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Depuis plusieurs années déjà, je porte une attention particulière à la question de l’eau. Je m’intéresse aux eaux stagnantes que l’on trouve dans les marécages, les lagunes et les mares mais également aux eaux vives des ruisseaux, rivières et océans. Dans le cadre de cette résidence, ma réflexion s’est orientée vers les sources et les saints guérisseurs des Landes de Gascogne car j’ai jugé opportun de réfléchir à cela sur un département qui en compte beaucoup. En effet, on estime que le territoire des Landes de Gascogne possède 10 % de la totalité des sources guérisseuses christianisées sur les 2 000 recensées en France. Il existe aujourd’hui une centaine de lieux plus ou moins régulièrement fréquentés dont une trentaine est toujours honorée par des cérémonies religieuses. Sur cette centaine de sources, beaucoup sont asséchées pour diverses raisons (routes, arrosage des cultures…) tandis que d’autres, oubliées ou détruites, ont disparu dans la végétation. Elles existent depuis les temps préhistoriques au vu des découvertes de pierres polies réalisées à leur proximité, comme aux sources de Sort-en-Chalosse et de saint Clair (sen Cla) à Ygos-Saint-Saturnin où sept haches de bronze, datant de 6 000 à 8 000 ans ont été mises au jour. Les pratiques qui entourent ces sites, parfois très difficiles à localiser, sont passionnantes car elles mélangent des croyances religieuses à des rites païens proches de la magie imitative 1. La question de la limite qui évoque le passage entre deux mondes et celle de l’origine de la matière est au centre de ma démarche et constitue l’essence même de cette orientation esthétique. Au-delà de l’attention et du respect que j’ai à l’égard de ce fluide, l’eau est au cœur du devenir d’un pays ou d’une région et ceux qui la maîtrisent détiennent un grand pouvoir. En dépit de l’intérêt croissant que nous portons à l’eau minérale et au développement du thermalisme, on constate une diminution de fréquentation des sources guérisseuses. Cette richesse vitale, supposée soulager ou guérir d’innombrables maux est en train de s’effacer des mémoires. Modestement, en tentant par la photographie de raviver les esprits, je pose la question de la transmission d’un savoir et de sa disparition physique et mentale. Les vertus multiples de ces eaux font de ces lieux des endroits mystérieux qui portent en eux la trace du temps qui s’écoule. Cette prospection constitue une sorte de cartographie aléatoire, destinée à révéler par le geste photographique certaines de ces sources. Ce n’est pas un inventaire mais plutôt un regard personnel porté sur ce patrimoine 2 qui semble désormais appartenir au passé. La notion de déplacement physique sur un territoire donné pour trouver quelque chose qui a peut-être disparu, est l’un des enjeux de ce projet. Sans critères préétablis, mes choix n’obéissent qu’à la curiosité et à l’envie d’être surpris par ce que je découvre. PATRICK POLIDANO 1. Magie selon laquelle le semblable produit le semblable, ex : verser de l’eau par terre apportera la pluie. 2. Désigné sous l’acronyme P.P.R.N.P. : Petit Patrimoine Rural Non Protégé.


ABLUTION

BOISSON

IMMERSION

carte Tracé sur la carte (1/25 000, 1 cm = 250 m) et mesure au curvimètre pour accéder à la source de Notre-Dame de Yons à Lit-et-Mixe. dessins Illustrations des différentes pratiques autour des sources guérisseuses. photo Jean-Loup Amselle et Patrick Polidano à la source de saint Girons à Ousse-Suzan.

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Extraits de Sources et Saints guérisseurs des Landes de Gascogne, Olivier de Marliave, édition L’Horizon Chimérique.


PARENTIS-EN-BORN

MIMIZAN SABRES

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MORCENX

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SAINT-SEVER


PARCOURS EFFECTUÉS SUR LE TERRITOIRE LANDAIS

CIRCUIT N°1

CIRCUIT N°3

CIRCUIT N°5

01 Campagne Fontaine de saint Pantaléon : retards enfantins, parole.

09 Arjuzanx Source de saint Jean (disparue) : vertus inconnues. Fontaine des Cristallines : maladies enfantines, maux gras 3, croûtes de lait 4.

17 Saint-Vincent-de-Paul Fontaine de Notre-Dame de Buglose : recours, paralytiques, femmes stériles, muets.

02 Meilhan Fontaine de saint Jean « houn de sen Yane » (introuvable) : rhumatismes. Source de saint Michel (accès clôturé) : yeux. Source de saint Vincent (disparue) : maux de tête. 03 Carcarès-Sainte-Croix Source de saint Girons « houn de sen Guiron » : agalactie 1. 04 Tartas Fontaine de sainte Anne ou du « Gliziaou » : peau, verrues. CIRCUIT N°2

05 Saint-Yaguen Fontaine de saint Jacques : verrues, recours. 06 Ousse-Suzan Fontaine de saint Jean : peau, rhumatismes. Fontaine de saint Girons : tête, rhumatismes. Fontaine de sainte Rose ou de « Mourcau » : peau, eczéma. 07 Ygos-Saint-Saturnin Fontaine de saint Clair « houn de sen Cla » milieu : sciatiques, rhumatismes. à droite : maux de tête, yeux. à gauche : marche des enfants. 08 Villenave Source de sainte Quitterie « houn deus maus de cap » 2 (abandonnée) : maux de tête.

10 Garrosse Fontaine de Notre-Dame des Douleurs : cœur, reins, intestins, recours. 11 Sindères Fontaine de sainte Madeleine : intestins, peau, verrues. 12 Rion-des-Landes Fontaine de saint Jean : peau, estomac, intestins, reins. CIRCUIT N°4

13 Souprosse Fontaine de Notre-Dame de Goudosse : maux enfantins. Fontaine de saint Clair de Tounouet : yeux. Fontaine de saint Pierre : pieds, jambes, retard de la marche. Source de la Houn (abandonnée) : yeux. 14 Nerbis Source de saint Pierre (disparue) : santé des enfants. 15 Toulouzette Fontaine de sainte Quitterie (accès clôturé) : maux de tête. 16 Saint-Geours-d’Auribat Fontaine de saint Georges : vertus inconnues.

18 Rivière-Saas-et-Gourby Source de saint Blaise : gorge, recours. 19 Saubion Fontaine de saint Roch : retards enfantins, recours. 20 Saint-Martin-de-Seignanx Fontaine des Saints : fécondité, recours. 21 Saint-Martin-de-Hinx Fontaine de Notre-Dame des Sept-Douleurs « houn de Lous Doulous » : rhumatismes, crampes. CIRCUIT N°6

22 Azur Fontaine de saint Jean : peau, rhumatismes. 23 Moliets-et-Maâ Fontaine de Notre-Dame de Moliets : peau, ulcères variqueux. Fontaine de Maâ « pourrut de Maâ » dédié à saint Orens : peau. 24 Saint-Michel-Escalus Source de saint Antoine (camping fermé) : peau, verrues. Puits de saint Pierre : vertus inconnues. 25 Lit-et-Mixe Source de Notre-Dame de Yons : estomac, anémie. 1. Absence de lait chez les femmes et les femelles des mammifères. 2. Fontaine des maux de tête. 3. Désigne plusieurs types d’éruptions cutanées. 4. Plaques de peau sur la tête des nourissons.

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PATRICK POLIDANO, L’ARPENTEUR DU LAND ART Sans qu’il me soit possible de rendre compte de la totalité de la trajectoire artistique de Patrick Polidano, trajectoire qui s’est notamment ancrée dans les résidences de Sabres et de Campagne, il me semble néanmoins pertinent de définir son œuvre comme relevant de trois grands axes : un axe primitiviste, un axe écologiste et un axe platonicien. L’AXE PRIMITIVISTE

C’est en tant qu’anthropologue que j’ai été invité à porter une appréciation sur l’œuvre de Patrick Polidano, et plus largement sur l’ensemble des artistes qui se sont succédé à Mutations d’Office et au sein du projet Nectar, et je dois dire que cette invitation était particulièrement pertinente dans la mesure où je considère que l’art de Patrick Polidano, s’il ne réduit pas au primitivisme, relève en grande partie de l’ethnographie et c’est donc en tant qu’anthropologue, mais surtout en tant qu’anthropologue critique de sa propre discipline, que j’ai été amené à appréhender son intention artistique. Cette pente primitiviste est sensible dès sa résidence de Sabres. Dans ce qu’il nomme lui-même une « esthétique de la désolation » 1 se manifeste en effet, grâce à une projection de type indianiste, et donc primitiviste, une possibilité de régénération de la forêt ravagée. La transformation en autant de totems de ce qui reste des troncs d’arbres dévastés par la tempête Klaus de 2009 — les « chandelles » — fait de Patrick une sorte d’Indien des Landes. Grâce au recours à un élément exotique, il lui devient possible de sceller une sorte de

communauté de destin imaginaire entre les cultures amérindiennes victimes du génocide et l’écocide subi à plusieurs reprises par la forêt landaise. Même s’il subsiste un moment de jouissance proprement dit dans cette « esthétique de la désolation », ce moment ne saurait être assimilé à un culte du « destroy » tel qu’on peut l’observer chez d’autres artistes contemporains. L’accent est mis ici sur la souffrance du végétal et non sur sa possible régénération comme dans le cas de la forêt provençale, par exemple, où l’on sait que les incendies récurrents sont le meilleur garant de son maintien, voire de son expansion. Cette pente primitiviste et ethnographique se poursuit au cours de sa résidence de Campagne où le projecteur est braqué sur les sources landaises et les angles multiples sous lesquels on peut les saisir. C’est d’abord à un inventaire systématique de ces sources — au moins de celles qui sont « christianisées », c’est-à-dire placées sous l’égide d’un saint catholique — auquel se livre tout d’abord Patrick Polidano. En arpentant la forêt landaise, ou ce qu’il en reste, muni du guide des sources et des saints guérisseurs des Landes de Gascogne 2, lesté du savoir de l’ethnographe landais Félix Arnaudin (1844-1921) et des informations fournies par les habitants, Patrick Polidano se livre à une véritable enquête ethnographique. Il ne se contente pas en effet de repérer ces sources, souvent à grand peine, tant les renseignements fournis sont contradictoires et les sites dissimulés au regard, il se penche également sur le rôle thérapeutique et protecteur de celles-ci.

1. Catalogue Klaus 09/10, Écritures de Lumière, Sabres 2010. 2. Ouvrage d’Olivier de Marliave et photographies d’Alain Béguerie et de Philippe Issandou.

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Ces sources ou « fontaines guérisseuses » quelle que soit la forme sous laquelle elles se présentent (hont guaridora, ygaas, sources, fontaines guérisseuses, abreuvoir) ont en effet une existence multiséculaire, voire multimillénaire. Elles formaient à ce titre un élément central des cultes païens de l’eau avant d’être récupérées par le catholicisme, qui faute d’avoir pu les supprimer, les a intégrées à la religion en les plaçant sous l’égide d’un saint. L’eau, et tout ce qui lui est associé, les sources, les fontaines et les marécages exercent une véritable fascination sur l’imaginaire et sur l’œuvre de Patrick Polidano. Il voit en elle une source de vie, puisque nombre de créatures, selon le schéma évolutionniste, d’abord amphibies, sont sorties des marécages pour évoluer ensuite sur la terre ferme. Et de fait, les sources et les fontaines étaient, et demeurent encore un facteur important de la sociabilité landaise : on les fréquentait assidûment à l’occasion des processions et des pèlerinages, celui de Saint-Jacques-de-Compostelle notamment ou lors des foires (assemblades) qui se tenaient à proximité de ces lieux de culte et de guérison. Ces sources et ces fontaines, comme une visite rapide a permis de s’en assurer, sont pour certaines d’entre elles, encore en activité. La présence, dans leur voisinage, de chiffons, de pièces d’étoffe et d’objets de toute sorte, accrochés dans des arbres ou sur des fils de fer, et qui sont autant d’ex-voto, témoigne de la persistance des croyances qui s’attachent à leurs vertus curatives. Ces ex-voto, censés « attraper » le mal dont souffre la personne qui se rend sur ces sites pour se soigner ou pour lesquelles on se livre à un culte propitiatoire, sont donc dangereux à toucher ou à manipuler pour tout autre individu.

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Il existe ainsi un pouvoir maléfique de ces chiffons qui renvoie sans doute aux croyances sorcellaires qui, dans les Landes, comme dans bien d’autres sociétés rurales, constituaient le fond des religions locales. Patrick Polidano se fait donc non seulement l’ethnographe de ces fontaines à guérison mais aussi le conservateur passionné de celles-ci. Il voit dans la disposition spatiale de quelques unes de ces sources un schème anthropomorphique récurrent et s’émerveille des légendes qui font état de la disparition puis de la résurgence en d’autres lieux de certaines d’entre elles. C’est donc le modèle de l’hydre (ou de la vouivre), terme dont l’étymologie renvoie elle-même au milieu aquatique, et en particulier, l’hydre de Lerne de la mythologie grecque, celle qui possède plusieurs têtes qui repoussent quand on les coupe, qui est ici opérant. Les sources sont donc la partie émergée d’un monde souterrain mystérieux et magique : leur disparition et leur résurgence sont mentionnées dans la mythologie landaise en tant qu’elles manifestent l’existence d’une sorte de monde du sous-sol qui redoublerait le monde visible de la surface. C’est ce réseau hydrique de surface, correspondant à un réseau souterrain caché, que Patrick Polidano entend redoubler en traçant des lignes unissant les différents points d’eau. De cette manière pourrait être bâti un genre de toile arachnéenne aboutissant à terme à une sorte d’écriture. Il est d’ailleurs significatif que cet artiste s’intéresse aux toiles d’araignée emprisonnant des gouttes de rosée, figure qui subsume parfaitement cette « écriture de l’eau », cette « hydrographie » qui semble être une composante importante de son œuvre.


La nature médiée par l’intellect de Patrick Polidano ferait donc en quelque sorte de l’art et c’est ainsi que peut être établi un lien entre la pente primitiviste et ethnographique de son œuvre et sa pente écologiste. L’AXE ÉCOLOGISTE

Le rapport de Patrick Polidano à l’écologie est multiple et comporte, comme on l’a vu, un attachement et une volonté de conserver la diversité culturelle telle qu’elle apparaît à travers les différentes manifestations qui entourent la fréquentation des sources et des fontaines miraculeuses des Landes. En un sens, ces lieux de culte et, en particulier, les ex-voto qui les accompagnent peuvent être considérés comme des installations qui feraient, en quelque sorte, partie d’un art naturel, leur transformation en œuvres d’art proprement dites pouvant résulter par exemple de leur mise en photographie par l’artiste. Mais la pente écologiste et « préservationniste » de l’œuvre de Patrick Polidano ne se réduit pas à ce qu’on pourrait appeler une « anthropologie du sauvetage », c’est-à-dire une sauvegarde des institutions et des coutumes des Landes. Elle concerne également, comme on a pu le voir, la biodiversité, avec cette sorte de cérémonie des adieux à la forêt landaise telle qu’il l’a effectuée lors de sa résidence à Sabres. La préservation du milieu naturel, même si la forêt landaise est elle-même un produit historique du XIXe siècle ayant succédé à un mode de vie agropastoral prenant place au sein d’une région marécageuse, est également au cœur des préoccupations de cet artiste. Je n’en veux pour preuve que la citation de James Turrell 3 qui figure en exergue de la plaquette rendant compte de sa résidence à Campagne 4. 3. « J’utilise la lumière comme un matériau afin de travailler sur le médium qu’est la perception. En utilisant la lumière de cette façon, je veux qu’on puisse ressentir physiquement  sa matérialité ».

A l’instar de J. Turrell, Patrick Polidano voit dans la nature le moyen d’explorer la perception et c’est ce qui le pousse à prêter attention aux ombres et aux reflets. Au cours de sa résidence à Campagne, il a fait ainsi travailler les élèves sur des photos d’ombres d’eux-mêmes que celles-ci soient « coulées », « portées » ou qu’il s’agisse de portraits vitrifiés, augmentés ou réalisés à l’aveugle. Dans tous ces cas, il s’agissait d’obtenir un « dérèglement réglé de tous les sens » et, en particulier, de s’affranchir de l’œil et de la vision pour accéder à une autre forme de réalité, à un autre ordre de perception, kinesthésique notamment. L’œuvre réalisée précédemment à Mugron sur les flaques d’huile de vidange et les reflets qu’on peut y repérer s’inscrit, si l’on peut dire, dans la même perspective. Le travail sur un matériau manifestant par excellence, en tant que déchet, les dégâts de la société industrielle, ce qu’il nomme lui-même « l’esthétique du résidu » 1 devient dans le même temps la source d’une connaissance sur les facultés de l’esprit humain et sur le dépassement de celles-ci. Si, dans une perspective proprement écologiste, il s’agit de se protéger de ces huiles brûlées provenant des engins agricoles en les déversant dans des bâches imperméables afin qu’elles ne se répandent pas dans le sol, leur étalement permet aussi d’emprisonner les ombres qui s’y projettent. L’utilisation de la matière, qu’elle soit végétale, minérale ou industrielle devient ainsi, pour Patrick Polidano comme pour des tenants du « Land Art » tels que James Turrell, le moyen d’accéder à un mode de connaissance supérieure.

4. Patrick Polidano, Cahier de résidence, Trois mois à Campagne, Mutations d’Office, 2013.

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J. Turrell, en creusant des trous et en forant des galeries dans son volcan de l’Arizona qu’il transforme en une sorte d’observatoire astronomique, peut accéder à des modes originaux de visions du ciel, rejoignant ainsi les préoccupations « cosmiques » de son ami le chef hopi Gene Sequakaptawa ou plus largement celles des cultures aztèque, maya et inca d’Amérique centrale et du sud. Dans le même sens, Patrick Polidano fait fabriquer par les élèves de Mugron des « patrons » pour formater les flaques d’huile qui captent les paysages ou les personnes qui se reflètent en elles. La nature sauvage ou transformée devient ainsi un médium permettant d’ouvrir « les portes de la perception » (Aldous Huxley) et de créer en quelque sorte des états modifiés de conscience, à l’instar des substances psychotropes absorbées par les chamanes. L’œil devient un objet d’investigation artistique comme en témoigne l’œuvre ou, comme le dit lui-même Patrick Polidano, « Dans l’iris de sa nature profonde le photographe est forcément pupille » 5. L’accent mis sur l’environnement comme moyen d’accès à la perception ou plutôt comme remise en cause de l’immédiateté de la perception m’amène au troisième axe que je voudrais développer à propos de son travail, l’axe platonicien. L’AXE PLATONICIEN

Le mythe de la caverne de Platon me paraît particulièrement apte à rendre compte d’une part importante de l’œuvre de Patrick Polidano, dans la mesure où celle-ci se déploie largement comme un théâtre d’ombres. On l’a vu à propos des sources où le réseau hydrographique souterrain, 5. Catalogue Autoportrait, XVe exposition de photographie à Lacanau, 2010.

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avec sa part de mystère, redouble le réseau de surface et lui donne sens. C’est dans les profondeurs de la terre qu’il faut chercher le pouvoir bénéfique ou maléfique de l’eau et cette part cachée de son pouvoir magique donne à l’art de cet artiste une dimension chtonienne ou tellurique. Dans les travaux menés avec les élèves à Campagne ou à Mugron sur les reflets apparaît également, bien entendu, la part d’ombre de l’œuvre de cet artiste. Dans l’extension des limites de la perception qui est proposée, se « révèle », au sens propre comme au sens figuré, puisqu’il s’agit de photographies, un véritable « monde des idées » allant audelà de ce que nos sens nous permettent d’appréhender. La perception par le toucher, notamment permet d’élargir ce que nous autorise seulement la vision de l’œil et nous donne accès à un autre monde analogue d’une certaine façon au monde surnaturel de la sorcellerie et de la magie tel qu’il est associé aux cultes de l’eau de la forêt landaise. La nature que s’approprie Patrick Polidano dans son œuvre n’est donc pas simplement une nature végétale, minérale et humaine, c’est également et surtout une nature surhumaine, idéelle et d’une certaine manière fantastique. C’est bien davantage une « âme de la nature » que cet arpenteur du Land Art tente de faire sienne qu’une simple reproduction et conservation de celle-ci. En ce sens, Patrick Polidano est tout le contraire d’un artiste régionaliste et paysager : son écologie est une écologie profonde et le Land Art est simplement le moyen d’accéder à un autre type de réalité humaine, aucunement le repli frileux sur un terroir. JEAN-LOUP AMSELLE, ANTHROPOLOGUE DIRECTEUR D’ÉTUDES À L’EHESS


FONTAINE DE SAINTE ANNE OU DU GLIZIAOU  / TARTAS VERTUS : MALADIES DE LA PEAU, VERRUES


FONTAINE DE SAINT JACQUES / SAINT-YAGUEN VERTUS : VERRUES, RECOURS


FONTAINE DE SAINTE ROSE OU DE MOURCAU  / OUSSE-SUZAN VERTUS : PEAU, ECZÉMA


FONTAINE DE SAINT CLAIR DE TOUNOUET / SOUPROSSE VERTUS : YEUX


FONTAINE DE SAINTE MADELEINE / SINDÈRES VERTUS : INTESTINS, PEAU, VERRUES


FONTAINE DE SAINT CLAIR, HOUN DE SEN CLA / YGOS-SAINT-SATURNIN VERTUS : MAUX DE TÊTE, YEUX


FONTAINE DE NOTRE-DAME DES DOULEURS / GARROSSE VERTUS : CŒUR, REINS, INTESTINS, RECOURS


FONTAINE DE MAÂ, POURRUT DE MAÂ DÉDIÉ À SAINT ORENS / MOLIETS-ET-MAÂ VERTUS : PEAU


PATRICK POLIDANO Né en 1965 à Colombes, vit et travaille à Bordeaux. Plasticien, diplômé de l’École d’Enseignement Supérieur des Beaux-arts de Bordeaux, il partage ses observations et ses interrogations sur les mystères de la nature et de sa formation à partir des espaces qu’il parcourt. Il ouvre notre champ de perception, grâce à des dispositifs d’installation et le médium photographique, sur une nouvelle dimension propre à la beauté éphémère de la nature.

EXPOSITIONS / RÉSIDENCES 2014 Exposition collective, médiathèque de Beychac-et-Cailleau (33).

2005 Achat de l’installation « Matières en réserve » par le Conseil général de la Gironde.

2013 Arpenteurs , exposition avec Laurent Cerciat, chapelle Saint-Loup, Saint-Loubès (33). Résidence d’artistes « Mutuum », projet « Sources », Campagne (40).

2002 Achat de l’œuvre « Les Iles Seurin » par le Conseil général de la Gironde.

2012 Flatworld, exposition appartement, galerie Interface, Dijon (21). Projet « Nébula », Biennale de Venise 2013, partenariat galerie Primo Piano, Lecce, Italie. 2011 Klaus 09/10 , expositions Pavillon de Marquèze, Sabres (40). Language is a virus, exposition internationale d’art vidéo, galerie Primo Piano, Lecce, Italie. 2010 Résidence d’artistes pour le projet national « Écritures de lumière », Sabres (40). PROJETS PUBLICS / ACHATS D’ŒUVRES 2013 Achat de l’œuvre « Iris », fonds d’œuvres de la médiathèque de Beychac-et-Cailleau (33). 2011 Projet 1% artistique, Archives départementales de la Gironde. 2006 Réalisation au Conseil régional d’Aquitaine de l’installation « Swim in my pool », avec l’agence Audouin-Lefeuvre architectes.

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ATELIERS DE PRATIQUES ARTISTIQUES / INTERVENTIONS 2014 Au fil de l’eau, cdc du Vallon de l’Artolie et du Réolais (33). Mutuum, cddp de Mont-de-Marsan (40). Sculptures en Correspondances, Lège-Cap-Ferret (33). 2013 Des œuvres, un jour, un artiste, cdc du Langonnais et du Réolais (33). Nectar, cddp de Mont-de-Marsan (40). 2012 Des œuvres, un jour, un artiste, foyer Eva, Braudet-Saint-Louis, bibliothèque de Pauillac (33). 2011 Parcours et Territoires, médiathèque de Saint-Ciers-sur-Gironde (33). Workshop « Formes Nouvelles », école d’Art Design lim’art, Bordeaux (33). 2010 Écritures de lumière pour l’exposition « Dans la forêt », Frac Aquitaine (33). Écritures de lumière, lycée agricole et forestier de Sabres et de Mugron (40).


Partenaires : Conseil régional d’Aquitaine Conseil général des Landes Achevé d’imprimer chez Graphit’s imprimeur (France) Dépot légal mars 2014 Éditions Mutuum artothèque isbn 978-2-918969-08-2 Collection catalogue d’artiste issn 2115-1849 © Mutuum artothèque - Patrick Polidano design la/projects Typographie : Mercury Radim Peško Papier de couverture : GF Smith, Colorplan Papier intérieur : Fedrigoni, Woodstock

MUTUUM ARTOTHÈQUE LIGUE DE L’ENSEIGNEMENT DES LANDES 122 RUE DU GÉNÉRAL DE LOBIT 40000 MONT DE MARSAN M 06 48 18 94 21 T 05 58 06 31 32 F 05 58 06 05 81 CONTACT@MUTUUM.FR MUTUUM.FR

Remerciements à : Jean Minaberry pour sa contribution et son intérêt porté au projet. Tous les anonymes qui m’ont aidés à localiser certaines sources. Brigitte Olivier de Saint-Yaguen pour la qualité de son accueil. Laurent Cerciat pour son aide.


Prix de vente 15 €

Catalogue Patrick Polidano issuu  

Sources des Landes Résidence de l'artiste plasticien sur les Sources des Landes (Aquitaine) Artothèque Mutuum

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