Givors est une île Léonie Pondevie
En 2020, Stimultania lance un appel à projets pour une résidence de création élégamment nommée 5 étoiles. Léonie Pondevie, artiste photographe vivant à Lorient, est lauréate : elle sera accueillie 8 semaines à Givors pour développer un projet personnel. En février 2021, qu’il vente, pleuve ou neige, la photographe sillonne la ville et suit ses cours d’eau : le fleuve Rhône mais aussi les deux rivières qui s’y jettent, le Gier et le Garon. Elle marche de longues heures, photographiant les endroits, les détails, les personnes ; ramassant sur sa route des vestiges, morceaux de verre et de charbon, traces du passé industriel de la ville. En avril, Léonie Pondevie retrouve doucement ses marques. L’herbe a poussé sur les lieux visités et la lumière n’est plus la même mais sa production s’affine et un très bel ensemble photographique se dessine. Elle imagine alors un parcours, une sorte de chasse au trésor qui invite le promeneur curieux à suivre ses traces et découvrir, au fur et à mesure, des fragments cachés de l’édition finale du projet présentée sous forme d’un ensemble de cartes postales.
Résidence soutenue par le Ministère de la Culture dans le cadre du dispositif Capsule. Avec le soutien du gîte Un olivier dans les étoiles.
« Saumon » Givors est une île, Léonie Pondevie, 2021
Résidence de création portée par Stimultania Pôle de photographie
Au XIXe siècle, des fouilles archéologiques furent organisées aux alentours de Bollène. On y trouva un saumon de plomb originaire de Givors. Il n’y a aucun saumon dans le Rhône. Il y a des anguilles, des aloses, des brochets, des lottes, des achigans à grande bouche, des carpes, des gobies noirs ou tachetés et des esturgeons – avant que la construction de deux barrages ne les fasse disparaître. Mais pas de saumon. Jamais.
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Aurait-il pu aussi remonter le canal de Givors ? Ce serait anachronique. Le canal est récent dans l’histoire de Givors mais il appartient déjà au passé. Dévier le cours de l’eau, puis reboucher. Comme si rien ne s’était produit. Calquer l’A47 sur l’ancien tracé du canal. Nouvelles méthodes pour se déplacer, nouvelles routes. On pourrait reboucher le Rhône peut-être.
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Alors j’ai remonté les cours d’eau, à mon tour, pour comprendre Givors. J’y ai rencontré des vivants, qui entretiennent avec les rivières et le fleuve un lien privilégié. Ceux qui conservent les vestiges d’un temps révolu comme des trésors. Ceux qui font perdurer les traditions des anciens, du temps où le Rhône était impétueux. Ceux qui réhabilitent les rivières dont les berges ont subi les fougues de l’Homme et des éléments. Et puis tous les promeneurs qui observent en silence les changements du territoire, chacun avec son regard et son histoire.
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« Les ablettes et le barbecue » Givors est une île, Léonie Pondevie, 2021
Résidence de création portée par Stimultania Pôle de photographie
Une lueur d’argent scintille sous la surface. Je m’approche mais elle a déjà disparu, s’est évanouie dans les profondeurs du fleuve. Puis tout à coup, une myriade d’étoiles apparaît et se met à danser au rythme du courant.
Des ablettes, me dit un pêcheur.
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Un jour, sur les rives, j’ai rencontré trois mousquetaires venus du continent. Ils étaient venus pêcher l’ablette à Givors. Une armée de cannes à pêche plantées en rang d’oignons sur la berge, mais c’était l’heure des merguez. Dans un sac cabas, quelques ablettes virevoltaient encore dans un fond d’eau, maigre pêche qui suffoquait dans son étang improvisé. Elles retourneront au fleuve, il faudra survivre d’ici là.
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J’ai dit : « Il paraît qu’un pêcheur a remonté un saumon de plomb, un jour. » Mais personne n’en sait rien. Moi, je n’ai vu que des ablettes en ces eaux. Quelques chevesnes aussi et, une fois, un silure. Il s’était pris la queue par accident dans l’hameçon du premier pêcheur que j’ai rencontré à Givors. Lui aussi était retourné au fleuve. Le silure, pas le pêcheur.
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Souvent, on relache les poissons. Personne n’a oublié qu’il n’y a pas si longtemps, le fleuve servait encore d’égoût aux industries de la chimie et aux communes. À l’époque, on ne savait pas. Et on disait que les rejets étaient accidentels. Mais les Givordins, en aval, ont parfois ramassé les poissons qui gisaient le ventre en l’air. Eux n’ont pas pu oublier.
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Les anciens se souviennent des jours où ils sortaient les rames de l’eau ; elles semblaient recouvertes d’huile. On ne voyait plus le fond du fleuve. On ne voyait plus d’oiseaux non plus. Le Rhône charriait du mercure. Et aussi du plomb, du cadmium, du cuivre et des PCB, rejets du couloir de la chimie implanté en amont.
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Tous ces métaux lourds se sont progressivement insinués dans les sols, dans la vase et le sable, contaminant les poissons qui s’y nourrissent, puis les plus gros, leurs prédateurs. Les gens ont commencé à se méfier et le fleuve s’est peu à peu revêtu de rumeurs.
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Aujourd’hui encore, les doutes persistent et l’hésitation point lorsqu’il s’agit de se mettre à l’eau. Il faudra du temps aux humains pour rétablir leur confiance envers le fleuve. Les oiseaux, eux, sont revenus. Et s’il est encore tôt pour songer à manger du brochet, vous pourrez toujours tenter le mets des insulaires : une friture d’ablettes. Pour cela, il vous faudra un feu de camp rudimentaire composé de galets polis, d’une grille, et quelques merguez pour contenter les mauvais pêcheurs.
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« Drive-in » Givors est une île, Léonie Pondevie, 2021
Résidence de création portée par Stimultania Pôle de photographie
Le film de cette île n’en finit pas de se jouer. Chaque jour, son scénario est un autre, s’écoulant toujours en un sens, sous une lumière singulière. La séance de 8 h en février, ou celle de 6 h en juin, ne sera jamais la même que celle de 12 h tout le reste de l’année.
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Ce cinéma est un drive-in. On y vient en voiture et l’on s’y gare comme à Givors ; peu importe, l’écran est vaste. Peu d’acteurs, une absence de dialogue. Juste le ronronnement de l’autoroute et le murmure du fleuve pour habiller des images presque immobiles. Et puis, parfois, dans le silence des moteurs, quelqu’un laisse échapper sa propre bande sonore, cédant ses notes au fleuve et au vent.
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Regarder l’eau couler, il ne s’agit que de ça. Regarder l’eau couler depuis le quai de la navigation. Peut-être aurez-vous l’impression que le film est en boucle mais l’eau qui s’écoule ne sera jamais celle que vous avez vue hier. Et les nuages qui se désagrègent et se constituent n’auront jamais la même forme, conteront toujours les histoires de votre imaginaire.
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Lorsque le film vous aura lassé, alors il faudra repartir. Remonter la vitre de la voiture, allumer le moteur, et partir.
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Faire une courte halte à la boulangerie des oiseaux et y déposer le pain pour les volatiles, celui que vous souhaitez ; pain blanc, tradition, pain pita, pain de mie, baguette complète, au sarrasin...
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« La plage » Givors est une île, Léonie Pondevie, 2021
Résidence de création portée par Stimultania Pôle de photographie
Lorsque la pluie cesse et que le fleuve s’apaise, sur les rives un nouveau monde se dessine. C’est là que l’île de Givors se découvre, brute, sauvage, presque intacte mais toujours étrangère. Les contours de cette île, finalement, ne sont jamais les mêmes. Sans cesse bouleversés par les crues, ils n’en sortent jamais indemnes. Aucune carte n’en fut jamais établie, et ainsi aucune existence ne lui fut jamais concédée. Mais combien, combien d’arpenteurs en ont sillonné les rives ? Combien de non-insulaires y ont amarré leur navire ?
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Tendez l’oreille. Peut-être entendrez-vous la mer.
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Si vous sortez du chemin sinueux qui serpente à travers la jungle, alors vous aurez toujours l’impression d’être le premier homme à arpenter ce territoire. Sur les plages de sable gris, peut-être serez-vous le premier à marcher, à apprendre à faire le feu et construire une cabane où s’installer passagèrement. Une cabane que la crue emportera sans ménagement pour pouvoir tout recommencer.
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Sous les grands arbres, vous serez toujours plus bruyant que le reste des vivants qui peuplent sereinement les lieux et vous aurez l’impression, parfois, d’être de trop en ce petit monde qui vit en autarcie une bonne partie de l’année. Alors, le pas se fera plus léger et l’oreille se tendra pour écouter au-delà de soi. Et là, l’île se révèlera.
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La plage de Givors ne disparaît jamais vraiment. Il faut savoir être patient pour découvrir le travail rigoureux du fleuve et du temps. Et lorsqu’enfin il laisse apparaître ses trésors, tout a changé.
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Subsistent les fantômes d’un ancien monde, un royaume dont les bannières de plastique sont encore érigées dans les branches de saules. Mais surtout, la plage. Peut-être aura-t-elle migré d’une fossette à l’autre, mais ce qui est sûr, c’est que vous serez toujours l’un des premiers à voir ce sable qui rejoindra bientôt les plages de la Côte d’Azur. Et, l’avantage, c’est qu’il y aura toujours de la place où poser sa serviette.
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« Les sauveteurs-jouteurs » Givors est une île, Léonie Pondevie, 2021
Résidence de création portée par Stimultania Pôle de photographie
Ils disent du fleuve que les hommes l’ont dompté. Peut-être n’a-t-il jamais déplacé les montagnes, pourtant les anciens se souviennent de ses débordements. Certains l’ont traversé comme un rituel, achevant leur passage à l’âge adulte quelques centaines de mètres plus bas, emportés par le courant.
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Le Rhône est un fleuve qui se déplace, se dédouble parfois lorsque son lit ne lui suffit plus. L’Homme a déployé tous ses efforts pour le contenir ; enrochant ses berges, asphyxiant ses lônes, entravant son cours, déviant son chemin. Réguler le fleuve pour éviter qu’il ne nous échappe. De l’eau presque constante, jamais impétueuse, jamais absente. Tranquillisée comme l’esprit des gens.
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« Peut-être qu’un jour on s’apercevra qu’on a eu tort d’avoir confiance. Peut-être le fleuve n’a-t-il pas dit son dernier mot. » Tenez-vous à Givors et regardez Chasse. Le Rhône ne s’enjambe pas.
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On dit que les gens ne vivent plus avec le fleuve muselé. Et, désormais, rares sont ceux qui le traversent encore par ses eaux, bravant la frénésie de ses courants. Du pont de l’autoroute, le Rhône semble paisiblement bordé dans son berceau.
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De là-haut, vous ne sentirez jamais sa résistance contre les rames, ni la brûlure du bois sur vos paumes. Le Rhône n’est pas un long fleuve tranquille, et les Sauveteurs de Givors le savent bien. Mais il s’apprivoise, livre une partie de ses coutumes à qui sait l’écouter.
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Traverser le Rhône en barque, c’est défier le fleuve sans le provoquer. C’est se confronter à sa puissance, le regarder de face plutôt que de biais. Et se sentir petit, humble, reconnaissant ou impuissant. Ou bien tout à la fois.
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« Pont des fainéants » Givors est une île, Léonie Pondevie, 2021
Résidence de création portée par Stimultania Pôle de photographie
Sur le pont des fainéants, personne n’attend plus qu’arrive le travail. L’eau du Gier a coulé sous les ponts. Les roches ont roulé au fond de la rivière, cailloux polissons curieux de découvrir la mer.
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Certains affirment avoir vu un poisson bleu remonter la rivière. Personne ne s’en étonne.
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Le Gier en a vu d’autres, des légendes. On dit de sa source qu’elle est gardée par un monstre, habitée par des fées dont les paillettes ont rendu fous certains hommes. De ses eaux, qu’elles sont si pures pour la teinture qu’à une époque, la rivière charriait chaque jour une couleur différente. La soie noire était la spécialité des teinturiers de Saint-Chamond, bien en amont de Givors. Alors, forcément, mille couleurs ça laisse des traces.
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Aujourd’hui, la rivière est redevenue limpide comme le verre qui a longtemps été produit sur ses rives. Sa mémoire industrielle repose sous un lit de galets et de roches. Personne n’a plus jamais vu de poisson bleu.
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Mais peut-être que les castors font encore des barrages dans l’espoir d’en attraper un.
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« Les orpailleurs » Givors est une île, Léonie Pondevie, 2021
Résidence de création portée par Stimultania Pôle de photographie
J’ai erré sur les bords du Gier. J’aurais voulu qu’une aurore dorée scintille et s’offre à mon regard. La terre, au fil du temps, montre peu de secrets, cachant tous ses bijoux. Peut-on trouver de l’or sans même se baisser ?
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On dit que l’or a fait son nid dans les eaux du Gier. Quelque part sous la surface, dans les recoins de la rivière, il s’est accumulé. Des paillettes, fragments de montagne désintégrée, roches arrachées à la terre et rongées par le temps, ont glissé dans la vallée, s’éparpillant ça et là au gré des courants et des obstacles.
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Pour en prédire les dépots, il faut apprendre à lire l’âme de la rivière. Il faut comprendre la manière dont l’eau s’écoule et charrie avec elle les espoirs de l’orpailleur. Puis, en explorer les courbes, là où la rivière est contrariée et où le courant ralentit.
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Debout, l’eau jusqu’aux molets, se courber sans jamais savoir à l’avance ce que l’on va trouver, puis ausculter patiemment le lit de la rivière. Gratter, retourner, tamiser.
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À beaucoup, la rivière a vendu ses rêves dorés qui font pâlir le soleil. Cueillir une paillette du bout de son doigt, c’est chasser la promesse d’une vie changée, quelque chose bien au-delà des rêves de fortune que poursuivent les orpailleurs.
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Aujourd’hui, l’industrie aurifère ne s’alimente plus de cet or libre qui dévale les rivières. Il y a longtemps que les hommes rongés par la fièvre ont recueilli les amas que l’action des eaux et des siècles avait libérés. Mais certains cherchent toujours, parmi tous les ors qui courent le monde, la pépite qui bouleversera leur existence.
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Et sur les berges du Gier, désormais, on ne croise plus aucun homme au chapeau, la batée et la pelle sous le bras. Mais les nouveaux orpailleurs grattent aussi. Non pas la roche et le sable, mais les Cash, Banco, Black Jack, Loto, Millionnaire... tandis que sur les rives, s’amassent les tickets de leurs désillusions et que roule, roule l’or au fond de la rivière.
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« Stimultania » Givors est une île, Léonie Pondevie, 2021
Résidence de création portée par Stimultania Pôle de photographie
Givors est une île qui s’ignore. Ni secrète, ni fantasmée.
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Je viens du continent. J’ai traversé le fleuve, plusieurs fois, accompli le voyage initiatique. Traverser le Rhône à Givors, c’est traverser un océan et entrer en terre nouvelle. Depuis le large elle demeure impassible à l’horizon, frangée de rives sauvages et mystérieuses où venir échouer son navire ; les légendes ont fait d’elle une insulaire.
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Elle est à la fois l’éden et le monstre. On la rêve ou on rêve de la quitter. Car à Givors, il faut prendre pied, il faut y prendre essor, et s’éloigner. À la fois s’en aller et rester.
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Givors, fût un temps, a produit des rêves de fondation, des fantasmes de renouveau, de recréation du monde. Certains sont venus de loin pour s’y installer. Car cette île est le lieu de tous les possibles. Elle est un point d’ancrage pour ceux qui l’habitent et la vivent. Faire comme à Givors, c’est faire son île.
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Givors est une terre à re-conquérir. Un monde à part où les espaces contraires cohabitent et où les eaux se mélangent. Où le frémissement de l’autoroute se mêle au ronronnement des peupliers. Ici, il faut prendre le temps de le laisser s’écouler. Car dans les lônes, à l’ombre des saules, il peut se suspendre.
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Et là, le fleuve longtemps muselé se met à parler. Il vous apprendra comment cirer les galets, vêtir les arbres de riches étoffes de plastique et inventer des plages. Il vous racontera le cri du milan noir, le scintillement des ablettes, l’attente du pêcheur, la caresse des sisselandes, la fougue, les barrages, la fonte des glaces, la violence, la formation du sable, les industries et les trésors ensevelis.
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Mais il ne vous parlera jamais de la quête perdue du saumon de Givors.
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On dit que le fleuve permet aux êtres des profondeurs maritimes de remonter loin dans les terres. Tous viennent et reviennent à Givors.
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Il faut attendre la décrue pour que des horizons engloutis apparaissent. Le fleuve a tout emporté sur son passage, ne laissant que des terres vierges et fertiles où construire son île.
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