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SEPT. | OCTOBRE 2021

OUTRE-MER

OcéIndia

grandeur Nature L’E-MAG ULTRAMARIN DE L’ENVIRONNEMENT

n°6

ÉDITO | N icolas

Hulot : le temps est venu...

GUADELOUPE | le génie des plantes en action

!

POLYNÉSIE FRANÇAISE | les marquises bientôt à l ’ unesco

SOMMAIRE

UNE

?

MARTINIQUE : L’ASSO-MER, ENGAGÉE POUR LA PROTECTION DU MILIEU MARIN

3 4 8 10 12

édito actu outre-mer Saint-Pierre-et-Miquelon Saint-Barthélemy Saint-Martin

14 16 20 22 25

Martinique Guadeloupe Guyane Île de La Réunion Mayotte

32 35 36 40

TAAF Wallis-et-Futuna Nouvelle-Calédonie Polynésie française


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OUTRE-MER

grandeur Nature

Pour consulter le document : Guide des événements outre-mer (ou cliquer sur le visuel de couverture ci-dessous)

LE PROGRAMME OUTRE-MER DU COMITÉ FRANÇAIS DE L’UICN Compte tenu de son extraordinaire patrimoine naturel, le Comité français de l’UICN a fait de l’outre-mer une priorité géographique, avec un programme dédié qui s’appuie sur l’expertise d’un groupe de travail spécifique (le Groupe Outremer ou « GOM ») et trois antennes (Guadeloupe, Mayotte, Polynésie française). Son programme Outre-mer agit pour la conservation de la biodiversité en améliorant les connaissances et la sensibilisation, en renforçant les stratégies et politiques de conservation, en mettant les acteurs en réseau et en soutenant les associations environnementales locales. Le GOM a travaillé à l’élaboration de cinq motions pour le Congrès mondial sur la protection des mangroves, l’enjeu du sable, la protection des poissons herbivores en milieu récifal, la gestion des dispositifs de concentration de poissons et l’impact des mines sur la biodiversité. Les quatre premières ont été adoptées fin 2020 et la dernière sera débattue lors du Congrès.

Photo de couverture : © L’Asso-Mer | Des bénévoles intervenant sur un support de bouturage pour multiplier et entretenir les fragments d’une espèce de corail à croissance rapide : le corail corne de cerf. Image réalisée en 2020. Voir le résultat actuel de ce bouturage p. 14.


L’E-MAG ULTRAMARIN DE L’ENVIRONNEMENT

ÉDITO PAR NICOLAS HULOT, ANCIEN MINISTRE DE LA TRANSITION ÉCOLOGIQUE ET SOLIDAIRE À elle seule, la France héberge environ 10 % de la biodiversité connue dans le monde. Les scientifiques estiment que 80 % de ce patrimoine est ultramarin. C’est dire si nos territoires d’outre-mer sont des concentrés de défis environnementaux. De la forêt amazonienne de Guyane aux lointains sanctuaires des TAAF, du cœur montagneux de La Réunion aux atolls coralliens du Pacifique... l’outre-mer français englobe une mosaïque d’écosystèmes remarquablement diversifiés et d’une valeur inestimable. Au regard de leur caractère essentiellement insulaire, ces territoires constituent des hauts lieux de l’endémisme, comme l’illustre par exemple la flore vasculaire de Nouvelle-Calédonie, dont les trois quarts des espèces sont propres à l’archipel. Mais ces trésors légués par la nature sont menacés. En témoigne leur appartenance à quatre des points chauds de la biodiversité mondiale – Caraïbes, océan Indien, Polynésie française et Nouvelle-Calédonie –, des zones critiques où la diversité spécifique est considérable, mais qui ont déjà subi la perte d’au moins 70 % de leurs habitats d’origine. L’outre-mer témoigne ainsi avec force de l’érosion accélérée de la biodiversité à laquelle nous assistons à l’échelle mondiale sous l’effet de l’artificialisation des sols, de la pollution, de la surexploitation des ressources naturelles, des invasions biologiques, du dérèglement climatique… Sans oublier que ces bouleversements des grands équilibres écologiques viennent impacter de plein fouet les îles, situées en première ligne notamment des conséquences du changement climatique.

Nous vivons une crise majeure de la biodiversité de l’écosystème Terre et la raison en est simple : nous n’engageons pas suffisamment la transition écologique et sociale qui s’impose pourtant plus que jamais. L’urgence absolue est d’écouter la sagesse des scientifiques, d’entendre les signaux d’alerte qu’ils nous envoient depuis des décennies, jusqu’au dernier rapport du GIEC publié en août, qui est alarmant. Nous savons ce qui va arriver si nous ne changeons pas de cap, la science est très claire sur ce point. Si nous voulons continuer à regarder nos enfants droit dans les yeux, nous devons modifier nos trajectoires vouées à l’échec pour nous orienter vers des modes de vie durables, vers des économies bas-carbone. Il nous faut opérer un changement culturel et structurel majeur. Et n’y voyons pas une punition, car ce que l’on donne à la nature, elle vous le rend mille fois. En fait, et c’est le paradoxe de notre époque, l’homme est victime de son succès, de son intelligence. Il sert des progrès technologiques jusqu’ici inégalés, mais dans sa course régie par des logiques de court terme, l’homme épuise la nature, qui conditionne pourtant son existence et celle de ses enfants. Le temps est venu de rompre avec la croyance toxique selon laquelle il est possible d’avoir une croissance infinie dans un monde aux ressources naturelles limitées, soumis à un dérèglement climatique galopant et à un effondrement de la biodiversité. Le temps est venu de changer de modèle et non de se contenter de le corriger à la marge. Nous sommes déjà trop proches des limites physiques de notre planète. Les vieilles recettes visant à « relancer » notre économie ne feront que précipiter des désordres écologiques aux conséquences sanitaires et sociales dramatiques. Le temps est venu de changer les règles, de s’émanciper des dogmes et de mettre sur pied une société plus résiliente. Le temps est venu de la lucidité, de ne plus fuir la réalité. Car une chose est certaine désormais, le luxe du temps, nous ne l’avons plus.

Nicolas Hulot

FONDATION NICOLAS HULOT POUR LA NATURE ET L’HOMME Créée en 1990, la Fondation Nicolas Hulot pour la Nature et l’Homme s’est donné pour mission de proposer et d’accélérer les changements de comportements individuels et collectifs, et de soutenir des initiatives environnementales, en France comme à l’international, pour engager la transition écologique de nos sociétés. + d’info ici : https://www.fondation-nicolas-hulot.org/

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ACTU OUTRE-MER FRANCE RELANCE : UNE ENVELOPPE SUPPLÉMENTAIRE POUR L’OUTRE-MER Depuis le 3 septembre 2020, le plan France Relance est déployé en métropole et en outre-mer pour relancer l’économie du pays : près d’un tiers de l’enveloppe est consacré à la transition écologique, soit 30 milliards d’euros. L’OFB, créé en janvier 2020 afin de mettre en œuvre les politiques publiques nationales pour protéger et reconquérir la biodiversité, bénéficie d’un montant de 85 millions d’euros supplémentaires en 2021 et 2022 pour agir sur trois volets. Le premier volet concerne les aires protégées, avec 19 millions d’euros alloués en particulier aux huit parcs naturels marins créés en France depuis 2006, dont deux outre-mer : à Mayotte et en Martinique.

LE CONGRÈS MONDIAL DE LA NATURE À MARSEILLE, NOUS Y SOMMES ! L’événement a lieu du 3 au 11 septembre au Parc Chanot de Marseille. Il est organisé par l’Union internationale pour la conservation de la nature (UICN) dans un format hybride, entre présentiel et virtuel, pour s’adapter au mieux au contexte sanitaire. Pour les personnes ne pouvant se déplacer à Marseille, l’UICN propose de suivre l’essentiel du Congrès via le « Pass Online » disponible sur son site internet au tarif spécial de 130 euros. Ce pass permet d’accéder aux 500+ sessions du Forum, d’observer l’assemblée des membres et d’assister aux cérémonies d’ouverture et de clôture ainsi qu’aux Sommets du Congrès. « De nombreuses sessions vous permettront de partager vos réflexions et d’interagir avec les experts, faisant de cette formule un parfait premier contact avec le Congrès mondial de la nature de l’UICN ou une excellente option pour ceux qui ne pourront pas faire le voyage jusqu’à Marseille pour le Congrès complet » (source : UICN). Si vous êtes présents à Marseille le 4 septembre, le Comité français de l’UICN vous invite sur le pavillon A19 de l’espace Exposition de 18h15 à 19h30, à l’événement : « Célébrons l’exceptionnelle biodiversité des outre-mer français ». + d’info ici : Inscriptions au Congrès de l’UICN

Le second volet, dédié à la restauration des écosystèmes dégradés, propose une enveloppe de près de 19 millions d’euros elle-même répartie en trois volets : - l’appel à projets MobBiodiv’Restauration, lancé pour la restauration des milieux terrestres avec 12 projets retenus dans les territoires ultramarins, dont par exemple : la restauration des dunes de Miquelon-Langlade, et à La Réunion l’action de restauration écologique de la forêt humide de basse altitude de Mare Longue. Une deuxième session de cet appel à projets est actuellement ouverte jusqu’au 24 septembre ; - la restauration écologique en milieu marin, à travers des actions ciblées (mouillages écologiques…) ; - la poursuite de l’Atlas de la biodiversité communale (ABC), un inventaire participatif qui compile des connaissances fines et spatialisées sur les écosystèmes pour les protéger (voir e-mag n°2, p. 32). Les candidatures de la deuxième cession sont ouvertes jusqu’au 15 octobre. Enfin, l’OFB dispose d’une enveloppe conséquente entièrement dédiée à l’outre-mer : 47 millions d’euros pour « répondre à l’enjeu sanitaire et écologique de l’eau et de l’assainissement ». Une quarantaine de projets urgents de mises à niveaux des infrastructures ont été identifiés, notamment à Mayotte où est attribué plus de 20 % du financement, et en Guadeloupe, où 3,2 millions d’euros sont consacrés à la recherche de fuites et à la restauration du réseau d’eau potable.


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© Géothermie Caraïbe

OUTRE-MER : QUEL POTENTIEL POUR LA GÉOTHERMIE ? Le contexte insulaire et volcanique de l’outre-mer français offre un fort potentiel de développement à la géothermie. Cette technique consiste à récupérer la chaleur du soussol afin de produire de l’électricité : des fluides de plus de 150 °C sont ainsi libérés par forages, généralement à plus de 500 mètres de profondeur. Dans les trois océans, les territoires ultramarins se penchent sur la question et de nombreuses recherches sont en cours. À Mayotte, un volcan sous-marin en formation est sous haute surveillance car il pourrait offrir de nouvelles opportunités énergétiques. En Nouvelle-Calédonie, le BRGM étudie le potentiel géothermique de l’ensemble de la Grande Terre. En Guadeloupe, l’usine de Bouillante (photo ci-dessus), unique aux Caraïbes et pionnère en France, continue d’étendre son activité… Les dernières études menées par l’ADEME dans les cinq départements d’outre-mer montrent qu’il sera possible d’atteindre l’objectif d’autonomie énergétique, soit un mix 100 % renouvelable, mais à un horizon post-2030. Ceci sous réserve que les énergies renouvelables (EnR) soient exploitées au maximum d’ici là et que des progrès soient réalisés en matière de maîtrise de la demande d’énergie. En outre-mer, la géothermie pourrait compléter le bouquet énergétique des territoires. D’après le rapport de l’ADEME Vers l’autonomie énergétique des ZNI 1, la part maximale que pourrait représenter la géothermie dans la production d’EnR en 2030 est estimée à : 34 % à Mayotte, 8 % en Guadeloupe, 5 % en Martinique et 2 % à La Réunion 2. Dans cette ambition de développement durable, les défenseurs de la géothermie avancent de multiples arguments : une énergie renouvelable locale à faible empreinte carbone, qui est non intermittente, contrôlable, économique après installation, et dont l’encombrement limité permet une assez bonne intégration paysagère.  ZNI : Zones non Interconnectées. | 2 Contrairement aux autres DOM, îles volcaniques actives pourvues de ressources géothermiques, la Guyane est située sur un ancien plateau très stable, sans trace de géothermie (source : PRME). 1

MISSION OCÉAN : UN PARCOURS PÉDAGOGIQUE POUR APPRENDRE GRÂCE AUX UNIVERS VIRTUELS ET ÊTRE ACTEUR DE SON AVENIR Véritable écosystème encore méconnu, l’océan est le principal régulateur du climat. Afin d’aider les collégiens et les lycéens à appréhender ces enjeux tout en enrichissant leur programme scolaire, La Fondation Dassault Systèmes, le ministère de l’Éducation nationale, de la Jeunesse et des Sports, l’Onisep, Réseau Canopé et l’Ifremer ont réuni leurs compétences pour construire un parcours pédagogique innovant : Mission Océan. Ce projet vise à faciliter l’apprentissage des élèves et à leur permettre d’approfondir leurs connaissances dans des disciplines telles que les mathématiques, la physique-chimie, la géographie, les sciences naturelles, les sciences de la Terre, etc. tout en découvrant les grands enjeux des océans. Ils pourront ainsi explorer des pistes de travail, en bénéficiant de l’expertise de professionnels issus de l’industrie et de la recherche, et élaborer des projets pour contribuer à les préserver. Mission Océan leur permettra d’apprendre autrement grâce aux possibilités qu’offrent les mondes virtuels (modélisation 3D, expériences de réalité virtuelle, simulations numériques) dans le contexte de la préservation des océans, de découvrir leur pouvoir d’agir sur leur environnement et de se projeter dans les formations et les métiers qu’ils exerceront demain. Initiées en région académique PACA, les ressources ainsi créées pourront être déployées à terme dans toutes les académies, en particulier en outre-mer. + d’info ici : https://mission-ocean.org/ Contacts : alain.liotier@onisep.fr

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PUBLI-COMMUNIQUÉ

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OUTRE-MER : L’IFREMER AU CONGRÈS MONDIAL DE LA NATURE DE L’UICN À MARSEILLE Plus grand rassemblement international consacré à la conservation de la biodiversité, le Congrès mondial de la nature de l’UICN fait escale à Marseille du 4 au 11 septembre. Institut spécialisé en sciences marines, l’Ifremer fait flotter l’étendard de la recherche en biodiversité ultramarine au cœur de l’événement. Témoignages de chercheurs présents sur les Espaces générations nature ou sur nos réseaux sociaux durant l’événement : quelle est votre thématique de recherche en outre-mer ? En quoi vos recherches participent-elles à la protection de la biodiversité marine ?

TONY GARDON, POST-DOCTORANT CHERCHEUR EN POLYNÉSIE FRANÇAISE « Mes recherches, pendant ma thèse, se sont portées sur le suivi de la contamination et les impacts écologiques induits par la pollution plastique en Polynésie française, notamment les microplastiques, souvent invisibles à l’œil nu. J’ai ainsi démontré que les lagons perlicoles, où se pratique l’élevage de l’huître perlière, sont le siège d’une pollution en partie liée à l’accumulation massive des structures d’élevage en plastique qui se fragilisent et se

fragmentent avec le temps. Par comparaison avec d’autres sites au niveau mondial, ces niveaux de contamination par des microplastiques sont élevés, notamment chez l’huître. J’ai également démontré en laboratoire qu’ils pouvaient impacter la biologie de l’huître au niveau individuel, cellulaire et moléculaire. Ces travaux ont permis de mettre en évidence cette menace associée à la pollution plastique qui pèse sur l’huître perlière, la durabilité de son industrie et plus largement, sur l’écosystème lagonaire. Les différents acteurs de cette filière œuvrent en ce moment pour le développement d’une perliculture plus soucieuse de l’environnement, afin que les ressources naturelles soient préservées et transmises aux générations futures ».

+ d’info ici : Lagons perlicoles de Polynésie Française : une présence significative de microplastiques

Une ferme perlière en Polynésie française. Le post-doctorant Tony Gardon s’est intéressé pendant sa thèse à la contamination en microplastiques dans les lagons perlicoles polynésiens et à leurs impacts sur les huîtres perlières. © Ifremer | Projet MICROLAG


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DOMINIQUE PELLETIER, DIRECTRICE DE RECHERCHES EN CONSERVATION DE LA BIODIVERSITÉ ET GESTION DURABLE DES PÊCHERIES À NANTES

Échantillonnage via le système de vidéo sous-marine Staviro, avec le Service de protection de l’environnement de la Province Sud de Nouvelle-Calédonie, dans le lagon de Bourail. © Ifremer | Projet AMBIO

« Je cherche à évaluer l’état de santé de la biodiversité côtière – principalement les habitats benthiques et les poissons –, à comprendre comment cette biodiversité est impactée par les pressions anthropiques et par d’autres facteurs, et in fine à évaluer l’efficacité des moyens mis en place pour conserver la biodiversité et les ressources qui en dépendent. Mes travaux concernent la NouvelleCalédonie, La Réunion et Mayotte, avec la mise au point de protocoles d’observation de la biodiversité et des usages, d’indicateurs pour évaluer l’état de santé de la biodiversité et les pressions dues aux usages, et d’outils pour faciliter la production de ces indicateurs et la collecte des données par les gestionnaires de l’environnement marin. Je partage les données et connaissances ainsi acquises avec le plus grand nombre, avec les acteurs locaux et au niveau international en participant à des réseaux et initiatives ».

ANNE-LAURE CLÉMENT, INGÉNIEURE, ET

SYLVAIN BONHOMMEAU CHERCHEUR À LA RÉUNION « Nos recherches concernent la conservation de la biodiversité et l’exploitation durable des ressources halieutiques dans l’océan Indien. Nous utilisons des approches multidisciplinaires combinant la génétique, le suivi des individus avec des balises satellites et de la modélisation pour déterminer les habitats de reproduction et d’alimentation de la mégafaune marine et comment ces habitats peuvent évoluer avec le changement global. Les différentes approches que nous utilisons visent à identifier les habitats sensibles des tortues marines et des grands pélagiques : thons, marlins, voilier, espadons. Nos recherches permettent ainsi de fournir aux gestionnaires des différents territoires ou zones de l’océan les informations scientifiques pour qu’ils prennent les mesures de gestion afin de conserver ou exploiter durablement ces ressources marines. Plus nous aurons une connaissance précise de l’écologie et la biologie de ces espèces, mieux nous pourrons les conserver ».

Marquages à Mayotte en juillet 2021 avec les nouvelles balises du projet Indian Ocean sea Turtles (IOT). © Ifremer | DOI

+ d’info ici : L’Ifremer à bord du Congrès mondial de la Nature

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Robert Langlois, président de la Fédération territoriale des associations agréées pour la

SAINT-PIERREET-MIQUELON

pêche et la protection du milieu aquatique de saint - pierre - et - miquelon

(FTPSPM),

est l ’ auteur de cet article .

LA GESTION DURABLE DES MILIEUX AQUATIQUES, UN PRÉALABLE ESSENTIEL À L’ÉLEVAGE DE POISSONS EN EAU DOUCE À l’échelle mondiale, un poisson consommé sur deux est issu de l’élevage. Depuis 10 ans, dans les rivières, étangs et marais de l’archipel, la production piscicole fait l’objet d’actions pour repeupler les plans d’eau en préservant les milieux naturels. Robert Langlois nous décrit avec passion cette aventure au long cours, au cœur de laquelle une espèce phare se fraye un chemin : l’omble de fontaine, ou truite mouchetée. Dès 2009, passionné de pêche à la mouche et soucieux des nombreux témoignages qui faisaient état d’une diminution drastique du stock de notre poisson emblématique l’omble de fontaine, j’ai commencé un travail visant à récolter toutes les sources d’information possibles dans un dossier que j’ai nommé « Programme de gestion de l’omble de fontaine ». J’ai présenté ce dossier au président de la société de pêche sportive Saint-Pierre-Langlade qui, à son tour, l’a proposé au directeur de la DTAM (Direction des territoires, de l’alimentation et de la mer). Après quelques rencontres, notamment avec l’association des Joyeux pêcheurs de Miquelon, des crédits ont été débloqués 1 et ont mené à la création du CPPMA (Comité pour la pêche et la protection des milieux aquatiques). En 2011, un chargé de mission et un technicien de rivière ont été recrutés et un plan de gestion piscicole mis en place sur une période de trois ans. Par définition, la gestion piscicole, c’est l’organisation des actions menées par les associations de pêcheurs en faveur des ruisseaux, des rivières, des étangs et marais ou de tous les milieux aquatiques, ceux-ci constituant la priorité, juste avant les poissons et les pêcheurs. Dans le passé, c’est exactement l’inverse qui a été appliqué : les pêcheurs détenaient la priorité, les lâchers de poissons d’élevage étaient utilisés pour compenser les faiblesses de production des milieux aquatiques. On s’attaquait aux conséquences, jamais aux causes du mal. Ainsi, lentement mais inexorablement, certains milieux se sont dégradés. La décision a donc été prise de réagir avant l’agonie de ces milieux dégradés.

adapté à chaque type de rivière, ruisseau, étang ou marais. Le CPPMA a aussi joué un rôle d’éducation, de sensibilisation et d’information auprès des jeunes et des adultes, par diverses interventions dans les écoles et sur le terrain. Le plan de gestion terminé, le chargé de mission ayant quitté l’archipel et les crédits ne suivant plus, s’est posée la question de l’avenir du CPPMA. Grâce aux démarches auprès de la FNPF (Fédération nationale de la pêche en France) initiées par Daniel Gerdeaux, alors président du CSTPN (Conseil scientifique territorial du patrimoine naturel), une délégation de la FNPF s’est rendue à Saint-Pierre-et-Miquelon en 2013 et, un an plus tard, le CPPMA s’affiliait à la fédération nationale pour devenir FTPSPM. Cela a permis la continuité des actions préconisées dans le plan de gestion piscicole. Dans l’archipel, le Conseil territorial, présent depuis le début de l’aventure, est propriétaire des eaux douces, toutes de première catégorie 1, et en délègue la gestion aux deux AAPPMA (Associations agréées de pêche et de protection des milieux aquatiques) locales, que nous fédérons.

Le document qui en découlera fait le point sur les potentialités de chaque cours d’eau, étang ou marais et de chaque secteur analysé ou bassin versant (unité de gestion) pour définir des actions permettant d’améliorer et/ou valoriser la production piscicole. Il s’agit d’un véritable programme

 Par l’Agence de l’Eau Seine-Normandie et le Conseil territorial de SPM.

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L’omble de fontaine est un poisson endémique de l’Est canadien et de Saint-Pierre-et-Miquelon. © Robert Langlois


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Principal cours d’eau de l’archipel, la Belle Rivière s’écoule sur l’île de Langlade (commune de Miquelon-Langlade). © Robert Langlois

En 2018, FTPSPM obtient un financement de l’OFB dans le cadre de l’appel à projet « Initiatives pour la reconquête de la biodiversité dans les outre-mer ». Le but est de valider l’hypothèse d’une population relictuelle de saumon d’eau douce (land-locked, ouananiche au Québec) dans le bassin de la Belle Rivière, d’en estimer les effectifs et d’établir un plan de conservation de cette population. Affectée par les effets de la pandémie, cette étude n’a réellement démarré que cet été. Par ailleurs, j’avais émis il y a trois ans l’idée de créer un bâtiment accueillant notre siège, mais aussi une maison de la pêche et de la nature abritant : un musée de la pêche, des aquariums vivants, une écloserie et une section d’éducation et sensibilisation. Le hasard faisant bien les choses, nous avions rencontré Fabrice Télétchéa, enseignant-chercheur à l’université de Lorraine, responsable pédagogique d’une licence professionnelle en « Aquaculture continentale et aquariologie ». Des membres de notre Fédération avaient entrepris une collaboration avec M. Télétchéa, aujourd’hui porteur du projet OmbleSPM, financé par la Fondation de France et le Conseil territorial. Voici un extrait du projet : « Les objectifs sont de synthétiser l’ensemble des connaissances acquises localement sur cette espèce, de les compléter par de nouveaux travaux de terrain, puis de les comparer aux données obtenues sur des populations d’omble extérieures à l’archipel. Ce premier travail permettra de mettre en place un plan de gestion adapté au territoire tout en y associant les pêcheurs locaux. Parallèlement, le second objectif majeur est de développer de nouvelles activités, incluant la conception d’une maison de la pêche et de la protection des milieux aquatiques, et l’écotourisme (pêche sportive à la journée). Le consortium associe une dizaine de partenaires locaux, métropolitains et nord-américains. À terme, ce projet devrait permettre de mieux connaître cette espèce, de gérer la pêche sportive, de développer l’écotourisme autour de celle-ci, et de renforcer les partenariats

techniques et scientifiques entre les collègues français, canadiens et de l’archipel ». La première étape a débuté cette année, avec la venue de deux jeunes scientifiques, Erwan Durand et Edgard Gustave. Dans la continuité, FTPSPM obtient, toujours avec l’appui de Fabrice Télétchéa, un contrat de subvention BEST 2.0+, avec l’UICN, pour environ 60 000 €, pour améliorer les connaissances et la conservation des seules populations indigènes et vierges d’ombles de fontaine d’Europe, ce poisson étant une espèce d’eau douce clé de la pêche locale à la ligne. En raison de son importance écologique et sociale, l’omble de fontaine pourrait servir d’espèce-cadre (Roberge et Per Angelstam, 2005) pour protéger un grand nombre d’espèces naturellement présentes, particulièrement sensibles aux changements mondiaux (Paukert et al., 2017). Les deux principaux objectifs appliqués sont de proposer certains travaux sur le terrain pour améliorer la connectivité écologique et restaurer les habitats de l’omble, tels que les frayères, et de développer une activité durable d’écotourisme centrée sur ce poisson. En cours, FTPSPM prépare un dossier de restauration d’un milieu aquatique en un lieu hautement important pour l’archipel : l’étang de Mirande, coupé en deux par une route. L’enjeu est d’assurer la continuité écologique entre l’étang et l’océan, nécessaire à l’accomplissement du cycle de vie de l’omble de fontaine anadrome (remonte en eau douce pour pondre), et de l’anguille d’Amérique catadrome (descend en mer pour pondre) ; de réactiver la dynamique hydraulique de l’étang et d’améliorer ses capacités auto-épuratoires. Parallèlement aux gros projets, FTPSPM continue ses missions d’amélioration et restauration des milieux aquatiques sur le terrain, ainsi que ses missions d’éducation et de sensibilisation, notamment avec la Maison de la Nature et de l’Environnement de la collectivité.

 Un cours d’eau est déclaré de première catégorie quand son peuplement piscicole dominant est constitué de salmonidés (rivières à truites), car ces poissons très sensibles à la pollution de l’eau sont réputés être de bons bioindicateurs de la qualité de l’écosystème. 1

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SAINTBARTHÉLEMY ENQUÊTE PIONNIÈRE SUR LES PLAGES DE L’ÎLE ! Une

Face à l’érosion de la plage de Saint-Jean, un mur a été installé, mais n’amplifie- t-il pas localement le phénomène d’érosion ? © Tony Rey

étude est actuellement menée sur le fonctionnement et l’évolution des plages coralliennes de

saint-Barthélemy par des chercheurs de l’Université

Paul Valéry Montpellier (UPVM) et des agents de

l’ATE 1, avec le soutien de la Collectivité. Des campagnes de mesure des plages ont ainsi été programmées jusqu’en 2023. Observer, étudier et surveiller les milieux côtiers : un préalable indispensable pour faire progresser les connaissances et aider à une gestion du littoral efficiente et durable.

Les plages de Saint-Barthélemy concentrent des enjeux humains, socio-économiques et environnementaux qui sont exposés aux événements météo-marins (tempêtes, ouragans) et géodynamiques (tsunamis) ou encore aux phénomènes d’érosion. En septembre 2017, les impacts de l’ouragan Irma ont souligné la vulnérabilité de ces milieux (Rey et al., 2019). Quatre ans plus tard, l’absence de suivi des côtes sableuses ne permet pas de savoir si les plages de l’île ont récupéré leur état initial ou du moins un état d’équilibre. Force est de constater que les savoirs en matière de risques d’érosion et de submersion sont encore trop lacunaires. Pour combler cette méconnaissance, une équipe associant géomorphologues, géographes et géomaticiens a entrepris le suivi inédit des dynamiques morphologiques et sédimentaires des plages coralliennes de Saint-Barthélemy, leur évolution saisonnière et pluri-annuelle, de même que la caractérisation de leur capacité de résistance et d’adaptation dans un contexte de changement climatique.

LES OBJECTIFS DE L’ÉTUDE SE RÉSUMENT EN CINQ POINTS :

3. Une approche spatiale de l’antagonisme entre urbanisation et protection du littoral. Les aménagements côtiers modifient progressivement et durablement les dynamiques côtières en court-circuitant les échanges sédimentaires. Les dommages causés par Irma ont mis en exergue la forte exposition et la vulnérabilité des biens lorsque ceux-ci sont construits trop près du rivage. Comment concilier l’urbanisation du littoral et la maîtrise du foncier avec la préservation durable des plages et la gestion des risques côtiers ? 4. Un diagnostic de l’état de santé des écosystèmes marins à Saint-Barthélemy pour déterminer dans quelle mesure ils participent à la protection des plages et à leur alimentation en sédiments. Les récifs peuvent réduire de 97 % l’énergie des vagues et de 84 % les hauteurs de vagues avant d’arriver sur le rivage (Ferrario et al., 2014). Leur préservation est ainsi un atout indéniable pour réduire risques côtiers et impacts du changement climatique à moyen et à long terme. 5. La création de fiches de synthèse sur le fonctionnement global des plages, depuis la compréhension des dynamiques naturelles jusqu’au diagnostic des phénomènes.

1. Un suivi de la mobilité du trait de côte, en créant des indicateurs tels que : la position du rivage, la quantification du bilan sédimentaire, la granulométrie, la mesure des pentes de plages, l’état de la végétation... 2. Une évaluation de la capacité de relèvement des plages face aux tempêtes et ouragans. Les événements météo-marins sont-ils uniquement destructeurs ou sont-ils aussi un moyen de régénérer les plages en mobilisant des sédiments sableux situés plus au large ? Sur quelles temporalités ? Quelles différences d’ajustement entre plages naturelles et urbanisées ?  Agence territoriale de l’environnement de Saint-Barthélemy.

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Les vagues de l’ouragan Irma ont entraîné une sévère érosion de la plage Flamands et d’importants dommages sur les habitations et infrastructures à proximité du rivage. © Tony Rey


L’E-MAG ULTRAMARIN DE L’ENVIRONNEMENT

UNE INVESTIGATION MULTI-MÉTHODES ET MULTI-SITES POUR DES RÉSULTATS INÉDITS Le suivi des côtes coralliennes nécessite une approche multi-méthodes avec des mesures in situ, le relevé d’indicateurs topo-morphologiques, sédimentaires, botaniques, l’utilisation de technologies aéroportées, l’emploi d’outils de géospatialisation et de méthode participative pour échanger avec les acteurs locaux et recueillir leurs témoignages. La première mission a été réalisée en juin. Les levés de terrain seront poursuivis avant et après la saison cyclonique.

Sur le littoral de l’île de Saint-Barthélemy, se succèdent côtes rocheuses et plages coralliennes, certaines naturelles, d’autres urbanisées (cliquer sur la carte si vous souhaitez l’agrandir).

LE CHALLENGE : PRODUIRE DES DONNÉES FIABLES, PRÉCISES ET ROBUSTES Les levés de terrain réalisés en juin croisés aux images drone soulignent la variété morphologique des plages coralliennes. Comprimées entre la mer et les habitations, les plages urbanisées sont moins larges que les plages plus naturelles, elles ne possèdent pas suffisamment d’espace pour évoluer sans contraintes. Cette tendance ne doit pas masquer la forte saisonnalité de certaines plages, avec des périodes d’érosion et des périodes d’engraissement. Les profils de plage et les indices granulométriques révèleront les disparités à l’échelle locale. La saisonnalité ne doit pas non plus masquer les tendances d’évolution car toutes les plages ne s’équilibrent pas d’une année sur l’autre, sans que l’on en connaisse encore les raisons. Le suivi des plages permettra de quantifier les tendances d’évolution du trait de côte et contribuera à révéler les processus de résilience côtière encore insuffisamment connus.

Un atelier participatif afin d’intégrer les savoirs vernaculaires (c’est-à-dire des habitants du territoire, issus de leur vécu, de leur expérience)  aux savoirs scientifiques dans l’analyse des dynamiques côtières saisonnières. Le post-it du document indique que sur la partie orientale de la plage de Lorient, une tendance à l’érosion est observée depuis cinq ans. © M. Diab

UNE OPPORTUNITÉ POUR LES DÉCIDEURS Le devenir des systèmes côtiers est une préoccupation majeure pour les îles tournées vers le tourisme mais aussi pour réduire les risques côtiers et les impacts des catastrophes naturelles dans un contexte de changement climatique. Une meilleure connaissance des phénomènes d’érosion et d’engraissement sur le littoral de Saint-Barthélemy constitue alors un atout majeur dans les politiques publiques de protection, de prévention, de gestion de crise et leur application par les acteurs de la gouvernance sur le terrain.

Rédaction : Tony Rey | tony.rey@univ-montp3.fr + d’info ici : http://www.tony.rey.sitew.com/

https://lagam.xyz/

Un modèle numérique de terrain (MNT) produit avec des images drone, géoréférencées et traitées sous un logiciel 3D. La comparaison diachronique des MNT permettra de localiser les zones en engraissement, celles en érosion ainsi que leur évolution (cliquer sur le visuel pour l’agrandir). © S. Defossez

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SAINT-MARTIN RECONSTRUIRE ET PRÉSERVER LA BIODIVERSITÉ, UN ENJEU MAJEUR Après l’ouragan Irma

Julien Chalifour, responsable du pôle scientifique de la Réserve de Saint-Martin, participe aux suivis des espèces marines et aux contrôles des usagers des sites naturels. © Mariane Aimar

2017, l’île de Saint-Martin a entamé une importante reconstruction de ses infrastructures littorales. Pour préserver les sites de ponte des tortues marines, la Réserve naturelle de l’île s’est largement impliquée pour concilier ces aménagements côtiers aux besoins des espèces présentes. de

Si l’île franco-hollandaise de Saint-Martin est réputée pour son caractère festif et son tourisme de masse, elle fait également partie des hotspots de la biodiversité marine. Ses eaux abritent de nombreuses espèces aquatiques et accueillent une plus grande population de tortues marines que de nombreuses autres îles de la Caraïbe. À cela, deux raisons principales : les pratiques de pêche y sont différentes et contrairement à la Guadeloupe et à la Martinique, l’usage des nasses et filets y est très peu développé. Or ces deux types d’engins de pêche sont tristement réputés pour les captures accidentelles qu’ils occasionnent sur les tortues marines. « À Saint-Martin, nous avons très peu de pêcheurs et ils pêchent essentiellement des poissons pélagiques, au large », indique Julien Chalifour, responsable du pôle scientifique de la Réserve naturelle de Saint-Martin. Par ailleurs, l’île abrite de vastes herbiers sous-marins encore en bonne santé, qui sont le lieu principal d’alimentation des tortues marines. Ainsi, les lagons accueillent de nombreuses tortues et, rien que sur la partie française, plus de 250 traces de pontes sont recensées chaque année.

CONCILIER RECONSTRUCTION ET PROTECTION DE LA NATURE En raison de sa violence, le cyclone Irma, l’un des plus intenses jamais enregistrés dans la Caraïbe, a rebattu les cartes du territoire saint-martinois. Les constructions du bord de mer, fréquentes sur cette île où les règles d’urbanisme sont peu respectées, ont été balayées par la houle cyclonique et des vents à plus de 300 km/h. Pour Julien Chalifour « cette situation aurait pu servir de base à un réaménagement du territoire plus adapté aux événements climatiques extrêmes et permettant une meilleure préservation et mise en valeur des littoraux de l’île, qui représentent le principal attrait de la partie française  ». Si la Réserve naturelle s’est investie pour sensibiliser en ce sens, la population a rejeté massivement le Plan de prévention des risques naturels établi par les services de l’État après le cyclone.

Comment, dès lors, concilier reconstruction et protection de la nature dans une île où les touristes recherchent avant tout les hôtels et restaurants les pieds dans l’eau ? Sous la pression de l’État, certains promoteurs ont réagi et, en collaboration avec la Réserve, ont consenti à prendre en compte les impacts de leurs chantiers de construction de résidences sur le littoral. « Avec la société GTM, nous avons mis en place un programme de comptage des traces des tortues marines tous les matins avant le démarrage du chantier, ainsi qu’une sensibilisation du personnel », se félicite Aude Berger, chef du projet Agir pour les tortues marines à Saint-Martin financé par l’OFB et la DEAL Guadeloupe. Et l’intérêt de cette démarche va bien au-delà du simple respect des lieux de vie des tortues. En effet, le cyclone ayant considérablement réduit la surface de la bande sableuse en bord de mer, les promoteurs ont cherché à tout prix à préserver leurs nouvelles constructions en érigeant des murs et des digues au détriment du couvert végétal naturel. Or, la végétation naturelle joue un rôle majeur dans la lutte contre l’érosion littorale et d’atténuation des épisodes destructeurs de fortes houles. Préserver les sites de pontes en replantant des espèces végétales locales permet donc de protéger aussi la bande sableuse et les constructions d’arrière-plage.

Les nasses perdues en mer sont très destructrices du milieu marin. Elles raclent les herbiers, détruisent les coraux et continuent de pêcher des espèces qui ne seront jamais consommées. © M. A.


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Lors des reconstructions sur le littoral, Aude Berger, chef du projet Agir pour les tortues marines, a sensibilisé les équipes de GTM au respect des habitats des tortues marines. © RNN S-M

Bon nombre de structures ont été rebâties sur la plage. Ces espaces seront revégétalisés par les agents de la Réserve, afin de lutter contre l’érosion littorale. © RNN de Saint-Martin

Un exemple de restaurant situé en bord de mer directement sur le sable, presque « les pieds dans l’eau » © Mariane Aimar

L’observation d’une tortue marine traversant la plage après la ponte pour regagner l’océan. © Julien Chalifour

L’ACCÈS À L’ÎLET TINTAMARRE MIEUX ENCADRÉ Ce petit îlet paradisiaque et inhabité est un haut lieu de pontes des tortues marines, où le « turtle watching » est très prisé par les excursionnistes. Classé en Réserve naturelle nationale, cet espace a donc été aménagé et le camping, très pratiqué ici, encadré. Les campeurs doivent prévenir la Réserve, s’engager à respecter les espaces prévus pour les barbecues et déposer un chèque de caution. « Avec cette caution, qui n’est restituée que si le site est laissé propre, nous avons un moyen pour responsabiliser les usagers. Ce système est aujourd’hui bien entré dans les mœurs », indique Aude Berger. Grâce à ce travail quotidien des agents de la Réserve, tourisme et préservation de la biodiversité marine sont désormais conciliables. Un difficile équilibre qui mérite une attention constante, mais qui ouvre la voie à un développement économique plus respectueux.

Une plage de l’îlet Tintamarre, à trois kilomètres au nord-est de l’île de Saint-Martin. © Mariane Aimar

Rédaction : M. A.

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MARTINIQUE UNE « ASSO » MARTINIQUAISE ENGAGÉE POUR LA PROTECTION DU MILIEU MARIN L’Asso-Mer,

Sur leur support en forme de dôme, ces boutures de corail corne de cerf se développent rapidement, comme le montre la photo en couverture de l’e-mag prise ici en 2020.

2016, a pris une place prépondérante dans le paysage associatif martiniquais pour la protection de la mer. Cette association agit pour la connaissance du patrimoine naturel marin, la préservation des écosystèmes et la sensibilisation du public. créée en

BOUTURAGE DE CORAUX

ZONES D’ACTIVITÉS SOUS-MARINES

En 2016, l’Asso-Mer lance avec la DEAL de la Martinique le projet Acropora pour le bouturage et la réimplantation de deux espèces de coraux – corne de cerf et corne d’élan – en danger critique d’extinction. La « pépinière » est installée au large du Diamant. Depuis 2019, le programme s’étend à Sainte-Luce, où les coraux cornes de cerf réintroduits présentent à ce jour une belle croissance et un très faible taux de mortalité !

L’Asso-Mer s’est vue confier par la mairie du Carbet la mise en place de deux Zones d’activités sous-marines (ZASM), des espaces maritimes réglementés créés en concertation pour répondre à la baisse des stocks halieutiques et à la dégradation du milieu sous l’effet des ancres et des filets.

NETTOYAGE DE LA MER L’Asso-Mer déploie une « BIM », brigade d’intervention maritime qui intervient à terre et en mer pour réduire l’impact des déchets sur les écosystèmes. Des actions qui montent en puissance grâce à de nombreux partenaires : des bénévoles sont formés à la plongée professionnelle et des engins de levage mobilisés pour le retrait de déchets massifs.

SENSIBILISATION DU PUBLIC Face à la forte fréquentation du littoral martiniquais, l’association entreprend un diagnostic des pressions exercées par les opérateurs en mer afin de leur proposer des solutions concrètes pour améliorer leurs pratiques. Un guide bleu sur les écogestes en mer a été publié ainsi qu’une collection d’affichettes. Un projet qui se poursuit jusqu’en 2022.

ÉTUDE D’IMPACT DE LA PÊCHE DE LOISIR L’équipe de l’Asso-Mer est également en charge d’un projet d’évaluation de l’impact de la pêche de loisir sur les organismes marins. Soutenu par l’OFB, ce projet inclut un volet de sensibilisation aux bonnes pratiques.

PROTECTION DES TORTUES MARINES L’Asso-Mer s’engage au sein du Réseau tortues marines pour le suivi des pontes. Quatre plages du Prêcheur sont notamment des sites peu étudiés en raison de leur éloignement. L’association déploie aussi le projet Véti’vert à Case-Pilote en partenariat avec l’ONF pour restaurer l’habitat des tortues et diminuer les pollutions lumineuses.

APPUI AUX AIRES MARINES ÉDUCATIVES Dans les zones réglementées du Pothuau (ci-dessus) et des Raisiniers, le mouillage hors bouée est interdit, tout comme la pêche et la chasse sous-marine.

En 2019, l’Asso-Mer a accompagné un projet d’AME à Case-Pilote puis, en 2020, une autre AME initiée dans deux classes de la commune du Prêcheur.

L’Asso-mer s’est par ailleurs investie en archéologie sous-marine à travers la fouille d’une épave de Saint-Pierre : « En parallèle, des recherches en archives ont permis d’apprécier les conséquences des aléas climatiques à Saint-Pierre au cours de quatre cyclones de la fin du XIXème siècle ».


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Les filets fantômes, perdus ou abandonnés par les pêcheurs, impactent fortement les milieux marins et leurs habitants. Pour les retirer, des compétences et du matériel spécifique sont nécessaires.

Les aires marines éducatives sont gérées de façon participative par les élèves et les enseignants d’écoles, pour développer un projet pédagogique de protection de la mer : organiser par exemple une journée de nettoyage d’une plage.

+ d’info ici : https://www.lassomer.fr/

Rédaction : R. L. |Photos : © L’Asso-Mer

https://www.tortuesmarinesmartinique.org

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GUADELOUPE POUR STABILISER ET PROTÉGER LES BERGES DE RIVIÈRES, LE GÉNIE DES PLANTES ENTRE EN ACTION !

Berge enrochée et bétonnée en aval de la Grande Rivière de Vieux-Habitants. © PNG | Lucie Labbouz

Le projet de Promotion et développement du génie écologique sur les rivières de Guadeloupe, ou projet « Protéger », vise à préserver la biodiversité des milieux aquatiques guadeloupéens, et à prémunir les habitants et leurs biens des risques encourus lors des crues de rivières ou des événements cycloniques, grâce à l’utilisation de techniques de génie végétal. Il arrive souvent que les rivières de « l’île aux belles eaux » engendrent, en milieu urbain, une certaine pression sur les habitations ou les équipements. Pour protéger les biens et les personnes, les berges sont alors soumises à des aménagements réalisés en utilisant des enrochements bruts ou bétonnés. Si ces techniques de génie civil sont bien maîtrisées et restent parfois indispensables, elles génèrent cependant un impact fortement négatif sur le bon fonctionnement des écosystèmes riverains : accueil de la biodiversité, fonctions de corridor, de dépollution, etc.

Le but de ce temps de recherche opérationnel est d’étudier plus en détail les espèces présélectionnées lors des deux années d’inventaires botaniques – morphologie, biologie, intérêt pour le génie végétal... – et de déterminer à l’aide de mises en culture les techniques d’ingénierie écologique appropriées. Autant de « fiches espèces » qui seront partagées, avec l’ambition de favoriser à plus long terme une filière socio-économique locale de production végétale en pépinières, dans le cadre du génie écologique.

Dans ce contexte, une alternative plus douce et respectueuse de la biodiversité et des paysages, généralement moins coûteuse, existe : le génie végétal, qui désigne la mise en oeuvre des techniques utilisant des végétaux et leurs propriétés mécaniques dans les ouvrages de construction, pour la protection des sols contre l’érosion et pour la stabilisation des berges, en imitant les modèles naturels efficaces. En Guadeloupe, le projet « Protéger », qui s’articule en quatre phases, a justement été conçu pour promouvoir et développer les techniques de génie végétal basé sur des espèces locales. La première phase, conduite de 2016 à 2018, a permis de définir 12 types de ripisylves 1 en Guadeloupe et d’en extraire les espèces indigènes les mieux adaptées au maintien et à la protection des berges. Au total, 30 taxons à fort potentiel pour une utilisation en génie végétal ont ainsi été retenus après l’inventaire de près de 300 berges inventoriées à moins de 500 mètres d’altitude : bois carré, poivriers, petites fougères, lianes rampantes... La phase 2 du projet, pilotée par le Parc national de la Guadeloupe en partenariat avec l’INRAE 2 et l’université des Antilles, a débuté en 2019 et se poursuivra jusqu’en 2022.

 Formations végétales qui se développent au bord des cours d’eau.

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 Institut national de recherche pour l’agriculture, l’alimentation et l’environnement. | La phase 2 du projet « Protéger » est financée par l’Union européenne, l’OFB, le Parc national de la Guadeloupe, l’INRAE et l’université des Antilles. 2


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Ci-dessus : une rivière naturelle de Guadeloupe située en cœur de Parc national. © Fabien Salles | PNG Les membres du comité technique du projet devant la première expérimentation sur le bouturage d’espèces locales. © PNG | Lucie Labbouz

Les premiers résultats des recherches ne se sont pas fait attendre : les experts de l’équipe « Protéger » concluent déjà que près d’une vingtaine d’espèces d’arbres, arbustes et herbacées présentent de grandes capacités techniques, et qu’elles pourront donc être utilisées pour réaliser des travaux en cours d’eau ou restaurer des zones dégradées. En parallèle, deux chantiers pilotes, de petite taille pour commencer, seront prochainement menés dans les rivières en partenariat avec la Région Guadeloupe, qui est le maître d’ouvrage des travaux dans les cours d’eau de l’archipel. Ces chantiers sont l’occasion de tester en conditions réelles les espèces et techniques choisies, tout en sensibilisant les professionnels et le grand public aux techniques et aux enjeux de la protection des berges utilisant des végétaux.

Nous avons recueilli le témoignage de Lucie Labbouz, responsable de la phase 2 du projet « Protéger » au sein du Parc national : « À quelques mois de la fin de cette deuxième phase, je suis vraiment satisfaite d’avoir pu faire grandir ce projet. À partir de connaissances théoriques, nous avons réussi à aboutir à des résultats pratiques et opérationnels que nous avons à présent à cœur de transmettre aux acteurs du territoire pour que le génie végétal s’implante durablement en Guadeloupe et dans la Caraïbe ! ». Enfin, les deux dernières phases du projet permettront, d’une part, de former les acteurs de l’archipel, entreprises et collectivités notamment, à l’utilisation des techniques de génie végétal dans les rivières et, d’autre part, de diffuser les connaissances développées à l’échelle de la Caraïbe.

Ci-dessus : Lucie Labbouz dans une vidéo de présentation du projet « Protéger » (cliquer sur l’image pour démarrer la vidéo). Ci-contre : berge de la rivière des Pères, dégradée et recolonisée par des espèces exotiques. © Protéger | Sébastien De Danieli.

+ d’info ici : https://genie-vegetal-caraibe.org/ Contact : Lucie Labbouz projet.proteger@guadeloupe-parcnational.fr

Rédaction : S. L.

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PUBLI-COMMUNIQUÉ

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LA CONCEPTION DE SYSTÈMES AGRICOLES SANS PESTICIDES EN GUADELOUPE Le

projet

« Territoires Durables »

mené en

Guadeloupe,

en

Martinique

et à la

Réunion

propose de

développer une démarche de conception de systèmes agricoles innovants visant l’arrêt des pesticides.

Cette démarche est coconstruite avec tous les acteurs des territoires : organisations de producteurs , instituts techniques , chambres d ’ agriculture , gestionnaires et autres usagers locaux . Les départements et régions d’outre-mer restent utilisateurs de produits phytosanitaires pour assurer une production agricole en quantité et préserver la qualité de ces productions. Dans ce contexte, une évolution vers des pratiques agroécologiques permettant une réduction drastique des applications de produits phytosanitaires apparaît prioritaire. Pour atteindre cet objectif, «Territoires durables », projet de trois ans débuté en janvier 2020 et financé par le ministère des Outre-mer, considère différentes échelles : • celle de la parcelle agricole, échelle de décision et d’application des leviers techniques et agroécologiques ; • celle de l’exploitation agricole, échelle de mobilisation et de gestion des ressources propres à chaque agriculteur (connaissances, main d’œuvre, infrastructures, finances…) pour la conduite des systèmes de culture et d’élevage ; • territoriale au niveau d’un bassin versant, pour fédérer les acteurs locaux dans une dynamique qui fait sens – par opposition à une contrainte – et faciliter et coordonner les apprentissages de même que les changements, majoritairement organisationnels et institutionnels.

ces dix dernières années à l’échelle des exploitations et du territoire. La jachère joue un rôle central pour assainir les sols des bananeraies des nématodes – vers parasites des animaux et des végétaux – et in fine réduit l’usage des nématicides. Les enquêtes ont mis en évidence le rôle de l’association de plantes de couverture avec les cultures, ainsi que du recours aux animaux d’élevage via des collaborations avec des éleveurs pour contrôler l’enherbement des jachères et limiter l’usage des herbicides, tout en améliorant la fertilité du sol. Cette option présente néanmoins un risque de contamination de l’animal qui pâture des parcelles polluées. Les prochains défis sont de mieux caractériser, avec des critères définis par les agriculteurs et acteurs, la diversité des pratiques mobilisées et d’évaluer leur viabilité. Il s’agit par exemple d’analyser l’efficacité des services rendus par l’élevage dans les systèmes de culture – réduction de l’enherbement, organisation interfilière et territoriale… – tout en analysant les possibles impacts physiques, économiques, sanitaires… Ces mesures démarrent en septembre 2021.

En Guadeloupe, la mise en œuvre de systèmes agricoles innovants implique également de prendre en compte la contrainte de la pollution des sols à la chlordécone, liée à un usage ancien de pesticides dans les bananeraies jusqu’au début des années 1990 pour lutter contre le charançon. Les systèmes de culture à coconstruire avec les acteurs doivent alors avoir le double objectif de limiter l’usage des pesticides dans les pratiques actuelles et de limiter les résidus de pesticides, actuels ou historiques, dans les produits agricoles. Le projet a été lancé en Guadeloupe en 2020, avec la participation des chercheurs du Cirad et de l’INRAE, mais surtout des acteurs de terrains : les agriculteurs et les techniciens. La zone pilote du projet, le bassin versant des rivières des Pères et du Pérou, est au cœur du « croissant bananier » guadeloupéen. Un diagnostic des pratiques agronomiques du territoire confirme que la proportion de jachère a fortement augmenté

L’augmentation des surfaces en jachère au sein du croissant bananier de Guadeloupe. © Laura Tarsiguel | Cirad, 2021

+ d’info ici : www.cirad.fr


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Vignette ci-dessus : une expérimentation participative chez les producteurs. | Ci-dessus : la gestion de l’enherbement est l’un des postes d’utilisation d’herbicides en bananeraies. © Nadine Andrieu | Cirad Ci-dessous : l’association d’une légumineuse (Arachis repens) au bananier. © Steewy Lakhia | Cirad

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GUYANE LES SAVANES LITTORALES AU CŒUR D’UN PROJET EUROPÉEN CONTRIBUANT À LEUR PROTECTION

Très vulnérables, les savanes revêtent une grande importance en termes de biodiversité. Ici, la Savane des Pères. © Florent Bignon

Depuis 2018, le projet européen LIFE BIODIV’OM, coordonné en France par la LPO, vise à protéger les derniers reliquats de savanes en Guyane. Sur place, le GEPOG et les partenaires locaux s’attellent à sauvegarder cet habitat rare, fortement menacé par deux espèces exotiques envahissantes. Le long de la plaine côtière, à Kourou, Sinnamary, Iracoubo par exemple, les savanes sèches s’apparentent à de simples petites clairières à l’échelle de l’immense massif forestier environnant. Malgré leur surface réduite, qui représente seulement 0,3 % du territoire guyanais, les savanes abritent 16 % de la diversité végétale de Guyane – soit environ 760 espèces – ainsi qu’une faune abondante : tamanoirs, hérons, tortues, caïmans... Des oiseaux d’une grande rareté y sont par ailleurs observés, tels que la bécassine géante, un limicole classé par l’UICN en danger critique d’extinction sur la Liste rouge des espèces menacées en France.

Illustration : © Cécile Rousse

Dans ces formations herbacées parfois ponctuées de bosquets, d’arbres ou arbustes isolés, la faune et la flore ont dû s’adapter à des conditions spécifiques : les sols argilosableux des savanes subissent au fil des saisons des inondations, des épisodes de sécheresse, de fortes chaleurs mais aussi de fréquents passages de feux. La biodiversité que concentre pourtant ce milieu façonné depuis des siècles par l’homme et la nature en fait un écosystème remarquable nécessitant une protection. D’autant plus que les savanes de Guyane reculent, sous la pression du développement urbain du littoral, d’activités agricoles et

Le dessin ci-dessous de Cécile Rousse (LPO) illustre la progression de l’Acacia mangium dans la savane sèche. Ce milieu naturel abrite par exemple le tamanoir, qui se nourrit de termites et fourmis, ou encore la droséra, une petite plante carnivore adaptée à ces sols pauvres. « L’acacia peut envahir rapidement les milieux en poussant jusqu’à 2,5 mètres par an. Il est difficile à concurrencer par la flore des savanes, très peu dynamique. Les savanes et leurs habitants disparaissent, laissant place à des forêts uniquement composées d’acacias.» (LIFE BIODIV’OM)

surtout de la présence de deux arbres exotiques invasifs : l’Acacia mangium et le niaouli. La lutte pour contenir ces espèces est l’un des enjeux du projet de cinq ans LIFE BIODIV’OM initié en 2018. Piloté en Guyane par le GEPOG (Groupe d’étude et de protection des oiseaux en Guyane), ce projet européen s’inscrit dans la continuité des actions déjà conduites dans les savanes de 2010 à 2015 par le GEPOG, dans le cadre du programme LIFE + Cap DOM : étude des sols, recherches en botanique et ornithologie. L’Acacia mangium et le niaouli sont deux arbres originaires d’Australie. L’acacia tout d’abord a été introduit en Guyane dans les années 1970 pour revégétaliser les sites miniers. Ce grand arbre pouvant atteindre 30 mètres de haut a alors été distribué aux agriculteurs et aux communes, qui ont involontairement participé à son implantation sur le littoral. L’acacia, de croissance rapide, est très résistante aux feux et tolère différents types de sols. Ses graines peuvent être disséminées par des oiseaux à longue distance, y compris dans les espaces ouverts et sans ombre des savanes, qui conviennent tout particulièrement à l’espèce. Quant au niaouli, son expansion a été favorisée à la même période par le Plan Vert, projet de développement de la Guyane qui a encouragé dans la filière bois l’industrie papetière. Le niaouli, appelé « arbre à écorce de papier », est alors importé.


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La lutte mécanique contre l’Acacia mangium. © GEPOG _ De telles actions ont été mises en place depuis fin 2020 par le Centre national d’études spatiales (CNES), gestionnaire du Centre spatial guyanais, dans le cadre de mesures compensatoires. Près de 1 000 arbres ont ainsi été coupés pour préserver 5 277 hectares de savanes (source : www.savanes.fr). | Ci-dessus : des tests de germination sont en cours dans la pépinière de Solicaz, pour que la population puisse remplacer l’Acacia mangium par des esssences locales.

Comme l’Acacia mangium, le niaouli se propage rapidement au détriment des espèces végétales natives : un unique niaouli peut produire jusqu’à 20 millions de graines par an ! Une stratégie régionale de gestion propre à chacune de ces deux espèces envahissantes est en cours d’élaboration. Ce travail réunit « les acteurs du littoral autour des questions de prévention, de surveillance et de gestion de l’espèce pour la protection du patrimoine naturel et de nos savanes », peut-on lire dans les dépliants de LIFE BIODIV’OM. Dans la rubrique « Que faire? » de ces supports destinés au public, les habitants du littoral sont incités à parler autour d’eux des dangers que ces deux arbres introduits font peser sur la biodiversité. Ils sont également incités à signaler la présence des deux espèces au GEPOG pour que des abattages puissent être organisés. L’Acacia mangium est couramment utilisé par la population locale en tant qu’élément d’ombrage, ressource fourragère, bois de construction, pour enrichir le sol en azote...

Le GEPOG a confié à la société d’ingénierie écologique Solicaz la réalisation de tests de stockage et de germination de 10 plantes locales qui pourraient se substituer à l’acacia lors des usages précités. Débuté il y a un an, en septembre 2020, ce travail permettra de connaître les techniques de production de plants les mieux adaptées. L’objectif est d’atteindre la livraison de 450 pieds par espèce d’ici 2022, ainsi que les itinéraires techniques de production. Parallèlement, des méthodes de gestion du niaouli sont testées pour essayer d’identifier les procédés optimaux de lutte sur les arbres adultes et sur les graines : l’efficacité de la lutte mécanique et des traitements chimiques est étudiée actuellement par le GEPOG. Ce projet LIFE BIODIV’OM dans les savanes de Guyane nous rappelle que les invasions biologiques par les espèces exotiques envahissantes sont l’une des principales sources d’érosion de la biodiversité dans le monde, et que la prévention de l’introduction de ces espèces reste la priorité. + d’info ici : La vidéo du projet BIODIV’OM sur le site www.savanes.fr

Ce dessin montre la progression du niaouli, au détriment du crotale sud-américain (serpent à sonnette) ou de l’arbre situé à sa droite, le poirier savane, qui est capable de préserver ses bourgeons du feu en les cachant sous son écorce très épaisse. « Robuste et peu exigeant, le niaouli s’adapte à de nombreuses conditions et croît rapidement. Avec une tendance à drainer l’eau et modifier les conditions du sol, le niaouli pourrait, à terme, altérer sinon remplacer les savanes du littoral guyanais par des forêts de niaoulis. » (LIFE BIODIV’OM)

Rédaction : S. L.

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ÎLE DE LA RÉUNION L’ÉTANG DE SAINT-PAUL, PLUS GRANDE ZONE HUMIDE LITTORALE PROTÉGÉE DE L’ARCHIPEL DES MASCAREIGNES

Le porcher, classé en danger critique d’extinction par l’UICN sur la liste Rouge de la flore vasculaire de La Réunion.

Créée en 2008 et couvrant 447 hectares, la Réserve naturelle nationale Étang de saint-Paul est le repaire d’une flore typique des milieux humides et d’une faune d’exception. Elle forme, avec les ravines adjacentes, l’unique site labellisé R amsar de L a R éunion. Dans ce lieu paisible, une gestion adaptée permet de protéger l’écosystème, tout en offrant aux visiteurs une expérience inédite.

Le héron strié est l’une des 12 espèces d’oiseaux nicheurs de la Réserve. @ Kevin Le Pape | Une macrophotographie lauréate du concours Intermèdes Nature 2020. © Laurent Debordes

Jusqu’au 19 septembre, la Réserve et ses partenaires lancent la 3ème édition du concours photo Intermèdes Nature, pour « sensibiliser le public à la variété des zones humides de La Réunion et aux trésors de biodiversité qu’elles préservent ». + d’info ici : www.reserve-etangsaintpaul.fr

Rédaction : S. L.

À proximité du centre-ville de Saint-Paul, l’étang est une ancienne lagune comblée au fil des siècles par plusieurs phénomènes : apport de sédiments et de matériaux issus de coulées de boue géantes depuis le cirque de Mafate, qui furent charriés par la Rivière des Galets puis ramenés dans la baie par les courants ; érosion marine ; glissements de terrain. Des conditions à l’origine du cadre atypique de cette zone humide qui héberge une faune et une flore à forte valeur patrimoniale. « En ce qui concerne la faune, les principaux enjeux se situent au niveau des oiseaux, des poissons et macrocrustacés, ainsi que des insectes », précise Giovanni Payet, directeur adjoint de la Réserve. En 2021, l’équipe gestionnaire a mis en place ses deux premières aires terrestres éducatives : les classes de CM1 des écoles Jean-Luc Daly Eraya et Louise Siarane de Saint-Paul ont obtenu ce label national écocitoyen. Au cours de l’année scolaire, les élèves vont devoir définir un projet participatif impliquant acteurs locaux et usagers, afin de gérer et de protéger les aires naturelles qu’ils se voient ainsi confier.

L’étang de Saint-Paul, un lieu propice à la contemplation et aux loisirs responsables : randonnée, kayak, vélo... © Thierry Gaillat


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PUBLI-COMMUNIQUÉ

MOINS D’ÉCLAIRAGE DE NUIT POUR PROTÉGER LE CIEL... Après avoir mené avec Biotope et la Seor 1 une étude scientifique pour mieux connaître l’avifaune marine, Port Réunion continue à lutter contre le risque d ’échouages d ’oiseaux dus à ses éclairages nocturnes. Rencontre avec Samantha Renault de la Seor, qui intervient notamment en sensibilisant sur cette problématique le personnel et les usagers du G rand P ort maritime . marins, le pétrel de Barau, le puffin tropical par exemple, et savent surtout comment réagir en cas de découverte d’un oiseau échoué au sol : il faut alors manipuler l’oiseau sans le stresser, le placer dans un carton spécifique avant notre prise en charge, et relever le lieu précis de l’échouage sur une fiche de suivi. Cette donnée est essentielle. En effet, nous reportons chaque point d’échouage sur notre carte d’identification des points lumineux du port, pour voir si tel luminaire peut être en cause et donc amélioré. En 2020, 31 oiseaux ont ainsi été recueillis au port. C’est peu, en comparaison des 165 oiseaux récupérés sur la commune du Port.

INTERVIEW SAMANTHA RENAULT SOIGNEUSE ANIMALIÈRE À LA SEOR • En quoi la sensibilisation des agents est-elle utile ? - Nous formons les agents du Grand Port depuis plusieurs années. Avec nous, ils apprennent à connaître les oiseaux

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• Comment la SEOR accompagne-t-elle Port Réunion dans ses efforts de réduction des éclairages ? - Nous proposons un ensemble de préconisations dans le choix des dispositfs lumineux : réduction de leur puissance, allongement des durées d’extinction, orientation des lampadaires vers le sol et non vers le ciel, choix de couleurs plutôt orangées et non blanches, longueurs d’onde adaptées pour éviter les ultraviolets auxquels les oiseaux sont sensibles... Ces efforts permettent de beaucoup moins interférer avec les mécanismes d’orientation nocturne des oiseaux, qui utilisent les lueurs de la lune et des étoiles pour se repérer. Les lumières du port ne peuvent être totalement éteintes,

La dynamique équipe de la SEOR (Société d’études ornithologique de La Réunion), qui sauve chaque année environ 3 000 oiseaux.

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parce que l’activité reste permanente. Mais Port Réunion fait au mieux pour impacter le moins possible les oiseaux. Ces actions contribuent en particulier à éviter que les jeunes pétrels de Barau suivent les lumières artificielles du port lors de leur premier envol. En ce début septembre, nous assistons à l’arrivée sur l’île des pétrels adultes, qui viennent retrouver leurs partenaires sur les sites de reproduction du massif du Piton des Neiges. Puis, en avril, quand les jeunes qui seront nés fin décembre ou début janvier quitteront les colonies, ils emprunteront essentiellement l’un des trois couloirs d’envol de l’île, dont celui de la rivière des Galets, juste au-dessus du port (voir l’image ci-contre, NDLR).

• Un message à l’ensemble des Réunionnais ? - Nous avons besoin de vous pour nous signaler les oiseaux en difficulté. Sans cette aide, nous ne pouvons les sauver. Grâce à vous, 1 540 pétrels de Barau ont été pris en charge sur l’île rien qu’en avril dernier. En 12 ans, le succès des Nuits sans lumière ne s’est pas démenti. La solidarité à La Réunion pour les oiseaux est magnifique et doit continuer !

Quelques

résultats du diagnostic et du suivi des oiseaux dans la zone portuaire

À l’issue de l’étude réalisée de 2009 à 2015 avec Biotope et la SEOR, Port Réunion a pu collecter des données très intéressantes sur les comportements de quatre espèces d’oiseaux marins protégés et sensibles aux éclairages artificiels : puffin tropical, puffin du Pacifique, pétrel de Barau et pétrel noir de Bourbon. Un outil inédit a été proposé par Biotope : un véhicule équipé du radar Aviscan II, capable de déceler le flux et la hauteur de vol des oiseaux jusqu’à 1 500 mètres d’altitude. L’étude a mis en évidence : • un flux très important allant jusqu’à des pics de 800 oiseaux par heure et plus de 1 500 oiseaux par nuit ; • une majorité de vols à plus de 150 mètres d’altitude ; • deux périodes à risque dans l’année : décembrefévrier, et début avril-mi-mai ; • deux horaires sensibles : 19-22h00 et 4-6h00, en lien avec les remontées d’oiseaux vers leurs colonies et leur départ le matin vers la zone océanique. Ce double pic horaire est nettement moins marqué en avril-mai, au moment de l’envol des pétrels de Barau ; • les pétrels de Barau sont les plus touchés par les échouages, avec un pic en avril. Source : Diagnostic et suivi des oiseaux marins sur Port Réunion - GPMDLR/BIOTOPE/SEOR 2009-2015.

Projet en cours de gestion des éclairages

La signature en juillet de la reconduction de la convention liant la SEOR, représentée par son président Christian Léger (à gauche) et Port Réunion représenté par son directeur Éric Legrigeois, ainsi que Bernadette Ardon, présidente de la Commission développement durable et Jean Brac de La Perrière, président du Conseil de développement. | Une séance de formation des agents du port dispensée par la SEOR. © GPMDLR

« Nous travaillons à l’installation d’un logiciel dans le cadre de la gestion technique de l’éclairage (GTE) du port. Concrètement, cela nous permettra de programmer de façon précise les périodes d’envol des pétrels et puffins communiquées par la SEOR, afin que durant ces périodes, les éclairages ne soient plus coupés manuellement comme aujourd’hui, mais de manière automatique, donc bien plus rapidement et simplement. Nous espérons que cet outil de télégestion soit opérationnel d’ici avril 2022, au prochain envol des jeunes pétrels de Barau. Avec une pollution lumineuse moindre, la consommation électrique du port devrait se réduire à peu près de moitié », rapporte Daniel Savigny, chargé d’opérations à Port Réunion.


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MAYOTTE Une émergence de petites tortues vertes vient d’avoir lieu à Saziley, premier site de l’étude. © Sophie Morisseau

Mayotte

LE JEUNE VOLCAN SOUSMARIN AU LARGE DE L’ÎLE POURRAIT-IL INFLUER SUR LA PONTE DES TORTUES VERTES ?

est un terrain d’étude grandeur nature pour les tortues vertes, avec près de

3 000 femelles venant pondre sur ses plages chaque année. Rencontre avec la doctorante Sophie Morisseau, qui explore les éventuels effets de la hausse du niveau de la mer due au nouveau volcan, sur les stratégies de ponte.

INTERVIEW SOPHIE MORISSEAU DOCTORANTE AU CENTRE UNIVERSITAIRE DE FORMATION ET DE RECHERCHE DE MAYOTTE (CUFR)

• Comment votre parcours vous a-t-il mené aux tortues marines des plages de Mayotte ? - J’ai découvert Mayotte lors de mon stage de fin de master sur la géomorphologie littorale de la plage de N’Gouja, au sud de l’île. Comme c’est un site important pour la nidification des tortues marines, c’est là qu’avec mon encadrant, nous est venue l’idée d’étudier le lien entre la dynamique des plages et la nidification des tortues marines. Peu après, j’ai découvert la plage de Saziley où les tortues semblaient chez elles et où j’ai été impressionnée par le déracinement des baobabs. J’ai alors décidé de rester à Mayotte et de me lancer dans ce projet de thèse.

• En quoi consiste votre travail ? - « Comment la dynamique des plages peut-elle influencer la nidification des tortues vertes ? » : c’est la question posée par mon sujet de thèse dans ce contexte particulier où

l’île s’est enfoncée, provoquant une élévation relative du niveau marin. Je travaille sur deux sites d’étude : la plage de Saziley, premier site de ponte de l’île qui fait l’objet d’un suivi scientifique depuis 2019, et la plage de Papani en Petite-Terre, qui est également suivie et exposée à de forts mouvements sédimentaires. Concrètement, j’effectue des relevés topographiques saisonniers et étudie de manière approfondie les nids des tortues. Je reviens d’ailleurs tout juste d’une mission de 20 jours à Saziley où nous avons posé des capteurs sur 20 nids. Nous y retournerons avec des bénévoles lors de l’émergence pour récolter des données complémentaires. Une deuxième campagne sera conduite en saison humide 2022.

• Dans quelle mesure l’élévation de la mer pourrait-elle impacter les tortues vertes ? Les tortues marines passent le plus clair de leur temps en mer, mais leur survie est étroitement liée aux plages. Les femelles pondent dans le sable et elles ont pour cela besoin de conditions optimales – substrat, pente, végétation, etc. Face à une montée des eaux, les plages changent et peuvent perdre leur qualité d’accueil pour les femelles. La plage de Papani par exemple, coincée entre mer et falaise, se rétrécie peu à peu, ce qui laisse de moins en moins d’espace aux tortues pour pondre. Par ailleurs, les petits tortillons ont besoin de conditions environnementales optimales pour éclore. Si le niveau de la mer monte, les nids peuvent être inondés et être asphyxiés : une étude en laboratoire (Limpus et al., 2020 et Pike et al. 2015) montre que l’inondation d’un nid durant plus de six heures peut entraîner une mortalité embryonnaire.

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À l’extrême sud-est de Grande-Terre, les plages de Saziley sont protégées par le Conservatoire du littoral. © Yann Mercky | CUFR

• Quelles perspectives votre travail de thèse peut-il ouvrir à l’échelle mondiale ? - Le gros avantage est de pouvoir étudier in situ un phénomène qui ne pouvait jusqu’à présent être étudié qu’en laboratoire. À Mayotte, on a pris 30 ans d’élévation marine en un an ! Les résultats de ma thèse donneront donc des clés générales pour essayer de comprendre les effets du réchauffement climatique sur les tortues marines. Ce type de données concrètes doit encourager le déploiement de mesures d’adaptation : gestion de l’urbanisme des arrièresplages, revégétalisation ou encore relocalisation des nids depuis des lieux de ponte à risque vers des zones protégées.

LA THÈSE DE SOPHIE MORISSEAU Sujet : « Dynamique des plages et stratégie de ponte des tortues vertes dans un contexte d’une rapide élévation du niveau marin relatif, Mayotte. » Directeur de thèse : Elliott Sucré. Encadrants : Matthieu Jeanson et Damien Chevallier. Partenaires financiers : DEAL Mayotte et Parc naturel marin de Mayotte. Associations partenaires : Oulanga Na Nyamba et Naturalistes de Mayotte.

Rédaction : R. L.

CLIMAT, VOLCAN : POURQUOI L’EAU MONTE-T-ELLE ? À l’échelle mondiale, d’après le dernier rapport du GIEC paru le 9 août, il est désormais pratiquement certain que le niveau moyen de la mer dans le monde continue à augmenter au cours du 21ème siècle. Selon les projections du GIEC basées sur différents scénarios d’émissions de gaz à effet de serre, la montée des eaux entre 1995-2014 et 2100 variera entre 28 centimètres et 1,01 mètre. Cette élévation du niveau de la mer est la conséquence directe du changement climatique : l’eau se dilate sous l’effet de la hausse des températures. Et à ce phénomène de dilatation thermique s’ajoute l’apport d’eau douce issue de la fonte des glaciers de montagnes et des calottes polaires. On parle aujourd’hui d’océans « en surchauffe ». Autour de Mayotte, l’élévation du niveau marin est dite « relative » car c’est en fait l’île qui s’est enfoncée dans l’océan : en 2018, à 50 kilomètres à l’est de Mayotte, un immense réservoir magmatique s’est vidé à plus de 3 000 mètres de fond. Ce phénomène a créé un volcan sous-marin provoquant cet enfoncement. En seulement un an, de 2018 à 2019, le niveau de l’océan s’est élevé d’environ 15 centimètres !


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LES ASSO-AMBASSADRICES DU LAGON : MOBILISER À TERRE POUR PROTÉGER EN MER ! À Mayotte, la Fédération mahoraise des associations environnementales (FMAE) accompagne six associations 1 de la Communauté de communes du Sud dans leurs missions de protection du lagon. Ces six « asso-ambassadrices » sont notamment formées par la fédération et ses partenaires pour sensibiliser dans les villages et les écoles aux impacts des pollutions terrestres sur le lagon. En avril, les berges de la rivière de Bandrélé accueillaient le lancement des Asso-ambassadrices du lagon. Proposée par l’association 976 Sud Prévention 1, cette opération de ramassage de déchets sauvages a réuni 75 participants et plusieurs journalistes venus de Mamoudzou. La CRESS et l’ARS de Mayotte ont fourni aux bénévoles les équipements, brouettes, balais, pelles, râteaux, coupe-coupe et paires de gants, tandis que la mairie de Bandrélé a mis à disposition deux camions de stockage des déchets. Parmi les points restant à améliorer, la FMAE a noté l’importance de mobiliser plus massivement les habitants du village. Ce type d’action vise en effet à faire prendre conscience que le littoral doit être pensé comme un continuum terremer, où les pollutions terrestres impactent directement l’état du lagon. Pour porter haut et fort ce message, la FMAE compte sur les « asso-ambassadrices ». « Nous formons les associations, pour qu’elles deviennent des référentes-relais de la protection de l’environnement marin », assure Kelly Chevalier-Nkouka, coordinatrice du projet à la FMAE.

La visite de la mangrove d’Antana-Bé à Poroani, dans le cadre d’une opération de nettoyage en juillet. Contrairement à la première impression des participants, cette visite aura révélé la présence de nombreux déchets abandonnés sur le site.

Au mois de mai, une autre « asso-ambassadrice », l’ASVM 1, a organisé avec la FMAE et ses partenaires une « randonnéenettoyage » depuis la plage de M’tsamoudou, suivie d’un bivouac « sur la plage de Majicavo 4, pour en savoir plus sur les tortues », se remémore Kelly Chevalier-Nkouka. « 78 personnes, dont 15 élèves de l’école primaire de M’tsamoudou, ont répondu présents. Les temps d’échanges et les discussions nocturnes ont permis à chacun de mieux connaître les missions des bénévoles de l’ASVM, de poser des questions sur les tortues et d’entendre les légendes qui entourent le site ». Cette fois, la FMAE a noté d’« intégrer plus en amont les institutionnels et solliciter les élus ». D’autres rendez-vous ont suivi : formation sur la forêt et les plantes envahissantes, sortie sur l’ancien padza de Mdoumbajou 2 reboisé par les villageois et l’ACEEM 1, nettoyage de la mangrove de Poroani, visite de l’usine de traitement d’eau potable d’Ouroveni... Ali Madi, président de la FMAE, ne compte pas s’arrêter là. « Nous devons convaincre plus d’acteurs institutionnels, c’est essentiel pour aller plus loin et toucher plus de monde. Après le sud, ces actions vont devoir s’étendre à toute l’île car pour le lagon, il y a urgence ». + d’info ici : www.facebook.com/AALMAYOTTE/

Kelly Chevalier-Nkouka (en t-shirt noir) à Saziley avec les ambassadeurs du lagon, pour observer la ponte de tortues lors d’une sortie organisée par les Naturalistes de Mayotte.

 976 Sud Prévention | Association culturelle éducative et environnementale de Moinatrindri (ACEEM) | Association pour la protection de l’environnement et de la nature à Bouéni (APENB) | Union des jeunes espoirs de Kani-Bé (UJEK-B) | Association de solidarité environnementale de Poroani Mnadzini (ASEPM) | Association de sécurité villageoise de M’tsamoudou (ASVM). 2  Voir à ce sujet notre article dans l’e-mag n°3, p. 20. 1

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dans le cadre du comité de la MDE

L’ESPACE CONSEIL « FAIRE » : UN SERVICE DE PROXIMITÉ QUI AIDE À ÉCONOMISER L’ÉNERGIE À Mayotte, île dépendante à plus de 95 % des énergies fossiles, l’espaces conseil « FAIRE » développé par l’ADEME en partenariat étroit avec les collectivités territoriales, informe et accompagne les habitants dans leurs projets de rénovation énergétique, tout en sensibilisant aux économies d’énergie. En 2021, l’espace Info Énergie de Mayotte devient l’espace conseil FAIRE, acronyme de « Faciliter, accompagner, informer sur les rénovations énergétiques ». Comme partout en France, ce service public développe une mission d’intérêt général avec le soutien financier de l’ADEME et des collectivités partenaires, qui consiste à informer gratuitement sur l’efficacité énergétique, les énergies renouvelables et le changement climatique. Sur l’île au lagon, le gestionnaire de ce service public est l’association des Naturalistes de Mayotte, qui réunit près de 1 500 adhérents et se consacre depuis 1999 aux actions de découverte du patrimoine naturel et culturel mahorais. « C’est tout naturellement que l’association a accepté de porter l’espace conseil FAIRE (ECF) de Mayotte, historiquement l’espace Info Énergie, lorsque l’ADEME nous a sollicités pour cette mission en 2014. Cela fait aujourd’hui sept ans que nous accompagnons l’ECF dans ses actions de sensibilisation, d’information, de conseil et d’accompagnement de la population mahoraise vers la transition énergétique, afin de contribuer à la maîtrise de la demande en énergie et de préserver le patrimoine mahorais », expose François Beudard, directeur de l’ECF de Mayotte. Ventilation, écogestes, protection solaire, isolation, performance énergétique... L’espace conseil FAIRE permet de répondre à une multitude de questions d’ordre technique, financier ou encore juridique, formulées par les personnes qui souhaitent rénover leurs logements ou leurs locaux professionnels. Les conseillers du dispositif orientent ainsi ces personnes vers les projets de rénovation les plus adaptés pour elles, tout en leur faisant connaître les aides disponibles. « Parce que la maîtrise de la consommation d’énergie est l’affaire de tous, nous intervenons sur le terrain tout au long de l’année, afin de sensibiliser les particuliers, les professionnels du bâtiment, mais aussi les acteurs des petites entreprises du tertiaire (boulangeries, restaurants, petits commerces...) et les jeunes scolarisés », détaille Dalila Nahouda Hanaffi, conseillère technique. « Nous nous attachons à fournir des conseils personnalisés pour chaque situation, de manière totalement gratuite et neutre, car nous sommes des conseillers indépendants du marché », continue-t-elle.

Les conseils ainsi prodigués par cette équipe aident les habitants de l’île à réduire leur facture énergétique et donc leur impact écologique, en optant pour des équipements plus performants. Par exemple, les conseillers expliquent qu’un brasseur d’air consomme en moyenne 24 fois moins d’énergie qu’un climatiseur. Ou que la peinture thermoréfléchissante appliquée sur un toit permet d’empêcher la chaleur de la toiture de pénétrer à l’intérieur de la maison. « Au moins 70 % de l’apport de chaleur dans l’habitat provient de la toiture. En ayant recourt à ce matériel, vous pouvez gagner jusqu’à 10 °C en moins sur la température intérieure », pouvons-nous lire dans une newsletter de l’ECF. L’île de Mayotte connaît une augmentation constante de la demande en énergie et le secteur du bâtiment est l’un des postes les plus énergivores. De ce fait, les conseillers de l’ECF apportent leur accompagnement sur les projets de construction, neuves ou de rénovation, dans l’optique d’améliorer les performances énergétiques des logements tout en assurant une qualité de confort thermique. En plus de ces missions récurrentes, l’espace conseil FAIRE prépare depuis ses bureaux à Dembéni le programme de la fête de l’Énergie 2021, qui se déroulera en novembre : conférence grand public « Cafénaturalistes » sur l’habitat durable à Mayotte, afin de promouvoir notamment les matériaux locaux de construction comme la feuille de coco et le bambou, pour rafraîchir son logement à moindre coût ; spots de communication visant à populariser plusieurs écogestes ; séminaire au pôle culturel de Chirongui à destination des professionnels du bâtiment ; animations en milieu scolaire, avec de nombreuses visites prévues : ferme solaire abritée par la centrale électrique de Longoni, unité de valorisation du biogaz à Dzoumogné... Les actualités ne manquent pas à l’espace conseil FAIRE, où tout est mis en œuvre pour tendre vers une meilleure gestion individuelle et collective de la consommation énergétique, et donc un plus grand respect de l’environnement.

+ d’info ici : https://eie-mayotte.fr/ Facebook : Espace Conseil FAIRE de Mayotte


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Une action de sensibilisation aux économies d’énergie par l’ECF, avec Dalila Nahouda Hanaffi (en vert), et les ambassadeurs écogestes de la communauté d’agglomération Dembéni-Mamoudzou (Cadema). Lors de cette journée organisée sur le marché couvert de Mamoudzou, une centaine de personnes ont pu être sensibilisées. Le kakémono présente les offres « Hodari », des incitations financières à la performance énergétique : brasseurs d’air, chauffe-eau solaires, tôle isolantes... Ces aides sont mises à disposition par le comité de la maîrise de la demande d’énergie, piloté par le Département, la DEAL, l’ADEME et Électricité de Mayotte (EDM), et financé par l’État.

Ci-dessus : le stand de l’espace conseil FAIRE à la Foire intercommunale qui a eu lieu à Sada du 6 au 15 août. Ci-dessus en haut : la Foire intercommunale inaugurée le 6 août sur la rocade de Sada devant le stand de l’ECF. © Mairie de Sada Ci-dessus : un état des lieux dans une « douka » (supérette) pour en réduire la facture d’électricité. Les conseils ont porté sur ces aspects : profiter de la ventilation naturelle, dégivrer les congélateurs, ne pas les coller au mur pour éviter le surplus de chaleur...

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CADEMA URAHAFU, UN PROGRAMME PARTICIPATIF EN FAVEUR DE L’ENVIRONNEMENT Dans la Communauté d’agglomération Dembéni-Mamoudzou (Cadema), l’année 2021 a vu l’essor du programme « C adema U rahafu », qui signifie en shimaore « C adema P ropreté ». L a C adema poursuit ainsi son engagement à préserver les écosystèmes terrestres et marins , en agissant sur le terrain pour réduire les pressions humaines auxquelles ces milieux sont soumis . Mayotte abrite un patrimoine naturel d’une très grande richesse, que ce soit sur terre ou en mer. L’île fait partie de l’un des cinq points chauds français de la biodiversité mondiale – l’océan Indien – ce qui implique notamment qu’au moins 70 % de son milieu naturel d’origine a déjà disparu. « Nos rivières et nos mangroves constituent des éléments paysagers d’intérêt majeur, qui jouent également un rôle crucial dans la préservation de nos écosystèmes qu’ils soient marins ou terrestres. Des espèces endémiques sont présentes, souvent avec un statut de conservation de vulnérable à menacé », décrit Emmanuelle Martin, directrice générale adjointe de l’aménagement et de l’environnement à la Cadema, qui ajoute : « Les habitats et les espèces présentes sont un atout pour le développement de l’île, et notamment d’un tourisme vert. Malheureusement, cette richesse environnementale est menacée ». Les écosystèmes locaux, mangroves, rivières, forêts... sont en effet soumis à un grand nombre de pressions d’origine anthropique : pollution directe par apport de déchets ou absence de traitement des eaux, artificialisation des sols, fragmentation des milieux, déforestation intensive, envasement des récifs coralliens, urbanisation non maîtrisée... Ces multiples dégradations constatées mettent à mal la biodiversité et le cadre de vie local, tout en entraînant un risque immédiat pour les populations. « Les rivières sont également un lieu de vie pour les habitants : nettoyage corporel, lessive... La présence de déchets abandonnés favorise le développement des gîtes larvaires de moustiques. Les épidémies récentes de dengue, de fièvre typhoïde, de leptospirose, et leur ampleur marquent la nécessité d’agir vite », alerte la DGA de la Cadema.

• la réduction des pollutions en développant des solutions techniques adaptées au territoire. En effet, dans certains quartiers, l’urbanisation non maîtrisée empêche la mise en œuvre des systèmes de collecte classiques. Pour les habitants à faibles revenus, le coût élevé des sacs-poubelle par exemple est un frein, qui favorise le brûlage des déchets et la création de décharges sauvages. Afin de remédier à cela, la Cadema mise sur l’implication et la responsabilisation des habitants et sur des systèmes de collecte avec distribution de sacs dans les secteurs dits « inaccessibles » – le plus souvent sans voies de circulation – qui n’étaient pas nettoyés auparavant bien que 30 à 40 % de la population y réside. La communauté d’agglomération propose aussi un service de déchetteries mobiles qui collectent les encombrants, la ferraille, les déchets d’équipements électriques et électroniques au plus proche des habitants. Parmi les autres actions menées, une journée de nettoyage des rivières a lieu tous les mois dans le réseau des 17 associations conventionnées par la Cadema, des stands mobiles sont installés au cœur des quartiers pour y sensibiliser les riverains... Et des laveries solidaires sont en cours de réalisation pour limiter la pratique polluante du lavage en rivière.

Pour parvenir à réduire ces pressions pesant sur les milieux naturels, la Cadema, dans le cadre de son programme « Cadema Urahafu », se mobilise au travers de trois types d’actions : • la lutte directe contre la pollution : collecte des déchets, avec le renfort d’une « brigade environnement » pour les déchets sauvages, collecte des véhicules hors d’usage ; • la prévention de la pollution à travers des campagnes de communication et de sensibilisation du grand public ; De régulières opérations de ramassage dites « coup de poing » sont organisées dans les secteurs les plus pollués.


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Le programme Cadema Urahafu a pour objet de nettoyer et évacuer les déchets dans les espaces naturels, de sensibiliser la population (comme ici au centre de loisirs de Cavani stade à Mamoudzou) et de mettre en œuvre des solutions adaptées en rendant accessible à tous le service de collecte. Cadema Urahafu participe à l’insertion sociale, notamment chez les jeunes de moins de 26 ans.

ELYASSIR MANROUFOU VICE-PRÉSIDENT D’INTERCO’OUTRE-MER ET DE LA CADEMA « Les acteurs de l’économie sociale et solidaire sont à notre sens incontournables pour la mise en œuvre des actions de nettoyage des espaces naturels. À titre d’exemple, l’association Nayma emploie 72 personnes, notamment des jeunes issus des quartiers prioritaires de la politique de la ville, pour nettoyer ces espaces et sensibiliser la population autour des mangroves et des rivières de la Cadema. Cette action permet d’allier insertion sociale et protection de l’environnement, une combinaison gagnante pour nos territoires. » + d’info ici : www.facebook.com/Cadema.yt

NADJATI SAINDOU COMBO VICE-PRÉSIDENTE DE LA CADEMA « Un service de collecte doit être offert à tous les habitants. Or actuellement, 30 à 40 % de la population de la Cadema n’est pas desservie par la collecte des déchets. Ainsi les déchets produits sont soit brûlés, soit laissés dans la nature. Cette problématique n’est aujourd’hui prise en charge par aucune structure. La Cadema a donc souhaité innover sur ce sujet. Le service de collecte qui inclura la sensibilisation du public et des jeunes, la distribution des sacs de précollecte et leur collecte, est estimé à plus de quatre millions d’euros, sans aucune source de financement extérieur, alors que cette question est primordiale pour la santé de notre environnement et de la population. Expérimenté sur un an, nous espérons obtenir des soutiens pour faire perdurer ce système à l’avenir. »

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TAAF UN LIVRET D’IDENTIFICATION POUR PARTIR À LA DÉCOUVERTE D’UNE FAUNE EXCEPTIONNELLE ! En

Rédaction : S. L.

Illustrations de la page : © Lycée professionnel François de Mahy de Saint-Pierre.

cette période de rentrée , une nouvelle publication a récemment rejoint les ressources

pédagogiques des

Terres

australes et antarctiques françaises

(TAAF) :

un livret téléchargeable

qui nous présente de manière synthétique et illustrée la faune remarquable des îles des districts subantarctiques et de la

É parses,

Terre Adélie, ainsi que leur état de conservation. Parmi les outils pédagogiques qui contribuent à mieux faire connaître le patrimoine naturel unique des TAAF, les chapitres d’un nouveau livret sont désormais disponibles au téléchargement. La spécificité du support réside dans sa conception en partenariat avec la section Bac pro Artisanat et métiers d’art, option « Communication visuelle et plurimedia » du lycée professionnel François de Mahy de SaintPierre. Les élèves sont donc au cœur de ce projet qui réunit 100 fiches d’animaux inscrits sur la Liste rouge de la faune vertébrée des TAAF diffusée par l’Union internationale pour la conservation de la nature. Cet état des lieux consacré aux oiseaux, mammifères et reptiles a été réalisé par le Comité français de l’UICN et le Muséum national d’Histoire naturelle (MNHN), en partenariat avec la collectivité des TAAF.

TÉMOIGNAGE DE L’ADMINISTRATION DES TAAF :

« Nous menons une politique active en matière d’action culturelle et de valorisation des missions de l’administration supérieure auprès des jeunes générations, grâce à un partenariat étroit avec l’académie de La Réunion, qui permet grâce, entre autres, à la mise à disposition d’un professeur relais, la réalisation de projets tels que la création de ce livret, de fresques monumentales (cf. e-mag n°4), pour aboutir en 2020 à la création des classes labellisées TAAF ; un dispositif renouvelé pour cette nouvelle rentrée scolaire. »

De l’aigrette dimorphe qui affectionne les zones humides d’Europa, jusqu’au phoque de Weddell vivant sur et sous la banquise, en passant par les animaux marins – à l’exception du canard d’Eaton et du petit chionis, tous deux terrestres – peuplant les îles subantarctiques, le lecteur découvre un panorama de la faune autochtone des TAAF qui, rappelons-le, est entièrement protégée. Dans ce livret aux nombreuses photographies, chaque espèce est ainsi décrite : degré de vulnérabilité, distribution géographique, habitat, alimentation, comportement, reproduction, menaces. Parmi la faune la plus menacée, l’albatros d’Amsterdam niche en un lieu unique et restreint : le plateau des Tourbières, sur l’île d’Amsterdam. Cet oiseau, en danger critique d’extinction sur la Liste rouge des TAAF, est impacté par « la réduction des ressources alimentaires, les captures accidentelles par des bateaux de pêche et les maladies. La présence sur l’île Amsterdam de mammifères introduits, rats, chats et souris, pourrait aussi constituer une menace. » Le livret est également consultable au Congrès mondial de l’UICN à Marseille, où les TAAF tiennent un stand.

+ d’info ici : Faune des TAAF (accès au livret) Programme des TAAF au Congrès mondial de l’UICN


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LA PARTICIPATION ACTIVE DES SCIENTIFIQUES FRANÇAIS AUX TRAVAUX D’ANALYSE DES ÉCOSYSTÈMES ANTARCTIQUES Entrée en vigueur en 1982, la CCAMLR 1, qui rassemble aujourd’hui 25 États, l’Union européenne et 10 autres pays adhérents , est la C ommisssion pour la conservation de la faune et la flore marines de l’Antarctique. Son Comité scientifique se réunit chaque année afin de formuler des avis et recommandations éclairés à la C ommission , en charge des décisions de gouvernance . La CCAMLR est l’organisation internationale dédiée à la conservation de la vie marine antarctique. Son périmètre d’action est extrêmement vaste, puisqu’il englobe toutes les eaux situées au-delà de 60° de latitude Sud et celles, plus au nord, qui abritent également l’écosystème marin antarctique, comme par exemple autour des îles Crozet et Kerguelen. Cette immense zone maritime couvre ainsi au total près de 10 % des océans du globe. La Convention CCAMLR fait partie du système du Traité sur l’Antarctique. Elle a été établie en 1982 car « il importait de faire face à l’intérêt commercial croissant suscité par le krill antarctique – l’une des principales ressources de l’écosystème de l’Antarctique – et la surexploitation de plusieurs autres ressources marines de l’océan Austral par le passé. » (source : CCAMLR). En effet, il faut remonter dans l’histoire pour comprendre la surexploitation des espèces dans l’océan Austral, qui s’étend autour de l’Antarctique depuis les côtes du continent jusqu’au front polaire antarctique 2. Les ressources marines y ont été exploitées depuis la fin du XVIIIème siècle, à l’époque où la chasse aux otaries, très prisées pour leur fourrure, faillit mener ces dernières à l’extinction. Les campagnes de chasse se tournèrent alors, dès les années 1820, vers les éléphants de mer et certains manchots, capturés pour leur huile. Quant à la chasse à la baleine, qui débuta dans cet océan au milieu du XIXème siècle, elle donna lieu à l’exploitation effrénée de sept espèces au fil des décennies. Plus tard, à partir de la fin des années 1960, la pêche de poissons à grande échelle – poisson-lanterne, poisson des glaces, bocasse marbrée, de Patagonie... – généra dans certains secteurs une situation de surpêche. Puis, dans les années 1980 et 1990, les prises ciblèrent en particulier le krill, la légine australe et le poisson des glaces, plus rarement le calmar et le crabe. De nos jours, malgré une pêche au krill en recrudescence, la pêche dans l’océan Austral, qui prévaut dans l’Atlantique Sud, se maintient « au tiers environ des captures réalisées dans les années 1980 et 1990 » (CCAMLR).

© CCAMLR | Carte de la zone de la Convention CAMLR (cliquer sur le visuel pour l’agrandir).

Dans ce contexte, la conservation des espèces marines de l’Antarctique nécessite une coopération internationale, qui passe par la mise en œuvre au sein du Comité scientifique de groupes de travail, entre lesquels sont répartis les grands domaines de la recherche. Cing groupes ont été constitués : contrôle et gestion de l’écosystème ; évaluation des stocks de poissons ; statistiques, évaluations et modélisation ; mortalité accidentelle liée à la pêche ; et enfin, méthodes acoustiques, d’évaluation et d’analyse. La CCAMLR fait ainsi intervenir les instituts de recherche de l’ensemble des nations qu’elle représente, afin d’assurer une gestion durable des ressources marines dans la zone de la Convention. « La Fondation d’entreprises des mers australes soutient les scientifiques français dans leurs participations à ces ateliers réunissant les experts du monde entier autour des thématiques des écosystèmes, du milieu marin et des pêcheries de la zone CCAMLR », explique Armelle Denoize, présidente de la Fondation.

 Commission for the Conservation of Antarctic Marine Living Resources. | 2 Zone frontale [...] de rencontre des eaux froides de surface de l’océan Austral et des eaux subantarctiques plus chaudes et plus salées des océans Atlantique, Indien et Pacifique (source : CCAMLR). 1

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Les mesures de conservation de la faune et la flore marines décidées par la CCAMLR s’inscrivent dans une approche de gestion écosystémique n’interdisant pas l’exploitation, dès lors que les activités humaines permettent de garantir une utilisation durable des ressources marines vivantes. La pêche doit par conséquent être pratiquée de manière réglementée et responsable, en prenant en compte ses répercussions sur l’ensemble de l’écosystème marin, afin d’assurer le renouvellement des stocks halieutiques. Pour cela, la CCAMLR s’appuie sur un vaste réseau d’experts scientifiques et notamment d’observateurs en mer reconnus comme ayant la meilleure pratique internationale. Concrètement, depuis ses quatre décennies d’existence, la CCAMLR a réussi par exemple à relever ces grands défis : • adoption de mesures pour repérer, dissuader et lutter contre la pêche illicite, non déclarée et non réglementée ; • création d’aires marines protégées, avec en 2009 la toute première AMP en haute mer, sur le plateau sud des îles Orcades du Sud, puis en 2016 l’AMP de la mer de Ross, qui représente plus de deux fois la superficie de la France. • réduction spectaculaire des captures accidentelles d’oiseaux de mer, grâce à des mesures comme « les fermetures saisonnières, la pose de nuit, le déploiement de lignes de banderoles, le lestage des lignes pour accroître la vitesse d’immersion, l’interdiction du rejet des déchets de poissons au filage et au virage et l’utilisation de dispositifs d’exclusion des oiseaux autour du poste de virage. » (CCAMLR) « Le Docteur et maître de conférence Marc Éléaume, chef de la représentation scientifique pour notre pays souhaite que la France devienne un membre plus actif et partie prenante des activités de la CCAMLR », poursuit Armelle Denoize, dont la Fondation a soutenu en 2019, via l’acquisition de matériel, les deux premiers groupes de travail de la CCAMLR accueillis par la France, au MNHN de Concarneau : l’un de ces groupes a travaillé sur les outils d’analyse des données et le développement des outils de gestion des stocks, tandis que l’autre a analysé la pêche au krill, tout en s’intéressant aussi à la gestion raisonnée des écosystèmes marins benthiques et pélagiques.

vulnérables ou EMV) du même ordre que les montagnes sous-marines connues pour abriter des communautés benthiques diverses et abondantes. Les espèces cibles y sont en petit nombre, voire en déclin, et les espèces accessoires, comme les raies, y sont au contraire très abondantes. C’est pour ces raisons que la France a souhaité suspendre ses activités de pêche dans cette zone pour préserver des habitats benthiques riches. Plus récemment, la zone 58.4.4b (banc Lena) a été identifiée, grâce aux collectes des armements français, comme étant un hotspot de pennatules, un cnidaire considéré comme indicateur d’EMV. De même, la France a souhaité cesser ses activités de pêche dans cette zone. Les armements français, au même titre que les armements des autres membres de la CCAMLR, participent activement à la récolte de données qui permettent in fine de prendre des décision de conservation ». La Fondation des mers australes a par ailleurs accompagné un scientifique français, Nicolas Gasco, qui a participé au Colto Data Workshop 2019, un atelier portant sur la collecte de données par les navires pêchant en zone CCAMLR, et qui a une belle expérience de l’ensemble de ces événements : « Cette réunion fait suite à la soumission, par la France, d’un document aux réunions de la CCAMLR (2018) proposant de moderniser les “ carnets de pêche ” remplis par les capitaines. Réunir de nombreux acteurs des différents pays impliqués autour d’une table a permis de mettre en commun les expériences de terrain et de produire un nouveau format plus complet, plus simple et plus facile à utiliser. Ce travail a ensuite été présenté et adopté aux réunions annuelles de la CCAMLR. » Précédemment, la Fondation avait déjà apporté un soutien financier et participé au second Symposium de Kerguelen en 2017, au siège de la CCAMLR à Hobart, en Tasmanie. L’objectif était de réunir l’ensemble de la communauté scientifique étudiant les milieux marins et les pêcheries de Kerguelen et des îles australiennes Heard and Mc Donald. Des rendez-vous de haut vol, qui fédèrent les plus grands experts scientifiques sur des thématiques essentielles à la conservation des espèces marines vivantes en Antarctique.

Le Docteur Marc Eléaume était l’organisateur de ces groupes de travail à Concarneau : « La France joue un rôle important au sein de la CCAMLR. Elle fut parmi les quelques nations, dès 1982, à considérer les aspects de conservation comme essentiels. La France gère, en dialogue avec la CCAMLR, les pêcheries de Kerguelen et Crozet qui sont parmi les plus importantes de l’océan Austral. Les armateurs français sont aussi impliqués dans la collecte de données de base pour comprendre le fonctionnement des écosystèmes dans d’autres zones de la Convention. Les données récoltées par les navires français ont permis de montrer par exemple que la zone 58.4.3a (banc Élan) constitue un habitat important de faunes benthiques fragiles (indicateurs d’écosystèmes marins Les participants au 2ème Symposium international scientifique sur le plateau de Kerguelen, en 2017 à Hobart, en Tasmanie.


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WALLISET-FUTUNA Travaux d’assainissement individuel a Vaitupu. © Karine Brunet

VAITUPU, UN VILLAGE AUX AMBITIONS DURABLES

Le village de Vaitupu, situé dans le district de Hihifo au nord de l’île d’Uvea, a amorcé depuis quelques années des initiatives innovantes en faveur de la protection de l’environnement et de la prévention dans le domaine de la santé. Des actions concrètes sont mises en œuvre localement, mais l’ambition est aussi de faire de Vaitupu un ambassadeur pour le reste du territoire de Wallis-et-Futuna.

Rédaction : R. L.

Face aux problèmes sanitaires fréquemment constatés en ce qui concerne les usagers du lagon – pêcheurs, plaisanciers, baigneurs – notamment du fait de pollutions fécales, et face aux risques de pollution de la nappe phréatique, des travaux de mise aux normes des installations d’assainissement non collectif des habitations situées dans la zone littorale ont été récemment entrepris. Fin 2020, l’ouverture d’un appel d’offre a permis de signer un marché de travaux avec une entreprise locale. Par la suite, des concertations ont eu lieu pour sélectionner les habitations qui bénéficieront de ces travaux d’assainissement. Sur 17 dossiers examinés, cinq ont été retenues du fait de la criticité de leur système d’assainissement, de la

sensibilité du milieu environnant ainsi que du niveau des revenus du foyer. La première fosse septique a pu être placée courant août, les travaux étant toujours en cours et dans l’attente de livraison de matériel supplémentaire. En parallèle, des actions sont portées dans les domaines de l’élevage et de l’agriculture. Une dizaine de parcs à cochons ont été déplacés vers l’intérieur des terres pour limiter l’impact des effluents d’élevage sur le littoral. Une infiltration trop importante du lisier dans les sols peut en effet s’avérer nocive pour la ressource en eau ; mais le lisier peut également être valorisé et devenir une ressource intéressante. Dans le village, les habitants ont adopté un système de parcs tournants pour récupérer le lisier, le composter en un engrais de très bonne qualité et ainsi optimiser les cultures vivrières. À ce jour, 16 élevages restent à déplacer. Le dialogue et la concertation sont dans ces projets de véritables clés de réussite ; il faut convaincre les habitants de changer leurs habitudes et leur mode de vie. À Vaitupu, l’implication du chef du village, le déploiement de moyens financiers et matériels, ainsi que la promesse d’une amélioration du cadre de vie ont permis de faire pencher la balance du côté du changement. Une démarche qui attend de faire boule neige dans les autres villages du territoire…

© Karine Brunet

Fin 2018, le ministère de la Transition écologique et solidaire a lancé un appel à projets destiné à réduire l’impact des pollutions telluriques sur les récifs coralliens. Le projet porté par le village de Vaitupu a été retenu par le comité de sélection et des financements complémentaires ont été apportés par la circonscription d’Uvea pour faire de Vaitupu un site pilote du développement durable. Les différentes actions mises en œuvre visent à réduire les pollutions des eaux marines littorales, à améliorer la qualité des eaux potables, mais aussi à développer les énergies solaires pour tendre vers davantage d’autonomie énergétique.


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NOUVELLE-CALÉDONIE UN ŒIL GRAND OUVERT SUR LES FEUX DE BROUSSE… Chaque

année, la

Nouvelle-C alédonie doit faire face à un véritable fléau : des incendies fréquents et intenses ravagent d’importantes étendues de milieux naturels. M ais le territoire dispose aujourd’hui de données fiables et homogènes pour détecter les feux , comprendre leur impact et renforcer la lutte contre ces « feux de brousse ». Depuis plus de 10 ans, l’OEIL 1 développe des outils de surveillance et d’acquisition de connaissances sur les incendies. Les données récoltées offrent un constat alarmant : les incendies touchent généralement de 10 000 à 50  000 hectares par an, l’équivalent d’une à cinq fois la surface de Paris ! Le phénomène est plus intense en saison sèche 2, et varie selon les années en fonction de l’état de la végétation et surtout du facteur humain : 99 % des incendies du « Caillou » sont d’origine humaine. Le dernier bilan publié par l’OEIL ne montre d’ailleurs aucune corrélation statistique entre les impacts de foudre et les départs de feux alors que la corrélation avec la proximité des axes routiers est par exemple bien visible. Agriculture, débroussaillage,

chasse, conflits ou tout simplement actes d’irresponsabilité comme les jets de mégots : les causes des départs de feux sont connues. Avec des techniques mieux maîtrisées et une prise de conscience collective, la quasi-totalité des incendies pourrait être évitée. Les feux de brousses sont aujourd’hui l’une des premières causes de destruction de la biodiversité en Nouvelle-Calédonie et touchent tous les milieux, avec des conséquences multiples : augmentation de l’érosion des sols et ses impacts sur l’eau et les écosytèmes marins, perte de biodiversité au profit d’espèces envahissantes plus compétitives, appauvrissement et réduction des forêts, émissions de gaz à effet de serre contribuant au dérèglement climatique, pollution atmosphérique...

Ci-dessus : la carte de la densité du nombre d’incendies en 2019 superposée au réseau routier, d’après les images des satellites de surveillance Sentinel (cliquer pour zoomer). © OEIL | À gauche : un incendie survenu à Thio en 2019. @ Matthieu Juncker

 Observatoire de l’environnement en Nouvelle-Calédonie.  En 2018, 72 % des feux se sont déclarés du 15 septembre au 15 décembre. Cette période officielle de vigilance accrue est appelée « SAFF », saison administrative des feux de forêts. 1 2


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Le tableau de bord de l’outil grand public Vulcain, le 29 août 2021. © ŒIL | Pour consulter la page actualisée, cliquer ici : Vulcain

DÉTECTER Les données sur les incendies de Nouvelle-Calédonie sont issues de satellites des programmes spatiaux européens et américains. Depuis 2017, les satellites européens Sentinel détectent avec une grande précision les anomalies colorimétriques. Ces données permettent d’évaluer les surfaces brûlées et d’étudier l’impact environnemental des feux.

par les incendies. Le rapport de 2019 a été présenté à l’occasion d’une restitution publique le 22 juillet dernier et est accessible en ligne. En voici un extrait (p. 6) : « 2019 est une des années les plus dévastatrices avec un total de 48 981 hectares incendiés, soit 2,66 % de la superficie de la Nouvelle-Calédonie impactée par les feux de 2019 ».

ALERTER

COMMUNIQUER

Via son site internet, l’OEIL a mis en place un service d’alerte informant dans les 10 minutes de la détection des feux importants. Depuis 2018, environ 5 000 alertes ont ainsi été lancées. La sécurité civile (DSCGR 3) a d’ailleurs intégré ce service à sa chaîne opérationnelle : en 2019, elle avait reçu 14 % des alertes au moyen de cet outil.

Face aux feux de brousse, l’observatoire ne se contente pas d’ouvrir l’œil : il fait entendre sa voix ! Informer, sensibiliser, éduquer sont les meilleures armes pour lutter contre les incendies. En ce mois de septembre, l’OEIL inaugure sa toute nouvelle plateforme en ligne grand public : Vulcain. Ce tableau de bord très visuel permet de se documenter en direct sur les incendies et les chiffres clés associés. De nombreux supports vulgarisés sont par ailleurs disponibles sur le site de l’OEIL, notamment des brochures présentant les conclusions des rapports techniques. La brochure de 2019 devrait être publiée d’ici le mois d’octobre.

ANALYSER L’OEIL recueille l’ensemble des données satellitaires sur des systèmes d’information géographique. Pour les initiés aux outils d’analyse cartographique, un portail en ligne a été créé : Vulvain Pro. Il propose plusieurs couches de données et permet de visualiser en temps réel les surfaces potentiellement impactées par des incendies depuis 2001. Depuis 2017, l’observatoire publie aussi tous les ans un rapport technique sur les pertes environnementales causées 3

 Direction de la Sécurité civile et gestion des risques.

+ d’info ici : https://www.oeil.nc/

Plaquette d’information

Rapport technique 2019 (paru en juillet 2021)

Rédaction : R. L.

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PUBLI-COMMUNIQUÉ

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PROJET CLIPSSA : DES DONNÉES INÉDITES SUR LE CLIMAT FUTUR DU PACIFIQUE, POUR Y FACILITER L’ADAPTATION AU CHANGEMENT CLIMATIQUE Porté

par l’Agence française de développement

(AFD), l’IRD 1

et

Météo-France,

le projet

CLIPSSA

2021. Il va permettre de produire des simulations climatiques à très haute résolution dans l’outre-mer du Pacifique et au Vanuatu, en collectant par ailleurs les savoirs écologiques locaux. L’objectif : favoriser une meilleure résilience de ces territoires insulaires face aux phénomènes extrêmes. débute en septembre

Les États et territoires insulaires du Pacifique sont aux avantpostes du changement climatique en cours. Aujourd’hui, leurs populations sont d’ores et déjà confrontées à des événements climatiques et hydrologiques de grande ampleur et dont la fréquence augmente : cyclones, montée du niveau marin, acidification de l’océan, renforcement des périodes de sécheresse, vagues de chaleur marine et atmosphérique ayant un fort impact sur le blanchissement des coraux... Les modèles climatiques montrent que la température du Pacifique va continuer d’augmenter, de 1 à 2 °C d’ici 2100 dans les scénarios optimistes d’émission de gaz à effet de serre et de 2 à 4 °C dans les scénarios pessimistes. Dans ce contexte de menaces climatiques grandissantes, des stratégies d’actions, ou Plans nationaux d’adaptation (PNA), ont été élaborées dans de nombreuses régions du monde afin d’améliorer la résilience des sociétés au changement climatique. Mais ce n’est pas le cas dans tous les territoires français du Pacifique et le plan du Vanuatu nécessite une mise à jour. Le projet CLIPSSA – « climat du Pacifique, savoirs locaux et stratégies d’adaptation » – propose de combler ces lacunes, en produisant notamment un ensemble de données et de mesures sur le climat futur de ces territoires. Pour créer les futurs plans d’adaptation, il est nécessaire de connaître en amont l’évolution du climat de manière suffisamment précise. Or dans les îles du Pacifique, les grands aléas climatiques à venir tels que les températures,

 Institut de recherche pour le développement.

1

les précipitations moyennes et les cyclones ne sont pas bien connus. En effet, les simulations climatiques actuellement disponibles pour le Pacifique ont été conçues à grande échelle – 100 kilomètres – et ne s’avèrent pas pertinentes à l’échelle des îles, qu’elles ne couvrent pas (voir le schéma p.39) : ces modèles existants considèrent par exemple la Polynésie française comme l’océan. Le projet CLIPSSA vise ainsi en premier lieu à développer dans la région de nouvelles données du climat d’ici 2100, grâce à des projections climatiques à haute résolution, à maille fine de 2,5 kilomètres. La zone d’étude du projet couvre les trois territoires de l’outre-mer français du Pacifique Sud – Polynésie française, Nouvelle-Calédonie et Wallis-et-Futuna – ainsi que le Vanuatu. « Compte tenu du niveau de risques de la zone, des simulations climatiques plus fines, avec des échelles spatiales insulaires appropriées, sont indispensables », considère Caroline Edant, chargée de mission régionale biodiversité et climat, à la direction régionale océan Pacifique de l’AFD. « Ce travail scientifique durera trois ans et demi et les simulations seront disponibles dans les deux premières années. Les impacts clés du changement climatique sur des secteurs comme l’agriculture, l’énergie, l’accès à l’eau, la santé pourront être étudiés pour mieux connaître les vulnérabilités sectorielles liées au dérèglement climatique et faciliter la mise en place de stratégies d’adaptation ».


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Dans ces archipels qui diffèrent par leur géomorphologie, leur histoire et leur développement économique, des « cultures du risque » se sont construites au cours du temps. Chaque société insulaire a appris à faire face aux événements climatiques et socio-environnementaux, en s’appuyant sur des savoirs, normes et valeurs propres. C’est pourquoi le projet CLIPSSA, au-delà de son volet scientifique, comportera une analyse des ressentis et du vécu des populations face à ces impacts, ainsi que de l’évolution des savoirs locaux utiles pour faire face aux événements extrêmes. Ces savoirs et savoir-faire mobilisés pour s’adapter au changement climatique peuvent concerner par exemple les domaines de l’horticulture, de la pêche ou de l’habitat. Les futurs plans d’adaptation des territoires gagneront beaucoup à tenir compte des représentations et pratiques des communautés locales. Cela est essentiel pour assurer une meilleure appropriation collective de ces plans qui viseront à renforcer la résilience des communautés face au changement climatique.

Échanges scientifiques avec des populations de Mélanésie. © IRD | Jean-Michel Boré

Mieux connaître le climat futur des territoires et s’appuyer sur le socle indispendable des connaissances traditionnelles locales sont les deux clés du projet CLIPSSA, pour nourrir les stratégies locales d’ajustement au changement climatique. La démarche et les résultats de CLIPSSA, qui est actuellement en phase de lancement, se veulent un jalon pour les simulations climatiques et la construction de modèles d’impacts liés au climat dans l’ensemble de la région Pacifique.

CLIPSSA, LE PARTENARIAT ENGAGÉ Impliquant des chercheurs des sciences du climat et des sciences sociales, le projet pluridisciplinaire CLIPSSA vise à susciter un dialogue nourri avec les autorités compétentes et la société civile des pays et territoires. Il est aligné avec les cadres existants : la politique du Vanuatu en matière de changement climatique et de réduction des risques et des catastrophes 2016-2030 ; le plan national de développement durable 2016-2030 du Vanuatu ; la stratégie d’adaptation au changement climatique de Wallis-et-Futuna ; ainsi que les politiques climat de la Nouvelle-Calédonie et de la Polynésie française. Un comité de pilotage composé de représentants du gouvernement du Vanuatu, de la Polynésie française, de la Nouvelle-Calédonie, de Wallis-et-Futuna et enfin du Programme régional océanien de l’environnement (PROE) accompagnera le projet.

+ d’info ici : https://www.afd.fr/

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POLYNÉSIE FRANÇAISE LES MARQUISES EN CHEMIN VERS UN LABEL UNESCO Depuis 1996, les Marquisiens portent l’ambition de faire reconnaître la valeur universelle du

« Bien

îles

Marquises »

par l’obtention de son

classement au patrimoine mondial de l’Unesco.

Premier président de la République française à visiter l’archipel, Emmanuel M acron a annoncé officiellement le 25 juillet à Hiva Oa son soutien à cette candidature auprès de l’Unesco. « Dans la vallée de Taaoa aux Marquises, aux Tuamotu, dans la baie d’Opunohu à Moorea, ici à Tahiti, au fil des récifs, des motu, des forêts, j’ai été saisi du vertige de la beauté de cette culture et de cette nature car la force polynésienne, c’est la conjugaison de ces deux puissances immémorielles [...] ». Dans son discours du 27 juillet, juste avant son départ de Polynésie française, le président Emmanuel Macron a rappelé, par ces mots, l’importance naturelle et culturelle du patrimoine polynésien. Et c’est là tout l’enjeu de la candidature des Marquises au Patrimoine mondial de l’Unesco : faire reconnaître le caractère inestimable de sept sites de l’archipel, pour les générations actuelles et futures de l’ensemble de l’humanité. Une candidature « mixte » qui porte sur la valeur patrimoniale culturelle – architecture ancestrale, art graphique et sculptural – mais aussi naturelle et paysagère : « verticalité de falaises exceptionnelles » notamment sur l’île de Ua Pou, biodiversité marine remarquable, flore vasculaire dont l’endémisme dépasse celui des autres archipels polynésiens... Le dossier est actuellement toujours en cours de réalisation : il est passé à deux reprises, en 2018 et 2020, entre les mains du Comité national des biens français du patrimoine mondial qui a identifié les compléments à apporter avant un dépôt officiel de candidature. La partie technique doit encore être finalisée et le plan de gestion élaboré. D’autres études viennent nourrir le dossier telles que l’Analyse éco-régionale marine des îles Marquises ou le programme Palimma 1, qui a recensé la vision de la population marquisienne sur les enjeux de protection du patrimoine culturel lié à la mer.

Lorsqu’un dossier est déposé, le processus se déroule sur 18 mois : les candidatures sont réceptionnées avant le 1er février de chaque année, puis le Comité du patrimoine mondial transmet les 45 meilleurs dossiers à l’UICN ou à l’Icomos 2 selon la nature de ces derniers. Chaque candidature reçoit l’expertise de spécialistes internationaux pour restitution d’un avis global au printemps de l’année suivante. En juillet enfin, le Comité prononce sa décision finale : un refus est définitif. Mais la candidature peut aussi être différée d’un an si des ajustements sont nécessaires. Pour les candidatures qui aboutissent, le label Unesco offre un rayonnement mondial prestigieux et encourage le développement d’un tourisme durable et intégré. Rendezvous probablement à l’horizon 2025 pour connaître le dénouement du dossier des Marquises !

 Patrimoine culturel lié au littoral et à la mer aux Marquises. | 2 Conseil international des monuments et des sites.

1

Rédaction : R. L.


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Ua Pou est la troisième plus grande île de l’archipel des Marquises, après Nuku Hiva et Hiva Oa. © Pamela Carzon - 97px

Emmanuel Macron sur le stade d’Atuona à Hiva Oa : « Je me battrai à vos côtés pour que nous puissions classer à l’Unesco les Marquises ». | Festival des Arts des îles Marquises, en marquisien Matavaa o te Fenua Enata. © Grégory Boissy - 97px

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Fédérer l’outre-mer, favoriser les échanges, mettre en lumière les acteurs de terrain, les initiatives pour la protection de la nature et le développement durable

juIN 2021 - n°5

e-mer outr deur Nature gran

L’E-MAG uLTRAMARIN

de l’environnement

OcéIndia

Photo de rangiroa © tim mcKenna

ier , pdg de l ’i Frem er édito | F ranç ois H oull mar ines le suiv i des tort ues | lemy rthé t-ba sain orcé e à aloF i la bios écur ité renF a| tun t-fu lis-e wal

SOMMAIRE

une

réc l’état de santé des 3 6 10 11 12

édito actu outre-mer Saint-Pierre-et-Miquelon Saint-Barthélemy Saint-Martin

ifs coralliens, mangr 13 14 17 23 28

Martinique Guadeloupe Guyane Mayotte Île de La Réunion

oves et herbiers 32 33 34 35

TAAF Nouvelle-Calédonie Polynésie française Wallis-et-Futuna

L’E-MAG ULTRAMARIN DE L’ENVIRONNEMENT SUPPORT D’INFORMATION BIMESTRIEL GRATUIT ADRESSÉ AUX : décideurs publics acteurs ultramarins de l’environnement académies d’outre-mer internautes via de nombreux sites web et réseaux sociaux

Groupe Facebook « Outre-mer grandeur Nature » Un support proposé par OcéIndia aux Éditions Insulae 7 chemin Léona Revest - 97417 La Montagne, île de la Réunion Pour toute question ou proposition de sujet, merci de contacter : Stéphanie Légeron, directrice de publication et rédactrice | oceindia@icloud.com Romy Loublier, rédactrice | romy.consult@gmail.com Mariane Aimar-Godoc, rédactrice | marianegodoc@gmail.com

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