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— Philippe Croizon, premier amputé des quatre membres à avoir traversé la Manche à la nage

Profondément émouvant et inspirant.

— Sebastian Demrey, artiste et producteur des albums Héritage

Ce livre est livre de l’extrême.

— Henri Blocher, théologien et auteur

Puissant et palpitant.

STÉPHANIE KOUMARIANOS

Ce livre m'a transporté.

S T É P H A NIE K O U M A R I A NO S

— Raphaël Cornu-Thénard, directeur et fondateur du mouvement catholique Anuncio et initiateur du congrès Mission

Il faut lire Mon bonheur à l’épreuve.

— Étienne Lhermenault, président du Conseil National des Évangéliques de France

Après une adolescence chaotique marquée par la violence et la perte d’un père qu’elle admirait tant, Stéphanie s’est mise en quête d’un bonheur perdu. Sa rencontre avec Dieu marque un véritable tournant. Son existence prend un sens nouveau. Son mariage la comble comme jamais elle ne l’avait espéré. Alors qu’elle s’applique à mieux connaître ce Dieu qu’elle vient de découvrir, elle ose même lui adresser une prière qui va bouleverser le reste de sa vie. Tout semble alors voler en éclats : l’infertilité, le handicap, la douleur, la solitude font leur apparition alors qu’ils n’ont jamais été invités. Et après des années de luttes, une pensée improbable commence à émerger : et si les épreuves n’étaient pas une entrave au bonheur, mais, bien au contraire, une formidable contribution ? Un récit bouleversant, par moment tragique, souvent poignant, et finalement porteur d’un espoir insoupçonné. Stéphanie Koumarianos vit en région parisienne. Avec son mari Matthieu, ils ont fondé My Gospel Church, une Église innovante à Paris qui accueille des personnes en quête de sens. 17,90€

ISBN 978-2-36249-416-1

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Cette prière qui a bouleversé ma vie


« Ce livre m'a transporté. Stéphanie nous offre son chemin sans pudeur. Ses messages d’amour sont intenses et profonds. Je recommande la lecture de cet ouvrage, sans aucune modération. » Philippe Croizon

Premier amputé des quatre membres à avoir traversé la Manche à la nage

« Sans retenue, l'auteure raconte son histoire et son passage du brisement humain à la restauration. Un récit de foi profondément émouvant et inspirant. » Sebastian Demrey Artiste et producteur des albums Héritage

« Ce livre est livre de l'extrême. Extrême de la souffrance, dont les vagues violentes ont déferlé dans la vie de Stéphanie. On n'est pas loin de Job. Extrême de la sincérité, jusqu'à révélation de faits qu'un couple cèle d'ordinaire en son intimité. Extrême de la sensibilité. Extrême de la joie lors d'extraordinaires délivrances. Extrême de la capacité d'expression, qui fait partager au lecteur quelque chose des renversements dramatiques racontés. Extrême de l'expérience d'un Dieu qui transforme la souffrance en bénédiction. Le livre secoue, et impose la question : le Dieu que je prie est-il le vrai Dieu, le Dieu extrême intervenu pour Stéphanie, ou une image confortable faisant écran entre Lui et moi ? » Henri Blocher Théologien et auteur

« Un livre puissant et palpitant, qui révèle combien Dieu nous relève des plus grandes souffrances. » Raphaël Cornu-Thénard Directeur et fondateur du mouvement catholique Anuncio et initiateur du congrès Mission

« Avec Mon bonheur à l’épreuve, Stéphanie Koumarianos livre un témoignage personnel d’une étonnante maturité. Durement éprouvée, elle raconte son histoire avec une très grande honnêteté. Et c’est là toute la force de son ouvrage. Sans exhibitionnisme aucun – il faut dire qu’elle écrit bien –, elle livre les douleurs de son corps, les tourments de son âme et les réactions inadaptées de son entourage. Mais Stéphanie n’en reste pas là et se bat avec elle-même pour trouver la paix au sein de la tempête émotionnelle et spirituelle qu’elle traverse. Pour la lucidité de son regard sur elle-même et sur les autres, la qualité de sa réflexion sur la souffrance et la compréhension de l’épreuve qu’elle développe, il faut lire Mon bonheur à l’épreuve. » Étienne Lhermenault Président du Conseil National des Évangéliques de France


S T ÉPH ANIE K O UM ARIANOS

Cette prière qui a bouleversé ma vie


Cher lecteur, Dans cet ouvrage, la Bible est souvent citée par l'auteur. Afin de vous permettre de vérifier dans une Bible et de replacer ces citations dans leur contexte, les mentions sont codifiées. Le nom est celui du livre biblique, que vous retrouverez dans la table des matières de votre Bible. Le premier chiffre est celui du chapitre d'où est tirée la citation ; le deuxième chiffre celui du verset, de la phrase en question. Ainsi, « Jean 3 : 16 » doit se comprendre par « Évangile selon Jean, chapitre 3, verset 16 ».

Mon bonheur à l’épreuve : Cette prière qui a bouleversé ma vie Stéphanie Koumarianos © 2017 • BLF Éditions • www.blfeditions.com Rue de Maubeuge • 59164 Marpent • France Tous droits de traduction, de reproduction et d'adaptation réservés. Couverture : Seegn. Photo de couverture : Photo StudioLab Paris Mise en page : BLF Éditions Impression n° XXXX • IMEAF • 26160 La Bégude de Mazenc Sauf mention contraire, les citations bibliques sont tirées de la Nouvelle Édition de Genève (NEG), © 1979 Société biblique de Genève. Reproduit avec aimable autorisation. Les caractères italiques sont ajoutés par l'auteur du présent ouvrage. Les autres versions sont indiquées en toutes lettres. ISBN 978-2-36249-416-1 ISBN 978-2-36249-417-8

broché numérique

Dépôt légal 4e trimestre 2017 Index Dewey : 248.86 (cdd23) Mots-clés : 1. Souffrance. 2. Croissance spirituelle. 3. Autobiographie.


TABLE MATIÈRES DES

Introduction

AU BORD DE L’EXPLOSION !.............................................. 11

Chapitre un

LE TEMPS DE L’INSOUCIANCE. . .......................................... 23

Chapitre deux

UN DRAME DANS LA NUIT................................................. 37

Chapitre trois

ADOLESCENTE ÉGARÉE EN QUÊTE DE SÉRÉNITÉ.. ................ 49

Chapitre quatre

LA RENCONTRE DE MA VIE. . .............................................. 59

Chapitre cinq

ENFIN HEUREUSE ?......................................................... 73

Chapitre six

CETTE PRIÈRE QUI A BOULEVERSÉ MON EXISTENCE............ 87

Chapitre sept

MON CORPS ME LÂCHE . . ................................................... 97

Chapitre huit

MES RÊVES VOLENT EN ÉCLATS . . ...................................... 111

Chapitre neuf

UN SCÉNARIO INCROYABLE,.. ................................................ ORCHESTRÉ DE MAIN DE MAÎTRE.. .................................... 123

Chapitre dix

LE POISON DE LA CRITIQUE............................................. 137

Chapitre onze

LA SOUFFRANCE,................................................................ UNE ARME DE DESTRUCTION MASSIVE..............................153

Chapitre douze

SEULE AU MONDE !......................................................... 167


Chapitre treize

PLONGÉE DANS LES ÉCRITURES.................................181

Chapitre quatorze

MA GUÉRISON......................................................... 193

Chapitre quinze

MON ÉPREUVE : MA BÉNÉDICTION............................. 207

Chapitre seize

DU SUR-MESURE..................................................... 221

Chapitre dix-sept

LE MERVEILLEUX PLAN DE DIEU............................... 235

Chapitre dix-huit

LE REGARD SUR LES CHOSES INVISIBLES . . ................. 249

Conclusion

« PLUS PRÉCIEUSE QUE L’OR PÉRISSABLE ».............. 265

EN IMAGES............................................................. 272 NOTES . . .................................................................. 281


À mon merveilleux mari, l'être le plus incroyable que j'ai jamais rencontré ! Un homme libre, passionné, déterminé, consacré. Animé par le feu de l'annonce de la Bonne Nouvelle. Doté par Dieu de multiples talents. Un prédicateur hors pair. Un leader qui fait grandir. Mon soutien. Mon compagnon d'armes. Mon inspiration. Mon homme idéal ! À Ethan À Léa

T T T

Merci à ma famille : à ma mère et ma sœur chéries, à ma belle-famille. Merci à mes amis : à Julie, à tous les membres du staff de My Gospel Church (Benjamin, Daniel, David, Élisabeth, Élise, Erica, Julien, Karen, Ludovic, Mathéo, Mathilde, Maud, Naomi, Nathan, Noah, Raphaël, Rina, Stéphanie, Younah), pour leur amour et leur soutien tout au long de ces années et pendant ce processus d'écriture. Je tiens également à remercier Ruben Nussbaumer pour ses précieux conseils et ses fidèles encouragements. Toute ma reconnaissance revient à mon Dieu qui est le véritable auteur de cet ouvrage et a rédigé chaque chapitre de mon existence. Que ce livre puisse être à sa gloire. Ma prière pour vous, chers lecteurs, est que cet écrit puisse vous ressourcer, vous édifier et vous consoler. Qu'il contribue à révéler à chacun de nous un peu plus de la personne de Dieu et à l'aimer davantage.

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Introduction

BORD EXPLOSION ! AU 

DE L’

J’étais allongée sur un rocher qui épousait parfaitement les formes de mon corps. Une douce chaleur se dégageait de ce soyeux bloc de pierre, poli par les eaux de la rivière. Elle se diffusait dans mon dos, sur la voûte de mes pieds, sur la paume de mes mains. Je sentais les rayons du soleil me lécher le visage, chauffer mon buste, caresser mon ventre. Derrière mes paupières closes, j’apercevais des faisceaux de lumière chahutés par des ombres dansantes. Un doux vent chaud soufflait légèrement. Une bonne odeur de pin se dégageait et venait chatouiller mes narines. Seuls quelques sons apaisants de la nature me parvenaient : le bruit des ailes d’un bourdon qui volait au-dessus de moi ou encore le ruissellement de la petite cascade en amont de ma « couchette ». Des éclats de rire m’ont sortie de mon état de somnolence. Ce son familier était si doux à mes oreilles ! Je me sentais en sécurité dans cet environnement sonore rassurant. Ces intonations avaient bercé mon enfance et continuaient de rythmer ma préadolescence. Ces rires communicatifs m’ont fait esquisser un sourire. J’ouvris les yeux. Le soleil au zénith brillait dans une immensité bleu ciel sans nuage. Le scintillement des reflets du soleil sur l’eau la faisait briller comme des milliers de petits diamants 11


étincelants, dansant au rythme du clapotis de l’onde sur mon lit en forme de rocher. Mon regard a poursuivi sa route et s’est arrêté sur le visage arrondi, illuminé d’un sourire, de mon père. Ses yeux rieurs, d'un vert profond, semblaient pétiller de bonheur et de malice. Il jouait avec ma grande sœur dans les eaux claires de la rivière. Celles-ci étaient presque transparentes, à tel point que, les jours précédents, nous avions vu des anguilles se faufiler le long de nos jambes. C’est le bonheur ! ai-je pensé, en poussant un profond soupir de satisfaction. — Tu viens Stéphanie ? m’a demandé mon père. Je me suis alors empressée de me relever pour aller participer au joyeux chahut. — Maman, tu viens avec nous ? — Non, Stéphanie. Je vais commencer à préparer le goûter. Ma mère était restée là sur la plage pendant que nous nous amusions tous les trois dans l’eau. Notre chienne avait aussi pris part à la fête, accompagnant nos rires de ses aboiements enthousiastes. Le ciel était bleu, sans aucun nuage à l’horizon. T T T

Comme un coup de tonnerre, des hurlements stridents ont percé le calme de la chaude journée et m’ont paru interrompre tout à coup le chant des cigales. J’ai parcouru d’un pas rapide les quelques mètres qui me séparaient du bungalow. Ma sœur, qui se prélassait à mes côtés dans le jardin, s’est précipitée derrière moi. J’ai ouvert la porte. Je suis restée pétrifiée à la vue de la scène terrifiante qui se déroulait sous mes yeux. Ma main était comme soudée à la poignée de la porte. Je ne pouvais plus 12


A u bord de l ’ explosion  !

faire un mouvement. Ma mère était étendue sur le lit. Mon père, debout au-dessus d’elle, brandissait un sac de voyage. Je voyais cette sombre masse volumineuse s’élever dans les airs, puis s’abattre sur le corps de ma mère avec un bruit de cliquetis. Quel était ce son étrange ? J’ai aperçu des pots de crème de beauté qui dépassaient du sac. Oh non ! Quelle horreur ! Leurs parois en verre s’entrechoquaient au moment de l’impact. Ma mère criait de douleur à chaque coup porté. Combien en avait-elle déjà reçu et combien allait-elle encore en recevoir ? Rouge de colère, mon père hurlait : — Non, tu ne vas pas partir ! Tu vas rester ici, avec nous ! Tu ne vas pas gâcher les vacances des filles ! Sous la pluie de coups, je distinguais à peine ses mots entre ses sanglots : — Et toi… tu as gâché notre vie… Je ne veux pas rester… Laisse-moi partir ! Arrête… Les cris, les accusations et les insultes fusaient et se mélangeaient dans un vacarme assourdissant. J’avais l’impression que mes oreilles bourdonnaient. Je saisissais seulement des bribes de ces mots acérés qui volaient à travers la pièce. Je ne comprenais rien. De quoi parlaient-ils ? Que s’était-il passé pour que mon père se mette à déverser tant de violence verbale et physique sur ma mère ? Ma sœur s’est mise à hurler. Une grosse veine gonflée parcourait son cou. J’avais l’impression qu’elle allait exploser sous l’effet d’une telle tension. — Maman ? Maman ? Qu’est-ce qu’il y a ? Réponds-moi ! Maman ? Tu m’écoutes ? Tu t’en fous de moi ! Devant l’indifférence de ma mère, malgré ses tentatives infructueuses pour attirer l’attention et établir un dialogue, elle a tourné les talons et est partie en criant : 13


— Je vais aller me suicider et tout le monde s’en foutra ! Ces mots d’une grande violence, dans ma jeune tête, m’ont glacé le sang. Ils ont aiguisé la rage de mon père. Ses coups se sont alors intensifiés en fréquence et en puissance. Après être restée figée l’espace d’un instant sous le poids de cette menace, je me suis élancée à la poursuite de ma sœur. Dans mon dos, j’ai entendu mon père vociférer : — Tu vas voir, s’il arrive quelque chose à notre fille…! Je n’osais pas imaginer la fin de sa phrase. Mais ce n’était pas le plus urgent à gérer. L’angoisse m’avait saisie tout d’un coup. Et si ma sœur passait à l’acte dans un moment de désespoir ? Les battements de mon cœur s’étaient subitement accélérés. Des gouttes de sueur froide ruisselaient de mon front. Ma respiration était haletante. Ce qui n’était d’abord qu’un pas empressé s’était transformé en une course effrénée. L’accélération de mon allure était accompagnée par celles de mon rythme cardiaque et de ma respiration. Les gouttes de sueur froide s’étaient transformées en gouttes chaudes de transpiration qui commençaient à couler dans le creux de mes reins. Je me sentais tellement seule ! Où était ma sœur ? Je ne la trouvais pas. Qu’était-il en train de se passer dans la chambre du bungalow ? Je préférais ne pas y penser. Je courais dans les petites ruelles, bordées de taillis et de buissons épineux. J’empruntais les chemins qui se présentaient devant moi. Soudain, une image de film d’horreur m’a traversé l’esprit. J’ai vu ma sœur baignant dans son sang, en contrebas d’un pont, la tête ouverte par les pierres qu’elle avait heurtées. Était-ce une prémonition ? J’arrêtai de courir et regardai autour de moi. J’étais perdue. Quel cauchemar ! J’avais tellement couru dans tous les sens qu’il m’était impossible de savoir où je me trouvais. Que m’était-il arrivé ? Un jour j’étais dans les eaux paisibles et limpides de la rivière à savourer des instants si agréables en 14


A u bord de l ’ explosion  !

famille et, le lendemain, j’avais l’impression de me débattre, seule, risquant de me noyer dans des eaux troubles et agitées ! La chaleur du soleil avait laissé place à la froideur qui régnait dans mon cœur, la lumière aux ténèbres qui semblaient m’environner de toutes parts. Les êtres qui comptaient le plus pour moi se déchiraient et étaient en danger. La veille, je ressentais un tel bien-être et désormais j’avais l’impression d’être en enfer ! Comment ma vie avait-elle pu basculer ainsi du jour au lendemain ? Du haut de mes treize petites années, je n’arrivais pas à gérer ces événements. Mes souvenirs de cette « folle » journée s’arrêtent là. Ces épisodes ont été si traumatisants pour moi que je n’arrive même plus à me souvenir de l’endroit où j’ai retrouvé ma sœur ni comment j’ai réussi à rentrer. Je me souviens seulement du bouleversement que ces événements ont provoqué en moi. Les images me reviennent comme des flashs, comme la pénombre soudain illuminée par un éclair qui révèle le décor. Des hurlements, des larmes, des cris, des coups et encore des cris. La sidération, l’angoisse. Je ne peux pas vous raconter le reste de cette journée. Je ne saurais dire ce qui s’est passé après cette tragédie. C’est comme si tout s’était cristallisé sur des bribes d’instants. T T T

Quand je me suis réveillée le lendemain, mon père était déjà parti pour son tour de vélo matinal. Mais cette fois, j’étais inquiète. Allait-il revenir après ce qui s’était passé ? Je me suis assise dans le jardin pour être sûre de le voir dès son retour. Les belles couleurs de ce petit coin de Corse m’apparaissaient alors mornes et fades. Nos vacances si agréables jusqu’à hier me semblaient maintenant être une mascarade. J’essayais de reprendre pied. Je cherchais à comprendre en me repassant les images de la veille. J’ai été extirpée de mes pensées par le bruit d’une chaîne de vélo. Mon père se tenait là devant moi, dans 15


son tee-shirt jaune dégoulinant de sueur. Quel soulagement ! J’ai couru me blottir tout contre lui. J’avais envie de trouver du réconfort et de la sécurité dans ses bras. — Papa ? Qu’est-ce qui se passe ? — C’est compliqué. Ce sont des histoires de grandes personnes. Je te raconterai tout, tout à l’heure. Mais pour l’instant, ce qu’il faut que tu saches, c’est que je t’aime plus que tout et que je t’aimerai toujours. Je serai toujours là pour veiller sur toi. — Je sais, mais j’ai peur ! — Ne t’inquiète pas, ma chérie, ça va aller. Je vais aller prendre ma douche, sinon je vais attraper froid. Ensuite, on reparlera de tout ça. Nous sommes rentrés dans le bungalow. La tension était palpable. Ma mère est allée, sans un mot, dans la chambre conjugale. Ma sœur et moi sommes restées dans le salon, chacune plongée dans ses pensées, pendant que mon père prenait sa douche. La sonnette du bungalow a retenti. Deux policiers en uniforme étaient sur le pas de la porte. — Bonjour. Nous souhaiterions parler à Monsieur Meunier. À nouveau, mon esprit a été envahi de questions angoissantes. Que va-t-il se passer ? Mon père va-t-il aller en prison ? Va-t-il perdre son travail ? Peut-être qu’il ne pourra plus retrouver d’emploi, puisqu’il va avoir un casier judiciaire. Que va-t-on devenir ? Pourquoi ma mère est-elle allée raconter ce qui s’était passé à la police ? Pendant que ces pensées me torturaient l’esprit, j’ai aperçu, dans l’encadrement de la porte, nos voisins du bungalow d’à côté ainsi que les propriétaires à qui nous avions loué cette habitation pour les vacances. Ils nous jetaient des regards réprobateurs. C’était la première fois que je ressentais un tel sentiment de honte. Quelle humiliation ! T T T

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A u bord de l ’ explosion  !

Était-ce un accident de parcours temporaire dans notre histoire familiale ? Cet événement serait-il isolé ou allait-il se reproduire ? Ses conséquences seraient-elles irrémédiables et les séquelles indélébiles ? Allions-nous pouvoir retrouver un équilibre et continuer à être une famille ? Notre cellule familiale allait-elle imploser ou réussir à se reconstruire ? Toutes ces questions sans réponse tourbillonnaient dans ma tête. L’incertitude inquiétante me gagnait. Ce dont j’étais sûre, c’était cette sensation de cassure en moi. J’étais déséquilibrée, bouleversée, dévastée et en complète insécurité. C’était un moment de rupture d’avec mon monde paisible et protégé d’autrefois. Eh oui, maintenant il me semblait si loin ce temps de l’insouciance ! Il allait y avoir un avant et un après. Je pressentais que cette crise sans précédent allait bouleverser notre vie. Bien sûr, je savais que mes parents avaient des difficultés. Au cours de ces dernières années, j’avais assisté à plusieurs de leurs disputes et altercations. Je ressentais parfois des tensions et des désaccords entre eux. Je percevais, sans pouvoir le verbaliser et le formaliser, certaines différences fondamentales de caractère, de valeur, de priorité. Et puis, à une certaine période, j’avais même rencontré la copine du moment de mon père. J’avais déjà envisagé à plusieurs reprises que mes parents se séparent. Mais les choses étaient toujours rentrées dans l’ordre au bout d’un moment. Je ne m’étais jamais inquiétée de l’avenir. Jamais mon bien-être n’avait été affecté. Rien ne semblait pouvoir ébranler mon univers. Depuis ma plus tendre enfance, j’avais vécu dans ce qui me paraissait être un monde idéal. J’étais aimée, accompagnée, chouchoutée, admirée par mes parents, et surtout par mon père. Matériellement, j’avais tout ce que je désirais. Nous vivions dans l’abondance de nourriture, d’espace, de cadeaux, de loisirs, de vacances. Nous habitions dans une belle maison où j’avais une grande chambre pour moi toute seule, un jardin, une cheminée et même une balançoire ! J’avais beaucoup 17


d’amis, mais aussi beaucoup de conquêtes amoureuses. Du côté de mon père, la famille était nombreuse et nous nous retrouvions très souvent au grand complet chez mes grandsparents paternels. La bonne humeur y régnait. Les rires et les blagues de mon père, mon grand-père et mes oncles et tantes ponctuaient les jeux d’enfants que nous inventions avec mes cousins et mes cousines. Nous allions aussi tous les quinze jours chez mes grands-parents maternels. Là, nous passions des heures allongés sur une couverture à l’ombre d’un grand chêne. Nous jouions au football avec mon père. Nous lancions la balle à ma chienne. Nous savourions les bons gâteaux tout chauds qui sortaient tout droit du four de ma mamie. Et soudain, dans ce monde idéal avait surgi un cataclysme sans précédent qui avait transformé le doux rêve en terrible cauchemar. À cause de ces événements tragiques, l’innocence de mon enfance avait été percutée par un convoi d’émotions négatives jamais ressenties auparavant. Cette tempête, d’une violence extrême, avait tout ravagé sur son passage et avait arraché les racines qui m’avaient construite depuis toutes ces années. Pour la première fois de ma vie, je sentais une menace monstrueuse et terrifiante planer sur mon univers. Sur la sécurité de ma mère. Sur l’avenir de mon père et de chacun d’entre nous. Sur la réputation de ma famille. Sur le bien-être de ma sœur. Sur mon bonheur. Dès lors, j’ai craint l’avenir, je me suis posé mille et une questions. Alors que mon père se faisait embarquer au poste entre deux policiers, sous mes yeux et sous les regards accusateurs des voisins, j’ai su que rien ne serait plus comme avant ! Quelque chose de grave s’était produit. Un cap avait été franchi. Les barrières physiques avaient été abattues. Les mots prononcés avaient dépassé les limites de l’acceptable. Cet incident a entaché nos relations familiales de manière presque instantanée. Auparavant sereines et harmonieuses, elles ont dès lors été tendues et compliquées. Je ressentais l'hostilité de 18


A u bord de l ’ explosion  !

mon père vis-à-vis de ma mère. Ma sœur lui en voulait aussi terriblement. Les querelles et la déchirure de mes parents se sont déplacées sur nous et sont devenues les nôtres. Ce triste spectacle nous a incitées implicitement, ma sœur et moi, à suivre ce mode de relation. C’était comme si mon père nous avait donné l’autorisation de crier sur ma mère et de lui manquer de respect. Nous nous sommes donc ralliées à lui et avons pris son parti. Ma mère a été désignée coupable et responsable de notre malheur. Pourtant, elle avait finalement retiré sa plainte et mon père n’avait pas été inquiété. Quelle que fût la situation, le moindre prétexte était bon pour rentrer dans une confrontation avec elle. Il fallait à tout prix faire sortir cette colère qui était venue insidieusement s’immiscer en nous. J’étais très dure envers elle dans mes propos et mes attitudes. Nous en sommes venues aux mains plusieurs fois. Blessée, j’ai cherché à blesser. Meurtrie, j’ai cherché les mots les plus offensants pour me venger de la blessure qui m’avait été infligée, et ainsi expulser mon mal-être. Dans mon esprit jeune et inexpérimenté, c’était elle qui était allée chercher la police. C’était elle qui avait rendu mon père fou de rage, et encore elle qui avait fait pousser ce cri de désespoir à ma sœur. Il me faudra bien des années pour appréhender, de manière très superficielle, l’enfer qu’elle a vécu, les situations qu’elle a subies. Pourtant, son seul tort avait été de vouloir protéger mon père et éviter de le faire souffrir. Pour cela, elle lui avait caché un élément familial important. Elle s’y était peut-être mal prise et n’avait pas fait le bon choix, mais elle ne méritait pas un tel traitement. Sous la pression des tensions ressenties, ma sœur et moi, nous nous sommes aussi déchirées, insultées et parfois même frappées. Chacune de nous était sur les nerfs et dans une grande détresse intérieure. Face à l’onde de choc provoquée par cette déferlante de violence, seul mon père a gardé son immunité. Ma sœur et moi 19


avions un tel amour pour lui et une si grande admiration que nous ne nous en sommes jamais prises à lui. Parfois, le calme semblait émerger à nouveau à la surface, l’espace d’un instant. Mais en moi, c’était le tumulte. La blessure qui m’avait été infligée continuait, insidieusement et sans bruit, à creuser dans les profondeurs de mon être. Elle avait commencé son travail de destruction. J’étais triste, déprimée, tourmentée. T T T

Au cours de cet été, j’ai fait une rencontre. Pour la première fois de ma vie, j’ai vu le visage de la souffrance : ses traits tirés et marqués par l’angoisse, ses yeux effrayés et cernés par le manque de sommeil, ses sourcils froncés sous le poids des préoccupations, sa peau desséchée par les pleurs. Je l’ai aperçue dans le regard de ma mère, dans la fureur de mon père, dans le cri de désespoir de ma sœur. Puis, elle est venue se loger au plus profond de mes entrailles et faire sa demeure en moi. Elle s’est matérialisée par une boule au creux de mon ventre et dans le fond de ma gorge. C’était la première fois que je la ressentais dans mon for intérieur. Ce ne sera pas la dernière. Loin de là ! À l’époque, je ne le savais pas, mais une longue série d’événements tragiques suivra. Au cours des années suivantes, la souffrance viendra me rendre visite régulièrement. Elle fera sa demeure chez moi comme un résident indésirable, sans gêne, qui s’installe et qu’il est impossible de déloger. Je me rendrai alors compte que j’avais été bien loin de la connaître intimement et de soupçonner tous les traits de sa personnalité. Que m’était-il arrivé ? Était-ce cela devenir adulte ? Si tel était le cas, je n’avais aucune envie de le devenir ! Y aurait-il du positif dans tout cela ? Peut-être était-ce le début d’une réflexion, l’amorce d’une remise en question de ma conception de la vie, du bonheur. Je me demandais alors sur quoi 20


A u bord de l ’ explosion  !

étaient fondés ma sécurité, mon bien-être. Quelles étaient mes valeurs ? Pouvons-nous être pleinement heureux quand un de nos proches souffre ? Notre bonheur peut-il se faire au détriment des autres ? Qu’était-il arrivé à ma famille ? Auparavant, j’étais si sûre de mes valeurs, de mon bonheur et soudain tout était chamboulé. Pourrai-je à nouveau être heureuse ? Comment faire pour retrouver ce bonheur perdu ? Et étais-je vraiment heureuse auparavant ?

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Chapitre un

TEMPS INSOUCIANCE LE 

DE L’

Papa venait de nous annoncer qu’il nous embarquait pour une destination secrète ! La jeune préadolescente de dix ans que j’étais avait conservé un enthousiasme enfantin. J’étais tellement contente ! J’aimais les surprises. Et puis, tous les instants passés avec mon père, même les plus anodins, étaient des temps de fête, de joies et de bonheurs partagés. Je savais que nous allions, une fois de plus, vivre des moments inoubliables à ses côtés ! Dans la voiture, je me suis installée devant pour être à côté de lui et lui raconter tout ce qui me passait par la tête. J’aimais tant notre relation affectueuse et complice ! Tous ceux qui nous connaissaient disaient que nous nous ressemblions énormément, tant physiquement qu’au niveau de notre caractère. Nous chantions à tue-tête sur la musique qui s’échappait de l’autoradio. Quelques minutes seulement après notre départ, mon père s’est arrêté au bord de la route. — Pourquoi est-ce qu’on s’arrête déjà, papa ? — Il y a quelqu’un qui va venir avec nous… — Qui ça ? — Une amie à moi. Stéphanie, est-ce que tu peux aller derrière pour qu’elle puisse se mettre à côté de moi ? 23


Je n’étais pas très contente de devoir céder ma place à cette inconnue. Mais bon, si c’était une amie de papa, je voulais bien faire un effort et aller m’asseoir à l’arrière, à côté de ma sœur. Après avoir roulé pendant un temps qui m’a paru interminable, nous sommes enfin arrivés. Tout autour de moi se dressaient des attractions et des manèges en tout genre, le long d’innombrables allées qui s’étendaient à perte de vue. Autos tamponneuses, tir à la carabine, grande roue, chaises volantes, train à grande vitesse… je ne savais plus où donner de la tête. J’avais l’impression d’être une enfant devant un immense étalage de bonbons colorés et acidulés, ne sachant lequel choisir. J’étais enivrée par les f lashs de couleurs vives, les odeurs de cacahuètes grillées et de barbe à papa, la musique de fanfare et l’ambiance de fête qui régnait autour de moi. Nous allions de stand en stand, au gré de nos envies. Puis, dans ce tintamarre exaltant, j’ai perçu des cris qui semblaient osciller entre frayeur et amusement. Ils provenaient d’une immense construction cylindrique qui s’élevait au-dessus de toutes les autres attractions. Elle se dressait dans les airs, telle une tour de glace aux multiples facettes. — On y va ? Mon père et ma sœur m’ont emboîté le pas. Quant à celle que je considérais encore comme une intruse, elle m’a regardée d’un air amusé et a suivi le mouvement. Elle me semblait plutôt effacée, mais je sentais bien qu’elle était dans une phase d’observation. Qui était-elle vraiment ? Je comptais bien le découvrir. Arrivée à la tour, je pénétrai dans un espace arrondi, à ciel ouvert. Il n’y avait aucun mobilier. Seules quelques tiges et poignées en métal dépassaient de la structure. J’étais intriguée. Sans aucun signal, la nacelle sur laquelle nous étions a commencé à s’élever dans les airs, comme un ascenseur. Sauf que là, je pouvais voir le ciel et la distance qui me séparait du 24


L e temps de l ’ insouciance

sol. Puis elle s’est mise à tourner lentement et à accélérer de plus en plus. J’ai soudain compris à quoi servaient les tiges en métal. Je m’y accrochai frénétiquement. Puis la nacelle a basculé sur le côté. Mais, je vais tomber ! Je ne peux pas rester accrochée et résister à cette vitesse ! Une force supérieure m’a plaquée contre la paroi métallique derrière moi. La nacelle tournait de plus en plus vite. Elle s’est inclinée pratiquement à la verticale. J’avais l’impression que la chute était inévitable. Pourtant, je restais collée à la cloison derrière moi. Incroyable ! Je tenais en l’air, sans aucun appui, de manière surnaturelle. Quelle sensation extraordinaire ! J’avais l’impression de voler. Tout mon être vibrait grâce à ce mélange de sentiments extrêmes de peur, de sécurité hors du commun, d’excitation. Je me sentais tellement vivante ! Quand la nacelle a retrouvé sa position horizontale et s’est immobilisée, ma tête tournait. J’avais envie de vomir et éprouvais une forte sensation de vertige. J’étais comme grisée par la hauteur et par toutes ces sensations. Mais je me sentais si bien ! J’avais l’impression d’avoir vécu une expérience unique. L’adrénaline avait mis tous mes sens en effervescence. — Waouh, c’était génial ! On recommence ? — Oh oui ! a dit notre accompagnatrice avec un sourire jusqu’aux oreilles. C’était super ! En la regardant s’exclamer comme une jeune adolescente enjouée, je me disais intérieurement : Bah elle au moins, elle sait s’amuser ! Elle a l’air plutôt rigolote. Je commence à bien l’aimer. — Non, maintenant les filles, j’ai une autre surprise pour vous ! s’est exclamé mon père sur un ton triomphant. Cela faisait déjà plusieurs heures que nous étions dans cet endroit magique. Je n’avais pas vu le temps passer et la nuit était tombée. 25


— On reviendra après si vous voulez… On a toute la nuit devant nous ! — Ah oui, c’est vrai ! a-t-elle dit avec un sourire malicieux. — C’est quoi ? C’est quoi papa ? — On va aller à un concert de quelqu’un que vous aimez beaucoup… — Qui ? — Ah ah ! a-t-il dit d’un ton mystérieux. — Allez, papa, dis-le-moi maintenant ! — Vous allez le savoir dans quelques minutes… N’y tenant plus, j’essayai alors d’obtenir des informations en passant par l’invitée de mon père. — Et toi, tu le sais ? Un sourire s’est esquissé au creux de sa joue. — Oui ! Et vu ce que ton père m’a dit, je crois savoir que ça va te plaire. Moi aussi je l’adore ! Elle a les mêmes goûts que moi… je crois qu’on va bien s’entendre ! pensai-je. Absorbée par cette intrigue, je ne m’étais pas aperçue que nous marchions vers un endroit reculé du parc. Les musiques des stands me semblaient de plus en plus lointaines. Des centaines de personnes se dirigeaient vers une grosse masse sombre que j’aperçus au loin. — C’est là papa ? Je trépignais d’impatience. — C’est qui ? Dis-moi, j’ai envie de savoir ! C’est trop dur d’attendre ! Nous avons enfin passé les portiques et découvert d’immenses tribunes qui faisaient face à une gigantesque scène. 26


L e temps de l ’ insouciance

Nous nous sommes assis. Elle s’est mise à côté de moi. Il fallait maintenant attendre que cela commence. Ma jambe tapait frénétiquement le plancher en ferraille. — À quelle heure ça commence, papa ? — Bientôt, bientôt. Patience ! Soudain, les lumières se sont éteintes. Surprise et quelque peu effrayée par l’obscurité, j’ai saisi sa main. Elle a serré la mienne et l’a placée sur son cœur. Nous sommes restées ainsi un petit moment. Sa douceur et sa tendresse me rassuraient. Un faisceau de lumière blanche s’est allumé et a parcouru les centaines de spectateurs en délire. Une caméra, montée sur un long bras articulé, se promenait dans le public. À son passage, les cris et les manifestations de joie redoublaient d’ardeur. La poursuite s’est éteinte. Plongés dans le noir complet, nous avons attendu. Quelques notes de guitare ont retenti. Une clameur s’est élevée du public. Dès la première mesure, je me suis dit : Mais je connais cet air ? C’est quoi déjà ? Il suffira d’un signe, un matin. Un matin tout tranquille et serein… Ce n’est pas vrai ! Les projecteurs se sont allumés. Ils ont fait pleins feux sur un homme, assis sur un tabouret, au milieu de la scène, sa guitare à la main. La foule a hurlé de plus belle. J’ai reconnu le visage d’un de mes chanteurs préférés du moment : JeanJacques Goldman ! Et en plus, il était accompagné de ses compères : Carole Fredericks et Michael Jones ! Je crois bien que j’ai hurlé de bonheur pendant deux heures, chantant à tue-tête toutes les paroles que je connaissais par cœur. Ma voisine chantait aussi de toutes ses forces. Nous nous lancions des regards complices en unissant nos voix à celles des chanteurs. 27


À la fin du concert, je me suis précipitée dans les bras de mon père : — Merci papa ! Oh merci ! C’était extraordinaire ! Nous sommes descendus des tribunes. Nous avons été séparés de quelques mètres par la foule. Ma sœur et moi nous sommes retrouvées derrière. De là, j’ai vu mon père glisser sa main dans celle de son « amie ». — Vous voulez manger un petit bout maintenant, avant de retourner faire des manèges ? — Oh oui ! — Vous voulez quoi ? — On mange là, papa ! Regarde, il y a des frites et des hot-dogs. — D’accord ! On va se poser dans l’herbe. En dégustant toutes ces bonnes choses, nous nous sommes remémoré tous les moments de cette belle journée. Ma nouvelle « copine » les mimait de manière si drôle ! Puis, nous nous sommes allongés dans l’herbe. Me rapprochant timidement d’elle, je me suis blottie dans ses bras. — Nadine, je t’aime bien ! Elle m’a entraînée dans une roulade dans les hautes herbes et nous avons ri, à gorge déployée. La vie est tellement belle ! ai-je pensé. Quelle journée ! Une fête foraine avec des attractions extraordinaires, un concert d’un chanteur que j’adore, un repas comme je les aime et des gros câlins dans l’herbe ! Une pensée me traversa l’esprit : — Maman est toute seule à la maison pendant que nous nous amusons tous ensemble ici ! Je repoussai immédiatement cette idée. — Je veux juste profiter de la vie ! 28


L e temps de l ’ insouciance

Mais elle venait chatouiller ma conscience endolorie. — En plus, maman va nous demander comment cela s’est passé. Elle va être triste d’apprendre que papa a une autre femme dans sa vie. Ou alors, il va falloir lui mentir… J’essayai de l’enfouir profondément pour ne pas gâcher ce moment. — Je suis tellement heureuse de cette journée ! Mais elle était bien présente. — Quand même, maman ne mérite pas cela. C’est comme si, avec ma sœur, nous étions complices… Il va falloir vivre avec ce secret ! Un combat se livrait dans ma tête. J’avais l’impression d’avoir un petit ange sur mon épaule droite et un petit diable sur mon épaule gauche qui se chamaillaient et essayaient de me faire perdre la tête. — Oh, mais profite simplement du moment présent ! me suis-je dit pour mettre fin à cette bataille intérieure. T T T

C’était ma première Fête de l’Humanité. Une révélation ! Cet événement portait bien son nom. C’était un festival de jouissances, un combiné de distractions célébrant la vie. De quoi combler de nombreux désirs et penchants de la nature humaine ! Cette journée était à l’image de mon enfance : une succession de plaisirs divers et variés. Voilà les éléments qui composaient la partition de mon existence. Mon père était le chef d’orchestre de cette « mélodie du bonheur ». Il était mon héros. Grâce à lui, je rebondissais d’aventure en aventure. En revenant de colonie, un soir, il m’avait emmenée sur les lieux d’un accident pour m’expliquer comment il intervenait, en tant que 29


personnel de la Direction Départementale de l’Équipement. Nous allions, ma sœur et moi, parfois à son travail, à la « base » comme il disait, pour faire de géantes parties de cache-cache ou de ping-pong. À ses côtés, notre vie était une fête quasi permanente. Il mettait de la magie dans tout ce que nous vivions. Un simple moment de la journée se transformait avec lui en réjouissance. Sur le trajet de l’école, il nous faisait donner à manger à un chien du voisinage et le faisait tourner en bourrique. Pendant les consultations médicales, il faisait rire le médecin à chaudes larmes en lui racontant des blagues. Lors d’un voyage en Espagne, nous devions acheter un poulet, et il nous avait fait croire qu’il parlait espagnol. Nous avions tout de suite vu, à la tête du vendeur, qu’il ne comprenait rien ! Il nous emmenait souvent dans des parcs d’attractions, dans des soirées animées, au restaurant, en vacances dans des endroits magnifiques : la Corse, l’Espagne, la Guadeloupe. Avec lui, nous menions la grande vie ! Nous pratiquions ensemble de multiples activités : la danse, le ski, l’équitation dans le maquis corse, le bateau en mer, le snorkeling. Il était l’accompagnateur de mes sorties scolaires, le délégué des parents d’élèves de ma classe, le chauffeur qui nous emmenait à l’école et partout où nous avions besoin d’aller, mais aussi le confident de mes problèmes de cœur et de mes doutes. C’était celui qui apportait du mouvement et de la vie partout où nous passions. Celui grâce à qui nous étions admirées et enviées, ma sœur et moi. C’était un « ambianceur ». Il racontait tout le temps des histoires drôles. Il était même mon animateur dans la colonie de vacances où j’allais tous les ans. Avec lui, tous mes besoins matériels, sociaux et affectifs étaient comblés. Et puis, je l’admirais parce qu’il était tourné vers les autres. Sur l’autoroute, il s’arrêtait souvent pour porter secours aux 30


L e temps de l ’ insouciance

gens. S’il voyait quelqu’un se faire embêter dans la rue, il intervenait, quitte à se mettre lui-même en danger. Il allait aider les voisins, ses collègues, ses amis, en allant faire des petits travaux chez eux. Mon père était mon modèle, mon référent, mon idole, ma muse… On pourrait presque dire mon dieu, tant je lui vouais une sorte de vénération et un attachement passionné. Par sa façon de vivre, il m’inculquait sa philosophie de vie. Comme lui, je jouissais de tous les plaisirs que m’offrait l’existence. J’aimais profiter de la satisfaction que me procurait l’instant présent. Je me laissais porter par les événements. Je recherchais le bien-être à tout prix. Au détriment parfois du bien-être des autres. J’aimais, par exemple, être admirée par tous et avoir de nombreux prétendants. Je jouais avec leurs sentiments et j’en prenais un pour en rendre un autre jaloux. Je dois avouer que cela me faisait mal de les voir souffrir. Mais ce n’était pas de ma faute quand même si je n’étais pas vraiment amoureuse d’eux. Après tout, c’était de mon âge ! J’étais jeune, je pouvais profiter de la vie tout simplement et de tous les divertissements à ma portée ! Ces arguments qui trottaient de temps à autre dans ma tête me dérangeaient. Pourquoi revenaient-ils me hanter ? C’était comme si ma conscience essayait de sortir de la torpeur dans laquelle elle se trouvait. Mais aussitôt, elle était écrasée sous le poids de ma recherche effrénée de jouissances en tout genre. Cet enchaînement de plaisirs consommés les uns après les autres ne me comblait pas vraiment. Je me rendais compte que la joie qu’ils me procuraient était éphémère. Ces distractions devaient toujours être renouvelées et augmenter en intensité pour me satisfaire. D’ailleurs, elles ne pouvaient pas totalement effacer la peine provoquée par le décès de mon grand-père, mort d’un cancer du foie après des années de lutte acharnée. Ni celle engendrée par le décès brutal du meilleur ami de mon 31


père dans des circonstances étranges. La partition mélodieuse de ma vie contenait donc quelques fausses notes ! Mais je croyais avoir tout ce qui était nécessaire pour grandir et m’épanouir : une famille qui m’aimait, des amis, des amoureux, des moyens financiers. Pourtant, un sentiment de malaise commençait à s’installer en moi. Je pressentais la superficialité de toutes ces possessions et de ces joies éphémères. Ma vie ne manquait-elle pas de profondeur ? J’essayais de profiter de chaque instant. Je luttais contre les craintes qui me déstabilisaient parfois. C’était comme si je pressentais que quelque chose se préparait. J’avais l’impression que mon père n’était pas vraiment heureux. Sa vie était dirigée par le plaisir. Pourtant, j’apercevais parfois tant de tristesse dans ses yeux ! C’était tellement contradictoire ! Ma mère avait fini par savoir qu’il avait une relation avec une autre femme. Et apparemment, ce n’était pas la seule qu’il avait eue. Je me disais que ses aventures à répétition auraient certainement un impact sur notre famille. Je savais au fond de moi que cela ne pourrait pas toujours durer ainsi. J’entrevoyais déjà certaines conséquences des actes de mon père sur luimême et sur ses proches. Quand ces pensées venaient assombrir mes journées, rythmées par les distractions, je lançais ces mots en l’air, comme une formule magique : — Faites que ma famille soit toujours unie, que je sois toujours heureuse ! Je ne savais pas à qui je m’adressais, mais j’espérais que ce genre d’incantation me protégerait. Je continuais à m’enivrer des plaisirs de la vie, en maintenant mes inquiétudes à distance. Mais, parfois, j’étais attristée par ma capacité à faire le mal. Quand ma mère m’énervait ou me disait des choses qui allaient à l’encontre de mes désirs, je lui balançais au visage des mots très durs. Je l’insultais. J’essayais de la faire souffrir. 32


L e temps de l ’ insouciance

— De toute façon, je préfère Nadine, la nouvelle copine de papa. Je voudrais que ce soit elle ma mère. Elle, elle est gentille avec moi. Elle me laisse faire ce que je veux. Ce n’est pas étonnant que papa l’ait choisie, elle plutôt que toi ! Une fois la colère retombée, je me demandais comment j’avais pu dire des choses pareilles. Je regrettais mes propos. Mais j’avais trop de fierté pour aller m’excuser. Et le pire, c’est qu'au désaccord suivant, je recommençais. Le mal était-il attaché à mon cœur ? Est-ce que j’étais une personne mauvaise ? Mon enfance était-elle si insouciante et heureuse ? Je ne saurais le dire. Ce que je sais, c’est que je consacrais toutes mes forces pour atteindre mon objectif : le bonheur. T T T

Et puis, trois ans après cette fête de l'Humanité, il y a eu cette tragédie en Corse ! Pourtant, jusqu’à ce moment, j’avais espéré que les choses s’arrangeraient, comme après l’aventure de mon père avec Nadine. Nous avions fait comme si elle n’avait jamais existé. Notre famille avait été plus forte que cette passion passagère. Je crois que papa s’était rendu compte de ce qu’il risquait de perdre. Il n’était certainement pas prêt à sacrifier tout ce qu’il avait construit jusqu’alors pour quelques moments de plaisir. Mais, au cœur de cette violente dispute entre mes parents, il y avait encore une autre femme. Cette fois-ci, mon père semblait déterminé à quitter ma mère pour elle. À partir de ce moment-là, mon enfance a pris une tournure bien différente. La clé de la partition avait changé. Les notes, qui me semblaient autrefois si harmonieuses, ont été ponctuées de croches, de doubles croches et de soupirs. Les disputes cadençaient notre vie. J’assistais régulièrement à des violences verbales et physiques entre mes parents. Lors de nombreux trajets en voiture, le ton montait et le volume des décibels me faisait mal aux oreilles. Plus d’une fois, ma mère, 33


désespérée, a voulu se jeter sur la route en ouvrant la portière, alors que nous roulions à pleine vitesse sur l’autoroute. À plusieurs reprises, elle a aussi menacé de se jeter dans le puits au sous-sol de notre maison. Mon père, si joyeux auparavant, ne pouvait dissimuler son visage gonf lé et rougi par les larmes lorsqu’il remontait de notre garage. Je l’ai surpris plusieurs fois en train de pleurer. L’atmosphère de notre foyer était devenue lourde et pesante. Les remontrances et la colère y régnaient. Ce climat de tension permanent était difficilement supportable. C’est alors que mon père a décidé de quitter le domicile familial et s’est installé un lit de fortune à son travail. Cela me fendait le cœur de l’imaginer en train de dormir sur un pauvre petit matelas, posé à même le carrelage froid. Tout seul ! Perdu au milieu des immenses locaux de son travail. Je trouvais cela tellement sordide ! J’avais toujours espoir qu’il reviendrait à la maison. Mais bientôt, il est allé dormir chez cette autre femme dont il était tombé amoureux. Un jour où nous étions chez elle, je les ai entendus parler de travaux d’aménagement pour que mon père puisse s’installer définitivement là-bas. Et puis, il y a eu ce triste jour où mes parents nous ont annoncé qu’ils allaient entamer une procédure de divorce. Mon père avait besoin d’argent pour aller vivre avec sa nouvelle compagne. Il fallait donc mettre notre maison en vente. Cette demeure dans laquelle, aussi loin que remontaient mes souvenirs d’enfance, j’avais toujours habité… Il fallait se résoudre à quitter nos voisins avec lesquels nous avions grandi. Tous mes repères allaient tout à coup m’être enlevés. Ce que je redoutais était arrivé. Ma cellule familiale était en train d’exploser. Mon père allait reconstruire une autre vie ailleurs. Serait-il toujours là pour moi, comme il me l’avait promis, ou allait-il construire une autre famille et me faire passer après ? Les circonstances avaient eu raison de mon bonheur qui me paraissait, quelque temps seulement auparavant, inébranlable. 34


L e temps de l ’ insouciance

Je me rendais compte que tout bonheur, si solide et profond qu’il paraisse, peut s’écrouler d’un jour à l’autre. La mélodie enjouée des premiers accords avait cédé la place aux notes graves et pris un caractère dramatique. Le monde merveilleux dans lequel j’avais grandi appartenait désormais au passé. Cet univers rassurant et stable avait laissé la place à l’incertitude et à l’inquiétude. Je savais que, dorénavant, mon quotidien et mon monde seraient bouleversés. Mais ce que j’ignorais alors, c’est que le pire était à venir.

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Chapitre deux UN

DRAME NUIT

DANS LA

Mardi 28 novembre 1995, 18 h. Au 12 de la rue Beaumarchais, notre cellule familiale s’était réunie. Ce qui portait pompeusement le nom de rue n’était en fait qu’une petite impasse, longue de quelques mètres et bordée d’un petit nombre de maisons. Malgré sa petite envergure, cette ruelle représentait beaucoup pour moi. C’était mon univers ! Mais bientôt, elle allait être le théâtre d’un des événements les plus tragiques de ma vie. À l’entrée trônait un bloc de pierres imposant dans lequel étaient incrustées les six boîtes aux lettres des propriétaires. Les maisons du numéro 12 avaient été construites à quelques mois d’intervalle seulement. Leurs occupants étaient de jeunes couples, qui avaient tous la trentaine et un ou deux enfants. À la fin de la journée, nous aimions nous y retrouver pour jouer ensemble. Pendant ce temps, nos parents discutaient des heures durant et « refaisaient le monde », en gardant un œil sur nous. Nous allions souvent goûter ou faire nos devoirs les uns chez les autres. J’aimais l’atmosphère joyeuse de partage et d’entraide qui y régnait. Le long du chemin goudronné, sur la droite, se trouvait notre maison. Derrière un portail noir, aux barreaux espacés et torsadés, apparaissait une construction d’allure modeste avec des 37


murs en crépi blanc cassé et des volets en bois. Mon père avait construit lui-même, à la sueur de son front, cette maison à deux niveaux avec une rocaille à l’entrée et, derrière, une terrasse et un jardin. Nous y avions emménagé alors que je venais tout juste d’avoir deux ans. Mais il faudrait bientôt se résigner à la quitter. Quelques mois après sa mise en vente, elle avait déjà trouvé preneur. J’avais du mal à imaginer que je ne vivrais plus dans ma maison. Dans mon impasse. Il faisait déjà nuit en cette période hivernale. Notre petite cellule familiale était réunie dans la cuisine, autour d’une belle et imposante table en bois confectionnée par mon père. J’avais le sentiment que tout était comme avant. Avant les disputes. Avant les cris. Avant les coups. Je savourais ce moment en famille. Mon père et ma mère discutaient paisiblement. Nous étions assis comme à notre habitude : mes parents d’un côté de la table, ma grande sœur en face de mon père et moi, en face de ma mère. Cette situation, nous l’avions vécue bien des fois auparavant ; mais, à cet instant, elle me paraissait extraordinaire. Les tensions semblaient s’être miraculeusement évanouies. Je me délectais des rires de ces êtres si chers à mon cœur, sans vraiment faire attention aux conversations. J’aurais voulu retenir pour toujours ce sentiment plaisant. Cette atmosphère apaisée. Mais je savais que cela n’allait pas durer. Quelque chose avait été brisé pour toujours dans notre foyer et dans mon cœur. Si seulement je pouvais retrouver l’innocence et l’insouciance de mon enfance ! Nous étions si heureux auparavant ! La joie et les rires résonnaient dans les murs de notre maison. Bercé par ces voix familières, mon esprit s’est mis à vagabonder d’un souvenir d’enfance à l’autre. Je me remémorais, avec nostalgie, nos fêtes d’anniversaires et de Noël, nos vacances en famille. La tristesse m’a envahie tout à coup : nous ne partagerons plus ces moments tous ensemble, dans notre maison. 38


U n drame dans la nuit

Le ton de la voix de mon père a soudain changé. L’intonation sérieuse qu’il a adoptée m’a indiqué que je devais sortir de ma rêverie et l’écouter attentivement. — Bon alors, on récapitule ! Jeudi, à 7 h, je passerai prendre maman et je l’emmènerai à son travail. Il me faudra une heure, je pense, pour faire l’aller-retour. Donc vers 8  h, je reviendrai prendre Céline. Je l’emmènerai à son lycée. Pour aller dans le 6e et revenir, cela me prendra une bonne heure aussi. Vers 9 h, je viendrai te chercher, Stéphanie, pour te déposer à ton collège. Et puis, j’irai directement du 13e à mon travail. Cela va faire beaucoup de trajets et le timing sera très serré. Il faudra que vous soyez prêtes quand j’arriverai. C’est bon, on fait comme ça ? La grève ! Voilà ce qui nous avait permis d’être à nouveau réunis. Depuis plusieurs jours, des mouvements sociaux de grande ampleur immobilisaient la quasi-totalité des transports de proximité. Il n’y avait plus aucun bus ou métro. Les conditions de circulation étaient très difficiles. Mon père avait donc décidé de nous emmener chacune jusqu’à sa destination, à moto, pour éviter les embouteillages. Il fallait oublier les tensions pour réussir à faire face ensemble à la difficulté. Malgré la situation quelque peu chaotique, j’étais donc heureuse. Cette grève allait me permettre de voir mon père plus souvent, puisqu’il ne vivait plus à la maison depuis quelque temps. Après avoir réglé les derniers détails de l’organisation du surlendemain, mon père s’est levé pour partir. Il nous a embrassées, chacune à son tour. J’aurais tant voulu qu’il reste ! Il a dû lire la tristesse dans mon regard et m’a dit : — Ma puce, on se voit demain ! Je viendrai te chercher à la danse pour te raccompagner à la maison. Il faudra juste que je reparte vite pour aller à la soirée d’anniversaire de ton cousin Paul. T T T

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Mercredi 29 novembre 1995, 20 h 30. Je dansais maintenant depuis plus d’une heure et demie. J’avais tellement chaud ! Dans le miroir qui me faisait face, je voyais que ma tête devenait de plus en plus rouge. Je sentais de grosses gouttes de sueur dégouliner le long de ma colonne vertébrale. J’avais l’impression que j’allais succomber. Mais je me sentais bien ! Ce cours de danse classique au conservatoire me permettait de ne plus penser à tous nos problèmes familiaux, d’évacuer mes tensions intérieures. Je focalisais mon attention sur autre chose : les consignes données, les pas de la chorégraphie, le rythme de la musique, ma coordination avec les autres danseuses. Depuis que j’avais commencé à prendre des cours à l’âge de cinq ans, cet art était devenu pour moi une vraie passion. J’en avais alors quatorze et je prenais toujours autant de plaisir à exécuter une pirouette, une arabesque, un entrechat. Pendant cette période troublée de mon adolescence, la danse était aussi devenue un exutoire à mon désespoir. Dans le reflet du miroir, j’ai vu une tête émerger des escaliers de la mezzanine qui se trouvait derrière moi. J’ai reconnu le blouson de moto de mon père. Il s’est avancé jusqu’à la balustrade et s’est penché par-dessus. Il m’a adressé un grand sourire en me faisant un signe de la main. Comme j’aimais ce sourire ! Il illuminait la bouille ronde de celui que je chérissais par-dessus tout. Mais à cet instant, je savais que ce n’était qu’une façade affichée pour me rassurer. Je l’avais surpris quelques jours plus tôt en train de pleurer devant le miroir de la salle de bains. Je m’étais blottie dans ses bras, pour essayer de le consoler, en lui demandant doucement : — Qu’est-ce qui ne va pas, papa ? En séchant ses larmes, il m’avait répondu : 40


U n drame dans la nuit

— Ce n’est rien, ma puce. C’est juste que la vie est dure parfois. Dès que mon professeur de danse a annoncé la fin du cours, je me suis précipitée dans le vestiaire pour me rhabiller. Comme à l’ordinaire, il régnait dans cette pièce une odeur saisissante et écœurante de transpiration. Je n’ai pas pris le temps d’enlever mon justaucorps ni mon collant. J’ai juste enfilé mon jean et mon pull par-dessus, puis je suis sortie le retrouver. Sachant qu’il devait repartir rapidement, je voulais passer le plus de temps possible avec lui. Depuis son départ du foyer, il me manquait terriblement. Il m’attendait sur le parking avec sa moto. J’étais ravie, mais aussi tellement fière devant mes copines ! J’aimais passer mes bras autour de sa taille et m’agripper à lui. Il m’a embrassée chaleureusement. Nous sommes rapidement montés sur sa moto, en direction de la maison, au 12 de la rue Beaumarchais. Il a arrêté son engin devant notre portail et m’a fait descendre. — J’y vais tout de suite pour ne pas être trop en retard à l’anniversaire. Je viens vous chercher demain matin. — D’accord ! Au revoir papa. À demain. Il a fait un demi-tour et s’est arrêté à nouveau devant moi. — Au fait, ma chérie, ne dis pas à ta mère que je suis parti à moto, sinon elle va s’inquiéter. Toute ma vie, je me souviendrai des mots que j’ai prononcés à cet instant-là. Et pourtant, ils sont d’une telle banalité. — Bonne nuit, papa ! Le bruit du moteur vrombissant a couvert ma voix et il ne m’a pas entendue. Cela m’a quelque peu irritée, mais qu’importe – me suis-je dit –, je le verrai demain ! Je l’ai regardé disparaître dans le froid glacial de la nuit. T T T

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— Philippe Croizon, premier amputé des quatre membres à avoir traversé la Manche à la nage

Profondément émouvant et inspirant.

— Sebastian Demrey, artiste et producteur des albums Héritage

Ce livre est livre de l’extrême.

— Henri Blocher, théologien et auteur

Puissant et palpitant.

STÉPHANIE KOUMARIANOS

Ce livre m'a transporté.

S T É P H A NIE K O U M A R I A NO S

— Raphaël Cornu-Thénard, directeur et fondateur du mouvement catholique Anuncio et initiateur du congrès Mission

Il faut lire Mon bonheur à l’épreuve.

— Étienne Lhermenault, président du Conseil National des Évangéliques de France

Après une adolescence chaotique marquée par la violence et la perte d’un père qu’elle admirait tant, Stéphanie s’est mise en quête d’un bonheur perdu. Sa rencontre avec Dieu marque un véritable tournant. Son existence prend un sens nouveau. Son mariage la comble comme jamais elle ne l’avait espéré. Alors qu’elle s’applique à mieux connaître ce Dieu qu’elle vient de découvrir, elle ose même lui adresser une prière qui va bouleverser le reste de sa vie. Tout semble alors voler en éclats : l’infertilité, le handicap, la douleur, la solitude font leur apparition alors qu’ils n’ont jamais été invités. Et après des années de luttes, une pensée improbable commence à émerger : et si les épreuves n’étaient pas une entrave au bonheur, mais, bien au contraire, une formidable contribution ? Un récit bouleversant, par moment tragique, souvent poignant, et finalement porteur d’un espoir insoupçonné. Stéphanie Koumarianos vit en région parisienne. Avec son mari Matthieu, ils ont fondé My Gospel Church, une Église innovante à Paris qui accueille des personnes en quête de sens. 17,90€

ISBN 978-2-36249-416-1

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782362

494161

Cette prière qui a bouleversé ma vie

Mon bonheur à l'épreuve • Stéphanie Koumarianos  
Mon bonheur à l'épreuve • Stéphanie Koumarianos  

Extrait