OUTRE-MER grandeur Nature _ n°4 mai 2021

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MAI 2021 - n°4

Outre-mer

OcéIndia

grandeur Nature L’e-mag ultramarin de l’environnement

Banc d’Anguilla Guadeloupe | la première ARB  créée en outre - mer polynésie française | la fédération T e O ra N aho saint-barthélemy | les oiseaux du 1

SOMMAIRE

UNE

océan austral | 3 4 8 9 11

édito actu outre-mer Saint-Pierre-et-Miquelon Saint-Martin Saint-Barthélemy

l’expédition polar pod de jean-louis étienne

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Guadeloupe Martinique Guyane Île de La Réunion Mayotte

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TAAF Nouvelle-Calédonie Wallis-et-Futuna Polynésie française

Agence régionale de la biodiversité.

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Images de synthèse de cette page et de la couverture : @ Nicolas Gagnon


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les terres et les grands déserts comme le Sahara. Très isolé dans l’hémisphère Sud, l’océan Austral ne bénéficie pas de ces apports minéraux, notamment le fer. La campagne SWINGS qui s’est déroulée du 13 janvier au 6 mars 2021 à bord du Marion Dufresne avait pour objectif d’étudier les microéléments, sels minéraux et métaux présents à l’état de trace, indispensables à la pompe biologique du CO2 de l’océan Indien.

ÉDITO par JEAN-LOUIS ÉTIENNE, MÉDECIN, EXPLORATEUR, ÉCRIVAIN Depuis quelques décennies, les activités humaines émettent chaque année 40 milliards de tonnes (40 gigatonnes) de CO2. De cette masse de dioxyde de carbone, 46 % reste dans l’atmosphère et accroît l’effet de serre, 21 % est absorbé à terre par la photosynthèse des plantes, arbres et prairies, et 33 % est capté par les océans. Si on ajoute à ça qu’ils absorbent 93 % de l’excès de chaleur due au réchauffement climatique, on peut dire que les océans gouvernent le climat de la Terre. Les océans capturent le dioxyde de carbone de deux manières : la « pompe physique » par dissolution dans l’eau de mer et la « pompe biologique » par capture du CO2 par le phytoplancton pour sa croissance, c’est la photosynthèse. Ces microalgues sont le point de départ de la vie marine. Elles sont broutées par le zooplancton, des petits organismes (copépodes, krill) à leur tour mangés par les calmars, les poissons et les baleines, dont les pelotes fécales et le corps après la mort plongent sur le fond de l’océan où elles sédimentent. C’est ainsi que depuis des centaines de millions d’années, le carbone est durablement séquestré au fond des océans. La « pompe biologique » de l’océan Austral est moins efficace que dans l’hémisphère Nord où les océans, plus proches des continents, sont alimentés par les poussières riches en sels minéraux amenés par les vents qui traversent

La « pompe physique » est par contre très performante. Deux raisons à cela : agitée par les forts vents d’ouest, la surface brasse l’air et emmagasine davantage de CO2 et par ailleurs le dioxyde de carbone se dissout avec un meilleur rendement dans l’eau froide, et la surface d’échange est géante, 22 000 kilomètres de circonférence autour de l’Antarctique. Ainsi l’océan Austral est le principal puits de carbone océanique de la planète qui capte la moitié du CO2 absorbé par tous les océans du monde. La mesure de ces échanges atmosphère-océan à toutes les longitudes et en toutes saisons est une valeur attendue par la communauté scientifique. Si loin, si rude, si difficile d’accès, cet immense océan qui embrasse le continent de l’Antarctique est peu fréquenté. Certes les scientifiques français en ont une bonne connaissance, notamment dans le secteur de l’Indien où ils bénéficient du Marion Dufresne qui avitaille les Terres australes françaises, mais les campagnes se font principalement en été. Malgré la contribution des satellites, des animaux instrumentés, des profilers Argo, les publications sur l’océan Austral soulignent le besoin de mesures in situ de longue durée. Comment séjourner toute l’année dans de bonnes conditions de sécurité et de confort dans les « cinquantièmes hurlants » ? Il y avait là matière à inventer une nouvelle forme de vaisseau. Avec le bureau d’ingénierie navale Ship ST de Lorient nous avons conçu Polar Pod. Avec 80 mètres de tirant d’eau et 150 tonnes de lest, le Polar Pod est très stable verticalement. Entraîné par le courant circumpolaire antarctique et autonome en énergie grâce à six éoliennes, c’est une plateforme de recherche zéro émission. Navire silencieux, des hydrophones installés sur la structure vont permettre de faire un inventaire de la faune marine par acoustique passive. Un riche programme scientifique qui réunit aujourd’hui 43 institutions de 12 pays. La circumnavigation de l’Antarctique débutera par l’océan Indien, le départ est prévu au dernier trimestre 2023. Ce vaisseau digne de Jules Verne sera le support d’un magnifique projet pédagogique sur les sciences de la vie, de la Terre et de l’environnement. La jeunesse a besoin de rêve, de modèles d’audace, de croire en ses ambitions.

Jean-Louis Étienne

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Car la problématique est aussi financière : depuis 2000, le régime d’indemnisation des catastrophes naturelles (régime CatNat) indemnise les dégâts causés par les catastrophes naturelles des territoires ultramarins français 2. L’étude prédit que, d’ici 2050, l’outre-mer pourrait avoir à faire face à des cyclones majeurs plus intenses et plus fréquents – jusqu’à + 42 % pour la Guadeloupe et les îles du nord selon le scénario le plus pessimiste – entraînant une augmentation de 20 % de la sinistralité moyenne. Les îles des Antilles et de La Réunion sont les territoires les plus concernés. Sans attendre 2050, les politiques nationales doivent concentrer leurs efforts pour réduire les risques environnementaux et socio-économiques. Il s‘agit en premier lieu de réduire les émissions pour tenter d’atténuer les phénomènes, mais aussi d’adapter dès aujourd’hui la société aux changements climatiques en cours.

Actu outre-mer

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l’évolution du risque cyclonique en outre-mer à l’horizon 2050 En 2017, deux ouragans de catégorie 5 ont frappé les territoires de Saint-Martin et de Saint-Barthélemy : Irma et Maria ont causé de profonds dégâts, pour un coût des sinistres estimé à deux milliards d’euros. Face à la vulnérabilité des collectivités ultramarines, ces événements ont impulsé un nouvel élan pour renforcer la résilience de l’outre-mer français face aux catastrophes naturelles. Dans cette dynamique, une étude prévisionnelle a été publiée en février 2020 pour « fournir des éléments d’appréciation sur l’évolution de l’aléa cyclonique en lien avec le changement climatique, et l’évolution associée de la sinistralité à horizon 2050 ». Dans cette étude, trois organismes ont coopéré afin de couvrir trois niveaux de modélisation et d’analyse : Météo-France d’abord, et son modèle Arpège-Climat qui s’appuie sur des scénarios du Giec. L’entreprise RiskWeatherTech ensuite, qui passe ces simulations au peigne fin pour définir les caractéristiques de vent, pression et intensité des pluies de chaque événement modélisé. Et enfin, le modèle de la CCR, la caisse centrale de réassurance, pour prévoir le coût des dommages assurés.  L’ouragan Dorian, tempête tropicale lors de son passage au large des Antilles, le 27/08/19, source : NOAA 2019 & © comersis.com.

Compte tenu de la très grande exposition cyclonique des territoires ultramarins (temps de retour pour un cyclone de catégorie 4 de 20 ans aux Antilles et de 25 ans à La Réunion) et de l’importance des dégâts prévisibles (plusieurs milliards d’euros pour la Guadeloupe ou la Martinique, et plus de 10 milliards d’euros pour La Réunion) soulevées par cette étude, Barbara Pompili, ministre de la Transition écologique, Sébastien Lecornu, ministre des Outre-mer et Emmanuelle Wargon, ministre du Logement, lancent aujourd’hui une concertation avec les maîtres d’ouvrages et professionnels locaux pour établir une règlementation paracyclonique applicable au secteur de la construction afin d’améliorer la résistance des bâtiments neufs en cas de cyclone. « Pour prévenir les effets du risque cyclonique et améliorer la résilience des territoires de la Martinique, la Guadeloupe, La Réunion et Mayotte, le gouvernement a décidé d’apporter une réponse structurelle en inscrivant des exigences pour la prévention paracyclonique dans la réglementation », peut-on lire dans un communiqué du 9 mars du ministère de la Transition écologique, qui précise également : « En effet, ce n’est qu’en améliorant la qualité et la résistance des nouvelles constructions aux cyclones qu’il sera possible de réduire la vulnérabilité des territoires de manière efficace et d’assurer un retour rapide à la vie économique, culturelle et sociale locale. Cette concertation sera menée sous l’égide des préfets jusqu’à l’été. (...) L’objectif est d’aboutir à une réglementation sur le risque cyclonique différenciée et proportionnée afin de s’adapter à chaque territoire concerné. (...) En effet, ce sont les acteurs des territoires ultramarins, qui seront au cœur de cet ambitieux projet d’amélioration de la résilience face au risque de vents cycloniques. » + d’info ici : Évolution du risque cyclonique en outre-mer à l’horizon 2050

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Excepté pour la Nouvelle-Calédonie et la Polynésie française.

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MOUV’OUTREMER, UNE FORMATIONACTION POUR PRENDRE PART à LA TRANSITION DURABLE DE l’outre-mer Mouv’outremer est un projet du ministère des Outre-mer porté par l’AFD. L’objectif est de former, accompagner et mettre en réseau les différents acteurs qui souhaitent œuvrer concrètement pour la transition durable de leur territoire. Cette formation-action est déployée sur quatre grands ensembles ultramarins : les Antilles-Guyane, l’océan Indien, le Pacifique et Saint-Pierre-et-Miquelon. Pour chaque communauté ainsi créée, le programme met à disposition des outils de réflexion collaboratifs et propose d’affiner et développer les projets personnels des participants, avec l’aide du réseau. La participation fait l’objet d’un appel à candidatures ouvert à un très large panel d’acteurs ou futurs acteurs : citoyens, élus, chefs d’entreprise, membres associatifs, entrepreneurs, acteurs de collectivités territoriales, étudiants, journalistes… La formation se déroule en quatre mois et permet d’obtenir une certification après restitution d’un mémoire. Elle utilise principalement des outils digitaux de e-learning à raison de trois heures hebdomadaires, mais propose aussi des temps forts en présentiel via deux séminaires (des modalités de financement sont proposées). Le projet Mouv’outremer déploie en parallèle des outils qui favorisent les échanges et le partage d’informations : « Rejoindre la communauté » au travers des groupes WhatsApp ainsi que le « Mouv’média » qui publie toutes les actualités du réseau. Des webinaires sont également organisés pour présenter le programme et connaître les modalités de candidature. Voici le planning des candidatures par ensemble ultramarin : • Antilles/guyane : clôturées • océan Indien : clôturées depuis le 18 avril • Pacifique : dates à venir • Saint-Pierre-et-Miquelon : dates à venir Pour les territoires dont l’échéance est passée, il est encore temps de rejoindre la communauté !

Comme chaque année (ou presque) depuis maintenant 13 ans, le programme collaboratif Te Me Um – pour Terres et mers ultramarines – coordonné par l’Office français de la biodiversité, lance avec ses partenaires son 11ème lot d’appels à projets en faveur de la biodiversité de l’outre-mer. Depuis le 2 avril, les associations, collectivités et groupements d’intérêt public sont appelés à soumettre leurs candidatures auprès de l’OFB. Seront financés en 2021 : des microprojets pour un montant de 10 000 € maximum chacun (enveloppe totale de 182 000 €) et des actions de compagnonnages financées à hauteur de 5 000 € (enveloppe totale de 30 000 €). Un soutien est également consacré aux projets portés par les membres du réseau Te Me Um – jusqu’à 20 000 € par projet, dans le cadre d’une enveloppe globale de 50 000 €. Ces soutiens d’initiatives occupent une niche peu représentée dans le panel des appels à projets « biodiversité » accessibles à l’outre-mer : les microprojets permettent par exemple de soutenir les jeunes associations et d’impulser de petites initiatives en débloquant des fonds, même s’il ne s’agit que de quelques milliers d’euros ; le compagnonnage favorise les échanges entre acteurs ultramarins et offre aux professionnels la possibilité de renforcer leurs compétences aux côtés d’un expert d’une thématique lors d’un séjour d’une à deux semaines sur son territoire. Pour la première fois cette année, le programme se dote d’un outil de candidature simplifié et dématérialisé (version papier possible si besoin), une charge administrative qui s’en voit nettement réduite pour les candidats ! Les candidatures sont ouvertes jusqu’au 14 mai.

+ d’info ici : Mouv’outremer

+ d’info ici : Te Me UM

Pour consulter les modalités de candidatures : modalités

Pour lire le communiqué de presse : communiqué OFB

Le programme Te Me Um : trois nouveaux appels à projets lancés

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publi-communiqué

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L’intercommunalité dans les départements et régions d’outre-mer A ux

côtés des régions

ou collectivités territoriales uniques

cheffes de file des politiques

économiques et d ’ aménagement du territoire , des départements chargés des politiques sociales , de leurs communes membres chargées de la gestion des services de proximité aux habitants , les intercommunalités exercent des compétences qui se trouvent être au cœur des préoccupations des citoyens ultramarins , y compris en matière d ’ environnement .

L’implantation des 23 intercommunalités présentes dans les cinq départements et régions d’outre-mer (cliquer pour agrandir le visuel).

Interco’ Outre-mer rassemble les intercommunalités et les structures à vocation intercommunale de la Guyane, la Martinique, la Guadeloupe, La Réunion et Mayotte. Tout en tenant compte des réalités spécifiques à chacune d’elles, ces entités sont réunies autour d’enjeux communs afin d’apporter une réponse collective aux défis qu’elles doivent relever pour le progrès de leurs territoires respectifs. Pensée pour être une force de réflexions, de propositions et de cohésion, la sensibilisation des pouvoirs publics représente une des principales missions d’Interco’ Outre-mer. De nombreux sujets sont prioritaires au titre des objectifs de l’institution : aménagement et développement durable, inégalités territoriales, transports, décentralisation, etc. En ce qui concerne l’environnement, les enjeux liés sont perçus suivant une géométrie variable eu égard au caractère singulier des territoires ultramarins. Le patrimoine naturel ainsi que la biodiversité constituent les témoignages d’une histoire à conserver à tout prix. C’est pourquoi Interco’ Outre-mer travaille avec ses partenaires à porter au rang de sacré, la protection de l’environnement.

UNE ÉTUDE DÉDIÉE L’étude L’intercommunalité dans les départements et régions d’outre-mer, menée par l’AdCF 1 en collaboration avec l’Adgcf 2 et Interco’ Outre-mer, présente à travers une synthèse documentaire le rôle et l’action des intercommunalités d’outre-mer qui, en dépit de leur rôle essentiel dans la vie d’un territoire, sont encore peu visibles aux yeux du grand public. On y lit par exemple que les enjeux de la transition énergétique et écologique raisonnent fortement dans les DROM « qui, depuis le vote de la loi de transition énergétique pour la croissance verte, ont pour objectif de porter à 50 % la part des énergies renouvelables dans leur mix énergétique d’ici 2040. » Pour accéder à l’étude : Interco’ Outre-mer Contact : Caroline Cunisse | contact@interco-outremer.fr

Assemblée des communautés de France. | 2 Association des directeurs généraux de France.

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• Dans quelle mesure les structures intercommunales permettent-elles de mieux se saisir de ces enjeux ? - En matière environnementale, les défis sont si nombreux et importants qu’ils méritent d’être guidés par une solidarité et une concertation territoriales renforcées. Dès lors, l’intercommunalité, dont l’essence même est d’unir les forces et de mutualiser les moyens afin d’apporter une réponse collective et rationnalisée aux différents enjeux, conserve tout son sens.

INTERVIEW Maurice Gironcel président d’interco’ Outre-mer • Quels sont les grands enjeux environnementaux au cœur des intercommunalités d’outre-mer aujourd’hui ? - L’extraordinaire biodiversité terrestre et marine, les potentiels de ressources énergétiques et la diversité de nos patrimoines naturels constituent la grande richesse environnementale de nos territoires d’outre-mer qu’il est impératif, pour notre population et les générations futures, de préserver et de valoriser quotidiennement. Pourtant, si l’environnement est un formidable atout pour nos territoires, il est également particulièrement fragile et source de grandes inquiétudes car souvent confronté à de nouvelles difficultés qui obligent les collectivités à s’adapter au jour le jour et à innover constamment dans leurs actions. Tenter de prévoir l’imprévisible sera certainement le prochain combat de nos collectivités ultramarines. Les enjeux sont donc nombreux : s’adapter et atténuer les effets du changement climatique, préserver la biodiversité, reconquérir les ressources naturelles, assurer la transition écologique et énergétique, sensibiliser la population…. Et les intercommunalités, dans le cadre des compétences qui leur ont été transférées, sont au cœur des actions à mener avec l’ensemble des acteurs. C’est pourquoi, il y a urgence à préciser les compétences des autorités publiques (services de l’État, régions, conseils départementaux, communes, intercommunalités, syndicats intercommunaux ou mixtes…) et de clarifier les attributions de responsabilités en matière d’environnement et de tous ses dérivés pour répondre efficacement aux enjeux environnementaux.

Fédératrices avant tout, les questions environnementales amènent les institutions intercommunales à se dépasser, face à des situations qui ne cessent d’évoluer, et davantage dans nos outre-mer marqués par le contexte insulaire, l’éloignement, les pressions démographiques, … et des événements naturels de plus en plus variés et imprévisibles. Au-delà de l’impérieuse technicité que génèrent les domaines liés aux questions environnementales et qui intéresse particulièrement l’échelon intercommunal – gestion des déchets, de l’eau et de l’assainissement, gestion des milieux aquatiques et prévention des inondations, gestion des espaces naturels, climat, énergie, érosion… – la prise en compte de l’environnement dans le projet intercommunal doit être amplifiée par le recours à des stratégies nouvelles visant à en faire une opportunité créatrice de plusvalues d’ordre économique, social, culturel et à faire émerger ainsi un nouvel équilibre territorial. La perspective du développement durable, apparue il y a quelques années et qui a grandement redéfini les frontières de l’action publique, est un excellent exemple de ce à quoi doivent s’atteler nos intercommunalités : mener une politique environnementale innovante, ambitieuse et surtout réaliste. + d’info ici : http://www.interco-outremer.fr/

Maurice Gironcel, président de la Communauté intercommunale du nord de La Réunion (CINOR), est élu à la présidence d’Interco’ Outre-mer depuis le 19 mars. Engagé depuis de nombreuses années dans une démarche de préservation de l’environnement et d’adaptation au changement climatique, il est également le maire de SainteSuzanne, première ville à énergie positive de La Réunion. Grâce aux énergies renouvelables, sa commune parvient en effet à produire davantage d’électricité qu’elle n’en consomme.

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Le patrimoine naturel de l’archipel exposé toute l’année à la mNE Située au centre de M iquelon, l’association la M aison de la N ature et de l’Environnement (MNE) œuvre depuis son inauguration en 2017 à la diffusion de connaissances sur la biodiversité locale, ainsi qu’à la promotion de l’écotourisme.

Centre d’interprétation dédié à la biodiversité et aux habitats naturels de l’archipel, la MNE propose à travers une belle exposition permanente de 200 m2 une immersion interactive, ludique et sensorielle – parfums de la flore, pelage d’animaux, sons de la nature... – à la découverte des richesses environnementales de Saint-Pierre-et-Miquelon. Par ailleurs, des expositions temporaires y sont régulièrement accueillies.

Le hall d’entrée et quelques espaces d’animation. © Chantal Briand

© Chloé Walsh Lucas

Saint-Pierreet-Miquelon La MNE, qui a réussi à fédérer les acteurs locaux de l’environnement autour d’un projet commun, dispose également d’une antenne à Saint-Pierre : le Centre d’interprétation de la Nature.

Géologie, géographie, climat, plantes carnivores, oiseaux marins, insectes du sous-bois, milieu forestier, milieu littoral et dunaire... les espaces ont été conçus pour recevoir un public de tous âges. L’ensemble des espèces emblématiques de l’archipel y est représenté : par exemple le célèbre macareux moine, le harlequin plongeur, le pluvier siffleur, le phoque gris, le phoque commun ou encore les mammifères marins comme la baleine à bosse, le rorqual commun ou le bélouga, qui viennent s’alimenter dans les eaux poissonneuses et riches en krill bordant l’archipel. Ce projet de développement durable est le fruit d’une large concertation qui a associé les acteurs de l’environnement et de l’écotourime du territoire. Au-delà de son objectif premier de mieux faire connaître le patrimoine naturel de Saint-Pierre-et-Miquelon tout en développant l’éducation à l’environnement, la MNE accompagne dans ses actions le secteur du tourisme vert. Elle élargit en effet la gamme des offres proposées et participe à allonger la saison touristique avec son exposition visible toute l’année. De plus, des éco-balades sont proposées, promenades guidées particulièrement originales et chaleureuses consistant à arpenter un certain nombre de sites naturels en compagnie d’un habitant de l’archipel : anse à Dinand, vallée des sept Étangs, isthme de Miquelon-Langlade, Grand Barachois, Cormorandière, presqu’île du Cap et enfin Nid à Aigle.


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Saint-Martin Visites sur le terrain et sorties éducatives sont régulièrement organisées, comme ici avec Mark Yokoyama, afin de mieux faire connaître la faune et la flore de Saint-Martin.

Les fruits de mer, une association qui célèbre la connaissance de la biodiversité locale

L’association Les fruits de mer, créée en 2013, est animée par une équipe de passionnés entièrement bénévoles. Leurs actions convergent systématiquement vers un même objectif : rendre accessible à tous les habitants de Saint-M artin la connaissance du patrimoine naturel et culturel de leur île, au - delà des barrières de l’âge, du milieu social, de la langue ou de l’origine. Saint-Martin hérite d’une histoire culturelle particulièrement diversifiée : au milieu du XVIIème siècle, avec le traité de Concordia, l’île devient franco-hollandaise. Mais sous cette double nationalité officielle, Saint-Martin compte également une importante population d’origine anglaise dont les arrivées successives ont largement marqué l’histoire, ainsi qu’une population africaine déplacée vers les Antilles au cours des sombres siècles du commerce de personnes esclavisées. Héritière de ce passé aux multiples visages, l’île héberge aujourd’hui encore des habitants dont l’histoire, l’origine et la langue diffèrent. C’est en partant de ce constat que Mark Yokoyama, d’origine américaine, a impulsé la création de l’association Les fruits de mer : « Disposer de ressources documentaires bilingues sur la nature et l’héritage local est très important. […] Ces sujets occupent d’ailleurs une faible part de l’éducation à l’école et les enseignants arrivent très souvent d’autres territoires. Créer des supports éducatifs permet d’apporter concrètement cette connaissance au sein de l’école, mais aussi en dehors, à la maison, même à ceux qui n’ont pas accès à un ordinateur ».

L’association porte ainsi un programme de publication d’ouvrages sur la biodiversité de Saint-Martin tous diffusés gratuitement sur le web mais aussi imprimés et distribués dans les écoles, les librairies et au sein de son espace muséal Amuseum Naturalis (ci-dessous). Ce musée gratuit et ouvert à tous offre, depuis 2018, un espace privilégié pour la diffusion du savoir, l’organisation d’événements publics ou encore le développement de programmes pédagogiques. À noter, le musée réouvre ses portes dans les espaces extérieurs durant la crise sanitaire. En 2020, l’association a pu imprimer 2 000 exemplaires de ses différents livres. Ces publications ont été soutenues financièrement par l’OFB via le programme Te Me Um en 2020 mais aussi par la collectivité de Saint-Martin, la préfecture, le CGET et le Fonds pour le développement de la vie associative. Ces livres, colorés et imagés, sont rendus accessibles à un large public grâce à l’usage d’un langage vulgarisé et souvent narratif pour expliquer des concepts écologiques. + d’info ici : Association Les fruits de mer Amuseum Naturalis

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DEUX exemples de LIVRES réaliséS PAR mark Yokoyama de L’ASSOCIATION les fruits de mer Le Guide incomplet

de la faune sauvage de Saint-Martin

D’abord édité en anglais en 2010 et en 2013, le guide a pu être imprimé en version française en 2020 et distribué en 300 exemplaires auprès des écoles, des associations, du gouvernement et du public. Ce livre permet d’identifier les espèces de faune terrestre couramment observées sur l’île et explique également leur écologie : migrations, espèces endémiques, introduites, etc. C’est le seul ouvrage du genre en français pour l’île.

Vous pouvez cliquer sur les visuels de couverture pour télécharger ces ouvrages qui présentent la biodiversité de Saint-Martin (mise à disposition gratuite en format numérique par leur auteur Mark Yokoyama).

La vie des étangs Ce livre, dont est extraite la photographie ci-dessous de Mark Yokoyama, offre un bel espace d’expression à la beauté de la vie des étangs au travers de nombreuses et grandes photographies. Il permet aussi et surtout de comprendre l’importance de ces écosystèmes pour l’île et de découvrir les espèces qui y vivent et y viennent, les rythmes et les changements suivis par le milieu, les traditions associées et le rôle du lien terre-mer occupé par les étangs.

Cette aigrette neigeuse (Egretta thula), dont le plumage est ici recouvert d’une couche d’huile issue des pollutions anthropiques, est à la recherche de nourriture dans l’étang salé de Grand Case. Avec la densité de population la plus élevée des Caraïbes, il est parfois difficile pour les oiseaux de trouver l’habitat dont ils ont besoin sur une île très urbanisée. © Mark Yokoyama


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Saint-barthélemy La riche avifaune du Banc d’anguilla désormais exposée dans un ouvrage À 20

Saint-Martin, Saint-Barthélemy fait partie du Banc d’Anguilla, un plateau essentiellement sous-marin. À certains endroits, il émerge et forme un chapelet d’îles ou d’îlots, dont Anguilla, Saint-Martin et Saint-Barthélemy, l’île la plus petite avec ses 21 km2, auxquels s’ajoutent 22 îlets. L’isolement de ces îlets en fait des zones de nidification importantes pour 12 espèces d’oiseaux marins. kilomètres au sud de

Saint-Barthélemy, comme les autres îles de l’Arc antillais, se trouve sur une route de migration nord-sud. Par milliers, par millions, jeunes et adultes, passereaux, rapaces, canards, limicoles, quittent à l’automne, voire dès la fin de l’été pour ceux qui nichent dans le cercle polaire, leurs aires de reproduction que sont les territoires nordiques. Ils empruntent alors, pour rejoindre des contrées plus clémentes en Amérique du Sud, des voies ancestrales : le littoral Pacifique et Atlantique, les grands lacs américains et enfin l’Arc antillais. Au printemps, les survivants remonteront par les mêmes couloirs pour accomplir un nouveau cycle de migration. Ces périples sont ponctués de haltes migratoires pour se ressourcer. Ce sont les migrateurs de passage. D’autres, arrivés à destination, sont des migrateurs hivernants qui passeront l’hiver sur le Banc d’Anguilla et pour certains nicheront avant de repartir avec leurs petits. Saint-Barthélemy regroupe différents écosystèmes très riches en biodiversité et dont les caractéristiques conviennent parfaitement à de nombreuses espèces de l’avifaune : oiseaux du littoral, des côtes rocheuses et rivages, oiseaux des étangs, salines et mangroves, oiseaux terrestres et aériens. L’Association pour la protection des oiseaux (APO), créée il y a huit ans par Jean-Jacques Rigaud et quelques amis passionnés par l’avifaune, est très active sur le terrain. Cette association a pour vocation la connaissance et la protection des oiseaux ainsi que des écosystèmes dont ils dépendent, notamment la faune et la flore qui y sont associées. L’APO intervient souvent en milieu scolaire et participe également à des actions environnementales. Au début de l’année, l’APO a édité le livre Les Oiseaux du Banc d’Anguilla – un sujet qui n’avait jamais été documenté – avec une approche de la structure géologique du banc d’Anguilla, les trois îles formant cet espace géographique si particulier et riche d’une avifaune qui regroupe plus de 120 espèces d’oiseaux, chacune étant décrite et photographiée dans l’ouvrage.

Un fou brun (Sula leucogaster) et son poussin. © J.-J. Rigaud.

Ce livre bilingue est disponible au prix de 35 euros (+ frais postaux). Pour tout renseignement : contact@apo-stbarth.com APO - BP 1124 97015 Saint-Barthélemy Jean-Jacques Rigaud est également l’éditeur du magazine Tropical St-Barth (www.tropical-mag.com | contact@abledition.com)

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GUADELOUPE La première Agence régionale de la biodiversité (ARB) d’outre-mer est guadeloupéenne C’est officiel, la Guadeloupe possède un nouvel organisme opérationnel pour lutter contre l’érosion de la biodiversité : l’Agence régionale de la biodiversité des îles de Guadeloupe (l’ARB-IG). L’établissement s’est fixé un objectif fédérateur : renforcer les actions en faveur de la diversité biologique locale, par l’union des forces et des compétences des acteurs de l’archipel. L’ARB des îles de Guadeloupe a fait l’objet d’un arrêté de création signé par le préfet de Guadeloupe le 11 février ; elle devient ainsi la 8ème ARB de France, et la première des territoires d’outre-mer.

Les ARB en France : où, comment, pourquoi ? La loi pour la reconquête de la biodiversité, de la nature et des paysages (n° 2016-1087 du 8 août 2016) donne l’opportunité aux régions, à l’OFB et aux services de l’État de créer des agences régionales de la biodiversité (ARB). Il s’agit, par la création de ces agences, de mobiliser localement les acteurs afin d’agir collectivement en faveur du vivant, au plus près des territoires. La définition dans la forme, le fonctionnement ou encore le champ d’action de ces ARB résulte systématiquement d’un large processus de concertation. D’un point de vue réglementaire, le champ des missions de l’ARB recouvre celui des missions de l’OFB, hors missions de police et de délivrance du permis de chasser. Mais à terme, chaque région disposera d’une ARB à son image, du « sur-mesure » pour les acteurs régionaux volontaires et un outil pour améliorer la cohérence des politiques publiques nationales, régionales et locales de biodiversité.

L’ARB des îles de Guadeloupe, fruit d’une réflexion collective Comme ses prédécesseurs, l’ARB-IG est issue d’un processus de concertation mené dans le cadre d’une mission de préfiguration, qui a eu lieu d’octobre 2019 à septembre 2020. Cette mission a fait l’objet d’un partenariat entre la Région Guadeloupe, l’OFB et l’État représenté par la DEAL, et a été conduite en trois phases : identifier les attentes et besoins du territoire et des acteurs, fixer la feuille de route et définir l’outil adapté. Un travail collectif qui a livré différents constats : celui notamment d’une richesse de

compétences inégalement déployée sur le territoire et de l’existence de thématiques orphelines (nature en ville, biodiversité ordinaire) ; il a également abouti à la définition de sept axes d’intervention et de 16 orientations pour le plan d’action ; de plus, il a conduit au choix du statut d’Établissement public de coopération environnementale (EPCE) et d’une gouvernance organisée autour d’un conseil d’administration de 29 membres et appuyée d’un conseil d’orientation et d’un conseil scientifique. Cette mission de préfiguration a fait émerger une volonté commune des acteurs concernés de mener une action conjointe, au service d’objectifs communs et avec des moyens mutualisés pour l’ensemble de l’archipel guadeloupéen.

L’ARB-IG aujourd’hui, demain Aujourd’hui, l’ARB-IG est opérationnelle et prévoit une montée en puissance progressive. Le premier conseil d’administration, qui se tiendra le 7 mai, sera l’occasion de procéder à l’élection des président(e) et vice-président(e), à la définition des effectifs et des emplois – a priori, six agents pour démarrer – ou encore à l’adoption du budget. L’organisation des services s’articulera autour d’une direction, d’un appui administratif et de quatre pôles techniques. Pour demain, les besoins et les attentes du territoire sont forts vis-à-vis de cette agence : l’amélioration de la connaissance, la coordination de l’action publique en faveur de la biodiversité, la formation ou encore l’éducation au respect de la nature. L’ARB devra apporter une réelle valeur ajoutée en termes de préservation de la richesse patrimoniale, et contribuer à renforcer la coordination des acteurs locaux en faveur de la biodiversité. + d’info ici : Les ARB L’ARB des îles de Guadeloupe Communiqué de presse Mission de préfiguration


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MARTINIQUE La pointe du Bout et sa baie de mouillage. © Mathieu Souquet

Biotope, société leader de l’intégration écologique et environnementale Créée en 1993 et implantée depuis 18 ans en outre-mer, la société d’ingénierie française Biotope a fait de l’expertise de la biodiversité son cœur de métier. Aux Antilles, le bureau d’etudes œuvre activement à travers son agence basée à Schœlcher en Martinique et prépare son arrivée en Guadeloupe. Biotope, c’est au niveau national une équipe de 241 personnes dont 190 ingénieurs, docteurs et naturalistes, répartie dans 18 établissements en France métropolitaine et ultramarine. Depuis 1993, la société accompagne de très nombreux projets de conservation et d’aménagement, pour la préservation de la biodiversité et le développement durable des territoires et de leurs populations. Avec plus d’un millier de missions par an, huit millions de données naturalistes référencées, plusieurs centaines de publications scientifiques, des interventions dans plus de 50 pays et dans tout l’outre-mer français, Biotope est une entreprise leader dans son domaine. L’agence Caraïbes a été implantée en Martinique en 2014 compte tenu du développement continu de l’activité dans la région. « L’agence possède une très bonne connaissance antillaise et une reconnaissance des acteurs régionaux, ayant déjà depuis la Guyane ou la métropole acquis des expériences et références dans les territoires français des Caraïbes depuis près de 12 ans » précise Mathieu Souquet, directeur Outre-mer de Biotope. Au sein de cette direction qui regroupe par ailleurs l’agence océan Indien (implantation à La Réunion en 2003) et l’agence Amazonie (en Guyane depuis 2009), l’agence Caraïbes se compose de six experts environnementalistes et naturalistes qui travaillent à l’échelle locale et régionale : Guadeloupe, Saint-Martin, Saint-Barthélemy, Dominique... « L’élaboration de la Liste Rouge de l’UICN de la faune terrestre et dulçaquicole de la Martinique en partenariat avec des experts régionaux et le MNHN pour le compte de la DEAL Martinique est, par exemple, une référence illustrative et « intégratrice » de notre cœur de métier écologique appliqué en local », poursuit Mathieu Souquet. En Martinique, de nombreuses expertises naturalistes sont ainsi conduites en contextes terrestre, dulcicole ou marin : études d’amélioration des connaissances ou d’applications scientifiques et techniques mobilisant fréquemment des technologies issues de R&D (bioacoustique, radars…), aussi bien sur les espèces et écosystèmes à enjeux que sur les problématiques liées aux exotiques envahissantes,

ou encore en matière de restauration et de compensation écologique. Actuellement Biotope dispense également des formations sur les milieux aquatiques auprès de l’Office de l’Eau Martinique et, pour la DEAL Martinique, finalise un guide sur la prise en compte des chiroptères dans les projets d’aménagement. Les études réglementaires et d’accompagnement des maîtres d’ouvrage et d’œuvre de projets d’aménagement (ports, aéroports, routes, énergies renouvelables, eau et assainissement, aménagement urbain…) publics et privés constituent par ailleurs l’actualité récurrente de l’équipe. De même, des suivis écologiques et environnementaux en phase d’exploitation d’infrastructures sont très souvent mis en œuvre. C’est ainsi que Biotope Caraïbes réalise par exemple le tout premier suivi dit « ICPE 1 » de centrales éoliennes en Martinique (application du protocole national en outre-mer), qui devrait faire référence sur l’île et plus largement dans les territoires ultramarins qui n’auraient pas encore déployé le processus réglementaire. Autre exemple, dans le cadre du développement des dispositifs de mouillages « écologiques », afin d’éviter les conséquences potentiellement très importantes de l’activité côtière de plaisance, l’équipe engage le suivi de la « ZMEL » (Zone de mouillages et équipements légers) pour la marina du Marin, en faisant intervenir notamment des plongeurs biologistes professionnels. L’agence Caraïbes est ainsi au cœur des réseaux d’acteurs et capable de mobiliser, concerter, animer, réaliser tout type de mission visant l’approche multisectorielle ou « mainstreaming » de la biodiversité dans le développement des territoires antillais. Enfin, l’un des points centraux de l’actualité de Biotope aux Antilles est la formalisation de son implantation permanente en Guadeloupe via une antenne qui va être opérationnelle dès juin. Pour continuer d’assurer sa montée en capacité dans les territoires ultramarins, Biotope, qui a déjà créé plus de 100 emplois en outre-mer, cherche à recruter dans l’ensemble de ces territoires et plus particulièrement en ce moment du côté Atlantique du globe. Qu’on se le dise ! + d’info ici : https://www.biotope.fr/

Installations classées pour la protection de l’environnement.

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Contacts : Mathieu Souquet | msouquet@biotope.fr Vincent Rufray | vrufray@biotope.fr

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GUyane le réseau de dispositifs Guyafor, un observatoire privilégié pour la recherche sur les forêts de guyane Cogéré par des organismes de recherche (Cirad et CNRS) et par l’ONF, gestionnaire des forêts de Guyane, Guyafor est un réseau de dispositifs forestiers permanents disséminé sur 16 sites en Guyane. Il a pour mission l’étude à long terme de la dynamique forestière et de la biodiversité. Plus de 95 % du territoire guyanais est couvert de forêt, un écosystème qui abrite une très grande biodiversité. On estime qu’il existe 1 500 à 2 000 essences d’arbres en Guyane et il n’est pas rare de trouver 200 espèces d’arbres différentes au sein d’un même hectare de forêt. Les forêts guyanaises jouent également un rôle important dans l’atténuation des changements climatiques puisqu’elles stockent une quantité de carbone équivalente à celle de l’ensemble du territoire métropolitain sur une surface huit fois plus petite. L’exploitation forestière qui y est menée contribue à l’économie locale : la filière forêt bois est la troisième filière économique de Guyane. De nombreux chercheurs travaillent à comprendre l’écologie de ces forêts : à quoi est due une telle biodiversité ? Comment les différentes espèces animales et végétales interagissent pour maintenir le bon fonctionnement des

La carte du réseau de recherche Guyafor. © UMR EcoFoG

milieux forestiers ? De quelle manière les espèces présentes répondent-elles à leur environnement ? Un enjeu actuel majeur est également de comprendre comment les activités humaines telles que les changements climatiques mais aussi les changements d’usage des terres et l’exploitation forestière modifient le fonctionnement des écosystèmes forestiers. Le dispositif Guyafor, géré par le Cirad, l’ONF et le CNRS, permet d’apporter des réponses à ces questions. Il regroupe environ 250 hectares de parcelles forestières sur lesquelles la dynamique des forêts est suivie sans interruption. Si certains dispositifs ont été mis en place récemment, depuis 2000, d’autres ont été installés dès les années 1970 (Bafog, Paracou). Ce réseau de surveillance inédit a pour objectif d’une part de mieux comprendre la structure de la forêt et sa composition floristique selon le type de sols et le niveau de précipitations. Cette activité inclut des inventaires forestiers – cartographie et identification de plus de 250 000 arbres à ce jour, mesures de circonférence... – et le recueil de données environnementales : description des sols et précipitations mensuelles notamment. Le réseau Guyafor permet d’autre part d’étudier sur la longue durée la dynamique des forêts naturelles et exploitées, et tout particulièrement : les processus démographiques (régénération, croissance, mortalité), le cycle du carbone de la biomasse, ainsi que les conséquences des variations du climat. À partir de ces multiples collectes de données, les chercheurs peuvent ainsi évaluer la biomasse des forêts et estimer les stocks et flux de carbone. Par ailleurs, les stations de recherche forestière de Paracou et des Nouragues accueillent chacune près de 150 chercheurs par an et contribuent à la formation des étudiants et des élèves guyanais. Le réseau de laboratoires à ciel ouvert Guyafor est exceptionnel pour faire progresser la recherche sur la dynamique de la biodiversité face aux changements climatiques. Il est un outil précieux pour l’aménagement du territoire et les projets guyanais de développement durable.

La forêt tropicale guyanaise, où l’accumulation de la biomasse joue un rôle de régulateur du climat. © Éric André Nicolini | Cirad


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+ d’info ici : www.cirad.fr

l’agroécologie, un outil de valorisation responsable des variétés amazoniennes Les projets de recherche du Cirad s’engagent à promouvoir une agriculture qui préserve la durabilité des ressources naturelles, avec une forte exigence de qualité alimentaire. Trois exemples d’espèces végétales dont le Cirad accompagne en Guyane la structuration et l’essor des filières.

cacaoyer

Theobroma cacao est un arbre de sous-bois originaire du continent sud-américain. Un groupe en particulier – le cacaoyer guiana – est originaire du plateau des Guyanes. Via son Centre de ressources biologiques, le Cirad participe à la conservation active de ce patrimoine. Ses équipes, en collaboration avec des acteurs locaux, s’intéressent à la mise en valeur de ces cacaoyers endémiques. De la sélection génétique des individus potentiellement les plus intéressants à cultiver et à transformer en produits chocolatés, en passant par la formation au champ ou en atelier de chocolaterie, les dernières années de travail ont permis de fédérer un noyau de cacaoculteurs et de transformateurs sur le territoire. À terme, le Cirad s’engage dans le soutien à l’émergence d’une filière durable et de qualité, respectueuse des hommes et de l’environnement, dont les produits seront destinés tout autant à la consommation locale qu’à l’export.

© Michel Boccara

bois de rose

© Nadine Amusant

L’exploitation de l’huile essentielle du bois de rose (Aniba rosaeodora), espèce patrimoniale de Guyane, a largement contribué à son économie de la fin du XIXème siècle jusqu’au milieu du XXéme. Cependant, la surexploitation de la ressource dans son aire naturelle a entraîné sa raréfaction, conduisant à une interdiction de son exploitation en 2001. Encore recherchée pour ses vertus, c’est dans ce cadre que le Cirad et ses partenaires (ONF, INRAE) ont démarré un programme de recherche (Anib@rosa), visant à mieux comprendre le développement de la plante en lien avec la qualité de l’huile essentielle. Il était aussi essentiel de proposer des outils de traçabilité en vue de relancer une filière de production dans un contexte de gestion durable. L’espèce ne fructifiant pas annuellement, des méthodes de multiplications végétatives ont été développées afin de disposer de ressources pour la mise en place d’une filière écoresponsable dédiée au marché de l’aromathérapie, la cosmétique ou la parfumerie. Emblématique de la biodiversité guyanaise, cette espèce se veut être un fer de lance pour un développement endogène et durable.

fruit de palmier açaí

Comment faire de l’exceptionnelle biodiversité un atout de développement économique et social pour les Guyanais ? Accompagner les acteurs à mieux valoriser leurs savoir-faire et les initiatives locales est une option possible. Le fruit de palmier açaí, nommé wassaï en Guyane (Euterpe oleracea Mart.,) est un aliment très riche et qui contient des substances intéressantes pour la santé, dont des antioxydants. Consommé par l’ensemble des populations amazoniennes, il constitue un trait d’union culturel et alimentaire. Le Cirad, en coopération avec ses partenaires d’enseignement supérieur et de recherche de Guyane, du Brésil et du Suriname (DP Amazonie) conduisent des recherches pour mieux comprendre comment les populations d’Amazonie cueillent, cultivent, consomment et commercialisent l’açaí dans un double objectif. Le premier est d’identifier les points forts et les points de blocage à une meilleure valorisation économique, alimentaire et culturelle d’un produit issu de la biodiversité forestière non ligneuse. Le deuxième est de construire, avec les acteurs locaux, un socle de connaissances scientifiques et empiriques à mobiliser dans des démarches de qualité adaptées aux circuits de distribution, qu’ils soient locaux ou à l’export. © Nathalie Ciadella


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ÉTUDIER LA BIODIVERSITÉ MARINE FACE AU CHANGEMENT CLIMATIQUE ET À LA SURPÊCHE Plusieurs menaces pèsent sur la biodiversité marine, notamment la surpêche et le changement climatique. Il est souvent difficile de démêler leurs effets, leurs conséquences étant fréquemment semblables.

Les campagnes scientifiques ont permis de détecter une augmentation de la diversité des espèces côtières guyanaises suite à une baisse de la pression de pêche. © Ifremer | Vincent Vallée

Les eaux côtières de Guyane, où coexistent des espèces subtropicales (en limite sud de leur aire de répartition) et des espèces typiquement tropicales, ont subi une hausse de température d’un peu moins de 1° C entre 1990 et 2017. Dans le même temps, la pression de pêche a fortement baissé. Ceci donne une opportunité rare d’étudier comment les peuplements de poissons réagissent à une diminution de la pression de pêche dans un contexte de réchauffement climatique. Le projet STUDY II (financeurs : Feder et Cnes), démarré en 2016, a ainsi pour objectif de déterminer les effets de différents facteurs sur la biodiversité, de définir des indicateurs de suivi de l’état de la biodiversité marine et d’identifier de nouvelles espèces exploitables en Guyane. À travers des campagnes de chalutage accompagnées de mesures de paramètres physico-chimiques réalisées depuis 1993, les scientifiques ont détecté des changements de composition et d’abondance des populations. Des mesures morphométriques ont été faites sur les espèces échantillonnées, pour avoir des données de référence précises. Ces campagnes

ont également été l’occasion d’adapter les indicateurs utilisés en métropole pour le suivi de la biodiversité marine en Guyane. Dernier objectif du projet, l’identification de nouvelles espèces, non sensibles au changement climatique, qui pourraient être exploitées... Les résultats globaux montrent une bonne capacité de l’écosystème à retrouver un état de diversité riche et stable en espèces de poissons en une période relativement courte d’une dizaine d’années : certains indicateurs de diversité ont augmenté significativement, ainsi que la taille moyenne des poissons, et la biomasse relative des espèces tropicales au détriment de celle des espèces subtropicales. Ceci témoigne d’une restructuration des communautés suite à une réduction de la pression de pêche, mais sous la contrainte du réchauffement. Ces résultats sont encourageants pour promouvoir une gestion durable des pêches, en diminuant la pression de pêche pour préserver les écosystèmes, tout en garantissant une viabilité économique et sociale à la filière en Guyane. + d’info ici : projet STUDY II Contact : Fabian Blanchard | fabian.blanchard@ifremer.fr


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LES ÉCOSYSTÈMES CÔTIERS DE GUYANE Les écosystèmes côtiers et estuariens de Guyane sont riches en biodiversité. Constitués majoritairement de mangroves, ils fournissent de nombreux services écosystémiques, comme l’assainissement des eaux ou le stockage du carbone. Ils sont également essentiels pour les premiers stades de vie de nombreuses espèces de poissons et d’invertébrés, leurs apportant abri et nourriture. Certaines de ces espèces sont l’objet de pêches lorsqu’elles quittent les mangroves au stade adulte. Les deux projets BioCotEs (Biodiversité côtière et estuarienne – financement Feder) et NurseHab (Characterisation of near-

ENFIN DES BASES DE DONNÉES GÉNÉTIQUES POUR LES POISSONS DE GUYANE L’inventaire des espèces de poissons guyanais reposait jusqu’à présent sur des descriptions morphologiques. Des analyses génétiques ont montré que cet inventaire était incomplet et présentait des erreurs, mais aussi que les bases de données génétiques internationales étaient incomplètes concernant les espèces de Guyane. Le projet GuyaGenFish (financement par l’Office de l’Eau) a

Mieux connaître les espèces vivant dans les mangroves permet de mieux les protéger. © Ifremer | Morgana Tagliarolo

shore habitats as nurseries for fish and shrimp communities – financement Labex CEBA) – ont pour but l’étude de ces écosystèmes et leur fonctionnement. Ils permettront aux chercheurs de caractériser les habitats côtiers et d’évaluer l’état de pollution de ces milieux. Une base de données pour inventorier les espèces sera créée. + d’info ici : projets BioCotEs et NurseHab Contact : Morgana Tagliarolo | morgana.tagliarolo@ifremer.fr

pour objectif de constituer une collection de référence des poissons marins et estuariens de Guyane et de créer la base de données moléculaires correspondante de deux gènes mitochondriaux (COI et ADNr12S). Ces deux bases de données pourront ainsi permettre d’une part de faciliter l’identification des espèces (COI), notamment des stades larvaires, et d’autre part de mettre en place une méthode de métabarcoding (ADNr12S) pour l’analyse de l’ADN environnemental (ADNe) qui pourrait constituer à terme une alternative aux inventaires par capture. + d’info ici : projet GuyaGenFish Contact : Yann Rousseau | yann.rousseau@ifremer.fr

Illustrations de post-larves de rouget (Lutjanus jocu), loubine (Centropomus sp.) et acoupa rouge (Cynoscion acoupa).

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une véritable base expérimentale de recherche sur la biodiversité marine à port réunion Le

plus grand port de l’outre-mer français s’est engagé de manière volontaire à travers son

SDPN 1

à mieux connaître et préserver les secteurs à forte valeur écologique de son domaine. Il soutient le projet de thèse de

Ludovic Hoarau, sur l’étude des écosystèmes coralliens profonds de l’espace portuaire. en écologie des poissons récifaux à l’IRD, a proposé à Port Réunion la mise en place d’un doctorant. Je débute donc ce travail sous la direction de Mehdi Adjeroud, directeur de recherche à l’IRD, Lucie Penin, maître de conférence à l’université de La Réunion et Priscille Labarrère, responsable du service Environnement et aménagement, côté GPMDLR.

• Un résumé en quelques mots de votre étude ?

INTERVIEW Ludovic Hoarau doctorant en biologie marine • Vous avez été recruté à Port Réunion pour y préparer votre doctorat. Comment ce projet a-t-il vu le jour ? - J’ai rejoint l’équipe de Port Réunion en novembre dernier afin d’y entreprendre mon projet de thèse ECOMER, qui a pour objet l’étude et la gestion des écosystèmes coralliens mésophotiques à La Réunion, pour la valorisation du patrimoine naturel marin de Port Réunion. Nous avons signé une convention industrielle de formation par la recherche (CIFRE) en liaison avec l’unité mixte de recherche ENTROPIE 2. Ce projet s’inscrit dans la continuité des inventaires marins de la zone portuaire réalisés par Port Réunion dans le cadre de son Schéma directeur du patrimoine naturel (SDPN). Inventaires qui ont mis en évidence une biodiversité insoupçonnée, et même la découverte de nouvelles espèces de crinoïdes et gorgones. Pour aller encore plus loin, le port a souhaité pousser les recherches dans la zone dite mésophotique, comprise entre -30 et -150 mètres, afin d’identifier les enjeux de cet environnement méconnu. L’occasion s’est présentée lors d’échanges tenus sur ce sujet entre Port Réunion et l’IRD. Pascale Chabanet, spécialiste  Voir à ce sujet l’article paru dans notre numéro d’avril : SDPN 2  Écologie marine tropicale des océans Pacifique et Indien. 1

- Ce projet scientifique innovant cherche à inventorier et à caractériser les écosystèmes mésophotiques récifaux du port et de La Réunion, à examiner leur structure, leur fonctionnement et leur rôle avec le concours d’experts du monde entier, en vue d’une finalité à l’issue des travaux : la mise en œuvre d’un plan de gestion et de conservation des récifs mésophotiques vis-à-vis des activités de Port Réunion. + d’info ici : projet de thèse ECOMER Pour consulter l’article scientifique publié en avril sur les premières découvertes de Ludovic Hoarau : Diversity

Diplômé d’un Master européen en Biodiversité et conservation marines, Ludovic Hoarau s’est spécialisé sur les récifs coralliens et sa biodiversité associée. Il s’implique aussi dans l’étude et la conservation des tortues marines, ainsi que dans l’association 3R (Réhabilitation du récif réunionnais), qu’il représente.

Dans le cadre de son projet de thèse, Ludovic Hoarau va étudier les massifs coralliens et leurs espèces associées, au sein de la zone mésophotique de l’espace portuaire. © Ludovic Hoarau


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Challenge départemental de sensibilisation aux économies d’énergie au collège Les Mascareignes de Saint-denis le 27 avril, en partenariat avec EDF et le Département de La Réunion.

Île de la réunion à sciences réunion, la curiosité n’est pas un vilain défaut !

Seul Centre de culture scientifique, technique et industrielle (CCSTI) de l’île, Sciences Réunion est une association loi de 1901 créée en 1999. Rencontre avec son président et son directeur, qui nous présentent la structure, sa philosophie et quelques actions environnementales qui y sont menées. Pôle territorial de référence, Sciences Réunion a obtenu le label « Science et culture, Innovation » du ministère de l’Enseignement supérieur, de la Recherche et de l’Innovation. Son équipe très dynamique organise en effet toute l’année des événements et animations ayant tous pour but de rapprocher la science du citoyen, en rendant les connaissances accessibles aux jeunes et au grand public. « Les manifestations de Sciences Réunion touchent en moyenne plus de 100 000 personnes par an, dont 80 % de scolaires du primaire à l’université » précise James Caratini, directeur de l’association, qui en cite les quatre grands pôles : - les sciences par l’image, à travers des expositions, des livres et deux événements annuels : le festival du Film scientifique, le plus ancien de France, dont les films primés sont très souvent en lien avec l’environnement ; le festival de l’Océan, programmé cette année du 2 au 11 juillet ; - les métiers autour des sciences, avec notamment la fête de la Science en partenariat avec l’université de La Réunion ; - les sciences par l’animation, qui comprend de très nombreuses interventions en milieu scolaire, mais également des conférences-rencontres avec les chercheurs, ou les ateliers menés depuis le véhicule itinérant Mobilo-science (dont certains sur les énergies renouvelables, la biodiversité)... ; - enfin, la valorisation de la culture scientifique à La Réunion, sur la base en particulier de deux outils : le portail numérique www.larondavelle.re et le FabLab solidaire O-Kartié, plateforme de prototypage d’objets.

Les actions pédagogiques se placent au cœur des activités de Sciences Réunion. Ici, une animation dans un collège de l’île, portant sur la durée de biodégradabilité des déchets en mer.

James Caratini et François Cartault, respectivement directeur et président de l’association Sciences Réunion.

Le docteur François Cartault, ancien généticien, préside l’association. « Notre principale mission est de susciter un engouement chez les jeunes et le grand public vis-à-vis de la science, en la faisant venir à eux en quelque sorte. Il s’agit de susciter l’intérêt, d’attiser la curiosité. Nous devons donner envie d’apprécier les sciences. Et pour cela, nous utilisons essentiellement deux éléments : l’image et la pratique ludique. L’image à travers les films du festival du Film scientifique par exemple, et la pratique au moyen des ateliers proposés dans les classes ou les quartiers. » Et de poursuivre : « La nature est le point de départ de l’observation scientifique. Elle occupe une large place dans les contenus que nous diffusons. Je ne crois pas aux images catastrophistes pour sensibiliser à l’environnement, mais plutôt au partage d’un savoir juste, percutant, accessible à tous, qui valorise l’extraordinaire diversité de la faune, la flore et des milieux naturels. En focalisant les attentions sur l’extinction des espèces, les multiples pollutions... le risque est de renvoyer le message que tout est déjà perdu, que les efforts sont devenus vains. C’est le message contraire que nous souhaitons véhiculer : partir de la connaissance scientifique pour montrer qu’il est possible, et donc nécessaire, de protéger la nature. » + d’info ici : Sciences Réunion

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îlot bandrélé : la restauration écologique pour conserver et valoriser un joyau du lagon Site parmi les plus prisés du lagon, l’îlot Bandrélé subit diverses perturbations : déchets, piétinements, espèces exotiques envahissantes, érosion... Pour préserver l’équilibre fragile de son écosystème terrestre, le Conservatoire du littoral et ses partenaies ont initié un programme de restauration.

À l’est de Mayotte, l’îlot Bandrélé, qui s’étend sur 24 hectares, est affecté depuis 2009 au Conservatoire du littoral. Il abrite une végétation sèche dégradée où viennent nidifier des oiseaux forestiers endémiques de Mayotte et des Comores, comme le Zosterops de Mayotte ou la moucherolle. L’îlot est également un lieu de ponte pour les tortues marines. Son cadre enchanteur aux eaux turquoise attire chaque année de nombreux touristes et résidents, dont certains accostent en kayak depuis la plage de Sakouli. Pour lutter contre les dégradations observées et contre l’érosion côtière, une action de plantation a débuté fin mars avec 600 plants de liserons de mer, une plante herbacée qui a l’avantage de freiner la colonisation par d’autres espèces exotiques. Cette action sera complétée en fin d’année par 1 000 plants d’espèces de forêt semi-sèche.

Mairie de Bandrélé, Communauté de communes du sud, association 976 Sud Prévention... plusieurs acteurs locaux se sont joints à ces travaux de végétalisation du site, qui ont été accompagnés d’une mise en défens de l’arrière-plage située en face de Sakouli, de façon à limiter les bivouacs – et la coupe de bois qui alimente les barbecues – tout en veillant à la tranquillité des tortues de mer. Alors qu’aujourd’hui aucun aménagement n’existe sur l’îlot hormis les panneaux du Conservatoire du littoral, ces actions s’inscrivent dans le cadre d’un schéma d’intentions paysagères et d’un projet d’aménagement. L’ambition étant « d’organiser la fréquentation du site, de préserver l’identité paysagère et les atouts naturels de l’îlot, de préserver les écosystèmes littoraux à intérêt écologique fort, tout en autorisant une découverte de l’île qui soit respectueuse des milieux », pouvons-nous lire en introduction de ce projet initié par le Conservatoire du littoral et dont le maître d’œuvre est l’agence Esprit du Lieu. Il s’agira de « faire cohabiter l’aspect récréatif de l’îlot Bandrélé avec la vocation écologique du site » en améliorant l’accueil du public, en canalisant sa fréquentation et en créant des aménagements légers et pédagogiques, intégrés à la nature et, dans la mesure du possible, conçus à partir du bois d’espèces envahissantes. Le couvert végétal sera ainsi densifié sur le haut de plage pour contenir l’érosion et protéger les futurs aménagements en amont. Plus haut, une « lisière verte » réduira entre plage et arrière-plage l’ensablement des aménagements. Enfin, en troisième ligne, une barrière végétale encadrera les activités humaines et limitera l’accès en cœur d’îlot, créant un espace où la biodiversité sera préservée.

L’opération de plantation sur l’îlot Bandrélé a mobilisé un grand nombre d’acteurs locaux. © Conservatoire du littoral

© Frédéric Larrey | Conservatoire du littoral

Mayotte


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Depuis quelques années, la FMAE incite ses associations adhérentes à s’inscrire dans les enjeux nationaux et internationaux avec l’organisation des journées mondiales. Forte de son expérience sur la lagune, l’association Jardin de M’Tsangamouji s’est ainsi positionnée pour co-organiser avec la FMAE la journée mondiale des Zones humides tous les 2 février. L’occasion pour elle de rappeler l’importance de ces zones pour la préservation de la biodiversité à l’ensemble des acteurs locaux.

La gestion de la lagune d’Ambato par l’association jardin de m’tsangamouji Créée

M’tsangamouji, cette association 1 bien connue à Mayotte compte actuellement une trentaine de membres. Elle siège au comité de suivi de la lagune d’Ambato à M’tsangamouji, une zone humide protégée par arrêté préfectoral, classée depuis 2005 au titre de la protection des biotopes. en

2015

à

La lagune, d’un peu plus de quatre hectares, se situe entre la plage et le terrain de football du village de M’Tsangamouji. Au nord-ouest de Mayotte, son habitat naturel spécifique abrite des espèces floristiques et faunistiques patrimoniales telles que le crabier blanc, un oiseau mondialement menacé qui y niche, ou la plante Cyperus articulatus, dont il s’agit de l’unique station connue à Mayotte. « La lagune d’Ambato est le seul endroit de l’île où l’on trouve une mangrove qui n’est composée que de palétuviers à petites feuilles », informe Moussa Nassim, qui préside l’association Jardin de M’Tsangamouji. Depuis 2016, face au constat de nouvelles dégradations du site par des mises en cultures, des actions ont été menées en vue de la préservation et la restauration du site. Un comité de suivi s’est constitué, regroupant la DEAL, le Conseil départemental de Mayotte, la commune de M’tsangamouji, 3 CO (Communauté de commune du cordouest de Mayotte), le Conservatoire botanique national de Mascarin (CBNM), GEPOMAY, l’OFB et enfin l’association.

quelques-unes des actions programmées : • • • •

Création de supports de communication mettant en valeur les richesses écologiques du site (livret, dépliant, affiches). Poursuite de la restauration de la prairie humide. Étude d’un projet d’aménagement de sentier pédagogique. Étude de l’évolution de la faune et la flore de la lagune.

Rencontre avec Moussa Nassim, le président de l’association « Grâce au soutien financier de la DEAL, nous avons pu recruter deux agents animateurs et médiateurs mobilisés sur le site pour sensibiliser les occupants illégaux et assurer une mission de surveillance. Depuis que nous faisons office de gestionnaire de la lagune, presque tous les occupants illégaux ont quitté les lieux. C’est sans doute lié au fait que nous sommes sur place, que nous connaissons bien les habitants du village. Des actions d’arrachage de cultures sont en cours et la majorité des cases en tôle ont été démolies en octobre dernier. Progressivement, la lagune retrouve son caractère naturel. Les dégradations sont stoppées. Plusieurs actions de sensibilisation ont lieu chaque année. Nous créons par exemple des supports pédagogiques qui sont offerts aux visiteurs. Nous multiplions les interventions dans les établissements scolaires, en développant un partenariat avec le rectorat. Depuis 2018, nous animons dans la lagune la fête de la Science. Et malgré la situation sanitaire très difficile, nous avons enregistré 1 863 participants à nos actions au sein de la lagune en 2020. Enfin, nous contribuons régulièrement à l’entretien et au nettoyage du site. »  L’association, très tournée vers les jeunes, est agréée JEP (Jeunesse et éducation populaire), une reconnaissance nationale notamment en matière d’éducation à la citoyenneté.

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MERCI-Cor : une Méthode pour éviter, Réduire et Compenser les Impacts en zone récifale Portée par l’Ifrecor, cette méthode permet d’évaluer les pertes écologiques causées par un projet d’aménagement sur les écosystèmes coralliens, ainsi que les gains attendus des mesures à engager pour compenser ces pertes. Le but étant d’atteindre une équivalence écologique entre milieux impactés et restaurés. Merci-Cor est la « méthode pour éviter, réduire et compenser les impacts en zones coralliennes. » Il s’agit de la « version corallienne » de la méthode Merci, conçue dans le cadre d’un partenariat entre l’UPVM-CEFE-CNRS et l’Onema 1 pour dimensionner la compensation des impacts de projets en zones humides et en milieux aquatiques d’eau douce. Merci-Cor a quant à elle été développée par l’Université Paul Valéry Montpellier 3, le groupement d’experts en environnement marin Marex et le bureau d’études Ecomed, pour le compte de l’Ifrecor depuis 2013. La méthode Merci-Cor propose une approche cartographique intuitive et des algorithmes de calcul performants fondés sur la séquence ERC (éviter-réduire-compenser). Celle-ci part du principe selon lequel les aménageurs doivent en premier lieu s’appliquer à éviter les futures atteintes à l’environnement générées par leur projet. Si ces impacts n’ont pu être suffisamment évités, la recherche de leur minimisation par des solutions techniques est alors la voie à privilégier. En dernier recours, lorsqu’un impact résiduel notable persiste malgré les démarches d’évitement et de réduction, des mesures de compensation doivent être engagées sous forme d’actions de réhabilitation, de restauration ou de création de milieux naturels. Ces mesures doivent pouvoir générer des effets vertueux au moins équivalents aux pertes occasionnées, pour éviter toute perte nette de biodiversité dans l’espace et dans le temps. La projection future de l’état écologique une fois l’aménagement réalisé est déduite des effets supposés du projet, de la sensibilité des habitats recensés exposés à ces effets, et de l’aptitude des habitats à résister, puis à se régénérer grâce aux mesures compensatoires. Il s’agit ensuite de comparer les pertes évaluées et les gains attendus, en tenant compte de l’incertitude liée aux trajectoires écologiques des mesures de compensation et des délais entre le démarrage du chantier et l’atteinte de l’état écologique ciblé par la compensation. Contreparties positives des projets, les mesures compensatoires doivent intervenir en complément des politiques publiques existantes et autres actions inscrites dans le territoire, auxquelles elles ne peuvent se substituer. Le but final est ainsi le maintien de la qualité environnementale des sites d’aménagement, voire la production d’un gain écologique.  Office national de l’eau et des milieux aquatiques, aujourd’hui comprise dans l’OFB, Office français de la biodiversité.

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La loi pour la reconquête de la biodiversité, de la nature et des paysages de 2016 a réuni des éléments de la doctrine nationale ERC dans le Code de l’Environnement et enrichi les principes de la séquence ERC : objectif d’absence de perte nette voire de gain de biodiversité ; obligation de résultat des mesures de compensation ; effectivité des mesures pendant toute la durée des impacts ; proximité fonctionnelle des mesures vis-à-vis du site endommagé ; géolocalisation des mesures compensatoires ; non-autorisation du projet en l’état si les atteintes liées à ce dernier ne peuvent être ni évitées, ni réduites, ni compensées de façon satisfaisante. Par ailleurs, la réforme de l’évaluation environnementale rappelle que le processus se doit d’inclure un rapport du maître d’ouvrage sur les incidences environnementales et sur les mesures ERC, en englobant toutes les phases d’un projet (conception, réalisation, fonctionnement...), afin de pouvoir apprécier l’ensemble de ses impacts sur la nature. Pour répondre à ces attentes réglementaires, Merci-Cor propose une approche très opérationnelle pour aider les différents acteurs de la séquence ERC lors du montage et de l’analyse des projets, petits ou grands. L’idée d’un tel outil s’est imposée face au constat partagé d’une insuffisance des outils existants et ressources disponibles, du manque de cadres méthodologiques et d’une disparité des exigences en termes d’expertise selon les méthodes employées. La rapidité avec laquelle Merci-cor peut être appliquée permet de l’utiliser dès les premières phases de conception d’un projet et de comparer facilement divers scénarios d’aménagement pour aller vers celui entraînant le moins de pertes écologiques. L’intérêt de la méthode réside aussi dans son approche intégrée du problème, et ce du diagnostic à la proposition de solutions de restauration. « Les mangroves et herbiers, écosystèmes associés aux récifs coralliens, sont totalement intégrés à la méthode », précise Mathieu Pinault, cofondateur du GIE Marex. Merci-Cor évalue ainsi l’état de conservation d’une zone dans sa globalité et ne cible pas uniquement son analyse sur certaines espèces, souvent protégées, ou certaines fonctions écologiques. L’Ifrecor a publié à ce sujet un inventaire des méthodes de restauration des récifs, mangroves et herbiers disponible ICI. L’expertise de la France dans ce domaine est reconnue à l’international, ce qui conforte l’Ifrecor dans la poursuite de ces travaux. + d’info ici : www.ifrecor.fr


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Merci-Cor est actuellement en cours de mise en œuvre à Mayotte, dans le cadre des études réglementaires du projet de piste longue de l’aéroport de Dzaoudzi-Pamandzi. Pour cela, l’équipe de Marex a échantillonné en une semaine 48 stations d’évaluation rapide et 10 stations de surveillance temporelle, soit « un gain de temps et de robustesse de l’information collectée très significatifs par rapport aux méthodes habituellement mises en œuvre lors d’études d’impact environnemental en milieux coralliens. » © Mathieu Pinault

Merci de cliquer ICI pour accéder à un schéma illustrant la méthodologie globale sur les stations d’échantillonnage des enjeux écologiques selon la méthode Merci-Cor (Pinault et al.).

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Quelle stratégie de développement pour l’économie bleue à mayotte ? Le 13 avril, le Département de Mayotte dévoilait un document attendu : L’élaboration de la stratégie de développement de l’économie bleue à Mayotte. Inscrit dans l’axe « Accroître l’attractivité du territoire » du plan de mandature, ce travail est mené depuis fin 2018 en concertation avec les acteurs du territoire. « Il s’agit notamment de savoir explorer les opportunités offertes par nos ressources maritimes afin de contribuer à la quête d’un développement économique vivier d’emplois pour les Mahorais », explique Marie-Josée Karaké, chef de l’équipe projet du Département qui œuvre à cette stratégie. L’IEDOM 1 avait déjà publié un éclairage sur le sujet en 2017, intitulé « L’économie bleue à Mayotte – De nombreux défis pour un secteur à structurer ». En effet, sur l’île au lagon les défis ne manquent pas dans le domaine encore très peu exploité de l’économie bleue. Fruit de plusieurs ateliers et comités de pilotage, le document présenté le 13 avril a pour objectifs de déterminer le poids de l’économie bleue à l’échelle de Mayotte et sa région, et de « co-construire une stratégie de développement opérationnelle à court et moyen terme », en définissant « un modèle de gouvernance adéquat pour favoriser la visibilité et la promotion de l’économie bleue ». Cette étude réalisée par BRL Ingénierie, en lien avec l’équipe projet du Département et les acteurs identifiés (préfecture, DMSOI, Parc naturel marin, DEAL, Conservatoire du littoral, intercommunalités, communes, université, rectorat, port de Longoni, CDTM, UMM, EAM, CCI Mayotte, Pôle Emploi, RSMA, associations et structures en lien avec la plongée, l’environnement, la pêche, l’aquaculture…) a mis en évidence huit secteurs économiques clés : environnement ; pêche ; aquaculture ; tourisme et activités de loisirs ; activités portuaires et transport maritime ; énergies marines renouvelables ; dessalement et enfin biotechnologies. En matière environnementale, figurent par exemple ces orientations : « conserver et valoriser la biodiversité littorale et marine », « faire reconnaître par les instances internationales (dont l’Unesco) la qualité exceptionnelle de l’environnement marin de Mayotte et en faire un haut lieu de recherche d’intérêt planétaire », « étudier les opportunités que peut offrir le nouveau volcan sous-marin de l’Est de l’île »...

Pour consulter l’étude : Économie bleue de Mayotte  Institut d’émission des départements d’outre-mer.

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Parmi les actions retenues dans le secteur de l’environnement, nous pouvons citer le projet de création d’un pôle d’excellence pour la connaissance et le suivi des écosystèmes tropicaux et de la mangrove. Et dans les autres secteurs : la création d’un port de pêche et d’une filière de traitement des déchets de poissons ; la création d’un centre de recherche aquacole et d’une nouvelle écloserie sécurisée ; le développement des activités de tourisme tournées vers la mer, en particulier de la croisière ; la mise en place de lignes maritimes de transport de passagers ; l’étude de projets de dessalement de l’eau de mer... En filigrane de cette stratégie potentiellement génératrice de plusieurs milliers d’emplois, en accord avec la volonté de la Commission européenne – la DG MARE appelle les RUP à « développer leurs propres stratégies en matière d’économie bleue » – un dénominateur commun relie les huit secteurs économiques identifiés : la nécessité d‘une structuration des filières, qui devra passer par la formation aux métiers de la mer et l’afflux d’investissements pérennes. Contact : Marie-Josée Karaké, chef de projet au Conseil départemental de Mayotte | marie-josee.karake@dm-reunion.fr

Dans le secteur de l’aquaculture, l’objectif de production de 500 tonnes en 2030, puis de 1 000 tonnes en 2050, est l’une des orientations préconisées par le document stratégique.


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TAAF

Devant la fresque monumentale des manchots empereurs de la Terre Adélie, le préfet des TAAF Charles Giusti (au centre) est entouré des lycéens et partenaires du projet, lors de la restitution de la résidence artistique du 2 avril. © Gilles Chareyre| TAAF

LA BIODIVERSITé DES TAAF à L’HONNEUR DANS UN PROJET MêLANT ART ET ÉDUCATION Au lycée des métiers Vue Belle de La Saline-les-Hauts à La Réunion, la biodiversité des TAAF s’affiche en grand : frégate, albatros, manchots, fous et sternes déploient désormais leurs ailes magnifiées à la bombe sur les murs de l’établissement. L’artiste grapheur Gorg One a pu réaliser de gigantesques fresques dans le cadre d’une résidence artistique avec l’aide et la créativité de 110 élèves du lycée. À l’échelle nationale, des objectifs d’éducation artistique et culturelle ont été clairement affichés et font l’objet d’une feuille de route 2020-2021 : « Réussir le 100 % EAC – Éducation artistique et culturelle ». Dans ce cadre, en septembre 2020, la DAC-OI et l’académie de La Réunion ont lancé un appel à projet destiné aux artistes, afin de leur offrir un espace d’expression associé à un projet d’établissement scolaire. Une fois la candidature de Gorg One sélectionnée, l’équipe pédagogique et les élèves de ce lycée se sont rassemblés avec l’artiste pour choisir ensemble la thématique de leur projet : la biodiversité des Terres australes et antarctiques françaises. C’est alors, pour les élèves, un travail à double facette : s’approprier d’une part la culture artistique, en particulier celle du street art ; d’autre part, se plonger dans l’univers de la faune des TAAF, comprendre les clés d’identification des espèces et les enjeux de protection de ces territoires. Leur travail a abouti à la création de 15 fresques, représentations artistiques de 15 espèces des territoires des TAAF.  Direction des affaires culturelles océan Indien.

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Zoom sur… cinq fresques, cinq espèces, cinq districts des TAAF

Le dauphin de commerson – îles Kerguelen Aux Kerguelen, le dauphin de Commerson est représenté par une sous-espèce endémique de l’archipel : Cephalorhynchus commersonii kerguelensis. De nature curieuse, il s’approche facilement des navires, ce qui permet une observation régulière de ces individus.

La frégate du Pacifique – îles Éparses L’île d’Europa accueille les 2èmes plus importantes populations de frégates du Pacifique (Fregata minor) au monde. Les mâles sont particulièrement charismatiques : durant la période des accouplements, ils gonflent une poche rouge vif située sous la gorge pour impressionner les femelles.

Le gorfou sauteur du nord – Saint-Paul et Amsterdam Le gorfou sauteur du nord (Eudyptes moseleyi) est une espèce de manchot qui se distingue génétiquement de son homonyme du sud (Eudyptes chrysocome). Comme chez tous les gorfous, mâles et femelles sont facilement reconnaissables : ils portent au-dessus de l’œil une couronne de plumes jaunes et noires, les aigrettes. Mais chez ce gorfou de Saint-Paul et d’Amsterdam, on remarque que les aigrettes sont plus longues. Il se distingue également par un cri plus grave pour appeler sa femelle… Une stratégie pour éviter de s’hybrider avec les autres manchots !

Les manchots empereurs – Terre Adélie (p. 23) L’orque de l’archipel – îles Crozet Les orques (Orcinus orca) qui fréquentent les côtes des îles de l’archipel Crozet ont une particularité quasi unique au monde : elles pratiquent l’échouement volontaire. L’objectif est de chasser les pinnipèdes (comme les éléphants de mer) alors que ces derniers sont tranquillement installés sur la terre ferme. Les femelles passent jusqu’à sept ans aux côtés de leurs petits pour leur enseigner cette technique de chasse risquée. Étudiée depuis près de 40 ans, cette population connaît actuellement un fort déclin.

Photos de la page : © Gilles Chareyre | TAAF

Le manchot empereur (Aptenodytes forsteri) est l’une des espèces les plus emblématiques des terres antarctiques. C’est le plus grand des manchots et sa longévité dépasse les 30 ans. Particulièrement bien adapté au rude climat de son environnement, cet oiseau bas des records : il peut parcourir jusqu’à 120 kilomètres en marchant sur la banquise à une vitesse moyenne de 0,5 km/h, peut jeûner durant 100 à 120 jours et perdre la moitié de son poids ou encore, plonger jusqu’à 500 mètres de profondeur pour chasser et résister à des températures de -60 °C. La Terre Adélie accueille une population d’environ 2 500 couples ; le taux de réussite de reproduction est très variable d’année en année.


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océan austral Polar pod, une expédition hors normes de Jean-Louis ÉTIENNE La prochaine expédition de Jean-Louis Étienne se déroulera à bord du Polar Pod, une station scientifique internationale high tech et futuriste de 100 mètres de... hauteur ! Ce laboratoire flottant non motorisé et zéro émission 1 pourra héberger huit personnes et dérivera dans l’océan Austral pendant trois ans. Il permettra de collecter des données inédites sur la régulation du climat, et d’explorer la biodiversité de l’océan méconnu situé autour de l’Antarctique. Il aura fallu une décennie à l’explorateur français pour annoncer le lancement de Polar Pod. Le temps nécessaire pour planifier une aventure extraordinaire, qui aura pour décor les mers australes chahutées par le courant circumpolaire antarctique, le plus puissant du monde. L’objectif majeur sera d’étudier le changement climatique, sachant que l’océan Austral est le premier puits de carbone océanique de la planète : ses eaux froides absorbent environ la moitié de la quantitié de CO2 séquestrée par tous les océans, ce qui en fait un acteur majeur de l’équilibre climatique. De plus, la diversité biologique de cet océan encore très méconnu de 20 000 kilomètres de circonférence sera inventoriée entre 50 ° et 55 ° de latitude sud, au moyen de différentes approches novatrices comme l’acoustique. Afin d’étudier l’océan Austral, les scientifiques ont besoin de mesures en mer en toutes saisons et à toutes les longitudes. Pour cela, il fallait imaginer et concevoir une plateforme flottante habitée, capable d’un long séjour dans les « cinquantièmes hurlants » où l’océan n’est arrêté par aucune terre, à l’exception d’une poignée d’îles telles les Kerguelen. Le « navire vertical » Polar Pod sera à la hauteur de ces ambitions : 1 000 tonnes en charge, 100 mètres de haut (dont 80 mètres de tirant d’eau), 150 tonnes de lest pour assurer sa stabilité... Il fallait aussi élaborer ce vaste projet en lien avec la communauté scientifique internationale et réunir les budgets nécessaires. Ce n’était pas chose simple, loin de là, mais Jean-Louis Étienne n’a pas abandonné son rêve d’explorer l’océan Austral. Pas à pas, il a tracé sa route, comme en 1986, quand il est devenu le premier homme à

Le futur parcours du Polar Pod dans l’océan Indien. En vert : le parcours de dérive de Polar Pod. En rouge : le trajet du bateau pour les relèves d’équipage.

atteindre le pôle Nord en solitaire, après avoir tiré son traîneau pendant 63 jours. Le résultat, c’est le lancement aujourd’hui d’une expédition hors normes qui devrait débuter en décembre 2023, coordonnée par le CNRS, en partenariat avec le Cnes et l’Ifremer. Un cap sera alors à tenir : accomplir en trois ans deux fois le tour de l’océan Austral et collecter des données en continu, qui seront mises à disposition des scientiques du monde entier. Une très grande et belle contribution française au programme de la décennie 2021-2030 des Nations Unies pour les sciences océaniques au service d’un développement durable.

Le Polar Pod sera entraîné par le courant circumpolaire et les vents d’ouest, alimenté en énergie par six éoliennes de 3 kW.

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Images de synthèse de cette page : @ Nicolas Gagnon

Plus haut que la Statue de la Liberté, le Polar Pod sera tracté par un remorqueur à 400 milles au sud-est de l’Afrique du Sud, jusqu’à atteindre le courant circumpolaire antarctique. Il sera basculé à la verticale par ballastage. Son tirant d’eau de 80 mètres lui permettra d’être pris dans des eaux profondes, de manière à assurer des conditions de vie en toute sécurité sur cet océan de tempêtes, où les vagues peuvent parfois atteindre 20 mètres de hauteur !

L’architecture du Polar Pod a été conçue par le bureau d’ingénierie navale SHIP ST de Lorient. L’équipage mixte, composé de huit personnes, dont trois marins, quatre scientifiques et un(e) cuisinier(e), sera relayé tous les deux mois grâce à un navire ravitailleur spécialement construit pour la mission. Le programme scientifique est international. Il s’articule autour de quatre grands axes : - les échanges atmosphère-océan ; - la surveillance de l’océan Austral par télédétection satellite ; - l’inventaire de la faune et la flore ; - les impacts anthropiques. Par ailleurs, un programme pédagogique sera mis en place dès la rentrée 2022 pour faire vivre l’aventure en temps réel aux élèves des classes du premier et second degrés. + d’info ici : Polar Pod

« Cette expédition polaire extraordinaire qui allie les recherches sur la biodiversité et le climat, pour mieux connaître la faune, la flore et le fonctionnement du puits de carbone qu’est l’océan Austral est une véritable mission au service de la planète. Jean-Louis Étienne fait partie de ces explorateurs qui font rêver les petits et les grands, et il nous le démontre encore aujourd’hui. Auprès de lui, 43 institutions de recherche et universités de 12 pays collaborent pour effectuer ce voyage comparable dans ses problématiques logistiques et d’isolement à une véritable mission spatiale ! La Fondation est fière d’être partenaire de ce projet d’envergure qui rejoint totalement ses missions : connaître, faire connaître, préserver et valoriser les richesses et ressources naturelles des mers australes. »

Armelle Denoize, présidente de la Fondation d’entreprises des Mers australes sur l’île d’Amsterdam dans les TAAF.


© Romy Loublier

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NOUVELLE-CALÉDONIE

La « nouvelle » usine du Sud : vers un projet politique calédonien engagé pour l’environnement Un accord politique conclu entre loyalistes, indépendantistes et chefs coutumiers kanaks pour la reprise de l’usine pourrait offrir un avenir durable à l’activité industrielle, tout en assurant la maîtrise locale de la ressource, la valorisation de la richesse minière du territoire et la préservation de son environnement. Durant six mois, la Nouvelle-Calédonie a connu de fortes tensions autour du projet de vente de l’usine VALE NC, détenue par l’entreprise brésilienne Vale. Poumon économique du « caillou », l’usine d’extraction de minerai et de production de nickel 1 et cobalt a été contrainte de suspendre son activité, laissant en suspens le sort de ses quelque 3 000 employés. Le 4 mars, la reprise de l’usine a fait l’objet de la signature d’un accord – entre les dirigeants loyalistes de la Province sud, le président du Congrès et chef coutumier kanak indépendantiste Roch Wamytan, et le collectif « Usine du Sud = usine pays » – qui a permis de trouver une issue positive au conflit. Avec la levée des barrages et la reprise de l’activité, les regards se tournent vers ce tout nouveau modèle minier qui sera porté par un consortium majoritairement calédonien. Un changement radical puisqu’après avoir été détenue à 95 % par un industriel étranger, le capital de la société regroupera dorénavant 51 % d’intérêts calédoniens non diluables. Pour favoriser la compréhension de cet accord, la Province sud a publié une série de vidéos explicatives, Usine du sud – l’accord en clair, qui offre en moins de deux minutes un zoom sur quatre axes majeurs de l’accord : les titres miniers, l’actionnariat calédonien, l’engagement pour l’environnement et le partenariat avec le géant Tesla.  En N.-Calédonie, « 24 % des emplois du privé dépendent directement ou indirectement de l’exploitation du nickel ». (Isee 2019)

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Quels engagements pour l’environnement ? La province Sud a réaffirmé sa volonté d’imposer à l’exploitant l’atteinte « des plus hauts standards internationaux en matière de protection de l’environnement et de maîtrise des risques industriels ». Concrètement, cela signifie le doublement du montant des garanties financières imposées à l’exploitant sur deux ans, soit une sécurité supplémentaire en cas de défaillance dans l’exécution de ses obligations environnementales. Le lancement de sept expertises complémentaires a par ailleurs été annoncé, afin de garantir notamment les conditions de sécurité du barrage KO2 et de non toxicité des résidus. De plus, une ferme solaire pourra être construite sur le site dès cette année et la neutralité carbone est envisagée d’ici 2040. Enfin, les travaux de construction d’une unité de traitement et de stockage des résidus à sec doivent démarrer sous peu. En termes de partenariat industriel et technique, l’usine frappe fort pour affirmer son ambition de développement durable : elle s’est rapprochée du groupe américain Tesla, dirigé par l’incontournable Elon Musk, avec lequel elle souhaite conclure un accord d’approvisionnement de long terme pour la production des batteries de voitures électriques. + d’info ici : L’accord en clair

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L’INITIATIVE KIWA dans le pacifique : DES SOLUTIONS FONDÉES SUR LA NATURE POUR LA RÉSILIENCE CLIMATIQUE Programme multi-bailleurs, l’Initiative Kiwa vise à renforcer la résilience des écosystèmes, des communautés et des économies des îles du Pacifique face aux impacts du changement climatique grâce aux solutions fondées sur la nature

(SFN),

en protégeant, en gérant durablement et en restaurant la biodiversité.

Région du monde parmi les plus vulnérables aux effets du changement climatique, le Pacifique présente une biodiversité terrestre et marine exceptionnelle, qui fournit des services inestimables aux communautés et aux économies insulaires. Les États et territoires du Pacifique sont pourtant dotés de faibles moyens pour faire face à ces défis, alors que leurs modes de vie traditionnels en dépendent. Répondre au défi de l’adaptation au changement climatique à travers la protection, la valorisation et la restauration de la biodiversité, telle est l’ambition de l’Initiative Kiwa. Cette initiative multi-bailleurs innovante, dotée de près de 35 millions d’euros, est gérée par l’Agence française de développement (AFD), qui fédère autour d’elle pour la première fois l’Union européenne, Affaires mondiales Canada (GAC), le Département des Affaires étrangères et du Commerce de l’Australie (DFAT) et le ministère des Affaires étrangères et du Commerce de la Nouvelle-Zélande (MFAT). L’Initiative Kiwa facilite l’accès aux financements dédiés aux solutions fondées sur la nature pour l’adaptation au changement climatique, en faveur de bénéficiaires à différentes échelles : locale, nationale et régionale. Dans le cadre de sa mise en œuvre, des partenariats ont été noués avec la Communauté du Pacifique (CPS), le Programme régional océanien de l’environnement (PROE) et le bureau régional pour l’Océanie de l’Union internationale pour la conservation de la nature (UICN). Ce sont ces ancrages régionaux qui garantissent l’efficacité du dispositif.

Pour consulter la plaquette de présentation de l’Initiative Kiwa, merci de cliquer sur le visuel.

L’Initiative Kiwa est structurée autour : • d’appels à projets de 25 k à 400 k€ gérés par le bureau régional de l’UICN basé à Fidji ; • de projets régionaux de plus de 1,5 M€ fonctionnant selon un principe d’appels à idées ; • d’un accompagnement technique dédié au développement de projets régionaux et au renforcement de capacités géré par la CPS et le PROE, principales organisations intergouvernementales scientifiques et techniques de la région. Les géographies éligibles sont les 19 pays et territoires insulaires du Pacifique, dont les trois collectivités françaises ultramarines de la région : Nouvelle-Calédonie, Polynésie française et Wallis-et-Futuna. Il s’agit à ce titre de l’une des seules initiatives permettant le financement de projets à cheval entre États étrangers et territoires français dans le Pacifique, dans un esprit de renforcement de la coopération régionale. Les bénéficiaires sont multiples : autorités nationales, collectivités locales, établissements publics, organisations régionales, ONG de droit local et international. Au-delà de l’appui aux solutions fondées sur la nature, les critères d’éligibilité et de sélection des projets incluent la contribution effective à l’adaptation au changement climatique. L’alignement avec les cadres stratégiques et politiques régionaux et nationaux ou encore l’intégration d’approches sensibles aux vulnérabilités sociales et aux inégalités de genre sont recherchés. L’Initiative Kiwa réunit une communauté innovante de bailleurs de pays et territoires du Pacifique et de partenaires régionaux qui partagent une croyance forte : la nature perçue comme meilleure alliée pour assurer le bien-être des populations. Cette vision se matérialise autour d’une gouvernance multi-acteurs inscrite dans les us et coutumes du Pacifique. L’Initiative bénéficie également d’une équipe dédiée, chargée depuis Nouméa d’appuyer l’AFD dans la préparation et le suivi des activités régionales, et l’animation de cette communauté.

Le nom de Kiwa, « gardien de l’océan » dans la mythologie de certaines tribus Māoris, est un symbole de protection des océans et de la biodiversité. Il rappelle la place prépondérante de la nature dans les croyances et les valeurs du monde océanien.


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l’E-MAG ultramarin de l’environnement

À travers une démarche ambitieuse de partenariat et de coordination, l’Initiative Kiwa a ainsi vocation à répondre à des besoins existants et à renforcer les capactités des pays et territoires insulaires du Pacifique en s’appuyant sur les solutions fondées sur la nature pour l’adaptation au changement climatique. Les projets financés couvrent des thématiques variées, comme l’adaptation au changement climatique basée sur les écosystèmes en zones côtières et urbaines, la promotion de l’agroécologie et de la sécurité alimentaire, la gestion intégrée de la ressource en eau et les liens entre biodiversité et santé humaine, l’appui à la gestion efficace des aires protégées ou encore la conservation des écosystèmes marins. L’ensemble des projets contribueront à améliorer l’accès aux financements pour les solutions fondées sur la nature, à favoriser la résilience des économies, à accroître les surfaces d’espaces naturels terrestres et marins gérés durablement, et à réduire la vulnérabilité des populations et des écosystèmes au changement climatique.

© Marc Le Chélard | AFD

Photos ci-dessus : © What Took You So Long | RESCCUE | SPC

FICHE d’identité kiwa LOCALISATION : 19 pays et territoires du Pacifique, dont : • 16 États et territoires figurant sur la liste du CAD-OCDE : Fidji, Kiribati, États fédérés de Micronésie, Îles Cook, Îles Marshall, Îles Salomon, Nauru, Niue, Palau, PapouasieNouvelle-Guinée, Samoa, Tonga, Tuvalu, Vanuatu, TimorLeste et Tokelau ; • trois territoires ultramarins français : Nouvelle-Calédonie, Polynésie française et Wallis-et-Futuna. SECTEUR : biodiversité, adaptation au changement climatique. DÉBUT DE PROJET : 31 mars 2020. DURÉE : 2020-2025. MONTANT : près de 35 millions d’euros en subventions. L’Initiative Kiwa est financée par :

En partenariat avec :

+ d’info ici : www.kiwainitiative.org | www.afd.fr

L’appel à idées 2021 pour les projets régionaux est ouvert jusqu’au 15 septembre. Consulter le site web de l’Initiative Kiwa pour plus de détails.

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polynésie française Te Ora Naho : fédérer pour harmoniser la vie polynésienne avec la Nature La Fédération des associations de Polynésie française (FAPE) Te Ora Naho œuvre pour la coopération entre les associations polynésiennes de défense de l’environnement depuis plus de 30 ans.

Accompagner

les professionnels et les former,

sensibiliser le grand public ou encore faire entendre la voix du fenua sur les questions de transition durable pour les îles du

Pacifique, autant

d’objectifs vers lesquels tendent les membres de la fédération par leurs actions engagées.

La Polynésie française, ensemble de cinq archipels égrainés en 118 îles, s’étend sur une surface maritime équivalente à l’Europe. Ces lieux uniques hébergent une biodiversité exceptionnelle, mais aussi des femmes et des hommes réunis par une même volonté : vivre harmonieusement avec leur environnement, dans une société durable. Pour ce faire, Te Ora Naho permet à une trentaine d’associations locales d’agir dans une dimension collective pour faire monter en puissance leurs actions et leurs compétences.

Te Ora Naho signifie en tahitien : « la vie organisée en harmonie avec la nature ». Par ses actions, la FAPE vise cet objecitf.

Te Ora Naho organise notamment des formations dédiées aux associations. Les thématiques prioritaires sont identifiées collectivement en amont et des supports pédagogiques sont, au-delà des participants, rendus accessibles à tous via une boîte à outils dédiée. En 2020, cinq modules ont ainsi été conçus pour optimiser la gestion associative et pour améliorer l’efficacité des démarches entreprises pour la protection de la nature. La FAPE travaille aussi à la conception de formations et d’événements pour un public plus large. Ces actions se concentrent sur des sujets incontournables dès lors que l’on souhaite, à son échelle, alléger l’impact de ses activités sur l’environnement. Créé en 2018, « Mon Fare Durable » est par exemple un programme qui offre les clés pour mieux consommer. Le concept : une équipe d’animateurs se rend auprès des familles polynésiennes, souvent à domicile, pour leur faire découvrir des écogestes simples du quotidien (ménage, cosmétiques, hygiène, alimentation...). En 2020, 46 familles issues des quartiers prioritaires ont pu participer à ce programme. La FAPE s’intéresse aussi à la question agricole, avec le programme « Mon Fa’a’apu Durable » qui sensibilise grand public et agriculteurs à l’agroécologie via des ateliers sur la rotation des cultures, le paillage, le compostage, l’agroforesterie... Et les actions de Te Ora Naho ne s’arrêtent pas là : sensibilisation aux mangroves, appui à la mise en place d’aires marines éducatives, ou encore développement de la filière bois… De nombreuses initiatives sont portées par les volontaires, eux-mêmes formés par la Fédération. En effet, en dispensant des formations sur le développement durable (45 heures) aux membres de la société civile, Te Ora Naho a créé un véritable réseau d’« écosentinelles » qui veille et s’implique au quotidien pour protéger l’environnement. + d’info ici : Te Ora Naho (le site de la Fédération, où des outils pédagogiques vous attendent)

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l’E-MAG ultramarin de l’environnement

wallis-et-futuna SURVEILLER L’éTAT DE SANTE DES HERBIERS MARINs DE WALLIS Tous les ans, les techniciens de l’Agence territoriale de l’environnement de l’archipel se jettent à l’eau afin de surveiller l’état de santé des écosystèmes marins. Ils suivent l’évolution des récifs coralliens, mais leurs regards se tournent également, tous les deux à trois ans, vers un écosystème moins valorisé et tout aussi précieux pour la vie marine (et terrestre !) : les phanérogames ou herbiers marins. Dans l’archipel, seule l’île de Wallis abrite des herbiers marins. Ces prairies sous-marines sont composées de plantes à fleurs qui, en véritables ingénieures d’écosystèmes, stabilisent les fonds marins par leurs vastes réseaux racinaires et créent, du sol à la canopée, des habitats indispensables à une grande diversité d’espèces. Ce sont également d’excellentes pompes à carbone : elles représentent plus de 10 % du stockage mondial de carbone dans les océans, alors qu’elles ne couvrent qu’environ 0,1 % des fonds marins – trois fois plus efficaces que les forêts tropicales ou tempérées ! Le réseau de surveillance des herbiers de Wallis a été lancé en 2014 par l’installation de trois stations de suivi dans le lagon (voir la carte ci-dessus) et par la formation des agents techniques. Ainsi, depuis 2015, l’analyse de l’état de santé des herbiers est réalisée périodiquement au moyen d’un protocole de suivi scientifique qui s’appuie sur trois techniques. Dans chaque station, des plots en béton matérialisent trois transects de 50 mètres sur lesquels les plongeurs vont réaliser différentes observations. Ils se concentrent tout d’abord sur l’analyse détaillée des éléments qui composent l’herbier et déposent pour cela 10 cadres de 0,25 m2 le long du transect : cette technique

dite des quadrats va notamment permettre d’attribuer une classe de recouvrement à chaque herbier et suivre l’évolution de cette note, ainsi attribuée, d’année en année. Les plongeurs procèdent ensuite à des observations similaires en parcourant cette fois simplement la ligne définie par le transect : ils observent notamment le mitage et la fragmentation de l’habitat. L’observation précise de ces « trous » d’herbes plus ou moins importants permet d’évaluer le niveau d’endommagement de l’écosystème et témoigne souvent, lorsque l’habitat est très fragmenté voir régresse, de perturbations d’origines anthropiques (piétinement humain, installation d’aménagements...). Enfin, le dernier passage sur un transect à largeur fixe de 2,50 mètres de part et d’autre de la ligne (soit un couloir de 250 m²) a pour but d’identifier les sources de perturbations naturelles. Les techniciens observent la faune qui a élu domicile dans les herbiers – les traces de passage de l’endofaune enfouie sous le sable ou la faune sessile, fixée sur le fond – car elle peut elle aussi endommager les plantes. Cela permet une analyse globale de la dynamique d’évolution de l’herbier et ainsi, une meilleure compréhension de l’état de conservation de l’écosystème.

Florian Le Bail, chargé de mission Biodiversité au service territorial de l’Environnement de Wallis-et-Futuna : « Lors du dernier suivi des herbiers en 2019, il a été constaté une diminution de la surface d’herbier sur une station en particulier, à Mata Utu. Cette zone étant fréquentée par les pêcheurs à pied, il est possible que cette activité ait un impact négatif sur l’écosystème. »

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