EXPÉRIMENTATIONS SPLENDIDES Le magazine des utopies et photographies citoyennes
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orsque Stimultania lance, en juillet 2016, le magazine Expérimentations splendides - dont le nom, trouble et poétique, résonne avec le concept même de création dans sa définition la plus brute - son intention est claire. Il ne s’agit pas de lancer, sur le marché des éditions indépendantes, un magazine concurrent traitant de la photographie et bien moins expérimenté que ses aînés Camera, fisheye, Polka, de l’air, 6Mois, etc., mais bien de proposer un espace éditorial pionnier qui interroge une nouvelle forme de création : les photographies produites collectivement par des artistes professionnels et des publics participants amateurs. La politique de Stimultania, assumée et assurée dans la prise de risques, a accordé à l’équipe une grande liberté d’action dans cette nouvelle édition du magazine. Prolongeant l’expérience du numéro 0, Expérimentations splendides élargit son territoire d’observation et s’ouvre à une production rhizomique, offrant des cartes blanches et des tribunes à des contributeurs invités. Ce magazine se veut et se pense dans son développement comme un espace de réflexion sur la production d’œuvres collectives et le positionnement de l’individu dans la société.
Expérimentations splendides fonctionne sur un principe simple : donner la parole sans juger de qui peut avoir à la prendre. En d’autres termes, Expérimentations splendides prône l’émancipation des individus et leur impérative prise de position. En offrant la publication de leurs photographies et de leurs mots et en invitant d’autres individus à raconter ce qu’ils y voient, le magazine est une « grande table » dont les échanges, tragiques ou utopiques, n’ont qu’un seul mot d’ordre : « vigilance ». Céline Duval Ce numéro n’aurait pas pu être fabriqué sans le soutien des lecteurs, de la Région et de la DRAC Grand Est. Un grand merci.
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Tribune Les droits culturels, un enjeu de politique publique démocratique
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Par Christelle Blouët
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Dossier
ÉCOUTEZ NOS MÉMOIRES 08 Couches de souvenir
Benoît de Carpentier et 14 CAP
22 En sortant de la caverne
Par Sarah Gay
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La place de l’art
Supplément
VIRILITÉ ET ÉMOTION
66 J’étais loin de m’attendre
25 La trace
Benoît de Carpentier et quinze hommes incarcérés
Par Ludmila Safyane
26 More Sweetly Play the Dance
76 In praesentia
32 LES PLUS
86 Play again
Plein cadre
91 L’émotion : plafond de métal
L’OUVRE MONDE
92 LES PLUS
Melania Avanzato et 18 premières STI2D
William Kentridge
Joseph Gallix, 5 jeunes patients et 18 élèves
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Tribune Par Jean-Marie Hordé
Par Gérard Macé
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LA MAISON DE LA PHOTOGRAPHIE ROBERT DOISNEAU
Regarder le monde jusqu’à l’émerveillement
Naohiro Ninomiya et 24 premières Bac Pro
14 Primitifs
Carte blanche
En prison
Po Sim Sambath
Par Céline Petrovic
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46 Le détenu, le chercheur et l’artiste Par Fabienne Swiatly et quinze hommes incarcérés
50 Dans la tête d’un char Par A.
52 Échappées provisoires Par Laure Canaple
ARACHNIMA
La tournée et l’algéco
Par Baptiste De Reymaeker
48 Villes inventées
Carte blanche
Par Laurence Fort et les artistes
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ATELIER Photographie langue d’intégration
WORKSHOP Rendre l’appareil
100 ATELIER
À quoi tu joues ?
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REGARD SUR UNE IMAGE Le mur de dos
102 ÉDITIONS Expérimentations splendides # 1
Tribune
Les droits culturels, un enjeu de politique publique démocratique Par Christelle Blouët Coordinatrice du Réseau culture 21
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es droits culturels sont des droits de l’homme. L’enjeu de ces droits est de reconnaître aux personnes la liberté de choix de leurs références culturelles et l’égale dignité de ces références. Patrice Meyer-Bisch, philosophe qui œuvre pour leur développement depuis la fin des années 80 avec le groupe de Fribourg (Suisse), défend l’idée que les droits culturels sont les leviers des autres droits de l’homme. C’est par l’appropriation d’une grande diversité de savoirs, librement choisis, qu’une personne est en mesure d’accéder à l’ensemble de ses autres droits, économiques et sociaux, politiques et civils, de les exercer et les développer. L’indivisibilité et l’interdépendance de l’ensemble de ces droits protègent des dérives. Nul ne peut revendiquer une pratique culturelle comme un droit si elle porte atteinte aux autres droits de l’homme. Le développement des droits fondamentaux fonde une démocratie. L’enjeu du développement des droits culturels est donc un plus grand développement démocratique de nos sociétés. La régression des libertés progresse dangereusement aujourd’hui. Les droits culturels nous permettent un travail en profondeur pour conscientiser les conditions de nos libertés. UNE APPROCHE POLITIQUE GLOBALE
Les droits culturels permettent une approche globale de la politique publique. Ils ouvrent la politique culturelle au-delà d’un secteur restreint aux arts, aux lettres et aux patrimoines tout en les incluant. La notion de « culture » y est comprise au sens large et fondamental, recouvrant « les valeurs, les croyances,
les convictions, les langues, les savoirs et les arts, les traditions, institutions et modes de vie par lesquels une personne ou un groupe exprime son humanité et les significations qu’il donne à son existence et à son développement » (art. 2a, Déclaration de Fribourg sur les droits culturels, 2007). Cette définition nous permet de sortir d’une approche restreinte de la culture (arts, lettres et patrimoines) et des simples logiques « d’accès » ou « de consommation » au profit d’une compréhension des droits, libertés et responsabilités de toute personne de participer à la connaissance, à la pratique, à la diffusion et au développement de ressources culturelles, des plus quotidiennes aux plus exceptionnelles. Jusqu’ici, les croisements de la politique culturelle avec d’autres politiques se faisaient plutôt en juxtaposant des démarches, chacun gardant son référentiel métier. Les droits culturels offrent la possibilité de fonder l’action sur un référentiel commun qui constitue une véritable éthique de l’action publique. Cela permet de construire tout à fait autrement la transversalité tant appelée des vœux des collectivités. Le cloisonnement a produit beaucoup de gaspillage d’énergie et de moyens : les droits culturels invitent à penser en termes de synergies. Lorsqu’on construit une politique culturelle dans une ville, l’ensemble des directions sont concernées, du social à l’aménagement du territoire, de la jeunesse à la santé. Il ne s’agit pas seulement d’y développer des actions culturelles à telle ou telle occasion pour les rendre « conviviales et festives », mais de penser l’adéquation des services publics développés aux personnes
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concernées, leur permettant de nouer des relations avec les valeurs et les références qu’elles portent. On perçoit bien l’ampleur de l’enjeu de reconnaissance que cela comporte. C’est à cette condition que les politiques publiques peuvent être inclusives. Plus spécifiquement, pour les missions des institutions et associations culturelles, notamment dans un contexte de création artistique, la question qui se pose est celle de la contribution de ces missions au développement démocratique de la société. Dépassant l’idée « de l’accès à » ou même « de la participation à » c’est bien dans la posture « d’acteur de » que nous devrions penser la place de chacun. Il s’agit de considérer les conditions développées dans les projets pour que cela donne du sens à ce qui sera vécu, que l’on soit artiste, public, programmateur ou un autre acteur en présence. Cette pleine participation active la dynamique de réciprocité recherchée. DÉPLOYER LA COMPRÉHENSION DU CULTUREL Les travaux du groupe de Fribourg permettent de se saisir concrètement des droits culturels. Ils ont permis de rassembler et de clarifier ces droits éparpillés dans les textes internationaux : Déclaration des droits de l’homme, Pactes des Nations unies et de nombreuses autres conventions internationales, des droits de l’enfant à l’interdiction de la torture. La Déclaration de Fribourg publiée en 2007 est un texte de la société civile qui définit ainsi huit droits culturels avec des contenus précis. Le premier d’entre eux parle d’identité. Il s’agit de reconnaître à chacun la liberté de choisir ce qu’est son identité, de la
— Reconnaître la diversité des références culturelles dans lesquelles les personnes trouvent du sens leur permet de mieux interagir avec le monde et d’enrichir leur propre milieu. — construire et de pouvoir être reconnu à travers cela. Ce n’est évidemment pas d’une identité figée dont il est question mais d’une dynamique à travers laquelle les références culturelles d’une personne vont se constituer et évoluer au fur et à mesure de son parcours de vie. La seconde notion de diversité culturelle permet de nourrir cette construction identitaire. Reconnaître la diversité des références culturelles dans lesquelles les personnes trouvent du sens leur permet de mieux interagir avec le monde et d’enrichir leur propre milieu. Certaines de ces références ont une valeur patrimoniale. Dépassant largement l’acception institutionnelle du terme, il s’agit de considérer les personnes comme légitimes à exprimer leurs héritages et les transmettre. Dire ce qui fait patrimoine pour soi permet de participer ainsi pleinement à son interprétation. Toutes ces interactions se déroulent au sein de communautés d’appartenance. Le droit de choisir sa (ses) communauté(s) permet aux personnes de définir comment elles sont reliées les unes aux autres et quel commun elles entendent préserver et développer. Ce droit précise aussi que les personnes peuvent librement choisir de se détacher d’une communauté. Reconnaître cette liberté d’appartenance permet de lutter contre de nombreuses assignations. Tout cela implique le droit de participer à la vie culturelle. Ce droit permet d’observer comment les personnes sont vraiment actrices de ce qui se joue pour elles. À quoi prennent-elles part ? Qu’apportent-elles ? De quoi bénéficientelles ? Le droit à l’éducation et à la formation permet le développement des ressources cultivées par les personnes et permet de reconnaître comment chacune d’entre elles est porteuse de savoirs à partager. Il s’agit alors de s’interroger sur les ressources en présence et l’organisation de la réciprocité dans les interactions. Le droit à l’information et la communication permet d’observer les flux d’information dans nos processus de travail. Comment chacun a-t-il le droit d’être producteur d’information ? Comment les conditions sont-elle réunies pour que cela soit possible ? Comment
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les personnes peuvent-elles corriger les informations erronées si cela s’avérait nécessaire ? Enfin, une question qui occupe le cœur du débat pour beaucoup, le droit à la coopération. Quels types de partenariats et de gouvernance sont organisés ? Comment travaillet-on ensemble ? Les conditions qui le permettent sont-elles démocratiques pour que chacun puisse prendre place, véritablement ? Analyser une action publique au regard de ces huit droits culturels tels que les définit Fribourg est très éclairant pour valoriser en premier lieu comment ces valeurs fondamentales sont à l’œuvre dans nos actions mais évidemment aussi pour identifier ce qui peut être amélioré en matière de respect des droits des personnes. RELEVER LE DÉFI DE TRADUCTION DE CES DROITS DANS LES PRATIQUES PROFESSIONNELLES Les droits culturels ne définissent pas ce qui doit être fait en tant que « résultat » mais comment il nous faut développer le travail en commun. Toute action peut ainsi développer les conditions pour la réalisation des droits culturels des personnes. L’association Réseau culture 21 que je coordonne a développé, depuis 2012, avec l’Observatoire de la diversité et des droits culturels de Fribourg, une démarche d’analyse de pratiques au regard des droits culturels nommée Paideia. Nous avons ainsi accompagné de nombreuses collectivités et quelques structures dans ce cheminement. Plus de 350 analyses de cas ont été réalisées par les acteurs impliqués dans tous les domaines de l’action publique. Ces analyses de cas ont plusieurs vertus. En premier lieu, elles rendent visible le travail accompli et le valorisent. Dans un second temps, elles mettent en lumière les marges de progrès à accomplir, font prendre conscience des manques et des oublis, parfois même des violations. Les analyses de cas permettent ainsi de décrire comment se passent les actions et ce qui s'y passe dans la prise en compte
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des droits des personnes impliquées. Cette interrogation ne concerne pas seulement le public, mais les porteurs de projets eux-mêmes, ainsi que leurs partenaires. En effet, contrairement à ce qui était attendu en termes de constat sur « la participation du public », les analyses ont mis davantage l’accent sur le sens du travail et sur la qualité des conditions données aux personnes pour le réaliser. Dans ce contexte, la peur exprimée par les milieux culturels professionnels de se voir discuter leurs prérogatives et de perdre la reconnaissance de leur expertise par la faute des droits culturels prête à sourire. Les analyses de cas l’ont puissamment démontré : les droits culturels invitent à reprendre en main l’écosystème des actions et se poser la question de la place de chacun dans ces écosystèmes, y compris donc de la reconnaissance des compétences et de l’expertise des professionnels comme une valeur précieuse à défendre. L’unique focalisation sur la question du « destinataire de la politique publique » entendu comme « le public » oblitère ces écosystèmes. La participation n’impose pas que tout le monde soit appelé à la table de la discussion de manière équivalente. Il s’agit en revanche de ne plus être affranchi de se poser la question : quelle place réussit-on à donner à chacun et quelle place chacun réussit-il à prendre en étant pleinement respecté dans ses références et ses valeurs, publics comme professionnels de l’action publique ? UNE ATTENTION DE TOUS DANS TOUS LES DOMAINES DE L’ACTION PUBLIQUE Tenir un discours sur les droits de l’homme et les droits culturels ne garantit malheureusement pas la réalité d’exercice de ces droits. Cette responsabilité est dévolue à chacun d’entre nous et doit être continuellement observée avec attention. L’affirmation de ce levier pour développer l’ensemble des droits fondamentaux doit amener le politique et les acteurs à s’en saisir du mieux qu’ils peuvent à l’endroit où ils peuvent agir, du micro au macro. Si ces droits sont l’objet de malentendus,
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de manipulation ou de contresens, nous sommes tous garants d’en faire progresser la compréhension et surtout la réalité de prise en compte. C’est une responsabilité individuelle et collective, une acculturation nécessaire mais progressive. Les terrains sont loin d’être vierges et des pratiques expérimentées permettent d’en illustrer la prise en compte. Dans le secteur des arts plastiques, les écoles d’art semblent un excellent lieu de cette observation. La pédagogie qui s’y déploie de longue date mobilise les ressources propres des étudiants, les amène à construire une argumentation étayée de leurs travaux à partir des références qui font sens pour eux. C’est une illustration pertinente de la prise en compte de ce que chacun peut apporter et de la place que chacun peut occuper. Cette inspiration permettrait de nourrir l’ensemble des mouvements pédagogiques d’une approche pertinente des droits culturels. Dans de nombreux autres secteurs de l’action publique, les travaux d’analyses de pratique de la démarche Paideia ont illustré leur pertinence. L’accompagnement à la périnatalité en constitue un exemple très parlant. Les sages-femmes de PMI mettent en évidence la difficulté de prise en compte des diversités culturelles dans les protocoles de soin. Le besoin de formation des professionnels médico-sociaux à l’interculturalité y apparaît comme une priorité pour développer une posture de dialogue et d’échange. Dépassant l’idée de convaincre l’autre de se départir de ses valeurs quand on les jugerait trop éloignées de celles du soignant, cet éclairage conduit à privilégier le droit à l’information qui permet aux femmes d’exercer librement leur choix. Dans le domaine délicat de la protection de l’enfance, la méthode de la conférence familiale provenant du peuple maori, utilisée dans plusieurs pays européens et au Canada, permet de développer un contexte très adapté au respect des droits culturels.
Avant tout placement d’enfant, une communauté familiale élargie est mobilisée autour de l’enfant pour élaborer un plan d’action qui permet de résoudre la problématique rencontrée par la famille. C’est le groupe ainsi constitué qui va trouver ses propres stratégies. Les travailleurs médico-sociaux sont là pour faire le lien avec l’institution mais restent extérieurs à l’élaboration du plan d’action de la famille. Les professionnels sont en position de maïeuticiens et non comme détenteurs de la solution. L’objectif n’est plus de répondre à un besoin mais de développer les capacités des personnes. De retour au domaine de la création, nous pouvons citer le projet de la plasticienne Jane Motin dans le département de la Manche. À partir d’un carnet de récits d’exode de son grand-père, le projet Jean, 15 ans en 44 a développé un réseau de coopérations culturelles qui ont permis de faire passer le projet de récit d’une « petite histoire » à une véritable médiation sur « la grande Histoire » et sur les conditions de la migration aujourd’hui. Des collégiens, les Archives départementales, Manche tourisme ou encore Manche numérique ont apporté leur part dans la construction d’un projet artistique de territoire qui a su maintenir dans ce contexte très contributif une singularité et une exigence artistique forte. De manière plus globale, les droits culturels constituent le fondement de la définition des politiques publiques. La ville de Saint-Denis et le département de la Manche se sont prêtés à l’expérience en écrivant leur projet culturel à partir des analyses de cas collectés dans les pratiques des acteurs de leurs territoires. Une grande diversité d’analyses ont été écrites sur des sujets très variés allant du pass culture-jeunesse à la foire des savoir-faire, de l’inscription au conservatoire à des projets de création dans un Centre dramatique national ou à la ferme, d’un dispositif d’accessibilité pour une abbaye à l’élaboration du magazine départemental, ou encore d’une ligne de bus « découverte » au développement d’un fab lab itinérant.
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Élaborées à partir des enseignements de ces analyses, ces nouvelles politiques publiques déclinent chacune des orientations comme autant de logiques d'action pour développer de manière transversale à la collectivité le respect des droits fondamentaux de chacun. Les documents produits déclinent les enjeux, les problématiques et les types de propositions à mettre en œuvre dont chaque acteur doit s’emparer. Outil d’animation au service du développement culturel dans le respect des droits humains, ces projets ont pour ambition d’amener progressivement les acteurs vers une autoévaluation et une implication plus grande dans le développement démocratique. La démarche Paideia a instauré des espaces de travail inédits basés sur la confiance, le recul critique et l’expérimentation. L’importance d’une telle fonction « recherche et développement » au sein de tous types d’organisation n’est plus à démontrer mais la mise en œuvre des projets élaborés, comme la capitalisation des résultats obtenus ces cinq dernières années, restent à développer largement. Les prochains rendez-vous de travail sur les différents chantiers sont aussi largement ouverts à toutes contributions et mises en lien. Nous avons un grand besoin de mettre en réseau les différentes démarches engagées sur le sujet pour concourir de manière plus efficace au développement de l’effectivité des droits culturels dans nos politiques et dépasser les simples déclarations d’intention sur la mise en œuvre des droits culturels, aussi enthousiastes soient-elles ! Infos Christelle Blouët est fondatrice et coordinatrice du Réseau culture 21. Association indépendante créée en 2009, Réseau culture 21 inscrit ses travaux dans la promotion de la diversité et des droits culturels dans l’ensemble des politiques publiques en s’appuyant sur l’Agenda 21 de la culture et la Déclaration de Fribourg. Il accompagne les collectivités dans un travail d’ouverture de la notion de culture dans son acception la plus large, de son appropriation par les acteurs de tous champs sectoriels et de sa traduction dans les actions et les dispositifs de politiques publiques culturelles, sociales, éducatives ou d’autres domaines.
Dossier
ÉCOUTEZ NOS MÉMOIRES V
ainqueurs et vaincus, rois et naufragés, les hommes avancent. Dans leurs mémoires, langues et pays se mêlent. La question de l’identité, si sensible, contée sur le devant des théâtres, des cinémas et des librairies, brûle les veines. Nous sommes arabes, harkis et portugais, iraniens et kosovars. La photographie, dans ce dossier, ne capture pas le temps mais chante la mémoire des hommes. La première création porte sur le devant de la scène des tuniques, sweats et t-shirts, vêtements-peaux échangés ou conservés. Signes sans doute anecdotiques, mais mémoires d’une génération en quête. La seconde création est un rite de passage. Les portraits de ces jeunes gens de l'ÉREA de Chambéry grondent d’une sourde résistance. Leurs regards ont la force de ceux que ne peuvent avoir que des chefs tribaux, passeurs des héritages. William Kentridge vient mettre ce dossier en musique avec la fanfare joyeuse de More Sweetly Play the Dance, les poèmes de Gérard Macé lui répondent et leurs souffles puissants convoquent le politique.
ŒUVRES COLLECTIVES
08 Couches de souvenir 14 Primitifs Givors, décembre 2016
Chambéry, novembre 2016
(EN RÉSONANCE)
22 En sortant de la caverne 25 La trace 26 More Sweetly Play the Dance Par Gérard Macé
Par Ludmila Safyane
William Kentridge
32 LES PLUS
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Couches de souvenirs Naohiro Ninomiya et 24 premières Bac Pro accompagnement, soins et services à la personne
Expérimentations splendides # 1
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Dossier
ĂŠcoutez nos mĂŠmoires
Couches de souvenirs
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Dossier
écoutez nos mémoires
Couches de souvenirs
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uand on sait le poids des mémoires, il devient plus difficile de jeter les vieux vêtements. Les vêtements qui ont vécu longtemps gagnent l’autonomie d’un personnage. »
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Naohiro Ninomiya
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Dossier
écoutez nos mémoires
Couches de souvenirs
Lycée Casanova, Givors (69), décembre 2016. Naohiro Ninomiya, photographe japonais vivant à Strasbourg, invite les jeunes gens à faire le portrait photographique et littéraire d’un de leurs vêtements et à chercher les souvenirs cachés dans les plis des tissus. D’abord, fouiller dans les armoires. Sentir le potentiel, revenir à l’origine. Chacun ramène ce qui lui est précieux. Puis, dans le respect du protocole instauré par le photographe et les élèves, sous les lumières chaudes du studio, les vêtements posent. Ils se transforment en de drôles de mues. Des mots sont écrits, ils racontent les vêtements. Récits fictifs ou réels, très objectifs ou sensibles, ils sont lus et enregistrés par les jeunes gens. « Je me souviens, j'étais en Turquie parmi des milliers de semblables » commence l'histoire du sweat d'Ozlem. L’artiste réalise alors des portraits de chaque jeune, usant d’un professionnalisme solennel qui les impressionne fortement. Les visages fragiles sont projetés sur les vêtements et forment une pellicule de souvenir, une présence floue, vaporeuse et incertaine.
Étranges créatures désarticulées, les vêtements sont à la fois objets et empreintes, présences et absences. Ils portent la trace d'une mémoire individuelle impalpable. « J'étais là, parmi les autres. J'étais posé sur une table en plein soleil, attendant que quelqu’un me remporte et trouve ainsi une personne digne de me porter. Je me souviens de la chaleur, de l'impatience à rencontrer le gagnant de la course. Lorsque celle-ci arriva, une sensation de liberté. Je me souviens qu'une personne, petite mais rapide, me prit dans ses bras et m'enfila. Il m'avait gagné, il ne voulait plus me quitter ». Geoffrey
Plus d’infos page 32
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Primitifs Benoît de Carpentier et 14 élèves en CAP métiers de la mode, de la blanchisserie industrielle, agent polyvalent de restauration
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Dossier
écoutez nos mémoires Primitifs
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REA Amélie Gex, Chambéry (73), novembre 2016. « Faire appel à l'homme sauvage » : tel était le point de départ de cette intervention de trois jours en - presque - haute montagne. Les semaines précédant la rencontre, dans les massifs vosgiens, Benoît de Carpentier se prépare : il collecte patiemment des matériaux de toutes sortes. Dans son travail personnel tout comme dans ses interventions, l’artiste traite, avant tout, de la matérialité et de la picturalité de la photographie. « […] L’œil est alors aux aguets, bat la campagne, balaye, sélectionne. Un temps privilégié où le regard est concentré, cherchant, fouillant dans l’environnement, l’élémentaire, le primordial, le primitif. […] Aller soi-même faire sa récolte. Se retrouver au bord du ruisseau, s’accroupir, sortir son couteau pour couper les joncs. Lier les fagots, puis les mettre sur le dos. Réaliser soudainement que ces gestes sont vieux comme le monde et réactivent comme une ancienne mémoire corporelle, primitive. »
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Dossier
écoutez nos mémoires Primitifs
Le jour J, l’artiste débarque à Chambéry la voiture remplie de plantes, de tissus, d’os et de bois. « Déchargement de la voiture. Tout le monde aide généreusement. Au sol, la salle se remplit rapidement d’un joyeux chaos et on découvre progressivement le contenu du chargement. On ouvre les sacs, on s’étonne, on est surpris, on s’esclaffe. On touche les matières avec attirance ou rejet. On rit. […] La salle se transforme, s’habille de matières diffusant dans l’espace une odeur d’étrangeté. On dirait que le dehors se retrouve dedans. » Avec cette matière, les jeunes gens fabriquent l’apparat de l’autre. Chacun pose avec ce qui a été conçu sur mesure. Adèle assure le maquillage avec une virtuosité surprenante. Devant l’appareil, les jeunes prennent confiance, ils s’imposent. Il s'agit de trouver en soi l'homme ou la femme « sauvage ». Un écho des origines et des mémoires.
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écoutez nos mémoires Primitifs
« Quand Lindsay s’installe devant l’objectif enveloppée de tulle rouge, la couleur irradie. Quelle est la complémentaire du rouge ? On cherche les herbes vertes, on les suspend, on les dispose derrière elle. […] Progressivement une sorte de tanière se crée. Mais, Lindsay, c’est aussi une forte présence. Une guerrière ? Assurément. Un chef ? On n’est pas loin. Les herbes ne suffisent plus pour animer le repaire d’un tel être. Où sont les trophées, les butins ? On récupère les os, crânes, mâchoires, bois de cerfs et cornes pour les accumuler sur le fond. La prise de vue commence. La guerrière légèrement voûtée se redresse, ses épaules s’élargissent, sa tête s’ajuste dans le prolongement de son axe, son regard est pénétrant. Soudainement, vous vous sentez regardé. »
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Dossier
écoutez nos mémoires Primitifs
« À tour de rôle, jusqu’au lendemain, passent treize guerriers, chefs, princesses, reines, chamans : Faresse, Burak, Léo, Liam, Pierre, Charline, Shéryl, Céline, Lise, Maria, Anaïs, Lindsay et Adèle. Treize portraits proposant un inventaire d’êtres nouveaux, primitifs, poétiques, réels. » Benoît de Carpentier [extraits du journal de bord] Plus tard, après l'expérience, certains parlent de honte, de malaise, d'autres de puissance et de force. L'un dit qu'il s'est cru chasseur, celui-là qu'il était quelqu'un d'autre. Qu'il se sentait sauvage, que c'était bien.
Plus d’infos page 32
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En sortant de la caverne Par Gérard Macé
PAS FACILE DE LAVER L’ÂME D’UN ROI MORT. MOINS FACILE ENCORE QUE LAVER LES PIEDS D’UN DIEU. IL FAUT RASSEMBLER UNE VAISSELLE D’OR, PUIS REMONTER LE COURS DE SA VIE EN RECUEILLANT LES LARMES DES SERVITEURS. LAVER LE LINCEUL NE SUFFIT PAS, IL FAUT PARLER, PARLER CAR LA PAROLE A PLUS DE POUVOIRS QUE L’EAU CLAIRE.
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Dossier
écoutez nos mémoires (EN RÉSONANCE)
JE VIS PARFOIS DANS UNE RÉGION LIMITROPHE, UNE RÉSERVE DU TEMPS OÙ LES INDIENS ONT PLANTÉ LEUR TENTE EN FORME DE PYRAMIDE. DES SIGNAUX DE FUMÉE S’ACCROCHENT AUX NUAGES, ÉPHÉMÈRES HIÉROGLYPHES. UN CRÂNE DE BISON LEUR SERT DE SPHINX, EN SOUVENIR DES TROUPEAUX QUI DÉFERLAIENT AUTREFOIS DANS LA PLAINE, ET QU’ILS ESPÈRENT RETROUVER DANS LES PRAIRIES DE L’AU-DELÀ.
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- RACONTE-NOUS L’HUMANITÉ PENDANT QUE TU VERSES LE VIN. LA SORTIE DE L’AFRIQUE ET LES ROIS MAGES, LES DATES DES MAUVAISES RÉCOLTES ET LA LISTE DES PÉCHÉS VÉNIELS, LES RUINES ET LES ESPOIRS DÉÇUS. - ABANDONNE LE NOM DE L’HOMME ET DANS LE LABYRINTHE DE TON FOR INTÉRIEUR, APPRENDS À PARLER COMME ON RÉPOND AU SPHINX.
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écoutez nos mémoires (EN RÉSONANCE)
La trace Par Ludmila Safyane
Voilà. Tu le voulais le rôle. Tu le voulais tellement. Prendre ma place. C’était le rôle de ta life, tu le voulais à fond et te voilà à terre maintenant, c’est comme ça. Il ne pouvait y en avoir qu’une. Toi ou moi. C’est moi qui reste. C’est moi qui tchatche maintenant et toi tu fermes ta grande gueule et la bande m’écoute et je suis leur cheffe. Toi tu es au sol, dans le sol, tu disparais déjà, tu deviens goudron, magma, un truc de vieux qui sent le moisi. T’es morte. Et moi je reste. Pourtant, tu t’es bien battue, j’avoue, comme une lionne de la tèce. Respect. J’ai perdu quelques mèches à l’arrière et gagné une trace sur la joue droite. Éphémère. Tout ça, dans quelques jours on n’en parlera plus, comme toi. Éphémère, tout ça, ce sera du passé, tu seras le passé. Et moi je reste. Je tiens le sceptre et je te regarde. Éphémère, ça te va bien, Éphémère. Ah, tu fais moins ta belle maintenant. J’t’ai vue, j’t’ai vaincue, t’as perdu. Bing ! Bang ! J’ai récupéré le gros lot : la pelure de mouton, les colliers et surtout le micro en bois sculpté. Je kiffe. On dirait un mix de Koh-Lanta et de la Nouvelle Star. Je ne vais pas rester, Éphémère, la bande m’attend. Ils comptent sur moi pour les guider maintenant, je suis leur cheffe. Je dois leur raconter l’après. On va partir, loin, on va te laisser là, Éphémère, on va laisser la tèce, le béton désarmé, y’a plus personne ici, ça craint grave, y’a plus que nous, la bande, moi. Et toi qui disparais déjà. On ne va pas rester, Éphémère, on va suivre la zik des coquillages. Et comme c’est moi qui porte le collier, je dois bien les écouter, les coquillages, me concentrer, comprendre leurs voix qui nous mèneront jusqu’à la mer. On va marcher longtemps, longtemps. Peut-être même qu’on n’y arrivera pas, mais au moins on aura essayé. Comme toi, Éphémère, quand tu voulais le rôle. On va quand même se battre. Jusqu’au bout. Infos Texte écrit lors de la formation « Faire parler le passé » animée par Stimultania et la Délégation Académique aux Arts et à la Culture de Lyon, dans le cadre du Plan Académique de Formation, collège Jean Charcot, Lyon, janvier 2018.
Et puis, tu sais, peut-être, que de temps en temps, j’te promets rien mais j’dis peut-être, des fois, en passant la main sur ma joue droite, si jamais il reste une petite boursoufflure comme une cicatrice, peut-être que ça m’arrivera alors de penser à toi, Éphémère. Et puis, tu sais, si jamais c’est le soir et qu’on est arrivé à la mer, alors on s’assiéra dans le sable. Il sera tiède. Peut-être qu’il y aura des nuages jaunes dans la nuit du ciel et des oiseaux bizarres. Je tiendrai le micro d’ébène, droit devant mon visage. La bande m’écoutera et je dirai des trucs. Je dirai la vie de quand on était petits, la cité, les autres disparus, le vide. Alors peut-être que je raconterai aussi l’histoire d’une lionne qui un jour devint goudron.
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