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Par Guitel Ben-Ishay

Des livres et vous

''Recommencer ailleurs'' Sophie Alisse-Stern

Région Jérusalem

''Recommencer ailleurs'' est un ouvrage qui apporte un regard original sur le changement qu'est l'Alyah, à travers le récit de l'aventure d'une Française qui prend ce grand tournant. Rencontre avec l'auteur, Sophie Alisse-Stern. Le P'tit Hebdo: Pourquoi avoir choisi le thème de l'Alyah pour votre premier roman? Sophie Alisse-Stern: J'ai quitté Paris il y a quatre ans pour m'installer à Jérusalem. J'ai été moi-même surprise, déconcertée par le tournant nouveau qu'avait pris ma vie. On n'écrit pas sur ce qu'on comprend ni ce qu'on maîtrise déjà. On écrit sur ce qui fait question, interroge ou bouscule la conscience. Et l'Alyah est un événement assez déroutant et mystérieux. Lph: Quelle image d’Israël avez-vous souhaité donner? S.A-S.: Israël est un pays qui fait l'objet de nombreux fantasmes, et se trouve en permanence stigmatisé par les médias. J'ai voulu proposer une autre vision, plus réelle et sereine, offrir à mon lecteur la possibilité d'entrer "en toute innocence" dans ce pays, de découvrir Israël à travers le regard singulier d'une juive française qui se lance dans l'aventure de l'Alyah, avec ses espoirs et ses craintes. Lph: Est-ce un encouragement à l'Alyah ou simplement un témoignage? S.A-S.: Chaque Juif est concerné de près ou de loin par cette question, que cela se traduise par une Alyah effective ou qu'il ne pose jamais le pied en Israël. L'héroïne confie au retour d'un voyage à Tel-Aviv: «Je savais que j'abandonnais ici une part de moi-même, une part secrète, nonchalante et opaque, intransportable là-bas, et qui allait m'attendre un an de plus, au fond de la valise.» Lph: L’Alyah doit-elle venir d'une prise de conscience collective (l'avenir des Juifs en dehors d’Israël) ou individuelle (ma sensibilité par rapport à ce pays)? S.A-S.: L'Alyah n'est jamais le fruit de la seule volonté d'un

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individu. Bien souvent ceux qui en parlent le plus ne la font pas et ceux qui partent vraiment déconcertent parfois leur entourage. Le jour où j'ai annoncé dans mon lycée ma décision de partir, une collègue m'a dit: «Toi, mais tu es la dernière personne que j'aurais imaginé faire l'Alyah. Si toi tu pars, alors nous allons tous partir!» Lph: À quel public cet ouvrage est-il destiné? S.A-S.: Ce livre est destiné à tous ceux qui se posent des questions, qui sont curieux, qui aimeraient, qui hésitent ou qui ne savent pas encore... mais aussi bien sûr à ceux qui ont déjà franchi le pas. Je voulais donner à mon lecteur le goût de l'Alyah, dans sa dimension sensible et charnelle. Lph: Sur quel ton racontez-vous votre récit? S.A-S.: C'est un livre qui a été rédigé entre Jérusalem, Tel-Aviv et Haïfa, dans les cafés ou le silence des classes d'oulpan. Je crois que c'est un livre sincère écrit sur un ton qui peut être léger ou grave... selon les circonstances et les phases de l'Alyah. Lph: Quel regard portez-vous sur la population francophone en Israël? S.A-S.: Lorsque j'ai étudié à l'oulpan Morasha, à Jérusalem, dans une classe composée de francophones, j'ai rencontré des hommes et des femmes de toute condition, de tous âges, et de sensibilité religieuse variée. Qu'avaient-ils en commun? Ils s'étaient arrachés à une vie, un pays, une langue, une culture pour tenter avec un courage fou l'aventure de l'Alyah. Quelle force mystérieuse, quel élan secret les avaient conduits à cela, à modifier à plus de trente ou quarante ans la trajectoire de leur vie? J'ai pensé en les observant, jour après jour, s'adapter à leur nouveau destin qu'il y avait là quelque chose d'extraordinaire à saisir. J'avais trouvé mon sujet. Points de vente: Sites classiques de vente sur Internet: Amazone, Fnac, … Librairie Vice-Versa (Jérusalem) Librairie du Foyer (Tel-Aviv)