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cahier de rĂŠsidence Laurent Cerciat Six mois avec les habitants


Nous ne pourrons jamais expliquer ou justifier la ville. La ville est là. Elle est notre espace et nous n’en avons pas d’autre. Nous sommes nés dans des villes. Nous avons grandi dans des villes. C’est dans des villes que nous respirons. GEORGES PEREC


Laurent Cerciat Six mois avec les habitants

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De retour d’une résidence au Japon, Laurent Cerciat a très vite pris connaissance en janvier 2010 du quartier sensible Le Peyrouat à Mont de Marsan. Diplômé de l’École des beauxarts de Bordeaux, il vit et travaille en Aquitaine. Son travail comprend une constante liée à l’environnement : ses installations prennent des formes très variées, empruntées à l’art des jardins aussi bien qu’à l’observation du quotidien dans l’espace urbain. Le choix du premier artiste en résidence longue s’est tout naturellement porté vers lui dans ce contexte de quartier en rénovation. Sa proposition est innovante et va dans le sens d’une réflexion positive sur la reconstruction du quartier et des futures constructions avec un toit végétal, géothermie… Dès son arrivée à la résidence Mutations d’office, Laurent Cerciat ne donne guère dans les repères convenus. Janvier, février, les bottes dans la neige, il arpente les jardins familiaux, trace des lignes, prend ses marques. Les employés de la régie de quartier Bois & Services, Jonathan, Moïse, Yves, Mousrina, Antoine, Ludovic, Franck,... travaillent avec lui à la création de multiples architectures végétales, chacun propose une idée, invente la technique, occupe l’espace et agence, ligature... Ils utilisent l’osier vivant sur des rencontres hebdomadaires. Laurent Cerciat n’utilise pas ce matériau habituellement, il l’a choisi en rencontrant la population. Il s’en dégage une forte énergie. Utiliser un matériau vivant, fragile, en plein cœur d’un quartier en déconstruction n’est pas anodin. Tout commence donc par l’enracinement.


Jean, le gardien des jardins familiaux les aident. Les jardiniers des diverses parcelles, Maria-Linda, Mario, Mohammed, etc., suivent, proposent, s’impliquent. En mars, une trentaine de structures prennent forme, huttes, salons de verdures, colonnes, haies, bordures pour le tri sélectif, etc. Les femmes de la régie Bois & Services : Fédra, Marion, Sandra, Milouda, Angélique, Marlaine, Fatima, Kenza, Milane, Jennifer, Mounira, Amanda, Rama et les autres… proposent, après dessins d’observations, des créations végétales dans le même matériau, des formes plus hétéroclites, animaux, fleurs… et viennent les enraciner dans les allées des jardins. Laurent Cerciat déploie la variété des ressources de ce matériau avec les habitants. Les demandes se font échos, jardins familiaux, jardins en pavillons, balcons… Dans chaque espace mis en conversation avec l’artiste, la valorisation du contexte est visible. Chaque création végétale est source d’étonnement pour le groupe et l’artiste comme pour le public parce qu’il ne s’agit pas simplement de remplir des espaces, ni simplement d’utiliser des techniques, mais bien à partir d’un matériau vivant, évolutif, de penser collectivement la re-création de son cadre de vie. Le matériau vivant est fragile. Il faut en prendre soin. Une invitation à soigner son quartier. L’artiste se fond dans la proposition collective pour en faire un tout dans un intense moment de vie à saisir. Ainsi un labyrinthe prend forme sous les pins dans la cour de la bibliothèque du Peyrouat Le MarquePage. Les jeunes enfants y courent à s’étourdir.


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Rien n’est figé, le plasticien rencontre régulièrement Hakim, Keny, Cindy, Sandra, Livio, Nicolas, Samir, Mickael... les jeunes l’insup (Protection Judiciaire de la Jeunesse), ils revisitent ensemble leur quartier, friches, forêt, plantes sauvages… Un clip-vidéo voit le jour. Il ouvre ensuite une aventure sensible, ludique, généreuse avec une classe de seconde du Lycée Duruy. Un scénario est élaboré, une seconde vidéo voit le jour. Les habitants, parents, enfants passent devant le lieu d’art de la résidence (rez-de-chaussée du groupe scolaire L’Argenté mis à disposition par la Mairie). On entre les poussettes, on circule de pièces en pièces… Laurent Cerciat a répertorié plus d’une centaine de plantes sauvages dans le secteur. Il explique, sensibilise au travers de sa démarche de valorisation du quartier à travers sa richesse floristique et ses arbres centenaires. Les uns après les autres lui apportent des plantes sauvages. Une installation s’implante dans l’une des salles du lieu de création. Cet ensemble sera valorisé le 9 mai, pour son Mi-parcours, à l’occasion de la Fête des Jardins. D’autres réalisations communes entre l’artiste et les habitants reliant le quartier au centre-ville seront visibles durant la manifestation Marche sur mes plates-bandes du 8 au 18 septembre 2010 au cours des Journées Européennes du Patrimoine. Ce cahier de résidence  rassemble au fil des pages quelques traces visuelles de ces six mois de collaboration résumés par l’artiste. VALÉRIE CHAMPIGNY


DÉCOUVERTE DES LIEUX ET PREMIÈRE RENCONTRE

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Le quartier est un mélange d’immeubles, de maisons individuelles, d’espaces verts et de friches. La proximité de la forêt menant aux jardins familiaux est étonnante. Les agents de la régie de quartier Bois & Services me montrent le quartier (qu’ils entretiennent), et les jardins ­­­familiaux où nous sommes accueillis par Jean, le gardien. Les échanges d’idées sont riches et ils manifestent l’envie de montrer leur créativité aux habitants.


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L’OSIER

C’est un matériau naturel avec lequel chacun, selon ses origines ethniques, peut avoir des souvenirs ou des savoir-faire. Nous commençons par travailler avec de l’osier vivant, au moment où le quartier connaît une série de démolitions, en enracinant de petites architectures végétales.

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PREMIÈRES RÉALISATIONS

L’équipe d’hommes se lance, par ce mois de janvier enneigé, dans une première construction autour d’une plate-forme de tri. Des jardiniers sont là et participent. Le groupe de femmes crée des formes libres dans l’atelier et viennent les planter avec Valérie Champigny. Jean, le gardien, veille ensuite à leur arrosage.


ÉCHANGES ET CONVIVIALITÉ

Les gens du quartier ayant une parcelle dans les jardins familiaux ont des projets en tête et commencent à nous passer des commandes : Jean voudrait de l’ombre en été, Maria-Linda et Mario un petit salon de verdure, etc. L’équipe est très bien accueillie, se développent projets et amitiés.

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LES COMMANDITAIRES

Tantôt un habillage pour le coin compost, une hutte ombragée, un espace décoratif, de repos ou encore des sculptures aux formes amusantes : d’une séance à l’autre, l’équipe, de plus en plus sollicitée, s’améliore et est impatiente de voir ce que tout cela donnera une fois que les feuilles auront poussé. Des constructions voient aussi le jour chez des habitants du quartier.


16 LE MARQUE-PAGE

Les responsables de la bibliothèque de quartier ont accepté avec enthousiasme de participer au projet et nous implantons sur l’herbe tout près du bâtiment une labyrinthe circulaire. La conception de l’ensemble est un vrai travail d’équipe, chacun apporte son idée. La structure, invitant au jeu et à la rêverie, servira plus tard de cadre à un atelier d’écriture. Elle établit aussi un lien avec les jardins du Peyrouat, les gens en parlent.


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LES JEUNES DE L’INSUP

Encadrés par la PJJ (Protection judiciaire de la Jeunesse) les adolescents des Chantiers d’Insertion Landais participent aux ateliers. Leurs souvenirs liés à un lieu déterminant de leur histoire, sont recueillis. Devant leur bâtiment d’accueil, ils construisent un abri en osier qui ne tardera pas à se couvrir de feuilles. Ils contribuent également aux constructions en osier sec, notamment la sphère, le cube et la pyramide pour les petits de l’école maternelle de l’Argenté.


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LES ATELIERS

Diverses expériences, en lien avec le travail des artistes en résidence, y sont menées. En l’occurrence, réalisations en osier, compositions picturales, signalétiques colorées, mises en situations de petites sculptures, photographie, collecte de plantes, croquis botaniques, dessins et récits personnels se succèdent. Extra-muros, une toile d’araignée en osier est par exemple tissée par des enfants dans le cadre de la Fête du Jeu, parc Lacaze et installée au balcon de l’appartement de la résidence.


L’EXCURSION URBAINE

En mai, à mi-parcours de ma résidence, je propose aux habitants une excursion atypique à travers friches, sentiers urbains, et zones en déconstruction, depuis les ateliers (où se côtoient les travaux avec les divers groupes et mes recherches personnelles) jusqu’aux jardins familiaux où des jardiniers nous accueillent pour un verre de l’amitié. Chacun est équipé d’un appareil photo et nous rallions les différentes réalisations en osier, en observant au passage la riche flore sauvage.

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LA VILLE EN FORÊT

Hors les murs, dans le cadre de la Nuit de l’écriture, organisée par la Ligue de l’enseignement à l’Écomusée de Marquèze, je propose aux participants d’écrire des choses à propos de la forêt sur des maisons en carton. Une petite ville champignon se constituent en une soirée au pied des arbres. Elle migrera en septembre pour la restitution de septembre.

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LES VIDÉOS DANS LE QUARTIER

Avec Didier Grot, caméraman professionnel, sont réalisés deux reportages vidéo (sur les interventions dans les jardins et sur l’excursion urbaine) ainsi que deux projets vidéo. L’un sous forme de clip musical, Les pieds sur terre, met en scène des jeunes encadrés par la PJJ qui arpentent le quartier en reconstruction. L’autre, Labyrinthics, compare ces ambiances urbaines diverses à un labyrinthe dans lequel évoluent de jeunes gens (une classe de seconde du Lycée Victor Duruy) qui finissent par rencontrer le Minotaure (plutôt sympathique ici), clin d’œil à la culture tauromachique de la ville.


ÉPILOGUE

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Au fil de ces mois de collaboration avec divers groupes (habitants, régie de quartier, jeunes en difficultés, lycéens...) de vrais liens se sont tissés et mille autres choses intéressantes seraient encore à faire. Pour moi, le travail personnel continue pour la présentation de septembre. Merci à tous les participants de s’être prêtés au jeu de ces rêveries végétales et urbaines. Merci à la Ligue de l’Enseignement des Landes de soutenir de tels projets. Merci à Valérie Champigny pour son accompagnement indéfectible. Je garderai de toutes ces rencontres un souvenir ému et durable.


La résidence Mutations d’office remercie les personnes actives et bénévoles pour leur accompagnement régulier dans la connaissance du quartier et la rencontre avec ses habitants :

Mme Delecray, et le personnel de Bois & Services L’INSUP, Protection Judiciaire de la Jeunesse Bernard Sabourdy, formateur à l’INSUP Les animateurs et animatrices du quartier (Point ìnfo ANRU)

Les familles qui ont participé aux actions de la résidence pendant les repas partagés ou petits déjeuners partagés Le CDI du Lycée Victor Duruy La classe de seconde E du lycée Victor Duruy

Le conseil de quartier

Jacques Cadilhon, professeur d’arts plastiques

Bernard Hammad

Le Marque page, bibliothèque de quartier

Bruno Nicaise, gardien du quartier du Peyrouat

M. Guy Gaujacq, vice-président de la Ligue de l’Enseignement pour son accompagnement précieux et durable dans la création de la résidence

M. Gleyze M. Socodiabehre Jean, le gardien des jardins familiaux Les jardiniers des jardins familiaux qui nous ont invités à intervenir sur leurs parcelles Les parents et enfants de l’école de L’Argenté Les professeurs des écoles Les habitants qui se sont prêtés au jeu des ateliers d’écritures

La radio MDM L’OPDHLM qui met à disposition un appartement pour accueillir les artistes La mairie de Mont de Marsan qui met à disposition un espace de création Les artistes qui se sont impliqués dans ce cadre bien spécifique pour une résidence d’artistes Laurent Cerciat pour son engagement

Les familles qui ont ouvert leurs albums photos

Angelika et Laurent, graphistes

Valérie Daudon

Didier Grot, caméraman

Les personnes qui nous ont apporté des plantes sauvages pour le Mi-parcours du 9 mai

Les personnes qui ont soutenu et encouragé au cœur du quartier notre action au quotidien

Les personnes qui ont participé à la performance photographique sur le Parc Lacaze

Nous tenons à saluer la mémoire et l’action de Lionel Delecray, responsable avec son épouse de l’entreprise d’insertion Bois & Services et figure incontournable de la vie du quartier depuis des années, disparu tragiquement au printemps 2010.


Partenaires locaux

Partenaires financiers

Bois & Services Ecole Maternelle L’Argenté INSUP (PJJ) Point info ANRU Conseil de quartier Associations de quartier Le Marque Page, bibliothèque de quartier Jardins familiaux

Conseil régional d’Aquitaine Conseil général des Landes Mairie de Mont de Marsan Fondation de France Caisse de Dépôts et Consignations FEDER ACSE

Achevé d’imprimer chez Graphit’s imprimeur (france) Dépot légal août 2010 Éditions Mutations d’office isbn 978-2-918969-00-6 © Mutations d’office - Laurent Cerciat design la/projects

RÉSIDENCE D’ARTISTES LIGUE DE L’ENSEIGNEMENT DES LANDES 122 RUE DU GÉNÉRAL DE LOBIT 40000 MONT DE MARSAN CONTACT 06 48 18 94 21 V.CHAMPIGNY@MUTATIONSDOFFICE.COM WWW.MUTATIONSDOFFICE.COM


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Cahier de Résidence - Laurent Cerciat - 2010  

Six mois avec les habitants - Mont de Marsan

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