Surimpressions_20_jan_fev2025

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BXL

Rencontre avec l’équipe du film

MALDOROR

Rencontre avec Fabrice du Welz

WOLF MAN Que sont devenus les monstres ?

LA CHAMBRE D’À CÔTÉ THE BRUTALIST BABYGIRL

SURIMPRESSIONS surimpressions.be

RÉDACTEUR EN CHEF

Adrien Corbeel

DIRECTEUR DE PUBLICATION

Kévin Giraud

CRÉATION GRAPHIQUE ET MAQUETTE

Bérengère Bordet - superpose.be

RÉGIE PUBLICITAIRE

Kévin Giraud

RESPONSABLE COMMUNICATION

Julien Del Percio

RÉDACTION

Raissa Alingabo-Yowali M’bilo, Julien Del Percio, Simon Lionnet, Elli Mastorou, Quentin Moyon, Katia Peignois, Thibault Scohier, Camille Wernaers

INVITÉ·ES

Laïss Barkouk, Zahra Benasri

IMPRIMÉ PAR Moderna

CONTACT

info@surimpressions.be

ÉDITÉ PAR

Surimpressions ASBL

30 Rue Quinaux 1030 Schaerbeek BE 0784.323.291

Nepasjetersurlavoiepublique

Nous y sommes ! Le champagne a été dégusté, il ne reste plus une miette de la bûche glacée qui trônait dans le congélateur et un paquet de bonnes résolutions ont été prises. Pas de doute possible : voilà une nouvelle année qui commence. Et qui dit nouvelle année, dit nouveaux films.

Outre-Atlantique, c’est évidemment la saison des Oscars, avec l’habituelle panoplie de grandes fresques historiques et de biographies performatives. Cette année, Angelina Jolie joue Maria Callas dans Maria, Timothée Chalamet incarne Bob Dylan dans Un Parfait inconnu et Adrien Brody se glisse dans la peau d’un architecte fictif dans le monumental The Brutalist

En parallèle des cérémonies fastueuses étasuniennes, le cinéma belge continue de tracer sa singulière route. Trop souvent réduit aux drames sévères, notre plat pays reprend plus que jamais du poil de la bête en ce début d’année, avec des propositions fortes, variées et esthétiques.

Dans Maldoror, Fabrice du Welz plonge dans le passé et exhume le spectre de l’affaire Dutroux à travers un polar brutal et labyrinthique, où règnent corruption, violence et complots. Avec BXL, les frères cinéastes Ish et Monir Ait Hamou contemplent le présent bien en face et interrogent le racisme dans notre capitale via les destins complexes de deux frères d’origine marocaine. Enfin, il y a Flow, étonnant projet coproduit avec la Lettonie et la France, qui scrute l’avenir avec inquiétude. Par le biais de l’animation, le cinéaste Gints Zilbalodis nous raconte l’épopée d’un petit chat, confronté à l’engloutissement de son monde par la montée des eaux. Un film à la fois original, universel et grandiose, qui méritait clairement sa place en couverture.

On espère que nos cérémonies à nous, les Ensors (8 février) et les Magritte (22 février), récompenseront en bonne et due forme les prises de risque de ce cinéma de plus en plus protéiforme. Surimpressions, en tout cas, lève déjà son chapeau.

Bonne année, et bonnes séances.

ÉDITO 3

Un début d’année belge

LES FILMS DU MOIS 6 Flow de Gints Zilbalodis 10 La Chambre d’à côté de Pedro Almodóvar 12 The Brutalist de Brady Corbet

14 Les Graines du figuier sauvage de Mohammad Rasoulof

17 L’Amour au présent de John Crowley

18 Babygirl de Halina Reijn

19 A Real Pain de Jesse Eisenberg

20 All Shall Be Well de Ray Yeung

22 Better Man de Michael Gracey

23 Maldoror de Fabrice du Welz

24 Riefenstahl de Andres Veiel

25 Maria de Pablo Larraín

26 Handling the undead de Thea Hvistendahl

DOSSIER

28 Que sont devenus les monstres ?

32 Comment j’ai rencontré les Tuche, de la condescendance à l’affection

RENCONTRE 34 Fabrice du Welz et son Maldoror

38 Florence Vincent, l’art de représenter la nourriture au cinéma 40 L’équipe de BXL

AGENDA

41 Les festivals de ce début d’année en Belgique

FLASHBACKS

44 Incoherence de Bong Joon-ho 45 Didier d’Alain Chabat

EN BREF 46 Concours / L’équipe en bref

SORTIE : LE 15 JANVIER

FLOW Un potichat face au déluge

- PAR THIBAULT SCOHIER -

Elle est belle la vie de chat : s’amuser dans les hautes herbes, dormir sous la caresse du soleil… Il faut parfois éviter les bandes de chiens mais dans l’ensemble, le personnage principal de Flow n’est pas à plaindre. Jusqu’à ce que l’eau monte et qu’elle menace de tout faire disparaître. Long-métrage d’animation hors norme, sans parole et réalisé tout en 3D avec un budget minimal, Flow s’impose déjà comme une des perles de 2025. Rien que ça.

Adoptant la forme d’un conte (voire d’un récit biblique), le réalisateur letton Gints Zilbalodis peint un monde où l’humain a disparu. Il a laissé des traces, des bâtiments ou des sculptures abandonnées, mais cet univers appartient entièrement aux animaux. Le petit chat noir, principal protagoniste, rencontre au fur et à mesure de son périple tout une bande : un capybara débonnaire, un labrador libéré de l’esprit de meute, un lémurien cleptomane

et un serpentaire (grand rapace blanc) majestueux mais incapable de voler. Ensemble, littéralement dans le même bateau, ils vont essayer de survivre à l’inondation irréelle qui semble engloutir la planète entière.

Difficile de ne pas comparer Flow avec Le Robot sauvage, sorti en fin d’année dernière. Les deux films partagent des thèmes similaires et mettent en scène des animaux confrontés à une catastrophe. Pourtant, ils sont presque des antithèses : le dernier DreamWorks est un concentré d’action, au montage rapide, usant des codes hollywoodiens pour amener une morale touchante, quoiqu’un peu simpliste, sur la préservation de la nature et l’importance des liens familiaux. Flow choisit au contraire de reposer sur son atmosphère, en déroulant de longues séquences (seulement vingt-deux dans l’ensemble du long-métrage), pour plonger son public dans une fascination presque

philosophique. Avec le budget du Robot sauvage (78 millions de dollars) ont aurait pu réaliser… plus de vingt Flow (3.5 millions) !

La magie du film réside dans sa capacité à faire interagir ses personnages-animaux d’une manière à la fois très réaliste – aidé en cela par un travail de modélisation qui ne cesse d’impressionner – et de plus en plus mythique. En effet, au sein du groupe disparate, l’entraide devient bientôt une nécessité à la survie. Au cours du récit, l’équipage rencontre fréquemment des groupes homogènes, entièrement composés de chiens ou de lémuriens par exemple, et les rebondissements vont régulièrement pointer que c’est précisément la diversité du groupe qui participe à sa richesse et lui permet d’aller jusqu’au bout.

UNE

PLONGÉE

destructrices aux séquences mettant en scène la silhouette royale des serpentaires, chaque nouvelle découverte provoque un frisson, un effet de saisissement profond.

MERVEILLEUSE POUR LES PETITS ET LES GRANDS

Le long-métrage de Gints Zilbalodis fait partie de ces films d’animation susceptibles de plaire à tout le monde. Pour les enfants, il y a l’aventure magistralement filmée, parfois effrayante, parfois d’une beauté enivrante. Pour les adultes, une réflexion sur ce monde où l’humanité s’est éteinte et où la nature apparaît comme un cycle ininterrompu d’apprentissage, de destruction et de liens à nouer. C’est un film qui rappelle, même aux plus jeunes, qu’au cinéma l’image est reine, que la mise en scène est un langage et qu’il est encore possible de produire des œuvres à la fois totalement audacieuses et parfaitement réussies.

L’approche visuelle du film paraît fortement inspirée par l’évolution récente des graphismes de jeux vidéo. On pense immédiatement à un jeu comme Stray (2022), qui présentait déjà les aventures d’un chat modélisé de manière bluffante. Là encore, Flow va à contre-courant. Ses équipes se sont éloignées des rendus “dessinés” en cel-shading1 à la mode aujourd’hui au profit d’un rendu plus artificiel mais en même temps plus immersif. Des immenses vagues

Réalisé par Gints Zilbalodis (Lettonie / France / Belgique, 85 minutes).

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3 QUESTIONS AU RÉALISATEUR DE FLOW

En amont de la sortie du film, nous avons rencontré le réalisateur Gints Zilbalodis. Une interview à découvrir en intégralité sur surimpressions.be, et dont nous vous proposons un extrait ci-dessous.

Qu’est-ce qui vous a poussé à raconter cette histoire?

D’une part, Flow est dans la continuité de mon court métrage Aqua, qui prenait déjà comme personnage un chat ayant peur de l’eau. Revenir sur ce projet à l’échelle d’un long-métrage m’a permis d’explorer en profondeur ce récit, de construire des relations avec de nouveaux personnages, et de partager une expérience plus large. Et c’est à travers cette réflexion que le film s’est construit petit à petit. D’autre part, je voulais proposer un film sur l’importance de réussir à dépasser ses peurs et limites, tout en proposant quelque chose d’honnête et complexe, sans réponses toutes faites.

Où avez-vous puisé vos inspirations pour cet univers?

Personnellement, il m’est impossible de citer une influence bien précise, je pense que c’est plutôt inconscient. Mais je suis un grand admirateur d’Hayao Miyazaki, et de sa capacité à proposer des scènes d’action très fortes avec des moments de tranquillité. Ce sont ces changements de ton et d’atmosphère qui rendent chaque émotion plus forte. Les cinéastes de

prise de vues réelles comme Paul Thomas Anderson, Alfonso Cuarón ou avant eux Akira Kurosawa et Sergio Leone y parviennent également, et je sais que chacun d’entre eux a pu avoir une grande influence sur ma manière d’aborder la mise en scène, les décors, la pluie, le vent, et de nombreux éléments du film.

Qu’est-ce que vous apporte l’animation par rapport au cinéma en prise de vues réelles ? J’ai fait quelques projets en prise de vues réelles, avec des acteurs ou plutôt des amis qui se sont retrouvés acteurs le temps d’un film. Mais je me suis très vite senti limité par le médium. L’animation, de par son caractère plus lent et plus réflexif, me correspond mieux. Cette technique me laisse le temps de prendre des décisions plus raisonnées, ou de faire des erreurs que je peux ensuite corriger ou conserver. Cette liberté et ce processus d’exploration me plaisent beaucoup, tout comme l’idée de travailler en équipe et de se nourrir des idées collectives, d’être inspiré par d’autres. L’animation a aussi la force d’être plus universelle, et de permettre aux émotions d’être ressenties par un plus grand nombre.

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SORTIE : LE 8 JANVIER

LA CHAMBRE D’À CÔTÉ

Tout sur ma mort

- PAR JULIEN DEL PERCIO -

Quiconque

s’est déjà confronté au cinéma de Pedro Almodóvar trouvera forcément une certaine familiarité dans La Chambre d’à côté. En narrant l’histoire de Martha (Tilda Swinton), une ancienne reporter atteinte d’un cancer qui sollicite une vieille amie, Ingrid (Julianne Moore), pour l’accompagner dans ses derniers jours avant l’euthanasie, le réalisateur espagnol embrasse à priori beaucoup d’invariants de son cinéma : amitié féminine, omniprésence de la mort, rapport contrasté au passé, etc. À la faveur de flashbacks, où Martha raconte des épisodes mélodramatiques de sa vie, le film semble même emprunter la structure en récits enchâssés qu’on a tant vue chez le cinéaste. On s’attend à voir surgir une passion enfouie, une vérité embusquée, qui viendrait secouer nos personnages et rebattre les cartes de ce présent funeste. Il n’en sera rien. Passées les trente premières minutes, les séquences de souvenirs disparaissent du récit, comme si Martha laissait définitivement ce passé rocambolesque

derrière elle, pour accueillir frontalement et sereinement la finalité qu’elle a choisie. Et le film de s’imposer comme le projet le plus épuré, le plus retenu, d’Almodóvar.

La réalisation du cinéaste, habituellement célébrée pour ses couleurs flamboyantes et ses envolées lyriques, fait ici preuve d’une économie totale, s’attachant à restituer les interactions entre les deux femmes avec le plus de sobriété possible. Les visages de Julianne Moore et de Tilda Swinton constituent le sujet principal de la caméra, qui sublime leur jeu décalé et fragile à travers des gros plans saisissants. Cette simplicité dans la mise en image donne à La Chambre d’à côté un cadre confortable et intime, propice aux confessions et à la réflexivité.

Il y a six ans, Douleur et Gloire revenait sur le passé du cinéaste à travers un émouvant autoportrait ; aujourd’hui, La Chambre d’à côté, s’affirme comme une œuvre testamentaire, tout aussi personnelle. Chaque personnage,

chaque situation, se perçoit ainsi comme un fragment d’un portrait du cinéaste. Ainsi, Damian, interprété par John Turturro, s’épanche sur son pessimisme par rapport à l’inéluctabilité du réchauffement climatique et la progression du capitalisme. Une autre scène, très touchante, montre Martha désemparée car désormais incapable de lire un livre ou de s’intéresser à de nouvelles choses. Vers la fin du métrage, un policier trop zélé s’acharne sur Ingrid, devenant le symbole d’un système moderne et agressif, inféodé aux passions humaines. Au travers de ces saynètes, l’on ressent toute la déconcertation et l’angoisse d’Almodóvar, qui se livre sur un monde avec lequel il se sent de moins en moins en phase.

UN ALMODÓVAR D’UNE

GRANDE RETENUE

À ce titre, l’euthanasie n’est pas traitée comme une épée de Damoclès flottant au-dessus des personnages, mais davantage comme un révélateur, une autre preuve d’empathie à l’égard d’autrui. Le tout débouche sur une conclusion apaisée et émouvante, via une scène de réconciliation à l’aura spectrale où resurgit tout le sens poétique d’Almodóvar. D’une finesse inouïe, La Chambre d’à côté résonne comme une ode délicate, un hymne subtil dédié à tous ces moments insouciants, anodins, subitement éclairés d’un jour nouveau par l’imminence de la mort.

Réalisé par Pedro Almodóvar (Espagne, 110 minutes) avec Julianne Moore, Tilda Swinton, John Turturro.

Le bilan du film pourrait sembler bien sombre si la relation entre Ingrid et Martha ne servait pas de contrepoids miraculeux à cette froideur grandissante. Dans leur villa isolée, les deux femmes édifient leur propre bulle, où brillent la compassion, la lucidité et la compréhension de l’autre. Leurs interactions composent le dernier rempart, l’ultime promesse de chaleur humaine.

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SORTIE : LE 5 FÉVRIER

THE BRUTALIST

L’ambition des grands films

- PAR SIMON LIONNET -

Remarqué pour certains de ses rôles (Mysterious Skin, Funny Games US) et ses premières réalisations (L’Enfance d’un chef, et surtout Vox Lux), Brady Corbet repasse une troisième fois derrière la caméra avec The Brutalist, projet gargantuesque sur plusieurs décennies de la vie de László Tóth, un architecte juif, fictif, ayant fui la Hongrie pour les États-Unis au lendemain de la Seconde Guerre mondiale.

Chaleureusement accueilli et récompensé du Lion d’Argent du meilleur réalisateur à la dernière Mostra de Venise, le film prouve sa valeur dès la première apparition, tétanisante, de son personnage principal. Dans un amas de bruits de foules et de métal, László (Adrien Brody, excellent dans la continuité de son rôle dans Le Pianiste) tente péniblement de se frayer un chemin vers la sortie de la cale du bateau dans lequel il traverse l’océan Atlantique. Un tourbillon aussi infernal que virtuose, soutenu par le thème musical récurrent de Daniel Blumberg, qui se termine sur l’apparition de la Statue de la Liberté dans un

splendide plan inversé, premier aperçu d’une représentation désillusionnée des États-Unis.

Fraîchement débarqué en terre promise, László rejoint son cousin Attila (Alessandro Nivola) en Pennsylvanie, et apprend que son épouse, restée en Hongrie, est toujours vivante. Propriétaire d’un magasin de meuble et marié à une Américaine, ce dernier a troqué son accent et son nom hongrois plusieurs années auparavant pour faire office de modèle d’assimilation. C’est par lui qu’il va ensuite faire la rencontre de Harrison Lee Van Buren (Guy Pearce), un riche industriel qui va lui confier la réalisation d’un centre communautaire - un projet démesuré dont le processus créatif et la construction vont constituer le fil rouge du récit et appuyer ses thèmes majeurs.

Dans un premier temps, Corbet renoue avec la tradition des grandes fresques historiques étrillant le rêve américain (on pense aux Portes du paradis de Michael Cimino, The Immigrant de James Gray et bien d’autres). Si les premiers

instants de The Brutalist laissent penser à son personnage principal que la méritocratie est un concept fonctionnel aux États-Unis, les événements n’auront de cesse de lui faire comprendre que le système en place est profondément pourri et cadenassé. Au fur et à mesure que le chantier avance, László mange de plein fouet ce que le capitalisme a de pire, en particulier au travers du personnage de Guy Pearce, représentation d’une bourgeoisie aux relents esclavagistes, aussi nombriliste que peu cultivée. En témoigne l’une des meilleures scènes du film, où l’industriel se livre à un monologue lénifiant, avec lequel contraste complètement la passionnante réflexion de László sur le lien entre les traumatismes du passé et son art, l’un des centres de réflexion principaux du film.

UNE FRESQUE

GARGANTUESQUE

ambition des “grands films”. De ces plans dans les couloirs de la construction de László à ce train de marchandises déraillant dans un nuage de vapeurs en passant par ces sublimes séquences dans les carrières de marbre de Carrare, le monstre cinématographique de Corbet décroche la mâchoire à d’innombrables reprises, et parvient à insuffler une véritable ampleur à son récit. Malheureusement, la deuxième partie et un épilogue balourds, comptant sur une poignée d’effets de manche et de surdramatisation dispensables, viennent quelque peu tasser les espoirs d’un chef-d’œuvre. Ni film musée, ni film-somme, The Brutalist est presque à la hauteur des ambitions de son auteur, mais reste malgré tout la création d’un artiste qui se cherche encore un peu.

Pour Brady Corbet, c’est également l’occasion de dresser le parallèle entre la figure de l’architecte et son propre métier de réalisateur. Tous deux sont soumis à la pression d’un chantier, dont les enjeux financiers et créatifs semblent les dépasser. Avec sa durée de 3h35 (entracte compris), son tournage en VistaVision qui offre au film une ampleur visuelle indéniable (malgré son petit budget d’environ 10 millions de dollars), The Brutalist possède cette forme et cette

Réalisé par Brady Corbet (États-Unis / Royaume-Uni / Hongrie, 215 minutes, avec Adrien Brody, Guy Pearce, Felicity Jones, Joe Alwyn.

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SORTIE : LE 12 FÉVRIER

LES GRAINES DU FIGUIER SAUVAGE

L’ennemi est à la maison

- PAR ADRIEN CORBEEL -

Certains films comme Les Graines du figuier sauvage semblent presque inextricables du contexte dans lequel ils ont été réalisés. L’histoire de la production de ce drame iranien, conçu en réaction au meurtre en 2022 d’une étudiante, Jina Mahsa Amini, par la police des mœurs iranienne, est presque aussi passionnante que le film en lui-même. Tourné en secret entre décembre 2023 et avril 2024 pour éviter les représailles, le film a échappé de peu aux autorités, au même titre que son réalisateur. Les images ont été transportées clandestinement, pour être montées en Allemagne. Elles seront finalement suivies par leur auteur, Mohammad Rasoulof, qui pour échapper à une lourde peine de prison traversa à pied la frontière, quelques heures à peine après avoir appris sa sentence. La finalisation du film, et sa présentation en Compétition officielle du Festival de Cannes, tiennent du miracle, au point qu’il en devient difficile de savoir ce que l’on célèbre lorsqu’on salue Les Graines du figuier sauvage : le film en lui-même,

ou l’acte de rébellion qu’il représente ? Un peu des deux sans doute. À vrai dire, tout se confond dans ce drame familial glissant vers le thriller : le public et le privé, l’État et la famille. Et surtout le réel et le fictionnel.

Dans sa petite galerie de personnages, le film nous présente en premier lieu le père, Iman, un homme à priori ordinaire, qui vient d’être promu au poste à haut risque d’investigateur de la Cour Révolutionnaire, l’obligeant à signer des condamnations à mort dont il questionne la légitimité. Il y a ensuite la mère, qui soutient son mari fidèlement depuis toujours, et représente par procuration son autorité. Et enfin, il y a leurs deux filles, Rezvan, l’aînée, étudiante, et Sana, la cadette, admiratrice de sa grande sœur. C’est par leur entremise que le réel surgit dans la fiction du film : à l’insu de leurs parents, les deux jeunes femmes regardent des images des manifestations du mouvement “Femme, vie, liberté”, qui réveillent petit à petit leur conscience politique.

Bientôt l’extérieur fait irruption à l’intérieur : une victime mutilée par la police apparaît et une arme à feu disparaît de l’appartement, deux événements qui révèlent les maux familiaux, et par là, ceux de l’Iran. Alors que la paranoïa d’Iman redouble d’intensité, son autorité de père se confond avec celle de l’État. Émissaire d’une théocratie autoritaire, il en devient l’instrument, dans sa vie professionnelle mais aussi et surtout dans sa vie privée. Le film glisse alors vers le territoire du thriller, rappelant, accidentellement peut-être, les chemins labyrinthiques pris par le Shining de Kubrick. C’est aussi là que les talents de Rasoulof s’exercent le mieux, jouant sur une tension ostensible, plutôt que sous-jacente.

narratif : on pourra reprocher au scénario une caractérisation un peu vague de ses personnages, en particulier autour des deux jeunes filles, un symbolisme fréquemment lourd, ou quelques dialogues qui manquent d’élégance, bien que les acteur·ices soient convaincant·es.

UN ACTE DE RÉBELLION

CINÉMATOGRAPHIQUE

Mais la frontalité du film est, quelque part, son essence. Comme l’apprennent certains personnages, il n’y a pas de compromis possible face à un patriarcat qui étouffe et tue les libertés. Il n’y en a pas non plus dans la démarche des Graines du figuier sauvage, qui refuse absolument de renoncer à ses idéaux face à un régime qui impose ses codes.

Né dans la clandestinité, et réalisé sous de multiples contraintes, Les Graines du figuier sauvage n’est pas sans écueils. Certains placements de caméra sont quelque peu discutables, de nombreuses scènes sont fort sombres, ce qu’accentue la colorimétrie du film, assez terne. Difficile d’aller jusqu’au bout de ses idées de mise en scène lorsque chaque minute de tournage est une prise de risque. D’autres problèmes sont davantage d’ordre

Réalisé par Mohammad Rasoulof (Iran / Allemagne / France, 168 minutes) avec Misagh Zare, Soheila Golestani, Mahsa Rostami, Setareh Maleki.

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L’AMOUR AU PRÉSENT

Désordre amoureux

- PAR ADRIEN CORBEEL -

Il n’est pas facile de résister à ce drame romantique, qui met du sien pour nous émouvoir. Cinq minutes ne sont même pas écoulées qu’on a pu entendre les mots “cancer”, “récidive” et “chimiothérapie”. Mais là où tant de films du genre s’enfoncent de plus en plus dans la tragédie de leurs personnages, L’Amour au Présent fonctionne par alternance, passant du rire aux larmes, et inversement. Racontant dans le désordre la relation d’Almut, chef acclamée, et Tobias, compagnon dévoué, le film joue adroitement avec sa structure non-linéaire, qui nous donne tantôt le cœur lourd, tantôt le cœur léger, pour mieux souligner l’importance de vivre “au présent”.

à être drôles dans cette romance tragique. Il semble évident dès leur première interaction à l’écran que leurs personnages ont un profond désir d’être ensemble. On a envie d’y croire.

UNE ROMANCE

DE LARMES ET DE RIRES

Si le chantage émotionnel du film fonctionne, c’est en grande partie grâce à ses acteur·ices, qui rendent presque immédiatement attachant·es leur personnage, tout comme leur couple. Terriblement à l’aise dans leur rôle respectif, Andrew Garfield (et son intensité maladroite) et Florence Pugh (et sa détermination assumée), font des étincelles ensemble et parviennent, c’est assez rare pour être souligné,

Ce qui ne signifie pas forcément qu’on y croit. À leur corps défendant, Garfield et Pugh incarnent des idéaux, un couple un peu trop parfait pour être complètement convaincant. Leurs défauts et la tragédie de leur histoire ne contrebalancent jamais totalement la sensation que ces deuxlà sont… trop mignons pour être vrais. Le scénario du dramaturge britannique Nick Payne, mis en scène avec une certaine élégance par John Crowley (Brooklyn), est chargé de moments merveilleusement écrits, et de scènes trop familières. Incarné mais parfois artificiel, sensuel mais volontiers sirupeux, L’Amour au Présent ne réinvente pas tout à fait son genre, mais réussit néanmoins à toucher une corde sensible.

Réalisé par John Crowley (Royaume-Uni, 108 minutes) avec Andrew Garfield, Florence Pugh, Grace Delaney.

SORTIE : LE 1ER JANVIER
© Shoe Box

BABYGIRL

Sexe, mensonges et idéaux

- PAR JULIEN DEL PERCIO -

Dans l’une des premières scènes de Babygirl, la réalisatrice Halina Reijn nous montre Romy (Nicole Kidman, parfaite en femme d’affaires précieuse) se pouponnant le visage dans une fastueuse salle de bain d’un blanc immaculé. En parallèle, la caméra s’attarde sur la mécanique rigoureuse des automates de stockage qui ont fait le succès de son entreprise. En alternant ces deux imageries, le film dresse avec ludisme le portrait de son héroïne : Romy est une femme bourgeoise, carrée, professionnelle et un brin robotisée. Une image policée qui va voler en éclat avec l’arrivée de Samuel (Harris Dickinson, retors), jeune stagiaire impertinent et sûr de lui qui va réveiller en Romy des fantasmes profondément enterrés.

SORTIE : LE 15 JANVIER

héroïne, permet à la réalisatrice d’échapper aux stéréotypes et de proposer une vision particulièrement moderne de la sexualité.

SULFUREUX ET MODERNE

Le pitch de Babygirl pourrait prêter à sourire, tant il semble dans un premier temps alimenter les clichés de la littérature dark-romance, avec une femme soumise et frustrée face à un jeune homme dominateur et hypersexualisé. En vérité, si le film traite effectivement d’une relation dominée-dominant, le regard de la caméra, qui se focalise toujours sur le désir et le plaisir de son

Un regard qui navigue régulièrement en eaux troubles et ne manque pas d’interroger le bien-fondé de la relation. Romy n’imite-t-elle pas les comportements des hommes hauts placés en fréquentant son stagiaire ? Faut-il taire cette liaison pour conserver son aura de modèle d’empouvoiement au féminin ? Le film a l’intelligence de ne pas répondre frontalement, tout comme il parvient à éviter l’explication psychologisante - aucun traumatisme ne justifie l’origine des fantasmes de domination, Romy est simplement comme ça. Sensuel et rusé, pop et ambigu, Babygirl demeure en tout cas rivé jusqu’au bout à la trajectoire de son héroïne : celle d’une femme qui se réconcilie enfin avec elle-même.

Réalisé par Halina Reijn (États-Unis, 114 minutes) avec Nicole Kidman, Harris Dickinson, Antonio Banderas

A REAL PAIN

Douleur universelle

- PAR RAISSA ALINGABO-YOWALI M’BILO -

Malgré un titre assez évocateur, A Real Pain m’avait tout l’air d’une comédie haute en couleurs. Le duo à l’affiche lui conférait une sorte d’aura clownesque, avec ces deux cousins dissemblables en tous points, dont un Kieran Culkin ingérable, qui entreprennent un voyage ensemble. Mais le second long-métrage en tant que réalisateur de Jesse Eisenberg, tient parfaitement la route grâce à son dosage de tendresse et de gravité, émaillé d’humour.

Le film est engageant dès les premières scènes, notamment par ses couleurs, et la lumière abondante qui inonde l’écran. Kieran Culkin y est pour beaucoup aussi : il prête ses traits à Benji, un étasunien a priori décomplexé et sans filtre, qui semble parfaitement jouir de l’existence en faisant fi des règles. À l’inverse, son cousin David - interprété par Jesse Eisenberg - est plus réservé voire rigide. Malgré tout, on les découvre dès le départ, complices et soucieux l’un de l’autre. Leur grand-mère juive et survivante de l’Holocauste, vient de décéder et les deux hommes décident d’aller visiter la Pologne, sur les traces

de leur histoire familiale, suivant un parcours touristique autour de la Shoah.

LA QUESTION DE LA MÉMOIRE, ENTRE TENDRESSE ET GRAVITÉ

À travers leur récit, A Real Pain aborde la question de la mémoire et plus particulièrement des traumatismes transgénérationnels, de la peine dont on hérite. Sous les dehors légers d’un homme aussi atypique que généreux, Benji porte en lui une douleur diffuse qui ne lui appartient pas totalement. J’ai été touchée par la névrose de ce personnage perdu et dépressif qui tente d’échapper à sa douleur sans réellement y parvenir. En évoquant la Shoah mais aussi le génocide de 1994 au Rwanda, A Real Pain m’a inévitablement poussée à faire le parallèle avec l’actualité et les autres crimes de masse qui se déroulent aujourd’hui, comme en Palestine. Le film pourra trouver une résonance chez tout un chacun, à des degrés divers : il est d’une triste et puissante universalité.

Réalisé par Jesse Eisenberg (États-Unis, 90 minutes) avec Kieran Culkin, Jesse Eisenberg, Will Sharpe, Jennifer Grey.

SORTIE : LE 15 JANVIER
© Surchlight Pictures

ALL SHALL BE WELL

Refaire famille

- PAR LAÏSS BARKOUK -

Dans All Shall Be Well , la pudeur s’invite partout. Pudeur du regard porté sur la longue relation entre deux femmes dans un Hong Kong où le mariage pour tous·tes n’existe pas. Pudeur de la caméra qui filme la mort de l’une d’elles sans la montrer. Pudeur encore dans la manière de filmer le deuil de celles et ceux qui restent. Après Un printemps à Hong Kong, le réalisateur Ray Yeung signe un nouveau drame sur les romances invisibles.

SORTIE : LE 15 JANVIER

extrême de la photographie du film. Les plans lents, les tons chauds, et l’ambiance sonore naturaliste participent à une sensation de douceur qui nous enveloppe, même aux pires moments d’angoisse lisibles sur le visage de la protagoniste.

UN RÉCIT QUEER TOUT EN FINESSE

Pat (Maggie Li Lin Lin) et Angie (Patra Au) sont en couple depuis plus de 30 ans. Leur amour est solide et constitue un repère salvateur pour les proches qui gravitent dans leur vie. Lorsque Pat meurt subitement, Angie se retrouve démunie face à une belle-famille qui se retourne contre elle et la relègue au second plan. Sans testament, le frère de Pat devient le dépositaire légal et menace Angie de la priver de tout héritage. Seule dans un appartement qu’elle ne possède pas, Angie lutte pour ne pas disparaître d’un récit dont elle n’est plus le centre. Cette violence de l’effacement contraste avec la délicatesse

On sent qu’All Shall Be Well ne veut pas brusquer ses spectateur·ices. Il pose la question de la famille en mettant en scène une expérience humaine à laquelle tout le monde peut s’identifier : la perte d’un être aimé. Le film parvient à parler de droits LGBT avec subtilité et à montrer la communauté lesbienne de Hong Kong sans la nommer comme telle. Si la loi et le sang prennent le dessus sur des amours tout juste tolérés, la dernière séquence dresse le portrait de famille le plus lumineux du film. Tout ira bien.

Réalisé par Ray Yeung (Hong Kong, 93 minutes) avec Patra Au, Maggie Li Lin Lin, Tai-Bo.

Avec vos popcorns, c’est bien...

DANS VOTRE BOÎTE AUX LETTRES

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BETTER MAN

Le plus savant de tous les singes

- PAR KÉVIN GIRAUD -

Bête de scène, c’est très littéralement ce que devient la superstar Robbie Williams dans ce biopic musical. Better Man sonne tantôt comme un hommage frôlant avec l’Évangile selon Williams, tantôt comme un drame musico-familial aux numéros musicaux puissamment mis en scène et lourds de sens.

“ Rob me disait souvent : je me sens comme un singe savant sur scène”, confiait le réalisateur Michael Gracey à la BBC, “l’idée est partie de là.” Cette idée, prise à la lettre puisque Williams est incarné par un chimpanzé numérique façon La Planète des Singes, nourrit aussi bien l’esthétique que les thèmes du film, permettant des envolées visuelles et musicales dont Gracey semble avoir le secret. Car le cinéaste reprend ici les codes qui ont fait le succès de The Greatest Showman sept ans plus tôt : des numéros musicaux à la fois intimes et démesurés, pour mettre en lumière la carrière d’un artiste qui l’est tout autant.

SORTIE : LE 22 JANVIER

d’une famille pauvre où sa mère et sa grandmère constituent les seuls réconforts face à un père absent, obsédé par ses propres rêves de grandeur. De là naîtra un jeune homme pétri d’idéaux de dépassement de soi à tout prix, jusqu’à ce que ce succès si convoité lui coûte absolument tout.

ROBBIE WILLIAMS, SALE GAMIN ET BÊTE DE SCÈNE

“Ce qui compte, ce n’est pas d’aimer ce que l’on fait, c’est que les gens aiment vous voir le faire”, assène ainsi le père Williams. L’une des nombreuses maximes qui parcourent la mise en images de cette ascension fulgurante, coming-of-age brutal, aux nombreux soubresauts tragiques. Davantage tragicomédie musicale que biopic classique, Better Man surprend plus d’une fois tant par sa douceur que par sa violence. Et Williams de conclure : “on m’a toujours dit que la gloire résoudrait tous mes problèmes. Tout ce que je voulais, c’était éviter coûte que coûte d’être un inconnu.” Mission accomplie, mais à quel prix?

Better Man emmène ainsi son public sur les traces du jeune Robert, sale gamin anglais né

Réalisé par Michael Gracey (Australie/Chine/France/ Royaume-Uni/États-Unis, 135 minutes ) avec Robbie Williams, Jonno Davies, Steve Pemberton, Alison Steadman.

MALDOROR

En quête d’une contre-enquête

- PAR QUENTIN MOYON -

Charleroi, 1995. “La PJ ne collabore pas, donc on ne peut pas s’embourber dans votre théorie des réseaux” intime l’adjudant-chef à Paul Chartier (le brillant Anthony Barjon), jeune gendarme idéaliste qui se retrouve embarqué dans une enquête, nom de code Maldoror (en écho aux Chants de Maldoror du comte de Lautréamont), qui n’existe pas… du moins officiellement. Mais qui bientôt l’obsède.

SORTIE : LE 22 JANVIER

l’affaire qui marqua au fer rouge la Belgique grâce à un travail de recherche poussé pour coller aux faits, avant de les dépasser. Revendiqué comme “cathartique” par son réalisateur, son 8e long-métrage se fait aussi dénonciateur. Il pointe les dysfonctionnements au sein des divers corps de police mais également la corruption généralisée de l’administration qui aurait mené une enquête bâclée.

UNE PLONGÉE MALAISANTE

Entrecoupé d’images glauques d’une ville sinistrée, le récit nous invite à la rencontre de Paul. Bouille de bébé allergique à l’autorité, c’est armé de son sens de la justice que l’agent Chartier – personnage inspiré de l’adjudant Michaux - a réussi à s’extirper de sa condition, coincé entre un père braqueur et une mère (Béatrice Dalle) qui se prostitue. Face à lui, se dresse la figure de Marcel Dedieu (Sergi Lòpez) double fictif du pédophile Marc Dutroux, dans laquelle le réalisateur Fabrice du Welz semble avoir trouvé son Maldoror : cruel, pervers, maléfique.

DANS L’AFFAIRE DUTROUX

Pour démontrer sa thèse, Fabrice du Welz oscille habilement entre le naturalisme et le thriller survitaminé, habillé d’une bande-son sombre et atmosphérique. Un pas de côté par rapport à son habituel style léché, qui apparaît encore çà et là pour nous rappeler que ce film est aussi le cri du cœur d’un cinéaste, qui porte en lui depuis ses 20 ans, l’horreur de cette période.

Retrouvez notre rencontre avec Fabrice du Welz en page 34.

Éminemment malaisant, le film débute comme un récit à clé. Maldoror nous donne à voir

Réalisé par Fabrice du Welz (Belgique, France, 155 minutes) avec Anthony Bajon, Alba Gaïa Bellugi, Alexis Manenti.

© Sofie Gheysens

RIEFENSTAHL

Contre-mythe

- PAR THIBAULT SCOHIER -

Qui

était Leni Riefenstahl ? Une réalisatrice nazie de films de propagande ayant participé à définir l’esthétique du régime hitlérien ? Ou une génie de la technique embarquée un peu contre son gré dans le courant de l’histoire dramatique du XXe siècle ? Riefenstahl a longtemps entretenu le doute, dès la fin de la Seconde Guerre mondiale et jusqu’à sa mort en 2003 à l’âge de 101 ans. Le long-métrage documentaire d’Andres Veiel répond franchement à la question, en utilisant les images filmées par la cinéaste allemande et ses propres archives pléthoriques.

SORTIE : LE 5 FÉVRIER

évoquant les viols et les agressions subies par Riefenstahl ou encore l’ombre de son père dominateur et maltraitant.

UN DOCUMENTAIRE

FRAPPANT

La cinéaste est bel et bien considérée aujourd’hui comme une grande metteuse en scène et ses œuvres sont encore largement étudiées dans les écoles de cinéma. Un film comme Le Triomphe de la volonté, pièce de propagande nazie par excellence, a fortement influencé la manière de représenter le cérémoniel militaire et on retrouve jusque dans le premier Star Wars, Un nouvel espoir, des parallèles visuels troublants.

Toute la puissance du film tient dans sa capacité à dialoguer avec le fantôme de Riefenstahl. Il multiplie les mises en contradiction, montrant d’abord des interviews de la réalisatrice, puis son propre travail ou des éléments démontant la légende qu’elle tente de broder. Malgré cette posture critique, le cinéaste Andres Veiel s’intéresse profondément à son sujet, au point de montrer pour elle une certaine tendresse quand il revient sur ses plus jeunes années ou quand il jette une lumière crue sur la violence de la société allemande de l’époque – notamment en

Leni Riefenstahl aurait peut-être eu un destin différent si l’Allemagne n’avait pas sombré dans les rets du nazisme. Mais le documentaire montre qu’elle n’a jamais cessé de se considérer comme une victime. Oubliant toutes celles que ses films ont participé à discriminer ou à faire disparaître.

Réalisé par Andres Veiel (Allemagne, 115 minutes).

SORTIE : LE 5 FÉVRIER

MARIA

Tout sauf un biopic classique

- PAR CAMILLE WERNAERS -

Quelles ont été les femmes les plus influentes du 20e siècle ? Le réalisateur chilien Pablo Larraín a répondu à cette question en trois films, une trilogie de portraits entamée en 2017 avec Jackie, continuée en 2021 avec Spencer et qui se termine cette année avec Maria, un long-métrage qui s’intéresse à la cantatrice Maria Callas, alors qu’elle vit isolée du reste du monde dans son appartement parisien avec son majordome (joué par Pierfrancesco Favino) et sa femme de chambre (Alba Rohrwacher). À chaque fois, le cinéaste s’est concentré sur une période bien particulière de la vie de ces femmes : pour Jackie Kennedy (interprétée par Natalie Portman), l’assassinat de son mari et ses conséquences, pour Diana Spencer (une surprenante Kristen Stewart), l’hiver avant son divorce du prince Charles, et pour Maria Callas, les derniers jours de sa vie.

DANS LA PSYCHÉ ET

de ce qu’on attendait d’elles. À l’image des autres films du réalisateur, ce qui distingue Maria d’un biopic classique est la temporalité complètement morcelée, la Maria Callas du présent revivant les méandres de son passé par larges bribes, représentées par des flashbacks en noir et banc, mais aussi le fait que la protagoniste semble hantée par des fantômes tenaces. Un sentiment d’étrangeté encore renforcé par les plans filmés caméra à l’épaule.

L’IMAGINATION DE LA CALLAS

Autant d’occasions d’aborder une question aussi lancinante que fascinante : celle de la frontière entre l’image publique et la réalité intime de ces femmes devenues personnages historiques, qui ont tenté de se libérer, chacune à leur façon,

L’interprétation mimétique d’Angelina Jolie, qu’on n’avait plus vue depuis The Eternals, est à souligner, comme sa performance vocale (sa voix est d’ailleurs mixée avec celle de La Callas). Le travail méticuleux de recherche de Larraín se ressent dans chaque scène, des plus petits détails des costumes jusqu’aux larges plans magnifiant les décors, qui permettent une plongée captivante, presque onirique, dans la psyché et l’imagination de Maria Callas.

Réalisé par Pablo Larraín (Allemagne / États-Unis / Émirats arabes unis / Italie, 124 minutes) avec Angelina Jolie, Pierfrancesco Favino et Alba Rohrwacher.

L’ACIER A COULÉ DANS NOS VEINES

- PAR ADRIEN CORBEEL -

Après avoir évoqué dans de multiples documentaires

HANDLING

THE UNDEAD

- PAR THIBAULT SCOHIER -

Un étrange phénomène secoue la Norvège : les morts refusent de mourir. Handling the Undead suit le destin de trois familles, confrontées au retour de leurs êtres chers zombifiés. La jeune cinéaste Thea Hvistendahl propose une interprétation réaliste du film de zombie, en les représentant de manière crédible. Sa caméra saisit la décomposition, l’horreur des corps qui se défont et l’aveuglement craintif des vivants qui veulent espérer.

La terreur ne vient pas, au départ, du danger que représentent les morts mais plutôt du sentiment de réalité qui se dégage des effets spéciaux très réussis. Malheureusement,

différentes réalités du Congo, les cinéastes Christine Pireaux et Thierry Michel ont décidé de porter leur regard sur des questions plus locales. Celle de l’acier, et de l’industrie sidérurgique dans le bassin liégeois, dont ils retracent la longue

la réalisatrice se repose trop sur une mise en scène lente, clinique jusqu’à l’extrême, et sur le surgissement de la musique pour faire sortir le public de sa torpeur en deux ou trois occasions clés. Au moins, la métaphore générale fonctionne :

histoire, qui commence il y a deux siècles, avec de nombreuses archives, et des témoignages. Mais attention : pas question de donner la parole aux patrons, ce sont les récits des travailleurs que le film met en lumière. Pour saluer leur passé (et leur présent), le documentaire abuse parfois de certains effets, notamment au niveau de la musique et de la narration, un peu poussives. Mais le geste et les méthodes du film forcent l’admiration. De la solidarité collective aux drames familiaux, du quotidien de milliers de personnes aux mouvements de grèves, L’Acier a coulé dans nos veines sort de l’oubli la grande, petite et terrible histoire humaine de la sidérurgie belge.

Réalisé par Thierry Michel & Christine Pireaux (Belgique, 90 minutes).

il faut savoir faire le deuil et laisser partir nos proches, de peur que leur souvenir nous dévore.

Réalisé par Thea Hvistendahl (Norvège, 97 minutes) avec Renate Reinsve, Anders Danielsen Lie, Bahar Pars.

© Le Parc Distribution
SORTIE : LE 22 JANVIER SORTIE

DE FRANKENSTEIN À THESUBSTANCE

Que sont devenus les monstres ?

- PAR JULIEN DEL PERCIO -

La sortie prochaine du remake de Wolf Man réalisé par Leigh Whannell nous a donné envie de revenir aux fondements des Universal Monsters et d’interroger l’abondant héritage de cette franchise pionnière du genre.

La Forme de l’eau de Guillermo Del Toro (2017)

“Monstre” provient du latin monstrum (prodige, avertissement céleste) lui-même dérivé du verbe monstrare (montrer, indiquer). Davantage que l’effroi ou le dégoût, auquel on songe invariablement lorsqu’on pense aux créatures, c’est avant tout la différence qui est signifiée au travers du terme : le monstre, c’est celui qu’on montre (du doigt). Une idée qui constitua la moelle épinière des célèbres Universal Monsters, la première grande saga cinématographique dédiée aux monstres.

AUX ORIGINES DU MONSTRE

Petit retour en arrière. En 1929, Carl Laemmle, fondateur d’Universal Pictures, confie les rênes de la compagnie à son fils, Carl Laemmle Jr. Celui-ci, galvanisé par les triomphes du Fantôme de l’Opéra en 1926 et de L’Homme qui rit en 1928, décide de faire du genre horrifique le nouveau fer de lance du studio. L’année 1931 signe ainsi l’acte de naissance des Universal Monsters avec deux films dont l’écho esthétique et culturel résonne encore aujourd’hui : le Dracula de Tod Browning et le Frankenstein de James Whale. Si le premier enracine la représentation du vampire raffiné et gentleman dans l’imaginaire collectif, c’est surtout le second qui installe la charte thématique du film de monstres façon Universal. À l’opposé du caractère unilatéralement pernicieux de Dracula, la créature de Frankenstein interprétée par Boris Karloff éveille en effet des sentiments contradictoires chez les spectateur·ices. James Whale présente son monstre comme une figure tragique, un martyr métaphorique de la répulsion de l’humanité à l’égard de l’autre. Et si ce monstre effraie par sa violence et sa difformité, l’injustice de sa condition et la cruauté avec laquelle on le traite finit par émouvoir le

public, confronté à sa propre intolérance. La suite du film, La Fiancée de Frankenstein, explorera davantage cette ambiguïté, prenant un sous-texte homosexuel à la relation entre les deux scientifiques et adjoignant la créature comme véritable protagoniste du récit.

La plupart des autres monstres de la Universal poursuivront dans cette voie, offrant différentes variations sur la thématique de l’altérité, du rejet et de la fatalité. Dans La Momie, sorti en 1932, le prêtre Imhotep s’affirme comme un paria romantique, un être excommunié puis maudit pour avoir dérobé un manuscrit de sorcellerie capable de ressusciter sa bien-aimée. En 1941, Curt Siodmak, scénariste de confession juive rescapée de l’Allemagne nazie, écrit The Wolf Man comme une analogie de la persécution dont il a été victime. Dans l’une des grandes scènes du film, le héros, soumis à sa condition de loup-garou, fait l’objet d’un violent rejet lors de son entrée dans une église catholique, avant d’être poursuivi et lynché par une foule haineuse. En 1954, L’Étrange Créature du Lac Noir fascine par une scène de ballet aquatique où le monstre-poisson imite les mouvements de nage de l’actrice Julie Adams, vêtue d’une tenue osée pour l’époque. Assez longue, cette séquence troublante ouvre les portes

© Universal
The Wolf Man de George Waggner (1941).
La Fiancée de Frankenstein de James Whale (1935).

d’une autre sexualité, hors des codes, et ajoute une dimension érotique à une créature jusque là présentée comme extrêmement dangereuse. Aujourd’hui culte, le film sera hélas l’ultime coup d’éclat d’Universal, qui sera définitivement supplanté par les propositions plus sanglantes de la Hammer Film Productions à la fin des années 50.

UN HÉRITAGE LOURD À PORTER

Aujourd’hui, Universal semble plus perdu que jamais vis-à-vis de son héritage. Sans idée de renouveau ni projet à long terme, le studio use désormais ses figures mythiques comme un enfant déballe des jouets trop nombreux : une comédie horrifique avec Dracula dans Renfield, un gros film d’action insipide dans un remake de La Momie avec Tom Cruise, un autre Dracula qui tente péniblement de rejouer l’épouvante dans le ringard Dernier Voyage du Demeter. Seul l’Invisible Man de Leigh Whannell tire son épingle du jeu, avec sa relecture féministe maline et sa représentation pertinente du phénomène de gaslighting1. Aucun de ces films n’essayent néanmoins de raviver l’aura horrifico-tragique qui fit l’intérêt inaugural de la saga.

Sans doute faut-il désormais tourner la tête vers autre chose qu’Universal pour voir la continuité de ce traitement du monstre dans le cinéma grand public. En 2018, Guillermo Del Toro gagnait l’Oscar du meilleur film pour La Forme de l’eau, une romance entre une

femme sourde et une créature aquatique sur fond de guerre froide. Si le long-métrage est loin d’être le plus abouti de son auteur, il accentue judicieusement la dimension érotique effleurée dans L’Étrange Créature du lac noir. Là où le film original prônait un triomphe de la norme avec la défaite du monstre et le retour de l’héroïne auprès de son prétendant, cette réactualisation officieuse embrasse sa romance monstrueuse dans toutes ses aspérités, y compris charnelles, pour célébrer l’émancipation des marginaux du système. Plus récemment, le body-horror The Substance de Coralie Fargeat emploie la figure du monstre comme métaphore très explicite des injonctions faites aux femmes dans le milieu du show-business. À première vue, l’esthétique pop et survoltée du long-métrage n’a pas grand-chose à voir avec le gothique brumeux des Universal Monsters. Pourtant, plus le récit avance, plus la trajectoire torturée de l’héroïne, prête à tout pour rester jeune et belle, renoue avec cet étrange méli-mélo de grotesque, d’effroi et de tragique. Résolument plus moderne dans sa forme et son fond, le film de Fargeat tend un nouveau miroir déformant à la norme et étend finalement les horizons du monstrueux avec davantage de pertinence que les revivals désincarnés ou post-modernes dont nous abreuve Universal depuis des années. En espérant que le prochain Wolf Man réalisé par Leigh Whannell tracera également sa propre voie et sera capable de trouver le juste équilibre entre son héritage fécond et un traitement plus actuel.

The Substance de Coralie Fargeat (2024).

COMMENT J’AI RENCONTRÉ LES TUCHE

De la condescendance à l’affection

- PAR ZAHRA BENASRI -

Àl’aube du cinquième film de la saga

Les Tuche , une réflexion s’impose sur cette œuvre qui a autant de succès qu’elle n’est méprisée. Cinéphile dont le goût pour les films d’art et d’essai domine sur les comédies grand public, j’étais prédisposée à la détester avant même de l’avoir vu. Le hasard d’une diffusion télé un soir de visite familiale a provoqué un glissement inattendu de la condescendance à l’affection. Pour cette raison, j’ai décidé de rendre justice à cette famille qui est désormais la mienne. Les Tuche est à mon sens un ovni socio-comique, mécompris du cinéma français.

Réalisées par Olivier Baroux, les aventures Tuche comptabilisent à ce jour 14 278 007 spectateur·ices dans les salles françaises, répartis sur quatre films. La famille Tuche vit dans le village imaginaire de Bouzolles. Dans ce foyer où les frites et la sauce samouraï sont un patrimoine inébranlable il y a : Cathy et Jeff Tuche, chômeur de profession, leurs trois enfants — Stéphanie, la bimbo Miss du village ; Wilfried, dit Will ou Tuche Daddy, rappeur à ses heures perdues ; et Donald, dit Coin Coin, un petit garçon brillant — ainsi que leur Mamie Suze, qui ne s’exprime qu’en vacheniek, un dialecte fictif aux sonorités indiennes. Leur vie bascule lorsque la famille gagne 100 millions d’euros au Loto.

Les films Tuche, à travers leurs personnages, leurs milieux sociaux et géographiques, explorent avec humour le contraste des classes, un sujet qui, par extension naturelle, touche à des questions éminemment politiques. C’est une famille exubérante confrontée aux codes des classes dominantes. Dans le premier film, en emménageant à Monaco, dans le second lorsqu’ils rendent visite à Donald qui étudie aux États-Unis, dans le troisième avec leur installation à l’Élysée (car Jeff devient Président de la République !), et enfin dans le quatrième, dans lequel Jeff souhaite faire renaître l’usine de jouets de bois du village pour Noël, en opposition à son beau-frère Jean-Yves, nouveau riche chef de l’entreprise. Leurs antagonistes, hostiles à leur présence, cherchent à les exclure, les jugeant bruyants et représentants d’un supposé mauvais goût.

Pourtant, malgré le mépris, les normes élitistes et la violence symbolique du goût et du

dégoût qu’ils affrontent, ils conservent leur sincérité et leur fierté d’être eux-mêmes, intactes et imperméables à ces jugements. Cathy Tuche étend son linge dans un hôtel de luxe. Jeff ne veut pas travailler et quand il est président suite à une rencontre avec le CAC40 il fait grève. Stéphanie est fière d’être “Miss Bouzolles” en robe à paillettes. Will n’hésite pas à se filmer en plein freestyle de rap dans un lieu public. Coin Coin, dans une université américaine d’élite, confronté aux regards condescendants des riches parents de sa petite amie Jennifer, défend sa famille sur leurs manières à table…

N’est-il pas rare de voir des personnes issues du milieu ouvrier au capital économique faible ne pas avoir honte de ce qu’ils sont ? Entre Pierre Bourdieu et les Tuche, il n’y a qu’un pas1

Le réalisateur et ses équipes utilisent l’humour absurde comme un outil de critique sociale avec une sincérité désarmante, portés par des comédien·nes qui semblent prendre un plaisir fou à incarner leurs rôles. Personne ne joue faux dans la distribution composée principalement de Jean-Paul Rouve, Isabelle Nanty, Théo Fernandez, Sarah Stern, Pierre Lottin et Claire Nadeau.

Il est délicat de savoir s’ils incarnent leurs personnages avec une intention de caricature moqueuse, ou avec une authentique tendresse, cette ambiguïté restant ouverte aux interprétations de chacun. On peut également reprocher à la saga de simplifier la portée des enjeux sociétaux qu’elle aborde, d’adopter une

colorimétrie calibrée pour la télévision, et des facilités au niveau du scénario et du découpage technique. Mais il est difficile de nier son impact dans la culture francophone. C’est une proposition sans aucune autre prétention que celle de faire rire en tordant la réalité. La mise en scène, les décors, les costumes, les mouvements de caméra se bonifient d’ailleurs au fil des films. Une montée en gamme portée par le succès croissant de la saga.

Dans le prochain opus, sobrement intitulé God Save the Tuche, la famille s’envolera au Royaume-Uni. Olivier Baroux cède la place à Jean-Paul Rouve pour la réalisation. Depuis 14 ans, Les Tuche font partie du paysage cinématographique français, et ils ne semblent pas près de s’arrêter. Ils sont comme la samouraï “de la mayonnaise qui pique, qui pique, qui pique”.

FABRICE DU WELZ Rencontre avec

Avec Maldoror, en salles le 22 janvier, le réalisateur de Calvaire et Adoration s’attaque à l’affaire Dutroux. Rencontre autour de ce thriller qui ne laisse pas indifférent.

En Belgique, tout le monde est familier avec l’affaire Dutroux, et donc avec une partie de ce que raconte Maldoror. Mais ce n’est pas forcément le cas en France, et encore moins dans d’autres pays… L’idée, c’était de faire un film de cinéma assez universel. Donc on se posait toujours la question à l’écriture et au montage : est-ce qu’un jeune Coréen, ou un jeune Espagnol, ou un jeune Japonais comprend le film dans ses rouages dramaturgiques ? Ils ne voient pas ce qu’on voit chez nous, où c’est beaucoup plus sensible.

Vous avez fait un vaste travail de recherche, mais vous prenez aussi certaines libertés avec les faits. D’ailleurs les noms des personnes impliquées ont été changés : il n’y a pas de Marc Dutroux, il y a un Marcel Dedieu. Il n’y a pas de Michel Lelièvre, il y a un Didier Renard. C’était une obligation ou un choix ? Je ne pouvais pas, pour des raisons juridiques. Et puis, je ne pense pas que ça avait vraiment beaucoup d’intérêt de reprendre les vrais noms. J’avais vingt ans à l’époque donc c’est sûr qu’il y a des choses dont je voulais traiter frontalement. Mais je ne suis ni un juge ni un avocat,

© Bas Devos

mon but n’était pas de faire éclater la vérité, c’était d’abord de faire un film qui se tient, avec une bonne dose de thriller et d’horreur. Mais tout ça avec énormément de respect, pour les victimes d’abord. Je reste dans mon rôle de cinéaste. Je joue avec des éléments qui sont hautement inflammables, je le sais. Mais j’ai aujourd’hui, à mon avis, l’expérience pour appréhender un sujet pareil. Mon but principal reste quand même de faire un bon film de cinéma. Si en plus, ce film peut, de par son sujet, rendre un peu d’intégrité à une population qui a été vraiment piétinée par cette affaire, et leur donner un peu de panache et un peu de fierté, j’en suis le plus heureux des hommes.

C’est un film avec une forme plus brute et moins sophistiquée que vos précédents films. Il fallait l’inscrire dans quelque chose de plus réel. Je crois que c’est le premier film que je fais qui va contre ma propre volonté de faire des beaux plans. Je ne voulais absolument pas rentrer dans une esthétisation. Je voulais que le film ait une âpreté, qu’il soit presque comme un documentaire et qu’il soit cru. C’est la première fois que je tourne en digital, et ça m’a permis de me déployer et de tourner beaucoup, beaucoup plus. Je crois que ça m’ennuie de plus en plus, le cinéma trop propre, avec des beaux plans léchés, etc. Ce qui m’intéresse de plus en plus, c’est une forme d’authenticité. Ce que je vois à l’image, j’ai besoin d’y croire. Je pense que c’est encore un truc que je vais pousser de manière plus radicale sur mon prochain film.

Il paraît que Maldoror est le premier volet d’une trilogie autour de traumatismes de l’Histoire belge. Est-ce exact ? C’est tout à fait vrai. On part au Congo bientôt, on va faire un film sur l’exploitation caoutchoutière pendant le règne de Léopold II, sur toute la brutalité et l’impunité de quelques Belges sur cet immense territoire, qui faisaient travailler les indigènes pour récolter un maximum de caoutchouc. On est en train de terminer le scénario. Le troisième film, ce sera la collaboration, Léon Degrelle et le rexisme.

Est-ce que la Belgique a du mal à affronter ses traumatismes au cinéma ?

La Belgique est un petit pays qui a deux siècles, et qui a une histoire de malades. Et la façon dont elle se drape d’une bonne conscience est assez terrifiante. Je pense que c’est un pays où il y a énormément à raconter. Je suis parfois étonné du manque d’audace de certains metteurs en scène belges, que ce soit au théâtre ou au cinéma. L’affaire Dutroux est quand même assez incroyable et je pense qu’on pourrait en faire dix films. L’état indépendant du Congo, ce que certains Belges ont fait là, aussi. L’affaire Dutroux, c’est une affaire d’État. C’est-à-dire que la Belgique et la Constitution belge ont failli imploser. Il n’aurait pas fallu grand-chose pour que tout s’embrase véritablement. Les gens avaient une vraie colère, et je me demande : “qu’est ce qu’il est advenu de cette colère” ? C’est comme les traumatismes profonds. On peut les oublier,

© Sofie Gheysens
© Sofie Gheysens

on veut les oublier, on les refoule. Quand j’ai annoncé que j’allais faire un film sur cette affaire-là, les gens me disaient : “mais tu es complètement fou, il ne faut pas faire ça, jamais de la vie”. Il y a quelque chose qui est profondément mal digéré, et qu’il faut pouvoir rendre d’une manière ou d’une autre. Je ne dis pas que mon film, c’est la solution. Simplement, je contribue à ma petite échelle.

Anthony Bajon, qui joue le gendarme Paul Chartier, semble encore moins âgé dans le film qu’il ne l’est réellement. Était-ce intentionnel d’avoir un personnage principal aussi jeune ? Oui, j’avais vraiment envie qu’Anthony et Alba [Gaïa Bellugi, NDLR] ressemblent presque à des enfants, qu’ils aient cette espèce de fraîcheur et d’insouciance. Le personnage de Chartier est très jeune, effectivement, mais il n’est pas insouciant puisqu’il vient d’un milieu difficile. Mais il aspire en fait à ce bonheur, c’est un idéaliste. Au début, il est dans une pulsion de vie, dans une impulsivité, et il va se fracasser à la

vie, à la corruption, à la complexité. Je ne peux pas m’empêcher de faire un parallèle avec ce que moi j’ai vécu. J’avais vingt ans quand c’est arrivé, et je m’apprêtais à embrasser ma vie d’adulte, et j’étais complètement idéaliste. Tu penses que la justice fait bien son travail, que la police est là et qu’elle fait son boulot. Plus tu avances, plus tu te rends compte que la boue est de plus en plus profonde.

Représenter

LA NOURRITURE AU CINÉMA

tout un art

- PROPOS RECUEILLIS PAR QUENTIN MOYON -

Amoureuse de photographie, et de petits plats mijotés au nappage parfait, Florence Vincent arpente les plateaux de cinéma depuis longtemps. Elle a trouvé dans le rôle de styliste culinaire le parfait équilibre des saveurs. Rencontre autour d’une profession qui, malgré l’absence d’odeurs et de goûts, arrive à nous donner l’eau à la bouche !

Est-ce qu’au cinéma on retrouve des procédés similaires à ceux de la publicité pour mettre en valeur les aliments ? Je pense à l’utilisation, par exemple en marketing, de sirop de glucose pour faire briller les aliments, ou de savon pour faire mousser la bière, qui permettent de rendre la nourriture plus attractive. Oui, mais ça dépend des contraintes techniques, des conditions, de l’usage qui sera fait du plat… Par exemple, s’il ne doit pas être touché pendant plusieurs heures ou plusieurs jours, soit il faut le refaire ou en avoir plusieurs versions,

soit il faut faire quelque chose qui ne bouge pas trop. Il faut tricher. Donc oui, on triche. Je peux par exemple faire briller des aliments, ne serait-ce qu’avec un pinceau et de l’huile. Ça peut être aussi simple que ça. Et puis parfois, ça peut être des choses beaucoup plus complexes. Mais c’est nos petits secrets, à chacun de nous (rires). Mais parfois, il m’arrive aussi de faire de la vraie nourriture, qui doit être mangée et là évidemment les contraintes ne sont pas les mêmes, notamment en fonction de la météo. Sur mon dernier tournage par exemple,

j’avais une scène de petit-déjeuner et j’avais du beurre alors qu’on tournait en plein soleil. Là, évidemment, le beurre il ne tient pas, il fond en deux-deux. Donc il faut vraiment faire quelque chose qui ressemble à du beurre, mais qui n’est pas du beurre et qui ne peut pas fondre au soleil. Il faut être inventif et c’est là la magie de mon métier. C’est une gymnastique !

Quels sont les enjeux ou les contraintes lorsque la nourriture doit être comestible pour les acteur·ices ?

Par exemple, pour Le Dernier Duel de Ridley Scott, avec Jean-Yves Patte, qui a le même profil que moi en plus d’être historien d’art, on avait reçu une demande assez claire : c’était vraiment que les aliments, enfin les mets, les plats, soient bons. Notamment parce que les acteurs avaient eu de mauvais souvenirs sur des tournages précédents où ça avait été un peu bâclé. On a donc fait plein de recherches sur les recettes de l’époque parce que ça devait, évidemment, respecter l’histoire et l’époque tout en étant comestible et bon. Et bien sûr, on s’adapte aux intolérances alimentaires des acteurs, à leur régime particulier, s’ils en ont.

Qu’est-ce qu’on mange à l’époque de Le Dernier Duel?

En l’occurrence, on avait fait des cailles farcies sur tranchoirs. On avait fait énormément de purée, des espèces de potée. On avait aussi fait des tourtes, du pain d’épices, énormément de gaufres. Avec des vieux moules en fonte. Pour choisir les plats qui pouvaient être réalisés on a fait des recherches

historiques puis des propositions aux équipes de mise en scène. On fait des dossiers, parfois avec des croquis, parfois avec des moodboards pour avoir une idée des textures, des couleurs, de ce à quoi ça va ressembler plus ou moins. La plupart du temps, on a des cuisines volantes pour être proches du lieu de tournage. Tout est organisé pour qu’on puisse réagir vite.

De Downton Abbey à Maigret, vous vous êtes attaquée à des réalités socio-économiques, historiques et géographiques très différentes. J’imagine que cela nécessite beaucoup de préparation ?

Oui en effet ! Je suis ravie quand j’ai un chef décorateur et un réalisateur qui comprennent l’enjeu esthétique d’un plat. Parfois, on est obligé de coller scrupuleusement à l’époque, parce que c’est une demande qui est claire de la part du réalisateur et de la direction artistique. Et parfois, ça nous est arrivé d’avoir des demandes où on doit s’approcher d’une époque, mais pas la respecter scrupuleusement, pour des raisons esthétiques. On m’a déjà demandé des aliments qui sont hors saison. Et là je dis “ah non, c’est impossible, parce qu’à cette époque-là, dans votre histoire, ça se passe à telle époque, à telle saison etc…”. Donc il faut faire des compromis, et trouver quelque chose qui s’approche de ce que l’équipe veut esthétiquement, mais en respectant la saison et les aliments qu’on trouvait à l’époque. Et puis ça va au-delà de l’esthétique aussi. On propose aussi parfois tel ou tel aliment par rapport à sa symbolique, en lien avec la situation ou l’état d’esprit du personnage.

© 20 th Cebtury
Studio
Le Dernier Duel de Ridley Scott (2021).
Croquis réalisé pour une scène de Downton Abbey: une nouvelle ère.

Rencontre avec

L’ÉQUIPE DE BXL

- PROPOS RECUEILLIS PAR KÉVIN GIRAUD -

Présenté au festival de Gand puis film d’ouverture du récent

Cinemamed, BXL des frères Ish et Monir Ait Hamou arrive dans les salles le 22 janvier. Un premier film touchant, tourné entre les toits plats et les ruelles, dans une Bruxelles dont on reconnaît aisément la silhouette et les zones d’ombres.

Rencontre avec les cinéastes et l’acteur Fouad Hajji qui incarne Tarek à l’écran.

C’est votre premier film en tant que réalisateurs, comment avez-vous abordé ce défi?

Ish & Monir Ait Hamou : Lorsqu’on fait un film, il y a tant de choses qu’on a envie de raconter que le défi, c’est d’avoir une vision claire de pourquoi tu le fais. Dans notre cas, pour faire ce premier film tourné en 23 jours – ce qui est très peu –et avec de nombreuses séquences difficiles, c’était important pour nous parler de quelque chose que l’on connaissait très bien. Cela nous a permis, dans les moments de doutes ou de changements inattendus, de prendre nos décisions de manière plus facile. Traiter d’un sujet aussi lourd concernant une communauté, c’est une responsabilité. On ne compte plus le nombre de versions, de réécritures, mais c’est aussi une partie très intéressante du travail de création. Au fur et à mesure, nous avons découvert notre film, et notre cinéma. Mais dans notre tête, le film est toujours en écriture.

Quelle est l’histoire que vous vouliez raconter en traitant de ce sujet ici à Bruxelles?

La question que nous voulions nous poser, c’était celle des rêves. En Occident, et donc en nousmêmes, on a cette philosophie de rêver grand, et d’encourager les gens à rêver grand tout le temps. Et par ce biais, on regarde souvent de haut ceux qui ne rêvent pas assez grand, ceux qui manquent d’ambition. Nous voulions interroger cette notion, et ce qu’elle implique. Est-ce possible de rêver trop grand? Cela peut-il être quelque chose de nuisible à ceux qui ont ces rêves, s’ils n’ont pas l’environnement pour assumer une chute dans un certain confort économique, familial, mental ?

Une chose est sûre, c’est que nous ne voulions pas d’un film noir et blanc. Les gens, les êtres humains, la ville est complexe, et nous souhaitions que nos personnages soient eux aussi ambivalents. L’enseignante est souvent détestée par le public, et pourtant quand tu analyses ce qu’elle fait, elle ne dit rien de mal, c’est plutôt dans l’intonation, et dans les frustrations de Fouad que l’on ressent cette blessure.

À l’écriture et par les dialogues, le racisme latent est néanmoins présent au travers de vos personnages… On dirait plutôt inconscient. Il y a des gens qui sont

racistes, mais on ne leur en veut pas, ils n’ont pas les outils en fait. Cette compassion, on l’a beaucoup parce qu’il faut prendre de la distance vis-à-vis de ces situations, par la force des choses. Notre fierté vis-à-vis du film, c’est qu’on a pris ce défi et qu’on l’a appliqué à nos personnages. Le tout, en insérant des petites couches cachées, des subtilités que la communauté marocaine de Bruxelles va pouvoir saisir, et qui va les toucher parce que ces personnes ont vécu la même chose.

Fouad Hajji, qu’est-ce qui vous a motivé à incarner Tarek à l’écran?

Fouad Hajji : En tant qu’acteur ayant moimême été travailler aux États-Unis pour poursuivre mon rêve, je suis Tarek en quelque sorte. Dans le film, il est très introverti, très passif. Mais dans son rêve, c’est totalement l’inverse, il a ce rôle et s’y donne au maximum. Et je me retrouve tout à fait dans cet aspect du personnage. J’aime donner de l’espoir aux jeunes, leur montrer qu’on peut atteindre ses rêves en se battant pour ceux-ci, malgré que ce film soit un drame. L’autre aspect qui m’a attiré vers ce rôle, c’est le personnage de Fouad. Ce qu’il vit, c’est exactement ma jeunesse, presque une copie conforme. Ce qui était important pour moi, c’était de communiquer avec ce film l’enfance que j’avais eu en tant qu’enfant issu de parents immigrés, dans une Belgique où c’était encore assez rare. C’est aussi ce qui m’a rapproché d’Ish et Monir, avec lesquels nous avons beaucoup échangé sur le script. Tourner ce film avec eux, à Bruxelles, fait par des Bruxellois·es, c’était une expérience incroyable.

RAMDAM, LE FESTIVAL DU FILM QUI DÉRANGE

Tournai

du 17 au 27 janvier

15 bougies pour le festival tournaisien, qui s’est imposé au fil des années comme un incontournable en Belgique. Fort d’une programmation des plus éclectiques, le Ramdam décline sous toutes ses formes le “film qui dérange”, avec des propositions tantôt émouvantes, tantôt choquantes, mais toujours singulières. On y retrouvera certains films en avant-premières (Maldoror, Diamant Brut, Rabbia), d’autres qui ont fait les beaux jours des cinémas l’année dernière (La Nuit se Traîne, A Different Man, L’Histoire de Souleymane), mais aussi plein de découvertes en documentaire (Voyage à Gaza, Save Our Souls, Soudan, souviens-toi), en cinéma d’animation (Anzu, chat-fantôme, Ma Vie en Gros) et en court-métrage (Gender

FESTIVAL EN VILLE !

Bruxelles

du 23 janvier au 2 février

Reveal, La Cascada). Une sélection intrigante à découvrir au cinéma Imagix Tournai.

Également au programme : des débats, des rencontres, des expositions, un concours de courts-métrages (Balance ton Short !) ! A.C.

“Raconter nos territoires, leur imaginaire, celles et ceux qui les habitent et / ou les font vivre” : c’est en ces termes que se décrit ce festival bruxellois,. Dédié tout entier à ce qu’on appelle le “cinéma du réel”, En Ville ! se fait fort depuis son lancement en 2019 d’explorer le septième art et de défricher le terrain pour nous emmener à la découverte de ce que peut le documentaire. Espace de rencontres cinématographiques singulières, le festival devrait à nouveau nous surprendre en ce début d’année.

À l’heure où sont écrites ces lignes, seule une partie de la programmation a été dévoilée. On sait déjà que c’est avec Make it look real, documentaire de Danial Shah, qui rend hommage aux derniers tenanciers de studios photos à Quetta au Pakistan, que s’ouvrira cette édition.

Infos: ramdamfestival.be

Y seront également projetés Une femme qui part, long-métrage consacré à Marie-Louise Chapelle, la première femme à avoir gravi un sommet inexploré de l’Himalaya en 1952, Kouté Vwa de Maxime Jean-Baptiste, mélange de documentaire et de fiction qui explore les traumatismes de la colonisation en Guyane, ou encore hold on to her, essai troublant autour de la mort de Mawda Shawri, tué par un policier belge. A.C.

Infos: festivalenville.be
©
Atelier
Graphoui

COURTS/QUEER MAIS TRASH

Bruxelles - du 31 janvier au 9 février

Autre anniversaire, celui du festival Courts Mais Trash qui entame sa 20e édition, en s’associant une fois de plus à son bînome, le Queer Mais Trash. Le plus décalé le mieux pour ce rendez-vous qui fait la part belle au cinéma indépendant, underground et politique. Pour la première fois, c’est à l’Espace Magh, à deux pas du Manneken-Pis (qui se verra doté d’un costume unique de “Manneken Mais Trash” quelques heures avant le lancement officiel du festival !) que se dérouleront les festivités. Le double programme débutera avec le Queer Mais Trash, du 31 janvier au 2 février, avec en ouverture la projection de Les Reines du Drame, avant de laisser la place au Courts Mais Trash qui dévoilera du 4 au 9 février ses différentes sections : Courts Mais Super SEX, Courts Mais Super TRASH, Courts Mais Super WTF !? ou encore Born 2 Be Cheap. Au total, ce sont plus de 150 films qui seront projetés.

Infos: courtsmaistrash.net

FILMFESTIVAL OOSTENDE

Ostende - du 31 janvier au 8 février

Pas forcément connu côté francophone, mais incontournable en Flandre, le Filmfestival Oostende en est déjà à sa 17e édition. Avec plus de 100 films, séries, événements, conférences et masterclasses cette année, le FFO entend faire rayonner le monde cinématographique flamand et international. Le festival s’ouvrira le 31 janvier avec le drame belge Comeback et se clôturera le 8 février avec 2050, documentaire sur le réchauffement climatique. Entre les deux, on pourra notamment découvrir en avant-première des films comme Queer de Luca Guadagnino. Hard Truths de Mike Leigh ou encore All We Imagine as Light de Payal Kapadia.

Infos:filmfestivaloostende.be

RENCONTRES IMAGES MENTALES

Bruxelles - du 9 au 14 février

Entamant elles aussi leur 17e édition, les Rencontres Images Mentales prendront place, comme à leur habitude, à La Vénerie, dans l’Espace Delvaux. Proposant un “regard sur la folie”, le festival est composé d’expositions, de spectacles, de débats, et bien sûr de projections de films. Riche en documentaires, la sélection du festival touche à différents thèmes : le traumatisme (Les oubliés de La Belle Étoile, Rien à Guérir), la bipolarité (Sans cicatrice), la psychanalyse (Psy, de l’autre côté du divan) ou encore l’addiction (Je suis allergique aux fraises).

Infos:psymages.be

© Cinéart

- PAR QUENTIN MOYON -

Au sein de la rédaction de Surimpressions, nous étions les premiers déçus en apprenant le report de la sortie de Mickey 17, le nouveau long métrage de Bong Joon-ho. Pour ronger notre os, on s’est dit qu’un petit retour en arrière, aux prémices de l’œuvre d’une des figures majeures de la nouvelle vague coréenne, ne manquerait pas de cohérence...

Sorti en 1994, Incoherence est le film de fin d’études de Bong Joon-ho. De sa deuxième vie d’étudiant, lui qui a d’abord écumé les bancs des amphithéâtres de sociologie avant de rejoindre l’Académie coréenne de cinéma. Ce moyen-métrage d’une trentaine de minutes, est à la croisée de ces deux mondes, sciences sociales et 7e art, qui abondent depuis lors dans les films du cinéaste, Parasite en tête. En découle une première œuvre éminemment politique qui insiste sur le fait que “les parasites” ne sont pas ceux que l’on croit…

LES DÉBUTS D’UN GRAND CINÉASTE

rappelle que l’habit ne fait pas le moine. Voilà un professeur de psychologie qui projette ses fantasmes sur ses élèves, laissant son surmoi prendre la direction de ses actions. Un éditorialiste qui fait en sorte de faire accuser quelqu’un de vol, alors que le quiproquo est de sa faute. Ou encore un procureur qui pose sa pêche impunément sur la pelouse d’autrui. Ces trois énergumènes, destructeurs de l’espace public, se révèlent bientôt être des personnalités reconnues, vils moralistes qui écument les plateaux télés pour dénoncer les problèmes de la société… dont ils sont coupables. Hypocrisie quand tu nous tiens.

Bong Joon-Ho pose ici les jalons de son cinéma social dans lequel se mêle critique sociétale, humour noire, et piksari1. Une œuvre piquante, intelligente, dont on sort sans savoir s’il faut en rire ou en pleurer.

Au travers de trois scénettes différentes suivies par un épilogue, Incoherence se fait satire cinglante des élites coréennes, et nous

Réalisé par Bong Joon-ho (Corée du Sud, 31 minutes) avec Kim Roe-ha, Yu Yeon-su, Yun Il-ju.

PAR KÉVIN GIRAUD -

Alain Chabat, un cinéaste qui a du chien ?

C’est en tout cas ce que l’homme-orchestre du cinéma français affirme d’emblée avec son premier long métrage en tant que réalisateur, sorti avant le tournant du siècle.

Didier, succès critique et carton au box-office français en 1997, est un surprenant mélange de grandes ambitions, de pitreries cabotines et de touchantes relations humaines, porté par un des duos les plus singuliers de l’histoire du cinéma français. Au bagou et à la verve franchouillarde

de Bacri, Chabat oppose une candeur qui révèle les nuances de personnages faussement caricaturaux.

Car au détour de ce casting au pedigree indéniable, on croise des femmes d’affaires aussi puissantes que drôles, des pères attendris et des caméos espiègles, pour le bonheur de toute une génération du cinéma français. Didier, sous ses airs de comédie légère et loufoque d’un autre temps et malgré quelques stigmates de son époque, porte un propos intemporel d’une désarmante tendresse.

Un film recommandé par Valérie Lemercier, disponible sur LaCinetek en Belgique

Plateforme incontournable pour (re)découvrir les classiques du cinéma, LaCinetek est alimentée par les choix de réalisateur·ices de toutes origines, constituant ainsi un catalogue éclectique riche et régulièrement mis à jour.

En janvier, c’est la comédienne et cinéaste

Valérie Lemercier qui se prête au jeu. Humoriste, et actrice révélée par son second rôle dans Les Visiteurs, pour lequel elle remporte un César, Lemercier se tourne vers la réalisation dès 1997. Depuis, elle a signé

plusieurs longs métrages, dont le plus récent n’est autre que le flamboyant Aline, où elle interprète Céline Dion avec passion et panache.

Parmi ses recommandations, (re)découvrez Opération Corned Beef (1991), sa première collaboration avec le duo Reno-Clavier, mais aussi Young Adult de Jason Reitman (2011), avec Charlize Theron, ou - dans un autre genreSur mes lèvres de Jacques Audiard (2001), et de nombreux classiques.

Des films disponibles à la carte, ou via un abonnement à LaCinetek.

Plus d’informations sur lacinetek.com/be

© Films
Productions

En partenariat avec Anima, nous vous offrons 10 Minipass pour le festival, qui aura lieu du 28 février au 9 mars.

Grâce à ce pass, vous pourrez assister à 5 séances d’Anima, à Flagey, à Cinematek ou au Marni. Et bonne nouvelle : le pass est non nominatif, vous pourrez en profiter seul·e ou à plusieurs, pour une ou plusieurs séances de votre choix (dans la limite des places disponibles).

Pour participer, rendez-vous sur surimpressions.be/concours, entrez vos coordonnées et tentez votre chance. Le tirage au sort aura lieu le 31 janvierne traînez donc pas trop.

D’autres concours sont par ailleurs proposés sur nos réseaux et notre site web, soyez attentifs !

10 MINIPASS FESTIVAL ANIMA

Envie de réserver cet espace pour le prochain numéro ? Contactez-nous dès maintenant à l’adresse partenariats@surimpressions.be

Simon Lionnet
Thibault Scohier
Adrien Corbeel
Raissa Ay Mbilo
Katia Peignois
Julien Del Percio
Elli Mastorou
Camille Wernaers
Kévin Giraud
Quentin Moyon
Bérengère Bordet

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