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Un paquebot uebot ancré ancré entre d deux cours d’eau 3


Un paquebot ancré entre deux cours d’eau

L’Arve industrieuse et trouble s’y jette dans le Rhône, majestueux autant qu’indifférent : c’est la Jonction. Un nom chargé de sens et de symboles, qui évoque l’union, la réunion, la réconciliation. Et comme les mots ne sont jamais innocents, l’histoire est venue concrétiser cette promesse, mais non celle de la sérénité qu’impliquerait la concorde recouvrée ; il y a eu là, en ces anciens terrains maraîchers happés par la ville, une rencontre de forces contraires, un équilibre d’énergies humaines faisant miroir aux eaux vives de l’Arve absorbées par la quiétude du cours rhodanien.

Là où régnaient les plantaporrêts – planteurs de poireaux – grâce à l’apport d’eau de la puiserande – machine d’irrigation – vinrent en effet se heurter le monde ouvrier et les capitaines d’industrie. Un peu comme l’Arve savoisienne, catholique, populaire et agitée, se voyait domptée par le puissant Rhône sous sa lisse figure quasi calviniste, les travailleurs suisses ou étrangers comprirent que mieux valait suivre la raison et l’emploi, plutôt que d’écouter les rodomontades d’un certain Vladimir Illitch, dit Lénine, qui séjournait là. Ce fut donc l’essor des Instruments de physique, de la métallurgie, de l’électricité, du gaz (l’usine explosa, d’ailleurs, en 1909) et des tramways.

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An ocean liner anchored between two rivers

The place where the industrious and turbid Arve flows into the Rhône, as majestic as it is still, is known as La Jonction. It is a name rich with meaning and symbolises union, joining and reconciliation. And as words are never innocent, history made this promise a reality, but not that of the serenity that new found harmony would involve; rather on this former market garden land taken over by the city, there was a meeting of opposing forces, a balance of human energies reflecting the flowing water of the Arve absorbed by the tranquillity of the Rhône.

Here where the leek planters reigned – due to the supply of water from the irrigation machine – workers and industrialists clashed with each other. Somewhat like the Arve river from Savoy, Catholic, working class and restless, which was subdued by the mighty Rhône under its smooth, quasi-Calvinist face, Swiss and foreign workers realized that it was better to follow reason and employment, rather than listen to the rantings of a certain Vladimir Ilyich, known as Lenin, who was staying there. This was the time of rapid expansion of the Instruments de physique, metallurgy, electricity, gas (the gas plant exploded in 1909) and trams in this district. 5


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Quartier en devenir

Au cœur de la ville, l’industrie ne resta pas longtemps bienvenue, et peu à peu, les cols bleus firent place aux fonctionnaires des impôts et de la police. Le quartier demeura cependant populaire, indiscipliné et pour tout dire peu engageant, tandis qu’artistes alternatifs et squatters y faisaient leur nid. Prudemment, peu à peu, il a pourtant mué et tandis qu’ici, les vieilles structures industrielles cèdent la place à un écoquartier, on voit là disparaître un bâtiment simple des années soixante, ouvrant la voie à une architecture plus élégante, plus ambitieuse, digne du XXIe siècle.

C’est dans ce contexte que s’inscrit l’avènement de SaintGeorges Center. C’est le fruit d’un choix et d’une exigence, engageant un cercle vertueux qui, au fil de rencontres heureuses et d’obstacles surmontés, dote non seulement le quartier de la Jonction, mais bien la ville de Genève, d’un repère architectural exceptionnel. Lorsque les trois maîtres d’ouvrage associés, Thierry Barbier-Mueller, Paul Pillet et Patrick Pillet acquièrent l’immeuble du 16, boulevard de SaintGeorges, au tout début des années deux mille, ils envisagent tout d’abord une rénovation lourde. L’immeuble – datant d’une quarantaine d’années – est occupé par des services de l’Etat de Genève. Derrière une façade rideau dépourvue d’originalité, on devine dix étages de locaux administratifs voraces en énergie.

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An emerging district

In the heart of the city, industry soon outstayed its welcome, and little by little blue-collar workers were replaced by tax officials and police officers. However, the district remained working class, unruly and frankly unattractive, while alternative artists and squatters settled in the area. However, in recent years it has been evolving slowly and carefully, with the old industrial buildings giving way to an eco-district, and with the straightforward buildings from the sixties making way for a more elegant, more ambitious architecture, worthy of the twenty-first century.

It is in this context that the SaintGeorges Center came about. It is the result of a choice and a need, creating a virtuous circle that through lucky encounters and by overcoming obstacles, has given not only to the district of La Jonction, but also the city of Geneva, an exceptional architectural landmark. When the three owners, Thierry Barbier-Mueller, and Paul and Patrick Pillet acquired the building at 16, boulevard de Saint-Georges in the early two thousands, they firstly considered a major renovation. The building that dated back some forty years was occupied by departments of the State of Geneva. Behind a curtain wall facade devoid of originality, there were ten floors of office space that voraciously consumed energy.

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Choisir et ris Choisir e et risquer risquer 25


Choisir et risquer

Le premier choix des promoteurs est alors de lancer un concours international d’architecture, centré sur la façade, puisqu’à cette époque le bâtiment existant doit être conservé. Cinq candidatures sont retenues. → Le New-Yorkais James Carpenter, du bureau Design Associates Inc., qui a notamment signé l’innovant toit et l’enveloppe de l’atrium du nouveau Ministère allemand des affaires étrangères à Berlin, propose une façade tout en transparence bleutée, avec des flancs ornés de lamelles métalliques. → Les Genevois Brodbeck & Roulet, auteurs du bel édifice de l’Organisation météorologique mondiale à Genève et prestataires privilégiés de Rolex, font une proposition originale tablant sur l’ajout d’un bloc en sommet d’immeuble, qui remplacerait l’attique. La surélévation, en retrait, pourrait permettre la création de lofts. → Le Madrilène Juan Herreros, du bureau Abalos & Herreros – fameux notamment pour s’être vu ho noré d’une exposition au Musée d’art moderne de New York* – présente un projet prévoyant un immeuble aux angles arrondis, avec un jardin en toiture évoquant une coupole de cathédrale et une façade transparente décorée de fines ray ures vertes. Ces architectes ont réalisé d’impor tants immeubles, tant en Espagne qu’aux Etats-Unis. *

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  “Light Construction”, MOMA, New York 1995. Egalement “New Trends of Architecture”, Tokyo 2002.


→ Autre projet autrichien, celui d’Oskar Leo Kaufmann, avec des dispositifs de façade évoluant en fonction de l’ensoleillement et de la température, afin d’optimaliser le rendement énergétique de l’immeuble. →

Enfin, le bureau Sauerbruch Hutton, basé à Berlin, expose un projet dans la droite ligne de leurs réalisations reconnues partout en Europe, prévoyant une combinaison originale de verre et de métal et un usage subtil de la couleur. L’effet de l’ensemble est fluide, courbe, évolutif selon l’angle de vue, au gré de l’aspect arrondi et du rendu polychromique de la façade.

C’est ce dernier projet qui va convaincre les maîtres d’ouvrage. La première mission des architectes est de procéder à une étude de faisabilité destinée à comparer l’hypothèse du maintien de la structure existante avec celle de la démolition et de la reconstruction. Cette étude est menée en collaboration avec les ingénieurs Arup GmbH. De nombreux paramètres sont pris en compte : le comportement du bâtiment en cas d’incendie et de mouvement sismique ; la performance acoustique et la capacité portante actuelle de la structure, vérifiée par des sondages ; et enfin les risques financiers élevés des inconnus liés à la mise aux normes d’une structure obsolète en termes d’énergie, de durabilité et de confort. Les résultats de l’étude de faisabilité révèlent que la seule option est de démolir pour reconstruire. Cette option, plus coûteuse, plus risquée – quelques effets délétères de la crise se font déjà sentir – est plus délicate à piloter pour SPG Asset Development. Mais construire, c’est entreprendre ; entreprendre, c’est oser. La conviction des associés est que le nouveau bâtiment doit marquer son quartier, son époque ; il doit être irréprochable sur le plan énergétique et affirmer une haute qualité architecturale. 27


Make a choice and take a risk

The initial idea of the developers was to launch an international architectural design competition, that should be focussed on the facade, as it was assumed that the existing building would be retained. Five teams were asked to make proposals.

The New Yorker James Carpenter from Design Associates Inc., who was responsible for the innovative appearance – based on the use of dichroic glass and other variously reflective surfaces – of the roof and facade of the atrium of the new Foreign Ministry in Berlin, proposed a completely transparent blue facade, the sides being decorated with metal strips.

Brodbeck & Roulet from Geneva, who designed the beautiful building of the World Meteorological Organization in Geneva and are the preferred provider of Rolex, made an original proposal whereby a block was added to the top of the building to replace the attic. This set back raised part of the building would be made into loft apartments.

Madrid’s Juan Herreros, from Abalos & Herreros – known for having been honoured with an exhibition at the Museum of Modern Art in New York* – presented a project for a building with rounded corners, with a roof garden resembling a cathedral dome and a transparent facade decorated with thin green stripes. These architects have created some significant buildings, both in Spain and the United States.

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  “Light Construction”, MOMA, New York 1995. Also “New Trends of Architecture”, Tokyo 2002.


→ The other Austrian project was that of Oskar Leo Kaufmann. It had facade mechanisms that change according to sunlight and temperature to optimise the energy efficiency of the building. → Lastly, Berlin based architects Sauerbruch Hutton put forward a design in line with their creations recognized throughout Europe, bringing into play a unique combination of glass and metal with a subtle use of colour. The overall effect is fluid, as the nature of the curved and polychromatically treated building changes accor ding to one’s viewpoint.

It was this last project that won over the owners. The architect’s primary assignment was a feasibility study that compared retention of the existing structure against demolition and reconstruction. This research was made in collaboration with the engineers Arup GmbH and took into account many considerations such as: the behaviour of the building under conditions of fire and seismic movement; the building’s acoustic performance and of course the actual bearing capacity of the structure that was verified through bore tests; and lastly the high financial risks concerning the unknowns of bringing an obsolete structure up to date with contemporary office standards in terms of energy, sustainability and comfort. The result of the feasibility study was that in fact the only option was to go for demolition and reconstruction. Certainly such a course of action was initially more costly and seemed more risky: it had not been the original intention or calculation of the owners; some detrimental effects of the financial crisis were already being felt; and it would undoubtedly be more complex to manage for SPG Asset Development. But to build is to undertake and to undertake is to dare. The partners were convinced that the new building should mark its neighbourhood, mark its era, be ecologically irreproachable and be of high architectural quality. 29


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Orfèvres

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Orfèvres de la couleur

Matthias Sauerbruch et Louisa Hutton, ce sont avant tout les redécouvreurs, les réhabilitateurs de la couleur dans l’architecture contemporaine, en même temps que des pionniers de la conception d’édifices « durables  ». Ce prestigieux bureau, fondé à Londres il y a près de vingt-deux ans et aujourd’hui basé à Berlin, a conçu des immeubles importants en Allemagne, en Angleterre et dans plusieurs autres pays européens. L’une de ses premières créations emblématiques est la rénovation et l’extension du siège de l’association de logement GSW, tout près du tracé de l’ancien Mur de Berlin et qui fut, dix ans après la réunification, le premier geste architectural important d’une ère nouvelle, symbolisant en quelque sorte la renaissance de la capitale allemande. Mais la tour de la GSW ne peut résumer à elle seule l’approche du bureau berlinois, même si la démarche conceptuelle particulière ici, de « réparer » le tissu de la ville en réalisant un ensemble de bâtiments ayant des qualités environnementales spécifiquement sculpturales et responsables, pourrait être censée représenter l’orientation future du travail de l’agence pour les deux prochaines décennies. De la même manière, tandis que les autres architectes proposaient pour le boulevard Saint-Georges des bâtiments rectangulaires qui suivent les délimitations du lot, Sauerbruch Hutton ont présenté un festival de courbes – une apparence ovoïdale, une présence presque animale – la rondeur d’un cétacé, mais l’élégance d’un squale. Le Saint-Georges Center, tel un paquebot aux lignes fluides, réunit l’indépendance absolue – nul ne saurait le comparer à un autre bâtiment du quartier – et l’insertion harmonieuse dans le cadre bâti du boulevard. Pas une de ses faces n’est rectiligne et ses courbes, qualifiées de « sensuelles » par un critique d’architecture français, lui donnent un allant et une présence hors du commun. « Un immeuble qui va faire date », écrivait à propos de Saint-Georges Center le journaliste François Valle dans un hebdomadaire immobilier (Tout l’Immobilier No 455, du 2 juin 2008 ) ; qui va faire date, mais qui ne datera pas, serait-on tenté d’ajouter. En effet, l’audace de sa façade aux infinies nuances rouges et rosées promet à cet édifice de surpasser les modes. 46


Sept étages, un peu plus de 8500 mètres carrés de bureaux, en open space du côté du boulevard et en surfaces cloisonnées côté cour. Nappés de clarté, isolés des nuisances sonores et des aléas climatiques par quatres couches de verre, les bureaux en espace ouvert offrent une vue en enfilade à couper le souffle ; cette vue a été préservée par l’intervention personnelle de Louisa Hutton, car il était question, de la part du locataire, d’installer une paroi opaque qui aurait rompu la relation entre l’intérieur et la ville et le paysage se trouvant au-delà. Les architectes ont conçu une palette subtile de matériaux : les murs internes sont de verre ou de pin d’Oregon, les colonnes intérieures sont en béton de parement lisse, d’élégants carrelages portugais ornent les espaces sanitaires, la cage d’escalier est une combinaison de balustrade en pin d’Oregon et de béton apparent aux parois alvéolées de toute beauté, le hall d’entrée est vêtu de bois précieux et les ascenseurs sont de verre laqué, rappelant la polychromie de la facade extérieure. Adapté aux rigoureux standards Minergie, l’immeuble est un bijou de technologie environnementale et offre un confort d’utilisation sans égal.

Comme d’autres immeubles de grande qualité architecturale à Genève, et dont il sera question ci-après, Saint-Georges Center bénéficie d’un concept d’éclairage spécifique et de grande subtilité, dû aux Lausannois Aebischer & Bovigny. En façade, les sources lumineuses ont été intégrées en partie inférieure de chaque fenêtre, dans la double peau, tandis que les appareillages techniques sont placés dans les faux-planchers pour permettre un accès facile, l’esthétique n’excluant pas le pragmatisme. Les luminaires 47


linéaires LED ont été spécialement élaborés pour mettre en valeur avec douceur les facettes colorées des fenêtres. Un système informatique assure que la partition lumineuse nuancée soit exécutée sans fausse note. Raffinement jusqu’au sous-sol, au parking préexistant dont l’architecture particulière en caissons de béton modulaires, conçue à l’époque par le célèbre bureau Honegger Frères, architecte de l’entier du bâtiment, a inspiré un éclairage particulier. Ici, les dispositifs lumineux créés à cet effet ont été placés à l’intérieur des caissons et donnent l’impression d’une multitude de puits de clarté naturelle. Une lumière générale diffuse, proche de celle du jour, met en valeur les couleurs appliquées sur les piliers et qui rappellent celles de la façade. Un système de gestion idoine concilie en outre le confort d’utilisation et l’économie d’énergie.

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Goldsmiths of colour

Matthias Sauerbruch and Louisa Hutton have above all rediscovered and rehabilitated colour in contemporary architecture, and have become pioneers in the design of sustainable buildings. This prestigious architects’ practice that was founded in London some 22 years ago and is now based in Berlin, has designed some important buildings in Germany and the UK as well as in several other European countries. One of the practice’s very first emblematic creations is the renovation and extension to the headquarters of the GSW housing association, near the site of the former Berlin Wall, which was, ten years after reunification, the first major architectural gesture of a new era, somehow symbolizing the rebirth of the German capital. However, the GSW tower alone cannot sum up the approach of this practice, although the particular design approach here, through its concern to ‘repair’ the fabric of the city that resulted in an ensemble of buildings with idiosyncratically sculptural and responsible environmental qualities, could be seen to embody the future trajectory that the practice’s work would take over the next two decades. Similarly, at boulevard Saint-Georges, while the other architects proposed rectangular buildings that follow the boundaries of the plot, Sauerbruch Hutton have brought forth a festival of curves – an ovoid appearance, an almost animal presence – the roundness of a whale, but the elegance of a shark.

The Saint-Georges Center, which looks like a sleek ocean liner, combines absolute independence – it is incomparable to any other building in the district – and harmonious integration into the built environment of the boulevard. Not one of its sides is straight and its curves, described as “sensual” by a French architecture critic, give it an extraordinary energy and presence. “A building that will mark an epoch”, wrote the journalist 49


Francois Valle about the Saint-Georges Center in a weekly real estate publication (Tout l’Immobilier No. 455, of 2 June 2008 ). It will mark an epoch but also last in time, it is tempting to add. Indeed, with the boldness of its facade with its infinite shades of red and pink, this building promises to surpass trends.

The Saint-Georges Center has seven storeys accommodating just over 8,500 square metres of offices, that are open-plan on the boulevard side and partitioned on the courtyard side. The open-plan offices are light, insulated from noise and weather conditions by four layers of glass, and have endless breathtaking views. In one instance such a view was ‘rescued’ by Louisa Hutton, who personally intervened to prevent the tenant from installing an opaque partition wall that would have occluded the relationship of the interior with the city and its landscape beyond. The architects devised a honed palette of materials: internal walls are made of glass or dressed in Oregon pine, the internal columns that run close to the facade are in smooth fairfaced concrete; the washrooms are clad in elegant Portugese tiles; the materiality of the main staircase is a combination of Oregon pine on the balustrade and fair-faced concrete with a wave-like relief, the entrance hall is clad in Orgeon pine and the lift cabins are dressed in back painted glass, coloured according to the polychromatic treatment of the exterior. The building meets rigorous Minergie standards, is a gem of environmental technology and provides unparalleled ease of use. 50


Like other buildings of high architectural quality in Geneva, which will be discussed below, the Saint-Georges Center has a specific and extremely subtle lighting concept, designed by Aebischer & Bovigny from Lausanne. Regarding the facade, linear LED lights have been specially developed to softly highlight the coloured facets of the windows: light sources integrated into the base of each window within the double skin facade (their transformers being concealed within the false floors) enable a sophisticated aesthetic that is nevertheless easy to service. A computer system ensures that the lighting score, full of nuances, is performed without a wrong note. The refinement extends to the basement, to the existing car park, whose specific architecture of modular concrete caissons, designed at the time by the renowned Honegger Frères, architects of the entire complex, has inspired a particular lighting solution. Here, especially created lighting devices have been placed inside the caissons to give the impression of a multitude of natural light wells. A light is dispersed that almost matches that of natural daylight, highlighting the colours applied to the pillars that are reminiscent of those of the facade. Furthermore, an appropriate management system reconciles user comfort and energy savings.

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Planifica fication et souplesse 67


Planification et souplesse

Fabio Fossati, réalisateur remarqué de l’immeuble « Amandolier », route de Chêne, a travaillé à l’exécution de cette nouvelle œuvre marquante, en collaboration étroite avec les maîtres berlinois. Il en est resté fortement impressionné, tout comme Dominique Bakis-Métoudi, directrice de SPG Asset Development, le département du groupe SPG-RYTZ qui a déjà piloté, entre autres, l’édification de deux œuvres architecturales de référence, « Amandolier », que nous venons d’évoquer, et le « Patio de Frontenex ».« Le choix définitif de chaque couleur sur les éléments de façade ainsi que leur distribution précise sur le bâtiment relevaient de la chirurgie fine, expliquent nos interlocuteurs. Avec Sauerbruch Hutton, rien n’est laissé au hasard ». De fait, au début du projet, les partenaires des lauréats se sont rendus plusieurs fois à Genève pour étudier le jeu de couleur et son effet sur le spectateur, de tous les emplacements possibles. Les profils de chaque fenêtre ont donc leur particularité propre. En premier lieu, la tridimensionnalité des éléments de la façade varie sur toute la longueur du bâtiment en fonction de l’orientation : les cadres en retrait orientés au sud agissent comme brise-soleil. Au nord, ils se réduisent pour souligner l’emplacement de l’entrée. Puis les panneaux de verre des quatre plans en angle encadrant chaque fenêtre varient non seulement en termes de géométrie, mais également en fonction des couleurs qui leur sont spécifiquement attribuées. Chaque fenêtre existante comprend quatre épaisseurs de verre (triple vitrage à l’intérieur et survitrage à l’extérieur), la dernière bombée aux points de resserrement du radius du bâtiment, aux proues figurées à l’est et à l’ouest. En conséquence chaque élément de la façade a sa propre formule magique.

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Fabio Fossati se souvient : « Il a fallu chercher dans toute l’Europe des fabricants capables de créer ces verres, de les tordre, de les vriller, de les bomber, de les émailler. Finalement, un vitrier de Vénétie a été découvert ». Un beau symbole si l’on songe à Murano, ou au projet de Musée du XXe siècle, appelé M9, que Sauerbruch Hutton prépare à Mestre, face à la Cité des Doges. Hélas ! Racheté en cours de chantier par un grand groupe, le vitrier n’a pu livrer la fin de sa commande. On trouva alors un autre fournisseur, en étroite collaboration avec le façadier suisse du projet. « C’est ce qui a été extraordinaire sur ce chantier : au lieu de se lamenter et de blâmer l’adversité, tous les partenaires ont investi des moyens, du temps et de l’énergie pour que les structures et le verre correspondent au micron près, explique Fabio Fossati. Un engagement rare, qui fait de cette réalisation un objet entièrement inédit ». On l’a dit, le Saint-Georges Center est un modèle de gestion rationnelle de l’énergie. Sondes géothermiques, chauffage et rafraîchissement intégré dans les dalles et plafonds, ventilation à double flux : l’immeuble est un exemple d’application intelligente des normes Minergie, sans concession sur le plan de l’esthétique, ni sur celui des choix architecturaux. Illuminé la nuit, l’immeuble s’offre le luxe inouï non seulement de consommer peu d’électricité, mais de contribuer, aux heures creuses, à rentabiliser le réseau de distribution genevois. Au reste, les près de cent vingt mètres carrés de panneaux solaires photovoltaïques installés en toiture produisent bien davantage de courant que la façade n’en utilise nuitamment. En outre, l’utilisation de LED permet d’obtenir une luminosité parfaite, modulable avec finesse, tout en minimisant la dépense d’énergie : l’éclairage extérieur n’équivaut qu’à quelque 3,2% de la consommation globale d’un immeuble, selon les critères officiels établis par le fournisseur étatique d’électricité. Enfin, une façade-œuvre d’art luminescente représente non seulement un embellissement de ce quartier en évolution, mais aussi un renforcement de la sécurité de ses rues. 69


La conception de cet immeuble avec des équipes d’outre-Rhin et des fournisseurs essentiellement transalpins pour les fameux verres stratégiques, a-t-elle été ardue ? Sur ce plan-là, Dominique Bakis-Métoudi a été surprise : « Sauerbruch Hutton, c’est la précision et, en même temps, une capacité d’adaptation tant que le concept architectural est maintenu, explique-telle. Tout est planifié, calculé, vérifié. Les interlocuteurs – le bureau d’ingénieurs Pillet et Fabio Fossati, codirecteurs des travaux – étaient heureusement du même calibre ! ». Alexandre Girani, du bureau Pillet, tout comme Fabio Fossati, ont à la fois beaucoup appris des partenaires allemands, mais aussi eu la fierté de leur démontrer le savoir-faire et la fiabilité des bâtisseurs genevois. L’architecte estime qu’un tel projet n’aurait jamais pu voir le jour avant le développement d’Internet. Il se rappelle néanmoins que la sélection des pigments pour les couleurs de façade a nécessité de nombreux déplacements et débats. Une maquette et des tirages « cromalins » ont été réalisés, mais la subtilité des teintes ne pouvait être rendue en miniature, ni sur papier.

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Planning and flexibility

Fabio Fossati, who attracted attention for his design of the “Amandolier” building located on the route de Chêne, worked on the implementation of this new landmark work in close cooperation with the Berlin based architects. The project made a lasting impression on him, as it did on Dominique Bakis-Métoudi, manager of SPG Asset Development, the department of the SPG-Rytz Group, which has already managed, among others, the construction of two architectural works of reference, the “Amandolier” that we have just mentioned, and the “Patio de Frontenex”. “The final selection of the individual colours of the facade elements, together wtih their precise distribution over the entire building was an act of fine surgery”, they explained. “With Sauerbruch Hutton, nothing is left to chance.” In fact, the partners of the winning architects made several visits to Geneva at the start of the project in order to study the play of colours and their effect on the spectator from every possible location. The result is that each window frame is in fact specific. Firstly the three-dimensionality of the facade elements varies over the length of the entire building according to orientation: deeper frames develop towards the south that act as brise soleil, while to the north the frames become narrower to emphasise the location of the entrance. Secondly, the glass panels that create the four angled planes framing each window vary not only in terms of their geometry as mentioned above, but also of course with respect to 71


their specifically assigned colours. Each actual window comprises four layers of glass (tripple glazing on the inside and one outside), that are even (convexly) curved when the radius of the building is tight, at the ‘prows’ to the east and west. Thus each window element has its own socalled unique “magic formula”.

Fabio Fossati recalls: “We had to search all over Europe to find a manufacturer that was able to create this glass, to bend it, bore into it, curve it, and enamel it. Finally, we found a glazier from Venezia.” This is very symbolic if we think of Murano, or even of the 20th Century Museum project, the so-called M9, that Sauerbruch Hutton is preparing in Mestre, close to the City of the Doges. Unfortunately the glazier was taken over by a large group during the work and was unable to deliver the rest of the order. Another supplier was then found through the Swiss facade specialist working on the project. “This is what has been extraordinary about this project: instead of complaining and blaming adversity, all the partners have invested resources, time and energy to ensure that the structures and the glass fit to the nearest micron”, explains Fabio Fossati. “A rare commitment, which makes this a completely singular achievement.”

As we have said, the Saint-Georges Center is a model of efficient energy management. Geothermal probes, heating and cooling integrated into slabs and ceilings, double flow ventilation: the building is an example of intelligent application of Minergie standards, as well as being uncompromising in terms of aesthetics that stem from a clear architectural concept that informed every decision. Illuminated at night, the building indulges in the unbelievable luxury of not only 72


consuming very little power, but also of helping, during off-peak periods, to make the Geneva distribution network cost effective. Moreover, the almost one hundred and twenty square meters of solar photovoltaic panels installed on the roof produce much more power than the facade consumes by night. What is more, use of LEDs gives a perfect lighting level that can be finely adjusted while minimising energy expenditure: exterior lighting accounts for merely 3.2% of a building’s overall consumption, according to the official criteria drawn up by the state electricity supplier. Lastly, a facade that is also a luminescent work of art not only gives this upand-coming district a face-lift, but also helps to improve the safety of its streets. Was designing this building with the German teams and mainly Italian suppliers for the legendary glass difficult? On that front, Dominique Bakis-Métoudi was surprised. “The Sauerbruch Hutton practice works with the utmost precision and yet, at the same time, has the willingness to adapt its ideas as long as the overall architectural concept is being maintained”, she explains. “Everything is planned, calculated, checked. Fortunately the people the architects were working with – the Pillet engineering company and Fabio Fossati, co-directors of the work – were of the same calibre!” Alexandre Girani, of the Pillet company, as well as Fabio Fossati, learned a lot from the German partners, but were also proud to be able to show them the expertise and reliability of Genevan builders. The architect believes that such a project would never have been possible before the development of the Internet. He recalls, however, that choosing the pigments for the facade colours required extensive travel and discussion. A model and “cromalin” prints were made, but the subtlety of the shades could not be conveyed in miniature, or on paper.

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Inté Intégration, non irruption 89


Intégration, non irruption

Julia Knaak, cheffe de projet expérimentée chez Sauerbruch Hutton et l’une des âmes du projet, s’amuse lorsqu’un béotien lui demande pourquoi le choix si méticuleux de couleurs ne s’oriente pas, dans les réalisations du célèbre bureau, vers des teintes plus vives : « En général, nous nous orientons sur des gammes polychromiques douces, parce que ce sont celles que l’on trouve dans les quartiers où nous construisons, notamment dans celui de Saint-Georges et de la Jonction. Nous cherchons à intégrer un projet dans le paysage urbain en travaillant sur une variation plutôt que sur le contraste ». En deux ans, jour pour jour, Saint-Georges Center est sorti de terre et a exercé d’emblée une fascination singulière sur les passants, ébahis à la fois de son originalité et de son insertion harmonieuse dans son environnement. Servira-t-il de pionnier pour la rénovation, la refonte de ce quartier de la Jonction porteur de tant d’espoir ? On en rêve, évidemment. Mais comment oublier que la nouvelle règlementation imposant d’importantes contraintes à toute transformation ou création d’immeubles en ville de Genève – le fameux plan d’utilisation du sol, mieux connu sous son acronyme PUS –  adoptée en 2009, rendrait aujourd’hui impossible l’édification de Saint-Georges Center ?

Oublions cela. Concilier personnalité forte, performance technique, sobriété et bon goût, c’est une vertu que les Genevois savent apprécier à sa juste valeur. Sous la bénédiction de saint Georges, les acteurs de la belle histoire – humaine avant d’être technique – que constitue la création d’un tel édifice, ont réduit à merci tous les dragons. Ancré dans un quartier riche de son vécu et avide d’avenir, le paquebot Saint-Georges Center a trouvé son havre. Gageons que l’audace sereine de ce nouveau venu inspirera celles et ceux qui s’attèlent à bâtir, au cœur de Genève, la Jonction du XXIe siècle. 90


Integration rather than invasion

Julia Knaak, an experienced project architect at Sauerbruch Hutton and one of the creative minds behind the project, says that she is often asked why the meticulous choice of colours does not focus on more vivid shades that sometimes appear in the creations of the famous architectural design practice. “In general we focus on a softer polychromatic range for this project as these are the colours found in the neighbourhoods where we build, including that of Saint-Georges and La Jonction. We try to integrate a project into the urban landscape by working on variation rather than on contrast.” The Saint-Georges Center sprouted from the ground two years to the day and immediately exercised a singular fascination on passers-by, astounded at both its originality and its smooth integration into its environment. Will it act as a pioneer for the renovation and redesign of this district of La Jonction, which has generated so much hope? We dream of this, of course. But how can we forget that the new regulations imposing significant constraints on any conversion or creation of buildings in the city of Geneva – the famous land use plan, better known by its acronym PUS – adopted in 2009, would now make it impossible to build the Saint-Georges Center? Better to forget about that. Reconciling a strong personality, technical performance, simplicity and good taste, is a virtue that the people of Geneva appreciate at face value. With the blessing of St. George, the players in this great story – which is human more than it is technical – that constitutes the creation of such a building, have forced all the dragons into submission. Anchored in a neighbourhood rich with life and hungry for the future, the Saint-Georges Center ocean liner has found its harbour. We hope that the calm audacity of this newcomer will inspire those who are endeavouring to build, in the heart of Geneva, La Jonction of the twenty-first century. 91


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« Saint-Georges Center »  est une réalisation de SPG Asset Development Route de Chêne 36 CH – 1208 Genève Tél. (41) 58 810 30 50 Fax (41) 58 810 30 59 asset@spg.ch www.assetdevelopment.ch

Données techniques/énergétiques Surface du terrain 1 224 m² Surface de plancher net 8 954 m² Nombre de parkings 58 Surface de référence énergétique 8 642 m² Vide d’étage 2.85 m Label Minergie Pompes à chaleur à sondes géothermiques Système de dalles actives Chaudière à gaz Panneaux solaires photovoltaïques d’une surface de 120 m² Capacité de production électrique annuelle estimée à 16 000 kWh 108


Maître d’ouvrage SI Saint-Georges Center SA

Rédaction Thierry Oppikofer

Architectes Sauerbruch Hutton (Matthias Sauerbruch, Louisa Hutton, Juan Lucas Young) Fabio Fossati Architectes

Crédits photographiques Régis Golay – Federal studio DMK Photography→ p14 Filipe Rodrigues → p17, 20 BCS S.A. → p32

Ingénieurs civils Bureau Pillet SA Florian Schenk – Arup GmbH Ingénieurs CVSE Florian Schenk – Arup GmbH Antonio Barroco – Bureau Wintsch & Cie

Design Federal Studio et Luke Archer Achevé d’imprimer Mai 2013 Imprimerie SRO-Kundig S.A. Edité à 2 000 exemplaires

© Société Privée de Gérance 2013 Tous droits réservés 109


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James Carpenter Design Associates Inc 145 Hudson Street New York, New York 10013 USA

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à balos & Herreros Gran Via 16 3° Centro 28013 Madrid Espagne

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Atelier d’architecture Brodbeck-Roulet SA Rue du Pont Neuf 12 1227 Carouge Suisse

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Arch. Di. Oskar Leo Kaufmann/ Albert Ruf Steinebach 3 6850 Dornbirn Autriche

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Sauerbruch Hutton Lehrter Strasse 57 10557 Berlin Allemagne

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Sauerbruch


16-18 boulevard St Georges CH –1205 Genève

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St Georges Center  

St Georges Center  

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