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13 JUIN 2018

MAGAZINE DES PME ET DES ENTREPRENEURS

Pulse

CÉCILIA NTELO-WA-LEKO ZARAFA

Micro-crédit, macro-résultats

FINANCE

ENTREPRENDRE

Pourquoi les start-ups doivent penser au cash dès le 1er jour

Le tourisme écologique et économique de haut vol


PULSE 14 JUIN 2017

SOMMAIRE

Micro-crédit Après quatre refus, Cécilia Ntelo-Wa-Leko a finalement trouvé une banque et un micro-crédit pour lancer sa crèche inclusive.

5 © Frederic Raevens

8 FINANCE

La croissance de l’économie de partage est impressionnante. Voici les conseils des pionniers.

ENTREPRENDRE

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Micro-crédit, macro-résultats

8

Pionniers de l’économie de partage

11

Le droit successoral s’offre un lifting

12

Se vendre aux investisseurs

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Les cinq pièges à éviter lors du rachat d’une entreprise

23

22 «Capter les nouvelles tendances», par Peter Vercaemst, KeyPharm 26

«N’investissez que dans l’essentiel», par Philip Van Kelst, Ferme-château Wange

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«Nos ambassadeurs sont de la publicité vivante pour nos bières», par Claire Dilewyns, brasserie Vicaris

FLEET 18

12 millions de kilomètres et zéro accidents

RESSOURCES HUMAINES 32

© Studio Dann

Comment devenir un leader grâce à son smartphone

«Les chiffres ne sont pas ma tasse de thé» - Peter Vercaemst raconte sa vie d’entrepreneur après Biover.

Idées et conseils aux entrepreneurs Pulse paraît quatre fois par an. Chaque numéro propose des informations concrètes sur l’actualité en matière de télécoms, IT, RH, internationalisation, finances, énergie, administration, immobilier, innovation, marketing et technologie.

Ours Pulse est un supplément gratuit de L’Echo du 14 juin 2017 et une initiative d’Echo Connect. L’Echo est édité par Mediafin Product Manager: Helena Wilmet, Alexia Mangelinckx Rédaction: Dimitri Dewever, Roel Van Espen, William Visterin, Karin Eeckhout, Filip Michiels, Timothy Vermeir Rédaction finale: Natacha Boulvain Photo et illustration: Pieter Van Eenoge, Studio Dann, Frederic Raevens Lay-out: Mediafin Creative Studio Adresse: Tour & Taxis, avenue du Port 86c bte 309, 1000 Bruxelles Abonnements et distribution: Tél. 0800/55 150, E-mail: abo@lecho.be Annonceur Trustmedia: Tél. +32(0)2 422.05.11, E-mail info@trustmedia.be Éditeur Responsable: Frederik Delaplace, avenue du Port 86c bte 309, 1000 Bruxelles

Prochain numéro 3 octobre 2018

Aucun élément de cette publication ne pourra être reproduit que ce soit électroniquement ou par tout autre moyen sans autorisation préalable introduite par écrit à l’éditeur © Mediafin

CONNECT


FINANCE

Micro-crédit, macro-résultats Cécilia Ntelo-Wa-Leko n'a que 20 ans quand elle décide de créer une ferme pédagogique de réinsertion. Un projet ambitieux, lourd et onéreux. «Je ne voyais pas comment réunir les fonds nécessaires ni comment être crédible face aux organismes agréés.» La jeune femme prend le temps de réfléchir et décide de mettre en place une structure plus modeste, mais toujours à finalité sociale: une crèche inclusive pour enfants sourds et "entendants”. «Ma mère a travaillé dans une crèche pendant 28 ans. Après les cours, pendant les vacances, j'allais l'aider: j'y passais beaucoup de temps.» C'est en croisant une ancienne condisciple atteinte de surdité que Zarafa a une idée: «Je fréquentais une école secondaire où les enfants malentendants étaient intégrés dans les classes d'enfants "entendants", un concept très riche. Ouvrir une crèche sur ce même principe m'est apparu comme une évidence. En plus, il y a un manque de structures inclusives ici, à Bruxelles.»

SAVOIR S'ENTOURER Pour concrétiser son projet, elle s'adresse aux banques. «J'ai essuyé quatre refus avant BNP Paribas Fortis, qui m'a dirigée vers MicroStart, l'organisme de crédit qui m'a soutenue et me soutient toujours. Il ne se contente pas de prêter les fonds, il y a un réel soutien, une équipe est

© Frederic Raevens

derrière nous. C'est très porteur.» MicroStart collabore avec Funds for good. Cet organisme a prêté un tiers de la somme demandée, sans intérêt. La jeune femme a également pu bénéficier d'un coaching gratuit, conçu en fonction de ses besoins. Son micro-crédit en poche, Cécilia Ntelo-Wa-Leko s'entoure de personnes compétentes: comptable, courtier, avocate. «Chacun m'a soutenue en fonction de ses moyens.

Mon comptable a très rapidement cerné mes besoins en tenant compte du fait que mon asbl en était à ses débuts. Pour les assurances, je suis épaulée bénévolement par un ami courtier. Le volet juridique s aspects juridiques, ils sont scrupuleusement vérifiés par une cousine avocate. Je suis également aidée par la Fondation Marguerite-Marie Delacroix, qui œuvre pour la prévention du handicap et la protection de la personne


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En 2018, Cécilia Ntelo-Wa-Leko, éducatrice spécialisée et jeune entrepreneuse, a ouvert Zarafa asbl. La crèche accueille enfants sourds/malentendants et enfants sans problèmes d'audition. Financé par le micro-crédit, son projet a remporté le prix «Entrepreneuriat au féminin» au terme de la Semaine du Microcrédit, en mars dernier.

Comment faire? S'entourer de personnes sérieuses et compétentes car, hélas, on n’est jamais à l’abri de gens mal intentionnées. L’entrepreneuse en a fait les frais: l’architecte qu’elle a engagé ne fait pas le travail pour lequel il a été payé, ce qui a pour résultat une perte financière et un an de retard, sans parler des frais judiciaires pour récupérer la somme perdue.

«J'ai essuyé quatre refus avant d'obtenir mon micro-crédit» Cécilia Ntelo-Wa-Leko, Zarafa

Ne pas sous-estimer la complexité administrative quand on monte son projet. Le système est compliqué, les procédures sont longues et lentes: on se sent vite dépassé, d'où l'importance d'être bien entouré. Avoir un business plan fiable et solide. Il ne faut pas hésiter à l’affiner jusqu'à ce qu'il soit nickel. Il faut avoir une bonne gestion des risques.

déficiente, sans parler de toutes les personnes qui croient au projet. Être bien entourée est un réel atout.»

DOUBLE CONSÉCRATION Lors de la Semaine du micro-crédit, qui s'est tenue à la mi-mars, Cécilia a remporté le prix Entrepreneuriat au féminin. «Remporter ce prix en plus du Prix de l'Entrepreneur de l'année, c'est une fierté, mais c'est surtout une reconnaissance, l'aboutissement et la

consécration de 4 ans de combat acharné», confie Cécilia qui, à cette époque, devait faire face à des difficultés dans sa vie privée. «Il m'est arrivé de baisser les bras, je croyais que Zarafa ne verrait pas le jour. Recevoir ce double prix a été une victoire et une reconnaissance. MicroStart a cru en moi et en Zarafa, même quand moi je n'y croyais plus.» Une distinction qui a permis de faire connaître cette nouvelle crèche

Pour actionner les bons leviers, il faut bien connaître les subsides et les fondations à contacter. Il y en a pour tout type de projets. Last but not least: il faut croire en son projet. La première personne qui doit y croire et qui doit le porter, c'est vous. Le reste suivra.


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© Frederic Raevens

© Frederic Raevens

«Microstart a cru en moi et en Zarafa, même quand moi je n’y croyais plus» © Frederic Raevens

Cécilia Ntelo-Wa-Leko, Zarafa

inclusive à Bruxelles. «La crèche ouvrait au moment de cette double nomination, quelle belle pub! J'ai alors pu constater que Zarafa touchait beaucoup de monde,

LE MICRO-CRÉDIT, QU'EST-CE QUE C'EST? D'une manière générale, le micro-crédit offre une solution face à une dépense imprévue. L'organisme financier prête une petite somme aux personnes qui en font la demande, pour leur permettre de financer cette dépense, et le remboursement se fait à court terme. Pour obtenir un micro-crédit pour financer un projet d’entreprise, il est conseillé d'élaborer un plan financier et commercial. Certains organismes de microcrédit offrent leurs conseils, d'autres proposent les services d’un coach pendant les 2 premières années ou des conseils gratuits donnés par des experts bénévoles. Il existe différents organismes de microcrédit ouverts à tout entrepreneur en Wallonie (Liège, Charleroi), en Flandre (Gand, Genk, Anvers) et à Bruxelles.

autant que cela m'avait touché moi. Il faut croire en son projet. À chaque coup dur, mon avocate me rappelait que si c’était si facile de devenir entrepreneur, tout le monde lancerait

POUR QUI? 앫 Les personnes morales 앫 Les indépendants à titre principal 앫 Les indépendants à titre complémentaire 앫 Les jeunes entrepreneurs 앫 Les TPE 앫 L'entrepreneur social individuel ou collectif

POUR QUEL(S) BESOIN(S)? 앫 Démarrer ou développer une activité professionnelle qui intègre (ou non) une dimension de développement durable 앫 Démarrer ou développer un projet entrepreneurial social et durable 앫 Financer l'acquisition d'équipements ou renforcer la sécurité dans une structure d'accueil pour enfants

son activité. Elle me disait de ne jamais rien lâcher: la victoire n’en serait que meilleure. Elle avait raison», conclut Cécilia Ntelo-Wa-Leko, sourire aux lèvres.

앫 Financer les dépenses nécessaires pour relancer une activité en difficulté

POUR QUEL MONTANT? Le montant d'un micro-crédit varie en fonction des différents organismes financiers et selon différents critères qui varient d'un organisme financier à l'autre. Les montants alloués sont généralement compris entre 500 euros minimum et 25.000 euros maximum.


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Pionniers de l’économie de partage Des plateformes en ligne qui mettent en contact l’offre et la demande en matière de connaissances, de produits et de services: le concept d’économie de partage offre de nombreux avantages. Le Comité Economique et Social Européen (CESE) se félicite de l’interaction et de la confiance entre utilisateurs, de la réduction des émissions de CO2 et de l’accès à des produits et services de qualité malgré de faibles revenus.

RECONNAISSANCE LÉGALE

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Dans note pays, depuis le 1er mars 2017, un cadre légal régit ces activités. La plateforme bruxelloise ListMinut est la première entreprise belge d’économie de partage à avoir été reconnue officiellement. Comment cela fonctionne-t-il? Les utilisateurs demandent un service à ListMinut. La plateforme prévient les personnes disposant des compétences recherchées dans les environs. Besoin d’un professeur pour des cours privés, d’un jardinier, d’une baby-sitter, d’un livreur de colis, d’un bricoleur, d’un réparateur d’ordinateur? Tout est possible. Les fournisseurs du service demandé fixent leur prix et les demandeurs décident de la personne avec laquelle ils souhaitent collaborer sur base du prix et de la situation du fournisseur. «Après une première campagne promotionnelle en 2013, soit deux mois après le lancement de la plateforme,


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Airbnb, Uber, Deliveroo: l’économie de partage se développe à la vitesse de l’éclair, y compris en Belgique. Les fondateurs de ListMinut, FLAVR, Poppy Mobility et PARKLE nous ont confié ce qu’ils en avaient retenu.

«Chaque mois, suite à son expérience avec la plateforme, au moins un des fournisseurs de services se lance en tant qu’indépendant» Jonathan Schockaert, ListMinut

nous avons reçu un coup de fil de l’auditorat du travail», explique Jonathan Schockaert, cofondateur et CEO de ListMinut. «Ils disaient que nos activités étaient illégales et que nous devions immédiatement y mettre un terme. Nous étions complètement démotivés, mais nous ne nous sommes pas laissé faire. Nous sommes allés les voir et avons poursuivi le dialogue pour trouver une solution: elle est venue avec la nouvelle loi. Juste à temps.» Alexander Van Laer, qui a créé FLAVR et Poppy avec Moos Tits, reconnaît ce problème. «Chez nous, le timing était peut-être moins favorable. FLAVR, notre plate-forme où des chefs amateurs préparent des repas

pour les personnes à proximité, a dû arrêter ses activités au début du mois de mai. La mise en contact de la demande et de l’offre dans ce secteur s’est finalement avérée trop complexe pour être rentable. Vous avez besoin de beaucoup de chefs prêts à préparer des repas, et de nombreux utilisateurs prêts à les acheter, sans oublier que ces repas doivent correspondre aux goûts des clients.»

COMMUNAUTÉ Avec le concept de voitures partagées Poppy, Alexander Van Laer a changé de modèle. La différence par rapport à Cambio? Les 350 véhicules de Poppy n’émettent pas de CO2 et n’ont pas de stationnement fixe. Les

utilisateurs réservent une voiture via leur smartphone, localisent la voiture la plus proche et peuvent l’ouvrir et la faire démarrer avec la même application, c’est-à- dire sans clé. Pour l’instant, ce service (lancé le 15 janvier 2018) n’est disponible qu’à Anvers. 12.000 personnes se sont enregistrées en quelques mois. L’objectif est d’élargir le service à d’autres villes dans les années à venir. «Nous misons sur les changements fondamentaux en matière de mobilité. La propriété fera progressivement place à l’utilisation. De plus en plus de gens ne veulent plus acheter de véhicule: elles préfèrent en louer une quand ils en ont besoin. Et ce, via un concept où l’entretien, l’assurance, etc sont mis à disposition moyennant un prix à l’usage ou sous forme abonnement. Les utilisateurs ne paient donc que pour l’utilisation réelle de la voiture. Nous sentons que la mobilité partagée prend une place de plus en plus importante dans la société. Nous arrivons au bon moment», conclut l’entrepreneur. De nombreuses initiatives d’économie de partage se concentrent sur une niche. Le plus difficile consiste à construire la ‘communauté’, qui forme la base du système, explique Chris De Herdt, fondateur de PARKLE, l’Airbnb des parkings. Les propriétaires de places de parking dans des immeubles à appartements peuvent louer leur emplacement à des voisins


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ou des visiteurs. L’application qui met en contact l’offre et la demande est en réalité une fonction chatbot de Facebook Messenger. En cas de demande, les habitants d’un immeuble donné peuvent indiquer à quel moment et pendant combien de temps ils sont absents et quand leur emplacement est libre. Le concept est opérationnel à Louvain depuis 2017. «Le plus difficile? Convaincre les gens d’utiliser le système!», pense De Herdt. «De nombreuses solutions proposées par l’économie de partage ne peuvent faire leurs preuves que si les utilisateurs et les fournisseurs de service décident de jouer le jeu. Pour réussir, vous devez donc créer de la visibilité. Être présent lors des salons, participer aux concours, faire de la promotion, de la publicité, etc. Plus votre service est connu, plus les personnes seront tentées de le tester. Cela prend du temps.»

«Le plus difficile? Convaincre les gens d’utiliser le système!» Chris De Herdt, PARKLE

ÉCONOMIE DE PARTAGE ET EMPLOIS ListMinut compte aujourd’hui plus de 100.000 utilisateurs. Jonathan Schockaert: «Nous avons suffisamment d’utilisateurs pour avoir un impact. Car il ne faut pas oublier que nous sommes une entreprise commerciale qui veut des résultats financiers, mais l’aspect humain lié à notre concept est aussi important. Nous mettons les gens en contact et nous faisons en sorte qu’ils puissent créer leur propre emploi. À titre complémentaire, mais parfois en tant que (nouvelle) activité principale.» Oui, ListMinut encourage l’esprit d’entreprise. Tous les mois, au moins un des fournisseurs de services se lance en tant qu’indépendant suite à son expérience avec la plateforme. Jonathan Schockaert: «Nous aidons également ces candidats entrepreneurs: nous collaborons avec un secrétariat social qui les aide à accomplir les formalités. Ils peuvent recevoir leur numéro d’entreprise en 24 h. C’est fantastique!»

CONSEILS À PARTAGER La confiance est fondamentale Sans confiance, on n’arrivera pas à se constituer une bonne base d’utilisateurs, prévient Jonathan Schockaert, de ListMinut. «Faites en sorte que votre plateforme soit et reste fiable en faisant appel à un spécialiste en informatique. La confiance entre clients est tout aussi importante. Effectuez des contrôles qualité auprès des fournisseurs de services et vérifiez si les clients sont satisfaits via un système de feed-back. Le service clientèle est indispensable si vous voulez constituer une communauté fiable qui mette en contact la demande et l’offre. Concentrezvous sur l’essentiel, l’humain.» La convivialité est la nouvelle fidélité La société se numérise rapidement. Tout devient et doit devenir de plus en plus

convivial, explique Alexander Van Laer, de Poppy. «Les clients sont de plus en plus exigeants. C’est pourquoi il est vital que votre plateforme soit accessible via une app ou un site internet et puisse être utilisée par tout le monde de manière intuitive, avec un minimum d’efforts.» Tester aussi vite que possible Il n’y a pas de meilleur moyen pour tester une idée que de se jeter dans la fosse aux lions, estime Chris De Herdt de PARKLE. «Testez votre concept aussi vite que possible auprès de votre public cible. Vous en apprendrez beaucoup. Suivra une phase d’adaptation, de changements et d’ajouts. Posez-vous la question: comment encore mieux répondre aux besoins et aux souhaits de votre public?»


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Le droit successoral s’offre un lifting Le nouveau droit successoral entrera en vigueur dès le 1er septembre et il prévoit des changements pour les héritiers d’une société unipersonnelle ou d’une entreprise.

En réformant le droit successoral, le gouvernement souhaite offrir plus de liberté, de transparence et de sécurité dans le règlement des successions, en élargissant les possibilités. Si vous léguez votre société familiale, il est crucial d’obtenir l’aide d’un notaire, d’un comptable ou d’un conseiller fiscal afin de permettre à vos héritiers d’économiser beaucoup d’argent.

PRINCIPE DE BASE Le montant des droits successoraux dépend de la valeur de l’héritage et du lien de parenté avec le défunt. Les enfants, les conjoints et les parents paient le taux le plus bas et la taxation des héritages se fait par tranches (taux progressif). Si vous héritez d’une société de votre tante ou d’un ami, les droits de succession peuvent dépasser 50% de sa valeur.

SOCIÉTÉ UNIPERSONNELLE Pour bénéficier de ce taux réduit il faut répondre à certaines conditions, la première étant d’avoir un lien de parenté avec le testateur. Pour les héritages en ligne directe ou entre conjoints, l’héritier paiera 3% de droits de succession sur la valeur nette de l’entreprise familiale. Dans les autres cas, le taux sera de 7%, ce qui est, malgré tout, plus avantageux que le taux normal. Si vous héritez de vos parents d’une société unipersonnelle dont la valeur est estimée à 500.000 euros, vos droits de succession s'élèveront donc à 15.000 euros, moyennant le respect de certaines conditions, la première étant de conserver l’entreprise pendant au moins trois ans et la seconde, de ne pas utiliser comme habitation les biens immobiliers de l’entreprise

RÉGIME PRÉFÉRENTIEL Si vous héritez d’une société unipersonnelle ou d’une entreprise familiale, vous pourrez bénéficier d’un régime préférentiel, c’est-à-dire d’un taux réduit. L’objectif est d’éviter que les enfants qui héritent de l’entreprise familiale ne soient obligés de la vendre pour payer les droits de succession. Le gouvernement a voulu préserver la continuité des entreprises et l’emploi. Grâce à ce taux réduit, il encourage la poursuite des activités et garantit la survie de l’entreprise.

«Le gouvernement a voulu préserver la continuité des entreprises et de l’emploi»

sur lesquels le taux préférentiel s’applique.

ENTREPRISE FAMILIALE Les entreprises familiales devront également rester au moins trois ans dans le giron de leurs héritiers. Autre condition: elles devront réellement exercer une activité économique qu'il faudra prouver en rédigeant un rapport annuel pendant trois ans. Au cours de cette période, le capital ne pourra être réduit via le paiement de dividendes ou de remboursements. Dans le cas contraire, ces dividendes seront taxés au taux normal. Enfin, le siège social de l’entreprise devra rester en Europe pendant trois ans.

DONATION Nombreux sont les entrepreneurs qui donnent leur entreprise de leur vivant pour éviter que les héritiers ne paient de trop lourdes taxes. Depuis 2012, la loi prévoit qu’en cas de transmission des entreprises familiales, aucun droit de donation n’est dû. En d’autres termes, vous pouvez contourner les droits de succession de manière totalement légale. Le gouvernement a pris cette décision pour inciter les patrons d’entreprises à réfléchir de leur vivant à leur succession. Les conditions permettant de bénéficier de l’exonération sont identiques à celles exigées pour bénéficier de droits de succession réduits.


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Se vendre aux investisseurs «RÉUSSIR À SE VENDRE EST UNE QUESTION DE CRÉDIBILITÉ»

«Depuis toutes ces années, je ne me pose en réalité qu’une seule question: est-ce véritablement unique ? Cela devient de plus en plus difficile de trouver quelque chose d’unique, ne fût-ce que parce qu’aujourd’hui, la concurrence est internationale. Lorsque vous présentez votre projet, vous devez avoir une bonne idée, mais pour moi, ce n’est qu’une première étape.» Jurgen Ingels ne croit donc pas trop aux idées qui sont bonnes au point de se vendre toutes seules. Les jeunes entrepreneurs qui viennent frapper à sa porte doivent être bien préparés. Quels sont ses principaux critères

© VIER

Jurgen Ingels est connu pour être un des cinq ‘lions’ du programme télévisé flamand ‘De leeuwenkuil’ (La fosse aux lions, où de jeunes entrepreneurs viennent présenter leur projet), et, surtout, comme étant celui qui, après avoir vendu son entreprise Clear2Pay, investit en tant que business angel dans des entreprises de technologie prometteuses. Il a vu de nombreuses présentations de jeunes entreprises à la recherche de capitaux et sait comme nul autre ce qui fonctionne ou pas.

lorsqu’un entrepreneur vient demander son soutien financier? Il faut être passionné, éviter le jargon, les fanfaronnades et les démonstrations qui tournent mal, par exemple parce que le wifi n’a pas été testé au préalable. «Vous devez raconter une histoire passionnante: d’où vient l’idée, pourquoi vous vous lancez et en quoi votre produit ou service est-il unique? Ce n’est que si le récit est cohérent et présenté avec enthousiasme que

vous pourrez vous dire que vous êtes bien parti.»

QUESTIONS CRITIQUES «Autre élément important: le management doit se comporter en véritable équipe. Je n’aime pas quand le CEO est le seul à s’exprimer pendant que les autres font de la figuration», explique-t-il. «Décidez entre vous de qui répondra à quel type de question et ne vous contredisez pas.»


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Vous venez de créer votre start-up et vous êtes prêt à conquérir le monde avec votre produit ou votre service. Vous avez de l'ambition à revendre et la volonté de déplacer des montagnes. Avez-vous fait un point sur la situation financière de votre entreprise? Votre trésorerie est-elle suffisante? Les cash flows générés par votre activité vous permettent-ils de garder la tête hors de l’eau? Utilisezvous tous les moyens qui sont votre disposition?

«Réussir à convaincre des investisseurs se résume à être crédible. Ni plus, ni moins» Jurgen Ingels, business angel

Le programme télévisé ‘ De Leeuwenkuil’ aide les jeunes entrepreneurs à trouver des investisseurs.

Je pose aussi toujours des questions critiques, poursuit Ingels. «Et je veux non seulement entendre la réponse, mais aussi voir comment les entrepreneurs réagissent, s’ils connaissent bien leur marché. Car je constate souvent que les gens ne prennent pas la peine d’étudier leurs concurrents: qui sont-ils, comment sont-ils organisés, comment fonctionnent leur marketing et leurs ventes? Ces autres acteurs doivent servir de benchmark,

ce qui vous permet de tester vos projets sur base de leur réalité: si la croissance moyenne des jeunes entreprises de votre secteur est de 10%, vous serez peu crédible si vous affirmez que votre ambition est d’augmenter votre chiffre d’affaires de 50% dès le premier jour.» Un autre conseil? Connaissez vos chiffres, même si vous êtes CEO. Vous ne devez pas connaître tous les détails, mais les postes les plus impor-

tants, comme le chiffre d’affaires global et par client, les coûts, le personnel, l’EBITDA, etc. pour les années à venir. «Vous devez les inscrire sur une feuille de papier, les afficher au-dessus de votre lit, et les étudier tous les jours jusqu’à ce que vous les connaissiez par cœur. Réussir à convaincre des investisseurs se résume à être crédible. Ni plus ni moins.»

RÉPÉTER ET ADAPTER SA PRÉSENTATION Répétez encore et encore, conseille Jurgen Ingels, 20 fois, 30 fois s’il le faut. Vous devez connaître votre présentation sur le bout des doigts avant de vous présenter devant un investisseur potentiel, et vous devez avoir une réponse prête pour toutes les questions possibles et imaginables. Ne renoncez jamais: il est possible que vous ayez besoin de 20 présentations avant d’obtenir des résultats. Travaillez sur le feed-back après chaque présentation, adaptez votre discours et faites en sorte d’être encore meilleur la prochaine fois. «Commencez par aller voir les business angels dont vous ne voulez pas d’argent, simplement pour tester leur réaction. Vous pourrez utiliser ces informations lorsque vous serez en face des investisseurs que vous voulez absolument convaincre.» Sachez aussi que les investisseurs se connaissent: c’est un cercle restreint de personnes qui se connaissent, se rencontrent plusieurs fois par an et discutent de leurs projets de manière informelle. «Si vous ne vous en êtes


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pas bien tiré parce que vous étiez mal préparé, cela se saura.»

DE L’ARGENT ET DU TEMPS

«On ne peut pas faire l’économie d’un élément important: le temps» Jurgen Ingels, business angel © VIER

«Dans les livres de management, on parle toujours de la nécessité d’avoir une bonne équipe, un bon produit, un marché suffisamment important, et pour des capitaux, on vous conseille d’aller trouver des investisseurs. Mais j’estime qu’on ne peut pas faire l’économie d’un cinquième élément important: le temps», estime Jurgen In-

gels. «Pendant une présentation, je me demande toujours si, en tant qu’investisseur je pourrais réduire le délai de lancement, grâce à mon réseau ou à mon expérience. En faisant moins d’erreurs, on peut lancer plus rapidement son produit. C’est important: si votre produit n’est pas le meilleur mais qu’il est commercialisé plus vite, vous pouvez sortir gagnant. Mais… il faut que ces personnes soient suffisamment ouvertes et prêtes à apprendre et à écouter.»

«LES PROBLÈMES DE TRÉSORERIE SONT LA SEULE RAISON POUR LAQUELLE CERTAINES ENTREPRISES FONT NAUFRAGE»

Omar Mohout soutient les entreprises (technologiques) dans leur croissance et leur conquête de nouveaux marchés. En tant que chercheur, il surveille également de près les écosystèmes européens. Il travaille au centre pour l’industrie technologique Sirris, mais est également associé à l’Antwerp Management School, à l’Université d’Anvers et à la Solvay Business School. «Le principal défi qui attend les startups? Si vous ne parvenez pas à convaincre les consommateurs et les entreprises de payer pour votre produit ou votre service, vous avez un problème de validation. Car la meilleure preuve que votre produit répond à un besoin, c’est que le client paie», explique Mohout. «Vous devez vendre la valeur que vous créez, mais vous devez surtout veiller à ce que cette valeur revienne dans votre entreprise. C’est souvent là que le bât blesse.»”

© RV

«La meilleure preuve qu’un service ou un produit est valable? Les clients paient», affirme Omar Mohout. Malgré tout, la plupart des start-ups accordent très peu d’importance à leurs prix de vente et à leur trésorerie.

«Vous devez vendre la valeur que vous créez» Omar Mohout, Sirris

La première étape, et non la moindre, consiste à déterminer le juste prix de votre produit ou service. Mohout constate que la plupart des start-ups se basent sur leurs coûts, ce que l’on voit sur l’étiquette, qui est la somme des coûts et de la marge bénéficiaire. Pourtant, ce n’est pas la meilleure manière de valider un produit. «Le ‘value pricing’ porte sur la valeur que vous apportez au client. Ce n’est pas un exercice facile car l’impact de votre produit sur votre client n’est pas mesurable. Parallèlement, vous voulez capter un maximum de valeur et encourager les consommateurs à acheter vos produits ou vos services. C’est un exercice délicat de trouver le juste équilibre entre ce que vous souhaitez demander et ce que le client est prêt à débourser.» Ce 'value pricing' est un processus continu: si votre produit évolue, le prix doit le faire aussi, pour autant que le prix n’augmente pas de plus de 11% en une fois, pour que les clients puissent accepter cette hausse si vous disposez des bons arguments. Ce processus s’appelle la Loi de Weber. En plus du prix, les conditions de paiement sont également importantes, car


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UN COUP DE POUCE Aucun starter ne refuse un petit coup de pouce. Plusieurs instances publiques proposent des mesures de soutien pour jeunes entreprises.

WALLONIE

elles ont un impact sur la trésorerie. Pour Mohout, c’est crucial: «Les problèmes de trésorerie sont, en réalité, la seule raison pour laquelle certaines entreprises font naufrage. Vous devez réfléchir en termes de liquidités. Souvent, on pense au prix que l’on compte demander, mais pas aux conditions de paiement. Si vous devez attendre deux mois pour être payé, cela pourrait être complexe car vous devez avoir les moyens de couvrir vos besoins pendant cette période.» La clé, c’est de bien réfléchir d’où et à quel moment viendra l’argent. Quand les jeunes entrepreneurs, qui doivent déjà traiter mille et une choses à la fois, doivent-ils réfléchir à la validation de leur produit et aux cash flows? Dès le départ, insiste Mohout. «Car le plus gros problème, c’est que personne n’attend le produit ou le service que vous vous préparez à offrir. Sortez de votre bureau et rencontrez le marché. Vous devez convaincre les gens de devenir vos clients et établir votre produit ou service en fonction de leurs besoins. Ce n’est pas toujours le produit parfait qui sort vainqueur, mais celui qui est le premier à capter la valeur.»

En Wallonie, Sowalfin propose des prêts subordonnés aux jeunes entrepreneurs. Via un système de cofinancement, un entrepreneur peut obtenir 500.000 euros sous forme de prêt subordonné, à concurrence de maximum 40% du financement total. Sowalfin propose également Garantie, un nantissement partiel de maximum 75% du crédit obtenu auprès d’une banque. La Société Régionale d’Investissement de Wallonie (SRIW) propose un large éventail de solutions sur mesure pour soutenir différents types de projets, entre autres pour la création d’une entreprise ou le développement par l’innovation ou l’investissement. La SRIW offre des participations en capitaux, des prêts subordonnés, des prêts convertibles, des prêts participatifs, etc.

BRUXELLES La région de Bruxelles Capitale offre un soutien financier aux nouvelles initiatives, en particulier si elles choisis-

sent de s’établir dans les “zones de développement” de la région: certains quartiers des communes d’Anderlecht, de Bruxelles-Ville, de Forêt et de Molenbeek-Saint-Jean. Les jeunes entrepreneurs peuvent obtenir un soutien pour leurs investissements immobiliers, en équipements et en biens immatériels.

FLANDRE La PMV (Participatiemaatschappij Vlaanderen) propose plusieurs formules d’emprunt intéressantes pour les starters. Le Startlening+, de maximum 100.000 euros, est destiné au financement d’investissements et des besoins en fonds de roulement. Le prêt Ecologiepremie+ est une intervention financière accordée aux entreprises qui réalisent des investissements dans l’écologie. Attention: la prime ne s’applique qu’à une liste limitée de technologies. La Vlaamse Agentschap Innoveren & Ondernemen soutient les projets de recherches. Les subsides pour la mise en place ou le renforcement d’activités de recherche et développement se montent de 25 à 60% du budget du projet, avec un budget minimum équivalent à un subside de 100.000 euros.

PLUS D’INFORMATIONS Infos-Entreprises en Wallonie: https://infos-entreprises.be/new-home/creer/aides-et-soutiens/ Bruxelles Economie et Emploi: http://werk-economie-emploi.brussels/nl_BE/steun-en-subsidies Vlaams Agentschap Innoveren & Ondernemen: https://www.vlaio.be/nl/subsidies-financiering Startup Europe: http://startupeuropeclub.eu/eu-funds-and-support/ Les autorités locales: villes, communes et provinces.


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Les cinq pièges à éviter lors du rachat d’une entreprise Parfois, l’acquisition d’une entreprise existante est le meilleur moyen de réaliser son rêve de devenir entrepreneur. Car suite au vieillissement de la population, de nombreux patrons de PME cherchent un successeur passionné qui pourra assurer l’avenir de leur entreprise. Hans Vanoorbeek, cofondateur de la Platform for Entrepreneurial Buy-Outs, et professeur à la Vlerick Business School, a étudié le sujet de manière approfondie. «Nous avons développé une formation destinée aux personnes qui souhaitent racheter une entreprise. Il s’agit dans la plupart des cas de quadras ou de quinquas hautement qualifiés, qui sont prêts à dire adieu à leur emploi et à investir une partie importante de leurs économies dans une entreprise, avec pour objectif de la développer et de lui insuffler une nouvelle dynamique.»

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2 2. ANALYSEZ LA SITUATION Vous pensez avoir trouvé l’entreprise de vos rêves? Alors, vérifiez si son état de santé correspond à la réalité. Hans Vanoorbeek: «Vous pouvez vérifier sa situation en étudiant l’historique des résultats financiers et commerciaux. Le cas échéant, demandez pourquoi les marges bénéficiaires sont inférieures ou supérieures à la moyenne du secteur. Essayez de comprendre comment et avec qui elle réalise des bénéfices. Et interrogez-vous sur l’image et la culture, parlez avec les clients, les membres du personnel, les fournisseurs et les actionnaires. Vérifiez si les équipements et les bâtiments sont ok, etc. Cette analyse s’appelle ‘due diligence’ et les résultats peuvent être surprenants.»

1. L’ENTREPRISE NE VOUS CONVIENT PAS Il n’existe pratiquement pas de littérature académique européenne en la matière. C’est pourquoi Hans Vanoorbeek prépare un doctorat sur le sujet. «La première question que les repreneurs doivent se poser: quel type d’entreprise me convient et comment la trouver? Dans un monde idéal, on recherche une entreprise dans son champ d’intérêt et d’expertise. On s’adresse souvent à des intermédiaires, présents pour la plupart sur internet. Lors du choix de l’entreprise, il est aussi important de pouvoir s’appuyer sur un bon réseau: parlez-en avec des confrères, des connaissances et des contacts. Et prenez le temps. Il faut en moyenne de 18 à 24 mois pour trouver l’entreprise idéale.»


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De nombreux candidats entrepreneurs souhaitant changer d’orientation professionnelle décident de se lancer dans l’entrepreneuriat en rachetant une société existante, pour éviter de devoir démarrer à partir de rien. Une telle décision ne doit pas se prendre à la légère.

5. VOUS ÊTES ALLÉ TROP LOIN DANS LES NÉGOCIATIONS Ultime étape: les négociations sur le rachat. Souvent, le candidat n’est pas bien préparé. Évitez d’aller trop loin, car il est probable que vous aurez besoin du vendeur pour de questions pratiques, de renseignements et de recommandations. Hans Vanoorbeek: «Cette stratégie est souvent parfaitement réalisable. Vu qu’il s’agit la plupart du temps de reprises de petites entreprises, dont le chiffre d’affaires se situe entre 2 et 4 millions d’euros, les candidats acheteurs ne sont généralement pas légion, ce qui évite une trop forte concurrence. Et souvent, les affinités entre personnes sont souvent plus importantes que le prix. Le vendeur doit être convaincu que son ‘bébé’ sera en de bonnes mains et qu’il aura un bel avenir.»

3. LE JUSTE PRIX N’ÉTAIT PAS SI JUSTE La phase suivante porte sur l’évaluation de l’entreprise: quel est le prix correct à payer? Soyez vigilants quant à l’estimation des revenus futurs. Méfiez-vous des situations de forte hausse des résultats attendus, si les chiffres étaient stables ou en baisse les années précédentes. Vérifiez également la trésorerie disponible. «Le succès d’un investissement commence par un juste prix», estime Hans Vanoorbeek. «Si vous payez trop cher, il vous sera très difficile de rentabiliser votre investissement. Car dans ce cas, vous disposerez de moins de ressources pour réaliser de nouveaux investissements ou faire face à un contretemps. Si le prix est bas, c’est l’inverse. Actuellement, le marché est en relative surchauffe et les prix sont historiquement assez élevés.»

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5 4. LE FINANCEMENT EST BANCAL

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Pensez ensuite au financement de votre projet: combien d’argent pouvez-vous et souhaitez-vous investir? Combien pouvez-vous emprunter? Hans Vanoorbeek: «Il vous faudra convaincre les institutions financières en leur présentant un business plan bien ficelé, où tous les risques et les points forts sont identifiés, et où vous présentez des estimations réalistes. Préparez plusieurs scénarios, optimistes et pessimistes, pour évaluer la capacité d’endettement de l’entreprise. Déterminez le rythme et les délais dans lesquels vous pourrez rembourser votre emprunt. Pour un crédit bancaire, ce délai oscille généralement entre six et sept ans.»


FLEET

12 millions de kilomètres et zéro accidents Il y a quelques années, un accident avec un bus de l’entreprise de son père a donné l’idée à Jelle Van Winckel de lancer Ario. Cette technologie détecte l’état de fatigue et la baisse d’attention des chauffeurs de camions et de bus: c'est donc un système de sécurité pour éviter les accidents de la route et, dès lors, de sauver des vies. «J’ai développé ce système dans le garage de mon père pendant mes études, avec mon partenaire de l’époque», raconte Jelle Van Winckel. «Après une discussion avec le Centre d’Innovation, nous avons été mis en contact avec la Vlaamse Inventieve Vereniging, qui nous a aidés à réaliser notre premier prototype. Finalement, nous avons déménagé en 2016 au Campus Corda à Hasselt, où nous avons finalisé la mise au point de notre produit.» Aujourd’hui, Ario Services emploie quatre collaborateurs et a déjà installé plus de 200 systèmes de sécurité dans des véhicules de, entre autres, VDL, Scania, MAN, Volvo et Van Hool. Cette année, l’entreprise a déjà enregistré 150 nouvelles commandes. Au total, les véhicules équipés du système Ario ont déjà parcouru 12 millions de kilomètres sans le moindre accident. Un résultat très positif, si l’on sait que selon les statistiques, une société de transport déplore un accident grave ou mortel tous les 3 à 3,5 millions de kilomètres. «Le plus?

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C'est le prix: notre produit coûte 1.400 euros, installation comprise.»

DOUBLE ALARME Le système est connecté à la barre de direction via un capteur et enregistre ainsi les corrections de trajectoire. Jelle Van Winckel: «Ario analyse le comportement du chauffeur. Ceux

qui conduisent de manière alerte font sans arrêt des minis corrections de trajectoire. Lorsque le chauffeur est fatigué, consulte son smartphone ou est en train de s’assoupir, il la corrige moins souvent. Tout cela génère un schéma de conduite différent qui est détecté par notre appareil.» Quand la concentration du chauffeur


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Les clients d’Ario, un système de contrôle de l’attention qui garde en alerte les conducteurs de camions et d’autocars pour éviter qu'ils s’assoupissent, ont déjà parcouru 12 millions de kilomètres sans le moindre accident. «Notre solution est facile à installer et à utiliser.»

lement à vibrer. Il s’agit avant tout d’une aide à la conduite. Nous n’intervenons pas au niveau du véhicule. Peut-être pourrons-nous un jour réussir à ralentir le véhicule, mais il faut que cela puisse se faire dans des conditions de sécurité maximales.»

RAPPORTS ET MESURES

Paul Cremers, CEO de Staf Cars

diminue, il est averti en deux temps. Le premier: un clignotant orange s’allume. Il peut être éteint via un bouton situé sur le tableau de bord, explique Jelle Van Winckel. «Si le chauffeur ne l’éteint pas, une seconde alarme sonore retentit ou, dans le cas des nouveaux véhicules, le siège du conducteur se met éga-

Staf Cars, une compagnie de bus et d’autocars située à Lommel qui organise des voyages vers l’Espagne et qui assure des lignes régulières pour FLIXBUS, a déjà doté 51 de ses 120 bus du système Ario. Et d’autres suivront. «Au départ, nous étions plutôt hésitants», témoigne Paul Cremers, CEO de Staf Cars. «Je ne pensais pas qu’il était possible de déduire le niveau de vigilance d’un chauffeur sur base de son comportement au volant. J’ai oublié cette idée préconçue dès que j’ai vu fonctionner le système. Nous avons été tellement impressionnés que nous avons tout de suite passé commande. Nos véhicules parcourent chaque année près de 14 millions de kilomètres, souvent de nuit, donc un investissement dans la sécurité n’est pas superflu. Grâce à Ario, nos chauffeurs sont encore plus vigilants. Et lorsque l’un d’entre eux est fatigué, le système nous informe plus vite et nous pouvons réagir.» Les sociétés de transport et leurs chauffeurs peuvent tirer des informations des données centralisées par

«Nous pourrions placer Ario dans les véhicules privés et les taxis car tout conducteur peut être sujet aux coups de pompe» Jelle Van Winckel, Ario Services


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Conseils Faites-vous aider Avoir une bonne idée est une chose; la transformer en un prototype qui fonctionne en est une autre, explique Jelle Van Winckel. «Tout se déroule plus facilement et plus efficacement quand vous collaborez avec quelqu’un qui a de l’expérience en hardware. Il y a toujours des choses que vous avez oublié pendant la phase de préparation ou des adaptations à mettre en place.

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Ario, qui les met à disposition de ses clients via un tableau de bord informatisé. Jelle Van Winckel: «Un client a, par exemple, remarqué qu’un de ses chauffeurs commençait à perdre de la vigilance et à somnoler au même moment, tous les après-midis, ce qui était du à la digestion. Lorsque les clients utilisent ce système pendant un certain temps, ils détectent les situations de risque de chaque chauffeur. Qui est le plus susceptible de s’assoupir? Et quand? Qui est le meilleur chauffeur pour les trajets de nuit? Il y a là une mine d’informations.» Autre avantage de taille: Ario ne gêne

absolument pas le chauffeur. «Il existe des solutions avec caméra qui analysent les mouvements des yeux des chauffeurs. Elles sont installées dans des lunettes: c’est tout sauf agréable de passer huit heures par jour avec ce système sur le nez. D’autres utilisent la reconnaissance faciale pour savoir si un chauffeur s'endort, mais ces caméras qui filment en permanence représentent un problème sur le plan du respect de la vie privée. De plus, ces systèmes sont beaucoup plus chers.» Pour l’instant, Ario se limite aux véhicules lourds comme les bus et les camions, mais Jelle Van Winckel n’exclut pas de développer un système comparable pour les fourgonnettes. «Nous devons encore faire des tests. Une fourgonnette ne se conduit pas de la même façon qu’un poids lourd. Et, qui sait?, peut-être décideronsnous d’étendre le système aux voitures particulières et aux taxis car personne n’est à l’abri d’une baisse de vigilance ou d’un coup de pompe.»

Basez-vous sur le scénario du pire Si vous n’avez pas la chance de travailler avec une personne expérimentée, il vaut mieux vous baser sur le scénario du pire. «Énumérez tous les problèmes imaginables avant même de transformer votre idée en prototype et essayez d’anticiper en trouvant des solutions. Si vous réfléchissez et que vous examinez bien les problèmes potentiels, vous perdrez moins de temps et d’argent pendant la phase de développement.» Élaborez des contrats clairs «Il est très important de mettre les choses au point de manière très claire dès le début et de tout mettre sur papier. Nous sommes encore en discussion sur le rachat des parts de mon ancien associé. Ce genre de situation crée du stress.» Trouvez des partenaires motivés On développe rarement une idée tout seul: il est donc très important de bien choisir ses partenaires, mais ce n'est pas une sinécure, estime Jelle Van Winckel. «C'est rare de rencontrer des personnes de qualité, aussi motivées et passionnées que vous l'êtes. Il faut beaucoup d’enthousiasme et de force de persuasion pour convaincre d’autres personnes de participer au lancement d’une nouvelle idée ou d’un nouveau concept. C’est aussi ce que je remarque quand je recrute de nouveaux collaborateurs. Ma devise est la suivante: ne jamais se décourager.»


ENTREPRENDRE

«Capter les nouvelles tendances» Peter Vercaemst est passionné d’alimentation et de santé. Ce sportif accompli connaît l’effet positif des compléments alimentaires. En 1985, il a rentabilisé cette expérience pour créer Biover avec son père, Marc Vercaemst, une société qui commercialisait des compléments alimentaires et des produits de soin naturels. En 2003, au moment de sa cession à Omega Pharma, elle était leader du marché belge avec un chiffre d’affaires de 7 millions d’euros et 20 employés. L’entrepreneur a ensuite travaillé chez Omega Pharma pendant cinq ans, comme prévu par contrat. «C’est quand je suis libre que je fonctionne le mieux», témoigne-t-il. Il s’est alors lancé dans une nouvelle aventure: KeyPharm, qui commercialise des compléments alimentaires à base de plantes. «J’avais des connaissances et des contacts dans le secteur; c’était logique de recommencer dans un secteur que je connaissais bien.» Peter Vercaemst est responsable du marketing et des ventes, ainsi que de la direction générale, tandis que son frère Ward s’occupe depuis six ans de l’informatique et des finances.

MISER SUR LA R&D «Mon frère et moi sommes propriétaires à 100% de KeyPharm. Nous voulons le rester car cela nous donne la liberté de travailler comme bon nous semble. À l’époque, nous nous

«Nous ne voyons aucune raison de vendre une société en forte croissance» Peter Vercaemst KeyPharm

sommes laissé tenter par la proposition d’Omega Pharma car cela nous semblait être la bonne décision après 18 ans d'investissement total.» «Pour KeyPharm, nous voyons les choses autrement. Nous recevons régulièrement des propositions de rachat, surtout quand on parle de nous dans la presse, mais nous ne voyons aucune raison de vendre une société en forte croissance.» «Les choses se passent bien et nous aimons notre travail. Nous avons amélioré notre portefeuille et l’élargissement de notre gamme de produits nous permet de mieux répartir les risques. La production et l’emballage sont sous-traités et nous disposons des moyens pour investir dans notre poste de dépense principal: la R&D.» © Stu

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Peter Vercaemst est le fondateur de Biover, depuis vendue à Omega Pharma. Il a lancé une nouvelle société dans le même secteur, KeyPharm. Depuis toujours, ce ‘serial entrepreneur’ applique la même philosophie: limitez-vous à ce que vous faites le mieux.

«LA VENTE AU DÉTAIL N’EST PAS MA TASSE DE THÉ» En 2004, Peter Vercaemst a repris Essenza, une chaîne de magasins spécialisés dans les compléments alimentaires et les produits de soin naturels. À un moment donné, la chaîne comptait 15 magasins, affichait un chiffre d’affaires de 9 millions d’euros et employait 58 personnes. Dix ans après, il l’a revendue au distributeur international Holland & Barrett. «La vente au détail n’est pas ma tasse de thé. Ce secteur exige aussi de lourds investissements: magasins, stocks, etc.»

CONSEIL FINANCIER: LE FACTORING «Nous utilisons le factoring: en échange d’une commission, la banque nous paie dès que nous émettons une facture dont elle se charge d’obtenir le paiement auprès du débiteur. Ce système est très intéressant car nous disposons immédiatement de nos liquidités et nous limitons les risques de défaut de paiement. Pour bénéficier de ce système il faut, bien entendu, avoir fait ses preuves auprès de sa banque.» Peter Vercaemst, KeyPharm


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KeyPharm, qui emploie aujourd’hui 20 collaborateurs, est une version améliorée de Biover. «Au cours de ces dix dernières années, de nombreuses recherches ont été faites sur les nutriments végétaux et il y a plus d'ingrédients disponibles, ce qui nous permet d’améliorer la composition de nos produits».

«La demande de cosmétiques bio a le vent en poupe»

COMPLÉMENTS ALIMENTAIRES L’entreprise commercialise une gamme de compléments alimentaires sous la marque Physalis, des produits qui se distinguent par la complexité de leur composition - vitamines, minéraux, principes actifs végétaux et autres substances. «Nous commercialisons également, sous la même marque, des huiles essentielles, des produits d’aromathérapie et des infusions. Nous traitons aussi la distribution de plusieurs marques dans le domaine du bien-être et de la santé. Nous sommes, par exemple, distributeur exclusif du Tiger Balsam (Baume du Tigre), célèbre onguent chinois contre les douleurs musculaires, en Belgique.» Il y a quelques années, KeyPharm a lancé la marque Biotona: des super aliments en poudres, graines et baies. Des discussions sont en cours pour savoir si ces produits méritent bien le nom de superfood, mais ils ont

Peter Vercaemst, KeyPharm

beaucoup de succès auprès des foodies et des hipsters. «Nous avons aussi envisagé de commercialiser des produits comme le muesli ou les crackers, mais nous avons changé d’avis. C’est la santé plus que l’alimentation qui est dans l'ADN de KeyPharm», souligne Vercaemst.

LA BIO COSMÉTIQUE L’an dernier, KeyPharm a lancé la marque de soins Pureté Bio, dans le

UNE COMBINAISON UNIQUE continuons à investir dans ce produit ainsi que dans la vente et le marketing. Nous voyons également un beau potentiel dans le développement et la commercialisation d’autres boissons alcoolisées. Nous avons, par exemple, créé une vodka bio à base de blé et de raisin: cette combinaison est unique.»

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En 2016, Peter Vercaemst a lancé The Herbalist Gin, un gin bio préparé à base de plantes et d’aromates, développé en collaboration avec la distillerie Filliers. Ce gin est servi dans le restaurant étoilé Hertog Jan, dans des bars de plage et lors d’événements. «C’est une activité que nous avons lancée avec KeyPharm et qui est déjà rentable», se rengorge l’entrepreneur. «L’objectif est de créer une filiale distincte, vu que ce produit est éloigné de notre cœur de métier, la santé. Nous

secteur des cosmétiques naturels, ainsi que de une série de nouveaux produits, toujours à base de plantes. «Nous avons commencé après le rachat d’Eclat Lifting, de la marque Vitalis, même s’il n’est pas bio car nous avons compris qu’il avait du potentiel. Nous avons amélioré la formule et l’avons rendue bio. Ensuite, pour répondre à la demande, nous avons proposé une huile pour le visage, également un succès commercial, ainsi qu’une gamme de compléments alimentaires dermatologiques.» Si le marché des cosmétiques est compétitif et exige de lourds investissements si l’on veut tirer son épingle du jeu, ce n’est pas le cas du bio. «La demande de cosmétiques bio a le vent en poupe. Les cosmétiques traditionnels contiennent de s composants agressifs et la clientèle en est de plus en plus consciente. Nos produits se différencient des produits de soin et de maquillage traditionnels, composés pour la plupart de’ingrédients synthétiques. Ils


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PAROLES D’ENTREPRENEUR «J’ai souvent douté de ma capacité à réussir ce que j’entreprenais.» «Mon parcours est un chemin fait d'échecs et de nouveaux départs même si, vu de l’extérieur et à posteriori, on peut dire que l’entreprise est une réussite. J’ai souvent douté et je me suis demandé si j’avais choisi la bonne voie et si j’allais réussir ce pari. Il faut être patient, oser faire le pari et attendre.» «Un an après le lancement de Biover, deux de nos associés sont car ils trouvaient que la réussite se faisait attendre. Mon père et moi aurions pu les suivre, mais, si l’on veut réussir, il faut continuer à croire dans son produit et donner du temps au temps.» «Un autre conseil aux entreprises en croissance: soyez très attentif et méticuleux lorsque vous enregistrez vos marques et ce, dans tous les pays où vous voulez les commercialiser. Cela vous permettra d’éviter de gros problèmes lorsque vous voudrez développer votre entreprise à l’international.»

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«JE PRÉFÈRE ME FOCALISER SUR LES PRODUITS»

sont également différents des autres produits naturels du marché, car nous garantissons une proposrtion importante de composants bio: 95 à 100%. Par ailleurs, nous avons les moyens de développer un marketing de qualité et nous avons déjà nos canaux de distribution. C’est un avantage.»

EXPORTATIONS «Actuellement, nous vendons surtout nos produits dans des magasins d’alimentation biologique ainsi que via des chaînes comme Di, Colruyt (BioPlanet), Holland & Barrett, Kruidvat et Carrefour. Via les grossistes, nos produits sont déjà disponibles dans

les pharmacies, un troisième segment que nous comptons aborder plus ativement.» Nos exportations représentent plus de 65% du chiffre d’affaires. «Nous sommes actifs aux Pays-Bas, en France, en Espagne, au Portugal, au Luxembourg, en Allemagne, à Malte, en Bulgarie et en Roumanie, et bientôt en République Tchèque et en Albanie. Nous sommes aussi présents au Chili, suite à un contact pris lors d'un salon international.» L’entrepreneur conclut: «Pour l’instant, l’Europe reste notre priorité, mais si nous avons des opportunités ailleurs, nous comptons bien les saisir.»

KeyPharm a vu le jour en 2010. En 2012, l’entreprise enregistre un chiffre d’affaires de 3 millions d’euros et, cinq ans plus tard, 7 millions d’euros: autant que Biover lors de la cession à Omega Pharma. On s’attend également à une forte hausse cette année. Peter Vercaemst: «Je ne suis pas comptable: je ne regarde pas les chiffres tous les jours, ce ne sont pas les résultats qui me motivent.» Pourtant, une société, ce sont aussi des chiffres et des résultats et il le sait bien. «Je ne veux pas discuter pour savoir s’il faut ou non dépenser un demi pour-cent de plus dans le marketing. C’est la raison pour laquelle j’ai quitté Omega Pharma. On ne parlait que de chiffres alors que, ce qui m’intéresse, c’est le développement de nouveaux produits, capter les nouvelles tendances.» «Par exemple, le jour où je vois que le thé Matcha, un thé vert japonais, est en train de trouver son public, je saute dans le premier avion pour le Japon. Ce qui me plaît, c’est de commercialiser de nouveaux produits et de voir la réaction du grand public. Grâce aux réseaux sociaux, nous obtenons plus rapidement et plus directement un retour de nos clients et, si les réactions sont positives, cela se confirmera automatiquement dans les résultats. Voilà pourquoi je préfère me focaliser sur les produits.»


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Le Kasteelhoeve Wange, ou Fermechâteau Wange, est une ferme en carré au milieu de nulle part. Au bout d’une voie sans issue, on se retrouve face à un bâtiment rustique doté d’un grand portail. Au milieu de la cour intérieure, on trouve une pelouse où jaillit une source. «Avez-vous déjeuné? Servez-vous! C'est une quiche aux épinards de notre potager.» C’est en 2011 que Philip Van Kelst et son épouse ouvrent la ferme-château Wange. En semaine, les quatre salles de séminaire et les 25 lits dans 16 chambres sont loués par des entreprises. Pendant les week-ends et les vacances, ils accueillent des familles et des groupes. Grâce à son approche durable, l'hôtelier –qui travaille aujourd’hui avec plusieurs partenairesactionnaires– a fixé une nouvelle norme écologique, mais aussi économique. En mars, il a remporté le titre ‘CSR Professional of the Year’. Le Kasteelhoeve Wange avait déjà obtenu le célèbre prix ‘International Green Key Award’ et pouvait donc se targuer d’être l’entreprise touristique la plus durable au monde. «Ces récompenses ne sont pas tombées du ciel», sourit l'entrepreneur. Dès le départ, nous avons investi dans le traitement des eaux usées, la récupération de l’eau, le chauffage aux copeaux de bois et une isolation à haut rendement. Ces techniques durables ont augmenté de 20% le coût de la rénovation, mais ces suppléments ont été amortis en six ans grâce aux économies en eau, chauffage et électricité.»

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«N’investissez que dans l’essentiel»


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«Entre les mots écologique et économique, seules deux lettres diffèrent. La durabilité est plus rentable, en particulier sur le long terme», énonce Philip Van Kelst, propriétaire de l’hôtel Kasteelhoeve Wange, dans la région de Tirlemont. Grâce à son approche durable et rentable, ‘l’hôtel le plus durable au monde’ rafle toutes les récompenses.

«Les techniques durables ont augmenté le coût de la rénovation, mais ont été amortis en six ans»

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Philip Van Kelst, Ferme-château Wange

les processus d’intégration entre les personnes. Nous sommes arrivés à la ferme-château parce que je souhaitais donner plus d’espace aux animaux. Ces chevaux Cartujano, dont plusieurs étalons, paissent toute l’année dans les prairies et les petits bois autour de la ferme, sur un domaine de 12 hectares. Ils ne sont pas ferrés et nous n’utilisons aucun moyen coercitif quand nous les montons.»

DES CHEVAUX ET DES HOMMES

PARTENARIATS LOCAUX

L’entrepreneur n’est pas un spécialiste de l’horeca. «Je suis psychologue clinicien de formation et j’ai travaillé pendant 13 ans dans le domaine de la santé mentale. Je donnais de temps en temps des formations de management dans des entreprises. C’est de là qu’est née il y a 20 ans la société de formation et de coaching Van Kelst & Co.» Alors, comment s’est-il retrouvé ici? «Depuis mon enfance, j’adore les chevaux. Ils ont d’abord été mes compagnons et, ensuite, ils ont joué un rôle de coaching et d’intégration dans ma vie. Je crois dans l’effet miroir et dans le potentiel thérapeutique des chevaux. Ils développent des liens très forts

«Ici, à Wange, tout ce que j’aime est réuni en un seul endroit: la nature, les chevaux et mon travail», poursuit Van Kelst. «Pendant la phase de rénovation, j’ai pu mettre en pratique mes théories sur le leadership et l’organisation. Idem lors de l’exploitation de la ferme au quotidien, où nous devons trouver des solutions à des problèmes techniques, collaborer avec des entrepreneurs et des sous-traitants, etc.» «Nous essayons de nouer un maximum de partenariats. Tout d’abord avec les habitants du village. Nous les avons tous invités, trois semaines avant l’ouverture. Ce type d’approche fonctionne. Nous recevons très peu de plaintes,

avec leur environnement et entre eux. Ils réagissent de manière hypersensible à tout ce qui se passe autour d’eux, en particulier envers nous, les humains. Les chevaux peuvent nous apprendre beaucoup de choses sur les relations entre personnes. Ils sentent les désaccords et les tensions au niveau des individus et des équipes. C’est pourquoi ils contribuent à la connaissance de soi, au changement de comportement, à l’intégration et à la restitution.» «Dans mon entreprise, Kheiron, je travaille avec des chevaux pour faciliter


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Le modèle d’exploitation de Philip Van Kelst se base sur un équilibre entre les trois P - Planet, People et Profit - qui sont indissociables. «Dès le début, nous avons misé sur la durabilité et le concept de RSE (Responsabilité Sociétale des Entreprises). Ce fut un choix fondamental, y compris sur le plan financier. Nous avons vécu de grands moments d’angoisse et de solitude, mais c’est réconfortant de savoir que nous pouvons compter sur une véritable communauté. Les gens croient en nous et s’impliquent.» Cinq conseils: o La durabilité est synonyme d’empathie envers les personnes, la nature, les animaux, etc. o La durabilité, c’est aussi bien se connaître et être conscient de ses actes. Nous devons être conscients de l’impact négatif que nous avons sur l’environnement au sens le plus large. Nous devons prendre nos responsabilités en la matière. o Pensez à votre impact négatif sur l’environnement, à tout le gâchis que vous laissez derrière vous. Au sens propre – par exemple vos déchets – mais aussi au figuré. Réfléchissez à votre comportement en tant que patron, parent, etc., et à la manière dont vous communiquez avec les gens autour de vous. o Les techniques écologiques en matière de gestion de l’eau, d’énergie et de chauffage sont rentables à moyen terme. Les ignorer est un signe de mauvaise gestion. o Les systèmes écologiques dans la nature, au sein des équipes, à travers la collaboration avec les clients, etc. s’autogèrent et sont rentables à long terme.

malgré le trafic parfois intense. Nous cultivons nos propres fruits et légumes, et nous collaborons avec les fermiers du coin. L’apiculteur du village produit

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PLANET, PEOPLE & PROFIT

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«Ici, pas de château gonflable, mais des tipis en bois de saule» du miel chez nous. Des vaches paissent dans nos prés, des vaches rares, qui produisent à la fois du lait et de la viande pour nos invités. Nous achetons tous les autres produits auprès de fournisseurs locaux et nous tenons compte de leur empreinte écologique, mais aussi des emplois sociaux, du bien-être des animaux et des principes de l’économie circulaire.»

DE FAIBLESSE À ATOUT «Les clients de la ferme se retrouvent dans une atmosphère informelle. Je trouve très important de bien manger, c’est pourquoi nous misons sur la qualité de notre cuisine. Notre manque d’expérience dans ce domaine aurait pu être un point faible, mais nous en avons fait une force.» «Nous avons développé un concept orienté client, qui mise en même temps sur le professionnalisme et la vie de famille. Nos chefs travaillent dans une cuisine ouverte, les invités se servent eux-mêmes. Ils sont donc obligés de se parler. En même temps, cela nous permet de réduire nos coûts. C’est l’aspect le plus important de notre modèle d’exploitation: n’investir que dans l’essentiel.»

«Un autre exemple est notre piscine naturelle, alimentée par l’eau de pluie. Cela permet d’économiser beaucoup d’argent et c’est un plus au niveau esthétique. Ici, pas de château gonflable pour les enfants, mais des tipis en bois de saule. Cette approche est apaisante pour de nombreux clients. C’est comme s’ils jouissaient d’une totale liberté. Bien entendu, nous avons instauré des règles, mais tout l’art consiste à faire en sorte que les invités se les approprient. Au départ, nous avions prévu un budget de 20.000 euros pour compenser les dégâts et les vols, mais nous n’avons dû utiliser qu’une petite partie de cette somme.» Les nombreux certificats de durabilité se traduisent aussi en rentabilité. Le taux d’occupation de la ferme-château ne cesse d’augmenter. Bientôt s’ouvrira une nouvelle salle de séminaire, et le nombre de chambres devrait passer à vingt-cinq. «C’est ce qui explique que nous ayons un nouvel actionnaire, même si je reste l’actionnaire majoritaire, avec 70% des actions. J’ai presque 60 ans, et avec un premier petit-enfant qui s’annonce, je ne souhaite pas devoir rembourser pendant 15 ans de plus.»


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«Nos ambassadeurs sont de la publicité vivante pour nos bières» Sur l’étiquette des bouteilles de bière Vicaris, on trouve le Cheval Bayard et les quatre fils Aymon. Ce n’est pas une surprise, puisque la brasserie est située à Termonde. Par contre, ce qui frappe, c’est que ce ne sont pas des fils, mais des filles. «Ce sont mes trois sœurs et moi-même», explique Claire Dilewyns, patronne de la brasserie familiale Vicaris.

La brasserie est installée sur un terrain industriel en dehors du centre-ville. De la rue, à travers la façade en verre, on distingue quatre cuves de fermentation et de bière blonde de 8,5 m de haut. Rien ne permet de supposer que cette brasserie est née d’un simple hobby. «Mon père était technicien dentaire et avait son laboratoire», raconte Claire Dilewyns (27 ans), troisième d’une famille de quatre filles et la seule à être active à temps plein dans la brasserie familiale artisanale.» «Papa a suivi des cours et a brassé des bières dans son garage pour notre communion et d’autres fêtes de famille. Tout a vraiment commencé quand il a créé une bière spéciale pour le cercle d’histoire locale de la commune de Grembergen, qui fait partie de Termonde. C’est l’endroit où ses grands-parents ont exploité une brasserie jusqu’à la Deuxième guerre mondiale. Ils ont dû arrêter quand leurs cuves ont été confisquées, mais mon père avait attrapé le virus de la bière. Tout comme moi d’ailleurs.»

CONTINUER À INVESTIR Le père Dilewyns a baptisé sa bière Vicaris, une contraction entre son prénom Vincent et le mot ‘carie’ en référence à sa profession. Lorsque son produit a obtenu le premier prix lors d’une foire de la bière, il a décidé de se lancer à temps plein. «Il a demandé

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Claire Dilewyns

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30 ENTREPRENDRE

«Nous ne voulions pas d’équipements de mauvaise qualité» Claire Dilewyns, Vicaris

à mon autre sœur – Anne-Catherine – et à moi (je venais de terminer mes études de marketing), de lancer une brasserie, avec lui. Nous avons accepté avec joie, nous avons acheté ce bâtiment industriel et nous avons pu acquérir du matériel de seconde main en Italie, à un prix abordable. Nous ne voulions pas d’équipements de mauvaise qualité.» «Nous avons dû emprunter, mais la banque a toujours cru en notre projet. Elle continue à nous soutenir d'ailleurs. Lorsque nous avons voulu nous agrandir en 2014, en installant un nouvel entrepôt et une deuxième cuve de fermentation et de bière blonde, nous avons dû faire un second emprunt. En cinq ans, nous pouvions doubler notre production. Nos chiffres ont heureusement confirmé nos espérances. Et nous avons encore suffisamment d’espace pour continuer à nous développer», ajoute Dilewyns avec un clin d’œil. «Une brasserie exige que vous investissiez en permanence. Les frais sont élevés. Ce serait bien de ne pas devoir investir pendant dix ans, mais ce ne sera malheureusement pas le cas. Nous réinvestissons nos bénéfices.» Même si la deuxième génération est déjà active dans la brasserie, 80% des actions sont aux mains du père. «Le reste appartient aux quatre sœurs», précise Claire Dilewyns. «Les choses resteront probablement en l’état tant que mes parents seront là. Nous ne pensons pas du tout à la succession. Tout se passe bien. À 27 ans, je dispose de suffisamment de moyens

Vincent Dilewyns et ses quatre filles: un hobby devenu une brasserie qui produit 6.000 hectolitres de bière par an.

pour racheter les parts de mes sœurs (elle réfléchit). Peut-être que plus tard, nous aurons besoin d’aide. Le passage de témoin d’une génération à l’autre doit se faire de manière aussi sereine que possible.» Même si les affaires marchent bien, Claire Dilewyns reste réaliste. «Bien entendu, il n’est pas possible de faire vivre dix familles avec le revenu d’une brasserie artisanale. Ma sœur Julie travaille chez Base. Elle y est heureuse. Ma plus jeune sœur, Hélène, est dans sa dernière année d’études en biochimie: pour l’instant, elle ne compte pas travailler dans l’entreprise familiale, mais je n’exclus rien. Anne-Catherine est une entrepreneuse dans l’âme. Elle aime lancer de nouvelles activités à partir de rien et s’occupe généralement de ses propres projets. Dans la brasserie, elle est uniquement en charge des exportations.»

AMBASSADEURS Les exportations représentent 3% du chiffre d’affaires. «Pour de nombreuses brasseries artisanales, c’est plutôt le

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contraire. Malgré tout, nous n’avons pas de représentant qui fait tous les cafés de Belgique. La vente au détail est très importante pour nous. Pendant quelques années, nos bières n’étaient vendues que dans une vingtaine de magasins Colruyt et, à partir de septembre, elles seront disponibles dans tous les Delhaize. C’est une étape importante. Nous faisons surtout de la promotion via des ambassadeurs. Chaque année, nous recevons 5.000 visiteurs qui font une visite guidée avec mon père et qui participent ensuite à une dégustation. Ce sont nos ambassadeurs et de la publicité vivante. Les journées portes ouvertes attirent toujours des milliers de visiteurs et là, toute la famille est sur le pont. Les mercredis et samedis, les particuliers peuvent acheter nos bières sans intermédiaire, dans notre shop.»

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QUALITÉ ET TRADITION

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«Une brasserie exige que vous investissiez en permanence. Ce serait bien de ne pas devoir investir pendant dix ans, mais ce ne sera malheureusement pas le cas» Claire Dilewyns, Vicaris

«Ces dernières années, nous avons beaucoup évolué», poursuit Dilewyns. «La première année, nous avons produit 750 hectolitres. Dix ans plus tard, nous en sommes à 6.000 hectolitres. Nous brassons aujourd’hui cinq bières différentes. La plus connue est la Vicaris Tripel (8,5%), qui a un équivalent plus foncé, la Vicaris Generaal (8,5%), toutes deux des bières pur malt, sans ajout d’aromates. La Vicaris TripleGueuze (7%) est née par hasard lorsque quelqu’un a versé une Tripel dans un verre qui contenait un reste de gueuze. Elle est devenue notre bière estivale. Pendant l’hiver, nous brassons la Vicaris Winter (10%).» «Notre cinquième bière est la Vicaris Quinto, une triple blonde-dorée (5%), que nous avons lancée à l’occasion de notre cinquième anniversaire. Pour 2020, pour célébrer nos dix ans, nous comptons lancer une bière spéciale. Nous y travaillons déjà. Ce sera une année festive, car le Cheval Bayard sera à nouveau à l’honneur», ajoute Claire Dilewyns tout sourire. «Avec nos cinq bières, nous disposons d’une belle gamme de bières artisanales. Alors que les grandes entreprises sont automatisées, nous continuons à brasser de manière artisanale, sans filtrer, centrifuger ni pasteuriser. Nous assurons nous-mêmes l’embou-

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teillage et nous laissons nos bières fermenter un mois de plus en bouteille. C’est ce qui explique qu’elles soient un peu plus chères, mais nous ne touchons ni à la qualité, ni à la tradition. Même si cela fait sept ans que je fais ce métier, je ne prétends pas encore au titre de brasseur», confie Claire Dilewyns. «Si je le faisais, ce serait faire injure à nos deux ingénieurs-brasseurs. Ils ont étudié pendant cinq ans et contrôlent à la perfection le procédé de fabrication, qui exige une bonne dose de connaissances en chimie. Je les considère comme mes frères.» La brasserie emploie également un magasinier à temps plein et une personne pour l’entretien et la vente. «Je m’occupe pratiquement de tout le reste: comptabilité, marketing. Heureusement, je peux toujours compter sur mes parents. Papa me fait entièrement confiance, mais je lui demande encore souvent un conseil. De plus, ils m’aident très souvent, en particulier depuis que j’ai un bébé.» Boit-elle de la bière? «Bien sûr. Une petite bière tous les jours. Je pense que c’est bon pour la santé.» (rires)


RESSOURCES HUMAINES

Comment devenir un leader grâce à son smartphone «Les bibliothèques sont remplies de livres sur le capital humain, mais, souvent, ils ne proposent que des slogans creux», affirme Fabienne Renders, qui peut se targuer d’une expérience de 20 ans en tant que conseillère indépendante en ressources humaines et en learning & development dans des entreprises comme Deloitte, Telenet, Eandis, AG Insurance et Belgocontrol. «Un manque d’autonomie se termine trop souvent par des burn-out et de l’absentéisme. Les responsables devraient davantage se focaliser sur les résultats. Fixez des objectifs et des critères concrets, mais laissez les membres de votre équipe décider de la manière dont ils gèrent les choses pour arriver à ce résultat. De votre côté, vous devez être disponible pour leur donner un feed-back transparent et sincère.» «Le leadership n’est pas une compétence innée, comme le don des langues ou l’esprit mathématique: c’est un ensemble de compétences que l’on acquiert. Ce n’est peut-être pas donné à tout le monde, mais c’est à la portée de bon nombre d’entre nous.» «Les bons leaders sont à la fois coach, guide et aussi ‘role model’. Malheureusement, ils n’ont pas toujours été à bonne école et restent encore trop souvent attachés aux anciennes techniques de management comme le concept ‘command & control’, ou alors, ils appliquent des modèles autoritaires avec tous les petits jeux de pouvoir que cela entraîne. L’honnêteté et l’ou-

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verture jouent un rôle important dans le nouveau leadership.»

PLATEFORME MOBILE À partir de son expérience de terrain, Renders a développé Start-to-Lead©. «Pour moi, la connaissance de soi est essentielle: quel genre de leader suisje? Quelle est ma mission? Pourquoi suis-je cadre? Il y a de nombreux cours de leadership, mais vous devez généralement y assister. Si vous êtes au Limbourg, vous devez vous rendre à Gand et passer des heures dans les

embouteillages. Et cela, au moment où beaucoup de choses vous tombent dessus en tant que nouveau cadre. C’est complètement dépassé.» Start-to-Lead© se compose de six modules en ligne de 23 leçons en vidéo que les utilisateurs peuvent suivre sur leur smartphone, tablette ou ordinateur. Chaque module s’accompagne d’exercices pratiques, de tâches à accomplir et de podcasts avec des conseils en management. Les participants ont accès pendant six mois à leur site d’apprentissage et


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CONSEILS Vous souhaitez devenir un leader accompli? Pour Fabienne Renders, c’est possible en douze semaines. L’experte en RH a développé un parcours d’apprentissage interactif en ligne destiné aux cadres. «Le leadership n’est pas réservé aux matheux.»

«Le leadership n’est pas une compétence innée» Fabienne Renders, Start-to-Lead©

Se fixer des objectifs clairs La bonne entente entre l’équipe et son manager est capitale. Déterminez vos attentes et des objectifs clairs pour chacun. Se connecter Une interaction agréable et positive améliore la qualité du travail. Apprenez à connaître vos collaborateurs: leurs intérêts, expertises, motivations, forces et points à améliorer. Demandez-leur une présentation où ils parlent d’euxmêmes et de leurs projets. Regarder dans le rétroviseur Prenez le temps de comprendre l’histoire de votre équipe. Apprenez à connaître les faits marquants, la culture et à apprécier les personnes qui ont joué un rôle important dans leur passé. Confiance Intégrité, leadership utile et authenticité sont les marqueurs de la confiance. La base est la connaissance de soi, à développer en réfléchissant avec honnêteté à votre travail et à vos relations professionnelles.

à l’ensemble des contenus. «Les contenus suivent les participants comme leur ombre», ajoute Renders en souriant. «Ils peuvent y accéder partout et à tout moment. Je réponds aux questions individuelles pendant des sessions de Q&A et il est possible d’échanger ses expériences via une communauté en ligne.»

VIE QUOTIDIENNE Cette plateforme d’apprentissage est opérationnelle depuis avril dernier. Dix personnes ont suivi une formation

pilote avant le lancement. «Ce parcours mobile est très pratique. J’ai pu sans suivre cette formation et l’intégrer dans mon travail et dans ma vie privée», témoigne Filip Fransen, responsable de terrain dans l’entreprise de recyclage GRC. «Le réseau de participants d’autres secteurs est particulièrement intéressant. Nous découvrons que nous nous posons tous les mêmes questions et que nous pouvons nous entraider. Il suffit d’oser demander.»

Communiquer Communiquez de manière proactive: ce que vous dites, quand et comment vous le dites. Choisissez le bon moyen de communication et faites attention aux messages non verbaux. Il est crucial de donner un feed-back honnête et sincère. Se réunir efficacement Déterminez à l’avance le schéma et l’objectif des réunions et informez-en les participants. Décidez des personnes devant y participer et fixez des règles pour garantir leur efficacité. Bref, évitez la ‘réunionite’.


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Participation aux bénéfices ou prime? La participation aux bénéfices est une nouvelle façon de rétribuer le personnel, sur base des bénéfices de l’entreprise. Ses avantages (para)fiscaux et sa facilité d’utilisation pourraient séduire de nombreux employeurs.

Depuis le 1er janvier, les employeurs peuvent accorder à leur personnel une participation aux bénéfices et, ce, de manière très simple. Le système est basé sur les bénéfices de l’entreprise au cours l’exercice précédent: il ne faut donc pas attendre la fin de l’exercice en cours - pour cette année, la prime peut être calculée sur base des bénéfices de l’exercice clôturé après le 30 septembre 2017. Cette prime vient s’ajouter au salaire et ne peut donc le remplacer. De ce fait, elle ne tombe pas sous le coup de la norme salariale. «Même s’il s’agit d’une prime collective, les employeurs ne sont pas tenus d’accorder le même montant à tous les employés», précise Vincent Loenders, juriste spécialisé en droit social auprès du cabinet de conseil Van Havermaet. «Il est, bien entendu, tout à fait possible d’accorder la même somme à tous. Cette décision doit être votée par l’assemblée générale à la majorité simple. La prime peut également varier en fonction, par exemple, de l’ancienneté, des barèmes salariaux, du niveau de rémunération ou de formation. C’est possible via une CCT conclue au niveau de l’entreprise ou une déclaration d’adhésion.»

PARTICIPATION BONUS AUX BÉNÉFICES SALARIAL Coût pour l’employeur Cotisations sociales à charge de l’employeur Impôt à charge de l’employeur Montant brut Cotisations sociales à charge de l’employé Impôt à charge de l’employé Montant net Pourcentage en net

€1.000

€1.000

€0

€248,12

€200 €800

€0 €751,88

€104,56

€98,27

€52,09 €634,35 64,34%

€0 €653,61 65,36% Source: Van Havermaet

«La participation aux bénéfices vient s’ajouter au salaire mais ne le remplace pas»

ONSS et l’employé ne paie que 13,07% de cotisations sociales», poursuit Vincent Loenders. «La prime n’est pas fiscalement déductible par l’entreprise, mais les employés ne paient que 7% d’impôts sur le montant brut.» Grâce à ce système, les employeurs peuvent plus facilement permettre à leur personnel de participer aux bénéfices de l’entreprise et, ainsi, les motiver davantage. Il était déjà possible de gratifier les travailleurs d’un bonus lié aux résultats de l’entreprise, comme le définit la CCT 90. L’exemple repris dans le tableau montre que ce bonus est même un peu plus avantageux pour les employés que la participation aux bénéfices, mais cette dernière est plus simple à mettre en œuvre et les coûts à charge de l’entreprise sont moins élevés. Dans tous les cas, cela vaut certainement la peine de comparer les deux options.

AVANTAGES FISCAUX ET SOCIAUX La participation aux bénéfices est une solution flexible, car elle peut être accordée sous forme de montant forfaitaire ou de pourcentage de la rémunération. Par ailleurs, elle bénéficie d’avantages fiscaux et sociaux. «L’employeur ne paie pas de cotisations tock ters hut ©S


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Gadgets productifs Gadgets pour nerds ou applications incontournables qui augmentent la mobilité et la productivité de votre entreprise? Découvrez ici quatre gadgets informatiques dont vous ne pourrez plus vous passer. 1

DOIGTÉ

ULTRA PRÉCIS

Les écrans tactiles sont incontournables. Vous arrive-t-il de vouloir utiliser l'écran de votre ordinateur comme celui de votre smartphone? Dans ce cas, l’AirBar de Neonode est pour vous. Il suffit de le brancher sur un port USB de votre ordinateur Windows ou Mac pour transformer votre écran classique en un écran tactile. Le système se fixe sous votre écran via un aimant et projette sur l’écran un champ de lumière invisible. Tout mouvement des doigts est capté et transmis au système d’exploitation et au logiciel.

2

Prix de vente conseillé: à partir de 79 euros (selon la taille de l’écran).

Le tout premier poste de télévision 8K du marché européen, c'est le nouveau LV-70X500E Sharp avec écran LCD d’une résolution de 7.680 x 4.320 pixels, ce qui permet d’obtenir une image très nette, où le rendu des plus petits détails est ultra précis. L’appareil est très pratique pour des présentations dans des espaces de taille moyenne en remplacement des projecteurs classiques avec écran. Vous souhaitez un panneau publicitaire pour animer votre espace de réception? Un écran multitâche ultraperformant pour des applications graphiques, informatiques ou autres? Le LV-70X500E est fait pour vous. Prix de vente conseillé: 11.999 euros

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DICTAPHONE INTELLIGENT Le nouveau logiciel SpeechExec Enterprise de Philips rationalise la création de documents sur base d’instructions vocales et d’enregistrements à l'intention des professionnels de la santé, du secteur juridique et du monde des affaires. Cette solution intelligente combine les fonctions d’auteur, de dactylo, de manager et de gestionnaire. “Le système est idéal pour les grandes entreprises où les auteurs et les transcripteurs sont nombreux. Le logiciel est géré et entretenu de manière centralisée”, explique Thomas Brauner, CEO de Speech Processing Solutions. Prix de vente conseillé: à partir de 120 euros (selon le nombre de licences).

EN COULEUR

4

Brother lance sa VC-500W, une imprimante couleur d’étiquettes pour les commerces et les entreprises. Ce système permet d’imprimer en un temps record des étiquettes personnalisées pour les badges visiteurs, les archives, etc. L’imprimante n’a pas besoin d’encre, ce qui rend son utilisation abordable. L’impression se fait via des cassettes tournantes équipées de cristaux de couleur chauffés pour assurer une impression de haute qualité. La connexion se fait via un port USB ou le wifi. Prix de vente conseillé: 226 euros.


Pulse (14 juin 2018)  

Magazine des PME et des entrepreneurs

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