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DOSSIER

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CATASTROPHES NATURELLES

ET PROJETS VERTS

DOSSIER Interviews de Nicole Bardet / Jacques Bourgeois / Yannick Buttet Robert Cramer / Jacqueline de Quattro / René Esterman Antonio Hodgers / Roger Nordmann / Marco Pfister Hans Björg Püttgen / Simon Reddy / Albert Rösti Arvind Shah / Walter Steinmann / Roby Tschopp


Editorial

L’innovation verte, une opportunité pour la Suisse

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st-il candide d’affirmer que l’environnement est l’affaire de tous ? S’agit-il d’un lieu commun, à l’heure où la compétitivité économique excuse tout et où les « permis de polluer » s’achètent et se revendent dans l’allégresse ? Pourtant, bien avant que nous ayons inventé la notion de « village global » et celle de « mondialisation », une contamination des eaux de Fukushima avait déjà un impact manifeste sur l’ensemble de la planète. L’homme est simplement parvenu à créer des dangers supplémentaires et à piller les ressources au point de « vivre à crédit » la moitié de l’année sur le plan environnemental. Plus prosaïquement, puisque les questions d’immigration et de choc des cultures sont à la mode, n’est-il pas logique que des populations dont le cadre de vie est anéanti se lancent dans des aventures migratoires déstabilisantes pour d’autres régions ?

Notre dossier, au fil de quelques exemples majeurs, pointe l’homme destructeur et célèbre l’homme créateur. Il dénonce le génie malin qui se manifeste en asséchant des lacs, en rasant des forêts, en déversant chaque jour de l’eau hautement radioactive dans l’océan, en empoisonnant au pétrole tout le delta du Niger (on n’y trouve plus un seul puits d’eau potable pour les populations !). Mais on y célèbre aussi le génie créateur qui invente, qui fait progresser l’humanité, en perfectionnant les panneaux solaires (l’avion solaire existe, et il vole ! 1), en imaginant des méthodes de collecte des gigantesques amas de plastique qui asphyxient les mers, en coordonnant les efforts d’organismes et d’élus parfois velléitaires pour aboutir à de réelles initiatives internationales.

Editorial

Ce survol mondial de défis environnementaux, de catastrophes passées ou en cours de préparation, mais aussi de timides percées d’espérance, vous mènera aussi bien en Australie qu’au Nigeria ou au Japon, ainsi qu’en Allemagne ou en Suisse. En effet, quelques élus et experts nous ont confié leur vision, qui illustre au passage les contradictions de nos choix. Certes, tous les habitants de notre planète ne sont pas aussi vertueux que les Allemands, prêts à payer le courant électrique plus cher pour qu’il soit généré de façon écologique (rappelons que la Suisse produit quinze fois moins d’énergie solaire et éolienne par habitant que l’Allemagne).

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Cela dit, il ne s’agit pas en l’espèce de saluer uniquement de bons sentiments et le sens civique de certains contemporains : l’expert en climat et énergie de Greenpeace n’a-t-il pas raison de mettre en exergue les enjeux économiques, commerciaux et industriels qui se dessinent pour la Suisse en observant que « plus notre pays attend, plus il perd ses chances de se profiler sur le marché extrêmement porteur des cleantechs » ? « On a déjà beaucoup fait », arguent les sceptiques. Mais il reste des moyens de convaincre. Pourquoi, par exemple, ne pas décider une fois pour toutes, à l’instar de plusieurs autres pays et afin d’envoyer un signal clair, d’interdire purement et simplement les sacs en plastique ? Le Rwanda ainsi que de nombreuses villes dans le monde l’ont déjà fait...

Thierry Barbier-Mueller Administrateur délégué

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dossier: Catastrophes naturelles et projets verts par Thierry Oppikofer et Christine Esseiva

Une menace trop familière par Thierry Oppikofer On peut débattre à l’infini, dans des Parlements aux travées parfois dégarnies, des moyens d’économiser l’énergie ou de taxer les pollutions diverses, « scories de la prospérité », comme le disaient il y a quelques années encore les penseurs libéraux. On peut en avoir assez des ayatollahs verts dispensant des cours de morale à bon marché, ou des adeptes du bio extrême dont la mine terreuse ne semble pas toujours coïncider avec le caractère sain et salutaire des aliments qu’ils absorbent. Il n’en reste pas moins que la prise de conscience des réalités écologiques a touché la quasi-totalité des activités humaines et imprimé son sceau sur les politiques gouvernementales. Certes, on trouve des citoyens américains qui (dé)règlent volontairement les moteurs de leur gros tout-terrain afin qu’ils dégagent la fumée la plus noire et épaisse possible, dans l’objectif de contester les mesures environnementales prises par le gouvernement Obama. Mais dans l’ensemble, chaque être humain doté de raison sait qu’on ne peut continuer à gaspiller de l’énergie, à produire des déchets et à épuiser les ressources naturelles. Le problème est qu’une bonne partie du mal est déjà faite et que – pour prendre une image qui avait défrayé la chronique à Genève voilà quelques années – « un bon coup de vent » ne suffira pas à « expédier la pollution ailleurs ». La crise économique, la menace islamiste, le virus Ebola occupent nos médias et nous préoccupent. L’existence de « continents de plastique » ou la raréfaction de l’eau potable n’ont rien de « scoops » susceptibles d’évincer de nos petits écrans la dernière incartade d’un président volage ou de son ex-compagne. Pourtant, s’il est difficile de tracer des plans sur la comète en calculant combien de kilowatts il nous faudra dans trente ans, fermer les yeux aujourd’hui équivaut tout simplement à un suicide collectif. Un pronostic peut en tout cas être fait ici, sans aucun risque de démenti : le dossier que nous ouvrons aujourd’hui n’est pas près de se refermer. ■

Ont répondu à nos questions p. 4 Antonio Hodgers Département de l’aménagement, du logement et de l’énergie (DALE) de Genève p. 5 Hans Björg Püttgen Professeur émérite et ancien chef de l’Energy Center de l’EPFL p. 6 Nicole Bardet Responsable Suisse romande, Banque Alternative Suisse p. 7 Marco Pfister Expert climat et énergie chez Greenpeace Suisse p. 8 Arvind Shah Professeur honoraire de l’Université de Neuchâtel et de l’EPFL p. 9 Walter Steinmann Directeur de l’Office fédéral de l’énergie (OFEN) p. 10 René Estermann CEO Myclimate et président de l’agence Act p. 11 Jacqueline de Quattro Département du territoire et de l’environnement (DTE) p. 12 J. Bourgeois, Y. Buttet, R. Cramer, R. Nordmann, A. Rösti Représentants des principaux partis politiques suisses p. 13 Roby Tschopp Directeur d’Actares p. 16 Simon Reddy Commission Océan Mondial Secrétaire Exécutif

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Catastrophes naturelles et projets verts

© Aida Agic Noel

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Antonio Hodgers Conseiller d’Etat chargé du Département de l’aménagement, du logement et de l’énergie (DALE) de Genève par Thierry Oppikofer

« Construire à Genève me paraît être la meilleure réponse en termes de développement durable ! »

Quelles sont les principales menaces pesant sur l’environnement de votre canton ? Le risque est aigu à Genève que les ressources naturelles (sol, sous-sol, air, biodiversité, paysage, eau) soient surexploitées, particulièrement en raison du dynamisme du canton et de l’exiguïté de son territoire. Je souhaite souligner à cet égard que la durabilité des ressources naturelles est une condition nécessaire pour garantir la prospérité économique et le bien-être social. Nous devons les considérer ensemble. C’est l’apport essentiel et réellement nouveau de l’idée du développement durable. Je m’applique à l’observer systématiquement dans mes prises de décision. Quelles initiatives les autorités en général, et vous en particulier, avez-vous prises ou comptez-vous prendre dans l’optique du développement durable ? Par exemple, le principe du développement durable sous-tend et traverse notre nouveau Plan directeur cantonal. A la tête du Département de l’aménagement, du logement et de l’énergie, j’entends en particulier mettre à disposition les logements dont Genève manque tellement sur son territoire : cela permettra à la fois de répondre à un besoin social évident, de fournir une condition-cadre économique essentielle et de réduire drastiquement les impacts sur les ressources naturelles induits par l’urbanisation exportée et dispersée autour de Genève. Bref, construire à Genève me paraît être la meilleure réponse en termes de développement durable ! Pensez-vous que la conjoncture morose soit un frein à l’adoption de normes et de comportements plus respectueux de l’environnement ? Il est vrai qu’en temps de crise économique, la population et les autorités sont moins portées sur les questions environnementales. A mon sens, c’est une erreur ; un développement basé sur la durabilité des ressources est justement le meilleur moyen d’éviter les crises économiques futures. Mais pour cela, il faut oser porter son regard sur le long terme et surmonter la peur du lendemain. Le message de l’économie d’énergie et de la protection de l’environnement estil bien accepté et bien compris par la population ? Oui, il l’est de mieux en mieux. Il est d’ailleurs devenu rare de nos jours d’entendre quelqu’un dire qu’il ne se rpoccupe pas de l’environnement. Néanmoins, les pratiques réelles sont malheureusement parfois en net décalage avec les paroles. A cet égard, l’éducation joue un rôle majeur, comme le montrent les progrès réalisés en matière de tri et de recyclage des déchets. En tant qu’autorités, nous devons cependant aussi, afin de faire évoluer les comportements, agir par les moyens légaux quand cela est nécessaire. Enfin, l’économie a un grand rôle à jouer et beaucoup d’entreprises l’ont compris en prenant des mesures exemplaires, comme le projet GeniLac*. L’« économie verte » est-elle rentable, porteuse en termes d’emplois ? La formation adéquate est-elle disponible ? Toutes les études attestent du potentiel des emplois verts pour l’économie de demain. Avec leur tissu extraordinaire constitué de leurs hautes écoles et de leurs PME, Genève et la Suisse doivent être à la pointe dans ce domaine. D’ailleurs, l’offre de formation dans le domaine de la protection de l’environnement et du développement durable s’est beaucoup étoffée ces dernières années à Genève. Il reste néanmoins des secteurs spécifiques où des efforts restent à faire, voire où l’offre s’est momentanément restreinte, je pense par exemple à la mobilité. ■

Pour en savoir plus *GeniLac vise à étendre l’expérience réalisée avec l’opération « Genève Lac Nations » par SIG (fournisseur d’énergie étatique genevois). Il s’agit d’un système de pompage de l’eau du lac de Genève pour chauffer ou refroidir les habitations et locaux commerciaux. L’eau est pompée dans le lac à 45 m de profondeur, à une température stable toute l’année. Après utilisation dans les habitations et immeubles, elle est restituée dans son milieu originel à une température semblable, respectant ainsi le biotope naturel. En étendant ce système de chauffage aux quartiers du centre-ville et de l’aéroport, SIG et ses partenaires (Etat et Universités) démontrent que l’eau du lac est une ressource renouvelable pouvant être utilisée à grande échelle. (NdR)

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Quelles sont les principales menaces environnementales en Suisse ? Du point de vue de l’énergie électrique, la Suisse fonctionne actuellement avec une production de CO2 quasiment négligeable. Seulement, l’abandon progressif du nucléaire, tel qu’annoncé par les autorités, ne nous permettra pas d’éviter le recours à des centrales à gaz sur le sol suisse, ce qui signifie que nous allons accroître notre « empreinte carbone ». L’autre option, toujours dans le contexte de la sortie à moyen terme du nucléaire, serait d’acheter de l’électricité produite grâce au charbon aux Allemands, grâce au gaz aux Autrichiens ou grâce au nucléaire aux Français ; bien entendu, le caractère quelque peu hypocrite de cette attitude ne vous échappera pas. Renoncer au nucléaire à terme, est-ce une idée viable ou une utopie ? Tout dépend du terme ! Le facteur temps est essentiel. Si l’on me dit que nous mettrons la centrale de Leibstadt à l’arrêt en 2035 et que nous n’aurons ni à produire de l’électricité via une centrale à gaz, ni à en importer qui soit issue du nucléaire, du gaz ou du

Hans Björg Püttgen Professeur émérite et ancien chef de l’Energy Center de l’EPFL par Thierry Oppikofer

charbon, je réponds que c’est simplement impossible. Renoncer à allumer sa télévision le soir – à condition que les gens en soient capables – ne suffira pas. A mon avis, à la fin de ce siècle, nous serons surtout sortis du fossile, car le CO2 et le réchauffement climatique forment la plus grande menace qui soit. La priorité doit donc être mise sur les pompes à chaleur, sur les véhicules à propulsion non fossile (électricité, pile à combustible) et sur l’amélioration de la production. Mais l’éolien, sur sol suisse, ne remplacera jamais une centrale comme Beznau ou Gösgen. A moins de changer complètement de mode de vie – ce qui n’est ni anodin ni facile –, la réalité est celle-ci.

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La crise économique compromet-elle les politiques environnementales et la voie choisie par la Suisse vous paraît-elle opportune et réfléchie ? Je constate pour commencer que le prix actuel de l’électricité est particulièrement bas, même si le grand public ne s’en rend pas toujours compte. Cela n’est que temporaire et on le doit à un développement massif du photovoltaïque et de l’éolien. On a en quelque sorte surinstallé des équipements partout où cela était facile et fait des économies qu’on ne pourra pas renouveler : par exemple remplacer les vieilles ampoules à filament. Lorsque l’Allemagne va arrêter le nucléaire, ce qui est annoncé pour 2022, la situation va changer. La facture des entreprises va prendre l’ascenseur : une hausse de 35% probablement. Je dis donc que la décision prise par Berne le 25 mai 2011 n’était pas fondée économiquement, ni techniquement réfléchie. Abandonner le nucléaire d’ici à 2020 ou 2025 est utopique. D’ici à 2050, je serais prêt à le croire. Mais imaginer en 2011 notre réalité de 2050, c’est penser qu’en 1972, sous Pompidou en France et alors que Richard Nixon présidait les

« On préfère revenir au charbon ultra-polluant plutôt que d’admettre que les promesses d’abandon rapide du nucléaire étaient démagogiques. »

Etats-Unis, on aurait pu prendre des mesures précises sur l’énergie pour l’année 2011… Le message de l’économie d’énergie et de la protection de l’environnement estil bien accepté et bien compris par la population ? Oui, mais je le répète, le plus facile est fait. Vous et moi avons pris des décisions importantes, diminué ou mieux géré notre consommation électrique. On roule à vélo, ce qui économise du CO2 (quoique, à Lausanne, il faille un camion-remorque pour rapporter tous les soirs les vélos « libres » d’Ouchy au sommet de la ville). Mais on n’a pas eu le courage politique d’expliquer à la population les implications réelles des choix à faire, et on cède systématiquement lorsque cinq pêcheurs, comme cela s’est produit récemment, font un recours contre trois îlots solaires supposés alimenter une station d’épuration et qui gênaient leur vue lorsqu’ils prenaient leur barque : on opte aussitôt pour le mazout. Etes-vous optimiste pour le futur énergétique de notre pays ? Je suis d’un incurable optimisme. La Suisse est un pays riche, doté d’une énorme compétence scientifique. En poussant, par exemple, à fond le solaire thermique et les pompes à chaleur, nous pourrions diminuer notre consommation de gaz et de pétrole. Les barrages pourraient aussi être mieux utilisés. Mais, surtout, il faudrait avoir le courage de ne pas mentir à la population et de débattre vraiment de ce type de sujets. En Allemagne, on tait soigneusement que des mines de charbon à ciel ouvert sont en train de rouvrir. Par dogmatisme, on préfère revenir au charbon ultra-polluant plutôt que d’admettre que les promesses d’abandon rapide du nucléaire étaient démagogiques. C’est catastrophique. ■

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Catastrophes naturelles et projets verts

Nicole Bardet Responsable Suisse romande, Banque Alternative Suisse par Grégoire Praz

Nicole Bardet est responsable de la représentation romande de la Banque Alternative Suisse à Lausanne dont le siège est à Olten et dont trois succursales se situent en Suisse. 85 personnes sont employées au total par la banque, qui affiche un bilan de 1,3 milliard à fin 2013. Nicole Bardet, la Banque Alternative Suisse octroie des crédits ou investit l’argent de sa clientèle dans des entreprises porteuses de projets sociaux ou environnementaux. Comment sélectionnez-vous les entreprises et selon quels critères ? Nous avons défini huit domaines d’encouragement dans lesquels nous voulons prioritairement investir ou octroyer des crédits, par exemple les énergies renouvelables, l’agriculture biologique ou encore les projets culturels et sociaux. Nous nous basons également sur les principes fondamentaux de la politique de crédits et de placements, qui contient des critères d’exclusion : par exemple, l’atteinte aux droits de l’homme, des projets qui seraient nuisibles à l’homme ou à l’environnement. Nous ne proposons pas non plus de crédits à la consommation. 82% de notre portefeuille concernent des crédits qui ont une valeur ajoutée écologique et/ou sociale. Nous voulons encourager, par exemple, les agriculteurs biologiques qui sont souvent pionniers dans leur domaine et si possible inciter les entreprises à changer leur manière de faire. Comment vérifiez-vous que les sociétés dans lesquelles vous investissez sont

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socialement responsables et qu’elles n’ont pas d’impact négatif sur la société ou l’environnement ? Si nous offrons un crédit à une jeune entreprise, il n’y a pas forcément de rapport d’activité. Nous allons alors visiter l’entreprise, car nous avons en général une relation assez proche avec nos clients. Par contre, dans les placements, nous nous basons sur une note donnée par un expert interne qui analyse les entreprises et définit leur durabilité. Si une société ne respecte plus vos critères dans certaines de ses activités,

« 82% de nos crédits ont une valeur ajoutée écologique ou sociale »

quelles mesures prenez-vous, stoppez-vous les investissements ou le crédit ? Pour les crédits, si nous avions par exemple financé de l’énergie renouvelable et que nous nous rendions compte de la présence d’énergie nucléaire, nous chercherions à sortir du crédit. Concernant les placements, comme ces entreprises sont revues régulièrement, si elles perdaient leur note, nous déciderions de les sortir des portefeuilles de nos clients dans un délai raisonnable. Je n’ai jamais eu de cas semblables au niveau des crédits. Quant aux placements, cela arrive qu’une entreprise change de stratégie mais elle peut aussi aller dans le bon sens et entrer dans notre liste. Est-ce moins rentable pour vous et le client d’investir dans des projets durables ? Nous ne cherchons pas la maximisation du profit et en tout cas pas le profit à court terme. Nous avons toujours eu une logique de rentabilité à long terme. Plus c’est risqué, plus il y a de rentabilité, c’est clair. Nous pensons que les investissements éthiques et durables ont un avenir, nous conseillons nos clients selon une logique de long terme. Nous sommes également transparents en matière de conseil en placement. Nous avons développé un nouvel outil depuis cette année, c’est le mandat de gestion. Le client peut définir dans quel type de mandat il veut entrer, par exemple le mandat impact, qui a une influence importante au niveau écologique et social. La clientèle recherche de plus en plus des placements éthiques et écologiques. Nous avons beaucoup de demandes. Les fonds de la clientèle qui sont déposés chez nous sont en constante croissance (11% par année, depuis deux ans). Notre défi actuel reste de trouver de nouveaux actionnaires pour augmenter les fonds propres de la banque. Nous avons également des critères concernant ces derniers. Un actionnaire ne peut pas détenir plus de 5% d’actions de la banque. Nos 5’000 actionnaires sont d’ailleurs plutôt des particuliers ou des personnes proches de nos valeurs. ■

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Plusieurs rapports récents pointent du doigt la Suisse, très en retard par rapport à ses voisins en matière d’énergies renouvelables. Où est-ce que le bât blesse ? Si la politique énergétique suisse est régulièrement évaluée par de nombreuses agences indépendantes comme étant l’une des meilleures des pays industrialisés du monde, les statistiques suisses et européennes montrent qu’en ce qui concerne le développement des énergies renouvelables, nous sommes à la traîne par rapport à nos voisins français, italiens, allemands ou autrichiens. Prenons un exemple : en 2012, l’Allemagne a produit 906 kilowattheures (kWh) d’énergie solaire et éolienne par habitant. En Suisse, pour la même période, nous arrivons à 59 kWh, soit 15 fois moins. C’est d’autant plus paradoxal que nous sommes à la pointe de la recherche au niveau mondial. La part des nouvelles énergies renouvelables, soit l’éolien, le solaire et la biomasse, n’excède pas 3,6% en Suisse. Comment expliquer qu’elle soit si faible ? Cet immobilisme est lié à la politique suisse et au mécanisme de promotion des énergies

Marco Pfister Expert climat et énergie chez Greenpeace Suisse par Alexander Zelenka

renouvelables. Lancée en 2008, la rétribution du courant à prix coûtant, ou RPC, est le principal instrument de la Confédération permettant de les encourager. Alimenté par le paiement d’un supplément pour chaque kWh produit en Suisse, ce fonds a malheureusement été insuffisamment doté depuis son lancement, ce qui a conduit des milliers de projets à s’accumuler sur une longue liste d’attente. L’autre problème est que la production d’énergie solaire a longtemps été contingentée. Les plafonds viennent heureusement d’être relevés pour les petites et moyennes centrales, ce qui devrait permettre de débloquer rapidement une partie des 29 800 projets solaires faisant l’objet d’une demande de financement. Suite à l’accident nucléaire de Fukushima, la Suisse s’est engagée à ne pas remplacer ses cinq centrales atomiques. Annoncée en 2011, cette décision

« En matière d’énergies renouvelables, la Suisse est à la traîne. Il faut absolument réintroduire les objectifs quantitatifs dans la Stratégie énergétique fédérale 2050 ! »

devrait doper la production d’énergie renouvelable, non ? Sur le papier, c’est réjouissant, mais concrètement, rien n’a encore été fait. Mis à part l’engagement de ne pas remplacer les cinq centrales atomiques suisses, le Conseil fédéral n’a pas établi de feuille de route pour sortir du nucléaire. Or, plusieurs incidents récents, que Greenpeace a dénoncés systématiquement, prouvent que ces installations sont dangereuses et vétustes. Les centrales de Mühleberg et de Beznau devraient être mises hors service immédiatement. Plus la Suisse attend, et plus elle perd ses chances de se profiler sur le marché extrêmement porteur des Cleantechs. Actuellement, 55% du courant suisse est produit par la force hydraulique. D’ici à 2035, le rapport Energy (R)evolution, de Greenpeace, estime qu’il est possible d’augmenter la part du renouvelable à 100%. N’est-ce pas trop optimiste ? Au contraire, cela est tout à fait faisable. Mais il faut davantage mettre l’accent sur le solaire, l’énergie la plus populaire en Suisse. Cette énergie pourrait à elle seule couvrir au moins 25% de nos besoins en courant électrique. Les mesures d’efficacité énergétique ont également un très gros potentiel, leur premier et principal avantage étant qu’elles peuvent être appliquées immédiatement. Si des objectifs quantitatifs allant dans ce sens ont dans un premier temps été fixés et intégrés à la Stratégie énergétique fédérale 2050, ils en ont été biffés par la Commission préparatoire du Conseil national. Il faut absolument les y réintégrer, car sans but précis fixé, on n’arrivera nulle part. Des projets éoliens font l’objet de recours et d’oppositions, faut-il en déduire que les Suisses n’ont pas la même conscience écologique que leurs voisins européens ? Le système des recours est une particularité du droit suisse qui permet souvent d’améliorer les projets et d’augmenter leur pérennité. Chez nos voisins, celui-ci n’est pas aussi étendu. Mais la véritable explication à ces oppositions est à chercher dans la manière dont les projets de développement sont conduits. On n’inclut pas assez la communauté dans la planification locale, avec pour résultat que celle-ci y voit davantage de nuisances que de bénéfices. Partout où l’on adopte un schéma de fonctionnement plus participatif, l’adhésion aux projets est nettement plus élevée. Acceptée en mai de cette année, la votation neuchâteloise sur l’éolien, qui était une première au niveau helvétique, l’a bien montré, puisqu’elle a été acceptée par une majorité de la population. Les Suisses sont prêts à s’engager pour les énergies renouvelables, mais pas n’importe comment ! ■

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Catastrophes naturelles et projets verts

Arvind Shah Professeur honoraire de l’Université de Neuchâtel et de l’EPFL par Thierry Oppikofer

« Oui, les énergies renouvelables sont ‹ rentables › ! » Pour en savoir plus Révision de l’Ordonnance sur l’aménagement du territoire (OAT) La révision est entrée en vigueur le 1er mai 2014. Points essentiels • Les installations solaires «soigneusement intégrées» sont dispensées d’autorisation conformément à l’art. 18a révisé de l’Ordonnance sur l’aménagement du territoire (OAT). (Le peuple a approuvé cette loi par référendum, ce qui signifie que cette décision est définitive.) • «Soigneusement intégrées» signifie selon le projet d’ordonnance (art. 32a OAT) que les installations solaires : • ne dépassent pas des pans du toit de plus de 20 cm ; • ne dépassent pas la surface du toit, en projections verticale et frontale ; • sont peu réfléchissantes selon l’état des connaissances techniques ; • sont d’un seul tenant. • Les installations sur les sites naturels et les biens culturels d’importance cantonale ou nationale sont soumises à autorisation. Le projet d’ordonnance précise quels inventaires doivent être pris en compte (art. 32b OAT). Par ailleurs, les cantons ont le droit de définir des zones soumises à autorisation. Il ne sera plus permis de refuser en bloc des autorisations dans les centres historiques.

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La Suisse a-t-elle une chance de compenser la contribution du nucléaire lors de l’abandon progressif de cette énergie, et si oui, comment ? Bien sûr ! Nous devons tout faire pour compenser l’apport actuel du nucléaire, auquel il faut renoncer au plus vite – à vrai dire, on n’aurait jamais dû commencer. En supposant qu’il n’y aura pas, dans les deux ans à venir, une raison impérative d’arrêter immédiatement l’exploitation de l’énergie nucléaire (ni catastrophe, ni pénurie de combustible), je vois deux scénarios possibles. Dans le premier, on compense avec le gaz. Certes, on n’aime pas dépendre de M. Poutine ou de l’émir du Qatar. Certes, produire de l’électricité grâce au gaz contribue à l’effet de serre. Mais il faut relativiser : le gaz est moins polluant que le charbon, et la part de l’effet de serre qu’on peut imputer à une grande centrale àde gaz pour générer du courant électrique ne représente pas grand-chose par rapport à celle liée à notre consommation de viande, par exemple, avec l’entretien d’un cheptel producteur de CO2. Dans le second scénario, le développement des énergies renouvelables est vraiment encouragé et poussé, et pas seulement le solaire, mais aussi l’éolien et l’hydroélectrique. On peut également promouvoir, dans l’immobilier notamment, la cogénération : on produit du courant électrique avec un moteur à diesel, ou à gaz, et on utilise la chaleur émise par ce moteur pour chauffer sa maison – simultanément, nos voisins font marcher leur pompe à chaleur avec le courant que nous avons généré. Le solaire est-il rentable et exploitable en Suisse, et à quelles conditions ? Cela dépend du sens que l’on donne à l’adjectif « rentable ». D’un point de vue général, est-ce rentable à long terme pour un pays ou pour un propriétaire de miser sur des énergies renouvelables ? Et plus particulièrement, peut-on imaginer que le solaire devienne rentable même sans subventions, en comparaison des autres sources d’énergie ? Je répondrai d’abord qu’à moyen terme, tous les pays et tous leurs citoyens ont intérêt à produire de l’électricité indigène. On ne peut plus aujourd’hui se passer d’informatique, et les situations de « black-out » illustrent bien le drame que provoque l’absence de courant. Pour le chauffage, c’est différent ; en cas d’urgence, on peut se rabattre sur le bois. Les transports dépendent eux aussi, de plus en plus, d’un apport suffisant d’électricité. La Suisse est bien placée avec ses 60% d’électricité hydraulique. Le solaire et l’éolien sont « rentables » dans la mesure où le fameux plan Wahlen l’était, c’est-à-dire que nous devons viser l’autosuffisance, et oser investir en ce sens. A l’échelon du propriétaire de logement, l’intérêt est le même : être plus indépendant signifie économiser à terme. Si le prix de l’électricité augmente, celle que vous obtenez grâce à vos cellules solaires devient d’autant plus rentable. En développant l’utilisation intelligente de l’électricité fournie par vos panneaux solaires (en mettant en marche, par exemple, vos machines à laver de préférence quand le soleil est là), vous arriverez déjà maintenant à réduire de façon importante votre facture d’électricité. La protection des sites et la crise économique ne sont-elles pas deux obstacles insurmontables à l’essor du solaire ? La crise économique qui a frappé un peu partout sauf en Suisse a conduit de nombreux pays à restreindre ou à abolir les aides à l’installation de capteurs solaires. En Angleterre cependant, le gouvernement conservateur a maintenu le cap. Quant à la Suisse, on ne peut pas vraiment dire qu’elle ait une politique volontaire en la matière. Par contre, la protection des sites va être un moins grand obstacle à l’avenir, puisque Berne a pris de nouvelles dispositions pour que des panneaux solaires puissent être installés plus facilement, à l’exception des monuments historiques où une telle intervention ne serait pas acceptable. La production de panneaux solaires dans des pays peu regardants en matière d’écologie n’est-elle pas un non-sens ? C’est en effet préoccupant. Pour une question de prix, beaucoup de gens optent pour des produits chinois. Mais la Chine, confrontée à de gigantesques défis écologiques, est en train de changer d’attitude et ses autorités se rendent bien compte qu’il ne sera bientôt plus possible de produire de l’électricité grâce au charbon pour fabriquer des panneaux solaires. Entre-temps, j’espère que de nombreuses collectivités et privés sauront investir un peu plus et acheter des panneaux allemands, coréens ou japonais, même s’ils sont plus chers, d’autant qu’on ne peut encourager un pays producteur aussi contestable, en ce moment, sur le plan social et environnemental. Il ne faut pas suivre uniquement la logique du meilleur prix : la qualité et le respect du développement durable ont leur importance. ■


Changement climatique, épuisement des ressources et pollution : quels sont les menaces et défis ? Le changement climatique est pour nous la principale menace. Les conséquences seront importantes. Il entraînera, par exemple, la fonte des glaciers, une baisse d’attractivité du paysage et un écoulement modifié de l’eau, car la fréquence et la quantité des précipitations saisonnières changeront. Pour la Suisse, le défi est de s’investir de manière globale dans la recherche de solutions et de prouver au niveau national que les mesures sont rentables. Quelles sont vos ambitions au niveau des projets verts ? Notre ambition est la modification progressive du système énergétique, de veiller à ce que l’approvisionnement en pétrole, en électricité et en gaz reste élevé tout en atteignant nos objectifs en matière d‘économie. Dans le cadre de la concurrence internationale, la sécurité énergétique constitue un atout, notamment pour les entreprises du secteur informatique, qui disposent de centres de recherche et de bases de données, mais également pour les prestations qui dépendent d’un approvisionnement constant en énergie. La consommation énergétique doit baisser sans surréglementation. Nous voulons définir avec le secteur économique des voies profitables pour la Suisse. Efficacité énergétique et énergies renouvelables : comment optimiser ? Optimiser signifie améliorer l’efficacité. Les objectifs et les méthodes diffèrent en fonction des secteurs. Nous voulons, par exemple, encourager la baisse de la consommation des véhicules neufs en collaboration avec l’UE. Pour les nouvelles constructions, nous souhaitons modifier les prescriptions avec les cantons afin d’augmenter à moyen terme le nombre de maisons à énergie positive, c’est-à-dire de bâtiments qui produisent un surplus d’énergie. C’est dans cette voie que nous nous engageons avec le Programme Bâtiments des cantons. Aujourd’hui, un tiers du produit de la taxe sur le CO2 y est consacré. Il faudra cependant des décennies pour que le parc immobilier suisse atteigne un meilleur niveau énergétique. Car actuellement, le taux de rénovation s’élève seulement à 1%. Nous souhaitons doubler ce chiffre dans les cinq à dix prochaines années. Pour cela, il faut plus d’experts ainsi que de nouvelles technologies. Jusqu’à présent, l’accent était mis sur des normes volontaires. A côté des investisseurs, il existe de nouveaux acteurs, par exemple les caisses de pension, qui réfléchissent à la façon de financer le Contracting pour que les mesures énergétiques deviennent rentables. Un fonds vient d’être créé. La compétitivité de l’industrie et des prestataires de services doit être renforcée en exonérant les entreprises de la taxe sur le CO2, mais également du supplément sur les coûts de transport du réseau pour le financement de la rétribution à prix coûtant du courant injecté (RPC) à condition qu’elles acceptent de réduire leur consommation d’électricité et d’énergie. Economie verte : quelles ont été les ambitions et quels sont les résultats ? A la fin des années 1940, mon grand-père était là lorsque la Suisse a décidé d’améliorer la qualité des eaux qui, à l’époque, étaient très polluées. Aujourd’hui, nous pouvons nous baigner dans toutes les rivières et les lacs. Mon but est de surfer sur une vague « propre » similaire, une vague Cleantech. Dans le domaine de l’énergie, les efforts en ce sens ont débuté dans les années 1970, à la suite de la crise du pétrole. Ces efforts ont connu une accélération suite à la discussion sur l’énergie nucléaire. La Suisse réfléchit aujourd’hui à ce qu’elle veut faire de son énergie nucléaire. En tant que pays industriel, nous sommes privilégiés, car il existe des pays où l’accès à l’énergie n’est pas encore garanti pour une large partie de la population. Ces pays ont un peu plus de mal que nous à poursuivre des objectifs écologiques, car la politique sur le CO2 est à 80% une politique énergétique. Une taxe intelligente sur le CO2 ou sur l’énergie doit contribuer à encourager le changement. En tant qu’économiste, je privilégie les taxes incitatives, qui ont pour effet un changement de comportement. Introduire de telles mesures dans une démocratie directe n’est pas une tâche facile. Ce changement prendra des années. Les représentants qui exigent une augmentation du prix de l’essence de 10 francs par litre freinent ce processus. Nous n’obtiendrons pas le soutien d’une majorité de la population avec de telles mesures. ■

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Catastrophes naturelles et projets verts Immodossier

Walter Steinmann Directeur de l’Office fédéral de l’énergie (OFEN) par Andreas Valda

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« Une taxe intelligente sur le CO2 ou sur l’énergie doit contribuer à encourager le changement. »

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Catastrophes naturelles et projets verts

René Estermann CEO Myclimate et président de l’agence Act par Andreas Valda

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Changement climatiques, épuisement des ressources et pollution : Quelles sont les menaces et défis ? Chaque semaine nous entendons le même refrain : inondations, glissements de terrain, destruction d’infrastructures, pénurie alimentaire, épuisement des ressources. Les conséquences liées aux changements climatiques sont énormes. Des guerres civiles éclatent suite à l’épuisement des ressources. Conséquences directes de cette situation : les coûts en matière de reconstruction, de réapprovisionnement des ressources et de création de nouvelles sources ne cessent d’augmenter. Les conséquences indirectes sont de type sociétal : migration et tensions sociales dans les régions touchées par les catastrophes. Les conséquences sont jusqu’à présent restées minimes en Suisse. Et grâce à notre niveau de vie élevé, nous sommes en mesure d’absorber les coûts. Mais pour les pays du Sud de l’Europe, la situation est déjà différente. Ils sont confrontés à une migration considérable qui ne s’arrête pas aux frontières de la Suisse. Economie verte : Quels ont été les ambitions et quels sont les résultats ? En Suisse, nous avons réussi à gérer les problèmes de type écologique. Voici quatre exemples : une eau propre, une protection du paysage, une biodiversité, une gestion des déchets. Les mesures qui ont été engagées entre 1950 et 2000 portent maintenant leurs fruits. Nous avons également instauré des règles claires au niveau de la Confédération, des cantons et des communes. Nous avons internalisé les coûts : principe du pollueur-payeur. Celui qui pollue doit supporter les frais en conséquence. Nous avons mis au point des mécanismes et créé de nouveaux marchés dans le secteur de l’environnement. Lorsque j’étais enfant, on ne pouvait pas se baigner dans les rivières et les lacs. Aujourd’hui, c’est possible. Et pour quelle raison ? Par ce que celui qui est à l’origine des problèmes doit désormais payer les coûts relatifs au traitement des eaux usées. Le même principe s’applique à l’air de nos jours, mais seulement dans une moindre mesure. Quasiment personne ne supporte les frais liés aux déchets sous forme de gaz ou de vapeurs. Quels sont vos ambitions pour des projets verts ? J’espère que la Suisse s’inspirera des réussites réalisées au cours des dernières décennies en matière environnementale et que nous instaurerons également de nouvelles règles sur la protection climatique. Nous devons assurer une internalisation complète des frais liés aux problèmes environnementaux. Les règles doivent clairement être établies à cet effet. Pour réussir, il est essentiel que nous vous donnions, à vous les habitants de la planète, des explications et que nous rendions tout ceci plausible. Car seulement ce qui est plausible peut être mis en œuvre. Les dispositions légales sont en fait le reflet des règles de société. Les exemples montrent qu’un mélange entre économie, dispositions légales, communication et formation est nécessaire. Pour autant, cela ne sert à rien d’agir seulement en Suisse car les problèmes climatiques ne s’arrêtent pas aux frontières. Nous devons agir au niveau international. Les Suisses, dans leur grande majorité, ont conscience de cet état de dépendance au niveau international, ainsi que de la question de la responsabilité et de la solidarité. Efficacité énergétique et énergies renouvelables : Comment optimiser ? Il faut allier les deux, même si j’ai une préférence pour les énergies renouvelables. Leur potentiel est considérable grâce à un savant mélange entre eau, vent, soleil, vagues et autres énergies telles que la géothermie. Je souhaiterais que la Suisse fasse preuve de davantage de courage et de tolérance par rapport aux projets sur les énergies renouvelables. Les technologies ont encore de grandes chances d’améliorer la question de l’efficacité énergétique, et de fixer des limites à l’homme car il a tendance à vouloir gaspiller. Renoncer n’est pas vraiment une attitude très glamour, ni un modèle économique qui fonctionne. Profiter de la vie est souvent synonyme d’inefficacité. Il doit pouvoir être possible, à l’avenir, de profiter de la vie tout en ne nuisant pas à l’environnement. Nous pourrions, si nous le voulions, développer quantité d’énergies renouvelables que nous pourrions utiliser intelligemment. A mon avis, ceci serait un grand tournant. Pour vous donner un exemple : je chauffe ma propre maison depuis 13 ans au bois, nous produisons de l’eau avec des capteurs solaires et de l’électricité grâce à des modules photovoltaïques. Ainsi, par beau temps, mes filles peuvent se doucher pendant une demi-heure sans problème, sans gaspiller de l’énergie (nous manquons très rarement d’eau en Suisse). L’isolation de ma maison est bonne, mais pas non plus énorme. Il est important de garder de bonnes proportions. A partir d’un certain niveau, on injecte tellement d’énergie dans l’isolation que le bilan énergétique et le confort thermique ne sont plus en adéquation. Au niveau des constructions, il conviendrait d’axer davantage nos efforts sur l’utilisation intelligente des énergies. Il est tout à fait possible de gaspiller, mais seulement au bon endroit. ■


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Quelles sont les principales menaces pesant sur l’environnement dans le canton ? Même si des changements significatifs sont annoncés dès 2050, nous devons commencer à nous préparer aujourd’hui aux effets des modifications climatiques, car les inondations et les glissements de terrain se multiplient. La réalisation d’une cartographie des dangers naturels, que les communes vaudoises reçoivent actuellement, va nous aider à les prévenir. D’une manière générale, l’état de l’environnement de notre canton est réjouissant. Nous avons beaucoup progressé ces dernières années : les eaux de nos lacs sont plus propres, la qualité de notre air s’est améliorée et nos déchets sont valorisés ou éliminés. Nous devons maintenant nous attaquer à de nouvelles sources de pollution comme les micropolluants. Enfin, nous devons être attentifs à la préservation de la biodiversité. Quelles initiatives les autorités en général, et vous en particulier, avez-vous prises ou comptez-vous prendre dans l’optique du développement durable ? Nous devons évoluer vers moins de gaspillage et réduire notre dépendance aux ressources fossiles. La société à 2000 W est un objectif vers lequel nous devons tendre. Le canton est en train d’améliorer son autonomie énergétique selon deux grands axes : augmenter notre part de production d’énergies renouvelables, propres et indigènes (photovoltaïque, éolien, hydraulique, bois-énergie, biomasse, géothermie, etc.) et économiser en incitant notre population à mieux utiliser l’énergie. Pensez-vous que la conjoncture morose soit un frein à l’adoption de normes et de comportements plus respectueux de l’environnement ? C’est souvent le cas. Souvenez-vous par exemple de l’introduction des catalyseurs au milieu des années 1980 et des levées de boucliers de l’époque. Aujourd’hui, plus personne n’accepterait un retour en arrière. Mais l’adoption de comportements plus respectueux de l’environnement n’est pas forcément synonyme de dépenses supplémentaires. Ils peuvent au contraire permettre des économies financières tout en garantissant un confort de vie égal. Le message de l’économie d’énergie et de la protection de l’environnement estil bien accepté et bien compris par la population ? Le message est aujourd’hui bien ancré dans l’esprit de notre population, surtout auprès de la jeune génération, pour laquelle c’est une évidence. Les difficultés apparaissent au moment où il faut adopter des mesures concrètes, particulièrement lorsqu’elles touchent au porte-monnaie ou se passent près de chez nous. L’« économie verte » est-elle rentable, porteuse en termes d’emplois ? La formation adéquate est-elle disponible ? L’économie verte porte le message d’une activité économique orientée vers un meilleur respect des règles de la nature. Avec l’épuisement programmé des ressources mondiales non renouvelables et une demande croissante, la pression sur ces ressources obligera à passer de plus en plus à une économie prônant sobriété et efficacité. L’économie verte représente assurément beaucoup d’emplois dans le futur. C’est une chance pour notre canton, qui excelle dans le domaine de l’innovation et qui compte plusieurs hautes écoles prestigieuses, mais aussi de nombreuses entreprises formatrices de haute qualité sur son territoire. ■

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Jacqueline de Quattro Conseillère d’Etat en charge du Département du territoire et de l’environnement (DTE) du Canton de Vaud par Thierry Oppikofer

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« Souvenez-vous par exemple de l’introduction des catalyseurs au milieu des années 1980 et des levées de boucliers de l’époque. »

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Quelle est l’opinion des leaders politiques suisses sur « l’économie verte » ? Tour d’horizon. par Andreas Valda

« Dans le secteur du recyclage, la Suisse est pratiquement championne du monde. »

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L’environnement est-il menacé ? Voici la question posée par IMMORAMA aux leaders des quatre grands partis politiques représentés au gouvernement. Florilège. Pour Roger Nordmann, vice-président du Parti socialiste (PS), le défi au regard de l’environnement et du changement climatique est « de changer progressivement les bases énergétiques pour pouvoir maintenir la prospérité », et « d’arrêter le gaspillage » insiste Robert Cramer, élu Vert et conseiller aux Etats de Genève. Pour le Parti libéral-radical (PLR) et le Parti démocrate-chrétien (PDC), il s’agit de « réduire le taux de consommation des ressources naturelles (air, eau et sol) sans limiter la compétitivité de notre économie et de notre agriculture », comme le mentionne Jacques Bourgeois, conseiller national PLR à Fribourg et directeur de l’Union suisse des paysans. Dans le même esprit, Yannick Buttet, conseiller national valaisan PDC se penche sur l’aspect international : « Pour avoir un réel effet, les solutions doivent se trouver au niveau international ou du moins être partagées par les principales forces économiques mondiales. » Albert Rösti, conseiller national bernois et leader UDC, ajoute : « Le défi consistera d’une part à mettre en adéquation les revendications légitimes des pays tiers et des pays émergents en matière de développement et de consommation, et d’autre part la protection de l’environnement. » Qu’en est-il des résultats ? Roger Nordmann et Albert Rösti ont mis en avant ce qui a déjà été fait. « La Suisse a réussi à réduire ses émissions malgré sa croissance économique et l’augmentation massive de sa population, et a atteint les objectifs fixés par le Protocole de Kyoto. » Dans le secteur des matières premières, la consommation a pu être réduite grâce aux nouvelles technologies. « Dans le secteur du recyclage, la Suisse est pratiquement championne du monde », souligne Rösti. De son côté, Bourgeois mentionne aussi l’étiquetteénergie comme un exemple de réussite. « La Suisse a introduit un système d’étiquettes qui informent le consommateur, avant l’achat, sur le taux d’efficacité énergétique. » Et selon Buttet, la sortie du nucléaire représente un progrès : « La décision de sortir du nucléaire a été historique et il s’agit maintenant de la concrétiser. » Les représentants du PS considèrent que la mobilisation des gens constitue une réussite majeure : « Economie verte, en soi, c’est un slogan fédérateur. » L’assainissement de l’eau et les normes européennes en matière de consommation pour les véhicules sont des exemples de réussite. Les embouteillages sont, en revanche, un échec : « La consommation d’essence des voitures aurait pu reculer plus vite. La politique a failli. » ... Et des ambitions ? L’ambition de Nordmann serait « d’accélérer les technologies, comme le photovoltaïque ou l’isolation des bâtiments à large échelle, en créant un cadre qui permette d’investir et en bloquant les pistes contre-productives, comme l’importation de courant d’origine charbonnière, très polluante. » L’objectif de Cramer serait « que les déchets soient la matière première d’une autre d’où le nom d’économie circulaire. » Buttet déclare que seuls les projets ayant « vraiment du sens » et « qui apportent un bénéfice tant environnemental qu’économique » peuvent entrer en ligne de compte. Il pense que la Suisse est « à la pointe en matière de technologies vertes » et a une « vision durable de la production et de la consommation énergétique. » « Nous devons être un modèle sans pénaliser exagérément nos entreprises. » Dans le même temps, le PS et les Verts demandent la mise en place de taxes incitatives et l’application d’une obligation légale visant à réduire la consommation des ressources et à recycler. Le PDC préconise l’application de certaines règles coercitives (« un système d’incitation voire même d’imposition, dans certains cas, serait incontournable »), tandis que l’UDC privilégie le caractère facultatif. « Chaque branche a investi des milliards dans l’optimisation des processus permettant d’économiser les ressources et l’énergie. » Les résultats confirment que « seules les mesures facultatives au niveau économique ont permis d’arriver à cet objectif ». Il en démontre les avantages : « Les projets écologiques doivent générer un gain pour l’entreprise qui investit, que ce soit par la baisse des coûts de production résultant d’économies en termes de matériel et d’énergie, ou par la réduction des coûts de transport. » C’est aussi un atout en termes d’image. Pour de nombreuses entreprises, c’est « l’occasion de mieux se positionner dans la société ». ■


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Actares, une association fondée en 2000 à Fribourg qui réunit 1 300 membres dont la plupart sont des particuliers. Elle ne gère pas de fortune mais représente ses membres qui sont des actionnaires sensibles à une économie durable. Roby Tschopp, Actares encourage les entreprises à la transparence, à une gestion basée sur la durabilité et à se montrer socialement et écologiquement responsables. Recommandez-vous des investissements responsables à vos membres, actionnaires de sociétés ? Le conseil en investissement est un métier. Actares ne donne aucune recommandation d’achat ou de vente. Ses membres sont les seuls à prendre la décision d’acheter ou de vendre leurs actions. Cependant Actares collabore si possible avec des partenaires, comme Inrate, qui est une agence d’analyses reconnue. Nous allons utiliser ces données pour les comparer entre elles et si, par exemple, nous allons voir les administrateurs d’une société, nous leur disons : « voyez, les autres entreprises font des efforts et vous ? » Le cœur de la démarche d’Actares consiste à représenter ses membres auprès des sociétés cotées et de porter leurs préoccupations en matière de durabilité sociale, environnementale et économique. Vous représentez des actionnaires minoritaires dans les assemblées générales, comment pouvez-vous faire changer les choses ? En posant des questions, en sensibilisant. Nous amenons les sociétés à bouger, en mettant la pression du côté des actionnaires. Ce n’est pas spectaculaire mais c’est par tout petits pas que l’on consolide notre position. Il y a peu de groupes au niveau de l’actionnariat qui se préoccupent de ce sujet. C’est le rôle que nous assumons dans le système avec d’autres, comme Ethos. Preuve que les choses changent : il y a une dizaine d’années, à l’époque des grandes fusions, l’excuse des entreprises était de dire qu’elles répondaient à une demande des actionnaires. Aujourd’hui, on n’entend plus beaucoup cet argument. Comment vous informez-vous pour savoir si des sociétés sont socialement responsables et qu’elles n’ont pas d’impact négatif sur la société ou l’environnement ? Le contrôle de l’impact des activités des sociétés se fait par Actares sur la base des données disponibles publiquement, et si possible émises par l’entreprise elle-même. Il s’agit avant tout de son rapport environnemental et social, mais aussi des chiffres consolidés par le « Carbon Disclosure Project » (www.cdp.net) ou encore les controverses soulevées soit par les ONG, notamment La Déclaration de Berne, Greenpeace, WWF, Amnesty International, soit traitées par la justice ou les pouvoirs publics (sanctions, amendes). Mais vous faites également des études sectorielles pour rendre publics certains thèmes comme l’impact climatique des entreprises par exemple ? Oui, nous avons récemment fait une étude sur les impacts, en matière de gaz carbonique, des investissements de grandes compagnies d’assurances. Nous avons publié un rapport comparatif sur ces assurances. Les personnes intéressées peuvent aller chercher ce type d’informations pour se faire leur propre opinion, mais notre objectif n’est pas d’être exhaustif et de pouvoir dire, par exemple, Credit Suisse et UBS ont des performances différentes en matière d’environnement. Nous faisons des études très sectorielles, pour montrer aux sociétés elles-mêmes que certaines ont fait des efforts et d’autres pas. Nous sommes un peu des chiens de garde et des enquiquineurs bienveillants. Notre but n’est pas de nous attaquer aux sociétés et de faire perdre de l’argent à nos membres qui, sont actionnaires. Nous voulons amener nos préoccupations et celles de nos membres à être mieux prises en compte par les entreprises. L’expérience nous montre de plus en plus que celles qui essaient de tricher ou de ne pas se préoccuper de la durabilité finissent par en subir les conséquences. ■

Roby Tschopp Directeur d’Actares par Grégoire Praz

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par Thierry Oppikofer et Christine Esseiva

Fukushima, le pire reste à venir

Plus de trois ans après l’accident nucléaire de Fukushima, la situation de la centrale semble toujours aussi préoccupante. Pourtant, le gouvernement japonais a entrepris de rouvrir une partie de la zone interdite à la population.

Par Johann Fleuri Japon

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« Cette décision est inacceptable », s’exclame la journaliste japonaise Mari Takeuchi. Depuis avril 2014, le gouvernement japonais autorise l’accès à trois communes de la zone interdite qui entoure la centrale de Fukushima Daiichi. Incitant les habitants à regagner leurs maisons en journées mais sans y dormir. L’ouverture de ce territoire pourrait entraîner le retour de 16 000 riverains sur Tamura, Kawauchi et une partie de Minamisoma. Aucune protection n’est exigée alors que certains endroits ne sont distants que d’une dizaine de kilomètres de la centrale. Le gouvernement nippon assure que si ces trois communes rouvrent sur les 11 qui composent la zone, c’est que le taux de moins de 20 microsieverts par an est respecté. Mari Takeuchi ne peut pas croire que la zone rouvre déjà. Aujourd’hui encore, elle se bat pour « que les femmes enceintes et les enfants quittent cette préfecture, explique-t-elle. Ils sont trop vulnérables et souffriront, encore plus que les autres, des conséquences de la radioactivité dans le futur. » Pétitions en ligne, blogs, réseaux sociaux, cette journaliste japonaise se retrouve complètement dans la voix de l’antinucléaire nippon qui s’est élevée au Japon dès mars 2011. Un mouvement qui ne semble pas faiblir. « Je ne peux pas me résoudre à ce que des êtres humains souffrent au profit du lobby du nucléaire. » La réouverture d’une partie de la zone interdite est-elle prématurée ? La situation actuelle de la centrale n’est en tout cas pas rassurante. Depuis l’accident, en mars 2011, Tokyo Electric power (Tepco), la compagnie exploitante de Fukushima Daiichi, semble colmater, sans donner l’impression de vraiment gérer le désastre. Ses récentes révélations font froid dans le dos. Fissures, fuites d’eau radioactive dans l’océan... La société a récemment reconnu une perte, en août 2013, quatre heures durant, de 280 milliards de becquerels de césium 134/137 rejetés du site par heure, contre 10 millions de becquerels par heure habituellement. Soit 2 800 fois la dose. (Source : Science et avenir). Un autre problème prend une ampleur inquiétante : que faire des déchets ? 500 000 m3 d’eau radioactive sont stockés dans des réservoirs, qui ne seraient plus tout à fait étanches. Auxquels on ajoute 72 400 m3 dans les bâtiments et 20 000 ailleurs. Que faire également de ces milliers de sacs remplis par le gouvernement de terre grattée sur les sols contaminés ? Comment les traiter ? Si fuites d’eau radioactive dans l’océan il y a, quid des poissons ? Si Tepco a installé des filets dans le port devant la centrale pour que les poissons les plus contaminés ne puissent aller au large, « les mesures montrent en revanche une très forte contamination de certaines espèces, affirme une étude de la Commission de recherche et d’information indépendantes sur la radioactivité (Criirad). Parmi les contrôles effectués par les laboratoires indépendants de la CRMS (Citizen Radioactivity Measuring Station), on notera des saumons à 2 456 Bq/kg en césium radioactif (avril 2013 à Litate, préfecture de Fukushima). » Depuis 2011, les aliments issus de la préfecture de Fukushima subissent des contrôles drastiques. Mais la radioactivité est parfois passée entre les filets. En 2011, plusieurs scandales ont éclaté dont les 4 t de viande de bœuf contaminée retrouvées dans les rayons des 174 supermarchés d’Aeon Co. En colère, certains ont choisi de faire de la résistance. Contre l’avis du gouvernement, un groupe d’agriculteurs réunis autour du désormais médiatisé Naoto Matsumura a entrepris de soigner des animaux abandonnés dans la zone interdite. En juin dernier, ils ont apporté l’un de leurs 350 bœufs à Tokyo, pour exiger du gouvernement un examen des symptômes apparus dans le cheptel depuis 2011. En filigrane, une crainte bien plus intense: quels seront, à terme, les effets sur les humains qui ont subi la même dose de radioactivité que leurs bœufs ? ■ © Reuters / Kim Kyung-Hoon

« Je ne peux pas me résoudre à ce que des êtres humains souffrent au profit du lobby du nucléaire. »


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Par Sophie Bouillon Afrique

« Le delta du Niger est la zone la plus polluée au monde. »

© George Osodi / AP Photo

« En 2010, quand on regardait les infos et que l’on voyait toutes les actions engagées pour sauver les côtes de Floride après la marée noire, et la consternation mondiale que ça a entraînée… cela nous faisait presque sourire. Ici, on le vit tous les jours, et tout le monde s’en désintéresse. » Ce jeune couple français employé par la compagnie Total rit jaune, face à sa marée noire quotidienne. Ils travaillent à Port Harcourt, la capitale pétrolifère du Nigeria, le premier producteur de brut du continent africain. Sous couvert d’anonymat, ils se disent « dégoûtés » par une pollution à grande échelle, dont leur employeur est lui aussi responsable. « Mais qu’est-ce qu’on peut y faire ? » lancent-ils. Dans le delta, tout le monde se rejette la responsabilité de ce désastre écologique. En 2010, en Floride, environ 5 millions de barils de pétrole de la compagnie BP se sont déversés dans la mer pendant plus de quatre-vingts jours, sous les caméras du monde entier. Le président Obama s’était lui-même déplacé sur les lieux du désastre, et les victimes ont été indemnisées à hauteur de 21 milliards de dollars par la multinationale britannique BP. Au Nigeria, on estime que la pollution représente l’équivalent d’un Exxon Valdez (la gigantesque marée noire en Alaska de 1989) tous les ans, depuis vingt-cinq ans. Près de 2 millions de mètres cubes de pétrole se seraient ainsi mélangés aux eaux de l’Atlantique depuis le début des années 1990. « Mais les chiffres sont invérifiables, confie Nnimmo Bassey, le plus grand défenseur de l’environnement au Nigeria. On ne peut même pas vérifier les chiffres de l’extraction, alors évaluer les pertes, vous imaginez ! Ce secteur est totalement opaque. Le gouvernement et les compagnies pétrolières travaillent et mentent ensemble. » Grâce à un réseau d’associations basées dans le delta, et à ses contacts dans les villages alentour, Nnimmo Bassey peut mettre à jour son agenda des marées noires. Rien que pour l’année 2014, les dates s’enchaînent et donnent le vertige : 7 février, marée noire à Egberi (Agip, problème d’équipement) ; 17 février (canalisation Agip) ; 7 mars ; 20 mars, trois marées noires ; 25 juin, à Egberi et Biseni (« Agip assure qu’il s’agit d’un sabotage des canalisations », souligne-t-il) ; 7 juillet… Et comme si cette liste ne suffisait pas, l’environnementaliste continue : « En ce moment même, le pétrole s’écoule le long du pipeline Tebidaba-Ogboinbiri. Le 2 juillet aussi, la Terre a saigné le long du pipeline Agip de Kalaba. Mais ça, ce ne sont que les marées noires dans une petite partie du delta, souffle-t-il. Début juillet, le terminal de la plate-forme d’ExxonMobil à Qua Iboe a explosé causant une autre marée. » Et c’est compter sans les autres années, les autres sabotages, les autres fuites, les autres localités… la liste s’étend à l’infini, à l’image des nappes arc-en-ciel qui parsèment les eaux de la mangrove et de l’océan. Les millions de villageois qui habitent le delta ont perdu tous leurs moyens de subsistance face à la pollution. Les eaux du delta n’offrent plus de poissons, les terres ont perdu leur fertilité, et dans certains villages, on doit même se ravitailler en eau potable directement sous les pompes de refroidissement des raffineries. Les nappes phréatiques ont été touchées. « Les compagnies pétrolières rejettent sans cesse la faute sur les raffineries illégales, sur les mercenaires et les vandales, toujours les mêmes excuses ! C’est une manière de ne pas prendre leurs responsabilités », explique Leslie Adogame, chercheur nigérian en environnement, basé à l’Université d’Edimbourg en Ecosse. En effet, des groupes mafieux et lourdement armés ont pris le contrôle de certaines zones du delta, et percent les pipelines pour se servir en or noir. La région la plus riche du pays, en termes de ressources, est aussi l’une des moins développées du pays. Ces groupes armés se servent donc directement sur les canalisations, laissant se déverser des litres de brut dans la nature. On estime que 400 000 barils seraient perdus ainsi chaque jour, un cinquième de la production totale du pays. Selon Total, BP, Agip et les autres multinationales travaillant dans la zone, il est trop dangereux d’aller réparer les canalisations. En réalité, la production est tellement importantes, que les pertes sont négligeables. « Pour construire une raffinerie illégale, il faut beaucoup de moyens financiers. Ça coûte des millions de dollars, poursuit Leslie Adogame. Les plus importantes sont visibles depuis les airs, ce ne sont pas de simples groupes de villageois. Ils ont besoin du soutien de

L’ONU dénonce le désastre écologique dans le Delta du Niger mais est impuissante

© Ed Kashi (Archives) / AP Photo

Dans le delta du Niger, il se déverse autant de pétrole chaque année que lors du drame de l’Exxon Valdez, la grande marée noire de 1989. Mais les responsables se rejettent mutuellement la faute, la région est devenue l’environnement le plus pollué de la planète et une zone de non-droit.

Delta du Niger. Selon l’UNEP, trente ans et un milliard de dollars seraient nécessaires pour assainir le delta.

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l’armée, et sûrement de personnes haut placées dans le gouvernement pour continuer à exister. » Cette mafia engendre des milliards de dollars, et s’est armée au fil des ans, créant le chaos dans cette zone où l’argent coule aussi rapidement que les litres de pétrole dans la mangrove. L’armée nigériane a été déployée pour protéger les employés des compagnies pétrolières, victimes d’assassinats ou de kidnappings. Les soldats travaillent désormais comme des milices privées au service des multinationales, et ne protègent ni les villageois ni les défenseurs de l’environnement qui tentent de travailler dans la zone. En 2011, les Nations unies ont sorti un rapport choc, établissant le delta du Niger comme l’environnement le plus pollué du monde. L’étude révèle que les villageois ne doivent plus boire l’eau des puits, qui contient 900 fois plus de benzène, un hydrocarbure cancérigène, que la limite recommandée par l’Organisation mondiale de la santé. L’ONU désignait le gouvernement nigérian (responsable des équipements et notamment de la prise en charge des pipelines), et Shell comme directement responsables de la pollution de l’Oginiland, l’une des régions du delta. « Ça a fait beaucoup de bruit à l’époque, se souvient le chercheur Adogame. Mais rien n’a été fait ! Rien ! Les lobbies sont trop importants et le secteur pétrolier est le plus corrompu du pays. » En février dernier, le directeur de la Banque centrale a sonné l’alarme en annonçant qu’il manquait 20 milliards de dollars de revenus pétroliers dans les caisses de l’Etat. « L’Etat est corrompu, les compagnies pétrolières en profitent, l’armée les protège. Les seules victimes ce sont les villageois… et la Nature », conclut l’environnementaliste. ■

Simon Reddy Commission Océan Mondial Secrétaire Exécutif par Amandine Alexandre

« Une nouvelle convention sur les droits de la mer est indispensable. De même que la création de zones protégées en haute mer. » Eclairage La Commission Océan Mondial est une commission indépendante composée d’anciens chefs d’Etat et de gouvernement du monde entier et de chefs d’entreprises internationales. Elle a étudié le déclin que subit l’océan et a publié un rapport dans lequel elle propose un plan de sauvetage pour restaurer l’océan. www.globaloceancommission.org

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Le rapport de la commission Océan Mondial est alarmant. La haute mer s’est dégradée à une vitesse effroyable. Comment en est-on arrivé là ? Il y a 30 ou 40 ans de cela, la haute mer était protégée parce qu’elle était inexploitable. Depuis, de nombreuses technologies se sont développées qui permettent notamment de pêcher. L’autre problème, majeur, c’est que la haute mer n’appartient à aucun Etat et n’est protégée par aucun organisme international. Il existe une convention de l’ONU sur les droits de la mer mais elle a été rédigée dans les années 1960 et signée en 1982. Depuis elle n’a pas du tout évolué. Or, à l’époque, personne n’avait saisi le rôle fondamental de la haute mer notamment pour la régulation de la température terrestre. Les stocks de poissons décroissent. Pourtant, la pêche n’a jamais été aussi intensive. Pourquoi ? La pression démographique s’est intensifiée et, surtout, les subventions versées par les Etats les plus riches de la planète au secteur de la pêche industrielle encouragent et maintiennent une activité extrêmement nuisible à l’océan. La pêche en haute mer est principalement le fait de dix nations (Japon, Chine, Etats-Unis, pays de l’UE). Au lieu de préserver les stocks, nous faisons la chasse aux derniers poissons. Cette activité n’est pas rentable, en plus de ne pas être durable. Dans les pays riches, les consommateurs paient deux fois leur poisson : une fois en réglant leurs impôts (qui servent à subventionner la pêche) et une fois à la poissonnerie. Des pays ont-ils adopté de bonnes pratiques pour lutter contre la surpêche ? Il est très difficile pour un pays de faire quoi que ce soit tout seul. La haute mer appartient à tout le monde et à personne, et les poissons n’ont pas de passeport. Cependant, au cours des quatre ou cinq dernières années, la Commission européenne a pris des mesures qui vont dans le bon sens (réduction des quotas de pêche d’un pays en cas de surpêche, etc.). Il faut que d’autres puissances mondiales adoptent une politique similaire pour inverser le cours des choses. Quels sont les déchets terrestres que l’on retrouve le plus dans l’océan ? Le plastique en majorité. Il existe des zones de déchets plastiques dans les cinq zones océaniques. A l’échelle de la planète, la production de plastique a été multipliée par quatre entre 1980 et 2010. Certains plastiques se retrouvent dans les rivières et finissent dans la mer. D’autres sont transportés par le vent, jetés par les navires. Il faut faire en sorte que le plastique soit réutilisé et recyclé. Pour cela, les emballages doivent être conçus différemment : la réutilisation du plastique devrait être plus rentable que sa transformation en déchet. Y a-t-il une mesure qui permettrait de stopper le déclin de l’océan radicalement ? Oui, la création de zones protégées serait un moyen efficace de mettre un terme à la dégradation de certaines zones océaniques. Après tout, il y a bien des zones protégées sur la Terre ! Interdire la pêche en haute mer permettrait de régénérer rapidement les stocks


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de poissons. Cependant, c’est une mesure de dernier ressort que nous préconisons si aucune des autres mesures que nous recommandons par ailleurs (traque des bateaux pêchant en haute mer, régulation de l’exploitation minière des fonds marins, etc.) n’est appliquée d’ici à cinq ans. En priorité, il faut changer la façon dont la haute mer est gouvernée. Concrètement, il faut une nouvelle convention de l’ONU sur les droits de la mer. ■ Depuis son avènement dans les années 1950, le plastique a envahi notre quotidien. Et nos océans. Ces milliards de petits déchets – menace croissante pour l’écosystème marin – polluent peut-être aussi notre chaîne alimentaire. La disparition en mer du vol MH370 de la Malaysia Airlines, le 8 mars 2014, a indirectement mis en lumière une sombre réalité : nos océans sont de véritables poubelles. A plusieurs milliers de kilomètres des côtes australiennes, là où les équipes de recherche tentaient désespérément de retrouver la trace du Boeing 777, des dizaines d’objets flottants, en plastique le plus souvent, ont été aperçus, parfois récupérés. Aucun n’appartenait à l’avion. Selon un chiffre fourni en 2006 par le Programme des Nations unies pour l’environnement,

Des déchets plastiques dans nos assiettes ? Une réalité Par Charlotte Alix Etats-Unis

on trouverait en moyenne sur la planète 18 000 morceaux de plastique par kilomètre carré d’océan. On estime en outre que sur les quelque 300 millions de tonnes de plastique produites chaque année dans le monde, 10% finissent dans les océans. Souvent mis en avant pour illustrer l’ampleur de la pollution marine, ces deux chiffres sont toutefois à prendre avec précaution, tant le phénomène reste méconnu et complexe à mesurer. Soupe de plastique

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Figure de la lutte contre la pollution plastique, le navigateur et océanographe Charles Moore a été l’un des premiers à se pencher sur le sujet. En 1997, au retour d’une régate entre Los Angeles et Hawaï, il emprunte une route marine très peu fréquentée et s’étonne du nombre de débris qu’il croise. L’explorateur américain l’ignore encore : il vient de découvrir la première – et la plus importante – plaque de déchets du monde, rapidement surnommée le Great Pacifique Garbage Patch, la grande poubelle du Pacifique. Au total, on dénombre sur Terre cinq gigantesques zones où les déchets plastiques s’accumulent sous l’effet des courants marins. Situées dans le Pacifique Nord et Sud, l’Atlantique Nord et Sud et l’océan Indien, ces zones appelées gyres fonctionnent comme des tourbillons qui aspirent en leur cœur sacs plastiques, bouteilles, bidons et autres filets. Attirés par des courants plus ou moins circulaires, ces déchets mettent parfois plusieurs années à s’agglutiner mais ne ressortent jamais des gyres. Souvent appelé « septième continent » ou « continent de plastique », l’immense amas de déchets découvert par Charles Moore dans le Pacifique Nord n’est cependant pas une plaque solide, sur laquelle un homme pourrait marcher. Les scientifiques lui préfèrent d’ailleurs l’appellation de « soupe de plastique », où eau, plancton et minuscules morceaux de plastique côtoient des débris plus imposants. Dans cette zone de 3,4 millions de kilomètres carrés – environ 80 fois la superficie de la Suisse – Charles Moore et les scientifiques de son ONG, l’Algalita Marine Research Foundation, ont mené de nombreuses expéditions. Le constat est accablant : en moyenne, chaque kilomètre carré d’océan comporte plus de 334 000 fragments de plastique, avec des pics à près d’un million par kilomètre carré. Dans les échantillons d’eau prélevés sur place, à des milliers de kilomètres de toute civilisation, les scientifiques ont trouvé six fois plus de plastique que de plancton. Dans nos assiettes ? Parmi les déchets qui préoccupent le plus les chercheurs, les granulés plastiques, utilisés dans la plasturgie, menacent la faune marine. Souvent absorbés par les animaux, qui

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les confondent avec des œufs de poisson, ils sont évidemment difficiles à digérer. Mais pire encore, avant d’être ingérés par les poissons, ces granulés fonctionnent comme des éponges à polluants, absorbant notamment les pesticides et les herbicides rejetés dans les rivières. « Nous voulions voir si les poissons les plus courants dans l’océan profond, à la base de la chaîne alimentaire, ingéraient ces pilules empoisonnées, explique Charles Moore. Nous avons donc fait des dizaines d’autopsies, et plus d’un tiers des poissons avaient ingurgité des fragments de plastique pollués. Le détenteur du record, qui mesurait seulement 6,35 cm, avait 84 morceaux dans son petit estomac. » Dès lors, une inquiétante question se pose : le plastique des océans peut-il se retrouver à l’autre extrémité de la chaîne alimentaire, autrement dit… dans nos assiettes ? « Aucun

« Dans les échantillons d’eau prélevés sur place, à des milliers de kilomètres de toute civilisation, les scientifiques ont trouvé six fois plus de plastique que de plancton. »

poissonnier sur Terre ne peut vous vendre un poisson sauvage certifié bio », affirme Charles Moore. Mais pour le moment, aucune étude scientifique n’a apporté la preuve d’une quelconque contamination. Signe d’ailleurs que, sur ce sujet, la science est encore balbutiante, une récente étude est venue ébranler quelques certitudes. En 2010 et 2011, une équipe internationale de chercheurs a mobilisé quatre navires pour sillonner les cinq gyres et recueillir près de 200 000 échantillons. D’après leurs conclusions, publiées début juillet dans la très sérieuse revue de l’Académie américaine des sciences, 99% du plastique rejeté dans les océans auraient mystérieusement disparu. Au total, entre 7 000 et 35 000 tonnes de plastique flotteraient aujourd’hui à la surface des océans. Loin, très loin des millions de

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tonnes évoquées jusqu’à présent. « La bonne nouvelle, c’est que l’abondance de ces déchets de plastique est beaucoup moins grande qu’attendu, relève Carlos Duarte, coordinateur de l’Expédition Malaspina. Mais le grand problème est de déterminer où vont tous les micro-plastiques qui entrent dans l’océan. » Pessimisme Où sont donc passés les déchets manquants ? Une partie a pu s’échouer sur les plages et les côtes. D’autres ont peut-être coulé vers les fonds océaniques sous le poids des organismes marins qui se fixent dessus. Mais pour les scientifiques, l’hypothèse la plus probable reste celle d’une ingestion massive par les animaux marins sous forme de minuscules particules de plastique. Et donc, d’une possible pollution à grande échelle de la chaîne alimentaire mondiale. En attendant de trouver des réponses fiables à ces questions, scientifiques et ONG se mobilisent pour sensibiliser la population au problème des poubelles flottantes. A défaut de pouvoir nettoyer les océans – une tâche techniquement complexe et financièrement ruineuse –, tous mettent l’accent sur deux priorités : nettoyer les canaux et les rivières, afin d’empêcher les déchets d’atteindre le large, et réduire au minimum la quantité de déchets produits. Face au règne du plastique, peu, toutefois, semblent croire à une possible dépollution. « La société du jetable ne peut pas être maîtrisée, elle s’est mondialisée », conclut Charles Moore. ■

La petite ville de Delft aux Pays-Bas, située entre La Haye et Rotterdam, est connue pour sa grande Université de technologie. Un site très étendu, où se retrouvent des étudiants du monde entier. Justement, c’est au sein de l’un de ses bâtiments que la Fondation The Ocean CleanUp (Le Nettoyage de l’Océan) a élu domicile. Une ambiance agréable règne dans les bureaux, et l’équipe de Boylan Slat, le fondateur, semble enchaîner les réunions décisives. Rencontre avec le sauveur des richesses aquatiques de la planète. Boylan Slat fondateur de The Ocean CleanUp Foundation par Sonia Johnson

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L’ambition de votre fondation est de nettoyer l’océan Pacifique d’une grosse partie de ses déchets plastiques, comment avez-vous développé cette idée ? Je me suis demandé comment combiner ma passion pour l’ingénierie, la technologie, avec une solution pour résoudre ces gros problèmes environnementaux. Mon véritable


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intérêt a démarré quand j’avais 16 ans. Ces amas de plastique en compétition avec les poissons que j’ai vus sous mon masque lors d’une plongée sous-marine en Grèce m’ont choqué. Je ne voulais alors répondre qu’à une seule question : comment pourrions-nous nettoyer l’océan de ces éléments polluants ? Après l’intérêt suscité par mon mémoire universitaire, nous avons pu mettre en place la première phase du projet et réussi à récolter 90 000 euros en un mois. Qu’avez-vous pu prouver grâce à cette étude de faisabilité ? Nous avons prouvé qu’en dix ans, notre méthode pouvait permettre le nettoyage d’environ la moitié de la grande zone de déchets de l’océan Pacifique. L’investissement est 33 fois moins important et 7 900 fois plus rapide que tout ce qui a pu être fait dans le passé, le plus souvent des chalutiers munis de filets pêchant le plastique de manière inefficace, et détruisant la vie maritime. Le plastique n’est pas statique, ce qui rend cette tâche très compliquée. Je me suis dit : pourquoi parcourir l’océan quand l’océan peut venir à nous ? Après la phase pilote, nous espérons démarrer d’ici trois ou quatre ans la véritable mise en place du projet et l’installation de ce système de 100 km dans l’océan Pacifique. Comment ont réagi les experts quand vous leur avez exposé votre projet initial ? Je n’arrivais pas à penser à autre chose. Fin 2012, j’ai d’abord fait une vidéo de présentation, qui est restée très discrète. Au printemps 2013, mon concept a soudainement pris de l’ampleur et a été partagé des millions de fois sur internet. Cet engouement m’a

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permis de monter rapidement une équipe composée aujourd’hui de 100 personnes et de récolter les fonds pour avancer. J’ai donc décidé de faire une pause à la fois dans mes études, mais aussi dans ma vie sociale, pour dédier tout mon temps à ce projet. Du côté des experts, j’ai eu de nombreux accueils positifs mais aussi quelques vives critiques. La meilleure des réponses était le succès de notre étude de faisabilité. Mais je comprends aussi ces réactions car dans le passé, des dizaines de personnes ont affirmé pouvoir nettoyer les océans en sous-estimant l’ampleur de leur surface. Expliquez-nous comment on peut attirer le plastique pour ensuite l’extraire de l’océan Pacifique ? Au lieu d’utiliser des filets, nous utilisons des barrières solides. Imaginez deux longues barrières flottantes de 50 km chacune, un peu comme deux longs bras, en forme de V. Grâce aux gyres, ces tourbillons d’eau formés par de forts courants marins, les plastiques vont se diriger vers ces barrières et les heurter. Les courants marins circulant en dessous vont permettre de laisser passer la faune maritime. Seul restera le plastique flottant. Grâce à l’angle formé, il est ramené à l’intérieur, où il existe une telle concentration de plastique que l’on peut difficilement voir l’eau. C’est ici que sont localisées les plateformes qui seront ensuite extraites de l’eau, stockées dans un réservoir, vidé toutes les six semaines. Nous avons aussi prouvé que ce plastique pouvait être recyclé. Ce système pourrait-il être adapté à d’autres fonds sous-marins, d’autres courants ? Tout notre travail est concentré sur cette partie de l’océan Pacifique et ses déchets, mais en théorie, chaque étendue d’eau avec ce genre de courants marins pourrait permettre le déploiement de ce système. Nous avons choisi ce gyre du Pacifique Nord, entre Hawaï et la Californie, parce que c’est ici que la concentration est la plus importante du monde. Cette partie de l’Océan Pacifique est 10 fois plus polluée que la deuxième zone la plus polluée du monde qui se situe dans l’Atlantique, entre le Triangle des Bermudes et le Portugal. Donc oui, si nous pouvons récolter plus de fonds, nous pourrions aussi nous occuper des autres océans. Combien coûte ce système ? Ce seul système, élaboré pour une surface maritime de 100 km, coûte 30 millions par an sur dix ans. Et c’est moins cher que de laisser ce plastique dans l’océan. Selon les Nations unies, les déchets plastiques provoquent des dommages dans l’océan évalués tous les ans à plusieurs milliards de dollars.

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Réveiller les consciences pour éviter ou réduire la présence de ces plastiques dans l’eau fait-il aussi partie de votre développement ? Boylan Slat : Oui, il est important de noter qu’il existe deux types de solutions complémentaires. D’un côté, nous devons bien sûr nettoyer ce qui est déjà dans l’océan, mais attirer l’attention des gens pour que les plastiques ne finissent pas dans l’eau reste notre grand espoir. Que pourrait-on vous souhaiter à l’aube de vos 20 ans ? Boylan Slat : (sourire rêveur…) Exactement cela, nous travaillons dur pour supprimer la pollution déjà présente. Mais si les gens pouvaient nous aider, en s’assurant de leur côté que de nouveaux déchets n’étaient pas créés, cela nous permettrait vraiment de résoudre les deux sources de ce problème environnemental. ■

Remplir le lac Tchad, l’énergie du désespoir

L’ancienne mer intérieure de l’Afrique s’assèche. Les pays qui l’entourent encouragent le transfert des eaux du Bassin du Congo. Une construction pharaonique qui ne tient pas compte des réalités de l’environnement et de la région.

Par Sophie Bouillon Afrique

C’est un projet colossal. « Irrationnel et utopiste », diront certains. Pour remplir le lac Tchad, dont la superficie diminue à vue d’œil, un projet de transfert des eaux de l’Oubangui prévoit de barrer les eaux d’affluents du Bassin Congo, pour en transférer 3,4 km3 chaque année, par un réseau de canaux de 2 400 km à travers la Centrafrique jusqu’au

« Le lac Tchad est devenu le symbole mondial du réchauffement climatique. »

Tchad. Des représentants des pays de la zone se sont réunis début avril avec les bailleurs de fonds pour remettre à jour ce projet, tombé en sommeil depuis les années 1990. Le lac Tchad est devenu le symbole mondial du réchauffement climatique. Les photos satellites de la Nasa sont affolantes. Le bassin, qui faisait environ 26 000 km2 de superficie en 1973 n’en fait plus que 4 000. Pour Emmanuel Nadingar, ancien premier ministre tchadien et grand défenseur du projet de transfert, cet assèchement est un « drame humanitaire » et le projet de transfert des eaux, « une solution évidente ». Pourtant, les chercheurs qui se sont penchés sur la région ne mettent pas forcément en cause les chutes des précipitations ou la hausse des températures. « Il ne faut pas l’imaginer comme le lac Léman avec des contours bien dessinés, explique Géraud Magrin, géographe pour le Cirad (Centre de coopération internationale en recherche agronomique pour le développement). Sa superficie varie comme une flaque, car les fleuves qui l’alimentent ont des apports très irréguliers. Mais ça ne veut pas dire que, dans le futur, les eaux ne pourront plus monter. » Le projet de transfert permettrait de remplir la partie asséchée de la cuvette nord. « Ça n’est pas inutile, mais ça ne réglerait pas le problème, renchérit E.H. Malet, nommé Ambassadeur itinérant pour la sauvegarde du lac Tchad. Il faudrait déjà que les pays qui le bordent adoptent une vraie gouvernance commune, que le lac soit entretenu, que les projets d’irrigation soient contrôlés. » Son bassin marécageux s’étend sur une périphérie large comme « quatre fois la France ». On estime que 2 millions de personnes vivent directement de ses eaux, à travers la pêche, le commerce ou l’agriculture. Un chiffre qui devrait doubler dans vingt ans. Mais le poumon hydrique de l’Afrique est devenu une des zones les plus dangereuses du monde. « Une tour de Babel » quasiment inaccessible à cause des groupes armés qui se sont réfugiés sur ses rives, et notamment les terroristes nigérians de Boko Haram. En se retirant, les eaux ont laissé place à des terres fertiles et dans une zone où les frontières sont poreuses. Les migrations de population sont fréquentes et créent de vives tensions entre les communautés et les pays voisins. Le transfert pourrait encore augmenter les désaccords. Ces voies d’eau pourraient être utilisées comme moyens de pression des pays par lesquels elles passent, la Centrafrique et le Tchad notamment. Mais ce projet devrait faire converger des millions de dollars grâce aux grands bailleurs de fonds. Une manne financière bien plus attrayante que d’adopter des mesures de gestion de l’eau au niveau national. ■

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L’océan monte. Et à chaque saison des pluies, Lagos est sous les eaux. Avec le soutien du gouvernement, la holding Chagoury, une famille de milliardaires, a dressé une muraille de 8 km au large de l’océan Atlantique pour protéger la capitale économique du Nigeria. « En faisant cela, ils ont créé un nouvel espace constructible », explique Gabi Massoud, directeur de Nigeria Limited ITB, une grande entreprise de BTP. Les investisseurs ont rensablé la mer pendant plus de sept ans, avec 140 millions de tonnes de sable, et Eko Atlantic est sorti des eaux. Dans une ville ultra-congestionnée de 20 millions d’habitants, chaque espace doit être

Eko Atlantic, un nouveau Dubaï créé sous des prétextes écologiques Par Sophie Bouillon Afrique

mis à profit. Eko Atlantic accueillera dans les prochaines années 250 000 logements, 150 000 bureaux, une marina pour les yachts, des hôtels de luxe. « Il y aura une avenue aussi grande que les Champs Elysées, et des gratte-ciel aussi hauts qu’à Manhattan, assure Bayo Adunlami, architecte chargé du projet. C’est un projet environnemental nécessaire, qui a du sens économique. » ■

Les grains de sable disparaissent peu à peu des plages pour s’immiscer dans des objets du quotidien et surtout dans nos constructions. Cette fringale planétaire a de graves conséquences écologiques, économiques, mais aussi géopolitiques.

Le sable, une mine d’or Par Nathalie Pasquier Suisse

Le sable… une surface composée d’une infinité de petits grains de silice que l’on foule le temps d’un été, avant de les retrouver au fond des souliers ! Plus discret, il entre aussi dans la composition des mobiles, cartes de crédit, microprocesseurs, cosmétiques ou lessives… des poussières comparés à la consommation qu’en fait l’industrie de la construction. Il faut en effet 2/3 de sable pour préparer du béton armé soit environ 200 t pour construire un petit pavillon et jusqu’à 30 000 t pour 1 km d’autoroute ! Le boom immobilier de ces dernières années n’a fait qu’augmenter les demandes et a permis de faire du sable l’une des ressources les plus utilisées après l’air et l’eau. Mais cette matière considérée comme « gratuite » n’est pas renouvelable. Les réserves se raréfient ce qui, dans ce contexte particulier, entraîne une flambée des prix. Alors pour livrer chaque année les 15 milliards de tonnes utilisées dans le monde, il faut désormais avoir recours à des réseaux bien souvent illicites. Dans son documentaire Le sable : enquête sur une disparition, Denis Delestrac a remonté les filières de cette matière première, devenue aussi précieuse et rare que le pétrole. Le journaliste a rencontré les acteurs de ce marché et évoque les conséquences écologiques. Son constat est alarmant : « L’idée du film est arrivée par hasard, raconte-t-il, suite à une balade à la plage. J’ai vu que celle où j’avais l’habitude de me rendre était réduite, comme coupée en deux à la hache. En allant sur internet et en tapant des mots clés comme « sable » et « érosion », d’autres ont commencé à apparaître comme Mafia ou trafic de sable… J’ai voulu aller voir plus loin. » L’enquête l’a mené sur la plupart des continents pour mieux saisir l’ampleur du phénomène, mais également pour rencontrer des scientifiques, des représentants d’ONG et des industriels peu regardants sur l’origine de cette matière première. Après avoir vidé les rivières et les carrières, ce sont désormais dans les fonds marins que les trafiquants puisent le précieux butin. Ainsi, dans l’archipel malais, au Cambodge ou au Vietnam, des îles entières sont draguées avant d’être acheminées vers Singapour pour la construction de nouveaux gratte-ciel. Trop densément peuplé, le pays est contraint d’agrandir son territoire en gagnant des terres sur la mer. Grâce à cette poldérisation, sa superficie a augmenté de 20% en vingt ans ; mais ce gain de plus de 100 km2, soit presque la moitié du canton de Genève, s’est fait au prix de gigantesques quantités de sable ! Munis d’élingues, sorte d’aspirateur surpuissant, les navires raclent les fonds marins, bouleversant tout un écosystème, de façon souvent irréversible. La destruction des massifs coralliens et du plancton menace la survie des plantes et des animaux marins et perturbe, quand il ne détruit pas, toute l’économie locale !

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Les autochtones, qui ne vivaient que de la pêche, n’ont plus d’autre choix que de grossir les rangs des habitants des bidonvilles ou… de travailler dans une totale illégalité pour ces marchands de sable. L’érosion du littoral est visible sur de nombreuses côtes et provoque une montée des eaux. Sur les terres qui restent, la folie de l’urbanisme sévit comme au Maroc, en Espagne, ou dans le golfe Persique... Des projets pharaoniques, comme « The World » ou « Palm Islands » à Dubaï, ont permis de recréer le planisphère terrestre avec des archipels artificiels réalisés avec du sable ! Ironie du sort, ce pays pourtant entouré de désert doit importer sa matière première d’Australie. Celui des déserts, érodé par les vents, s’avère inadapté pour la construction. En Indonésie, l’impact du trafic est désormais visible sur les cartes. Tout un chapelet de terres, constitué de plus d’une vingtaine d’îles, a disparu en quelques années. Au-delà des conséquences écologiques et économiques, ce sont aussi des questions géopolitiques qui se retrouvent posées avec ces frontières internationales fluctuantes. Et d’autres bandes de terre vont encore disparaître dans les prochaines années si ces extractions illicites ne cessent pas. Des solutions semblent pourtant exister. « En utilisant d’autres matériaux de construction comme la paille ou en taxant les ressources naturelles comme le sable afin de subventionner le recyclage d’autres matériaux. En faisant sauter les barrages qui ne sont plus en activité, mais qui bloquent du sable des rivières qui pourrait retourner vers les plages. ». L’ignorance et le peu d’intérêt que les politiques portent à ce problème écologique, qui ne se trouve pas en haut de leurs priorités, repré-

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sentent également des obstacles. En attendant, les plages reculent et la tendance s’accélère. Les spécialistes l’affirment : « Entre 75 et 90% des plages de la planète sont menacées de disparition. Si on ne fait rien d’ici à 2100, les plages du monde entier ne seront plus que des mirages. » ■

Le nettoyage du Gange : travaux d’Hercule Par Alexandre Beauchamp New Delhi

Ce sera LE projet des années à venir dans le domaine de la protection de l’environnement en Inde – et l’un des plus ambitieux de la planète : le nettoyage du Gange, fleuve sacré pour les hindous, ressource vitale pour l’agriculture, l’industrie et la vie quotidienne de centaines de millions de personnes, et l’un des fleuves les plus pollués du monde. Car le fleuve sacré dont dépend tout le nord de l’Inde est devenu un égout à ciel ouvert où se déversent les eaux usées de centaines de millions d’habitants. Le nouveau premier ministre de l’Inde s’y est engagé, mais personne ne sait comment le défi pourra être relevé. Entrée en politique Il a beaucoup été question du Gange pendant les élections générales qui se sont déroulées au printemps. Narendra Modi, qui a triomphé à la tête du parti nationaliste hindou BJP, s’est fait élire à Varanasi (Bénarès), la ville la plus sacrée de l’hindouisme, édifiée sur les bords du fleuve. Et parmi ses promesses figure celle d’assurer « la propreté, la pureté et le flot ininterrompu » du Gange, fleuve qui est « en train de mourir ». Cet enga-

« Le fleuve sacré dont dépend tout le nord de l’Inde est devenu un égout à ciel ouvert. »

gement se situe à l’intersection des deux facettes du nouveau leader indien : d’un côté, Modi est un champion du développement économique et de la modernisation du pays, ce qui inclut la protection d’un environnement très dégradé ; de l’autre, il appartient à une formation qui représente l’identité hindoue (celle qui s’incarne dans la religion hindoue), pour qui le Gange est une déesse de premier plan. Le nouvel homme fort du pays va donc vouloir effectivement traiter le problème. Reste à savoir comment. La crise environnementale que connaît le Gange est à la mesure du fleuve : colossale. Long de 2 500 km, celui-ci traverse tout le nord de l’Inde. Avec ses affluents, son bassin représente un quart de la surface du pays et abrite plus de 400 millions d’habitants. Sur ses rives s’échelonnent une trentaine de villes de plus de 100 000 habitants, à qui il fournit l’eau potable et celle nécessaire aux activités industrielles. Dans les zones rurales, le fleuve est mis à contribution pour irriguer l’agriculture.

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L’or bleu Du coup, le Gange est soumis à d’extraordinaires pressions tout au long de son cours. Dans l’Himalaya, les barrages hydroélectriques se succèdent avec des prélèvements massifs d’eau envoyés dans des canalisations. Viennent ensuite, dans les plaines, les ponctions liées à l’irrigation agricole. Les villes riveraines contribuent au désastre. D’une part, parce que les industries, souvent très petites, n’ont pas d’installations de traitement : la seule ville de Kanpur compte 420 tanneries qui rejettent leurs eaux lourdement polluées directement dans le fleuve. D’autre part ,parce que les villes elles-mêmes sont peu équipées. On estime qu’à Varanasi 84% du 1,2 million d’habitants ne sont pas

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connectés à un égout : le Gange en tient lieu… Selon le Ministère de l’environnement, 55% des eaux usées des villes riveraines ne sont pas traités. Résultat : à certains endroits, la teneur des eaux en coliformes, qui dénotent la présence de matières fécales, peut dépasser 70 fois la norme autorisée. Globalement, les experts estiment que la totalité de l’eau d’origine du Gange est prélevée durant la première moitié de son parcours ; ce qui coule par la suite provient essentiellement de rejets d’eaux usées et de l’apport de quelques affluents. Un chantier colossal La tâche pour nettoyer le fleuve est en effet phénoménale. Elle implique de réduire les prélèvements, de réorganiser l’irrigation, d’imposer des normes strictes à des milliers d’usines, d’équiper des millions d’habitations de réseaux de collecte et de traitement, etc. Et ce n’est pas comme si personne n’avait essayé. Cela fait trente ans que des programmes d’assainissement du Gange sont lancés. En 2009, l’Etat central a créé un organisme chargé de coordonner tous les problèmes, la National Ganga River Basin Authority. La Banque mondiale a apporté un milliard de dollars pour réaliser des études et des projets pilotes de réseaux d’assainissement, d’usines de traitement, etc. Impact à ce jour : zéro ou presque, le Gange est plus pollué que jamais. Il faudra sans doute de nombreuses réélections à M. Modi pour commencer à enrayer la détérioration du fleuve sacré. ■ «Si les gouvernements avaient le courage de promouvoir massivement les technologies propres, notre société pourrait simultanément diminuer la dépendance aux énergies fossiles, créer des emplois et stimuler une croissance durable», rappelait il y a quatre ans déjà Bertrand Piccard, après que le premier prototype de l’avion Solar Impulse ait réussi son premier vol de nuit, établissant du même coup trois nouveaux records du monde. Depuis,

Solar Impulse a le soleil en poupe Par Alexander Zelenka Suisse

plusieurs autres vols ont été effectués avec succès et cinq autres records mondiaux battus par l’aventurier vaudois et son équipe, composée de 50 ingénieurs et techniciens. Autant de signaux positifs avant le tour du monde, prévu en cinq étapes en 2015, qui, s’il réussit, achèvera de faire entrer définitivement solar Impulse dans l’histoire. Modestes, Bertrand Piccard et André Borschberg n’entendent pas révolutionner l’aéronautique. En revanche, ils comptent bien se servir de la force du symbole véhiculé par Solar Impulse pour contribuer à faire évoluer les mentalités sur la question des énergies renouvelables: «Puisqu’on ne peut pas changer le caractère de l’être humain, efforçons-nous

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de composer avec son fonctionnement. Essayons de lui démontrer l’intérêt personnel qu’il y a à entrer dans une logique de développement durable. Prouvons qu’il s’agit-là d’un nouveau et formidable marché avec de multiples débouchés économiques et politiques, pour ceux qui auront su y investir à temps. Démontrons les intérêts scientifiques, favorisons l’esprit de pionnier, mettons en valeur une nouvelle mode, dans le sens positif du terme, qui permettra aux utilisateurs d’énergies renouvelables d’être considérés avec admiration.» ■

Remplacer le nucléaire, facile à dire Par David Philippot Allemagne

« Nous avons complètement sous-estimé la complexité de la transition énergétique. »

Cartographie des pays les plus performants en matière énergétique.

Source : http://www.aceee.org/portal/ national-policy/international-scorecard? utm_content=buffer14e40&utm_ medium=social&utm_source=facebook. com&utm_campaign=buffer

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Le lundi 9 juin dernier, l’Allemagne a battu un nouveau record. De 13h à 14h, 50,6% de sa demande d’énergie a été satisfaite par le soleil, soit 23,1 gigawatts (GW). Un record qu’il faut relativiser, car c’était le lundi de Pentecôte, un jour férié, donc de moindre consommation. Norbert Allnoch, directeur de l’Institut de l’industrie des énergies renouvelables (IWR), fait un vœu : « Le vent était faible ce jour-là, mais si les énergies solaires et éoliennes peuvent combiner leurs forces, il est envisageable que l’Allemagne, dans un futur proche, soit alimentée quelques heures à 100% par de l’énergie verte, avec l’apport complémentaire de la biomasse et de l’hydraulique. » Ce serait une étape symbolique importante sur le chemin de la transition énergétique. Un chemin cahoteux depuis que le gouvernement d’Angela Merkel a décidé d’abandonner l’énergie nucléaire, en 2011. « Nous avons complètement sous-estimé la complexité de la transition énergétique », a constaté le vice-chancelier Sigmar Gabriel avant de se dire « entièrement convaincu par la réussite de la transition énergétique également sur le plan économique ». Un projet trop ambitieux A l’échelle du projet Desertec, on mesure que les nobles intentions se sont heurtées à de nombreuses difficultés, techniques et financières. Aller chercher l’énergie solaire dans le désert ; cette idée frappée au coin du bon sens s’est pourtant enlisée dans les sables du Sahara. Tout avait pourtant commencé sous les meilleurs auspices pour l’un des projets les plus ambitieux de ce siècle. En 2009, un consortium d’une douzaine d’entreprises allemandes lance le projet en grande pompe. L’objectif est ambitieux : produire 100 GW d’énergies solaires et éoliennes d’ici à 2050 en Afrique du Nord et exporter vers l’Europe pour répondre à 15% de ses besoins. Le coût du projet est faramineux : 400 milliards d’euros. Mais sur le papier, l’initiative a tout du « deal » parfait : création d’emplois au sud de la Méditerranée contre fourniture d’énergie verte au nord de la « Mare Nostrum ». L’idée séduit à coups d’arguments scientifiques : « En six heures, les déserts captent plus d’énergie que l’humanité tout entière en consomme en un an », « chaque kilomètre carré du désert produit annuellement l’équivalent de 1,5 MT de barils de pétrole ». Toutefois, les coûts du marché, les mésententes sur la stratégie industrielle combinés aux difficultés techniques ont plombé l’initiative. « Trop cher, trop utopique », résument les détracteurs. Le projet a réduit la voilure et se contente plus modestement de vouloir fournir de l’énergie localement. Cinq ans après son lancement, la moitié des partenaires industriels et financiers ( Bosch, Siemens, Bilfinger, HSH Nordbank) a quitté le navire. Mais d’autres poursuivent l’aventure, comme le producteur d’énergie RWE. Au Maroc, une centrale solaire thermodynamique de 160 MW, en cours de construction à Ouarzazate, sera opérationnelle en août 2015. L’Algérie s’est fixé l’objectif ambitieux de produire 40% de son électricité à partir de sources d’énergie renouvelable d’ici à 2030. Profitant des erreurs commises et pour capitaliser sur l’expérience acquise, un Desertec France s’est donné pour objectif d’électrifier des villages au Cameroun et au Sénégal. En Allemagne, 80% de la consommation d’électricité doit provenir de sources d’énergie renouvelables à l’horizon 2050, contre environ un quart à l’heure actuelle. Un généreux régime de subventions a assuré l’essor continu de l’éolien et du solaire ces dernières années, dont la production a triplé en douze ans, mais il a coûté très cher. Depuis l’introduction en 2000 de la loi sur les « énergie renouvelables » (EEG) qui vise à remplacer le charbon, le gaz et la production d’énergie nucléaire par les sources d’énergie renouvelables, le prix de l’électricité pour les ménages a fait un bond de plus de 200%. Les clients allemands paient maintenant le deuxième prix de l’électricité la plus chère d’Europe. Dans les sondages, ils se disent prêts à payer le prix de cette transition qu’ils appellent de leurs vœux, mais dont la destinée est encore incertaine. ■


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Frappé en 2011 par une triple catastrophe séisme-tsunami-accident nucléaire, le Japon doit faire face à de nouveaux enjeux, notamment énergétiques, pour se relever. Depuis ce drame, l’Archipel a ouvert ses portes à l’écologie, qui, jusqu’à présent, était plutôt en arrièreplan du débat.

Au Japon, des projets verts émergent après la catastrophe Par Johann Fleuri Japon

C’est dans la ville de Sasebo, sur Ukujima, une des îles Goto de la préfecture de Nagasaki que l’Ukujima Mega Solar Park devrait voir le jour. Le projet, officialisé mi-juin, est d’ores et déjà présenté comme « le plus grand parc en énergie solaire sur terre agricole dans le monde ». Une superficie de 6,3 millions de mètres carrés pour un investissement estimé à plus d’un milliard d’euros. Le chantier pourrait démarrer dès avril 2016. A terme, ce parc solaire pourrait produire chaque année, 430 MW, soit la consommation annuelle de 138 800 foyers nippons. Les porteurs du projet, Photovolt Development Partner GmbH, Kyocera Corporation, Kyudenko Corporation, ORIX Corporation, et la banque Mizuho, sont parvenus à un accord en juin dernier. Ils assurent que cette centrale solaire « pourra soutenir les éleveurs en commissionnant les exploitations agricoles, contribuant ainsi au développement régional sur l’île, par le biais de l’élevage, principal secteur d’activité de l’île, et de la production énergétique ». Depuis la triple catastrophe de mars 2011, le gouvernement japonais est poussé par

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l’opinion publique vers une sortie de l’énergie nucléaire. Des projets environnementaux, sans comparaison, font alors surface. A l’image de l’Ukujima Mega Solar Park de Nagasaki ou encore du Fukushima Forward, un parc éolien offshore qui sort actuellement des flots, au large des côtes de Naraha, et qui pourrait d’ici à 2015, produire la consommation énergétique de 10 000 foyers. Sous ces initiatives, une volonté criante du pays d’apparaître comme un pionnier dans le débat sur les énergies renouvelables. Et changer enfin l’image du Japon, ternie par la catastrophe Fukushima. Le 11 mars 2011, il est 14h46 lorsqu’un séisme de magnitude 9 frappe le Tôhoku, la région nord-est du Japon. Ce tremblement de terre, le plus puissant de l’histoire contemporaine de l’Archipel, entraînera un tsunami tout le long de la côte Nord-Est, rasant des villes, causant la mort de près de 20 000 personnes. Le bilan ne s’arrête malheureusement pas là. La vague meurtrière frappe la centrale nucléaire de Fukushima Daiichi, causant le plus grave accident nucléaire mondial depuis Tchernobyl. Aujourd’hui encore, soit plus de trois ans après les faits, la menace de cette centrale plane toujours sur le Japon. De ce fait, la reconstruction est difficile et le sentiment de la population locale, amer. Néanmoins, des projets semblent naître de ces temps difficiles. Et ces initiatives ne sont pas anodines : elles sont l’image d’une réflexion autour du développement durable qui trouve sa place au Japon. « Ces habitants du Tôhoku ont perdu beaucoup, explique Sano Norihito, chef de l’entreprise Fukkou Ouendan. Ils étaient auparavant des personnes ordinaires mais l’expérience de cette catastrophe les ont changés définitivement, qu’ils le veuillent ou non. Survivre à un tel drame leur a donné une force hors du commun. C’est pour cette raison que vont naître, au Japon, d’importantes initiatives. Notamment de la part des gens directement affectés. » Originaire de Tokyo, Sano Norihito vit dans le Tôhoku où il dirige une entreprise d’audit. Deux mois seulement après le tremblement de terre, il a quitté Niigata pour MinamiSanriku, ville durement touchée par le tsunami. « Reconstruire des bâtiments ne suffit pas : il faut ramener la vie. Pour cela, nous apportons notre soutien à des entrepreneurs locaux. Nous proposons notamment à des personnes de venir participer quelques jours à la vie de l’exploitation de notre agriculteur, Ono-san : en l’aidant à planter ses tomates, nous sommes persuadés qu’un lien affectif va se créer. » Ramener les gens aux valeurs de la terre en les impliquant dans un processus agricole. Le tout dans un pur élan de solidarité. ■

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El Hierro, la première île du monde totalement autonome en énergie Par Henry de Laguérie Espagne

C’est une île de 11 000 habitants, qui est passée de l’utopie à la réalité : El Hierro dans l’archipel des Canaries est devenue au mois de juin le premier territoire insulaire du monde totalement autonome en électricité grâce à la mise en service d’une centrale hydro-éolienne unique en son genre qui associe cinq éoliennes et deux bassins d’eau séparés par 650 m de dénivelés. Après trente ans d’efforts et de travail, l’île, réserve de la biosphère de l’Unesco, n’importe plus une seule goutte de pétrole : l’eau de mer et le vent sont devenus les seules sources d’énergie. « Nous disposons d’un parc éolien d’une puissance de 11,5 MW qui couvre largement la demande des habitants et de l’usine de dessalement de l’eau de mer, explique Juan Manuel Quintero, vice-président de Gorona, l’entreprise qui gère la centrale, propriété de la mairie de l’île à 60%. L’électricité permet de propulser l’eau de mer adoucie du bassin inférieur vers le bassin supérieur. » Dans l’île, 40% de l’eau consommée vient de l’usine de dessalement, 60% vient du sous-sol. Mais lorsqu’il n’y a pas de vent, l’usine hydro-éolienne prend le relais. « En relâchant l’eau du bassin supérieur, vers le bassin inférieur, on alimente six turbines hydrauliques d’une puissance totale de 11,3 MW, précise le responsable de Gorona. Le bassin supérieur fonctionne comme une batterie de réserve en cas d’absence de vent. » Cette révolution environnementale permet à l’île d’économiser près de 7 millions d’euros par an et évite l’émission de 187 000 t de CO2 dans l’atmosphère. Mais El Hierro n’entend pas s’arrêter là, d’ici à cinq ans, l’île supprimera définitivement les voitures à essence. « Nous souhaitons que les habitants roulent dans des véhicules à

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hydrogène ou électriques. Actuellement, nous sommes encore obligés de faire venir un peu d’essence de l’extérieur pour alimenter le parc automobile. » Le petit paradis vert d’El Hierro est en passe de devenir un laboratoire pour les 600 îles que compte le globe : Hawaï, l’Indonésie ou encore le Danemark s’intéressent de près à l’expérience menée dans l’île espagnole. « Notre modèle est exportable. Avec cette centrale hydro-éolienne, nous pensons avoir apporté notre grain de sel dans la construction d’un monde plus durable et respectueux de l’environnement », se félicite Juan Manuel Quintero, pionnier de l’autonomie énergétique. ■

Aux Etats-Unis, les tornades soufflent (aussi) des idées vertes

Ravagée par une tornade au printemps 2007, la petite ville américaine de Greensburg (Kansas) a fait le pari d’une reconstruction durable. Une stratégie qui fait des émules.

Par Charlotte Alix New York

comprennent en une fraction de seconde que rien ne sera plus jamais comme avant. La

Des débris à perte de vue, des voitures retournées, des arbres décapités : lorsque les habitants de Greensburg sortent de leurs abris souterrains, ce matin du 5 mai 2007, ils veille au soir, peu avant 22 h, une tornade de niveau F5 – la puissance maximale – a semé la désolation dans cette région agricole du sud-ouest du Kansas. Large de près de 3 km, accompagné de rafales de vent à 330 km/h, le tourbillon laisse derrière lui 13 morts, plus de 60 blessés et des dégâts matériels considérables. 95% des bâtiments de la ville sont entièrement détruits, les 5% restants gravement endommagés. Aussitôt, la solidarité se met en marche. Du Kansas essentiellement, mais aussi du reste

« Peu avant 22 h, une tornade de niveau F5 – la puissance maximale – a semé la désolation. »

du pays, des volontaires affluent pour prêter main-forte et déblayer les débris. L’agence fédérale de gestion des crises, FEMA, installe, quant à elle, des centaines de mobile homes pour héberger 300 familles. « La moitié de la population est partie, se souvient le maire de Greensburg, Bob Dixson. Les gens n’avaient plus de maison. De nombreux habitants d’un certain âge sont partis s’installer dans les communautés voisines. » Certains, toutefois, font le choix de rester. Et une semaine après le passage de la tornade, la première assemblée municipale rassemble 500 habitants sur les 1 600 que comptait la ville avant le drame. Sous une tente géante, au milieu des discussions sur les aides fédérales, les assurances et la reconstruction, un résident, Daniel Wallach, propose alors cette idée folle : faire de Greensburg un modèle de ville durable aux Etats-Unis. « Certains ont grincé des dents, concède Bob Dixson. Ils trouvaient que le projet faisait très soixante-huitard, très hippie. Il y a eu beaucoup de discussions autour de notre identité

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et de nos valeurs. » Rapidement pourtant, les doutes se dissipent et un plan de reconstruction durable est défini, avec le soutien de FEMA. Huit mois après la tornade, le Conseil municipal de Greensburg prend une décision forte : tout bâtiment public d’une surface supérieure à 370 m2 devra être construit selon les normes environnementales les plus strictes et utiliser des énergies renouvelables. Pari réussi Sept ans plus tard, le résultat a dépassé toutes les espérances. Greensburg est la ville du monde qui compte le plus de bâtiments certifiés LEED par habitant. Cette norme – Leadership in Energy and Environmental Design – prend en compte notamment l’efficacité énergétique, la consommation d’eau, le système de chauffage ou encore l’utilisation de matériaux locaux dans la construction. Par ailleurs, toute l’énergie consommée par la ville provient d’une ferme éolienne, laquelle alimente notamment des lampadaires publics équipés à 100% de LED, des ampoules moins gourmandes et plus durables. Selon les autorités locales, le pari de faire de Greensburg une ville verte a alourdi d’environ 20% le budget de la reconstruction. Sur le long terme, toutefois, la ville et ses résidents ont à coup sûr fait une bonne affaire. D’après une analyse du Département américain de l’énergie, les dépenses annuelles d’énergie liées aux bâtiments publics de Greensburg sont inférieures de 200 000 dollars à ce qu’elles auraient été si la ville avait été reconstruite de manière conventionnelle. Forte de ce succès, largement relayé par les médias, Greensburg partage désormais son expérience avec d’autres villes confrontées à des tragédies similaires, comme Joplin (Missouri) ou West Liberty (Kentucky), dévastées par des tornades en 2011 et 2012. A la tête de l’ONG Greensburg Greentown qu’il a fondée, Daniel Wallach, celui par qui tout est arrivé, apporte ses conseils et sa vision. « Ce qu’offre Greensburg, c’est un exemple d’espoir », confiait-il en 2012 lors d’une visite à West Liberty. Deux ans plus tard, en juin 2014, cette petite ville du Kentucky a signé un partenariat financier avec la Fondation Clinton pour continuer à reconstruire de manière durable. ■ En Australie, les hommes sont responsables des pires catastrophes naturelles. Bien sûr, au nord du pays, les cyclones peuvent arracher des cargos à leurs ancrages et renverser des villages entiers. Plus au sud, de terribles sécheresses transforment régulièrement les forêts et les troupeaux en fantômes gris et tremblants. Partout, l’eau peut tomber du ciel, si drue qu’on dirait du lait, et engloutir la terre. En Australie, rien n’est jamais dans la mesure, tout va vers l’extrême, l’extravagance. En arrivant sur ces rivages, les Britanniques, nostalgiques, tentèrent de modeler cette étrange contrée pour qu’elle ressemble à ce qu’ils avaient laissé derrière eux, semant ainsi les graines d’un désordre qui n’a cessé de bouleverser, pour le pire, le continent australien. Les Anglais emmenèrent des chats pour leur tenir compagnie au coin du feu, des renards pour la chasse à courre. Les chats, qui décidèrent de ne pas rester chez leurs maîtres (certains furent volontairement lâchés dans la nature pour lutter contre les souris et les rats), s’adaptèrent particulièrement bien au bush australien. Leurs descendants ont plus des allures de couguars que de matous et sont capables d’égorger un chien d’un seul coup de griffe. Les colons britanniques importèrent ensuite des animaux pour les aider dans leur tâche colonisatrice : des buffles pour fournir de la viande aux villages isolés, des chameaux pour transporter le matériel nécessaire à la construction du chemin de fer et des lignes télégraphiques à travers le désert, des crapauds pour combattre un scarabée qui attaquait les champs de canne à sucre dans l’Etat du Queensland. Ne sautant pas assez haut pour atteindre les insectes accrochés en haut des tiges, les 102 Bufo marinus importés d’Hawaii en 1935 non seulement ne servirent à rien mais en plus ils se propagèrent à travers tout le pays. Ils ont maintenant envahi le parc national de Kakadu, classé sur la liste du patrimoine mondial et, au sud, ils sont aux portes de Sydney. Ils sont extrêmement venimeux et sans prédateur naturel. Mais plus que les hordes de crapauds, les 23 millions de cochons, les 5 millions d’ânes et les 500 000 chameaux qui vadrouillent dans le bush en Australie, ce sont les lapins qui ont le plus terrifié les fermiers et frappé l’imagination d’un peuple tout entier. Pour contenir leur invasion, des barrières de milliers de kilomètres furent construites au début du XXe siècle. Les rongeurs trouvèrent rapidement le moyen de les escalader ou de les contourner en creusant des galeries souterraines. En 1920, le nombre

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Animaux sauvages, une calamité nationale Par Florence Decamp Australie

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de lapins était estimé à 10 milliards. A quarante ans d’intervalle, deux virus, dont la myxomatose, furent introduits pour tenter d’éradiquer les lapins. Si leur nombre a, aujourd’hui, considérablement diminué, il serait, à nouveau, en train de progresser… En quelques décennies, les Australiens ont brisé un équilibre millénaire. Les animaux domestiques, devenus sauvages, ont même été déclarés calamité nationale par un rapport parlementaire qui estime à près de 600 millions de dollars par an les dégâts causés par ces animaux vagabonds qui arrachent les clôtures, bouleversent les points d’eau, transportent des maladies, écrasent les terriers et font des razzias d’herbe tendre vouant à la famine et à la disparition des dizaines d’espèces endémiques. Mais que ces espèces introduites par les hommes soient depuis longtemps montrées du doigt ne change pas grand-chose à l’affaire, on ne sait toujours pas comment s’en débarrasser. C’est sur le continent australien qu’a disparu le plus grand nombre d’espèces animales… Alors, les Australiens tentent de protéger les espèces endémiques en créant des « corridors verts », longs parfois de plusieurs centaines de kilomètres, l’idée étant de rattacher entre eux des parcs nationaux ou privés, des oasis et des sanctuaires, créés le plus souvent par des particuliers ou des associations, pour sauver des animaux en voie de disparition. Mais combien de temps faudra-t-il à la nature australienne pour qu’elle cicatrise enfin ? ■

Pour prévenir les incendies, l’Espagne redécouvre ses forêts Par Henry de Laguérie Espagne

La nature a quelque peu repris ses droits dans le nord de la Catalogne près de la frontière franco-espagnole : les chênes verts repoussent et les arbres calcinés ont tous été coupés. Pourtant l’incendie hors norme de l’été 2012 est encore dans tous les esprits. En trois jours seulement, 14 000 ha sont partis en fumée et quatre personnes ont trouvé la mort. Hors du commun par ses proportions, le feu de l’Empordà – la région située dans le nord de la Catalogne – n’est malheureusement pas un cas isolé dans l’histoire récente de l’Espagne. De la Galice aux îles Canaries, en passant par les Baléares ou Valence, des dizaines de milliers d’hectares brûlent chaque été sur la péninsule Ibérique. Au-delà des polémiques sur le manque de moyens des pompiers, une réflexion a été engagée en Espagne pour prévenir de manière plus efficace les incendies. L’incendie de 2012 a mis en lumière le manque d’entretien des forêts. Depuis que les hommes ont peu à peu quitté les campagnes pour rejoindre les villes, les forêts sont abandonnées. Le travail de nettoyage des sous-bois, assuré par les agriculteurs et les éleveurs, n’est plus effectué. Résultat : les forêts méditerranéennes s’embrasent en un rien de temps. Depuis 2012, le gouvernement régional de Catalogne s’est rendu compte que la prévention et l’entretien des forêts coûtaient beaucoup moins cher que des effectifs de pompiers supplémentaires. Un réseau de larges chemins coupe-feu a été mis en place, les forêts sont de nouveau nettoyées et, dans le même temps, on a réduit leur taille. Des milliers d’hectares sont chaque année élagués. Mais cette politique de réduction de la masse forestière ne se fait pas sans difficulté. « Il est difficile de faire comprendre à la population que les coupes d’arbres sont en réalité bonnes pour l’environnement », explique ainsi Jordi Roma, doyen du Collège des ingénieurs des forêts de Catalogne. Dans l’Empordà, le maire de Cantallops, Joan Sabartés, a constaté de nettes améliorations : « Il y a des chemins coupe-feu partout, les forêts sont mieux entretenues et surtout la population est devenue beaucoup plus responsable. » Chaque samedi, des volontaires nettoient les sous-bois. La mairie a également fait l’acquisition de cinq ânes chargés de débroussailler les alentours du village. « Les animaux sont très utiles dans la prévention des incendies », précise le maire. Dans d’autres villages d’Espagne, ce sont des troupeaux de chèvres qui se chargent de ce travail. Mais la prévention des incendies pourrait prendre une nouvelle dimension grâce à l’exploitation commerciale de la forêt. « C’est le grand défi à venir », explique Joan Sabartés. « L’entretien des forêts pourrait devenir rentable si on utilise la biomasse comme source d’énergie. » En Espagne, tout le monde en a bien conscience : la gestion des incendies commence bien avant la première flamme.

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Elle ne mesure que 3 cm, mais a un potentiel 1 000 fois plus destructeur que les feux de forêts des dernières décennies. Lentement mais sûrement, la vorace chenille de la tordeuse du bourgeon de l’épinette a dévasté en 2013 dans l’est du Canada un territoire aussi vaste que la Belgique. Pour stopper son avancée mortelle, une armada biologique et lilliputienne, formée de bactéries et de petits parasites développés en laboratoire, a été déployée. Désormais, on appelle la vilaine la TBE, pour tordeuse de l’épinette du bourgeon de

Comment freiner l’avancée d’une chenille insatiable ? Par Isabelle Paré Canada

l’épinette. Un nom qui évoque davantage une arme de destruction massive qu’une inoffensive larve appelée à se transformer en papillon. Pourtant, la rampante gloutonne a des effets aussi délétères sur la forêt canadienne que les pires incendies recensés en période de sécheresse. Malgré son nom, la Choristoneura fumifera (clemens) est l’insecte le plus destructeur des peuplements de conifères de l’Amérique du Nord. A l’état de chenille, la larve du papillon se repaît des bourgeons du sapin et des jeunes pousses d’épinette blanche, rouge ou noire. Les infestations, qui surviennent aux 30 ans, frappent depuis trois ans l’est du Canada où vient d’être décrété un plan d’urgence pour lutter contre l’insatiable insecte. Forêts nues, vues du ciel Vus du ciel, les dégâts de la TBE sont spectaculaires. Dans les zones infestées, des pans entiers de forêts dressent des troncs roussis, similaires à ceux de zones rava-

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gées par les incendies. Les nuées de chenilles en croissance entraînent la défoliation massive des résineux, nuisent à la biodiversité et laissent sur leur passage des forêts de sapin dévastées à 75%. De 100 000 ha en 2005, l’épidémie a atteint 2,4 millions d’hectares en 2012, et 3,2 millions en 2013. « Nous sommes au début d’un cycle épidémique qui pourrait toucher jusqu’à 40 millions d’hectares dans quelques années », soutient le professeur Daniel Kneeshaw, spécialiste de la TBE à l’Université du Québec à Montréal (UQAM). Une superficie de 320 000 km2, soit l’équivalent de la moitié de la France, est menacée à moyen terme. Pour barrer la route à cette dévoreuse, les biologistes ont mis au point une arme biologique, créée à partir du bacille de Thuringe, une bactérie présente dans le sol à l’état naturel. D’ordinaire inoffensif, le bacille concentré 1 000 fois s’avère un poison mortel pour les larves et la chenille de la tordeuse. Le micro-organisme excrète des cristaux toxiques pour l’intestin des lépidoptères. La bataille se mène du ciel, à l’aide de frappes « chirurgicales » ciblant les canopées infestées, tout en évitant les lacs et les cours d’eau. Mais l’insecticide naturel pulvérisé par des bataillons d’avions ne suffit pas toujours à bloquer la progression des colonies. C’est pourquoi de nouveaux arsenaux biologiques sont testés à petite échelle, notamment celui misant sur les propriétés oophages d’une petite guêpe. A la manière d’un Alien version entomologique, la miniature Trichogramma, qui mesure à peine 1 mm, a la charmante manie de pondre ses œufs dans la chenille, qui meurt dévorée par les larves de la guêpe. « Mais produire ces petites guêpes en quantité suffisante pour les disperser sur des superficies aussi vastes n’est pas encore possible », soutient l’expert en TBE. Des compagnies forestières, affectées par les ravages de la tordeuse, travaillent aussi à développer des phéromones, destinées à flouer les mâles et à nuire à la reproduction du papillon dévastateur, ainsi que des hormones ayant le pouvoir de stopper le cycle de développement de la larve de TBE. Chose certaine, le réchauffement climatique fait craindre le pire. A l’heure actuelle, le gel limite l’invasion de la tordeuse dans les territoires plus nordiques, affirme M. Kneeshaw. « Mais si la tordeuse migre plus au nord, parce que les températures y seront plus clémentes, son cycle de vie sera allongé et ce seront alors les plus grandes étendues de forêts de résineux qui pourraient être affectées. » ■

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Une décharge transformée en réserve naturelle Par Amandine Alexandre Royaume-Uni

Sur l’estuaire de la Tamise, une ancienne décharge transformée en réserve naturelle Pendant un demi-siècle, à partir des années 1960, Thurrock a servi de décharge à six municipalités du Grand Londres. Aujourd’hui, il ne reste aucune trace des tonnes de déchets ménagers accumulés pendant des décennies sur l’ancienne carrière de graviers : l’océan d’ordures a cédé la place à un nouveau paysage composé de prairies, de bassins et de marais salants. Ouvert au public depuis deux ans, Thurrock Thameside Nature Reserve est devenu un lieu de promenade pour les habitants de la région qui souhaitent faire une balade, à pied ou à vélo. La réserve naturelle est aussi l’endroit de prédilection des ornithologues amateurs de l’Essex. Au printemps dernier, 42 espèces d’oiseaux ont été recensées sur ce site qui borde l’estuaire de la Tamise. Une couche d’argile pour emprisonner les ordures Depuis l’été 2012, la réserve naturelle a accueilli 200 000 visiteurs, des habitants des localités alentour pour les trois quarts. Aux yeux de Renae Laybourn, la directrice du centre d’information de la réserve, la popularité du site auprès des autochtones est une formidable réussite. « Lorsqu’on a commencé à parler du projet de réserve naturelle il y a des années de cela, la population locale était pourtant très sceptique », se souvient Renae, elle-même originaire de cette région située à l’est de Londres. Qui ne se serait pas montré dubitatif ! Au XXe siècle, Thurrock était l’une des plus grandes

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décharges d’Europe. A l’époque, les seuls oiseaux qui fréquentaient le site étaient des mouettes, qui réduisaient les ordures en lambeaux. Pour transformer l’ancienne décharge en un point d’observation privilégié des oiseaux, il a fallu plusieurs décennies. La rénovation du site a débuté il y a un quart de siècle. Les déchets ont dû être compactés. Les strates formées par les déchets ont été emprisonnées sous une épaisse couche d’argile. Ils ont ensuite été recouverts de terre. Par endroits, les monticules sous lesquels sont enfouies les ordures forment des collines de 30 m de hauteur. Une réserve de 352 ha à l’horizon 2018 Aujourd’hui encore, une douzaine de personnes travaillent à la rénovation du site. Il faudra attendre quatre années supplémentaires pour que la totalité des 352 ha sur lesquels s’étalait l’ancienne décharge soit complètement transformée en un havre de paix pour la faune et la flore de l’estuaire de la Tamise. Mais la centaine d’hectares déjà ouverte au public a changé du tout au tout le caractère des lieux. « C’est incroyable de voir combien l’herbe a poussé en deux ans, se félicite Renae Laybourn. Il y a plus de fleurs, plus de papillons et plus de libellules. » Des oiseaux menacés de disparition, comme l’alouette des champs, ont fait leur apparition sur la réserve. Terry Morris, le gardien du site, a également remarqué que les rossignols, les coucous et des chouettes effraies étaient devenus plus nombreux au cours des derniers mois. Un paysage vivant Toutes ces espèces d’oiseaux cohabitent l’été avec un petit troupeau de vaches. « Ce sont nos tondeuses à gazon mécaniques », précise Terry Morris, dans un sourire. Le troupeau, qui compte 11 bêtes, fait partie du « paysage vivant » que souhaite créer l’organisation chargée de la protection de la vie sauvage dans l’Essex, l’Essex Wildlife Trust Vision. L’expression fait bien sûr référence à la faune. Elle englobe également le centre d’information et d’accueil des visiteurs. Celui-ci a été construit en bois pour se fondre dans le paysage. Il repose sur des vérins pour que sa hauteur puisse être ajustée en fonction des mouvements du sol. Car, même si les ordures ne sont plus visibles, elles continuent d’avoir un impact sur la géologie et la géographie du site : les déchets enfouis sous terre produisent du méthane, ce qui veut dire que le niveau du sol est amené à baisser au fil des ans. Et, sur la réserve de Thurrock, comme dans la nature, rien ne se perd. Le méthane généré par les ordures est récupéré. Il sert à alimenter une centrale à gaz située sur l’ancienne décharge. ■

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Le 16 septembre de l’an passé, la majorité des habitants de La Pintada, une communauté indigène située dans la montagne de l’Etat de Guerrero, célébrait la fête de l’indépendance autour du kiosque de la place publique. Dans l’après-midi, ils ont tout à coup entendu comme un coup de tonnerre. Un gigantesque glissement de terrain venait d’emporter et d’engloutir la moitié du village. Par chance, le kiosque et ceux qui s’y trouvaient avaient été épargnés. Mais le bilan allait s’avérer très lourd : 71 personnes avaient perdu la vie, ensevelies sous la boue. La raison de ce drame : les pluies diluviennes qui venaient de s’abattre sur le Mexique, affecté par deux tempêtes tropicales, Manuel sur le Pacifique et Ingrid sur l’Atlantique. Ce phénomène hydrométéorologique mettait en évidence les conséquences du changement climatique auxquelles est désormais soumis le Mexique. Il n’est aujourd’hui plus nécessaire que le pays soit balayé par un ouragan pour qu’il soit la proie d’une catastrophe naturelle. Il suffit d’une tempête tropicale, voire d’une dépression ou même d’une simple basse pression pour que les pluies, toujours plus copieuses, provoquent rapidement des inondations qui emportent tout sur leur passage – routes, ponts, maisons, cultures – et entraînent la mort de dizaines ou de centaines de personnes. L’an passé, les eaux déversées par Manuel et Ingrid ont causé la mort de plus de 150 Mexicains. S’il est vrai que ces phénomènes naturels sont toujours plus intenses et plus fréquents, ils ne sont pas les seuls responsables des catastrophes qu’ils laissent derrière eux. Plusieurs facteurs jouent dans ce sens, le principal étant celui de la vulnérabilité. Les victimes sont généralement les habitants les plus pauvres. Ceux qui construisent là où ils trouvent de la place, le plus souvent au bord de rivières, qui peuvent entrer à tout moment en crue, ou sur des collines, qui peuvent s’effondrer lorsqu’elles regorgent d’eau. A cela s’ajoute le problème de la déforestation incessante que connaît le pays depuis des décennies. Avec la disparition de la forêt, plus rien ne retient les eaux qui dévalent des montagnes sans rencontrer d’obstacles. D’où les glissements de terrain comme celui de La Pintada et les crues des fleuves et rivières qui gonflent très rapidement, provoquant des inondations toujours plus graves en aval, dans les plaines qui, auparavant, étaient en grande partie épargnées. Cependant, certains Mexicains, conscients des risques, ont décidé d’agir au niveau local, pour ne pas mettre en péril leur avenir. C’est le cas de Jésus Léon, un indigène visionnaire qui lutte depuis plus de vingt-cinq ans pour reboiser la Mixtèque, une région de l’Etat de Oaxaca. Cette zone, où plus des deux tiers des terres ne sont pas arables, est en effet considérée comme l’une des plus érodées du Mexique. S’il date de la Conquête, ce phénomène s’est accéléré au XXe siècle avec l’exploitation intensive des forêts, la transformation d’amples superficies boisées en pâturages, ainsi que la culture sur brûlis pratiquée par les paysans. En 1983, à la tête du Cedicam, le Centre de développement intégral paysan de la Mixtèque, Jésus Léon lançait un ambitieux programme de reforestation. Durant les trente dernières années, il a permis aux habitants de la région de planter plus de 2 millions et demi d’arbres. Grâce à cette initiative, la Mixtèque est en train de se transformer. Une partie des terres a été récupérée et d’importantes superficies sont désormais couvertes de forêts. Et les sources, qui auparavant étaient souvent proches de se tarir, offrent aujourd’hui l’eau nécessaire aux communautés. Toutefois, depuis quelques années, Jésus Léon s’est trouvé confronté aux conséquences du changement climatique telles que sécheresses, pluies diluviennes et gelées précoces. Ce qui peut avoir des conséquences très graves sur la vie des paysans. D’où l’impérieuse nécessité de mettre en place des mesures de mitigation et de chercher de nouvelles stratégies qui permettent de faire face et de s’adapter à ces nouvelles donnes météorologiques. ■

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Le Mexique en proie au changement climatique Par Patrick John Buffe Mexique

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Plantations d’eucalyptus : une solution, pas un miracle Par Hélène Seingier Brésil

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L’immense Brésil se rêve en champion des « forêts plantées », ces champs d’arbres qui fournissent papier ou charbon tout en absorbant du CO2. Les industriels de l’eucalyptus vantent ses bienfaits pour la planète, les écologistes rappellent que les solutions miracles n’existent pas. Enquête. Tout sourire, sous une serre interminable, Diego Lima brandit un tube plastique d’où dépasse une frêle pousse d’arbre. « Voici de futures forêts ! Nous produisons 35 millions de plants d’eucalyptus par an », s’enthousiasme ce Brésilien jovial, responsable de la pépinière d’Eldorado. La multinationale, comme beaucoup d’autres au Brésil, mise sur le juteux business des « forêts plantées ». Les champs d’eucalyptus couvrent 5,1 millions d’hectares dans le pays-continent, soit la surface du Costa Rica. A première vue, les arbres aux feuilles oblongues ont tout pour plaire. Importés d’Océanie, ils se sont adaptés à merveille au Brésil et y poussent à une vitesse record : sept années pour atteindre leur taille adulte, contre 12 au Chili ou en Espagne. « L’eucalyptus a été sélectionné pour sa productivité et il évite de couper les arbres des forêts plus riches. Chaque hectare planté préserve 8 ha de forêt native », a calculé Pedro da Costa, chargé des questions agricoles au WWF-Brésil. Charbon, papier et absorption de CO2 Dans une usine brésilienne de Vallourec, l’un des leaders mondiaux de l’acier, le bois d’eucalyptus a remplacé le charbon fossile pour alimenter la fonderie. Chez Eldorado ou Fibra-International Papers, il devient de la cellulose. « Les bûches sont broyées, plongées dans un bain de produits chimiques puis réduites en pâte », explique, au milieu de la plus grande usine mondiale du secteur, Marcelo Martins, gérant de la production d’Eldorado. Les feuilles épaisses que crachent les chaînes de production embarqueront vers l’Europe ou la Chine, de plus en plus boulimique de papier. Avant de devenir mouchoirs, cartons d’emballage ou charbon végétal, les eucalyptus auront rendu un grand service à la planète : absorber du CO2. Par la magie de la photosynthèse, ils transforment ce gaz à effet de serre en oxygène et en carbone. Un tel coup de pouce à la régulation du climat mondial se monnaie : les arbres coupés par Vallourec entre 2004 et 2006 avaient absorbé 68 000 t de CO2, d’après le rapport de développement durable 2012. L’entreprise a donc commercialisé cette richesse virtuelle sur le marché des crédits carbone. Mais tout n’est pas si vert au royaume des arbres longilignes. Au chapitre des « impacts de la sylviculture », le rapport Vallourec liste : « Altération de la biodiversité, altération de la qualité du sol, épuisement des ressources naturelles. » La première polémique concerne l’usage de l’eau. Dans la municipalité de Cana Brava, dans l’Etat du Minas Gerais, les habitants assurent que des cours d’eau se sont asséchés depuis que Vallourec a planté des eucalyptus par milliers. L’entreprise n’était pas disponible pour répondre à nos questions. Des « déserts verts » ? Les écologistes accusent aussi les planteurs d’arbres de voir trop grand. « Certaines parcelles s’étalent sur des milliers d’hectares et n’offrent plus ni abri ni nourriture à la faune locale », expose Pedro da Costa, du WWF-Brésil. Au pied des troncs, alignés à l’infini, pousse une herbe verte. Pas la moindre trace de fleur, de fruit ou de terrier. « C’est une monoculture, il n’y a clairement pas de biodiversité, pas d’aliments pour que d’autres espèces survivent », assume Germano Vieira, responsable forestier chez Eldorado. Pour les défenseurs de l’environnement, ces gigantesques champs d’arbres sont des « déserts verts ». Afin de compenser, les géants du secteur appuient l’apiculture et plantent désormais en mosaïque : ils conservent des pièces de l’écosystème originel entre les parcelles d’eucalyptus. « La certification environnementale oblige à préserver entre 35 et 50% de la superficie totale sous forme d’aires naturelles », expose Celso Foelkel, consultant dans le domaine. A Três Lagoas, pourtant, la Commission pastorale de la Terre voit les perroquets et les fourmiliers se rapprocher de la ville, faute de nourriture. « La région a atteint un point de saturation », avertit Pedro da Costa. Mais les deux géants locaux de la cellulose ne comptent pas s’arrêter de sitôt : ils prévoient de doubler leur consommation d’eucalyptus dans les années à venir. ■


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Le Chili est le pays le plus sismique du monde. Régulièrement les plaques tectoniques de Nazca et d’Amérique du Sud se heurtent, provoquant séismes et tsunamis. L’été, des incendies ravagent le centre et le sud de ce pays de 17 millions d’habitants. Autant de situations propices à l’innovation et au développement de solutions écologiques. Valparaiso, la 2e ville du Chili, est connue pour ses maisons bigarrées suspendues sur ses hauteurs. Connue aussi pour l’incendie qui a ravagé sept de ses 42 collines le 12 avril dernier, fait 15 morts et détruit plus de 2900 maisons. Sur la colline La Croix par exemple (La Cruz), aux côtés des maisons d’accueil d’urgence en bois et polystyrène extrudé de l’Etat, quelques habitations en boue ont vu le jour. Elles ont été construites par la fondation « Bioreconstruyendo Valparaiso (Reconstruisons écolo) » et sa douzaine d’étudiants venus prêter main-forte aux 11 000 habitants ayant perdu leur maison. Des étudiants qui, comme Cristian Jiménez, mettent en œuvre leurs connaissances notamment celles de la maison Earthship (Vaisseau de la Terre). Les fondations de cette maison écologique requièrent « 2 000 bouteilles en verre, 1 000 canettes et 300 pneus », souligne Cristian. L’architecte frais émoulu de l’Université Federico Santa María l’a entièrement conçue et sous un soleil de plomb, il édifie la charpente tout en ajoutant que l’isolation du toit sera assurée par des « briques écolos » ; des bouteilles d’eau en plastique qui, « remplies de plastique, deviendront aussi résistantes qu’une brique en ciment », assure-t-il. La plupart des matériaux sont issus du recyclage pour réduire l’empreinte carbone. Le propriétaire des lieux, Rubén Hernández, est venu voir l’avancée des travaux. Il s’approche de la citerne qui devrait bientôt récolter et réutiliser l’eau de pluie de sa « maison du futur » comme l’appelle Victor Ponce, autre membre de la fondation et étudiant en 5e année de génie civil. Dans ce quartier populaire, la fondation souhaite « initier les habitants à l’écologie » et leur apprendre à « construire de manière autonome un habitat », assure Victor. En haut de la colline La Croix, dans le bidonville du Verger Haut (El Vergel Alto), l’asphalte disparaît, remplacé par des chemins de terre rouge feu. «C’est de l’argile ! lance Victor Ponce, le meilleur matériau pour construire une maison. » Dans ce secteur dépourvu d’eau courante et d’électricité, trois maisons en boue ont été construites. Elles sont « bioclimatiques », précise Camilo De La Cuadra, ingénieur spécialisé dans la reconstruction durable. « Les murs conservent la chaleur l’hiver et apportent de la fraîcheur l’été. » Ces maisons en boue « ont fait leurs preuves », ajoute Sergio Baeriswyl. L’architecte suisso-chilien et Prix national d’urbanisme 2014 a conçu des habitations de ce type à Cobquecura, dans le sud du Chili après le tremblement de terre du 27 février 2010. Autre initiative écologique à son actif : le premier parc de mitigation du Chili à Dichato, près de l’épicentre du séisme où le tsunami a causé le plus de dégâts. Sur 60 m de long, 4 ha d’arbres « atténuent l’effet d’une probable vague de tsunami » et « réduisent l’émission de gaz à effet de serre ». Deux autres sont en construction. Reforestation et espèces natives La fondation « Reforestemos (Reboisons) Patagonia » souhaite replanter un million d’arbres dont des coihues, des ñirres et des hêtres blancs dans quatre parcs nationaux de la Patagonie. Au 21 juillet, son site internet indique en avoir replanté 279 264. En 2011, près de 18 000 ha ont été brûlés dans le parc des Tours du Paine. Les ravins de Valparaiso sont eux aussi reboisés. Epineuses taras, peumos, caroubiers et boldos, autant d’arbres natifs pour chasser l’indésirable eucalyptus – espèce hautement inflammable et grande consommatrice d’eau. « La reforestation et la construction de maisons en boue sont des initiatives louables », souligne l’architecte Alberto Texidó, professeur de la renommée Université du Chili. « Mais il faut repenser la résilience » de Valparaiso (son plan d’urbanisme) pour que ces habitations puissent « faire face à une autre catastrophe naturelle » comme des inondations. Un autre phénomène qui n’épargne pas le pays andin, et qui a déjà fait 3500 sinistrés cet hiver. Quant au phénomène climatique El Niño, il devrait s’approcher des côtes chiliennes avant la fin de l’année et provoquer de fortes pluies. ■

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Des maisons en boue aux parcs de mitigation Par Laurie Fachaux Chili

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Espèces invasives : une lutte coûteuse Par Grégoire Praz Suisse

Ce que peut faire la population • Ne pas planter de néophytes, ni introduire d’animaux exotiques dans la nature. • Eliminer les néophytes du jardin ou au moins couper la hampe florale avant la formation de graines afin d’éviter une dissémination non contrôlée. • Eliminer correctement les néophytes invasives, afin d’empêcher une nouvelle dissémination. • Ne pas jeter de plantes en pots ou de déchets verts dans la nature. Pour de nouvelles acquisitions, choisir d’abord des plantes indigènes. • Participer ou créer des actions dans les cantons comme celles annoncées sur le site : www.especes-sans-frontieres.ch Qu’est-ce qu’une espèce invasive ? Environ une espèce sur 1 000 introduite dans notre pays par l’homme peut se propager massivement, évincer d’autres espèces ou causer des dommages divers. Ces espèces sont appelées néobiota ou respectivement néophytes invasives (plantes) ou néozones invasives (animaux). Les espèces introduites après 1500 de notre ère dans notre pays sont appelées néophytes.

Moustique tigre, ambroisie, berce géante, renouée du Japon, ces espèces exotiques envahissantes ont fait la une de l’actualité durant l’été. Le problème est pris au sérieux en Suisse, cantons et Confédération se sont organisés ces dernières années et les résultats concrets sur le terrain sont visibles. Cependant, l’ampleur de la tâche est énorme et les moyens manquent. Une plateforme Internet especes-sans-frontieres.ch répertorie les informations et coordonne les actions au niveau national. Sur les 10 000 espèces envahissantes, appelées aussi invasives, recensées en Europe, 15% d’entre elles ont un impact négatif sur l’environnement ou l’économie, selon l’Agence européenne pour l’environnement, dans son rapport « The impacts of invasive alien species in Europe ». Ces espèces coûteraient environ 12 milliards d’euros à l’économie. Par ailleurs, elles menacent les espèces indigènes. En Suisse, l’Office fédéral de l’environnement a répertorié plus de 800 espèces exotiques établies en Suisse et 107 espèces problématiques dont 48 plantes. On peut citer l’ambroisie, qui provoque par ses pollens des allergies ; la berce du Caucase, dont la sève peut causer de graves brûlures ; la renouée du Japon, qui peut déstabiliser les digues. Parmi les animaux ; le moustique tigre au Tessin, qui peut être porteur de maladies ; le frelon asiatique, qui se nourrit de nos abeilles ; ou encore le capricorne asiatique, qui détruit les feuillus et a entraîné l’abattage de centaines d’arbres à Winterthour (2012) et à Marly (2014). 20 millions pour la lutte Pro Natura a avancé, en 2013, le chiffre de 20 millions de francs comme budget utilisé par les autorités suisses dans la lutte contre les plantes invasives. L’organisation demande une meilleure coordination des moyens, car selon elle plus de la moitié des mesures sont inefficaces. Selon Michel Horner, spécialiste de la protection des végétaux du canton de Neuchâtel et coordinateur des actions « Espèces sans frontières » en Suisse romande : « C’est un chiffre difficile à estimer. Il est vrai qu’une meilleure coordination entre tous les acteurs reste un défi à relever permanent, mais du bon travail a déjà été fait dans chaque canton et se fera encore. Chaque citoyen est d’ailleurs appelé à participer ; c’est seulement ainsi que l’on arrivera à contrôler, à éliminer entièrement ou partiellement les espèces non désirées en certains endroits. Par exemple, la Ville de Neuchâtel, bien organisée au niveau de la lutte contre les plantes exotiques invasives, engage entre 15 000 et 40 000 francs par an dans la lutte (0,2 - 0,5% du budget). Pour le canton de Zurich, ce coût dépasse largement le million. » Les cantons sont chargés par la Confédération d’appliquer l’Ordonnance sur la dissémination dans l’environnement (ODE). Ils doivent surveiller, lutter et empêcher une dissémination des organismes invasifs. « En Suisse romande, le problème des espèces invasives n’est pas encore suffisamment reconnu politiquement et, par conséquent, les ressources manquent pour une lutte efficace et bien coordonnée à une plus grande échelle. Une bonne coordination entre les différents services au sein d’un même canton reste un autre défi à relever, car la complexité du sujet demande une approche interdisciplinaire et, par conséquent, une bonne collaboration », explique Michel Horner. C’est pourquoi l’AGIN a été créée en 2007. Il s’agit d’un groupe de travail réunissant plusieurs conférences de chefs de services cantonaux qui a pour but de créer et de fournir des outils efficaces aux cantons. L’AGIN est à l’origine de la plateforme d’information et de coordination des actions www.especes-sans-frontieres.ch. Elle a rassemblé près de 300 actions en 2014. ■

Liens utiles www.infoflora.ch/fr/flore/neophytes site du Centre national de données et d’informations sur la flore en Suisse, donne la liste noire des plantes envahissantes qui causent des dommages en Suisse. www.especes-sans-frontieres.ch plateforme initiée par l’AGIN (organisation d’aide créée par et pour les cantons) pour coordonner la lutte contre les espèces invasives, informer et mobiliser la population. Trois cents actions répertoriées en 2014. www.bafu.admin.ch/biodiversitaet/09466/index.html?lang=fr site de l’Office fédéral de l’environnement qui répertorie les espèces envahissantes en Suisse. www.ambrosia.ch site spécifique à l’ambroisie

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Des substances chimiques sont utilisées de manière exponentielle depuis plus d’un demi-siècle en Suisse. Elles se retrouvent dans l’eau, la terre ou l’air et peuvent devenir des micropolluants dont les effets sont encore peu visibles mais pourraient être désastreux sur les écosystèmes à long terme. Des mesures concernant les stations d’épuration vont être prises au niveau fédéral.

Micropolluants : le pire reste à venir Par Grégoire Praz Suisse

« Les effets criants des micropolluants, nous les avons vus dans les années 1960-70 avec l’épandage de pesticides comme le DDT, qui a entraîné des mortalités rapides dans la faune. La législation est plus stricte aujourd’hui. Les poissons ne meurent plus à grande échelle en Suisse, ce sont des effets plus subtils sur le long terme mais qui vont prendre de l’ampleur », lance Nathalie Chèvre, écotoxicologue et chercheuse à l’Université de Lausanne. Nous sommes passés à une autre forme de pollution plus insidieuse où le cocktail de substances chimiques déversées dans l’environnement depuis un demisiècle pourrait être détonant dans les années à venir. Il faut dire que 140 000 substances chimiques ont été mises sur le marché en Suisse dont on ne connaît pas encore les effets sur les écosystèmes. « Nous avons commencé à utiliser ces substances de manière exponentielle à partir de la Seconde Guerre mondiale. Le temps de génération des organismes est assez long, nous n’en sommes qu’au début de l’observation de ces

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effets chroniques », précise Nathalie Chèvre. Des études en laboratoire ont montré que les herbicides inhibent la photosynthèse des algues, les insecticides neurotoxiques attaquent le système nerveux des animaux aquatiques et les substances hormonales de la pilule ou des plastiques perturbent la reproduction des poissons. Des analyses de la Commission internationale pour la protection des eaux du Léman (Cipel) ont révélé des concentrations élevées en dioxines dans les ombles chevaliers du lac Léman. Le centre ecotox de Dübendorf fait actuellement des analyses sur les malformations génitales du corégone, un poisson du lac de Thoune, ils ont également constaté des changements chez certains crustacés ou la féminisation de truites. Point de non-retour « Nos rivières suisses ne sont pas aussi touchées que l’on pense par rapport aux analyses en laboratoire réalisées sur l’effet des micropolluants. Tout simplement parce que les effets, on ne les voit pas encore vraiment », précise Nathalie Chèvre. Mais ce qui inquiète l’écotoxicologue, c’est d’arriver sans s’en apercevoir à un point de non-retour : « En laboratoire, nous testons une espèce toute seule alors que dans l’environnement, les écosystèmes peuvent jouer un rôle pour compenser les effets négatifs. A un moment donné, on pourrait assister à un effondrement de la population. L’écosystème serait alors très impacté et on aurait atteint le point de rupture. Ce sera trop tard pour agir. » L’Office fédéral de l’environnement prend le problème au sérieux. Une grande partie des micropolluants passent dans les eaux de surface par le biais des eaux usées et parviennent dans les eaux par les stations d’épuration (STEP). Les autorités fédérales ont décidé que, dans les vingt prochaines années, 100 STEP sur les 700 que compte la Suisse seront équipées d’une étape de traitement supplémentaire pour réduire fortement les micropolluants. En Suisse romande, la station de Lausanne Vidy sera la première à commencer les travaux en 2016. « Les STEP, c’est bien mais cela va prendre vingt ans pour le faire. Est-ce que l’on a vingt ans devant nous ? Ce n’est de loin pas la seule source. Il faudrait également s’intéresser à d’autres origines du problème comme les cosmétiques ou encore les revêtements de façade, qui renferment souvent des produits biocides. Ils peuvent être entraînés par les pluies ruisselant à la surface des bâtiments et se retrouver dans les sols et les eaux superficielles », ajoute Nathalie Chèvre. Et cette pollution n’est de loin pas négligeable puisqu’elle serait comparable à celle engendrée par l’agriculture selon la chercheuse. ■

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Ont participé à la réalisation de ce numéro : C. Atallah D. Bakis-Métoudi P. Buzzi G. Grobon B. Maag

C. Mullegg F. Rei N. Saint-Jal L. Thomas

Impression, reliure, corrections Vogt-Schild Druck AG

Tirage de ce numéro : 310 000 exemplaires Tirage contrôlé (REMP 2013 – 2014) : 303 614 ex. Paraît deux fois par an : mars et octobre Fondé en 1997 Les offres contenues dans les pages immobilières ne constituent pas des documents contractuels.

Cette publication est éditée par le Groupe SPG-RYTZ, composé de la SOCIÉTÉ PRIVÉE DE GÉRANCE S.A. et de RYTZ & Cie S.A. Tous droits réservés. © 2014 SOCIÉTÉ PRIVÉE DE GÉRANCE S.A., Genève Prochaine parution en mars 2015

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- Automne 2014 - n° 35

Immorama 35 - Dossier complet  

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