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LE MOT DE LA RÉDACTION

UNE DE PLUS Et une de plus ! "Une de plus quoi ?" Une rentrée bien sûr ! Les élèves ont repris le chemin des écoles, collèges, et lycées. Les travailleurs, celui de leur emploi ; et les élus, celui des institutions. Quant à Mayotte Hebdo, bien sûr, l'équipe a repris le chemin de l'actualité. Une nouvelle rentrée, pour une nouvelle année d'actus qui s'annonce riche. C'est la raison pour laquelle nous avons, cette semaine, choisi de regarder légèrement vers le futur, en étudiant et présentant les grands dossiers qui, n'en doutons pas, ferons parler à Mayotte dans les mois à venir. Évolution institutionnelle, élections municipales, volcan, aménagement, éducation, etc. : de quoi mieux comprendre les défis à venir. Nous mettons aussi à l'honneur Msamuel Ali, l'entrepreneur grâce à qui Mayotte peut désormais mieux commander en ligne. Sa plate-forme, Sam Discount, permet en effet d'accéder à quelque 500 000 produits du célèbre Cdiscount. Son ambition et ses convictions en l'international doivent servir d'exemple ! Enfin, c'est vers le passé que nous nous retournerons avec l'ouvrage de Christophe Cosker, L'invention de Mayotte, qui analyse les récits sur Mayotte à travers les siècles. Bonne lecture à vous tous.

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COUP D’ŒIL DANS CE QUE J'EN PENSE

Laurent Canavate

Mayotte Hebdo n°346, vendredi 31 août 2007

L'URGENCE D'AGIR Equiper sa maison de lampes à basse consommation, éteindre tous les appareils électriques plutôt que de les laisser en veille, faire la lessive dans la machine à 30°C plutôt qu'à 90 qui consomme trois fois plus, acheter des équipements électroménagers à faible consommation d'énergie… Les bons gestes ne manquent pas, simples, pour économiser l'énergie, comme nous le rappellent le conseil général, l'Ademe et EDM dans une campagne qui démarre cette semaine. Pour économiser l'eau, c'est pareil, de petits gestes, mis bouts à bouts, permettent de réaliser de grands pas. Et il faut le faire rapidement car les ressources s'épuisent, notre planète souffre après des décennies d'abus incommensurables. Les hommes ont cru que les ressources étaient inépuisables, infinies… Ce n'est pas le cas et la prise de conscience planétaire est en train de se faire, pour remédier à des excès mortels. Le réchauffement de la planète, les catastrophes naturelles de plus en plus graves et fréquentes, les accidents industriels, les pollutions définitives, les déboisements insensés… Il faut effectivement, en urgence, prendre conscience, mais surtout agir. Et il ne faut pas oublier le plus visible, le plus flagrant : les poubelles, nos déchets… Nous en "produisons" des tonnes chaque année, plus de 500 kilos par an et par habitant en France. Ces déchets, si nous n'y prenons garde, s'accumulent, s'entassent, débordent des décharges à ciel ouvert. En les brûlant ils dégagent des fumées toxiques. S'en échappent des liquides nauséabonds, très polluants pour le sol, puis pour les nappes phréatiques, les rivières et le lagon qu'ils rejoignent inexorablement. Il y a pourtant les déchets verts, que l'on pourrait composter ; du verre, du métal, du papier à recycler ; des sacs en plastique que l'on pourrait éviter ; des batteries, des piles, des huiles usagées à

TOLERIE - PREPAR ATION - PEINTURE

récupérer... Car la protection de la nature, de notre environnement, le réchauffement climatique, sont devenus des réalités dramatiques. L'intelligence de l'homme est mise à rude épreuve pour trouver des idées, des solutions, mais il faut avoir confiance en cette intelligence. L'instinct de survie de l'être humain doit le pousser à agir, vite ! Mayotte n'est pas épargnée, au contraire. Les milieux insulaires sont plus sensibles, plus fragiles. Les écosystèmes sont à la merci du moindre dérèglement. Et si des terres sont devenues incultes, inutilisables, si le lagon devient mort, il ne sera pas possible de partir à la conquête de l'Ouest ou de nouveaux territoires… En revanche, si l'on réussit à le préserver, à le transmettre à nos enfants, nous aurons un joyau d'autant plus apprécié. C'est la population de chaque territoire qui doit se prendre en main, se prendre en charge. C'est à chacun d'agir et à ceux que l'on a désigné pour gérer les affaires communes de prendre les mesures nécessaires. L'interdiction des sachets en plastique sur l'île a été une très belle décision, pour notre environnement qui s'en asphyxiait, mais aussi en termes d'image. Car dans un monde dont les frontières se sont réduites, il faut se faire sa place, et un environnement sain, un cadre de vie agréable constituent des atouts qui seront de plus en plus appréciés. Le développement des énergies éolienne, marée motrice ou solaire, la collecte et le retraitement de nos déchets, le reboisement des zones érodées mais aussi les plantations en ville pour atténuer la chaleur du soleil, la mise en place de transports en commun efficaces, constituent des pistes, des voies que nous nous devons d'emprunter. Il est urgent d'agir.

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S LE RÉTRO

Pour tous vos communiqués et informations

Une seule adresse : rédaction@mayottehebdo.com

Tous à l'école dès quatre ans Et une rentrée scolaire de plus pour les jeunes mahorais ! À ceci près que cette année-là, une nouveauté bouleverse un peu les habitudes : pour la première fois, l'école maternelle est obligatoire dès l'âge de quatre ans. Toutefois, si les postes d'enseignants ont été prévus en conséquence, les locaux, eux pour accueillir cette tranche d'âge supplémentaire, ne peuvent sortir de terre en claquent des doigts. Conséquence : la mise en place de rotation dans les écoles élémentaires. "Je préfère voir des écoles en rotation que des enfants dans la rue", justifiait le vice-recteur d'alors. Mayotte Hebdo n°440, vendredi 28 août 2009.

Rentrée scolaire : à quel rythme ? Arrivée de la réforme des rythmes scolaires à Mayotte en cette année 2014. Un changement qui n'est pas de tout repos. "Personne ne peut déposer un enfant le matin et venir le chercher à 10 h pour le ramener à 13 h et revenir le chercher à 16 h", dénoncent ainsi les parents actifs, travaillant à Mamoudzou, alors que les enfants n'y sont pas scolarisés. Parmi les actions menées en guise de protestation : des écoles maternelles fermées par les parents à Chiconi, une marche vers le vice-rectorat pour ceux de Kawéni, et un préavis de grève qui avait été déposé par les syndicats. Mayotte Hebdo n°669, vendredi 29 août 2014.

LA PHOTO D'ARCHIVE Une rencontre avec la princesse Laurentien des Pays-Bas Mai 2010 : signataire de la charte de l'Agence nationale de la lutte contre l’illettrisme (ANLCI), Mayotte participe au Forum permanent des pratiques à Lyon, qui réunit toutes les régions pilotes de la lutte contre l'illettrisme pour présenter et partager leurs méthodes. Onze membres de différents centres de formations mahorais présentent ainsi le dispositif École des parents, qui rencontre un grand succès sur l'île à la princesse Laurentien des PaysBas, envoyée spéciale de l'Unesco pour l'alphabétisation.

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IL Y A 5 ANS

IL Y A 10 ANS

C'ÉTAIT DANS MH


TCHAKS

LA PHRASE "J’appelle le Gouvernement à préparer dès à présent l’opération Shikandra 2.0"

L'ACTION LE CHIFFRE 20 C'est le nombre de projets portant sur la nutrition retenus par l'Agence régionale de santé (ARS) et d'autres institutions dans le cadre de son appel à projets – "Bien manger et bouger à Mayotte – Alimentation/nutrition. Sportsanté-bien-être" – lancé en 2017. Ceux-ci sont portés par 18 structures, dont des acteurs communaux, associatifs et scolaires. Montant total du subventionnement : 285 758€.

Deuxième Salon du livre en octobre La deuxième édition du Salon du livre de Mayotte se tiendra les 17,18 et 19 octobre prochain. Organisé par l'Agence internationale du livre pour l'éducation (Aile) avec le concours de la Direction du livre et de la lecture publique et du Conseil départemental, il a pour objectif de promouvoir la littérature mahoraise, la lecture et l'éducation, les échanges littéraires mais surtout de défendre l'identité mahoraise. Le président de l'Aile, Salim Mouhoutar s'est ainsi réjouit : "39 auteurs ont été recensés à ce jour, mais la liste n'est pas exhaustive. Ce chiffre montre que nous représentons une force."

Bien que satisfait de l'annonce de l'opération Shikandra, destinée à mieux lutter contre l'immigration clandestine, faites par la ministre des outre-mer, Annick Girardin, lors de sa visite à Mayotte, le député Mansour Kamardine appelle à aller plus loin. Shikandra 2.0 consisterait, selon lui, en une "permanence en mer 24h/24h, des moyens civils et militaires de surveillance et d’interception [en dotant] Mayotte d’une base de drones de surveillance maritime avec, le cas échéant, l’implantation d’une base d’expérimentation des moyens innovants et des programmes de développement des forces de l’ordre et de souveraineté ; [et en affectant] le premier patrouilleur de la Marine Nationale de nouvelle génération (POM – patrouilleur outremer) qui sortira des chantiers navals à Mayotte avec comme port d’attache Mayotte."

LA PHOTO DE LA SEMAINE Un nouveau bulbe pour la mosquée de Tsingoni

Symbolique : le bulbe du minaret de la mosquée de Tsingoni a été remplacé mardi 27, dans le cadre de la rénovation de l'édifice, classé monument historique. Après un nouvel escalier et une nouvelle toiture pour la grande salle de prière, cela a donc été au tour du dôme de bénéficier d'une cure de jouvence. "Le vrai travail de restauration du monument historique datant du XIIIème siècle va commencer le mois prochain, une fois la fin des études", a expliqué Ambass Ridjali, directeur général adjoint en charge de la culture et du sport à la mairie de Tsingoni.

DÉCHETS Une caravane pour mieux trier

Dès le 6 septembre, les vendredis entre 10h et 14h et samedis entre 9h et 13h, la caravane du tri poursuit son tour dans les communes de Mayotte pour expliquer de manière ludique le "haraka", la technique du tri des emballages. À chaque étape, les animateurs proposent aux habitants des échanges, des quizz sur tablette numérique, des jeux… tout en soulignant les consignes de tri.

PROVERBE Fumbo lahimbiwa mjinga mwendza ãkili ulirambua.

La chanson chantée à un idiot, un homme intelligent la comprend.

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LE FLOP LE TOP Du covoiturage à Mayotte L’association Sirel976, spécialisée dans les innovations technologiques, vient de lancer son site web intitulé GariCO pour favoriser le covoiturage et rentabiliser les déplacements des automobilistes. À la différence de BlaBlaCar, le leader mondial du covoiturage, l’association ne touche aucune commission pour ne pas freiner les intéressés. "Le choix du montant dépend de l’automobiliste et du passager, ils s’arrangent entre eux", explique El-Farouk Adinani, le président de Sirel976, qui espère développer également une application mobile d’ici le mois de février. Si le projet est actuellement en phase de test, il semble déjà recueillir l’aval des usagers.

L'école de Cavani ne s'arrange pas "Ce matin, avant l’arrivée des élèves, c’est nous qui avons dû faire le ménage dans les classes, plusieurs vitres sont cassées, il y a des trous dans les sols des classes… C’est vraiment dangereux" : le témoignage est celui d'une enseignante de l'école de Cavani sud, qui déplore l'état de l'établissement. En cause : l'absence de réfection des locaux par la mairie, une demande pourtant récurrente de l'équipe éducative, las d'accueillir les enfants et de travailler dans ces conditions.

ELLES FONT L'ACTU Annick Girardin et Sibeth Ndiaye

La ministre des Outre-mer, Annick Girardin, était en visite lundi 26 et mardi 27 août à Mayotte. L'occasion pour elle d'annoncer l'opération Shikandra contre l'immigration clandestine, mais aussi d'annoncer des mesures consécutives à la découverte d'un volcan à une cinquantaine de kilomètres à l'est de Petite-Terre (plus de détails dans notre dossier). La porte-parole du gouvernement, Sibeth Ndiaye, était également de la partie. Elle est notamment allée à la rencontre de l'Association pour la condition féminine et d'aide aux victimes (Acfav) et s'est exprimée sur la venue possible du président de la République Emmanuel Macron : "Je sais que son attention est de venir au plus vite (…) d’ici la fin de l’année."

CULTURE & INFORMATIQUE Une nouvelle médiathèque à Bandraboua Désireuse de transformer la bibliothèque en médiathèque, la municipalité de Bandraboua a achevé ses travaux d’extension. Le matériel informatique et la salle de projection sont fonctionnels. La nouvelle structure "permet à tous l’accès non seulement à la culture et à la lecture, mais aussi aux usages des techniques de l’information et de la communication", souligne Soulaimana Boura, le maire de la commune.

INSERTION Neet-Work, pour une remise en niveau accélérée Sept jeunes en difficultés sociales, éducatives et familiales participent à un programme européen d’insertion par l’artisanat intitulé NeetWork. Depuis le 29 juillet, et durant six semaines, ils sont réunis en communautés, ils suivent des cours et enchaînent les remises à niveau et les stages en entreprise dans l’optique de trouver une porte de sortie pérenne vers le monde professionnel. À l’issue des six semaines du programme, "tout le monde aura une porte de sortie, une formation diplômante, un emploi ou un contrat de professionnalisation", assure Jean-Denis Larroze, secrétaire général de la Chambre des métiers et de l'artisanat.

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À LA RENCONTRE DE...

Geoffroy Vauthier

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MSAMUEL ALI

PRIORITÉ À L'INTERNATIONAL POUR LA PREMIÈRE FOIS, MAYOTTE VA ÊTRE CONNECTÉE À QUELQUES 500 000 PRODUITS VENDUS DE PAR LE MONDE. GRÂCE À LA PLATEFORME DE VENTE EN LIGNE SAM DISCOUNT, LE DÉPARTEMENT EST DÉSORMAIS RELIÉ À L'ENTREPRISE CDISCOUNT, RENDANT LIVRABLES SUR LE TERRITOIRE LA MARCHANDISE PROPOSÉE PAR LE CÉLÈBRE SITE. À L'ORIGINE DE L'INITIATIVE, L'ENTREPRENEUR MSAMUEL ALI, QUI MISE SUR L'INTERNATIONAL POUR DÉVELOPPER LE TERRITOIRE. PORTRAIT. À Mayotte, chacun connaît le récurrent "hors Mayotte", souvent regretté et cité avec lassitude, qui s'applique quotidiennement : dans des lois votées au Parlement français, dans les réglementations des contrats d'assurance nationaux, ou encore dans le simple fait de commander en ligne et de se faire livrer ici : impossible la plupart du temps. Sur ce dernier point toutefois, la formule pourrait perdre de sa véracité. Grâce à la plate-forme Sam Discount, lancée cette année et désormais opérationnelle, quelque 500 000 produits du célèbre site de vente en ligne Cdiscount, deviennent accessibles aux habitants de l'île : électroménager, bricolage, accessoires automobile, prêt-à-porter, informatique, jouets, vins et spiritueux, ou encore puériculture, etc. : tous les secteurs sont fournis. À l'origine de l'initiative ? L'entrepreneur Msamuel Ali, 50 ans, qui, fort de son expérience, a été contacté par la société désireuse de se développer à l'internationale. Mission : créer une plate-forme de commande permettant aux Mahorais de bénéficier, euxaussi, de l'offre proposée par l'entreprise en métropole. Natif de Pamandzi, Msamuel rejoint la métropole en 1989. Il a alors 20 ans, et comme pour beaucoup d'autres, quitter l'île est nécessaire à la poursuite d'études. Pour lui, cela sera un bac f4, aujourd'hui

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Viser le monde Pour Msamuel Ali créateur et gérant de la plate-forme Sam Discount, les entrepreneurs doivent regarder l'international pour se développer : "Il y a beaucoup d'initiatives sur l'île, mais elle est petite, et son marché est de fait restreint."

CE QU'ILS EN DISENT Moussa, son frère "C'est quelqu'un de dynamique et de visionnaire. Dans un monde devenu numérique où tout se digitalise, il a toujours cru en cette option-là. Il ne l'a jamais lâché et n'a pas hésité à s'investir dedans pour le développer à Mayotte. Humainement, il est très affectif et fidèle à ceux qu'il aime."

disparut mais qui permettait d'œuvrer dans le BTP et le génie civil. "À l'époque, à Mayotte, on ne connaissait pas beaucoup d'autres pistes que le bâtiment et la fonction publique. C'était donc logique de partir dans cette voie", se rappellet-il. À Clermont-Ferrand où il est installé, il en découvre pourtant d'autres, le secteur des télécommunications en particulier. C'est dans cette voie qu'il œuvrera finalement en sautant pieds joints dans la vie active dès la fin de son cursus : sept ans au sein de l'entreprise qui s'appelle alors la Lyonnaise des communications, puis sept autres années chez SFR. C'est ce dernier opérateur qui lui propose, en 2007, de revenir à Mayotte pour y développer le

marché. Il est alors en charge de la supervision de tous les points de vente de l'île. Deux ans plus tard, le groupe l'encourage à monter sa propre affaire pour distribuer les produits SFR. C'est ce qu'il fera jusqu'en 2014, année où l'opérateur est racheté par Numericable. "Je voyais les chiffres baisser, je sentais qu'il fallait désormais trouver une autre piste", explique l'homme. Heureusement, un an plus tôt, en 2013, il suit une formation en alternance d'un an, organisée par la Chambre de commerce et d'industrie (CCI) de Mayotte en partenariat avec l'École des hautes études commerciales (HEC). Dix Mahorais sont alors sélectionnés pour en bénéficier. Objectif : développer un

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projet pour développer l'activité économique à Mayotte. De quoi l'armer pour l'avenir et l'aventure qui se présentera quelques années plus tard. En attendant, lorsque SFR est vendu en 2014, ses boutiques deviennent distributeur Orange. Msamuel continue avec succès de développer ses magasins. Il compte aujourd'hui quatre boutiques : deux en PetiteTerre à Pamandzi à Labattoir, et deux en Grande-terre à Koungou et Dzoumogné.

L'ATTRAIT DE L'INTERNATIONAL Mais c'est plus récemment que ses affaires prennent une autre tournure. "Un hasard" – comme il dit – bienheureux : l'entreprise Cdiscount le contacte en début d'année pour créer et gérer une plate-forme de vente en ligne permettant aux habitants du 101ème département d'eux aussi avoir accès à 500 000 produis proposés par le site. Plus simplement : faire le lien entre Mayotte et Cdiscount. Il accepte alors et s'attèle à son projet. "Cela m'a demandé beaucoup de travail les premiers mois, car il a fallu adapter les commandes au territoire de Mayotte", explique-t-il. Entre autres : contraintes techniques des livraisons, contraintes des droits de douanes, etc. Après ce travail préparatoire, le site est désormais opérationnel. Ses magasins de téléphonie font désormais aussi office de point relais dans lesquels les achats faits en ligne peuvent être retirés une fois arrivés sur le département. Une chance pour le consommateur mahorais, selon lui, car "on se plaint que tout est plus cher. Et c'est vrai. Mais désormais, nous avons accès à la commande en ligne plus facilement." Un pas de plus pour offrir du choix aux consommateurs, mais aussi une ouverture du monde qui, pour lui, est la meilleure piste de développement pour l'économie mahoraise.

S'OUVRIR À LA RÉGION ET AU MONDE Car le marché mahorais, contrairement à ce que l'on croit parfois, intéresse fortement cet ailleurs dont nous envions une économie qui paraît être, vue d'ici, florissante. Et il s'agit parfois même d'investisseurs potentiels de pays lointains. "Comment aije été mis en contact avec Cdiscount ? Eh bien, ce sont eux qui m'ont trouvé", se réjouit-il. Et ce ne sont pas les seuls : "Depuis que je suis dans ces réseaux international, je reçois beaucoup de sollicitations. Notamment de Chine. Je leur demande souvent comment ils me trouvent. La réponse est toute simple : "Nous faisons des recherches", me répondent-ils tout simplement." En somme : nombre d'entreprises sont intéressées par Mayotte, et n'attendent parfois que le relais sur place pour s'y implanter. Il en est la preuve. Pour Msamuel, cela tombe bien car développer une entreprise locale à Mayotte est, selon son propre aveux, difficile : "Il y a beaucoup d'initiatives de la part des jeunes, mais c'est très dur, car c'est une petite île, sur laquelle le marché est forcément restreint." Dès lors, s'ouvrir à l'extérieur représente une piste de développement à privilégier pour les entrepreneurs locaux. Il reprend : "Il ne faut pas avoir peur de se lancer, au contraire, mais il faut le faire en pensant, si ce n'est à l'international, au moins à notre environnement régional. Choisir de ne rester qu'à Mayotte signifierait se priver d'une possible manne. Cela serait une erreur." Conseil : "Investir dans un site internet" : de quoi permettre de faire connaître son entreprise partout sur la planère, et au passage intéresser potentiellement des entreprises et territoires basés au-delà du lagon. Une internationalisation à privilégier, donc, afin de faire sortir Mayotte de son carcan et offrir enfin à son économie, un décollage et une reconnaissance tant attendus.

CE QU'ILS EN DISENT Mariama Siradji, associée de Msamuel pour Sam Discount "Msamuel est quelqu'un qui ne se décourage jamais. Il est ambitieux et met tout en œuvre pour atteindre ses objectifs. Par ailleurs, avant d'être son associée, j'étais son employée, et c'est quelqu'un qui sait être très à l'écoute des uns et des autres, comme un père. Il sait créer un vrai rapport de confiance. Je le considère comme un de mes proches."

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LE DOSSIER

ACTUS

LES GRANDS DOSSIERS À


Par : Geoffroy Vauthier Solène Peillard Grégoire Mérot

Finies les vacances ! Cette semaine, une nouvelle année de travail pour Mayotte débute. Que nous réservet-elle ? Difficile à dire tant les choses peuvent aller vite – ou pas assez – sur notre territoire. Qui pourrait prédire un de ces soudains grands mouvements sociaux dont l'île a le secret ? Ou une de ces crises diplomatiques avec nos voisins comoriens ? Qui aurait pu prédire l'apparition d'un volcan ? Ou une pénurie d'eau comme celle de 2016 ? Personne. Pour autant, la fin d'année 2019 et la première partie de 2020 s'annonce riche en évènements. Politiques tout d'abord, avec les élections municipales de mars. Social ensuite, avec cette transformation du département en département-région qui, bien qu'expliquée, persiste à faire peur. Mais aussi diplomatique – avec un accord trouvé récemment entre la France et l'Union des Comores, ainsi qu'un vaste plan de lutte contre l'immigration clandestine présenté par la ministre Girardin – et géologique avec le suivi de ce monstre sous-marin unique découvert à quelque 50 km de notre île. Sans oublier les aménagements et les grands projets à l'étude ou en cours : possible piste longue, transport en commun, arrivée de nouvelles enseignes de grande distribution, mise en place d'un rectorat et d'une ARS de plein exercice, ou encore différentes nouveautés en termes d'urbanisme. Ainsi, Mayotte Hebdo vous présente cette semaine les grands dossiers qui animeront l'année à venir.

À SUIVRE CETTE ANNÉE 13

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LE DOSSIER

RÉFORME INSTITUTIONNELLE

LE SUJET SENSIBLE C'EST LE GRAND DOSSIER QUI FAIT GRINCER DES DENTS : CELUI DE LA RÉFORME INSTITUTIONNELLE MENÉE PAR LE CONSEIL DÉPARTEMENTAL ET LE SÉNATEUR THANI MOHAMED SOILIHI. ET DEVENEZ QUOI ? C'EST CETTE ANNÉE QUE TOUT DOIT SE JOUER.

À Mayotte, toucher de près ou de loin au tant attendu statut de département, c'est jouer avec un dossier des plus sensibles. La crainte est d'ailleurs perceptible à chaque visite de ministre et à chaque démarche diplomatique avec l'Union des Comores, durant lesquelles est régulièrement demandée la garantie que Mayotte demeure française. Des demandes auxquelles est systématiquement opposée la même réponse : oui, Mayotte restera française et non, rien ne permet de laisser croire le contraire. Oui mais voilà, après 50 ans de combat pour parvenir à la départementalisation de l'île, les Mahorais demeurent plus que jamais fidèle à leur maxime : Ra Hachiri, "Nous sommes vigilants." Vigilants, ils le sont par exemple tout particulièrement sur le projet d'évolution institutionnelle, aussi appelé "toilettage institutionnel", que portent la majorité départementale et le sénateur Thani Mohamed Soilihi. Un projet par ailleurs inscrit dans le Plan pour Mayotte daté de juin 2018. Une union des partis, respectivement Les républicains et En marche, à défaut d'un consensus populaire sur le sujet, clairement un des plus sensibles du moment. Car, bien que ses partisans rappellent qu'il ne s'agit que d'accorder plus de moyen à la collectivité en la faisant évoluer de département à départementrégion pour 2021 – comme prévu dès 2009 par le Pacte sur la départementalisation de l'île et comme c'est déjà le cas pour La réunion, la Guadeloupe, la Guyane, et la Martinique –, beaucoup redoute qu'il ne s'agisse en trame de fond que de donner plus d'autonomie à Mayotte afin qu'à

terme, elle reprenne son indépendance. Un supposé "largage" qui fait hérisser les poils d'un territoire déjà sensible. Ainsi, en 2016 déjà, l'ensemble des conseillers départementaux avaient voté "non" à la réforme du mode de scrutin – faisant passer le nombre d'élus de l'institution de 26 à 39 –, un préalable à cette évolution. Au mois de mars dernier, lors de l'anniversaire des 10 ans du référendum de 2009, le sénateur Thani voyait son discours interrompu par des opposants à la réforme. Et ce malgré une réunion tenue deux mois plus tôt, détaillant le projet et se voulant rassurante. Car rassurer, c'est un peu le mot d'ordre du coté des partisans de ce toilettage. "Il faut être clair là-dessus. On ne peut pas aller vers plus d'autonomie, ou vers l'article 74 de la Constitution (voir encadré), sans passer par un référendum", déclarait Thani Mohamed Soilihi dans nos colonnes en mars dernier (Mayotte Hebdo n°878). Et de poursuivre : "Je mets au défi quiconque de me dire quel article ou quelle disposition du texte pourrait y mener [à plus d'autonomie]. Ce qui se trouve dedans, c'est l'exercice clair et entier des compétences régionales et des compétences départementales. Les Mahorais n'ont jamais aspiré à un statut qui tendrait vers l'autonomie, je ne vois pas ce que ça vient faire dans la discussion." Deux semaines plus tôt, dans notre numéro 876, c'était un des vice-présidents du Conseil départemental, Issa Issa Abdou, qui tentait de mettre un terme aux craintes. "Nous ne sommes pas assez fous pour aller à l'encontre de la volonté des Mahorais [et] sommes des départementalistes convaincus. (…) Cela ne nous viendrait jamais à l'idée de

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faire quoi que ce soit pour revenir dessus. Au contraire, il s'agit de coller au choix qu'a fait Mayotte [en 2009]", déclarait-il.

L'ARGUMENT ? DES MOYENS EN PLUS Argument principal invoqué en faveur du département-région ? Des moyens supplémentaires. Le sénateur Thani les revendiquait : "Pourquoi y a-t-il besoin d'évoluer ? Parce qu'au bout de 10 ans, on se rend compte de deux choses : non seulement la compétence départementale n'est pas aboutie, avec le volet social qui reste à parfaire ; mais les compétences régionales qui sont déjà sur le papier n'ont pas non plus les dotations qui vont avec. (…) Les Mahorais ne cessent de comparer le développement de Mayotte avec celui de La Réunion. Ils citent notamment la route du Littoral et celle des Tamarins, qui sont des projets qui coûtent plusieurs millions, voire

des milliards d'euros. Nous, pour une malheureuse piste longue ou un malheureux contournement de Mamoudzou, on n'arrive pas à mettre en place les projets. Mais la différence est que les grands projets de La Réunion sont portés par la région. Elle a plus de moyens qu'un département. Cela me semble aller de soi." Des arguments qui n'ont toutefois pas encore fait leur chemin dans l'esprit collectif. Reste à savoir, donc, si le sénateur Thani et le Conseil départemental parviendront à suffisamment faire œuvre de pédagogie pour convaincre et faire accepter cette évolution institutionnelle avant qu'il ne soit trop tard. Les prochaines élections régionales ont en effet lieu en 2021, et le projet doit être inscrit rapidement au programme du Parlement, afin de rendre la possible région effective dès cette date. Autant dire que le délai est court. Sera-t-il accepté ou rejeté ? Et dans quelles conditions ? Les mois à venir le diront. Vigilance. n

ARTICLE 73 : POURQUOI RASSURE-T-IL ? Les territoires ultramarins français sont régis selon deux articles de la Constitution : les articles 73 et 74. Le premier, l'article 73, concerne les régions et départements d'outre-mer, dont Mayotte. Si une marge de liberté est accordée à ceux-ci, elles ne peuvent en revanche concerner "la nationalité, les droits civiques, les garanties des libertés publiques, l'état et la capacité des personnes, l'organisation de la justice, le droit pénal, la procédure pénale, la politique étrangère, la défense, la sécurité et l'ordre publics, la monnaie, le crédit et les changes, ainsi que le droit électoral." Également : "La création par la loi d'une collectivité se substituant à un département et une région d'outre-mer ou l'institution d'une assemblée délibérante unique pour ces deux collectivités ne peut intervenir sans qu'ait été recueilli (…) le consentement des électeurs inscrits dans le ressort de ces collectivités." En somme : l'article garanti le statut de département, sauf décision contraire, par référendum, de la population concernée. Une des craintes soulevées par l'évolution institutionnelle portée par le Conseil départemental tient justement au fait que Mayotte ne soit plus géré par cet article-là mais par le 74, concernant les autres collectivités territoriales ultramarines, jouissant de plus d'autonomie.

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ÉLECTIONS MUNICIPALES

LE GRAND CHAMBOULEMENT ? AGENDA POLITIQUE CHARGÉ CETTE ANNÉE. EN CAUSE : LES ÉLECTIONS MUNICIPALES 2020. UN SUFFRAGE LOCAL PARTICULIÈREMENT SUIVI À MAYOTTE COMPTE TENU DU RÔLE PARTICULIER QU'Y JOUENT LES 17 COMMUNES. ATTENTION : BATAILLES ÉLECTORALES À L'HORIZON. Ils sont déjà plusieurs à s'être officiellement déclarés candidats. Dernier en date : Ibrahim Ali, l'actuel adjoint au maire de Mamoudzou en charge des travaux et équipements publics, qui a annoncé sa volonté de devenir le premier magistrat du chef-lieu. Ailleurs dans l'île, d'autres candidats se sont fait connaître : Haroufani Hamourani, président du Mouvement citoyen de la commune, à Chirongui ; Ali Ben Moussa, pour le Mouvement pour le Développement de Mayotte, à Bandrélé ; sans compter les maires sortants dont certains se représenteront. Parmi eux, Anchya Bamana à Sada ou Roukia Lahadji – par ailleurs première maire de France à avoir été investit par son parti, LREM, en vue du prochain suffrage –, à Chirongui. Bref : les élections municipales 2020 des 15 et 22 mars sont déjà lancées, et de nombreux autres candidats devraient apparaître d'ici la date de fin de dépôt des dossiers, généralement deux semaines avant le premier tour, soit fin février/début mars. Car à Mayotte, les élections municipales ont une résonnance particulière. Élections locales par excellence, elles sont d'une part celles qui correspondent le plus aux structures traditionnelles de la société, avec des candidats connus des uns et des autres ; et d'autre part elles permettent d'élire le représentant de la commune. Or, cette collectivité revêt un statut d'importance sur l'île : premier échelon territorial, leurs compétences influent directement sur le quotidien des habitants. État de la voirie communale, état des grilles de caniveaux, création de trottoir, gestion des écoles maternelles et primaires, des crèches, aménagement du territoire communal, permis de construire, etc. : autant de points susceptibles de modifier et d'améliorer le quotidien des Mahorais. Et, sur un territoire où le développement est fortement attendu – à la hauteur des besoins –, les politiques engagées en faveur de la qualité du cadre de vie direct se voient et se ressentent immédiatement. Sans compter le fait qu'en 2014 et 2015 ont été mises en place cinq intercommunalités à Mayotte. Celles-ci, composée de conseillers communautaires, qui sont également membres des conseils municipaux. Autant dire que les choix faits et les chantiers engagés par les intercos dépendent étroitement de la capacité et de la motivation des élus qui la composent. Souvenons-nous, par exemple, des déconvenues rencontrées par celle du Nord en 2017, qui avait finit par être dissoute par le tribunal administratif suite à des différends… entre communes. n

Et aussi

EN 2021, LES ÉLECTIONS RÉGIONALES L'année 2020 sera celle des élections municipales, mais les campagnes ne s'arrêteront pas pour autant. En 2021 en effet, cela sera au tour du scrutin régional d'animer les débats. Et Mayotte pourrait bien être concernée puisque le Conseil départemental et le sénateur Thani Mohamed Soilihi souhaite faire évoluer le statut de Mayotte de département vers département-région, comme prévu en 2009 par le Pacte pour la départementalisation et sur le modèle déjà existant à La Réunion, en Martinique ou en Guyane. Objectif : l'inscrire au plus vite à l'agenda du Parlement pour élire une assemblée régionale lors desdites élections. Pour autant, le sujet est plus que sensible, divise et fait peur (voir en pages précédentes).

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DIPLOMATIE ET IMMIGRATION

L'ANNÉE DU RENOUVEAU ?

LES DEUX DERNIÈRES ANNÉES FURENT POUR LE MOINS TENDUES. DÉCASAGES, REFUS DE L'UNION DES COMORES D'ACCUEILLIR SES RESSORTISSANTS RECONDUITS À LA FRONTIÈRE, BLOCAGE DU SERVICE DES ÉTRANGERS DE LA PRÉFECTURE : LES RELATION FRANCE-COMORES ONT CONNU DES BAS PROPORTIONNELS À L'AGACEMENT DES MAHORAIS VIS-À-VIS DE L'IMMIGRATION. DES CRISES QUI POURRAIENT SE CALMER AVEC À LA SIGNATURE D'UN ACCORD ENTRE LES DEUX PAYS. L'ANNÉE À VENIR PERMETTRA D'EN VÉRIFIER LA PERTINENCE. On le sait : le différend territorial entre la France et l'Union des Comores au sujet de Mayotte demeure. Il est d'ailleurs régulièrement au cœur des différentes crises sociales qui agitent le 101ème département : décasages, refus de l'Union des Comores d'accueillir ses ressortissants reconduits à la frontière, blocage du service des étrangers en réponse, etc. Bref : si un sujet est sensible, c'est bien celui de la diplomatie entre les deux pays, étroitement liée à la question de l'immigration. Pourtant, Paris et Moroni sont parvenus à un accord signé le 22 juillet dernier, auquel ont été associés les élus de Mayotte. Le consensus ? L'octroi de 150 millions d'euros sur trois ans par l'Agence française de développement (AFD)destinés à soutenir 14 projets répartis en quatre axes prioritaires : formation et insertion professionnelle des jeunes, éducation, santé, et développement agricole. Une aide financière de la France multipliée par 10. En contrepartie, le document tend à instituer une coopération entre les deux pays pour une meilleure maîtrise des flux migratoires. Des mesures claires, tout d'abord en termes de contrôle des mouvements illégaux entre les deux territoires, mais aussi de gestion des flux réguliers et de réadmissions (voir en encadré). Un document fort sur le papier, à même de rassurer une population mahoraise de plus en plus agacée, mais dont la mise en place, et donc l'efficacité, doit encore être démontrée.

UN VASTE PLAN CONTRE L'IMMIGRATION En parallèle, le gouvernement français vient d'annoncer par la voix d'Annick Girardin la mise en place de l'opération Shikandra, regroupant des mesures déjà mises en place à la suite du Plan Mayotte de juin 2018 – comme la création d'un état-major de lutte contre l'immigration clandestine, la mise en place du Groupe d'enquête sur la lutte contre l'immigration clandestine (Gelic), ou encore la modernisation du traitement du signal radar – et de nouvelles annonces : arrivée de 22 marins supplémentaires, 10 gendarmes et 12 fonctionnaires pour la brigade nautique ; création d'une unité territoriale dédiée au contrôle des pêches et à l'identification de kwassas, surveillance accrue par voie aérienne, 70 nouveaux personnels dédiés à la lutte sur terre, etc. Un volontarisme affiché destiné à redonner confiance : "Avec ce renforcement des moyens maritimes et la coopération avec les Comores, je pense que nous sommes en mesure de répondre à la question de l’immigration illégale, à hauteur de ce qu’attendent les Mahorais depuis très longtemps maintenant", assurait la ministre. Reste désormais à observer et à juger sur les faits l'efficacité des mesures de cette opération Shikandra et de l'accord signé entre la France et l'Union des Comores. En attendant, sur le volet des contrôles et des reconduites, la ministre s'est réjouie : "Aujourd’hui, (...) nous sommes près de notre objectif des 25 000 reconduites à la frontière, si nous continuons à mettre le paquet, nous pourrons atteindre les 30 000." n

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Annick Girardin, ministre des Outremer, lors de sa venue à Mayotte, les 26 et 27 août derniers. Elle y a notamment annoncée l'opération Shikandra.

ACCORD FRANCE/COMORES : LA GESTION DES FLUX EN LIGNE DE MIRE Signé le 22 juillet dernier, l'accord entre la France et l'Union des Comores doit permettre une meilleure gestion des flux migratoires entre les deux pays. Voici quelques-unes des mesures qu'il contient : - "La mise en œuvre par l'Union des Comores d'un programme de lutte efficace contre les départs irréguliers d'embarcations vers Mayotte, consistant en une action résolue des forces de sécurité intérieure comoriennes, sur terre et en mer, pour empêcher les départs irréguliers des kwassas transportant illégalement des passagers (…). L'union des Comores s'engage en particulier à déployer, dans les meilleurs délais, en partenariat avec la France, sa flotille de garde-côtes entre Anjouan et Mayotte en vue de contrôler les mouvements en direction de Mayotte, contrôler les ateliers de fabrication de kwassas et à démanteler ceux dont l'activité concourt à l'immigration illégale" - "La création par les autorités comoriennes d'une structure dédiée à la lutte contre les trafiquants d'êtres humains, chargée de coordonner les actions à terre et en mer, d'assurer le partage d'informations et les interactions avec son homologue française." - "Le développement, par la partie française, de formations au profit des officiers en charge des garde-côtes, des douanes

et des forces de police et de gendarmerie comoriens pour prévenir ou empêcher les départs non maîtrisés." - "La poursuite par la France de son action renforcée de lutte contre les passeurs à Mayotte" ; ou encore "La mise en place de poursuites pénales à Mayotte et dans l'Union des Comores, à l'encontre des trafiquants de migrants identifiés par la France ou l'Union des Comores." La question des reconduites à la frontière y est également traitée, avec "la prise en charge et l'accompagnement à partir de Mayotte, des personnes devant retourner dans leur île d'origine de l'Union des Comores", et "la création d'un groupe de travail conjoint sur la question des mineurs non-accompagnés ou des mineurs isolés présents à Mayotte, afin de favoriser la réunification avec leurs familles." Enfin, la délivrance des visas doit faire l'objet "d'une simplification", les visas de circulation "pour certaines personnes reconnues par les deux parties comme contribuant au développement de la relation bilatérale et ayant notamment respecté les termes d'un précédent visa, notamment les officiels binationaux, les chefs d'institutions nationales et locales, les hauts fonctionnaires, les universitaires, les opérateurs économiques, le personnel médical" ; et "l'extension du nombre de Passeports Talent vers la France délivrés pour l'Union des Comores."

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VOLCAN

À L'ASSAUT D'UN PHÉNOMÈNE UNIQUE DEUX PHÉNOMÈNES SURPRISES RÉUNIS EN UN SEUL AUXQUELS PERSONNE NE S'ATTENDAIT : UN ESSAIM DE SÉISMES DÉBUTÉ EN MAI 2018, PUIS LA NAISSANCE D'UN VOLCAN EN DIRECT À 50 KM DE NOS CÔTES. AUTANT DIRE QUE MAYOTTE AURA ÉTÉ AUTANT SECOUÉE QUE LA COMMUNAUTÉ SCIENTIFIQUE INTERNATIONALE, QUI ASSISTE LÀ À UN PHÉNOMÈNE GÉOLOGIQUE UNIQUE.

Manifestation divine ? Punition des djinns ? Exploitation pétrolière secrète ? En termes d'explications farfelues, rien ne nous aura été épargné pour expliquer l'apparition d'un essaim de séismes au mois de mai 2018. La réponse était pourtant bien plus terre à terre, si l'on peut dire : la naissance d'un

volcan sous-marin à une cinquantaine de kilomètres à l'est de Petite-Terre. Découvert en mai dernier, celui-ci mesurait déjà 800 mètres de haut pour environ quatre kilomètres de large. Un beau bébé qui laisse sans voix la communauté scientifique internationale, enthousiaste d'assister en


direct à la naissance d'un volcan. Un phénomène unique au monde qui demeure encore bien peu connu malgré les missions d'observation menée ces derniers mois. Mais s'il focalise toutes les attentions, il suscite aussi la crainte malgré une apparente baisse de son activité. Il faut dire qu'en plus, l'île se déplace et s'enfonce, particulièrement à l'est : pas de quoi rassurer ! Ainsi donc, l'année à venir permettra d'en savoir plus, mais également de mettre en place des dispositifs de surveillance et… d'urgence. Idée : être prêt en cas de problème. C'est ce qu'expliquais lors de sa visite la ministre des Outre-mer, Annick Girardin, à l'occasion d'une rencontre avec les volontaires d'une formation délivrée par l'Association française de génie parasismique – une formation qui s'inscrit elle-même dans la prévention des risques liés au phénomène : "On me dit aujourd’hui que les risques à court terme ne sont pas aussi majeurs que ce que je craignais. Malgré tout, il y a un certain nombre de questions qui se posent encore. Je préfère que l’on se prépare au pire, sans effrayer la population, pour que l’on soit au bon niveau de réponse si le risque vient à se réaliser." Au programme, et dès l'année 2020, donc : la mise en place d'un réseau d'observation et de surveillance impliquant scientifiques, aménageurs, élus et population : "La mobilisation doit être générale", a affirmé la ministre.

80 MESURES À VENIR Et pour cela, il faut des mesures. Un vaste plan en contenant 80 doit être annoncé d'ici quelques semaines. Onze d'entre elles sont déjà connues : 1) Consolidation de la chaîne de direction et des structures de gestion de crise, à travers une cellule

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dédiée et des outils de commandement de gestion de crise en centre opérationnel. 2) Ajustement de la planification de gestion de crise, par l’évaluation de nouveaux risques (tsunami, éruption, séisme) et leurs réponses. 3) Dispositifs d’alerte et d’information de la population, à travers les réseaux sociaux et les SMS d’alerte, notamment. 4) Information préventive et préparation de la population, à travers des formations, des exercices de protection civile, etc. 5) Protection des populations au risque de submersion marine, avec la définition de zones refuges. 6) Renforcement des capacités de secours, avec la redéfinition des besoins matériels et humains du Service départemental d'incendie et de secours (SDIS). 7) Renforcement des capacités de soins et de soins d’urgence. 8) Renforcement du dispositif de mise à l’abri des populations, avec l’identification des lieux sûrs de regroupement. 9) Renforcement de la résilience des réseaux, pour permettre un redémarrage le plus prompt de la distribution d’eau et d’électricité. 10) Consolider la réponse opérationnelle communale, avec un accompagnement des municipalités par l’État. 11) Facilitation de l’intervention des renforts des moyens nationaux. Un programme chargé et mené tambour battant donc, afin de préparer le 101ème département à une éventuelle catastrophe naturelle. Un risque annoncé comme modérée mais qui demeure au centre des inquiétudes. n

1 Le sous-marin autonome

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embraqué lors de la mission Mayobs4. Il permet d'acquérir des données microbathymétriques de haute précision des fonds Crédit : MAYOBS4

2 Les données recueillies

par la mission Mayobs4 ont permis de confirmer que la hauteur du volcan n'avait pas évolué, avec un sommet à 2 850 m de profondeur, et de découvrir qu'une nouvelle coulée volcanique avait fait son apparition sur le flanc ouest du volcan. Son épaisseur atteint 150 mètres pour un volume estimée à 0,3 km3.

3 Des roches draguées sur 3

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le nouveau volcan. Crédit : MAYOBS4

4 Une des photos prises lors de la mission MAYOBS4,montrant de la lave cordées, typiques des laves plus fluides.

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ÉCOLE

LES AMBITIONS DU VICE-RECTORAT À L’ÉPREUVE DU FEU ALORS QUE LA RENTRÉE SCOLAIRE A RAPPELÉ L’URGENCE D’OUVRIR DE NOUVEAUX ÉTABLISSEMENTS, LE NOUVEAU VICE-RECTEUR, GILLES HALBOUT, AFFICHE UNE POLITIQUE IMMOBILIÈRE VOLONTARISTE. MAIS AUSSI PÉDAGOGIQUE, AVEC UN ACCOMPAGNEMENT PLUS PERSONNALISÉ DES ÉLÈVES SELON LEURS NIVEAUX. UNE PREMIÈRE ANNÉE QUI DEVRA RÉPONDRE À NOMBRE DE DÉFIS. Le vice-recteur de Mayotte, Gilles Halbout, l’assure : "tout est prêt" pour le passage de son administration en un rectorat de plein exercice. "Le passage au rectorat n’est pas vraiment un sujet. Il s’agit de formaliser un certain nombre de procédures, de cadrer des actes de gestion et de fonctionnement, mais le personnel et les compétences sont là. Il s’agit d’une réforme administrative qui est préparée, qui n’est pas spécialement complexe et surtout, qui n’a pas vraiment d’impact sur le terrain." Pour le futur recteur, l’enjeu principal n’est donc pas là, mais plutôt dans l’application des réformes voulues par le gouvernement et dans la création puis la mise en œuvre d’un projet pédagogique sur l’île. Appliquer les mesures nationales à Mayotte n’est en effet pas une mince affaire. On pense déjà au dédoublement des classes, compliqué à mettre en œuvre sur le terrain dans des écoles au maximum de leur capacité d’accueil. Alors on s’adapte, et finalement, on observe pour l’heure dans la majorité des cas un dédoublement des professeurs. Ils sont alors deux par classe à faire cours en même temps à deux groupes distincts. C’est le système "Duo". Dans ce cadre, qui ne vaut que pour les écoles primaires, le vice-recteur souhaite mettre l’accent sur une pédagogie différenciée, permettant aux élèves qui ont un parcours dit "classique"

de progresser à leur rythme tandis que les groupes d’élèves qui accumulent les difficultés feraient l’objet d’une attention particulière, leur permettant de combler leurs lacunes et ainsi rattraper leur retard avant le passage au collège. On retrouve en sous-texte, la "méthode Blanquer" : faire en sorte que les acquis fondamentaux – lire, écrire et compter – soient totalement maîtrisés à l’arrivée des élèves en 6ème.

SÉCURISER LES APPRENTISSAGES Mais si les doctrines Halbout et Blanquer se rejoignent, elles sont rattrapées par la réalité du terrain. Le vice-recteur le sait : on est aujourd’hui loin du compte concernant les acquis fondamentaux. Alors, il souhaite étendre la pédagogie différenciée à tous les niveaux. "On ne peut plus jouer la carte du tout mélangé. Cela marche en métropole lorsque la proportion d’élève en grande difficulté, notamment au niveau de la langue est très minoritaire, mais ici les proportions sont telles que tout le monde se tire vers le bas", considère-t-il ainsi. Dans le secondaire, 83 nouveaux enseignants ont été recrutés pour ce faire. De nouvelles formations sont ouvertes et l’accès aux différents BTS élargi. Le mot d’ordre : chacun doit trouver le parcours qui lui correspond, en étant assuré que l’école le soutiendra.

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De belles ambitions qui, encore une fois, peuvent voler en éclats si elles ne sont pas comprises dans un renouveau de l’écosystème éducatif. On parle là, notamment, des violences scolaires, de la saturation des bâtiments ou encore de la vétusté de certains d’entre eux. Parlons immobilier, d’abord. "Nous avons mis un gros coup d’accélérateur sur les projets, si tout ne sera pas prêt à la rentrée, rendez-vous à l’automne pour en mesurer l’ampleur", assure le futur recteur. Au programme : inauguration du collège de Bouéni, rénovation du collège de Sada et de celui de Dembéni, qui avait dû être évacué, fragilisé par les séismes. Le 10 septembre sera par ailleurs lancé concours d’architecte pour le lycée de Chirongui et, le 17, les travaux d’agrandissement du collège de M’Tsangamouji débuteront. D’autres projets doivent suivre assure le vice-rectorat.

Concernant les violences scolaires, les autorités éducatives, préfectorales et les représentants des parents d’élèves se sont entendus pour renforcer la présence des équipes mobiles de sécurité (EMS). Il s’agit d’adultes référents qui doivent assurer une présence dissuasive à l’abord des établissements à l’égard d’éventuels fauteurs de troubles et rassurante pour tous les autres. Nouveauté de cette rentrée, ils doivent embarquer à bord des bus de ramassage scolaire. Le message : "Il faut que tout le monde comprenne que la vie de l’élève commence dès son entrée dans le bus et non pas dans la salle de cours. Il faut symboliquement le rappeler à tous les acteurs, les sensibiliser et faire en sorte que le comportement que nous attendons des élèves dans les établissements soit le même en dehors." Après les révisions de l’été, le vice-rectorat passe aujourd’hui en mode examen. n

LES SYNDICATS DANS L’ATTENTE APRÈS DES ANNÉES DE "POLITIQUE DE POMPIERS" Plusieurs syndicats, à l’instar de la CGT Éduc’action, grognent contre le décalage entre les ambitions affichées du vice-rectorat, mais aussi de l’Etat, et leur quotidien d’enseignants. Quentin Sedes, secrétaire départemental du syndicat dénonce ainsi la lenteur avec laquelle les nouveaux établissements apparaissent. "Le seul qui a été ouvert pour la rentrée est le collège de Bouéni, alors même qu’il devait être livré pour la rentrée dernière !", peste-t-il, rappelant que tous les établissements sont saturés, tandis que le nombre d’élèves est toujours croissant. Sur ce point comme sur bien d’autres, le syndicaliste monte au créneau contre "une politique de pompiers", à rebours "d’une vision à long-terme". La situation des contractuels sur l’île serait ainsi symptomatique, selon lui, d’un manque d’ambition pour rendre le territoire attractif aux yeux des professeurs titulaires. Dans les établissements, les contractuels représentent souvent la grande majorité des enseignants. Au collège de Kwalé, à Mamoudzou, ils sont 85… Sur un total de 90. Problème, alors que l’éducation à Mayotte requiert d’avoir les reins solides, ils ont moins d’expérience, sont moins formés et créent un turn-over incessant rendant impossible la constitution d’équipes pédagogiques sur le long terme. Quentin Sèdes dénonce aussi vertement la précarité de ces contrats, alignés sur le droit privé. Concernant la pédagogie différenciée, celui qui est professeur au lycée de Kahani rappelle "qu’il ne faut pas créer une école à deux vitesses sur le territoire, mais qu’il faut aussi prendre en compte les difficultés qui existent". Une chose est sûre : "cela ne doit pas être une politique à long terme, et elle doit s’accompagner d’un renforcement des moyens pour espérer un nivellement par le haut".

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AMÉNAGEMENT ET FONCIER

POURSUIVRE LA CONSTRUCTION DU TERRITOIRE EN TERMES D’URBANISME, DE LOGEMENT, D’AGRICULTURE ET D’ENVIRONNEMENT, L’EXPLOSION DÉMOGRAPHIQUE DU 101ÈME DÉPARTEMENT POSE UNE MYRIADE DE DÉFIS À RELEVER. SI CERTAINS PROJETS S’AMORCENT DÉJÀ DOUCEMENT, L’AMÉNAGEMENT DURABLE DU TERRITOIRE SERA ASSURÉMENT LONG. Les chiffres parlent d'eux-mêmes : 160 000 habitants à Mayotte en 2002, 270 000 en 2019, et 500 000 à l’horizon 2050, selon une projection du Conseil départemental. Mais sur le territoire à la croissance démographique la plus élevée de France, les habitats précaires faits de tôle, de bois, de végétaux ou de terre représentaient en 2017 près de 40 % des résidences principales, selon l’Institut nationale de la statistique et des études économiques (Insee). Autre problème, le potentiel des terres cultivables locales, estimé à 40 km², ne saurait suffire à nourrir un demi-million de Mahorais : "On occupe aujourd’hui 21 km², donc si on reste sur les mêmes conditions de consommation des espaces, on devrait arriver à 42 km²", constate Yves-Michel Daunar, directeur général de l’établissement public foncier et de l’aménagement de Mayotte (Epfam). Née sur le territoire il y a seulement deux ans, la structure est chargée de relever le défi du développement urbain du 101ème département, en tenant compte, évidemment, de la dimension agricole et environnementale. Tout un chantier. Et pour l’heure, "le plus gros du boulot est encore devant nous", reconnaît Clément Guillermin, directeur de la stratégie et des opérations de l’Epfam. "Nous sommes encore en phase d’études et de réflexion, les procédures de mise en place des projets sont très consommatrices de temps", commente à son tour Yves-Michel Daunar,

qui cite des échéances à "5, 10 ou 15 ans voire plus". Parmi les opérations au stade de réflexion les plus avancées figurent notamment la création de 1 500 nouveaux logements à Tsararano-Dembéni, un millier pour Longoni, un second millier à Doujani et 600 dans le quartier Mjini, à Bandrélé. Au total, les projets portés par l’Epfam couvrent un ensemble de 6 000 logements de plusieurs types, du social au produit libre. Mais pour cela, faute d’espace suffisant, il faudra "inévitablement" construire en hauteur. En témoigne l’opération immobilière Marzoukou, la plus grosse jamais lancée à Mayotte et qui devrait, d’ici quatre ans, offrir 240 nouveaux logements à Labattoir, dont 216 à vocation sociale. Dans un futur plus proche, la Société immobilière de Mayotte (SIM) espère atteindre un objectif de 500 nouvelles habitations par an dès l’année prochaine.

UN LABORATOIRE D’EXPÉRIMENTATION Mais comme le souligne le directeur de l’Epfam, construire "du dortoir" dans de nouveaux quartiers ne suffira pas à répondre à l’urgence démographique de l’île aux parfums : "Il faudra aussi transformer nos villages existants pour ne pas coloniser tout le foncier de Mayotte". Un processus qui permettra de préserver certains espaces vierges de toute

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urbanisation et par la même, de redynamiser le CentreOuest notamment. Des orientations qui devraient être plus clairement définies d’ici la fin de l’année, dans le cadre de l’élaboration d'une "opération d’intérêt national", sorte de schéma directeur censé définir les grands axes à suivre pour la décennie à venir. Les autres missions de cette mesure déployée dans le cadre du plan d’action de l’État pour l’avenir de Mayotte intègrent le développement urbain et agricole, deux domaines pour lesquels l’Epfam mène déjà des opérations pilotes. Parmi elle, la zone d’aménagement concerté (ZAC) de Doujani qui s’étend sur plusieurs centaines de milliers de mètres carrés. Ce laboratoire à ciel ouvert devrait permettre, à terme, de développer des parcelles cultivables en milieu urbain. Pour Yves-Michel Daunar, "L’objectif est de préserver 100 % des terres agricoles à fort potentiel" et donc d’assurer la subsistance des agriculteurs locaux malgré le développement promis en matière d’aménagement. Le tout en assurant une meilleure gestion des eaux pluviales, qui pourraient ensuite être revalorisées. Pensé comme un écosystème à part entière, la ZAC de Doujani revêt bien d’autres rôles : "Sur certains terrains très en pente nous avons pensé à créer des ilots de capteurs photovoltaïques pour alimenter certains bâtiments", détaille Clément Guillermin. Côté habitation, les idées fourmillent aussi. La hauteur sous plafond a été étudiée pour permettre un rafraichissement des nouveaux logements sans avoir recours à la climatisation, et la surface offerte par les toitures fait l’objet de plusieurs réflexions autour de la végétalisation ou d’aménagement, là encore, de panneaux photovoltaïques. "On ne trouvera pas les réponses tout de suite", admet le directeur de la stratégie et des opérations de l’Epfam. "Le but, c’est de trouver des solutions spécifiquement adaptées à Mayotte en prenant d’abord un petit morceau de territoire pour y faire à la fois de l’agriculture, de la nature et de la ville". Se pose ainsi le problème des ilots de chaleur, largement favorisés par l’urbanisation. "On arrive aujourd’hui à y remédier en travaillant avec des laboratoires spécialisés, comme il y en a à La Réunion", développe Yves-Michel Daunar, soucieux de prendre en compte un maximum de caractéristiques.

ÉCOSYSTÈME ENVIRONNEMENTAL ET ÉCONOMIQUE "On est très soucieux de la façon dont nos projets vont avoir un impact sur l’environnement", défend Clément Guillermin. Preuve en est, les deux premiers projets repris par l’Epfam – le projet de ZAC de Dembéni-Tsararano et celle de Doujani – sont engagés dans une démarche de labellisation écoquartier. Aussi, l’aménagement de Mayotte passe inévitablement par la mer et sa préservation. "Le lagon appartient au patrimoine mondial et il est en train de subir une dégradation assez importante", déplore le directeur général de l’Epfam. Puisqu’il faut "modifier les pratiques", l’établissement public entend

s’attaquer à l’épineuse question des eaux usées, dont le déversement dans l’océan empêche la baignade à Acoua et Sada, qui font par ailleurs l’objet de réflexion autour de son centre-bourg pour la première et pour son front de mer pour la seconde. Or, par soucis de coût et de bilan carbone, la seule importation ne pourra suffire à mener à bien tous ces chantiers. C’est pourquoi l’Epfam affiche une volonté de s’inscrire dans une logique d’économie locale, et plus encore, circulaire. Puisque ce vaste chantier d’aménagement va dégager d’importants volumes de terre, il représente l’opportunité de considérablement alimenter la production de briques compressées, ce qui permettrait également d’éviter les frais de mise en décharge. En ce sens, l’Epfam s’est déjà associé à la Chambre régionale d’économie sociale et solidaire (Cress) et à l’association Art.terre. "Maintenant qu’il y a des normes opérationnelles sur ce matériau, les constructeurs importants à Mayotte comme la SIM ou le vice-rectorat prévoient de le réintroduire massivement dans leur projet", se réjouit Clément Guillermin. « Transformer un déchet en matière première réduirait les coûts pour tout le monde tout en créant de la main d’œuvre ». Encore faut il que le tissu d’entreprises locales soit suffisamment dense. Si pour l’heure, rien n’est gagné, l’élaboration de l’opération d’intérêt national permettra plusieurs accords de financements validés par les différents ministères sur une période minimum de dix ans. De quoi assurer aux futures nouvelles entreprises mahoraises un retour sur investissement à des prix très compétitifs. n

UN HABITAT DE QUALITÉ À COÛTS MAÎTRISÉS Pour loger les 500 000 futurs habitants du 101ème département, il faut construire, évidemment, mais surtout rendre le logement accessible au plus grand nombre. L’Établissement public foncier et d'aménagement de Mayotte a en ce sens conçu un prototype inédit de constructions modulaires sécurisées et connectées aux services urbains, mais surtout, au faible coût de 500 000 euros, auxquels s’ajouteront de potentielles aides financières. Destinés aux familles aux revenus les plus bas, 16 000 logements de ce genre pourraient être érigés d’ici 2030. Une aubaine saluée par la ministre des Outremer lors de sa visite à Doujani, où siège le prototype de l’habitation. "On ne peut plus louer illégalement des bâtiments totalement délabrés, on est dans une volonté de protéger les population", avait alors réaffirmé Annick Girardin, à l’heure où seule une poignée de Mahorais ont accès au logement locatif social, faute de moyens.

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SANS OUBLIER

LE DOSSIER

CONSO

UN NOUVEAU DISTRIBUTEUR À MAYOTTE Carrefour va-t-il débarquer à Mayotte ? C'est ce qui est en tout cas prévu. Le 22 juillet dernier en effet, le groupe Casino a annoncé la vente de Vindémia, sa filiale à laquelle appartient notamment les enseignes Jumbo, Score, SNIE et Douka Bé. Le repreneur ? Le groupe Bernard Hayot, qui détient notamment les franchises Carrefour, présente à La Réunion, et désireux de s'installer à Maurice, Madagascar… et Mayotte. Conséquence : la transformation du Jumbo de Kawéni en hypermarché Carrefour, et celle des Score en Carrefour Market. "On a comme plan d’attaque d’amener l’enseigne Carrefour, notre partenaire, avec des produits de qualité, et d’investir dans l’outil pour améliorer les infrastructures et la qualité de l’accueil", expliquait à ce propos Michel Lapeyre, directeur général de la zone océan Indien du groupe acquéreur. Et d'assurer par ailleurs que "[nous reprenons] l’ensemble des activités de Vindémia et ses quelque 400 salariés. À l’avenir, on espère accroître l’emploi, ce qui est très important pour Mayotte vu son fort taux de chômage." Pour l'heure, pas de date précise pour ces changements, mais le responsable confie espérer "démarrer en 2020", une fois le processus administratif et l'enquête préalable de l'Autorité de la concurrence achevées.

TRANSPORT EN COMMUN

DES NAVETTES SUR LE LAGON ? Outre les aménagements en vue de la mise en place de Caribus, le réseau de transport en commun de la Communauté d'agglomération Dembéni-Mamoudzou (Cadema), dont les travaux doivent se poursuivre en 2020 pour un lancement prévu en 2022, un autre projet devrait avancer cette année. Le Conseil départemental a en effet attribué à la fin du mois de juillet le marché public pour les études préparatoires à la réalisation de deux lignes de transport public de voyageurs sur le lagon : une ralliant Mamoudzou depuis Iloni, l'autre depuis Longoni. Des navettes maritimes annoncées par le Département qui semblent donc se concrétiser : "Nous rentrons aujourd'hui dans la phase opérationnelle du projet" a ainsi confirmé Hakim Madi, chef du service transport et déplacement au sein de l'institution. Là encore, aucune réalisation concrète ne devrait être visible avant 2024, mais des précisons – et peut-être un avant-goût du projet – pourrait apparaître au fil des études, qui s'étaleront sur 18 mois.

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AÉRIEN

DU NOUVEAU POUR LA PISTE LONGUE ? Après des années et des années de projets avortés, de pas en avant suivis de pas en arrière et, finalement, d'un statu quo permanent, 2020 apportera-t-elle du nouveau dans le dossier fleuve de la piste longue ? À voir, mais le dossier semble cette fois pris au sérieux. Relancé en 2018 dans le cadre du Plan Mayotte qui promettait la réalisation d'études de faisabilité, sans doute récemment appuyées par les déboires récurrents d'Air Austral, le projet pourrait bien avancer en cours d'année. Ou en tout cas sa réflexion. Dans un courrier adressé au président Emmanuel Macron et daté du 23 juillet, la ministre de la Transition écologique et des Transports, Élisabeth Borne, écrit en préambule : "Vous avez bien voulu appeler l’attention du Premier ministre, qui m’a transmis votre courrier, sur la nécessité d’améliorer la desserte aérienne de Mayotte par la réalisation d’une piste longue adaptée aux vols long-courriers, permettant le désenclavement de Mayotte et favorisant ainsi le développement des activités économiques de l’île." La lettre nous apprend également que le Conseil général de l'environnement et du développement durable (CGEDD),

mandaté sur le sujet, a souligné la nécessité de mener de nouvelles études environnementales et techniques. Une préconisation suivie par le gouvernement et pour lesquelles la Direction générale de l'aviation civile (DGAC) doit désormais définir le contenu et le calendrier. Mais pas d'emballement : rien n'est encore acté et la construction d'une telle infrastructure ne pourra, de toute façon, se faire en cours d'année. Emmanuel Macron pourrait toutefois confirmer la volonté de son gouvernement de réaliser la piste longue lors de sa prochaine venue, possiblement avant la fin de cette année, celle-ci ayant été reportée de juin à septembre avant d'être finalement annoncée pour – peutêtre – le mois d'octobre prochain. Par ailleurs, les études demandées devront prendre en compte d'éventuelles obligations de service public à l'égard des compagnies aériennes qui s'implanteraient à Mayotte : évacuation sanitaire vers la métropole et prix plus bas en cas de déplacement pour funérailles d'un proche. Des dispositifs en déjà vigueur dans les autres départements d'outre-mer.

ARS

VERS UNE ARS DE PLEIN EXERCICE L’Agence régionale de santé de Mayotte est aujourd’hui sous la houlette de celle de La Réunion. Un ensemble qui forme l’ARS océan Indien, et qui n’existera plus au 1er janvier 2020. À cette date, Mayotte se dotera d’une entité qui lui sera propre, ce qui assurera une plus grande proximité dans sa mission d’établir une "démocratie de santé". Une agence de plein exercice, donc, maintes fois réclamée et qu'il reste désormais à rendre effective. Si à l’heure où nous bouclions cette édition, rien n’est encore certain, Dominique Voynet est très fortement pressentie pour prendre la direction de la nouvelle agence. Et c’est peu dire que l’ancienne ministre, députée, sénatrice, députée européenne, maire de Montreuil ou encore candidate des Verts aux élections présidentielles connaît le sujet. Elle a d’abord été missionnée pour étudier la possibilité

d’une extraterritorialisation du centre hospitalier de Mayotte, afin de le faire déroger au droit du sol par lequel de nombreuses personnes acquièrent la nationalité française à 18 ans, après être nées dans la plus grande maternité de France. C’est aussi Dominique Voynet qui a planché sur le volet santé de l’accord cadre France-Comores, avec l’objectif de rendre l’archipel voisin plus indépendant en matière de santé et ainsi éviter la saturation des réseaux de soin sur l’île au Lagon. L’ARS sera au premier rang des risques épidémiologiques, mais aussi moteur d’une meilleure alimentation, par exemple. Elle sera également mobilisée pour étudier le volet sanitaire des mesures qui se mettent en place pour pallier aux risques induits par le phénomène sismo-volcanique.

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Publi-rédactionnel

RÉSUMÉ À L’INTENTION DES CITOYENS

LE PROGRAMME DE DEVELOPPEMENT RURAL DE MAYOTTE 2014/2020 Région Ultrapériphérique depuis 2014, Mayotte connaît sa première programmation des fonds européens structurels et d’investissement (FESI). Elle bénéficie de soixante millions d’euros de fonds européens via le Feader (Fonds européen agricole pour le développement rural), ainsi que de vingt-et-un millions d'euros via l'État, le Conseil départemental et d'autres financeurs publics. Le Feader est mis en œuvre au travers du Programme de Développement rural de Mayotte. Ce programme élaboré en concertation avec les professionnels du monde agricole et rural, accompagne les investissements des agriculteurs, des entreprises, des collectivités et des associations. Treize mesures et quarante dispositifs d’aide permettent de décliner quatre grandes priorités : 4 Développer l’agriculture et la consommation de produits locaux 4 Améliorer les services en milieu rural 4 Préserver et valoriser les ressources et les milieux naturels 4 Renforcer l’innovation et développer les compétences.

Depuis 2014, 39 comités de programmation ont validé l’attribution de subventions pour un montant total d’aide publique de plus de quarante- neuf millions d’euros, dont trente-six millions d’euros de Feader. Le Rapport de mise en œuvre (RAMO) 2019 dresse le bilan de l’année 2018 du Programme de Développement Rural (PDR).

L’AVANCEMENT DU PROGRAMME DE DEVELOPPEMENT RURAL EN 2018 : Les douze comités de programmation qui se sont tenus en 2018 ont validé l’attribution de subventions pour un montant total d’aide publique de plus de dix millions d’euros, dont huit millions de Feader. Fin 2018, l’avancement des engagements est satisfaisant et cohérent avec la programmation initialement établie par les acteurs du développement rural en 2014.

Grâce à la mise en service en 2017 des outils informatiques de paiement, Mayotte a pu rattraper son retard de paiements : fin 2017, 96% du montant prévu des paiements était atteint ; en 2018, ce taux s’est maintenu : 95% du montant cible pour fin 2018 était payé.

LES MONTANTS PAYES EN 2018 : Dépense publique totale payée

Feader payé

2 : Améliorer la viabilité des exploitations agricoles

Priorité

2 256 131,40€

1 715 563,94 €

3 : Promouvoir l’organisation de la chaîne alimentaire

930 016,05 €

699 963,13 €

4 : Restaurer, préserver et renforcer les écosystèmes

1 133 089,60€

804 650,45 €

6 : Promouvoir l’inclusion sociale, la réduction de la pauvreté et le développement économique

2 643 247,54€

1 790 002,09 €

Assistance technique

436 949,82 €

327 711,91 €

7 399 434,41 €

5 337 891,52 €

Total

Par l’engagement des services de la DAAF et de l’ASP ainsi que de tous les partenaires qui accompagnent les porteurs de projets, plus

de 7 millions € d’aides publiques et 5 millions € de Feader ont été versés aux bénéficiaires en 2018.


Publi-rédactionnel

FOCUS SUR LA PRIORITE 2 : Améliorer la viabilité des exploitations agricoles et la compétitivité de tous les types d’agriculture et promouvoir les technologies innovantes et la gestion durable des forêts Cette priorité permet de financer des projets de transferts de connaissances, d’investissements physiques et de coopération entre acteurs, au travers de 12 types d’opération. Depuis 2014, plus de 14 millions € de Feader ont été attribués à des projets s’inscrivant dans cette priorité, soit 39 % du Feader programmé sur la période.

La voirie rurale à vocation agricole représente une part prépondérante en masse financière dans la programmation. Cela est lié au grand besoin en infrastructure pour le développement de l’agriculture mahoraise, ainsi qu’au coût élevé de ces opérations.

Exemple de réalisation : TO 4.3.2

Le Conseil Départemental de Mayotte porte le projet de réhabilitation de la piste rurale des hauteurs de Dembeni, qui comporte deux tronçons pour une longueur totale de 5,3 km. Cette piste permettra de desservir 200 hectares de surface agricole utile et fait partie intégrante du projet global de desserte agricole de Mayotte, appelé SDAARM (Schéma directeur de l’aménagement agricole et rural de Mayotte). Le montant total de l’opération est de 3 950 000 € financé à 100% sur fonds publics dont 68,6% de Feader, soit 2 709 700 €.

Le dispositif d’aide à la formation professionnelle et l’acquisition de compétences concernant l’agriculture, la sylviculture et l’activité des PME (petites et moyennes entreprises) en zone rurale vise à

l’amélioration ou l’acquisition de connaissances et de compétences par la mise en œuvre de programmes ou d’actions de formation collective professionnelle continue, c’est le type d’opération 1.1.1

Exemple de réalisation : TO 1.1.1

Le projet mis en œuvre par le GIE UCOOPAM consiste en la mise en place d'un parcours de formation professionnelle continue pour soutenir les performances économiques, environn-ementales, organisationnelles et sociales des exploitations agricoles mahoraises. Il est organisé en 8 actions, déclinées en 17 modules de formation. Le montant total des opérations est de 96 900 € financé à 100% sur fonds publics dont 90% de Feader à hauteur de 87 210 €.


ENTRETIEN

Solène Peillard

"IL Y A EU UNE FORME D’INVENTION COLONIALE DE MAYOTTE" CHRISTOPHE COSKER 30•

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Un an après l’avoir quittée, l’enseignant de lettres et ancien petit-terrien, Christophe Cosker, signe son cinquième livre dédié à l’île au lagon. Anthologie de 36 textes francophones de tous les genres, allant de correspondances à des instructions nautiques, "L’invention de Mayotte" illustre l’évolution de la représentation du 101ème département au gré des ères, du 18ème siècle à nos jours.

n

Mayotte Hebdo : Quelle est la première mention de Mayotte dans un texte francophone ? Christophe Cosker : C’est toujours difficile de déterminer une origine avec précision, mais le plus ancien récit que j’ai réussi à trouver est un recueil de lettres de Jésuites, écrites en 1713. Comme il y avait beaucoup de missionnaires, qu’ils sillonnaient le monde, ils s’écrivaient beaucoup les uns aux autres. Dans une de leurs lettres, il est fait mention d’un naufrage qui aurait eu lieu à Mayotte en 1702. C’est donc la première fois que des francophones auraient touché le sol mahorais, c’est du moins ce que j’ai réussi à identifier. MH : Quel tableau ces Jésuites dépeignent-ils de Mayotte ? CC : Le texte est assez amusant car ils connaissaient déjà les Comores. Alors ils se demandent s’ils sont arrivés à Mayotte ou à Mohéli. Mais le récit est aussi assez dur et pertinent à la fois. Visiblement, les Européens avaient beaucoup plus l’habitude d’aller à Anjouan à l’époque. Le sultan de Mayotte avait la réputation d’être un djinn, un esprit malfaisant. En fait, dès qu’il voyait un bateau riche arriver, il faisait en sorte, soi-disant grâce à des pouvoirs magiques, que le navire fasse naufrage, ce qui lui permettait de le piller. Du coup Mayotte avait une mauvaise réputation, surnaturelle qui plus est ! Selon le texte, les Jésuites, en arrivant à Mayotte, trouvent quelques survivants d’un naufrage survenu une dizaine d’années plus tôt. Leur vaisseau était relativement chargé en vivres, ils avaient également des fusils. Mais au fur et à mesure, certains ont commencé à mourir de maladies, et comme ils n’avaient plus de poudre, ils ne pouvaient plus chasser d’animaux. Comme ils devenaient de plus en plus faibles, ils ont fini par être attaqués par les autochtones. De ce point de vue-là, le premier texte sur Mayotte est, je dois dire, assez négatif. Mais c’est finalement relativement logique puisque c’est une histoire de marins, donc de danger. Le reste est assez peu intéressant : les Jésuites se demandent comment ils vont pouvoir convertir les autochtones, s’ils vont accepter ou non l’Église, etc. La vision exotique de Mayotte, ses fleurs, ses fruits, etc. ne viendra que beaucoup plus tard.

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ENTRETIEN

"IL N’Y A PAS UNE HISTOIRE DE MAYOTTE, MAIS DES HISTOIRES DE MAYOTTE" MH : Comment a évolué le regard porté sur Mayotte au fil des textes et des époques ? CC : Je ne sais pas si on peut réellement parler d’évolution. Dans la partie qui précède la colonisation, on est un peu dans une forme d’attente, de diagnostic, de prise de contact. Ensuite, il y a une espèce d’emballement extrêmement positif sur Mayotte, qui semble finalement avoir de l’avenir. Mais tout d’un coup, ça s’arrête : on passe de l’enthousiasme à la déception, mais ce n’est pas spécifique à Mayotte, c’est simplement superposé à l’Histoire coloniale globale, car l’euphorie de Mayotte, c’était celle de la colonisation, qui a fini par s’effondrer. La prospérité de Mayotte, on en parle au futur pendant toute

la seconde moitié du 19ème siècle, puis au 20ème siècle, on en parle au passé ! Il n’y a aucun texte où on en parle au présent. En fonction de la forme des textes choisis, on obtient un résultat différent : en arrivant à Mayotte, les militaires se sont demandé où ils allaient pouvoir construire une forteresse pour mettre leurs canons ; quand les colons sont arrivés, ils se sont demandé comment ils allaient s’approprier les terres les plus fertiles en faisant travailler la population, évidemment sans la payer. MH : Quels autres genres de textes retrouve-t-on dans votre ouvrage ? CC : Il y a plein de formes : les récits de voyages – ce que j’appelle des discours maritimes –, il y a aussi tout un autre pan que l’on pourrait appeler "littérature coloniale", c’est-à-dire tous les livres du 19ème siècle qui sont des géographies coloniales, donc des livres qui décrivent les différentes concessions de la France. Le plus souvent, on y trouve un paragraphe ou un chapitre consacré à Mayotte. J’ai également cherché ce qu’il en était dans les dictionnaires, comme l’une des premières lectures du Larousse. Il y a aussi le fameux traité de Mayotte en 1841, ou encore des instructions nautiques, notamment à propos du capitaine Pierre Passot à bord du bateau qui a abordé Mayotte et dont la principale préoccupation était alors de chercher les différentes passes pour pouvoir atteindre l’île. Il y a aussi dans le livre des catalogues d’expositions coloniales universelles, des vieux journaux coloniaux, etc. MH : Quelles orientations ont pris les textes post-coloniaux ? CC : Même si on a tendance à opposer, à raison, le colonialisme et le postcolonialisme, on trouve sous la rupture une forme de continuité. Certains parlent de post-colonisation, d’autres de néocolonisation, donc d’une poursuite de la colonisation. Autant de questions qui, sur le territoire, même si elles évoluent sous différentes formes, restent. Aujourd’hui, on a tendance à parler d’Histoire postcoloniale et non d’Histoire moderne ou

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"LES COLONS PENSENT AVOIR INVENTÉ MAYOTTE COMME S’IL N’Y AVAIT RIEN EU AVANT" contemporaine. Si elle est post-coloniale, on peut penser qu’elle en dépend encore. C’est comme si on était passé à autre chose sans vraiment être passé à autre chose, puisque dans les textes, on se ressert du même mot. Globalement, il y a une forme d’invention coloniale de Mayotte. MH : Justement, pourquoi avoir choisi d’intituler l’ouvrage L’invention de Mayotte ? CC : C’est ma boussole pour lire les textes, je me sers du mot "invention" au sens historique. L’inventeur, c’est celui qui découvre. Ce qui m’intéresse là-dedans, c’est de montre le jeu, la dialectique entre ce que le lieu découvert montre et ce que nous superposons nous-même sur ce lieu. En cela, il y a, me semblet-il, invention ou réinvention perpétuelle et moi je m’en sers comme d’un concept. Aujourd’hui, chaque métropolitain qui pose le pied à Mayotte va l’inventer d’une nouvelle façon. Ce terme a aussi une dimension coloniale puisque les colons pensent avoir inventé Mayotte comme s’il n’y avait rien eu avant, en imposant une loi, des règles et un système venu d’ailleurs et qui n’avaient rien à voir avec les Mahorais. Car Mayotte, contrairement à d’autres îles, comme La Réunion ou Maurice qui n’étaient pas peuplées, avait une population déjà présente. MH : Pourquoi avoir choisi de ne faire figurer dans l’œuvre aucun écrit d’autochtone ? CC : J’ai eu cette idée d’essayer de trouver et de choisir dans chacun de ces ouvrages les premières impressions de quelqu’un qui, venant de l’extérieur, posait le pied à Mayotte pour la première fois, et ça, ça m’a semblé intéressant comme facteur d’unité entre les peuples, parce ce que ce qu’on voit créé une espèce de choc entre la personne qui se laisse impressionner par le lieu, qui le regarde vraiment, et celle qui arrive avec une idée préconçue. Il y a aussi autre chose de très intéressant, c’est de voir comment les textes se réécrivent plus ou moins les uns les autres, et c’en est

même à l’origine de certains clichés. Par exemple, on parle de "l’île hippocampe", mais déjà au 19ème siècle on a commencé à chercher une espèce de forme, de personnification de Mayotte. Visiblement, on aurait d’abord pensé à un dauphin, puis finalement c’est l’hippocampe qui s’est imposé peu à peu. Et il y a plein de petites choses comme ça que j’ai découverte derrière le discours qui est entendu ou ignoré parce qu’il est parfois difficile d’accès. MH : Si les textes se sont réécrits au fil de l’Histoire, la Mayotte que l’on racontera demain sera-t-elle la même qu’hier ? CC : Comme on dit que les îles sont des lieux de métissage, je pense qu’il y aura toujours une forme de polyphonie à Mayotte. Il y a beaucoup de manières différentes de raconter l’Histoire, et je pense qu’elle a évidemment presque toujours une dimension politique. Cela dit, il n’y a pas une Histoire de Mayotte, mais des Histoires de Mayotte ! C’est d’ailleurs pour ça que j’avais choisi dans un premier temps de m’intéresser aux écrivains et auteurs mahorais. n

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OFFRES D'EMPLOI OFFRES DE FORMATIONS FICHES MÉTIERS TÉMOIGNAGES CONSEILS


LE MÉTIER DE LA SEMAINE

AIDE-SOIGNANT

L'AIDE-SOIGNANT SURVEILLE L'ÉTAT DE SANTÉ DES PATIENTS, LES ACCOMPAGNE DANS LES GESTES DE LA VIE QUOTIDIENNE ET RÉALISE DES SOINS D'HYGIÈNE, DE CONFORT SELON LA PRÉCONISATION MÉDICALE ET LES CONSIGNES DU PERSONNEL SOIGNANT. ENVIRONNEMENT DE TRAVAIL

- Établissement médical (hôpital, clinique, etc.) - Résidence de personnes âgées - Service de soins infirmiers à domicile (SSIAD)

COMPÉTENCES

- Informer le patient/résident sur les modalités de séjour dans le service (installation en chambre, horaires de visite, etc.), le mode d'intervention à domicile, etc. - Surveiller l'état général du patient/résident, lui distribuer les médicaments et informer l'infirmier des manifestations anormales ou des risques de chutes, escarres, ou autres. - Mesurer les paramètres vitaux du patient/résident, contrôler les dispositifs et appareillages médicaux et transmettre les informations à l'infirmier. - Réaliser des soins d'hygiène corporelle, de confort et de prévention. - Repérer les modifications d'état du patient. - Accompagner la personne dans les gestes de la vie quotidienne. - Distribuer les repas et collations au patient/résident selon les besoins ou la prescription médicale. - Réaliser un suivi d'activité. - Collaborer avec l'ensemble des intervenants à la réalisation d'un objectif commun. - Réceptionner et distribuer le linge propre et procéder au tri du linge sale du service, du patient/résident. - Évacuer les déchets spéciaux. - Entretenir un outil ou matériel. - Désinfecter et décontaminer un équipement

ACCÈS AU MÉTIER

Le métier d'aide-soignant est accessible avec le diplôme d'État d'aide-soignant (DEAS). Des formations complémentaires (prise en charge de la personne âgée démente, accompagnement de fin de vie, etc.) peuvent être requises. Le permis B peut être exigé pour l'intervention à domicile. Des vaccinations prévues par le Code de santé publique sont exigées.


APPEL À MANIFESTATION D’INTÉRÊT (AMI)

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au Conseil Régional de La Réunion - Bureau du courrier Avenue René Cassin – Le Moufia - BP 7190 | 97 719 Saint-Denis Messag Cedex 9

+ D’INFOS : Guichet d’Accueil Feder | 0262 48 70 87


IEPH

Insertion en Emploi des Personnes en situation de Handicap 2e PROMOTION

Mise en Œuvre de la cellule Insertion-Emploi des Personnes Handicapées (IEPH) de l’association MESSO. - Formation d’Agents d’entretien et d’hygiène - Formation d’Agent administratif et d’accueil - Participer à l’essor de l’économie locale, - Lutter contre l’exclusion par l’éducation populaire et le conseil aux acteurs du territoire, - Accompagner socialement les personnes porteuses de handicap, avec le concours des autres acteurs, afin de lui permettre de s’intégrer ou de se réapproprier la société. La cellule IEPH propose un accompagnement social dans l’environnement familial pour faire un diagnostic de la situation et des conditions d’habitation (accessibilité, transport, prise en charge spéciale par des aidants à domicile,) afin de lever les freins éventuels en faisant appel aux services qualifiés sur le département. Le diagnostic établit par la cellule IEPH sera inséré dans le dossier et fera l’objet d’une transmission aux services partenaires de la Cellule. Ce travail sera exercé par un travailleur social dont l’activité essentielle sera le suivi social des usagers. Dans le cadre du présent projet, le dispositif IEPH prévoit de faire des actions de sensibilisation sur les problématiques de la santé dans le cadre de l’accompagnement des usagers de la cellule. Il s’agira de mettre en place des ateliers de sensibilisation auprès du public de l’IEPH mais aussi des entreprises partenaires. Dans cette deuxième promotion de formation du dispositif IEPH, l’association MESSO propose une action de formation avec 2 options sur une durée de 12 mois : - Agent de propriété et d’hygiène : - Employé administratif et d’accueil

85 route nationale de M’Tsapéré 97600 Mamoudzou 02 69 62 18 23 secretariat.direction@messo.fr - MESSO


MAGAZINE D’INFORMATION NUMÉRIQUE HEBDOMADAIRE Edité par la SARL Somapresse au capital de 20 000 euros 7, rue Salamani Cavani M’tsapéré BP 60 - 97600 Mamoudzou Tél. : 0269 61 20 04 contact@mayotte.hebdo.com Directeur de la publication Laurent Canavate canavate.laurent@mayottehebdo.com Directeur de la rédaction Mohamed El Mounir dit “Soldat” 0639 69 13 38 soldat@mayottehebdo.com Rédacteur en chef Geoffroy Vauthier

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Couverture :

2019/2020 Les grands chantiers à venir

Journalistes Romain Guille Solène Peillard Grégoire Mérot Correspondants HZK - (Moroni) Direction artistique Franco di Sangro Graphistes/Maquettistes Olivier Baron, Franco di Sangro Commerciaux Cédric Denaud, Murielle Turlan Thomas Lévy Comptabilité Catherine Chiggiato compta@mayottehebdo.com Secretariat Annabelle Mouhamadi Première parution Vendredi 31 mars 2000 ISSN : 1288 - 1716 RCS : n° 9757/2000 N° de Siret : 024 061 970 000 18 N°CPPAP : 0121 I 92960 Site internet www.mayottehebdo.com


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Mayotte Hebdo n°896  

Mayotte Hebdo n°896