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CUNTA BALLE n°4

L’EDITO

Edito A

ccélérer la transition

Evoluer pour ne pas mourir. Une maxime qui sied autant à l’AS Monaco qu’aux Mousquetaires. On aurait un peu l’air de vieux cons de la ramener sur le thème « On vous avait prévenus ». Mais on assume. Tant d’années passées à dénoncer les innombrables et gravissimes erreurs commises par les pantins de passage à la tête du club. En vous passant les plus scandaleuses car tout n’était pas racontable dans cette purge monumentale. Une chute tellement prévisible. On ne construit pas un club avec un illuminé américain, des scélérats monégasques et proches du Prince ou un maçon brésilien. On ne s’improvise pas dirigeant d’un club de haut niveau en lisant France Football et en rêvant à des costards italiens depuis l’arrière salle poisseuse d’une boutique de maillots. Monseigneur a bien sûr une lourde responsabilité dans tout cela. Et en tant que « Mousquetaires du Prince », nous en sommes d’autant plus affligés. Ce n’est pas faute d’avoir tenté une Prise du Palais. Mais nous ne pouvons chuchoter aux oreilles du Puissant comme d’autres vipères savent si bien le faire. Et tirer parti d’une certaine naïveté. En ces heures sombres, nous ne tirerons pas sur

l’ambulance avec fureur, mais toujours avec cette pointe d’humour caustique que beaucoup d’entre vous ont apprécié au fil des années. Avec quelques petites modifications dans « l’organigramme ». Les « Anciens », les Mousquetaires « historiques », laissent peu à peu leur place à une nouvelle génération de jeunes supporters à la plume affutée, qui s’efforcera d’être à la hauteur de leurs glorieux aînés. Ainsi le dernier Cunta Balle et l’Opus que vous vous apprêtez à lire sont une sorte de trait d’union, de rite initiatique, de passation de pouvoir. Animés d’une même flamme et d’un même sentiment de révolte envers ceux qui bafouent notre identité, une nouvelle petite communauté de passionnés reprend le flambeau. Avec de la suite dans les idées et la volonté de ne pas en rester à ce Cunta Balle... Prêts pour être à nouveau l’épine dans le pied des escrocs à l’allure de dandy rôdant autour de notre club. Toutes les bonnes volontés seront accueillies comme il se doit : autour d’un verre de Limoncello, avec une bonne dose de « rier » et autour d’une même passion : l’AS Monaco FC. En garde !

Les Mousquetaires

Sommaire Page 4-7 - Cunta Vrac Page 8-9 - Best of Dubinettes pages 10-13 - Le Tour de Gaule 14-19 - Le Manifeste 20-23 - Les trophées Mousquetaires Page 24-26 - 24h avec le repreneur russe Pages 28-40 - Monaco City

Ils ont vaillamment participé à ce numéro de Cunta Balle : Jartagnan Guido Falxius El Cadetiño Orto

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CUNTA VRAC

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Vie de Monaco Sundgau : Aujourd’hui, dans le bus avec mon écharpe de l’ASM, un type avec un bandana de Dijon m’aborde et me dit : « Alors, pas trop du la ligue 2 ? ». VDM Benjamin M. : Aujourd’hui, je me rends compte que je me suis battu pour signer dans un club de Ligue 1... qui est retombé en Ligue 2. VDM Pascal F. : Aujourd’hui, c’est jour de match. Joueur professionnel, je ne vais donc pas pouvoir aller en boîte avant 23h. VDM Mathieu C. : Aujourd’hui, meneur de jeu de l’AS Monaco comme depuis deux saisons, je rentre chez moi après un entraînement, j’ouvre mon placard, et je me rends compte que mon pot de nutella est vide... VDM

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CUNTA VRAC

L’interview jaune et bridée Un pay s ? issa le m i en

Si tu tais un sportif ? Je serai footb a lleur !

ais en c ore ? issa le m i en   ! L’A f rique pardi !

Un acciden t ? Ar river l’h eure l’en train em en t.

Un e arm e ? Un b a llon ! Un e plan t e ab o o ! Un acteur ? JarJar in ks dan s St ar Wa rs Un e devise ? Un pour tous, et tous en b o ite !

Une ha bi tude avan t un m a tch ? e dema nder pourquoi je vais pas directem en t en b o ite. Un vneem tn ih storique ? Qu and mi ssa a dcouvert le casino de on a co. Un virus ? La flmi ngite ague. Votre principale qualit ? J’imi te trs b i en le dodo

Le cheptel en vacances Durant l’intersaison, les Monégasques ont profité de vacances (pas forcément) méritées. Chacun à sa manière, ils ont mis à profit ces quelques semaines. - Stéphane Ruffier qui est allé bronzer sur le Mont Olympe, les Dieux lui ont déroulé le tapis rouge - Guy Lacombe a séjournée au camping des Flots Bleus - Mathieu Coutadeur a tenté une énième cure de désintoxication, « les Nutellas anonymes » l’ont accueilli. - Vincent Muratori a fait le tour des dispensaires d’Afghanistan pour voir comment sont organisés les soins - Pascal Feindouno a exploré les plages du Spring Break - Yohan Mollo s’est pavané à Hollywood pour vendre le film de son histoire, sans grand succès... - Petter Hansson a préféré le Pôle Nord pour étrenner ses nouvelles peaux de bison - Mme Aubery a fait le tour de France des Pizza Hut pour trouver un sponsor... - Marc Keller s’est recyclé en tant que vendeur de bretzels au club de la Conque-Madeleine

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CUNTA VRAC

Dieu est-il vivant ?

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D. Maboul Le jeu à découper soi-même pour jouer entre supporters monégasques. Prenez votre revanche ! rte e ff eo

c Pin

En bonus, la boîte de Doliprane spécial nuit.

CUNTA VRAC

Aspirine pour maux de cheveux après soirées Poisson rouge dans le crâne

Poumons avec autonomie de 15 minutes Réservoir à bière pour lever le coude à volonté Malgré les échecs, il a toujours la cote

Cuisses interchangeables pour avoir mal au choix à droite ou à gauche Protège-tibia intégré pour coller des taquets sur le terrain et en dehors

Extinction de voix à force de trop parler dans la presse Amour infini pour le pognon

Abdominaux ramollis suite à un manque d’activité

Branleur, une seule vitesse réglable

Problèmes gastriques suite aux lendemains de cuites

Genou bionique façon Ronaldo Cheville gonflable et gonflante

Panique à l’infirmerie, quand le compteur s’affole - Mahamadou Diarra est touché à une cuisse avant de jouer à Arles-Avignon, nouvelle révélée cinq jours après. Au moment de l’annonce du groupe pour la réception de Rennes, il est au repos suite à des troubles digestifs. A la veille du match à Saint-Etienne, il a mal au genou gauche et déclare forfait. La semaine suivante avant de recevoir le PSG, il est toujours indisponible, mais la douleur a migré dans le genou droit. Depuis, personne ne l’a revu... - Chris Malonga souffre d’une élongation à une cuisse. Le 11 février il est encore arrêté « cinq à 10 jours », le 3 mars sa reprise est prévue « la semaine prochaine », il rejoue en CFA le 17 avril, et réapparaît dans le groupe pro le 30 avril. - Daniel Niculae a des douleurs à la cheville. Le 17 février il est absent « encore une semaine », le 24 février il doit revenir « la semaine prochaine », le 3 mars il doit revenir « la semaine prochaine », c’est le cas le 10 mars.

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BEST OF DUBINETTES 2011


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LE TOUR DE GAULE

LE Tour de Gaule de Monakix Bononia

Lenna Castrum

Samarobriva Havria Gicampum Lavalae Juliomagus

Sedenna Durocortorum

Vindunum

Divodurum

Augustobona

Caesarodunum Condevincum

Chatorum

Augustonemetum Arelate Avenio Astramela

Mantinum

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LE TOUR DE GAULE

En l’an VIII après J.L.C., Monakix va découvrir une nouvelle facette de la Gaule. Le cheptel munegu devra jalonner l’hexagone, sous l’occupation des troupes de la Liga Deus. Mais cette fois-ci, pas besoin de victuailles. Il ne devra pas s’atarder sur le sanglier des Ardennes ou les rillettes de Nutella. Il lui faudra ramener des points pour pouvoir en réchapper... Départ du Castel Louis-II le 29 juillet.

Lavalae

Augustobona

(Laval)

(Troyes)

Le 23 septembre

Le 5 août

Stade Francis Le Basser 18 467 places

Stade de l’Aube 20 842 places

Lenna Castrum (Lens) Le 26 août Stade Bollaert 41 233 places

Mantinum (Bastia) Le 16 septembre Stade Armand Cesari 12 480 places

Gicampum (Guingamp) Le 14 octobre Stade du Roudourou 18 120 places

Chatorum (Châteauroux) Le 28 octobre Stade Gaston Petit 17 072 places

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LE TOUR DE GAULE

Juliomagus

Condevincum

(Angers)

(Nantes)

Le 4 février

Le 25 novembre

Stade Jean Bouin 17 835 places

Stade de La Beaujoire 38 004 places

Havria (Le Havre) Le 16 décembre Stade Jules Deschaseaux 16 382 places

Arelate Avenio (Arles-Avignon) Le 17 février

Parc des Sports 17 518 places

Astramela

Sedenna

(Istres)

(Sedan)

Le 14 janvier

Le 2 mars

Stade Parsemain 17 363 places

Stade Louis Dugauguez 23 189 places

Samarobriva (Amiens) Le 18 janvier Stade de la Licorne 12 097 places

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Caesarodunum (Tours) Le 16 mars Stade de la Vallée du Cher 11 912 places


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LE TOUR DE GAULE

Durocorturum

Vindunum

(Reims)

(Le Mans)

Le 4 mai

Le 30 mars

Stade Auguste Delaune 21 628 places

MMArena 25 064 places

Divodurum (Metz) Le 13 avril Stade SaintSymphorien 26 661 places

Bononia (Boulogne-surMer) Le 18 mai Stade de la Libération 15 206 places

Augustonemetum (Clermont) Le 27 avril Stade Gabriel Montpied 11 980 places

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Manifeste pour l’AS Monaco

Voila, c’est fait, l’ASMonaco est en Ligue 2. Les fautes sont multiples et partagées par tous. Couper les têtes ne servant à rien, puisque cela ne nous remontera pas en Ligue 1, nous avons décidé d’agir plus intelligemment. Ce manifeste est une sorte de carnet de bord des propositions que nous pourrions mettre en place si jamais le Palais décidait d’introniser les Mousquetaires à la tête du club.

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LE MANIFESTE

Le Sportif A tous les niveaux, le secteur sportif de l’AS Monaco n’en finit plus de chuter, lesté qu’il est de toutes ces incohérences entassées au fil des années. Les propositions suivantes permettraient de remettre le sportif dans la bonne direction. Mettre en place un « système » de jeu ASM

flagrant. Le club s’est décidé à intégrer massivement les jeunes, mais s’est retrouvé confronté à pas mal de problèmes. Les jeunes jouaient en 343, là où les professionnels jouaient en 442. Bilan, il y avait trop d’attaquants à disposition de l’entraîneur, et il n’y avait aucun latéral pour pouvoir combler les départs et absences chez les pros. Avec le même système appliqué à tous les échelons, ce problème là disparait, et cela nous évite de balancer dans la nature des jeunes talentueux qui ne nous étaient pas utiles.

Les équipes de l’ASM FC, les professionnels, la CFA, les -19 ans et les -17 ans auront l’obligation de jouer en utilisant le même schéma tactique. Les systèmes les plus couramment utilisés sont le 433, le 451 ou le 442. Notre préférence va vers le 433, mis en œuvre avec succès par le FC Barcelone, Arsenal, l’Olympique Lyonnais lors de ses sept titres ou Lille dernièrement. Cette idée, empruntée d’ailleurs au FC Barcelone, permet de résoudre un grand nombre de problèmes de cohérence qui sclérosent actuellement le club.

Un grand club, c’est un club qui gagne des titres régulièrement

- Problèmes de recrutement. En ayant une constance au niveau de l’organisation de jeu, le staff technique pourra cibler plus facilement les postes présentant des carences, et les recruteurs de l’AS Monaco auront leurs recherches simplifiées de par le profil bien défini du joueur à recruter.

Afin de maintenir le club à haut niveau, le club se doit de gagner un titre au minimum « tous les trois ans ». Aucune compétition ne doit être négligée, notamment la prestigieuse Coupe de France, que le club n’a plus gagné depuis 1991.

- Problèmes d’intégration des jeunes. En appliquant le même système de jeu à toutes les équipes, les jeunes pousses de l’AS Monaco seront déjà formatées et habituées au système de jeu mis en place, à l’heure de monter à l’échelon supérieur, accélérant ainsi leur intégration et l’expression de leur talent. De plus, ces jeunes pousses arrivant à éclosion, ils participeront à la mise en place d’une réelle identité en terme de fond de jeu made in Monaco. Avec pourquoi pas, l’espoir de faire éclore un joueur profil Xavi, qui passera sa vie à glorifier l’identité de jeu du club. - Problèmes d’embouteillages ou de manques à certains postes. L’exemple de l’année où la CFA fut championne des réserves professionnelles est

En tant que club participant au championnat de France de L1, ce que l’on entend par « gagner un titre » représente : - Une victoire en championnat de France - Une victoire en Coupe de France - Une victoire en Coupe de la Ligue (si elle existe encore …) - Une victoire en Ligue Europa - Une victoire en Ligue des champions

Le but, c’est d’afficher clairement des objectifs élevés, afin de forcer et motiver tout le monde pour les atteindre, tant d’un point de vue interne que pour aider les recrues à nous rejoindre. Un joueur est plus enclin à rejoindre un club qui vise un titre le plus régulièrement possible, qu’un club qui vise la 10e place pour raisons budgétaires. Et puis des finales au Stade de France, ou ailleurs, on n’a jamais rien fait de mieux pour attirer un public, pour le fidéliser, et pour créer une synergie positive autour du club. Mais pour se faire, il va d’abord falloir se concentrer sur le titre de champion de France de Ligue 2. Remonter en terminant deuxième ou troisième ne nous intéresse pas.

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LE MANIFESTE

L’organisation interne Il faut simplifier au maximum l’organisation du club. Actuellement, on a un président, un viceprésident, un conseiller, un directeur général (jusqu’à il y a peu), des recruteurs, un entraîneur. Un tas de gens pour décider, et personne pour prendre la bonne décision, pour avoir la bonne attitude, chacun se regardant dans le blanc des yeux en attendant que l’autre bouge… Pour évoluer en toute sérénité et en toute efficacité, l’organisation de l’ASM devra être la plus simple possible pour éviter parasites, perturbations et contre-décisions intempestives. L’organigramme préconisé pourrait se présenter comme suit : 1) Un président qui se voudra comme le relais entre l’actionnaire principal et le sportif. Garant de la bourse, pilote de la politique du club (cf paragraphe précédent), décideur final, un certain charisme, voire à défaut une certaine poigne, sont nécessaires. Cela, notamment pour faire savoir aux joueurs qui paye les salaires, pour taper du poing sur la table dès que les joueurs font n’importe quoi (et à Monaco, ça arrive très vite…) et pour aller se mouiller devant la presse afin de protéger le groupe et les joueurs. Un profil « sportif » n’est pas forcément recommandé, même si ce serait un petit plus au démarrage. Aulas n’était par exemple qu’un vendeur de logiciels quand il a pris l’OL, et le Docteur Campora n’était qu’un simple toubib… Ça ne les a pas empêché de devenir ce qu’ils sont, des dirigeants incontournables aux succès incontestables. Mais cela a demandé du temps et un encadrement performant. 2) Un conseiller du président qui sera quelque part la « garantie sportive » du président. Homme de confiance, une grande connaissance du monde du foot professionnel est nécessaire, voire obligatoire. De la confidentialité des vestiaires aux tractations pour les transferts, il doit avoir une « expérience » dont il doit faire profiter son président. Peu médiatique, il ne parlera à la presse qu’en soutien de son président en cas de crise, ou pour des bilans ponctuels

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sur des aspects purement sportifs. Enfin, il sera aussi en charge de la centralisation des informations de recrutement, venant des offres apportées par les recruteurs et des demandes de l’entraîneur, afin de conseiller et assister le président lors des tractations. Nous pensons évidemment qu’un ancien joueur professionnel est un profil plutôt intéressant, un ancien glorieux des titres 1997 ou 2000 ferait l’affaire, tant en terme d’image que de crédibilité. 3) Un entraîneur en charge de la partie purement sportive. Tout ce qui est « extra sportif » n’est absolument pas de son ressort. Lui gère le groupe, fait l’équipe, entraîne, et fait remonter les informations à son président. Râler dans la presse pour l’arbitrage, ce n’est pas à lui de le faire. Coller des sanctions aux joueurs, s’il fait évidement remonter l’info à son président, c’est uniquement le président qui décide quelle sanction et qui l’annonce au joueur. L’entraîneur est là pour appliquer la politique sportive de l’équipe, notamment faire éclore les jeunes qui sortent du centre de formation, et aussi garantir le fond de jeu et les objectifs du club (cf parties précédentes). A ce titre, le recrutement de l’entraîneur sera principalement fait selon un système de « promotion interne ». Des grandes « stars » venues de l’extérieur pour appliquer un jeu en dehors de l’identité du club, non merci. Comme les joueurs, les entraîneurs font leurs classes avec les équipes de jeunes tout d’abord, puis grimpent les échelons si leurs résultats sont satisfaisants. Jusqu’à passer entraîneur principal. L’exemple du parcours de Laurent Banide à Monaco est évocateur. Entraîneur des jeunes, puis adjoint, puis entraineur principal… deux fois. 4) La cellule de recrutement aura une double mission. Tout d’abord scooter des jeunes, encore et toujours, car la politique de jeunes est le ciment de l’ASM. Et évidemment dénicher des joueurs au rapport qualité-prix important, avec des axes principaux : Europe, Amérique du sud, Asie. Pas de recrutements flamboyants à des prix exponentiels, ou alors si c’est pour obtenir une super star confirmée, mais pas trop vieille. Monaco en tant que maison de retraite, non merci. De l’utile et du sérieux avant tout.


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LE MANIFESTE

La finance Le point principal de la chute de l’AS Monaco depuis l’aube des années 2000 réside dans des budgets mal utilisés, mal adaptés au football moderne, mal équilibrés, créant un manque de liquidités important. Par exemple, dans le budget d’un club moyen de L1, la masse salariale correspond à une fourchette entre 50 et 60% du budget. A Monaco, ce pourcentage est de 90%, mais il a atteint des sommets durant les années Pastor. Mise en place d’un système de paye « à la performance » Dans le football moderne, l’amour du maillot est une chose qui n’existe plus. Le joueur moderne ne se bat que sous garanties financières. La prime de match est devenue un critère de performance sur lequel devra s’appuyer l’AS Monaco. Fort de cela, il serait intéressant de faire une refonte de la grille des salaires afin d’adapter ce critère de performance à une réalité budgétaire, pour répondre à un précepte : « Plus haut le joueur et l’équipe font monter l’ASM, plus ils gagnent … ». Cela permettra en plus de coller avec le système de distribution de la Ligue concernant les redevances télé, qui sont calculées sur un barème fixé selon le classement de la saison, et des saisons précédentes... Ainsi, le salaire mensuel des joueurs devra contenir un gros pourcentage de valeurs variables jugées à la performance. Chaque joueur recevra un salaire brut fixe et garanti, relativement « faible », entre 10 et 30k€. Ce brut sera calculé en fonction de la notoriété du joueur (international ? meilleur buteur la saison passée ?), de la durée de son contrat, de son ancienneté au club, et dans la profession. A coté de cela, le joueur recevra une prime spéciale « performance », qui sera calculée selon un barème dont les modalités de calcul peuvent répondre de différentes écoles. 1) Tout d’abord, une école « collective ». Les primes exceptionnelles sont calculées en fonc-

tion du classement du club à la fin de la saison. Le joueur ne recevra que cette prime là, mais en fonction du classement et du nombre d’apparitions du joueur en championnat. Cette prime pourra osciller entre 500 et 1 000 k€, une année de qualification en coupe d’Europe. On peut aussi ramener ses primes à des acomptes trimestriels ou mensuels, toujours calculés selon le classement. 2) Une école « individuelle ». Le joueur obtiendra une prime qui sera calculée selon un barème gain / retenue jugé selon ses performances lors des matchs le week-end. Le barème ci-dessous n’est qu’un exemple simpliste qui sera bien évidement à affiner selon les règles particulières inhérentes au « social » bien particulier du monde du football. Par exemple, lors du mois d’un mois donné, l’AS Monaco a gagné deux fois, fait un match nul, et a perdu un match à domicile. Prenons un joueur X qui a été titulaire sur ces quatre matchs. Marquant un but, donnant une passe décisive, mais fautif d’une erreur défensive sur le but lors de la défaite. Malheureusement, il a perdu énormément de ballons (45 sur l’ensemble des matchs). Sa prime de performance comportera : + 30 000 (deux victoires) - 20 000 (une défaite à domicile) + 20 000 (4 titularisations) + 15 000 (un but) + 10 000 (une passe décisive) - 5 000 (erreur sur but encaissé) - 18 000 (ballons perdus) ----------68 000 de prime de performance Avec un brut minimum à 10 000 €, ça fait un salaire de 78 000 €, soit au dessus de la moyenne des joueurs du championnat de France. Avec cela, l’ASM s’en sort avec sept points sur 12 possibles, pas forcément folichon, mais bon, avec une défaite à domicile… Cette méthode permettra aux joueurs performants d’être rétribués selon leur valeur, alors que les autres auront un regain de motivation supplémentaire pour

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s’arracher et s’imposer. Et le club sera gagnant car avec des joueurs plus performants, le classement s’en ressentira, et donc les rentrées d’argents qui vont avec. Une autre alternative serait de faire comme à la SBM, à savoir payer les salariés des jeux au « pourboire », un fixe minimum, et le reste selon le bon vouloir du public. Un système de vote pourra être mis en place, pour les abonnes, les membres des clubs de supporters, et chacun donnera des points aux joueurs, et les primes seront distribuées en fonction des points attribués par le public.

fonction des résultats du club, selon un barème cumulé sur l’année de X € par défaite à domicile, Y € par buts encaissés, Z € en cas de non-respect des objectifs… Les supporters présents au stade durant les périodes de disette pourront être récompensés, compensant l’augmentation des prix des places au stade, tout en faisant tourner la boutique, en distribuant des produits Monaco, en écoulant la marque un peu partout…

> A noter que Marc Keller a laissé entendre que l’AS Monaco tendrait vers des salaires de ce type, avec un fixe plus bas, et des primes à la performance plus élevées… Malheureusement, il est fort probable que ces paroles ne soient que des paroles en l’air, d’autant plus depuis qu’il a été licencié par le club.

Les grands clubs aujourd’hui sont ceux qui ont créé un nombre exponentiel de sources de revenus, afin de ne plus dépendre de faits aléatoires, tels que les performances sportives et les droits télés en découlant. A ce titre, trois points sont à revoir concernant la boutique officielle du club : 1) Son emplacement est mal adapté. Voir s’il n’est pas possible de rapprocher la boutique du stade (zone commerciale de Fontvielle à coté de Carrefour), voire de la mettre à l’intérieur du Stade non loin de la billetterie (comme Manchester United). 2) Faire une refonte du site internet de la boutique, afin de le rendre plus attrayant, plus fonctionnel, et plus « moderne ». Car actuellement, c’est un désastre inconcevable pour un club professionnel. 3) Repenser la gamme des produits de plus en plus mal conçus au fil des saisons.

Repenser les tarifs des tribunes Le bilan de l’ASM a montré un sacré déficit du club en terme de rentrée tribunes. Comme on sait qu’il sera difficile d’avoir une moyenne à l’année de 15000 personnes, les tarifs de la billetterie doivent être nécessairement repensés afin de contenter le compte en banque du club, et les supporters, notamment les plus fidèles. La réflexion devra être faite en deux temps : 1) Faire une mise à niveau du tarif des billets et des abonnements, afin de les aligner sur les prix pratiqués par la moyenne des autres clubs de Ligue 2, et de Ligue 1 quand on sera remonté. 2) La hausse des tarifs étant conséquente, un système de « récompense » fidélité devra être mis en place. Les abonnés pourront bénéficier de bons d’achats à la boutique officielle en fonction de leur ancienneté, et de leur assiduité aux matchs à domicile (étant donné que les abonnés sont pointés à chaque match, celui qui est présent à 10 matchs aura X €uros, à 15 aura Y €uros, à tous les matchs aura un maillot offert dédicacé, …).

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De plus, un autre système de bons d’achat à la boutique pourrait être mis en place en

Faire une refonte de la politique marketing « minimaliste » actuelle

Concernant le troisième point, plusieurs idées sont à étudier : - Concernant le maillot officiel, les idées novatrices de Kappa en 2000-2001 seraient à récupérer, notamment l’idée du maillot à l’extérieur avec des couleurs différentes du rouge & blanc, mais qui conserverait la fameuse Diagonale si chère à l’identité du club. - Une collection de produits propres à l’équipementier du club devra être mis à disposition à la boutique, avec notamment tous les produits utilisés par les professionnels, des maillots aux chaussettes en passant par les t-shirts d’entraînement ou les joggings, les sacs de sports, les polos d’avant match etc. Ce genre de produits permet souvent une plus grande identification des sup-


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LE MANIFESTE

porters avec leurs « idoles », notamment chez les plus jeunes. - Une large gamme de produits pourrait être étudiée (t-shirts, polos, pulls, cravates, serviettes, accessoires téléphones portables…) en reprenant un slogan identitaire monégasque, par exemple le fameux « dague munegu », qui fleuri sur les produits du CSM, ou sur notre boutique. - Enfin, une gamme luxe pourrait voir le jour, sous l’égide d’un des prestigieux partenaires du club, comme Cerruti, avec des vestes, des cravates, des montres, une ligne de cosmétiques AS Monaco… Le luxe est un vecteur porteur en Principauté, il convient donc de surfer dessus tant que possible.

Relations extérieures L’AS Monaco a souvent été taxé de club fermé sur lui-même, notamment sous l’ère Campora. Des progrès ont été faits, mais il faudrait aller plus loin, notamment dans la relation club-supporters. Ouvrir la communication aux supporters Monaco est probablement un des meilleurs clubs français en terme de nombre de sites non officiels « structurés ». Et pourtant, tout ce « travail » effectué par ces amateurs passionnés qui prennent de leur temps libre pour faire vivre leur passion n’est que très peu considéré par le club lui-même. Car le club, quand il a des messages à faire passer auprès des supporters, il se tourne soit vers le CSM, organisme pas forcément plus ouvert, soit vers les Ultras, organisme local qui ne poussera que dans le sens de sa propre tribune.

Au temps de feu Son Altesse Sérénissime le Prince Rainier III, le match du championnat tombant autour de la fête du Prince rentrait dans le cadre des festivités princières, avec notamment places offertes aux Monégasques. Pourquoi ne pas faire perdurer cette tradition apparemment noyée dans les limbes de l’oubli, en poussant un peu plus la manifestation, montrant que l’AS Monaco, vitrine de la Principauté, s’associe pleinement à la fête de son Prince souverain. N’allons pas jusqu’au défilé des carabiniers jouant de la trompette sur la pelouse, mais différentes propositions peuvent être lancées. Pourquoi pas, en lever de rideau, un match de la sélection nationale (contre les jeunes du centre de formation ?), un feu d’artifice, un concert d’un artistes locaux. Pourquoi pas, cela se fait bien au stade de France… Faire ressortir l’identité « monégasque » du club L’OGCNice se permet de diffuser avant chacun de ses matchs, la chanson « Nissa la bella », en patois local, afin de marquer l’identité niçoise avant chaque match. Pourquoi ne pas faire pareil à Monaco, en diffusant l’hymne national monégasque avant chaque rencontre ? Rien n’empêche cela, et pour un club qui cherche à rester ancré dans ses racines monégasques, notamment au niveau de l’actionnariat qui se veut à grande majorité monégasque, ce genre de « micro évènement » avant chaque match irai là aussi dans ce sens. Entendre tout le stade changer l’hymne du pays, ça fédère, ça soude, quoi qu’on en dise, c’est un point de ralliement non négligeable…

he Dag egu n Mu

Pourquoi ne pas se tourner vers les sites non-officiels, par exemple, certains, comme Asmfoot, ayant montré des garanties de professionnalisme et d’intégrité assez louables. De plus, ces sites touchent un spectre de supporters nettement plus large, ils sont nettement plus « fidèles » et nettement aussi concernés par le club que ne peuvent l’être les membres du CSM ou des UM.

Organiser chaque année un match pour la fête du Prince

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Mille miLlions de mille milliards de mille trophEes Avec l’aimable participation du capitaine Haddock

L’AS Monaco ne gagne plus rien, et ce depuis de trop nombreuses saisons. Mais grâce à la relégation, nous avons enfin en ligne de mire un des rares trophées manquant à notre palmarès, celui de champion de France de Ligue 2. Pour cela, nous avons décidé de féliciter les joueurs majeurs qui ont permis à notre cheptel de pouvoir rêver à nouveau de titres...

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LES TROPHEES DES MOUSQUETAIRES

Le ballon d’oxygene recompensant le meilleur vieux Qui d’autre que Mahamadou Diarra pour le ballon d’oxygène ? Arrivé avec une flatteuse réputation de grand joueur, de taulier, de leader, il s’est révélé être un grand assidu... de l’infirmerie. Un malade imaginaire qui a redoublé d’imagination pour s’inventer des bobos toujours plus improbables, passant de la jambe gauche à la jambe droite avec une dextérité remarquable. Une telle maîtrise des blessures du footballeur mérite le respect. Celui qui a touché 1,5M€ de salaire pour avoir jouer les buldozzers à réactions lors de deux pauvres matchs potables en 6 mois restera comme l’un des plus grands garde-côtes à la mie de pain de ces dernières années. Et pourtant, il y a du lourd en face.

Le ballon de rouge recompensant le joueur le plus fantasque, le plus fetard, dont les dribbles chaloupes ont ete plus efficaces au Casino que sur le terrain La « Ferrari », comme a osé le surnommer l’agent de Dieumerci Mbokani, est l’un des flops de l’année. Monaco les a collectionnés, mais cet escogriffe est largement au dessus des autres. Ce n’était pas faute d’avoir eu vent de son comportement de bachi-bouzouk en Belgique et de ses frasques. Sans surprise, le grand nyctalope s’est rapidement mis au diapason monégasque, entre crises d’ego et visites régulières au Casino, il nous a bien niqués. Comment imaginer faire signer un porc-épic mal embouché comme Mbokani dans un lieu de tentation comme la Principauté ? Vous en rêviez, nos hurluberlus l’ont fait.

Le ballon prisonnier recompensant le joueur qui a le moins joue Le terme de « prisonnier » lui sied à merveille. Pascal Feindouno a en effet plus brillé en cellule de dégrisement que sur un terrain. Ses déhanchés et ses dribbles furent plus efficaces sur le dancefloor que dans les rares matchs où il fut en état de jouer. Cet arlequin qui se décrit lui-même comme un magicien tire plus du Gollum que d’Harry Potter. Soulographe recroquevillé sur sa précieuse et intarissable bouteille, ouvertement branleur sur le banc de touche, il fut payé grassement pour amuser la galerie. A ce tarif-là, louons Gad Elmaleh, au moins, on ne rira pas jaune.

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LES TROPHEES DES MOUSQUETAIRES

Le ballon dirigeable recompensant le dirigeant qui a du mal a diriger La « caution monégasque » selon les moules à gaufre des Ultras Monaco. La caution, c’est pour sortir de taule, non ? Avec comme alibi d’être un ami proche du Prince, Michel Aubéry, naturalisé monégasque voici peu, a l’immunité. Il peut enchaîner les énormités, des transferts foireux aux coups bas vicieux, cet amiral de bateau-lavoir a fait porter le chapeau au seul français du groupe (Keller), et en plus, on lui dit merci. Avec autant d’expérience du football de haut niveau que n’importe quel vendeur de Décathlon, ce peintre s’est superbement mélangé les pinceaux. Il reste en course pour détrôner Gérard Brianti dans le rôle de pire vice-président de l’histoire du club.

Le ballon dort recompensant le joueur le plus feignant Le plus gros boulet de l’ère Ricardo n’a fait qu’une chose depuis son arrivée : simuler. Alejandro Alonso simule quand il va au pressing, quand il fait une passe, quand il joue son rôle de capitaine. Des écornifleurs, on en a vu un paquet en rouge et blanc ces derniers temps. Mais des comme lui, qui se branle autant sur un terrain, c’est rare. Comme tous gibiers de potence, son départ a été acclamé comme il se doit par les supporters, ravi de le voir jouer les coupe jarrets auprès des arbitres sous un autre maillot...

Le ballo(n)telli recompensant le joueur avec le plus gros ballon Le prêt de Yohan Mollo à Caen a permis de valider deux choses : d’une part son talent intéressant, d’autre part sa macrocéphalie très aigue, et son comportement de zigomar dès qu’une caméra ou un micro entre dans son champ de vision. Flibustier à l’heure de couler l’ASM en marquant un but au Louis II, ce gredin va devoir se sortir les doigts du string s’il veut vraiment nous faire croire que Monaco est son club de cœur…

Le Camel trophy recompensant la plus grosse deception, notre ballon de plomb a nous Cet anacoluthe de footballeur sera passé par tous les états : d’abord dépositaire du jeu monégasque, puis bibendum déprimé, puis ectoplasme sous Guy Lacombe, pour finir jocrisse chez Banide. Mathieu Coutadeur est véritablement le digne successeur de Camel Meriem, cet olibrius au prétendu talent mais pas capable de faire une passe à trois mètres correcte…

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LES TROPHEES DES MOUSQUETAIRES

Trophee special Chuck Norris recompensant un joueur pour son devouement a la patrie Indubitablement le meilleur monégasque en cette triste saison, Stéphane Ruffier mérite lui aussi un trophée de la part des Mousquetaires. Mais celui-ci n’a pas la même valeur que les autres. En hommage à un joueur qui en a, voici les Ruffier Facts remis au goût du jour : - Stéphane Ruffier ne descend pas en Ligue 2, c’est la Ligue 2 qui monte jusqu’à Stéphane Ruffier. - Stéphane Ruffier ne croit pas en Dieu, mais Dieu croit en Stéphane Ruffier. - Dans les cours des centres de formations, on leur apprend le plus que parfait pour pouvoir parler de Stéphane Ruffier. - Tu ne prends pas le ballon dans les pieds de Stéphane Ruffier, c’est Stéphane Ruffier qui te le donne. - Stéphane Ruffier peut capter des ballons au baby foot. - Stéphane Ruffier n’est jamais en retard sur un ballon, c’est le ballon qui est en avance. - Il y a deux mains qui battent la Quinte Flush Royale, la main gauche et la main droite de Stéphane Ruffier. - Mamadou Sakho a serré la main de Stéphane Ruffier avant PSG/Monaco en décembre. Depuis il joue avec un platre... - Quand l’arbitre donne un carton rouge à Stéphane Ruffier, c’est l’arbitre qui est expulsé. - Un soir, un commentateur a dit que Stéphane Ruffier marchait sur l’eau. C’est faux, Moïse a marché sur l’eau. Stéphane Ruffier a marché sur Moïse. - Mark Landers a arrêté le foot le jour où Stéphane Ruffier a repoussé un tir de l’aigle en éternuant. - Une fois, Stéphane Ruffier a violemment heurté un poteau en faisant un arrêt. Depuis, ce poteau porte un casque - Stéphane Ruffier n’a jamais mal aux aducteurs. Il est juste très sympa avec Sébastien Chabbert. - Stéphane Ruffier n’est pas blessé, il voulait essayer une nouvelle perruque. - Stéphane Ruffier a déjà pris un but. Il était à terre, les yeux bandés et menotté à son poteau. Et encore, il a effleuré le ballon.

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24H CHRONO

Feuilleton du début de l’été, et fantasme des supporters depuis presque 10 ans, l’arrivée d’un repreneur russe a encore une fois été plongée dans les oubliettes. Une solution interne semble encore une fois avoir la préférence des hautes instance monégasques, n’ayant pas vraiment retenu les leçons du passé. Cependant, voici ce qu’aurait pu donner 24 heures dans la vie du club, si les Russes étaient venus avec leurs 150 millions... 5h35 : Fred Nimani se réveille, en sueur : « Non, pas ça, pas ça ! Faites que le MacDo ne soit pas remplacé par un MacKanardoff ! Elle n’ont aucun gout leurs frittosky ! » 6h46 : Le Prince Albert se réveille en sursaut. Comme chaque nuit depuis l’arrivée des investisseurs, il fait toujours le même rêve : il est aspiré dans la console de jeu de son fils caché, et finit à la place d’un cube au milieu du jeu tetris. 7h32 : Le nouveau président russe de l’ASM prend son petit déjeuner à bord de son yacht au large de la Principauté. toast de caviar et vodka aromatisée au café. 8h35 : En arrivant dans les locaux du stade, Franzi prend peur : « Oh mon Dieu, ils ont enlevé toutes les photos du Prince et de Charlène pour mettre des portraits de Brejnev ! » 9h02 : Raymond Bella arrive à La Turbie dans une Lada immatriculée sobrement « KGB » et passe en revue l’effectif. 10h30 : Laurent Banide donne les premières consignes d’entraînement : « Camarades, nous allons mettre en place une petite perestroïka à la sauce monégasque. Vous êtes tous égaux désormais. Un salaire unique de 1500€ chacun, pas de distinction. Nous nationalisons votre droit à l’image. Tous vos contrats pub nous appartiennent, vos voitures également. Et le premier qui l’ouvre, on l’envoie au Goulag à Metz, vu ? » Dans le fond, un grand barbu et un maigrichon dans un short vert applaudissent. 10h50 : Didier Deschamps parle à la presse : « Même s’ils sont en Ligue 2, avec 150 millions,

on peut dire que Monaco est désormais un grand club... » 11h05 : Christian Schmidt est ravi de présenter à l’effectif ses nouveaux camarades, qui l’assisteront à la préparation physique : Igor Brutalovic et Alexander Broyeranov, deux anciens agents du KGB. 12h13 : Dans la cantine, les joueurs mangent en silence devant un portrait de Marx Keller. 13h12 : Etienne Franzi annonce sobrement que le Stade Louis II sera renommé le Stade Lénine et que les bureaux de l’AS Monaco seront désignés par le terme « Kremlin ». 14h04 : Dieumerci Mbokani, enchanté à l’idée d’avoir de la vodka directement importée de Russie, annonce vouloir rester à l’AS Monaco, car ça a toujours été son club de coeur. 14h30 : Un communiqué de presse tombe. Pascal Feindouno souhaite finir sa carrière à l’AS Monaco, qu’il déclare être son club de coeur, plus que Dieumerci. 15h18 : Michel Aubéry appelle les Ultras : « J’ai une requête de la part de nos nouveaux investisseurs. Il faudrait changer la chanson « Nous sommes l’armée rouge et blanche... » en « Nous sommes l’armée rouge... » Et en coeur ! » 15h48 : Yohan Mollo, découvrant les nouvelles hôtesses du Louis II directement importées de Saint Pétersbourg, déclare vouloir aller en finale de Ligue des champions avec l’AS Monaco. Car c’est son club de coeur, plus que Dieumerci et Feindouno réunis.

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16h25 : Mme Aubéry appelle Pizza Hut : « Bonjour, dans le cadre de notre prochain partenariat, je voudrais savoir si quand on commande quatre pizzas d’un coup, c’est une bouteille de vodka que l’on a gratos, au lieu de la bouteille de coca ? »

Lolof et Constantin Krozciewofsky (Russie) vont rejoindre La Turbie dès lundi prochain.

17h36 : Sylvain Legwinsky est promu secrétaire général du parti national communiste de Monaco. Il sera secondé par Michal Auberisky, qui a recement demandé la nationalité russe.

19h53 : Terence Makengo n’en revient pas ! Quand il a branché sa Wii pour jouer à Super Mario, le personnage principal a perdu la moustache, sa casquette a été remplacée par une chapka et désormais, Camarade Marioski doit écraser les capitalistes à coup de boules de neige...

18h14 : Devant un parterre de journalistes spécialisés, le nouveau président de l’ASM, ainsi que Laurent Banide, annoncent les nouvelles recrues. Wagneau Love (Brésil), Dimitry Smack (Ukraine), Raspoutine Taclalakarotidieff, Igor

18h45 : Olivier Rouyer, découvrant les recrues monégasques, déclare être bien content que l’ASM soit en L2.

20h18 : Dans la salle de réunion du Stade Louis... euh, du Kremlin, les dirigeants russes expliquent aux autres actionnaires leur plan de modernisation. « Nous prendre avion pour voyage Ligue 2. Pas bon bus, surtout quand devoir laisser priorité à droite... Jamais la droite ! Alors pour déplacement, nous prendre Tupolev, très bien voler ça, Tupolev ! » 21h15 : Yohan Mollo, qui a embarqué une des hôtesses russes du club chez lui, est en train de lui faire le grand jeu, lui montrant ses pectoraux sous son beau t-shirt rouge. La nana, pas impressionée, prend une bouteille qui traîne, et lui fracasse sur la tête : « Toi dormir, car toi demain entraînement ! » 23h52 : Alors que Dieumerci MBokani se présente devant la porte du Jimmy’z, deux gros mastards, crane rasé et roulant les « r » s’approchent devant lui. « Si toi passer porte, nous casser doigts de toi. Si toi essayer encore, nous casser bras de toi. Ordre formel, toi aller dormir. Sinon, nous assommer toi. Da. » 02h24 : Le téléphone rouge de Michel Auberyski sonne, c’est Vladimir Poutine au bout du fil. Nouvelle consigne pour le lendemain : convaincre le Prince de déclarer la guerre à la communauté Tchétchène de Nice ! 03h42 : Jean-Michel Aulas se réveille en sursaut : « Des russes à Monaco... 150 patates... 150 PATAAAATES !!!!! DEFISCALISEES !!!!!!!!! »

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Un écrin scintillant, un club de foot légendaire, un joueur fantasque et talentueux chargé d’éviter le naufrage. Mais derrière cette façade, des choses pas très catholiques se trament. Le joueur disparaît mystérieusement, le club de foot fonce vers les bas fonds, et certaines personnes sont à pied d’œuvre pour que l’écrin jamais ne se fane, quitte à travestir les faits. La vérité est pourtant une chose qui ne souffre aucun compromis... Plage du Larvotto, par un très chaud dimanche du mois de mai. J’avais décidé de prendre du bon temps, et cela faisait deux bonnes heures que je jouais au lézard sur un transat. Peau brûlante et humide, lunettes Rayban sur le nez, faire la crêpe au soleil n’est pas franchement dans mes habitudes. Mais aujourd’hui, je fais un peu exception, et puis j’ai une excellente excuse. « Trente ans, les yeux verts. » Amélie, la petite vendeuse du rayon loisirs créatifs qui me tourne autour depuis pas mal de temps, a réussi à me faire craquer. Je l’ai souvent repoussée, pas forcement avec la plus grande finesse, parfois même volontairement ignorée. Je lui ai menti plus que de nécessaire, mais elle est toujours revenue à la charge, elle s’est accrochée, elle s’est inquiétée pour moi, elle m’a suivi à la trace. Devant tant d’abnégation, j’ai fini par accepter un repas et un après-midi à la plage. « Et avec le 95C 100% naturel qu’elle me fout sous le nez, je suis bien con de pas avoir craqué plus tôt. » Les femmes et moi, c’est compliqué. Je me fais facilement avoir. Ça va un temps, puis elles partent, et ne reviennent jamais, me laissant seul avec mes névroses et mes désillusions. « Mon chat, lui, il revient tous les soirs. » Mais pour faire plaisir à cette nana et pour honorer sa formidable ténacité, je suis vautré sur un transat en train de lire le dernier Glen Cook. « Et de prendre un méchant coup de soleil dans le dos. » A midi, on a mangé à la Note Bleu, agréable restaurant à même la plage. Comme on est début mai, il n’y a pas encore trop de touristes et on a pu discuter tranquillement sans avoir un bourdonnement dans les oreilles. Quelques cocktails, un peu de vin, une excellente salade et deux heures plus tard, me voilà avec la vessie réclamant son dû. Je largue Amélie, le nez plongé dans un quelconque magazine people, histoire d’aller expédier les affaires courantes.

Les trois pissotières étant déjà occupées par des touristes dont la rougeur du dos et le double menton me laissent entendre qu’ils sont anglais, j’ai été obligé de me rabattre sur les toilettes à cuvette plus traditionnelles. « J’aurai dû prendre mon bouquin. » Mon Glen Cook m’avait à peine traversé l’esprit qu’une enveloppe de papier kraft fut glissée jusqu’à moi... « Funérailles ! » Puis quelqu’un s’appuya contre la porte. « Comment allez-vous ? » Cette voix... Cauchemar... « Bonjour Monsieur X. » Il était ravi de voir que trois ans après, je ne l’avais pas oublié. Comment aurai-je pu. Me faire manipuler, tabasser, téléguider, pour au final tuer un homme et sauver la femme d’un joueur, c’est vraiment pas le genre d’événements qu’on élude d’un claquement de langue. « Lâchez-moi ! »

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Évidement, il ne m’écouta pas. « Et moi plus curieux qu’un concierge, je suis déjà en train de compulser l’enveloppe. » La dernière fois, le capitaine de l’ASM s’était fait percer un conduit d’aération de la nuque jusque dans l’œil. « Le tout dans une ambiance de Hachis Parmentier. » Cette fois-ci, c’est la photo d’un type basané comme seul peut l’être un pot de Nutella, un front plat et large façon écran de cinéma et une moustache qui n’a pas dû voir de rasoir depuis la chute de Franco. « Une vraie caricature. » Pas de sang, pas de trou béant sur le corps, notre type semble, est surtout, bel et bien vivant. « Ce gars-là, je l’ai déjà croisé quelque part. » Raclement de gorge de l’autre côté de la porte. Votre mission, si vous l’acceptez... « Il doit prendre un pied terrible à se la jouer façon série d’espionnage vintage des années 80. » Le moustachu, c’est un grand méchant. Il est mexicain, et comme dans les films de gangsters, tout le monde sait tout sur lui, sauf que personne n’a jamais rien pu prouver pour le faire tomber. «  Lancez le Bat-signal, Bruce Wayne est super doué pour ce genre de job. » Gloussement. Moustache avait disparu après l’affaire Roma, car mouillé jusqu’aux sourcils. C’est à ce moment-là que je l’ai croisé, avant de défenestrer un serial killer déguisé en curé. Mais depuis janvier, il tourne à nouveau en Principauté. Et comme par hasard, on a vu dès lors débarquer un wagon entier de joueurs aussi douteux qu’exotiques. « Ah bon, ça n’a rien à voir avec l’incompétence des dirigeants ? » Le plus inquiétant, c’est que parmi tous ces joueurs recrutés, il y en a un qui a bel et bien disparu de la circulation : Pascal Feindouno. « Vous avez regardé dans toutes les cellules de dégrisement de la région ? » Ma mission, puisque que je n’ai d’autre choix que de l’accepter, c’est de retrouver le fantasque gogo-dancer que le moustachu nous a fourgué en tant que joueur de foot. Et comme pour Madame Roma, j’ai tout loisir de faire ce qu’il faut pour qu’il remonte à la surface. « Difficile de refuser vu la liasse de billets de 500€ qui traîne au fond de l’enveloppe. »

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Dans sa grande mansuétude, il me donne même un début de piste, un axe de recherche. Je n’ai qu’à remonter un fil à moustache. « Mais puisque vous savez déjà tout, pourquoi ne pas avoir tout balancé à la police ? » Parce que quelqu’un chez eux, ou même plus haut, trempe dans cette histoire. Parce que ça serait le moyen le plus sûr pour que notre suspect s’en aille au Qatar ou ailleurs. « Parce que vous aviez été très efficace la dernière fois... » Je continue de râler, lui expliquant que tout cela ne me concerne pas, et que je suis désormais trop vieux pour ces conneries... Tout en parlant, je me suis silencieusement reboutonné le futal. J’ouvre la porte d’un coup, sûr de démasquer Monsieur X. « Et merde, il s’est déjà barré ! » De retour sur mon transat, la tête dans le gaz, je découvre une Amélie qui a profité de mon absence pour sortir l’artillerie lourde en se la jouant topless. « Dis, tu peux m’aider à me passer de la crème ? » ooOOoo Lundi midi. Jean levis faussement délavé, maillot NBA floqué Jason Kidd sur le dos, Rayban sur le pif, c’est avec la tronche d’un touriste américain que je me balade dans les rues de ma Principauté, baignée d’un soleil de plomb. J’ai le sourire aux lèvres, les yeux qui se croisent et une paire de valoches sous les paupières. « La nuit a été courte, très courte. » Ce matin, j’ai ramené Amélie au boulot, et j’en ai profité pour poser 15 jours de congés. « Car la mort de tata Suzanne ne marchera pas deux fois de suite. » J’ai craqué pour le resto, je me suis laissé faire pour la plage, et pour le reste aussi. « Soit-disant, elle ne fait jamais ça le premier soir... Vivement la suite ! »  Je me suis attablé rue Princesse Caroline, chez un glacier de ma connaissance, avalant une excellente boule au thé vert dans un pot couleur fuschia. J’attends que le froid me remette le cerveau en place. Difficile de penser droit quand on a la tête et les sens qui partent en céleris rémoulade. « Une admirable paire de seins et une grande expertise en galipettes ».


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Mais je ne suis pas fourré là gratuitement. Monsieur X a appuyé là où il faut. Et si j’ai les hormones en feu, ma curiosité picote de plus en plus fort. Cette histoire est bizarre. A quoi ça sert de kidnapper un joueur de foot ? Qui est assez idiot pour monter un coup pareil ? Et qui profite du fait que ce machin soit resté secret, que personne n’en a parlé ? « Le bizarre, ça me plait ! L’ordinaire a des centaines d’explications. Le bizarre en a quasiment aucune. Et ça c’est cool ! » Du coin de l’œil, je surveille une entrée d’immeuble un peu plus haut dans la rue, entre la boutique Horus, aussi active que Lénine au fin fond de son mausolée, et le Monte-Carlo Footwear, vendeur de pompes où j’ai jamais mis les pieds. « Dernière adresse connue de mon Mexicain selon les infos de Monsieur X. » Ma boule de thé vert étant finie, je me lève pour commander quelque chose de plus consistant, un duo sésame-chocolat noir. « Ça devrait être interdit par la convention de Genève de faire des glaces aussi bonnes. » Si moustache ne se pointe pas dans les plus brefs délais, je vais devenir obèse. Mon pote fabricant de petits paradis froids et parfumés se pointe, précé-

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dé de son affreux bermuda vert. « Toi, tu as la tête des gens fatigués. » Fait chier, j’avais presque réussi à me sortir Amélie du cerveau pendant 10 minutes. « Difficile de penser à autre chose que ses douces mains jouant avec ma cabane bambou. » Pour m’aérer les idées, j’embraye sur le match de foot du weekend prochain. Mon pote me regarde d’un air bizarre. Un voile de stress s’abat sur le visage de ce supporter de l’ASM devant l’éternel. « Soit on gagne, soit on est relégué en Ligue 2...  Ou presque. » Je tente une autre approche, qui est aussi intéressée que décalée. « Et tu crois que Feindouno va finalement le jouer ce dernier match ? » Grognement, puis ricanements. Triste destin pour ce club jadis au firmament européen. Moi, ancien supporter, ancien Ultra, j’ai complètement décroché. Voir mon club se vautrer dans la fange et insulter le football par un jeu restrictif et sans saveur, s’en était trop pour ma petite personne. Ma passion était forte, mais pas au point de virer dans le sadomasochisme. « Et en plus, qu’est ce qu’on s’emmerde au stade... »

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Nous restons tous les deux silencieux. Fugace instant de recueillement. Un troupeau de clients venant d’entrer dans son glacier, mon pote est obligé d’aller vaquer à ses obligations professionnelles. « Et pendant ce temps-là, mon chocolat fond lamentablement sur le reste de sésame... » Un gloussement me tire de ma torpeur. Cet horrible son guttural provient de deux nanas entrain de remonter la rue. Elles arborent un décolleté plongeant sur pas grand chose et un mini short de chez ralatouffe. Un sac Zara pendouillant au niveau du coude, des lunettes hors de prix leur donnant la tête de zobi la mouche, le maquillage fardé à la truelle, elles se donnent l’allure de filles de plus de vingt berges. « Je miserai sur 17 ans maximum pour ces prout-prout girls. » Elles arrivent devant le magasin Horus. Derrière les deux nunuches, la porte de l’immeuble s’ouvre. Un type en sort, prudemment. Il regarde à gauche, puis à droite, avant de descendre dans ma direction. Il arbore une couleur muscadée intéressante, et surtout une belle moustache qui sied bien à mon cœur. Je lâche un billet, récupère mon sac, et prend congé de mon pote. « Que la partie commence ! » Le train de marche du Mexicain est loin d’être rapide. Il se balade, les mains dans les poches, une clope au bec, avec une nonchalance et une décontraction assez déconcertante. « Je m’en tirerai bien une petite moi aussi... » Arrivé au bas de la rue Caroline, il bifurque à gauche, direction le buraliste. Il n’y reste qu’un couple de minutes, juste le temps de ressortir avec un magasine de yachting roulé sous son bras. « Et aussi un paquet de clopes ! » Je donne le change, et achète un paquet de chewinggums à la chlorophylle. « Qu’est ce que j’ai été con le jour où j’ai décidé d’arrêter de fumer... » Mâchouillant tel une vache regardant passer le train en plein milieu de la Mayenne, je continue de filer mon moustachu. Une cinquantaine de mètres devant moi, il avance, serein. Brève pause au Pizza express du petit supermarché Casino pour s’acheter une grosse part de Royale toute dégoulinante de fromage. Il la déguste en marchant, traversant la chaussée pour se rendre en direction de la mer et des bateaux. « Si jamais je le perds, il suffira de remonter un à un les morceaux qu’il laisse tomber en mangeant, ce goinfre. »

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Nous dérivons le long du port, et malgré sa faible allure, j’en mène pas large. Il n’y a pas foule, si bien qu’avec un minimum de méfiance, mon gars pourrait me repérer avec une grande facilité. « Et puis j’ai pas non plus le physique pour me déguiser en courant d’air. » Je suis encore plus à découvert quand mon bonhomme s’assoit sur un rebord, au niveau de la piscine du port. Face à la route, il termine tranquillement sa part de pizza. Planqué derrière une camionnette, je me sers du rétroviseur latéral pour observer le Mexicain finir sa pitance et balancer le carton dans la mer. Il reste là un petit moment, avant de se tortiller sur place. Il attrape son téléphone portable. La conversation est brève. « Ça me plait pas trop cette affaire... » Une petite dizaine de minutes à faire les cents pas devant la statue du plongeur, puis un coup de klaxon nous fait sursauter tous les deux. Une énorme Audi noire vient se garer à hauteur du Mexicain moustachu. Un gros monsieur à la mine fort peu sympathique est au volant. Il a les cheveux gris et les joues flasques. Un local, si j’en juge la plaque d’immatriculation monégasque de sa bagnole. Le Mexicain monte dedans... « Et là, je l’ai dans l’os ! » La grosse berline démarre. J’ai une petite seconde de désarrois, avant de me ressaisir. Je grimpe les


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pecterait le code de la route, et devoir se payer tout le tour du port. Ou alors couper à travers champs et rues en sens unique, façon personnelle de remonter un peu le temps, mais sans la Doloréane. « Nom de Zeus ! » La ruelle qui rejoint la rue principale est pavée et humide. Ne craignant point la chute avec mon scooter trois roues, je la remonte à fond. « Et je prie Sainte Dévote pour qu’aucune voiture ne vienne à contresens. » Grand coup de guidon sur la gauche pour me remettre dans le sens de la marche. Regard dans les rétros, j’ai déboulé juste avant un autobus. Le flot de la circulation étant assez fluide, l’Audi est hors de mon champ de vision. « Ma première filature va se finir à la flotte. »

escaliers à toute bourre et stoppe devant l’arrêt de bus face au petit Casino. « Il me reste une chance sur trois. » La voiture passe devant moi. Premier soulagement. Si elle prend l’avenue d’Ostende, je suis cuit. Si elle tourne à Sainte Dévote, j’aurai un peu de chance. Encore quelques mètres... Clignotant à gauche, bingo ! « Allez cours mon gars, court ! » Je pars en sprint le long du boulevard Albert 1er, traversant la route à l’arrache, provoquant la grogne de quelques automobilistes, et des sueurs froides pour un scooter qui n’a rien d’autre à faire que freiner en catastrophe, voir sa vie défiler devant ses yeux au moment où sa roue arrière lui échappe, puis me gueuler dessus quand il récupère le contrôle de sa brèle. « Putain de touriste ! » Mais je suis déjà loin, ayant bifurqué à droite en direction de la police, puis à gauche, traçant vers le square Gastaud. Sportif du dimanche avec peu de sommeil, j’ai ralenti l’allure. « Pourvu qu’il y ait du bordel rue Grimaldi. » C’est en soufflant comme un bœuf que j’arrive à mon scooter, que j’avais garé pas très loin du glacier. Je suis désormais motorisé, mais je ne sais pas quel est mon retard. « Et avec toutes ses rues en sens unique, je suis pas encore arrivé. » Mon gros MP3 démarre au quart de tour. Deux solutions s’offrent à moi : prendre le trajet qui res-

Par chance, j’ai plus ou moins récupéré mes facultés intellectuelles, si bien qu’en réfléchissant un tantinet, je m’aperçois que mon moustachu, vu le trajet qu’il a suivi, il n’a pas trente six endroits où aller. « S’il avait voulu aller au stade ou sortir de Monaco, il aurait prit le tunnel au bout du port. » J’enquille le rond point en haut de la rue Grimaldi, puis je me jette en direction du boulevard Rainier III. Les rues défilent, mon compteur affiche entre 80 et 90, je remonte de longues files de voitures qui bouchonnent au ralenti, mais toujours pas la moindre Audi noire... « Damned ! » J’arrive à l’échangeur Sainte Dévote. Mon Audi est toujours hors de vue, et le chemin se coupe à nouveau en deux. M’appuyant sur la même théorie, je me dis que s’il avait voulu aller sur la droite vers Monte-Carlo, il serait déjà monté par l’avenue d’Ostende. Je prends donc le grand virage qui part en direction du Jardin Exotique. « Et je remets un coup d’accélérateur. » Assez peu fréquenté, je remonte ce boulevard qui a hanté ma jeunesse, la poignée dans le coin. Je ralentis à peine en passant devant les policiers en faction peu avant la frontière, et je déboule hors de Monaco... « Et l’Audi, je l’ai pris dans le fondement, bien profond ! » C’est en m’insultant copieusement que je fais demi tour sur un rond point. Je repasse devant le Jardin exotique, laisse derrière moi le musée de la villa Paloma, les jardins princesse Antoinette... J’arrive tout juste aux Moneghettis

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quand je file un coup de frein terrible qui fait crisser mes pneus et me déleste d’un peu de gomme sur la chaussée. Une grosse voiture noire vient de me passer devant à contresens. « Dès que cette histoire est finie, promis, je vais déposer un cierge à Sainte Dévote. » ooOOoo Eze village, partie grande corniche, plus de 600 mètres d’altitude, la mer à deux pas, ou presque. C’est là que se rend mon Audi. Après être sortie de la Principauté, la voiture s’est engagée sur la route menant vers La Turbie, passant non loin du centre d’entraînement de l’AS Monaco. Puis elle a pris la grande corniche, et en arrivant à Eze, elle a ralenti l’allure. Deux virages après être sortie du village, la voiture est entrée dans une allée sur la gauche, avant de s’immobiliser dans la cour d’une grande villa bordée d’arbres.

J’ai suivi ce manège à bonne distance, histoire de ne pas trop me faire repérer. « Je me suis aussi pelé les miches, car avec l’altitude, mon débardeur est aussi utile qu’une crème solaire à un habitant de Newcastle. » De ma position lointaine, j’ai quand même réussi à apercevoir que la voiture contenait trois passagers. Si je l’ai perdu un moment tout à l’heure, c’est parce qu’ils se sont arrêtés pour prendre ce troisième larron. « Mais qui et où ? » Je passe devant la villa, sans ralentir. Derrière mes Rayban je vois les trois gugus remonter une allée. De dos, et à soixante à l’heure, je ne distingue du troisième bonhomme que sa peau ébène, sa coupe afro et sa démarche nonchalante. « Je mettrai bien une petite pièce sur mon joueur kidnappé. »

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Je passe quelques virages histoire d’être hors de vue, puis je me plante sur le côté, coupant le moteur. J’en profite pour prendre ma veste sous la selle, histoire de changer un peu mon allure. Mon maillot NBA est bien chouette, mais là, ça commence à devenir sérieux, l’heure des touristes est révolue. J’attends une dizaine de minutes, puis fait demi-tour. En repassant devant la villa, je constate que les grilles sont fermées, que l’Audi est toujours là, et qu’un gros mastard surveille la route. « Plus de doutes à avoir, ma cible est forcement là. » Je fonce au village, gare mon MP3 sur la première place venue, avant de m’engouffrer dans le petit troquet du coin. « Patron, un demi ! » Deux heures plus tard, j’étais de retour sur la route, mais cette fois-ci à pied. Le vent s’est levé, si bien que ma veste en cuir est la bienvenue. La route étant sinueuse et à flan de précipice, j’ai trouvé un coin tranquille depuis lequel j’ai loisir d’observer de loin l’entrée de la villa sans être vu. « Une paire de jumelles, un transat et ça serai le top. » Le temps s’écoule, le vent passe et un rapace fait des ronds dans le ciel. De gros nuages gris ont pris leurs quartiers et c’est désormais un bel orage qui menace. Rien n’a bougé à la villa, sauf le vigile qui fait les cent pas. « En d’autres temps, j’aurai déjà grillé une bonne grosse centaine de clopes. » Le paquet de chips que j’ai acheté au village vient de rendre l’âme. Une camionnette me passe devant. Un grand chauve derrière le volant, des plaques d’immatriculation italiennes, une couleur grise extrêmement banale, c’est le genre de véhicule utilitaire que l’on ne remarque jamais tant ils font partie du décor. « Sauf que cette camionnette pénètre dans ma villa. » Ils étaient déjà trois, plus le garde, plus probablement quelqu’un déjà dans la villa... Le comité d’accueil va être fourni si jamais je trouve le courage de tenter de sortir Feindouno de là... « D’autant plus que l’euphorie suite à mes deux bières commence à s’estomper. » De toute façon, ma seule alliée va être la nuit. Et comme il reste quelques heures avant que cette coquine arrive, j’espère encore que mon joueur aura changé d’endroit d’ici là... « Un truc qui tourne en ma faveur ? Faut pas rêver ! » ooOOoo


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La pluie s’est maintenant invitée. Une vrai pluie d’été, avec ses grosse goutes chaudes et humides, un vent tourbillonnant, et des éclairs pleins le ciel. « Encore mieux qu’un concert de Jean-Michel Jarre. » Le dos courbé, plus par réflexe que pour me protéger de quoi que ce soit, je m’approche des murs qui entourent la villa. Mon plan est simple : me débarrasser du vigile, et ensuite, improviser. « Ce plan est le pire plan... À l’exception de tous les autres. » Je passe ma tête pour faire un état des lieux. Tout est calme. Le mastard s’est réfugié sous un arbre, dans un coin, de l’autre coté de la grille. Il est comme moi, il prend l’eau. Je me surprends à le plaindre. Boulot de merde, temps de merde, vive la galère. « Finalement, vigile au Métropole, c’est un vrai travail grand luxe ! » Je reviens sur mes pas. Le mur fait un angle droit, m’offrant un appui plus facile. Un éclair zèbre l’horizon, suivi par son vacarme caractéristique. J’en profite. Un bond et une traction, et me voila basculant de l’autre coté. « Mais qu’est ce que je fous à pénétrer par effraction dans une villa moi ? » Je me laisse retomber comme une merde. Comme on est pas dans les films américains, il n’y a pas de feuilles pour amortir ma chute. Juste mon épaule. « Et crack ! » Je me relève péniblement. Ma clavicule souffre une fois de plus, mais pas le temps de la remettre en place correctement. Je longe à nouveau le mur, et arrive en vue du portail. L’autre n’a pas bougé. Il prend l’eau et attend. « Le premier qui éternue a un gage ! » Le temps passe. La nuit est maintenant pleine, et la pluie partie pour irriguer toute la région. La disposition des lieux est assez simple : derrière le mur d’enceinte se trouvent plusieurs rangées d’arbres formant une protection naturelle contre les voyeurs indélicats. Sur ce que j’ai pu observer tout à l’heure depuis Google Earth, la villa est entourée de ces arbres, sauf au niveau de la façade qui est face à la mer, puisqu’il y a une grande terrasse avec piscine, et un grand jardin plus en contrebas. Du portail débouche une allée qui semble taillée à la grosse cisaille au milieu des arbres. Cette allée donne sur une petite courette, servant à garer les véhicules. L’Audi est là, la camionnette aussi. Der-

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rière, je distingue une troisième bagnole, encore une grosse berline noire. La seule lueur vient du porche d’entrée de la villa, éclairant faiblement l’allée jusqu’au portail. « Et le montant de l’impôt sur la fortune s’élève à... » Le gars basané devant l’entrée m’offre enfin une ouverture. Il s’écarte de son poste et se plante devant un autre arbre pour soulager sa vessie. Je m’approche doucement. Un nouvel éclair zèbre la nuit. Il se retourne. Le réflexe premier de tout bon action man de cinéma aurait été de plonger derrière la première protection venue, dans mon cas, un arbre pourrait faire l’affaire. Pas moi. A moins de 10 mètres de lui, je me fige sur place. Il fixe l’obscurité, regarde plusieurs fois dans ma direction. Un ange passe... « Mais à qui va-t-il faire un bras d’honneur ? » N’ayant rien vu, il se passe la main dans les cheveux, avant de reprendre sa miction. « Ce n’est pas un cierge que je vais déposer à Sainte Dévote, mais toute une cagette... » Plus le temps de jouer les grandes statues des jardins du Casino. Je me rue sur le vigile, lui attrape la tête pour la propulser contre l’arbre, avant de lui envoyer une grosse manchette dans la nuque. Mon épaule choisit ce moment-là pour se remettre en place. On étouffe tous les deux un cri, mais je suis le seul à rester sur mes deux jambes. Bing, rideau. « Il passera le reste de sa nuit dans une flaque de pisse et d’eau. » Je le fouille et le soulage de son pétard, qui est loin d’être mouillé, avec six précieuses pastilles à l’intérieur. Je reluque son portefeuille et subtilise une carte d’identité au nom d’Omar Tatouhé. Regardant ses bras et la base de son cou, on peut dire qu’il porte bien son nom le gugus. « Comme je suis un gars sympa, je lui laisse ses billets... » Je remonte l’allée, longeant les arbres pour rester un maximum à couvert. La pluie m’offre une protection de qualité, puisque vu le temps de cochon, je risque pas de trouver grand monde dehors. Et le bruit de l’orage couvre plutôt bien celui de mes Reebok sur le gravier. Désormais collé à la maison, je m’approche doucement des zones civilisées, histoire de faire le point. J’approche ma tête de la première fenêtre éclairée. « Génial, un type chauve assis sur les toilettes en train de lire Monaco Hebdo... »

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Un silencieux et l’instinct d’un tueur de jeux vidéos en plus, et je l’aurais bien descendu ce mec, histoire d’éliminer au compte goutte mes adversaires potentiels. « Mais si Feindouno n’est pas là, je n’aurais plus qu’a fuir au Népal... » J’arrive à l’angle de la villa. Ce flan est dans la pénombre totale. Aucune fenêtre éclairée. Le seul trait de lumière provient de persiennes tirées jusqu’en bas. Probablement une chambre, si j’en juge les couinements et les « oh oui ! » que j’entends assez distinctement. « Il y a donc une nana dans le lot... » Nouvel angle, nouvelle façade. J’arrive au bord de la terrasse, très bien éclairée par la lueur en provenance d’une baie vitrée donnant sur un salon. Bref coup d’œil. En plus d’une télé à peine moins large qu’un écran de cinéma, et un canapé en cuir dont je m’étonne qu’il soit possible qu’on en fasse des si grands, pas moins de six personnes sont attroupées : le gros chauffeur, qui semble roupiller, mon moustachu et deux autres gus du même morphotype, qui discutent avec véhémence, un autre bonhomme à la mine patibulaire, mais presque blanc, taille moyenne, âge moyen, dont la calvitie naissance lui repousse une partie de ses cheveux en arrière, lui donnant un air grotesque, ce qui contraste avec ses petits yeux enfoncés dans son crâne, laissant transparaître un regard traitre et fourbe, du genre de gars capable de livrer les juifs aux SS pendant la seconde guerre mondiale. Il semble calme et impassible dans son costard bon marché. Enfin, tout au bout du canapé, tenant à la main un verre aux couleurs orangées, tirant une tête de trois pieds de long... Pascal Feindouno ! « Tiens donc, c’est la première fois que je le vois faire autre chose que sourire lui... » Si on prend en compte le chauve qui chie et les deux qui baisent, on arrive à neuf personnes, dont huit qu’il va falloir distraire pour arriver à extraire la neuvième. Petit retour en arrière. Concentré dans l’échafaudage de plans tous aussi irréalisables les uns que les autres, je me retrouve devant l’entrée de la baraque sans faire gaffe, et tombe nez à nez avec le chauve sorti fumer une cigarette. « Chauve qui peut ! » Il est probablement plus surpris que moi, puisque je suis le premier à réagir. Comme

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il est sur une marche, je n’ai pas d’autre choix que de lui téléphoner un direct dans le foie. L’air qui sort violemment de ses poumons fait le bruit d’un ballon crevé. Il se plie en deux. J’en profite pour chopper le col de sa veste et le ramener sur le plancher des vaches d’un mouvement tournant que n’aurait pas renier David Douillet, à l’époque où il faisait autre chose que de collecter des morceaux de cuivre. Le cul par terre dans la boue, j’attrape le pas chevelu par le cou et commence à lui compresser le larynx. Il se débat, sans bruit, mais il se débat. « On nous rabâche qu’on ne peut pas vivre sans amour, mais sans oxygène c’est encore pire. » Il tente de m’attraper par le blouson, mais le cuir mouillé est aussi glissant qu’une planche tartinée de vaseline et d’huile d’olive vierge extra, première pression à froid. Il vire au rouge, puis au violet. Je le relâche et lui plonge la tête dans la boue. Il tousse et suffoque. Manchette dans la nuque. « Lui aussi a gagné une fin de nuit le nez dans la fange. » Celui-là aussi je le fouille. Je sais pas trop pourquoi d’ailleurs, n’ayant pas de consignes précises à ce sujet, mais mon instinct me dit que plus j’en saurai sur ces gus-là, et plus Monsieur X aura une érection. Encore une carte d’identité à mon palmarès, ainsi que des clés de bagnole. La porte d’entrée est ouverte, ce qui n’est pas pour me déplaire. Je tire mon chauve un peu moins au milieu. Sous les arbres, il sera bien pour roupiller. De retour près des bagnoles, je m’assure que les clés ouvrent bien la camionnette, comme prévue. « J’ai plein d’atouts, mais aucun début de commencement d’idée... » C’est avec le sentiment d’être en train d’accélérer plein gaz pour foncer droit dans un mur sans savoir vraiment pourquoi que je pénètre dans la baraque. Sur ma droite, les toilettes, la porte encore ouverte, et la chasse en train de se remplir. Un peu plus loin, une porte s’ouvre. Je n’ai d’autre choix que de me cacher dans les gogues, sachant très bien que c’est une voie sans issue, la petite fenêtre étant striée d’une grille. Je tire le loquet. Juste à temps, une main forcement inconnue et disgracieuse secoue la poignée avec insistance. « Dépêche-toi de finir de te branler Mario, yen a qui ont besoin de pisser ! »


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Charmant et bucolique. Je le laisse partir, avant de me couler dehors. Le couloir est silencieux. Plusieurs portes sont disposées de part et d’autres. L’une d’elle est fermée avec application, et les gémissements sont de plus en plus insistants. Le bruit et la lumière provenant de celle du fond me laisse supposer qu’elle débouche sur le salon. Une idée sauvage et saugrenue me traverse l’esprit. Prendre le flingue du vigile, ouvrir la porte d’un coup de talon et tuer tout le monde à la John Maclane ! « Hippy kai pauvre con. » L’idée est simple, mais tellement peu réalisable que je me glisse sur la gauche, dans la cuisine. La pièce est en ordre. J’ouvre les tiroirs un à un, afin de trouver l’illumination. Et je la trouve, sous la forme d’une grosse broche à rôtie, et d’une boite d’allumette... « Let’s do barbecue ! » ooOOoo BIG BADABOOM ! C’est dingue le boucan que ça peut faire une Audi quand ça explose. Les murs de la villa en ont tremblé. De retour dans l’angle du mur qui donne sur la terrasse, j’observe le salon. Après une seconde d’hésitation, tout le monde se lève et se précipite dehors. Panique à bord, alerte générale, branle

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moi le combat, sauve qui peut ! « C’est le moment de montrer que j’ai autre chose qu’une demi molle dans le pantalon ! » Grâce aux petits ustensiles que j’ai récupérés dans la cuisine, j’ai réussi à percer un trou dans le réservoir d’essence sous la voiture. J’ai attendu qu’il se vide un peu avant d’allumer la flaque et de prendre les jambes à mon cou. « Mais avant, je me suis quand même aménagé une porte de sortie... » Il ne reste plus que le gros chauffeur et Feindouno. La baie vitrée coulisse comme dans un rêve. D’un pas décidé, je fonce vers bibendum, le pétard du vigile en main. L’autre tente de jouer les héros et essaye de se lever, mais il mange un coup de crosse dans la tempe, puis un coup de genou dans le ventre. Alors il se rassoit. Son arcade sourcilière se met à saigner, et lui à crier. Un voile de rage me passe devant les yeux. J’ai envie de le savater encore, encore, et encore. Je me vois lui péter les dents, lui péter le nez, lui péter la tête… « Arrête de hurler, sinon je vais te donner une bonne raison de brailler avec une jolie balle dans le genou. » Son courage de façade s’arrête très vite dès que le danger semble réel. Tout tremblant il se rassoit, sans dire un mot. Dans le couloir, j’entends des gens revenir vers moi. Un des Mexicains passe le seuil du salon en premier, et gagne

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une rencontre du troisième type avec la porte que je referme violemment sur sa tête, avant de tourner le loquet. « Il va falloir que je songe sérieusement à numéroter mes abattis, car ça commence à chauffer sévère ici ! » Je me plante enfin devant le joueur de l’ASM, il est hagard, regarde dans le vide, dodelinant de la tête, probablement shooté par une quelconque poudre de perlimpinpin qu’ils ont foutu dans son cocktail. « Pascal, je ne t’aime pas beaucoup. Et je sens que tu ne vas pas m’aimer non plus. Ne le prends pas mal, je n’aime personne. Mais ça ne change pas grand chose au fait qu’il faut que tu te bouges le trognon pour sortir de là. » Il me regarde, et me sourit, bêtement. Pas sûr qu’il ait vraiment compris la situation. « Pas sûr qu’il soit équipé pour comprendre quelque chose ce soir ! » Pendant ce temps-là, j’entends que l’on martèle la porte d’entrée. « Penser vite, penser bien... Damned ! » Nouveau coup de crosse sur la tête. Cette fois ci, c’est Feindouno qui morfle. « Ça commence quand même à faire une sacré belle collection de gueules cassées là... » Je le charge sur une épaule, et me précipite vers la baie vitrée. Dernier regard vers le salon. La porte est en train de rendre l’âme, et le gros chauffeur pleure sur son fauteuil. Je fonce dans l’allée qui contourne la maison. Mon cerveau s’est mis en veille, je ne réfléchis plus, j’agis. Mon plan est clair, si tout va bien, dans 20 secondes je suis sorti de là. « Merde merde merde ! » Le gars à tête de fouine et au regard de collabo déboule devant moi. Il tient un flingue dans sa main. Il a la tête des gens déterminés. « Tu va gentiment lâcher Pascal et me suivre à l’intérieur, car il faut qu’on parle ! » Le temps s’arrête. On se dévisage. « Une vraie scène de western ! » La petite pause dure une poignée de secondes. La pluie tombe toujours. Entre les arbres et la maison, il y a tout juste un mètre. L’eau ruisselle sur le sol, et le vent siffle par dessus nos têtes. Ma respiration ralentit. « Tu sais mon gars, comme l’a dit le grand philosophe Mick Jagger ‘‘on ne peut pas avoir ce qu’on veut’’. »

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Comme il n’a pas plus d’humour qu’une écrevisse en train de se faire ébouillanter, il s’énerve. « Donne-moi Pascal, putain ! » Il veut Pascal, ok, je le lui rends... En pleine poire ! L’adrénaline, la peur, l’excitation, je ne sens plus les 80 kilos du joueur que je trimballe. Je l’envoie sur l’autre gars comme s’il s’agissait d’un vulgaire sac poubelle contenant la litière usagée de ma chatte Leeloo. Le côté exiguë, la surprise, la main prise par le pétard, la fouine n’a pas le temps ni la possibilité de réagir. Il encaisse le joueur en pleine poitrine, et choit dans la boue. Toujours sans réfléchir, je lui vote un magistral penalty au niveau du menton. Ses dents claquent. « Je crois même qu’il y en a une qui a volé… » Je récupère mon colis et fonce droit devant moi. Derrière, j’entends les autres hurler. « Et les balles siffler... » Je débouche dans la cour. L’air s’est passablement réchauffé avec l’Audi qui flambe. « C’est con, je me serai bien fait une ou deux merguez là. »


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Les gonzes sont maintenant de partout. Remis de leurs émotions, ils canardent à tout va, depuis la porte d’entrée et la contre allée. Je m’attelle à mettre de la distance entre eux et moi. Par chance, avec le vent, la pluie, et la lumière aléatoire des flammes, je demeure une cible compliquée à attraper. « Et puis ils balancent leurs bastos tellement à la va-vite que je me demande s’ils prennent le temps de viser... » Je contourne l’Audi de telle façon à l’avoir entre moi et eux. Une dizaine de mètres derrière, j’ai positionné la camionnette face au portail, parée au décollage. « Ma porte de sortie. » J’ouvre le coffre à l’arrière et balance Feindouno dedans. Au dessus de ma tête, la vitre. Je ne peux retenir un cri. « La surprise, probablement... » Je claque le coffre, et toujours accroupi, je me précipite vers le siège conducteur. J’ai eu la bonne idée de laisser la clé sur le contact. Le moteur tousse, puis démarre. La porte passager s’ouvre. Le moustachu est là, et me braque. Je le regarde. Il hésite. Il

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n’aurait pas dû. Je lui fais un clin d’œil, et démarre en trombe. « Hasta la Vista ! » La dizaine de mètres qui me sépare du portail est avalée à toute allure. Je ne fais même plus cas des balles du Mexicain qui s’encastrent dans ma carrosserie, ni de la vitre passager qui explose. Le choc avec le portail fait un sacré boucan, mais la grille cède assez facilement. Coup de volant sur la droite. Les pneus crissent sur le bitume. « Merde merde merde ! » J’y suis allé un peu trop fort. Le train arrière se dérobe et je pars en aquaplaning. L’aile gauche de la camionnette tape dans le rail de sécurité. J’entend le corps de Feindouno cogner contre la paroi, le véhicule penche un peu sur la gauche, en direction du précipice, puis se stabilise. Je reste là, les deux mains sur le volant, un peu hagard. Comme si d’un coup, toute la pression de ces dernières minutes venait de me retomber sur la tête, façon direct du droit de Mike Tyson. L’explosion de mon pare brise me tire de ma torpeur. « Sors de là du con ! » Le moteur tourne encore. J’accélère progressivement pour éviter de patiner, puis fonce dans la nuit. Au loin, j’entends le bruit des coups de feu mal tirés qui claquent comme des pétards d’adolescents... « L’avantage quand tu n’as plus de pare brise, c’est que tu n’as pas besoin d’essuie-glace... » ooOOoo Mardi matin. 14h19... « En fait là, c’est plutôt l’après midi... » Je me suis levé la tronche enfarinée. La veille, enfin, tôt dans la matinée, j’ai lâché Feindouno en vrac sur la plage du Larvotto, avant de donner l’alerte au poste de police situé un peu plus haut. Il dormait encore, comme un sac. Avec la quantité de cochonneries qu’ils lui ont fait avaler, il va passer certainement un bon couple d’heures au frais, en cellule de dégrisement. « Pas le genre d’événement qui va nuire à sa réputation... » Là, je suis en train de casser la dalle chez mon pote suédois du Cap Nord, petite guitoune rue Grimaldi qui propose d’excellents mets d’inspiration de son chez lui. Il me sert un sandwich au nom imprononçable, et après un instant de recueillement sous le maillot de Pontus Farnerud, je m’éclipse direction l’église Sainte Dévote. « Chose promise, chose due... »

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Le vent a viré les nuages, la pluie est allée faire chier des gens plus au nord, si bien que le soleil est à nouveau de plomb et inonde toute la rue Grimaldi. La place Sainte Dévote est très agitée en cette saison. Le Grand Prix approche, et donc la fourmilière est à pied d’œuvre pour que tout soit prêt le jour J. Quand je passe devant, c’est une pile de pneus de protection qui est en train de poser problème. Arrivé sur les marches de l’église, je profite du calme, comme si la chapelle était protégée du bordel ambiant. J’entre. « Un briquet, deux cierges... Amen ! » Après avoir déposé mes deux bâtons de cire enflammés sur le réceptacle idoine, je m’assois sur un banc dans le fond. Pas pour prier, ni pour me recueillir, mais pour faire le point, me repasser les évènements de la nuit, essayer de trouver un sens à tout ça. Encore une histoire de fou made in Monsieur X. J’ai sorti le joueur de ce bourbier, j’ai foutu une belle pagaille, je me suis fait tirer dessus, et par miracle je m’en suis sorti. J’ai soit disant rendu service. « Hitler pensait rendre service lui aussi… » Je reste là 5 minutes ou une plombe, je ne sais pas, je ne sais plus. Le calme de l’endroit m’apaise. Une vieille relique sort du confessionnal. Elle a un chapeau qui ressemble à rien et une robe en dentelle façon second empire. Elle s’assoit nonchalamment sur le même banc que moi, et fait un signe de croix. « Le père souhaite vous parler... » Je sais pas comment il fait, mais Monsieur X m’impressionne. Je me lève en poussant un grand soupir et me traîne lamentablement jusqu’au confessionnal. Je me vautre sur le banc, montrant mon exaspération. « Faites vite, j’ai du lait sur le feu. » Pas surpris de voir que j’avais deviné sa présence, il me félicite pour le feu d’artifice d’hier, et me demande si ça s’est bien passé avec Feindouno. « Oui ! On est désormais tellement sur la même longueur d’onde qu’on a déjà échangé nos sousvêtements. » Le Mexicain moustachu a fui dans le premier avion dès l’aube ce matin. J’écoute son laïus en me grattant la barbe naissante. « Et tout ça pour quoi ? » Cette fois encore, il me met bout à bout les pièces du puzzle. Suite au couac de l’affaire qui a abouti à l’exécution de Flavio Roma, les Sud-Américains responsables des transferts frauduleux ont décidé de changer de tactique et œuvrent

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dans l’ombre pour reprendre en main le club. Les dirigeants ont changé mais le Palais est resté inflexible. « En plus le quota de moustachus était largement dépassé avec l’entraîneur. » Mais un club de foot, avec tout l’argent qui est brassé à longueur d’année, reste une mine d’or pour des gens peu scrupuleux. Avec l’appui d’un proche du Palais, ils s’évertuent à plomber le club pour pouvoir racheter les ruines à un prix dérisoire. « Et un Feindouno qui disparaît, c’est un méga salaire à payer pour zéro performance... Jackpot. » La grosse machine est lancée, le club est en chute libre et va s’écraser dans les tréfonds du classement, avec ou sans Feindouno. Moi, sauveur du club, balpeau ! « Vous avez fait bien plus que vous croyez. Vous avez semé le doute, créé une faille dans leur plan machiavélique. Vous avez identifié des membres du complot, et fait peur à certain d’entre eux. » Mais tout cela ne changera rien. D’un coup, la rage me monte. « J’ai risqué mon cul pour que dalle, pour le degré zéro du rien du tout ! » Je sors du confessionnal en trombe. Oubliant tous ses beaux principes de préservation d’identité, Monsieur X sort à son tour et me rattrape sur le seuil de l’église. Sourire. « Lui ! Merde, ça ne m’étonne même pas ! » Il me fait signe de garder le silence, un doigt sur la bouche. Une des grandes tragédies de notre monde, c’est que les choses finissent toujours par changer. Monaco va plonger en Ligue 2. Si ce n’est pas cette année, ça sera l’an prochain. C’est à ce moment-là qu’il va falloir interférer sur le cours des choses, et faire sauter la poudrière. Il a besoin de moi. « Et moi j’ai besoin de clopes. » Je ne suis pas Bruce Wayne, mais il souhaite ardemment que je devienne son chevalier noir comme je l’ai été hier soir. « Ce con reprend à son compte mes propres métaphores maintenant ! » Je regarde le ciel bleu au dessus du Rocher, au loin. Il s’est arrêté de jacasser. Il sait qu’avec ce qu’il vient de me livrer, je ne pourrais pas résister à son prochain appel. Dans six mois, dans un an... « Fichtre ! » En attendant que Sainte Dévote prie encore longuement pour moi, je crois que je vais aller me remettre à fumer... « Amen ! »


ALLEZ MONACO !


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Cunta Balle 004  

Le magasine qui met à nu l'actualité de l'ASMonaco, avant de lui envoyer un saut d'eau à la tête. Episode 4, celui qui donne le sourire malg...

Cunta Balle 004  

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