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médiapop : des livres & du vinyle www.mediapop-editions.fr www.mediapop-records.fr

Jean-Christophe Bailly Pascal Bastien Bearboz Abdulmalik Faizi Christophe Fourvel Bernard Heizmann Anne Immelé Serge Kaganski Francis Kauffmann Cloé Korman David Le Breton Philippe Lutz Frédérique Meichler Matthieu Messagier Christophe Miossec Ayline Olukman Geneviève Pernin Bernard Plossu Nathalie Sonntag Yves Tenret Vincent Vanoli Laure Vasconi…

BanBangCockCock Theo Hakola Marxer Mouse dtc Original Folks The Hook Tuscaloosa…


édito

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Philippe schweyer

Viens dans la vallée Ma vie est un éternel recommencement. Avant chaque édition du festival C’est dans la Vallée, mon téléphone n’arrête pas de vibrer. En général, ça se passe à peu près comme ça : – J’ai regardé sur une carte, Sainte-Marie-aux-Mines, c’est pas la porte à côté… Quelle idée il a eu ton Rodolphe Burger de planter son festival au fin fond de sa vallée ?! – C’est justement ce qui est chouette, inviter la crème des artistes dans le bled où il a grandi. – C’est vrai que c’est généreux de nous faire profiter de ses amis… N’empêche que ça fait une sacrée trotte. – Le mieux c’est de dormir sur place. La dernière fois, j’avais une chambre à la winstub Aux Mines d’Argent, du coup j’ai pris le petit-déj’ avec Higelin ! Il était en pleine forme ! – Arrête de faire ton snob, je viens de les appeler, c’est complet depuis belle lurette. – Alors essaye le 03 89 58 80 50, c’est le numéro de l’office de tourisme du Val d’Argent. – Ok, mais ça se passe où les concerts ? – Le cœur du festival c’est le théâtre, c’est là que tu pourras voir Laurent Garnier, Rodolphe Burger et Philippe Poirier, David Thomas, Olivier Mellano, Mansfield. TYA, Winter Family, Jeanne Added, Salut c’est cool et aussi les Pétasses d’Alsace. – Les Pétasses seront là ??? – Oui, elles tiennent le bar. Il y a aussi des concerts à la piscine municipale, à la Savonnerie, dans des mines et surtout à l’église de Saint-Pierre-sur-l’Hâte, un lieu magique !!! – C’est là que t’as vu Bashung ? – Pas que lui. J’y ai vu Rodolphe plein de fois et aussi Bertrand Belin, Marcel Kanche, Philippe Pascal, Jean-Louis Murat, Stuart A. Staples… – Tu devrais travailler à l’office de tourisme ! – Je ne te raconte pas tout. Avant et pendant C’est dans la Vallée il y a aussi des concerts dans les bars. Il ne faut absolument pas rater The Hook, un groupe de Mulhouse, BangBangCockCock de Strasbourg et les Manson’s Child de Colmar… – C’est pas toi qui m’a dit que Rachid Taha était de Sainte-Marieaux-Mines comme Rodolphe ?

– Exact, il y a vécu quelques temps quand il était ado je crois. Il y a deux ans, il a chanté chez Mehdi avec Rodolphe. C’est le truc le plus dingue que j’ai jamais vécu dans la vallée. T’aurais vu Izia qui dansait sur le zinc ! – Waouh ! Et Jean-Luc Nancy pogotait avec Olivier Cadiot ? – Non, mais Olivier Cadiot avait l’air de bien s’amuser. Le seul qui stressait un peu, c’est le batteur. – Arnaud Dieterlen ? – Ouais. Je crois qu’il a eu peur que Rachid Taha lui tombe dessus tellement il y avait de monde dans le bar. Cette année, il joue avec Fortunato aux Deux Clés et il expose ses croûtes à Val Expo. – Un batteur qui fait de la peinture ? – Il y a encore plein de surprises à C’est dans la Vallée ! Il y a aussi du ciné. Si tu aimes Daniel Darc et Fred Frith, il faut absolument que tu viennes ! – Rien d’autre ? – Si, Nicolas Comment présentera ses photos et son film sur Jacques Higelin ! – Nicolas Comment ? Le chanteur ? Son nouvel album est le « disque troublant de l’année » d’après les Inrocks ! – Fred Poulet aussi sera sans doute dans les parages… – Dommage qu’il ne fasse plus de disques celui-là. Il m’arrive encore d’écouter Hollywood baby et Milan Athletic Club. Quelle classe ! – C’est beau l’Italie… – Je sais c’est con de dire c’est beau l’Italie… – Mais, c’est beau l’Italie. – Peut-être bien que je vais finir par venir à ton festival. – C’est beau la vallée… – C’est con de dire c’est beau la vallée. – Je sais, mais si tu viens, je te présente Lili ! – Lili ? – Rien que pour Lili, ça vaut la peine de venir dans la vallée ! – Si tu le dis… – Alors tu viens ? – Je viens. – Tu verras… C’est beau la vallée…

Directeurs de la publication et de la rédaction : Bruno Chibane & Philippe Schweyer — Rédacteur en chef : Emmanuel Abela — Secrétaire de rédaction : Cécile Becker Direction artistique et graphisme : starHlight — Rédacteurs : Emmanuel Abela, Cécile Becker, Caroline Châtelet, Paul Kempenich, Guillaume Malvoisin, Philippe Schweyer Photographes : Pascal Bastien (p.6), Christophe Urbain (p.5) — Couverture : Christophe Urbain www.urbainc.com Imprimeur : Ott imprimeurs — Dépôt légal : octobre 2015 — ISSN : 1969-9514 © – Novo 2015 Ce hors-série du magazine Novo est édité par Chic Médias & Médiapop


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Rodolphe Burger

La vallée aux merveilles Misant sur la rencontre, l’engagement et l’échange autour de projets singuliers, C’est dans la Vallée invite spectateurs et artistes à faire un pas de côté, loin des sentiers battus par les festivals de musiques actuelles.

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« C’est dans la Vallée » : dans son seul intitulé, déjà, le festival étonne, déroute par sa singulière façon de désigner un territoire. Comme si c’était « là » et pas ailleurs. Mais peut-être s’agit-il bien de cela. Car cette vallée, celle du Val d’Argent où se trouve Sainte-Marie-aux-Mines, celle qui déroule sur les affiches de chaque édition du festival sa beauté sublime, verdoyante, c’est celle où le musicien Rodolphe Burger a grandi. Celle où il a débuté la guitare et le rock vers onze ans, a réalisé ses premiers concerts. Celle où il revient régulièrement, pour répéter et concevoir ses albums. Celle, enfin, où après avoir avec son groupe Kat Onoma donné une série de concerts exceptionnels en 2000, le musicien a décidé de monter un festival. Pas-à-pas, éditions après éditions, celui-ci progressivement s’est inscrit dans la vallée, revendiquant la possibilité de créer une manifestation différente. Non pas unique – il existe d’autres festivals se situant hors du circuit promotionnel – mais aussi singulière que ancrée dans son territoire. À l’occasion de la préparation de la douzième édition de la manifestation, rencontre avec son instigateur Rodolphe Burger. Quel est votre sentiment à quelques jours de cette douzième édition ? C’est vertigineux. Pour chaque édition nous essayons d’éviter toute routine et tout est toujours à refaire, reconstruire, réécrire. C’est dans la Vallée n’est pas un festival spécialisé dans un genre musical spécifique, il n’y a pas une ligne musicale absolument évidente. Ce qui le caractérise – et c’est pour cette raison que je cherche parfois un mot autre que « festival » pour le nommer – c’est qu’il fait partie de ces manifestations où il n’y a pas de programmateurs. Il est né d’une initiative d’artistes, ce qui est tout à fait différent : j’invite des artistes que pour certains je connais, j’ai croisés, avec lesquels j’ai travaillé ; et pour d’autres que je découvre ou qu’on me fait découvrir. Pour aucun il ne s’agit d’une « date de plus » cochée sur un calendrier de tournée, la majorité ne sont ni en promotion, ni en tournée, et rien que par cela leur présence est exceptionnelle. L’invitation se faisant d’artiste à artiste, il y a un engagement de leur part, car les budgets sont réduits et nous tentons de faire beaucoup avec peu.

Pourquoi cette réserve vis-à-vis du terme « festival » ? Attention, je ne suis pas en train de dire que les festivals, ce n’est pas bien. Il y en a simplement trop qui sont les copies conformes les uns des autres, soumis à la seule logique du marché. En raison de la crise du disque, les cachets des artistes augmentent et le concert live est de plus en plus un enjeu économique. Cela devient une course au nombre où, pour attirer de grosses foules, les programmateurs invitent des têtes d’affiche et voient leur marge de possibilité réduite. Mais ce n’est pas une question de « petit » d’un côté, « gros » de l’autre. Je n’ai simplement pas vocation à organiser un festival et l’idée est plutôt d’inventer un endroit de rencontres musicales, en proposant des formes particulières dans des lieux particuliers. Les artistes viennent dans des espaces atypiques, inspirants, où ils sont incités à faire des propositions singulières (des formes en solo, des concerts acoustiques, etc.). Il y a l’envie à chaque fois que ce soit convivial et qu’il se passe des choses uniques, ça, c’est la grande joie. Ayant eu il y a deux ans le concert mémorable du Couscous Clan [avec notamment Rachid Taha, Rodolphe Burger, ndlr] dans le Café du Parc, chez Mehdi, proposer cette année un concert de Mehdi Haddab chez Mehdi nous semblait naturel. L’histoire de C’est dans la Vallée est émaillée de moments uniques, il y a une espèce de mémoire du festival, qui permet la construction des rencontres au fur et à mesure. Quels sont les autres enjeux du festival ? Nous voulons faire un festival qui soit attirant pour tout le monde, notamment pour les gens de la vallée. Cela va au-delà d’inviter des vedettes. Ce peut être, par exemple, le fait de proposer des concerts gratuits dans les bars – qui cette année débutent dès le lundi et ont été l’occasion de la mise en place d’un « Vallée-crochet » –, ou d’organiser un pique-nique à la Villa Burrus, avec les concerts du FAS Band, groupe de rock composé de personnes en situation de handicap résidant au Foyer d’accueil spécialisé les Tournesols, et de l’harmonie Concordia de Sainte-Croix-aux-Mines. Ces moments conviviaux, gratuits, ne sont pas moins investis en terme de programmation. Rentrer dans le détail, essayer de tricoter des choses adéquates avec la symbolique du festival, s’appuyer sur les forces vives locales, c’est tout cela qui m’intéresse. Comment ces moments-là se construisent-ils ? Ces propositions naissent d’invitations dans les deux sens. Beaucoup de choses cette année se sont construites au cours de promenades. Je vais à Sainte-Marie-auxMines essentiellement lorsque j’ai un album à faire. Les circonstances ont fait que j’y suis retourné plus souvent et je m’y suis beaucoup baladé. Naturellement je croise les gens, je discute. C’est en buvant un café à Tellure que j’ai rencontré la sœur du président de l’harmonie Concordia, et que le projet d’interprétation de morceaux de Kat Onoma par Concordia, arrangés par Fortunato,


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a débuté. C’est aussi comme ça que j’ai découvert la Savonnerie installée dans une ancienne église, dans laquelle aura lieu le concert de Lou J’écris des disques et le duo J’entends plus le pinceau réunissant le musicien Dominique Mahut et le dessinateur Charles Berberian. Nous ne sommes pas dans un territoire surexploité touristiquement ou gavé de culture, il y a vraiment un espace possible d’imagination. L’ancien eldorado des mines d’argent au XVe et XVIe siècle, puis l’eldorado industriel au XIXe, font qu’il y a en soubassement des harmoniques qui descendent dans le passé. Le festival permet en construisant un parcours de réveiller une mémoire, de rappeler des lieux, des histoires à l’échelle de la ville et de la vallée.

Partagez-vous le point de vue de Philippe Poirier selon lequel « on ne fait pas de la musique pour faire de la musique, on en fait pour accompagner le temps qui passe » ? La musique pour la musique en effet, ne m’intéresse pas. Il faut qu’il y ait quelque chose – quoi, je ne sais pas – pour que ça fasse sens. Peut-être faut-il qu’il y ait des personnes : les personnes avec qui on le fait, ceux pour qui on le fait. Après, je ne critique pas « la musique pour la musique ». Mais cette idée de musique pure, abstraite, écrite à la table pour elle-même, c’est autre chose. C’est le même mot mais ce n’est pas la même chose. De la même façon, faites-vous un festival pour accompagner le temps qui passe ? Bien sûr. C’est une chose incroyable, ça

mesure le temps qui passe, avec sa dimension de rituel, avec les fidélités que ça crée, les gens que tu retrouves d’années en années. Tout cela s’inscrit dans la mémoire, raconte des choses. Et donc ce n’est pas du tout un hasard que ce soit à Sainte-Marie-aux-Mines qu’on fasse Play Kat Onoma. Ce projet de reprises, nous le partageons avec d’autres artistes du festival. C’est comme si Kat Onoma devenait un répertoire que l’on peut jouer avec d’autres, dans lequel d’autres musiciens peuvent rentrer. Lorsque nous avons proposé aux artistes ce projet, en leur demandant de choisir un morceau, ils ont tous eu envie de jouer. À l’heure d’aujourd’hui, je ne sais pas ce que ça va donner, mais Sainte-Marie-aux-Mines me paraissait le lieu évident pour, sachant que le festival est né avec Kat Onoma. • C.C


Philippe Poirier

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à cœur ou à corps Lors d’une résidence à la Maison de la Poésie, Philippe Poirier a rejoint Rodolphe Burger pour réinterpréter en duo des titres de Kat Onoma, dont les chansons inspirées par l’œuvre du poète américain Jack Spicer. À l’occasion de la sortie de Play Kat Onoma, rencontre avec Philippe Poirier, guitariste et saxophoniste.

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Toute reformation de Kat Onoma est malheureusement devenue chose impossible depuis la disparition de Guy “Bix” Bickel, mais vous avez choisi avec Rodolphe Burger de revisiter le répertoire de Kat Onoma. Peut-on voir là un hommage à votre groupe ? Oui, il y a trois ans, nous avons commencé à rejouer ensemble et spontanément nous avons exprimé l’envie de revisiter certains morceaux. À l’occasion de la carte blanche Explicit Lyrics de Rodolphe à la Maison de la Poésie, à Paris en 2014, l’idée de réinterpréter les morceaux composés à partir des textes de Jack Spicer s’est imposée. Ça coïncide malheureusement avec la disparition de “Bix” [le 18 avril 2014, ndlr], d’où l’idée de rendre hommage à notre groupe, Kat Onoma. Qu’est-ce qui te titillait à l’idée de revisiter les morceaux de Kat Onoma ? Nous nous étions arrêtés depuis plus de 10 ans, et je sentais qu’il me fallait entendre quelque chose. Derrière cela, c’est une affaire de temps. Tout de même, on ne fait pas de la musique pour faire de la musique. On en fait aussi pour accompagner le temps qui passe. Tout cela finalement vient de loin, non ? Les premières expériences musicales de Rodolphe remontent à l’âge de 11 ans. De mon côté, j’évoluais avec “Bix” déjà dans les années 70… Et puis, cette interruption dans le groupe, même si elle a été éprouvante d’une certaine façon, a généré bien des projets, pour Rodolphe bien sûr, mais pour les autres aussi d’une certaine façon. Elle a aussi favorisé une interrogation : celle de savoir ce que la musique de Kat Onoma devenait pendant tout ce temps. En rejouant avec Rodolphe, j’ai pu constater que finalement quelque chose avait été préservé. Et dès les premiers instants, tout s’est remis en route, de manière très naturelle. Par contre, il n’a jamais été question de reformation, nous

voulions simplement visiter notre répertoire comme s’il s’agissait d’un répertoire historique, sous la forme du duo mais sous d’autres formes aussi – ça sera le cas par la suite avec des artistes invités. Par contre, il est hors de question d’aborder ces morceaux de manière nostalgique. Le but est simplement d’explorer de nouvelles formes. À l’écoute de l’enregistrement Play Kat Onoma, on ressent une émotion particulière. C’est le cas sur l’une de tes compositions, Ballade mexicaine. Votre façon de la réinterpréter est très intime. Cette forme d’épure était-ce une manière de retourner à la source même du morceau ? Pour Ballade Mexicaine, c’est particulier. Il me tenait à cœur de l’emmener là où elle devait aller. Je n’étais jamais pleinement satisfait de la façon dont on l’avait jouée, même si ces versions étaient très belles. Là on a réussi, me semble-t-il, à lui donner une forme quasi définitive. Je ne sais pas si c’est possible, bien sûr – c’est une projection purement fantasmagorique. Il n’est pas question de penser qu’on cherche à conduire les morceaux à leur niveau de perfection, il n’est pas question de cela, mais plutôt de justesse. Tenter ce qui semble juste dans son interprétation. Vous avez opté pour des titres construits sur les mots du poète Jack Spicer. Oui, nous avons sélectionné une ving-

Rodolphe Burger & Philippe Poirier : Play Kat Onoma with guests, le 9 octobre à 20h au théâtre de Sainte-Marie-aux-Mines

taine de morceaux – nous en avons écrits beaucoup qui se sont ainsi nourris de la poésie de Jack Spicer. Et puis, petit à petit, le choix s’est recentré sur ce qui nous semblait le mieux fonctionner. On a le sentiment que l’univers de Jack Spicer a toujours collé à celui de Kat Onoma, même si ça date de Billy the Kid. Qu’est-ce qui est contenu chez Spicer qui vous a tant inspiré ? Je crois que c’est une affaire d’énergie. Nous étions dans une tension musicale très spécifique, me semble-t-il, avec ce groupe. Et puis Rodolphe cherchant les mots pour cette musique a découvert Spicer grâce à des amis. Et effectivement, ça a marché immédiatement. Nous nous sommes basés sur cette tension contenue dans sa poésie, cette écriture singulière et profonde dans laquelle les phrases sont systématiquement rabotées, réduites à l’os – lui-même utilise un peu ces images-là. On découvre dans la poésie selon Spicer un surgissement comme ça, assez violent, qui correspond à ce qu’on a toujours cherché dans la musique. Subitement, quelque chose advient, une présence… • E.A. / P.K.


David Thomas

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Le chant des volcans Le grand David Thomas est de retour à Sainte-Marieaux-Mines. On se souvient de son premier passage dans la ville en 2007 !

Juin 2007, au Temple réformé, David Thomas est sur le devant de la scène, mais les regards se portent sur son guitariste d’un soir, très en retrait, Jacques Higelin. Deux générations de musiciens, deux cultures, et pourtant rien ne les oppose, l’un se met au service du répertoire de l’autre comme s’ils avaient joué tous deux ensemble depuis toujours. C’est sans compter l’esprit trublion du grand Jacques qui discrètement incite une très belle jeune femme en robe longue perchée sur des sabots stylisés à passer sur le devant de la scène. « Vas-y », lui dit-il, « mais vas-y ! ». Celle qu’on associe à une choriste hésite, et puis profitant d’un mouvement de David Thomas sur le côté de l’estrade, se plante devant le micro pour une série de vocalises sidérantes, un peu comme si Janis Joplin avait improvisée d’outre-tombe dans ce lieu sacré. Il y avait du Yoko Ono dans cette intervention impromptue, du Meredith Monk, quelque chose qui venait des entrailles de la Terre pour jaillir par jets successifs à la surface. On a à peine le temps de mesurer l’effet de cette présence soudaine qu’aussitôt la jeune femme fait marche arrière au moment du retour

de David Thomas qui ne dit rien, mais n’en pense pas moins. Elle retourne à sa place initiale, et dans un mouvement de colère non feint se fend d’un « Tu me fais chier ! » à l’attention de Jacques Higelin. La familiarité nous surprend dans un premier temps avant qu’on ne comprenne qu’elle était tout à fait légitime : Jacques avait poussé sa fille Izia à prendre les commandes du concert, un peu contre son gré, et il recevait en retour le juste courroux de sa môme d’à peine 15 ans. L’anecdote méritait d’être relatée. Qui se souvient aujourd’hui que David Thomas a eu un jour Jacques Higelin pour sideman et Izia, troublante Salomé d’un soir comme sublime choriste ? Vu sa longue carrière, lui-même ne doit avoir un souvenir que diffus de cet instant d’irrévérence malicieuse. D’autant plus qu’il était lui-même ce soir-là en très grande forme, jaillissant de toute sa masse pour libérer toute la tension contenue dans ses chansons. Il faut dire qu’il a été de tous les combats, David ! Il hurlait déjà de sa voix stridente alors que les Goliaths de Cleveland, entendez tous ces industriels dont les portraits ornent les façades de la ville, mettaient face à

David Thomas and Two Pale Boys, le 9 octobre à 20h au théâtre de Sainte-Marie-aux-Mines

terre au moment de la crise pétrolière. Au côté du guitariste Peter Laughner, figure hautement charismatique d’une scène punk très active, il puisait dans le blues ou le free jazz de quoi alimenter un rock anguleux ancré dans le réel. « Life stinks, I can’t blink, I like The Kinks, I need a drink », nul besoin de fronde, le monde s’effondre alentours. Les buildings des larges avenues de la ville tremblent encore des coups de boutoir assénés par 30 Seconds Over Tokyo et sa face B, Heart of Darkness ou Final Solution, les deux premiers singles de Pere Ubu, le groupe qui naît dès 1975 sur les cendres de Rocket From The Tombs, ou par chacun des titres qui composent le chef-d’œuvre séminal Modern Dance, un disque sans nul doute aussi important que le premier Velvet Underground. Depuis ses débuts glorieux, Pere Ubu a certes connu des fortunes diverses, mais l’aura de David Thomas reste intacte, que ce soit en solo ou depuis près de 20 ans avec les Two Pale Boys, un projet en trio qui renoue avec ses racines blues. N’en déplaise à ce coquin de Jacques Higelin et son adorable fille ! • E.A.


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8 Laurent Garnier


Technomaniac À presque 50 ans, Laurent Garnier, DJ et producteur ayant activement participé au développement de la house en France reste attaché à sa philosophie. La passion, l’humain, la générosité… Toutes ces choses qui font qu’une place lui est réservée à C’est dans la Vallée.

Te souviens-tu de ta première rencontre avec Rodolphe Burger ? Je vais sûrement dire une connerie, mais je crois que c’est à Deauville. Je ne sais pas pourquoi, j’associe Rodolphe à Deauville. [Rires] Mais on s’est rencontrés il y a assez longtemps, et rapidement, il m’a demandé de venir jouer à C’est dans la Vallée. La première fois, il avait fait un concert dans une petite église, Jeanne Balibar était là. J’en garde un souvenir assez ému parce que là, j’ai compris que ce n’était pas un festival commun. Il n’y a pas tout ce côté énorme que tu peux trouver dans 80% des festivals : là, tu vas manger du jambon et des coquillettes dans une petite cantine et tu dors dans des hôtels avec des petits napperons. C’est génial. [Rires] On s’était un peu perdus de vue pendant quatre ou cinq ans, j’ai revu Rodolphe en Bretagne l’été dernier et l’électricité a repris tout de suite. Le temps est passé mais quelque part, ça n’avait rien changé. Il est toujours aussi passionné et passionnant. Ni lui, ni moi sommes fatigués de la musique. Le pacte s’est à nouveau scellé. Il semblerait d’ailleurs que C’est dans la Vallée t’ait inspiré pour la création de Yeah ! ton festival à Lourmarin. Ce n’est pas un hasard si j’ai à mon tour invité Rodolphe des années plus tard. J’aime cette façon qu’il a de chercher à ce que les gens se rencontrent, ce côté familial. Avec Yeah !, on a une esthétique et une idée d’organisation d’un festival qui ressemble à C’est dans la Vallée : un petit lieu avec une petite jauge pour avoir un vrai moment de partage avec les gens. Ça a été un exemple. Dans un bel article paru dans Le Monde au début du mois d’août, je lisais que si on t’avait dit que tu serais encore DJ à 50 ans, tu ne l’aurais pas cru, qu’est-ce qui te paraissait si loufoque ? À 20 ans, on découvrait une nouvelle

musique, jamais on n’aurait pensé, une seule seconde, que cette musique allait rester vivante 25 ans après. À part le rock, le jazz ou le hip-hop, il y a très peu de musiques qui survivent autant d’années. À l’époque, la house et la techno ont démocratisé le métier de DJ : les jeunes troquaient leur guitare pour des platines et devenaient DJ. Mais pour moi, à l’époque, être DJ était un métier de jeune – j’en parlerai autrement aujourd’hui ! [Rires] –, après, j’allais monter un label et produire des gens. Justement, toi qui est impliqué dans les musiques électroniques en France depuis le début, quel regard portes-tu sur la scène actuelle ? Je trouve que la house ne s’est jamais aussi bien portée en France. Il n’y a jamais eu autant de clubs, de gens intéressants qui tiennent des labels et se battent pour cette musique-là. Il n’y a jamais eu autant de qualité et de diversité que depuis ces cinq dernières années. C’est super excitant. Par rapport à la musique que j’ai défendue et aux nouveautés que j’écoute aujourd’hui, je me sens en phase mais je ne trouve pas que la musique ait fondamentalement changée. Aujourd’hui, il y a des choses que je trouve futuristes mais ce n’est pas plus visionnaire que ce qu’a fait Derrick May avec Rhythim is Rhythim ou Aphex Twin avec ses Analogue Bubblebath. Il n’y a pas de cassure, mais c’est le cas pour toutes les musiques. On connaît ta consommation monumentale de musique, c’est presque un sacerdoce vue la vitesse avec laquelle les nouveautés défilent. Comment faistu pour conserver un regard frais sur le son ? Si tu veux que je te dise, je suis parti en vacances le 15 août et jusqu’à hier [14 septembre, ndlr], je n’ai écouté aucun morceau. Je n’avais jamais fait ça de ma vie… Ma femme m’a regardé avec des gros

Laurent Garnier & Guests, le 10 octobre à 21h au théâtre de Sainte-Marie-aux-Mines

yeux en me disant : «Tu ne prends pas ton ordinateur ?» [Rires] J’ai même fait mieux : je l’ai mis en réparation alors qu’il n’était pas cassé. [Rires] Je suis rentré, j’ai allumé mon ordinateur, j’avais plus de 3 000 mails. Je ne suis pas parti me reposer pour revenir et avoir à nouveau la tête sous l’eau. J’ai tout jeté et hier, j’ai rallumé mon ordi et je me suis fixé d’écouter 2 heures de musique le matin et 2 heures l’après-midi. Je ne veux plus rentrer dans ce truc où j’écoute 10 heures de musique par jour parce qu’effectivement, tu ne peux plus avoir de recul. Je n’éprouvais plus de plaisir. C’est le problème de toute cette profusion. Le MP3 participe de cette consommation frénétique et est utilisé par un certain nombre de DJ qui sont souvent montrés du doigt par des puristes qui ne jurent que par le vinyle, qu’en penses-tu ? Ah parce que la musique est mieux quand elle est sur un vinyle ? Être DJ, c’est faire danser les gens avec de la bonne musique. Le support n’a rien à voir avec le contenu, il ne faut pas mélanger. Un bon morceau est un bon morceau. Je comprends qu’on aime jouer avec le vinyle mais arriver avec ce genre de mépris, c’est se couper du monde ! À la base, la techno c’était une ouverture vers le futur et une ouverture vers les autres, c’était un peu politique ! On s’est battus pour pouvoir faire de la musique avec un ordinateur, pour que la technologie fasse partie de notre environnement. Si on repart en arrière là-dessus, c’est qu’on n’a pas compris les idéaux de la techno… Notre travail c’est d’essayer de créer quelque chose, de faire qu’un moment soit magique, d’étonner les gens, les amener quelque part. Le support : on s’en carre l’oignon ! • C.B.

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Olivier Mellano

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The Great Escape Olivier Mellano nous a habitués à des expériences soniques en tout genre. Avec MellaNoisEscape, il va plus loin encore, mais la pop, elle, ne le lâche pas pour autant.

Le titre MellaNoisEscape annonce d’emblée l’idée d’échappée… J’ai lancé ce projet à la suite de projets pharaoniques comme How We tried. J’ai eu envie de légèreté, de choses plus limpides, de retrouver un format pop. J’adore tourner autour d’une structure, la tordre et m’en échapper. Le projet s’appelle ainsi à cause des toutes premières moutures, bruitistes, proches d’un groupe comme Shellac. La couleur pop s’est glissée pendant l’enregistrement.

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Ton album travaille sur la longueur. Est-ce délibéré ? J’aime les albums dont la première écoute n’est pas évidente, qui me donnent envie d’y revenir. On découvre de nouvelles épaisseurs, de nouveaux angles à chaque écoute. J’envisage cela comme une musique en relief. On entend des poussées soniques, des empilages, une certaine envie d’en découdre mais surtout, un paradoxe : comment maries-tu la noise et la pop ? Je cherche toujours un frottement entre deux éléments qu’on a peu l’habitude de voir ensemble. C’est ça, c’est plus un frottement qu’un paradoxe. Ici, il est entre une chose mélodique, très travaillée et une énergie brute. Et ça fonctionne ! Je vais par là car j’ai du mal à entendre cette musique dans ce que j’écoute. Alors, je la fais.

D’où cette forme de colère amusée qu’on pourrait presque noter ici ou là ? Il y a un petit peu de cela mais c’est une colère assez positive qui va toujours vers quelque chose de lumineux. C’est quelque chose de liée au mouvement... Le terme « escape » vient de là. L’idée d’aller d’un état à un autre, plus lumineux. Quand je jouais dans Mobiil, il y avait des sonorités plus froides et une forme de colère, là oui. Mais aujourd’hui, ma musique galvanise une énergie plus lumineuse. Plus combative que coléreuse. Quelles sont tes influences noise ? Il y a un groupe que j’écoute beaucoup, je pense que cela peut facilement s’entendre, c’est Blonde Redhead. C’est une influence assumée, avec un monde harmonique qui me touche beaucoup, une certaine sophistication des arrangements et une tension. Ce sont des paramètres qu’on retrouve dans ce que je fais. J’écoute pas mal les Swans, qui font un retour magnifique avec leurs derniers albums, mais cela s’entend sans doute un peu moins dans MellaNoisEscape. Mais on peut y entendre de la musique contemporaine, du classique, de la musique balinaise. À l’opposé, il m’évoque Elise Caron et son A Sea Of Flesh, similaire dans la clarté de son propos. Je ne connais pas du tout cet album. C’est marrant que tu me parles de cela,

MellaNoisEscape, Olivier Mellano le 10 octobre à 21h au théâtre de Sainte-Marie-aux-Mines

nous sommes ensemble en ce moment sur le projet de John Greaves. Elise a, elle aussi, plusieurs facettes dans son travail. Peut-être, partageons-nous la même envie d’échapper aux univers trop circonscrits ? Tu es un habitué des plateaux français mais ici tu chantes en anglais ? J’ai du mal, depuis quelques années, avec la langue française chantée. C’est aussi pour cela que j’ai arrêté un projet comme Mobiil. L’anglais, qui est bien entendu la langue du rock, me permet de laisser le texte en arrière-plan. La musique frappe l’oreille en premier. Comment transcrire un tel projet en live ? Cela a été un gros travail. Je ne m’étais pas posé la question de la scène en enregistrant. Il a fallu le faire ensuite et je ne voulais ni ordinateur ni bandes enregistrées. J’ai trouvé un système de trigger que je colle sur ma guitare comme ceux que j’utilisais déjà avec Dominique A. Il a fallu bricoler, changer la façon de penser les timbres et la musique. Je suis assez heureux d’avoir réussi. • G.M.


Sarah Murcia

D’après la légende, les punks ne dansent pas ! Avec les surprenants projets de Sarah Murcia qui associe le danseur Mark Tompkins, on va finir par croire que si. Vous étiez fin septembre en duo avec Rodolphe Burger. Peut-on dire que vous faites partie de la famille ? Disons que je suis souvent dans le coin. Quel regard portez-vous sur sa musique ? Je peux dire que j’adore jouer avec lui, sa musique est spacieuse et cela me convient tout à fait. Il a un sens du temps qui se déroule que je trouve très juste, un rapport profond à la littérature et une façon très pertinente d’aller vers d’autres musiques ou d’autres formes d’expression. On verra à C’est dans la Vallée, votre surprenant Everybody. Quelles sont les règles du jeu de ce duo avec Mark Tompkins ? C’est un spectacle autour du chant, de la danse, de l’improvisation. Nous n’allons pas jouer exactement ça à Sainte-Marie-

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Pogo Pogo

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aux-Mines car nous jouons dans les mines et l’infrastructure ne le permet pas. Mais nous allons revisiter pas mal de choses que nous avons pu traverser ensemble. Qu’est-ce qui vous séduit chez lui ? Il crève l’écran ! Quand je le regarde danser, il se dégage un vrai flou autour de l’idée du savoir. Son expression se situe absolument ailleurs. C’est un aspect de l’art dans lequel je me reconnais. Vous allez jusqu’à le faire chanter en scène, facile ? Très facile. C’est un excellent chanteur. Il est aussi embarqué dans le projet Never Mind the Future. Inhabituel de voir la danse dans un projet relevant du punk, non ? Je ne sais pas. Je suppose que les punks dansent, non ? Parlons de Never mind... Comment avezvous rencontré la musique punk ? Je suis née en 1976. Je n’ai donc jamais écouté les Pistols adolescente. J’écoutais quand même The Clash, Siouxsie, ou The Jam, et beaucoup de psychobilly.

Qu’en est-il du punk aujourd’hui, selon vous ? Quand j’ai décidé de reprendre ce disque, j’ai lu Lipstick Traces, livre formidable où Greil Marcus rapproche Johnny Rotten de Huelsenbeck, de Guy Debord et des situationnistes, de Saint-Just, des hérétiques médiévaux. Comme si dans l’histoire un souffle dada revenait à travers tous ces individus sans qu’ils se reconnaissent mutuellement. Peut-on encore être punk aujourd’hui ? Pas chez nous en tous cas. Difficile d’être subversif dans une société où on donne une place bien au chaud aux artistes. À moins qu’on reconnaisse Jerry Lee Lewis comme un aïeul du punk, il y a une rareté dans votre projet, est-ce le piano de Benoît Delbecq, peu habituel dans ce registre ? Il y a aussi beaucoup de saxophone. Il ne joue que du piano acoustique. Le volume du piano contraint le groupe à un certain mode d’expression, à une esthétique forcément différente. Cela ne m’empêche pas de penser qu’on fait du rock aussi d’ailleurs. Et puis, parfois, Benoît tape vraiment dessus !

Sarah Murcia & Mark Tompkins, le 10 octobre à 11h à la Mine

Au vu de votre parcours, où on note en guise d’euphémisme une sacrée ouverture, on pourrait vous attendre davantage sur le registre du Clash que de celui plus fermé des Pistols. La question n’était pas de reprendre mon disque préféré sinon j’aurais pris The Stooges. Mais Never Mind The Bollocks, c’est un tiers de musique, deux tiers de concepts, qu’ils soient politiques ou esthétiques. La musique est très serrée, on pourrait presque dire que tous les morceaux se ressemblent, ce qui permet d’envisager beaucoup de possibilités d’interprétation. Question subsidiaire et un brin phallocrate, vous êtes une musicienne alors pourquoi ne pas faire honneur aux filles du punk avec des groupes féminins comme les Slits ou les Raincoats ? Je m’en fiche un peu de faire des groupes avec des filles ou avec des garçons. Je fais ce qu’il me plaît. Au final Caroline feat. Mark Tompkins, groupe punk ? Je ne crois pas vraiment. Mais pas zouk non plus. • G.M.


Nicolas Humbert

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Playfulness

C ' est da n s l a va l l ée

Nicolas Humbert vient présenter Step Across The Border, le film qu’il a réalisé avec Werner Penzel sur le guitariste et violoniste anglais Fred Frith. Il montre également Ramper, un film muet de 1927 adapté à partir d’une pièce de théâtre de son grand-père, Max Mohr, et mis en musique par son propre fils.

On se souvient il y a quelques années de cela d’une interview que nous avait donnée Vincent Moon, réalisateur de films musicaux et initiateur des Concerts à emporter avec le succès que l’on sait. Il nous avait précisé les contours de sa création qui s’appuyait sur des principes d’improvisation empruntés au jazz, lesquels lui avaient été suggérés par la vision de Step Across The Border de Nicolas Humbert et Werner Penzel. Il opposait alors le modèle de D.A. Pennebaker, célèbre cinéaste qui avait réalisé Don’t Look Back sur Bob Dylan en 1967 – « un cinéma documentaire qui fige la musique ! » – au film des réalisateurs suisses sur l’artiste Fred Frith : « Je connais très peu d’expérience d’un cinéma, nous expliquait-il alors, qui arrive ainsi à se mettre au niveau de la musique ». On mesurait dès lors l’influence marquante de ce film sur toute une génération de réalisateurs qui cherchaient des solutions quant à la relation entre images et sons. Quel chemin parcouru depuis les premières projections en 1991, dont une mémorable en ouverture du festival des Droits de l’Homme, à Strasbourg. « Tu y as assisté ?, m’interroge Nicolas Humbert. Nous avons fait plein de projections à l’époque, mais celle-là on s’en souvient ! C’était l’une des premières. Il y a des moments qui restent très présents dans la vie

d’un réalisateur ! » Se souvient-il de ces poignées d’invités qui se bousculaient pour sortir dès le générique ou plutôt de la ferveur qui a pu leur être manifestée à l’issue de la projection par un public enthousiaste ? Sans doute un peu des deux. Il doit se souvenir surtout que c’était là le début d’une très belle destinée pour le film. Mais revenons un peu en arrière, le choix de Fred Frith ne pouvait être complètement innocent. Dans ces années-là, il rayonne de mille projets à travers le monde, près de deux décennies après le début de ses premières expériences musicales pop au sein des très avant-gardistes Henry Cow. Pourquoi le choix s’est-il porté sur lui ? Tout simplement parce que sa démarche basée sur l’improvisation est jugée voisine de la leur par les deux réalisateurs. « Nous cherchions, se souvient Nicolas, une forme d’échange, cette formelà n’était possible qu’avec un musicien qui partageait des vues communes. » D’emblée est écartée l’idée de tout portrait. C’était même l’une des conditions à la contribution de Fred Frith au projet. Il leur dit : « Je suis intéressé par un processus, mais surtout pas par l’idée d’un documentaire sur moi ! » Autour d’un plat de spaghetti à Munich, Nicolas et Werner exposent leur point de vue : ils insistent sur l’idée

que cette improvisation constitue en ellemême « un modèle de société parce qu’elle offre de l’espace à l’autre ». L’idée ne peut que séduire le guitariste anglais dont on connaît par ailleurs l’engagement. Tous trois se retrouvent en phase et le dispositif d’un véritable trio se met en place tout en avançant dans l’inconnue par rapport au résultat final. Chacun apprend à se connaître dans le travail, y compris les réalisateurs eux-mêmes dont c’est la première collaboration après de longues années d’amitié. « Nous avions décidé de coréaliser le film, ce qui n’est pas si fréquent. Il nous fallait donc fixer les conditions de cette expérimentation à deux. » Fred Frith devient le partenaire idéal d’un processus qu’ils ont fixé pour eux-mêmes, « comme troisième élément, mais aussi comme focus. Comme point de cristallisation d’une idée », précise Nicolas. Peu de temps après, Nicolas et Werner reçoivent un courrier de Fred qui leur précise qu’il va passer deux mois au Japon – il est alors marié avec la chanteuse japonaise Tenko Ueno –, une occasion pour eux de le rejoindre. « Pour nous, c’était vraiment ‘out of the blue’. Nous nous retrouvions dans la situation concrète », sans pour autant que le financement ne soit assuré, et avec du matériel 16 mm, dont ils n’ont aucune garantie qu’il soit


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suffisant. « Oui, organiser un tournage dans l’un des pays les plus chers, en tant que réalisateurs indépendants sans budget… », Nicolas en rit encore, mais on imagine aisément le moment de stupeur. La chance leur fait croiser la route de Peter Zobel, qui avait assuré le road-management sur Tokyo-Ga de Wim Wenders ; ce dernier a vécu au Japon, il parle le japonais et accepte de les rejoindre dans l’aventure. En janvier 1988, la petite équipe part pour un mois à Tokyo. Ils profitent de leur séjour, non seulement pour organiser des instants de tournage avec Fred, mais aussi pour filmer toutes ces scènes complémentaires avec des paysans japonais, le couple de retraités se réchauffant les pieds à la gare ou des motifs plus abstraits comme la machine à retourner la guimauve. En tout et pour tout 3 heures de rushes. Lesquels contiennent un premier matériau nécessaire pour leur projet, à savoir confronter les images et sons de la vie quotidienne à des instants musicaux. « En découvrant les rushes, nous étions fascinés !, se souvient Nicolas, Sans perspective particulière de financement, nous sentions que le film prenait cependant forme. » Le hasard des rencontres fait qu’un jeune producteur suisse, Res Balzli se montre intéressé ; les premières images projetées finissent par le convaincre. « Il nous a dit : c’est ok, je prends le risque ! » Dès lors, les réalisateurs ont le champ libre, ils savent qu’ils peuvent aller au bout. Fred Frith est cependant un animal artistique libre, il

s’agit de l’apprivoiser. Il a eu l’occasion d’exprimer la difficulté qui était la sienne de se savoir filmé en permanence. La meilleure façon de le mettre à l’aise, c’était de s’inscrire parfois dans ses envies. « La balance était équilibrée, nous relate Nicolas, il nous faisait des propositions auxquelles nous accédions, nous lui en faisions en retour. Il se sentait à l’aise avec nous, c’était essentiel ! » Il était assuré qu’à la fin son image ne serait pas faussée. Cette confiance – « d’amitié jusqu’à un certain point » – l’a libéré au point de se livrer à ces scènes amusantes où on le voit faire ses courses pour acheter les amuse-bouches qui vont servir pour quelques expériences sonores aussi bien intimistes que surprenantes. L’une des vraies mises en scène, où l’artiste a suivi les recommandations des deux réalisateurs. « C’était basé sur son projet de guitare sur la table qu’il avait cessé de développer sur scène. Là, de le transposer dans l’espace privé, c’était presque inespéré. C’était bien la preuve en tout cas que l’échange restait vivant entre nous quant aux situations à créer. » Cette part d’intimité crée une proximité. Nicolas le confirme : « En fait, nous étions trois joueurs. Et cette part de jeu nous a connectés les uns aux autres ». Elle finit par connecter le spectateur aussi, serait-on tenté de rajouter. Ce qui explique à la fois la notoriété du film, mais aussi la rupture qu’il a marqué pour de nombreux cinéastes qui cherchaient à trouver la solution dans la relation entre sons et images. Peut-être dit-il même plus que cela de l’acte créateur lui-même. « C’est contenu dans la citation que Fred lit de Cartier-Bresson dans le film : il n’y a pas de séparation entre le travail de l’artiste et la vie. C’est une conviction basée qui nous lit, Fred et nous. » Et de nous rappeler que Cartier-Bresson accorde dans sa volonté de transmettre plus d’importance à l’instant vécu qu’au résultat final. Le message libérateur de Step Across The Border tient peut-être là, d’où l’importance de le voir, et même de le revoir, aujourd’hui, près de 25 ans après sa sortie. Nicolas Humbert ne cache pas l’émotion de le montrer aujourd’hui encore, le film a posé la base de sa longue collaboration avec Werner Penzel. À SainteMarie-aux-Mines, l’occasion sera doublée d’un instant particulier : en effet, son fils,

Noah Fürbringer, est invité au festival pour un ciné-concert autour d’un film muet de son grand-père, Max Mohr. Nicolas nous explique les conditions de cet événement incroyable. « Mon grand-père était écrivain dans les années 20, il était proche de Thomas Mann et D.H. Lawrence. Il a écrit près d’une trentaine de pièces de théâtre et des romans. En 1934, comme il était juif il a quitté l’Allemagne pour Shanghai. Il y a préparé l’arrivée de ma mère et de ma grand-mère, mais il est décédé en 1937. Son histoire était relayée au sein de la famille comme un mythe, avec en toile de fond Berlin dans les années 20. Ma mère et ma grand-mère ont survécu à la guerre, protégées par des paysans à la campagne. On imagine l’importance de cette histoire pour moi. Le premier film que j’ai réalisé était consacré à ma mère. Elle était marquée par son enfance, il ne lui semblait pas évident de pouvoir s’occuper de l’œuvre de son père. Et comme parfois dans l’histoire, c’est le petit-fils qui se charge d’explorer la vie et l’œuvre de son grand-père. L’une de ses pièces jouées dans les années 20, Ramper, der Tiermensch, racontait l’histoire d’un aventurier qui explorait l’Alaska avant de se crasher en avion dans la montagne où il a survécu en homme-animal avant de retourner à la civilisation, exhibé telle une bête de cirque. Ce récit a été adapté au cinéma en 1927 par Max Reichmann avec un acteur expressionniste, star du muet et ami de mon grand-père, Paul Wegener. En effectuant des recherches, j’ai trouvé une copie du film dans les archives à Londres. Je l’ai montrée en décembre à l’occasion d’une exposition sur son œuvre à Munich, avec une improvisation de Martin Otter, un cinéaste et musicien avec qui j’ai travaillé, et Noah, mon fils batteur. Quand j’en ai parlé à Rodolphe, il m’a aussitôt invité à présenter ce projet sous la forme d’un ciné-concert à Sainte-Marie. » Bien sûr, on sent poindre une émotion particulière dans l’évocation de ce projet. Une émotion qu’il tente de contenir par : « C’est une sacrée histoire, non ? », mais qui dit surtout l’importance encore une fois du vécu, de la transmission et de la filiation dans toute démarche artistique. L’artiste est une somme, il est porteur de tous les termes de cette addition-là pour lui-même sans doute, mais aussi et surtout pour nous tous. • E.A.

Débat « Filmer la musique » animé par Xavier de La Porte, le 10 octobre à 15h au Foyer du théâtre Ciné-concert Ramper, der Tiermensch de Max Reichmann par Martin Otter et Noah Fürbringer, le 10 octobre à 18h au Foyer du théâtre Projections en alternance de Step Across The Border de Nicolas Humbert et Werner Penzel au Foyer du théâtre + Middle of the Moment et Wanted! Hanns Eisler, du 9 au 11 octobre


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Arnaurd Dieterlen & Fortunato D'Orio

Le profanateur de croûtes Rarement on aura vu nom de musicien si souvent écorché. Pour Arnaud Dieterlen, on trouve autant d’orthographes qu’il y a de crédits d’enregistrement ou de concerts. Un esprit malin s’échine à repeindre inlassablement le patronyme du batteur. C’est peut-être un juste retour de baguettes. Repeindre sur ce qui a été laissé par d’autres, Dieterlen le fait lui aussi, avec une joie et une modestie égales. Ses toiles, palimpsestes peints par un sale gosse, sont exposées à C’est dans la Vallée, comme autant d’avis de situation. Cohérent jusqu’au bout de sa presqu’imposture, Dieterlen qu’on a vu familier d’un Bashung, d’un Higelin, de Jad Wio et bien entendu d’un Burger, s’invite cette fois sur les terres d’un Ben et va jusqu’à signer les croûtes qu’il s’ap-

proprie. Peinture naïve contre culture pop et Série Z, voilà le projet. Sur le vernis bon teint des petites toiles achetées en brocante, dûment choisies pour leurs alpages, leurs berges calmes ou leurs forêts assoupies, apparaissent des monstres aquatiques, des robots de 50 pieds de haut, des araignées affamées. Dieterlen parle volontiers des situationnistes pour loger ses peintures, avec une tendresse pour ses victimes, avec une rage tranquille contre le monde de consommation idiote. Sur le fond de l’affiche US du film Invasion Of The Body Snatchers (Don Siegel, 1956), on voit l’empreinte noire laissée par une main inconnue qui vient perturber le cadre graphique, Dieterlen continue cette perturbation, avec un sourire amusé, et sensiblement inamovible. • G.M.

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Kat Onomage

Fortunato avec la légende du Skate Jason Jessee après avoir joué son Skate-Concerto au Cons Space 002 de Berlin en octobre 2013

Il célèbre à Hong Kong les noces du skateboard et d’Haydn. Il laisse la rubrique bio de concerts.fr complètement vide. Il garde son mystère sous des cabrioles d’humour et un patronyme qu’on voudrait factice car magnifique. Fortunato d’Orio est ce genre d’homme-là, pour qui la dérision et le respect de l’héritage sont égaux. Preuve à la mode alsacienne : sa présence à C’est dans la Vallée. Il n’y sera ni pour faire le remonte-pente ni pour tutoyer les sommets d’egotrip. Projet ? Pirouette : « Tu connais l’histoire de Tchouangtseu ? Celle du peintre à qui l’empereur a demandé de dessiner un crabe ? Pendant dix ans, il ne peint rien, puis un matin il se lève et dessine d’une traite. L’idée n’est pas de reproduire quelque chose mais de devenir son sujet. Je vais m’imprégner de trois chansons de Kat Onoma comme s’il s’agissait de mes propres chansons. Ce doit être organique ». Projet (bis) ? Réponse (bis) : « L’harmonie Concordia de Sainte-Croix-aux-Mines va jouer trois titres de Kat Onama, arrangés par moi et accompagnés par Rodolphe au chant et à la guitare. Il y aura Que Sera Votre Vie ?, On Trouble et La Chambre. C’est très chouette l’engouement de ces musiciens et du chef. La démarche humaine m’importe plus que tout, là elle me donne des ailes pour écrire ces arrangements ». Méthode-réponse : « Je relève la musique à l’oreille. Pour trouver ces arrangements, je dois trouver un terrain où peuvent être réunies l’exigence rythmique et la simplicité de jeu. Il faut aller directement à l’essentiel ». Le texte ? Réponse : « Très honnêtement, je ne m’en occupe pas. Sans doute parce que je viens du classique. Je voudrais apporter du Fortunato dans la musique de ce projet, ne pas être influencé par le sens ». Projet (ter) ? Réponse (ter) : « Dans les années 1910/1920, on pouvait entendre sur les places des villes des chanteurs accompagnés par de petits orchestres. J’ai envie de récréer un peu cela. C’est une jolie idée qui renoue avec la tradition de l’orphéon ». • G.M.

Exposition d’Arnaud Dieterlen, du 9 au 11 octobre de 14h à 18h à Val Expo Fortunato d’Orio et Arnaud Dieterlen, le 8 octobre à 20h au restaurant Les deux clés à Lièpvre L’harmonie Concordia (avec Fortunato d’Orio), le 10 octobre à 12h à la Villa Burrus


Fantazio & Mansfied.TYA

À l’impossible, chacun tenu La rédaction m’a demandé un portrait du-dit Fantazio. Soit. C’est un peu comme vouloir faire entrer une gaufrette dans une bouteille de jus de fruit. C’est compliqué, et surtout ça n’a aucun sens (et la métaphore ci-avant encore moins). On pourrait sacrifier à son homonymie quasi-parfaite avec l’acolyte du-dit Spirou et tirer du côté des zazous cireux zézéyant du fifre dans les fifties. Peu satisfaisant. On pourrait gloser sur ses tatouages naïfs et ses accessoires plaqués or, pour en faire une sorte de marin racontant des contes aux béotiens de la Bauce. Guère plus nourrissant. Contrebassiste, il faudrait peut-être commencer par ici, sa contrebasse et le fait qu’il braille à côté d’elle, résolument debout, déboutant tout récalcitrant de son droit à la rodomontade.

Un peu facilement, on évoquerait un O.V.N.I., chercherait une autre solution à cet acronyme et l’affaire serait entendue. Non, Fantazio n’est pas identifiable. Résolument. Qu’il soit aux prises avec Katherina EX ou le sax d’Akosh S., il est à ce qu’il fait. Ici et Maintenant. Le Charpentier charpente, le boucher bouche et Fantazio fantasme. Fantazio jouera pour C’est dans la Vallée, festival de la (dernière) bande à Burger qui n’est pas un festival (le festival, pas Burger), encore moins une suite d’événements. À voir, le gazier, tout entier contenu dans sa musique et dans cette qualité jusque-là réservée aux sauterelles sautant sur les récoltes : insaisissable. À vous de voir. • G.M.

Vulgaire, mais beau Les paroles de Logic Coco de Mansfield. TYA résonnent encore. « Les palmiers les nuages dans le soleil sont tropicaux / Et le bronzage de tes fesses dessine un cœur vulgaire mais beau / Comme notre amour. » Lancées là, comme ça, pour faire beau, sans trop y réfléchir, cachant dans leur coin un peu de chagrin, elles font écho à l’essence même de ce duo nantais : une poésie contemporaine, parfois mystique surtout très second degré, comme le confiait Julia Lanoë, plume et autre moitié de Sexy Sushi. La voilà ici entourée, et ce depuis 10 ans, de Carla Pallone, violoniste de génie et musicienne de l’Ensemble baroque de Nantes. Un parcours dont on aurait presque nié l’existence sans Corpo Inferno, quatrième sublime album où leur électronique minimale et mélodique croise la musique baroque sans jamais oublier de passer par des instants technoïdes dévergondés. Julia Lanoë révélait encore dans Libération : «  On se situe entre le baroque de JeanBaptiste Lully et le côté contemporain et techno de Laurent Garnier ». La voix en plus, vacillante, parfois en souffrance, vibrante. Magnifique. • C.B.

Fantazio, le 10 octobre à 15h à la Mine Gabe Gottes Mansfield. TYA, le 9 octobre à 20h au théâtre de Sainte-Maire-aux-Mines

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Vendredi 9 oct.

Samedi 10

Dimanche 11

En amont du festival…

18:00

11:00

à partir de 11:00

Lundi 5 oct. 20:00

→ Inauguration du festival (sur invitation) avec la Compagnie Catalyse, Rodolphe Burger & Bernardo Montet au théâtre

20:00

→ Concert avec Mansfield.TYA, David Thomas and Two Pale Boys, Winter Family, Rodolphe Burger et Philippe Poirier : Play Kat Onoma with guests au théâtre Minuit → Concert de Erik Truffaz & Marcello Giuliani à l’église de Saint-Pierre-sur-l’Hâte → Concert de Mehdi Haddab au Café du parc

→ Concert de Sarah Murcia & Mark Tompkins à la Mine Tellure → Pique-nique musical avec le Fas Band et l’Harmonie Concordia à la Villa Burrus de Sainte-Croixaux-Mines

13:00

→ Film inédit de Marc Dufaud en cours de réalisation sur Daniel Darc, en présence du réalisateur à la Villa Burrus de Sainte-Croixaux-Mines

15:00

→ Concert de Fantazio à la Mine Gabe Gottes → Débat « Filmer la musique » animé par Xavier de La Porte en présence de Nicolas Humbert au foyer du théâtre

16:00

→ Concert avec Jean-François Pauvros, Noël Akchoté, Seb Martel et Gilles Coronado à l’église de Saint-Pierre-sur-l’Hâte

18:00

→ Concert avec Lou : « J’écris des disques » et Mahut & Berberian : « J’entends plus le pinceau » à la Savonnerie → Ciné-Concert avec Ramper, der Tiermensch de Max Reichmann par Martin Otter et Noah Fürbringer au foyer du théâtre

À partir de 18:00

→ Exposition de Nicolas Comment : photos inédites de Jacques Higelin à La Mine d’Artgens → Film inédit sur Jacques Higelin de Nicolas Comment réalisé pendant l’enregistrement d’Amor Doloroso, enregistré à Sainte-Marie, à La Mine d’Artgens

19:00

→ Concert de Kamarad et The one armed man à la Mine d’Artgens

À partir de 21:00 Renseignements & réservations www.cestdanslavallee.fr contact@cestdanslavallee.fr

→ Concert avec MellaNoisEscape, Jeanne Added, Salut c’est Cool, Laurent Garnier & guests au théâtre

→ Concert avec Swim Platform : Roméo Poirier & Lars Haga Raavand et Flavien Berger à la piscine municipale de Sainte-Marieaux-Mines À partir de midi, brunch alsacien + surprises acoustiques au jardin du théâtre

17:00

→ Concert surprise de clôture du festival à l'Eglise de SaintPierre-sur-l'Hâte

Pendant toute la durée du festival… → Projections en alternance au Foyer du théâtre de Sainte-Marie-auxMines : Step Across the Border, Middle of the Moment, Wanted! Hanns Eisler de Nicolas Humbert, en collaboration avec Werner Penzel (Step Across the Border, Middle of the Moment) et Martin Otter (Wanted! Hanns Eisler).  → Expositions en libre accès : Arnaud Dieterlen, Nicolas Comment, Collectif NNIPAS, Jean-Marie Boubel et rétrospective des artistes résidents du festival dans la cour de Lili Burger

Les adresses → Val Expo / Accueil du festival : 5 Rue Kroeber Imlin → Le Café du parc : 12 rue Kroeber Imlin → Cour de Lili Burger : 7 place Fleur → Le théâtre : Rue Osmont → Église de Saint-Pierre-sur-l’Hâte : 7, chemin de Saint-Pierre-sur-l’Hâte → Piscine : 4, rue Osmont → Médiathèque du Val d’Argent : 11a, rue Maurice Burrus www.valdargent.com/mediatheque → Jardin de la Villa Burrus : 11, rue Maurice Burrus www.un-jardin-passionnement.org → La savonnerie : 41, rue d’Untergrombach www.argasol.fr → La mine Tellure : Lieu-dit Tellure www.tellure.fr → La mine Gabe-Gottes : www.gabe-gottes.fr → La mine d’Artgens : 40, rue Wilson www.mine-artgens.fr

→H  ommage à Roger Humbert : projection d’un film inédit de Sébastien Jaudeau à la Mine d’Artgens

Mardi 6 20:00

→P  rojection avec Ciné Vallée de 20 000 jours sur Terre de Jane Pollard, Iain Forsyth au foyer du théâtre

22:00

→C  oncert de BangBangCockCock au bar Le Foch, (5, place Foch) à Sainte-Marie-aux-Mines

Mercredi 7 18:00

→A  vant-première de Histoires de Rodolphe Burger, un film d’Yvan Schreck réalisé sur les hauteurs d’Orbey. En présence des participants, à la Mine d’Artgens

21:00

→C  oncert de The Hook au restaurant À la ville de Strasbourg (41, rue Wilson) à Sainte-Marie-aux-Mines

Jeudi 8 18:30

→A  péritif au bar Le Couaraie à Rombach-le-Franc

20:00

→C  oncert et tapas avec Fortunato d’Orio et Arnaud Dieterlen au restaurant Les Deux Clés à Lièpvre (9, rue de la Gare)

Barathon → Backyard Folk Club le 9 octobre à 20h30 au Bar des sports →B  angBangCockCock le 10 octobre à 22h au Foch →M  anson's Child le 10 octobre à 21h à La Ville de Strasbourg →N  ovice le 10 octobre à 22h au Colibri →T  he Hook le 10 octobre à minuit au Café du parc

Novo hors série c'est dans la vallée 2015  

Hors-Série n°9 du magazine NOVO spécial festival C'EST DANS LA VALLÉE 2015 à Sainte-Marie-aux-Mines. Vive Rodolphe Burger et toute l'équipe...

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