The Red Bulletin CF 04/25

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PLEINE DE COURAGE

De Harvard aux podiums : l‘odyssĂ©e de Morgane Herculano, la meilleure plongeuse de haut niveau de Suisse

Romina Amato

La photographe capture l’insaisissable dans les sports d’action. Le cliff diving est l’une de ses spĂ©cialitĂ©s. Pour nous, elle a suivi la Suissesse Morgane Herculano lors des Red Bull Cliff Diving World Series en Italie. Page 40

Pauline KrÀtzig

La journaliste originaire de Munich, qui contribue aux magazines NZZaS et Esquire, sait crĂ©er une proximitĂ© particuliĂšre avec les personnes qu’elle dĂ©crit. Pour nous, elle s’est plongĂ©e dans l’univers de la streameuse suisse Elquaria. Page 52

Lorenz Langenegger

Le scénariste et auteur suisse de piÚces de théùtre et de romans vit entre Zurich et Vienne. Dans notre chronique On A Positive Note, il se frotte à ses critiques les plus féroces. Page 96

Cliff diving et Ivy League. Des sauts Ă  plus de 20 mĂštres de haut et un job exigeant dans la finance : Morgane Herculano unit deux mondes qui, Ă  premiĂšre vue, n’ont pas grand-chose en commun. Comment est-ce possible ? Page 40, la Suissesse raconte les Ă©motions qui l’assaillent juste avant le grand saut
 et les Ă©vĂ©nements de sa vie palpitante.

La streameuse Elquaria mĂšne, elle aussi, une vie bien loin du quotidien.

Des marathons Twitch qui durent jusqu’à l’aube Ă  la mise en place d’un cadre sĂ©curisant, elle a rĂ©ussi Ă  bĂątir une communautĂ© bien au-delĂ  des frontiĂšres du monde virtuel, page 52.

Et en bonus pour bien dĂ©marrer la nouvelle la saison de hockey sur glace, The Red Bulletin t’offre un calendrier dĂ©tachable de la National League suisse pour suivre tous les matchs, page 66 !

Bonne lecture ! La RĂ©daction

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Héros & Héroïnes Dakota Johnson

Hockey sur glace

Ton calendrier 66 à détacher

Tous les matchs de la National League suisse 2025/26.

Le crĂ©ateur de contenus Jannis Reichmuth teste l’Hyrox.

Les photographes Ashley et Jered Gruber immortalisent les plus grandes compétitions cyclistes au monde. Incursion dans leur monde chaotique.

Cliff Diving

La plongeuse suisse Morgane Herculano ne se satisfait que de résultats brillants. La preuve. Gaming

Elquaria dĂ©veloppe une nouvelle forme de streaming : une communautĂ© en ligne fondĂ©e sur l’authenticitĂ© et un sentiment de sĂ©curitĂ©. CinĂ©ma

Dernier dĂ©fi en date pour Brad Pitt : rouler sur un circuit de F1 dans le film Ă©ponyme (et dans lequel il est la vedette). Logique.

Fitness

En quoi l’Hyrox est-il un sport Ă  part ? RĂ©ponse avec Jannis Reichmuth et Alexis Bernier.

THE COO LER B RA ND

Hudhuranfushi, Maldives

Prise d’air

Leon Glatzer a deux passions : surfer le creux de la vague, ou s’envoler au-dessus d’elle. Le voici ici, face Ă  Hudhuranfushi, une Ăźle-hĂŽtel de 800 mĂštres de long sur 400 mĂštres de large, situĂ©e au large de l’atoll de MalĂ© Nord, aux Maldives. ÉlevĂ© au Costa Rica, Leon a notamment reprĂ©sentĂ© l’Allemagne aux Jeux olympiques de Tokyo. Ses points forts, qui sont aussi devenus sa signature : des airs innovants et spectaculaires.

IG : @leonglatzer

La Haye, Pays-Bas

Qui va là ?

CrĂ©ativitĂ© et habiletĂ© sont de mise lors du Red Bull Stalen Ros. Mais de quoi s’agit-il ? D’un clin d’Ɠil complĂštement dĂ©jantĂ© Ă  la tradition cycliste nĂ©erlandaise ! Des tĂ©mĂ©raires s’élancent sur des montures aussi loufoques qu’originales, pour tenter de franchir un parcours flottant ultra glissant
 sans finir Ă  l’eau. Un dĂ©fi d’équilibre oĂč le seul objectif est de rester au sec ! AprĂšs avoir fait sensation aux Pays-Bas, l’évĂ©nement dĂ©barque pour la premiĂšre fois en Suisse, Ă  Lausanne, le 14 septembre prochain. Toutes les infos sur cet Ă©vĂ©nement rĂ©servĂ© aux intrĂ©pides en scannant le code ci-contre.

Col de l’Oberalp, Suisse

Un homme, un parapente et un calme absolu. Ce qui ressemble Ă  un vol de loisir au-dessus du col de l’Oberalp est en rĂ©alitĂ© la course d’aventure la plus dure au monde. Lors du Red Bull X-Alps, il ne suffit pas d’avoir des compĂ©tences de vol parfaites, il faut aussi faire preuve d’une endurance physique extrĂȘme, comme celle de Simon Oberrauner (photo). En 2025, les athlĂštes Hike & Fly ont parcouru la distance record de 1 283 km, marchant jusqu’à 100 kilomĂštres (et 4 000 mĂštres de dĂ©nivelĂ©) par jour.

L’effort a payé : Oberrauner est arrivĂ© troisiĂšme. Les infos sur le parcours, les athlĂštes et encore plus d’images du Red Bull X-Alps en scannant le code ci-contre .

Elle rafle tout

La chanteuse anglo-albanaise

Dua Lipa enchaĂźne les records Ă  un rythme impressionnant. Cette annĂ©e, l’icĂŽne pop fĂȘte ses 30 ans. Voici quelques chifres insolites qui jalonnent sa vie.

1

livre par mois, voilĂ  ce que recommande de lire Dua Lipa sur service95.com, sa plateforme communautaire. Elle y publie aussi des interviews avec les auteurs et autrices.

223

jours, c’est le temps qu’il a fallu en 2018 pour que New Rules atteigne le milliard de vues sur YouTube. À 22 ans, Dua Lipa est alors la plus jeune chanteuse à franchir ce cap.

11 ans, l’ñge qu’avait Dua Lipa lorsqu’elle a dĂ©mĂ©nagĂ© avec ses parents au Kosovo, leur pays d’origine. À 15 ans, elle est revenue Ă  Londres pour ĂȘtre mannequin.

45 000

éléments brodés sur la tenue Chanel que portait Dua Lipa sur le tapis rouge du Met Gala 2025. Cette tenue a nécessité 2 000 heures de travail.

28 4 000

C’est le nombre de tickets vendus par Dua Lipa pendant la pandĂ©mie de 2020 pour son concert Studio 2054, diffusĂ© en direct dans 150 pays
 Un record mondial !

5

chansons de Dua Lipa font partie des 100 les plus streamées sur Spotify, dont Cold Heart (PNAU Remix), son duo avec Elton John. Seul Bruno Mars est plus populaire, avec six titres.

33

le nombre de dents qu’elle dit avoir. Normalement, un adulte en a 32 – y compris les dents de sagesse. Elle l’explique ainsi : « J’ai juste beaucoup d’ambition ! »

128,1

millions de francs, c’est le patrimoine estimĂ© de Dua Lipa en 2025. Elle est la plus jeune du classement des 40 personnes de moins de 40 ans les plus riches au UK.

23

coloris différents sur la palette des rouges à lÚvres YSL Loveshine, lancée par Dua Lipa en collaboration avec la maison de couture Yves Saint Laurent.

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Tout pour plaire

Avec les e-skateboards d’Onsra, tu peux sortir des sentiers battus – Ă  fond les ballons. Kirafn, notre expert tech, a fait un tour avec pour tester la bĂȘte.

Kirafin

De son vrai nom Jonas Willbold, 31 ans, il divertit son 1,3 million d’abonnĂ©s sur TikTok avec des formats humoristiques. À cĂŽtĂ©, il suit sa passion pour les produits tech et les tendances numĂ©riques. Pour nous, il teste les hypes du moment.

L’objet

FabriquĂ©e en carbone, cette planche est aussi lĂ©gĂšre que solide. Tourne la molette de la tĂ©lĂ©commande, et les deux moteurs Ă©lectriques te propulsent jusqu’à 70 km/h, selon le fabricant suisse. GrĂące Ă  ses trucks stables et Ă  ses roues crantĂ©es, le modĂšle Velar est tout terrain. Prix : Ă  partir de 2 790 CHF.

Le buzz

La vague de hype

Son prix limite les vidéos TikTok, mais celles qui existent deviennent virales, comme celle de @fabiandoerig, avec 15 millions de vues.

Pour moi, c’est une alternative compacte (et super fun) Ă  la trottinette Ă©lectrique. Attention : en Suisse, tu ne peux l’utiliser que sur terrain privĂ©. Et perso, je ne le conduirais qu’avec une armure complĂšte. Mais si tu as de l’expĂ©rience en skate et le budget : fonce !

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 les skateurs et skateuses fan de vitesse et de technologie, en quĂȘte d’aventures en pleine nature.

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 les puristes du skate, pour qui une vraie planche est en érable et le mouvement vient des jambes.

AIIILES AVEC ET SANS SUCRE.

Dakota Johnson

Elle a Hollywood et Cannes Ă  ses pieds mais garde la tĂȘte sur les Ă©paules : l’actrice et productrice amĂ©ricaine n’a toujours Ă©coutĂ© que son cƓur pour avancer dans la vie – et ça lui rĂ©ussit plutĂŽt bien.

Difcile de faire plus privilĂ©giĂ©e : flle de Melanie Grifth et de Don Johnson (Miami Vice), belle-flle d’Antonio Banderas et petite-flle de la muse hitchcockienne Tippi Hedren, Dakota Johnson est littĂ©ralement tombĂ©e dans la marmite hollywoodienne quand elle Ă©tait petite.

« Chez nous, c’était comme dans un cirque, racontait-elle il y a quelques annĂ©es. On Ă©tait toujours entourĂ©s de personnalitĂ©s gĂ©niales
 et parfois un peu perchĂ©es. Alors non, Hollywood ne m’impressionne pas, au contraire : c’est comme une grande famille. »

Et pourtant, loin de se reposer sur ce pedigree impressionnant, Dakota n’a jamais cessĂ© de se rĂ©inventer, au grĂ© de ses envies, toujours guidĂ©e par son instinct et ses passions. AprĂšs un dĂ©but de carriĂšre trĂšs remarquĂ© en tant qu’actrice, avec des succĂšs comme Fifty Shades of Grey, Madame Web ou Suspiria, l’AmĂ©ricaine de 35 ans s’épanouit dĂ©sormais dans la production et la mise en scĂšne – sans pour autant tourner le dos Ă  ses premiĂšres amours : car si elle aime toujours autant jouer la comĂ©die, Dakota Johnson veut aussi explorer toutes les facettes du cinĂ©ma.

C’est ainsi qu’elle fonde en 2018, avec sa meilleure amie Ro Donnelly, la sociĂ©tĂ© de production TeaTime Pictures, pour laquelle les deux femmes partent Ă  la recherche des scĂ©narios qui leur plaisent, ceux qu’elles ont envie de porter Ă  l’écran. « J’adore produire, a-t-elle confĂ© lors d’une interview au Festival de Cannes. J’ai une relation compliquĂ©e avec cette industrie. C’est un mĂ©lange d’amour et de haine. Parfois, c’est vraiment la merde ! Mais il y a aussi des moments, comme

Focus

Naissance Austin, Texas Âge 35 ans Fait ses dĂ©buts au cinĂ©ma Ă  9 ans, aux cĂŽtĂ©s de sa mĂšre dans Crazy in Alabama ConnaĂźt la cĂ©lĂ©britĂ© avec Fifty Shades of Grey A dĂ» suivre un entraĂźnement de danse intensif de six mois pour le tournage de Suspiria

hier, oĂč toute une salle Ă©clate de rire en regardant ton flm. Et ça, c’est un cadeau merveilleux. »

La veille, justement, son flm autoproduit, Splitsville, qui sortira le 10 septembre, a créé la surprise sur la Croisette. Une comĂ©die fne et subtile sur deux couples d’ami·e·s qui explorent les relations ouvertes – pour certain·e·s critiques, le meilleur flm du festival. L’idĂ©e est partie d’un script Ă©crit par les scĂ©naristes de The Climb, trĂšs apprĂ©ciĂ©s des deux productrices. En plus de produire le flm, Dakota Johnson y tient l’un des rĂŽles principaux aux cĂŽtĂ©s d’Adria Arjona. Un pari gagnant qui marque Ă  la fois un triomphe et les dĂ©buts de Dakota Ă  Cannes.

PĂȘcheuse de perles

« Chez TeaTime, on adore les projets comme Splitsville, qui nous permettent de dĂ©couvrir des nouveaux talents dont personne n’a encore entendu parler et de se dire : “Wahou, une pĂ©pite !” », explique Dakota. Et ce fair, elle le met au service d’un environnement sain : « Sur nos tournages, une rĂšgle d’or : tolĂ©rance zĂ©ro envers les totox ! »

Les grands pontes des studios, qui snobaient autrefois ses idées, Dakota peut désormais les ignorer tranquillement,

car elle a su convaincre nombre de pointures hollywoodiennes, et pas des moindres : Sean Penn, rencontrĂ© sur le tournage de Daddio. L’acteur oscarisĂ© est une pointure, respectĂ© pour son engagement humanitaire et ses idĂ©es, mais craint pour son caractĂšre imprĂ©visible. Une personnalitĂ© hors normes que Dakota a rĂ©ussi Ă  mettre dans sa poche – en une seule visite : « Elle a dĂ©barquĂ© un jour chez moi –on est voisins – avec le script », confait Penn Ă  propos du flm.

De l’autre cĂŽtĂ© de la camĂ©ra

Ce projet sur une conversation inattendue entre un chaufeur de taxi et une jeune New-Yorkaise s’est rĂ©vĂ©lĂ© ĂȘtre une bĂ©nĂ©diction pour l’acteur vĂ©tĂ©ran : « C’était la meilleure expĂ©rience que j’ai eue de ma vie ! Ce flm, c’est un cadeau dont je ne savais mĂȘme pas que j’avais besoin. J’avais hĂąte de tourner chaque matin ! » Dakota sourit en entendant ces mots. DerriĂšre ce sourire, une femme Ă  la vision afrmĂ©e : « En passant ma vie sur les plateaux de cinĂ©ma, j’ai appris Ă  crĂ©er une bonne Ă©nergie pendant les tournages, et c’est quelque chose que Sean a ressenti, je pense. »

Forte de cette premiĂšre consĂ©cration, Dakota veut dĂ©sormais passer Ă  la vitesse supĂ©rieure. Faute d’intĂ©rĂȘt des plateformes pour sa sĂ©rie sur l’amitiĂ© queer, la sexualitĂ© et l’identitĂ©, Dakota s’est lancĂ©e toute seule – avec un court-mĂ©trage intitulĂ© Loser Baby. Un vrai plaisir pour elle : « RĂ©aliser, c’est un tout autre processus ; j’ai adorĂ© chaque seconde. » Il ne fait aucun doute que Dakota rayonne d’une Ă©nergie rĂ©solument positive et contagieuse. Qui plus est, une nouvelle page s’ouvre pour elle : TeaTime se transforme en plateforme et lance un club de lecture pour promouvoir les jeunes auteurs. Depuis le 2 juillet, on peut aussi la voir dans la comĂ©die romantique Materialists, aux cĂŽtĂ©s de Pedro Pascal et Chris Evans. Elle y incarne une entremetteuse Ă  succĂšs, qui fnit par tomber amoureuse de
 deux hommes Ă  la fois. Un happy end en vue ? Peut-ĂȘtre. Mais en attendant, Dakota Johnson continue de suivre la route qu’elle s’est tracĂ©e, en toute indĂ©pendance.

IG : @dakotajohnson

« Sur mes tournages, une rĂšgle d’or: tolĂ©rance zĂ©ro envers les totox ! »
Dakota Johnson sait mettre une bonne ambiance sur un plateau.

Camille Losserand

Un pied Ă  Lausanne, l’autre Ă  Tarifa. À 21 ans, la kitesurfeuse suisse, Championne du monde de big air, maĂźtrise dĂ©jĂ  l’art du flow, du timing et du saut parfait. Mais comment en est-elle arrivĂ©e là ?

Ce qui la distingue des autres athlĂštes ?

Son niveau en freestyle, et en vagues, qui a propulsĂ© la quadruple Championne d’Espagne au rang de Championne du monde de kitesurf en 2023, deux ans seulement aprĂšs avoir dĂ©butĂ© sa carriĂšre pro. Dans la droite ligne d’une Anne-Flore Marxer ou d’une Mathilde Gremaud qui s’eforcent de rĂ©duire les Ă©carts (rĂ©tributifs pour l’une, techniques pour l’autre) entre hommes et femmes dans les compĂ©titions sportives, voici Camille Losserand, 21 ans, fĂšre relĂšve du sport extrĂȘme en Suisse ! Dans son cas, l’exploit est nĂ© du paradoxe : concilier le kitesurf, et le paysage alpin ! Éclairage.

the red bulletin : Qu’est-ce qui t’a motivĂ©e Ă  poursuivre une carriĂšre dans le sport extrĂȘme ?

camille losserand : Vivre en suisse et s’entraĂźner, ce n’est pas facile vu que les conditions mĂ©tĂ©o sur un lac ne sont pas favorables au kite. Je suis partie en Égypte avec mon coach, Fabio Ingrosso. Et c’est lĂ  que tout a vraiment dĂ©marrĂ©. J’avais 16-17 ans. C’est lui qui est venu me chercher pour me prĂ©parer aux JO (en race Ă  l’époque, qui n’était pas sa discipline de prĂ©dilection, ndlr), et c’est grĂące Ă  lui que je suis ici aujourd’hui car il m’a poussĂ©e dans mes limites.

Que ressens-tu quand tu t’envoles ?

La libertĂ©, et aussi, une dĂ©connexion. Je suis avec mon kite, avec les Ă©lĂ©ments, je ne pense absolument Ă  rien, juste Ă  ce que je fais dans le moment prĂ©sent. C’est une petite forme de mĂ©ditation pour moi.

Focus

Figure la plus badass

Le front roll rodĂ©o contra loop Chanson fĂ©tiche Let It Happen, de Tame Impala Podcast favori Hugo dĂ©crypte Formation Camille projette de s’inscrire Ă  l’uni en ligne en marketing digital

Est-ce que ça t’arrive d’avoir peur ?

Oui, parfois, notamment au moment de rĂ©aliser de nouvelles fgures
 Surtout que quand le vent est fort, tu peux aller haut assez vite. Mais j’essaie d’ignorer les doutes et de rester concentrĂ©e sur ce que je fais afn de visualiser ma fgure. Je suis aussi trĂšs Ă  l’écoute de mon intuition. Si je ne me sens pas de faire quelque chose, c’est qu’il y a une bonne raison.

Quelle est ta plus grande réussite ?

D’ĂȘtre arrivĂ©e Championne du monde en big air, ici en Espagne, Ă  Tarifa. C’était une compĂ©tition que j’avais envie de gagner depuis un petit moment, donc l’avoir rĂ©ussie, ça en a fait un moment unique ! C’était vraiment spĂ©cial parce que mon coach Ă©tait lĂ , et aussi toute ma famille et mes ami·e·s de Suisse.

D’autant plus spĂ©cial que tu es la premiĂšre femme Ă  l’avoir rĂ©ussi, ce fameux front roll rodĂ©o contra loop
 Oui, c’était pendant la fnale. Avant d’entrer sur l’eau, mon coach m’a aidĂ©e Ă  visualiser le saut, sachant que je leadais dĂ©jĂ  le hit, c’est-Ă -dire que je gagnais dĂ©jĂ  ; il me restait encore un saut Ă  faire, alors j’ai tentĂ© celui-lĂ . Je l’ai passĂ© du premier coup ! J’en ai eu des frissons partout !

Combien t’es-tu entraĂźnĂ©e pour ce saut ?

C’est ça qui est fou, je ne l’avais jamais essayĂ© avant. Mais mon coach savait que j’en Ă©tais capable, car il Ă©tait similaire Ă  un saut que je maĂźtrisais dĂ©jĂ . Alors Fabio m’a poussĂ©e Ă  le faire, et c’est passĂ© ! Je n’ai pas trop compris ce qu’il se passait


Quel est le déf le plus important auquel tu as été confrontée ?

Ce que j’ai vraiment dĂ» travailler, c’est mon niveau en vagues. Comme je vivais seulement en Suisse au dĂ©part, l’accĂšs Ă  l’ocĂ©an n’était pas simple, donc je devais souvent partir Ă  l’étranger pour m’entraĂźner. Il m’a fallu deux ou trois ans pour vraiment me sentir Ă  l’aise. Aujourd’hui, j’ai un bon niveau, mais je sais que j’ai encore Ă©normĂ©ment Ă  apprendre. Je suis dans une dĂ©marche de progression, chaque session est une occasion de repousser un peu plus mes limites.

D’oĂč puises-tu ton inspiration ?

De plein de petites choses. MĂȘme dans d’autres disciplines, il y a des athlĂštes de mon Ăąge, comme Carlos Alcaraz, numĂ©ro deux mondial au tennis, qui m’inspirent beaucoup. En kite, je pense Ă  Airton Cozzolino, qui a Ă©tĂ© plusieurs fois champion du monde. Et Matchu Lopes, avec lequel je m’entraĂźne souvent, il me coache pas mal. Il a un niveau juste incroyable.

Comment vois-tu l’évolution du kitesurf fĂ©minin ?

Depuis que j’ai commencĂ© la compĂ©tition, il y a une Ă©norme progression chez les femmes, en vagues comme en freestyle ; mais un gap persiste et j’aimerais le gommer. C’est pourquoi, quand je vois des hommes faire des sauts que des femmes ne font pas, je vais l’essayer quand mĂȘme.

Si tu devais donner un conseil à ton « moi » plus jeune, que serait-il ?

De pas lĂącher, de continuer Ă  persĂ©vĂ©rer. Quand j’étais ado, en Suisse, je me demandais : « Est-ce que ça sert vraiment Ă  quelque chose de persister Ă  faire du kite et Ă  m’entraĂźner pour des compĂ©titions ? » Je lui dirais qu’il faut continuer Ă  croire en ses rĂȘves, que tout est possible, et qu’il faut faire confance Ă  la vie.

camillelosserand.com ; IG : @camille_losserand

« Chaque session est une occasion de repousser un peu plus mes limites. »
Camille Losserand , kitesurfeuse suisse pro spécialiste big-air strapless (sans cale-pied).

Daoud

Le trompettiste français revient avec ok, un uppercut de jazz hybride qui transforme le chaos en fĂȘte et rappelle que cette musique appartient Ă  tout le monde.

Certain·e·s diront que le jazz, c’est une musique Ă©litiste, d’autres que c’est de l’impro, de la musique noire, quelque chose d’inaccessible ; quant Ă  moi, je dirais qu’il s’agit de l’incarnation d’une vibration, de la transmission d’une Ă©nergie pure, bien rĂ©elle et parfois clivante qui flirte avec des genres musicaux plus populaires ou expĂ©rimentaux. Des propos que j’appliquerais volontiers Ă  la musique et au dernier album proposĂ© par Daoud, un band de jazz français, au sein duquel Ă©volue le trompettiste Daoud lui-mĂȘme. Sur scĂšne, le musicien toulousain maĂźtrise aussi bien l’art du souffle que de la tchatche, offrant l’image – rare en France – d’un leadership de jazz Ă  la fois hype, modĂ©rĂ© et nĂ©cessaire. AprĂšs tout, le jazz, c’est la fĂȘte, non ?

Ces mots-lĂ , je les avais griffonnĂ©s en sortant du New Morning, Ă  Paris, au dĂ©but de l’étĂ© 2025, encore ivre d’une cĂ©rĂ©monie Ă  la fois punk et spirituelle. Daoud venait de nous rappeler, trompette brandie, que le jazz est avant tout affaire de cĂ©lĂ©bration et de partage – un uppercut d’émotions taillĂ©es tant pour le corps que pour l’ñme.

Trompettiste aux mille vies

Daoud porte son pavillon comme on brandit un fanion : haut, parfois dĂ©fraĂźchi, toujours incandescent. Son nouveau disque, ok, paru chez ACT, est promesse d’une transe poĂ©tique et rĂ©solument moderne, prĂȘte Ă  secouer les puristes et Ă  captiver les novices. Chaque note y rĂ©sonne comme un rappel : le jazz n’a pas d’ñge, seulement un besoin impĂ©rieux de libertĂ©.

VendĂŽme, Bruxelles, Édimbourg, Toulouse
 Sa route dessine une carte postale en nĂ©gatif oĂč les angles blessent plus qu’ils ne caressent. « J’ai Ă©tĂ© croque-mort », confie-t-il dans un rire qui claque, Ă©voquant ce dĂ©tour « hyper social » aprĂšs avoir

Focus

Sous le plus grand chapiteau du monde 1952 RĂ©alisation Cecil B. DeMille Synopsis Plongeon dans la tournĂ©e d’un cirque, entre rivalitĂ©s amoureuses, clown au passĂ© trouble et accident ferroviaire qui met Ă  l’épreuve la devise : The show must go on

dormi dehors en Écosse et servi des biĂšres dans « le club de strip-tease le moins cher de toute la Grande-Bretagne ». Les Ă©checs deviennent matiĂšre Ă  souffle : il quitte le conservatoire d’Amsterdam pour partir en tournĂ©e avec Pokey LaFarge, se retire trois ans dans le Gers avant de revenir d’urgence Ă  la trompette, poursuivi par le mantra “zero killed” : cocher chaque jour la case de la vie pour recommencer le lendemain.

Sur scĂšne, rien n’est figĂ©. « Ils sont obligĂ©s de me faire confiance. Il n’y a quasiment rien de scriptĂ© dans le concert », admet-il en mentionnant ses musiciens. Daoud change la set-list en plein vol, invite des camarades, se coupe parfois les cheveux sous les projecteurs comme dans son clip dijon : chaos maĂźtrisĂ© qu’il revendique jusque dans le studio. « Je suis un peu un malade : compo, arrangements, une partie du mixage et du mastering
 je produis tous mes albums. » La trompette, choisie Ă  six ans, en 1996 « parce que les clowns en jouaient », est le prolongement d’une vie double, intime et spectaculaire. Et tout ça, parce qu’il a regardĂ© « bien trop jeune » le film de Cecil B. DeMille, Sous le plus grand chapiteau du monde (en V.O. : The Greatest Show on Earth). Être vivant avant d’ĂȘtre musicien. C’est dans les clubs spĂ©cialisĂ©s comme sur les scĂšnes plus gĂ©nĂ©ralistes – La Machine du Moulin Rouge l’attend en novembre, face Ă  un public habituellement de teuffeur·euse·s – que le quartet prouve qu’un

jazz exigeant peut demeurer accessible. Daoud s’en fait la mission : « Mon but, c’est de lĂ©gitimer au max les gens qui voudraient jouer du jazz ou aller dans les lieux comme le Duc des Lombards, mais qui n’osent pas. Quitte Ă  se froisser parfois avec son tourneur afin de montrer que la fĂȘte peut ĂȘtre savante sans perdre son innocence.

Embrasement et acceptation

Alors, aprĂšs le remarquĂ© GOOD BOY paru en 2024, Daoud continue de bousculer les conventions avec son nouvel album ok. Construit autour de l’idĂ©e d’accepter l’inĂ©luctable – “ok, fuck it, it’s fine I guess” – cette fresque de quatorze titres mĂȘle tragĂ©die et humour, chaos et tendresse, mĂ©lodie et Ă©clat. L’enfant terrible du jazz orchestre un casting cinq Ă©toiles, confirmant son talent de trompettiste, beat-maker, producteur. On y croise la lumiĂšre contemplative de plato’s twins, nĂ© d’un break en morse griffonnĂ© au Canada ; la rage Ă©lĂ©gante de le bĂątard, oĂč le saxophoniste polonais Kuba Więcek exalte la question d’identitĂ©, celle de Daoud et de toutes les personnes multiples ; la cinĂ©matique mouvante de l’Ɠil de jules, hommage changeant Ă  son chat borgne qu’il ne voit plus, faute de rupture amoureuse. Chaque morceau pulse comme un battement de cƓur contrariĂ©, rappelant que l’acceptation n’est jamais rĂ©signation, mais embrasement. À 35 ans, celui qui dit parfois « ne pas ĂȘtre sĂ»r d’ĂȘtre passionnĂ© de musique » persiste pourtant, parce que la scĂšne demeure le lieu « oĂč l’on propose quelque chose que personne d’autre ne va proposer ». Entre standards dynamitĂ©s et clubs conquis, Daoud veut transmettre un cri clair, une vibration brute, une poignĂ©e de notes capables de faire danser un·e novice comme un·e Ă©rudit·e.

Quand il arrache un joyeux « Oh merde! » à la foule, sa trompette achÚve la phrase dans un éclat de cuivre avant un dernier temps de percussions. Le jazz se révÚle alors : vivant, transpirant, furieusement accessible et, grùce à Daoud, plus indiscipliné que jamais, mais toujours dans le partage et la maßtrise.

IG : @daoudmusic ; Daoud en concert le 2 octobre au Jazz Club Millennium, à Montreux.

« Le but, c’est de lĂ©gitimer au max les gens qui voudraient jouer du jazz. »
Daoud au sujet de l’élitisme encore prĂ©sent dans la scĂšne jazz en France.

La course au clichĂ© parfait !

Les photos d’Ashley et Jered Gruber montrent le cyclisme d’élite diffĂ©remment. Et leur job est tout aussi frĂ©nĂ©tique, Ă©prouvant et dangereux que celui des athlĂštes elleux-mĂȘmes.

Texte Alex Lisetz Photos Gruber Images

La délivrance

« Pour Julian Alaphilippe, sa victoire d’étape au Giro 2024 a marquĂ© la fin d’une pĂ©riode trĂšs pĂ©nible, tandis que moi, j’étais en pleine crise, raconte Jered Gruber. AprĂšs une chute Ă  moto lors du Tour des Flandres, j’étais incapable de marcher pendant plusieurs mois, alors j’ai expĂ©rimentĂ© avec des images tĂ©lĂ©visĂ©es. Celle-ci a Ă©tĂ© prise avec mon Nikon Z8 depuis le canapĂ©. »

Triomphe en vue

Lors de l’ultime Ă©tape du Tour de France 2019, Jered Gruber rĂ©ussit l’un de ses clichĂ©s prĂ©fĂ©rĂ©s avec son Nikon D850 : « J’étais montĂ© sur une poubelle, vue plongeante sur l’Arc de Triomphe, soleil dans l’axe parfait, 1/200e de seconde d’exposition. Ce clichĂ© est dĂ©sormais impossible : le public n’est plus autorisĂ© Ă  cet endroit. »

Derriùre les photos d’Ashley et Jered Gruber, il y a 50 % de planification minutieuse, et 50 % d’intuition.

« Avant chaque course, nous repĂ©rons sur Google Maps les endroits potentiels pour prendre des photos, explique Ashley. En route, il m’arrive de signaler Ă  Jered par radio l’emplacement d’un mur particuliĂšrement pittoresque ou d’un passage original dans un village. » « Sur certaines courses, tu n’as que trois ou quatre occasions de faire une bonne photo, ajoute Jered. Il faut toujours avoir une longueur d’avance sur les coureurs, on fonce par des chemins de terre ou des routes secondaires pour atteindre le prochain bon spot. »

Clin d’Ɠil

« De la chance pure. Julian Alaphilippe, l’un de mes coureurs prĂ©fĂ©rĂ©s, regarde dans ma direction. Je suis sur une moto, quelque part en banlieue parisienne, lors du Tour de France 2023, et le jeune fan en arriĂšre-plan fait exactement le mĂȘme mouvement de tĂȘte. Ce genre de moment, c’est impossible Ă  anticiper ! »

La route de demain « Lors des contre-la-montre, nous nous contentons parfois de suivre le parcours en ouvrant l’Ɠil pour repĂ©rer de bons spots, prĂ©cise Ashley Gruber. Comme ici, lors du contre-lamontre par Ă©quipes du Tour 2019 Ă  Bruxelles. AssociĂ© aux maillots Ă©clatants de l’équipe EF Education First, ce clichĂ© a pris une touche vraiment futuriste aprĂšs Ă©diting. »

Les photographes

Ashley et Jered Gruber, ùgé·e·s respectivement de 37 et 42 ans, travaillent et vivent ensemble. Le couple fait partie des meilleur·e·s photographes de cyclisme au monde.

Vitesse de réaction

« Pour une image originale, il faut penser en dehors des clous, dit Jered. C’est pour ça que lors du Tour de France 2024, j’ai calibrĂ© mon objectif Ă  20 images/sec. Ă  travers les vitres de la cabine sur la ligne d’arrivĂ©e. Ici, les coureurs passent Ă  60 km/h, c’est un pur hasard que j’ai rĂ©ussi Ă  capturer Tadej Pogačar. »

Ashley et Jered Gruber forment un duo exceptionnel : « Lors des classiques du printemps, on se rĂ©partit les courses masculines et fĂ©minines. Sur le Tour de France et les autres courses importantes, on est tous les deux Ă  moto, en voiture ou Ă  pied », explique Ashley. Quand il et elle ne sont pas Ă  Athens, en GĂ©orgie (aux États-Unis) ou Ă  Alta Badia en Italie, le duo amĂ©ricain est sur la route et partage chaque fois les mĂȘmes Ă©preuves physiques et mentales que les coureuses et les coureurs qu’il photographie. Depuis sa grave chute sur le Tour des Flandres en 2024 (sa moto avait dĂ©rapĂ© sur les pavĂ©s humides lors d’une liaison entre deux tronçons), Jered se sent encore plus proche des athlĂštes : « AprĂšs avoir subi cette grave blessure au genou, je comprends mieux ce que cela signifie de se battre pour revenir au sommet. Lors de mon comeback sur le Tour des Flandres 2025, je me suis payĂ© un tour de Grand Huit Ă©motionnel. »

Entre les lignes

La photo des coureurs Red Bull –Bora – hansgrohe, Nico Denz et Matteo Sobrero, a Ă©tĂ© prise (derriĂšre un ruban de chantier) lors de la 2e Ă©tape du Tour de France 2024 Ă  Bologne. Elle rĂ©veille un souvenir embarrassant chez Jered : « J’ai commis un impair monumental. Je me suis placĂ© juste devant la camĂ©ra d’arrivĂ©e
 Je ne me suis jamais fait crier dessus aussi fort de ma vie ! Aujourd’hui, on en rigole. »

Dans l’Ɠil du cyclone

Lors de l’étape de l’Alpe d’Huez sur le Tour de France, prĂšs d’un million de fans s’entassent sur le bord de la route. « En 2022, Ashley s’est postĂ©e quelques kilomĂštres avant le sommet, moi Ă  hauteur du Dutch Corner dans le septiĂšme virage. LĂ , j’ai rĂ©ussi Ă  capturer Wout van Aert, un de mes cyclistes prĂ©fĂ©rĂ©s : un immense champion ainsi qu’un Ă©ternel malchanceux. »

« Il y a les coureurs qu’on admire et ceux qu’on aime, comme Wout. Quand il passe, on ne l’acclame pas de la mĂȘme maniĂšre. »
Jered Gruber

TAKE ELECTRIC TO THE STREETS. JCW SPIRIT

DAME DE CƒUR ET DE CRAN

Morgane Herculano plonge de falaises de 22 mÚtres de haut.

Elle est la premiùre Suissesse à participer aux Red Bull Cliff Diving World Series. Entre passion et pression, elle aborde avec nous un sujet tabou : l‘angoisse de la performance avant le grand saut.

Texte Christof Gertsch Photos Romina Amato
La plongeuse de falaise et économiste de haut niveau Morgane Herculano à Polignano a Mare, en Italie.

Savez-vous combien de temps dure un plongeon depuis cette hauteur ?

Moins qu’il n’en faut pour lire cette phrase.

Mais pour en arriver lĂ , il faut la moitiĂ© d’une vie.

Morgane fait abstraction de tout ce qu’elle ne peut pas contrîler. Elle concentre son attention sur ce qu’elle maütrise : la technique, le timing, la posture.

Morgane n’est pas du genre Ă  rester spectatrice : elle a remportĂ© 24 titres de Championne suisse en plongeon avant de commencer le cliff diving.

Un jour d’étĂ© Ă  Polignano a Mare, en Italie, il fait une chaleur Ă©toufante. En bas : les eaux limpides de l’Adriatique. En haut : le calme absolu. Morgane Herculano se tient sur la plateforme qui sort de la falaise tel un tremplin vers le nĂ©ant. Sur la pointe des pieds, dos Ă  l’eau. Dans quelques instants, elle va se jeter dans le vide, atteindre une vitesse proche de 80 km/h en chute libre et s’enfoncer dans l’eau avec la mĂȘme force qu’une voiture sans freins dans un mur.

Bien sĂ»r qu’elle a peur. PrĂ©tendre le contraire serait mentir. On le voit sur son visage. Les paupiĂšres qui battent un bref instant, la bouche pas tout Ă  fait sereine, le corps un peu trop en tension.

Morgane Herculano, 25 ans, est la premiĂšre Suissesse Ă  participer aux Red Bull Clif Diving World Series. Elle parle ouvertement de ce qui est souvent passĂ© sous silence dans son sport : la peur avant le plongeon. Elle grandit dans une famille tranquille, Ă©trangĂšre au sport de compĂ©tition. Morgane est difĂ©rente de ses quatre frĂšres et sƓurs, depuis toujours : plus bruyante, plus tĂ©mĂ©raire, on la remarque plus. Ce qui la pousse un jour Ă  se mettre au plongeon ? Elle veut apprendre le salto arriĂšre pour frimer Ă  la piscine devant les garçons. « Je voulais faire un truc que tout le monde trouverait incroyable. »

Elle a 10 ans, apprend vite, s’entraĂźne dur. Les annĂ©es qui suivent, elle plonge des milliers de fois des tremplins d’un mĂštre et trois mĂštres et des plateformes de cinq, sept et dix mĂštres. Elle remporte 24 fois le titre de Championne suisse.

C’est en 2017, Ă  l’ñge de 17 ans, qu’elle fait ses dĂ©buts en clif jumping. Quelques amis de GenĂšve – oĂč elle vit depuis l’enfance – l’emmĂšnent dans la vallĂ©e de la Maggia, dans les gorges Ă©troites de Ponte Brolla. Un haut-lieu du clif jumping. « Viens avec nous, lui disent-ils. Juste pour regarder. » Mais Morgane n’est pas du genre Ă  regarder.

Elle se change, grimpe la falaise jusqu’à la plateforme, 19 mĂštres au-dessus de l’eau. Elle hĂ©site un instant, elle a peur comme jamais. C’est tellement plus haut que tout ce qu’elle connaĂźt. Un autre monde. De lĂ , on ne tombe pas, on fonce dans le vide. La vitesse augmente de maniĂšre exponentielle. Et surtout : la technique est radicalement difĂ©rente. Jusqu’à dix mĂštres, on entre dans l’eau la tĂȘte la premiĂšre. Au-delĂ  : avec les pieds. Tout autre choix serait de la folie. Les Ă©paules, les mains, la tĂȘte, tout pourrait y passer. Passer du plongeon au clif jumping, c’est apprendre un nouveau sport.

Mais cela, Morgane l’ignore encore. Elle plonge. Fait un peu trop de rotations. N’atterrit pas sur les pieds, mais presque sur le dos. Elle se blesse au coccyx, ne peut plus s’asseoir droite pendant trois mois et a des douleurs en permanence. Elle n’en dit rien Ă  sa famille, bien qu’ils partent ensemble en vacances peu de temps aprĂšs. « Je ne voulais pas qu’ils s’inquiĂštent, admet-elle. Il y avait peut-ĂȘtre aussi un peu de fertĂ© lĂ -dedans. Je m’étais mise dans ce pĂ©trin, alors je

« On peut allier courage et sensibilitĂ©. Charme et ingĂ©niositĂ©. SportivitĂ© et intellect. »

voulais m’en sortir seule. Je ne voulais pas qu’ils pensent que je ne maĂźtrisais pas la situation. »

Du tremplin Ă  l’élite universitaire

Mais il faudra attendre longtemps avant qu’elle replonge de cette hauteur. Elle part Ă©tudier l’économie Ă  Harvard (ÉtatsUnis). GrĂące Ă  un crowdfunding, elle rĂ©colte 250 000 francs pour se payer ces prestigieuses Ă©tudes. Elle intĂšgre l’équipe de natation et de plongeon, s’entraĂźne tous les jours avant les cours, reprĂ©sente l’universitĂ© lors des compĂ©titions. En 2020, elle remporte le titre de l’Ivy League au plongeoir d’un mĂštre – l’une des plus hautes distinctions du sport universitaire amĂ©ricain. L’Ivy League regroupe les huit universitĂ©s les plus traditionnelles et les plus prestigieuses des États-Unis, dont Harvard, Yale, Princeton et Columbia. Élitistes sur le plan acadĂ©mique, elles n’en sont pas moins compĂ©titives sur le plan sportif. Gagner en Ivy League, c’est intĂ©grer l’élite. Dont Morgane fait dĂ©sormais partie !

Mais il faut se rendre Ă  l’évidence : elle ne peut pas (encore) vivre du plongeon. Il lui faut un job. Elle dĂ©croche le meilleur qui soit aprĂšs l’obtention de son diplĂŽme en 2022 : elle devient assistante de recherche Ă  la Harvard Business School. Sa professeure, Karen Mills, Ă©tait la directrice de la Small Business Administration, dans le cabinet de Barack Obama.

Morgane Herculano rĂ©dige des business cases, c’est-Ă -dire des Ă©tudes de cas pour les cours, qui sont ensuite discutĂ©es en classe Ă  Harvard. Comme sur Wordle, le jeu de mots en ligne mondialement connu, qu’un dĂ©veloppeur a d’abord conçu comme cadeau pour sa compagne, avant de le revendre au New York Times pour un montant de plusieurs millions. Morgane se jette Ă  corps perdu dans le travail, sans se douter que ces connaissances lui serviront bientĂŽt. En efet, fn 2022, elle regarde un documentaire sur

Rivales en compĂ©tition, amies dans la vie : les selfies avec d’autres

athlĂštes du Red Bull

Cliff Diving (en haut à gauche : Molly Carlsen, Madeleine Bayon et Simone Leathead) font partie des journées de compétition.

l’histoire du clif jumping en Suisse. Elle est Ă©blouie – et agacĂ©e : pas une seule femme n’est mentionnĂ©e. Elle est rĂ©voltĂ©e. Puis se dit : trĂšs bien, puisque c’est ainsi, elle sera la premiĂšre.

La marque Morgane

C’est comme cela que commence cette folle histoire. Avec l’idĂ©e de faire changer les choses. De dĂ©fendre la cause des femmes. D’ĂȘtre un modĂšle. SĂ©rieusement ou pour le show ? Un peu des deux.

C’est en 2024 que Morgane vit sa premiĂšre vĂ©ritable annĂ©e de compĂ©tition en tant que plongeuse de haut vol. Elle est invitĂ©e aux Red Bull Clif Diving World Series, se classe onziĂšme Ă  Boston, septiĂšme en Irlande du Nord, dixiĂšme Ă  MontrĂ©al. Elle termine Ă  la onziĂšme place aux championnats du monde et est Ă©lue European High Diver of the Year Ă  la fn de l’annĂ©e.

« Je voulais faire un truc que tout le monde trouverait incroyable ! »

Mais comment faire pour continuer Ă  fnancer tout cela ? D’autant que son contrat Ă  la Harvard Business School prend fn Ă  l’automne 2025. Morgane Herculano le sait : le clif jumping est une passion, mais il n’y a pas grand-monde pour qui c’est un mĂ©tier. Les prix qui rĂ©compensent les victoires en compĂ©tition ne sont pas trĂšs Ă©levĂ©s et il n’y a pas d’aides fnanciĂšres. Mais elle a une idĂ©e : elle dĂ©cide de raconter son histoire. Celle de la Suissesse qui vit aux États-Unis. De la diplĂŽmĂ©e de Harvard qui plonge de falaises de 22 mĂštres de haut. De la jeune femme indĂ©pendante qui s’afrme dans un domaine masculin. Son CV devient son propre business case

Elle se forge un profl solide et authentique sur les rĂ©seaux sociaux. Mais toute bonne histoire a besoin d’une trame. Et de mystĂšre : il ne faut pas tout dĂ©voiler. Elle n’expose pas sa famille notamment. Ni ses amies et amis, Ă  quelques exceptions prĂšs. Sa vie derriĂšre la camĂ©ra lui appartient. Devant la camĂ©ra, elle montre ce qu’elle a envie de montrer : dĂ©termination, Ă©lĂ©gance, maĂźtrise du corps. « Je veux casser les stĂ©rĂ©otypes, dit-elle. Mon message, c’est qu’il faut arrĂȘter de vouloir mettre tout le monde dans une case. On peut ĂȘtre tout ce qu’on veut : allier courage et sensibilitĂ©. Charme et ingĂ©niositĂ©. SportivitĂ© et intellect. »

Elle gĂšre ses rĂ©seaux comme une pro, publie quotidiennement sur plusieurs plateformes, planife, flme, fait ses montages elle-mĂȘme. C’est un business. Mais elle aime ça. Parce qu’elle ne veut pas simplement cumuler des followers. Elle veut les inspirer.

Plongeon dans une autre vie

Le monde du clif jumping est sauvage, dur et d’une beautĂ© Ă  couper le soufe. Un monde des extrĂȘmes, oĂč la discipline se mĂȘle Ă  la perte de contrĂŽle, l’adrĂ©naline au silence, la maĂźtrise du corps Ă  la peur primaire. Un monde Ă  mille lieues de la piscine couverte, du chlore, du bassin carrelĂ© et de l’air Ă©toufant. « En clif jumping, on sent le vent dans ses cheveux et le soleil sur sa peau, il y a les embruns, le courant, la falaise », explique Morgane. Les plongeoirs fexibles laissent place Ă 

La maßtrise du corps rencontre la peur ancestrale : dans les hauteurs aériennes, Morgane se prépare à son prochain saut.

des plateformes rigides au-dessus de l’eau Ă©cumante. L’efort physique est ardu Ă  dĂ©crire. Morgane s’y essaie quand mĂȘme : « Le clif jumping, c’est tellement difcile que l’on ne peut pas faire plus de cinq plongeons par jour. Au bout d’un moment, le corps n’en peut plus, mis Ă  mal par la force des chocs. Et on ne peut pas non plus enchaĂźner plus de cinq jours d’aflĂ©e. »

Le clif jumping est un sport Ă  part. Mais avec une histoire fascinante : ses origines remontent au XVIIIe siĂšcle, quand les guerriers polynĂ©siens d’HawaĂŻ se jetaient dans la mer depuis les falaises pour prouver leur courage, leur force et leur loyautĂ©. Plus tard, des cascadeurs sillonnaient les foires avec leurs plongeons dans des tonneaux d’eau. Dans les annĂ©es 1980 et 1990, des tĂȘtes brĂ»lĂ©es ont commencĂ© Ă  chercher des parois rocheuses de plus en plus hautes – jusqu’à ce que Red Bull en fasse une sĂ©rie de compĂ©titions dans les annĂ©es 2000. Depuis, l’élite mondiale en la matiĂšre voyage de spot en spot : des fjords de NorvĂšge Ă  la vieille ville de Mostar, des Açores aux Philippines, en passant par Beyrouth. Et Morgane Herculano fait partie de cet univers – en tant que plongeuse invitĂ©e qui se bat pour obtenir un droit de participation permanent.

Le droit d’avoir peur

Dans les sports extrĂȘmes, il existe une loi tacite : respect, oui ; peur, non. C’est quelque chose que l’on entend souvent. « La hauteur, je la respecte. » Ce que l’on n’entend presque jamais en revanche, c’est : « La hauteur me fait peur. » Pourquoi ? Parce que l’on associe « peur » Ă  « Ă©chec » ? Pourtant, elle est toujours lĂ , cette peur, surtout Ă  22 mĂštres au-dessus de l’eau. Ou Ă  28 mĂštres, pour les hommes.

Les mentalitĂ©s commencent Ă  Ă©voluer dans l’univers du clif jumping Ă  Polignano a Mare (Italie). Ce sont surtout les femmes qui en parlent. Elles ne font aucun secret du fait qu’elles ont peur. Avant chaque plongeon. Parce qu’elles savent que la peur n’est pas une faiblesse. C’est un outil, une boussole, un systĂšme d’alerte. Parfois une assurance vie.

« Je ne veux pas me dĂ©barrasser de la peur. Je veux apprendre Ă  vivre avec. »

« La peur nous protĂšge » : tels sont les mots de la Canadienne Molly Carlson, l’une des meilleures et des plus cĂ©lĂšbres plongeuses de haut vol au monde, avec sept millions d’abonnĂ©s sur Instagram. Morgane, dit-elle, apporte de la joie dans le groupe. Mais aussi un certain sĂ©rieux. « Elle sait Ă  quel point ce que nous faisons est dangereux, dĂ©veloppe Carlson. En parler avec elle, c’est trĂšs libĂ©rateur. » Pour Molly Carlson, la peur doit avoir sa place. « Si j’essaie de la repousser, elle me prend toute mon attention. Alors je me bats contre elle et je perds ma concentration. »

Un jour, elle a Ă©tĂ© trop intrĂ©pide. Elle venait de rĂ©ussir un plongeon de classe internationale, le Front Quad Half Pike. Se sentant invincible, elle ne s’est pas concentrĂ©e sur son plongeon lors de son deuxiĂšme essai, elle ne pensait qu’à une chose : faire une bonne vidĂ©o pour Instagram. « J’étais distraite, se souvient-elle, et j’ai fait un plat. »

»

Avant chaque saut, Morgane Herculano se recentre. « Je me suis entraßnée. Je peux le faire.

FACE À LA PEUR

Avant chaque plongeon, elle passe par cinq étapes pour réussir à contrÎler sa peur.

1. ACCEPTATION

« J’ai peur – et c’est normal. » C’est une Ă©motion rĂ©elle. Cela ne sert Ă  rien de prĂ©tendre le contraire.

2. ANCRAGE

Morgane se parle Ă  voix haute : « Je m’appelle Morgane. J’ai 25 ans. Je suis prĂȘte. Je me suis entraĂźnĂ©e. J’en suis capable ». C’est une introspection, elle se confirme Ă  ellemĂȘme qu’elle mĂ©rite d’ĂȘtre lĂ .

3. VISUALI SATION

Elle se repasse le plongeon dans sa tĂȘte. De l’impulsion jusqu’à l’immersion. Elle voit ses bras qui bougent, son corps qui tourne, ses jambes qui se tendent. Chacun des plongeons qu’elle rĂ©alise, elle le rĂ©pĂšte des dizaines de fois dans sa tĂȘte auparavant.

4. FOCUS

Morgane fait abstraction de tout ce qu’elle ne peut pas contrîler : le vent, les vagues, le bruit du public. Et elle concentre toute son attention sur ce qu’elle maütrise : sa technique, son timing, sa posture.

5. PRÉSENCE

Juste avant de s’élancer, elle respire profondĂ©ment et revient au moment prĂ©sent. Elle s’efforce de ne pas penser au plongeon de la semaine derniĂšre, ni au prochain. Seulement Ă  celui-lĂ . Et puis, elle plonge. Pas sans peur. Mais pas contre la peur non plus.

La tension corporelle, la concentration et la précision sont des éléments essentiels pour les sauts de plus de 20 mÚtres de haut.

« Le saut est terminĂ©, tu refais surface, et tu as l’impression d’ĂȘtre sur une autre planĂšte. »

Elle a eu de la chance et s’en est tirĂ©e avec une commotion cĂ©rĂ©brale. Mais le sentiment qu’elle a Ă©prouvĂ© ensuite, elle ne l’oubliera jamais. « C’est la seule fois oĂč je n’ai pas eu peur, dit-elle. Et c’est bien ce qui a posĂ© problĂšme. »

À Polignano a Mare, elle est concentrĂ©e Ă  chacun de ses plongeons et pourtant : elle Ă©value mal la distance qui la sĂ©pare du bord de la plate-forme, se trompe de quelques centimĂštres, glisse – et chute dans le vide. Le public retient son soufe. Les autres plongeuses sont pĂ©trifĂ©es. Mais Carlson retrouve ses repĂšres dans l’air, atterrit les pieds en premier et par miracle, s’en sort presque indemne. Un vĂ©ritable rappel Ă  l’ordre pour quiconque aurait oubliĂ© de quoi il est question ici.

Morgane est encore nouvelle, mais elle aussi s’est habituĂ©e Ă  ce que la peur ne la quitte jamais. Parfois, ce n’est qu’un murmure, d’autres fois, c’est un cri. Elle peut picoter ou paralyser, mais elle ne disparaĂźt jamais complĂštement. « Je ne veux pas m’en dĂ©barrasser, dit Morgane. Je veux m’entendre avec elle. » Il y a mille et une façons de gĂ©rer sa peur. Cela peut passer par le silence, le repli sur soi, l’isolement. Morgane, c’est tout le contraire : quand elle a peur, cela s’entend. Presque trop. Elle parle beaucoup, parfois de maniĂšre agressive, lance des phrases toutes faites Ă  la ronde – comme si elle voulait se rappeler qu’elle est lĂ , qu’elle est vivante. « Je suis lĂ©gĂšrement insupportable dans ces moments-lĂ  », dit-elle en riant.

La meilleure sensation au monde

Deux secondes. C’est le temps dont Morgane Herculano dispose pour rĂ©aliser trois saltos et une vrille et demie. Elle voit la surface de l’eau pour la derniĂšre fois une demi-seconde avant l’impact. Elle vole ensuite Ă  l’aveugle en direction de l’eau – Ă  prĂšs de 80 km/h.

Le dernier moment est crucial. Depuis la plateforme de dix mĂštres, on peut encore se permettre un angle de 45 degrĂ©s par rapport Ă  la verticale lors de l’immersion. Depuis la falaise, une petite erreur et c’est le plat. Soit on tourne trop long-

temps et on atterrit sur le dos. Soit pas assez et on atterrit sur le ventre. On risque alors des contusions, des lésions internes et, dans le pire des cas, une perte de connaissance.

Un plongeon plus court qu’une pensĂ©e. Et aussi impitoyable qu’un accident de voiture en cas d’erreur.

Mais quand tout se passe bien, quand le corps est bien alignĂ©, quand la technique, le courage et le timing s’unissent pour crĂ©er un moment parfait – alors, nous dit Morgane Herculano, c’est « comme un orgasme ».

Et elle est trĂšs sĂ©rieuse : « LĂ -haut, on est en plein stress, on a le trouillomĂštre Ă  zĂ©ro – et puis, tout d’un coup, c’est fait. Le plongeon est terminĂ©, on refait surface et on a l’impression d’ĂȘtre sur une autre planĂšte. »

Deux secondes. Le bonheur se résume à cela.

Mais pour en arriver lĂ , il faut la moitiĂ© d’une vie.

Le public est euphorique, le soulagement aprĂšs le saut est palpable : des images des Red

Instagram : @morgane.hrc ; le prochain Ă©vĂ©nement Red Bull Cliff Diving World Series aura lieu le 20 septembre Ă  Boston, dans le Massachusetts, et sera diffusĂ© sur Red Bull TV. Toutes les infos ici :

Bull Cliff Diving World Series, Ă  Polignano a Mare.

Sam, alias Elquaria, est l’une des streameuses Twitch les plus inspirantes de sa gĂ©nĂ©ration. Sur sa chaĂźne, la Suissesse joue, chille et discute comme une copine avec ses 83 000 followers. Mais sa plus grande victoire remonte Ă  bien plus longtemps.

La libert d’ tre SOI

Texte Pauline KrÀtzig
Photos Romina Amato

GAMING

Que ce soit sous le nom d’Elquaria sur les plateformes de streaming ou de Sam, IRL, elle reste elle-mĂȘme.

Zoom sur un village de campagne suisse. On longe un enclos, passe devant des chevaux, une vache et un bouc en plastique. En fond, on entend les oiseaux, les tondeuses Ă  gazon et l’agitation des Ă©curies. La derniĂšre maison, juste avant les champs, la forĂȘt et les Ă©tendues sauvages, est celle de Sam – l’une des streameuses Twitch les plus

inspirantes de la Next Gen. Rencontre.

Chapitre 1 COMMENT TOUT

A COMMENC

D’un petit village Ă  l’immensitĂ© de l’univers du streaming : Sam s’est bĂąti une communautĂ© fidĂšle grĂące Ă  son style authentique.

« J’ai dĂ©marrĂ© trĂšs tĂŽt Ă  jouer aux jeux vidĂ©o », raconte Sam. Ses parents viennent d’Iran. NĂ©e Ă  BĂąle, la jeune femme de 26 ans a Ă©tĂ© Ă©levĂ©e « comme un garçon », dit-elle. AprĂšs sa premiĂšre flle, son pĂšre voulait un fls. « Et puis, je suis arrivĂ©e ! Je ne vais pas me plaindre. À 5 ou 6 ans, il m’a ofert une PlayStation et m’a ainsi ouvert les portes du monde du gaming. » Difcile aujourd’hui de s’imaginer Sam en petit garçon, mais on comprend mieux pourquoi les mondes parallĂšles des jeux vidĂ©o l’ont tant attirĂ©e Ă  l’époque. Quelle maniĂšre plus fantastique de s’évader que le gaming ? Surtout avec des rĂ©alitĂ©s fctives Ă  fort impact visuel. « J’adore les jeux narratifs et la dark fantasy : The Witcher, Assassin’s Creed, Skyrim
 Ce sont vraiment des univers dans lesquels on peut se plonger. » Et les personnages peuvent Ă©voluer en toute libertĂ©. Sam est Ă©levĂ©e de maniĂšre stricte et conservatrice. Dans sa culture, les femmes sont souvent tenues Ă  l’écart. « On me disait : “Non, Sam, ça ne se fait pas, non, Sam, tu ne peux pas faire ça.” » Beaucoup d’interdits pour une enfant qui n’aspire qu’à s’épanouir. « J’ai toujours voulu faire quelque chose de crĂ©atif, mais mon pĂšre me disait : “Ce n’est pas avec l’art que l’on gagne sa vie”. » Sam suit donc une formation de prothĂ©siste dentaire. Et dĂ©pĂ©rit lentement.

Chapitre 2 la Vision

« J’avais un revenu rĂ©gulier, j’habitais chez mes parents, j’étais amoureuse... Tout Ă©tait parfait. Mais ce n’était pas mon monde. Tout me semblait tellement monotone et sans amour. Je n’avais pas envie de vivre selon les idĂ©es de mes parents ni les valeurs de ma culture. Je voulais laisser libre cours Ă  mes envies. » Il faut faire preuve d’un certain courage pour s’écarter des schĂ©mas normatifs. Soit on fait ce que le systĂšme attend de nous, soit on saute la clĂŽture la plus proche et on va s’allonger au milieu des feurs dans la prairie. « Ce qui m’a toujours fait le plus peur, c’était d’ĂȘtre obligĂ©e de faire quelque chose qui ne me rendrait pas heureuse. »

Son quotidien, trop Ă©triquĂ© Ă  son goĂ»t, Sam y Ă©chappe grĂące au plus cĂ©lĂšbre YouTuber d’Allemagne : « Gronkh m’a sauvĂ©e. » Au travail, Sam Ă©coute en cachette les Let’s Play de Gronkh – « tous, mĂȘme ceux de douze heures » –, AirPods dissimulĂ©s sous sa longue chevelure. En 2019, Sam commence elle aussi Ă  streamer ses sessions de jeu sous le nom d’Elquaria et Ă  partager sa passion avec d’autres. Le gaming reste un hobby : elle allume son PC pour se dĂ©tendre en fn de journĂ©e. Et puis, c’est le Covid et le hobby se transforme trĂšs vite en un vĂ©ritable business.

Chapitre 3

L’ASCENSION

La pandĂ©mie a fait sortir de nombreuses personnes de leur routine. « Pour moi, ça a Ă©tĂ© radical, tout est arrivĂ© en mĂȘme temps : plus de travail, plus de voiture, ma sƓur est partie aux États-Unis, je me suis sĂ©parĂ©e, je me suis engueulĂ©e avec mon pĂšre et j’ai dĂ©mĂ©nagĂ©. » Sam a un cĂŽtĂ© bagarreur. D’oĂč elle le tient, elle ne le sait pas exactement. « Je suis fan de Tina Turner depuis toute petite. » La reine du rock’n’roll, l’incarnation de la femme forte, icĂŽne de l’émancipation. Sam paraĂźt plutĂŽt calme, discrĂšte, efacĂ©e. Elle incarne Ă  merveille la fameuse eau qui dort. Face aux crises, il faut beaucoup de force pour ne pas se laisser abattre et pour les considĂ©rer comme un nouveau dĂ©part. « Au dĂ©but de la vingtaine, j’étais libre pour la premiĂšre fois de ma vie. Je pouvais faire tout ce dont j’avais envie. » Et la premiĂšre envie de Sam, c’est de forcer sur le streaming en attendant de trouver un nouveau travail. Elle peaufne son set-up et ses connaissances techniques, se plante de temps Ă  autre : « Mon premier PC, on me l’avait recommandĂ©, mais pour jouer, c’était de la merde. » IndĂ©pendante pour la premiĂšre fois de sa vie, elle se dit : « J’ai ma propre volontĂ©. Je pourrais ouvrir le frigo et m’écraser un Ɠuf sur la tĂȘte si je voulais. Qui irait m’en empĂȘcher ? » La vraie question Ă©tant plutĂŽt : serait-il possible de l’en empĂȘcher ? Dans le milieu trĂšs fermĂ© du streaming, oĂč les hommes mĂšnent le jeu, une jeune gameuse du nom d’Elquaria fait soudain sensation. Ce qui la difĂ©rencie des milliers et des milliers de nouveaux et nouvelles inscrit·e·s qui veulent devenir viraux sur Twitch ? Un timing parfait. Quand elle se lance Ă  plein temps en 2021, la plateforme propose de nouvelles fonctionnalitĂ©s de monĂ©tisation avec des restrictions moindres pour les nouvelles personnes arrivĂ©es, et de nouveaux formats de contenu.

BientĂŽt, Sam parvient Ă  vivre de ses revenus – car sa communautĂ© se dĂ©veloppe Ă  un rythme efrĂ©nĂ© : elle compte actuellement plus de 82 000 followers. Elquaria incarne la nouvelle gĂ©nĂ©ration du streaming. Avec son caractĂšre naturel, ouvert et dĂ©tendu, elle ofre prĂ©cisĂ©ment ce que de nombreuses personnes, surtout chez les jeunes, cherchent de plus en plus : de la proximitĂ©, de l’authenticitĂ©, des Ă©changes.

Chapitre 4 Une soci t virtuelle

« Beaucoup de gens sont en quĂȘte de distractions et de compagnie. Comme moi avec Gronkh Ă  l’époque. Au fond, ce qu’il fait, c’est jouer et discuter tranquillement avec sa communautĂ©. Mais cela m’a Ă©normĂ©ment apportĂ©. Moi aussi, j’ai eu envie de toucher et d’émouvoir des tas de gens », dit Sam. Contrairement Ă  Gronkh, elle ne se tourne par vers YouTube, mais vers Twitch. « Twitch, c’est bien plus direct. On est tout de suite en contact avec les gens. » Et c’est bien pour cela, d’ailleurs, que ce portail vidĂ©o est devenu l’une des plateformes de live streaming les plus importantes et les plus populaires au monde. Aux cĂŽtĂ©s des Let’s Play, Just Chatting (voir le glossaire) est le contenu qui rencontre le plus de succĂšs.

Twitch s’adresse majoritairement aux jeunes entre 14 et 29 ans, la Gen Z, dont on dit qu’elle est plus connectĂ©e que jamais, mais paradoxalement qu’elle soufre de solitude. « Je suis trĂšs douĂ©e dans l’art d’ĂȘtre seule sans me sentir isolĂ©e. Je suis introvertie. Donc je comprends d’autant plus pourquoi Twitch est si apprĂ©ciĂ©. » Sam vit Ă  la campagne, au deuxiĂšme Ă©tage, avec pour voisines une dame de 70 ans dont les petits-enfants connaissent Elquaria, et une famille dont les enfants sont encore trop jeunes pour jouer aux jeux vidĂ©o. « J’aime bien ce coin, c’est tranquille, il n’y a pas trop d’agitation et quand on sort, on ne croise personne. Non pas que je sois cĂ©lĂšbre, mais je n’aime pas trop le contact en gĂ©nĂ©ral. » Les personnes introverties tirent leur Ă©nergie du calme et de la solitude. « Quand je rentre d’un Ă©vĂ©nement, je suis vraiment vidĂ©e et je dois recharger ma batterie sociale. » Twitch est donc une opportunitĂ© de crĂ©er des liens et d’échanger. La chaĂźne d’Elquaria fait parfaitement honneur Ă  cette discipline reine des rĂ©seaux sociaux.

« Twitch, c’est bien plus direct. On est tout de suite en contact avec les gens. »
Sam au Musée des Transports de Lucerne, en route pour le tournoi Fortnite Red Bull Rift Rulers.

Les conseils d’Elquaria pour d buter sur Twitch

1

Trouver sa niche

Dans le gaming, le divertissement ou pour sa communautĂ©, l’essentiel est de choisir sa voie – et de rester fidĂšle Ă  soi-mĂȘme.

2

Streamer intelligemment

Le but n’étant pas de jouer douze heures d’affilĂ©e, comme je le faisais Ă  mes dĂ©buts. Mais plutĂŽt de tirer le meilleur parti de son contenu. Mieux vaut passer trois heures en live et poster des vidĂ©os, des clips, des shorts, des reels et des stories sur son stream.

« Travailler sans se tuer Ă  la tĂąche. »

3

Ne pas se limiter

Surtout ne pas se rendre dĂ©pendant d’une plateforme. En Ă©tant prĂ©sent sur plusieurs rĂ©seaux sociaux (TikTok, YouTube, Insta, etc.), on reste visible, mĂȘme si on Ă©cope d’un ban de Twitch pour avoir montrĂ© trop de peau. Aussi, penser Ă  multiplier les partenariats.

4

Bien choisir son créneau

Pourquoi sombrer dans la masse aux heures de forte audience ? Moins de concurrence, c’est plus de visibilitĂ©.

5 Être soi-mĂȘme

« Je suis trĂšs douĂ©e pour ĂȘtre seule sans me sentir isolĂ©e. »

Sam a trouvĂ© l’équilibre : il lui faut des moments de calme pour pouvoir continuer Ă  faire vibrer sa communautĂ©.

Chapitre 5

La compagne de soir e

De plus en plus de nouveaux et nouvelles venu·e·s sur Twitch occupent des niches Ă  cĂŽtĂ© des grandes chaĂźnes de streamers et streameuses, proposant des jeux indĂ©pendants, des infos geek, du contenu thĂ©matique. La chaĂźne de Sam est une safe place pour sa communautĂ©. Un mix de contenus fait de sessions de Let’s Play, de streams de Just Chatting et de formats plus courts. « Je me dĂ©fnirais comme une streameuse gĂ©nĂ©raliste. Je fais un peu de tout. Ce soir, j’ai prĂ©vu un e-date, demain un quiz... » Le prĂ©nom complet de Sam matche parfaitement avec son programme : Samira, d’origine arabe, signife « compagne de soirĂ©e » ou « interlocutrice nocturne ». « Quand je streame, je parle sans arrĂȘt. Et j’aime bien ĂȘtre en live la nuit, de 22 heures jusqu’à l’aube. Je ne conseillerais cela Ă  personne, mais moi, j’ai toujours Ă©tĂ© super active la nuit, je trouve ça beaucoup plus agrĂ©able. Il n’y a rien pour venir nous dĂ©ranger, rien qui se passe, le portable, les messages, le monde entier est silencieux. Et il y a beaucoup de gens qui ne dorment pas la nuit, soit parce qu’ils travaillent, soit parce qu’ils n’arrivent pas Ă  trouver le sommeil. »

Pas Ă©tonnant que Sam soit souvent fatiguĂ©e en journĂ©e. Ses abonné·e·s ne sont pas un public passif. GrĂące au chat, iels peuvent prendre la parole en temps rĂ©el Ă  tout moment – et lier de nouvelles amitiĂ©. Tout comme les autres crĂ©ateurs et crĂ©atrices de contenu qui ont un lien fort avec leur communautĂ©, Sam est parvenue Ă  faire le lien entre monde numĂ©rique et monde rĂ©el. « Quand des gens discutent sur le chat, puis continuent de s’écrire sur Discord et fnissent par se rencontrer dans la vraie vie, cela me fait super plaisir. » C’est exactement comme ça que Sam a rencontrĂ© sa meilleure amie, Rose, qui est aussi streameuse sur Twitch (Rosemondy).

Chapitre 6

SE TROUVER ET NE PAS SE PERDRE

« Je dis toujours : les pieds sur terre, les yeux vers le ciel. Et il y a encore de la marge. »

Ouvrons sans scrupules le tiroir Ă  clichĂ©s : on s’imagine souvent les gameurs et gameuses comme des personnes avec un TDAH, des TOC, associal·e·s, qui s’excitent contre leur ordi, enfermĂ©es dans une piĂšce sombre dont le sol est jonchĂ© de vaisselle sale. Pour jouer, Sam s’installe dans une chaise de gaming blanche, entre une reproduction de La naissance de VĂ©nus de Sandro Botticelli, une peluche japonaise Shiba Inu, diverses fgurines de Geralt (de The Witcher) et des coussins avec des photos de ses chihuahuas dĂ©cĂ©dĂ©s. Chaque piĂšce de son appartement est amĂ©nagĂ©e dans un style minimaliste, clean, confortable, dans des teintes neutres de blanc, de beige et de crĂšme. Partout, des bougies et parfums d’ambiance – vanille, agrumes, lotus. C’est lumineux, simple, bien rangĂ©. Un miroir de l’ñme de cette jeune femme, assise en tailleur dans le canapĂ© de son salon. Sam est dĂ©tendue, en paix avec elle-mĂȘme.

Historique : Sam est la premiĂšre gameuse Red Bull de Suisse.

mini-glossaire de Twitch

Just Chatting

La catĂ©gorie la plus populaire sur Twitch : pour discuter. Ça parle nouveaux jeux, potins de stars ou vidĂ©os virales.

Subathon

Un stream marathon prolongĂ© Ă  chaque nouvel abonnement, parfois sur plusieurs jours. Comme le premier de Sam : « J’ai streamĂ© pendant 35 jours d’affilĂ©e et j’étais en live 12 Ă  15 heures par jour. »

Raid

Avec les raids, un ou une content creator peut rediriger ses spectateurs et spectatrices vers une autre chaüne aprùs un stream – en guise de soutien ou de surprise.

IRL (In Real Life)

Des streams qui montrent la vraie vie – de la cuisine au sport, en passant par une virĂ©e en ville.

Subs (Subscriptions)

Abonnements grĂące auxquels les spectateurs et spectatrices soutiennent directement leurs streamer·euse·s prĂ©fĂ©ré·e·s – avec des goodies et des emotes.

Emotes

Images ou icĂŽnes personnelles que les streamer·euse·s mettent Ă  la disposition de leurs followers. Ça renforce les liens avec la communautĂ©.

Partenaire

Le statut officiel pour les streamer·euse·s de grande audience (plus de fonctions et une meilleure monétisation).

AutoMod

L’outil de modĂ©ration de Twitch : filtre automatiquement les discours agressifs, le harcĂšlement et les contenus sexuellement explicites.

Pendant qu’elle parle, la BO de The Witcher 3 tourne en sourdine sur son grand Ă©cran. « J’ai besoin d’un bruit de fond, sinon je pense trop. » Pas Ă©tonnant. Sam est trĂšs dans l’introspection. « Il faut se poser les bonnes questions avant que les autres ne le fassent. Je le fais tout le temps. Je crois que c’est parce que je suis indĂ©pendante et souvent seule que j’ai besoin de me confronter Ă  moi-mĂȘme. Je m’aide aussi pas mal de ChatGPT pour ça. Je lui demande ce qui serait important pour le dĂ©veloppement de ma personnalitĂ© ? Et j’en ressors avec d’autres questions, du genre : qui suis-je quand personne ne me regarde ? Ou : quelle partie de moi je ne montre pas aux autres ? » Elle y rĂ©pond dans la foulĂ©e : « Je crois que je suis toujours la mĂȘme. MĂȘme quand je streame. Je parle beaucoup, y compris de choses personnelles, mais pas trop privĂ©es. On n’a pas besoin de se mettre complĂštement Ă  nu en ligne. Surtout que sur Twitch, on se prend un ban si on se pointe sans fringues. »

PILOGue

Le jeu n’est PAS termin

« J’entends souvent des trucs du genre : “Les flles ne savent pas jouer aux jeux vidĂ©o”, ou l’autre jour, il y en a un qui m’a Ă©crit : “Si tous ces gens te regardent, c’est juste parce que t’es jolie.” Avant, ça me blessait vraiment. Je laissais la petite Sam ĂȘtre touchĂ©e par tout ça. Mais je suis devenue beaucoup plus forte mentalement. Aujourd’hui, tout ce que je retiens, c’est qu’il dit que je suis jolie. Souvent, quand les gens sont mĂ©chants, c’est parce qu’ils ne sont pas heureux dans leur vie. Et puis, les messages des haters, c’est souvent des prĂ©jugĂ©s, rien de plus. C’est rarement une vĂ©ritable critique de ma personne. Un mec se pointe et m’insulte – alors que je n’ai jamais eu afaire Ă  lui auparavant. Pourquoi est-ce que je le prendrais personnellement ? » On referme le tiroir Ă  clichĂ©s.

Sam fait partie des artistes Ă©mergents de la scĂšne des crĂ©ateurs et crĂ©atrices de contenu. En 2024, elle a Ă©tĂ© nommĂ©e Streameuse of the Year Top 3 aux EarlyGame Awards. Sam en veut plus. « Je dis toujours : les pieds sur terre, les yeux vers le ciel. Et il y a encore de la marge. » Elle a toute une liste de rĂȘves dans l’appli Notes de son smartphone. « Comme ça, j’ai mes objectifs avec moi et sous les yeux. Ça me motive. » L’un d’eux, en plus de « lancer un podcast » et « devenir comĂ©dienne de doublage pour un jeu vidĂ©o », c’est « devenir la plus grande streameuse de Suisse et faire partie du top 5 en Allemagne ». Et elle ne le dit pas avec hargne. Et mĂȘme si Sam joue encore souvent la nuit, dans une niche, Ă  des jeux qui ne sont plus demandĂ©s, on ne doute pas qu’elle en soit capable. Elle non plus : « C’est quand tu sais ce qui te rend heureux ou ce que tu ne veux pas que tu dĂ©couvres tes objectifs. J’ai confance en moi. »

Instagram & Twitch : @elquaria

POLE POSITION

Avec autant d’adrĂ©naline dans le sang que dans le film F1, Brad Pitt n’a jamais Ă©tĂ© aussi speed.

Peut-ĂȘtre profte-t-il d’un sĂ©jour au calme avec sa compagne, glisse-t-il sur un voilier quelque part, ou se promĂšne-t-il main dans la main avec elle au frais dans un musĂ©e d’architecture climatisĂ© : quoi qu’il en soit, repos bien mĂ©ritĂ©, aprĂšs le triomphe de son flm, F1, dĂ©diĂ© à
 la Formule 1 ! Les confĂ©rences de presse, la promotion, puis l’avant-premiĂšre sur la place Leicester Square Ă  Londres oĂč Tom Cruise –qui avait tournĂ© avec Brad il y a plus de trente ans dans Entretien avec un vampire – a fait une apparition surprise. Oui, Brad peut se dĂ©tendre cet Ă©tĂ©. En Ă  peine deux semaines, le flm a engrangĂ© 293 millions de dollars dans le monde, devenant le plus gros succĂšs du producteur Apple au box-ofce. En octobre, le gĂ©ant du streaming devrait lancer le flm sur sa plateforme.

Dans ce flm d’action rĂ©alisĂ© par Joseph Kosinski, la star amĂ©ricaine fonce littĂ©ralement sur les circuits du monde entier. Il y incarne un pilote vieillissant, dĂ©terminĂ© Ă  revenir dans la course face aux jeunes talentueux, Ă  ses peurs, au temps qui passe.

Un peu cabossé, mais bien conservé et sur la bonne voie : Brad Pitt, 61 ans, dans le film F1

Mais ce n’est pas seulement un flm sur la vitesse. C’est aussi l’histoire d’une passion, taillĂ©e sur mesure pour l’acteur. Pour ĂȘtre Ă  la hauteur de son rĂŽle dans Fight Club, il avait pris des cours de boxe ; pour Troie, il s’est attelĂ© Ă  des mois d’entraĂźnement Ă  l’épĂ©e ; pour Snatch, il marmonnait si vite qu’on a dĂ» le sous-titrer. Le voici dĂ©sormais en course
 Et quelle course !

Brad Pitt a suivi trois mois d’entraĂźnement – en Formule 3, puis en Formule 2 – avant de conduire lui-mĂȘme une monoplace de Formule 2, pouvant aller jusqu’à 250 km/h, et spĂ©cialement arrangĂ©e par Mercedes pour les besoins du flm. Le septuple champion du monde Lewis Hamilton, qui l’a vu une fois conduire sur le circuit, en a Ă©tĂ© « plus que blufĂ© », selon les dires du producteur Jerry Bruckheimer. L’acteur manƓuvrait son bolide « avec classe » et avait « la conduite dans la peau ».

Le tournage s’est dĂ©roulĂ© en plein cƓur du vrai monde de la Formule 1 : sur les circuits de Silverstone, de Monza, de Spa, de Zandvoort – lors des week-ends de course ofciels. Tandis que les Ă©quipes de Red Bull, Ferrari et consorts engrangeaient les points, l’acteur et son Ă©quipe proftaient des pauses sur la piste pour flmer. Jospeh Kosinski et Brad Pitt avaient mĂȘme fait le chemin jusqu’aux bureaux de

la direction pour les convaincre de leur projet. Car jamais auparavant, la direction n’avait accordĂ© sa confance Ă  ce point Ă  une star de cinĂ©ma, en la laissant fouler ses circuits F1 de lĂ©gende. « Je n’étais pas du tout nerveux, a dĂ©clarĂ© l’acteur lors de la confĂ©rence de presse du flm F1 Ă  Mexico. J’étais prĂȘt, on ne peut plus sĂ©rieux. J’ai savourĂ© la conduite dans les lignes droites. » Ça crĂšve l’écran ! Le cinĂ©aste, Ă  qui l’on doit aussi Top Gun : Maverick sans CGI (images de synthĂšse), a installĂ© douze camĂ©ras dans le cockpit. Chaque micro-expression, chaque rĂ©action oculaire : tout est captĂ©. Lewis Hamilton, engagĂ© comme consultant sur le tournage, a veillĂ© Ă  ce que tout soit le plus authentique possible. Pour le tournage, l’APXGP, une onziĂšme Ă©curie fctive, a Ă©tĂ© créée, avec garage et accĂšs aux circuits pendant vingt minutes chrono lors des week-ends de course.

Affronter ses démons

Ce qui a sĂ©duit la superstar, c’est la dimension trĂšs rĂ©aliste du flm, au plus prĂšs de la vie des pilotes et des circuits. « Être dans la voiture, sentir la force G, c’est incomparable, ça ne ressemble Ă  rien de tout ce que j’ai vĂ©cu en des dĂ©cennies de mĂ©tier. » L’histoire de l’outsider qui se relĂšve dans l’adversitĂ© l’a profondĂ©ment touchĂ©. « Chacun a son histoire, sa quĂȘte », explique Brad Pitt Ă  l’endroit de son personnage. VoilĂ  un homme bien Ă©tabli.

Pourtant, il n’a jamais Ă©tĂ© casse-cou dans l’ñme. Plus jeune, il Ă©tait assez timide, il a mĂȘme failli devenir journaliste. Lors des interviews pour Sept ans au Tibet, Jean-Jacques Annaud, le rĂ©alisateur, devait rester Ă  ses cĂŽtĂ©s. Avec la glamoureuse sĂ©rie Ocean’s, il se dĂ©contracte. Viennent ensuite les rĂŽles Ă©piques : L’Étrange Histoire de Benjamin Button, The Tree of Life
 Puis Once Upon a Time in Hollywood, et un Oscar (meilleur acteur dans un second rĂŽle).

La version empreinte de maturitĂ© de Brad Pitt fascine. C’est un homme qui connaĂźt l’échec et afronte ses dĂ©mons. AprĂšs sa sĂ©paration avec Angelina Jolie, il a Ă©voquĂ© ses problĂšmes d’alcool. « Je devais vraiment me rĂ©veiller », a-t-il confĂ© dans le podcast de Dax Shepard. Depuis, il mĂšne une vie plus posĂ©e. Mais pas monotone. Il sait exactement quelles histoires le passionnent, celles qu’il a envie de raconter.

F1 fait partie de celles-ci. Un flm nĂ© au bout de deux ans de rĂ©unions autour de la force G, de la tempĂ©rature des pneus, de l’aĂ©rodynamisme, de l’odeur du caoutchouc brĂ»lĂ©. « J’étais un touriste dans cet Ă©cosystĂšme, rĂ©vĂšle-t-il, Ă©mu, Ă  Mexico. Je ne l’oublierai jamais. » Lorsqu’il parle, on retrouve par bribes cet Ă©clat qui l’a rendu iconique dans Thelma & Louise, en 1991. À cela s’ajoute dĂ©sormais la chaleur humaine, le respect, et l’humilitĂ©. Brad Pitt apporte aux clichĂ©s virils du sport, ces hommes et leurs machines, une nouvelle dimension : l’élĂ©gance.

En haut : avec Max Verstappen (à gauche) et Damson Idris. En bas : quand Lewis Hamilton (à gauche) a vu Brad Pitt sur le circuit, il n’en croyait pas ses yeux.

« SENTIR LA FORCE G

DANS LA VOITURE, C’ÉTAIT INCROYABLE. »

Dans sa combinaison de pilote immaculĂ©e, il incarne sans aucun doute l’ambassadeur vrombissant le plus charismatique de la course automobile (qui n’est pas sans rappeler un certain Steve McQueen dans Le Mans, en 1971). Ce n’est pas un hasard : dĂšs 2013, la star avait voulu produire un flm de course. Go Like Hell, sur la rivalitĂ© entre les Ă©curies Ford et Ferrari, mais qui n’a jamais vu le jour – Christian Bale et Matt Damon reprendront le projet ultĂ©rieurement. Aujourd’hui, Ă  60 ans passĂ©s, Brad Pitt rĂ©alise un rĂȘve. Avec sa boĂźte de production Plan B, il tient le volant dans les coulisses aussi. Se consacrer corps et Ăąme au projet ? C’est normal pour lui : il ne fait jamais les choses Ă  moitiĂ©. Pour Sept ans au Tibet, il s’est exposĂ© Ă  un interdit d’entrĂ©e dĂ©fnitif sur le territoire chinois. Quand il veut un domaine viticole, il choisit

Le fait que la F1 ait laissé une star tourner sur ses circuits de légende était une premiÚre.

le plus prestigieux de la CĂŽte d’Azur. Quand il tourne un flm sur la F1, il lui faut ce qu’il y a de plus rapide, de plus authentique, avec du vrai caoutchouc, des bains de glace rĂ©els, et mille chevaux sous le capot.

Tout cela fait de F1 un trip visuel, une chevauchĂ©e fulgurante collant Ă  la rĂ©alitĂ©. Mais aussi un portrait de son protagoniste : Brad Pitt incarne Sonny Hayes, un homme expĂ©rimentĂ©, un des meilleurs, un ĂȘtre discret, qui s’active en coulisses au lieu d’ĂȘtre au centre de l’attention, un spĂ©cimen de collection, un peu cabossĂ© mais bien conservĂ© qui, la main assurĂ©e sur le volant, roule droit devant. Un pro serein, qui n’a plus besoin de gagner pour savoir qui il est ni ce qu’il peut accomplir.

À l’écart des feux de la rampe, Brad Pitt vit une relation feutrĂ©e avec sa nouvelle compagne, Ines de Ramon, et ouvre par la mĂȘme occasion un nouveau chapitre de sa vie avec un flm qui lui ressemble : la constance dans le dĂ©passement de soi, et la capacitĂ© Ă  sublimer l’échec.

HOCKEY SUR GLACE

Ne rate aucun match de ton club prĂ©fĂ©ré !

Voici le calendrier officiel 2025/26 de la National League suisse Ă  coller sur ton frigo.

PRÊT POUR LE POWERPLAY ?

RED BULL DONNE DES AIIILES.

À la salle de sport A’Lab à Zurich, Alexis Bernier coache
Jannis Reichmuth pour sa premiĂšre session Hyrox.

LA NOUVELLE VAGUE FITNESS

Il attire autant les sportifs et sportives d’endurance que les adeptes de muscu : l’Hyrox est aujourd’hui la compĂ©tition de fitness Ă  la croissance la plus rapide. Pour nous, un dĂ©butant et un pro racontent.

Texte Emil Bischofberger
Photos Muriel Florence Rieben

Aucune autre compĂ©tition de fitness ne connaĂźt un essor aussi fulgurant que l’Hyrox (mot-valise composĂ© de « hybrid » et « rockstar »). Le concept est nĂ© en Allemagne en 2017 et la mĂȘme annĂ©e, la premiĂšre compĂ©tition organisĂ©e Ă  Hambourg rĂ©unissait 650 personnes. En 2025, elles seront 650 000 rĂ©parties dans quatrevingt compĂ©titions Ă  travers la planĂšte. Cette popularitĂ© s’explique par son cĂŽtĂ© hybride : un format qui s’adresse aux adeptes d’endurance comme aux mordus de force athlĂ©tique, une heure de compĂ©tition, et un dĂ©roulement standardisĂ© qui en facilite l’organisation : une grande halle et c’est parti !

Alexis Bernier, entraßneur, et Jannis Reichmuth, créateur de contenu, au Sledpull.

Jannis Reichmuth a un objectif : rĂ©aliser un Sub60, c’est-Ă dire relever le dĂ©fi Hyrox en moins de 60 minutes.

TÊTE DE LISTE

Jannis Reichmuth n’est pas du genre Ă  reculer devant les dĂ©fis. C’est pour cela que l’Hyrox fait figure de prioritĂ© sur sa liste.

the red bulletin : Qu’est-ce qui t’a incitĂ© Ă  ajouter l’Hyrox Ă  la liste de tes objectifs sportifs ?

jannis reichmuth : Je suivais la tendance sur les rĂ©seaux sociaux et j’ai tout de suite Ă©tĂ© emballĂ© par le combo force et endurance. Avant, je faisais du hockey sur glace et l’étĂ©, je me prĂ©parais Ă  la saison avec du Crossft. Du coup, j’avais dĂ©jĂ  un certain bagage dans ce domaine. Quand je me suis entraĂźnĂ© pour l’Ironman, j’ai un peu mis la partie muscu de cĂŽtĂ© et j’ai remarquĂ© que ça me manquait. L’Hyrox combine exactement ce que j’aime, et c’est pour cela que j’ai voulu m’y mettre.

ConcrĂštement, qu’est-ce qui te sĂ©duit dans le dĂ©f Hyrox ?

L’Hyrox requiert Ă  la fois de la force et de l’endurance et je crois que c’est ça qui m’a vraiment attirĂ©, sans parler de la super ambiance qui rĂšgne dans les salles de ftness, cette Ă©nergie collective : quand on s’entraĂźne tout seul plusieurs mois d’aflĂ©, on est content de retrouver ces encouragements et cette Ă©nergie contagieuse.

Quels enseignements as-tu tirĂ©s de l’introduction de l’Hyrox dans l’A’Lab (salle de ftness basĂ©e Ă  Zurich, ndlr) ?

Pour l’Hyrox, tu as intĂ©rĂȘt Ă  ĂȘtre au top de ta forme. Quand on connaĂźt ses points forts et ses points faibles et qu’on les exploite de maniĂšre ciblĂ©e, ça reprĂ©sente un gain de temps Ă©norme. Parfois, il vaut

mieux mettre un coup de frein sur une certaine station avant de tout donner sur la prochaine. L’Hyrox, reprĂ©sente au total une heure d’efort, donc le rythme est dĂ©terminant. Tu fnis par dĂ©velopper un certain feeling sur l’intensitĂ© avec laquelle tu peux exĂ©cuter chaque exercice sans te griller complĂštement.

Dans quel exercice devras-tu investir le plus ?

Je pense aux Wall Balls et aux Walking Lunges. Ils vont ĂȘtre super durs parce qu’ils sollicitent Ă©normĂ©ment les jambes, et les miennes ne sont pas habituĂ©es Ă  fournir un tel efort et Ă  repartir aussitĂŽt au pas de course. La difcultĂ©, ce ne sont pas les exercices en eux-mĂȘmes, mais le fait de les enchaĂźner en une heure.

À qui conseillerais-tu l’Hyrox ? À tous ceux qui ont un trop plein d’énergie. Au risque de me rĂ©pĂ©ter, l’Hyrox est un sport ovni, oĂč tu te vides complĂštement niveau endurance, et peut-ĂȘtre un peu moins au niveau muscu, mais comme tu combines les deux, tu es vraiment obligĂ© de repousser tes limites.

Le 2 novembre, tu participeras au marathon de New York. Tu penses enchaĂźner avec ton programme Hyrox ? IdĂ©alement, je pense intĂ©grer dĂšs maintenant au moins une session Hyrox par semaine dans mon entraĂźnement pour m’y consacrer Ă  100 % dĂšs le mois de dĂ©cembre afn de participer Ă  ma premiĂšre compĂ©tition au bout de trois mois.

T’es-tu dĂ©jĂ  fxĂ© un objectif pour cette premiĂšre ?

Oui, un Sub60, autrement dit fnir la compétition en moins de 60 minutes.

C’est trùs ambitieux !

Mon projet Ironman m’a montrĂ© qu’avec du travail acharnĂ© et un peu de volontĂ©, tout est possible. Parfois, il faut aussi ĂȘtre un peu fou pour atteindre un objectif vraiment Ă©levĂ©. Je prĂ©fĂšre ça plutĂŽt que de me fxer un objectif rĂ©aliste. Ça me motive Ă  m’entraĂźner encore plus dur.

À propos de Jannis Reichmuth

Originaire du canton de Schwytz, ce crĂ©ateur de contenu est devenu cĂ©lĂšbre pour ses dĂ©fis sportifs. Cet Ă©tĂ©, il a bouclĂ© son premier triathlon Ironman Ă  Hambourg en 9 heures et 46minutes, soit bien en dessous de la barre mythique des dix heures. Durant le second semestre, tout tourne autour de la course Ă  pied pour le jeune homme de 24 ans : Ă  Berlin, il tentera pour la premiĂšre fois un marathon en moins de 2 heures et 55 minutes avant de participer Ă  un relais traversant l’Allemagne du nord au sud. Son annĂ©e de course s’achĂšvera enfin par un autre marathon lĂ©gendaire : celui de New York City.

« J’aime l’ambiance du dĂ©fi Hyrox, cette Ă©nergie collective oĂč tout le monde s’en-
Station n°6, Farmer’s Carry : ici, les hommes portent deux kettlebells de 24 kg chacune.

La derniĂšre station, les Wall Balls, est la plus exigeante, tant mentalement que physiquement.

À la deuxiùme station Hyrox, le Sledpush, tout est une question de bonne prise.

LE BON FILON

Alexis Bernier compte parmi les pionniers de l’Hyrox en Suisse. Le nombre d’inscriptions dans sa salle de sport

A’Lab confirme sa vision.

the red bulletin : Pourquoi t’es-tu intĂ©ressĂ© Ă  l’Hyrox ?

alexis bernier : Quand j’ai ouvert A’Lab en mars 2024, je ne savais pas du tout ce que c’était ! Mon idĂ©e, c’était d’ouvrir une salle de sport hybride avec difĂ©rents concepts d’entraĂźnement. Et puis, tout s’est enchaĂźnĂ© trĂšs vite : j’ai entendu parler d’Hyrox et j’ai adorĂ© le concept. En juin, j’ai souscrit une licence studio pour pouvoir proposer ofciellement des entraĂźnements Hyrox et en octobre, j’ai participĂ© moi-mĂȘme Ă  ma premiĂšre compĂ©tition Ă  Milan.

Quel est le profl sportif des personnes qui s’entraünent à l’Hyrox ?

Chez nous, 80 % sont des gympeople, autrement dit des gens qui s’entraĂźnaient jusqu’alors principalement en salle de ftness. Mais ce ne sont pas forcĂ©ment des athlĂštes expĂ©rimentĂ©s. Pour la plupart, c’est la course qui reprĂ©sente le plus gros dĂ©f. Il faut quand mĂȘme courir huit kilomĂštres lors d’un Hyrox !

Tu sens que les gens se passionnent pour l’Hyrox en ce moment ?

À fond ! Depuis que l’on propose des sĂ©ances d’Hyrox, on a connu une croissance de 20 %.

Quel est le niveau d’ambition des athlùtes qui s’entraünent dans ton club ?

La plupart suivent entre deux et quatre séances par semaine. Avec ça, on peut

À

propos d’Alexis Bernier

boucler un Hyrox en environ 1 heure 20 Ă  1 heure 30 minutes. Beaucoup commencent Ă  s’entraĂźner chez nous sans imaginer un jour participer Ă  un Hyrox : ils pensent que c’est trop dur pour eux. Mais avec le temps, ils rĂ©alisent que c’est loin d’ĂȘtre impossible.

Le Crossft reprĂ©sentait dĂ©jĂ  un format de compĂ©tition basĂ© sur des exercices de ftness. Pourquoi l’Hyrox parvient-il Ă  toucher un public plus large ?

Le Crossft est trĂšs Ă©litiste, les exercices en compĂ©tition sont tellement techniques qu’il y a un grand risque de blessure si on ne les maĂźtrise pas parfaitement. L’Hyrox, c’est un peu comme un marathon : tout le monde peut y participer Ă  partir du moment oĂč l’on peut courir huit kilomĂštres.

Donc les personnes participant Ă  l’Hyrox ne sont pas toutes hyper-entraĂźnĂ©es ? Ce qu’on voit sur les rĂ©seaux sociaux ne refĂšte pas du tout la rĂ©alitĂ©. Les athlĂštes vraiment au top reprĂ©sentent peut-ĂȘtre

Dans sa jeunesse, le Français Ă©tait un coureur de demi-fond (800/1500 m) plein de promesses qui s’intĂ©ressait aussi au triathlon. LassĂ© par les exigences de cette discipline, il dĂ©couvre l’univers des salles de fitness oĂč il passe de nombreuses heures Ă  sculpter son corps. Une passion qui le conduit Ă  Zurich, oĂč il ouvre sa propre salle dĂ©but 2024 : A’Lab. Au mĂȘme moment, le trentenaire dĂ©couvre l’Hyrox, et comme il l’explique : « J’ai tout de suite su que c’était mon sport. » Il a dĂ©jĂ  remportĂ© trois victoires dans sa catĂ©gorie d’ñge sur des compĂ©titions Hyrox.

Toutes les infos sur l’évĂ©nement Hyrox Ă  GenĂšve les 11 et 12 octobre ici.

5 % du lot. On le remarque aussi dans la taille des catĂ©gories : chez les Pros, il y a environ 600 participants, alors qu’on en aura jusqu’à 14 000 dans les Open. Ce qui est gĂ©nial avec le format Hyrox, c’est qu’il n’y a pas de limite de temps. La compĂ©tition s’arrĂȘte quand le dernier ou la derniĂšre a terminĂ©. Ça peut durer plus de 2 heures et 30 minutes.

Dans l’Hyrox, on voit beaucoup d’athlùtes courir torse nu. Est-ce devenu une norme ?

Non, c’est parce que la plupart des compĂ©titions d’Hyrox ont lieu dans des halles oĂč il fait souvent 20 Ă  25 degrĂ©s, soit de grosses tempĂ©ratures si tu es Ă  fond.

À quoi ressemble un entraünement Hyrox dans ta salle ?

Dans les cours Hyrox, on se concentre sur les huit stations et sur l’exĂ©cution correcte des mouvements, souvent en intervalles.

«Ce que l’on voit sur les rĂ©seaux sociaux ne reflĂšte pas du tout la rĂ©alité : les athlĂštes vraiment au top reprĂ©sentent 5 % du lot.»

Les entraßnements hybrides sont aussi trÚs populaires : on y combine des exercices classiques de force avec charges lourdes et des exercices Hyrox. Cela permet de simuler la fatigue ressentie en compétition.

Tu participes toi-mĂȘme Ă  des compĂ©titions. Quel est ton objectif ?

Mon meilleur temps est de 56 minutes et 53 secondes, Ă  Berlin. Je veux passer sous la barre des 56 minutes cette saison et me

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qualifer pour les Elite 15. C’est la sĂ©rie de courses Hyrox de haut niveau, rĂ©servĂ©e aux quinze meilleures femmes et quinze meilleurs hommes au monde.

Ça reprĂ©sente quel volume d’entraĂźnement ?

Je fais onze Ă  douze sĂ©ances par semaine, sans compter les quatre sĂ©ances que je dirige moi-mĂȘme au A’Lab, mes dix heures comme coach particulier et l’administration dont je m’occupe.

Moins Ă©litiste et moins technique que le Crossfit, l’Hyrox doit sa popularitĂ© Ă  son accessibilitĂ©.

La salle de sport A’Lab : c’est ici qu’on forme la relĂšve athlĂ©tique.

HYROX, MODE

D’EMPLOI

En exclusivité pour The Red Bulletin, Elli Stenfors énumÚre les stations de la compétition Hyrox.

À propos d’Elli Stenfors

La course (8 x 1 km)

« La course est la partie la plus importante de l’Hyrox. Tu cours un kilomĂštre au dĂ©part et entre chaque station. Mais ĂȘtre une bonne coureuse n’est pas forcĂ©ment gage de rĂ©ussite Ă  l’Hyrox, car il faut aussi faire des exercices avec des charges lourdes. Si l’on n’est pas habituĂ©e, on se retrouve vite avec les jambes en feu. »

À 28 ans, la coach Finlandaise s’est dĂ©jĂ  taillĂ©e une solide rĂ©putation : les sĂ©ances d’Hyrox qu’elle dispense au BLG-SportsGym sont considĂ©rĂ©es comme les plus difficiles de tout Zurich. Ancienne nageuse, elle fait un dĂ©tour par le Crossfit avant de dĂ©couvrir l’Hyrox, dont elle apprĂ©cie le cĂŽtĂ© endurant. Elle a remportĂ© l’Hyrox de St-Gall 2025, et vise la qualification pour les Elite 15 Ă  GenĂšve et Stuttgart. 1 2 3 4

DÉPART

1.

SkiErg 1000 m

« À la premiĂšre station, tout le monde est super motivĂ©. L’adrĂ©naline bat son plein, et beaucoup partent trop fort. Oui, il faut se faire mal, mais seulement au point de pouvoir continuer Ă  courir au mĂȘme rythme par la suite. C’est important d’utiliser tout le corps et pas seulement les bras ! »

2.

Sledpush 50 m

(Femmes 102/Hommes 152 kg, Pros 152/202kg)

« Tu pousses un traĂźneau avec tout ton corps et il faut aussi que tes chaussures aient du grip pour Ă©viter de glisser sur le tapis. Il faut pratiquer cet exercice rĂ©guliĂšrement et idĂ©alement avec des charges plus lourdes qu’en compĂ©tition. »

3.

Sledpull 50 m

(mĂȘme charge)

« Il n’y a pas une technique meilleure que les autres, chacun doit trouver la sienne. La plupart tirent en marchant en arriĂšre, la corde entre les jambes ou sur le cĂŽtĂ©. LĂ  aussi, l’important est de ne pas compter que sur les bras, qui tiennent la corde, car la force vient des jambes et des hanches. »

4.

80 m Burpee Broad Jump

« Aucun exercice ne trahit mieux ta forme physique. Le cƓur s’emballe, les sauts sont Ă©puisants, tout comme la partie pompe, surtout pour les coureurs. Il y a plusieurs variantes pour sauter, se relever. Chacun doit trouver ce qui lui convient. »

5.

1 000 m Row

« Selon moi, c’est la station Hyrox la plus simple. Tu peux garder un bon rythme sans aller Ă  tes limites. À l’entraĂźnement, on peut par exemple ramer 6 Ă  10x500 mĂštres avec 30 Ă  45 secondes de pause. Comme point de repĂšre si tu connais ton temps sur 5 km, il suffit de ramer un peu plus vite que cela. »

5 6 7 8

6.

200 m Farmers Carry

(Femmes 2x16/Hommes 2x24kg, Pros 24/32kg)

« C’est un mouvement simple. Il suffit de marcher en tenant les kettlebells. Mon conseil : penche-toi lĂ©gĂšrement vers l’avant. À l’entraĂźnement, je prĂ©coniserais de renforcer tout le haut du corps, et en compĂ©tition, de bien s’enduire les mains de magnĂ©sie avant de commencer. »

7.

100 m Sandbag Lunges

(Femmes 10/Hommes 20kg, Pros 20/30kg)

« Les fentes sont un exercice plus technique. Il faut de la force dans les jambes pour se baisser. Un bon indicateur est d’avoir un angle de 90 degrĂ©s au niveau des genoux et des chevilles. À l’entraĂźnement, il faut travailler avec des charges plus lourdes que celles en compĂ©tition. »

8.

100 Wall Balls (Femmes 4/Hommes 6 kg, Pros 6/9 kg)

« Mentalement, c’est la station la plus exigeante, et la plus impitoyable, car c’est la derniĂšre. Ça peut ĂȘtre humiliant, car c’est le moment oĂč tu peux ruiner tout ton Hyrox. Les hanches doivent descendre plus bas que les genoux Ă  chaque squat car sinon, la rĂ©pĂ©tition ne compte pas. »

RED BULL TANDEM SPLASH.

LES VÉLOS LES PLUS ORIGINAUX DE SUISSE.

Voyage / Playlist / Montre / Énigme / Film / Agenda

LE JOYAU D’ARGENT BOLIVIEN

À la dĂ©couverte du dĂ©sert de sel du Salar d’Uyuni

MYSTIC DESERT

10 000 km 2 de blanc. Dans le Salar d’Uyuni, en Bolivie, le plus grand dĂ©sert de sel au monde, le soleil tape deux fois plus fort, le ciel et le sol se confondent, et les illusions d’optique font vriller le cerveau.

« Les lobes, les narines et les lĂšvres ! » C’est la premiĂšre formule que l’on nous assĂšne dĂšs notre arrivĂ©e dans le Salar d’Uyuni, le plus grand dĂ©sert de sel au monde. En d’autres termes : dans ces hauts plateaux boliviens, quiconque ne s’enduit pas chaque millimĂštre de peau de crĂšme solaire risque de se souvenir longtemps de ce voyage. Entre un soleil qui tape le crĂąne telle une fournaise (Ă  3 656 mĂštres, l’atmosphĂšre se fait si mince qu’elle filtre Ă  peine les UV) et le sel qui rĂ©flĂ©chit la chaleur sous les pieds, les endroits les plus improbables de notre corps s’empourprent et brĂ»lent douloureusement. J’y gagne pour ma part un bon coup de soleil entre les doigts. Classique erreur de dĂ©butante


Quand on a enfin compris comment Ă©viter de rĂŽtir comme une volaille dans ce dĂ©sert de 10 582 kmÂČ, la vraie magie commence. Car ici, Ă  Uyuni, on a l’impression d’ĂȘtre sur une autre planĂšte. Ce village de 20 000 Ăąmes sera mon point de dĂ©part. Autrefois plaque tournante de l’argent, du plomb et du lithium, Uyuni ressemble aujourd’hui Ă  une ville fantĂŽme, avec pour attraction principale un cimetiĂšre de trains peuplĂ© d’immenses robots de ferraille. Un vĂ©ritable dĂ©cor post-apocalyptique qui, combinĂ© au rĂ©seau tĂ©lĂ©phonique capricieux, renforce cette impression que quelque chose d’incroyable nous attend derriĂšre l’horizon.

Un rĂȘve Ă©veillé ?

Quelques kilomĂštres plus loin commence le blanc. Le cerveau pense d’abord Ă  de la neige, ce qui n’est pas totalement absurde, car Ă  ces altitudes, les tempĂ©ratures nocturnes passent sous la barre du zĂ©ro entre juin et aoĂ»t. « La structure des grains de sel en nid d’abeilles permet d’équilibrer les tensions lors du sĂ©chage du sol », m’explique-t-on. Un phĂ©nomĂšne que l’on retrouve expliquĂ© dans des VOYAGE/

Autrice à succÚs de récits de voyages (en allemand), Waltraud Hable parcourt la planÚte avec sa valise pour domicile.
DUR COMME DU CRISTAL Dans les hĂŽtels, absolument TOUT est en sel.
MAD MAX Le cimetiùre de trains est digne d’une scùne de film.

SALAR DE UYUNI DĂ©cor surrĂ©el et merveilleux, ce dĂ©sert s’étend Ă  l’infini tel un immense miroir argentĂ©.

« Dans ce dĂ©cor, le cerveau perd rapidement tout sens de l’orientation. »

milliers d’ouvrages, mais qu’on ne peut vraiment comprendre que quand on le voit rĂ©ellement.

Autre information essentielle: ce dĂ©sert de sel ne s’improvise pas. Certes, on peut l’explorer Ă  moto ou en 4×  4, mais si l’on dĂ©cide de s’embarquer en solo dans cette aventure, mieux vaut ĂȘtre calĂ© en mĂ©canique et ne pas oublier son GPS satellite. Car lorsque ciel et sol se fondent en une surface aveuglante (ce qui arrive trĂšs vite), toute notion de direction ou de distance disparaĂźt, et force mĂȘme le respect des plus grands pros du Rallye Dakar, la course tout-terrain la plus impitoyable au monde qui a traversĂ© ce dĂ©sert salin de 2014 Ă  2018.

Entre le sel qui ronge l’électronique et les freins, et le paysage qui se change en un immense miroir par temps de pluie (phĂ©nomĂšne pour lequel le Salar est si cĂ©lĂšbre), on est complĂštement livrĂ© Ă  soimĂȘme en cas de panne. Pour cette raison, la plupart des touristes optent pour des excursions guidĂ©es. Mon guide s’appelle Alejandro. La plupart du temps em-

Conseils de voyages

Meilleure pĂ©riode PrivilĂ©gier la saison sĂšche, de mai Ă  novembre, car plus de zones du dĂ©sert de sel seront praticables. Pendant la saison des pluies, de dĂ©cembre Ă  avril, une couche d’eau recouvre la surface saline et les risques de s’embourber augmentent, mais le paysage se transforme alors en un immense miroir.

Comment s’y rendre Depuis l’Europe, prendre un vol jusqu’à El Alto puis un vol intĂ©rieur jusqu’à Uyuni.

mitouflĂ© de la tĂȘte aux pieds (l’expĂ©rience qui parle), le trentenaire a trĂšs vite compris que sans arbre ni ombre, le cerveau ne dispose d’aucun repĂšre pour estimer les tailles ou les distances. Le dĂ©sert de sel se prĂȘte si bien aux illusions d’optique que nous improvisons une sĂ©ance photo loufoque en jouant avec les prises de vue et les jeux de perspectives. Ceci avant de rejoindre l’Isla Incahuasi, Ăźlot rocheux couvert de cactus centenaires qui servait de refuge aux Incas, et qui offre un point de vue circulaire idĂ©al pour embrasser le dĂ©sert d’un regard. Chaque fois que l’on pense avoir tout vu, la rĂ©gion nous surprend, avec ces flamants roses picorant des crabes dans les lagunes ou avec cet hĂŽtel qui se dresse soudain devant nous avec ses murs et ses couchettes entiĂšrement sculptĂ©s dans d’épais blocs de sel. Ni eau courante ni chauffage, mais un abri bienvenu pour passer la nuit. Pourtant, le secret le mieux gardĂ© de ce paysage n’apparaĂźt pas devant nous mais en nous : cette sobriĂ©tĂ© visuelle, ce silence (pas mĂȘme un pĂ©piement d’oiseau), laisse le cerveau tourner en roue libre. Un silence parfois bienvenu pour remettre les pendules intĂ©rieures Ă  l’heure.

IG : @waltraud_hable

PLAYLIST/ DES LIENS

PROFONDS

Une voix envoĂ»tante, des pĂ©pites musicales entre acoustique et Ă©lectro, Monolink est un artiste inclassable et terriblement addictif : on aime !

Steffen Linck aka Monolink est de ces artistes que l’on n’oublie pas : l’auteur-compositeur-interprĂšte allemand est connu pour ses crĂ©ations musicales uniques, savant mĂ©lange de guitare acoustique sur des rythmes Ă©lectro et deep house – un son incomparable qui invite Ă  la fĂȘte et Ă  l’exubĂ©rance autant qu’à la rĂ©flexion et la mĂ©lancolie. Son premier album, Amniotic, sorti en 2018, lui a valu une reconnaissance internationale, confirmĂ©e par un second album en 2021, Under Darkening Skies, un opus surrĂ©aliste tout en profondeur et en sensibilitĂ©. Son troisiĂšme et dernier album, The Beauty Of It All, conserve la mĂȘme ambition musicale et verve poĂ©tique qui ont fait son succĂšs. Les singles Mesmerized, Powerful Play et Avalanche donnent un avant-goĂ»t de l’opus qui sortira fin septembre. Des textes intelligents posĂ©s sur une voix suave et des beats lancinants : artiste du mĂ©lange des genres, Monolink nous dĂ©voile quatre titres qui l’ont marquĂ© Ă  vie.

Oasis

Don’t Look Back in Anger (1996)

« C’est cette chanson qui m’a donnĂ© envie d’apprendre la guitare, quand j’avais environ 15 ans. Il existe une version live oĂč Noel Gallagher la chante seulement accompagnĂ© de sa guitare, dans le bar d’un hĂŽtel, et ça m’a bouleversĂ©. Je me suis entraĂźnĂ© jour et nuit. Pour moi elle reste encore l’une des plus belles chansons de tous les temps. »

Pink Floyd Time (1973)

« J’avais achetĂ© The Dark Side Of The Moon sur un marchĂ© aux puces parce qu’on m’avait dit que cet album Ă©tait culte, et aussi parce que la pochette me plaisait. Un vĂ©ritable voyage psychĂ©dĂ©lique dont l’un des morceaux lĂ©gendaires est Time, grĂące au fameux solo de guitare de David Gilmour et aux paroles qui parlent de l’ennui d’une vie en banlieue – ce que je vivais Ă  l’époque. »

Leonard Cohen Last Year’s Man (1971)

« Leonard Cohen a brisĂ© les carcans de l’écriture lyrique, avec des textes sans vers et sans refrain. Last Year’s Man est si intime et si mystĂ©rieux qu’encore aujourd’hui, j’ai des images qui me viennent Ă  l’esprit quand je l’écoute. Il faut Ă©couter attentivement pour accĂ©der pleinement Ă  cette musique, et c’est comme ça que j’écris mes textes. »

Nicolas Jaar Space Is Only Noise (2011)

« Je ressens dans la musique de Jaar une passion pour la musique et le mĂ©lange des genres qui m’est familiĂšre. Alors que je considĂ©rais l’acoustique et l’électro comme deux mondes distincts, il a voulu s’amuser Ă  les mĂ©langer. Space is Only Noise est un chef-d’Ɠuvre, et le morceau-titre de l’album allie la douceur des voix Ă  des synthĂ©s survoltĂ©s. »

Monolink sera le 17 octobre Ă  la Halle 622 Ă  Zurich. mono.link
CLAIR-OBSCUR Pour son nouvel album, Monolink opĂšre un retour aux sources : « À la campagne, en pleine nature. »

À bloc vers la ïŹnale Ă  DubaĂŻ

MONTRE/

À L’ASSAUT DES CIRCUITS

IWC entre dans une nouvelle dimension. InspirĂ©e du film F1 avec Brad Pitt, la Pilot’s Watch Performance Chronograph 41 incarne la passion du sport automobile et une prĂ©cision sans compromis.

Le boĂźtier abrite un mouvement chronographe automatique. Le calibre de manufacture robuste, Ă  commande par roue Ă  colonnes, garantit une rĂ©serve de marche de 46 heures et une mesure du temps prĂ©cise mĂȘme dans les conditions les plus extrĂȘmes.

« La Formule 1, entre technologie de pointe et courses chargĂ©es d’adrĂ©naline. » Une devise qu’IWC a fait sienne, Ă  travers son Ă©chelle tachymĂ©trique, sa lunette en cĂ©ramique ou encore son bracelet en caoutchouc : ce chronographe rime avec vitesse et contrĂŽle, fidĂšle Ă  l’esprit et aux couleurs de l’équipe fictive APXGP du film F1, sorti en juin au cinĂ©ma. Une touche hollywoodienne encore soulignĂ©e par le boĂźtier, vĂ©ritable chefd’Ɠuvre d’ingĂ©nierie de 41 millimĂštres de diamĂštre en or rouge 18 carats et ornĂ© d’appliques dorĂ©es. 24 000 CHF, iwc.com

UN JEU

D’ENFANTS

Voici un dĂ©fi casse-tĂȘte avec un bon coup de boost pour ta forme mentale. RĂ©sous des lignes grĂące Ă  ta vision spatiale –et entraĂźne-toi pour Red Bull Tetris¼ !

Le défi

Tout le monde connaĂźt le principe de Tetris : faire tomber les blocs de maniĂšre Ă  former des lignes. Chaque ligne ainsi complĂ©tĂ©e disparaĂźt. À toi de jouer : comment ces blocs colorĂ©s doivent-ils ĂȘtre agencĂ©s, et dans quel ordre, pour vider le plateau ?

PERSPECTIVES

Les compétences

Tu entraĂźnes ici ta perception spatiale : la capacitĂ© Ă  percevoir en trois dimensions, essentielle dans le sport ou le travail manuel. Cela renforce aussi ton attention et ta concentration.

Destination DubaĂŻ Participe Ă  Red Bull TetrisÂź et qualifie-toi pour la finale mondiale ! Joue sur ton smartphone pour peut-ĂȘtre atteindre la finale nationale et dĂ©crocher un billet pour DubaĂŻ (Émirats arabes unis), oĂč des drones dĂ©signeront le ou la gagnant·e. Scanne le code. C’est parti !

FILM/

AU PLUS PRÈS DES LIMITES

Des pistes glacĂ©es, une vitesse vertigineuse, et une mince ligne entre chute et triomphe. Le film documentaire Downhill Skiers –Ain’t No Mountain Steep Enough suit les skieurs et skieuses de descente pendant une saison.

Une descente. Deux minutes. À fond. Un combat physique entre gloire et tragĂ©die, entre dĂ©passement de soi et affrontement avec l’adversaire le plus redoutable : la piste. Que ressentent les skieurs et les skieuses de compĂ©tition Ă  cette intersection entre espoir et peur, rĂȘve et douleur ? C’est cela que montre le film documentaire Downhill Skiers – Ain’t No Mountain Steep Enough . Pendant toute une saison, l’équipe de tournage a suivi de prĂšs plusieurs stars mondiales de la descente – dont la rĂ©vĂ©lation Cyprien Sarrazin, ainsi que Marco Odermatt, Franjo von Allmen et Dominik Paris. La descente est considĂ©rĂ©e comme la discipline la plus exigeante et la plus dangereuse du ski alpin. À des vitesses pouvant atteindre 150 km/h, les athlĂštes dĂ©valent des pistes gelĂ©es, rĂ©alisent des sauts de plusieurs mĂštres, et doivent prendre des dĂ©cisions en une fraction de seconde, sachant qu’un infime faux pas peut entraĂźner une chute ou une blessure grave. Le film capture cette tension Ă  travers des images spectaculaires – tout en s’attardant sur les moments plus calmes, souvent plus rĂ©vĂ©lateurs : des instants passĂ©s en famille, des confidences, le travail mental et les phases d’introspection. Tout converge vers le jour de course, celui oĂč se dĂ©cide si les coureurs et les coureuses ont su comprendre la piste, s’adapter, et ajuster leur style de maniĂšre optimale. Mais l’adversaire principal reste la neige : parfois glacĂ©e, parfois molle, parfois Ă©troite ou bosselĂ©e – toujours imprĂ©visible. Une seconde d’inattention peut tout faire basculer. Les combinaisons ultrafines, les airbags et les casques n’offrent qu’une protection limitĂ©e.

RECONNAISSANCE Le skieur suisse Justin Murisier Ă  Sun Valley en 2025.

Le rĂ©alisateur Gerald Salmina et son Ă©quipe ont suivi leurs protagonistes tout le long du calendrier de la Coupe du monde, du dernier rendez-vous de la saison 2024 Ă  Saalbach aux Championnats du monde 2025, Ă©galement Ă  Saalbach. Douze mois d’immersion brute et authentique. Le film dĂ©voile aussi le quotidien des athlĂštes : entraĂźnements, prĂ©paration mentale, et le tumulte intĂ©rieur aprĂšs la ligne d’arrivĂ©e.

Downhill Skiers – Ain’t No Mountain Steep Enough n’est pas seulement un incontournable pour les fans de ski, mais un portrait captivant de passion, de volontĂ© et de courage : celui de repousser sans cesse ses propres limites.

Downhill – Ain’t No Mountain Steep Enough fera sa premiĂšre suisse dans le cadre du Zurich Film Festival, le 1er octobre. La sortie officielle en Suisse alĂ©manique est prĂ©vue pour le 23 octobre.

RÉGLAGE PARFAIT Le rĂ©alisateur Gerald Salmina, entre action et Ă©motion pendant le tournage.
« La marge est Ă©troite. Quand on pousse trop, le dĂ©nouement peut ĂȘtre dramatique. »
Marco Odermatt
À TOUTE ALLURE Le skieur suisse Marco Odermatt lors de l’entraĂźnement de descente Ă  KitzbĂŒhel en 2025.
L’AMOUR DU RISQUE L’Italien Dominik Paris a terminĂ© quatriĂšme de la descente de Wengen en 2025.

AGENDA/

ÇA SENT LA FÊTE !

CrĂ©ativitĂ©, action, musique et fun – avec ces Ă©vĂ©nements, la saison automnale promet d’ĂȘtre inoubliable.

14

septembre

Red Bull Tandem Splash

5

au 7 septembre SGRAIL

78 Silvaplana

Un paysage montagneux Ă  couper le souffle, des parcours exigeants et un programme varié : voilĂ  les Ă©lĂ©ments qui constituent ce festival de triathlon qui attire les passionné·e·s en Engadine. SGRAIL, c’est natation, gravel bike et trail running. Un week-end centrĂ© autant sur la compĂ©tition que sur l’expĂ©rience partagĂ©e. sgrail.country

13

et 14 septembre

Groove

Session

Le plus grand battle de Suisse est de retour Ă  NeuchĂątel avec les stars internationales du breaking ! Samedi, place aux meilleurs crews. Dimanche, un duo tirĂ© au sort rĂ©unira un enfant et un adulte. Rendezvous pour ce show hors normes sans distinction d’ñge, de genre ni d’origine. groovesession.ch

La piscine de Bellerive, Ă  Lausanne, s’apprĂȘte Ă  se transformer en une arĂšne spectaculaire : quarante duos parcoureront une piste semĂ©e d’obstacles au-dessus de l’eau
 Ă  vĂ©lo tandem – le tout dans des tenues complĂštement dĂ©lirantes. Imagination et Ă©quilibre feront la diffĂ©rence. Un aprĂšs-midi sous le signe des surprises et de l’hilaritĂ©. redbull.com

11 au 13 octobre

Freestyle Roots

Des figures aĂ©riennes spectaculaires, du freestyle rap, des crĂ©ations hautes en couleur Ă  la bombe de peinture – voilĂ  Ă  quoi ressemble le festival Freestyle Roots. Pour son cinquiĂšme anniversaire, l’évĂ©nement rĂ©unit des talents en skateboard, snowboard, vĂ©lo, ski, breaking et graffiti. freestyleroots.ch

11

juillet au 12 septembre

Red Bull

Downtime

Du DH, dans les lĂ©gendaires bikeparks de ChampĂ©ry, de la rĂ©gion Dents du Midi, du Lenzerheide Bike Kingdom et de Verbier. Sur un segment dĂ©fini, on mesure ton temps. À la fin de la saison, la personne en tĂȘte du classement remporte une invitation exclusive pour assister au Red Bull Hardline au Pays de Galles (UK). La ligne la plus extrĂȘme du monde est rĂ©servĂ©e aux pros invitĂ©s. redbull.com/downtime

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Willy Bottemer, Valérie Guillouet, Mael Le Ray, Claire Schieffer, Gwendolyn de Vries, Lucie Donzé (corr.)

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Christian BĂŒrgi (dir.), Marcel Bannwart, Lauritz Putze, Michael Wipraechtiger

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au 19 octobre

Cycle Valley

La vallĂ©e du Rhin accueille son propre festival du vĂ©lo ! Les fans de cyclisme se retrouvent au centre du village de Au (canton de Saint-Gal) pour la premiĂšre Ă©dition de ce format transfrontalier. Pendant trois jours, la communautĂ© vĂ©lo fĂȘte la fin de saison – en VTT, vĂ©lo de course ou gravel. Le tout accompagnĂ© de musique live, DJ et spectacles variĂ©s. cyclevalley.ch

17 et 23 août

Red Bulls Salute

Le tournoi Red Bulls Salute rĂ©unit de nouveau des Ă©quipes internationales de hockey sur glace Ă  Zell am See-Kaprun pour un Ă©chauffement estival. Les hĂŽtes : le EC Red Bull Salzburg (douze fois Champion d’Autriche) et le EHC Red Bull MĂŒnchen (quatre fois Champion d’Allemagne). Ils accueillent l’EV Zoug (triple Champion suisse) et le Rögle BK de SuĂšde, vainqueur de la Champions Hockey League 2021/22. ecrbs.redbulls.com

Marion Bernert-Thomann, Martina de Carvalho-Hutter, Miles English, Kevin Faustmann-Goll, Carita Najewitz, Tara Thompson

Rédaction photo

Eva Kerschbaum (dir.), Marion Batty (adj.), Susie Forman, Rudi Übelhör

Gestion de la rédaction

Marion Lukas-Wildmann

Managing editor

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Global content

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Direction artistique commerciale

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Direction des opé. éditoriales

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Management vente et projets spé.

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THE RED BULLETIN Allemagne ISSN 2079-4258

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Gizelle McBride

Des talents de la littĂ©rature suisse se livrent sur des sujets qui leur tiennent Ă  cƓur, en leur donnant un twist positif.

Le marathon littéraire de Lorenz Langenegger ou comment composer avec les piques

est ce qui me pousse vers mes limites, voire mĂȘme au-delà
 Et Ă  chaque fois, j’y retourne, je fonce. De mon plein grĂ©. Et j’adore ça. RĂ©cemment, j’ai animĂ© onze sĂ©ances de lecture dans des classes – en seulement quatre jours. Je me suis donnĂ© Ă  fond, jusqu’à Ă©puisement – Ă  tel point que j’ai terminĂ© ce marathon complĂštement malade, obligĂ© de rester au lit pour rĂ©cupĂ©rer. On ne peut pas dire que je sois un sportif de l’extrĂȘme, bien au contraire : mon mĂ©tier, c’est d’écrire des bouquins. Fini le temps oĂč les Ă©crivains collaient au clichĂ© du vin rouge et de la cigarette. Beaucoup de mes collĂšgues sont des passionnĂ©s de course Ă  pied, de natation ou de vĂ©lo. Un bon ami m’a ainsi rendu visite Ă  Vienne (Autriche) oĂč j’habite, avant de faire la route jusqu’à Nice en vĂ©lo – plus de 2 000 kilomĂštres Ă  pĂ©daler ! Il a mis huit jours et neuf heures. La course s’appelle Three Peaks, une Ă©preuve d’ultracyclisme en autonomie complĂšte – un euphĂ©misme ! Pour atteindre les points de contrĂŽle dans les Dolo-

mites, les Alpes et les Vosges, il faut gravir des milliers de mĂštres de dĂ©nivelĂ©. Peter Bichsel, lui, regardait chaque Ă©tĂ© le Tour de France, de la premiĂšre Ă©tape Ă  l’arrivĂ©e finale Ă  Paris. Jusqu’au-boutiste, le Peter : ça aussi, c’est une forme d’extrĂȘme, si on veut. Pas le genre de dĂ©fis qui m’attirent : je n’arrive jamais Ă  courir plus de dix kilomĂštres, j’utilise le vĂ©lo uniquement pour faire les courses ou aller au théùtre, je ne sais pas grimper et n’ai pas skiĂ© depuis plus de vingt ans. Le seul sport que je pratique, c’est un peu de muscu pour le dos – et si je saute dans l’eau, c’est uniquement pour me rafraĂźchir et pas pour nager. Mon sport extrĂȘme Ă  moi, c’est lorsque je me confronte Ă  des classes de gamins. C’est devant eux que je sors vĂ©ritablement de ma zone de confort.

Ce n’est un secret pour personne : les enfants sont non seulement le public le plus sincĂšre, mais aussi le plus exigeant. Les adultes choisissent d’aller te voir ou t’écouter. Ils viennent Ă  des lectures pour dĂ©couvrir un auteur, ou pour se faire une idĂ©e du livre.

Leurs visages ne trahissent rien. Ils sont polis, discrets. Ils rĂ©priment leurs bĂąillements, prennent un air intĂ©ressĂ©, mĂȘme s’ils pensent Ă  ce qu’ils vont boire aprĂšs ou s’ils sont prĂȘts pour la rĂ©union du lendemain. Ils m’écoutent, applaudissent gentiment Ă  la fin, me saluent Ă  la sortie, parfois achĂštent un livre et me demandent une dĂ©dicace. RĂ©cemment, j’ai animĂ© onze lectures scolaires en quatre jours. En gĂ©nĂ©ral, deux classes Ă  la fois, cinquante enfants en face de moi. Ils sont curieux, ouverts, me sourient, chuchotent, se retournent, se laissent distraire par le concierge dehors. Certains dĂ©vorent rĂ©guliĂšrement des pavĂ©s, d’autres n’ont jamais lu un livre. Ils veulent savoir combien de temps je mets pour Ă©crire un roman. Combien je gagne. Et surtout : Messi ou Ronaldo ? Quel est mon club de foot prĂ©fĂ©rĂ© ?

Dix minutes aprĂšs le dĂ©but, je lis le premier chapitre. Un garçon lĂšve la main : « C’est super ennuyeux, ce que vous racontez. » AĂŻe. Ça fait mal. Je fais bonne figure. Il va falloir qu’il tienne bon. Et moi aussi. Je continue avec deux chapitres supplĂ©mentaires. Ce n’est pas ma premiĂšre lecture. J’en ai dĂ©jĂ  fait six en deux jours devant douze classes – trois cents enfants. Ils Ă©taient captivĂ©s. Je sais que l’histoire fonctionne : un fantĂŽme qui surgit, un garçon trop grand pour y croire, son meilleur ami, sa grande sƓur, sa mĂšre, le pĂšre de son ami. C’est leur monde. Je le connais aussi. J’ai moi aussi Ă©tĂ© ce garçon amoureux de la grande sƓur de son meilleur copain.

Il y a un lien entre eux et moi. Un lien qui traverse trente-cinq ans. Il pourrait en traverser bien plus. On se raconte des histoires Ă©crites il y a 350 ou 3 500 ans, des histoires que tout le monde comprend. On souffre, on rit, on se rĂ©jouit des mĂȘmes choses... Parce que nous sommes tous humains. C’est cette magie-lĂ  que j’essaie de faire naĂźtre Ă  l’école, et ça demande de l’énergie : alors forcĂ©ment, il faut bien que je garde ma concentration – et celle de mon jeune public.

Entre les lectures, je prends une pause : je pars me promener, me laissant Ă©blouir par le soleil du printemps, respirant de toutes mes forces l’air du quartier. Je cherche un restaurant oĂč dĂ©jeuner parmi les ouvriers qui posent des panneaux solaires sur les toits. AprĂšs la troisiĂšme lecture, c’est la fin de la journĂ©e et je sors, complĂštement rincĂ©. Quand je m’assois dans le bus du retour, il me faut en gĂ©nĂ©ral Ă  peine quelques minutes pour m’endormir... Quel bonheur.

Il faut bien l’avouer : j’apprĂ©hende toujours un peu cette confrontation avec les enfants. Et ma crainte est souvent justifiĂ©e ! Pourtant, dĂšs qu’on me propose d’intervenir dans une classe, je saute sur l’occasion. J’ai Ă©crit des piĂšces de théùtre pour les enfants, et rĂ©cemment un roman. Lors de mes ateliers d’écriture jeunesse (que j’appelle mon « Laboratoire littĂ©raire »), je viens dans les Ă©coles expliquer Ă  des enfants mĂ©dusĂ©s que nous allons Ă©crire ensemble une Ɠuvre com-

« On raconte des histoires que tout le monde comprend. On souffre, on rit, on se rĂ©jouit des mĂȘmes choses
 C’est cette magie-lĂ  que j’essaie de faire naĂźtre Ă  l’école. »

mune. Eux et moi. Je leur dis que pour le temps que nous allons passer ensemble, nous sommes tous des Ă©crivains, qu’il n’y a pas de diffĂ©rence, que je ne suis pas meilleur ni plus intelligent qu’eux – juste plus vieux. Peu importe si je suis bon ou mauvais : ce qui compte, c’est que je ne peux pas Ă©crire leurs histoires Ă  leur place. C’est maintenant Ă  eux d’écrire la leur. Les enfants et les adolescents vivent dans le mĂȘme monde que moi, mais leur quotidien m’est Ă©tranger. Je prĂ©pare mes expĂ©ditions du mieux que je peux. Je vĂ©rifie mes instruments. Mais je reste vulnĂ©rable. Plus je suis exposĂ©, plus je peux me blesser. L’ambiance peut basculer. Un mot de travers, et je perds pied. La veille, je dors mal et me rĂ©veille souvent avant l’aube. Parfois, il m’arrive aussi de me maudire : au lieu d’aller dans cette Ă©cole, pourquoi ne suis-je pas restĂ© chez moi, tranquillement, Ă  Ă©crire de belles phrases en buvant une tasse de thĂ© ? Mais au lieu de ça, j’ai choisi, encore une fois, de passer une semaine Ă  affronter du matin au soir une horde de jeunes en pleine poussĂ©e hormonale. Si je le fais, c’est aussi pour vivre des moments magiques, des moments que je ne peux vivre que pendant ces sĂ©ances du « Laboratoire littĂ©raire » –comme avec ce garçon qui passe les trois premiers jours de l’atelier sans Ă©crire un seul mot. Parce qu’il n’a pas d’idĂ©es, ou qu’il ne veut pas Ă©crire. Je prĂ©fĂšre le laisser tranquille. Dans un coin, des vieilles machines Ă  Ă©crire l’intriguent, et il commence, pour se distraire, Ă  les dĂ©monter et Ă  les remonter. Il a les doigts couverts de taches d’encre, mais il semble heureux, ce qui finit par me rassurer. Pourtant, le dernier jour de l’atelier, pendant la pause, je l’aperçois en larmes, et viens le chercher pour lui demander discrĂštement ce qui se passe : il m’avoue que les autres enfants lui reprochent de ne rien faire, de ne pas participer – ce en quoi ils n’ont pas tort
 Mais j’essaie de le consoler comme je peux. AprĂšs la pause, il s’assied tout au fond, pendant que je suis occupĂ© Ă  gĂ©rer le reste du groupe : c’est le sprint final et on va rĂ©colter les quelque vingt textes qu’il faudra assembler en une seule histoire. Deux heures plus tard, je passe prĂšs de lui. Et lĂ , je n’en crois pas mes yeux. Il Ă©crit ! Non, mieux que ça : il noircit page aprĂšs page. Une histoire de chat, qu’il sauve d’un train lancĂ© Ă  toute vitesse, puis d’un renard aux yeux brillants. Il se lie d’amitiĂ© avec lui, et finit par le rendre Ă  sa maĂźtresse, folle de joie.

Pour clore la semaine, nous faisons une lecture publique. Je lui demande s’il veut lire son texte. Il monte sur scĂšne, ajuste le micro, se racle la gorge, et commence Ă  lire. Et soudain, toute la classe se tait. Ils Ă©coutent leur camarade. Bouche bĂ©e.

LORENZ LANGENEGGER

Né en 1980 à Gattikon (ZH), il partage sa vie entre Vienne et Zurich. Il écrit pour le théùtre, la télé, et a publié six romans (en allemand, non traduits) aux éditions Jung und Jung.

10 questions Ă  Cachita

La musicienne et animatrice dĂ©fend avec clartĂ© et Ă©motion la libertĂ© d’expression, l’amour et les valeurs fĂ©ministes, en les exprimant aussi bien dans sa musique que dans ses Ă©missions.

Ta mùre est originaire de Cuba, ton pùre de Suisse ; le meilleur des deux mondes ?

Cuba est synonyme d’ouverture, de joie de vivre et d’amour. La Suisse est fiable, organisĂ©e et ordonnĂ©e.

MULTITALENT. Cachita, 26 ans, de son vrai nom Gabriela Mennel, a notamment animé le programme radio de la SRF Female Music Special. @caachiiita

Quel a Ă©tĂ© ton dĂ©clic musical ?

Certainement Bounce Cypher22. Et Sing meinen Song GrĂące Ă  cela, j’ai aussi touchĂ© un public plus large.

Lequel de tes morceaux prĂ©fĂšres-tu ?

C’est une question trĂšs difficile. C’est comme demander Ă  des parents quel enfant ils prĂ©fĂšrent (rire).

Ton talent caché ?

J’adore les Ă©missions de True Crime, je connais plein de faits sur des affaires criminelles.

Un mot que tu ne peux plus supporter ? Je ne peux plus entendre le mot « vibe ».

Si tu pouvais ĂȘtre quelqu’un d’autre pendant une journĂ©e, qui serais-tu ?

RosalĂ­a. Elle m’inspire Ă©normĂ©ment. Et j’aimerais savoir Ă  quoi ressemble ma vie future (rire)

Un extraterrestre te demande ce que sont les humains. Tu réponds... 
 des extraterrestres.

Fais-tu

des rĂȘves absurdes ?

Souvent. Petite anecdote : je peux prendre des dĂ©cisions dans mes rĂȘves.

Qu’est-ce que tu voulais devenir enfant ?

SorciĂšre ! LĂ , tu peux faire de la magie, faire ce que tu veux, et ĂȘtre vraiment puissante. Plus tard, c’est devenu chanteuse.

Comment dĂ©crirais-tu ton style musical ?

Polyvalent, surprenant, sans frontiùres. Je n’aime pas me cantonner à un genre, ni à une langue.

Je fais de la musique en suisse allemand et en espagnol. Ça parle beaucoup parle d’amour
 j’aime l’amour.

Une nouvelle Úre de la sécurité.

La nouvelle Volvo EX90.

Avec 7 siĂšges confortables, plus de 600 km d’autonomie 100 % Ă©lectrique et Safe Space Technology avec des innovations de sĂ©curitĂ© pionniĂšres, notre tout dernier SUV haut de gamme est conçu pour ĂȘtre la Volvo la plus sĂ»re Ă  ce jour.

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