Bulletin des Archives Vladimir Ghika no. 5/2021

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Quand on a commencé à regarder le ciel…

BULLETIN DES ARCHIVES VLADIMIR GHIKA 5ème Année, no 5—2021 Les Pensées de Mgr Vladimir Ghika Luc Verly Parmi la masse d’archives laissées par Vladimir Ghika l’on a trouvé, quelque peu éparpillées, de longues listes de « pensées ». Je me suis appliqué à les réunir en un seul fichier informatique. Une fois remplies laborieusement quelque 900 pages, j’y ai ajouté les pensées qui se trouvaient dans la base de données que nous avions constituée, il y a déjà plusieurs années, contenant les pensées écrites par Vladimir Ghika sur de petits billets et qui avaient été conservées pendant toute la période communiste par la famille Bendorf et que Horia Cosmovici avait en partie publiées dans Appels de Dieu1. À cela se sont également ajoutées les pensées publiées par Vladimir Ghika de son vivant (Pensées pour

Quand on a commencé à regarder le ciel...

la suite des jours), mais aussi celles publiées à titre posthume par ses enfants spirituels (Derniers témoignages). Cela faisait environ 1200 pages, bien remplies. J’ai pensé alors avoir fini le travail, mais, non, j’ai découvert d’autres feuillets. Et puis Iulia Cojocariu, responsable des archives, m’en a trouvé d’autres, un tas d’autres. Sans compter celles que l’on a pu retrouver dans les agendas de Vladimir Ghika ou celles publiées en roumain dans la revue transylvaine Răvaşul en 1909. Finalement mon fichier fait aujourd’hui… presque 4000 pages, soit quelque 80.000 pensées.

Qui voit le bout de l’Univers? Le monde est trop grand pour d’autres que Dieu.

80.000 ! cela fait presque trois pensées par jour durant 80 ans, donc durant toute la vie de Vladimir Ghika. D’un côté l’on peut faire remarquer que nous avons certaines pensées en deux, trois, quatre exemplaires, voire plus. Elles sont parfois identiques mais plus souvent 1 Voir ci-joint l’extrait de l’introduction d’Horia Cosmovici à la publication de ces pensées, ainsi que l’historique de la publication des pensées de Vladimir Ghika.


légèrement différentes, ce qui permet de voir leur évolution2. D’un autre côté, il est bien certain que beaucoup de ces pensées ont disparu soit sous la forme de billets, soit sous celle de listes, soit en France, soit en Roumanie3. Cependant, beaucoup d’entre elles sont des exemplaires uniques. Une estimation chiffrée des pensées originales (sans variantes) ne pourra être faite qu’après une étude très approfondie. Je les estime cependant à la moitié. Soit quelque 40.000. L’on peut remarquer, d’après les quelques datations que l’on peut faire (les pensées elles-mêmes sont plutôt avares en indications chronologiques) que Vladimir Ghika y a travaillé depuis sa jeunesse jusqu’à sa vieillesse. Certains feuillets montrent une graphie de jeunesse que l’on distingue notamment par la forme que prend le second « s », lorsque deux « s » se suivent, avec une longue jambe un peu comme un « f ». Graphie qui était Quand Je regarde le monde, Ma joie est faite de votre joie, Mon bonheur de votre bonheur éternel.

semble-t-il alors à la mode et qui est celle que l’on retrouve dans la correspondance de sa mère, Alexandrine. D’autres pensées apparaissent dans les agendas tardifs, d’après 1945, et sont reprises dans de longues listes que l’on a retrouvées aux archives, ce qui laisse penser que ces listes ont été rédigées plus tard, donc pendant la période roumaine, à la fin de la vie de Mgr Ghika. Ce dernier a donc travaillé à ces pensées toute sa vie. Combien Avoir affaire à quelqu’un, c’est avoir à se dire qu’on a du bien à faire à quelqu’un.

d’heures par mois ? par semaine ? par jour ? Il nous est impossible de le dire, mais il paraît évident qu’à côté de l’œuvre chrétienne qu’a été sa vie, il nous faille rajouter une immense vie d’écrivain, quelque peu négligée jusqu’ici par ses biographes, qui n’ont guère connu de lui en ce domaine que l’œuvre publiée, donc la seule partie émergée d’un immense iceberg. Mais quand avait-il donc le temps de s’occuper de ces pensées ? Elles devaient très certainement passer après les urgences de la vie quotidienne imposées par les « clients »

Ce que Vous me donnerez je le recevrai. Ce que Vous m’enlèverez, je l’abandonnerai à votre Miséricorde et à votre Amour.

2 Voir l’exemple donné en encadré. 3 Voir le récit du Père Georges Schorung. 2

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de Vladimir Ghika qui l’écrasaient de leurs problèmes spirituels et matériels. J’imagine donc Vladimir Ghika y travaillant… la nuit. Pendant ses insomnies, dont une partie des pensées sont peut-être le reflet4.

Pourquoi tant d’étoiles au Ciel? Dieu a peut-être voulu qu’il y eût plus d’étoiles au ciel que de larmes dans les yeux des hommes.

Longtemps j’ai imaginé que Vladimir Ghika rédigeait ses pensées sur de petits bouts de papier à ses moments perdus, quand il voyageait en train notamment (comme il disait lui-même : « ma voie… c’est la voie ferrée ! ») et cela nous était confirmé par les billets conservés précieusement par les Bendorf. Mais les longues listes trouvées dans les archives laissées par Pierre Hayet, alors que presqu’aucun autre billet n’y a été retrouvé, pourraient laisser entrevoir un scénario légèrement différent.

Si tu n’arrives pas à savoir ce que tu veux, tâche de savoir au moins ce que tu ne veux pas.

En effet, les billets, très lisibles, ne semblent pas avoir été rédigés à la hâte, dans les cahots d’une voiture de chemins de fer, dans une salle d’attente ou en un semblable lieu. Ils semblent avoir été posément calligraphiés à un bureau. Par contre, au contraire des pensées incorporées dans les longues listes, ces billets portent la trace de nombreuses corrections, le plus souvent au crayon. J’imagine donc le scénario suivant : Lorsque lui vient une idée Vladimir Ghika la note rapidement à l’aide d’un crayon soit dans son agenda soit dans des cahiers ad hoc dont nous avons perdu trace. Car, pour écrire, il faut bien une

La transformation la plus radicale du monde serait peut-être due à la disparition des ingratitudes.

surface assez dure, ce qu’offre un carnet et non pas un feuillet isolé. C’est un peu ce que dit Michel Galzain : « des réflexions notées au jour le jour, inscrites en caractères très fins sur de minuscules bandes de papier et entassées dans de petites boîtes. Sans doute écrites sur le mince agenda qu’il portait sur lui, elles étaient plus tard découpées et conservées telles quelles. » Ce n’est qu’ensuite que Vladimir Ghika les recopiait au propre sur des bouts 4 Voir plus loin ce que l’on dit des pensées que nous appelons « infernales ». Bulletin des Archives Vladimir Ghika, no 5, 2021

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de papier récupérés (c’était un grand écologiste à sa manière ! ne faut-il pas respecter la création divine dans tous ses aspects ?), papiers qu’il pouvait conserver par exemple dans ses poches et ressortir pour les corriger à l’occasion (les corrections sont d’ailleurs souvent faites au crayon et non à l’encre, ce qui supposerait des conditions d’écriture plus précaires) ou pour les montrer à ses enfants spirituels. C’est ce que nous dit le même Michel Galzain : « Souvent, Mgr Ghika les donnait à lire à des catéchumènes, à de nouveaux convertis, à des amis, pour orienter, éclairer, élever leur âme. L’une ou l’autre pensée accrochait, donnait souvent un sens à toute une vie, la mettait dans la bonne voie pour toujours. » Nous savons Pas de connaissance de D[ieu], sans reconnaissance vis-à-vis de D[ieu].

bien que Michel Galzain n’a pas connu Vladimir Ghika, cependant les détails qu’il donne, il ne les a sûrement pas inventés, mais les tient de témoins directs. Yvonne Estienne, dans sa préface à son édition des pensées de Vladimir Ghika parues sous le titre Derniers Témoignages, parle, elle aussi, de petits billets : « Sur de petits bouts de papier, arrachés à un bloc, à une enveloppe, il griffonnait en hâte ; ou, sur des feuilles plus soignées, ébauchant une synthèse qu’il n’eut pas le temps d’ordonner, il fixait

En Dieu, un jour, nous ne ressentirons plus de la joie_ Nous serons de la joie_ Et rien qu’Elle.

ces pensées. » Or aucun petit billet ne nous est parvenu des archives de Pierre Hayet qui, en son temps, avait récupéré les archives laissées par Yvonne Estienne. Ces petits papiers passés entre les mains d’Yvonne Estienne, que sont-ils donc devenus ? Pour ce qui est des billets restés en Roumanie, si, comme on l’a vu, une partie a été sauvée par la famille Bendorf, d’autres ont été détruits, comme le signale le Père Georges Schorung, qui a pu pénétrer dans le presbytère de l’église du Sacré-Cœur, en 1971, lors d’un voyage « touristique » à Bucarest : « Avec le Consul [de France], on a ouvert l’aumônerie en passant par une fenêtre. C’est lamentable. (...) Tous les livres, ouverts et déchirés couvrent le sol, table, meubles, pourris, écroulés. Pas un morceau d’écriture. Tout a été brûlé dans un grand coffre à bois, en métal. J’ai remué les cendres. (…) Là, ont été brûlés des milliers L’âme qui sait avoir la présence de Dieu contracte l’habitude de la réalité.

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de pensées de Mgr Ghika, écrites, à toutes occasions sur de minuscules bouts de papier, des lettres aussi… trouvé le coin d’une enveloppe ayant contenu des lettres. Mercredi matin, je suis revenu à la chapelle. (…) Tout avait été récemment fouillé, linge, vêtements, papier de bureau, d’école, savon, sabots chaussures... Enfin, j’ai trouvé ce que le P. François [van der Qui est bon, fût-il le p[lus] pauvre des pauvres, est toujours riche, et peut toujours donner et donne toujours q[uel]que chose. Et les p[lus] pauvres peuvent être les p[lus] riches s’ils donnent d’eux-mêmes, s’ils se donnent eux-mêmes.

Jonckheyd] m’avait indiqué. Quelque 2500 pensées recopiées par Monseigneur, autour de 1950, 5 diaires, pensées de chaque jour 1901 (…). » (Lettre du Père Georges Schorung du 21.V.1971.)5 Car l’étape suivante était effectivement de reprendre ces pensées en de longues listes où elles apparaissent en général sous une forme achevée. Mes recherches me laissent penser que certaines listes sont d’avant la Première Guerre mondiale et d’autres d’après la Seconde Guerre mondiale, mais il y en a peut-être aussi de l’entre-deux-guerres. Ces listes sont difficiles à dater. Peut-être des recherches plus poussées nous donneront-elles des informations plus précises. Le travail est en cours. Ces longues listes ne paraissent pas ordonnées, elles mélangent pensées morales, philosophiques, théologiques, infernales ou… paradisiaques (ces dernières sont rares, il faut le reconnaître). Ou alors cet ordre estil si subtil qu’il nous échappe complètement ? Vladimir Ghika ne parlait-il pas, dans son avant-propos à l’édition de Pensées pour la suite des jours, d’« un ordre à peine perceptible, mais qui, subtil et discret, a paru préférable à toute autre présentation. (…) Ici donc, un fil ténu, encore capricieux, souvent noué, renoué, et festonnant, vient relier un peu plus que par le passé les pensées que l’on met sous les yeux du lecteur. Il les réunit surtout, par groupements d’affinités, par familles et par niveaux, mais sans rigueur de plan préétabli. Ici non plus l’ordre qui se laisse entrevoir ne veut être ni rectiligne ni didactique » ? Je serais d’avis que, dans ces listes qui nous sont parvenues, écrites de la main même de Vladimir Ghika, il n’y a pas vraiment d’ordre, les pensées sont jetées en vrac sur le papier. Voir l’exemple que nous en donnons en encadré. D’ailleurs, il semble qu’à un moment donné Vladimir Ghika ait voulu mettre un peu d’ordre dans ses pensées « infernales » et qu’il se soit mis à découper les longues listes ou à copier les pensées pour les reclasser selon un certain plan dont il nous a laissé plusieurs esquisses quelque peu hiéroglyphiques (les pensées étant parfois accompagnées de signes bizarres). Dans une lettre à Jacques Maritain du 9 décembre 1922, alors qu’il se trouve coincé à Bozieni pendant une longue période de temps, Vladimir Ghika écrit : « La seule chose que j’aie relativement avancée, c’est, en profitant de tous les moments de répit, l’espèce de grand «tableau vivant» des fins dernières dont je vous avais parlé : ce compagnon de toute une vie s’accommode des moindres 5 Voir également le témoignage plus complet du Père Schorung que nous reproduisons dans ce Bulletin. Bulletin des Archives Vladimir Ghika, no 5, 2021

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bribes de temps et me trouve, même sans préparation, presque toujours apte à y mettre la main ; et avec cela… il ne sera probablement jamais fini… » Effectivement, ce tableau des fins dernières ne sera jamais fini. Des témoignages nous indiquent que Vladimir Ghika y travaillait encore peu avant son arrestation. Transcription des pensées L’abîme par ravage, mais ouverture vers de nouv[eaux] infinis Tout recommence et rien n’est pareil Interrogation et prière – Inter-rogare Forgeurs d’éclairs C’était une parole comme t[ou]tes les autres paroles mais où l[’on] pa[rlait] de D[ieu]. Les choses masque de l’abîme. Les idées fantômes Ténèbres qui ne sont pas l’ombre de q[uel]que chose L’invasion de cercueils volants innombrables comme des nuées de sauterelles, remplissant le ciel et venant s’abattre en masses fourmillantes sur le sol Le temps déroulé et le temps enroulé Le travesti démoniaque des apparit[ions] et des manif[estations]. Amus[emen]t, modes et fantaisies. Les Bals masqués. La saveur des sensibles ignorés par nature Le mauv[ais] exemple seule amplification, illusoire d’ailleurs, de la personne déchue et condamnée. Le compte, par D[ieu], des larmes et leur revendication Tout ce qu’il y a d’histoire d[an]s la poussière Et tout ce qu’il y a de poussière dans l’histoire Pourquoi bouges-tu mon cœur. Quel secret élan t’a donné le branle et veut que tu continues ? Où vais-je poussé par toi jusque dans les p[lus] secrets recoins de mon être. Qu’est-ce que cela veut dire aux portes de l’âme et du Ciel Les serments de D[ieu], la loi d[an]s la Liberté, la loi la p[lus] forte d[an]s la liberté la plus folle Les vœux de D[ieu]. Décevant, triste et lourd comme un oiseau mort Construire le monde sur ce qui n’est pas (et grâce encore à ce qui est dans cela même[)] La merveilleuse surprise de l’Autre /// le prodige originel de D[ieu] Le temps-du-sang-qui-bouge L’écusson-bouclier ; sens de ce qui conserve la vie, révèle la qualité, assure la traditionnelle survie. Nom et renom aussi. L’apôtre malgré lui. Rôle apostolique et providentiel des d[émons] et des da[mnés], préférés p[our] la réparation et la transfiguration du monde 6

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Le sang comme mystère de feu Pareil à un oiseau mutilé de ses ailes Plénitude en soi-même et plénitude en D[ieu] les 2 sorts Ce n’est que quand nous saurons tout, que nous comprendrons ce que voulaient dire nos devoirs et nos problèmes et combien en nous chaque atome avait sa vocation. L’abîme du Pardon – le Pré-Néant. La raison la plus profonde du non être. Le retour à l’avant toutes choses. L’Ambiance du Tout sans forme et sans fin. Le Sens et l’Ordre. Précieux. Ne l’être qu’à la façon des pierres. L’exigence mais conditionnelle et conditionnée p[our] la vie étern[elle] et la vie b[ienheureuse]. Le continu et le discontinu. Leurs 2 mondes. Se suppor[tan]t l’un l’autre. Et tous deux n’étant qu’expression de l’ineffable = réel fond du réel comme tel. Analogie essentielle, en tout. Ana-Logos, reflet et dépendance du Verbe Éternel. « Je t’ai choisi – et tu ne m’as pas choisi. » – « Je t’ai tout donné et tu m’as tout refusé. » Le goût de tombe des choses et des heures. Exemple d’évolution d’une pensée La première version paraît être : Le meilleur de moi est si peu moi et p[ourtan]t je ne veux me recon[naître] qu’en lui. (Arhiva Deniau 1 ganduri – a 33) Cette pensée est reprise telle quelle, au propre, avec quelques infimes différences, dans un calendrier que Vladimir Ghika avait préparé pour l’année 1901, à Rome : Le meilleur de moimême est si peu moi ! et pourtant je ne veux me reconnaître qu’en lui. (Rome 1901 9 janvier) Le syntagme « est si peu » devient « me semble » dans une nouvelle version : Le meilleur de moi-même me semble si peu moi – et pourtant je ne peux me reconnaître qu’en lui. (Pensees – inedite 052) Puis cela devient, avec un ajout à la fin : Le meilleur de moi-même me ressemble si peu ! et pourtant je ne veux me reconnaître qu’en lui – Et je n’ai pas tort. Mais sur la même feuille, le texte est corrigé ainsi : Combien peu me ressemble le meilleur de moi-même ! et pourtant si je ne veux me reconnaître qu’en lui – je n’ai pas tort. (c.L.M1.P1 Diverse ciorne II.pdf 7a) Puis elle est publiée dans Pensées pour la suite des jours, page 143, sous la forme : Combien peu me ressemble le meilleur de moi-même ! et, pourtant, si je veux ne me reconnaître qu’en lui, je n’ai pas tout à fait tort… Enfin, il sera repris à la page 12 de Derniers Témoignages sous une forme sans doute antérieure : Le meilleur de moi-même me ressemble si peu ! et pourtant, si je ne veux me reconnaître qu’en lui, je n’ai pas tort. Autre exemple d’évolution d’une pensée Dans le calendrier romain, à la date du 26 septembre 1902, apparaît la pensée suivante : « Un secret d’âme trop profondément caché se parle. » Cette même pensée apparaît identique sur deux autres feuillets, qui lui sont donc probablement antérieurs. Puis, dans une liste que nous n’avons pu dater pour l’instant, l’on retrouve cette pensée rédigée de manière un peu plus explicite : « Un secret d’âme trop profondément caché se parle lui-même involontairement. » Trouvant sans doute l’idée encore un peu trop obscure, Vladimir Ghika a corrigé le texte ainsi, sur le même feuillet :

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« Un secret d’âme trop volontairement caché en profondeur nous traverse en quelque sorte et se révèle involontairement de lui-même. » (Pensees – inedite 018) Et c’est à peu près sous cette forme, plus compréhensible il faut bien le dire que la première version, que cette pensée est publiée à la page 115 de Pensées pour la suite des jours : « Un secret d’âme trop volontairement caché au fond de nous-même nous « traverse » en quelque sorte et se révèle ainsi, involontairement, de lui-même. » Les petits billets sauvés pendant la période communiste Concernant le sauvetage de billets laissés par Vladimir Ghika en Roumanie, voici le témoignage de Horia Cosmovici extrait de son témoignage intitulé Monseniorul1 : « En 1984 un immeuble de la rue Mircea Vodă à Bucarest devait être démoli ; c’est là qu’habitait Madame Sanda Bendorf Zaharia. Elle tenait de sa mère, Margareta Bendorf, un « trésor » dont personne n’avait jamais osé parler. Une petite valise pleine de billets écrits par Vladimir Ghika. Des jours d’affolement ont suivi. À qui les confier ? Car les temps étaient encore troubles. Et, soudain, se souvenant des liens spirituels qui m’avaient uni à Monseigneur, il lui est venu l’idée de me les confier à moi. En recevant ces billets, je suis resté tout aussi ébahi que Sanda Bendorf et je ne savais pas comment la remercier. Après 30 ans, Monseigneur nous envoyait un nouveau message. Il paraît certain que, quand il a dû quitter son appartement du 2 boulevard Dacia en quelques heures, il a tenté de sauver les billets en les confiant à Margareta Bendorf, en qui il avait pleine confiance. Margareta est morte en 1982, après une dure période de souffrance causée par un cancer du visage. Ce n’est qu’après sa mort que Sanda Bendorf a découvert, dans une armoire de sa mère, la valise, dont elle ne savait rien, et elle a immédiatement reconnu l’écriture de Monseigneur. Une période de « sauvetage » des billets par photocopiage a suivi. Puis je les ai tous examinés et j’en ai choisi 850 pour les publier. Je les ai classés thématiquement et ai mis les thèmes en ordre alphabétique. Il restait à résoudre l’important problème de trouver un titre. Après avoir cherché longtemps, ouvrant un jour le classeur, est tombé sur le sol un billet de Monseigneur sur lequel il était écrit : « Appels de Dieu ». D’un coup tout est devenu clair. Monseigneur m’envoyait tout aussi providentiellement le titre adéquat. » 1 Editura M.C., Bucureşti, 1996.

Comment les publier ? Comment publier tout ceci ? Yvonne Estienne s’était déjà posée la question dans son avant-propos au volume Derniers Témoignages : « Mais comment rassembler ces bribes pour les transmettre ? Avait-il l’intention de publier de nouveaux volumes de Pensées pour la suite des jours, comme ceux qu’il lança déjà dans le public, et où l’on continue à puiser saveur et réconfort ? C’est probable. » C’est d’autant plus probable qu’à la page 4 de l’agenda de 1945, parmi une série de titres qui semblent être des projets de livres ou d’articles, on peut lire : « Nouv[elles] pens[ées] ». Vladimir Ghika semblait donc bien avoir l’intention de publier une nouvelle série de pensées. Yvonne Estienne poursuit : « Destinait-il ces Notes à un ouvrage de plus vaste envergure ? C’est également possible. Dans l’au-delà, il a emporté son projet, mais non pas, heureusement ! les éléments qui le constituent. Et c’est devant ces éléments que nous nous sommes posés la question : Comment les publier sans les déformer, tout en leur donnant une présentation cohérente ? » L’auteure française a effectivement présenté les 8

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pensées sous forme de questions (du lecteur) – réponses (de Vladimir Ghika). Mais comme Vladimir Ghika lui-même dans ses Pensées pour la suite des jours, elle n’a pas repris ce que nous appelons, nous, les « pensées infernales » et les a laissées de côté. Le grand défi qui se pose à nous c’est donc celui-ci : comment publier ces fameuses pensées relatives aux fins dernières ? Le fait que Vladimir Ghika n’ait jamais séparé ses pensées « infernales » des autres laisse penser qu’il ne faisait pas, comme nous pourrions le faire, nous, une différence entre celles-ci et celles-là. N’oublions pas que, à ses yeux, l’« autre monde » était bien plus réel que le nôtre. Cette idée d’écrire un ouvrage de « vaste envergure », comme dit Yvonne Estienne, de quand date-t-elle chez Vladimir Ghika ? Ses racines semblent plonger profondément dans la vie de celui-ci. On peut ainsi lire dans son Autobiographie 1901, quand il fait un tableau de ses activités passées : « 1891 : L’œuvre à laquelle j’ai toujours pensé commence à prendre forme – Idée d’une apologie moderne du Christianisme. – 1892 : L’œuvre continue. J’écris beaucoup et toujours sur des matières de nature à éloigner l’esprit du mal. – 1893 : idem. – (…) 1896 : L’œuvre entreprise devient ma seule sauvegarde (…). » Les pensées les plus anciennes que nous conservons aux archives sont-elles les prémisses de ce grand ouvrage que désirait écrire Vladimir Ghika et dont il dit, toujours dans son autobiographie 1901, que « la première idée est si perdue dans l’enfance » ? C’est difficile à dire. Il est cependant certain que plusieurs listes de pensées datent d’avant le calendrier romain de 1901, puisque celui-ci s’en inspire clairement. Ce que l’on peut en tous cas affirmer, c’est que les pensées liées aux fins dernières paraissent bien avoir accompagné Vladimir Ghika tout au long de sa vie. Il semble bien aussi qu’il ait eu l’intention d’écrire une sorte de nouvelle Divine Comédie, comme le laissent penser quelques allusions que l’on trouve dans sa conférence sur Dante, prononcée en 1921 à Louvain, dont nous présentons des extraits ci-joints. Extraits de la conférence de Vladimir Ghika sur Dante, prononcée à Louvain en 1921 « [Dante] se secouerait d’horreur à voir le pullulement de ceux qui ont vécu sur sa mémoire et, s’il avait pu en prévoir le nombre, l’espèce et les fonctions, il eût ajouté certainement à son Enfer un cercle spécial réservé à la plupart de ses commentateurs dont, il est vrai, le pire supplice aurait consisté à se faire lire les uns par les autres. (…) Puisse l’émulation qu’il est capable de susciter parer à la disette actuelle d’œuvres à grand souffle, à sujet vital, à voix profondément humaines, à longue élaboration recueillie. (…) Ce sujet sauveur, choisi par Dante, nous ne saurions assez insister là-dessus, ce sujet de son œuvre maîtresse, est à lui seul une admonition en même temps qu’un enseignement. Ces fins dernières, même quand elles sont pour trop de gens hélas, les « dernières » dont ils se soucient sérieusement et activement, vu le temps et le rang qu’ils leur accordent, ces fins dernières, qui sont les plus importantes de toutes, sont aussi ce qui toujours est capable de passionner l’humanité – (…) Le sujet n’est pas seulement éternel, il est aujourd’hui, plus qu’un autre, actuel. (…) L’attrait fatal a repris pour ces termes, plus fortement posés soudain par la grande guerre dans notre existence trop artificielle, trop distante des seules choses qui comptent ; vie et mort, salut et condamnation, choix décisifs, risque absolu toujours présent. La « seule chose nécessaire » a été signifiée sans ménagement à tout homme, à tout homme en âge d’homme qui ne s’est pas embusqué devant le devoir du front. (…) Cette leçon a-t-elle été pleinement écoutée ? non, sans doute. Les plus terribles leçons ne ramènent pas toujours au sens des réalités notre incroyable insouciance. Mais qui pourrait dire que cette grande leçon de la guerre n’a pas secoué sinon efficacement au moins très fortement toutes les Bulletin des Archives Vladimir Ghika, no 5, 2021

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âmes ? (…) Avec moins d’amère angoisse, et plus d’espoir vivant, avec autant de foi et d’assurance, il y a là pour la vie personnelle, un utile rappel de considérations d’intérêt vital, il y a aussi un thème à reprendre sans cesse, et pas assez creusé d’habitude, pour le mettre toujours mieux au point, en représentant ses tableaux d’une manière de plus en plus digne de Dieu et de l’homme ; quelle que soit la difficulté et l’audace de l’entreprise, il faut la tenter infatigablement, pour peu qu’on croie ces choses-là comme nous devons les croire, et qu’on en fasse le sujet réel de ses réflexions. – D’une façon qui pourra sembler très différente de son œuvre, car elle s’exercerait bien sur le modèle de son œuvre, mais avant tout sur le modèle de ce qu’il y eut de mieux dans son âme, Dante peut nous aider à réformer la figuration déplorablement admise, sous laquelle par une coupable négligence on laisse trop souvent se présenter à nous un ciel rendu trop peu attrayant, insane ou fade, un enfer si puérilement imaginé qu’il n’évoque ni crainte, ni respect de Dieu, ni sens redoutable de réalité, un purgatoire où ne s’accuse pas avec assez d’intensité la grande douleur d’amour et le souverain désir de la pureté parfaite affreusement éloignée de soi. Le tout bien mal relié aux mouvements de cette vie et à la façon si mystérieusement brutale dont nous en sortons, voué avec persistance au moindre effort de pensée et d’imagination, et d’autre part en fâcheux accord, bien des fois, avec une vie spirituelle où l’on semble tenir le calcul de ses mérites à la façon d’un livre de comptes riche de statistiques dérisoirement satisfaisantes d’actes dits religieux. Cette réforme de l’aspect donné à la représentation des fins dernières doit être un de nos soucis actuels. Elle est nécessaire dès qu’on veut sérieusement les contempler ; elle l’est aussi pour l’honneur de notre vie intellectuelle et morale. (…) Ces fins dernières, il faut les faire vivre davantage pour les mieux vivre, il faut aussi les faire bien vivre en beauté. – Le replacement des choses dans la grande optique de l’univers est d’ailleurs non seulement œuvre de vérité et de bonté, mais de beauté. Dieu est beau et l’ouvrage de Dieu est beau, et tout ce qui comprend tant soit peu Dieu ou les ouvrages de Dieu doit être beauté de louange ; et notre esprit touche au but quand dans l’exposé de cette vérité ou de cette bonté, il arrive au point où jaillit la beauté, en éclair. Mais ce n’est pas seulement dans cette considération des fins dernières, c’est en tout qu’il faut bien mettre à son plan la conception poétique, noble, belle, toute en profondeur, de la vie. (…) » (Dante - Autour d’un centenaire 1321-1921, conférence de Louvain).

Si Dante s’était mis lui-même en scène et, aidé par Virgile, avait traversé les Enfers et le Purgatoire, Vladimir Ghika, lui, fait tenir le rôle principal à un personnage qu’il dénomme, anonymement, « le Voyageur » (il semblerait qu’au début il ait eu pour nom « le Voyant »). Ce Voyageur est-ce lui-même ? Le trajet de celui-ci à travers les mondes infernaux ne semble pas être aléatoire mais bien suivre un plan plus ou moins précis qu’il nous sera bien difficile de clarifier même en s’aidant des indications (initiales et signes « cabalistiques ») que Vladimir Ghika a pu laisser en marge de quelques-unes de ces pensées un peu spéciales. Il nous a heureusement laissé aussi des listes de chapitres et des explications concernant les sigles utilisés, mais sans être vraiment explicite concernant le plan à suivre6. Et ces chapitres sont-ils numérotés dans l’ordre où ils devaient apparaître dans l’œuvre finale ? Il me semble que non. D’autres listes retrouvées dans les archives pourraient indiquer l’ordre à suivre. Il y a là un énorme travail de classement à faire que Vladimir Ghika ne semble pas avoir réussi à mener à bien. Nous non plus… pour l’instant. Le problème du déchiffrement Et puis, pour publier, il faut d’abord déchiffrer. Et cela n’est pas toujours facile. Le déchiffrement des manuscrits de Vladimir Ghika n’est pas comme le déchiffrement des 6 Voir en encadré le « Plan des fins dernières ». 10

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hiéroglyphes égyptiens par Champollion mais il en a cependant quelques aspects. Les pensées sont ainsi pleines de signes et d’abréviations. Si certaines de ces dernières sont fréquentes et évidentes (« qques » = « quelques », « touj. » = « toujours », « D. » = « Dieu », « J.D. » = « Jugement Dernier », « Pg » = « Purgatoire », etc.), d’autres le sont moins ou encore correspondent à plusieurs possibilités (« p. » = « pour » ou « plus » ou « péché », « a. » = « ange » ou « amour » ou « âme », « ch. » = « chute » ou « chœur » ou « chose », « c » = « cœur » ou « corps » ou « comme », etc.). Certaines abréviations m’ont donné bien du fil à retordre, comme par exemple l’acronyme « f.c.m. », qui revient plusieurs fois dans les pensées, et qui, si je ne m’abuse, veut dire « futurs contingents mauvais ». D’autres par contre mettent encore en échec ma perspicacité. Mais je ne désespère pas d’avoir un éclair de génie (!) comme le jour où j’ai compris que l’obscur « E.E.L.S. », écrit en majuscules calligraphiées, signifiait « Eli, Eli, lamma sabachthani ». Coup de génie ou intervention d’un Vladimir Ghika miséricordieux à l’égard de mes efforts et de mon ignorance ? Vladimir Ghika est réticent à écrire certains mots comme « démon » (« d. » ou « dém. ») ou « damné » (« d » ou « da. » – et l’on voit là que le lecteur, en présence d’un « d », hésite entre les deux mots). Le nom de « Satan » par exemple est écrit avec la lettre grecque sigma majuscule Σ suivie d’un point, mais aussi d’autre fois (semble-t-il dans les textes de jeunesse) avec un S majuscule, qui est aussi une abréviation utilisée pour « Seigneur », là une confusion pourrait être catastrophique ! Quant à « Enfer » il est écrit avec la majuscule d’epsilon E. D’aucuns l’ont interprété erronément comme étant l’abréviation d’« Esprit », mais je suis très certain que c’est une erreur d’interprétation de leur part (mais peut-être pas toujours…). Vladimir Ghika aime bien ainsi utiliser les lettres grecques. Et puis il y a tous ces signes, qui ne font pas partie du texte, mais qui, placés en général en marge de la pensée, semblent vouloir intégrer la pensée concernée à une catégorie, la classent, sans que ces signes aient un sens idéographique évident (carrés, étoiles, spirales, croix, astérisques, traits divers et variés, toutes autres formes imaginables simples ou combinées). Un tableau trouvé dans les archives fait correspondre ces signes à des numéros de chapitre7. Mais alors pourquoi utiliser ces signes cabalistiques et non des numéros, tout simplement ? Peut-être que, justement, ayant utilisé et réutilisé des chiffres, l’auteur a senti le besoin d’utiliser d’autres signes pour compléter son classement, pour l’affiner ou pour en suggérer un autre. La facilité de lecture dépend aussi beaucoup du support et surtout du moyen d’écriture. Certains textes écrits au crayon sont si effacés qu’ils sont pratiquement illisibles. Des pensées ont cependant pu être reconstituées grâces à d’autres textes de même sens trouvés ailleurs. Ce sont aussi souvent d’autres versions qui permettent d’interpréter certaines abréviations inhabituelles ou des rajouts écrits en pattes de mouche entre les lignes. Malgré tous nos efforts de déchiffrement, l’on peut évaluer à un dixième le nombre de pensées qui posent encore des problèmes plus ou moins importants de lecture. Nous allons tenter d’y remédier dans les mois (les années ?) qui viennent. Mais il ne faut pas se faire d’illusions, il restera toujours au bout du compte des pensées indéchiffrables ou incertaines, et là je ne parle pas du sens des phrases mais de leur simple lecture. Car le but de tout ce travail sur les pensées, c’est de les diffuser, donc de les publier. Plusieurs publications de pensées ont déjà été faites du vivant et après la mort de leur auteur8. Publier les quelque 80.000 pensées en un seul (très gros) volume paraît 7 Voir l’encadré présentant le plan des fins dernières. 8 Voir ci-joint l’ensemble des publications des pensées. Bulletin des Archives Vladimir Ghika, no 5, 2021

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impossible. Le grand public serait vite effrayé non seulement par la masse de pensées ainsi mise à sa disposition, mais aussi par leur contenu, souvent assez différent de ce qui a été publié jusque-là. En sélectionner une partie pour publication ? Mais selon quel critère ? car, comme on l’a déjà vu, Vladimir Ghika n’a pratiquement jamais séparé ses pensées sur les fins dernières des autres, ses méditations théologiques de ses réflexions morales, etc. Qui sommes-nous donc pour choisir telle ou telle pensée au lieu d’une autre ? Et puis ordonner les pensées sur les fins dernières pour leur donner sens (si on y arrive jamais) pourrait prendre des années et des années d’études, sans compter que cet ordre pourrait être démenti, au bout du compte, par des recherches ultérieures. Nous en sommes arrivés à la conclusion que le public avait le droit d’avoir accès à ces pensées dans leur intégralité, et se faire sa propre idée de leur sens et de leur contenu, c’est pourquoi nous pensons que le mieux est de les publier telles qu’elles nous apparaissent dans les archives, en fac-similé. Cependant, pour en faciliter la lecture, nous donnerons aussi en parallèle une proposition de lecture, fruit de nos recherches, pour que le lecteur ne soit pas arrêté par les abréviations, les mots effacés ou écrits tout petit, etc. Ce choix implique, évidemment, un coût assez important (les fac-similés sont chers) et la publication de nombreux volumes s’étendra sur une longue période de temps. Nous espérons avoir la patience qu’il a fallu à Vladimir Ghika pour élaborer tout cet ensemble immense de pensées et espérons aussi qu’il nous aidera à les publier. Les différentes publications des pensées Dans l’énumération qui suit, nous n’avons tenu compte que des premières éditions de pensées inédites, soit dans leur langue originale, le français, soit en traduction roumaine. Les premières pensées de Vladimir Ghika n’ont pas été éditées en France, mais en Roumanie, d’abord une quinzaine d’entre elles dans le célèbre mensuel littéraire de Iaşi dirigé, entre autres, par Titu Maiorescu, Convorbiri literare, en novembre 1907, puis une soixantaine de pensées dans une revue culturelle transylvaine de Cluj, dirigé par Petru P. Bariţiu, Răvaşul, en 1909 (numéros de février, mai et juillet).

Revue Convorbiri literare

Revue Răvaşul

Pensées pour la suite des jours, édition de 1923

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Les premières pensées en français, au nombre d’environ 250, paraissent en 1923, à la Nouvelle Librairie Nationale à Paris, dans une première brochure déjà intitulée Pensées pour la suite des jours. Grâce à son amitié avec Jacques Maritain, Vladimir Ghika publie également une sélection de pensées inédites dans la revue que celui-ci dirige, le Roseau d’or (1928, 8e volume des Chroniques). Ensuite, en 1930, paraissent des pensées dans la revue littéraire trimestrielle Vigile, parrainée par Jacques Maritain et dirigée notamment par Charles Du Bos, autre ami de Vladimir Ghika.

Revue Le Roseau d’or Revue Vigile Toutes ces pensées sont reprises et complétées pour une grande édition de quelque 650 pensées, sous le titre devenu célèbre de Pensées pour la suite des jours, chez Beauchesne en 1936. Après la mort de Vladimir Ghika, sa fille spirituelle Yvonne Estienne publie une sélection de quelque 680 pensées tirées des papiers confiés par la famille du disparu. C’est le livre Derniers Témoignages (Beauchesne, 1970).

Pensées pour la suite des jours, édition de 1936

Derniers témoignages, 1970

Après la chute du communisme l’initiative de la publication des œuvres de Vladimir Ghika s’en revient en son pays d’origine, la Roumanie. C’est ainsi qu’en 1996, Horia Cosmovici, à la suite de ses souvenirs sur Vladimir Ghika publiés sous le titre Monseniorul: amintiri din viaţa lui Vladimir Ghika (perioada 1939-1954) [Monseigneur : souvenirs sur la vie de Vladimir Ghika (période 1939-1954)], publie, en français, sous le titre Appels de Dieu, 850 pensées inédites tirées des billets qui avaient été conservés par la famille Bendorf. Paraissent, toujours en Roumanie, des éditions de pensées encore inédites traduites en roumain. Doina Cornea, la dissidente roumaine qui a défrayé la chronique à la fin du règne de Ceauşescu, a publié une traduction en roumain d’un peu plus d’un millier de pensées que lui a fourni le regretté Pierre Hayet, Appels de Dieu, 1996 Bulletin des Archives Vladimir Ghika, no 5, 2021

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alors détenteur d’une grande partie des papiers laissés par Vladimir Ghika. Il s’agit du volume Fragmente postume (Editura Dacia, Cluj, 2003). Notons également les 365 pensées (une par jour de l’année) traduites en roumain et publiées sous le titre Gânduri pentru fiecare zi de Vladimir Ghika [Pensées pour chaque jour de Vladimir Ghika] par les Pères Ioan Ciobanu et Ciprian Bejan (Editura Arhiepiscopiei Romano-Catolice de Bucureşti, 2008).

Fragmente postume, 2003

Gânduri pentru fiecare zi, 2002

Plan des fins dernières Nous reproduisons l’une des listes, telle qu’elle existe aux archives, rédigée de la main même de Vladimir Ghika. On notera le côté sibyllin de tous ces titres (mais sont-ce des titres ?), ainsi que le grand nombre d’abréviations. Les solutions trouvées placées entre crochets sont de nous, elles ne sont pas toujours certaines, mais, si elles peuvent paraître arbitraires au profane, il faut savoir qu’elles sont en fait le fruit de la lecture de l’ensemble des pensées et sont, pour la plupart, assez sûres. Si nos lecteurs ont des solutions nouvelles pour ces abréviations, leur avis est bienvenu, de même s’ils ont quelque idée concernant un ordre sous-jacent éventuel qui présiderait à cette liste. f[aux] monn[ayeurs] cités – maisons abreuvoirs – prisons – police – chrysalide – politique – Vanités – Luxe – trav[aux] forcés – processions et parades – charniers – portes et entrées – routes – Valses enf[ants] de la f[aute] resp[onsables] – possibles – omissions – manqué – migrations – rem[ords] ombres – m[or]t 2de – lit[urgie] sat[anique] – M[or]t S[ainte] V[ierge] – N[otre]-D[ame] des Temp[êtes] – Proc[essions] & par[ades] – cosm[os] atm[osphère] anonymat – monde de ch[air] am[orphe] Vers S[atan] – vis[ion] de la f[in] – S[atan] – dém[ons] – j[eux] de dém[ons] – chasses – poursuites – suppl[iques] – f[uturs] c[ontingents] m[auvais] – confluences – les fosses tranquilles – Attr[ait] du m[al] – marchés Procéd[ures] & procès – ventes – le g[ouffre] des pass[ages] – Plage des yeux – océans – fleuves – enf[er] s[ous-]mar[in] – Rencontres – Épisodes – Égarements – Rev[ues] & combats – épreuves – Paresse – corruption – Lâcheté – ennui – omissions – Cage des syst[èmes] – Err[ance] étern[elle] – doute – déserts – labyr[inthe] – sph[inx] & chim[ères] – fausses voies – occ[asions] – collines – superst[itions] Anonymat – m[onde] de ch[air] amorphe – Mens[onges] – masques envie – baveurs – calomn[ies] – Friperie – colère – hypocr[isie] – déluge – temp[êtes] inf[ernales] – rem[ords] – ombres – S[ang] div[in] – Feu – m[onde] glaciaire Inj[ures] & comédie – Hér[ésies] – ador[ations] dém[oniaques] – Antip[ater] – Ch[ute] des a[nges] – J[ugement] D[ernier] – Rech[ute] des a[nges] – F[aux] ciel – Id[ée] de D[ieu] – p[ied] de la cr[oix] 14

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retr[ait] de soi – honte – déf[ense] des â[mes] Lux[ure] – E[nfer] d’enf[ants] – cruels – p[échés] réserv[és] cosm[os] atm[osphère] e[space] & t[emps] – itinéraires oubliés – mépr[isés] – AntiSinaï – av[enir] – Communic[ation] avec la t[erre] – h[aie] de doul[eur] m[anque] de resp[ect] au m[onde] – Autres p[échés] – fausses voies – marché avec D[ieu] – contrevertus. ég[oïsme] org[ueil] – luxe – haine – colère best[iaire] & vég[étation] – forêts – vie phys[ique] – d[ieux] déch[us] Réveil – destinées – échappées – topogr[aphie] – Totems – Désesp[érance] sépar[ation] – larmes Par[adis] terr[estre] – g[ourman]dise – rire – Jud[as] d[ieux] déchus Le m[onde] de la f[orce] brut[ale] de la Violence imp[lacable]. Sa vol[onté] au lieu de la V[olonté] de D[ieu] et par des moyens sans respect des pers[onnes] – et des ch[oses]. campagne – routes – forêts Le chapitre 43 : l’Antipater Comme nous ne pouvons, dans le cadre étroit de cet article, développer tous les chapitres des fins dernières, nous proposons de présenter une variante du chapitre 43, intitulé Antipater, le lecteur va bien vite comprendre pourquoi : « À la porte de l’Enfer. Nous les sans-Père qui sommes sur la terre qui possédons le seul vrai monde pour qui la terre est un ciel qui sommes nos propres pères (et qui défions les cieux) qui ne relevons de personne qui ne voulons pas de Père qui ne nous reconnaissons pas de Père Que notre nom soit amplifié Que notre règne continue Que notre volonté soit faite en tout temps et en tout lieu Ravissons à qui peut le détenir notre plaisir quotidien Soyons indulgents pour les plus risquées de nos fantaisies outrageusement, follement, ayons une suprême indulgence pour toutes nos fantaisies quand elles se font au détriment d’autrui. Et ne laissons jamais ni peine causée sans vengeance, ni profit tiré de nous sans réciproque usure. Laissons-nous aller à tout penchant de nos sens Et subissons sans frein ni fin le délicieux vertige de nos passions à jamais rivés à quelque chose que nous avons choisi Ainsi en sera-t-il ! Gloire aux sans-père, aux sans-fils, aux sans-esprit dans les siècles des siècles, s’il y en a, ce qui nous importe peu après tout » Bulletin des Archives Vladimir Ghika, no 5, 2021

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Les Pensées de Mgr Ghika Georges Schorung Il a existé un grand nombre de Pensées de Mgr Ghika. Il a dû commencer à les fixer par l’écriture dès le temps de ses études au Lycée de Toulouse, car il existe un répertoire dans lequel il a précisé quantité de notions surtout philosophiques et morales. C’était le procédé d’autrefois, avant celui des fiches. Plus tard, à Rome, il écrivit des recueils de ses pensées qu’il communiquait à certaines personnes pour les convaincre et convertir. De cette époque, on connaît deux agendas, dans lesquels il a fixé chaque jour une pensée. L’un est de 1901. C’est le travail intime de sa raison et de sa foi qui s’expriment pour parfaire sa vie spirituelle et religieuse. L’autre agenda, de 1902, année de sa profession de foi officielle, est du même ordre. Au cours du temps, pour ne pas s’encombrer d’agendas alors qu’il se déplace sans cesse et ne vit pas chez lui, il note, sur de minuscules papiers des pensées à fixer et à retenir et, au fur et à mesure, les loge dans une boîte en carton, « la boîte rouge » d’où on attend ce qui en sortira un jour. À partir de 1920-1921, pressé par son zèle de participer, dans l’absolu de sa foi, au réveil religieux d’après-guerre, et aussi dans le désir ardent d’avoir quelque argent gagné pour faire revivre son œuvre de charité, fondée à Bucarest en 1906, qui se trouvait, après la mort de Sœur Pucci, bien compromise, il se met à publier des articles de journaux et de revues, les Intermèdes de Talloires, La Visite des Pauvres, et aussi des Pensées pour la Suite des Jours. Plusieurs éditions se sont succédé de 1923 à 1936, s’enrichissant l’une après l’autre. Plusieurs séries devaient venir par la suite : Pensées pour la suite des Nuits, Pour la Suite des Fêtes… Elles ne sortirent point de la boîte rouge.

Fraction du coeur en même temps que la fraction du pain.

Ce recueil fut un instrument de son immense apostolat beaucoup plus qu’un gain pour aider l’œuvre de Bucarest à se refaire. Il donnait à lire « ces pensées qui font penser ». Aldous Huxley comme Henri Bergson en reçurent ainsi que beaucoup d’autres personnages. Au début de son retour en Roumanie, Mgr Ghika se remit à une œuvre, en chantier depuis 1898, sur l’histoire de sa famille1. Bientôt il fut repris par la « Théologie du besoin ». En octobre 1948, lorsque chassé successivement de 3 domiciles et sortant de la prison « Uranus » où il fait un court séjour, dont il ne nous dit rien2, il vient habiter sa chambre à l’aumônerie. La boîte rouge est sur un rayon de la bibliothèque. 1 Dans sa première version Georges Schorung précise « La biographie des princes Grégoire Alex. G[hika] X et de son fils Jean, entreprise commencée en 1898, jamais complètement abandonnée, reprises au début de [son] retour en Roumanie, en 1939, doit être achevée maintenant. » 2 Le Père Georges Schorung est le seul témoin évoquant un séjour en prison de Vladimir Ghika en 1948. Nous ne savons qu’en penser. 16

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L’aumônerie est dans l’enceinte du Sanatorium Saint Vincent de Paul, nationalisé et occupé par le Président de la République populaire Roumaine, le professeur Parhon, qui habite l’établissement. Personne d’autre que nous ne vient à l’aumônerie, il faudrait déposer ses papiers à l’entrée. Nous n’avons de visiteurs qu’à la chapelle. En 1948-1949, à temps perdu, si l’on peut dire, Mgr Ghika fait un tri de ces petits papiers. En venant lui causer, je le vois les classer en les mettant dans des boîtes d’allumettes. Une première copie, en écriture fine et serrée, alignera, sur 14 pages, 1098 pensées3. Plus tard, une autre copie, reprenant cette dernière en la corrigeant et l’améliorant au besoin, sera faite sur des languettes de papier séparées pour chaque pensée. Le papier est varié, mais une bonne partie est faite d’enveloppes à lettre usagées et découpées… Certaines portent la date de réception : 1949, 1950, 1951. (…) Ces dates nous indiquent celle de la dernière composition, soit entre 1950 et 1952. Nous avons ainsi des pensées anciennes et de toujours, ainsi que des pensées et des réflexions d’actualité, bonnes également pour ceux à l’attention desquels le recueil est destiné. Pour qui ce recueil est-il préparé ? Faute d’exemplaires des Pensées éditées, au moins une copie de ces Pensées calligraphiées de la main de Mgr Ghika circule parmi ceux et celles qui lui sont attachés. Elle m’a été donnée, après avoir été plus d’une fois recopiée, sans doute, par ses fidèles, pour porter à d’autres son action apostolique. Ce recueil se présente en belle écriture, sur cartelette de format 10 x 13.4

Ame, âme vivant, âme cachée, âme d’insaisissable mystère, source merveilleuse des larmes...

Pourquoi donc ce travail nouveau ? Je pense que ce fut pour occuper saintement des moments laissés libres par la réclusion relative dans laquelle nous vivions ; pour remplir des moments d’attente de catéchumènes qui ne venaient pas au jour et à l’heure prévues, en raison des circonstances, parfois dramatiques, dans lesquelles nous vivions… et aussi pour faire part à ses disciples, à des catéchumènes de ces lueurs de vérité données par Dieu pour le bien de son âme, à son esprit, afin d’en faire la charité à d’autres, et en particulier à des disciples qui en feraient profiter d’autres âmes. Quant aux milliers d’autres pensées de la boîte rouge, nous ne les connaîtrons pas.5 Lors de l’enlèvement et de la disparition de Mgr Ghika, il n’y eut pas de perquisition. Son bureau et sa chambre restèrent en leur état. La boîte sur une étagère de la bibliothèque.

3 Il s’agit d’une série de pensées, celle des « fragments posthumes » publiés en roumain dans la traduction de Doina Cornea. 4 Nous ne voyons pas à quelle série il est fait ici référence. 5 Je pense que Georges Schorung ici se trompe. Vladimir Ghika a dû les recopier en de longues listes après l’expulsion du Père Lazariste de Roumanie (en 1950) et aussi distribuer une partie de ses billets à ses disciples. Bulletin des Archives Vladimir Ghika, no 5, 2021

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Lorsque, le 19 février 1957, le R.P. François et le P. Darian furent arrêtés, toutes les chambres furent perquisitionnées, les livres, du moins ceux du R.P. François, fouillés et même les cheminées. Quoi qu’on fasse, toujours au service de la Providence.

Le 31 octobre 1957, le P. François est condamné à 10 ans de prison et expulsé de Roumanie. Il passe quelques minutes à l’aumônerie pour faire sa valise. Par la porte ouverte, il voit le bureau de Mgr, il est dans le même état ; la boîte a été renversée sur le bureau des milliers de petits papiers la jonchent et une partie est répandue à terre couverte de poussière. Lorsque, en 1961-1962, on viendra de la Légation de France pour prendre les écrits et papiers laissés par Mgr Ghika et le R.P. François, les petits papiers chargés de pensées ainsi que tous les autres écrits furent mis en cendres. Dieu est la seule nécessité absolue. Toutes les autres ne sont que relatives et dérivées.

Le P. François, très tardivement avait pris connaissance de ces Pensées. Très amateur des Pensées du Père Charles, jésuite belge, il avait été émerveillé de celles de Mgr Ghika. Il demanda qu’on les lui envoya ne voulant donner d’autre témoignage sur Mgr Ghika que ses Pensées mêmes, qu’il voulait recopier. Un jour qu’il faisait part de sa trouvaille à un ami roumain de Mgr, cet ami tira une de ces pensées au hasard. Après l’avoir lue, il dit : « Père François, il y a dans cette phrase plus que dans votre bibliothèque. » Il garda cette pensée. Il est mort maintenant. Peut-être cette pensée nous reviendra-t-elle un jour ? Il demanda donc qu’on lui envoya ces pensées. Elles ne furent pas trouvées, malgré l’indication qu’il m’avait donnée et que j’avais transmise. Il reçut, d’après ce qu’il m’écrivit, tout ce qu’il avait demandé. Mais je pense qu’il reçut toutes sortes de papiers portant des phrases ou des ébauches de phrases devant entrer dans des lettres en composition. Puis, le mal contracté par le P. François en prison étant sans remède, il mourut le 27-VIII1958. Son frère, le Chanoine Chancelier de l’Archevêché de Malines, envoya ces papiers au prince Démètre Ghika, c’est de là, je pense, que sortent les Pensées publiées par Melle Yvonne Estienne6. Le mercredi, 5 mai 1971, je retrouvai7, sous une pile de livres, à l’endroit que m’avait indiqué le P. François, dans deux enveloppes marquées de mon nom, les 1030 pensées ici publiées8. (…)

6 Derniers témoignages. 7 Lors d’un séjour « touristique » en Roumanie. 8 Il s’agit des pensées dont Doina Cornea a publié la traduction roumaine dans Fragmente Postume. 18

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Avant-propos de Doina Cornea au volume Fragmente postume : « (…) je voudrais parler de certaines difficultés que j’ai pu rencontrer en traduisant ces textes. Il s’agit surtout des cas où les réflexions prennent la forme de notations succinctes, exprimées elliptiquement, se présentant en dehors du contexte général pouvant leur donner sens. Elles semblent plutôt destinées à être fixées sur le papier – dans un but personnel, d’aide-mémoire – que d’être destinées à la publication sous une forme plus élaborée. Dans ces cas, la translation du texte du français en roumain présente certaines difficultés d’interprétation, laissant parfois place au doute concernant la fidélité face au vrai sens que l’auteur voulait donner à certains mots polysémiques. Par exemple, le mot « peine » peut signifier tant la « souffrance » que la « condamnation » – et il est difficile de choisir entre ces deux acceptions en l’absence d’un contexte faisant sens. Afin d’éviter ces possibles glissements de sens, j’ai eu recours à des lectures comparatives de volumes de témoignages traduits autrefois. Ai-je toujours réussi à pénétrer dans la moelle de ces pensées exprimées de manière si elliptique ? Malgré ces quelques incertitudes sémantiques, je nourris l’espoir que la traduction n’écorne pas trop le sens profond du livre. Un livre de réflexions troublantes, qui mettent en équation, d’une part, – de manière peut-être plus prononcée que dans les pensées et témoignages antérieurs – le tout et ses infinis inconnus, montrant en même temps également les limites de l’intelligibilité humaine. La pensée de Monseigneur Vladimir Ghika pénètre jusqu’à ces limites, au-delà desquelles, à ses yeux, s’étendent les abimes illimités, les infinis mystères, les secrets insondables de tous les êtres passés, présents et futurs, qui s’interpénètrent dans leur intériorité et leur extériorité, devenant tout à la fois pour toujours présents dans l’Éternité. Le livre reste d’autre part, tout comme ceux auparavant publiés, un guide spirituel, ou plutôt d’éveil à la vie spirituelle authentique, induisant des pensées, des attitudes intérieures, des sentiments, comme autant de repères pour celui qui désire découvrir la voie conduisant à la plénitude, à Dieu. » (Doina Cornea, „Avant-propos”, in Vladimir Ghika, Fragmente postume, Ed. Dacia, Cluj Napoca, 2003, p. 13-14)

Les Archives Vladimir Ghika sont gérées par la Postulation de la Cause de Canonisation du Bienheureux Vladimir Ghika, dans le cadre de l’Archevêché Catholique de rite latin de Bucarest. Ont collaboré à ce numéro du Bulletin des Archives Vladimir Ghika: Luc Verly, Iulia Cojocariu, Emanuel Cosmovici, Mihaela Cosmovici. Mise en page et conception graphique: Iulia Cojocariu Pour plus d’information sur Mgr Vladimir Ghika : www.vladimirghika.ro www.vladimir-ghika.ro www.vladimiri-ghika-amicus.blogspot.com Pour nous contacter : Postulatura Cauzei de Canonizare a Fericitului Vladimir Ghika Str. G-ral Berthelot, 19 ; 010164, Bucuresti, Roumanie Tél. : 0212015400 ; 0212015401 ; Fax : 0213121207 Email : arhiva@vladimirghika.ro Bulletin des Archives Vladimir Ghika, no 5, 2021

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