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Le Journal de la médecine du travail

Bulletin officiel de la Société Algérienne de Médecine du Travail. SAMT- N°20-1er trimestre 2016

Exercice de la médecine du travail Troubles musculo-squelettiques Ambiances de travail Le journal de la médecine du travail - N°20 - 1er trimestre 2016


Le journal de la mÊdecine du travail - N°20 - 1er trimestre 2016


Le Journal de la Médecine du Travail Bulletin Officiel de la Société Algérienne de Médecine du Travail (SAMT) N°ISSN : 1112 – 2438 N°20 Directrice de la Publication Dalila. NAFAI BOUTOUCHENT Secrétaire Général de la SAMT Rédacteur en chef Hayette Benmessaoud Comité de rédaction -

BELKHATIR Achouaq CHIBANE Lynda DJAKRIR Larbi KHOUDOUR Zoubida OUAREK Abdesselam REZAK Amina ZEMMOURI Nadia

-

Comité de Lecture -

-

AKIF Nora ARIB Amel BEGHDADLI Benali BOUCELMA Malika BOUHADIBA Fouzia CHAIB Samia DJAZOULI Med Amine FISSAH Aziza GHEZINI Younes GHOMARI Othmane HADDAR Mustapha IDDER Cherifa KANDOUCI Abdelkrim KANDOUCI Chahrazed KORICHI Eseid LAMARA Mahamed LIANI Nora NEZZAL Abdelmalek OUAAZ Meriem SEKKAL Samira SEMID Abdelkader TALEB Abdeslem ZATOUT Mohand

Membres d'honneur: (in memorium) ABED Djamel Eddine

-

MASSEBOEUF Sadek MOKHTARI Radia

Conception réalisation: IAMA

SOMMAIRE Editorial Dossier 1 : Exercice de la Médecine du Travail. 1.Évolution de l’exercice de la médecine du travail et du métier du médecin du travail en Algérie A .SEMID.................................................................1 2.La médecine du travail dans la fonction publique : état des lieux et optimisation de l’application C. IDDER LAIB, N. KACED BENAZOUZ, A. BELKASSA et Coll..............................................................................................................5 3.Aspects réglementaires des examens complémentaires en médecine du travail en Algérie A. ZATOUT, A. ARIB, DJ.BRAHIMI...........................................9

4.Promouvoir la santé au travail B. GAÏSSET ..........................................13 5.Les risques professionnels dans une PME : Stratégie d’analyse

R. BOUBETRA , M. OUAAZ , M. HADDAR .............................................16

Dossier 2 : Troubles musculo-squelettiques 1.Troubles musculo-squelettiques : le cas de l’Algérie D. NAFAI, M.

OUAAZ ...................................................................................................19

2.Repérage des TMS du membre supérieur chez des opératrices de

fabrication de produits pharmaceutiques H. BENMESSAOUD , H. BENFERHAT, C. BOUKORTT et Coll....................................................24

3.Évaluations ergonomiques des postes de manutention dans une unité de distribution de médicaments C. BOUKORTT , A.BOUZENA, A. SEMID......................................................................................................27

4.Risque lombalgique chez des opératrices d’une entreprise de produits

pharmaceutiques H. BENMESSAOUD, H. BENFERHAT, C. BOUKORTT et Coll..............................................................................34

5.Travail sur écran et TMS L. DJAKRIR, N. KEDDARI-MANAMANI .......36 6.Évaluation de la contrainte posturale chez les maçons briqueteurs dans

une entreprise du BTPM. ARGOUB , C.B.TEBBOUNE , B. MEBARKI .................................................................................................39

Dossier 3 : Ambiances de travail. 1.Étude des symptômes non spécifiques d’un personnel travaillant dans une enceinte fermée. A.BENHADJ, C.B.TEBBOUNE, A.MEROUANE et Coll............................................................................................................42

2.Dépistage des atteintes auditives dans une verrerie industrielle.

W. BENZIAN , R. MEDJANE , H. ATOUI H. et Coll....................................50

3.Évaluation du risque de bruit dans une entreprise de production de

couches jetables R. BOUBETRA , M. OUAAZ , M. HADDAR...................54

Forum : Retour d’expérience en Médecine du travail. Mes pratiques en médecine-santé au travail ici et là-bas, mes réflexions làbas et ici ? A.TIBERGUENT......................................................................57

Pédagogie. Validité des instruments utilisés en surveillance médicale Dj. TOURAB ..............................................................................................66

Publication Web: ISUU Site web:http://samtalgerie.com/

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Thèses soutenues en santé et sécurité au travail........................71 Agenda des congrès et manifestations scientifiques.................72


Éditorial C’est avec un grand honneur et une immense fierté que la nouvelle équipe élue lors des 19èmes Journées Nationales de Médecine du Travail revient vers vous dans ce numéro 20 du Journal de Médecine du Travail de la SAMT. Plusieurs dossiers vous sont exposés, puisés d’articles présentés ou affichés lors des 19èmes JNMT, ils concernent aussi bien l’exercice de la médecine du travail, les troubles musculo-squelettiques que les ambiances de travail. Un forum relatant à chaque fois, des retours d’expérience, des critiques, des propositions ou suggestions autour de la législation ou de l’éthique dans le milieu du travail vous sera soumis ; Nous saluons ici l’article fort intéressant de notre confrère et ami le Dr Tiberguent Abdelaziz sur « Mes pratiques en médecine-santé au travail ici et là-bas, mes réflexions là-bas et ici ? ». Des séances pédagogiques autour d’une formation pointue, d’un apport scientifique ou de mise au point, destinées aux médecins du travail, résidents en médecine du travail, médecins généralistes sont proposées pour parfaire leurs connaissances en matière de santé et sécurité au travail. Enfin, outre un agenda des manifestations scientifiques nationales et internationales, nous aurons le plaisir de vous tenir informer de l’ensemble des thèses soutenues en santé et sécurité au travail. Votre satisfaction est notre plaisir, Vous servir est notre objectif !

La Directrice de la Publication Pr. D. NAFAI BOUTOUCHENT


Organes de la Société Algérienne de Mé-decine du Travail. BUREAU DE LA SAMT Président : Pr. HADDAR M. EPH « Djamel Eddine Abed » Rouiba president@samtalgerie.com Secrétaire Général, Chargé de la revue JMT : Pr. NAFAI D. CHU Mustapha Bacha secretaire@samtalgerie.com Secrétaire Général adjoint : Pr.BENMESSAOUD H. CHU Bab El Oued secretaireadjoint@samtalgerie.com Trésorier : Pr NEZZAL AM. CHU Annaba tresorier@samtalgerie.com Trésorier adjoint : Dr. KHEZZANE Dj. CHUAnnaba tresorieradjoint@samtalgerie.com Vice-président Région Ouest : Pr. DJAZOULI M.A. CHU Oran vicepresidentouest@samtalgerie.com Vice-président Région Centre : Dr OUAREK A. EPH « Djamel Eddine Abed » Rouiba vicepresidentcentre@samtalgerie.com Vice-président Région Sud : Dr. BABZIZ H.S. Ouargla vicepresidentsud@samtalgerie.com Vice-président Région Est : Dr. DERRADJI B. CHU Bougie vicepresidentest@samtalgerie.com Président du Conseil Scienti ique : Pr. LAMARA MAHAMED A. pcs@samtalgerie.com Secrétariat du Comité de Rédaction Tél. / Fax : +213 21 65 12 73 Email : secretaire@samtalgerie.com Email : secretaireadjoint@samtalgerie.com

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Dossier 1 : Exercice de la Médecine du Travail. Évolution de l’exercice de la médecine du travail et du métier du médecin du travail en Algérie A. Semid Service de médecine du travail, CHU Bab El Oued, Alger. Algérie

Les conditions et modalités d’exercice de la médecine du travail ont évolué en Algérie au gré de l’évolution et des réformes du dispositif législatif et réglementaire concernant cette institution légale mais aussi en fonction de réformes économiques, prenant en compte essentiellement les aspects productivité, rentabilité et rendement des travailleurs dans les années quatre vingt dix. Durant les premières années de l’indépendance et jusqu’en 1974, la médecine du travail ne bénéficiait qu’à un petit nombre de travailleurs et fonctionnait sous le régime de la loi française du 11 Octobre 1946 appliquée à l’Algérie par le Décret du 14 Décembre 1956 et les 4 arrêtés du 12 Août 1957. Elle était assurée par des Associations interprofessionnelles semi-publiques qui ont été placées sous le contrôle du Ministère du Travail et des affaires sociales le 1er Janvier 1971. Ces associations employaient des médecins généralistes qui faisaient fonction de médecins du travail. Le 16 Février 1974 un Décret créa les Centres médico-Sociaux des entreprises (C.M.S) et les Centres de médecine du travail (CMT) des grandes entreprises nationales. La médecine du travail continuait à cette période à être exercée par des médecins généralistes essentiellement et c’est seulement dans les années 1977-78 que l’ONIMET bénéficia de l’apport de spécialistes en médecine du travail. La médecine du travail était alors régie par l’Ordonnance du 29 Avril 1975 relative aux conditions de travail dans le secteur privé et l’action des médecins du travail était orientée essentiellement sur des visites médicales de dépistage des maladies et l’avis d’aptitude au

poste de travail. A partir de 1979 des services de médecine du travail furent créés dans les principaux secteurs Sanitaires Universitaires du pays et prirent en charge la formation graduée et post-graduée en médecine du travail. Le 11 Février 1984 fut un tournant pour la médecine du travail avec la dissolution de l’ONIMET, hâtive certes , et le transfert de ses missions aux secteurs sanitaires dans un contexte marqué par des divergences et des approches différentes des administration chargées de la santé et du travail concernant les obligations légales en matière de protection de la santé des travailleurs et le rôle des services de santé publique. Ainsi furent crées les services de médecine du travail des secteurs sanitaires par Arrêté du 25 Novembre 1984 et la médecine du travail devint partie intégrante du système national de santé publique, suite à la loi 88-07 relative à l’hygiène, à la sécurité et à la médecine du travail qui fut promulguée le 26 Janvier 1988. Cette loi et son Décret d’application 93-120 du 15 Mai 1993 relatif à l’organisation de la médecine du travail mirent en place un système hybride où coexistent Services autonomes d’entreprises, centres médico-sociaux (à l’activité détournée vers la médecine sociale) et services de médecine du travail des secteurs sanitaires. Les services de santé étaient chargés d’organiser , de coordonner, de contrôler et d’évaluer l’ensemble des activités de médecine du travail. La loi visait une couverture universelle des salariés et faisait de la médecine du travail une médecine essentiellement préventive mais aussi accessoirement curative et donnait au médecin du travail le droit de prescription des traitements ambulatoires aux travailleurs . 1

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Elle conférait au médecin du travail de larges prérogatives et l’organisme employeur était tenu de prendre en considération ses avis A cette période les médecins du travail ou ceux en faisant fonction, bien plus nombreux, étaient tous fonctionnaires et payés par le secteur sanitaire de rattachement même lorsqu’ils travaillaient à temps plein dans une entreprise ou un établissement public ou semi-public. Ceci paraissait en mesure de leur assurer une indépendance professionnelle réelle vis-à-vis de la direction de l’établissement d’affectation, mais en fait et dans beaucoup de cas, les priva de l’écoute et du soutien de l’employeur, qui d’un coup se déchargea de ses responsabilités sur les services de santé publics locaux en interprétant de manière subjective les dispositions de la loi, se contentant le plus souvent de contracter une convention avec un service de médecine du travail de CHU ou de secteur sanitaire ou même de n’en rien faire, et ce même lorsque l’effectif de ses travailleurs lui imposait légalement de créer son propre service de médecine du travail. Les réformes économiques des années quatre vingt dix introduisant la restructuration des entreprises nationales et l’économie de marché firent un peu perdre son statut et son prestige à la médecine du travail qui ne fut plus considérée par de nombreux organismes employeurs que comme une contrainte financière de plus et une entrave à la productivité des travailleurs, la survie des entreprises et leur viabilité devenant leur impératif premier par méconnaissance de l’intérêt de la médecine du travail . On ne prit pas conscience, que l’investissement dans la prévention et la médecine du travail avait un intérêt économique pour les entreprises car il permet : – – – – –

En effet une étude internationale menée par l’association internationale de sécurité sociale et l’assurance sociale allemande, lancée en 2010 et publiée en septembre 2014 au congrès mondial de santé et de sécurité du travail d’Istanbul, a mis en évidence que le Ratio moyen du rendement de la prévention est de 2,2 c’est-à-dire que le bénéfice de l’investissement dans la santé et la sécurité au travail était largement supérieur au coût. Cependant et durant les deux décennies qui suivirent, la formation de médecins spécialistes en médecine du travail par les services Hospitalo-Universitaires des CHU se développe et la couverture en médecins du travail spécialistes s’améliore sensiblement aussi bien dans les secteurs sanitaires, les CHU que dans les entreprise restées viables. Les médecins du travail employés par les entreprises perdirent cependant leur statut de fonctionnaires et devinrent des salariés des entreprises, sous statut de salariés à durée déterminée ou contractuels, sans indépendance professionnelle vis-à-vis de l’employeur. L’absence de promulgation d’un statut du médecin du travail dans l’entreprise, surtout que l’Inspection du Travail avait un impact limité sur le contrôle de la médecine du travail et que le corps des médecins du travail inspecteurs n’avait pas pu être mis en place, statut qui n’a toujours pas été mis en place, précarisait encore plus la place et le rôle du médecin du travail dans l’entreprise. Un problème important survint dans les années 2000 quand la caisse nationale des assurances sociales , interprétant de façon restrictive la Loi voulut interdire les prescriptions aux médecins du travail en refusant de rembourser aux assurés les ordonnances des médecins du travail. Elle prit des circulaire à ses médecins-conseils où elle la prévention des perturbations dans le limitait le rôle du médecin du travail aux soins travail d’urgence sur les lieux de travail . Le problème fut réglé après les protestations des médecins la préventions de la perte de temps du travail et l’intervention auprès des décideurs des secteurs de la santé et du travail et de la la motivation et la satisfaction des employés sécurité sociale . On assiste à d’autres entraves à l’exercice de une amélioration de l’image de l’entreprise la médecine du travail telles que des demandes d’employeurs de contrôle par le médecin du une amélioration de la qualité des produits travail des arrêts de travail prescrits aux salariés de l’entreprise. alors que la réglementation ne lui permet pas 2

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de le faire ou bien la soumission à l’accord de commissions ou comités non prévus par la réglementation du travail de décisions du médecin du travail concernant l’aptitude au travail . Depuis une dizaine d’années il y a une insuffisance dans l’encadrement et l’orientation par les pouvoirs publics des activités de médecine du travail ,tant au plan de la prise de dispositions réglementaires qu’au plan de l’encadrement par des directives techniques et les médecins du travail sont contraints de se référer à des législations et des normes étrangères dans l’évaluation des conditions de travail et la proposition de mesures préventives . Ainsi, l’exercice de la médecine du travail en Algérie en 2014 reste encore entravé par des dysfonctionnements qui empêchent souvent une action efficace et efficiente des médecins du travail sur la promotion de la santé au travail. Pourtant la formation des médecins spécialistes en médecine du travail a été amplifiée et améliorée dans les services Hospitalo-Universitaires de médecine du travail avec l’introduction dans l’enseignement de notions nouvelles, telles que les risques émergents, les troubles psychosociaux et le développement de l’enseignement de l’ergonomie. Malgré ce développement des compétences, le cadre d’exercice que ce soit en entreprise ou dans un service de santé publique (CHU, EPH ou EPSP) ne permet pas à l’action des médecins du travail de s’exprimer pleinement. Les médecins du travail sont par ailleurs handicapés par l’absence de structures de soutien telles que les laboratoires de biotoxicologie et l’insuffisance des moyens d’évaluation des ambiances de travail. Il n’existe pas non plus d’infirmiers spécialisés en médecine du travail, et très peu d’ergonomes ou de psychologues du travail. De nombreux médecins du travail pour pallier à ces carences ou insuffisances, ont investi des créneaux comme l’ergonomie et la psychologie du travail pour faire face aux besoins d’évaluation et de prise en charge des risques professionnels. Ainsi les principales contraintes et insuffisances rencontrées aujourd’hui sont représentées par :

l’employeur « transférant » souvent ses obligations au service de médecine du travail par exemple. – la confusion entretenue entre médecine du travail, santé publique et médecine de soins, médecine gratuite, surtout que la rémunération dérisoire des prestations de médecine du travail dans les services de santé publique tend à la discréditer. – l’intérêt insuffisant accordé à la médecine du travail par les partenaires sociaux, avec un Conseil national d’hygiène, de sécurité et de médecine du travail qui ne se réunit plus depuis 15 ans et une commission des maladies professionnelles que ne fonctionne plus depuis 12 ans. – l’insuffisance du contrôle des dispositions législatives et réglementaires et le niveau dérisoire des sanctions prévues par la loi n° 88-07 relative à l’hygiène, à la sécurité et à la médecine du travail. – l’absence de moyens spécifiques de fonctionnement de la médecine du travail exercée par les services de santé publique, depuis la suppression des cotisations obligatoires qui étaient dues à l’ONIMET par les organismes employeurs avant sa dissolution en 1984. – l’insuffisance de l’encadrement des activités de médecine du travail tant au plan réglementaire qu’au plan des directives techniques. – l’absence de dispositions légales motivant les organismes employeurs pour la prévention des risques professionnels et l’amélioration des conditions de travail, avec un taux de cotisation uniforme pour le risque Accidents du travail et Maladies professionnelles géré par la sécurité sociale et pour tous les organismes employeurs, quels que soient les risques encourus et le nombre et la gravité des accidents du travail et maladies professionnelles enregistrés.

– La confusion entretenue dans les responsabilités des différents intervenants,

– l’absence d’évolution des tableaux des ma3

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ladies professionnelles depuis l’année 2002 et l’absence de publication depuis quelques années des statistiques technologiques de la C.N.A.S relatives aux accidents du travail et maladies professionnelles aggravent cette situation, empêchent d’avoir une visibilité quelconque sur les risques et une motivation pour l’action.

4. Semid A. et Al. Evolution de la médecine du travail en Algérie et analyse de la situation actuelle, JAM. Volume V, no 3, MaiJuin 1995, pp 170-172 5. Semid A., Benmessaoud H. Intérêt et limites de l’intégration de la médecine du travail au dispositif national de santé. Le Journal de la médecine du travail, JMT no 19, 2013.

En conclusion des acquis notables ont été enregistrés par la médecine du travail avec le développement d’un réseau important de services de médecine du travail sur tout le territoire, même si la couverture doit être encore améliorée, le développement de la formation spécialisée et la contribution à la politique nationale de santé publique par la participation aux programmes nationaux de vaccination. et l’éducation sanitaire . Mais des contraintes, des insuffisances et dysfonctionnements persistent et devraient susciter une large réflexion chez les professionnels et les partenaires sociaux sur les voies et moyens pour améliorer le système organisationnel, renforcer l’inspection et le contrôle, développer les moyens techniques et scientifiques et assurer une indépendance professionnelle effective aux médecins du travail. Enfin il demeure primordial de faire émerger une prise de conscience collective, à tous les niveaux, de l’importance de la médecine du travail pour la préservation et la promotion de la santé au travail et de la faire évoluer vers ce concept de « santé au travail » qui accorde la priorité à la prévention primaire et à l’approche multidisciplinaire dans le fonctionnement des services en charge de la santé des travailleurs. Bibliograhie : 1. Loi no 88-07 du 26 Janvier 1988 relative à l’hygiène, à la sécurité et à la médecine du travail. Journal Officiel de la République Algérienne du 27 Janvier 1988. 2. Décret exécutif no 93-120 du 15 mai 1993 relatif à l’organisation de la médecine du travail. Journal Officiel de la République Algérienne 33 du 19 mai 1993. 3. Semid A. Histoire de la médecine du travail, Revue Médico-pharmaceutique no 10, Décembre 1999, pp 42-45. 4 Le journal de la médecine du travail - N°20 - 1er trimestre 2016


La médecine du travail dans la fonction publique : état des lieux et optimisation de l’application C. Idder Laib, N. Kaced Benazouz, A. Belkassa, M. Fernane Nechab, M. Haddar and coll. Service Universitaire de Médecine du Travail "Djamel Eddine Abed" EPH Rouiba Algérie.

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Problématique

A la lecture de ces chiffres, et partant du constat que l’éducation nationale, la formation professionnelle, l’enseignement supérieur et la justice sont des secteurs où les travailleurs ne bénéficient pas des prestations de médecine du travail, on peut déduire que plus du tiers des fonctionnaires soit 42,1% ne sont pas pris en charge. Sur les 57,9% restant, la prise en charge est ciblée sur des sous-secteurs particuliers tels que les policiers ou les pompiers. Pour d’autres soussecteurs tel les personnels des APC, les hospitaliers ; cette prise en charge est liée à la présence ou non de la médecine du travail à proximité des institutions. Dans d’autres sous-secteurs, des structures et une organisation existent pour une prise en charge ciblée. Dans le sous-secteur de la justice, la médecine pénitentiaire s’occupe des détenus. La santé des élèves et des étudiants est la mission de la médecine scolaire et universitaire. Dans ce cas, les travailleurs sont exclus de la couverture sanitaire. Il est donc important de faire une évaluation de l’application de la législation en matière de santé au travail dans le secteur de la fonction publique. La fonction publique n’est pas un bloc monolithique, il y cohabite une multitude de métiers qu’il faudra lister et des risques variés qu’il faudra identifier. Une brève revue bibliographique des études nationales et internationales met en exergue la forte population et les risques multiples dans ce secteur. Les études nationales, parcellaires limitées à certains fonctionnaires, à certains risques, à certaines situations ou aux conditions de travail, que nous avons recensé retrouvent 22 mémoires sur les hospitaliers (07 études sur les condi-

L’Algérie compte 1810089 fonctionnaires et agents publiques. Selon la direction générale de la fonction publique, l’Algérie dispose de 4,9 fonctionnaires pour 100 citoyens (au 31 décembre 2010). Cette population se divise en fonctionnaires titulaires au nombre de 1468291 soit 81,1% et les contractuels 341798 soit 18,9%. Les secteurs d’activité employant des fonctionnaires identifiés par la direction de la fonction publique sont l’éducation nationale, l’intérieur et les collectivités locales, la santé publique, l’enseignement supérieur, les finances, la formation et l’enseignement professionnel et la justice. Les femmes représentent 30,3% de l’effectif global de la fonction publique. On constate une augmentation du nombre de fonctionnaires en 2011 où les effectifs de la fonction publique s’élèvent au 31/12/2011 à 1906875 fonctionnaires et agents contractuels soit 438584 fonctionnaires de plus. Cet effectif se répartit en Fonctionnaires : 1511952 agents (79,3 % soit 4/5) et en Contractuels : 394923 agents. (20,7 % soit 1/5). La répartition des effectifs par sous secteur : – Intérieur et Collectivités Locales : 603880 agents. – Éducation Nationale : 560701 agents. – Santé Publique : 237618 agents. – Enseignement Supérieur : 152829 agents. – Finances : 72456 agents. – Formation et Enseignement Professionnel : 48044 agents. – Justice : 40845 agents. – Autres Secteurs : 190402 agents. 5

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tions de travail, 07 études sur le risque infectieux, 03 études sur la vaccination, 03 études sur les risques psycho-sociaux, 01 étude sur le risque chimique, 01 étude sur les troubles musculo-squelettiques), 02 mémoires sur les enseignants (dont 01 sur la dysphonie et 01 sur les risques psycho-sociaux), 01 mémoire sur les policiers abordant le travail posté, 01 mémoire sur les fonctionnaires de la CASNOS abordant les risques psycho-sociaux. Les études internationales que nous avons consultées montrent que la santé au travail dans la fonction publique est prise en charge dans le cadre des politiques de santé des pays concernés. Ces dernières indiquent que les organisations sont différentes et sont souvent particulières en fonction des soussecteurs de la fonction publique concernés. Elles traitent des différents risques et montrent leurs variétés (RPS, TMS, risques infectieux, risques liés à l’organisation du travail). Quelle population de travailleurs compose la fonction publique ? Quels sont les métiers exercés par les fonctionnaires ? A quels risques professionnels sont exposés les fonctionnaires ? Les fonctionnaires, bénéficient-ils des prestations de médecine du travail ? Si oui comment ?

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C’est une étude épidémiologique transversale basée sur des questionnaires ouverts qui seront renseignés par l’équipe. Sont concernées les institutions nationales et régionales dont l’activité est soit directement liée à la prise en charge des travailleurs dans le cadre des prestations de médecine du travail, soit qui ont la charge de coordonner cette activité ou d’être responsable de l’état d’application de la réglementation en vigueur dans notre pays. – Rassembler la documentation (rapport d’activité national et régional sur la médecine du travail, études) dans l’administration centrale (ministère de la santé, ministère du travail et direction générale de la fonction publique). – Rassembler la documentation ONS. – Rassembler la documentation au niveau de la CNAS. – Rassembler la documentation l’inspection du travail. – Rassembler la documentation au niveau de la région d’Alger (les services de médecine du travail et la DSP). – Questionnaires-interview aux institutions. – Questionnaires-interview aux services de médecine du travail de la région d’Alger. – Recueil des données brutes, organisation et exploitations des données.

Objectifs

2.1

Objectif principal :

– Evaluer l’état de l’application de la médecine du travail dans la fonction publique.

2.2

Méthodologie

4

Résultats attendus – Identification des effectifs et des secteurs qui ne bénéficient pas de l’application de la loi no 88-07. – Proposition des mécanismes de l’organisation et du financement de la médecine du travail.

Objectifs secondaires :

– Identifier les fonctionnaires, les secteurs, les effectifs, les métiers et les risques professionnels attendus. – Evaluer la population de fonctionnaire, les secteurs de la fonction publique pris en charge par les services de médecine du travail de la région d’Alger. – Identifier la nature de la prise en charge des fonctionnaires pris en charge par le service de médecine du travail de la région. – Proposer des pistes pour permettre l’organisation optimale de la médecine du travail dans la fonction publique.

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Déroulement du projet

La pré-enquête se fera pour valider les questionnaires-interview qui s’adresseront aux institutions et aux services de médecine du travail. 1ère année : – Recherche documentaire. – Conception du questionnaire-interview. 6

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– Pré-enquête. 2ème année : – Enquête sur le terrain. 3ème année : – Rédaction. – Publications (mémoires, communications).

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8. Idder Laib C. ; Kaced N. ; Rezak A. ; Abed S. ; Djebri A. ; Ouafi H. ; Haddar M. Dysphonie professionnelle : prévention ou réparation ? Actes des XXVII Journées Internationales Méditerranéennes de Médecine du Travail ; 22-24 Mai 2013, Turin. Lavoro E Medicina. P. 104-108. 9. Loi CNAS, tableaux des maladies professionnelles tableau no 85. 10. Ghomari O., Baghdadli B., Merad S., Kandouci A. B., prévalence des troubles de la voix chez les enseignants du cycle primaire d’une ville de l’ouest algérien. Actes des XXVII Journées Internationales Méditerranéennes de Médecine du Travail ; 22-24 Mai 2013, Turin. Lavoro E Medicina. P. 207-208. 11. Chaib S. La stérilisation au bloc opératoire du service de chirurgie orthopédique du CHU de Tizi-Ouzou : enjeux pour la qualité des soins et des conditions de travail [mémoire]. DPGS ergonomie : Tlemcen ; 2012. 84 p. 12. Djebara S. Les effets du travail posté sur la santé des agents de l’ordre public suivis au CHU Mustapha [mémoire]. Médecine du travail : Alger ; 2011. 52 p. 13. Lahbib R. Vécu du travail et stress chez les médecins enseignants du CHU de Bab El Oued [mémoire]. Médecine du travail : Alger ; 2008. 78 p. 14. Fraga S. La tuberculose en milieu professionnel : à propos d’une enquête réalisée au secteur sanitaire de Rouiba durant la période 2000-2002 [mémoire]. Médecine du travail : Alger ; 2003. 42 p. 15. Chikhi W. Actualités sur les motifs de la non adhésion au programme de vaccination contre l’hépatite virale B chez le personnel exposé du CHU Beni Messous de février à mai 2009 [mémoire]. Médecine du travail : Alger ; 2009. 91p. 16. Chaaf K. L’entretien du linge hospitalier au CHU Mustapha : nuisances et risques professionnels [mémoire]. Médecine du travail : Alger ; 1997. 51p. 17. Mouloudji Y. Réalité sur la gestion des déchets solides dans les services de soins au sein de l’hôpital de Beni Messous Beni [mémoire]. Médecine du travail : Alger ; 2004. 85p.

Conclusion

Dans le cadre de la mise en œuvre de la loi no 88-07 et de ses textes d’application et en fonction de l’état des lieux, nous ouvrirons des pistes pour permettre une organisation de la médecine du travail dans la fonction publique. Par exemple, cette année les pouvoirs publics ont annoncé l’ouverture de structures dédiées à la médecine du travail pour les enseignants, cette recherche nous permet de participer par des propositions concrètes à l’organisation de ces centres de médecine du travail sur les plans humain, matériel et financier. Bibliographie : 1. Direction générale de la fonction publique. Agrégats relatifs aux effectifs de la fonction publique. Mise à jour le 23/01/2013. disponible : http// :www.dgfp.gov.dz 2. Code du travail, recueil de textes législatifs et réglementaires, 2ème Édition complétée et mise à jour. 4ème trimestre 2000. 3. Loi no 88-07 du 26 janvier 1988 relative à l’hygiène, la sécurité et la médecine du travail 4. Chouanière D. Stress et risques psychosociaux : concepts et prévention. DMT no 106, pp : 169-189. 2ème trimestre 2006. 5. Le stress dans le monde du travail. Bureau international du Travail(BIT) Genève Chapitre 5r 6. Chevalier A. Le travail de police peut vous tuer sans qu’aucune balle ne soit tirée. Texte traduit de l’article no 266 du Calibre Presse Street Survival Newsline. IPA-Vaud. 7. Assas M., Haddar M., Idder Laib C., Ouarek A. La dysphonie des enseignants : à propos de 12 cas. [mémoire]. Médecine du travail : Alger ; 2004-2005. 33p. 7 Le journal de la médecine du travail - N°20 - 1er trimestre 2016


18. Mehar A. Evaluation du stress professionnel chronique chez les travailleurs de la CASNOS [mémoire]. Médecine du travail : Alger ; 2013. 73p.

30. Makhlouf M. Séropositivité de l’HVC au secteur sanitaire de Rouiba [mémoire]. Médecine du travail : Alger ; 2004.

19. Ioutichene N. Stress chez le personnel soignant du service d’hématologie de l’EHS Pierre et Marie Curie d’Alger [mémoire]. Médecine du travail : Alger ; 2013. 108p.

31. Chekir F. Violence et travail : repères pour comprendre et analyser la violence en milieu hospitalier au secteur sanitaire de Rouiba [mémoire]. Médecine du travail : Alger ; 2004.

20. Redjem N. Etude des accidents du travail du personnel du CHU Mustapha des années 2004-2008 [mémoire]. Médecine du travail : Alger ; 2009. 59p.

32. Zenad D. Epuisement professionnel chez le personnel soignant de l’hôpital de Rouiba au secteur sanitaire de Rouiba [mémoire]. Médecine du travail : Alger ; 2005.

21. Abdouche L. La gestion des déchets d’activité de soin à risque infectieux au CHU Tizi-Ouzou durant l’année 2009-2010 [mémoire]. Médecine du travail : Alger ; 2010. 59p.

33. Yahyaoui N. Risque chimique au laboratoire au secteur sanitaire de Rouiba [mémoire]. Médecine du travail : Alger ; 2005. 34. Hassas M. Dysphonie des enseignants : à propos de 12 cas au secteur sanitaire de Rouiba [mémoire]. Médecine du travail : Alger ; 2006.

22. Belhadj-Rabah F. Intérêt de l’examen parasitologique des selles dans le suivi et la prévention des parasitoses digestives chez le personnel des cuisines du CHU Alger centre [mémoire]. Médecine du travail : Alger

35. Goudgil D. TMS au niveau de la maternité du secteur sanitaire de Rouiba [mémoire]. Médecine du travail : Alger ; 2008. 36. Belaid F. Etude des conditions de travail dans la morgue et la salle d’autopsie de l’EPH de Rouiba [mémoire]. Médecine du travail : Alger ; 2011.

23. Ouzane S. Vaccination contre l’hépatite virale B du personnel du centre Pierre et Marie Curie d’Alger [mémoire]. Médecine du travail : Alger ; 2007. 51p.

37. Djebri A. Le travail infirmier aux urgences (UMC de l’EPH Rouiba) [mémoire]. Médecine du travail : Alger ; 2013. 69p.

24. Abla F. Le métier de sage-femme : activités, risques professionnel et morbidité, enquête réalisée au CHU Mustapha [mémoire]. Médecine du travail : Alger ; 2008. 54p.

38. Derradji M et al. Organisation de la prise en charge des cas de tuberculoses professionnelles [résumé]. Livre des abstracts des XXIV èmes journées méditerranéennes internationales de médecine du travail, 18-20 mai 2007 ; Alger Sidi Fredj. 2007. pp : 22

25. Aggab K. Evaluation du risque infectieux au laboratoire de microbiologie [mémoire]. Médecine du travail : Alger ; 2010. 93p. 26. Bensenouci N. Evaluation du programme de vaccination contre l’hépatite virale B à l’hôpital de Rouiba [mémoire]. Médecine du travail : Alger 1995.

39. Gargouri G et al. Evaluation du risque tuberculeux en milieu de soin, expérience du service de médecine du travail de Sfax [résumé]. Livre des abstracts des XXIV èmes journées méditerranéennes internationales de médecine du travail, 18-20 mai 2007 ; Alger Sidi Fredj. 2007. pp : 22

27. Bouadjellah D. Etude des réactions cutanées à la tuberculine chez le personnel hospitalier [mémoire]. Médecine du travail : Alger ; 1997.

40. Références en santé au travail no 137 janvier/février/mars 2014, enquête SUMER, E. Davie « risques professionnels dans la fonction publique » p.73 à 90.

28. Yousfi S. Gestion des déchets hospitaliers dans le secteur sanitaire de Rouiba [mémoire]. Médecine du travail : Alger ; 2000. 29. Abid N. AES au secteur sanitaire de Rouiba [mémoire]. Médecine du travail : Alger ; 2004. 8

Le journal de la médecine du travail - N°20 - 1er trimestre 2016


Aspect réglementaires des examens complémentaires en médecine du travail en Algérie A. ZATOUT, A. ARIB, DJ. BRAHIMI, F. CHEBOUCHE, A.TIBICHE Service de médecine du travail, CHU Bab El Oued, Alger. Algérie

1

Introduction.

3

Les examens complémentaires prescrits dans le cadre des visites médicales de santé au travail par le médecin du travail selon la réglementation algérienne sont à la charge de l’employeur, mais souvent, le médecin du travail est souvent confronté à la décision d’aptitude au travail, en raison du manque de ces examens complémentaires, qui ne sont ni assurés par l’employeur, ni indemnisés par la Caisse Nationale d’Assurance Sociale (CNAS). En Algérie, la protection de la santé du travailleur par la médecine du travail est partie intégrante de la politique nationale de santé. La médecine du travail est essentiellement préventive et accessoirement curative. Ce problème de prise en charge n’est pas précisé par des textes réglementaires spécifiques, ce qui oblige le travailleur à financer lui-même les examens complémentaires prescrits par le médecin du travail pour compléter son dossier médical en vue d’une décision médico-professionnelle.

2

3.1

La prescription des examens complémentaires :

Le médecin du travail peut prescrire les examens complémentaires nécessaires à la détermination de l’aptitude médicale au poste de travail et notamment au dépistage des affections comportant une contre indication à ce poste, mais aussi pour le dépistage des maladies professionnelles et à caractère professionnel prévues par la loi no 83-13, relative aux accidents du travail et aux maladies professionnelles de la CNAS (1), ainsi que le dépistage de toute maladie dangereuse pour l’entourage. Le médecin du travail est juge de la fréquence et de la nature des examens que comporte la surveillance médicale spécifique, tout en respectant les dispositions des articles de l’arrêté interministériel du 09 juin 1997, fixant la liste des travaux où les travailleurs sont fortement exposés aux risques professionnels (2). L’examen médical pratiqué, prévu dans la loi no 88-07 dans ses articles 13 et 17, comprend un examen clinique général et selon la nature de l’exposition, des examens complémentaires (sans préciser le nombre) auquel le médecin du travail procède ou fait procéder (3). Ces examens sont à la charge de l’employeur. Chaque travailleur est informé par le médecin du travail des résultats et de l’interprétation des examens médicaux généraux et complémentaires dont il a bénéficié.

Objectif

L’objectif de la communication est de porter une réflexion sur la nécessité de mettre en place un cadre juridique clair et précis concernant la prise en charge des examens complémentaires obligatoires pour une orientation professionnelle adaptée. 9 Le journal de la médecine du travail - N°20 - 1er trimestre 2016

Éléments principaux de la prescription réglementaires des examens complémentaires en Algérie.


3.2

Prise en charge des examens patite virale B) et le risque professionnel (Bencomplémentaires par CNAS zène) encouru par le travailleur. Il n’existe aucun texte législatif fixant la liste les examens comou par l’Employeur :

plémentaires nécessaire à un risque bien défini. Cette liste déterminerait l’implication de l’emTous les examens complémentaires prescrits ployeur ou de la CNAS dans la prise en charge par le médecin du travail dans le cadre des soins financière de ces examens complémentaires. Le primaires de base sont définis par l’article 12 travailleur ne se retrouvera pas ainsi forcé de les de la loi no 88-07, la médecine du travail est financer lui-même. par-tie intégrante de la politique nationale de santé, elle est essentiellement préventive et secondai-rement curative, le médecin du travail est tenu d’organiser les soins d’urgence, la prise 3.3 Apport de l’inspecteur du travail : en charge des traitements ambulatoires et le traitement des maladies professionnelles (3). Le décret exécutif no 05-05 du 6 janvier 2005, Ceci, montre que la législation algérienne octroie au médecin du travail le droit de portant organisation et fonctionnement de l’insprescrire en tant que méde-cin traitant, dans le pection générale du travail en application de cadre des soins généraux de base et de suivi, son article 2, qui stipule que le rôle de l’inspectout en assurant son rôle principal de prévention tion du travail est d’assurer le contrôle de l’apprimaire en tant que médecin de prévention, plication des dispositions législatives et régledans la surveillance et la préservation de la mentaires relatives aux relations individuelles et santé des travailleurs en milieux professionnels. collectives de travail, aux conditions de travail, Contrairement à certains pays dans le monde, d’hygiène et de sécurité de travailleurs (4), d’asnotamment la France qui pratique la santé au sister les travailleurs et employeurs dans l’élabotravail dans son seul contexte préventif (7). ration des conventions ou accords collectifs au Les actions de soins de base sont à la charge travail. Mais, il n’intervient pas dans l’applicade la Caisse Nationale d’Assurance Sociale tion du contenu et de l’organisation du volet mé(CNAS) et les actions de prévention sont à la dical engagé par l’employeur. charge de l’employeur. Mais, ces deux situations, parfois difficilement distinctes posent un problème dans certains cas. Par exemple, la 3.4 Apport du Médecin inspecprescription d’une échographie par le médecin teur du travail : du travail dans le cadre d’un suivi médical d’une hépatite virale B chez un travailleur Les médecins inspecteurs du travail ont la faexposé au benzène, est-elle à la charge de culté d’adresser des observations d’ordre techl’employeur ou à charge de la CNAS ? Dans nique aux services médicaux, notamment l’orgal’article 13 de la loi no 88-07, la médecine du nisation et le fonctionnement du service méditravail constitue une obligation de l’organisme cal selon l’article 2 du décret exécutif no 05-05. employeur, elle est à la charge de celui-ci. Ils ont comme rôle de contrôler l’organisation L’arrêté ministériel du 09 juin 1997, fixant la et le fonctionnement des services médicaux du liste des travaux où les travailleurs sont travail, d’avoir un contact immédiat et permafortement exposés aux risques professionnels, nent avec les services de l’inspection du travail dans son article 2, les organismes employeurs en liaison avec les comités techniques des caisses sont tenus de faire subir aux travailleurs de sécurité sociale, de veiller à l’application de la exerçant les travaux fortement exposés, au réglementation relative à la santé au travail (4). moins une visite médicale semestrielle, Mais, il a été constaté que ces postes de médecomplétée par des examens complémentaires (2). cins inspecteurs ne sont pas créés dans tous les Dans ce cas, l’employeur a le droit de refuser services de prévention des direction de santé de la prise en charge de l’examen complémentaire wilaya et sont généralement dirigés par un médeprescrit par le médecin du travail (échographie) cin généraliste ou spécialiste n’ayant aucun lien et qui doit nécessairement être remboursé par la avec la médecine du travail. CNAS, en raison de l’absence de relation entre le risque infectieux présenté par le travailleur (hé10 Le journal de la médecine du travail - N°20 - 1er trimestre2016


3.5

Situations pratiques :

Des examens complémentaires ou des analyses médicales, ayant pour seul but de juger de l’aptitude du salarié ou de dépister les maladies professionnelles, peuvent être demandés par le médecin du travail lors des différentes visites médicales, prévues par la loi no 88-07 et le décret exécutif 93-120 (5). Les frais correspondants sont à la charge de l’employeur. Tous les salariés sont obligatoirement tenus de se soumettre aux examens médicaux et examens complémentaires prévus par la loi no 88-07 et la loi no 90-11 du 21 avril 1990 relative aux relations de Travail (6). La réglementation algérienne précise que le temps réservé à la visite médicale de santé au travail est pris sur l’horaire normal du travail, mais ne donne aucune précision concernant le temps fixé à la réalisation des examens complémentaires. Les examens relatifs à la visite d’embauche, ainsi que les examens facultatifs pratiqués à la demande de l’intéressé ne donnent pas lieu à indemnisation, mais seront-ils à la charge de la CNAS ?

3.6

la seule visite médicale et banalisent, voire négligent l’intérêt de connaitre les résultats des examens complémentaires demandés par le médecin du travail dans le cadre des risques professionnels encourus. Il arrive que, certains travailleurs refusent ces prescriptions. Dans ce cas, l’employeur se trouve dans une position délicate, en raison du manque de cadre juridique clair concernant ces examens para-cliniques, notamment invasifs, lui permettant d’appliquer une réglementation adaptée vis-à-vis de ses employés.

3.7

Le Problème posé :

Les examens complémentaires prescrits par le médecin du travail ne sont pas précisés dans un cadre juridique clair indiquant dans quelles conditions ils sont à la charge de l’employeur, de la CNAS ou du travailleur. Ce vide juridique mérite d’être comblé par des décisions législatives permettant au médecin du travail de prendre des décisions d’orientation professionnelle adaptée et de prise en charge de la santé du travailleur dans son contexte de risque professionnel et non professionnel.

L’employeur peut-il licencier le travailleur, s’il refuse d’ac- 4 Conclusion : cepter les examens paracliLes examens complémentaires prescrits par niques ? : o

La loi n 90-11 du 21 avril 1990 relative aux relations de Travail, modifiée et complétée au 11 janvier 1997 qui stipule dans son article 7, que les travailleurs ont les obligations fondamentales au titre des relations de travail, d’accomplir, au mieux de leur capacité, les obligations liées à leur poste de travail, en agissant avec diligence et assiduité, dans le cadre de l’organisation du travail mise en place par l’employeur ; de contribuer aux efforts de l’organisme employeur en vue d’améliorer l’organisation et la productivité ; d’exécuter les instructions données par la hiérarchie désignée par l’employeur dans l’exercice normal de ses pouvoirs de direction ; d’observer les mesures d’hygiène et de sécurité établies par l’employeur en conformité avec la législation et la réglementation ; d’accepter les contrôles médicaux internes et externes que l’employeur peut engager dans le cadre de la médecine du travail ou du contrôle d’assiduité (6). Il a été parfois constaté, que certains travailleurs se limitent à

le médecin du travail dans le cadre d’un bilan préventif ou curatif doivent être inscrits dans un cadre législatif spécifique précisant, quels sont les examens complémentaires qui doivent être pris en charge par l’employeur et quels sont ceux, qui doivent être remboursés par la CNAS, afin de respecter les droits constitutionnels des travailleurs. Bibliographie : 1. loi no 83-13 du 05 juillet 1983, relative aux accidents du travail et aux maladies professionnelles 2. L’arrêté ministériel du 09 juin 1997 fixant la liste des travaux où les travailleurs sont fortement exposés aux risques professionnels. 3. Loi no 88-07 du 27 janvier 1988, Relative à l’hygiène, à la sécurité et à la médecine du travail 4. Loi no 90-11 du 21 avril 1990 relative aux relations de Travail

11 Le journal de la médecine du travail - N°20 - 1er trimestre2016


5. Décret exécutif no 93-120 du 19 mai 1993, relatif à l’organisation de la médecine du travail 6. Le décret exécutif no 05-05 du 6 janvier 2005 portant organisation et fonctionnement de l’inspection générale du travail. 7. Décret no 79-231 du 20 mars 1979, modifiant le code du travail et relatif à l’organisation et au fonctionnement des services médicaux du travail.

12 Le journal de la médecine du travail - N°20 - 1er trimestre 2016


Promouvoir la santé au travail. B. GAÏSSET Directeur général de l’ACMS France.

1

Introduction

En France, la médecine du travail a été instituée par la loi du 11 octobre 1946. Article 1 : «Tous les établissements (...) de quelque nature que ce soit occupant des salariés devront organiser des services médicaux du travail. Ces services seront assurés par un ou plusieurs médecins du travail dont le rôle, exclusivement préventif, consiste à éviter toute altération de la santé des travailleurs du fait de leur travail». L’article 2 précise que «suivant l’importance des entreprises, les services médicaux pourront être propres à une seule entreprise (services dits «autonomes») ou communs à plusieurs (services dits «interentreprises»)».

2

L’employeur au cœur du dispositif.

L’employeur est responsable de la santé et de la sécurité des salariés (obligation de sécurité de résultat). Il doit soit se doter d’un service autonome soit s’acquitter d’une cotisation auprès d’un service interentreprises de santé au travail. Il doit engager une politique de prévention des risques professionnels : élaboration du Document unique d’évaluation des risques professionnels et mise en œuvre du plan de prévention associé. Il doit également faire connaître les salariés exposés à des risques spécifiques bénéficiant d’une surveillance médicale renforcée : moins de 18 ans, femmes enceintes, travailleurs handicapés, travailleurs de nuit, personnes exposées à l’amiante, aux rayonnements ionisants, au risque hyperbare et, dans les conditions prévues par le Code du travail, au plomb, au bruit, aux vibrations, aux agents biologiques ou CMR (cancéro-

gènes, mutagènes, reprotoxiques).

3

Depuis 1946, plusieurs textes sont venus faire évoluer la médecine du travail : la Directive européenne du 12 juin 1989 qui pose les principes d’évaluation et de prévention des risques professionnels, la loi de modernisation sociale du 17 janvier 2002 qui développe la pluridisciplinarité, ajoute les qualificatifs de «physique et mentale» au concept de santé et transforme les services de médecine du travail en «services de santé au travail». La loi du 20 juillet 2011 et ses décrets d’application du 30 janvier 2012 sont porteurs d’avancées significatives qui concourent à garantir la qualité du service rendu aux entreprises adhérentes et à leurs salariés. La loi confie des missions aux services de santé au travail (et non plus aux seuls médecins du travail) dont la finalité est toujours d’éviter toute altération de la santé des travailleurs du fait de leur travail : – conduire des actions de santé au travail dans le but de préserver la santé physique et mentale des travailleurs tout au long de leur parcours professionnel ; – conseiller les employeurs, les salariés et leurs représentants (...) afin d’éviter ou de diminuer les risques professionnels, améliorer les conditions de travail, prévenir la consommation d’alcool et de drogue sur les lieux de travail, prévenir le harcèlement sexuel ou moral, prévenir ou réduire la pénibilité au travail et la désinsertion professionnelle, contribuer au maintien dans l’emploi ; – assurer la surveillance de l’état de santé des travailleurs en fonction des risques concer13

Le journal de la médecine du travail - N°20 - 1er trimestre 2016

Une mission de prévention.


nant leur sécurité et leur santé au travail, pour accompagner le changement... de la pénibilité au travail et de leur âge ; – participer au suivi et contribuer à la traça- La prévention de la désinsertion professionnelle bilité des expositions professionnelles et à la et le maintien dans l’emploi - mission essenveille sanitaire. tielle des services de santé au travail - mobilisent toutes les composantes de l’équipe de santé au travail. Il s’agit, avec discernement, d’organiser 4 Le plus de la pluridiscipli- la prise en charge des populations les plus exposées aux risques professionnels et aux facteurs de narité. pénibilité, des populations les plus vulnérables du fait de leur âge, leur maladie, leur handicap, Ces missions sont exercées par une équipe leurs difficultés sociales ou familiales. pluridisciplinaire animée et coordonnée par Plusieurs leviers sont actionnés : promotion de le médecin du travail : collaborateurs médela visite de préreprise, sensibilisation des entrecins, infirmiers, secrétaires et assistantes méprises et des salariés (notamment dans les TPEdicales, assistants en santé travail, ergonomes, PME), mobilisation des réseaux (médecins traipsychosociologues, toxicologues, techniciens et tants, Assurance maladie, Agefiph, Maisons déingénieurs chimie et HSE (hygiène-sécuritépartementales des personnes handicapées, Saenvironnement)... auxquels s’ajoutent des assismeth...). tants de service social. Le suivi individuel de l’état de santé des salariés est réalisé par les médecins (visites d’embauche, 5 Des instances, un projet, de reprise, de préreprise, à la demande de l’employeur ou du salarié) et les infirmiers (entretiens un contrat. de prévention). Les actions en milieu de travail sont conduites Le service interentreprises de santé au travail par des membres de l’équipe pluridisciplinaire : est une association dont le Conseil d’adminisvisite des lieux de travail, étude des conditions tration - désormais paritaire - est présidé par un de travail, études de poste, identification et ana- représentant des employeurs adhérents (dont la lyse des risques professionnels, mesures métrolo- voix est prépondérante). giques, aide à l’élaboration du Document unique La Commission de contrôle est présidée par un d’évaluation des risques professionnels, réalisa- représentant des salariés. tion de la fiche d’entreprise, conseils en matière La Commission médico-technique-instance de d’organisation des secours et des services d’ur- proposition et d’action-regroupe des représengence, animation de campagnes d’information et tants des professionnels qui composent l’équipe de sensibilisation, participation aux réunions du de santé au travail. CHSCT (Comité d’hygiène, de sécurité et des Deux outils de pilotage du service ont été insconditions de travail)... taurés par la loi de juillet 2011 : Les assistants sociaux du travail interviennent – le Projet de service constitue sa «feuille de principalement... route» sur cinq ans. Définissant les prio– auprès des salariés : rôle d’écoute, d’inrités d’actions et engagements du service, formation et de conseil pour les aider il est élaboré au sein de la Commission à résoudre des problèmes professionnels médicotechnique et soumis à l’approbation (maintien dans l’emploi, handicap, modidu Conseil d’administration. Il conditionne fication ou rupture de contrat, droits à la l’obtention de l’agrément du service qui est retraite...) ou personnels (difficultés admidélivré par la DIRECCTE (Direction régionistratives ou familiales, surendettement, nale des entreprises, de la concurrence, de problèmes de logement). la consommation, du travail et de l’emploi). – auprès des employeurs et/ou de leurs représentants : appui technique, notamment en matière de législation sociale, conseils

– le Contrat pluriannuel d’objectifs et de moyens (CPOM) doit être signé par chaque service avec la DIRECCTE et l’Assurance 14

Le journal de la médecine du travail - N°20- 1er trimestre 2016


maladie (Caisse régionale d’assurance retraite et de la santé au travail : CARSAT) ; il est tout à la fois un outil de pilotage de la politique régionale de santé au travail, auquel les partenaires sociaux sont étroitement associés, et un outil de ciblage des actions de prévention sur les risques professionnels les plus aigus, les publics les plus exposés ou fragilisés, les secteurs d’activité qui présentent la plus grande sinistralité dans la région ; des axes prioritaires conformes aux objectifs définis dans le Plan régional de santé au travail (État) et le Contrat pluriannuel de gestion (Assurance maladie).

la diffusion d’informations spécifiques en direction des adhérents et de publics ciblés..., système d’information (traçabilité des expositions professionnelles, traçabilité des interventions des équipes pluridisciplinaires, notamment...). Ce mouvement s’accompagne d’un développement des partenariats, non seulement avec les institutionnels (État, Assurance maladie, Facultés de médecine, ANSES/Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail...), mais aussi avec les partenaires sociaux (organisations patronales et syndicales), les branches professionnelles (intérim, chimie, garages, pressing, aéroports, services à la personne, métiers de la propreté...) et les autres services de santé au travail...en cohéEn Île-de-France, six programmes d’action sont rence avec les politiques publiques de santé au ainsi définis qui concernent la prévention de la travail. désinsertion professionnelle, du risque chimique CMR (cancérogènes, mutagènes, reprotoxiques), Une ambition. des TMS (troubles musculosquelettiques), des 7 risques psychosociaux, du risque routier et des Globalement, il s’agit d’opérer un changeaccidents du travail. Les services sont également ment, d’ordre à la fois collectif et individuel, invités à se mobiliser sur des programmes spépour répondre aux nouveaux enjeux de la cifiques portant sur certains secteurs d’activité santé au travail, dans un environnement socioparticulièrement à risques (aéroports, établiséconomique en mutation accélérée ; il s’agit égasements de soins, gardiens d’immeuble, grande lement de promouvoir la prévention - en la prodistribution, intérim, propreté...) et à dévelopfessionnalisant - afin de contribuer au mainper des programmes d’action mutualisés sur certien de notre système de protection sociale. La taines thématiques (GIE intérim régional, base connaissance des pathologies professionnelles est de données repérage des CMR, par exemple). indispensable à la prévention de demain. Notre ambition est non seulement de préserver santé des salariés mais aussi d’aider les em6 La conduite du change- la ployeurs à assumer pleinement leurs responsabilités et à bénéficier du retour sur investissement ment. d’une bonne politique de prévention. La santé Toutes ces innovations induites par la réforme au travail est, en effet, l’un des déterminants de supposent un changement de culture (passage la compétitivité des entreprises. du principe de l’obligatoire systématique à la logique de priorités contractuelles) ; elles se traduisent par une évolution des pratiques professionnelles et des organisations (travail en équipe, en mode projet...) permettant de déployer des démarches de prévention collectives. Elles nécessitent la mise en œuvre d’une dynamique d’investissements : ressources humaines (référentiels emplois, recrutements, formation aux nouveaux métiers...), immobilier (adaptation des locaux et des espaces de travail), communication (échanges entre professionnels, outils de communication internes et externes avec, notamment, 15 Le journal de la médecine du travail - N°20 - 1er trimestre 2016


Les risques professionnels dans une PME : Stratégie d’analyse. R. Boubetra, M. Ouaaz, M. HADDAR Service hospitalo-universitaire de médecine du travail EPH Rouïba, Alger, Algérie.

1

Introduction :

Dans le but de mettre en place un programme de prévention dans une entreprise de production de couches jetables, nous avons effectué une évaluation globale des risques professionnels en appliquant une démarche reposant sur la méthode proposée par l’INRS.

2

Problématique :

L’intérêt de cette étude est suscité par le nombre élevé de plaintes des travailleurs relatives à leurs conditions de travail, formulées au médecin du travail lors des différentes visites des lieux et au cours des consultations médicales. La recherche des causes liées à ces plaintes incite à établir une évaluation globale et approfondie des risques existants dans l’entreprise dans le but d’apporter des solutions aux problèmes rencontrés.

3

4.1

Outils d’évaluation :

Observation des situations de travail ; Entretien avec les salariés ; Utilisation de guide d’évaluation des risques élaboré par l’INRS et l’échelle de cotation de la CRAM-pays de la Loire.

4.2

Population d’étude :

Pour l’évaluation des risques, trois unités représentant sept postes de travail ont été ciblés par l’étude. Ces postes représentent les principales fonctions de l’entreprise, soit 65 travailleurs.

5

Résultats :

Objectif :

Évaluer les risques professionnels dans l’entreprise en appliquant une démarche d’évaluation des risques professionnels (EvRP) reposant sur la méthode proposée par l’INRS.

4

Matériel et méthodes : Figure 1 – Matrice de criticité.

L’entreprise : l’étude a porté sur l’évaluation des risques professionnels au niveau d’une entreprise située dans la zone industrielle de Rouïba spécialisée dans la production des couches jetables. 16 Le journal de la médecine du travail - N°20 - 1er trimestre 2016


Table 2 – Classement des risques professionnels identifiés au niveau de l’atelier de maintenance.

Table 1 – Classement des risques professionnels identifiés au niveau de l’atelier de production.

Figure 3 – Profil et criticité des risques de l’unité de maintenance.

Figure 2 – Profil et criticité des risques de l’unité de production. 17

Le journal de la médecine du travail - N°20 - 1er trimestre 2016


6

Discussion/Conclusion :

Les principales limites à cette étude sont représentées par le manque de temps : pour la description des périodes d’exposition aux risques, le manque de moyens pour procéder à certaines métrologies (par exemple , le télé fréquencemètre pour la mesure de la charge physique). En effet, l’EvRP demande un temps considérable, c’est une tâche qui nécessite une présence continue sur le terrain pour mieux observer le travail réel du personnel, les gestes et les postures adoptées. Le personnel de l’unité de production des couches jetables est exposé à des risques professionnels dominés par les accidents de travail, le risque chimique, le risque physique et le stress. L’évaluation à priori des risques représente la partie essentielle du processus dynamique de gestion et de prévention des risques. Elle constitue un moyen essentiel de préserver la santé et la sécurité des professionnels, sous forme d’un diagnostic en amont, systématique, précis des facteurs de risque auxquels ils peuvent être exposés.

Table 3 – Classement des risques professionnels identifiés au niveau de l’unité laboratoire.

Bibliograhie : 1. INRS, Evaluation des risques professionnels, principes et pratiques recommandés par la CNAMTS, les CRAM, les CGSS et l’INRS, Edition INRS ED886, première édition, 2002, in : http ://www.inrs.fr 2. CRAM des Pays de la Loire, SSTML, Guide d’évaluation des risques professionnels Figure 4 – Profil et criticité des risques de l’unité laboratoire.

18 Le journal de la médecine du travail - N°20 - 1er trimestre 2016


Dossier 2 : Troubles musculo-squelettiques Troubles musculosquelettiques : le cas de l’Algérie. D. Nafai (*), M. Ouaaz (**) Service de médecine du travail, (*) CHU Bab El Oued, (**) EPH Rouiba, Alger, Algérie

Résumé Introduction : Les TMS, bien que leur relation avec le travail soit souvent évidente, sont exceptionnellement reconnus comme étant d’origine professionnelle en Algérie. Toutefois, les TMS sont difficiles à saisir et à différencier dans la mesure où ils ne répondent pas toujours à des lésions anatomiques précises et où la relation avec le travail nécessite une étude de poste de travail à laquelle le médecin praticien, à l’exception du médecin du travail, n’a pas été informé la plupart du temps. Les TMS constituent actuellement les pathologies professionnelles de loin les plus répandues dans les pays industrialisés et sont cités actuellement comme pathologie contemporaine émergente. Plusieurs études rapportent d’une manière générale que les TMS sont responsables d’un coût élevé et d’un absentéisme important particulièrement en milieu hospitalier en rapport avec des accidents de travail souvent invalidants et posant le problème de reclassements en milieu de travail. Qu’en est-il en Algérie ? Pour répondre à cette question, nous rapportons les données de plusieurs études réalisées dans le cadre de thèse de doctorat en Algérie notamment celles ayant été publiées sur les prévalences des TMS et leur relation avec le milieu du travail, sur leur coût et l’absentéisme induit par leur effets. Nous relatons aussi comment est prise en charge ce type de pathologie professionnelle en Algérie, aussi bien sur le plan de la prévention que de la réparation. Conclusion : Pour le médecin du travail algérien, l’acquisition de connaissances sur la problématique des TMS est indispensable avant toute intervention dans ce domaine. Ces connaissances incluent la physiopathologie ainsi que des informations sur les facteurs de risque. Toutefois, il serait judicieux pour l’Algérie de s’adapter aux

pays européens en adoptant le consensus clinique pour le repérage des formes précoces de la pathologie gestuelle professionnelle permettant non seulement de standardiser nos données pour bâtir des statistiques comparables mais aussi agir en expliquant aux employeurs la nécessité de modifier le processus de travail et de valider son efficacité. Mots clés : TMS, Algérie, Milieu professionnel.

1

La pathologie gestuelle, communément appelée TMS ou PHSMS, est exceptionnellement reconnue comme étant d’origine professionnelle en Algérie. Toutefois, bien que leur relation avec le travail soit souvent évidente, les TMS sont difficiles à saisir et à différencier dans la mesure où ils ne répondent pas toujours à des lésions anatomiques précises et où la relation avec le travail nécessite une étude de poste à laquelle le médecin praticien, à l’exception du médecin du travail, n’a pas été informé la plupart du temps. Cependant et en tout état de cause, la douleur semble être le principal signe d’alerte des TMS. A ce titre, la majorité des études réalisées en Algérie se sont basées sur l’existence ou l’absence d’une symptomatologie (douleur, fatigue musculaire).

2

Intérêt de la question :

Les TMS constituent actuellement les pathologies professionnelles de loin les plus répandues dans les pays industrialisés, en constante augmentation, ils sont cités parmi les pathologies contemporaines émergentes [3]. Plusieurs études (Wright [18] CNAM/France [3], Meyer [12] Garcia [5]) rapportent d’une manière géné19

Le journal de la médecine du travail - N°20 - 1er trimestre 2016

Introduction


rale que les TMS coutent chers, génèrent de absentéisme, souvent invalidants et posent le problème de reclassement en milieu de travail. Enfin, les facteurs de risque sont nombreux et très fréquemment imbriqués, ils sont aussi bien biomécaniques, organisationnels que psychosociaux et cela quelque soit le secteur d’activité.

3

Qu’en est-il en Algérie ?

TMS des membres supérieurs : Ghomari [7], 2009, Sidi Bel Abbes, Ouest d’Algérie, une étude sur un échantillon aléatoire de 933 sur 3630 travailleurs concernant la surveillance épidémiologique des TMSms des entreprise des secteurs manufacturiers et du secteur agroalimentaire, retrouve une prévalence des TMSms de 45% chez les hommes et 55% chez les femmes les 12 derniers mois alors qu’au cours des 7 derniers jours, elles est respectivement de 18,6% et 34,4% . Chaib [4], 2009, Tizi Ouzou, Est d’Alger, en se basant sur le même protocole (SALTSA et Questionnaire INRS), chez 48 opératrices de la confection retrouve une prévalence des TMS similaire soit 54, 2% au cours des 12 derniers mois.

En Algérie, les statistiques partielles données par des études publiées, réalisées à travers le pays dans le cadre de thèses de doctorat ou de projets de recherche particulièrement en médecine du travail, retrouvent des résultats similaires à ceux rapportés à l’échelle internationale mais n’ont pas été colligées à l’échelle nationale. Ces études concernent particulièrement le rachis et les membres 3.2 Caractéristiques des TMS. supérieurs. TMS du rachis lombaire : L’ensemble des 3.1 Prévalence des TMS. études suscitées [1, 2, 14, 15,16] se rejoignent dans leurs résultats, il s’avère que les TMS du TMS Rachis et Membres supérieurs : Boukerma [2], 2007, Une étude sur les TMS dans un rachis lombaires sont trois plus importants que échantillon représentatif de 1750 travailleurs à les TMS des membres supérieurs et deux plus prédominance masculine (83%), dont la moitié à que les TMS de la colonne cervicale. Prédomoins de 40 ans d’âge de différentes entreprises mine chez les femmes, augmente avec l’âge, de la région de Sétif (Est algérien) avec une l’obésité, l’ancienneté au poste, les postures ancienneté moyenne de 10 ans, retrouve une contraignantes et la manutention manuelle. prévalence globale de 35,71% des travailleurs Une association significative e ntre l ombalgie et consultés dont 10,40% présentent deux ou monotonie, stress et troubles du sommeil a été plusieurs localisations topographiques. rapportée. Les secteurs professionnels prédomiTMS du Rachis lombaire : Boukerma [1], 1998, nants sont le secteur hospitalier suivi du BTP Une étude chez 1120 travailleurs de 6 entreprises et de l’industrie alimentaire. Les plus faibles et / ou établissements appartenant à des secteurs étant ceux des industries manufacturières et du d’activités différentes, rapporte un taux ressentie secteur tertiaire. de la pathologie lombaire de 40 % les 12 derniers Caractéristiques des TMSms : L’ensemble des mois. études suscitées [2, 7, 4] se rejoignent dans leurs Rezkallah B. [15,16], 1999, Ouest d’Algérie, résultats, il s’avère que les TMSms augmentent 1848 travailleurs issus de différents secteurs avec l’âge (40 ans et plus), affectent plus d’activités retrouve une prévalence annuelle particulièrement les femmes, semblent être globale des lombalgies de 30% les 12 derniers prédominants dans le secteur agroalimentaire mois alors qu’en 2004, chez 984 infirmiers du (laiterie et abattoirs), du textile (confection) et secteur hospitalier, il retrouve une prévalence de l’électronique (travaux de précision). Ils ne des lombalgies de 35% durant les 12 derniers semblent pas aussi dépendre de l’ancienneté, mois et de 20% durant la semaine précédent cependant, la faible qualification des travailleurs l’enquête. et la multi-exposition dans le milieu de travail Nafai [14], 2007, centre d’Algérie, a retrouvé seraient des facteurs favorables à l’apparition parmi 388 travailleurs d’une unité de manufac- des TMSms puisqu’on les retrouve significatiture de tabac, une prévalence annuelle globale vement liés à la fatigue musculaire, la charge de 35,30% les 12 derniers mois. de travail, la pression du travail et l’absence 20 Le journal de la médecine du travail - N°20 - 1er trimestre 2016


d’autonomie décisionnelle. Enfin concernant la pathologie induite par les TMSms la plus fréquemment rapportée est celle du Syndrome de la coiffe des rotateurs de l’épaule.

balité engendrent, outre des consultations répétées, un absentéisme important (50% des travailleurs consultés), ayant occasionné 20 jours d’arrêt de travail par an et par personne avec un coût moyen annuel de 800000 DA. Reclassement ou réorientation professionnelle ! : Habchi A. [10], 1987, une étude rétrospective sur 3.3 Conséquences des TMS. dossier médical chez 1300 travailleurs d’une entreprises de pétrochimie d’Arzew, révèle que la Problème de santé publique ! : Gharbi M. [6], lombalgie est la 1ère cause (21%) des réorienta2004, dans un échantillon représentatif de 490 tions professionnelles pour raison de santé entre travailleur du secteur de la santé de la commune 1980 -1984 alors que Boukerma [2] signale dans de Annaba, le classement des pathologies iden- son enquête (1750 travailleurs des entreprises tifiées comme motifs de consultation, d’hospita- de la région de Setif) que parmi les 50% des lisation ou de problèmes de santé chroniques sur travailleurs ayant interrompu temporairement une année, a montré une prédominance des pa- leur travail suite aux TMS, 11% ont été thologies ostéo-articulaires avec en tête les lom- contraints de changer temporairement ou définibalgies. tivement leur poste de travail. Handicap ! : Une appréciation du processus de l’handicap à travers le WHODAS II, Khatmi [9], étude longitudinale sur 5 ans (2004-2009), auprès de 670 travailleurs du secteur hospitalier, retrouve que 26% du personnel ont un dé- 3.4 Prévention des TMS. ficit modéré (2) des fonctions de l’appareil locomoteur et liées aux mouvements (b7) et dont En Algérie, la prévention des TMS est conforla mobilité des articulations (b710), la puis- tée par la législation notamment la loi no 88-07 sance musculaire (b730) et le tonus musculaire du 26/01/1988 relative à l’HS/MT, le décret in(b735) sont représentés comme les plus déficients terministériel no 91-05 du 19/01/1991 relatif aux avec un niveau de difficulté léger à modéré chez prescriptions générales de protection applicables respectivement 27%, 19% et 21% de ces tra- en matière d’HS. vailleurs. De même Gueroui [8], auprès de 467 Pour rappel, la loi stipule dans son Art. 3 « l’orsujets d’une unité industrielle (ASMIDAL, An- ganisme employeur est tenu d’assurer l’hygiène, naba), retrouve pas moins de 22,9% des cas à et la sécurité aux travailleurs » et Art. 7 : «l’orla catégorie 7 ou déficiences d u s quelette e t de ganisme employeur est tenu d’intégrer la sécurité l’appareil de soutien liées aux mouvements. des travailleurs dans le choix des techniques et Absentéisme ! : Nafai [13], 2000-2003, une entechnologies et dans l’organisation ». Le législaquête auprès de 4000 hospitaliers de la région teur algérien préconise en toute connaissance de d’Alger montre une prédominance des affections cause de prévenir les risques dus aux manutende l’appareil locomoteur parmi les affections tions manuelles (décret no 91-05) qui limite la chroniques responsables d’absentéisme générant charge supportée par chaque travailleur sur de une durée moyenne d’absence de trente jours et courte distance à 50 kg pour l’homme et à 25 kg une prédominance de l’absentéisme lié aux acci- pour le personnel féminin. Des moyens de levage, dents suite à des efforts physiques de l’appareil de manutention et de transport doivent être mis ostéoarticulaire avec des durées moyennes d’ab- à la disposition des travailleurs pour des charges sences de 47 jours. supérieures à 50 Kg. Boukerma [1,2], une étude chez 1120 travailleurs La formation, l’information et la sensibilisation de 6 entreprises et / ou établissements apparte- dans le cas particulier du BTP par exemple, sont nant à des secteurs d’activités différentes por- clairement notifiés par le décret exécutif no tant sur la lombalgie, rapporte dans 22% des 06-223 du 21/06/2006 portant création, cas, des arrêts de travail dont la durée médiane attributions, organisation et fonctionnement de est de 30 jours alors que l’enquête chez 1750 l’Organisme de Prévention des Risques travailleurs révèle que les TMS dans leur glo- Professionnels dans les activités du BTPH chapitre II, article 5. 21 Le journal de la médecine du travail - N°20 - 1er trimestre 2016


3.5

Réparation.

4. Chaib S. et col. : Les troubles musculosquelettiques de l’épaule chez les opératrices de la confection. JMT, no 14, pp : 29-31, 2009. 5. Garcia O. Absentéisme de longue durée en milieu hospitalier : Étude des causes médicales à partir des données du comité médical Thèse de médecine du travail 1997 Paris V René Descartes. 6. Gharbi M. : État de santé des professionnels de santé des structures publiques de la commune de Annaba. JMT 7, 2004, pp : 57-60 7. Ghomari et col. : Surveillance épidémiologique des TMS du membre supérieur en entreprises. JMT, no 14, pp : 34-41, 2009. 8. Gueroui S. : TMS et travail. Revue médicopharmaceutique, 6, 47-50, 1999. 9. Khatmi S. : Analyse descriptive à travers la CIF du handicap chez le personnel hospitalier de l’hôpital Ibn Sina CHU Annaba. JMT 14, 2009, pp : 42-47. 10. Habchi A. : Réorientations professionnelles pour raison de santé dans des entreprises de pétrochimie. Mémoires de fin d’étude DEMS en médecine du travail INESSM d’Oran, 1987. 11. Mairiaux P.H. : Lombalgie en milieu de travail, Arch. Mal. Prof., 2, pp : 85-95, 1988. 12. Meyer JP. Et col : TMS du membre supérieur liés au travail : consensus clinique pour le repérage des formes précoces de TMS. Arch. Mal. Prof., 2, pp : 85-95, 1988.63, 3245, 2002. 13. Nafai D et col ; Absentéisme pour raison médicale en milieu hospitalier. Arch. Mal prof no 2, 6-, 140-149, 2005. 14. Nafai D et col : Lombalgies communes en milieu professionnel, JMT no 12, pp : 21-30 ,2007. 15. Rezk-Kallah B. : Aspects épidémiologiques et ergonomiques de la lombalgie en milieu de travail. Thèse de Doctorat en Sciences Médicales, Spécialité Médecine du Travail. Faculté de médecine, Université d’Oran, 1999. 16. Rezk-Kallah B. et coll. : Les lombalgies en milieu hospitalier, prévalence et analyse multifactorielle du risque chez les infirmiers, JMT, 7, pp : 47-51, 2004.

La pathologie gestuelle professionnelle, à l’exception de l’hygroma du genou, et contrairement aux pays Européens, n’est pas indemnisée au titre des maladies professionnelles en Algérie, et sera alors déclarée au titre des maladies à caractère professionnel et prise en charge dans le cadre de l’assurance maladie.

4

Conclusion :

La souffrance des victimes des TMS reste encore largement méconnue en Algérie. Toutefois nous retenons à travers nos études la multiplicité des facteurs de risque comme rapportée par de nombreuses études ainsi que leur intrication, leur caractère invalidant, leur retentissement socioéconomique et leur impact sur la vie professionnelle et familiale. Cependant, pour le médecin du travail algérien, l’acquisition de connaissances sur la problématique des TMS est indispensable pour asseoir une stratégie de prévention adaptée. Ces connaissances incluent la physiopathologie ainsi que des informations sur les facteurs de risque, notamment les sollicitations biomécaniques et les outils d’analyse y afférents. Enfin, il serait aussi judicieux pour l’Algérie, d’adopter à l’instar des pays européens, le consensus clinique pour le repérage des formes précoces des TMS [12] permettant non seulement de standardiser les données afin de faciliter les comparaisons statistiques, mais aussi d’agir précocement tout en expliquant aux employeurs l’impact de ces pathologie sur le facteurs humains et organisationnels. Bibliographie. 1. Boukerma Z. et Col. : Epidémiologie des lombalgies en milieu du travail. Journal pour le Médecin du Travail (JMT), no 1, pp : 9-12, 1998. 2. Boukerma Z. et Col. : TMS ou pathologie d’hyper sollicitation musculosquelettiques : étude chez les travailleurs de la région de Setif. JMT, no 12, pp : 14-20, 2007. 3. Caisse Nationale des Assurances maladie, Direction des risques professionnels, Marieeva.planchard@cnamts.fr ; 2007. 22

Le journal de la médecine du travail - N°20 - 1er trimestre 2016


17. Rosenberg M. et col. : Facteurs de risque de la lombalgie, RR, 65, pp : 88-92, 1998. 18. Wright. M.E. Long-Term sickness absence in an NHS Teaching Hospital Occup. Med. Vol 47, 401-406 1997.

23

Le journal de la mÊdecine du travail - N°20- 1er trimestre 2016


Repérage des TMS du membre supérieur chez des opératrices de fabrication de produits pharmaceutiques. H. Benmessaoud, H. Benferhat, C. Boukort, L. Younsi, A. Semid Service de médecine du travail, CHU Bab El Oued, Alger. Algérie

1

Introduction

pour la recherche en santé au travail mené par le Swedish Institute for Working Life en coopération avec diverses confédérations syndicales suéLes Troubles Musculo Squelettiques (TMS) doises). constituent l’une des questions les plus préoccupantes en santé au travail compte tenu de leurs conséquences aussi bien pour les travailleurs que 2 Matériel et méthode. pour les entreprises. Ces TMS ont des répercusApplication d’un protocole strict de recueil sions socioéconomiques considérables ; d’abord, ils entrainent des coûts élevés pour le travailleur, des données conforme aux recommandations du l’entreprise et la société, aussi bien au niveau consensus européen SALTSA pour le repérage des coûts directs associés aux accidents et aux des troubles musculosquelettiques des membres maladies professionnelles (indemnisations, soins supérieurs (TMS-ms) au cours de la visite mémédicaux, etc.) qu’au niveau des coûts indirects dicale périodique pour 28 opératrices de vignetqui y sont associés (perte de production, frais de tage exposées à des gestes répétitifs et au maintien de postures extrêmes. remplacements, absentéisme, etc.). La prise en charge des TMS tant au plan médico- Les sept régions anatomiques du membre supélégal ( aucune indemnisation à ce jour des TMS rieur ont été ciblées : le cou, le haut du dos, du membre supérieur et du rachis) qu’au plan l’épaule, le coude, l’avant-bras, le poignet et la médical (insuffisances en actions de dépistage et main. Parmi les TMS du membre supérieur rede prévention) reste pour nous médecins du tra- cherchés dans ce protocole, seulement les prinvail un problème épineux dans notre pratique cipales atteintes ont été retenu : Le syndrome de la coiffe des rotateurs, L’épicondylite latérale médical quotidienne. Le suivi médical du personnel d’une entre- (épicondylite), Le syndrome du tunnel cubital, prise de produits pharmaceutiques, a permis de La tendinite des extenseurs et des fléchisseurs mettre en exergue le malaise des opératrices de la main et des doigts, La ténosynovite de De de l’atelier de vignettage. Un malaise en rap- Quervain. Le syndrome du canal carpien. port avec les conditions et l’organisation du tra- Le recueil des données a été réalisé à l’aide d’un vail difficiles où ont été constatés : répétiti- auto questionnaire de l’INRS [1] version octobre vité des gestes, maintien prolongé de postures 2000, portant sur les plaintes de TMS, les sympinconfortables et cadence de travail soutenue. tômes de stress et le vécu du travail des opéraPar ailleurs, certaines de ces opératrices se plai- trices. Il a comporté plusieurs parties : gnaient de douleurs localisées au niveau du cou – données sociodémographiques : sexe, âge, et de l’épaule, de gêne des mouvements et d’une les caractéristiques anthropométriques, la fatigabilité en fin de journée de travail. Toutes nature du contrat et l’organisation tempoces plaintes ont été à l’origine de cette étude qui relle du travail. avait pour objectif de dépister à un stade précoce – symptômes musculosquelettiques : recueil des TMS du membre supérieur (TMS ms) sedes plaintes de TMS avec une localisalon le consensus SALTSA (programme européen tion des douleurs (cou, épaules droite et 24

Le journal de la médecine du travail - N°20 - 1er trimestre 2016


gauche, coudes droit et gauche, poignetsmains droit et gauche), et une prise en compte de la fréquence et de l’intensité de ces douleurs, – les principaux symptômes de stress, les facteurs psychosociaux et vécu du travail. En plus de l’examen clinique réalisé au cours des visites périodiques, un examen standardisé en fonction des symptômes déclarés par les opératrices au cours des 12 derniers mois, selon le tableau des troubles à rechercher en fonction de la localisation des symptômes déclarés et du guide de manœuvres cliniques ) a été réalisé[3]. Cet examen a été orienté vers la recherche des troubles infra cliniques et cliniques. Trois niveaux de sévérité ont été distingués : latent, s’il existe des symptômes mais pas de critères temporels (plainte seulement) ; symptomatique infra-clinique ou forme appelée plus simplement symptomatique, s’il existe des symptômes associés à des critères temporels ("symptômes présents actuellement ou au moins 4 jours au cours des 7 derniers jours" ou "au moins 4 jours pendant au moins une semaine au cours des 12 derniers mois") mais pas de signes cliniques à l’examen ; symptomatique avec signes cliniques ou forme dite avérée, si les symptômes sont "présents actuellement ou l’ont été au moins 4 jours au cours des 7 derniers jours" et qu’il existe des signes cliniques positifs à l’examen.

de 08h30mn à 16h et occasionnellement elles effectuaient un travail supplémentaire les samedis. Les postes d’opératrices de vignettage exposent à un risque élevé de TMS-ms surtout le vignettage manuel. Les principaux facteurs de risque caractérisant ces postes étaient les efforts importants lors du déversement du contenu des cartons ; la position extrême de l’épaule lors de l’ouverture de ces cartons et une hypersollicitation du poignet avec une répétitivité importante du mouvement lors du vignettage manuel. Vingt et une opératrices ont présenté des antécédents de troubles musculosquelettiques (75%), à type de lombalgies (56.6%), de cervicalgies (32.2%) et de douleurs scapulaires (22.6%). Les réponses au questionnaire "TMS" ont mis en évidence chez l’ensemble des opératrices des plaintes TMS. Les plaintes les plus souvent rapportées ont concerné au niveau du membre supérieur les articulations du poignet (droit 58.1%, gauche 54.8%) et l’épaule (droit 58.1%, gauche 54.8%).

Sur les 28 opératrices interrogées 22 (78%) se sont senties stressées sur leur lieu de travail. Ce sentiment a concerné 83.3% des opératrices vignettage manuel (5/6) et 68% des opératrices vignettage automatique (17/22) ; cependant les symptômes de stress restent discrets et sont dominés par l’anxiété. Pour les facteurs psychosociaux, certains sont 3 Résultats. négativement perçus, tels que : le niveau élevé La population d’étude étaient composée de d’attention requis, plus important au secteur 28 opératrices de vignettage, exclusivement automatique avec un score de 81,4 ; féminine sans habitudes toxicologiques, avec l’absence de contrôle sur le travail à réaliser et la non-participation à la prise de décision une moyenne d’âge de 36 ans (âges qui ont les scores les plus élevés (77 à 85,5) ; extrêmes : 30 à 50 ans); 84% d’entre elles l’incertitude par rapport à l’avenir utilisent la main droite. Plus de la moitié professionnel. Les opératrices craignent la (53,5%) de ces opératrices était employée suppression de leur emploi par dans le cadre d’un contrat à durée automatisation de leurs tâches. Seules les indéterminée (15/28), le reste a bénéficié d’un opératrices de vignettage automatique contrat à durée déterminée de 06 mois travaillent à la chaine. La contrainte de temps, renouvelé régulièrement. la cadence et la force musculaire sont moyennes L’ancienneté moyenne au poste était de 9 ans, dans les deux secteurs. La répétitivité des gestes avec un minimum de 04 ans et un maximum est très importante dans le vignettage manuel. de 15 ans. Pour 68 % des opératrices vignettage, ce poste était leur premier emploi. Le dépistage des TMS au cours de l’examen Parmi les 28 opératrices, 22 étaient affectées au clinique à l’aide du protocole SALTSA a révélé vignettage automatique et six au vignettage que près de 43% des opératrices ont présenté au manuel. Elles travaillaient cinq jours sur sept 25 Le journal de la médecine du travail - N°20 - 1er trimestre 2016


moins une forme avérée unilatérale et/ou bilatérale de TMS du membre supérieur : – Des cervicalgies avec irradiation avérées chez 12 des opératrices (42,85%), infra cliniques dans trois cas et latentes dans six cas (21%). – Des tendinopathies de l’épaule principalement tendinite de la coiffe des rotateurs avec 4 cas avérés (14%), 9 cas infra cliniques (32%) et 17 cas latents (61%) – Des tendinopathies du poignet à type de syndrome du canal carpien avec trois cas avérés (11%), 3 cas infra cliniques (11%) et 23 cas latents (82%). Ces tendinopathies (épaule, poignet) sont prédominantes à droite.

4

Discussion/Conclusion.

Le protocole européen clinique SALTSA a été conçu par un groupe d’experts pour répondre au besoin des médecins du travail qui souhaitent disposer d’outils standardisés de recueil. C’est un outil de repérage précoce des TMS du membre supérieur facilement applicable en situation de travail pour l’évaluation de l’incidence de ces troubles. C’est un outil qui répond également à un objectif de surveillance épidémiologique des TMS caractérisée par une harmonisation de la collecte des informations (Propositions de définitions des cas, classification standardisée des TMS). Dans cette étude, intégrer le protocole SALTSA à l’examen clinique réalisé au cours des visites médicales périodiques des opératrices de vignettage d’une entreprise de fabrication de produits pharmaceutiques , a permis de déceler des formes infracliniques et latentes des TMS du membre supérieur qui nécessitent d’envisager des actions correctrices à ce stade précoce. Quant aux TMS avérés ils ont touché 43 % des opératrices. Ils ont concerné beaucoup plus le cou, l’épaule et le poignet. Ces troubles s’expriment déjà par des cervicalgies, des tendinopathies à type de syndrome de la coiffe des rotateurs et canalaires à type de syndrome du canal carpien. Pour les cas de TMS avérés des orientations pour des examens complémentaires ont été réalisées pour étayer le diagnostic et définir une stratégie thérapeutique adaptée ; pour les cas de TMS infra cliniques et latents surveillance rap-

prochée et vigilance ont été proposées aux opératrices. Toutes les opératrices ont été exposées à au moins deux facteurs de risque de TMS au niveau des différentes zones anatomiques ciblées (nuque, épaules, coudes et poignets) ce qui correspond à un seuil d’alerte du consensus européen SALTSA. Au vu de ces résultats, des pistes d’amélioration des situations de travail on été proposées à l’employeur concernant le dépistage précoce et le suivi des symptômes, l’information-formation des opératrices, la réduction des sollicitations professionnelles au niveau des postes et l’amélioration des conditions de travail. Ces pistes constituent des objectifs de prévention à atteindre.

5

Le repérage des TMS du membre supérieur avec le protocole SALTSA chez des opératrices de vignettage d’une entreprise de fabrication de produits pharmaceutiques au cours de la surveillance médicale des opératrices exposées est très utile pour initier une démarche de prévention précoce. Bibliographie. 1. Aptel M., Gerling A., Cail F. : Méthode de prévention des troubles musculosquelettiques du membre supérieur et outils simples. Documents pour le médecin du travail n° 83. 3e trimestre 2000, pp.187-223. 2. Aptel M., Cail.M. , Aublet-Cuvelier A. : Les troubles musculosquelettiques du membre supérieur. Guide pour les préventeurs. INRS, ED 957, juillet 2011, 97 p. 3. Aublet-Cuvelier A. et coll. : Protocole d’examen clinique pour le repérage des troubles musculosquelettiques du membre supérieur. Adaptation française du consensus SALTSA. INRS. Février 2010. 74 P. 4. Ghomari O., Surveillance épidémiologique des troubles musculosquelettiques du membre supérieur en entreprises dans l’Ouest algérien, Thése d’obtention du Doctorat en sciences médicales. 168 P.

26 Le journal de la médecine du travail - N°20 - 1er trimestre 2016

Conclusion.


Évaluations ergonomiques des postes de manutention dans une unité de distribution de médicaments C. Boukortt, A. Bouzena, A. Semid Service de médecine du travail C.H.U de Bab El Oued, Alger. Algérie

1

Introduction

Les études sur les conditions de travail montrent que les exigences physiques liées à la manutention, au port de charges lourdes, aux exigences posturales, aux cadences et au travail à la chaîne créent des conditions de travail pénibles susceptibles de provoquer à long terme des risques sur la santé des salariés. Ces risques sont représentés essentiellement par la pathologie gestuelle qui constitue actuellement la première pathologie professionnelle dans beaucoup de pays. Dans l’industrie pharmaceutique, l’activité de distribution, qui comprend le stockage, la préparation de commandes et la livraison de médicaments fait appel à la manutention et reste particulièrement exposée à ce risque. Si le stockage et la livraison se prêtent facilement à la mécanisation, la préparation de commandes quant à elle, nécessite de gros équipements et des investissements importants qui ne sont pas à la portée de toutes les entreprises notamment celles ou l’activité n’est pas importante. Différentes méthodes ergonomiques d’analyse des troubles musculosquelettiques (TMS) dans l’activité de manutention sont proposées dans la littérature et permettent en fonction de la nature de l’activité, de ressortir les différents facteurs de risques. Nous en avons choisi trois qui nous ont permis de répondre à la demande de l’employeur et aux plaintes des travailleurs d’une unité de distribution de médicaments. Ce travail a concerné les trois postes assurant la manutention à savoir : le poste de cariste, le poste de manutentionnaire et celui de préparateur de commandes. Les objectifs étaient :

– D’évaluer l’importance des TMS chez les travailleurs assurant la manutention. – De réaliser une analyse ergonomique des différents postes de manutention afin de ressortir les facteurs professionnels à risque de TMS.

2

La population d’étude est constituée par l’ensemble des travailleurs assurant la manutention au niveau de ce site, elle est représentée par 29 salariés avec 10 caristes, 7 manutentionnaires et 12 préparateurs de commandes répartis dans 4 magasins. Le cariste charge, décharge et range des palettes à l’aide de chariots automoteurs, le préparateur de commande soulève des caisses de médicaments et les dépose dans des transpalettes manuelles, le manutentionnaire déplace les transpalettes préparées des zones de commande aux zones de livraison, il charge et décharge les camions. Les travailleurs ont tous subi le questionnaire Nordique pour le dépistage des TMS (10). L’analyse ergonomique a nécessité l’utilisation de trois outils différents. Le choix de ces outils a été déterminé après étude approfondie des conditions de travail.

2.1

L’équation révisée du NIOSH

pour les actions de lever et de dépôt manuel de charges (1) appliquée au poste de préparateur de commande qui permet de rechercher un risque de survenue de lombalgies, par l’analyse de l’activité, le calcul de la charge maximale admissible (CMA) et de l’indice de levée de charge 27

Le journal de la médecine du travail - N°20 - 1er trimestre 2016

Matériels et méthodes.


(ILC). Pour cela, 7 facteurs intervenants dans la manutention manuelle, à savoir : le poids de la charge (FP), les distances horizontale (FH), verticale (FV) et de déplacement de la charge (FD), la fréquence de soulèvement (FF), l’angle de rotation du dos (FA) et l’interface main-objet (FI) sont pris en considération. CM A(Kg) = F P xF HxF V xF DxF F xF AxF I ILC = Poids réel de la charge (kg) / CMA – Si ILC est inférieur à 1, la tâche de manutention manuelle doit être considérée comme faible. – Si ILC supérieur à 1, la tâche de manutention manuelle est considérée comme potentiellement à risque de lombalgies, surtout si ILC est supérieur à 3. Quatre situations extrêmes ont été analysées :

Pour le calcul de l’indice de levée de charge (ILC), sont pris en compte le poids de la caisse la plus légère (l=2,60 kg) et le poids de la caisse la plus lourde (L=13,90 kg) pour chacune des quatre situations ci-dessus.

2.2

La méthode des indicateurs clés (MIC)(12)

Appliquée au poste de manutentionnaire. Elle permet d’apprécier le risque de surcharge physique dans des conditions de travail comportant la traction et la poussée de charges. L’évaluation repose sur la probabilité de dommages pour la santé. Des mécanismes d’action biomécaniques et physiologiques associés à des modèles-doses sont pris en compte. On part du principe que la pression interne exercée sur le système musculaire et squelettique dépend largement des forces physiques appliquées qui dépendent du poids de l’objet à déplacer, des valeurs d’accélération et de la résistance de la surface du sol. De mauvaises postures et une durée et/ou une fréquence accrue augmentent la charge interne. Le score retrouvé est comparé à une échelle de risque de surcharge physique allant de 1 à 4 (échelle 1 : situation de charge réduite, échelle 4 : Situation de charge élevée). Cette estimation des risques rend immédiatement évidents les besoins d’aménagement et de mesures. Les causes d’indices élevés doivent, en fait, être éliminées. Deux situations extrêmes ont été prises en considération, les autres situations étant intermédiaires.

– Situation S1 : Début de palette et la caisse se trouve du côté du préparateur. – Situation S2 : Fin de palette et la caisse se trouve du côté du préparateur. – Situation S3 : Début de palette et la caisse est éloignée de la position du préparateur – Situation S4 : Fin de palette et la caisse est éloignée de la position du préparateur.

– Situation 1 : Actions de tirer-pousser des palettes de poids minimum de 100 kg au cours de la journée de travail – Situation 2 : Actions de tirer-pousser des palettes de poids maximum de 260 kg ou de 664 kg au cours de la journée de travail en fonction du magasin considéré (magasin 2 ou 4).

2.3

Figure 1 Situations extrêmes analysées

Le guide INRS(6)

Pour l’évaluation des vibrations des engins mobiles appliqué au poste de cariste. Ce guide permet l’évaluation de la dose vibratoire corps 28

Le journal de la médecine du travail - N°20 - 1er trimestre 2016


entier reçue par un conducteur d’engin mobile. Ces vibrations peuvent entraîner à long terme des risques pour la santé et la sécurité des salariés, notamment des lombalgies et des microtraumatismes de la colonne vertébrale. L’exposition journalière rapportée à une période de référence de huit heures A(8) se calcule à partir de l’émission vibratoire (ou accélération équivalente aeq) et de la durée réelle (T) d’exposition. Deux valeurs d’exposition journalière sont définies. La première de 0,5 m/s2 déclenche l’action de prévention et impose aux employeurs de contrôler les risques de vibrations globales du corps chez leurs travailleurs. La seconde de 1,15 m/s2 correspond à la valeur limite d’exposition journalière au-dessus de laquelle les travailleurs ne doivent pas être exposés. La dose vibratoire a été évaluée uniquement pour les chariots élévateurs électriques du magasin 3.

3 3.1

Figure 2 – Répartition des TMS par poste de travail 3.2.1

Répartition des TMS par magasin.

Les TMS concerne beaucoup plus les travailleurs des magasins 1 et 3 ou l’effectif des manutentionnaires et des préparateurs de commande est plus important.

Résultats. Caractéristiques de la population d’étude.

Tous les travailleurs assurant la manutention manuelle ou mécanique sont de sexe masculin, l’âge moyen est de 36,2 ans (21-58 ans) et l’ancienneté moyenne au poste de 5,6 ans (1-14 ans).

Table 1 – Répartition des salariés assurant la manutention par poste et par magasin. Figure 3 – Répartition des TMS par magasin.

3.2 Questionnaire TMS. 3.2.1 Répartition des TMS par poste de travail 79% des travailleurs assurant la manutention (23/29) se plaignent de TMS. Ces TMS concernent 86% des manutentionnaires (6/7), 83% des préparateurs de commandes (10/12) et 70% des caristes (7/10).

29 Le journal de la médecine du travail - N°20 - 1er trimestre 2016


3.2.3

Répartition des TMS selon les segments corporels touchés.

Le bas du dos et le segment épaule/bras sont les zones les plus touchées.

3.2.4

corporelle concernée et par poste de travail.

Par segment corporel et pour les trois postes de travail, c’est surtout les lombalgies qui prédominent. Par poste de travail : les caristes se plaignent de douleurs du rachis dorsolombaire puis des membres supérieurs. Les manutentionnaires de douleurs du rachis lombaire puis dorsal et des membres supérieurs. Les préparateurs de commandes de douleurs surtout du rachis lombaire.

Figure 5 – Répartition des TMS, zone corporelle concernée et poste de travail.

Figure 4 – Répartition des TMS selon les segments corporels touchés.

30 Le journal de la médecine du travail - N°20 - 1er trimestre 2016

Répartition des TMS s par zone


moyenne de 5,6 ans, les TMS sont une réalité dans cette unité. Ils sont dominés par les lombal3.3.1 Poste de préparateur de com- gies (72% des cas) et par l’atteinte du segment mande au niveau des magasins 1 et 3 épaule/bras (45% des cas). Chez 30% les TMS se traduisent déjà par des pathologies organiques réelles à type d’hernie discales, de scolioses, de tendinopathies. Ces TMS concernent 86% des manutentionnaires, 83% des préparateurs de commandes et 70% des caristes. Les travailleurs des magasins 1 et 4 se plaignent plus de TMS car il y a plus de manutentionnaires et de préparateurs de comTable 2 – Résultats CMA , ILC. En situation de caisse proche du préparateur, si le poids de celle-ci est mandes. Les segments corporels les plus tou< 7,350 kg en situation S1 et < 8,270 kg en situation S2, le risque chés sont en rapport avec la nature de l’actilombaire est faible. Cependant, quel que soit la situation de la caisse en vité et sont représentés pour les travailleurs asS1 ou S2, le risque lombaire est important pour les caisses les plus surant la manutention manuelle par le rachis lourdes (L = 13,900 kg). En situation de caisse éloignée de la position du préparateur (S3, S4) le lombaire (85%), le rachis dorsal et les membres risque est important à compter de 1,290 kg en situation S3 et 1,730 kg supérieurs (57% pour chacun des segments coren situation S4. Or, la caisse la plus légère pèse 2,600 kg. porels) chez les manutentionnaires et le rachis 3.3.2 Poste de manutentionnaire. lombaire (75%) pour les préparateurs de commandes. Quant aux caristes assurant la manutention mécanique, ils se plaignent surtout du rachis dorsolombaire (60% chacun) ainsi que du segment épaule/bras (50%). Différentes études réalisées entre 1999 et 2010 à l’aide du questionnaire Nordique chez des travailleurs de différents métiers assurant la maTable 3 – Score de risque selon la méthode MIC. nutention manuelle retrouvent des résultats siLes résultats montrent que même en situation de manutention avec milaires aux nôtres et montrent également que charge minimum, dans le tableau de l’échelle de risque, on se situe en situation de charge hautement accrue avec surcharge physique le dos reste le segment corporel le plus vulnépossible chez les personnes normales. rable quelque soit le métier et que le reste des atteintes varient en fonction de l’activité exer3.3.3 Évaluation de l’exposition quotidienne cée [Forcier et coll. 1999(7), Beaumont et coll. aux vibrations des caristes du magasin 3 2007(3), Bernard et coll. 2009 (4) Laberge en Les caristes utilisent des chariots automoteurs 2010 (11)]. L’analyse ergonomique met en éviélectriques à l’intérieur du magasin. Le déplace- dence : ment se fait sur un sol régulier et plat. Pour un – Au poste de préparateur de commande des chariot automoteur, l’accélération moyenne aeq 2 poids soulevés supérieurs à la CMA et des est de 0,8 m/s . La durée d’exposition moyenne ILC allant de 1.5 à 10.77 dans six sur les quotidienne, calculée sur une période de 13 jours huit situations étudiées. pour le cariste du magasin 3 est de 2 heures et 40 Le risque lombaire existe à partir d’un poids mn soit un niveau d’exposition quotidien aux vi2 de la caisse de 8.270 kg dans les situations brations A(8) entre 0,4 et 0,5 m/s , c’est-à-dire, les plus favorables (S1 et S2) et de 12.90 la limite nécessitant le déclenchement d’une ackg dans les situations les plus défavorables tion de prévention. (S3 et S4) alors que le poids réel de la caisse la plus lourde peut atteindre 13.900 kg. Ce constat rejoint celui de Weill (14) qui 4 Discussion. en appliquant l’équation révisée du NIOSH chez des salariées manutentionnant des Bien que la population étudiée soit jeune avec boites de cosmétique dont le poids varie de une moyenne d’âge de 36,2 ans et que la durée 2,091 à 13,430 kg avait mis en évidence d’exposition soit relativement courte avec une un risque

3.3

Étude ergonomique.

31 Le journal de la médecine du travail - N°20 - 1er trimestre 2016


dorsolombaire à partir d’un poids de 8.400 kg. Dans cette étude les boites de cosmétique sont toujours proches du salarié correspondant aux situations S1 et S2 de notre étude. Ainsi, le poids maximum de 15 kg proposé dans la norme Française (2) ou celui de 50 kg de la législation nationale (13) ne peuvent nullement protéger ces salariés du risque d’altération de leur rachis dans les conditions actuelles d’exercice de leur métier. – Au poste de manutentionnaire, ou sont assurées des actions de tirer/pousser des transpalettes, un score de risque égale à 3 sur une échelle de 4 a été trouvé, correspondant à une situation de surcharge physique hautement accrue. Dans deux enquêtes réalisées par Hoozemans et coll.1998, 2002 (8),(9) des liens forts entre les actions de tirer/ pousser des charges et le risque de lombalgies et d’atteinte des membres supérieurs ont été trouvés (risque relatif égal à 2.15 et 3.7). – Au poste de cariste, a été retrouvé un niveau d’exposition quotidien aux vibrations entre 0.4 et 0.5m/s2 correspondant à la limite nécessitant le déclenchement d’une action de prévention.

Les arrêts/démarrages fréquents des transpalettes qui multiplient les efforts physiques. Les changements fréquents de direction qui entrainent une augmentation de la force de maintien. Les déplacements avec tronc fléchi en avant. Le gabarit de la charge imposant de se pencher sur le coté pour voir son chemin. – Au poste de cariste Un niveau d’exposition aux vibrations de basses fréquences, corps entier, dont le point de résonnance est le rachis variant entre 0.4 et 0.5m/s2 soit la limite déclenchant l’action de prévention selon le guide INRS. Ce risque est aggravé par des postures de travail contraignantes lors de la conduite telles : l’inclinaison latérale du corps pour déposer les palettes, l’extension du cou pour le gerbage et le dégerbage des palettes, la position assise prolongée et la contorsion et l’étirement du corps pour disposer d’une vision adéquate vers l’arrière.

5

Conclusion.

Les facteurs de risque TMS les plus importants Ces 3 méthodes adaptées aux situations de individualisés sont : travail ont permis de ressortir les facteurs de risque TMS et ont aidé l’employeur à effectuer les aménagements nécessaires à l’amélioration – Au poste de préparateur de commandes. Le poids de la caisse qui ne doit pas dépasser des conditions de travail. les 8.270kg dans les conditions de manutenBibliograhie : tion les plus favorables. La distance tronc-charge (facteur horizontal), la hauteur de la charge à soulever (fac1. Aptel M, Dronsart P. : Charge maximale admissible teur vertical), la rotation du tronc (facteur de lever de charge. DMT N° 62, TL 15, 1995. d’asymétrie) et la répétitivité du geste (fac2. AFNOR : Norme NF X35-109 – Ergonomie teur fréquence) ainsi que les postures penManutention manuelle de charge pour soulever, chées en avant ou en extension du tronc déplacer et pousser/tirer. Méthodologie d’analyse et sont les différents facteurs réducteurs de la valeurs seuils. AFNOR, 2011. www.afnor.fr CMA. 3. Beaumont et coll. : Résultats d’une enquête par – Au poste de manutentionnaire: Les efforts de questionnaire sur les troubles musculotirer /pousser sur de longues distances squelettiques. Archives des Maladies jusqu’a 60m. Professionnelles et de l’environnement, vol 68, n° 1, Le poids des palettes qui varie de 100 à 664 2007, p 83. kg. 4. Bernard C : Les troubles musculo-squelettiques en L’obligation de tirer la charge au lieu de la viticulture Archives des Maladies Professionnelles et pousser lors du chargement de l’Environnement 2009;70:539-549. déchargement des camions. 32

Le journal de la médecine du travail - N°20 - 1er trimestre 2016


5. Desbrosses K et coll. : Les efforts de tirerpousser : points de repère. Hygiène et sécurité au travail-3e trimestre 2012-228, INRS.www.inrs.fr 6. Donati. P et coll. Vibrations et mal de dos : Guide des bonnes pratiques en application du décret « Vibrations ». INRS, 2012, 34p. 7. Forcier. L. et coll. La santé et la sécurité du travail dans les supermarchés. Institut de recherche en santé et en sécurité du travail du Québec. Août 1999, Canada. 8. Hoozemans M.J et all. Pushing and pulling in relation to musculoskeletaldisorders : areview of riskfactors. Ergonomics, 1998,41(6) :757-81.

12. Osha.europa.eu: osha.europa. eu/fr/pratical-solutions/riskassesment-tools?Keyword: list=msd#database_search 13. République Algérienne Démocratique et Populaire : décret exécutif n° 91-05 du 19 janvier 1991 relatif aux prescriptions générales de protection applicables en matière d’hygiène et de sécurité en milieu de travail. www.joradp.dz 14. Weill M. Etude ergonomique des postes d’opératrices en ligne dans une entreprise de conditionnement de produits cosmétiques. Mémoire de diplôme d’études médicales spécialisées en médecine du travail. Centre de médecine du travail d’Eckbolsheim, 1999.

9. Hoozemans M.J. Pushingand pulling in association withlow back andshoulder complaints. Occup. Environ. Med., 2002, 59(10) :696-702 10.Kuorinka. I., Forcier L., LATR : Les lésions attribuables au travail répétitif, Paris, Editions Maloine, 1995, 510 p. 11.Laberge M. problèmes musculosquelettiques, accidents et conditions de travail chez les commis de bibliothèque. IRSST, 2010. www.irsst.qc.ca

33

Le journal de la médecine du travail - N°20 - 1er trimestre 2016


Risque lombalgique chez des opératrices d’une entreprise de produits pharmaceutiques. H.Benmessaoud, H.Benferhat, C. Boukort, L. Younsi, A. Semid Service de médecine du travail, CHU Bab El Oued, Alger. Algérie

1

Introduction.

Les lombalgies constituent l’une des questions les plus préoccupantes en santé au travail ; elles représentent un motif fréquent de consultation. En effet, la prise en charge médicale de 31 opératrices d’une entreprise de produits pharmaceutiques a permis d’enregistrer des plaintes à type de lombalgies chez 56.6% de ces opératrices et 32.2% de cervicalgies ainsi qu’une gêne des mouvements et une fatigabilité en fin d e j ournée de travail chez l’ensemble des opératrices. Les investigations menées sur le terrain ont mis en exergue certaines carences dans le dispositif de prévention des risques professionnels. Ce constat a été à l’origine de cette étude qui avait pour objectifs d’évaluer le risque lombalgique chez des opératrices de cette entreprise de produits pharmaceutiques et de proposer des pistes d’amélioration en vue de maîtriser le risque.

FI : facteur interface : CM A[Kg] = F P × F H × F V × F D × F F × FA × FI L’Indice de Lever de Charge (ILC) a également était calculé, afin de permettre une interprétation des résultats en termes de risque de lombalgie. ILC est déduit de la CMA par la formule suivante : ILC = poids de l’objet [Kg] / CMA [Kg]. Si l’ILC est inférieur à 1, la tâche de manutention manuelle est considérée comme à faible risque lombaire ; en revanche, si l’ILC est supérieur à 1, la tâche de la manutention doit être considérée comme potentiellement à risque de lombalgies surtout si l’ILC dépasse 3. Dans ce dernier cas, une modification du p oste de travail est absolument nécessaire.

3

Résultats.

L’analyse de la situation de travail a été réalisée à l’aide de l’équation révisée du NIOSH pour Analyse des situations de travail à risque la manutention manuelle de levée de charge. Les avec une évaluation des efforts de manutention opératrices assurent de la manutention pour dépar l’équation du NIOSH. Pour l’évaluation des placer les cartons de médicaments de la palette efforts de manutention l’équation du NIOSH d’entrée à la table de travail et de la table de (National Institut for Occupational Safety and travail à la palette de sortie. Health, Etats-Unis) révisée en 1991[1], qui dé- Le poids des cartons variait de 1.960 Kg pour fini la Charge Maximale Admissible de Lever de les cartons les plus légers (l) à 9.800 Kg pour les charge(CMA) acceptable pour 75% des femmes cartons les plus lourds (L). Ces cartons étaient empilés les uns sur les autres sur une palette siet 99% des hommes, a été utilisée. La CMA a été calculée au moyen d’une équation tuée à côté de la table de travail. intégrant différents facteurs à prendre en compte Quatre situations de manutention ont été distinlors du soulèvement d’un objet à manutention- guées en fonction de l’emplacement des cartons ner. FP : facteur poids, FH : facteur horizontal, sur la palette : FV : facteur vertical, FD : facteur distance, FF : – Situation 1 (S1) : début de palette, les carfacteur fréquence, FA : facteur asymétrie, tons sont les plus hauts et les plus proches

2

Matériel et méthode.

34 Le journal de la médecine du travail - N°20 - 1er trimestre 2016


– Diviser la charge des cartons si possible : de l’opératrice. – Situation 2 (S2) : fin de palette, les cartons utiliser des cartons plus petits pour les médicaments lourds. sont les plus bas et les plus proches de l’opé– Mettre en place au profit des opératrices, ratrice. une formation à l’économie d’efforts et à la – Situation 3 (S3) : début de palette, les carsécurité du geste au cours des opérations tons sont les plus haut et plus éloignés de de manutention. la position de l’opératrice. – Situation 4 (S4) : fin de palette, les cartons sont les plus bas et les plus éloignés de la Bibliograhie. position de l’opératrice 1. Aptel M., Dronsart P. : Charge maximale admissible de lever de charge. Documents pour le médecin du travail no 62, TL 15, 1995. 2. Nafai D. et col : Lombalgies communes en milieu professionnel. JMT no 12. 2007. P 2130. Table 1 – Résultats des calculs de la Charge Maxi-

3. Nafai D. : Pathologies ostéoarticulaires d’origine professionnelle. OPU. 2012. 172 P.

male Admissible(CMA) et de L’Indice de Lever de Charge (ILC).

Tant que le poids reste inférieur ou égal à 15.02 Kg en situation S1et à 11.47 Kg en situation S2 le risque lombaire est très faible. En situation S3 et S4 le risque existe pour les cartons les plus lourds. Ce poids ne doit pas dépasser les 7.06 Kg en S3 et 5.39 Kg en S4.

4

Conclusion.

La manutention manuelle a probablement une part importante dans la survenue des lombalgies chez ces opératrices, en effet, l’application de l’équation du NIOSH a mis en évidence un risque de lombalgies pour les cartons les plus éloignés du corps de l’opératrice et dont le poids est supérieur à 5.39 Kg.Par ailleurs, le risque accidents du travail n’est pas négligeable dans ces situations de travail à risque, il s’agit surtout du risque de lumbago par manutention qui a fait l’objet de deux aménagements de poste temporaires ainsi que la cause de deux accidents du travail avec arrêts de travail. Des recommandations ont été proposées à l’issue de cette analyse, destinées aussi bien à l’employeur qu’aux opératrices. Il s’agissait d’agir , essentiellement sur les efforts de manutention : – élever les palettes du sol pour que les cartons à soulever soient toujours entre le niveau des genoux et des épaules des opératrices ou installer des tables élévatrices ; 35

Le journal de la médecine du travail - N°20 - 1er trimestre 2016


Travail sur écran et TMS L. Djakrir, N. Keddari, N. Manamani. Service de médecine du travail, CHU Mustapha, Alger. Algérie

1

Objectifs.

une douleur au niveau des mains ou poignets. – 12% des travailleurs sur écran rapportent une douleur au niveau des cuisses. – 10% des travailleurs sur écran rapportent une douleur au niveau du siège.

– Identifier et évaluer chez les travailleurs sur écran les troubles musculosquelettiques. – Formuler des recommandations pour l’amélioration des conditions de travail et la surveillance médicale.

2

Matériels et méthodes.

Il s’agit d’une étude descriptive transversale par interview ayant concerné tout le personnel (911 travailleurs) de quatre entreprises activant dans le secteur tertiaire, employant des opérateurs sur écran de visualisation. La saisie des données a été effectuée sur EPI info 6.04. L’analyse des données a été réalisée sur logiciel Statcalc. Les tests statistiques du KHI2 et de Fisher ont été utilisés pour la comparaison entre TSE + et TSE-. Le seuil de signification des tests retenu était de 5%.

3

Résultats.

Les troubles musculosquelettiques les plus retrouvés chez les travailleurs sur écran de façon significative sont par ordre de fréquence décroissante : – 22% des travailleurs sur écran rapportent une douleur au niveau des épaules. – 21% des travailleurs sur écran rapportent une douleur au niveau du haut du dos. – 21% des travailleurs sur écran rapportent une douleur au niveau de la nuque. – 19% des travailleurs sur écran rapportent

Figure 1 – Appui continuel du poignet.

36 Le journal de la médecine du travail - N°20 - 1er trimestre 2016


4

Discussion.

– Document à consulter entre le clavier et l’écran. – Clavier et souris permettant de garder les poignets dans l’axe de la main-repose poignets – Plan de travail : 2 niveaux – Organisation du travail : les pauses, les exercices visuelles, les exercices physiques – Proposons la création d’un tableau de maladie professionnelle réparant les troubles musculo-squelettiques des membres supérieurs notamment le syndrome du canal carpien.

Conditions de travail : 60% des TSE+ ont des activités annexes, 47% des TSE+ prennent des pauses (alibi) pendant le travail, 62,11% des TSE+ utilisent leur microordinateur au-delà de 4 heures par jour pour la saisie. Pour Bergqvist et Punnett, le risque de TMS-MS chez des TSE+ qui utilisent le clavier au moins 4 heures par jour est le double de celui observé chez des TSE+ utilisant moins ce périphérique d’entrée.

6

Conclusion.

Travailler intensivement devant un écran peut engendrer des troubles musculo-squelettiques. Le rôle du médecin du travail est important pour Table 1 – Troubles musculosquelettiques. limiter ces troubles : une analyse de la présentation de l’information, de l’implantation et de R.Elias et F.Cail (INRS) ont retrouvé pour l’aménagement du poste de travail et des tâches des tâches de saisie : qui incombent à l’opérateur peut permettre de mettre en œuvre une stratégie de prévention ef– Nuque : 52% (p< 0.005) ficace. – Lombalgies : 56% (p < 0.01) Bibliographie : – Membres supérieurs : 53% (p < 0.005) 1. Andersen G B J. Biomechanical aspects Pour Toivonen et Takala L’inconfort à l’épaule of sitting. An application to VDT termiaugmente durant la semaine, dans une tâche innals, Behaviour and Information Technoformatisée nécessitant l’utilisation journalière du logy, 1987, 6pp, 257-269. clavier et de la souris. Pour Andersen et COLL. Une association a été 2. Djakrir L, Keddari Manamani N.- thèse : trouvée entre un emploi de la souris de plus de travail sur écran, astreintes, contraintes ré20 heures par semaine et un risque possible de percussions sur la santé mai 2014 syndrome du canal carpien. 3. Bergquist U., Punnett L. - Visual display

5

unit work and upper extremity musculoskeletal disorders : A review of epidemiological findings. Solna Sweden : National Institute of Working Life, Arbete och Hälsa 199716. Silverstein BA, Stetson DS, Keyserling WM, Fine LJ. 1997.

Recommandations. – Aménagement du poste de travail à la morphologie de l’opérateur pour une posture idéale : dossier réglable pour que le dos soit légèrement appuyé et en arrière, assise qui ne comprime pas les genoux lorsque le dos est appuyé au dossier, coudes le long du corps fléchis à 90 degrés, mains dans le prolongement de l’avant bras, repose pieds si nécessaire. – Distance œil écran 40 à 70 cm en fonction de la taille des caractères ou du contenu iconographique.

4. Elias R, Cail F, - Contrainte et astreintes devant les terminaux à écran cathodiques, Vandoeuvre, INRS, coll. Notes Scientifiques et Techniques, 1982 NS 43, 118 p. 5. Falek A., Chekirine M. Travail sur Ecran dans une Entreprise d’Equipement Electrique.journéed’information sur « les risques liés au travail sur écran de Visualisation» à l’INSP décembre 2010. 37

Le journal de la médecine du travail - N°20 - 1er trimestre 2016


6. Si Amer N, Liani N. Travail sur écran de visualisation à l’hôtel El Djazaïr : risques et prévention. Mémoire de fin d’études de résidanat de Médecine du travail. Alger, octobre 2002, p 102. 7. Toivonen R., Takla E. (1999). Assessment of dose-response relationship between VDU work and discomfort. In H.J. Bullinger et J. Ziegler (Eds.). Human-Computer Interaction : Ergonomics and User Interfaces,1 (pp. 27-30). Mahwah, USA : Lawrence Erlbaum Associates Publishers 8. Zeroug C,Ouaaz M, Haddar M, Araibia A. Travail sur écran de visualisation dans une imprimerie : conditions de travail et symptomatologie oculaire et visuelle. Mémoire de fin d’études de résidanat de Médecine du travail. Alger, octobre 1995, p 93.

38 Le journal de la médecine du travail - N°20 - 1er trimestre 2016


Evaluation de la contrainte posturale chez les maçons briqueteurs dans une entreprise du BTP. M. Argoub. (*), CB. Tebboune (**), B. Mebarki (***) (*) Université d’Ibn Khaldoun de Tiaret, (**) Service de médecine du travail CHU d’Oran, (***) Université d’Oran, Algérie

1

Introduction

Le problème des troubles musculosquelettiques (TMS) est devenue un problème majeur pour la sante publique dans les pays industrialisés [4]. Dans l’industrie de la construction, les affections vertébrales représentent un problème très important [2]. Ce secteur est l’un des secteurs dits des plus à risque notamment lombaire [2]. Les statistiques du BIT montrent que les (TMS) constituent 3/4 des maladies professionnelles dans le BTP et qu’ils représentent une dépense énorme [1]. L’objectif de notre étude est de mettre en lumière l’une des causes principales de cette pathologie (TMS), à travers l’indentification des postures et l’évaluation des contraintes posturales chez les maçons briqueteurs lors des tâches de construction de murs.

2

Matériel et méthode. Notre étude comporte trois étapes :

2.1

Première étape :

Elle consiste à dépister des TMS dans notre échantillon de 32 maçons briqueteurs à l’aide du questionnaire standardisé nordique [5], lors des visites des lieux de travail dans l’entreprise du BTP. Par ailleurs, des entretiens et interviews avec les responsables et les chargés d’hygiène et sécurité ainsi qu’avec le médecin du travail et les travailleurs ont été réalisés pour recueillir des informations complètes.

2.2

L’objectif de cette étape est d’identifier les opérations élémentaires et les tâches exécutées par les maçons briqueteurs pour la construction de murs, et de répartir temporellement chaque tâche par l’observation directe au poste du travail et le chronométrage du temps de travail. Une phase représentative de travail a été déterminée, (le mur de 3,20 m de longueur et de 2,90 m de hauteur a été pris comme référence (cycle de travail)).

2.3

Troisième étape :

Nous avons utilisé la méthode d’investigation et d’analyse [6] Ovaco Working postural Analysis System OWAS [3] avec enregistrement vidéo réalisé grâce à une caméra mobile qui a été positionnée de façon à avoir une meilleur visibilité du corps des sujets, et qui nous a permis de travailler de manière confortable et sans gêne pour les sujets. Chaque maçon a bénéficié de deux observations directes de manière à écarter au maximum les biais (facteurs individuels, préférence de certaines postures par certains maçons). Après un enregistrement de 12 heures et 50 minutes et le transfert sur ordinateur pour réaliser des observations séquentielles avec un arrêt sur image à intervalles de temps fixé de 15 secondes entre deux observations successives. Afin de ressortir les différentes postures un code est donné pour chaque posture des trois parties du corps : (04) pour le tronc, (03) pour les membres supérieurs, (07) pour les membres inferieurs et (03) pour la charge manipulé par le maçon, le code introduit et composé de 04 39

Le journal de la médecine du travail - N°20 - 1er trimestre 2016

Deuxième étape :


chiffres.

3

tantes : Une intervention à court terme doit être envisagée. – Aucune posture à forte contrainte biomécanique nécessitant une intervention urgente n’a été retrouvée.

Résultats.

Les caractéristiques suivantes de la population étudiée ont été enregistrées : un âge moyen de 41 ± 8, 15 ans avec des extrêmes de 30 et 60 ans. Une taille moyenne de 170, 8 ± 6, 94 cm et un poids moyen de 87, 7 ± 8, 01 Kg. Une ancienneté moyenne dans l’entreprise de 7 ± 5, 37 ans. Les résultats de l’étude révèlent que plus de 90% des maçons souffrent d’une gêne, de courbatures et ou de douleurs au niveau du bas du dos et plus de 81% au niveau des épaules.

Table 2 – Fréquences des différentes postures selon les catégories OWAS, chez les maçons.

Table 1 – Fréquence de la gêne, des courbatures et des douleurs chez les maçons.

4

Discussion.

Dans notre étude, on a noté que la zone de corps la plus concernée est la région lombaire suivie par les épaules et le haut du dos. Les flexions répétées fréquemment (1310 fois) dans la deuxième catégorie de la méthode OWAS avec des angles différents et souvent des torsions du tronc, en raison de la nature du travail imposé d’une part et de la mauvaise organisation du poste de travail, et des matériaux d’autre part. En particulier le positionnement de l’auge qui est assez fréquent par le maçon d’une manière continue jusqu’à son achèvement. Il doit se pencher afin de prendre le ciment avec la truelle (opération qui se répète durant 1 h et 30 minute). En outre, la plupart des matériaux sont posés sur sol et sont très bas situés. C’est lors de la prise et dépose au sol que l’on note les postures les plus néfastes pour la santé. Quand le maçon adopte la posture penchée en avant, il essaye d’équilibrer le corps de sorte que les muscles du dos se contractent, d’où la

Les résultats des observations donnent 3080 observations régulières où 48 postures de travail sont identifiées. La méthode OWAS à permis de noter que la posture penchée en avant à été adoptée 900 fois soit durant près de 30% du temps. Au plan de l’analyse qualitative de 48 postures adoptées (tableau n°2) : – 21 postures en 1ére catégorie soit 43,75% considérées comme optimales, sans effets particuliers sur le système musculo- squelettique et ne nécessitent aucune intervention ergonomique. – 16 postures en 2ème catégorie soit 33,33% ont un effet sur le système musculosquelettique mais la contrainte est faible : une intervention préventive est nécessaire au long terme. – En 3ème catégorie, 11 postures soit 22,91% sont dangereuses pour le système musculosquelettique, les contraintes sont impor-

40

Le journal de la médecine du travail - N°20 - 1er trimestre 2016


fatigue. La charge excessive en raison des changements au niveau de la colonne vertébrale peut entraîner la lésion des disques avec apparition de la douleur aiguë puis chronique dans le dos. Un autre facteur qui est source de la souffrance du maçon est la méthode de travail imposée par l’entreprisse qui oblige à travailler rapidement avec une cadence très élevée et d’accélérer son rythme de travail en faisant des mouvements répétitifs ; ce qui ne permet pas au système musculo- squelettique de se reposer.

5

musculoskeletal symptoms ergonomics.18(3).233-7.

.Applied

6. Malchaire. J., (2001).Evaluation et prévention des risques lombaires : Classification des méthodes. Médecine du travail et Ergonomie. (volume38). no 2.

Conclusion.

Les troubles musculo-squelettiques liés au travail constituent un enjeu majeur en matière de santé au travail, dans les entreprises algériennes. Le problème des TMS est mal cerné. La présente étude a permis de montrer l’importance des contraintes posturales chez les maçons briqueteurs. Elle souligne l’ampleur du risque de morbidité musculo-squelettique pour l’entreprise. A travers ces résultats, la nécessité de la mise en place d’un programme de prévention basé sur une intervention multidisciplinaire pour réduire l’incidence et la prévalence des TMS devient évidente. Bibliographie. 1. Bureau International du Travail. Prévenir les accidents du travail et les maladies professionnels par l’ergonomie, danger du travail, les remèdes, le magazine de l’OIT, no 21,1997. 2. Duguay. P., Cloutier. E., Levy. M., et Massicotte. P. Profil statistique des affections vertébrales avec indemnités dans l’industrie de la construction au Québec. Le travail humain, 2001/4.vol 64, p321-342, PUF. 3. Karhu. O., Kansi., et Kuorinka.I., (1977). Correcting Working Postures inIndustry : A practical method for analysis. Récupéré le19/11/2012.De Site web : http ://www.mendeley.com/ 4. Kivi. P., et Matilla, M., (1991).Analysis and improvement of Works postures in the building industry : application of the computerized, OWAS method, Appl. Ergon,22,43-8. 5. Kuorinka. I., (1987).Standardized Nordic questionnaires for the analysis of 41

Le journal de la médecine du travail - N°20 - 1er trimestre 2016


Dossier 3 : Ambiances de travail. Étude des symptômes non spécifiques d’un personnel travaillant dans une enceinte fermée. A. Benhadj*, C.B. Tebboune**, A. Merouane*, A. Meftah*, O. Abid*, K. Khettaf*, * Hôpital Militaire Régional Universitaire d’Oran(HMRUO), * Service de médecine du travail, CHU Oran, Algérie

Résumé Introduction. Depuis la mise en service d’une nouvelle structure hospitalière (2005) à Oran (Ouest de l’Algérie) où l’aération est soumise exclusivement au système d’air conditionné, le personnel de cette structure n’arrêtait pas de rapporter des malaises et des symptômes aspécifiques touchant la peau, les muqueuses et/ou le système neuropsychique. Ces symptômes sont d’allures bénignes dont la survenue était soit isolée, concernait un seul symptôme, soit une association de plusieurs symptômes ; rythmés par la présence dans le lieu de travail. Objectifs. Déterminer la prévalence de ces symptômes, identifier les nuisances relatives aux conditions du travail et étudier l’association entre symptômes et facteurs de risques. Patients et méthodes : Il s’agit d’une étude transversale de type descriptive, qui s’est déroulée sur une durée de 10 jours (septembre 2013) au niveau d’un nouvel établissement hospitalier (2005) à Oran. L’enquête a été réalisée grâce à un questionnaire fermé préétabli, standardisé et validé. Les données ont été saisies et analysées grâce au logiciel SPSS version 20.0.Les facteurs de risques associés à la survenue des symptômes, ont été recherchés par une analyse univariée puis multivariée en utilisant une régression logistique avec une stratégie de modélisation à « pas à pas descendante ». Résultats. la prévalence d’au moins un symptôme ressentie à l’intérieur du bâtiment était de 83 (90,1% chez les femmes vs 79,8% chez les

hommes) et dont plus de 50% ont plus de six symptômes. Les symptômes neuropsychiques et ceux de la tête ont les taux de prévalence les plus élevés respectivement de l’ordre de 67,5% et 62%. La prévalence d’au moins une contrainte due aux conditions de travail était de 96% dont plus de la moitié avait signalé plus de 6 contraintes. Les principales nuisances qui ont été rapportées sont classées selon l’ordre de fréquence décroissant suivant : la température (72,5%), le manque d’air (70,5%), les odeurs (65,5%). Ces symptômes sont associés significativement à la sensation des odeurs ORa =2,68 ; IC95% = [1,13-6,32] P= 0,024 et à l’insatisfaction des conditions du travail ORa=2,76 ; IC95% = [1,08-7,08] P=0,034. Conclusion. De telles prévalences sont préoccupantes, c’est pourquoi, des investigations et des études étiologiques par analyse de l’air et de la métrologie d’ambiance sont programmées. Mots-clés. Bâtiment fermé, symptômes non spécifiques, personnel hospitalier.

1

La qualité de l’air intérieur dans les bâtiments à usage autre qu’industriel n’a été l’objet de préoccupation que vers le début des années 1980. Cela est dû à la dégradation de la qualité de l’air intérieur, conséquence de l’isolation des locaux, dans le but d’économiser l’énergie suite à la crise pétrolière des années 1970. On applique en général le terme d’air intérieur 42

Le journal de la médecine du travail - N°20 - 1er trimestre 2016

Introduction


aux espaces intérieurs non industriels, tels que ceux que l’on trouve dans les immeubles de bureaux, les établissements publics (écoles, hôpitaux, théâtres, restaurants, etc.) et les habitations privées. L’air est de qualité acceptable « s’il ne contient aucun polluant connu à des concentrations dangereuses et si une majorité des occupants n’expriment pas une insatisfaction ou des malaises durant les périodes d’occupation » [1, 2].Cela veut-il dire qu’il est possible de prévoir comment l’air sera perçu ? Certes, mais en partie seulement. Considéré comme un abri et une protection contre les aléas extérieurs, le bâtiment devient aujourd’hui une source possible de stress environnemental pour les personnes qui y vivent et qui y travaillent. Depuis la mise en service d’une nouvelle structure hospitalière (2005) à Oran (Ouest de l’Algérie) où l’aération est soumise exclusivement au système d’air conditionné, le personnel de cette structure n’arrêtait pas de rapporter des malaises et des symptômes aspécifiques touchant la peau, les muqueuses et/ou le système neuropsychique. Ces symptômes sont d’allures bénignes dont la survenue était soit isolée, concernait un seul symptôme, soit une association de plusieurs symptômes ; rythmés par la présence dans le lieu de travail. Ce tableau ressemble parfaitement à une entité appelé le syndrome des bâtiments malsains(SBM), adopté par l’organisation mondiale de la santé (OMS) en 1982[3].

tembre 2013) au niveau d’une structure hospitalière à Oran (Algérie).

3.2

Population de l’étude.

L’étude a été réalisée sur un échantillon de 200 personnes d’une population totale de plus de 1200 travailleurs. Sont inclus, les travailleurs de toutes catégories professionnelles (ouvriers, agents de nettoyage, agents du bureau, cadres de bureau, infirmiers, médecins) exerçant à plein temps ou à temps partiel à l’intérieur de l’établissement et ayant une ancienneté supérieure ou égale à un an. Sont exclus, les travailleurs des entreprises sous traitantes (de désinfection, de nettoyage et de réparation de différents matériels etc.), les travailleurs affectés à plein temps à des postes à l’extérieur du bâtiment (jardiniers, travailleurs de l’incinérateur, travailleurs de broyeur stérilisateur etc.), les personnes détachées hors de l’hôpital ainsi que ceux qui sont en convalescence de longue durée.

3.3

Méthode de recueil des données.

L’enquête a été réalisée au moyen d’un questionnaire fermé standardisé et validé (INRS, INRCT) comportant deux volets : le premier a concerné les caractéristiques personnelles : sexe, âge, ancienneté dansle nouvel hôpital, tabagisme, catégorie professionnelle, présence dans le bâtiment les jours de semaines et les antécédents d’allergie. Le deuxième volet s’est porté sur les symptômes par organe ; yeux, nez, gorge, poitrine, peau, tête, symptômes neuropsychiques et généraux et de certaines maladies infectieuses. Le 2 Objectifs. questionnaire était soumis aux travailleurs lors – Déterminer la prévalence de ces symp- de visites périodiques selon un programme préétabli par service et lors de visites spontanées. tômes ; – Identifier les nuisances relatives aux conditions du travail ; 3.4 Analyse des données. – Étudier l’association entre symptômes et L’ensemble des données du questionnaire ont facteurs de risques. été saisies et analysées grâce au logiciel SPSS version 20.0. Les données statistiques ont été calculées : fréquence absolue et relative, 3 Patients et méthodes. moyenne et écart-type, test de Khi 2 avec le seuil de signification. 3.1 Type de l’étude. Les facteurs de risques associés à la survenue Il s’agit d’une étude transversale de type des- des symptômes ont été recherchés par une anacriptive, réalisée sur une durée de 10 jours (sep- lyse univariée puis multivariée en utilisant une 43

Le journal de la médecine du travail - N°20 - 1er trimestre 2016


régression logistique avec une stratégie de mo- 4.2 délisation à « pas à pas descendante ».

4 4.1

Résultats.

4.2.1

Contraintes relatives aux métrologies d’ambiances et aux facteurs socioorganisationnels. Description des contraintes.

Description de la population Les plaintes qui ont été rapportées sont d’étude. classés dans l’ordre de fréquence décroissante

suivant : la température (72,5%), le manque et d’air (70,5%), les odeurs (65,5%), l’insatisfaction (60,5%), l’organisation du travail (41,5%), l’autonomie dans le travail (41%), l’exposition Notre population d’étude était à prédomiaux agents chimiques et/ou biologiques (41%), nance masculine avec un sexe ratio de 1,8, l’âge le bruit (38,5%), la nature du travail (34,5%) moyen était de 35, 7 ± 7, 2 la classe d’âge jeune et la poussière (34,5%), la responsabilité (32%), de moins de 35 ans était majoritaire(> 55 %), l’éclairage (31%), la relation au travail (29,5%), plus de 87 % de la population d’étude ne fument l’humidité et la sécheresse (28,5%), les reflets pas, l’ancienneté professionnelle moyenne dans écran (19%), autres nuisances (15%) et enfin le le nouvel hôpital était de 5,3 ans avec un écart courant dair (14%). type de 2,6 ans la classe d’ancienneté la plus fréquente était celle des plus de 8 ans (34%), le personnel paramédical (45,5%) suivi du personnel médical (29,5%) étaient les plus représentés. La 4.2.2 Prévalence des contraintes relatives aux facteurs d’ambiances et majorité du personnel de notre échantillon apsocio-organisationnels. partenait essentiellement aux services de laboratoire central (18,5%), d’hémato-oncologie (14%) La prévalence d’au moins une contrainte due et d’anatomopathologie (6,5%). aux conditions de travail était de 96% soit 192 La plupart des enquêtés (87%) passaient au personnes dont plus de la moitié avaient signalé moins 37,30 h/semaine dans le bâtiment dont au moins 6 contraintes. 41,5% passaient même plus de 42, 30h/semaine. Par ailleurs, plus de la moitié (59%) ne faisaient pas de garde et 41% avaient une moyenne de 3,4 gardes par mois, la notion des antécédents 4.3 Facteurs associés aux risques d’allergies était rapportée par 42% de l’échandes symptômes. tillon dont presque la moitié (43%) étaient des 4.3.1 Facteurs relatif aux caractérisrhinites. tiques personnelles et socioprofessionnelles. 4.1.2 Prévalence des symptômes. Les sujets de sexe féminin, les sujets les plus La prévalence d’au moins un symptôme res- âgés (> 45 ans), les sujets de basse catégorie senti uniquement à l’intérieur de ce bâtiment professionnelle (agents de service et employés), était de 83% dont plus de la moitié avaient six ceux ayant passés plus de temps par semaine, les symptômes au moins. anciens dans le bâtiment ainsi que les sujets non Les symptômes neuropsychiques et généraux fumeurs sans antécédent d’allergie et qui ne font ainsi que ceux de la tête avaient les taux de pré- pas de garde ont présentés le plus de symptômes valence les plus élevés respectivement de l’ordre (Tableau 1). de 67,5% et 62% suivis des symptômes du nez La différence était statistiquement significative 46%, des yeux 39,5%, de la poitrine 30%, de la pour l’ancienneté dans le nouvel bâtiment (P = peau 23,5% et des symptômes du syndrome grip- 0,004), l’âge (P= 0,025) et la catégorie profespal 22,5%. sionnelle (P=0,026). 4.1.1

Caractéristiques personnelles socioprofessionnelles.

44

Le journal de la médecine du travail - N°20 - 1er trimestre 2016


4.3.2

Facteurs d’ambiances et socio- 4.3.3 Régression logistique. organisationnels relatifs aux condiL’analyse univariée a montré que quatre cotions de travail. variables personnelles et socioprofessionnelles Les proportions d’association de différentes étaient significativement associées à la survenue contraintes à un symptôme au moins étaient des symptômes à savoir : le sexe féminin, l’âge les plus importantes. La différence était statis- supérieur à 35 ans, l’ancienneté au travail de tiquement significative (P< 0,05) pour 3/5 des plus de 5 ans dans la nouvelle structure hosnuisances (Tableau 2). pitalière ainsi que la catégorie professionnelle supérieure (Tableau 3) et 14 co-variables relatives aux contraintes socio-organisationnelles et de métrologie d’ambiance qui étaient significativement associées à la survenue de symptômes, il s’agit des risques chimiques et/ou biologiques, du manque d’air, de la poussière, des odeurs, de la température de l’air, de l’humidité et de la sècheresse de l’air, du bruit, de l’éclairage, de la nature du travail, de l’organisation du travail, de la relation au travail, de l’autonomie au travail, de la responsabilité et de la satisfaction au conditions du travail (Tableau 4).

Table 1 – Répartition de la population de l’étude selon les caractéristiques personnelles et socioprofessionnelles.

45

Le journal de la médecine du travail - N°20 - 1er trimestre 2016


L’analyse multivariée a fait ressortir deux facteurs de risques significativement associés à la survenue des symptômes, l’un d’ordre métrologique qui est la sensation des odeurs et l’autre d’ordre socio-organisationnel qui est l’insatisfaction des conditions du travail (Tableau 5).

Table 3 – Facteurs de risque personnels et socio-professionnels de la survenue des symptômes chez les travailleurs d’une structure hospitalière fermée. Analyse univariée par régression logistique.

Table 2 – Répartition de la population de l’étude selon les contraintes d’ambiance et les contraintes socio-organisationnelles. 46

Le journal de la médecine du travail - N°20 - 1er trimestre 2016


5

Discussion.

La prédominance masculine et jeune était en rapport avec le statut particulier de cet établissement ainsi qu’avec le recrutement d’un nouveau personnel afin de mettre en service la structure hospitalière (2005) comme confirmé par le taux élevé (66%) des moins anciens (< 8 ans) retrouvés parmi les sujets enquêtés. Il s’agit d’un établissement hospitalier où le personnel travaillant était majoritairement médical et paramédical. Ces derniers étaient souvent appelés à assurer des gardes, ce qui explique le dépassement des heures de travail légales hebdomadaires (37 heures 30 minute/semaine). La prédominance du personnel de service de laboratoire central (18%) et celui du service d’hémato-oncologie (14%) s’explique par le fait qu’ils ont été vus dans leur totalité contrairement aux autres services.

Table 4 – Facteurs de risque personnels et socio-professionnels de la survenue des symptômes chez les travailleurs d’une structure hospitalière fermée. Analyse univariée par régression logistique.

47

Le journal de la médecine du travail - N°20 - 1er trimestre 2016


La prévalence d’au moins un symptôme ressentie uniquement dans le bâtiment concordait avec celle retrouvée par certaines études antérieures, d’abord, les deux études réalisées dans le secteur bancaire, en Tunisie en 2002 (sur un effectif de 286 agents bancaires) et en Algérie, en 2011 (auprès d’une population de 222 agents bancaires), qui ont enregistré une prévalence de 85% [4, 5]. Les symptômes les plus fréquents dans l’étude tunisienne étaient ceux de l’état général (73,5%), des yeux (70,5%), de la poitrine (67,4%) et de la tête (59,6%), ce qui est assez proche de nos résultats. Ensuite, l’étude de BURGE et HOYER (1990) réalisée sur une population de 4329 employés dans 42 bâtiments administratifs au Royaume Uni a montré que 80% des employés ont présenté au moins un symptôme de syndrome des bâtiments malsains (SBM) dont les plus fréquents étaient les symptômes de léthargie ou fatigue (57%), ceux du nez bouché (47%), de la gorge sèche (46%) et des maux de tête (43%)[6]. De plus, d’autres enquêtes en France (1998 et 2003) ont retrouvé une prévalence supérieure à 80% de symptômes du SBM [3] chez une population d’employés du secteur tertiaire.

La prévalence des symptômes dans notre enquête était significativement p lus é levée chez les sujets qui se plaignaient des odeurs et de l’insatisfaction aux conditions du travail. Chez ces sujets, le risque d’avoir des symptômes était respectivement de 2,7 fois (ORa = 2,68 ; IC 95% = [1,13-6,32]) et de 2,8 fois (ORa = 2,76 ; IC 95% = [1,08-7,08]). Ces résultats reflètent des anomalies d’ordre environnemental et psychosociogénique, ce qui est proche de ceux publiés dans la littérature [3, 5,8]. L’inconfort thermique et le manque d’air sont dus probablement au mauvais fonctionnement et/ou manque d’entretien du système de ventilation et de climatisation, ce qui explique la fréquence des odeurs (baisse du débit d’air renouvelé) et de la sensation d’insatisfaction. Autres facteurs de risque significativement associés aux symptômes, étaient retrouvés dans le model initial de notre enquête à savoir, les facteurs personnels et socioprofessionnels qui sont le sexe féminin où sa sur-représentation dans la survenue des symptômes était constatée aussi dans plusieurs enquêtes [3, 7,8] alors que l’âge et l’ancienneté dans les locaux étaient des facteurs retrouvés d’une façon discordante dans la plupart des études [9, 8 ,3]. Quand aux facteurs d’ambiance, ils étaient significatifs dans 3/4 des cas et socio organisationnels dans la moitié des cas. Par ailleurs, le tabagisme et les antécédents allergiques ne semblent pas avoir joués de rôle significatif dans la survenue des symptômes [5,3]. Tous ces résultats restent bien entendu à interpréter avec prudence

Table 5 – Facteurs de risque de la survenue des symptômes chez les travailleurs d’une structure hospitalière fermé dans l’aération est assurée exclusivement par le système d’air conditionné. Analyse multivariée par régression logistique.asac

48 Le journal de la médecine du travail - N°20 - 1er trimestre 2016


car l’échantillon de notre population était assez faible (200 personnes) et l’étude était menée par des enquêteurs de l’équipe de santé au travail (médecins et psychologues du travail) ce qui peut représenter aux yeux du personnel, un souci en matière d’aptitude au travail, pouvant être à l’origine de biais de réponse.

6

7. Luauté J.P, Saladini O. Phénomènes psychogéniques collectifs et lieux de travail, le cas particulier de l’hôpital, Annales Médico Psychologiques 166 (2008) 115-120 8. Musarella F, Maurel Dor E, Lehucher Michel MP. Syndrome des bâtiments malsains, Encycl Méd Chir ,Pathologie professionnelle et de l’environnement, 16-778-A-10, Page 1-7, 2011.

Conclusion.

9. Gomzi M, Bobic J, Radosevic-Vidacek B, Macan J, Varnai V M, Milkovic-Kraus S, and Kanceljak-Macan B. Sick building syndrome : Psychological, somatic, and environmental determinants, Archives of Environmental Occupational Health, Vol. 62, No. 3, 2007

A ce stade de l’étude, les prévalences sont assez inquiétantes, ce qui laisse le champ ouvert à l’incrimination des facteurs environnementaux intérieurs et des conditions du travail auxquels ce personnel est soumis. Ceci nécessite un échantillon plus représentatif voire exhaustif, faisant intervenir d’une part des moyens plus performants en matière d’analyse de l’air et de la métrologie ambiante et d’autre part faire participer d’autres acteurs (toxicologue, hygiéniste, psychologue etc.) afin de mieux élucider ce phénomène et établir une stratégie ergonomique de prévention et du bien être. Bibliographie. 1. Gül H. Sick building syndrome from the perspective of occupational and public health, Verlag Berlin Heidelberg 2011. 2. Lemaître O. Qualité de l’air intérieur, centre d’étude technologique de l’équipement, mars 2011. 3. Lafossas S, Barat F, Verdun-Esquer C. Qualité de l’air, Résultats d’enquêtes dans un bâtiment récent, Documents pour le Médecin du Travail no 109 1er trimestre 2007. 4. Khalfallah T, Derouiche S, Abdallah B, Chaari N, Hanchi M A, Akrout M. Syndrome des Bâtiments Malades dans le secteur Bancaire de Tunis, Service de Médecine de Travail et de PathologieProfessionnelle de l’hôpital Universitaire de Monastir, Tunisie (2004). 5. Kandouci C, Mahi M, Baraka F, Kandouci B.A. Syndrome des bâtiments malsains dans le secteur bancaire de la ville de SidiBel-Abbès, Archive des Maladies Professionnelles et de l’Environnement ; 73 :217219 ; 2012. 6. Malchaire J. Sick building syndrome, Analyse et prévention, Institut National de Recherche sur les Conditions de Travail, 1999. 49 Le journal de la médecine du travail - N°20 - 1er trimestre 2016


Dépistage des atteintes auditives dans une verrerie industrielle. BENZIAN W., MEDJANE R., ATOUI H., GHEZINI Y., REZK-KALLAH B. Service de médecine du travail, EHU Oran - Faculté de Médecine d’Oran, Laboratoire de Recherche en Santé Environnement. Université d’Oran., Algérie.

1

Introduction.

Toutes les industries peuvent générer du bruit pour leur production et causer des surdités professionnelles, source de handicap social et professionnel. La surdité professionnelle pose un réel problème de santé publique en Algérie du fait de la place qu’elle occupe dans la pathologie professionnelle observée dans notre pays. Le présent travail a pour objectif de dépister les atteintes auditives au sein d’une verrerie industrielle spécialisée dans la production et la commercialisation d’emballages en verre pour le conditionnement des produits alimentaires et des boissons.

2

Matériel et méthodes.

Il s’agit d’une enquête audiométrique transversale menée auprès de travailleurs de l’atelier de production de bouteilles de verre. Dans un premier temps, des visites des lieux de travail ont été nécessaires afin de recueillir les données socioprofessionnelles des travailleurs et de préparer le protocole des mesures sonométriques de l’atelier de production. Un sonomètre classe 1 certifié ISO 9001 avec une étendue de mesure de 30 à 130 dB(A), a été utilisé pour réaliser les mesures sonométriques. Les mesures ont été effectuées à 3 reprises au moins. La valeur retenue était la moyenne de ces mesures afin d’obtenir une valeur représentative de l’ambiance sonore générale de l’atelier. Ce qui nous a permis de réaliser une cartographie

de bruit de l’atelier de production. Trois niveaux de bruit ont été définis : – Niveau 1 : bruit compris entre 80 et 85 dB(A) – Niveau 2 : bruit compris entre 86 et 90 dB(A) – Niveau 3 : bruit supérieur à 90 dB(A) Les audiogrammes de dépistage ont été réalisés par le médecin enquêteur au niveau du service médical de l’entreprise en s’assurant que le niveau de bruit ambiant du local ne dépasse jamais 50 dB(A) afin de répondre aux exigences de la norme ISO 6189. L’audiométrie a été réalisée à l’aide d’un audiomètre portable étalonné selon la norme ISO 8253-1. C’est un audiomètre de dépistage explorant la conduction aérienne uniquement, répondant ainsi aux exigences de la directive européenne 86-188 concernant la protection des travailleurs contre les risques dus à l’exposition au bruit pendant le travail. Les examens audiométriques ont été réalisés, en début de journée avant toute exposition au bruit.

3

La population de l’étude est représentée par 124 travailleurs de sexe masculin professionnellement exposés au bruit essentiellement des ouvriers qualifiés. L’âge moyen est de 43 ± 12 ans , étendue de 24 à 60 ans. La durée moyenne d’ex-position au bruit est de 16 ± 10 ans étendue de 1 à 28 ans.

50

Le journal de la médecine du travail - N°20 - 1er trimestre 2016

Résultats.


Table 1 – Caractéristiques professionnelles de la population d’étude.

Figure 1 – Répartition selon les niveaux d’exposition

51

Le journal de la médecine du travail - N°20 - 1er trimestre 2016


Table 2 – Classification des résultats audiométriques.

Le calcul du déficit auditif moyen selon la norme internationale, montre que 60,6% des travailleurs présentent une audition normale ou subnormale, 22,7% présentent une déficience auditive légère et seulement 01 sujet seulement présente un déficit auditif >35 dB(A) sur la meilleure oreille. Ce dernier a déclaré sa surdité en maladie professionnelle. Le nombre de surdités professionnelles dépistées n’est pas important. Ce qui peut être expliqué par le fait que la population des travailleurs est relativement jeune et qu’ils portent régulièrement des protecteurs individuels contre le bruit ainsi que par les nombreux départs en retraite.

4

Figure 2 – Profil audiométrique moyen des déficits s ur u ne p opulation d es 1 24 sujets.

Parmi tous les risques professionnels rencontrés en milieu industriel, la surdité constitue traditionnellement une préoccupation majeure de la santé au travail. [1] De nombreuses études réalisées à Oran [2] et à Tlemcen [3] montrent que 30 à 40% de l’ensemble des travailleurs sont exposés à un bruit supérieur à 85 dB(A). D’après la dernière enquête SUMER, le bruit est « une nuisance qui touche trois salariés sur dix ». Près de 7% des salariés sont exposés à des « bruits nocifs » susceptibles de léser le système auditif et 25% à « d’autres bruits », moins dangereux pour la santé, mais non sans conséquences. Elle montre que la proportion des salariés exposés à des bruits supérieurs à 85 dB(A), s’est accrue, passant de 13% en 1994 à 18% en 2003 puis 20% en 2010, et est particulièrement plus marquée pour les ouvriers. Dans notre étude, la moitié de notre population d’étude a une ancienneté inférieure à 5 ans pouvant traduire la mobilité des travailleurs au niveau de postes différents. D’après notre enquête audiométrique, 10,4% (13 sujets) se savaient porteurs de déficits auditifs d’où l’intérêt du dépistage au sein même de l’entreprise. Dans la population étudiée, trois travailleurs sur quatre ne portent pas une protection individuelle contre le bruit. Les raisons avancées sont l’ambiance de travail chaude ou humide source de transpiration donc d’inconfort. D’après l’étude SUMER 2003, plus des deux tiers des travailleurs exposés au bruit portent les équipements de protection individuelle contre le bruit. [4] Dans notre étude, 52

Le journal de la médecine du travail - N°20 - 1er trimestre 2016

Discussion.


60,6% des travailleurs présentent une audition normale ou subnormale, 22,7% présentent une déficience auditive légère et seulement 01 sujet seulement présente un déficit auditif >35 dB(A) sur la meilleure oreille. Le nombre de surdités professionnelles dépistées n’est pas important. Ce qui peut être expliqué par le fait que la population des travailleurs est relativement jeune et qu’ils portent régulièrement des protecteurs individuels contre le bruit ainsi que par les nombreux départs en retraite.

de Médecine du Travail. Annaba, 30 nov. 2 déc. 2004. 7. Rezk-kallah B., Bouamama R., Protocole d’enquête audiométrique et de dépistage des atteintes auditives en usine bruyante. Mémoire de fin d’étude de médecine du travail. Année universitaire 2009. 8. Normand J-C., Massardier-Pilonchery A., de Surzel de Saint-Julien D., Duclos J-C. Bruit (Elsevier Masson SAS Paris), Pathologie professionnelle et de l’environnement, 16-502-A-10, 2010.

Conclusion. Les mesures audiométriques couplées aux mesures sonométriques permettent de mieux cerner la nuisance sonore en milieu de travail. Les atteintes auditives dépistées ne sont pas sévères, grâce à une meilleure prise en charge des travailleurs sur le plan médical, au port de moyens de protection individuels et à la surveillance audiométrique régulière. Bibliographie.

9. Duclos J.C., Bergeret A., Normand J.C. et Prost G., Le bruit. Encycl. Méd. Chir. (Elsevier, Paris), Toxicologie-Pathologie professionnelle, 16-502-A-10, 1999, 8p.

1. Organisation mondiale de la santé (OMS)"Le bruit au travail et le bruit ambiant". Aide-mémoire no 258, 2001. http ://www.who.int/ 2. Rezkallah B. Directeur du mémoire. Bordji Y., Programme de conservation de l’audition, Essai de mise en œuvre dans une entreprise textile d’Oran. Mémoire de fin d’étude de médecine du travail. Année universitaire 2004. 3. Taleb A. Exposition au bruit, stress et hypertension artérielle en milieu du travail. Thèse pour l’obtention du doctorat en sciences médicales, octobre 2000. 4. Magaud-Camus I., Floury M-C., Vinck L., Waltisperger D. Le bruit au travail en 2003 : une nuisance qui touche trois salariés sur dix. Documents pour le médecin du travail 2005. 103 : 327-334. 5. Brais E., Brazeau Patenaude C., Fournier S., Bruit et surdité professionnelle. Regard sur la santé publique Lanaudoise. Direction de santé publique et d’évaluation (DSPE) de Lanaudière. Vol.12 no 2, Mai 2006. 6. Bordji Y., Larmed K., Rezk-kallah B., Fyad A. Mise en place d’un programme de conservation de l’audition dans une entreprise textile à Oran. XIVèmes Journées Nationales 53 Le journal de la médecine du travail - N°20 - 1er trimestre 2016


Évaluation du risque de bruit dans une entreprise de production de couches jetables. R. Boubetra, M. Ouaaz, M. Haddar, Service de médecine du travail, CHU Rouiba, Alger. Algérie.

1

Introduction.

Le bruit représente la nuisance numéro 01 dans les trois ateliers, c’est le risque le plus

Une analyse sur l’exposition des travailleurs important nécessitant une étude approfondie en raison au bruit a été effectuée du fait de l’importance de –: La fréquence et la permanence de l’exposide cette nuisance dans cette unité par l’existence tion au bruit de conditions de travail dégradées (équipements – La fréquence des plaintes exprimées par les anciens, absence de prévention individuelle et travailleurs collective). – L’absence de prévention technique dans le processus du travail

2

Objectifs.

Évaluer le niveau d’exposition sonore quotidien des travailleurs exposés au bruit.

3

Matériels et Méthodes. – Utilisation de matériel de mesurage de bruit disponible au niveau de l’entreprise (sonomètre-exposimètre). – Audiométrie

3.1

Population d’étude :

Pour l’évaluation de l’exposition des travailleurs au bruit, la population d’étude est composée de 61 personnes représentant les effectifs des trois unités de l’entreprise soit (45 personnes pour la production, 12 personnes pour la maintenance et 4 personnes du laboratoire d’analyse).

3.2

Recensement des sources de bruit :

– machines de production, – moulins, – machines d’emballage et stakers

3.3

du

risque

de

Cette analyse a tenu compte des dernières dispositions réglementaires françaises en matière de prévention contre le bruit avec de nouvelles valeurs normatives (Valeur d’exposition inférieure déclenchant l’action (VAI) 80 dB, Valeur d’exposition supérieure déclenchant l’action (VAS) 85 dB et Valeur limite d’exposition (VLE) 87 dB). L’objectif de cette phase est d’établir une évaluation de l’exposition des travailleurs au bruit, par groupe d’exposition homogène, (GEH) à savoir le groupe de travailleurs exposés au même niveau sonore et réalisant les mêmes tâches, et de comparer les niveaux d’exposition relevés par rapport aux seuils d’exposition réglementaires. Seuil d’alerte : Lex,8h >= 85 dB(A) ou Lpc >= 135 dB .Seuil de danger : Lex,8h >=90 dB(A)ou Lpc >=140 dB. Cette évaluation de l’exposition sonore quotidienne du personnel est réalisée conformément à la norme française NF S 31-084, à l’aide du logiciel "DIAG.Lexd". Mesurage en continu pendant toute la journée de travail du salarié, et calcul de l’exposition 54

Le journal de la médecine du travail - N°20 - 1er trimestre 2016

L’évaluation bruit :


5

journalière (Lex, 8h).

4

Recommandation :

Résultats de l’évaluation du risque du bruit :

Table 3 – Exigences par rapport à la position du niveau d’exposition.

6

Discussion/Conclusion.

Table 1 – Résultats par GEH. Compte tenu de la variabilité sonore importante des activités des travailleurs dans l’atelier de production avec des valeurs d’exposition sonores quotidiennes minimales mesurées au dessus du seuil d’alerte, mais pouvant aussi atteindre des valeurs nettement supérieures au seuil de danger, il convient donc ici de sensibiliser de manière efficace les travailleurs afin q u’ils a ient u ne a ttitude p réventive v is à vis de certaines périodes pendant lesquelles ils peuvent être exposés à des niveaux sonores très importants. Audiométrie : retrouve sur 61 audiogrammes. que 89% des travailleurs ont un audiogramme dans les limites de la normale. Cette exposition au bruit n’a pas produit une altération de l’audition, mais il est impératif de mettre en place un programme de prévention compte tenu des niveaux sonores relevés. Ces résultats peuvent être expliqués par le fait qu’il existe un grand turn-over au niveau des postes analysés. L’étude montre également des niveaux d’exposition sonore élevés, qui impose la prise de mesures nécessaires pour assurer la sécurité et protéger la santé du personnel, sur la base des

Table 2 – Résultats par rapport aux seuils réglementaires. 12 groupes sont soumis à des niveaux d’exposition quotidiens supérieurs à 87 dB(A) (VLE), 02 groupes sont soumis à des niveaux supérieurs à la valeur d’exposition supérieure déclenchant (VAS) 85 dB. – Un seul groupe présente des niveaux inferieurs à la valeur inférieure déclenchant l’action (VAI) 80 dB. – Sur la base de la réglementation Algérienne, 36 travailleurs sont exposés à des niveaux entre le SA-SD, 06 travailleurs sont exposés à des niveaux supérieurs au SD et 09 travailleurs sont exposés à des niveaux inferieurs au SA.

55 Le journal de la médecine du travail - N°20 - 1er trimestre 2016


principes généraux de prévention. Bibliograhie. 1. Phan Chan The E. Le Bruit : Notions de base en ergonomie-métrologie dans le cadre de la pluridisciplinarité. Conférence d’internat.2009. 2. « Réduire le bruit en entreprise », brochure ED 808 rédigée par Michèle Lefebvre en collaboration avec des acousticiens de l’INRS en 2003.

56

Le journal de la médecine du travail - N°20 - Mai1er trimestre 2016


Forum : Retour d’expérience en Médecine du travail. Mes pratiques en médecine-santé au travail ici et là-bas, mes réflexions là-bas et ici ? A.Tiberguent Médecin du travail, Paris, France.

1

Introduction

Le contexte actuel est marqué par une évolution trop rapide voire fulgurante sur le plan organisationnel, technique, économique et social. La médecine du travail n’a pas échappé et n’échappera pas à ce bouleversement continu. Les NTIC, par leurs équipements et leurs applications multiples ont transformé les situations et l’activité de travail. Les organisations ont taylorisé les processus de production et de gestion dans différents secteurs d’activité. Dans ce contexte, la santé au travail constitue un enjeu majeur. A côté des risques physiques et toxiques, se multiplient les situations de stress professionnel ; les risques psycho-sociaux (RPS) ou troubles psychosociaux (TPS). Les suicides en milieu professionnel sont devenus une réalité du monde du travail. Dans cet environnement, il y a lieu de s’interroger sur nos pratiques professionnelles.

2

Objectifs.

A partir de mes pratiques de médecine de travail-santé au travail, de praticien, d’intervenant, d’enseignant et de chercheur, ici et là-bas, je me questionne et je questionne les professionnels en santé au travail : a) sur le rôle et l’action du médecin du travail, b) sur les marges de manœuvres et l’éventail des possibles pour l’action, c) sur le pouvoir d’agir.

3

A partir des situations professionnelles concrètes vécues dans différents secteurs, ici et là-bas, questionner les pratiques entreprises afin d’arriver à une attitude réflexive sur l’action du médecin du travail. Il ne s’agit pas d’analyse des pratiques professionnelles rentrant dans le cadre des protocoles et méthodes psychosociologiques pré-établis. Il s’agit seulement de discussion, débats, controverses entre médecins du travail qui partagent des questionnements, des interrogations, des conduites à tenir et avis des uns et des autres autour de situations de travail individuelles et/ou collectives.

4 4.1

Résultats. La clinique médicale et les situations individuelles.

Les cas individuels d’aménagement de poste et/ou de restrictions de tâches étaient fréquemment abordés avec des résultats plus ou moins satisfaisants pour le salarié lorsqu’il n’est pas mis en situation de licenciement par l’employeur avec inaptitude au poste. L’alerte a fait également l’objet de nos discussions : alerter l’employeur, la hiérarchie, la DRH les membres du CHSCT sur les risques professionnels et les situations dangereuses : maladies et accidents du travail. Ici et là-bas, nos démarches informationnelles, pédagogiques et relationnelles trouvent parfois un écho favorable auprès des décideurs de l’entreprise quand, ce n’est pas « docteur, ne dramatisez pas, ne vous inquiétez pas, nous allons voir ça » et puis, plus rien, pas de retour. 57

Le journal de la médecine du travail - N°20 - 1er trimestre 2016

Méthodes.


4.2

La prévention collective.

Si dans les premiers cas abordés, il s’agit de situations individuelles, d’aménagement et le plus souvent de protection individuelle, dans les autres cas, la nature du problème intéresse la prévention collective et donc un plus grand nombre de salariés. C’est cette question de prévention collective qui a culminé, un moment donné, dans nos échanges. Protection individuelle, prévention secondaire, cela nous a semblé insuffisant dans nos pratiques médicales. Il nous a semblé que notre rôle se limitait à la seule clinique médicale, le plus souvent individuelle, même si les objectifs et les missions affichées et réglementées permettaient au médecin d’agir en prévention collective. Nos interventions de prévention collective, dans le cadre du tiers-temps, restaient en de ça des exigences et du temps nécessaire à de telles actions si nous devions améliorer les conditions de travail des travailleurs dont on a la charge. Le médecin du travail se voit donc limité dans son rôle : attelé presque exclusivement à identifier les risques professionnels, pratiquer la surveillance médicale, proposer un aménagement de poste et/ou restrictions de tâches (pour les travailleurs handicapés et/ou en invalidité pour AT ou MP dans le cadre du maintien dans l’emploi), alerter sur les MP et les AT et de plus en plus sur les plaintes des salariés en souffrance au travail en grande partie liée au mal-faire leur travail (ce qui communément qualifié aujourd’hui de RPS ou TPS). De ce point de vue, ici et là-bas, certains médecins du travail avançaient « Le champ de la clinique médicale du travail est resté en friche du fait que les objectifs assignés au médecin du travail dépasseraient ses compétences et que les moyens mis à disposition sont nettement insuffisants pour aborder la prévention collective et l’aménagement des situations et postes de travail » La question centrale posée, à plusieurs reprises, concerne l’efficacité de la médecine du travail, et le rôle du médecin du travail dans tout cela ! En dehors des vaccinations, comment accéder à la prévention primaire, comment engager cette prévention qui a pour but de transformer les conditions et les situations de travail, d’apporter une amélioration collective dans le cadre du maintien de la santé des

salariés et de leur permettre de développer leurs capacités et leurs ressources individuelles et collectives et leur intelligence au travail. Faire de telle sorte que le travail devienne un facteur de santé et de développement, que le travail reste humain. Car le travail déshumanisé, (haché, morcelé, cadencé, taylorisé. . .) ne pourra aboutir qu’à la dégradation de la santé physique et mentale des salariés et parallèlement au mode dégradé de leur activité et de leur production en qualité et en quantité. Le médecin du travail que je suis, doit-il s’isoler dans sa pratique, dans son mutisme, en restant essentiellement dans l’identification des risques professionnels et dans la comptabilité des maladies du travail normalisées cliniquement et réglementées institutionnellement. Rester seulement dans une position de donneur d’alerte dans les meilleurs des cas ? Sa conscience tranquille ? Ou discuter de sa pratique avec ses pairs, même confronté à débats passionnés et à des controverses. Cela voudrait dire que le médecin du travail devrait s’interroger sur ses pratiques. Ce sont ces questions qui m’ont interpellé et travaillé. Comment dire ? Comment faire ? Quel chemin prendre ? Avec qui ? Pour aboutir à quoi ?

4.3

Cela voudrait dire que le médecin du travail devrait se positionner en tenant compte de deux points de vue essentiels : le travail doit être un contributeur de santé, il est central et complexe à la fois pour l’être humain. Prendre en compte la centralité du travail c’est dire que le travail n’est pas de nature instrumentale mais qu’il est au centre de notre développement individuel, collectif et social. Il contribue de ce fait à la construction de notre identité professionnelle, sociale et sociologique, à notre développement. Il alimente l’art de faire et d’être, il garantit notre utilité sociale et notre réflexion sociétale par l’action sur les objets et la production de biens matériels et intellectuels. Il donne du sens à notre vie d’humains. « Je travaille, donc 58

Le journal de la médecine du travail - N°20 - 1er trimestre 2016

Le positionnement du médecin du travail : centralité du travail/travail humain contributeur à la santé.


j’existe » .

en matière de santé et sécurité au travail, des recommandations et des normes en matière La centralité du travail s’observe ainsi dans de protection, de prévention individuelle et le travail et dans la vie réelle de l’entreprise : collective et des méthodes de gestion et de organisation, temporalité, communication, management en santé au travail. règlement intérieur, contenu et règles, rythme, Que faire, devant la complexité des lohiérarchie, travail collectif, collectif de travail, giques en présence dans l’entreprise : enjeux rapports sociaux, représentations, syndicalisade production, enjeux financiers, enjeux tion, CHSCT. technico-organisationnels. Bien entendu, notre Par ailleurs, le travail est complexe. La com- positionnement devrait être déterminant et lié plexité s’inscrit dans une temporalité, elle est aux enjeux de santé en rapport avec le travail liée au contexte de l’entreprise, à son histoire, réel des salariés. à sa singularité et aux nombreux déterminants de la situation de travail en interactions. Dans une situation de travail réel plusieurs déterminants de l’activité concourent à créer soit des conditions de travail favorables pour la santé et le travail bien fait, soit au contraire des facteurs défavorables ayant pour conséquences d’aggraver peu ou prou le risque professionnel, de dévaloriser et déshumaniser le travail humain et/ou d’altérer la santé physique, psychologique et psychique des salariés. Il s’agit d’une part des déterminants liés au travail (entreprise, organisation stratégique, managériale et financière, commandement, processus de production, technologie, dispositifs et équipements techniques, horaires et contraintes temporelles, aménagement des espaces de travail, environnement physique et relationnel. . .) et d’autre part des déterminants liés à l’homme au travail (âge, formation, expérience, métier, compétence, histoire et vécu personnel et collectif, variabilité interindividuelle. . .)

Vous constaterez que cette démarche de l’agir collectif est exigeante en termes de positionnement, de détermination, de réflexion, de pédagogie, de relations sociales, d’information, de communication, de partage et de concertation. Le pouvoir d’agir crée la mise en mouvement de l’action (initialement implicite et/ou empêchée) en action partagée, explicite et visible prenant en compte la réalité de la situation de travail singulière dans un contexte déterminé pour la transformer. Il s’agit de déconstruire la situation présente pour co-construire de nouvelles perspectives en santé-travail.

« Pouvoir d’agir : C’est un peu le rayonnement de l’activité, la manière dont individuellement et collectivement on parvient à faire autorité dans le travail. C’est la création professionnelle retrouvée, qui donne la capacité de dialoguer avec tous quand c’est possible. Et aussi le pouvoir de résister au pouvoir quand c’est « L’activité du travailleur est l’expression nécessaire. Entre sens et efficience, la reconde son expérience, de sa sensibilité, de sa quête de la qualité du travail est au cœur du personnalité ; elle ne se déploie pas sur la base développement du pouvoir d’agir » Yves CLOT. d’un raisonnement formalisé qu’il lui suffirait de verser au débat. C’est un point crucial : le travail est en partie obscur pour celui-là 4.4 ICI et LA-BAS (En Algérie et même qui l’accomplit. Déployer une activité en France). efficace est une chose, en rendre compte dans le langage est tout à fait autre chose. Les discours Ici, dans le contexte de l’industrialisation préfabriqués ne rendent pas compte de l’activité des années 70-90, dans la zone industrielle de et de ses conflits » Philippe Davezies. Rouiba, Alger Est : recenser, déclarer, comptabiliser le nombre de surdité professionnelle, Par ailleurs, il n’échappe à personne, quelque de dermatoses irritatives et/ou allergiques, soit son statut et son rôle dans l’entreprise, du d’asthme d’origine professionnelle ; la fatigue, cadre juridique, des prescriptions réglementaires les nombreux accidents du travail, était une 59 Le journal de la médecine du travail - N°20 - 1er trimestre 2016


activité importante du médecin du travail. Elle concernait des milliers de salariés tourmentés par l’organisation du travail qu’ils découvrent pour la première fois avec ses zones et modules homogènes d’activité, ses prescriptions, ses cycles de production, ses machines-outils, ses horaires, ses équipes alternantes (2X8, 3x8) et son environnement physique, psychologique, relationnel et social. Un nouveau monde du travail s’ouvre, les travailleurs découvrent une nouvelle vie, de nouveaux métiers, de nouveaux risques, de longs trajets et des durées de sommeil écourtées. . . Là-bas, de l’autre côté de la mer méditerranée, en France, dans un contexte organisationnel et réglementaire différent, la prévention secondaire et tertiaire occupent une part importante de l’activité du médecin du travail. Ma pratique a consisté à dépister des maladies professionnelles :, TMS, amiante, cancers et affections d’origine allergiques, à aménager sur le plan individuel des poste de travail, à émettre des restrictions de tâches, à formuler un reclassement professionnel et maintien dans l’emploi. On peut se poser cette question. Y a-t-il des actions de prévention collective, Ici et là-bas, au vu des enjeux en présence dans l’entreprise et de la complexité des situations de travail ? Certains, déployant le registre du pessimisme, vous diront qu’il n’y a rien à faire, que tout est plombé, que tout vient d’en haut et rien ne résiste à l’autorité et aux décisions stratégiques du top-management. Que les marges de manœuvres sont fermées. Que les degrés de liberté sont réduits. On oublie souvent dans ce verbatim, de rendre compte des controverses, des plaintes, du climat social, des points importants inscrits à l’ordre du jour du CHSCT, des affrontements au cours des séances extraordinaires du CHSCT, en somme des résistances et des points de vue divergents sur les conditions de travail et les stratégies alternatives d’actions de prévention. Pour ma part, je dirai que le champ des possibles existe quand le pouvoir d’agir se construit pas à pas progressivement collectivement avec détermination, réflexion et patience. Ce qui voudrait dire que les principaux concernés interviennent dans une dynamique collective pour

prendre en mains leur affaire. Ils s’approprient ainsi par la réflexion, l’échange, la controverse, le partage d’expériences et l’accompagnement (interne et/ou externe) les stratégies d’actions de prévention collective à mettre en œuvre. Il s’agit en effet pour le médecin du travail de sortir de son isolement et d’inscrire son action dans l’agir collectif, impliquant différents acteurs en lien avec l’organisation du travail concernée par une situation de travail concrète. Il s’agit en effet pour le médecin du travail et pour les professionnels de santé au travail de conseiller et d’accompagner le collectif de travail, les salariés concernés, les cadres et managers de proximité, les responsables RH, les membres du CHSCT. Il n’est pas question de se substituer au collectif de travail. Afin d’illustrer mes propos, j’évoquerai, ici et là-bas, quelques exemples de situations de travail où le pouvoir d’agir collectif a permis d’ouvrir des perspectives d’actions de prévention collective intéressant différents déterminants de l’activité de travail. 4.4.1

A la forge industrielle. Suite à un accident mortel (projection du tassot au cours de l’opération forgeage-estampage), le collectif de travail d’estampeurs s’est interrogé sur les conditions de travail et l’activité d’estampage (modes et stratégies opératoire, travail collectif, postures et gestes professionnels, geste de prudence, communication dans une ambiance bruyante, charge physique et pénibilité...). Après discussion et échanges, débats et controverses sur les savoir-faire du métier, et les procédés techniques ; les travailleurs ont inscrit le problème à l’ordre du CHS extraordinaire. Ceci a permis de mettre en évidence l’inadéquation de l’organisation, du processus du travail et de la charge du travail : paramètres thermiques et durée opératoire pour éviter le collage de la pièce à la matrice, outil non conforme, maintenance de la matrice, contrainte thermique environnementale, fatigue. Cette réflexion et analyse sur le terrain et dans l’action a permis au collectif de comprendre 60

Le journal de la médecine du travail - N°20 - 1er trimestre 2016

MES PRATQUES ICI (Alger, Algérie).


les facteurs de danger et les risques d’accident. Cette démarche du collectif, en prenant les choses en mains avec la contribution de la maîtrise, a permis de concevoir autrement les postes d’estampeur en modifiant l’organisation, les règles thermique/durée, la modification de l’outil, les temps de pause, la durée de travail. . .

médecin du travail et du préventeur de l’atelier. La démarche a consisté à faire un diagnostic collectif, sous forme de visites des lieux et postes de travail, de réunions-débats, (énumération des faits, pratiques organisationnelles et productives controversées, des situations dangereuses accidentogènes). Le médecin du travail et l’ingénieur d’hygiène et de sécurité ont participé à ces actions initiées par les salariés concernés L’atelier chaudronnerie-carrosserie. Les opérations de peinture par pulvérisa- en impliquent et leur encadrement de proximité. tion permettant le traitement de surface des Un plan d’actions a été élaboré où chaque acteur différents ensembles du montage véhicules et chaque service devaient y contribuer. Les industriels se faisaient dans une zone dédiée services généraux et de maintenance ont pris en à cette activité sans système de ventilation charge la réfection et le nettoyage des sols de (cabine ou tunnel). Le risque professionnel est l’atelier, le traçage des surfaces délimitant les constaté, le travail mal fait est abordé, les aires de production et de stockage, les allées de plaintes des opérateurs sont portées auprès de circulation et les zones de sécurité. Les services leur hiérarchie directe, des délégués membres techniques ont été associés pour la maintenance du CHS et du médecin du travail. La direction des machines-outils. Les autres acteurs (salaavisée attendait la dotation budgétaire pour riés et hiérarchie) se sont attelés à améliorer procéder à la commande, la gestion du dossier l’organisation de la production : circuit, flux, prenant un retard important n’a pas permis intégration des moyens de protection collective (soudage à l’arc, traitement de surface par de répondre à la demande. procédé époxy).L’équipe médicale a participé Que faire ? Un collectif s’est constitué en informant les salariés, en formant certains comprenant les peintres au pistolet du secteur parmi eux membres du CHS, en émettant des concerné, le respon-sable du secteur, des observations et des propositions de prévention. techniciens et ingénieurs, le préventeur et le médecin du travail ; une démarche technique est Le collectif a pu assurer le suivi du déroulement du plan d’actions élaboré de façon concerté. entreprise (documentation, modèle de Cette démarche collective a eu un retour fonctionnement d’une cabine existante dans un autre atelier, conception du modèle, faisabilité). d’expérience positif dans les autres ateliers du complexe industriel (mécanique, carrosserie. . .) Des contacts sont pris avec d’autres partenaires internes et ateliers du complexe industriel pour la réalisation de la cabine, les essais et mise en Atelier rivetage. place). L’agir collectif a bien fonctionné en Le rivetage à chaud a été longtemps, dans cet mettant en œuvre les compétences et les atelier, une activité présentant un risque élevé ressources profession-nelles existantes dans le d’atteinte auditive, baisse des seuils auditifs et but de mieux travailler : travail de qualité dans plus particulièrement la surdité manifeste redes conditions favorables. connue comme maladie professionnelle. Le méAtelier montage bus. Au vu de la dégradation des conditions d’hygiène et d’organisation dans l’atelier (postes de travail, allées de circulation, encombrement, stockage des pièces. . .accidents du travail) la demande faite par les travailleurs de différents secteurs opérationnels s’est exprimée en termes d’organisation, d’amélioration des conditions du travail et du respect des règles d’hygiène et sécurité. Les travailleurs se sont rapprochés de leur maîtrise (chefs d’équipe et contre-maîtres), des responsables des îlots de production, du

decin du travail et le préventeur ont alerté le chef d’atelier des dangers du bruit excessif et lésionnel généré par les opérations du rivetage à chaud. Les salariés concernés (les riveteurs) se sont plaints auprès de la médecine du travail et également auprès de leurs représentants et délégués au CHS. Le point a été inscrit à l’ordre du jour de cet organe. La direction a pris conscience du problème mais ne voyait pas de solution en dehors du port des équipements de protection individuelle (EPI). Cette manière de traiter le problème n’a pas été satisfaisante, de

61

Le journal de la médecine du travail - N°20 - 1er trimestre 2016


plus le niveau sonore atteignait 95-98 dBA et dans certains postes jusqu’à 100 -110 dBA. Si le port des EPI était indiqué, il restait à trouver une autre solution organisationnelle et technique moins bruyante. La visite des entreprises mettant en œuvre des procédés de rivetage différents ont pu suggérer au collectif d’autres manières de faire leur travail. L’aménagement organisationnel et la mise en place d’un procédé de rivetage différent « à froid » dans cet atelier ont permis aux travailleurs de réaliser leur activité dans un environnement nettement moins bruyant. 4.4.2

MES PRATIQUES LA-BAS (Paris, France).

Le chantier du BTP. Suite à un accident mortel (écrasement de la tête d’un ouvrier maçon entre le ferraillage et le panneau de la banche) les responsables de l’entreprise ont conclu à une cause individuelle, une erreur du comportement de la victime : la victime n’a pas observé les consignes de sécurité prescrites. Le collectif de travail (ouvriers maçons et leur chef d’équipe) ayant tous participé à la manœuvre de l’opération béton sur banche n’étaient pas d’accord avec les conclusions hâtives de leur l’employeur. Ils ont unanimement rejeté cette « analyse ». Les ouvriers maçons et leurs délégués du CHSCT ont demandé et entrepris une formation-action sur l’analyse des accidents de travail ; ils ont été accompagnés pour mener leur propre enquête concernant l’accident mortel dont a été victime un membre de l’équipe. L’analyse de la situation de travail avec la participation des salariés concernés a montré de nombreux dysfonctionnements liés à l’organisation du travail, aux équipements, à l’environnement et à la zone de travail : travail dangereux et pénible engageant une nouvelle technique sans formation préalable de l’équipe, travail exigeant une haute qualité dans des délais courts (échéance à respecter à tout prix), des outils inadaptés à ce mode opératoire (barre à mine et crics métalliques), un environnement bruyant (travaux de démolition aux marteaux piqueurs), une atmosphère polluée (gaz de soudage à proximité), une zone de travail non stabilisée (plateforme dénivelée ne permettant pas la stabilité de la banche). L’activité exigeait un mode opératoire coordonné et

synchronisé collectivement alors que communication verbale et gestuelle était empêchée. L’enquête-formation-action a permis au collectif d’identifier un accident de travail précédant l’accident mortel et ayant entraîné une blessure à la tête d’un opérateur d’une autre équipe travaillant sur le même chantier et utilisant la même technique. Ce premier accident n’a pas fait l’objet d’information et/ou d’enquête par l’entreprise considéré comme accident bénin malgré le transport de la victime vers une structure hospitalière. L’analyse factuelle, la réflexion et les échanges ont permis au collectif d’avancer des alternatives de transformation de leur situation de travail et de leur activité. Ces actions ont permis de transformer l’organisation et les méthodes de travail des ouvriers maçons : la technique de banchage, les équipements et outils, les modes opératoires, la charge physique et les contraintes posturales et gestuelles. Une formation adaptée sur le terrain leur a été dispensée. L’extension d’un hôpital public. La direction d’un hôpital public, face aux besoins de la population de son périmètre, a projeté l’extension d’un bâtiment dédié aux hospitalisations de moyen et long séjour. Après concours, le projet architectural est arrêté, mettant en exergue, un effet embellissant et répondant à l’environnement urbanistique de la ville en utilisant des matériaux nobles (pierre, bois, verre). Les premières réactions du personnel étaient le silence, rien à dire, ou plus discrètement «tout est beau mais qu’est-ce qu’il y a dedans » « tout est déjà ficelé », « ils ne prennent pas en compte notre travail, nos remarques et mos propositions, ce n’est pas la peine ». Par la suite, les professionnels de santé des services concernés (cadres de santé, personnel infirmier, auxiliaires de soins, personnel d’entretien et de maintenance) ont mesuré l’importance des enjeux, se sont interrogés et ont demandé de parler du projet de façon libre et dans un cadre indépendant de la direction. Les différentes présentations générales du projet en réunions collectives ont abouti à des groupes de réflexion (métiers-services). Des discussions passionnées et des débats fort controversés entre les différentes catégories du personnel (cadres, soignants et personnel technique) ont permis, petit à petit, aux uns et aux autres 62

Le journal de la médecine du travail - N°20 - 1er trimestre 2016


de prendre conscience des enjeux travail-santé (leur santé propre et celle des soignés et comment organiser le travail dans tout ça) et des interactions organisationnelles entre services cliniques entre-eux d’une part et entre les services cliniques et services technico-administratifs d’autre part (services administratifs, accueil, logistiques, entretien, maintenance. . .). Les différentes séances de travail étaient animées par l’intervenant extérieur qui accompagnait l’action du collectif. La présentation du plan d’extension (schéma, plan, services. . .) a donné lieu à de nombreux questionnements relatifs aux conditions de travail et aux activités futures dans les nouveaux locaux : organisation spatiale et activité de soins des services existants en interaction avec les services nouveaux dédiés aux mêmes spécialités, liaisons entre les différents services (soins, services techniques et laboratoires), déplacements du personnel soignant, flux des personnes malades et leur famille, les visiteurs, accessibilité aux personnes handicapées, circuit linge. . .Cette action collective de pouvoir d’agir ensemble, après concertation, a permis d’identifier les difficultés liées aux futures conditions de travail : les dysfonctionnement pouvant impacter l’activité des soignants et/ou l’accueil des malades, les modes dégradés de fonctionnement potentiels. A partir de cette réflexion et ce diagnostic collectif, des propositions ont été formulées par le collectif pour corriger le projet architectural intégrant trois aspects principaux : l’activité des personnels, la préservation de leur santé, l’accueil et l’accessibilité et la qualité d’hygiène et de soins pour les malades. La direction et le cabinet des architectes ont pris en considération les réaménagements introduits par le collectif, le pouvoir d’agir des personnels hospitaliers. L’atelier traitement de surface/ Electrolyse. Les salariés travaillant sur la chaîne de traitement de surface par électrolyse constataient de plus en plus la dégradation de leurs conditions de travail : charge de travail excessive, travail pénible, travail de nuit, contraintes temporelles (délais de production courts pour répondre rapidement aux clients), exposition aux contraintes gestuelles et posturales, aux contraintes thermiques, à l’exposition aux

agents chimiques dangereux (chromage), à la pollution atmosphérique de l’environnement de travail (pulvérisation d’époxy). Le médecin du travail informé a signalé à plusieurs reprises ces mauvaises conditions de travail à la direction et au président du CHSCT. Aucune réponse n’est donnée, aucune action de prévention n’a été initiée par l’entreprise dans le but de préserver la santé et la sécurité des salariés et d’améliorer la qualité de leur travail (pollution d’outils de haute précision par les particules d’époxy). En effet, la chaîne de production a trop vieilli (presque 100 ans d’âge), dont les dysfonctionnements sont devenus nombreux générant des risques réels impactant la santé des opérateurs. Le mode dégradé de l’activité ne satisfait plus l’investissement professionnel engagé par les salariés. « Ils voyaient leur santé partir et leur travail également (rebuts) » Après plusieurs mois de discussion, d’interrogations, de réflexion et d’actions sur le terrain, le collectif de la chaîne a mobilisé les représentants du personnel et l’encadrement de proximité sur les conditions de travail dans cet atelier. Il a, par la suite, négocié difficilement et de façon déterminée la mise en place d’un nouvel atelier et participé aux modalités organisationnelles, techniques et sécuritaires pour sa mise en place. Les RPS dans le secteur tertiaire : assurances . Le médecin du travail, au cours de sa consultation médicale, a pu noter des situations de travail évocatrices des risques psychosociaux (RPS) ou plutôt troubles psychosociaux (TPS) liés au contexte du travail sur le plan organisationnel ; technique, environnemental, managérial et relationnel. Les salariés décrivent leur mal-être et leur souffrance en évoquant l’introduction de nouvelles applications informatiques, avec ajout de nouvelles activités, une formation insuffisante pour maîtriser les outils, des opérations à accomplir dans l’urgence, des contraintes temporelles, une surcharge de travail et pression managériale . . . Avec le consentement des salariés, le médecin du travail alerte la direction de l’entreprise. Après entretien avec la DRH et réflexion, il transmet un projet d’actions de prévention collective des RPS à la direction dans le cadre de son plan d’activité. La direction de l’entreprise n’émet aucune observation et ne donne aucune 63

Le journal de la médecine du travail - N°20 - 1er trimestre 2016


suite à ce projet. Quelques temps plus tard, les salariés se sont rapprochés de leurs représentants membres du CHSCT et ont demandé avec insistance d’inscrire à l’ordre du jour du CHSCT le point relatif aux RPS. Après débat et discussion, les membres élus du CHCT ont demandé avec fermeté qu’une expertise soit faite par un organisme extérieur agréé et indépendant. La direction de l’entreprise n’a pas vu d’un bon œil cette démarche et a essayé de dissuader les membres du CHSCT porteur du projet. Les salariés et leurs représentants ont maintenu leur demande. L’intervention sur le terrain de l’équipe d’experts a donné lieu à des actions d’accompagnement des salariés ayant pour objectif d’analyser l’organisation et l’activité des salariés du service concerné par les RPS. Le diagnostic co-produit par les experts et les salariés a mis en évidence de nombreux dysfonctionnements liés aux conditions et à l’organisation du travail. La confrontation et le débat au CHSCT en présence de la direction et des experts ont permis de formuler une série d’actions pour améliorer l’organisation et les conditions de travail des salariés. Après discussion avec les différents acteurs et partenaires (salariés, représentants du CHSCT, encadrement et DRH), la direction de l’entreprise a été amenée à mettre en œuvre des actions de prévention des RPS préconisées par le CHSCT avec la participation des principaux concernés selon un calendrier et un suivi régulier de chaque étape. Le médecin du travail s’est impliqué dans la démarche en qualité de membre consultatif du CHSCT.

démarche de prévention collective.

Dans de nombreuses situations, c’est l’accident grave survenue sur les lieux de travail, c’est la maladie professionnelle déclarée et reconnue, ce sont également les plaintes inaudibles des salariés en souffrance qui constituent la porte d’entrée et le point d’appui pour l’engagement du pouvoir d’agir et la construction de la

« Il s’agit de développer le pouvoir d’agir des collectifs de travail, c’est-à-dire la possibilité pour eux de reprendre la main sur leur situation de travail. Cela passe par l’expérience du désaccord, par la confrontation des points de vue sur les critères du travail bien fait. La coopération se construit dans la controverse professionnelle,

Le médecin du travail, par son expertise et son rôle d’animateur que lui confère la réglementation, occupe une position importante dans le domaine de la santé au travail, mais il ne peut à lui seul, intervenir dans une action prévention collective au sein de l’entreprise pour une transformation réelle et concrète des conditions et des situations de travail. La conduite d’un projet de prévention collective dans les situation de travail s’appuie sur l’émergence du collectif de travail imprégné du pouvoir d’agir collectif dont les acteurs ont pris conscience des enjeux de santé au sein de l’entreprise en lien avec les conditions et l’organisation du travail. L’action du médecin du travail en dehors de son expertise clinique médicale devrait se positionner dans les actions de prévention collective et de transformation des situations de travail en inscrivant sa contribution dans le pouvoir d’agir collectif. La détermination et le positionnement du collectif s’inscrivent sur les valeurs étiques et déontologiques relatives au travail humain dans une démarche clinique du travail, individuelle et collective.

Il s’agit d’agir collectivement dans une dynamique de réflexion, de confrontation, de controverse, de concertation et de partage des savoir-faire et des retours d’expériences ; avec l’appui également, si nécessaire, des ressources 5 Conclusion. internes d’une part et des compétences externes Les quelques exemples cités ici et là-bas ont d’autre part (intervenants et chercheurs). montré des salariés agissant collectivement dans Le cadre réglementaire, les données norl’action et par l’action en développant leur matives et/ou recommandées, les recherches pouvoir d’agir pour transformer et améliorer documentaires et bibliographiques sont souvent leur travail tout en intégrant dans leur démarche nécessaires dans ce type de démarche. les enjeux de santé au travail.

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loin de l’idée convenue d’une homogénéité du collectif ».Yves CLOT. « Le travail souffre, c’est lui qu’il faut soigner ! » Yves Clot. Bibliograhie. 1. Yves CLOT « Travail et pouvoir d’agir » Clot Yves, Travail et pouvoir d’agir, Paris, Presses Universitaires de France « Le Travail humain », 2008, 312 pages. 2. Yves CLOT »Le travail à cœur. Pour en finir avec les risques psychosociaux » Paris La découverte2010 p 192. 3. Yves Clot, Dominique Lhuilier « Agir en clinique du travail » Edition érès, Année : 2010 Yves Clot, Dominique Lhuilier « Travail et santé ». Edition érès, Année : 2010 4. Philippe Davezies « Des origines de la souffrance au travail à sa prévention » Article publié dans le numéro 76 de la revue Santé et Travail, octobre 2011 5. Philippe Davezies « Reprendre la main sur le travail ? » Article publié dans Nouveaux regards, n°50, août, septembre, octobre 2010, p 22-24. 6. Philippe Davezies « Pouvoir d’agir, travail, santé mentale »(Clinique médicale du travail) Intervention au congrès de l’Association Française de Sociologie, Session Violence et travail, 17 avril 2009, Paris. 7. François HUBAULT « L’approche ergonomique des questions santé / travail »

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Pédagogie. Validité des Instruments utilisés en surveillance médicale. Dj. Tourab Université Badji Mokhtar, Faculté de Médecine d’Annaba. Algérie

1

Introduction

Cette présentation introductive tente de faire le point sur les différents aspects de la question des examens complémentaires. Elle est structurée en deux parties ; la première qui a trait aux caractéristiques opérationnelles des tests, est une brève revue des principaux critères de performances actuellement en usage. La deuxième partie est consacrée à la problématique de l’utilisation des tests dans le cadre de la surveillance médicale, une facette de la question qui fait l’objet d’un débat non épuisé depuis une vingtaine d’années. Définissons d’abord ce que l’en entend par test. Au sens large, c’est tout questionnaire, toute partie de l’examen clinique ou tout examen complémentaire (laboratoire, radiologie, etc.) appliqué à un individu (Institut National de Santé Publique, Québec 2009).

Table 1 – Indicateurs de performance des tests.

Sensibilité et spécificité d’un test. La sensibilité d’un test est sa capacité de donner un résultat positif quand la maladie est présente. Elle est estimée par la proportion de résultats positifs par suite de l’application du test à un groupe d’individus reconnus comme 1.1 Caractéristiques opération- ayant la maladie (M1). La spécificité est la capacité d’un test de donner nelles d’un test. un résultat négatif quand la maladie est absente. Plusieurs indicateurs ont été développés en Elle est estimée par la proportion de résultats vue d’apprécier la performance d’un test. Nous négatifs conséquemment à l’application du résumons les plus importants dans le tableau test à un groupe d’individus reconnus comme N°1. n’ayant pas la maladie (M0).

Se = a/M1 = V P/(V P + F N )

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Indice de Youden. L’indice de Youden (Y) est un indice synthétique Courbe de ROC [5,8] utilisant la spécificité et la sensibilité du test. Il La courbe ROC (Receiver Operator Characest donné par la formule suivante : teristic) est un outil graphique qui permet de visualiser la relation entre la probabilité que le Y = Se + Sp − 1 test soit positif chez les malades (sensibilité) et la probabilité que le test soit positif chez les L’indice de Youden est compris entre 0 (test innon-malades (1-Sp). efficace) et 1 (test parfait). Pour divers seuils envisageables, on détermine Rapport de vraisemblance (likelihood la sensibilité et la spécificité puis on porte en ratio). On appelle rapport de vraisemblance le ordonnées les valeurs de la sensibilité et en rapport de la fréquence du résultat d’un test abscisses les valeurs de (1 − Sp) c’est à dire le chez les malades et de la fréquence de ce même pourcentage de faux positifs. On obtient ainsi résultat chez les non malades. une courbe convexe vers le haut et à gauche du graphe. Rapport de vraisemblance positif. Le rapport Plus la courbe ROC se rapproche de l’angle de vraisemblance positif (RVP) est le rapport supérieur gauche correspondant à une sensibilité entre la probabilité de présenter un test positif de 1 et une spécificité de 1, meilleure est la en présence de la maladie et la probabilité performance globale du test. de présenter un test positif en l’absence de la maladie [1] : On peut quantifier la performance diagnostique globale par l’estimation de l’aire sous RV P = se /(1 − Sp ) la courbe. Un test dont la courbe ROC est L’objectif est d’obtenir un rapport de vraisemsur la diagonale et qui n’a donc pas d’intérêt, blance positif le plus élevé possible, permettant a une aire sous la courbe de 0.5. Le test est de conclure à la présence de la maladie en cas d’autant meilleur pour discriminer les malades de positivité du test. des non-malades que son aire sous la cloche Un RVP égal à 1 signi ?e que le test n’est pas se rapproche de 1. Pour un test parfait, l’aire informatif car il y a autant de chances d’avoir sous la courbe vaut 1. Pour un test sans vaun test positif que le sujet soit malade ou non. leur discriminante, l’aire sous la courbe vaut 0,5. Sp = d/M0 = V N/(V N + F P )

Rapport de vraisemblance négatif. Le rapport de vraisemblance négatif (RVN) est le rapport entre la probabilité de présenter un test négatif quand la personne est malade et la probabilité de présenter un test négatif quand la personne n’est pas malade [1] : RV N = 1 − se /Sp Un RVN inférieur à 1 signifie que la probabilité d’obtenir un test négatif est plus importante chez les non malades que chez les malades. Un rapport de vraisemblance négatif le plus petit possible, permettra d’exclure la maladie en cas de négativité du test. Diagnostic odds ratio. Le DOR (diagnostic odds ratio) a été proposé pour mesurer la force d’association entre le résultat d’un test diagnostique et une maladie [3]. Il se calcule en faisant le rapport de deux côtes : la côte 1−Sp Se (1−Se) et la côte Sp . Autrement dit, le DOR 67

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correspond à la côte d’avoir un test positif chez 1.2.1 les malades sur la côte d’avoir un test positif chez les non malades. DOR = (Se/(1 − Se))/((1 − Sp)/Sp) Un DOR supérieur à 1 signifie que le test est plus souvent positif chez les malades que chez les non malades (plus sa valeur augmente, plus le test est performant) ; un DOR inférieur à 1 signifie que le test est plus souvent positif chez les sujets non malades que chez les malades. Exactitude(E). C’est la proportion de résultats exacts, c’est-à-dire le nombre de vrais positifs et de vrais négatifs sur la totalité des sujets étudiés malades et non-malades [8] : E = (V P + V N )/(V P + F P + V N + F N )

Imperfection de validité des tests de dépistage.

Tel que noté par Plante et Bhérer [7], d’excellents tests, indispensables pour aider à poser un diagnostic chez des malades, peuvent présenter de sérieux problèmes de validité lorsqu’ils sont utilisés chez des sujets en bonne santé. Ce phénomène s’explique simplement par le fait que les valeurs prédictives (VPP et VPN) dépendent de la prévalence de la maladie. Pour nous en convaincre, examinons les variations des valeurs prédictives d’un test de sensibilité de 85% et de spécificité de 98% pour diverses valeurs de la prévalence (ces deux valeurs de validité intrinsèque sont des plus réalistes) :

Il varie de 0 à 1. Idéalement une exactitude égale à 1 correspond à une absence de faux positifs et de faux négatifs. Valeurs prédictives positive et négative. La valeur prédictive positive (VPP) est la proportion de sujets réellement affectés par la maladie parmi les sujets positifs au test : V P P = V P/(V P + F P ) La valeur prédictive négative (VPN) est la proportion de sujets réellement sains parmi les sujets négatifs au test : Contrairement à la sensibilité et à la spécifiComme on le voit sur ce tableau, quand la cité, les valeurs prédictives du test ne sont pas constantes, mais dépendent de la prévalence de prévalence augmente, la VPP augmente et la VPN diminue. Si la prévalence de la maladie est la maladie dans la population. de 0.001 dans la population, la VPP est trop V P N = V N/(V N + F N ) basse pour être utilisable pour un dépistage de masse (VPP=4%). Elle atteint par contre des 1.2 Utilisation des tests en sur- valeurs acceptables lorsque la prévalence est supérieure à 0.05. veillance médicale. L’utilisation des tests en médecine du travail soulève une double préoccupation : d’une part celle qui concerne leur validité scientifique et d’autre part celle qui a trait au bénéfice pouvant en être tiré en termes de prévention. L’intégration d’une épreuve au contenu de la surveillance médicale devra donc répondre aux meilleurs critères de performance mais aussi à la question de son utilité en matière de protection de la santé des travailleurs. Il faut souligner cependant que les meilleurs critères de performance ne garantissent pas forcément la validité d’un test en situation réelle.

A travers cette illustration, on peut conclure que les tests utilisés en santé au travail sont en général des instruments de diagnostic conçus et validés pour une utilisation clinicienne sur des malades. Lorsqu’ils sont utilisés dans le cadre du dépistage sur des populations de travailleurs caractérisées par de faibles prévalences, il y a alors réduction de leurs valeurs prédictives. Il existe donc des imperfections de validité qui pourraient rendre inutilisable, une épreuve pourtant valide en diagnostic clinique.

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1.2.2

Recours à des tests multiples.

maladie p : prévalence de la maladie L’intégration simultanée de plusieurs tests au k : fréquence du critère dans la population processus du dépistage est très fréquente. Cette générale. pratique, loin de garantir de meilleurs résultats, peut présenter des inconvénients. En effet, le reA titre d’illustration, citons un travail que cours à des tests multiples chez des sujets en nous avons réalisé il y a quelques années [9]. bonne santé engendre le risque d’obtenir d’avanNous avons évalué la validité de quatre critères tage de résultats anormaux attribuables à la vautilisés comme critère d’inaptitude aux postes riabilité aléatoire plutôt qu’au processus morcomportant une exposition aux isocyanates bide. Ceci est lié au fait que chaque épreuve est organiques dans une unité de production de en général soumise à un risque d’erreur consenti. panneaux sandwich à Annaba : « antécédent Ainsi plus le nombre d’épreuves est élevée, plus d’asthme », « antécédent personnel de rhinite grande est donc la probabilité d’obtenir un réchronique » , «antécédent personnel d’allergie» sultat anormal chez des sujets indemnes [10]. et «antécédent familial d’allergie». Dans l’entreprise, la prévalence de l’allergie respiratoire aux 1.2.3 Utilisation d’un critère clinique à isocyanates a été estimée à 0.20. Les résultats des fins de dépistage. de ce travail sont résumés dans le tableau N°2. La recherche systématique d’une anomalie ou critère clinique susceptible d’être une contreindication à l’affectation d’un travailleur à un poste de travail est une pratique répandue. Il est fréquent de rechercher par exemple les antécédents d’atopie ou d’allergie familiale chez les opérateurs lorsqu’on envisage une affectation à un poste comportant l’exposition à des allergènes connus ou bien la recherche d’une hypertension artérielle dans le cas d’une affectation exposant au plomb. Un antécédent d’asthme est déclaré par 3% Dans le cadre d’un programme de dépistage, de la population générale. Dans l’hypothèse très l’utilisation d’un tel critère permet de séparer probable d’une forte association (R=5) entre ce les travailleurs en deux groupes : le premier critère et la maladie, on pourra constater une constitué d’individus qui présentent le critère et VPP élevée : 88.3% des individus porteurs de qui sont considérés vulnérables parce qu’ayant ce critère finiront par développer un asthme aux une plus grande probabilité de développer la isocyanates. Ainsi en dépit d’un manque de senmaladie, le deuxième groupe étant composé de sibilité, ce critère est intéressant à rechercher ceux qui sont indemnes du critère. puisque le travailleur qui en est porteur, présenL’utilisation d’un critère clinique est donc tera une forte probabilité de développer une alanalogue à l’utilisation d’un test de dépistage. lergie respiratoire aux isocyanates. On aura donc On pourra aussi en déterminer la validité intrin- raison de l’écarter de tout poste comportant une sèque et la validité prédictive. Une méthode de exposition à ces substances chimiques. calcul des différents indicateurs a été proposée On constate un résultat similaire pour le critère [9] . Elle aboutit aux formules suivantes : «antécédent personnel de rhinite chronique» : la

VPP de ce critère fortement associé aux effets des isocyanates est de 73.3%. Se = (Rk)/(1 + k(R − 1)) Concernant les deux autres critères, s’ils deSp = 1 − (k[1 − (Rp)/(1 + k(R − 1))])/(1 − p) vaient être intégrés dans un programme préventif et que l’on écarte toutes les personnes qui ont V P P = (Rp)/(1 + k(R − 1)) un antécédent personnel d’allergie, alors 41.5% d’entre elles seront écartées à tord. Cette proOù R : force d’association entre le critère et la portion monte à 70% quand il s’agit du critère 69

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« antécédent familial d’allergie ». Cet exemple nous permet de retenir que les seuls critères cliniques à intégrer au programme du dépistage sont ceux qui montrent les meilleurs indices de validité prédictive.

7. PLANTE R, BHERER L . Les examens médicaux systématiques en rapport avec le travail : servent-ils vraiment à la prévention ? Arch. Mal. Prof. 2003 , vol. 64, no 7-8 : 502509.

2

8. SWETS JA. Measuring the accuracy of diagnostic systems. Science 1988 , 240 : 1285-93.

Conclusion.

9. TOURAB D. , GUEROUI S. , NEZZAL AZ , NEZZAL AM. Validité des outils utilisés lors des examens médicaux systématiques en surveillance médicale . Arch. Mal. Prof. 2002, vol 63 : 141-142.

Les examens médicaux en milieu du travail soulèvent certaines controverses, la préoccupation la plus importante étant peut-être celle de la validité scientifique. Mais il est une question tout aussi importante qui consiste à savoir si les examens sont profitables au travailleur et lui assurent une certaine protection contre les effets nocifs des expositions. A la lumière des connaissances actuelles, en dehors de certaines activités de surveillance biologique utilisant des indicateurs d’exposition permettant de prévenir efficacement l’apparition des problèmes de santé, des activités de surveillance médicale alliant validité éprouvée et utilité avérée sont malheureusement rares.

10. TOURAB D. , NEZZAL AM , GUEROUI S. , NEZZAL AZ. Validité des instruments utilisés en médecine du travail. J.A.M. 1995, vol V, N°4 : 166-169.

Bibliograhie. 1. DEEKS JJ, ALTMAN DG. Diagnostic tests 4 : likelihood ratios. BMJ 2004 ; 329 : 168174. 2. FAGAN TJ. Letter : Nomogram for Bayes theorem. N Engl J Med 1975 ; 293 : 257. 3. GLAS AS, LIJMER JG, PRINS MH, BONSEL GJ, BOSSUYT PM. The diagnostic odds ratio : a single indicator of test performance. J Clin Epidemiol 2003 ; 56 : 1129-35. 4. LOMAS J, ANDERSON G, ENKIN M, KAYDA E, ROBERTS R, MACKINNON B : The role of evidence in the consensus process : results from a Canadian consensus exercise. JAMA 1988, 259 : 3001-5. 5. MANCINI J, GAUDART J, GIORGI R. Critères d’évaluation des performances et de l’utilité d’un test diagnostique. Médecine Tropicale 2009 ;69,1 : 78-82 6. NEWILL CA , EVANS R., KHOURY MJ. Premployment screening for allergy to laboratory animals : epidemiologic evaluation of its potential usefulness. Journal of Occupational Medicine , 1986, 28 : 1158-64. 70

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Thèses soutenues en santé et sécurité au travail

N.B: Sauf erreur ou omission, contacter la rédaction, en prenant soin de préciser l’auteur de la thèse, l’intitulé, la date de soutenance et le directeur de thèse.

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Agenda des congrès et manifestations scientifiques NATIONALES 20èmes Journées nationales de Médecine du Travail, 24-26 janvier 2017, Ouargla Thèmes : – Risques liés au travail dans le secteur des hydrocarbures – Travail en horaires décalés (atypiques) – Surveillance médicale en santé au travail – Alimentation et travail – Risques psychosociaux – Communications Libres – Table Ronde : Législation en santé au travail. – Ateliers : (ambiances physiques) : - Atelier 1 : Métrologie du bruit - Atelier 2 : Métrologie d’ambiance thermique - Atelier 3 : Exploration fonctionnelle respiratoire. – Symposium. Information : http ://samtalgerie.com INTERNATIONALES 34èmes Congrès National de Médecine et santé au travail en France, 21-24 Juin 2016, Paris Thèmes : – Maintien dans l’emploi – Approches préventives par branche professionnelle dans les Services de Santé au Travail (SST) – Actualités autour des pathologies professionnelles – Missions des Services de Santé au Travail ( SST) : « de la législation à la mise en œuvre pratique » – Recommandations pour la bonne utilisation de la surveillance biologique des expositions professionnelles (à des agents chimiques) – Urgences en santé au travail – Cancers professionnels (polyexposition, connaissances actuelles, prévention, inégalités de genre) – Sous-traitance et nouveaux secteurs professionnels à risque, activités précaires. Information :http :// www.medecine-sante-travail.com 51èmes congrés de la SELF (Société d’ergonomie de langue française), 21-23 /09/ 2016, Marseille Thèmes : Ergonomie/ergonome(s) : Quelles évolutions à la croisée d’une discipline et d’un métier ? Information : http ://www.ergonomie-self.org 25th EPICOH 2016-RHICOH 2016 Information : http ://www.mondial-congress.com

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Président d’Honneur

Informations utiles

Abdelkader SEMID Président des 20èmes JNMT

Contact (secrétariat) Dr Guelmani à HMD Tél : +213 7 73 64 41 74 Hadj Salah BABZIZ Dr Ouaggadi Touggourt Tél : +213 5 51 97 57 76 Dr Nine à Ouargla Tél : +213 6 61 94 52 39 Président du Comité Siège : CMT SONELGAZ Scientifique Email : 20jnmt@samtalgerie.com Site Web: http://samtalgerie.com/ Djamel Tourab Adresse pour les correspondances : CMD Ibn Sina du Dr BABZIZ Avenue de la République. Membres Ouargla Télé/Fax : +213 29 70 44 00 & +213 29 70 32 11 AGGAB KH. AKIF N. Comité chargé des relations publiques et de la communication : ARIB-MEZDAD A. HADJ KOULA Y., KHEZZANE D., NINE Y., OUAGADI A., OUAREK A. SALEM H. BAHLOULI A.L. BEGHDADLI B. Soutien logistique et organisationnel : BENHASSINE W. BENMESSAOUD H. BOUKERMA Z. Mr SALHI Karim Tél : +213 6 72 37 79 49 CHAIB S. CHEMAA F. DJAZOULI G. GHEZINI Y. GHOMARI O. GUELMANI N. GUEROUI S. HADDAD M. KAMEN F. KANDOUCI C. KORICHI S. LAIB-IDDER C. LIANI N. NEZZAL AZ. OUAAZ M. OUAGGADI A. OULDKADI F. REZKALLAH B. SEKKAL S. TEBBOUNE B. TALEB A. ZATOUT A.

Président du Comité d’Organisation Hadj Salah BABZIZ Membres ABDI A., ADOUANI A, OUAGGADI A., BANKALAI N., BIA A., BOUKHRIS T., CHERTOUH A., DAOUD M., FASSOULI S., GUELMANI N., HACHANI K., HADJ HENNI A., HADJ KOULA Y., HAMADACHE T., KETMI M., KHELIFA S., KHERFI M. LAHLAH K., NINE Y., OUAGGADI A., OUAREK A., SALEM H., SEROUKANE .A

Secrétariat des journées Nadjia GUELMANI Khaled AGGAB

Comité chargé des finances et de la comptabilité : Mr ABDI Abderahman, Mr BABZIZ Mohamed Commissariat aux comptes : Cabinet d’audit, de comptabilité et de commissariat aux comptes (CACC) Mr Kahal Smail Ouargla La participation aux ateliers se fera sur inscription (le nombre de places est limité). Dates importantes inscriptions en ligne exclusivement: http://goo.gl/aRBAzF Début des inscriptions : 01/06/2016 Clôture des inscriptions : 31/12/2016 Soumission des résumés des communications : 20 avril 2016 au 30 septembre 2016 Réponse sur les suites réservées au dépôt des résumés des communications avant le 15/11/2016 Frais d’inscription : Non adhérents : 3000,00 DA, Adhérents SAMT : 2000,00 DA. Ces frais ouvrent droit aux sessions scientifiques, à la documentation, aux pauses-café et aux déjeuners de travail. Lieu : le congrès se déroule entièrement à l'Université d’Ouargla. Hébergement : les participants et les communicants souhaitant être hébergés à Ouargla pour la durée des journées doivent prendre contact, pour leur réservation, avec Mr SALHI Karim Tél : +213 6 72 37 79 49 Email : karim.salhi30@yahoo.com Les frais d'hébergement sont à la charge du participant et/ou du communicant. L’ouverture du congrès est fixée au 24 janvier 2017. L’accueil des congressistes est prévu le 24 janvier 2017. La clôture des 20èmes JNMT est programmée pour le 26 janvier 2017. Les inscriptions se font en ligne et le payement des frais d'inscriptions aux sessions et aux ateliers se fait sur les lieux du congrès. L'inscription aux ateliers se fera sur le principe de l'ordre d'inscription, les places sont limitées. Les soumissions de résumés de communications se font exclusivement en ligne sur le site de la SAMT: http://goo.gl/aRBAzF

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Bulletin officiel de la Société Algérienne de médecine du travail. SAMT- N°20-1er trimestre 2016

Revue JMT n°20  

Revue de la société algérienne de médecine du travail: SAMT Exercice de la médecine du travail Troubles musculosquelettiques Ambiances de t...