Jemni : Which painters and forms of art inspire you ? Ouattara Watts : A range, of course, but first and foremost indigenous arts [Arts premiers], and then those which point to the universal : Goya, Pollock, and Rothko in particular, who touches upon the omniscient, unfolds life, death, man’s place with regards to the deepest of realities. Hafida Jemni : Do your works have titles? If so, can we consider them as “clues that allow one to guess at the nature of the work”? Ouattara Watts : Titles, yes, but not necessarily ones which convey a pre-defined, material meaning. Hafida Jemni : You listen to music as you paint. Do you listen to a particular kind ? Do you have a preferred genre ? Ouattara Watts : I listen to music when I paint, yes, and my curiosity leads me towards all different kinds of music. Improvised jazz, and in particular John Coltrane, one of the most talented artists of his generation. He has always looked to outdo himself, on every level. Technically, for example, he explores different modes of expression, seeks out new sonorities or timbres, new ways of exploring the saxophone’s dynamics: his is a unique style that figures music as a spiritual quest. Then there’s Miles Davis, trumpet-player, the most inventive jazzman of all time, who also drew and painted. “Music is painting that we can hear, and painting is music that we can see,” he said! Coltrane and Davis collaborated with one another for five years, a real creative alchemy. I would also say Fela Kuti, a politicized, committed artist, a brilliant man, a singer, a composer, a conductor, and a politician in Nigeria. Sun Ra, too, for his cosmic philosophy, his spirituality, the mystical dimension of his work.

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I also listen to the polyphonic singing of the Pygmy peoples, a moving experience that forcefully conveys different emotions : serious, sad, or joyful moments, moments of rejoicing, moments of intense labor. A shared practice, passed from generation to generation, which underscores the principal elements of a life through song. Its polyphony is complex, with an interweaving and blending of voices superimposed on a given tempo to create a structure where each melodic line can develop and evolve independently of the others. The songs are constructed around both the repetition and the infinite variation and enrichment of a base pattern. As a painter, one can discover in this music a remarkable visual energy. By listening to the rhythms, to this meditative vocalization, I can seize upon a sound, and crystallize it through repetition to the point that it takes off and can become suspended. Meditative music traces out lines and concentric movements like those of Sufi dancers moving to a sonic ritornello, a kinetic, perpetual refrain… In his work The Raw and the Cooked, Claude Lévi-Strauss presents a paradigm according to which the act of listening to music takes place on two levels. One is physiological, and therefore universal, based on organic rhythms. The other is cultural, based on a scale of musical sounds, whose number and variations differ across cultures. “The musical emotion” he writes, “springs precisely from the fact that at each moment the composer withholds or adds more or less than the listener anticipates on the basis of a pattern that he thinks he can guess, but that he is incapable of wholly divining because of his subjection to a dual periodicity : that of his respiratory system, which is determined by his individual nature, and that of scale, which is determined by his training. If the composer withholds more than we anticipate, we experience a delicious falling sensation; we feel we have been torn from a stable point on the musical ladder and thrust into the void. When the composer withholds less, the opposite occurs: he forces us to perform gymnastic exercises more skillful than our own.” H. J.: So painting draws on a musical medium for its creation ? O. Watts : Yes, if we consider music as a spoken motif of a painting, one that brings forth forms and rhythms whose nature and expressions it shapes. Hafida Jemni : And is the impact of music upon painting an immediate, instantaneous one ? Ouattara Watts : The state that one expects or experiences when listening to music is that of a vacancy, of a plural availability, of a generative emotion with multiple impacts : upon the rhythm, upon the sequences of gestures, upon form, upon color … Overall, music is the combination of expressive sounds that prolong nascent or suspended emotions in time, through the

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Ouattara Watts dans son atelier situÊ dans un quartier industriel de Brooklyn, 2012 Ouattara Watts in his studio located in an industrial part of Brooklyn, 2012 Š Ruediger Glatz

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silence that it creates in some moments, the noise that it creates in others, and it is in this that we can detect the echo of the same force of embodiment that is borne by line, form, color and meaning ! The production of music is linked at once to our history, our customs, our habits, our knowledge of music, our education, our circumstances, and so on. So, for some, the ‘song’ of the wind is a melodious, calming song and for others it is merely noise. Music resembles painting in its execution : the figuration of musical harmony, this metaphor of a relationship of love, is accompanied by a musical ‘game’ that takes on a veritable plastic form. Hafida Jemni : Would it be possible to liken the interaction between the act of listening to music and the production of painted visual forms to the close relationship between text and music that we find in song or opera ? Ouattara Watts : Yes and no ! As I listen to the music of the Pygmies, the rhythm (dis)places me into a different frame of creative reference. In other words, this music, with its particular sonority, is able to silence other noises within me, background noises which would otherwise muffle or block entire creative frequencies, which would otherwise hamper any attempts to evade the ever-vigilant guardian ‘self’. It is in this way that I can attain the silence which is so conducive to creation. This space of ‘silence’, this creative listening, is expressed through two physical moments. First, listening, and then an evasion, a shift, an arrival in another, cosmic territory, where the painter is suspended, disconnected from material constraints ; an escape to a space emptied out, created for the liberating energies of the imagination, a spiritual, trance-like state induced by rhythm. In fact, my work is based on spirituality, on the meditation borne along by music which acts as a motor for my painting. I therefore listen to rhythms on repeat, a programmed listening, dematerialized, over a longer or shorter period of time, like a crossing from one bank to another: the bank of the awakening of the senses and of the consciousness that allows one to become a creator rather than a spectator. Creative expression is a process of affirming one’s individuality beyond verbal language. It allows one to access repressed emotions and sentiments. Hafida Jemni : Music as a motor for painting. How does this energy unfold on the canvas? Ouattara Watts : The gesture of the painter: something of great importance for me. First, music induces an intense concentration, and the painter’s body becomes engaged in the painting itself. When one looks at a painting, sounds emerge from the phrasing and disposition of forms and colors, from the presence of silence, of voids … An analogy of sequences, which appear on the canvas, like a portrait. It can also be a question of creating free forms, as music acts to liberate the artist from various ten-

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sions to which they might be subject to leave them open or vacant for a creative energy. In this case, the artist uses music as means of attaining a disconnected state. For me, music is like the sun : it is light, and energy. It uncovers receptors, leaves them open and exposed. Hafida Jemni : Does music permeate you in the same way when you work in different mediums – sketching, drawing, painting? Ouattara Watts : These mediums involve two autonomous, independent approaches. Painting is more complex, it is another space, ceremonial, three-dimensional, involving a significant physical engagement. Drawing is more intimate: I draw sitting down, with a stable posture, with my feet on the ground. Painting is confined to a limited territory where different forces, movements and energy interact with one another. On canvas, music, the accompanist, is a spiral, just like in Sufi culture, man in the cosmos, fixed by spirals or ritornellos. The music of humans, in metaphorical terms, is comparable to a chaos, a whirlwind of fictions, poetic through its silent voices which take on form and color and liberate drives. There is much work to do, because Africa has much to say, and so far, everything it has said has fallen upon deaf ears. Those who wish to be engaged must listen to the world: by listening to the world, they can attain a calmness which veils a kind of entropy, of social and political disorder. Hafida Jemni : How do you work on your canvases ? Ouattara Watts : I work on them as series. Pigments and colors are my passion, above all else. I make my own instruments, my brushes. I have invented ‘Watts’ Blue’ – a kind magic potion ! – based on indigo-blue. I paint with brushes and paintbrushes, but I often use my hands, too, levelling paint with bare palms. I like this contact with the material, with paint, and I use my body, making circular movements borrowed from Sudanese architecture, in which clay and shea butter are mixed to create houses that last for generations. I work with textiles and fabrics (cocoa and coffee sacks, for example) which I add to the surface of my paintings to add depth and create relief. In iconographic terms, my works are composite, with painting, fabric, wood applied manually, sewn on or glued on. A richness in terms of composition and a deployment of both gesture and intellect. Hafida Jemni : What does ‘Entendre’ [to hear, to understand, to catch] mean to you ? Ouattara Watts : ‘Entendre’ means to listen over time, to understand where music arises from, how it sings, how its silences follow one another. The act of listening to music is punctuated by memories and desires: it creates a link to the past, which I recall and which I endure, and to the

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future, which I create and invent. The notion of listening involves a degree of predictability, sonic illusion, the phenomenon of emergence, the associations of thoughts; ultimately, we listen to what we want to hear. Music is a language at once abstract and specific, which the composer deploys with varying levels of talent or genius, which the musician seeks to exploit as best they can to translate all that is embodied in the score, and which the listener must ultimately appropriate in their own way to appreciate all the aspects of the musical discourse: its nuances, its colors, its modulations, accents, contrasts, breaths, ruptures and so on. Hafida Jemni : You discussed earlier your musical references and the ways in which they enter into your production. You rub shoulders with geniuses: your choice of music is as demanding as your work. I will go away from this conversation with a strong urge to listen to All Of You : The Last Tour, 1960, a boxset that has just been re-released by Acrobat featuring live recordings from spring 1960, when the Miles Davis Quintet and John Coltrane toured Europe, and which marked the end of Coltrane and Davis’ five years of collaboration. Might I guess that one of your paintings was created as this music played in your studio?

Interview conducted in the 6th arrondissement of Paris, 15th October 2015 by HJ. Hafida Jemni is a curator and holds a degree from the Institut d’Études Supérieures de l’Art, where she teaches classes on contemporary African and diasporic art.

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DOGON CULTURE, 2018, technique mixte sur toile / mixed media on canvas, 264 x 246 cm © Ouattara Watts, Courtesy Galerie Cécile Fakhoury

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FARAFINA 2, 2018, technique mixte sur toile / mixed media on canvas, 264 x 246 cm © Ouattara Watts, Courtesy Galerie Cécile Fakhoury

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RHYTHM OF PAINTING, 2018, technique mixte sur toile / mixed media on canvas, 204,5 x 209 cm © Ouattara Watts, Courtesy Galerie Cécile Fakhoury

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TRAVEL THROUGH THE NIGHT, 2018, technique mixte sur toile / mixed media on canvas, 200 x 200 cm © Ouattara Watts, Courtesy Galerie Cécile Fakhoury

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TO FELA, 2011, technique mixte sur toile / mixed media on canvas, 265 x 247 cm © Ouattara Watts, Courtesy Galerie Cécile Fakhoury

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IMAGINE PEACE, 2018, technique mixte sur toile / mixed media on canvas, 264 x 246 cm © Ouattara Watts, Courtesy Galerie Cécile Fakhoury

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SPLASH OF THE SPIRIT, 2018, technique mixte sur toile / mixed media on canvas, 137 x 122 cm © Ouattara Watts, Courtesy Galerie Cécile Fakhoury

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AFRICAN BEATS, 2018, technique mixte sur toile / mixed media on canvas, 205 x 214 cm © Ouattara Watts, Courtesy Galerie Cécile Fakhoury

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DOOR OF THE COSMOS #(2), 2018, technique mixte sur toile / mixed media on canvas, 203,5 x 146 cm © Ouattara Watts, Courtesy Galerie Cécile Fakhoury

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FLASH OF SHANGO, 2002-2018, technique mixte sur toile / mixed media on canvas, 300 x 418 cm

© Ouattara Watts, Courtesy Galerie Cécile Fakhoury


IMAGINE PEACE, 2018, Mixed Media, 264 x 246 cm. © Ouattara Watts


LAND of THE DRUM, 2018, technique mixte sur toile / mixed media on canvas, 200 x 200 cm © Ouattara Watts, Courtesy Galerie Cécile Fakhoury

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DOOR OF THE COSMOS #(1), 2018, technique mixte sur toile / mixed media on canvas, 218,5 x 160 cm © Ouattara Watts, Courtesy Galerie Cécile Fakhoury

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UNTITLED, 2017, technique mixte sur toile / mixed media on canvas, 152 x 122 cm © Ouattara Watts, Courtesy Galerie Cécile Fakhoury

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OTÉ-FÊ, 2018, technique mixte sur toile / mixed media on canvas, 277 x 318 cm © Ouattara Watts, Courtesy Galerie Cécile Fakhoury

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SPIRITUAL GANGSTER, 2017, technique mixte sur toile / mixed media on canvas, 152 x 122 cm © Ouattara Watts, Courtesy Galerie Cécile Fakhoury

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SKY’S ROOTS, 2018, technique mixte sur toile / mixed media on canvas, 152,5 x 152,5 cm © Ouattara Watts, Courtesy Galerie Cécile Fakhoury

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MATRIX #(0), 2003, technique mixte sur toile / mixed media on canvas, 305 x 274 cm © Ouattara Watts, Courtesy Galerie Cécile Fakhoury

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UNTITLED, 2018, technique mixte sur toile / mixed media on canvas, 114 x 152,5 cm © Ouattara Watts, Courtesy Galerie Cécile Fakhoury

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CHANGE, 2018, technique mixte sur toile / mixed media on canvas, 152 x 121,5 cm © Ouattara Watts, Courtesy Galerie Cécile Fakhoury

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AFRICA UNITED, 2018, technique mixte sur toile / mixed media on canvas, 284 x 355,5 cm © Ouattara Watts, Courtesy Galerie Cécile Fakhoury

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O Z, 2015, technique mixte sur toile / mixed media and digital print on canvas, 183 x 152 cm © Ouattara Watts, Courtesy Galerie Cécile Fakhoury

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Ouattara Watts dans son atelier à New-York, 2010 Ouattara Watts in his studio in New-York, 2010 Š Robert Lakow

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Ouattara Watts Né en 1957 à Abidjan, Côte d’Ivoire. Ouattara Watts vit et travaille à New-York, États-Unis et Abidjan, Côte d'Ivoire. Éducation : École Nationale Supérieure des Beaux-Arts, Paris, France ”Ma vision n’est pas reliée à un pays ni à un continent; elle dépasse les frontières et tout ce qu’on peut repérer sur une carte. Si j’utilise des éléments identifiables pour mieux être compris, il s’agit toutefois d’un projet qui va bien au delà. C’est le Cosmos que je peins.” Ouattara Watts Avec des couleurs soutenues, des formes dynamiques, des signes et symboles hypnotiques, Ouattara Watts explore des liens spirituels qui transcendent géographie et nationalités. En fusionnant des objets trouvés, clichés photographiques ou autres matériaux bruts, la peinture de Ouattara évoque l’identité multiculturelle de l’artiste et nous livre différents niveaux de lecture, socialement et historiquement. Toujours empreint de lyrisme et d’esprit, il conjugue des mondes imaginaires et des visions magiques, urbanité et ancestralité, pour nous montrer les relations métaphysiques entre les êtres. Au début des années 1990, Ouattara Watts quitte la Côte d’Ivoire et s’installe aux États-Unis. Il vit à New York depuis une trentaine d’année et a désormais la nationalité américaine. L’exposition Before Looking at this Work, Listen to It à la Galerie Cécile Fakhoury - Abidjan est sa première exposition monographique en Côte d’Ivoire et marque le retour de l’artiste dans son pays d’origine. Depuis le début de sa carrière, le travail de Ouattara Watts a été présenté lors d’expositions majeures dont Afriques Capitales à Paris, Documenta 11 à Kassel, la Biennale du Whitney à New-York ou la Biennale de Venise. Son travail est également exposé dans Body of Evidence au National Museum of African Art, au Smithsonian Institute de Washington et dans The Short Century : Independence and Liberation Movements in Africa, 1945–1994 au MoMA PS1 à New-York.

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Ouattara Watts Born in 1957 in Abidjan, Ivory Coast. Ouattara Watts lives and works in New York, USA and in Abidjan, Ivory Coast. Education : École Nationale Supérieure des Beaux-Arts, Paris, France “My vision is not bound to a country or a continent; it extends beyond borders and all that can be found on a map. While I use identifiable pictorial elements to be better understood, this project is nevertheless about something much wider. I am painting the Cosmos.” Ouattara Watts Through vibrant colors, dynamic shapes, and hypnotic signs and symbols, Ouattara Watts explores the spiritual bonds that transcend geography and nationality. By merging found objects, photographs, and raw materials, Watts’ paintings invoke the artist’s multicultural identity and offer various levels of readings, socially and historically. With lyricism and wit, Watts conjures imaginary worlds and magical visions, both urban and ancestral, to contemplate the metaphysical relationships between beings. In the early 1990s, Ouattara Watts left Ivory Coast to settle to the United States. He has been living in New York for thirty years and has now the American nationality. Before Looking At this Work, Listen to It at Galerie Cécile Fakhoury - Abidjan is his first solo show in Ivory Coast and symbolises the artist’s return to his home country. Since the beginning of his carrier, Ouattara Watts has exhibited in prominent exhibitions namely Afriques Capitales in Paris, Documenta 11 in Kassel, Body of Evidence at the National Museum of African Art, at the Smithsonian Institute of Washington and in The Short Century : Independence and Liberation Movement in Africa, 19451994 at MoMa PS1 in New York. His works were also presented in the frame of the Whitney Biennial in New York and the Venice Biennale in Italy.

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Expositions personnelles / Selected Solo Exhibitions

2019

2006

Galerie Magazzino d'arte moderna, Rome, Italie

Ouattara Watts: Works on Paper, Mike Weiss Gallery, New York, États-Unis

2018

2004

Before Looking at this Work, Listen to It, Galerie Cécile Fakhoury, Abidjan, Côte d’Ivoire

Crossing Currents – The Synergy of JeanMichel Basquiat and Ouattara Watts, The Hood Museum of Art, Dartmouth College, Hanover, États-Unis

La Rotonde des Arts, Abidjan, Côte d’Ivoire 2016

Maggazino d'arte moderna, Rome, Italie

New painting, Magazzino d’arte moderna, Rome, Italie

Marella Arte Contemporanea, Milan, Italie

2015

2002

Ouattara Watts, Galerie Boulakia, Paris, France

Leo Koenig, New York, États-Unis

2012

1999

Vertigo, Galerie Vladimir Restoin Roitfeld, New York, États-Unis

Magazzino d’arte moderna, Rome, Italie 1998

2011

Baldwin Gallery, Aspen, États-Unis

Hong Kong International Art Fair, Charest-Weinberg, Hong Kong

1996 The Kemper Museum of Contemporary Art, Kansas City, États-Unis

2009 / 2010 Hess Art Collection, Glen Carlou, Paarl, Afrique du Sud

1995 Gagosian Gallery, New York, États-Unis

2008 / 2009

1994

Outlaw, Magazzino d’arte moderna, Rome, Italie

University Art Museum, Berkeley, États-Unis

Galerìa Leyendecker, Île Canaries, Espagne

1993

Hess Art Collection, Paarl, Afrique du Sud

Galerie Boulakia, Paris, France

2007

1992

For Lily, Mike Weiss Gallery, New York, États-Unis

Vrej Baghoomian Gallery, New York, États-Unis

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Expositions personnelles / Selected Solo Exhibitions

1990

1989

Galerie Boulakia, Paris, France

Marilyn Butler Gallery, Los Angeles, États-Unis

Akira Ikeda Gallery, Nagoya, Japon

1986 Centre Culturel de la Rochelle,

Vrej Baghoomian, New York, États-Unis

La Rochelle, France

Expositions collectives / Selected Group Exhibitions

2018

2009

African Metropolis, An Imaginary City, Maxxi, Rome, Italie

Armory Show New York, Magazzino d’arte morderna, New York, États-Unis

L’Heure Rouge, 13ème Biennale de Dakar, Dakar, Sénégal

Herd Thinner, Charest-Weinberg Gallery, Miami, États-Unis

2017

2006

Afriques Capitales, Grande Halle de La Villette, Paris, France 2016

Intersections : Shifting Identity in Contemporary Art, John Michael Kohler Arts Center, Sheboygan, États-Unis

Réenchantement, 12ème Biennale de Dakar, Dakar, Sénégal

Realm of the Spirit, Mike Weiss Gallery, New York, États-Unis

Armory show New York, Magazzino d’arte moderna, New York, États-Unis

Body of Evidence, National Museum of African Art, Smithsonian Institute, Washington, États-Unis

2011

2003

Ouattara Watts and Katy Schimert, Bertrand Delacroix Gallery, New York, États-Unis

New Museum of Contemporary Art, New York, États-Unis

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Expositions collectives / Selected Group Exhibitions

2002

1991

Documenta 11, Kassel, Allemagne

Syncretism: The Art of the 20th Century, The Alternative Museum, New York, États-Unis

Whitney Biennial, Whitney Museum of American Art, New York, États-Unis

Social Sculpture, Vrej Baghoomian Gallery, New York, États-Unis

The Short Century: Independence and Liberation Movements in Africa, 1945-1994, P.S.1 Contemporary Art Center, Long Island City, États-Unis

The New Museum of Contemporary Art, New York, États-Unis African Explores: New and Renewed Forms in the 20th Century Art, exposition itinérante: University Art Museum, Berkeley, CA; St. Louis Art Museum, Dallas, MO ; Mint Museum of Art, Charlotte, NC; The Carnegie Museum of Art, Pittsburgh, PA ; The Corcoran Museum of Art, Washington D.C., The Center of Fine Arts, Miami, FL; Ludwig Forum, Aachen, Allemagne; Foundacìo Antoni Tapies, Barcelone, Espagne; Espace Lyonnais d’art Contemporain, Lyon, France; Tate Gallery, Liverpool, Royaume-uni

2001 Gorney Bravin Lee, New York, États-Unis 1997 Fukui Fine Arts Museum, Fukui, Japon Chiba Museum of Art, Chiba, Japon 1994 Vrej Baghoomian Gallery, New York,États-Unis

1990 It Must Give Pleasure Erotic Perceptions, Vrej Baghoomian, Gallery, New-York, États-Unis

Un Altre Pais, Centro Atlantico de Arte Moderno, Las Palmas de Gran Canaria, Espagne

Images of Death in Contemporary Art, Patrick and Beatrice Haggerty Museum of Art, Milwaukee, États-Unis

La Virreina Centre de la Imatge, Barcelone, Espagne

1988 Vrej Baghoomian Gallery, New York, États-Unis

1993 Biennale de Venise, Venise, Italie

1986

1992

Galerie Georges Lavrov, Paris, France

Other Drums: Visionary Works, Calvin Morris Gallery, New York, États-Unis

1985

Haessle, Ouattara, Ray Smith, Navara Gallery, New York,États-Unis

Musée National des Arts d’Afrique et d’Océanie, Paris, France

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Ce catalogue accompagne l’exposition Before Looking at this Work, Listen to It de Ouattara Watts à la Galerie Cécile Fakhoury à Abidjan, du 22 novembre 2018 au 26 janvier 2019.

Textes OUATTARA : MAÎTRE DU FEU

par Gaya Goldcymer (p.5 à 14), Traduction : Jonathan Taïeb (p.10 à 14) CE QUE LA PEINTURE ENTEND DE LA MUSIQUE

Interview par Hafida Jemni (p.17 à 28) Traduction : James Horton (p.23 à 28) Photographies Ruediger Glatz (p. 18 et 25) James G. Fischetti (p.31 à p.71) Robert Lakow (p. 72,73) Design Elfie Barreau Impression Escourbiac, France

Catalogue © Galerie Cécile Fakhoury, 2018 Œuvres © Ouattara Watts, 2002-2018 Texte © Gaya Goldcymer, 2018 Interview © Hafida Jemni, 2015 Photographies de l'atelier © Ruediger Glatz, 2012 Portrait photographique © Robert Lakow, 2010 ISBN 978-2-9542653-1-5

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Galerie Cécile Fakhoury - Abidjan Boulevard Latrille, entre le Carrefour de la Vie et le Carrefour de la RTI, entre la Sodemi et l’Immeuble Carbone 06 BP 6499 Abidjan 06 - Côte d’Ivoire Tel: +225 22 44 66 77 galerie@cecilefakhoury.com www.cecilefakhoury.com


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Ouattara Watts, Before Looking at This Work, Listen to It  

Ce catalogue accompagne l'exposition Before Looking at This Work, Listen to It de Ouattara Watts à la Galerie Cécile Fakhoury à Abidjan, du...

Ouattara Watts, Before Looking at This Work, Listen to It  

Ce catalogue accompagne l'exposition Before Looking at This Work, Listen to It de Ouattara Watts à la Galerie Cécile Fakhoury à Abidjan, du...

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