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LE MOT DE LA RÉDACTION

RÉCONCILIER L'HUMAIN ET L'ÉCONOMIE Si elle n'est pas encore terminée, la crise sanitaire a déjà considérablement fragilisé l'économie à toutes les échelles. Au troisième trimestre 2020, l'activité du pays se serait établie en moyenne à 5% en deçà de l'avant-crise, un chiffre qui atteste tout de même d'un vif rebond par rapport à la première période de confinement, où, selon l'Insee, l'économie ne fonctionnait qu'aux deux tiers de ses capacités. "La résurgence de l’épidémie depuis septembre accroît cependant les incertitudes, même si à ce stade, les nouvelles mesures d’endiguement sanitaire qui viennent d’être mises en place restent plus ciblées qu’elles ne l’étaient au printemps", commente l'institut, qui craint que la reprise ne s'étiole d'ici la fin de l'année et même que la croissance soit nulle à l'issue du quatrième semestre. Pendant que certaines structures appliquent encore le chômage partiel, d'autres sont tenues de rester tout bonnement fermées, menaçant, chaque jour un peu plus les emplois qui en dépendent. Dans ce contexte, l'économie sociale et solidaire, mise à l'honneur tout le mois de novembre, propose une nouvelle façon d'entreprendre, dont l'objectif premier n'est non pas l'accumulation des bénéfices au profit d'actionnaires, mais bel et bien la sauvegarde de l'emploi et le développement du territoire. Une alternative qui, à Mayotte et ailleurs, a déjà démontré son pouvoir et son intérêt dans un contexte économique encore incertain. Solène Peillard

TOUTE L’ACTUALITÉ DE MAYOTTE AU QUOTIDIEN

Lu par près de 20.000 personnes chaque semaine (enquête Ipsos juillet 2009), ce quotidien vous permet de suivre l’actualité mahoraise (politique, société, culture, sport, économie, etc.) et vous offre également un aperçu de l’actualité de l’Océan Indien et des Outremers.

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FI n°3839 Lundi 7 mars 2016 St Félicie

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BP 263 - ZI Kawéni - 97600 Mamoudzou - email : hd.mayotte@wanadoo.fr

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FI n°3822 Jeudi 11 février 2016 Ste Héloïse

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RENSEIGNEMENTS Tél : 0639 67 04 07 | Mail : contact@mayotte-e-velos.yt

FI n°3818 Vendredi 5 février 2016 Ste Agathe

marine le Pen

environnement

Port de Longoni

ConSeil départeMental

Quel accueil se prépare pour la présiDente Du Fn ?

Le Lagon au patrimoine mondiaL de L'unesCo ?

la dsP sur la sEllEttE

pas de changement sUr l’octroi de mer

© Jonny CHADULI

Grève à Panima

TéléThon 2016

Des propositions mais toujours pas D'issue

DemanDez le programme

première parution : juillet 1999 - siret 02406197000018 - édition somapresse - n° Cppap : 0921 y 93207 - dir. publication : Laurent Canavate - red. chef : Gauthier dupraz - http://flash-infos.somapresse.com

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FI n°3997 mercredi 30 novembre 2016 St André

© CR: Gauthier Bouchet

Diffusé du lundi au vendredi, Flash Infos a été créé en 1999 et s’est depuis hissé au rang de 1er quotidien de l’île.

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Économie

SÉcuritÉ

Les appeLs à projets de L'europe

Couvre-feu pour Les mineurs

Première parution : juillet 1999 - Siret 02406197000018 - APE 5813Z - Édité par la Somapresse - Directeur de publication : Laurent Canavate - http://flash-infos.somapresse.com

OUI, je m’abonne

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Musique

Faits divers

Edmond BéBé nous a quitté

ViolEncE En cascadE

Première parution : juillet 1999 - Siret 02406197000018 - APE 5813Z - Édité par la Somapresse - Directeur de publication : Laurent Canavate - http://flash-infos.somapresse.com

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MCG VS SMart

ViCe-reCtorat

UltimatUm oU véritable main tendUe ?

l’institUtion répond aUx critiqUes

Première parution : juillet 1999 - Siret 02406197000018 - APE 5813Z - Édité par la Somapresse - Directeur de publication : Laurent Canavate - http://flash-infos.somapresse.com

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TCHAKS

LA PHRASE

L'ACTION LE CHIFFRE 5,3

C’est la magnitude de la secousse qui a frappé l’île mardi à 12h19, a confirmé le Revosima, réseau de surveillance volcanique et sismologique de Mayotte. L’épicentre du phénomène a été localisé à 22 km à l’est de Dzaoudzi et à 44 km de profondeur, zone d’activité de l’essaim. Pour une meilleure connaissance scientifique des épisodes sismovolcaniques, il est capital de reporter toute secousse ressentie sur le site http://www. franceseisme.fr/.

La Cimade dévoile son guide “Morts et disparitions dans l’archipel des Comores” 10 000 personnes auraient perdu la vie en tentant la traversée entre Anjouan et Mayotte, estimait le Sénat au début des années 2010. Mais les démarches de recherches et d’identification peuvent souvent s’avérer difficiles. Ainsi, la Cimade, association d’aide aux migrants et réfugiés, vient de sortir un guide permettant d'accompagner les proches de disparus via notamment des informations sur les procédures à mener et une liste de contacts à connaître. Ce guide sera disponible auprès des structures associatives et institutionnelles (CHM, tribunal judiciaire, CRA, etc.) ainsi que dans les autres îles de l’archipel et sur le site de la Cimade outre-mer, rubrique actualité.

ILS FONT L’ACTU

« Tant que les consignes de sécurité ne seront pas respectées à la lettre, nous demandons la fermeture du CRA de Mayotte » Arrivé à Mayotte en septembre dernier pour officier au centre de rétention administrative, Frédéric Dufourt, délégué départemental à la Vigi Ministère de l’Intérieur, a détaillé les dysfonctionnements en termes de prise en charge des personnes en situation irrégulière dans le cadre du Covid-19, comme le non port systématique du masque ou le non respect de la distanciation physique. Le fonctionnaire compte saisir les instances compétentes d’ici une quinzaine de jours pour alerter publiquement. S’agissant de la sécurité publique, le syndicaliste défend “la possibilité d’envoyer en mission les compagnies républicaines de sécurité (CRS)” qui pourrait notamment empêcher l’attroupement de bandes armées, ainsi que la mise en place de patrouilles de militaires encore en formation pour optimiser les effectifs, actuellement, selon lui, “mal organisés dans le seul but de répondre à une politique du chiffre”.

Six lycéens interpellent les élus sur l’insécurité

Lundi matin, à l’occasion du premier jour des Assises de la sécurité de Mamoudzou, six lycées issus de trois établissements différents sont intervenus face aux élus locaux pour les alerter quant à l’insécurité qui règne aux abords des collèges et lycées de l’île, et faire des propositions concrètes pour y remédier. Parmi elles, la sensibilisation des jeunes, l’augmentation des moyens de vie scolaire ou encore l’installation d’un médiateur dans chaque bus. Une occasion inédite pour ces adolescents qui se sentent chaque jour en danger de faire part de leur expérience à des élus qui ne sont, eux, pas toujours en première ligne. Parallèlement, le lendemain, le sénateur mahorais Abdallah Hassani adressait un courrier au ministre des Outremer, Sébastien Lecornu, demandant plus de recrutement de policiers originaires de l’île, et donc plus à même de comprendre les difficultés du territoire. “Parmi les 25 policiers mutés début novembre, aucun n’est originaire de Mayotte”, s’est inquiété le parlementaire.

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LU DANS LA PRESSE

Chaque semaine, découvrez le regard porté sur l’actualité locale à travers la presse nationale ou régionale

Le contrat d'alternance une opportunité pour un jeune Mahorais à Château-Gontier Par Philippe Simon, pour Actu.fr (Pays de La Loire)

Makoubouli, 21 ans, explique : « N’ayant pas trouvé de stage professionnel, je n’ai pas pu le valider. » Il envisage alors de le passer en alternance, mais une rencontre professionnelle, lors d’un job d’été en abattoir, change le cours de sa vie. Elle le conduira vers la maintenance.

« Je me suis inscrit au pôle formation au Mans en septembre 2020. » Le jeune homme se met ensuite en quête d’une entreprise qui l’accepterait. Cela n’est pas simple. David Bellanger, responsable maintenance chez Serru, entreprise de près de 140 salariés, déclare :« Les entreprises n’ont pas toujours le temps de s’occuper des stagiaires ou apprentis. Elles ne veulent pas investir de leur temps en pure perte. Nous avons reçu le CV de Makou via l’UIMM (union des industries et des métiers de la métallurgie). Il était clair, et Makoubouli nous a paru motivé. » Makoubouli a intégré le pôle formation au Mans (Sarthe) le 12 octobre 2020. Le 19 de ce mois, il commençait chez Serru à Château-Gontier (Mayenne). Dans l’année, il partagera son temps entre les deux structures, à raison de 20 semaines de formation au centre, et environ 30 semaines au sein de l’entreprise.

Une formule gagnant/gagnant

En contrat d'alternance maintenance dans une entreprise de l'industrie à Château-Gontier (Mayenne), depuis mi-octobre 2020, Makoubouli, un jeune Mahorais a trouvé sa voie. Le hasard a bien fait les choses pour Makoubouli Harouna, un jeune Mahorais en France depuis trois ans. Il est en contrat d’alternance au sein de Serru, une entreprise de fabrication de charpente métallique à Château-Gontier (Mayenne), depuis le 19 octobre 2020. Après des études universitaires en filière administration économique et sociale à Quimper, Makoubouli se tourne vers un BTS électrotechnique.

Pour les deux parties, la formule du contrat d’alternance est payante. David Bellangerinsiste sur ce point : « Makou est en immersion dans l’entreprise pendant deux ans. Nous allons lui transmettre notre savoir. En même temps, il a deux ans pour nous prouver qu’il est la bonne personne à embaucher. » Aux côtés de son référent, Makoukouli s’occupera du parc maintenance de l’entreprise spécialisée dans la fabrication de charpente métallique, métallerie, serrurerie et menuiserie. Il contrôlera et assurera l’entretien de sept lignes de débit, 25 ponts roulant et une cinquantaine de postes et machines accessoires. Entre autres, Makoubouli sera rémunéré à hauteur de 65 % du Smic au début. Ce n’est pas négligeable quand on est encore en formation.

Makoubouli Harouna est en formation au lycée Réaumur à Laval (Mayenne), dans la continuité de son bac pro passé à Mayotte (Département de Mayotte).

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ENTRETIEN

Propos recueillis par Solène Peillard

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ÉCONOMIE SOCIALE ET SOLIDAIRE

MIEUX ARMÉE FACE À LA CRISE ? En novembre, l'activité économique du pays devrait reculer de 12% sous le poids du second confinement, estime le ministère de la Santé. Un chiffre bien en deçà des 31% du mois d'avril, mais qui déjà, présage de lourdes difficultés pour certaines structures et avec elles, pour nombre de salariés. Car au-delà de sauver les bénéfices, l'enjeu est avant tout de préserver l'emploi. Une mission que défend l'économie sociale et solidaire qui célèbre, à Mayotte, la quatrième édition de son mois dédié. Au programme : des rencontres, des conférences en ligne, des ateliers, tous visant à sensibiliser le plus grand nombre à cette façon d'entreprendre, qui défend, plus que le capitalisme, l'humain et l'intérêt collectif. Un mois entier pour dire au plus grand nombre "Réveillez-vous !", résume la directrice de la chambre régionale de l'économie sociale et solidaire de Mayotte, qui malgré la crise sanitaire, devrait permettre la création de près de 300 emplois sur l'île d'ici la fin de l'année, tout en déployant des projets d'envergure internationale.

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ENTRETIEN

Solène Peillard

M. MOUSSA, DIRECTRICE DE LA CRESS

“TOUT CE QUE L’ON FAIT, C’EST POUR MAINTENIR L’EMPLOI” LE MOIS DE L’ESS CÉLÈBRE SA QUATRIÈME ÉDITION MAHORAISE. POUR L’OCCASION, MAYMOUNATI MOUSSA, DIRECTRICE DE LA CHAMBRE RÉGIONALE DE L’ÉCONOMIE SOCIALE ET SOLIDAIRE DE MAYOTTE REVIENT SUR LES PRINCIPES DE CETTE FAÇON D’ENTREPRENDRE, QUI PLACE L’HUMAIN AVANT LES BÉNÉFICES. UNE RECETTE QUI PERMET DE DÉVELOPPER L’EMPLOYABILITÉ EN MÊME TEMPS QUE LE TERRITOIRE, ET QUI SE RÉVÈLE PARTICULIÈREMENT EFFICACE EN PLEINE CRISE SANITAIRE ET ÉCONOMIQUE. Mayotte Hebdo : Comment définiriez-vous l’économie sociale et solidaire ? Quels types de structure peut-elle concerner ? Maymounati Moussa : C’est d’abord une loi, celle du 31 juillet 2014, qui définit l’ESS comme un mode d’entreprendre et de développement économique adapté

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à tous les domaines de l’activité humaine, donc à tous les secteurs d’activité. En une phrase, c’est faire de l’argent en tenant compte de l’humain et de l’environnement qui l’entoure. C’est une économie créatrice de richesses et d’emplois mais qui vise surtout à l’intérêt collectif. On retrouve dans l’ESS toutes les typologies d’entreprises : des coopératives, des mutuelles, des fondations, des associations, des structures d’insertion, des sociétés commerciales, etc. La différence est dans la façon d’entreprendre, qui doit respecter des principes éthiques extrêmement forts pour la société, l’environnement ou un territoire. Le but n’est pas uniquement de partager des bénéfices mais de le faire de façon responsable et d’en réserver la plupart pour le maintien ou le développement de

l’activité, le tout sous une gouvernance démocratique puisque dans l’ESS, chaque actionnaire a le même poids, qu’il ait investi un ou mille euros dans l’entreprise. Et tout ceci bien évidemment se traduit par des statuts, ce n’est pas juste un nom. Et l’ESS peut toucher tous les écosystèmes : on peut gérer un port en mode ESS, on peut gérer une société de transport en mode ESS ! En tant que citoyen, que clients, que fournisseurs, ou que responsables, chacun a le droit de choisir des produits et des services qui ont aussi une utilité sociale, publique, et c’est ce que propose l’ESS. À Mayotte, elle n’est ni plus ni moins que l’économie des Mahorais ! Mayotte Hebdo : Quelles sont les démarches pour une entreprise qui souhaiterait intégrer l’ESS ?

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ENTRETIEN

L’ÉCONOMIE SOCIALE ET SOLIDAIRE À MAYOTTE L’économie sociale et solidaire représente 14% des entreprises mahoraises (89% d’associations, 10% de coopérative et 1% de mutuelles) 2 613 employés (dont 55% de femmes), soit 23% de l’emploi privé mahorais Parmi eux, 40% de professions intermédiaires, 27% d’ouvriers et non codés, 22% d’employés et 10% de cadres et professions intellectuelles supérieures 25 millions d’euros de masse salariale brute annuelle

Maymounati Moussa : En temps normal, en métropole, l’agrément “Entreprise solidaire d’utilité sociale”, ou ESUS, permet aux structures lambdas qui ne sont pas de

l’ESS d’intégrer ces valeurs. Cet agrément n’existe pas encore à Mayotte, par contre on a la possibilité aujourd’hui de revendiquer ces valeurs-là à travers la déclaration de modification d’une entreprise par exemple, ce qu’on appelle le M2 : c’est un Cerfa (un formulaire administratif réglementé ou document officiel, ndlr) à remplir après le changement de statut au Journal officiel et qu’on dépose ensuite auprès du greffe du tribunal de commerce. Ce formulaire

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dispose d’une petite mention qui concerne, je cite, l’adhésion aux principes de l’économie sociale et solidaire, et que les gens sont libres de cocher pour être légalement et administrativement enregistrés comme acteurs de l’ESS. Ensuite, le tribunal vérifie bien que l’entreprise ou la structure mette effectivement tout en œuvre pour respecter ces valeurs-là.

solidaire sont des associations, parce que beaucoup de personnes croient encore, à tort, que l’ESS est réservée aux associations, alors que nous pouvons aider tous les acteurs à se formaliser, et ce sont justement les structures à vocation commerciale qui pourront générer des investissements à une autre échelle, sans pour autant mettre de côté toutes les valeurs de l’ESS.

Mayotte Hebdo : Aujourd’hui, 14% des entreprises mahoraises sont affiliés à l’ESS. Est-ce un chiffre satisfaisant ? Comment aller plus loin ?

Mayotte Hebdo : La crise sanitaire a rebattu les cartes de l’économie, à toutes les échelles. Comment l’ESS y fait-elle face ?

Maymounati Moussa : Par rapport aux autres départements, Mayotte a un taux beaucoup plus élevé puisqu’au niveau national, la moyenne est de 10%. Mais il faut aussi noter que l’ESS pèse 10% du PIB national… À Toulouse par exemple, Dassault représente 4 000 emplois. Les structures annexées au secteur aéronautique qui font de l’ESS, c’est également 4 000 emplois, mais qui agissent autrement que par le capitalisme et tout ce qui va avec. Mais à Mayotte, on peut mieux faire que ces 14%, cela serait intéressant qu’on maîtrise notre marché nous-mêmes, qu’on appelle les investisseurs et qu’on leur dise “Faites avec nous”, mais pas “Venez, on a besoin de vous”. C’est avec les Mahorais que ces investisseurs peuvent développer leurs entreprises, on peut se demander comment travailler ensemble selon les différents besoins du territoire et là, ça devient de l’ESS. Il s’agit non pas de se faire absorber mais au contraire, que chacun profite de ce que peut lui apporter l’autre et que cela profite à l’intérêt collectif. À Mayotte, 10% des entreprises de l’ESS exercent dans le médico-social, ce qui est très important. Après, ici, 90% des entreprises de l’économie sociale et

Maymounati Moussa : Les débuts ont été particulièrement compliqués, parce que les entreprises de l’ESS n’étaient pas vraiment considérées comme des entreprises puisqu’elles ne pouvaient pas prétendre aux premières aides versées par l’État. Mais cela nous a permis de revendiquer notre légitimité : l’essentiel, surtout aujourd’hui, n’est pas de sauver une production mais avant tout les emplois qui permettent cette production. Et ce message là a été entendu à la fois par le Département et par l’Etat. Au début de la crise, nous nous sommes rapprochés de la CCI pour faire partie de la cellule d’urgence pour les entreprises (qui accompagne les structures confrontées à des difficultés de trésorerie et soutient la relance de l’activité, ndlr) et que l’on puisse ainsi répondre aux besoins des 281 entreprises de l’ESS sur le territoire. On a ainsi pu leur proposer un accompagnement plus poussé dès le départ malgré l’absence de dispositif spécifique dédié. En termes de financement, c’est venu un petit peu plus tard puisqu’on ne représente pas l’ensemble des entreprises de Mayotte, donc la priorité était à la majorité. Mais un fond d’aide aux entreprises de l’ESS a progressivement été mis en place par le Département,

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puis, finalement, le plan de relance annoncé par Jean Castex a prévu plein de mesures qui concernent l’ESS, qui n’étaient pas prévues au départ. Ça a été long, mais c’est un signe de reconnaissance et pour nous, un formidable levier. Mayotte Hebdo : Le mois de l’ESS met aussi en avant l’intérêt de cette façon d’entreprendre face à des crises comme celles que nous traversons actuellement. Quelles solutions l’économie sociale et solidaire peut-elle apporter ? Maymounati Moussa : Pour nous, surtout en ce moment, l’ESS c’est la solution : on n’a pas perdu beaucoup d’entreprises du fait de la crise sanitaire et nous n’avons eu aucune vague de licenciements. Tout ce que l’on fait, c’est pour maintenir l’emploi. Depuis le début de l’année, la Chambre régionale de l’économie sociale et solidaire ainsi que ses entrepreneurs ont consolidé ou créé 168 emplois et une centaine d’autres sont en cours, malgré la crise sanitaire et le chômage partiel, parce qu’on se concentre sur l’humain, quelles que soient les situations. D’ici le

31 décembre prochain, on devrait donc arriver à 270 emplois créés ou préservés, et qui répondent aux besoins du territoire et de toute sa population. C’est pour ça que ce mois de l’ESS est particulièrement intéressant : il nous permet, à Mayotte et partout ailleurs, de dire aux gens “réveillez vous !”. D’autant plus qu’on a des clusters mondiaux de l’ESS, comme le Groenland et Aruba (un état des antilles néerlandaises, ndlr) auquel Mayotte apporte son ingénierie ! En fait, ces trois territoires partagent une situation géopolitique commune : Mayotte est réclamée par les Comores, Trump a voulu acheter le Groenland et Aruba est réclamée par le Venezuela. Donc on se retrouve avec trois outre-mer européens qui ont décidé de créer un cluster commun il y a un an, et nous avons présenté devant les différents gouvernements cette chaîne mondiale de l’ESS qui défend un retour à l’état initial de l’économie, et non pas du capitalisme. Il y a encore peu de temps, un grand groupe comme Sanofi achetait toutes ses matières premières en Inde ou en Chine. Quand le Covid-19 est arrivé, Sanofi est revenu au made in France. Ils ont arrêté de chercher la solution la moins chère pour trouver la

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LE PROGRAMME DU MOIS DE L’ESS Crise sanitaire oblige, le programme du mois de l’ESS est actualisé semaine par semaine. Vous pouvez alors retrouver l’ensemble des activités proposées gratuitement sur le site de cress-mayotte.org.

plus pérenne. Parce que quand on fait des économies, c’est souvent au détriment de l’être humain. Les entreprises classiques sont dans un objectif économique bien défini. Et quasiment toutes ont dû se mettre à l’arrêt pendant le confinement. Nous, notre priorité, c’est presque de sauver l’humanité j’ai envie de dire ! Donc on a réussi à adapter nos activités en fonction des besoins du territoire en développant des activités annexes, mais qui permettent aussi de maintenir l’économie locale. Mayotte Hebdo : Les prochains Jeux Olympiques et Paralympiques, en 2024, devraient mettre l’accent sur des investissements qui profitent à l’ESS, donc à l’économie locale, et pour lesquels Mayotte occupe déjà une place toute particulière… Maymounati Moussa : En effet. Au sein de la chambre régionale de l’économie sociale et solidaire, on dispose d’un dispositif, le Fanya Lab, qui est un accélérateur de l’ESS et de l'innovation sociale, qui se situe à Malamani, et qui accompagne tous les acteurs, même informels, qui voudraient se lancer ou se développer dans l’ESS. Ce dispositif a reçu le label Territoire French Impact, qui permet à Mayotte (premier territoire ultramarin labellisé, ndlr) d’être prioritaire sur une enveloppe de 370 millions d’euros qui, dans le cadre des prochains Jeux Olympiques, permettront de développer des projets qui doivent répondre à trois défis : le zéro déchet, et l’intercommunalité du Sud nous accompagne là-dessus en mettant son territoire à disposition des porteurs de projet, la formalisation des activités non déclarées pour favoriser une meilleure alimentation notamment dans le milieu scolaire et le développement d’un hub de l’ESS à grande échelle, que nous mettons déjà en place actuellement à travers plusieurs clusters dans le monde. J’aimerais vraiment que les intercommunalités, les communes, l'État et le département se saisissent d’un outil qui s’appelle “achat socialement responsable”, reconnu par l’Union européenne. Aujourd’hui, on peut insérer dans les marchés publics des clauses sociales et environnementales permettant de recruter les personnes les plus éloignées de l’emploi. Même si ce sont, par exemple, des contrats de chantier de huit mois, ça sera huit mois pendant lesquels ces personnes pourront nourrir leurs familles. C’est important que nos pouvoirs publics utilisent cet outil, et certains le font déjà, mais il serait intéressant qu’on augmente le pourcentage de marchés réservés. Nous organisons d’ailleurs un webinaire à ce sujet à la fin du mois ! n

- Mardi 17 novembre : Webinaire « ESS 2024, une opportunité pour les entreprises de l’ESS ultramarines » - 15h30-17h00 | visioconférence En 2024, les Jeux Olympiques et Paralympiques vont générer des opportunités économiques dans un grand nombre de secteurs d’activités et ce, sur l’ensemble des territoires, même ultramarins. À destination des entreprises de l’ESS, cette rencontre digitale a pour objectif de les informer sur les achats socialement responsables et l’accès à la commande publique. Au programme : des témoignages d’entreprises déjà positionnées sur des marchés publics, des partages de bonnes pratiques et des échanges avec les CRESS pour accompagner les entreprises de l’ESS à se saisir de cette opportunité. - Mercredi 18 novembre : L’ESS s’invite au lycée du Nord 8h00-16h00 | Lycée du Nord, Acoua Fanya Lab, accélérateur de l’ESS et de l’innovation sociale se délocalise le temps d’une journée au lycée du Nord pour sensibiliser les élèves de classe de BTS. Cette intervention, organisée autour de deux ateliers sera l’occasion pour les jeunes de se mettre à la place d’un porteur de projet qui souhaite créer une entreprise sociale répondant à une problématique qu’il auront eux-mêmes identifiée et d’identifier, comparer et comprendre la différence entre les entreprises de l’ESS et les entreprises classiques. Ludiques, participatifs et inclusifs ces ateliers pourront servir de point de départ pour la mise en place de projets plus concrets, comme la création d’une association ou d’une coopérative éphémère pour que les jeunes puissent s’approprier les principes de l’ESS. - Jeudi 19 novembre : Atelier sur « l’innovation sociale » 9h00-12h00 | visioconférence Pendant le Mois de l’ESS, Fanya Lab* - accélérateur de l’ESS et de l’innovation sociale - propose tous les jeudis une matinale thématique sur l’entrepreneuriat social. Cette troisième matinée qui portera sur « l’évaluation d’impacts » est notamment destinée aux porteurs de projet ESS qui souhaitent mener à bien une étude d’impact social de leur projet. Ce temps d’échanges permettra de se familiariser avec la notion d’innovation sociale. Il sera l’occasion d’apprendre à identifier et définir les besoins sociaux pour répondre aux besoins de la population et du territoire. Accéder au webinaire : https://us02web.zoom.us/j/82181299625 - Du vendredi 20 au dimanche 22 novembre : Séjour et hébergement en famille avec une personne spécifique | Hamjago L’association Salama Salimine assure un accompagnement administratif et social des personnes retraitées, âgées et porteuses de handicap, ainsi que de leurs familles. Pendant le Mois de l’ESS, elle organise un week-end complet avec hébergement pour rompre l’isolement des personnes vulnérables et créer du lien social. Ainsi des rencontres, visites et animations sont au programme de ce week-end. - Lundi 21 novembre : Le CRIB à Koungou, M’Tsangamouji et Sada /9h00-12h00 Le Centre de Ressources et d’Information pour les Bénévoles (CRIB) a pour missions d’informer les associations bénévoles, de les accompagner dans leur structuration et de former les bénévoles associatifs. Afin d’accompagner plus d’associations sur le territoire dans leurs démarches administratives, notamment celles qui sont trop éloignées du Grand Mamoudzou, le CRIB se déplace dans les communes partenaires pour accompagner les associations sur des thématiques données. Avec cette action, le CRIB a notamment pour volonté de faciliter l’accès à l’information, le conseil et l’accompagnement des bénévoles associatifs des communes ciblées.


MAGAZINE D’INFORMATION NUMÉRIQUE HEBDOMADAIRE Edité par la SARL Somapresse au capital de 20 000 euros 7, rue Salamani Cavani M’tsapéré BP 60 - 97600 Mamoudzou Tél. : 0269 61 20 04 contact@mayottehebdo.com Directeur de la publication Laurent Canavate canavate.laurent@mayottehebdo.com Directeur de la rédaction Mohamed El Mounir dit “Soldat” 0639 69 13 38 soldat@mayottehebdo.com Rédactrice en chef Solène Peillard

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Couverture :

Economie sociale et solidaire Les hommes avant l'argent

Journalistes Romain Guille Raïnat Aliloiffa Constance Daire Direction artistique Franco di Sangro Graphistes/Maquettistes Olivier Baron, Franco di Sangro Commerciaux Cédric Denaud, Murielle Turlan Thomas Lévy Comptabilité Catherine Chiggiato compta@mayottehebdo.com Secretariat Annabelle Mohamadi Première parution Vendredi 31 mars 2000 ISSN : 1288 - 1716 RCS : n° 9757/2000 N° de Siret : 024 061 970 000 18 N°CPPAP : 0121 I 92960 Site internet www.mayottehebdo.com

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Mayotte Hebdo n°936  

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