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Journal participatif et de solutions

Nº 13 MARS 2019

GRATUIT

HORS-SÉRIE

Migrants & Projets culturels en Auvergne-Rhône-Alpes

QUAND LA CULTURE RENCONTRE LES PERSONNES Comprendre EN MIGRATION les migrations PAGE 6 À 14

Zoom sur les projets culturels incluant les migrants en AuvergneRhône-Alpes PAGE 15 À 44

Témoignages d’artistes en migration PAGE 45 À 50

Hors-série réalisé en partenariat avec La DRAC et la DRDJSCS Auvergne-Rhône-Alpes Journal associatif et sans publicité déposé au dépot légal de la Bnf. Achevé d’imprimer mars 2019 par Medcom 39 rue Père Chevrier 69007 Lyon Directrice de la publication : Laurianne Ploix - Ne pas jeter sur la voie publique - Numéro ISSN : 2495 - 9847


Le Tout Va Bien Le TVB est l’un des principaux outils de l’association Tout Va Bien qui a pour objet social la diffusion de solutions à impact positif sur l’environnement, la société et le vivre-ensemble. Inspiré du journalisme de solutions, TVB a créé en 2016 le principe de l’initiative au kilomètre. En relayant les démarches inspirantes d’acteurs locaux, l’association espère stimuler les envies d’agir près de chez soi. Le journal est avant tout un outil citoyen de réflexion collective puisque tout le monde a le droit d’écrire dans ses pages après une courte formation à l’écriture journalistique et la signature de notre charte éditoriale. En passant ensemble en mode solutions, nous espérons voir naître plein d’idées pour réinventer demain.

Edito En 2019, TVB s’est donné comme thématique annuelle de décryptage d’une question de société, les migrations. Nous pensons que le rôle du journalisme est d’alimenter le débat public d’informations (et de solutions pour le vivre-ensemble dans notre cas) afin de mieux comprendre le monde et permettre à la société de progresser. Pour faire face à ce grand défi contemporain, TVB a voulu revenir aux faits et comprendre le principe même de migration, ce qui correspond à notre première rubrique, ici centrée sur la France. Nous avons axé ensuite ce hors-série sur les projets culturels qui incluent des migrants en Auvergne-Rhône-Alpes, en nous focalisant essentiellement sur les primo-arrivants, pour souligner la puissance de la diversité et de l’interculturalité, que ce soit dans la création culturelle ou dans l’enrichissement mutuel. Cette édition ne pourra être ni exhaustive ni complète mais nous espérons donner un nouveau regard sur ces personnes qui se reconnaissent peu dans le terme, souvent péjoratif, de migrant et qui voyagent avec leurs trésors culturels. Un bref aperçu de la richesse de ce que nous pouvons créer, tous ensemble, illustré également par des résumés plurilingues. Laurianne Ploix

RDV sur toutvabienlejournal.org

11 NUMÉROS 4 HORS-SÉRIES

WEB Tvb en pdf

Directrice de publication Laurianne Ploix Journalistes Fabien Franco Lise Pedersen Agnès Giraud-Passot Thomas Sévignon Clément Navoret Pierre Fernandez Laura Doucet Laurianne Ploix

NOS FORMULES D’ABONNEMENT

1 AN

TVB, Tout Va Bien, le journal qui réinvente demain Association loi 1901 Siège social : 56 route de Genas 69003 Lyon contact@toutvabienlejournal.org

Traductions La compagnie Les arTpenteurs Secrétaire de rédaction Sylvie Mosser

PAPIER

30 €

Tvb par La Poste

50 €

Photographes Photographies créditées sur l’image, prises par nos journalistes, gracieusement mises à disposition par les structures culturelles partenaires ou libres de droit. Toute reproduction interdite. Graphisme Laura Doucet Mise en page Laurianne Ploix

WEB + PAPIER Tvb en pdf et par La Poste

60 €

MEMBRE ENGAGÉ Tvb au choix + réductions sur nos événements

Partenaires financiers DRAC Auvergne-Rhône-Alpes DRDJSCS Auvergne-Rhône-Alpes Plus d’infos sur : Http://toutvabienlejournal.org

80 €

Toutes les infographies appartiennent à TVB et sont interdites de reproduction.


HORS-SÉRIE JEUNESSE

LES TRADUCTEURS PLURILINGUES

par ordre alphabétique

Panorama

Hazhar SAEED Hazhar porte son foulard traditionnel. Il a traduit en kurde sorani, l’une des langues parlées en Iraq, depuis Bron où il vit aujourd’hui.

Noémie LABALME Myoung-Jae CHOI Myoung-Jae et ses éventails de Corée du Sud. Elle a traduit en Coréen, la langue de son pays d’origine, depuis Villeurbanne.

Lila CHOUARBI Lila avec son thamassvah (chandelier berbère). Elle a traduit en tamazight (kabyle), la langue qu’elle a apprise en Algérie.

Bjalla Andrea DUHESME Bjalla Andrea et le drapeau des îles Féroé, d’où elle vient. Elle a traduit en féroïen depuis Lyon.

Sylvain HALBWACHS Sylvain vêtu de batik en soie, fumant une cigarette au clou de girofle. Il a traduit en Indonésien, la langue parlée en Indonésie où il a vécu.

Noémie avec son chapeau et son drapeau suédois. Elle a traduit en suédois la langue parlée en Suède, où elle a vécu.

Ria LACHAUD Ria a traduit en néerlandais, la langue de son pays d’origine, les Pays-Bas.

Jean-Yves LOUDE Jean-Yves dans sa robe d’honneur de « quasi » homme de parole remise au Pakistan. Il a traduit en kalash , l’une des langues du Pakistan, et en anglais.

Aurore MARTA Aurore tient une assiette artisanale du Portugal. Elle a traduit en portugais, langue parlée dans son pays d’origine, le Portugal, depuis Lyon.

Audrey MOFY Audrey devant son paréo de La Réunion. Elle a traduit en créole de La Réunion depuis Vaulx-en-Velin.

Zahra HATTAM Zahra porte la main de Fatima. Elle a traduit en arabe, langue de son pays d’origine, la Tunisie, depuis Vaulx-en-Velin.

Kuanui HOKAUPOKO Kuanui avec une fleur des Îles Marquises. Elle a traduit en marquisien, l’une des langues de Polynésie Française qu’elle a fait voyager jusqu’à Lyon.

Amaya IBARGUREN-ESNAL Amaya égrenant du sable du Pays Basque. Elle a traduit en basque (euskara), la langue qu’elle parlait au Pays-Basque espagnol avant de vivre à Vaulx-en-Velin.

Wuyeh JAITEH Wuyeh a traduit en mandinka, langue parlée dans son pays d’origine, la Gambie, depuis Bron.

Varoujan KALFAYAN Varoujan d’origine arménienne joue du duduk, la flûte traditionnelle. Aujourd’hui habitant de Meyzieu, il a réalisé une traduction en arménien.

Nadia KHOURSKY Nadia devant sa maison russe. Elle a traduit en russe, langue parlée dans son pays d’origine, la Russie, depuis Champagne au Mont d’Or.

Angelo VERENAKO

Angelo avec des objets de Madagascar. Il a traduit en malgache, langue parlée dans son pays d’origine, Madagascar, depuis Vaulxen-Velin.

Verónica MUÑOZ Verónica dans sa robe mexicaine. Elle a traduit en espagnol, la langue officielle de son pays d’origine, le Mexique.

Marie-Hélène PERENNEC Marie-Hélène devant son poster de Berlin. Elle a traduit en allemand, la langue officielle d’Allemagne, pays où elle a vécu.

Alexis POTAPIEFF

Arjola Arjola a traduit en albanais, langue parlée en Albanie, depuis Bron.

Aminata Aminata a traduit en Dioula, langue parlée en Côte d’Ivoire, depuis Bron.

Tarek ALZAWI Tarek a traduit en arabe, langue qu’il a apprise en Libye, son pays d’origine, avant d’arriver à Bron.

Ayman BUTTO Ayman a traduit le résumé d’un article en hébreu, langue parlée en Israël.

Fatoumata DIALLO Fatoumata a traduit en pular, langue parlée en Guinée-Conakry.

Muhammad ESSA Muhammad a traduit deux résumés en pachto et en dari, deux langues parlées en Afghanistan, son pays d’origine.

Yoko HIGASHI Yoko a traduit en japonais, la langue de son pays d’origine, le Japon.

Eva KOTTOTOUTOU-DACLINAT Eva a traduit en sängo, langue parlée en République Centrafricaine dont elle est originaire.

Aleksandar ODJAKLISKI Aleksandar a traduit en macédonien langue parlée en Macédoine du Nord, son pays d’origine.

Alexis et son samovar, ustensile utilisé pour faire bouillir l’eau du thé en Eurasie. Il a réalisé une traduction en russe, langue de son pays d’origine, la Russie.

Franca POTAPIEFF Danilo VEZZIO Franca tient des épis de maïs et Danilo porte un couvre-chef du Frioul. Ils ont traduit en frioulan, langue parlée dans le Frioul et la Vénétie, au nord de l’Italie.

Khayal RECHIDLI Khayal a traduit en azeri, langue parlée dans son pays d’origine, l’Azerbaïdjan.

Marcella RENAUD Marcella et son livre de cuisine italienne. Elle a traduit en italien, sa langue maternelle, depuis Lyon.

La compagnie Les ArTpenteurs a coordonné la traduction en 32 langues des résumés des articles, mobilisant 33 personnes vivant actuellement ou ayant vécu la situation de migration, ou encore de grands voyageurs ayant appris d’autres langues. Tous résident dans la région lyonnaise et la plupart ont participé à des actions culturelles et spectacles multilingues conçus par la compagnie pour valoriser toutes les langues et favoriser le plurilinguisme. Certains ont accepté de se prendre en photo avec un objet représentant leur voyage ou leur origine.


Sommaire COMPRENDRE LES MIGRATIONS Page 6 à 14

7&8

Glossaire et définitions

9

Découvrez le parcours d’un migrant à son arrivée en France

10 & 11

Les migrations en quelques chiffres

12

« La migration est temporaire et non identitaire », retour sur la terminologie avec l’anthropologue Marina Chauliac

13

Éclairage juridique avec Laurent Delbos, responsable plaidoyer à Forum réfugiés

14

Le point de vue (inter)culturel de Jérôme Grange d’Alter-Égaux

TÉMOIGNAGES D’ARTISTES EN MIGRATION Page 45 à 50 46 & 47

Omar Youssef Souleimane « La distance m’apporte une liberté de pensée »

48

Maïa Baratashvili, la danse de Tbilissi à Saint-Étienne

49

Khalil Hemsok, rencontre avec le pyrograveur syrien

50

Ramadan Bozhlani « L’écriture, c’est ma vie »


MIGRANTS & PROJETS CULTURELS DANS LA RÉGION Page 15 à 44 Isère

Région entière 16 & 17

18 & 19 20 21 & 22

Traces, une biennale pour comprendre les migrations Singa, tisser des liens autour de l’exil Migrant’scène, le festival de La Cimade

35 36 37

AcrirA, des films pour exister

CART, la photo en témoignage de fraternité K-LI-P, des portraits en exil, danser pour exister Amal, l’identité multiculturelle valorisée Irak à jamais, l’exil irakien sur les planches

Savoie & Haute-Savoie

Rhône 23

34

Les arTpenteurs mettent en scène toutes les langues

24 & 25

Acte Public, production culturelle & enjeux sociétaux

26

Le Concert de l’Hostel Dieu sur les traces de Marco Polo

27

Qimel, une autre vision des migrants

28

Waninga, le théâtre pour lieu de partages

29

Fernanda Leite du CCO, « Créer le rire et l’émotion »

30

AnteprimA, sensibiliser par l’art

31

Stimultania, l’éducation par l’image

32

Le cabaret citoyen du théâtre du Grabuge

33

Les langues mises en musique par la Tribu Hérisson

38

ADDCAES, la migration incarnée

39

Marche ou rêve, les bienfaits de l’action poétique

Loire 40

Selam, l’aventure humaine puis musicale

41

Cirklo, cocréer par la sérigraphie et le dessin

Puy-de-Dôme 42

43

Gravure et écriture pour nourrir l’esprit Sama, la culture comme « module d’apprentissage »

Drôme 44

Le CPA de Valence, histoires partagées pour échanges apaisés

CONTACT DES STRUCTURES CULTURELLES Page 51

HS TVB #13 - P.5


PAGES 6 À 14

COMPRENDRE LES

MIGRATIONS


Glossaire Migration

Déplacement d’une personne ou d’un groupe de personnes, soit entre pays, soit dans un pays entre deux lieux situés sur son territoire. Cette notion englobe tous types de mouvements de population impliquant un changement du lieu de résidence habituelle, quelles que soient leur cause, leur composition, leur durée. Source : Organisation Internationale pour les migrations

Migrant

Personne se déplaçant vers un autre pays ou une autre région afin d’améliorer ses conditions matérielles et sociales, ses perspectives d’avenir ou celles de leur famille. Ce terme s’applique habituellement lorsque la décision d’émigrer est prise librement par l’individu concerné.

Réfugié

Source : Organisation Internationale pour les Migrations

Personne qui s’est vu octroyer une protection par l’Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA). Sans ce statut, ces personnes ne peuvent pas travailler en France. Source : Glossaire du Ministère de l’intétieur

Primo-arrivant

Personne étrangère en situation régulière vis-à-vis du droit au séjour et signataire d’un contrat d’accueil et d’intégration (CAI) ou du nouveau contrat d’intégration républicaine (CIR). À leur arrivée en France, les étrangers primo-arrivants sont accueillis par les services de l’Office français de l’immigration et de l’intégration (OFII) présents sur l’ensemble du territoire pour signer le CAI/CIR.

Apatride

Source : Bulletin officiel du Ministère de l’éducation nationale

Personne qui n’a pas de nationalité légale, qu’aucun État ne considère comme son ressortissant. L’État d’apatridie prive l’individu des droits – et supprime les devoirs – attachés à la nationalité, à savoirle droit à la protection diplomatique et le droit de revenir dans son pays d’origine, notamment.

Personnes déplacées

Source : Organisation Internationale pour les Migrations

Personnes ou groupes de personnes qui ont été contraintes à fuir leur lieu de résidence habituel pour éviter les effets, entre autres, d’un conflit armé, de situations de violence généralisée, de violations des droits de l’homme ou de catastrophes naturelles, sans avoir franchi les frontières internationalement reconnues d’un État. Source : Organisation Internationale pour les Migrations

Ressortissant de pays tiers

Personne qui n’est pas un citoyen de l’Union européenne comme l’exprime l’article 20, paragraphe 1, du Traité sur le fonctionnement de l’Union européenne, ni un individu bénéficiant du droit communautaire à la libre circulation, telle qu’expliquée à l’article 2, point 5, du Code frontières Schengen.

Débouté

Source : Commission Européenne

Dans le cadre des migrations, personne qui a vu sa demande d’asile définitivement rejetée.

Immigré, étranger, migrant, réfugié ou demandeur d’asile Immigré et étranger

Un étranger peut être né en France (une personne née sur le sol français de parents étrangers, qui n’a pas la nationalité française à sa naissance, n’est pas immigrée), alors qu’un immigré est forcément né à l’étranger. Un immigré a l’intention de rester et s’installer en France, un migrant est là de passage du fait d’un déplacement.

Demandeur d’asile et réfugié

Tout étranger peut demander une protection à la France contre des persécutions dans son pays d’origine, pour des motifs religieux, politiques ou autres. Tant que la procédure est en cours, il est demandeur d’asile. S’il l’obtient, il passe sous le statut de réfugié. Source : Les Décodeurs par Le Monde


Glossaire Asile constitutionnel Toute personne « persécutée en raison de son action en faveur de la liberté » (article L.711-1 du CESEDA) bénéficiant du régime de protection des réfugiés.

AT-SA : Accueil temporaire - Service de

l’asile Dispositif d’hébergement d’urgence dédié à l’accueil des demandeurs d’asile mais pouvant accueillir également les personnes dont la demande d’asile relève d’un autre État. Les centres AT-SA sont chargés d’offrir un hébergement meublé, d’assurer un accompagnement administratif et social (dépôt de dossier à l’OFPRA, scolarisation des enfants, ouverture des droits), et d’assurer la sortie des résidents en fin de procédure d’asile.

CADA : centre d’accueil de demandeurs d’asile

Dispositif spécifique d’hébergement pour l’accueil des demandeurs d’asile et aussi des réfugiés pendant une période de transition permettant la recherche d’un logement.

CAO : centre d’accueil et d’orientation

Structures visant l’hébergement d’urgence des personnes migrantes sans abri, isolées ou non, stationnant sur le sol français. Ces centres sont des sas d’accueil et d’orientation permettant au public accueilli de bénéficier des informations et d’un accompagnement administratif nécessaires au dépôt d’une demande d’asile.

CPH : centre provisoire d’hébergement

Structures ayant pour mission d’héberger les familles ou les personnes qui ont obtenu le statut de réfugié ou qui sont bénéficiaires d’une protection subsidiaire pour les accompagner dans leur insertion. Ces centres proposent un accompagnement socio-professionnel favorisant une première insertion en France (accès au droit, accès à l’emploi, scolarisation, suivi médical, etc.). Ils s’adressent aux personnes qui bénéficient du statut depuis moins d’un an. Source : Glossaire du ministère de l’intétieur Source : Glossaire de la politique de l’accueil des migrants

Convention de Genève « Le terme de réfugié s’applique à toute personne craignant avec raison d’être persécutée du fait de sa race, de sa religion, de sa nationalité, de son appartenance à un certain groupe social ou de ses opinions politiques, se trouve hors du pays dont elle a la nationalité et qui ne peut ou, du fait de cette crainte, ne veut se réclamer de la protection de ce pays ; ou qui, si elle n’a pas de nationalité et se trouve hors du pays dans lequel elle avait sa résidence habituelle à la suite de tels événements, ne peut ou, en raison de ladite crainte, ne veut y retourner. » Source : Article 1er Alinéa 2 de la convention de Genève du 28 juillet 1951

Asile conventionnel Défini à l’article 1, A, § 2 de la Convention de Genève du 28 juillet 1951 relative au statut des réfugiés. Voir encart plus bas.

Protection subsidiaire Protection accordée à tout ressortissant de pays tiers, ou apatride qui ne peut être considéré comme réfugié, mais pour lequel un retour dans son pays d’origine représenterait un risque : peine de mort, torture, menace individuelle contre sa vie ou sa personne. Autorisation provisoire de séjour Document de séjour qui autorise, durant sa durée de validité, son titulaire à séjourner régulièrement en France. Il est, en général, d’une durée de validité de 1, 3 ou 6 mois et peut être renouvelé. Il peut dans certains cas, sur présentation d’une promesse d’embauche ou d’un contrat de travail, permettre l’exercice d’une activité professionnelle.

Naturalisation Principal mode d’acquisition de la nationalité française. Elle peut être demandée par tout étranger qui réside régulièrement en France et qui remplit les conditions suivantes : être majeur, résider en France de manière habituelle et continue depuis 5 ans, sauf dispositions particulières, être en possession d’un titre de séjour, avoir en France le centre de ses attaches familiales et de ses intérêts matériels, faire preuve d’une intégration dans la société française, notamment par une connaissance suffisante de la langue française et ne pas avoir été condamné. Titre de séjour Document assurant la reconnaissance par l’autorité publique du droit à séjourner sur le territoire national pour un ressortissant étranger majeur. Carte de résident Titre de séjour délivré à tout étranger qui justifie d’une résidence ininterrompue d’au moins cinq années en France, conforme aux lois et règlements en vigueur s’il dispose d’une assurance maladie

CAI - contrat d’accueil et d’intégration

Proposé à tous les étrangers entrant pour la première fois en France et souhaitant s’y maintenir durablement. Il comprend une formation civique présentant les institutions françaises et les valeurs de la République et, si nécessaire, une formation linguistique.

Retour volontaire assisté Appui administratif, logistique et financier au retour et à la réinsertion dans le pays d’origine à destination des demandeurs d’asile déboutés, de migrants victimes de la traite des personnes, d’étudiants en situation de détresse et autres migrants ne souhaitant pas demeurer dans l’État 1

Code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile en France Source : Glossaire du ministère de l’Intérieur


Le parcours d’un demandeur d’asile Entrée sur le territoire

Contrôle de police

Aéroport, douane aux frontières, contrôle d’identité...

* L’accompagnement pendant la demande d’asile est réalisé par les lieux dhébergements (CADA, CHU,etc.) ou par les PADA pour les demandeurs non orientés vers l’hébergement.

PADA

Plate-forme d’Accueil pour Demandeurs d’Asile

Centre de rétention administrative

Guichet Unique des Demandeurs d’Asile

Accueil des personnes, information et pré-enregistrement de la demande d’asile.

• Possibilité de faire sa première demande pour obtenir le statut de réfugié ou faire un recours concernant un refus.

Accompagnement pendant la demande d’asile *

• Procédures accélérées pour limiter le temps de détention. • Dans les autres cas, redirection vers le pays d’origine.

GUDA

Pré-enregistrement

• Aide à la constitution du dossier de demande d’asile pour l’OFPRA.

• Accompagnement social, administratif et juridique tout au long de la procédure

• Redirection vers les pays d’entrée sur le sol européen (s’il ne s’agit pas de la France).

OFPRA

Office Français de Protection des Réfugiés et Apatrides

Obligation de quitter le territoire français (OQTF)

L’individu doit quitter le territoire sous 30 jours.

• Prise d’empreintes digitales et vérification du dossier européen des demandeurs d’asile.

21 jours

Retour vers le pays d’origine

Refus du dossier

Lancement de la procédure

Audition à l’OFPRA

Présence d’un officier de référence connaissant la situation du pays d’origine, souvent accompagné d’un interprète. Questions précises sur les raisons de la demande d’asile et vérifications.

Possibilité de bénéficier d’aides au

Accompagnement possible par un bénévole associatif ou un avocat. Interdiction de travailler pendant la procédure.

retour volontaire dans le pays d’origine. Possibilité de faire un recours devant la CNDA.

CNDA

Cour Nationale du Droit d’Asile RECOURS Réexamen de la demande d’asile. Droit à un avocat ou un avocat commis d’office. Avis rendu par des magistrats.

Obtention du statut de réfugié ou de la protection internationale

Obtention des mêmes droits que les citoyens français (travail, santé,…), sauf le droit de vote Participation à des modules d’intégration (apprentissage de la langue, de la culture…)


Les migrations Dans le monde 68,5 millions de départs forcés dont 40 millions de déplacements

Pays de l’OCDE recensant le plus d’entrées d'immigrés permanents

Source : Statistiques 2016 de l’OCDE sur les migrations internationales

dans le même pays et 3,1 millions de demandeurs d’asile

3,5 millions

de déplacés accueillis en Turquie. Les pays en développement accueillent Source : Rapport du Haut la majorité des migrants.

Commissariat des Nations-Unis pour les Réfugiés 2017

En France 247 436 premiers titres de séjour délivrés par la France

a e ni e e e -Unis lemagn ume-U Canad Franc ustrali Espagn A a Al Roy

États

e Itali

s

s-Ba Pay

soit une hausse de 7,42 % sur un an

14 859 retours forcés

Les expulsions d’étrangers en situation irrégulière ont augmenté de 14,6 % sur un an

43 000 personnes

ont obtenu le statut de réfugié ou la protection subsidIaire, soit une hausse de 17 %

Évolution du nombre de demandes de protection internationale en France Nombre de demandes

Source : Rapport d’activité 2017 de l’OFPRA

Nombre de demandes globales Nombre de premières demandes

27 584 titres

générés par le « passeport talent » (chercheurs, artistes...) en 2017 dont 8 687 premiers titres

341

demandes de statut d’apatride Chiffres 2017. Sources Minsitère de l’Intérieur et Rapport d’activité 2017 de l’OFPRA

En 2017, l’OFPRA a rendu 1180 avis à la frontière dont 311 avis d’admission

Évolution de la population immigrée en France de 1931 à 2015

La population immigrée représente 9,3 % de la population totale

La procédure d’asile à la frontière a pour objet d’autoriser, ou non, l’entrée sur le territoire des ressortissants étrangers qui se présentent aux frontières, démunis des documents requis pour y être admis. C’est le ministère de l’Intérieur qui prend la décision d’admettre ou non le demandeur sur le territoire, après avis de l’OFPRA. Celle-ci procède à l’audition des demandeurs et transmet un avis motivé portant sur le caractère fondé ou non de la demande.

Effectifs (en milliers)

Source : Insee, Recensement de la population 2015


en quelques chiffres En 2018, 255 550 premiers titres de séjour ont été délivrés en France

Répartition du nombre de personnes immigrées en Auvergne-Rhône-Alpes par départements

Les primo-délivrances de titres augmentent de 3,3 % en 2018 par rapport à 2017. (données provisoires. Source : AGDREF / DSED)

Source : Insee, RP 2014

Motif économique : une personne qui se déplace pour des raisons professionnelles (actif non salarié, scientifique, artiste, salarié, saisonnier). Motif familial : une personne qui rejoint ses proches. Motif humanitaire : une personne réfugiée ou apatride, en asile territorial, victime de la traite des êtres humain, victime de violences conjugales ou de maladie. Motif divers : les visiteurs, les étrangers entrés mineurs, les anciens combattants, les retraités ou les pensionnés, etc. Source : Ministère de l’Intérieur - L’essentiel de l’immigration n°2019-25

100 755 demandes d’asile Enregistrées par l’oFPRA

Dont 73 461 premières demandes (hors apatrides)

La région AuvergneRhône-Alpes est la 2e région principale de résidence des demandeurs d’asile en 2017 86 592 places d’hébergement en France en 2018 dédiées aux demandeurs d’asile Hébergements en centre d’accueil pour demandeurs d’asile (CADA)

Hébergements en centre d’hébergement d’urgence (CHU)

En France En 2017 Principales nationalités des primo-demandeurs en 2017 Source : Rapport d’activité 2017 de l’OFPRA

Source : Site du ministère de l’Intérieur au 31/12/2018


H O R S - S É R I E C U LT U R E & M I G R A N T S

Anthropologie

Marina Chauliac, « La migration est temporaire et non identitaire »

D

octeur en anthropologie sociale et ethnologie, Marina Chauliac est membre de l’Institut interdisciplinaire d’anthropologie du contemporain (EHESS/CNRS) et conseillère pour l’ethnologie à la Direction régionale des affaires culturelles (DRAC) Auvergne-Rhône-Alpes. Elle a notamment travaillé sur les mémoires et les patrimoines des migrations. TVB est allé à sa rencontre.

TVB : Que pensez-vous du terme « migrant » ? MC : À mon sens, le mot « migrant » doit être employé avec prudence, je lui préfère « personne en situation migratoire ». La migration ne représente qu’une situation à un temps donné et aucunement une identité que l’on pourrait assigner. Les personnes en situation migratoire ne s’autodéfinissent généralement pas comme des migrants. Il s’agit plus d’un statut, qui peut être connoté péjorativement d’ailleurs, que d’une identité intégrale.

TVB : Quel regard portez-vous sur les personnes en migration aujourd’hui ? MC : Les migrations existent depuis la nuit des temps, il y a toujours eu des migrations d’idées, de savoir-faire et de population. Nous sommes même allés chercher des immigrés en Italie ou au Maghreb lorsque nous avions besoin de maind’œuvre au siècle dernier. C’était alors la façon la plus répandue et facile d’obtenir des papiers, en devenant un travailleur français. Aujourd’hui, on semble parler plus de réfugiés car c’est quasiment l’unique façon d’obtenir des papiers français. Certains ont ajouté une notion de mérite aussi, en séparant les « bons » des « mauvais » migrants, ce qui est très contesté par les chercheurs. Établir la frontière entre un Résumé en russe, réfugié politique, langue parlée par Alexis Potapieff qui « mérite » et Nadia Khoursky de Russie alors l’asile, et un migrant Марина Шолиак, «миграция временна, а не économique, идентична» moins bien « jugé », Мигрант это не идентичность личности, а период s em b l e жизни. Сегодня много говорят о Беженцах, т.к. complexe ; таким образом проще получить документы. С leur situaмигрантами перемещается и культура. tion est rarement si simple.

TVB : Depuis quand parlons-nous de migrations, au sens où on l’entend aujourd’hui ? MC : Je ne suis pas spécialiste de l’histoire des migrations mais la question migratoire me semble liée à la question de l’État-nation. À quel moment devenons-nous étranger et défini comme tel ? Nous avons commencé à parler d’étranger au cours du XIXe siècle quand l’État-nation s’est défini à la fois par une appartenance culturelle et politique commune, par une gouvernance et par un territoire. Après 1870, la IIIe République s’inscrit comme un garant de la culture et de la langue commune, du récit historique commun, qui constituent la nation et séparent les « étrangers » des « nationaux ». Le terme immigré est alors peu employé sinon par les statisticiens-démographes. Au cours du XXe siècle, les immigrés avaient essentiellement pour but de travailler et de s’installer dans le pays. Les migrations actuelles ont un autre visage : la France n’est pas forcément le but en soi, les épreuves pour arriver dans le pays sont plus nombreuses et la crise économique a stoppé l’appel aux migrants.

TVB : Quels enseignements retirez-vous de votre travail autour de la mémoire des migrations ? MC : Dans mon travail, notamment avec le RIZE (centre culturel villeurbannais consacré à la mémoire du travail, des migrations et à la fabrique de la ville), autour des mémoires des migrations, je me suis rendu compte qu’il y avait 3 façons de les appréhender. Premièrement, en se posant la question « En quoi les pouvoirs publics sont-ils impliqués ? » qui amène à interroger les politiques d’accueil, surtout depuis le début du XXe siècle. Deuxièmement, en se demandant comment les personnes l’ont vécu et traduit. Qui a été le porte-parole ? Il s’agit alors plus souvent d’une approche culturelle qui touche au patrimoine, à l’héritage, à la transmission et à la visibilité à la fois des migrations et des cultures en migration. Troisièmement, nous pouvons nous concentrer sur les habitants et leurs territoires pour travailler les notions d’interculturalité, et dans ce cas il faut prêter attention au risque de représentation communautaire. D’une manière générale, j’ai remarqué qu’il est compliqué d’intégrer le patrimoine migratoire dans le patrimoine national, probablement parce que nous manquons d’objets nobles et de traces, du fait du côté imprévu, temporaire et pauvre de la plupart des migrations, ce qui pose un réel problème de conception. Cependant, il me semble important de rendre visible ces migrations sous un jour positif, en associant les personnes dont on parle, et en découvrant leurs histoires personnelles, mais aussi l’histoire que nous partageons avec elles. Laurianne Ploix


L’éclairage juridique avec Laurent Delbos, de Forum réfugiés

F

orum réfugiés-Cosi est une association créée en 1982 qui agit à l’échelle nationale autour de l’accueil des réfugiés et des demandeurs d’asile en France. Les missions incluent l’accueil et les actions en faveur des demandeurs d’asile, mais aussi des plaidoyers et recommandations auprès des députés lors des débats au Parlement. Laurent Delbos, juriste en droit des étrangers et droit d’asile et responsable plaidoyer à Forum réfugiés-Cosi, a accepté de répondre à nos questions.

Des statuts bien différents Il est important de différencier les statuts de demandeurs d’asile, d’étrangers, etc. La situation et les droits de chacun sont en effet bien différents. « La plupart des étrangers en France ne sont pas dans une logique de parcours », précise Laurent Delbos. Certains possèdent un visa étudiant ou touristique qui est arrivé à expiration, et se trouvent donc techniquement en situation irrégulière ou en attente de régularisation. Ils se distinguent donc du statut de demandeur d’asile, qui concerne une tout autre population pour laquelle l’arrivée en France n’est que la fin d’un voyage éprouvant. Un demandeur d’asile dispose d’une autorisation temporaire de séjour sur le territoire de quelques mois, mais il n’a pas les mêmes droits qu’un citoyen français : il n’a pas le droit de travailler pendant la procédure administrative et dispose d’une couverture médicale minimale… Cependant, une allocation minimale est donnée à la personne pour lui permettre de vivre dans la dignité, et ce pendant toute la durée de la procédure de demande d’asile qui dure un an en moyenne.

La procédure de demande d’asile L’individu commence par entrer sur le territoire français en toute irrégularité, un passage forcé car il n’existe pas (ou très rarement) de procédure permettant de faire une demande d’asile depuis d’autres pays. Il est ensuite dirigé vers une plateforme d’accueil des demandeurs d’asile (PADA), où une association l’aide dans la constitution de son dossier de demande d’asile. La procédure débute alors, elle sera examinée par l’ Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA).

Résumé en frioulan, langue parlée en Italie (Frioul et Vénétie) par Franca Potapieff et Danilo Vezzio La lûs gjuridiche di Laurent Delbos dal Forum Rifugjâts Lis personis forestîs che a son in France, no domandin dutis l’asîl. Il percors di un rifugjât a l’é lunc e complicât. Par rimedia il Forum Réfugiés-Cosi a l’a creât il program Accélair.

« La demande d’asile n’exige pas de preuve formelle », précise le juriste. On considère, en effet, qu’une personne ayant fui son pays n’a pas forcément eu l’opportunité de rassembler des preuves ou de récupérer des papiers en règle. Mais durant des auditions comme celle de l’OFPRA, on compare avec précision le récit et les descriptions faites par la personne avec la situation concrète du pays d’origine pour voir si des incohérences apparaissent. Les motifs d’acceptation du dossier sont liés au risque que court la personne dans son pays d’origine. Il peut s’agir d’une guerre civile, d’une persécution liée à la religion, à son orientation sexuelle, ou à ses affinités politiques… En cas de refus, un recours est possible auprès de la Cour nationale du droit d’asile (CNDA), une instance juridique où des magistrats réexaminent la demande d’asile et où le demandeur est accompagné par un avocat.

L’hébergement et le transport des demandeurs d’asile, deux points à améliorer « Aujourd’hui, seul un demandeur d’asile sur deux est orienté vers un hébergement », regrette Laurent Delbos. Les centres d’hébergement semblent déjà saturés. Pourtant, un lieu de vie fixe est indispensable pour qu’une demande se déroule dans les meilleures conditions : outre les besoins minimaux de nourriture, de confort et d’hygiène, un individu qui suit la procédure doit également avoir une adresse postale à laquelle les courriers administratifs, convocations et décisions lui seront envoyés. Certaines plateformes d’accueil pour les demandeurs d’asile (PADA) jouent le rôle de boîte postale pour ceux qui ne sont pas hébergés, mais elles ne peuvent vraiment répondre aux besoins de tous. Les déplacements pour les auditions à l’OFPRA à Paris sont un réel souci également pour une personne sans revenus. « Complexe et changeante », telle est la situation des demandeurs d’asile selon le juriste. Car une fois la procédure terminée et en cas d’avis positif, le parcours n’est pas encore terminé. Les étapes complexes de l’intégration, de l’entrée dans le monde du travail et de l’accès au logement commencent seulement. Le programme Accelair, mis en place depuis 2002 par l’association Forum réfugiés-Cosi dans les régions Rhône-Alpes et Occitanie, a été créé en ce sens, pour favoriser l’insertion socioprofessionnelle des réfugiés, accélérer et offrir un peu d’air dans ce parcours du combattant. Pierre Fernandez

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Regard culturel

Jérôme Grange, « Le son nouveau de l’interculturalité »

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résident de l’association Alter-Égaux, Jérôme Grange soutient des artistes qui ont franchi les frontières et nous parle du lien entre cultures et migrations. Son expérience démontre combien l’interculturalité est source de créativité.

TVB : En quoi la culture peut-elle être un moyen d’insertion pour les personnes migrantes ?

la plupart du temps, les gens ont une qualification, exerçaient une profession, de médecin, d’avocat, etc. Les artistes sont de ceux-là.

TVB : Les carrières artistiques peuvent parfois se passer de diplômes. Un artiste peut-il pour autant faire prévaloir son expérience pour obtenir son titre de séjour ? JG : Le titre de séjour « Compétences et talents » existe mais n’est pas accordé facilement. J’ai accompagné une personne qui a pu en bénéficier à la suite des concerts que nous avons programmés et des animations auxquelles elle avait participé. Un travail qui a pu être présenté à l’administration.

JG : L’espace d’un instant, c’est la possibilité d’oublier les soucis de la procédure administrative à laquelle sont soumises les personnes primo-arrivantes. Certaines ont des enfants. Quand on ne peut pas travailler parce que c’est interdit tant qu’on n’est pas régularisé, pouvoir emmener sa famille voir un spectacle, ou créer, c’est valorisant et cela contribue à redonner de la dignité.

TVB : Quelles actions menez-vous au sein du collectif Artistes sans frontières, porté par l’association Alter-Égaux, devenu Voix des Artistes sans frontières ? JG : Nous avons permis la programmation des Artistes sans frontières sur plus de 30 concerts en 2 ans sur la région. Mais au-delà de la diffusion, l’objectif principal consiste à favoriser la progression des artistes par la mise en relation avec des structures d’accompagnement artistique, des salles de répétition, des studios d’enregistrement, etc. À terme, les artistes du collectif devraient être reconnus pour leur qualité musicale et non Résumé en kurde sorani leur condition « d’artistes langue parlée par Saeed HAZHAR migrants ». En France, d’Iraq quand on obtient son statut de réfugié, la Jêrome Grange première chose qu’on vous propose, ce sont des emplois dans la restauration, le nettoyage, en vous demandant d’oublier votre passé. Alors que

TVB : Quels sont les domaines artistiques représentés dans l’association ? JG : Principalement la musique. La plupart des artistes sont auteurs, compositeurs et interprètes mais nous comptons aussi un réalisateur et un metteur en scène.

TVB : L’expérience de l’exil nourrit-elle la pratique artistique ? JG : Ces artistes exploitent les influences modernes et contemporaines pour créer une musique nouvelle. Cette interculturalité qui métisse les sonorités occidentales et traditionnelles extra-européennes donne vie à des sons inédits. Cet enrichissement constitue la base de notre action associative. Une chanteuse qui vient du gospel, originaire de la RDC, a pu ainsi rencontrer un percussionniste et un guitariste qui viennent du blues et du rock. Aujourd’hui, ils forment un trio, Laura Kindoki Trio, qui a donné naissance à un univers particulier et à un son que je n’avais jamais entendu jusque-là. Fabien Franco


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MIGRANTS &

PROJETS CULTURELS


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Festival

Traces, le festival des migrations

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ous les deux ans depuis 2014, l’association Traces organise dans la région une biennale des migrations. Pluridisciplinaire et transversal, l’événement interroge les migrations d’hier et d’aujourd’hui et entretient leur mémoire.

« La France est une terre métisse, j’espère qu’elle le restera ». Bruno Guichard aime citer l’écrivain français et prix Nobel de littérature, Jean-Marie Gustave Le Clézio. Car, pour le président de l’association Traces, notre pays aurait tout à gagner à regarder son passé migratoire en face et à l’accepter. Un travail de mémoire et de lucidité au cœur duquel prend racine la biennale des migrations qu’organise l’association. Tous les deux ans, le réseau Traces se mobilise pour permettre aux poètes et aux intellectuels, aux militants et aux politiques, et parfois aux migrants eux-mêmes, de croiser leurs regards et de partager avec nous leurs savoirs sur le fait migratoire. En 2016, avec le thème « Vous avez dit (crise) des migrants ? », l’équipe de Traces avait souhaité questionner directement

Résumé en arménien langue parlée par Valoujan Kalfayan d’Arménie

ce que l’on appelait alors « la crise migratoire ». La biennale 2018 s’est voulue plus affirmative, comme une réponse apportée à la précédente question. Ou en tout cas comme l’évocation d’un fait souvent refoulé : oui, notre monde est un « Monde en migration ». À travers ce thème, il s’agit ainsi de rappeler la réalité des sociétés humaines qui ont toujours été en mouvement. « Sapiens s’est toujours déplacé », souligne Bruno Guichard. Pour cette édition, un programme foisonnant et pluridisciplinaire a ainsi été élaboré, dans lequel la sensibilité artistique est particulièrement valorisée. Près de 120 événements ont eu lieu dans toute la région Auvergne-Rhône-Alpes durant le mois de novembre : conférence-débat sur un droit à l’hospitalité, exposition sur les travailleurs immigrés à Grenoble, documentaire sur les soldats algériens dans l’armée française ou sur les bidonvilles qui accueillirent des milliers d’étrangers, échange autour de poèmes et de musiques des pays d’origine, pièce de théâtre relatant l’exil de jeunes Africains, etc. Autant de chemins qui nous amènent à prendre conscience de la diversité et de la richesse des migrations passées et présentes. En particulier d’ailleurs celles qu’a connues notre région, « terre d’accueil » depuis longtemps du fait de sa position frontalière et de son passé industriel. Avec ainsi l’espoir de participer, comme le déclare l’équipe de Traces, « à la construction d’une image de la région fidèle à sa mémoire : hospitalière, ouverte et à la hauteur de ses ambitions au sein du monde ».

Thomas Sévignon


Bruno Guichard, « L’art permet la reconnaissance de l’autre »

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résident de la biennale Traces, Bruno Guichard dirige depuis plusieurs années la Maison des passages de Lyon. Il a coréalisé, en 2014, le documentaire François Maspero, les chemins de la liberté chez Les Films du zèbre.

TVB : D’où vient Traces ? BG : L’histoire de Traces prend forme à la fin des années 1990. Les gens de la deuxième génération de l’immigration [les enfants des immigrés arrivés en France dans les années 60-80, ndlr] se sont interrogés sur

Résumé en pachto, langue parlée par Muhammad Essa d’Afghanistan

leurs traces, celles de leurs parents, leur mémoire, en somme sur qui ils étaient. Et c’est cette interrogation qui a donné naissance à Traces. D’entrée de jeu, Traces a été conçu comme un « réseau-forum », un réseau d’associations et d’autres structures. On y trouve des chercheurs, des artistes, des associations et des structures publiques, comme le musée Gadagne à Lyon, le Rize à Villeurbanne, etc., qui tous travaillent sur les questions liées aux migrations. Le réseau a vu le jour en 2000 et, en 2015, pour faciliter l’organisation, l’association Traces a été créée à proprement parler. Donc, en fait, nous sommes une assez jeune association.

TVB : Quel but s’est donné ce « réseau-forum » ? BG : Celui de travailler sur la mémoire et les traces des migrations. Car la France est pluriculturelle mais ne le reconnaît pas. Nous sommes dans une société où les rencontres entre les gens se font, quelle que soit leur origine ou leur nationalité, où les cultures sont acceptées mais pas vraiment reconnues. On sait que les immigrés sont là, mais on ne les reconnaît pas avec leur culture et ce qu’ils apportent. Donc ce travail sur les mémoires et sur les traces des migrations constitue un travail de reconnaissance. Cette reconnaissance est une bataille de tous les instants et Traces est porteur de cela.

TVB : Que permettent le théâtre, la poésie, les films, en somme les arts, pour comprendre les migrations d’hier et d’aujourd’hui ? BG : Il y a 120 événements cette année à la biennale et tous ceux qui relèvent de l’art ou de la culture sont révélateurs d’une France qui accueille. Et ça c’est massif, car on ne montre pas assez que la France est accueillante. Mais passer par l’art – que cela soit à travers des créations artistiques ou théâtrales, à travers des documentaires –, cela permet aussi la reconnaissance de l’Autre, de l’étranger. Quand il est considéré comme le propre sujet de son histoire, quand il est considéré dans sa singularité, on va lui permettre de mettre en scène ses émotions, de les transmettre. Et si on y arrive, on rentre dans cette mécanique de reconnaissance.

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Culture collective

Singa tisse des liens autour de l’exil

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’association Singa, active dans de nombreuses villes en France, est un mouvement citoyen visant à créer du lien entre des personnes arrivant dans l’Hexagone (communément appelées réfugiés malgré des statuts divers), et la société d’accueil. Les activités et outils que l’association propose en Auvergne-Rhône-Alpes – notamment dans les villes de Lyon, Grenoble et Saint-Étienne – sont variés et tous destinés à changer le regard sur l’asile, en favorisant le vivre-ensemble, l’enrichissement culturel et la création. Au sein des initiatives portées par Singa, la culture occupe une place importance : des ateliers, des sorties théâtre, et de multiples projets culturels sont au rendez-vous. Tour d’horizon.

Singa Lyon : des projets sans frontières Le projet d’exposition « 120 vaches » Originaire du Soudan du Sud, Aliza Monchy a intégré l’incubateur de Singa, Finkela, afin de développer un projet d’entrepreneuriat : une exposition visant à sensibiliser sur la situation des femmes au Soudan. Si Aliza n’est pas issue du monde professionnel de la culture, il s’agissait là d’un bon moyen pour réagir à son propre vécu, et pour mettre un coup de projecteur sur des problématiques réelles rencontrées au Soudan. Le sujet concerné ? La pratique du « koge », qui consiste à marier une femme avec un défunt afin qu’il puisse avoir une descendance – ou à donner à

Résumé en marquisien, langue parlée par Kuanui Hokaupoko de Polynésie française Ua humu Singa i to ia pohue ia i uka o te hakamoehu ia Ena te piika Singa i Lyon, Grenoble me SaintEtienne. E hakatupu nei ia ite tau hana tumu no te tau viitau me te tau enana iohe henua iho, no te hakahuike ia i te tiohi ia i te tau ata o te hakamoéhu ia. E patoko nei ia i te tau enana tihe iho iohe henua, no te hakakoaka mai i to àtou vahi noho ia, no te mou à anamai.

une femme veuve un mari de remplacement issu de la famille du mari défunt pour qu’elle puisse perpétuer le nom de la famille. Traditionnellement, le koge était une affaire de partage de territoires agricoles, scellée par un échange de têtes de bétail, un nombre négocié de vaches rejoignant la famille de la femme mariée. Aujourd’hui, il s’agit davantage d’un héritage social aux fins moins perceptibles. Les femmes continuent de l’accepter pour ne pas se trouver mal vues, laissées de côté, voire rejetées par la société. Toutes en souffrent, mais le silence demeure. Cette pratique n’ayant plus lieu d’être, Aliza s’est lancé le défi de libérer la parole avec un projet d’exposition témoignant de cet état de fait, nommé « 120 vaches », mené avec Singa Lyon et l’association SOS Sud‐Soudan. Le Centre d’arts plastiques de Saint-Fons, commune du sud de Lyon, a accepté d’en être partenaire. Fabien Pinaroli a rejoint le projet en tant que directeur artistique, et une relation a été établie avec une compagnie de théâtre, l’idée étant également de proposer un théâtre-forum afin de libérer la parole. Un important travail de recherche, d’enquête et d’entretiens avec des femmes sud-soudanaises a été engagé avec deux chercheuses, Alice Franck et Katarzyna Grabska.

La pièce de théâtre « Femmes en scène » Isabelle Duraut et Agatha Crabe, membres de Singa Lyon, sont parties d’un constat : au cœur de l’association, les femmes nouvelles arrivantes étaient sous-représentées. C’est cette observation qui leur a donné envie de lancer un projet théâtral dédié aux nouvelles arrivantes, pour qui l’intégration à Lyon peut s’avérer compliquée. Pourtant, l’autonomie de ces femmes saute aux yeux. Les deux bénévoles se sont alors mises en quête d’un partenaire du monde culturel, avec succès : Myriam Boudenia, auteure et metteuse en scène, a rejoint le projet.


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Leur collaboration a permis à l’idée de prendre forme, autour d’une question : « Qu’est-ce qu’être une femme nouvelle arrivante en France ? » Quinze femmes, aussi bien nouvelles arrivantes que locales, se sont vues séduites par le projet, et sont en train de monter une pièce de théâtre.

Singa Saint-Étienne : des ateliers divers À Saint-Étienne comme à Lyon, l’activité de Singa bat son plein. Entre ateliers réguliers et projets ponctuels, l’association ne manque pas d’inspiration. La culture sous ses diverses formes offre aux membre de l’association un support sans limite.

Les ateliers réguliers Toutes les semaines, Singa Saint-Étienne propose un atelier permettant de s’adonner à une activité culturelle, alternant entre musique et théâtre. L’atelier musique, proposé par deux personnes aussi passionnées l’une que l’autre, Floriane et Pedro, un nouvel arrivant, se consacre à la pratique musicale de tout type. Chacun peut s’y rendre sans complexe, prêt à découvrir la musique sous diverses formes. Inutile de maîtriser, ou de vouloir maîtriser un instrument particulier : la simple action de taper dans ses mains ou de psalmodier dans sa langue d’origine peut servir à enrichir une pratique musicale collaborative ! Quant à l’atelier théâtre, il a été fondé sur l’initiative de trois étudiantes de la région qui souhaitaient apporter leur pierre à l’édifice, contribuer au lien entre nouveaux arrivants et locaux tout en partageant leur passion. Accessible à tous, cet atelier permet lui aussi de pratiquer le théâtre de multiples façons : parce que les nouveaux arrivants ne maîtrisent pas tous la langue française pour l’instant, les gestes, les actes et le corps en lui-même offrent une belle manière de s’exprimer. Toutes les semaines, des membres de l’association et des curieux se retrouvent lors du Singaga, un temps

Rencontres culturelles d’échange favorisant les rencontres aussi bien que l’apprentissage de la langue française pour les nouveaux arrivants. Pour renouveler les supports d’interactions et favoriser la convivialité de ces moments, Singa SaintÉtienne s’est récemment munie d’une adhésion à la ludothèque stéphanoise. Une belle manière d’associer ludique et culturel.

Les ateliers ponctuels En parallèle, des ateliers ponctuels voient le jour. En septembre dernier, des nouveaux arrivants et des locaux ont ainsi pu faire une semaine de stage cirque. Depuis le 1er septembre, et ce, un dimanche par mois, un café-lecture nommé le Remue-méninges propose des ateliers jeux de société afin de créer un nouvel espace de rencontres et d’échanges. À Lyon, comme à Saint-Étienne, Singa est un acteur majeur de l’insertion des personnes en exil, que ce soit par l’hébergement ou par l’offre culturelle proposée, riche et hétéroclite, dans toute la région. Clément Navoret

La soirée Sing’art Le 13 novembre dernier, à Lyon, se déroulait la soirée Sing’art, organisée par Singa avec le CCO de Villeurbanne. Un événement festif destiné à rassembler nouveaux arrivants et locaux, membres de l’association et curieux. Au centre de la soirée : la culture, les rencontres, les échanges et la bonne humeur. Au programme : un temps d’afterwork pour lancer le jeu des rencontres, puis les ateliers de Singa Lyon en version « miniature » – capoeira, pyrogravure, couture, dessin… Tout le monde était bienvenu, l’idée étant bien sûr de réunir toutes sortes de personnes autour d’une passion commune, de la curiosité ou de l’ouverture à l’international. S’en sont ensuivis des concerts faisant la part belle à la richesse et à la diversité des esthétiques du monde. Le Collectif des artistes sans frontières, projet porté par l’association Alter-Égaux, a ouvert les hostilités avec du rap, de la guitare et des instruments atypiques venus d’horizons variés, du Soudan au Congo en passant par la Syrie et l’Arménie. Le groupe de reggae Wailing Trees, accompagné de ses textes valorisant le vivre-ensemble, a ensuite pris le relais, réjouissant particulièrement le public et concluant la soirée sur de bonnes ondes.

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© Trait d’union, Medium


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Festival

À l’occasion du festival Migrant’scène, l’exposition « Cabanes rêvées », entièrement conçue et réalisée par La Cimade, est présentée dans 18 villes en France. Les « cabanes rêvées », créées par des personnes nouvellement arrivées en France, sont habitées par la photo de leur créateur. Ci-contre, l’un des seize panneaux qui ont fait le tour de France. © La Cimade

Migrant’scène, la culture pour changer les regards

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vec le festival Migrant’scène, La Cimade se donne le défi de déconstruire les préjugés et de plébisciter l’hospitalité. Une gageure renouvelée à chaque édition.

Partant du constat que le décalage se creuse entre la réalité vécue sur le terrain et les discours politiques et médiatiques, « il a fallu trouver les moyens de changer les regards pour changer, in fine, la politique migratoire. Pour cela, nous avons dû sortir des permanences et aller à la rencontre d’autres acteurs de la société pour toucher d’autres publics », analyse Elsa Lauga Moulédous, coordinatrice nationale des actions de sensibilisation. En 2006, l’an-

Résumé en dari, langue parlée par Muhammad Essa d’Afghanistan

tenne locale de Toulouse crée un festival culturel. Trois ans plus tard, il devient national. Et, en 2018, il totalise plus de 375 événements. La manifestation est désormais soutenue par le ministère de la Culture, les collectivités territoriales, l’Agence française de développement et plusieurs centaines de partenaires. Cette année, l’exposition « Cabanes rêvées ou le droit de poser ses valises », réalisée en collaboration avec les résidents du centre d’hébergement provisoire de Massy et les apprenants des ateliers de FLE (français langue étrangère) de Clermont-Ferrand, soutenus par La Cimade, a remonté le fil du peuplement de la France depuis la préhistoire. Une manière ludique de démontrer que « le Français de souche n’a jamais existé ». Films, conférences, spectacle vivant, concerts, rencontres, ateliers ont complété la programmation. Le pari semble porter ses fruits. 2 800 bénévoles, plus d’une centaine de salariés et 90 équipes locales, le nombre d’adhérents à la Cimade n’a cessé d’augmenter ces dernières années. Pour l’association, fondée en 1939 par les mouvements de jeunesse protestante, la culture demeure cette « protestation de vie » qui rassemble. Faire preuve de solidarité est inscrit dans son ADN. Aujourd’hui, l’association militante intervient dans les centres de rétention administrative. En contact avec les étrangers pour faire reconnaître leurs droits, elle agit sur tout le territoire français, du Rhône à la Guyane. Gageons que la culture aide à la prise de conscience citoyenne, et participe à la tâche complexe d’oser changer de regard.

La Cimade à Lyon : 33 rue Imbert-Colomès, 69001 Lyon Fabien Franco


AcrirA, Des films pour exister

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es voix de l’exil et de l’accueil. Par la fabrique de l’image, le cinéma permet de se raconter et d’être entendu individuellement et collectivement. Depuis deux ans, l’association des cinémas de recherche indépendants de la région alpine (AcrirA) donne une voix à l’exil tout en valorisant l’accueil.

Dans le cadre du dispositif Passeurs d’images*, l’AcrirA ouvre depuis deux ans ses ateliers aux étrangers. On y fabrique des films d’animation ou en prises de vue réelle. Sous l’impulsion d’Amaury Piotin, coordinateur rhônalpin du dispositif, ces ateliers ont permis de faire entendre une parole peu audible habituellement.

Un projet unique à Bourg-en-Bresse « Faire un film, c’est participer à un projet collectif qui permet de faire naître une parole », commente Amaury Piotin. Ainsi,

Résumé en suédois, langue parlée par Noémie Labalme de Suède AcrirA, filmer för att existera AcrirA arbetar med filmiska hjälpmedlen och animeringen. En animerad film regisserades med flyktingar, studenter och med döva och hörselskadade personer. Genom att skapa en bild får man berätta sig, och sålunda får man existera. askush nuk është një emigrant, të gjithë jemi banorë të Tokës.

Mamie France, ses malheurs et sa chance, film d’animation réalisé en 2016, a vu le jour. Ce court-métrage de huit minutes a réuni des adolescents de tous horizons, des élèves du conservatoire de théâtre et musique, des réfugiés ainsi que des personnes sourdes et malentendantes, à Bourg-en-Bresse. « L’un des plus beaux projets auxquels j’ai participé, se souvient la réalisatrice Élodie Pelloux. On a vraiment expérimenté le vivre-ensemble. C’était magique, l’alchimie a pris. » Une expérience de l’altérité qui a démontré « que l’on peut s’exprimer par la poésie et aussi que ces mineurs pouvaient être pris au sérieux », affirme l’animatrice.

Le vivre-ensemble derrière la caméra On doit également à l’AcrirA la réalisation de Voyage en expression, animation produite en 2018 à Aubenas. Les participants en provenance d’Amérique latine, d’Afrique noire et d’Asie mineure ont pu y faire entendre leur voix, leur langue, leur accent tout en voyageant dans les expressions françaises et étrangères. Est né un langage commun à tous, universel, celui d’une humanité aussi diverse que partagée. « Cet atelier a été très joyeux. Grâce à l’animation, les

AcrirA, Le cinéma comme matière vivante Les actions de l’AcrirA se partagent en trois volets dans l’ensemble de la région AuvergneRhône-Alpes. Cinémas en réseau fédère 60 cinémas art et essai de la région. Son objectif est de stimuler la diversité artistique dans les salles indépendantes et de favoriser les échanges, en revendiquant un « cinéma vivant ». L’opération Lycéens et apprentis au cinéma vise à développer la culture cinématographique des adolescents, en aiguisant leur esprit critique et leur curiosité. HS TVB #13 - P.21


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Cinéma et images animées

adultes ont retrouvé le chemin de l’enfance. D’autres ont appris à colorier. Un moment de plaisir et de jeu qui conforte l’estime de soi », développe le coordinateur.

Des projets d’éducation à l’image En 2018, c’est Mathilde Syre et des mineurs isolés étrangers, en Haute-Savoie près d’Annecy, qui livrent un documentaire à partir de témoignages. La justesse du ton, les propos recueillis et la participation des élèves de l’école primaire de Seythenex (Faverges) donnent la mesure du chemin parcouru vers l’intégration et l’accueil en France. Au total, près de dix films ont été produits et projetés ces deux dernières années. Pour les institutions qui soutiennent ces projets, c’est l’occasion de transmettre et de faire vivre les valeurs républicaines. Pour les artistes, c’est l’occasion de cultiver le regard artistique et l’esprit critique. La confirmation qu’une France ouverte, intègre et accueillante est possible.

* Initié par le CNC en 1991, soutenu en région par les DRAC et les collectivités. www.passeursdimages.fr Plus d’infos sur le site de l’AcrirA : https://www.acrira.org Fabien Franco

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Dans le cadre de l’opération nationale Passeurs d’images, l’association coordonne les actions menées dans la région sous la tutelle de la Direction régionale des affaires culturelles (DRAC). Sont organisés des ateliers de pratique cinématographique, des projections en plein air, des journées de formation des médiateurs, des rencontres entre les professionnels de l’image et le public et d’autres animations autour de l’éducation à l’image et la découverte du monde du cinéma. L’année dernière, l’AcrirA avait planifié près de 70 projections en plein air (voir photo ci-dessus) et une soixantaine de séances de sensibilisation. La photo ci-dessous est extraite du film Mamie France, ses malheurs et sa chance, réalisé avec des réfugiés, des adolescents et des personnes sourdes et malentendantes. Vous pouvez visionner le film via ce lien : https://vimeo.com/181697488


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Les arTpenteurs mettent en scène toutes les langues

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es arTpenteurs mettent en scène des spectacles multilingues appelés Le Café des langues. Nous avons rencontré Patrice Vandamme, le directeur artistique.

TVB : Comment présenteriez-vous Les arTpenteurs ? PV : Langue, poésie et littérature tiennent une place centrale dans les spectacles et projets pluri-artistiques de la compagnie Les arTpenteurs depuis sa fondation, il y a 26 ans. Nous explorons et créons autour de tous les genres littéraires, notamment la poésie. Nous sommes des « passeurs de textes ». Ce projet de compagnie devait forcément se connecter avec le public et, très vite, nous nous sommes implantés dans des quartiers populaires, notamment à La Duchère, depuis 16 ans, afin d’aller vers les personnes pour qui les pratiques culturelles et artistiques « ne vont pas de soi ». Cet ancrage territorial nous permet d’expérimenter et de développer des projets dans la durée, de nous inspirer de ce que nous observons de la vie des quartiers et d’agir en impliquant des habitants de toutes générations dans nos créations pluri-artistiques (théâtre et arts de la parole, écriture, arts visuels, multimédia…).

TVB : Dans votre spectacle multilingue Le Café des langues, vous questionnez le plurilinguisme et la double culture. Quel est votre dénominateur commun ? Les langues vivantes ? PV : Nous avons observé, à La Duchère comme dans nombre de villes, que les langues constituaient une richesse quasi invisible, rarement valorisée. En creusant la question, il m’est apparu comme une nécessité de favoriser l’expression des langues, toutes les langues, par la poésie, car elle nous dit tout ce qui fait humanité, porte le témoignage d’avoir vécu quelque part, d’être né d’une culture, d’une civilisation. Nous avons affirmé d’emblée ces projets interculturels comme des actes d’hospitalité réciproque qui dépassent tout communautarisme et offrent de s’enrichir mutuellement. Depuis dix ans, cette approche des langues enrichit un travail de soutien à l’apprentissage ou à la maîtrise du français, notre langue commune, que nous faisions déjà. Ces projets nous ont permis d’entendre et faire entendre plus de 80 langues et d’impliquer plus de 1 000 personnes à La Duchère.

Plurilinguisme

Dans notre dernier spectacle, nous avons demandé au poète Mohammed El Amraoui d’écrire le fil conducteur en s’appuyant sur son cheminement d’homme vivant la situation de double culture, de bilinguisme. Dans son texte, « Un palais pour deux langues », une autobiographie linguistique, il explore les ponts qu’il a bâtis entre sa langue maternelle, le marocain, et les langues qu’il a appris à l’école : l’arabe classique et le français. Ce texte est dit par les comédiens de la compagnie dans le décor du Café des langues, construit par notre scénographe, Mathieu Rousseaux. Des alphabets en plusieurs langues sont gravés dans le comptoir. Nous sommes bien dans l’espace des langues, de la parole, de l’écoute et de la convivialité.

TVB : Comment construisez-vous vos spectacles ? PV : Ce sont toujours des créations originales. Le spectacle est participatif : il donne la parole à des habitants, en scène aux côtés des artistes de la compagnie. Ils nous font découvrir eux-mêmes leurs langues et leurs traductions en s’appuyant sur des récits personnels, qu’ils ont écrits, ou des textes de poètes qu’ils nous font connaître. Quinze à vingt langues sont parlées ou chantées dans chacune des représentations, qui réunit de 25 à 45 personnes. Ces dernières se sont préparées dans les ateliers de pratique artistique multilingue (écriture, choix de textes, mise en voix) que je mène. Le choix des textes avec lesquels elles prennent la parole en plusieurs langues n’est jamais anodin, leur transmission se révèle être, toujours, un moment fort, empreint d’émotions. Chaque représentation est unique. Laurianne Ploix

Résumé en arabe, langue parlé par Zahra Hattam de Tunisie


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Images animées et spectacle vivant

© Acte Public Compagnie

Acte Public Compagnie, production culturelle & enjeux sociétaux

À

Lyon, Acte Public Compagnie est une structure de production audiovisuelle et théâtrale menée par Yves Benitah et Patrice Pegeault. Auteurs et réalisateurs, les deux hommes se consacrent à la production et à la réalisation de projets culturels : films, documentaires, spectacles… Ces projets, ancrés dans le réel, ont notamment vocation à démocratiser l’art et la culture, tout en décryptant des sujets actuels tels que la migration.

Résumé en féroïen, langue parlée par Bjalla Andrea Duhesme des Iles Féroé Kompaníið « Acte Public », mentanarlig framleiðsla & samfelagslig viðurskifti. « Acte Public » (Almenn gerð) brúkar mentan til at umrøða samfelagslig viðurskifti. ĺ biografum, sjónvarpi og á leikpalli seta tey spurningar við ymiskleikar, fólkaferðing og tad at búgva saman. Sjónleikarnir « Du piment dans les yeux » (kryddarí í eyguni) og « La soif d’étudier » (hungranin eftir loerdómi) vísa hvussu høvuðsleikarin flytur til eitt annað land til tess at vinna soer kunnleika.

Depuis 1992, Patrice Pegeault et Yves Benitah ont décidé de mettre leurs connaissances du monde de la culture au service de la production d’événements, de spectacles vivants et de l’audiovisuel. Les deux hommes, qui ont tissé une véritable toile d’araignée entre artistes, monde culturel et monde politique, ont développé une transversalité leur permettant de se positionner en médiateurs de différents milieux et de renforcer leur engagement sur le territoire, avec la volonté de contribuer à une forme de démocratisation de l’art et de la culture. La migration est au cœur de leurs réalisations : « Nous sommes engagés pour la migration car cela fait partie des problématiques actuelles. La culture est là pour aider à décrypter les problématiques d’aujourd’hui, à se poser des questions, et à développer la visibilité de sujets qui sont souvent laissés de côté, voire ignorés. Nous ne nous limitons pas dans les thèmes traités, mais nous tenons à nous intéresser à des sujets actuels qui nécessitent d’être décryptés », explique Yves Benitah.

Le programme télévisuel « Culture et diversité » La compagnie est notamment à l’origine d’un programme télévisuel intitulé « Culture et diversité », diffusé une fois par mois sur Télé Lyon Métropole (TLM) et Télévision Loire 7 (TL7). Celui-ci se compose de trois parties : un documentaire posant la thématique, une émission de plateau et une diffusion. Sur chaque plateau, des collégiens et des lycéens du territoire viennent débattre et échanger autour de la problématique avec des intervenants experts du domaine.


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Production culturelle

Mais il ne s’agit-là que de la partie émergée de l’iceberg, qui vient couronner un travail de longue haleine avec les enseignants : les jeunes ont pu découvrir des films, des textes, des spectacles qui mènent à leur participation à l’émission.

« Nous travaillons avec plus de 50 établissements dans la région, sur une base de volontariat. Les sujets sont liés au programme scolaire, ce qui permet de faire d’une pierre deux coups. Les professeurs sont assez fantastiques, ils acceptent de prendre du temps pour cela et nous les accompagnons avec un regard artistique sur des problèmes complexes. » Ce programme est une belle opportunité pour aborder les questions d’identité, de migration ou d’intégration. Des sujets qui s’inscrivent dans la réalité de la société d’aujourd’hui, et dont les jeunes, adultes de demain, sont les premiers acteurs. « Nous travaillons avec des enfants de milieux différents, et nous nous rendons bien compte que la diversité est partout, pas seulement en banlieue. Dans une société qui ne veut pas le voir, c’est important d’en être conscient. Et c’est ce qui est passionnant ! », conclut-il.

La programmation « Paroles d’histoires, Migrants d’hier et d’aujourd’hui » Avec la volonté d’aller au devant d’un public plus large, Acte Public Compagnie souhaite investir l’événementiel de façon plus importante, notamment avec une programmation

intitulée « Paroles d’histoires, Migrants d’hier et d’aujourd’hui », qui aura lieu en début d’année 2019 à Lyon. À travers des films, des spectacles, des rencontres et des pièces théâtrales seront abordées les questions liées aux migrations. Le spectacle Moh et les petites morts – Une enfance juive, de l’Algérie à la CroixRousse a par exemple déjà été testé lors du Festival d’Avignon, accompagné de projections de films documentaires sur le thème. Avignon fut un laboratoire pour d’autres films dans le but de préparer ce spectacle. Tout un travail de recherches historiques a été effectué en remontant jusqu’aux années 50, notamment avec le sujet de l’immigration maghrébine. Différents artistes se sont plongés au cœur de ces sujets. « Si nous voulons comprendre les problématiques que nous rencontrons aujourd’hui en matière de migration, nous devons remonter dans le temps et comprendre celles d’hier », confie Yves Benitah. Tout en agissant dans son propre cœur de métier, la production artistique, Acte Public Compagnie est ainsi un acteur de l’éducation aux médias et à l’image, mais aussi de la réflexion et de la sensibilisation sur les problématiques actuelles de diversité et de migration. Plus d’infos : https://actepublic.fr Clément Navoret

Photo prise lors de la pièce Du piment dans les yeux, L’un des spectacles intégré à la programmation d’Acte Public Compagnie, produit par la Compagnie AnteprimA et dirigé par Antonella Amirante, retrace le parcours d’un jeune africain parti de son pays pour pouvoir étudier comme il le souhaitait. Celui-ci jouera son propre rôle dans une pièce qui déconstruit toutes les représentations et s’intitulera Du piment dans les yeux. Plus d’infos en page 30. Acte public a réalisé un documentaire sur ce projet intitulé Du piment dans les yeux ou la soif d’étudier. © Mickaël Rodriguez

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Musique

Le Concert de l’Hostel Dieu sur les traces de Marco Polo

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utour du slam et de la musique persane, emmenés par l’ensemble baroque Le Concert de l’Hostel Dieu, des jeunes migrants et des déficients visuels racontent l’histoire de Marco Polo. Directeur artistique du Concert de l’Hostel Dieu depuis sa création, Franck-Emmanuel Comte se produit avec l’ensemble dans toutes les capitales du monde. Il se passionne pour le répertoire baroque et construit des projets transversaux et atypiques. Celui de Marco Polo réunit quinze collégiens déficients visuels de la cité René-Pellet de Villeurbanne et huit jeunes migrants accueillis par Habitat & Humanisme.

toire de musique et, peu à peu, ils acquièrent un nouveau langage. De cette langue universelle naît alors une complicité qui va les conduire à laisser parler leur imagination pour introduire le spectacle Marco Polo, carnet de mirages, présenté deux fois à Lyon puis à Montceaules-Mines en février 2019.

« La réunion de deux types de population fragile autour d’une création artistique commune est une confrontation à une forme de réalité. Avec cette création métissée et porteuse de messages forts autour de l’interculturalité, de l’écoute mutuelle et de l’acceptation de l’autre, nous souhaitons faire surgir les mécanismes qui peuvent conduire à une coopération malgré les différences. En intégrant des personnes en situation de handicap et des migrants sur une même scène, Marco Polo, carnet de mirages met ainsi le doigt sur des choses douloureuses », explique Franck-Emmanuel Comte, directeur artistique.

Migrants & déficients visuels pour Pour lui et les acteurs de Marco Polo, ce projet est une première. Avec la volonté d’ouvrir les portes de un concert singulier Les personnes en migration et les déficients visuels en atelier hebdomadaire pour créer l’introduction du spectacle Marco Polo, carnets de mirage. © Julie Cherki

Guidés par deux artistes professionnels, David Bruley et Lionel Lerch, les apprentis musiciens se retrouvent chaque semaine au sein du collège villeurbannais pour se familiariser, ensemble, aux techniques du slam et des percussions persanes. Ils apprennent les techniques d’écriture poétique et de jeu instrumental iranien, découvrent un réper-

la musique à des populations vulnérables, il vise également à associer des jeunes porteurs de handicaps différents, la cécité pour les uns, l’isolement pour les autres. Renvoyant une image valorisante de chacun, l’expression artistique transforme alors les inhibitions en progrès, renforce la confiance en soi et réunit les esprits créatifs quelles que soient leurs divergences. Et le rêve de Marco Polo, qui voulait rapprocher l’Orient et l’Occident dans une même quête d’harmonie, devient doucement réalité. Agnès Giraud-Passot

Les jeunes et leurs accompagnateurs lors d’une représentation Marco Polo, carnet de mirages. ©Julie Cherki

Résumé en basque, langue parlée par Amaya Ibarguren Esnal du Pays- Basque espagnol Marco Poloren aztarnen atzetik Migratzaileekin eta ikusmen urriko pertsonekin musika tailerrak antolatu zituen Le Concert de l´Hostel Dieuk. Elkarrekin lan egiteko aukera egon zen nahiz eta batzuetan bestea onartzea zaila izan daitekeen. Ikuskizunak Marco Polo iradokitzen du eta honen grina Ekialdea eta Mendebaldea era baketsuan hurbiltzeko.


Qimel, une autre vision des migrants

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VB est allé à la rencontre de Christophe Bessard, photographe salarié de l’association Qimel. L’objectif du collectif villeurbannais est de favoriser les rencontres et les réflexions par le vecteur artistique. L’exposition « Images et trajectoires » mêlait réfugiés et artistes locaux.

TVB : Pouvez-vous présenter votre association et sa volonté de valoriser la diversité culturelle ? CB : Nous avons de nombreux projets autour de l’image, essentiellement l’image fixe mais également l’image en mouvement, et des récits. À travers des photos, des vidéos, des écrits, de l’art plastique ou numérique... nous visons à promouvoir les pratiques culturelles et interculturelles. Grâce à des supports et des créations culturelles, nous espérons faire se rencontrer des personnes, créer du lien, échanger les regards pour valoriser des parcours. Nos différents projets sont toujours participatifs, on inclut les personnes dont on souhaite accompagner la parole et on les associe à des artistes, pour une création collective. Nos thématiques sont bien souvent à vocation sociale et/ou interculturelle pour souligner la richesse des savoirs et de la diversité. Nous souhaitons que chacun puisse s’exprimer grâce aux outils artistiques.

TVB : Dans votre projet « Images et trajectoires », vous avez donné la parole aux réfugiés sur leur parcours en France. Comment ce projet s’est-il déroulé ? CB : Nous intervenions déjà dans des ateliers d’expression artistique auprès des centres d’accueil pour demandeurs d’asile. L’idée de ce projet était de montrer qui sont les personnes en migration. Quels parcours ont-elles ? Qu’est-ce qu’elles ont envie d’apporter ? On entend souvent parler des raisons pour lesquelles ces personnes ont fui, ce qui est important aussi, mais rarement des savoirs qu’elles possèdent et des

Résumé en malgache, langue parlée par Angelo Verenako de Madagascar Qimel : fijery iray hafa momba ny mpifindra monina Mitondra ny olona hifanatona ny fikambanana Qimel mba hiaraka mamantatra ny haren’ny tsirairay avy. Amin’ilay tetikasa «Images et trajectoires» io dia niara-niasa tamin’ireo mpitsoa-ponenana (réfugiés) sy mpanakanto (artistes) tao an-toerana ny fikambanana Qimel mba hamoronana fampisehoana an-tsary manodidina ireo zavatra mivaingana. Ny hevitra dia ny hampiseho ny maha-olombelona sy ny fitiavany ao ambadiky ny teny hoe mpifindra monina.

projets qu’elles portent, leur avenir, leur trajectoire. Nous avions envie de participer à l’intégration de ces personnes par la valorisation de leurs connaissances et de ne pas seulement les présenter par leur passé, souvent problématique, mais aussi par leur avenir, souvent constructif. On souhaitait les humaniser et dépasser le vocabulaire habituel : derrière un « migrant », il y a une couturière, un enseignant, etc. Nous avons cherché une manière artistique de symboliser ces trajectoires, ne pas faire de simples portraits. Nous avons décidé de travailler avec des objets, pour deux raisons. La première pour symboliser une trajectoire, un parcours, des savoirs et la seconde pour créer une connexion avec la personne qui voit cet objet et ainsi créer un langage partagé. Durant les ateliers, chacun prenait en photo son objet sur fond blanc pour travailler l’illustration et la symbolique, aller à l’essentiel. Puis, nous avons créé une exposition interactive associant photos, vidéos, arts numériques et bornes audio. Nous voulions créer des liens entre réfugiés et non-réfugiés.

TVB : Où pouvons-nous voir cette exposition aujourd’hui ? CB : Elle tourne beaucoup dans les centres publics et scolaires, des bibliothèques, etc. En lien avec l’exposition, nous proposons des médiations sur les migrations internationales, au sens large, avec l’association Alter Egaux. Le but étant de questionner cette thématique, d’abord en posant les bases juridiques et terminologiques, puis en offrant un panorama chiffré et historique des migrants, c’est-à-dire les personnes qui se déplacent, depuis les étudiants jusqu’aux demandeurs d’asile. On déconstruit ainsi les idées reçues sur les souhaits des personnes en migration, l’évolution au cours de l’histoire, etc. Nous avons été soutenu sur cette action par la DRAC et la Région Auvergne-Rhône-Alpes, le fonds de dotation InPact et la ville de Villeurbanne. Cela nous a permis de développer de beaux outils : tablette interactive, art plastique et numérique, textes et dessins, photos... Tout un parcours sensible pour changer la vision que l’on a des personnes en migration ou qui se déplacent, pour dépasser les barrières et faciliter les échanges, apercevoir les ressources qui en naissent. Laurianne Ploix

Photographie issue de l’exposition Images et Trajectoires de Qimel, l’image d’une trajectoire d’une personne en migration immortalisée par elle-même et un objet choisi. © Qimel

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Théâtre

Waninga, le théâtre pour lieu de partages

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ar le théâtre, la compagnie Waninga propose à de jeunes migrants de partager leurs vécus et leurs réflexions politiques avec humour et émotion

Ventre de l’Atlantique et Celles qui attendent, explorent les thématiques de l’immigration et de la colonisation symbolique. C’est l’un de ses extraits sur « l’immigration choisie » qui vient clore la performance.

Ils sont sept, âgés de 17 à 25 ans, originaires du Mali, du Congo, de la Côte d’Ivoire, des Comores et de la Guinée. Ils se sont rencontrés en France, lors d’un atelier de théâtre organisé par le collectif jeunes de Réseau éducation sans frontières (RESF). De leur travail d’improvisation est née une compagnie, Waninga, et une pièce de théâtre, C’est quoi le problème ?, en tournée dans toute la région AuvergneRhône-Alpes.

« C’est quoi le problème ? » Avec humour et émotion, les comédiens offrent un portrait sans concession de leur histoire, inspiré de scènes de vie réelles. Fondée sur un travail d’improvisation, la pièce est vivante et se mue au gré de l’actualité. Pour la représentation à laquelle nous avons assisté, dans le cadre de la biennale Traces, une scène avait été ajoutée en prologue : une réunion imaginée entre hauts dirigeants de l’Union européenne sur « la question migratoire », qui inclut des extraits de discours réels de chefs d’État. Les actes suivants racontent le voyage de ces jeunes, depuis le départ de leurs pays jusqu’à l’arrivée en France, et les difficultés rencontrées. Le public suit d’abord le parcours de Nicolas, lassé de la misère dans son pays et à qui l’on promet l’Eldorado. Il veut partir chercher du travail en Europe et rencontre des réseaux de « passeurs » qui vendent à prix d’or un aller sans retour. Une fois dans l’Hexagone, c’est à travers l’histoire d’Abdallah que les spectateurs découvrent les difficultés d’intégration au système scolaire français. Enfin, c’est Moussa qui les emmène dans les affres des institutions censées protéger les mineurs isolés. Résumé en manLes trois personnages se dinka, langue parlée par retrouvent enfin dans Wuyeh Jaiteh de Gambie une ubuesque scène de régularisation à Kiyatarro kafoo, waninga dindi migiriations la préfecture. Se ke groupeur lee aa nikée hakilo dée nyola. Aa mêlent au travail nikée tàala nyotee maa, yemugi ani mutad’improvisation des bitàa ileye hakili mirooto, politiqutue, textes de la romanmoolo kiyatarro daada à la mounoum cière sénégalaise bata dati gi. Fatou Diome, dont les ouvrages, tels Le

L’objectif initial des ateliers n’était pas de monter un spectacle, mais de se retrouver pour échanger et aborder de manière ludique des situations souvent douloureuses. Rapidement s’est profilé le projet d’une pièce construite sur l’improvisation. « Nous avons été étonnées de la maturité de la réflexion politique de la part des jeunes. L’atelier est un espace de politisation et de prise de parole pour eux. Sur scène, ils sont visibles, alors qu’être sans papiers, c’est être invisible, c’est se cacher », nous dit Marie Brugière, comédienne et metteuse en scène, qui coordonne les ateliers avec la metteuse en scène Pauline Rousseau et Fiammetta Nincheri, psychologue, spécialiste de l’interculturalité.

Les représentations sont suivies d’un moment d’échange entre comédiens et public « La pièce de théâtre nous permet de montrer aux gens la réalité de la situation, les difficultés que nous rencontrons à notre arrivée en France », nous dit Ibrahima Gary, membre de Waninga depuis un an et demi. Il a quitté le nord du Mali en 2015 à la suite d’une attaque rebelle sur son village. C’était la fuite ou l’embrigadement de force chez les rebelles, nous explique-t-il. À l’aube de son 21e anniversaire, Ibrahima est désormais en stage comme agent polyvalent de restauration et vient d’obtenir son titre de séjour et une promesse d’embauche. La troupe travaille actuellement sur la suite, intitulée Au milieu, une pièce qui explore les problématiques d’intégration dans la société française. Une prochaine représentation de C’est quoi le problème ? est prévue au Théâtre de l’Iris de Villeurbanne courant mai.

Lise Pedersen


Fernanda Leite, directrice du CCO, « Créer le rire et l’émotion »

L

e Centre culturel œcuménique (CCO) a été créé en 1963 avec la vocation d’être un lieu de liberté, de dialogue interculturel, de rencontres et de constructions de projets qui augmentent la capacité des personnes à agir en société. Situé à Villeurbanne, il va s’installer à l’Autre Soie, à Vaulx-en-Velin, et se nommera La Rayonne. Fernanda Leite, la directrice, évoque ce lieu d’innovation sociale et culturelle porteur d’espoir.

TVB : Comment les migrants sontils accueillis au CCO ? FL : Dans notre occupation temporaire de l’Autre Soie, les migrants sont associés aux différents ateliers artistiques et citoyens mis en place pendant la préfiguration. L’essentiel est de créer les conditions permettant un accueil optimal à chacun. L’objectif est de sortir des clichés, de cesser de considérer les migrants comme des problèmes et de voir en eux leurs richesses. Leurs expériences de vie sont constructives et incitent à la création et à l’innovation. Nous avons besoin de tous les artistes pour inventer ce qui n’existe pas encore et être dans la joie.

TVB : Quel pas allez-vous franchir en passant à l’Autre Soie ? FL : Le CCO implique les riverains, les acteurs, les institutions locales et les différents publics dans le processus de co-construction du projet de l’Autre Soie. De nouvelles fonctions seront mises en place pour accompagner le changement de la ville à travers le paysage humain, notamment au travers d’espaces de coworking, d’organisation d’événements artistiques et de manifestations associatives, de services d’économie sociale et solidaire, de sites d’accueil et de cultures numériques, d’ateliers et de rendez-vous citoyens. Nous devons évoluer au rythme de la ville notamment avec des gens

Résumé en sängo, langue parlée par Eva Kottotoutou-Daclinat de République Centrafricaine Fernanda Leite : Cco a yeke ndo so a zo ti kodoro nde nde a ke gbumgbi teré da na légué ti Mango teré, na ti sarango kwa maboko na maboko. Fernanda, kota zo ti CCO a iri i ti mu maboko na lo na legué ti koua ni.

en transit et partager avec eux leur vision et l’imaginaire du monde urbain.

TVB : Vous avez créé Audioscope avec les migrants. De quoi s’agit-il ? FL : Accompagnés par une équipe de chercheurs, un designer et un artiste ont construit avec des migrants un objet physique, l’Audioscope, permettant de laisser une trace de leur passage sur le territoire et de le partager, de transmettre des mémoires vivantes, des récits et des images de paysage. Ils ont ainsi produit une collection de disques-images sur lesquels chacun a été invité à laisser une trace de son passage. Les disques sont animés sur une platine vinyle augmentée. Cet Audioscope est un véritable objet d’art et est accompagné d‘un livret de médiation avec les propos d’un chercheur. Il sera disponible, à la médiathèque du Rize, sous forme de prêt aux Villeurbannais et aux collectivités. Agnès Giraud-Passot

L’Audioscope et un des disquesimages réalisés avec des personnes en migration pour laisser une trace de leur passage. © CCO

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Création artistique Le programme « Une bouteille à la mer » a abouti à une exposition urbaine sur le quai Augagneur de Lyon, où des mineurs isolés ont représenté leur quête de refuge par des nichoirs de toute taille. © Nicolas Maisse

AnteprimA, sensibiliser par l’art

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ntre 2016 et 2017, la compagnie de théâtre lyonnaise AnteprimA a mis en place deux projets impliquant de jeunes migrants du territoire : Du piment dans les yeux et Une bouteille à la mer. Frédérique Yaghaian, administratrice de production de la compagnie, nous a raconté la genèse et le déroulement de ces projets culturels.

Le parcours de Momo L’histoire de la pièce et du projet qui a suivi est indissociable de celle de la rencontre avec Mohamed Zampou, que tous appellent Momo. Jeune Burkinabé né en Côte d’Ivoire, Momo est très bon à l’école et premier de sa classe. Mais ses parents ne peuvent financer la scolarité de toute la famille, et, à 14 ans, il décide de travailler aux abattoirs la nuit pour pouvoir aller à l’école durant la journée. De fil en aiguille, il se rend au Burkina Faso où il ne parvient pas à être scolarisé. Déterminé à poursuivre ses études, Momo se retrouve finalement dans le circuit Résumé en azeri, de la migration vers l’Europe. langue parlée par Khayal Il traverse la Méditerranée Rechidli d’Azerbaïdjan en bateau lors d’un voyage éprouvant. Mineur, il Göçmənlər və kültürel projeler Antreprima est pris en charge en yaşl. Espagne, puis en Sanatta Kendilərini ifadə ediyor 2016 və 2017 France où il est enfin yillaunda, Eşlik edən Antreprima, göçlərlə ilgili scolarisé dans des iki göstəri yaratdi. Göçlərdəki bibəri Momo’nun conditions idéales. Il gerçək hikayesini antatiyor, çalişmak istədiği passe son baccalauiçin Burkina Faso’dan ayrildi… Göçmənlərin réat, son permis, et aradiği siğinaklari sembolize etmək için commence un BTS. Augagneur dev yuva kutularini yerləştirdi.

C’est à ce moment que s’est produite sa rencontre avec la compagnie AnteprimA. Antonella Amirante, metteurse en scène, souhaitait « porter sur scène la migration », et le récit de Momo était un bon sujet pour une pièce sur ce thème. Ainsi, Du piment dans les yeux est née en 2016, l’histoire de deux jeunes migrants à la recherche d’une vie meilleure. Momo y joue son propre rôle, avec le soutien de son établissement qui accepte d’aménager ses études en fonction des répétitions et des tournées.

Une bouteille à la mer pour les mineurs isolés Poursuivant sur sa lancée, la compagnie a créé « Une bouteille à la mer », un réel projet d’ampleur à destination des mineurs isolés qui, comme Momo, sont arrivés en France il y a peu, pour leur permettre de s’exprimer sur leur expérience et leur ressenti. De nombreux partenariats ont pu être réalisés avec des mairies, des associations, des théâtres lyonnais, afin d’obtenir des places ou des tarifs préférentiels. Un véritable parcours culturel leur a été proposé, avec des spectacles et des expositions. Les jeunes ont également participé à des ateliers d’écriture, de mise en voix et d’enregistrement. Enfin, une exposition urbaine a été mise en place sur le quai Augagneur, composée d’un parcours sonore dans de grandes volières où étaient diffusés des enregistrements. Des nichoirs y étaient disposés, réalisés par les jeunes, métaphore de la migration et de la recherche d’un foyer. Aujourd’hui, Momo poursuit ses études et joue toujours sur scène, avec la volonté de montrer la chance que représente la possibilité d’aller à l’école et d’étudier. Certains jeunes qui ont participé au projet sont toujours en lien avec la compagnie AnteprimA et participent à ses actions culturelles.

Pierre Fernandez


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Stimultania, l’éducation par l’image

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VB est allé à la rencontre de l’antenne de Givors de l’association Stimultania, spécialisée dans la photographie. Retour sur des échanges passionnés autour de la photographie et de l’exigence culturelle avec Céline Duval, directrice de l’association, et Matilde Brugni, chargée des publics.

TVB : Quelle est l’histoire de Stimultania ? CD : Stimultania est une association qui a été créée à Strasbourg il y a une quarantaine d’années. Nous avons ouvert un établissement secondaire à Givors en 2014. C’est une même équipe de 5 salariés (et de nombreux bénévoles) qui travaille sur les deux régions. Notre mission première est de diffuser la photographie, nous sommes un pôle de photographie, c’est notre savoir-faire premier. À Strasbourg, nous sommes d’ailleurs un lieu d’exposition photo. Ensuite, on se sert de toutes ces images pour développer des actions de médiation et d’éducation, non pas à l’image, mais par l’image. Dans ce cadre-là, les chargés des publics réalisent des ateliers en lien avec nos expositions photos ou avec le jeu que nous avons développé, Les Mots du Clic, lors de cycles thématiques. Il s’agit d’un jeu qui permet de faciliter la lecture, l’interprétation et l’analyse d’une œuvre photographique. Pour cela, des cartes avec des mots, et des illustrations les représentant, aident tous les publics à se construire une opinion sur une œuvre et à alimenter les débats. Nous avons aussi développé le premier magazine dédié aux créations photographiques réalisées collectivement par des artistes professionnels et des publics amateurs, que nous avons appelé Expérimentations splendides.

Photographie

tures comme le CEFI, le centre social Camille-Claudel, la Mission locale et les bars associatifs. Les objectifs sont multiples : créer du lien, éveiller les curiosités, stimuler une pensée individuelle et une pensée collective, échanger autour de la photographie et de sujets de société, offrir un temps et un espace d’expression, produire de la matière écrite et visuelle en vue d’une restitution... CD : Nous avons également développé en 2017-2018 des corpus d’images adaptés aux préoccupations et aux besoins des migrants. Nous pouvons ainsi travailler par l’image sur des sujets de leur quotidien.

TVB : Qu’avez-vous retiré de ces ateliers avec des personnes en migration ? Une anecdote particulière vous a-t-elle marquée ? CD : Je me souviens d’un atelier jeux-débats avec une dizaine de femmes, d’au moins 7 nationalités différentes, qui parlaient très peu le français. C’était au moment des grèves SNCF début 2018. À partir d’un cliché issu de notre corpus d’images autour de l’insertion professionnelle, ma collègue strasbourgeoise a commencé à leur expliquer le droit de grève. Intérieurement, j’ai eu peur et ai questionné l’intérêt de ces femmes pour le sujet. Finalement, ces femmes, évidemment qu’elles avaient toutes un avis sur la question, mais pas forcément le vocabulaire. Avec la médiation, elles ont finalement pu s’exprimer et le débat fut vif et intéressant. Elles sont même revenues nous dire que l’atelier leur avait permis de débattre, le soir à table, d’un sujet que tout le monde connaissait et d’avoir des mots, qui parfois leur manquaient, pour s’exprimer dans leurs univers respectifs.

Extrait du stop motion « Passer de la pommade », Stimultania et 10 adultes en apprentissage du français, CEFI, Givors, novembre 2017. © Stimultania

Laurianne Ploix

TVB : Quelles actions avez-vous mises en place avec un public migrant ? MB : Nous avons développé le projet Faire faces, qui consiste en un cycle annuel, renouvelable, destiné aux personnes d’origine étrangère, primo-arrivantes et migrantes en apprentissage du français et en insertion professionnelle. Faire faces comprend un temps de création avec un artiste, des ateliers de médiation, des soirées et des jeux-débats autour de questionnements communs. À partir du support photographique, nous faisons face aux grands débats de société. En 2019, nous travaillerons à Givors avec le photographe Joseph Gallix, qui s’est déjà installé en ville, pour une œuvre collective avec les publics. Nous avons mobilisé plusieurs struc-

Résumé en portugais, langue parlée par Aurore Marta du Portugal Stimiltania educação para a imagem Stimiltania, è uma associação em torna da fotografia que existe em Givors e Estrasburgos. No projeto Faire Faces, eles propõemde estudios de criações das médiacões e jogos ao redor da fotografia. Isto permite expressarse e obter instrumentos necessarios para analisar uma obra.


Résumé en indonésien, langue parlée par Sylvain Halbwachs d’Indonésie Warganegara Kabaret dari teater kacau Yayasan ini usulkan kepada 2500 warga, dari semua asli, untuk naik panggung untuk ekspresikan diri dengan seni. Pameran warganegara kabaret usulkan konser dengan lebih dari 100 orang dalam banyak bahasa-bahasa.

Le cabaret citoyen du Théâtre du Grabuge

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éraldine Bénichou est metteuse en scène et responsable de la compagnie du théâtre du Grabuge depuis 1996. Elle construit des projets artistiques comme des outils d’émancipation pour des populations qui n’accèdent pas naturellement à la culture.

« La culture crée un espace de compréhension de ce qu’on est et de ce qu’est le monde. Partager des textes avec des personnes issues de l’immigration permet de les sortir de leur quotidien et résonne aussi comme un écho à leur propre histoire », explique Géraldine Bénichou. Humainement passionnée et créative, Géraldine Bénichou veut offrir des espaces d’ouverture aux gens des quartiers, susciter des rencontres, faire émerger des paroles silencieuses et faire naître des liens culturels communs. En partenariat avec les acteurs culturels, associatifs, sociaux et éducatifs, elle a réalisé, en 2018, au cœur du quartier de Lyon Mermoz, un cabaret citoyen.

Tous en scène à Lyon Mermoz Durant cinq jours, quarante événements mêlant toutes les disciplines artistiques ont permis à 2 500 personnes de se rassembler. Loin de se douter qu’un jour ils monteraient sur une scène et s’exprimeraient ouvertement devant un public venu de tous horizons, les artistes du festival ont libéré leurs émotions et celles du public. Joyeux et fédérateur, le festival Cabaret citoyen a alors effacé toutes les appréhensions que Géraldine Bénichou cachait derrière son énergie, son engagement et sa générosité. « Lorsqu’on fait de la culture et des arts ici, on ne sauve pas les quartiers, on sauve la société. Il faut juste savoir trouver les haut-parleurs d’un quartier et aller les chercher pour les mettre en scène dans un théâtre », confie-t-elle. Car le festival était un préambule au spectacle musical et théâtral L’Assemblée des lucioles, qui s’est déroulé à la Maison de la danse, les 27 et 28 octobre 2018. En scène, dix artistes professionnels et un chœur de cent citoyens ont composé un cabaret poétique, populaire et réjouissant. « On rêve et on fait coexister, le temps d’un spectacle, nos parcours, nos points de vue, nos vies. On donne corps et vie à une société », déclare-telle. À travers des chants polyglottes, des poèmes témoignages, des slams et des portraits vidéo, cette création a fait dialoguer une pluralité de langues et d’histoires. Un grand moment de douceur, de bonheur et de fraternité populaire. Agnès Giraud-Passot

Plus de 100 citoyens de toutes origines sur scène pour le cabaret citoyen réalisé avec la compagnie du Théâtre du Grabuge. © Théâtre du Grabuge

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Les langues mises en musique par la Tribu Hérisson

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a Tribu Hérisson, collectif d’artistes basé à Vénissieux, mène de front créations artistiques et actions culturelles à travers plusieurs projets de spectacles vivants et de créations sonores. TVB est allé à la rencontre de Serge Sana, musicien compositeur chargé des projets « hors-normes » du collectif, comme Le Concert sous la langue qui explore la richesse des langues parlées sur le plateau des Minguettes à Vénissieux (69).

TVB : Avec les musiciens Chems Amrouche et Xavier Saïki, vous élaborez le Concert sous la langue (CSLL) depuis 2016. En quoi consiste ce projet ? SS : Le CSLL est un travail effectué autour des langues et de la parole, dans lesquelles nous trouvons une certaine musicalité. Pendant plus de deux ans, nous sommes allés à la rencontre de personnes polyglottes vivant dans les quartiers de Vénissieux, qui étaient pour la plupart soit des personnes primo-arrivantes, soit des personnes issues de l’immigration présentes en France depuis plusieurs générations. Avec eux, nous avons formé des groupes de paroles, en lien avec des associations du quartier et des écoles UPE2A1, où nous animions et enregistrions des débats et jeux musicaux autours de différents sujets qui ont trait à la diversité des langues, comme la transmission et l’intimité des langues, la culture et l’enracinement. Après chaque captation de paroles, nous procédions à une sélection en fonction de la musicalité des paroles, du propos tenu et de manière à inclure dans le concert une diversité des langues le plus représentative possible des groupes interrogés. Nous les mettions ensuite en musique pour élaborer une création artistique musicale et sonore diffusée dans le quartier des Minguettes, à Vénissieux, sous forme de concerts suivis d’un espace d’échanges avec le public, où nous avons recueilli leurs impressions.

Musique

TVB : Pourquoi avoir mis en place ce projet ? SS : Le but du CSLL était d’abord de valoriser le parcours de ces personnes issues de l’immigration et ainsi de lutter contre le sentiment de devoir mettre au rebus sa culture et sa langue d’origine pour pouvoir s’intégrer en France. L’immigration peut parfois être violente ; avec ce travail, nous ne voulions pas occulter cette violence, mais plutôt montrer au grand public la beauté de l’immigration à travers la diversité des langues transformées par la musique et l’œuvre artistique.

TVB : Quelles ont été les impressions transmises par le public qui a entendu votre création ? SS : D’abord, nous avons noté une imprégnation émotionnelle due à la beauté du spectacle. Nous avons aussi ressenti, de la part des personnes polyglottes présentes, un réel engouement à pouvoir parler de leur langue et de leur culture. Certaines personnes mènent parfois un vrai combat pour que leur langue puisse exister.

TVB : Projetez-vous de réitérer cette expérience ?

La Tribu Hérisson fêtera la sortie de son CD «Le Concert Sous la Langue» le 29 mai à la Tannerie (Bourg en Bresse) et le 25 juin au Périscope (Lyon).

SS : Nous aimerions réaliser ce même travail à Bourgen-Bresse, dans l’Ain, pour favoriser une rencontre entre les patoisants (personnes parlant le patois local) et des personnes issues de l’immigration, et ainsi travailler autour des langues qu’ils possèdent. Les écoles UPE2A intègrent des classes particulières de jeunes allophones pour apprendre le français et ainsi les aider à intégrer le cursus classique. 1

Laura Doucet

Résumé en macédonien, langue parlée par Alekdsandar Odjakliski de République de Macédoine


Résumé en pular, langue parlée par Fatoumata Diallo de Guinée Conakry Dental fit fabou Trièves, CART et derel hirlnagué l’Isère bhé wadh photo. Et derel iin photos A hiyaye pidji wohoudi hakoudhé haroubhé et wernoubhé. Oundoonno Athie maadhé Keldoudhé.

Des photos, traces tangibles de fraternité

D

ans le Trièves, en Sud-Isère, des habitants réunis au sein du collectif CART hébergent temporairement des demandeurs d’asile. Une exposition photo leur est consacrée. Elle entend à la fois rendre visible cette solidarité en action et en conserver une trace.

« On m’a bien accueillie, ils ont tout fait pour que je me sente à l’aise », se souvient Charmante, jeune femme originaire du Congo et hébergée quelques mois par des membres du Collectif d’accueil des réfugiés du Trièves (CART). « C’était important de le montrer », plaide-t-elle aujourd’hui, en faisant référence à l’exposition photo, « Vous ne m’êtes pas inconnu(e) », qui circule dans le SudIsère depuis plusieurs mois. Derrière cette exposition, il y a Nadine Barbançon, photographe professionnelle et elle-même membre du CART. En 2016 et 2017, elle s’est rendue chez une douzaine d’habitants qui accueillaient des migrants pour une plus ou moins longue durée, y passant une après-midi ou une journée. Elle a

immortalisé des instants de vie et des images fortes nées des rencontres entre hébergeurs et hébergés : «  Je voulais montrer les choses invisibles de cette action, ce qui se passe à l’intérieur des maisons, les échanges, etc. Ce sont des images très différentes de ce que l’on voyait dans l’actualité à cette époque. »

Photographier la cohabitation pour laisser une trace Ici, la photographie est pensée comme un témoignage, un instantané d’un morceau de notre histoire. On y voit des visages et des sourires, on aperçoit le quotidien d’une cohabitation éphémère. On voit se matérialiser cette entraide qui consiste à accueillir sous son toit celles et ceux qui en ont besoin. À travers cette exposition, Nadine Barbançon souhaitait aussi contribuer à créer une mémoire de ces rencontres : « Il y avait peut-être des sms, des messages sur répondeur, des selfies, etc. Mais tout ça c’était sur quelques téléphones. Il n’y avait pas vraiment d’archives et c’est ce qui m’a fait démarrer. Je me suis dit "mince, il faut à tout prix en garder une trace" ». Au sens noble, cette exposition est faite de photos-souvenirs, aussi bien à destination du CART que des migrants eux-mêmes. Nadine leur a offert à chacun un tirage de leur photo. D’autres collectifs d’habitants ou des municipalités souhaitent s’appuyer sur ce travail pour montrer cet autre visage de l’accueil des migrants. Du coup, l’exposition voyage beaucoup. Elle a été présentée dans cinq lieux de la région et de nouvelles dates sont déjà prévues. Thomas Sévignon

Scène de vie quotidienne photographiée chez des accueillants. © Nadine Barbançon

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Danse

K-LI-P, des portraits en exil, danser pour exister

À

Grenoble, le collectif K-LI-P a monté un spectacle chorégraphique, visuel et sonore avec des mineurs isolés étrangers. Ensemble, ils ont fait de la danse un moyen d’expression et d’interrogation autour du thème de l’identité.

Dans la salle du Théâtre 145 de Grenoble, une route défile sur des écrans. Des mots tirés de la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen (DDHC) s’y superposent. En fond sonore, des personnes énoncent leur prénom en boucle ou racontent des épisodes de leur exil ou de leur arrivée dans la ville. Sur scène, chacun leur tour, six jeunes migrants réalisent une chorégraphie, accompagnés de la danseuse Christel Brink Przygodda. Des mouvements amples, doux, qui glissent sur la scène et dessinent les contours de « Portraits en exil ». À travers cette performance, le collectif K-LI-P – composé de Christel Brink Przygodda et du plasticien Philippe Veyrunes – a voulu créer un espace permettant d’assouvir « le besoin de tout un chacun de créer » et donner à ces jeunes de nouveaux moyens d’expression pour, peut-être, parvenir à « une compréhension interculturelle ». Il ne s’agissait pas d’aboutir à un travail documentaire mais bien à une « interrogation artistique », précise Christel. En l’occurrence, passer par l’art pour questionner l’exil et l’identité qui évolue durant un tel périple : qui sommesnous aujourd’hui, nous qui venons d’arriver sur un territoire inconnu ?

S’exprimer avec le corps C’est à la suite d’une rencontre avec l’association grenobloise 3aMIE que le collectif a souhaité proposer ce projet à des jeunes migrants isolés. Plusieurs ateliers ont été alors organisés. Pour apprendre à se connaître et donner corps à leurs échanges, ils ont d’abord discuté de leurs premières images de la France, et de la DDHC dont ils ont fait ressortir les mots saillants. Ces mêmes mots que l’on retrouve sur les écrans et qui symbolisent leurs aspirations.

© Collectif KLIP

Puis ils ont travaillé à bâtir une chorégraphie dans laquelle ils pourraient exprimer leur « poésie propre ». Chacun s’y est mis en scène, de manière à en faire un (auto)portrait. Pour Ester, jeune femme originaire du Nigéria et qui a participé à une première session de « Portraits en exil » au printemps dernier, cela a été avant tout un moyen de revendiquer qu’ « en tant que femme, on doit avoir la liberté de faire ce que l’on veut ». Et comme l’art peut aussi être un véritable bol d’air, elle ajoute : « Ici, tu es loin de ta famille, tu as plein de choses en tête. Pendant le spectacle, tu ne penses pas à tout ça. » Thomas Sévignon

Résumé en tamazight, langue parlée par Lila Chouarbi d’Algérie


Résumé en néerlandais, langue parlée par Ria Lachaud des Pays-Bas Het geven van hogere waarde aan de multiculturele identiteit De vereniging « Amal », gelegen in Grenoble, ijvert ervoor dat multiculturele identiteiten geaccepteerd worden. Amal betekent “hoop” in het Arabisch. De vereniging is gespecialiseerd in de Maghrebijnse cultuur.

Amal, l’identité multiculturelle valorisée

L

’association culturelle de coopération franco-maghrébine Amal a choisi de faire de la culture et des échanges linguistiques un outil d’intégration. À travers des cours de langues et des projets culturels, elle veut favoriser l’inclusion des personnes en situation de précarité et valoriser leur culture

L’association Amal agit sur le territoire grenoblois et veut valoriser l’insertion sociale en France ainsi que la culture des personnes de toutes nationalités et origines, à travers l’apprentissage du français et un volet culturel qu’elle considère créateur de lien social et d’échanges. Les cours de français sont gratuits et ouverts à des personnes migrantes en situation d’exil, pour les aider à s’intégrer en France. Des événements divers, comme un concert arabo-andalou, sont régulièrement organisés.

Des événements culturels vecteurs de liens sociaux De l’événement sur le droit des femmes migrantes au festival « La Méditerranée et au-delà » en passant par la participation

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à un projet de formation sur le monde arabe et la solidarité, les formes que prennent ces initiatives sont très diverses. Développés dans l’optique de valoriser une identité multiculturelle respectueuse des origines, des croyances, et des cultures de chacun, les projets de l’association, réalisés en collaboration avec d’autres organismes locaux, permettent de proposer des prestations culturelles originales. Des groupes d’activités culturelles se tiennent chaque semaine et sont ouverts à tous. À travers ces projets, l’association veut mettre l’accent sur l’échange interculturel entre des personnes en situation de précarité et les habitants de la société d’accueil. Pour cela, elle accompagne plus particulièrement les apprenants présents aux cours de français et les personnes vivant dans les quartiers prioritaires grenoblois pour participer aux événements. Miranda Shusterman, coordinatrice des cours de français et chargée de projets au sein de l’association, nous confie : « J’aimerais à long terme impliquer les apprenants dans la conception même de ces projets culturels qui valorisent leur culture et leur langue, et qui veulent faciliter les échanges entre la culture française et la culture des personnes en situation de migration. Par cette prise de responsabilité, ils auraient accès à un plus large espace de parole pour proposer leurs idées et leurs opinions, et nous pourrions leur offrir la possibilité de participer à la vie de l’association et les ouvrir à plus d’opportunités. »

« Qu’ils construisent des lignes, qu’ils les appellent frontières » En novembre dernier, l’association accueillait l’exposition « Qu’ils construisent des lignes, qu’ils les appellent frontières », de l’artiste Ninon Mazeaud, dans le cadre de la biennale Traces 2018 « Monde en migration ». À travers des photos, témoignages, objets et dessins d’enfants, l’artiste voulait montrer les réalités de la Maison des migrants de Bruxelles, où des personnes en situation de précarité peuvent être accompagnées dans leur intégration. D’après Miranda Shusterman, « cette exposition nous montre que les besoins d’intégration sont les mêmes partout ». Laura Doucet


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Irak à jamais, l’exil irakien au théâtre

Spectacle vivant

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ans une pièce de théâtre, la compagnie lyonnaise Théâtre du désordre des esprits aborde, avec des acteurs issus de la communauté irakienne en exil, la question de l’oubli et du déracinement.

Parfois, une simple odeur permet de voyager. Des effluves d’encens, qu’un acteur diffuse lentement sur scène et qui se répandent dans la salle de la MC2 de Grenoble, suffisent à planter le décor d’Irak à jamais. Nous voilà dans un appartement de réfugiés irakiens, quelque part en France. Dans le salon, sont réunis cinq irakiens. Quatre sont assyro-chaldéens, des chrétiens d’Orient, un est chiite. Ils sont rejoints par une troupe de théâtre pour poursuivre ensemble l’écriture d’une pièce. Chacun s’exprime dans sa langue – tout est surtitré –, raconte des anecdotes du pays, certains chantent en arabe ou en français, a cappella ou accompagnés suavement au oud, à la derbouka et au saxophone. Les conversations se recentrent autour d’une question : lorsqu’on a dû quitter son pays, faut-il l’oublier ou le retenir dans sa mémoire ? La particularité de cette pièce de théâtre, c’est que les acteurs irakiens sont aussi les auteurs de tous les textes, ou presque. Cette interrogation sur l’oubli est donc la leur. Elle a émergé lors des ateliers d’écriture que la compagnie Théâtre du désordre des esprits, dirigée par Bruno Boëglin, Marie-Paule et Romain Laval, a organisés en 2016 et 2017 avec la communauté irakienne en exil, dans l’idée de faire un spectacle avec et pour eux. Ces ateliers seront alors le moyen de produire la matière d’Irak à jamais.

Le voyage d’une culture Grâce une association locale et au bouche-àoreille, ils réunissent à Vaulx-en-Velin jusqu’à une trentaine de familles de réfugiés irakiens afin qu’elles racontent leur histoire, leurs souvenirs de Bagdad, etc. « Nous étions très heureux car on s’intéressait à nous, par rapport à l’Irak, à notre culture, nos chants », se souvient Andrew Al-Yacoub.

© E. Costard

Comme lui, certains feront un pas supplémentaire et deviendront acteurs dans cette pièce. Mais tous restent amateurs, l’un est étudiant, l’autre épicier, un troisième est informaticien, etc. Seul Muhaned Alhadi, acteur reconnu en Irak et réfugié à Lyon depuis 2015, a depuis longtemps fait du théâtre une profession. Tirés de leurs expériences, de leur vécu, les textes sont puissants et donnent à voir un autre Irak que celui de la guerre. Ils participent également à faire comprendre ce déracinement propre à tous les migrants, mais aussi la double culture qui est désormais la leur, celle de là-bas et celle d’ici. Thomas Sévignon

Résumé en albanais, langue parlée par Arjola d’Albanie Iraku përgjithmonë, mërgim irakian në teatër Kompania lioneze «Teatri i rrëmujës dhe i mendjeve», ka realizuar me emigrantet irakianë në Vaulxen-Velin një shfaqje teatrale shumëgjuhëshe që vë në pah harresën dhe çrrënjosjen. Muhaned Alhadi ishte tanimë një komedian i famshëm në Irak. Një grup autoresh irakian vune ne skene per here te pare një pjese te skenavit te cilen e kishin shkruar se bashku. Ato ishin ne Grenoble ne një turne vjeshte.


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Création artistique

ADDCAES, la migration incarnée

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ar le biais de la création, une association savoyarde donne un visage à une réalité souvent fantasmée. L’association départementale pour le développement et la coordination des actions auprès des étrangers de la Savoie (ADDCAES) utilise l’outil culturel pour informer.

Pas facile de rendre compte de la migration au-delà des préjugés et de la stigmatisation. Référent départemental et porte d’accueil des personnes migrantes en Savoie, l’ADDCAES représente un observatoire privilégié. En 2018, l’association a enregistré 320 nouvelles demandes d’asile, principalement en provenance d’Albanie, de la Guinée et du Nigéria. Créée en 1981, elle conduit des actions auprès des populations migrantes et des acteurs des services publics et des associations. Elle soutient, en marge de son activité sociale, différents projets culturels.

Une BD sur les traces de l’exil en RDC À titre d’exemple, un projet culturel est mené en lien avec des exilés congolais. Il s’agit d’une bande dessinée dont l’histoire

Résumé en hébreu, langue parlée par Ayman Butto d’Israël

Rémy Kossonogow, scénariste de la BD Félicité qui retrace le douloureux chemin d’une femme en migration. © ADDCAES

s’inspire directement de témoignages vécus. Les scénaristes, Rémy Kossonogow et Adrien Costaz (intervenant social) ainsi que la graphiste Marie Wyttenbach, ont souhaité coller au plus près de la réalité, ici et là-bas. Du contexte géopolitique qui prévaut actuellement en République démocratique du Congo jusqu’aux méandres de l’administration française, le lecteur suit Félicité, le personnage féminin qui donne son titre à l’album. Son histoire fait écho à l’action de Denis Mukwege, prix Nobel de la paix 2018 pour son dévouement à la cause des femmes violées en République démocratique du Congo…

La culture pour comprendre L’association est par ailleurs coorganisatrice pour la Savoie du festival Migrant’ scène de la Cimade. C’est pour le directeur « l’occasion de nous adresser à ce public qui veut comprendre la migration en apportant des éléments de réponse à l’échelle locale ». Et c’est par la culture que ça passe : pièces de théâtre, projections cinématographiques, expositions de photos, animations festives et « vélorution » dans le centre-ville de Chambéry. « Le festival prend de l’ampleur d’année en année », confirme le directeur. Une quarantaine de dates sont prévues en 2018, de quoi incarner les multiples facettes de la migration et nuancer les propos des idéologies partisanes. Fabien Franco


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Poésie

© Marche ou rêve

Marche ou rêve, les bienfaits de l’action poétique

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’association Marche ou rêve à Annecy fait le pari de la poésie participative. Le rêve pragmatique d’un monde inclusif.

À l’hiver 2017, Annecy voit l’arrivée d’un groupe de personnes en provenance du Soudan. La situation humanitaire interpelle nombre d’habitants, dont Marie-Charlotte Bailly qui constate la dureté des conditions de vie depuis son poste de travail. « Le froid arrivait, nous avons décidé de nous mobiliser. » Des repas chauds sont servis et une collecte de vêtements est organisée. Des relations se nouent. Un camp de fortune voit le jour sous un pont autoroutier. « L’expérience est marquante. Je n’avais jamais vu une telle humanité », commente la présidente, qui a cofondé l’association avec une amie et deux exilés en provenance de Guinée et du Cameroun. « Ces personnes sont identifiées par la négation : pas de statut, pas de papiers, pas de domicile, pas d’existence légale. Nous voulons démontrer que nous tous existons. » Des cours de français sont donnés. Des mineurs et des adultes y participent. Avec le temps, un collectif se forme. Demandeurs d’asile et citoyens locaux s’y investissent, sans autre soutien que la volonté d’agir. Aujourd’hui, une centaine d’adhérents et une trentaine de membres actifs font vivre l’association, mus par cette réflexion qui considère l’être comme une richesse, la ressource première à partir de laquelle tout devient possible. Les décisions sont prises d’une façon collégiale et les actions sont menées collectivement. L’action se veut être avant tout culturelle : « La création collective est notre dernier bastion de liberté. »

Des extraits de poèmes tapés à la machine à écrire Marche ou rêve organise des ateliers d’écriture poétique. Des récits de vie, des témoignages, des enregistrements audio conservent la trace de ce patrimoine immatériel partagé. « Avec ce corpus, nous créons des recueils de poésie. » Un local prêté par l’Union des mutuelles de France ainsi que d’antiques machines à écrire ont été mis à disposition. Des pochettes en tissu wax sont vendues : à l’intérieur, des cartes postales sur lesquelles ont été tapés à la machine à écrire des extraits des poèmes. Des projets de théâtre et d’émissions de radio s’apprêtent également à voir le jour. « Valoriser la créativité et renforcer la coopération entre les migrants, la population locale et les acteurs sociaux et culturels locaux fait partie de la démarche.  » D’après Marie-Charlotte Bailly, Marche ou rêve a été rapidement adoptée par ces exilés en quête de stabilité et de protection. Valoriser les parcours, agir ensemble, autant de moyens pour lutter contre la discrimination et les discours xénophobes. Une façon de redonner sa place dans la communauté humaine à la personne migrante. Fabien Franco

Résumé en kalash (Pakistan) et anglais par Jean-Yves Loude, écrivain voyageur Parik zyé Isprap pashik : saï zyé prusht mun dek dahulat karen dé ! Citizens from Annecy have joined forces with exiles to create an association. Together, they organized french classes and cultural work groups. For instance, they write pieces of poetry on a typewriter and then slide them into a fabric envelope, home made.


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Musique

Selam, l’aventure humaine puis musicale

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asée à Saint-Étienne et à Rabat (Maroc), l’association Selam a produit avec de jeunes migrants un album de six chansons. Une façon pour eux de raconter leurs parcours grâce à leur passion.

Lorsque deux amis originaires de Guinée, partis chacun de leur côté sur les routes de l’exil, se retrouvent tous les deux à chanter sur le même album, l’un depuis le Maroc, l’autre depuis SaintÉtienne, on peut penser aux heureux hasards de l’existence. Alors qu’ils sont éloignés de plusieurs milliers de kilomètres, leur passion commune pour la musique les aura réunis.

Abdoulaye, l’un des musiciens du CD L’Aventure enregistré entre Rabat et Saint-Étienne. © Louis Perrin

L’album en question, c’est celui de l’association Selam, qui l’a orchestré entre Saint-Étienne et Rabat, au Maroc. Mais c’est surtout celui de Makiou et Oumar, les deux amis guinéens, et d’Abdoulaye, Aïchatou et Joseph, jeunes migrants partis eux sur les routes depuis la Côte d’Ivoire et le Sénégal.

Résumé en dioula, langue parlée par Aminata de Côte d’Ivoire Selam, Toughan taga ni donguiri la Makiou ni oumar bora Guinée ka ta tou ghan na... Bi kélé bé Maroc et kélé bé Saint-Etienne. O kagnongho soro ka musique kè o ka CD bo atogo bé L’aventure ani ossociation Selam yé.

Un CD entre deux rives Ensemble, ils ont réalisé cet album qui navigue entre hip-hop et dancehall, L’Aventure. « C’est un terme que les migrants emploient assez spontanément pour évoquer leur parcours », explique l’association. Les textes écrits par les jeunes chanteurs parlent du courage, de l’amitié et de la souffrance. Ils chantent dans leur langue d’origine, en soussou, en bambara, en pular. Cette musique, « je vais l’envoyer en Afrique, alors autant chanter dans ma langue. Ça permettra à d’autres là-bas de comprendre ce que j’ai vécu », précise Abdoulaye. Pour lui, participer à ce projet a été un moyen de s’exprimer, de sortir des émotions restées silencieuses : « Ça m’a permis de dire ce que j’avais sur le cœur et que je n’arrivais pas à dire autrement. » L’association s’est lancée dans cette aventure sans l’avoir vraiment préméditée. Un jour, à l’antenne de Rabat, où quelques jeunes migrants sont réunis avec des bénévoles venus de France, certains se mettent à rapper et s’enregistrent. Et cela plaît à tout le monde. Alors pourquoi ne pas faire la même chose à Saint-Étienne ? « On était à mille lieues d’imaginer que ça allait donner un CD huit mois plus tard », en convient Hélène, qui coordonne l’association à Saint-Étienne.

Une émulsion récente Selam fonctionne comme ça : tout part d’une idée, d’une envie et on voit si cela crée une étincelle. Depuis un peu plus d’un an qu’elle existe, l’association a organisé pour les jeunes des cours de danse, de théâtre et des matchs de foot. Elle a aussi participé à des événements stéphanois en proposant des repas guinéo-ivoiriens ou érythréens, « pour brasser les nationalités en cuisinant ensemble ». La volonté de cette nouvelle association est de proposer aux ados qui viennent la voir des activités pour qu’ils oublient, un instant, « leur statut de migrant ». S’amuser et se rencontrer, « faire des trucs de jeunes » en somme. Car finalement, comme le souligne Hélène en riant, « on est tous hyper jeunes, alors pour nous, l’aventure, elle ne fait que commencer ». Thomas Sévignon


Résumé en italien, langue parlée par Marcella Renaud d’Italie

Cirklo, cocréer par la sérigraphie et le dessin

L

e mandala, ce symbole bouddhiste d’harmonie et d’unité, pourrait-il servir à rapprocher les gens ? C’est le pari fait par trois associations stéphanoises avec le projet artistique collaboratif Cirklo. Deux ateliers de dessin et sérigraphie sont proposés à des migrants et des habitants, pour créer du lien et progresser vers le vivre-ensemble.

Les associations Singa Saint-Étienne, Inkoozing et La Cimade ont travaillé en partenariat pour mettre en place le projet Cirklo, deux ateliers et une exposition de création artistique construits autour du mandala, de la technique de la sérigraphie et du lien entre personnes migrantes et habitants stéphanois.

Créer des liens avec le « faire-ensemble » Le projet a débuté dès juin 2018, où se sont déroulés deux ateliers de création dans les locaux de l’association Inkoozing, atelier de sérigraphie partagé. Un premier atelier était dédié à la création et au dessin de mandalas par les participants, puis un deuxième atelier était axé sur la sérigraphie, technique d’impression avec un écran en tissu utilisé de la même manière qu’un pochoir. Grâce à cette technique, lors de ce deuxième atelier, migrants et habitants ont imprimé et superposé leurs mandalas, en variant les couleurs. Ces créations, constituées d’entremêlements de graphismes colorés évoquant la diversité des participants et leurs liens tissés, ont ensuite été exposées en novembre dernier, lors du festival Migrant’scène organisé par La Cimade, dans l’idée de sensibiliser le grand public aux questions de solidarité et d’accueil.

CIRKLO, co-creare con la serigrafia e il disegno Singa Saint Etienne, Inkoozing e la Cimade hanno lanciato il progetto CIRKLO. CIRKLO significa cerchio in esperanto. Lo scopo è di sovrapporre disegni e serigrafie per creare i mandala del vivere insieme.

Un biais artistique au service de la rencontre et de l’action collective Le mandala, et sa forme circulaire, prenait une place importante dans le projet. Il a été choisi pour sa symbolique d’unité et d’harmonie, et ainsi faire ressortir l’esprit collectif et favoriser l’idée du vivre-ensemble, quelles que soient les origines et les langues parlées par les participants. Pour renforcer cette idée, les associations ont nommé ce projet Cirklo, qui veut dire « cercle » en espéranto, langue élaborée pour faciliter la communication entre toutes les personnes n’ayant pas la même langue maternelle. Marie-Ève Matichard, fondatrice de l’association Inkoozing et participante au projet Cirklo, nous confie : « À travers l’expérimentation collective de la technique de la sérigraphie, Cirklo a permis à des personnes étrangères, réfugiées et nouvelles arrivantes à Saint-Étienne de rencontrer des personnes stéphanoises. » Ces ateliers ont réuni des participants de tout âge et de toutes origines, certains passionnés de dessin et d’autres débutants, qui ont été acteurs d’un travail collectif puisque chaque œuvre contient les créations de plusieurs participants. Hélène Zimmermann de Singa ajoute : « Ce biais artistique a permis aux participants de s’exprimer d’une autre manière que verbalement, de lâcher des émotions et de partager des choses. » Laura Doucet Des Stéphanois et des nouveaux arrivants mélangent leurs dessins et leurs sérigraphies pour des mandalas du vivre-ensemble.

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Gravure

Gravure et écriture pour nourrir l’esprit

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ans le Puy-de- Dôme, l’Université de Clerm o n t Fe rrand (UCA) et le Secours populaire français (SPF) organisent « Carnet au centre », des ateliers d’écriture et de linogravure qui mélangent étudiants et migrants.

Des étudiants et des migrants gravent ensemble, dans le lino, dessins, expressions et poèmes lors des ateliers « Carnet au centre » de ClermontFerrand. © SPF 63

« Vous ne voulez pas manger, c’est ça ? », s’amuse Myriam Lépron. La vingtaine d’étudiants et de migrants qui travaillent ensemble à composer des poèmes sont tellement concentrés que la professeure de lettres modernes doit sonner l’heure du repas. Passé les premières secondes de timidité pour savoir comment seront constitués les binômes, tout le monde s’est plongé avec enthousiasme dans l’exercice d’écriture. Ce samedi de mi-décembre, à Clermont-Ferrand, se tient le premier des cinq ateliers de « Carnet au centre ». À partir d’un thème commun à tous – le corps –, chaque binôme réfléchit et construit à plusieurs mains un poème, puis travaille ensuite une gravure sur lino.

Résumé en allemand, langue parlée par Marie-Hélène Perennec d’Allemagne Linolschnitt und Schreibwerkstatt um den Geist zu nähren Die Universität von Clermont-Ferrand und die französische Hilfsorganisation « Secours Populaire » veranstalten Linolschnitt- und Schreibworkshops mit Migranten und Studenten. Es ist die Gelegenheit, beim gemeinsamen Schaffen einander kennen zu lernen. Der Linolschnitt erlaubt, dass alle das gleiche Niveau haben: Anfänger in der Kunst.

Graver des expressions nouvelles Originaire du Rwanda, Ariane participait pour la première fois à cet atelier : « J’ai aimé ce jour, car ça permet d’être avec d’autres personnes, de parler français et d’apprendre de nouvelles expressions. Pour le poème, on a essayé de mixer nos deux langues, une partie en français, une partie en kinyarwanda [la langue nationale du Rwanda, ndlr]. » Avec sa binôme Camille, étudiante à l’UCA, elles ont d’ailleurs beaucoup ri de l’expression « prendre les jambes à son cou », qui n’a apparemment pas d’équivalent au Rwanda. C’est la deuxième fois que l’UCA organise ce projet, par le biais de son Service Université Culture. Avec le SPF du Puy-de-Dôme et l’artiste plasticien Pierre Jourde, elle entend rendre accessibles les activités artistiques et culturelles aux demandeurs d’asile qui en sont souvent éloignés depuis leur arrivée en France. Comme le résume Daniel Boularand, qui coordonne la section français langue étrangère (FLE) du SPF, « il n’y a pas que le ventre à nourrir, il y a aussi la tête ».

Découvrir l’autre en cocréant Mais « Carnet au centre » veut aussi faire se rencontrer deux publics qui ne se côtoient pas forcément, les rassembler autour d’une création artistique, en laissant de côté leur statut. La poésie et la gravure sont alors autant une finalité – apprendre de nouvelles pratiques et formes d’expression – qu’un moyen de créer du lien. « Les rencontres sont beaucoup plus simples grâce à ça. Et face à la gravure, tout le monde est sur un pied d’égalité. L’activité permet de mettre en confiance et de grandir ensemble ensuite », insiste Myriam Lépron. À la fin du cycle, certains des poèmes et gravures seront publiés dans un livre édité par l’UCA et présentés dans un lieu culturel de la ville, où les textes seront lus par des comédiens professionnels. Une belle reconnaissance. Thomas Sévignon


Sama, la culture comme « module d’apprentissage »

L

’association Sama, à Clermont-Ferrand, fait le lien entre le monde culturel et les étrangers. Dans chacun de ses plans de formation, la culture tient une place à part entière.

L’association œuvre depuis janvier 2010 pour faciliter la compréhension, la connaissance et l’intégration sociolinguistique et professionnelle des étrangers en France. Sama, pour services d’accompagnement des migrants en Auvergne, organise des ateliers de formation pour environ 350 personnes chaque année. Sa fondatrice et actuelle directrice, Fabienne Pellé, élabore des plans de formation conçus spécifiquement pour des étrangers en provenance du monde entier. L’ingénieure de formation se doit de prendre en compte le temps, le budget et l’objectif à atteindre. Ici, il s’agit d’aider les personnes à s’insérer dans une société qu’ils découvrent, dont ils ne parlent, bien souvent, pas la langue et dans laquelle il va falloir devenir autonomes.

Résumé en coréen, langue parlée par Myoung-Jae Choi de Corée du Sud

délient : après avoir vu un film, on débat sur des thèmes tels que l’égalité femme-homme, l’intégration, l’école de la République... On apprend la phonétique du français en chantant. On participe à une manifestation culturelle et l’on fait des rencontres, on découvre le quartier, on se divertit en famille. » Ce qui n’était au départ qu’un module parmi d’autres dans le plan de formation devient alors « un réel outil de partage, d’apprentissage, de compréhension et d’ouverture d’esprit », a constaté la formatrice. En 2018, Sama a organisé une trentaine de formations. La plupart des exilés ignoraient tout de la France et de sa culture. Ils ont eu l’occasion de s’exprimer, de confronter leur point de vue, d’apprendre. Sur la voie de l’autonomie, la culture semble incontournable. Fabien Franco

Sama propose aux nouveaux arrivants une sortie au cinéma La Jetée de Clermont-Ferrand, pour échanger autour de courts-métrages. © Sama

La culture pour délier les langues Trouver un travail, suivre les recommandations administratives, faire valider ses diplômes, comprendre et se faire comprendre dans une langue que l’on ne maîtrise pas, autant de défis pour celui qui a traversé les frontières. « Les apprenants ont besoin de voir leur intérêt réel et immédiat dans les actions parce que leur priorité n’est clairement pas la culture », relève Fabienne Pellé. Pour autant, chacune de ses formations prévoit une activité culturelle, tels une séance de cinéma en famille à La Jetée (projection de courts-métrages), un atelier chanson, un concert, la visite d’un musée, la participation au festival Carnet de voyage, etc. Pour quels résultats ? « Les langues se

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Patrimoine

Le CPA de Valence, histoires partagées pour échanges apaisés

À

Valence, le Centre du patrimoine arménien (CPA) s’est imposé peu à peu comme un lieu ressources autour de thématiques sociétales contemporaines comme les migrations ou les conflits. TVB a interrogé Chrystèle Roveda, responsable du service des publics et de la communication.

TVB : Pouvez-vous présenter vos actions en quelques mots ? CR : Le CPA est un équipement culturel de Valence Romans Agglo créé en 2005. Si notre exposition permanente donne à comprendre le génocide des Arméniens de 1915 et l’exil des rescapés jusque dans la Drôme, nous travaillons plus largement autour de trois grandes thématiques d’actualité : les migrations, les conflits contemporains et la question des peuples. Notre programmation culturelle se décline autour de ces trois grands axes – intimement liés – pour sensibiliser différents publics, qu’il s’agisse d’élèves, d’acteurs socio-éducatifs, d’associations, ou du public individuel, autour d’expositions, de rencontres-débats et de nombreuses animations. Nous avons, par ailleurs, obtenu le label Ethnopôle du ministère de la Culture sur la problématique des migrations, des frontières et des mémoires. Cette reconnaissance nous permet de travailler aux côtés d’un chercheur qui coordonne les actions de recherche du CPA, et de collaborer régulièrement avec des spécialistes et des laboratoires de recherche. Nous pouvons ainsi aborder ces questions avec plus de recul et de hauteur, et proposer à nos publics des rencontres qui donnent à comprendre la complexité de ces sujets, trop souvent réduits à des lectures non contextualisées.

TVB : Vous avez réalisé, à l’automne 2018, quatre événements autour des migrations et diasporas, dont deux journées d’étude : « Réfugiés d’hier et d’aujourd’hui : des indésirables  ? » et « Témoigner de l’expérience, des mémoires et des héritages des migrations ». Qu’en avezvous ressorti ? CR : Ces différents événements ont intéressé de nombreuses Résumé en créole personnes ; nous étions de La Réunion par Audrey Mofy plus de 120 lors de la journée « Témoigner de l’expérience, des mémoires et Lo centre pou lo patrimoine arménien dé Valence des héritages des i oriente son travail si 3 axes : lo ban migrations, lo migrations », qui ban conflits contemporains et son identité. A force était coorganisée partage nout ban histoires humaines, nous ran avec la DRAC, a nous compte qué nous néna ressemblences. La Cimade, le Nous pé comprendre et accepte l’autre. CMTRA et le

réseau Traces. Ces deux rendez-vous, proposés dans le cadre de l’Ethnopôle, ont notamment donné la parole à des spécialistes et des témoins, devant un public qui semblait souvent déjà sensibilisé à ces questions. Il me semble que ce qui a le plus touché le public, ce sont les témoignages des personnes en situation de migration ou de leurs descendants. Leur expérience personnelle a su toucher le public et « habiter » véritablement les questions abordées. Les personnes que l’on nomme couramment « migrants » semblent ainsi plus proches, incarnées. Le pluralisme des regards, entre spécialistes, artistes, associations, personnes en situation de migration et grand public, fut une réelle richesse pour échanger et apprendre de l’autre.

TVB : En 2017, déjà, vous travailliez le sujet avec l’exposition Un siècle de réfugiés dans la Drôme. En un peu plus d’un an, avez-vous vu des choses évoluer ? CR : Cette exposition était beaucoup plus ancrée dans notre territoire. On y racontait des histoires plurielles, celles de personnes qui vivent aujourd’hui dans la Drôme mais qui sont venues d’un autre pays. La proximité et cette intimité avec l’histoire même du territoire a permis d’interpeller véritablement les visiteurs. Cette exposition a également mis en lumière que les populations en situation d’exil sur un territoire sont souvent de passage, mais elles participent cependant à la construction de son histoire. De ces départs forcés, de nombreuses histoires familiales sont nées et participent à la mémoire de la Drôme. Nous sommes, depuis cette exposition, peut-être mieux identifiés comme un lieu ressources sur ces questions et participons de fait à la compréhension de ces problématiques sur le territoire. Concernant les publics qui viennent chez nous depuis notre réouverture en septembre 2018, j’ai l’impression qu’ils sont peut-être plus nombreux à être sensibles à la question de l’exil et du déracinement. C’est pour nous un enjeu clé, car nous portons avant tout un message d’ouverture. Notre mission est là : donner des clés de lecture à l’ensemble de nos visiteurs sur le monde qui nous entoure. Laurianne Ploix Réfugiés allemands dans la Drôme au début du XXe siècle. © Collection Barbara Wittenberg


PAGES 45 À 50

TÉMOIGNAGES D’ARTISTES en

MIGRATION


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Poésie

Omar Youssef Souleimane « La distance m’apporte une liberté de pensée »

I

nvité par l’association Alwane, dans le cadre de la biennale Traces qui s’est déroulée à Lyon en novembre 2018, le poète et écrivain syrien Omar Youssef Souleimane a fait entendre des mots d’exil et d’espoir.

TVB : Pourquoi avoir répondu favorablement à l’invitation de l’association Alwane ? OYS : Contacté par mail, j’ai découvert son action engagée auprès des enfants syriens dans le but de faciliter leur accès à l’éducation. Cette soirée permet de les soutenir.

Retour sur l’association Alwane

Alwane (couleur en arabe), association de soutien aux enfants syriens, a été créée en 2012 à Villeurbanne. Indépendante de toute obédience politique ou religieuse, l’association est affiliée au CODSSY, collectif de développement et secours syrien, reconnu par le ministère des Affaires étrangères. Sa mission est d’apporter une aide socio-éducative et psychologique et de permettre l’accès à l’éducation et à l’instruction. Elle a soutenu des activités artistiques à Raqqa et à Antioche jusqu’en 2015. Actuellement, elle concentre son aide en Syrie afin de lutter contre la déscolarisation. Elle organise des événements culturels pour récolter les dons.

Voir le site : www.alwane.org

TVB : Que représente la poésie dans votre vie ? OYS : J’ai grandi au sein d’une famille salafiste dans laquelle la langue arabe était sacrée. J’ai appris par cœur les poésies classiques arabes. J’ai publié mon premier recueil de poèmes quand j’étais à l’université à Homs. Grâce à l’écriture, je me suis trouvé moi-même et construit loin de tout ça. Ensuite, la révolution a éclaté et j’ai arrêté d’écrire pendant un an.

TVB : Que vous apporte la langue française aujourd’hui ? OYS : Elle m’apporte la liberté. Quand on perd son pays, on cherche une nouvelle terre, un nouveau refuge. Depuis toujours, ma langue était ma maison. Dans mon propre pays, j’étais un exilé, à cause des tabous, des interdits, de ma bisexualité et de mon athéisme. La poésie était mon salut. Aujourd’hui en France, j’ai découvert des choses sur moi dont j’ignorais l’existence. Quand on commence à penser dans une nouvelle langue, ce n’est pas seulement le moyen de communiquer avec l’autre qui évolue, c’est aussi une manière de découvrir le monde, notre environnement, et d’explorer de nouvelles facettes de notre personnalité.

TVB : Écrivez-vous de la poésie en français ? OYS : Non. Le lien avec la poésie est très fort, il remonte à l’enfance. Je commence à écrire en arabe puis je traduis en français. Mes romans en revanche sont écrits directement en français.

TVB : Comment vivez-vous l’éloignement ? OYS : La nostalgie, la mélancolie sont présentes. Ma mère vit en Syrie, la Syrie c’est ma mère. Mais la distance m’apporte une liberté de pensée. Être loin, ça veut dire être exilé, et ce mot recouvre plein de sens.


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Poésie

TVB : Quelle clef de compréhension de la France donneriez-vous à une personne syrienne récemment arrivée ? OYS : Apprendre la langue pour comprendre et se débarrasser de ses clichés. L’image traditionnelle de la France au Moyen-Orient, c’est le pays des Lumières, de la culture, de Paul Éluard et d’Aragon. Quand on arrive en France, on trouve le RER B, puis la préfecture, l’OFPRA, la CAF, un parcours horrible dans l’administration. Le pays doit devenir une partie de nous et nous devons devenir une partie du pays. Sinon, on ne sera jamais vivant.

TVB : En quoi est-ce important de lire et d’écouter de la poésie ? OYS : La poésie ne change pas le monde mais sa beauté et sa musicalité ont un effet magnifique sur notre psychologie.

TVB : Quels désirs en ce moment vous animent ? OYS : Je suis triste mais je ne suis pas malheureux. Il ne faut pas l’être parce que sinon le dictateur sera content. Le désir c’est l’espoir, être vivant, lire beaucoup et écrire autant. L’écriture vous sauve de la perdition, de la honte. Le désir c’est aussi l’amour qui est partout, dans tous les territoires de ce monde. Fabien Franco

Né en 1987 en Syrie, Omar Youssef Souleimane est l’auteur chez Flammarion d’un roman Le Petit Terroriste (janvier 2018). La version poche est à paraître début 2019. Il publie depuis 2006 des recueils de poésie et a notamment obtenu en 2017 le Prix du poète résistant pour Loin de Damas, éditions Le temps des cerises (2016).

Résumé en arabe, langue parlée par Tarek Alzawi de Libye

HS TVB #13 - P.47


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Danse

Maïa Baratashvili, la danse de Tbilissi à Saint-Étienne

N

ous avons rencontré Maïa Baratashvili, danseuse traditionnelle géorgienne arrivée à Saint-Étienne en 2016. Au sein de ce qu’elle appelle « sa grande famille ici », l’École de l’oralité, elle nous a confié son parcours et ses espoirs pour un avenir stéphanois apaisé.

Maïa s’excuse de ne pas parler encore très bien le français et est accompagnée de Juliette Marion, administratrice à l’École de l’oralité de Saint-Étienne. Dynamique, enjouée, elle nous parle avec passion de son métier, danseuse. « La danse c’est ma vie, je danse tous les jours », nous confie-t-elle joyeusement. Elle est venue en France « comme réfugiée politique depuis la Géorgie » où sa vie « devenait compliquée ». Arrivée à Saint-Étienne, elle suit une forma-

Résumé en espagnol, langue parlée par Verónica Muñoz du Mexique Maïa Baratshvili « La danza de Tbilisi en Saint-Etienne » Maïa llegò a Francia en 2016 y encontrò una nueva familia con la Escuela Oral de SaintEtienne. Bailarina profesional en Georgia, ahora enseña a los niños fanceses la danza tradicional Georgiana.

tion en langue française qui a pour vocation l’insertion professionnelle. C’est là qu’elle rencontre l’équipe de l’École de l’oralité, au cours d’un stage de deux semaines pour découvrir le milieu professionnel.

Maïa était danseuse professionnelle en Géorgie depuis 9 ans et avait créé de nombreux spectacles, en tant que chorégraphe, autour des danses traditionnelles géorgiennes. Dans la Loire, elle se forme à d’autres techniques de danse, le contemporain par exemple, donne des cours de danse traditionnelle géorgienne aux enfants géorgiens et finit par créer l’association Sameba, du nom de la croix orthodoxe en géorgien. Elle danse ici comme là-bas et si on lui demande de résumer son parcours de migration, elle conclut : « Je n’ai qu’un seul mot, merci, merci à l’École de l’oralité qui m’a aidée à créer cette ass ociation et à m’intégrer ici, car ce n’est pas toujours facile d’arriver dans un endroit où on ne connaît personne. »

Retour sur l’École de l’oralité L’École de l’oralité est une structure de médiation sociale et culturelle qui réalise des créations participatives avec comme pilier central la musique, souvent couplée avec un autre art, comme la photo, la danse ou le théâtre. L’intention première est de travailler autour de l’interculturalité et de l’oralité à partir des réperto ires de traditions orales. Une vingtaine de projets avec des artistes professionnels se tiennent chaque année dans la Loire et la région Auvergne-Rhône-Alpes. Maïa anime aujourd’hui des ateliers de danse à l’École de l’oralité et participera à un programme de médiation autour de l’ethnomusicologie avec des scolaires. Laurianne Ploix


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Pyrogravure

Rencontre avec Khalil Hemsok, pyrograveur syrien

K

halil Hemsok est un artiste pyrograveur Syrien installé à Lyon depuis quatre ans. Avec Singa, il anime des ateliers hebdomadaires à la Taverne Gutenberg, afin de transmettre son expérience de la pyrogravure, qu’il pratique depuis 28 ans. TVB l’a rencontré dans son atelier : chez lui.

TVB : D’où vous vient cette passion, cet intérêt pour la pyrogravure ? KH : En 1987, j’ai été incarcéré, prisonnier de Hafez el-Assad, pendant 7 ans. J’étais alors étudiant, en école artistique de peinture. En prison, je n’avais plus rien à ma disposition, peu d’occupations. Mais il y avait des cagettes de légumes, des bonbonnes de gaz, des fils... J’ai alors eu l’idée d’utiliser le fil de fer, de le faire chauffer avec les bonbonnes de gaz et de dessiner sur les cagett es. En sortant de prison, j’ai décidé d’ouvrir un atelier à Raqqa.

TVB : En Syrie, vous organisiez déjà des ateliers ? KH : J’ai commencé en 1999, en conduisant des ateliers de peinture. Plus tard, j’ai proposé des ateliers à des enfants handicapés, car il y a de nombreuses associations à Raqqa pour les enfants malentendants et malvoyants, les enfants prisonniers, les enfants orp helins… J’ai choisi de faire ça car je sais comment travailler avec les enfants. J’ai d’ailleurs été acteur de théâtre, écrit des pièces pour enfants et adultes. J’apprécie tout particulièrement le travail, le contact avec les enfants.

Résumé en amharique, langue parlée par XX d’Ethiopie

TVB : Comment avez-vous connu l’association Singa ? KH : À Raqqa, j’ai travaillé avec une association française : Alwane. En arrivant en France, j’ai cherché à faire du bénévolat, ce qui m’a permis de connaître Singa. J’ai alors demandé à faire du bénévolat pour eux. Je travaille maintenant avec plusieurs associations comme le réseau Gaia, à Grenoble, par exemple.

TVB : Comment se passe l’atelier pyrogravure que vous organisez avec Singa ? KH : L’atelier a lieu tous les mardis de 11 h à 13 h, avec un groupe de volontaires différents à chaque fois. Nous sommes plus ou moins nombreux, une petite dizaine de participants, des nouveaux arrivants et des locaux, des enfants et des adultes… En ce moment, je réfléchis à un projet : avoir un groupe fixe pour aller plus loin dans la technique et faire des tableaux sur une durée plus longue, pour ensuite les exposer. J’aimerais pouvoir suivre un même groupe toute l’année. J’anime également des ateliers avec des MJC, des centres sociaux...

TVB : À côté de ces ateliers, vous exposez vos créations ? KH : Oui, j’ai eu l’occasion de faire plusieurs expositions en arrivant en France : dans la mairie du premier arrondissement de Lyon, en Lorraine à Saint-Julien, à Paris … Tout cela avec l’association Alwane. J’ai également organisé une exposition avec plusieurs artistes syriens.

TVB : L’art de la pyrogravure a-t-il été important pour votre intégration en France ? KH : L’art a été important car je ne trouvais personne faisant de la pyrogravure comme moi. Généralement, les artistes ne connaissent pas ma technique, car j’utilise un matériel nouveau pour cela. J’ai détourné des matériaux pour télép hone, des chalumeaux, des bonbonnes de gaz… Ces techniques nouvelles me permettent de faire de l’art personnel, et de me distinguer de la peinture, un art que tout le monde connaît, que n’importe qui peut pratiquer. Clément Navoret

Résumé en japonais, langue parlée par Yoko Higashi du Japon

Ramadan Bohzlani «Shkrimi është jeta ime» Ramazani duhej të largohej nga Kosova ku po shkruante tashmë. Ai është shumë i përfshirë në komunitetin e Lionit. Ai mësoi frëngjishten me studentë. Ai është duke përgatitur një libër me poezi. Për të, askush nuk është një emigrant, të gjithë jemi banorë të Tokës.

© Julie Lambert HS TVB #13 - P.49


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Poésie

Ramadan Bozhlani « L’ écriture, c’est ma vie »

É

tudiant en droit au Kosovo, le jeune poète et écrivain s’investit pleinement dans l’univers associatif lyonnais. Il exprime son amour pour la langue française et sa confiance dans la culture pour lui ouvrir les portes d’un avenir plein d’espoirs.

« Lorsque je suis arrivé en France, en décembre 2012, je ne connaissais que deux mots : bonjour et merci. » Ramadan Bozhlani, plus communément appelé Dan, parle aujourd’hui couramment la langue de Molière et de tous les écrivains qui le fascinent, grâce à un apprentissage assidu avec les étudiants de l’ENS. Après un long séjour à Bourgen-Bresse où il ne parvient pas à sortir de sa coquille, il est accueilli à Lyon. Il apprend à connaître la ville, ses monuments, ses fleuves, son histoire et il est rapidement conquis. « J’ai une relation magnifique avec Lyon. C’est ma deuxième ville, après celle de ma naissance au Kosovo. C’est la ville de mon cœur. »

donner un peu de son temps et de son talent aux autres. « Dans mon pays, il y a une tradition humanitaire portée par mère Teresa, une icône d’origine albanaise. »

« La terre est une patrie pour tous. Je ne pourrais me considérer comme un migrant que si je devais aller sur une autre planète. » Dan écrit actuellement un recueil de poésie traduit par des étudiants et qui sera illustré par une jeune artiste. Il aimerait que le roman qu’il a publié en Albanie, Le Cri de conscience, soit édité en France avant de se lancer dans l’écriture d’un nouvel ouvrage. Mais la traduction le freine dans ses élans et l’inspiration est parfois difficile, car les conditions de vie ne sont pas toujours favorables au travail de l’écrivain. Les démarches administratives pour obtenir des papiers lui demandent en effet une persévérance et un optimisme sans fin. « La terre est une patrie pour tous. Je ne pourrais me considérer comme un migrant que si je devais aller sur une autre planète », confie-t-il. Avide de rencontres et de partages, Dan a su se faire de nombreux amis à Lyon, dans cette ville qu’il a fait sienne et dans laquelle il espère un jour terminer ses études de droit et vivre de ses écrits. Agnès Giraud-Passot

Une personne altruiste Et comme Dan a un très grand cœur, c’est tout naturellement qu’il se tourne vers les associations, notamment le Salon des poètes, l’Union des écrivains de Rhône-Alpes ou encore Singa, pour

À une femme de Lyon Je voudrais que tes deux rivières Soient mes deux bras Les étirer vers elle

Résumé en espagnol, langue parlée par Verónica Muñoz, du Mexique

Et avec leur fraîcheur L’embrasser avec nostalgie Pour éveiller les sentiments de son cœur Dont j’ai besoin

Ramadan Bohzlani « Escribir es mi vida» Ramadan tuvo que huir de Kosovo donde ya estaba escribiendo. Esta muy involucrado en el sector comunitario de Lyon. Aprendio francés con los estudiantes. Él esta preparando un libro de poesía. Para él, nadie es un migrante, todos somos habitantes de la tierra.

HS TVB #11 - P.8

Comme toi les quatre saisons de l’année Qui trouvent un repos majestueux Dans ton cœur léonin

Extrait d’un poème écrit par Dan


HORS-SÉRIE JEUNESSE

présentées dans ce hors-série Panorama

CONTACT DES STRUCTURES CULTURELLES

par ordre alphabétique

Théâtre du Grabuge Inkoozing

5, rue Paul-Bert, 42000 Saint-Étienne 04 82 37 44 26

Nadine Barbançon & CART

Acrira

2, square des Fusillés 38000 Grenoble 04 76 21 05 19

Acte Public Compagnie

14, place du Lieutenant-Morel 69001 Lyon 09 83 64 11 11 contact@actepublic.fr

ADDCAES

259, place René-Vair BP 3126 Le Biollay 73031 Chambéry 04 79 72 43 49 contact@addcaes.org

Alter-Égaux

5, impasse Vauzelles 69001 Lyon contact@alteregaux.fr

Alwane

Palais du travail 9, place du Dr Lazare Goujon 69100 Villeurbanne alwanelyon@gmail.com

AnteprimA Compagnie 156, cours Docteur-Long 69003 Lyon cie.anteprima@gmail.com

Amal

57, avenue Maréchal-Randon 38000 Grenoble 04 76 44 71 14

Les arTpenteurs

308, avenue Andreï-Sakharov 69009 Lyon contact@les-artpenteurs.com

Collectif d’accueil des réfugiés du Trièves, Mix’ARTs rue Senebier 38710 MENS trievessansfrontières@gmail.com info@tangibles.photo

Centre culturel œcuménique 24, rue Alfred-de-Musset 69100 Villeurbanne activation@cco-villeurbanne.org

CPA

Centre du patrimoine arménien 14, rue Louis-Gallet 26000 Valence 04 75 80 13 00

La Cimade

Délégation régionale 86, cours Gambetta 69007 Lyon aura@lacimade.org

Le Concert de l’Hostel Dieu 10, rue Bourgelat 69002 Lyon contact@concert-hosteldieu.com

15, rue Henri-Gonnard 42000 Saint-Étienne contact@ecoledeloralite.org 09 50 94 73 72

Forum réfugiés

Siège social 28, rue de la Baïsse CS 71054 69612 Villeurbanne 04 78 03 74 45

12, av. Maréchal-Randon 38000 Grenoble collectif.klip@gmail.com

Marche ou rêve

CCO

École de l’oralité

K-LI-P

27, avenue de novel 74000 Annecy marcheoureve74@gmail.com

Qimel

21, rue Genton 69008 Lyon 04 37 90 55 99

Théâtre du Désordre des esprits Spectacle Irak à jamais

4, rue Major Martin 69001 Lyon desordredesesprits@gmail.com

Traces

c/o Maison des Passages 44, rue Saint-Georges 69005 Lyon reseau.traces@gmail.com

39, rue Georges-Courteline 69100 Villeurbanne contact@qimel.com

Tribu hérisson

Sama

Waninga

Selam

Et bien d’autres dont nous n’avons pas pu parlé mais qui agissent avec brio.

Services accompagnement migrants Auvergne 35, rue des Liondards 63000 Clermont-Ferrand 04 73 24 03 91

Saint-étienne et Rabat assoselam.wixsite.com bossiyassu@gmail.com

2 rue Max Barel 69200 Vénissieux

69 rue de Marseille 69007 Lyon ciewaninga@gmail.com

Singa

Retrouvez le détail des antennes de Lyon, Grenoble, Saint-Étienne ou Valence sur le site national : www.singafrance.com

Stimultania

36, rue Joseph-Faure 69700 Givors 04 72 67 02 31 www.stimultania.org

Vous pouvez lire les rapports d’activité de l’Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA).

POUR ALLER PLUS LOIN

Le rapport d’activité et le livre L’asile en France et en Europe Etat des lieux 2018 de Forum Réfugiés - Cosi. Les publications diverses de La Cimade, de l’Organisation internationale pour les migrations (OIM), du Haut Commissariat des Nations-Unies pour les réfugiés (HCR) et de l’Office français de l’immigrationet de l’intégration (OFII).


Soirée rencontre autour des migrations Le vendredi 26 avril de 19h à 22h Au Rize 23, rue Valentin-Haüy à Villeurbanne

Restons en contact Vous avez une question, une remarque, une envie, écrivez-nous à contact@toutvabienlejournal.org Vous souhaitez nous soumettre un sujet, une idée, chercher des solutions avec nous, écrivez-nous à comiteredac@toutvabienlejournal.org Vous souhaitez organiser un atelier Decrypt’info, Crée ton journal ou un ciné-débat avec nous, écrivez-nous à actionssocioculturelles@toutvabienlejournal.org Vous avez envie d’organiser un événement pour découvrir des solutions avec nous, nous distribuer ou devenir partenaire, écrivez-nous à partenariats@toutvabienlejournal.org

À l’occasion de la sortie de ce hors-série, TVB a le plaisir de vous inviter à une soirée autour des migrations le vendredi 26 avril de 19 h à 22 h au Rize. Au programme : - une conférence d’Alter-Égaux sur les migrations internationales ; - la rencontre des acteurs présents dans ce hors-série ; - un buffet du monde, bio, préparé par Cannelle et Piment ; - un concert de l’association Voix des artistes sans frontières. Lors de cette soirée, vous pourrez récupérer d’autres exemplaires de ce hors-série qui sera distribué gratuitement. Au plaisir de vous rencontrer !

Et retrouvez-nous sur la toile Tout Va Bien Lyon, journal local qui réinvente demain Blog.toutvabienlejournal.org @toutvabiennews Tout Va Bien, le journal qui réinvente demain

Hors-série réalisé en partenariat avec la Direction régionale des affaires culturelles (DRAC) Auvergne-Rhône-Alpes et la Direction régionale et départementale de la jeunesse, des sports et de la cohésion sociale (DRDJSCS).

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Hors-série TVB 13 Culture & migrants  

TVB vous propose de découvrir les migrations sous un angle innovant : la richesse culturelle et les solutions mises en place par les acteurs...

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