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LE MOT DE LA RÉDACTION

OÙ VA-T-ON ? “Les Africains dehors !”, voilà le genre de de banderole sous lesquelles une quarantaine de mamans accompagnées de leurs enfants - conviées par les autorités et la Croix-Rouge - ont été chassées de la MJC de M’Gombani le week-end dernier. De quoi choquer, lorsque l’on sait que ces mêmes familles dorment dans la rue. On pourrait gloser sur ces propos, les qualifier d’inhumains et se contenter de n’y voir que racisme et passion triste. Ce serait oublier l’effort de compréhension, d’ouvrir ses yeux et ses oreilles aux principaux concernés. “Ces gens ne voulaient pas de nous là-bas, et je les comprends. Nous n’avons pas à être hébergés dans ce qui est la maison des citoyens de Mamoudzou. Nous, demandeurs d’asile, nous sommes dépendants de l’État et c’est à lui de prendre ses responsabilités”, estime ainsi Bakidi Masamba Djani, porte-parole de ses compagnons d’infortune. Quelles responsabilités ? Celle d’assurer le traitement des dossiers. Celle de fournir un hébergement, de quoi se nourrir et se laver. Le minimum vital, pour ces femmes et hommes qui ont fui la guerre et les persécutions. Pourtant, rien de cette maigre solidarité face à la détresse n’est garanti, ici, dans un département de la patrie des droits de l’Homme. Bloqués sur place, harassés par la précarité et l’ignorance, les demandeurs d’asile en viennent à réclamer “des tentes, comme en Grèce”. Et l’on en vient à se poser la même question que celle qui les a conduit ici : où va-t-on ? Grégoire Mérot

TOUTE L’ACTUALITÉ DE MAYOTTE AU QUOTIDIEN

Lu par près de 20.000 personnes chaque semaine (enquête Ipsos juillet 2009), ce quotidien vous permet de suivre l’actualité mahoraise (politique, société, culture, sport, économie, etc.) et vous offre également un aperçu de l’actualité de l’Océan Indien et des Outremers.

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FI n°3839 Lundi 7 mars 2016 St Félicie

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BP 263 - ZI Kawéni - 97600 Mamoudzou - email : hd.mayotte@wanadoo.fr

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FI n°3822 Jeudi 11 février 2016 Ste Héloïse

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RENSEIGNEMENTS Tél : 0639 67 04 07 | Mail : contact@mayotte-e-velos.yt

FI n°3818 Vendredi 5 février 2016 Ste Agathe

marine le Pen

environnement

Port de Longoni

ConSeil départeMental

Quel accueil se prépare pour la présiDente Du Fn ?

Le Lagon au patrimoine mondiaL de L'unesCo ?

la dsP sur la sEllEttE

pas de changement sUr l’octroi de mer

© Jonny CHADULI

Grève à Panima

TéléThon 2016

Des propositions mais toujours pas D'issue

DemanDez le programme

première parution : juillet 1999 - siret 02406197000018 - édition somapresse - n° Cppap : 0921 y 93207 - dir. publication : Laurent Canavate - red. chef : Gauthier dupraz - http://flash-infos.somapresse.com

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FI n°3997 mercredi 30 novembre 2016 St André

© CR: Gauthier Bouchet

Diffusé du lundi au vendredi, Flash Infos a été créé en 1999 et s’est depuis hissé au rang de 1er quotidien de l’île.

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Économie

SÉcuritÉ

Les appeLs à projets de L'europe

Couvre-feu pour Les mineurs

Première parution : juillet 1999 - Siret 02406197000018 - APE 5813Z - Édité par la Somapresse - Directeur de publication : Laurent Canavate - http://flash-infos.somapresse.com

OUI, je m’abonne

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Musique

Faits divers

Edmond BéBé nous a quitté

ViolEncE En cascadE

Première parution : juillet 1999 - Siret 02406197000018 - APE 5813Z - Édité par la Somapresse - Directeur de publication : Laurent Canavate - http://flash-infos.somapresse.com

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MCG VS SMart

ViCe-reCtorat

UltimatUm oU véritable main tendUe ?

l’institUtion répond aUx critiqUes

Première parution : juillet 1999 - Siret 02406197000018 - APE 5813Z - Édité par la Somapresse - Directeur de publication : Laurent Canavate - http://flash-infos.somapresse.com

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VENDREDI 23 OCTOBRE

FLASHBACK

Retour sur les sujets de Une des Flashs Infos de la semaine

PACTE DE SÉCURITÉ. UN PARTENARIAT ET DES OBJECTIFS

Pour tous vos communiqués et informations

Annoncé depuis plusieurs semaines, la préfecture a signé ce jeudi 22 octobre son premier pacte de sécurité avec une commune du territoire, celle de Mamoudzou. Ce partenariat conduit à une meilleure articulation entre le maire et le préfet et à une plus grande visibilité des forces de sécurité. Renforcement des effectifs des polices nationale et municipale, installation de caméras dernière génération, déploiement de l'éclairage public, destruction d'habitats illégaux et prévention de la délinquance sont les grands axes de travail.

LUNDI 26 OCTOBRE

VIOLENCES OBSTÉTRICALES. DESTINS CROISÉS DE FEMMES BRISÉS

Événement emblématique de la lutte contre le cancer du sein, le mois d’Octobre Rose touche déjà à sa fin. L’occasion de mettre en lumière un autre mal, qui touche lui aussi beaucoup de femmes : les violences obstétricales. En donnant naissance à leur enfant, elles sont nombreuses à avoir perdu une part d'elles-mêmes. À porter encore dans leur chair les traces d'un traumatisme qui, dans la plupart des cas, aurait pu être évité. Négligences du personnel médical, manque de suivi, de considération ou de réactivité, les origines de ces violences sont nombreuses, mais souvent tues, entourées de honte et de tabous. Alors, une poignée de Mahoraises ont osé s'exprimer publiquement, raconter comment ce qui devait être le plus beau jour de leur vie est devenu le pire. Et derrière le combat de la libération de la parole, subsiste encore celui de la reconnaissance juridique. Un article à retrouver également dans le Mayotte Hebdo n°933 dédié à la santé des femmes.

Une seule adresse : rédaction@mayottehebdo.com

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FLASHBACK

MARDI 27 OCTOBRE

VISITE MINISTÉRIELLE. L’ENFANCE, UN DÉFI COMMUN

Pour sa deuxième journée de visite sur le territoire, le secrétaire d’État en charge de l’enfance et des familles, Adrien Taquet, est allé à la rencontre des professionnels qui font face chaque jour à des difficultés matérielles et humaines dues au manque de moyens et à la politique migratoire. À la Crip (la cellule départementale de recueil de traitement et d'évaluation), par exemple, avec parfois 120 à 140 dossiers par agent, impossible de tenir les délais de mises à l’abri requises par le parquet. À Mayotte, il n’est ainsi par rare de laisser couler six mois avant le placement du mineur… “J’ai bien conscience des conditions dans lesquelles vous travaillez et des défis et de l’engagement qui sont les vôtres”, a assuré Adrien Taquet aux professionnels de la protection de l’enfance. Et le secrétaire d’État de promettre une enveloppe de deux millions d’euros dédiées aux associations de la protection de l’enfance, sans toutefois détailler la répartition des fonds aux différentes structures.

MERCREDI 28 OCTOBRE

RISQUES NATURELS. COUP D’ENVOI POUR LES SIRÈNES

Les missions d’étude du volcan responsable des séismes de 2018 ont mis en évidence le risque de tsunami qui menace Mayotte. Pour s’en prémunir, 24 systèmes d’alerte doivent être installés dans les 17 communes de l’île d’ici 2021. Mardi 27 octobre, une nouvelle étape a été franchie avec l’inauguration du premier système d’alerte : une sirène installée sur le toit de la mosquée de Dembéni. 23 autres équipements du genre devront suivre. Munis de batteries pour une autonomie d’une semaine “en cas de gros pépin”, ils sont enclenchés par un SMS envoyé depuis un téléphone de la préfecture. “Cette sirène va permettre que la population et que les Dembéniens soient au courant si un risque se présente”, se félicite le maire de la ville, Moudjibou Saidi. “On espère que ça ne va pas sonner”, ajoute-t-il, avec un brin d’optimisme.

VENDREDI 30 OCTOBRE

CULTURE. LA MUSIQUE POUR RESSERRER LES LIENS

Flash Infos s’est entretenu avec le célèbre musicien Bodo, qui sort ce vendredi un nouvel album intitulé Roho - le coeur. Un album qui fera certainement parler de lui et c’est en tout cas ce que vise l’artiste avec des sonorités africaines, comoriennes, mahoraises qui accompagnent des sujets chers à Bodo. Le chanteur parle de la relation entre Mayotte et les Comores, de la situation sociale sur l’île ou encore de l’amour. Un album en forme de melting-pot des inspirations de l’artiste mais aussi de plaidoyer : “ ma mission principale est de faire en sorte que tout le monde s’aime. Dans mes chansons, je demande aux gens d’arrêter de se détester, de s’unir, de s’aider parce qu’ensemble, on peut aller plus loin”, soutient ainsi Bodo.

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TCHAKS

LE CHIFFRE 2 millions

L'ACTION Un groupe de défense des avocats d’enfants créé à Mayotte Le barreau de Mayotte l’a fraîchement annoncé : un groupe de défenses des avocats d’enfants vient d’être créé à Mayotte. “Les mineurs constituent une réalité particulière et incontournable. Les avocats par leur fonction naturelle assument en la matière une place spécifique . Ainsi, cette structure qui sera inaugurée vendredi 6 novembre permettra de mieux définir les modalités d’interventions et de mieux structurer leur assistance aux publics mineurs.

C’est la somme débloquée par le gouvernement pour les associations mahoraises de la protection de l’enfance, a annoncé Adrien Taquet, le secrétaire d'Etat en charge de l’enfance et des famille, en visite officielle à Mayotte en début de semaine. La répartition de ces fonds n’a pas encore été détaillée, mais l’enveloppe devrait notamment permettre de financer la création d’un observatoire de la famille par l’Udaf, l’union départementale des associations familiales.

LA PHRASE “Ce que nous voulons, ce n’est pas une redéfinition de notre statut départemental” Dans sa question d’actualité au gouvernement posée le 27 octobre, le député LR Mansour Kamardine a tenu à réagir quant à la volonté du ministère des Outremer de dresser un bilan des dix premières années de la départementalisation de

Mayotte, en vue d’une possible évolution de statut. Une suggestion qui n’est pas au goût du parlementaire : “Ce que nous voulons, ce n’est pas une redéfinition de notre statut départemental, auquel nous sommes très attaché car il nous donne pleine satisfaction”. Mansour Kamardine a ensuite invité le gouvernement à “prendre en compte les priorités des Mahorais”,à savoir, selon lui : “la sécurisation des frontières”, plus de mobilisation en faveur des reconduites, la fin de l’accès “à la nationalité automatique, au regroupement familial automatique, aux droits d’asile automatique (qui n’existe cependant pas à Mayotte, ndlr)”, “des infrastructures de développement durable” pour l’économie et l’emploi. “Bref, ce que nous voulons, c’est l’égalité des chances”, “c’est un plan de rattrapage économique et social”. En l’absence du Premier ministre, Marlène Schiappa, ministre chargée de la citoyenneté, s’est tenu de lui répondre en arguant que les 420 effectifs supplémentaires de police et de gendarmerie recrutés depuis 2015 témoignent des efforts engagés par l’Etat. “Il y a une nécessité pour nous de redonner des perspectives aux Mahorais”. S’agissant de l’immigration clandestine, Marlène Schiappa a rappelé que l’opération Shikandra déployée sur le sol mahorais a permis de mener la moitié des expulsions sur le plan national. “Vous voyez Monsieur le député, nous sommes à votre écoute et nous agissons !”

LA PHOTO DE LA SEMAINE La première sirène d’alerte tsunami inaugurée D’ici 2021, les 17 communes de l’île devraient être dotées de sirènes d’alerte en cas de risque tsunami. Mardi dernier, Dembéni ouvrait le bal en inaugurant le premier dispositif du genre, qui permettra de prévenir la population en cas de dangers. Et le risque est réel : depuis la découverte du volcan, le bureau de recherches géologiques et minières et le comité de suivi de la crise sismo-volcanique estiment que les séismes, l’effondrement de la chambre magmatique ou encore un glissement de terrain dû à une instabilité des récifs pourraient projeter la déferlante sur Mayotte. Ainsi, un simple SMS de la préfecture permettra d’enclencher les sirènes si nécessaire.

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LE TOP

LE FLOP

Un ouvrage dédié à la randonnée à Mayotte

Un cluster identifié à la mairie de Mamoudzou

“Mayotte en 820 km à pieds”, c’est le nom de l’ouvrage récemment signé par les ingénieurs Léocadie Jaloux et Samuel André et édité par l’association Amis Raid Rando Mayotte. Une idée née à l’issue d’un trail de cinq jours à travers les reliefs du 101ème département. Les férus de marche pourront y découvrir les sentiers touristiques mais aussi les chemins et pistes agricoles rarement répertoriés et qui regorgent pourtant de richesses naturelles. Un QR Code à scanner vous permettra aussi de suivre votre itinéraire plus facilement. A vos chaussures de randonnée !

La mairie du chef-lieu n’est pas épargnée par les clusters qui se multiplient sur l’île. Le 26 octobre, cinq agents issus de trois service différents se sont révélés être positifs à la Covid-19. Selon l’ARS, ils l’auraient contracté “lors d’un petit-déjeuner”. Bonne nouvelle toutefois : toute la trentaine des cas contacts recensés ont été testés négatifs. Si “la situation est maîtrisée”, la mairie de Mamoudzou a décidé de fermer ses portes au public par mesure de précaution, à l’exception des services de l’état civil et des urgences techniques et administratives. Le millier d’agents restant doivent, lui, observer une stricte septaine jusqu’au 2 novembre inclus.

IL FAIT L’ACTU

Adrien Taquet est venu ressentir Mayotte “dans sa chair” Le secrétaire d’Etat à l’enfance et aux familles, Adrien Taquet, était à Mayotte pour sa première visite officielle du 25 au 27 octobre. Il y a rencontré les différents acteurs associatifs et institutionnelles mobilisés dans la protection de l’enfance et des familles, et a participé au lancement du mois d’actions préparatoires à la 31ème journée internationale des droits de l’enfant. Adrien Taquet a mis à l’honneur les familles mahoraises récipiendaires de la médaille de la famille en 2019, inauguré la PMI d’Acoua et la première maison des familles du territoire à Tsimkoura.

PROVERBE “Dago la mwendza faza uhoma ungia shililo” La maison de celui qui a peur met du temps à admettre les lamentations.

DÉPART Grégoire Mérot fait ses aux revoir à Mayotte Hebdo Il nous avait rejoint il y a un an et demi. Rédacteur en chef adjoint de notre quotidien, Flash Infos, avant de prendre les rennes de Mayotte Hebdo, Grégoire Mérot quitte notre équipe, mais pas l’île, où de nouvelles aventures l’attendent. Toute la rédaction se souviendra de lui comme un ami et un collègue dévoué, investi, pertinent, consciencieux et à l’écoute. Bonne route chef !

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DOSSIER

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DROIT D'ASILE

L'IMPASSE Ils ont quitté leur monde, leurs familles, leurs maisons. Ils sont partis pour préserver leurs vies. Et se retrouvent par centaines, par milliers à avoir cru pouvoir trouver salut en notre département. Sur des chemins dangereux, ils ont parcouru d'innombrables kilomètres armés de leurs espoirs. Et c’est emplis de désespoir qu’ils se retrouvent aujourd’hui dans la rue. À terre. Dans l’attente d’une réponse des autorités, Mayotte Hebdo est parti à la rencontre de ces femmes et hommes, a cherché à comprendre comment, eux comme la France, en sont arrivés là.

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DOSSIER

Solène Peillard

REPORTAGE

PLUS DE 200 DEMANDEURS D’ASILE DORMENT DANS LA RUE À CAVANI

EN FIN DE SEMAINE DERNIÈRE, DES CENTAINES DE DEMANDEURS D’ASILE MANIFESTAIENT À CAVANI POUR FAIRE RESPECTER LEURS DROITS. DEPUIS L’INTERDICTION DE LA VENTE À LA SAUVETTE DANS LE CENTRE-VILLE DE MAMOUDZOU ET LA REPRISE DES OPÉRATIONS DE DESTRUCTION DE L’HABITAT ILLÉGAL, CES HOMMES, FEMMES, ENFANTS, PERSONNES MALADES ET HANDICAPÉES DORMENT DANS LA RUE, SOUS LA PLUIE, SANS AVOIR DE QUOI SE NOURRIR. SI LES 40 PLUS VULNÉRABLES D’ENTRE EUX ONT PU ÊTRE LOGÉS PROVISOIREMENT EN URGENCE, LE SORT D’AU MOINS 200 AUTRES PERSONNES RESTE ENCORE INCERTAIN.

Ils sont au moins 250 et pourtant, ils sont invisibles. Les 22 et 23 octobre, des demandeurs d’asile manifestaient près du stade de Cavani pour demander, comme souvent à Mayotte, de faire valoir leurs droits. Et pour cause. En métropole, toute personne ayant formulé une demande d’asile auprès de l’Ofpra peut bénéficier d’un logement d’urgence et d’une allocation de subsistance le temps de l’instruction de son dossier. Un forfait moyen de moins de 20 euros par jour auquel ne peuvent tout bonnement pas prétendre les demandeurs depuis Mayotte, où le dispositif n’existe pas. Ils sont ainsi des centaines à tenter de subsister, sans toit, sans nourriture, sans argent, et sans considération. Le phénomène n’est pas nouveau, mais

suite à une opération de destruction de l’habitat illégal orchestrée en fin de semaine dernière par la préfecture à M’tsangamouji, ils ont été nombreux à se retrouver à la rue, ou à craindre davantage pour leur situation. Et à vouloir crier leur colère. “ Tout ce qu’on demande, c’est que les lois soient respectées ”, s’indigne Malik Abdel Abdoul, l’un des porte-paroles des 250 demandeurs d’asile, africains pour la plus grande majorité. “ Nous aussi, nous avons des droits ! Mais ces derniers temps, des femmes avec des enfants en bas âge dorment dans la rue, sous la pluie, sans toilettes. Il y a aussi des personnes malades et handicapées ! Mais sans boulot, on ne sait pas comment trouver à manger. ”

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Du haut de ses 23 ans, ce natif de la République Démocratique du Congo, dans la région des grands lacs, enlisée dans des conflits politico-militaires de longues dates, a rejoint Mayotte il y a un an. Jusqu’alors, il vivait de la vente de shirungu, ou oignons, près de la barge. Un petit boulot clandestin qui lui permettait de payer son loyer. Mais depuis que la nouvelle équipe municipale de Mamoudzou a interdit l’activité des vendeurs à la sauvette dans le centre-ville, Malik Abdel Abdou a été mis à la porte de sa case en tôle pour défaut de paiement.

UN HÉBERGEMENT D’URGENCE DÉPLACÉ FACE AUX RIVERAINS RÉCALCITRANTS “ Depuis la fermeture du marché, beaucoup de gens ont été expulsés de chez eux ”, souffle à son tour Bakidi Masamba Djani, autre porte-parole du mouvement. En fin de semaine dernière, le jeune homme de 26 ans faisait partie de la délégation de manifestants reçue par la préfecture. Dès samedi, celle-ci propose une mise à l’abri provisoire des 40 personnes les plus vulnérables – pour la plus grande majorité d’entre elles, des femmes avec enfant en bas âge. Toutes devaient être logées à la MJC de M’Gombani, jusqu’à

ce que les riverains et le collectif des citoyens s’y opposent et ne les poussent à déménager vers un lieu que les associations préfèrent taire, par peur des représailles de la part des habitants. Depuis, les plus de 200 personnes restantes attendent, nuit et jour, devant les locaux de Solidarité Mayotte, la seule structure locale à venir en aide aux demandeurs d’asile. “ On a organisé une distribution alimentaire samedi. Mais depuis, plus rien. On laisse ces gens dehors, la nuit, alors qu’il pleut depuis plusieurs jours ”, déplore Romain Reille, directeur de l’association, dans l’attente d’une nouvelle réponse de la préfecture. Pendant le week-end, plusieurs personnes armées de machettes sont venues menacer les demandeurs d’asile installés sur un carré de bitumes. “ Ils disaient qu’ils ne voulaient pas d’Africains chez eux ”, retrace Dakidi Massamda, qui, moins d’un an plus tôt, fuyait la République Démocratique du Congo où les rebelles le persécutait. “ On sait que Mayotte n’a pas les moyens de loger tout le monde ”, reconnaît-il. “ Mais si on nous donnait des petits travaux pour que l’on se rende utiles, comme le ramassage des déchets sur la route, on aurait au moins de quoi payer nos bangas. ” n

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DOSSIER

Grégoire Mérot

TÉMOIGNAGE

“J’AI FUI POUR PROTÉGER MA VIE, AUJOURD’HUI JE N’AI PLUS QUE ÇA” APRÈS TROIS ANS D’UNE COURSE POUR SA VIE, BAKIDI AURA TRAVERSÉ UNE BONNE PARTIE DE L’AFRIQUE. DEPUIS UN AN, C’EST À MAYOTTE QU’IL ATTEND DE VOIR SA DEMANDE D’ASILE REÇUE. POUR EN PARTIR. CAR ICI, LE JEUNE HOMME N’AURA CONNU QU’UNE MISÈRE TOUJOURS PLUS GRANDE. LE POUSSANT, COMME DES CENTAINES DE DEMANDEURS, À DORMIR AUJOURD’HUI DANS LA RUE.

SITUATION SANITAIRE “LA FRANCE NE DEVRAIT PAS POUVOIR ACCEPTER ÇA” Absence d’eau, de douches ou de toilettes, la situation sanitaire du groupe campant devant Solidarité Mayotte est des plus critiques. “Il faut quand même qu’on puisse avoir le minimum pour rester dignes. Et surtout dans cette période de crise sanitaire, comment la France peut accepter que des centaines de gens s’entassent sans aucun moyen de se prémunir contre les maladies ?”, s’indigne Sophia.

Une bâche bleue tendue dans les airs pour se protéger d’un ciel menaçant. Sur le bitume sale et souvent ruisselant, des matelas de fortune. Des cartons pour les moins chanceux. Dans les airs, l’âcre filet d’un feu de palettes qui viendra cuire les pommes de terre communes. Et sur les visages, sur les centaines de visages, la tristesse et l’ennui. La fatigue et le désespoir. C’est dans cette ruelle de Cavani, symbole de destins en impasse, que vit Bakidi. Depuis une semaine maintenant. “J’ai été expulsé de mon banga car je ne pouvais plus payer le loyer. Avant j’arrivais à me débrouiller en vendant des patates et des oignons devant le marché, mais depuis qu’on nous en a chassé en septembre, je n’ai plus un sou. C’est comme ça pour tout le monde ici”, explique le jeune congolais. Assis sur le perron d’une maison, du haut de ses 26 ans, il retrace le parcours d’une

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fuite longue de trois années qui lui aura sauvé la vie mais vu plonger dans la misère. C’est en 2017 que Bakidi entame sa triste odyssée. Agé de 23 ans, il rejoint alors l’Ouganda voisin “à pied, par la brousse”. “Mais je ne pouvais pas rester làbas car on pouvait m’y retrouver, il fallait que j’aille plus loin”, retrace le jeune homme, la voix basse comme dans un secret. Qui ? Pourquoi ? “Je viens du NordKivu, mon père était gardien au parc national des Virunga. Depuis son époque, nous sommes au milieu d’un conflit de haine entre deux tribus, nous les Hutus et les Nandes. C’est dans cette histoire que l’on m’a accusé d’avoir tué un petit frère des Maï-Maï qui était Nande. Et comme ils ont beaucoup d’influence sur notre territoire, je n’ai rien pu faire, il fallait absolument que je prenne la fuite. Il fallait que je sauve ma vie. J'espérais que ça protège

aussi ma famille… Mais ça n’a pas été le cas. Pendant qu’ils me cherchaient ils ont tué ma famille. Ils ont brûlé les maisons du village. Je ne pouvais pas rester… Je ne pouvais pas rester”, lancine-t-il en ses tourments. Alors, Bakidi va plus loin. En Tanzanie. Et rejoint sa capitale, Dar-es-Salam. Pour survivre, il s’engage comme manutentionnaire au gigantesque port de la ville. Il trouvera dans ce travail harassant une nouvelle ligne de fuite. Un salut, peut-être.

DE L’ESPOIR À LA DÉSILLUSION “Je me suis caché dans un bateau qui chargeait des marchandises pour aller aux Comores quand il y a eu un recensement. Comme je n’avais pas de papiers ils m’auraient arrêté pour me faire rentrer dans mon pays pendant qu’on m’attendait là-bas pour en finir avec

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DOSSIER

ÉCONOMIE DE SURVIE : “AVANT ON FAISAIT AVEC DES TOUTS PETITS RIEN, MAINTENANT IL N’Y A PLUS RIEN DU TOUT” “Tous les demandeurs d’asile ne faisaient pas de la vente devant le marché de Mamoudzou, mais une grande majorité. Et depuis qu’on nous a interdit de nous y rendre, c’est tous les demandeurs d’asile qui sont dans la grande difficulté. Car s’il y en avait qui se débrouillaient autrement pour gagner un tout petit rien, maintenant l’argent ne circule plus dans la poche des demandeurs d’asile et on se retrouve ensemble à la rue”, explique Bakidi, leur porte-parole. En théorie, Solidarité Mayotte qui accompagne les demandeurs d’asile dans leur démarche, permet à ces derniers de bénéficier de trente euros de bons alimentaires par mois. “Ce n’était déjà pas suffisant, comment voulez-vous que l’on s’en sorte quand on a des enfants, qu’il faut acheter le lait, les couches etc. ? Avant on arrivait à compléter un peu, mais depuis le premier confinement et maintenant l’histoire du marché c’est juste impossible, on n’en peut plus”, déplore Sophia, une jeune maman congolaise.

moi”, livre Bakidi. Les yeux dans le ciel, il raconte que c’est aux îles de la lune que l’espoir revient croissant. “C’est là que j’ai appris qu’il y avait une terre d’asile, tout près, qui s’appelait Mayotte, que c’était la France.” Le voyageur embarque pour Anjouan. Puis cette mystérieuse terre promise, Mayotte. Mais en fait d’espoir, c’est la désillusion que vient y trouver Bakidi. “Depuis que je suis à Mayotte, je me rends compte que ce qu’il se passe ici n’est pas normal. On m’explique qu’ailleurs, les demandeurs d’asile ont des droits, qu’ils ont des aides et qu’ils arrivent à vivre à peu près. Il y a des places pour héberger les gens et on leur donne un peu d’argent pour se mettre un petit rien sous la dent. Mais ici à Mayotte je n’ai rien trouvé de tout ça. Et puis comment le réclamer alors qu’il y a des gens qui sont ici dans cette situation depuis sept ans ?” Alors, dans l’attente de son rendezvous avec l’Ofpra, “c’est la débrouille, comme

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ENTRE REVENDICATIONS ET SUPPLIQUES “On supplie le gouvernement français de faire quelque chose pour nous, au moins le minimum qui nous permettrait de nous sentir humains… Là on est comme des animaux”, introduit Douce-Céline, une jeune maman burundaise, avant de dresser la liste des doléances du groupe de demandeurs d’asile. “Premièrement, on demande un toit. Pour le moment on n’a pas d’endroit où dormir, on est dehors comme des chiens alors qu’à Mayotte tout le monde sait qu’il y a beaucoup d’insécurité. Deuxièmement, on demande l’alimentation car on ne peut pas manger ici. Troisièmement, des soins médicaux. On nous a dit de déposer un dossier à la sécurité sociale mais au bout de cinq mois, il ne se passe toujours rien. Quatrièmement, on demande la scolarisation des enfants. Car aujourd’hui les enfants ne peuvent pas aller à l’école, et s’ils ne vont pas à l’école, quel chemin vont-ils suivre ? Celui de la délinquance ?”, questionne Douce-Céline. Elle poursuit. “Cinquièmement on demande aussi l’accélération des dossiers de demande d’asile. On peut faire deux ans ici à Mayotte sans même faire l’entretien alors qu’on sait que dans la loi française, on ne peut pas rester six mois sur le sol pour faire l’entretien… Ici ça peut durer trois ans avant que l’Ofpra organise un entretien”. Pendant ce temps, les demandeurs d’asile sont plongés dans la misère la plus totale. “La Solidarité [Solidarité Mayotte, l’association qui accompagne les demandeurs d’asile] nous prend en charge pendant six mois, mais seulement avec trente euros par mois de bons alimentaires. Ça fait un euro par jour et pendant juste six mois. Parfois, ils fournissent aussi un logement mais seulement pour un mois et tout le monde n’en bénéficie pas, je ne sais pas quels sont les critères mais beaucoup de personnes n’ont rien et de toutes façons les “chanceux” se retrouvent sans rien au bout d’un mois”, explique la jeune maman. “Il faut que la france fasse quelque chose pour nous. Ce n’est peut-être pas une obligation mais on supplie le gouvernement de nous entendre car on reste des humains avec des droits”, reprend Douce-Céline.

pour les autres demandeurs”. Bakidi le voyageur vient poser ses sacs d’oignons devant le marché couvert, s’expose en vendeur à la sauvette. Entre en colocation de cinq, dans un taudis à M’tsapéré. Avant qu’on ne l’en chasse, du marché comme du logement. Depuis, “c’est la misère”.

“POURQUOI SOMMES NOUS TRAITÉS COMME ÇA ALORS QUE C’EST LA FRANCE ? “Oui, je peux dire que je suis plus en sécurité ici car je suis loin des menaces qui pesaient sur moi mais mon état de vie est en grande difficulté. Je suis informaticien, dans mon pays je faisais de la gestion informatique et mon père était gardien donc on ne manquait de rien. Ce n’était pas imaginable de dormir dehors, ni même dans un banga. J’avais une bonne vie là-bas. J’ai quitté tout ça, ce confort, pour me protéger et je me retrouve aujourd'hui dans la vie précaire. Je suis en sécurité car j’ai sauvé ma peau mais ici je manque de tout alors que là-bas je ne manquais de rien. J’avais même une voiture alors qu’ici c’est inimaginable”, raconte-t-il du fond de son désarroi. Voilà donc comment Bakidi en est arrivé là. Là, c’est la rue et ses ordures qui chauffent au soleil quand la pluie ne vient pas tremper le peu de bien de la communauté. Car c’est une véritable petite communauté qui s’est installée à Cavani. Qui a posé ses valises sous les yeux de tous. À “la cuisine” ou

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pour remplir une cagnotte, pour porter des seaux d’eau ou garder les enfants, tous s’affairent. “Ensemble, on est quand même un peu plus forts. Et se montrer comme ça c’est une forme de manifestation”. Un cri d’alarme plutôt. Que relaie Bakidi, désormais porteparole de ses compagnons d’infortune à l’aide de ses cinq langues - le Swahili, le Lingala, le Kinyarwanda, le Kirundi et le Français. “On avait déjà décidé de se mobiliser en juillet face à la véritable merde dans laquelle nous vivons, nos grandes difficultés et cette immense précarité. On a fait un première manifestation le 28 juillet pour dire “non, ça suffit, on ne peut plus vivre comme ça”. On voulait tout simplement être traités comme tous les demandeurs d’asile en France. Pourquoi sommes-nous traités comme ça ici alors que c’est la France ? Je pourrais dire que si je suis à la rue, c’est à cause de mon expulsion, du fait que je ne puisse plus vendre au marché mais en réalité c’est parce que la France n’applique pas sa loi que nous en sommes là”, plaide le héraut dont on ignore l’héroïsme. La

semaine dernière, la communauté s’est levée pour marcher dans les rues de la ville et réclamer un peu de quoi vivre en hommes.

AU MOINS DES TENTES, “COMME EN GRÈCE” “Nous avons été reçu par le directeur de cabinet du préfet et le directeur de la cohésion sociale. Ils nous ont dit qu’ils ne pouvaient pas faire de miracle… Ils nous ont assuré avoir envoyé des demandes nous concernant et qu’ils attendaient les réponses. Nous aussi nous attendons les réponses… Car en attendant on dort dehors.” Le rendez-vous ne reste pas tout à fait sans suite. ”Ils ont quand même compris qu’il y avait des situations très compliquées, alors ils sont venus et ont récupéré 40 mamans avec des bébés de moins d'un an, qui allaitaient. Mais c’est très peu par rapport aux besoins, il y a beaucoup plus de personnes à loger”, rappelle-t-il, désignant tour à tour des marmots habillés de lambeaux et leurs mamans désemparées, des vieillards à

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“JE NE COMPRENDS PAS CE RACISME ALORS QU’ON EST TOUS NOIRS” “On ne veut pas nous voir ici, j’ai l’impression que si on ne pouvait pas exister, ça arrangerait tout le monde. C’était très clair ce week-end, alors que les autorités ont voulu mettre à l’abri des mamans avec enfants, une quarantaine de personnes, au sein de la MJC de M’Gombani ”la population est venu nous chasser en criant “les Africains dehors, on ne veut pas de vous ici””. “Ça nous fait très mal ce racisme que l’on subit. On voit que les mahorais sont des noirs comme nous mais ils sont quand même racistes. Alors que si l’on vient ici, c’est pour fuir la guerre…” se désole Douce-Céline, expliquant être venue à Mayotte “juste pour trouver la paix”. “On veut nous chasser ici, tant qu’on donne un peu d’argent on est tolérés comme de insectes mais quand il n’y a plus rien on nous écrase. Ici le mot solidarité n’existe pas. On vivait à 10 dans notre petite case en tôle que l’on payait avec les ventes à la sauvette. Déjà ce n’était pas humain mais au moins on avait un toit. Mais depuis qu’on a été chassé du marché, on a aussi aussi été chassé du logement parce qu’on ne peut plus payer assez. Et même quand c’est la Croix-Rouge qui veut aider des mamans avec des enfants à la rue, elles se font chasser…”, “Moi je suis musulman et ont m’a toujours enseigné d’aider mes frères dans le besoin. Ici aussi ils sont musulmans et pourtant, non seulement ils ne nous aident pas mais en plus ils nous chassent”, poursuit le trentenaire en boubou. Tous, cependant, n’ont pas la même lecture.

LE CARREFOUR BOUCHÉ D’UN MONDE EN CONFLITS “Ici il n’y a plus de frontière, il y a de toutes les nationalités ici”, explique Bakidi en désignant différents groupes “Il y des Congolais, des Burundais, des Rwandais, mais aussi des Somaliens, des Érythréens et même des Yéménites”. Leur point commun ? “Tous ont fuit la guerre ou les persécutions pour espérer trouver la paix”. Dans la région africaine des Grands Lacs, et principalement au Sud et Nord-Kivu, à la croisée de la RDC, du Burundi, du Rwanda et de l’Ouganda, les populations sont en proie depuis plusieurs décennies à une guerre, tantôt d’influence entre pays voisins, tantôt d'accaparement de terres riches en minerai, et toujours des conflits ethniques d’une violence inouïe comme des échos du génocide rwandais. Officiellement, on comptabilise 12 000 morts dans cette région depuis 2004 pour la seule Guerre du Kivu, opposant les forces gouvernementales à des groupes rebelles comme la CNDP, le M23, les Maï-Maï ou encore les FDLR (Forces démocratiques de libération

relever ou des infirmes à accompagner. Une cour, décidément bien loin des miracles rêvés de l’asile. “Il y a des personnes qui ont encore plus de difficulté dans la vie que moi, ils ne peuvent pas rester dans cette situation”, reprend le porte-parole. “Même s’il n’y a pas de place d’hébergement pour tout le monde, ils pourraient au moins nous mettre des tentes d’urgence, comme en Grèce. Ça permettrait de protéger les plus vulnérables.” Comme en Grèce. Où des milliers d’odyssées ont vu leurs horizons se clore. Où les espoirs d’une vie meilleure s’entassent dans des camps. “Combien serons-nous ici à vivre comme ça si rien ne bouge ?”, questionne Bakidi de l’autre bout du monde. Jonglant entre le berceau de la démocratie et celui des droits de l’Homme. Croisant les jambes qui l’auront porté jusque là. Croyant coûte que coûte que sa vie s’arrangera. Que si le coeur bat, l’espoir ne sera pas las. Et qu’un jour, peut-être à l’Ofpra, on lui ouvrira les bras. n

du Rwanda). En 2020 l’Onu a comptabilisé 1 400 victimes d’exécutions “arbitraires dans les provinces affectées par les conflits armés”. Une comptabilité macabre, tenue dans le cadre du “Projet Mapping”. Son but : recenser les crimes s’étant déroulés depuis les années 90 et jusqu’en 2003 en RDC. Dans les conclusions du rapport, il est écrit que “la majorité des crimes documentés peuvent être qualifiés de crimes contre l’humanité et de crimes de guerre”. Le texte suggère aussi de “soulever la question de savoir si certains crimes commis […] contre des réfugiés hutus rwandais et des citoyens hutus congolais pourraient être qualifiés de crimes de génocide”. En Somalie, la guerre civile entamée en 1991 n’est toujours pas arrivée à son terme et se mue régulièrement en affrontements interethniques. Famine et déplacement de populations sont le quotidien de ce pays ravagé. Au Yemen, le pays fait face depuis 2014 à une guerre civile qui oppose depuis principalement les rebelles chiites houthis et, jusqu'en 2017, les forces fidèles à l'ex-président Ali Abdallah Saleh. Depuis 2015; une coalition menée par l’Arabie Saoudite bombarde sans relâche le territoire où les hôpitaux, notamment, sont régulièrement pris pour cible. En novembre 2019, Armed Conflict Location and Event Data project (Acled), un projet de l'Université du Sussex, affirme avoir recensé au moins 100 000 morts dans les combats et les bombardements du conflit au Yémen depuis 2015, sans compter les victimes de la crise humanitaire. Parmi les victimes figurent 12 000 civils, dont 8 000 ont péri dans les frappes aériennes de la coalition menée par l'Arabie-Saoudite. En mai 2020, la CIA estime entre 100 000 et 120 000 le nombre de morts militaires et civils entre 2015 et 2020. Et selon un rapport de l’Onu de 2018 : Le blocus du pays par les puissances arabes a provoqué la “ pire crise humanitaire de la planète ” : 7 millions de personnes, soit un quart de la population, sont au bord de la famine ; 1 million ont été touchées par le choléra.

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Propos recueillis par Solène Peillard

ENTRETIEN : ROMAIN REILLE

“A MAYOTTE, IL FAUT PARFOIS DEUX ANS POUR TRAITER UNE DEMANDE D’ASILE, CONTRE SIX MOIS EN MOYENNE EN MÉTROPOLE” IL EST À LA TÊTE DE LA SEULE STRUCTURE D'ACCOMPAGNEMENT DES DEMANDEURS D'ASILE DE TOUTE L'ÎLE. ROMAIN REILLE, DIRECTEUR DE SOLIDARITÉ MAYOTTE, FAIT LE POINT SUR LES DIFFÉRENCES DE TRAITEMENT ET DE DISPOSITIF ENTRE LE 101ÈME DÉPARTEMENT ET LE RESTE DU TERRITOIRE NATIONAL. DES INÉGALITÉS À L'ORIGINE DE LA GROGNE DES CENTAINES DE DEMANDEURS D'ASILE DE CAVANI. Mayotte Hebdo : Quelles différences existent-ils entre les dispositifs d’aide accordés aux demandeurs d’asile en métropole et à Mayotte ? Romain Reille : Le dispositif national d’accueil, comme prévu par le code

de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile, ne s’applique pas intégralement à Mayotte. Normalement, en métropole, un demandeur d’asile, une fois enregistré en tant que tel, a droit à une allocation de subsistance qui lui permet de survivre le temps

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de l’instruction de son dossier auprès de l’Ofpra (l’office français de protection des réfugiés et apatrides, seul organe habilité à délivrer le statut

de réfugié, ndlr). Cela permet aux gens de prétendre à un hébergement au sein d’un centre d’accueil des demandeurs d’asile (Cada), mais il n’en existe

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pas à Mayotte. Ces centres proposent un accompagnement global : les personnes sont suivies au niveau administratif mais aussi en terme d’intégration dans la société, via ce qu’on appelle l’accès aux droits et qui concerne par exemple la sécurité sociale. Cet accompagnement là doit durer tout le temps de l’instruction du dossier des demandeurs d’asile. Bien souvent, avant même d’intégrer ces Cada, les demandeurs d’asile passent par des hébergements d’urgence, chose que l’on a à Mayotte à hauteur de 55 places, mais sans l’attirail qui va avec, puisque l’allocution de subsistance, qui équivaut globalement à un RSA, n’existe pas ici. Mayotte Solidarité dispose également de 20 places sur un dispositif d’accompagnement pour les statutaires, qui bénéficient donc d’un statut de protection internationale, qui est un centre provisoire d’hébergement. Il permet à ces personnes, qui bénéficient d’une carte de dix ans, de s’intégrer à la société civile, et donc d’accéder à la formation, à l’emploi et à toutes les démarches d’accès aux droits. Mayotte Hebdo : Les demandeurs d’asile dont le dossier est encore en cours de traitement ont ils, quant à eux, le droit de travailler ? Romain Reille : C’est là où c’est extrêmement ambigu. Logiquement, tel que l’Etat français l’a décidé, la personne obtient une autorisation de travail six mois après avoir formulé sa demande auprès de l’Ofpra, parce qu’on considère que c’est le délai normal de traitement des demandes. Au-delà de six mois, même si la demande n’est pas traitée, les demandeurs d’asile ont la possibilité de travailler. A Mayotte, c’est plus compliqué : pendant un long moment, ces personnes n’avaient aucune autorisation pour travailler. Entre 2014 et 2016, Solidarité Mayotte a bataillé pour que les cartes provisoires délivrées ici fassent mention d’une autorisation de travail. Maintenant, c’est la direction du travail qui accorde ce droit aux demandeurs d’asile, et même si au bout de six mois, les personnes ne sont

pas encore passées auprès de l’Ofpra, elles ont logiquement la possibilité de travailler, sous condition de présenter un contrat de travail, une promesse d’embauche, etc. Chose qui ne fonctionne pas convenablement à Mayotte… Dans la réalité, ces personnes accèdent très difficilement au monde du travail. M ayo t t e H e b d o : Po u r q u o i l e s demandeurs d’asile à Mayotte n’ont ils pas accès aux mêmes droits que ceux en métropole ? Romain Reille : Déjà, nous sommes grandement éloignés de la métropole et il n’y a pas de missions foraines (déplacements de l’Ofpra dans une région afin d’entendre sur place les demandeurs d’asile, ndlr) régulières sur le territoire. Mais nous sommes en train de voir avec la préfecture pour que l’Ofpra puisse revenir plus régulièrement. Nous en avions déjà formulé la demande il y a trois ans, parce que déjà à l’époque, un certain nombre de dossiers de demandeurs d’asile n’étaient pas traités de manière très régulière… A l’époque, le directeur de l’Ofpra s’était déplacé directement sur le territoire pour venir constater des conditions de vie des demandeurs d’asile. Il y avait en plus des tensions sociales à ce moment-là, et il y avait une nécessité absolue que l’Ofpra passe de manière régulière pour traiter ces demandes d’asile et pour pouvoir faire en sorte que ces personnes, pour la plupart, quittent le territoire de Mayotte pour accéder au territoire métropolitain. En 2019, l’Ofpra est passé de façon plus régulière mais depuis la crise sanitaire, les visites ont été considérablement ralenties. Mais l’Ofpra s’est engagé à revenir plus souvent car à Mayotte, il faut parfois deux ans pour traiter une demande d’asile, contre six mois en moyenne en métropole. Une grande partie des missions sont faites par visioconférences, mais principalement pour les personnes placées en procédure accélérée (pour les demandeurs d’asile issus de pays considérés comme “sûrs” ou pour ceux qui demandent le réexamen d’une première demande définitivement

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rejetée, ndlr), donc ici, principalement les Comoriens et les Malgaches… Mayotte Hebdo : Quelles évolutions notez-vous concernant le profil des demandeurs d’asile, leur nombre, leurs pays d’origine, etc. ?

contrôles et de vérifications, plus c’est délicat pour les réseaux de s’organiser pour faire passer tout ce monde. Ca devient beaucoup plus facile d’accéder à un territoire qui est finalement très proche des côtes africaines, en l'occurrence Mayotte. n

Romain Reille : Cela fait neuf ans que je suis directeur de l’association. A mon arrivée, il y avait 300 à 400 demandes grand maximum par an. Aujourd’hui, on passe bien au-delà des 2 000 voire 2 500. Et encore, cette année, le confinement a bien ralenti les arrivées… Au niveau de leurs pays d’origine, il y a eu là aussi de grandes évolutions : dans le passé, les demandes dites classiques étaient principalement formulées par des personnes originaires de l’Afrique des Grands Lacs, donc République Démocratique du Congo, Rwanda, Burundi. Mais à l’heure d’aujourd’hui, on accueille 14 nationalités différentes et on voit arriver des flux de personnes qui ne transitaient pas du tout dans le passé par le territoire de Mayotte mais qui passaient plutôt par les portes de la Méditerranée pour gagner le territoire national et y demander l’asile. On voit ainsi quelques Marocains arriver, des Burkinabés, des gens de l’Afrique de l’Ouest, qui jusqu’alors passaient plutôt par la Libye, le Maroc, etc. Mais plus l’étau se referme sur la Méditerranée, plus il y a de

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OFFRES D'EMPLOI OFFRES DE FORMATIONS FICHES MÉTIERS TÉMOIGNAGES CONSEILS

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LE CAHIER EMPLOI & FORMATION

LE MÉTIER DE LA SEMAINE

CONDUCTEUR D'OPÉRATIONS BTP LE CONDUCTEUR D'OPÉRATIONS BTP ORGANISE ET SUIT LES DIFFÉRENTS MOYENS TECHNIQUES (MATÉRIELS, MATÉRIAUX, ETC.), HUMAINS (INTERNES ET EXTERNES DE L'ENTREPRISE) ET FINANCIERS (MODE CONSTRUCTIF, ETC.) NÉCESSAIRES À LA RÉALISATION D'UN CHANTIER DE CONSTRUCTION, DE LA PHASE PROJET JUSQU'À LA LIVRAISON SELON LES DÉLAIS ET LES RÈGLES DE SÉCURITÉ. NÉGOCIE ET CONTRACTUALISE DES PRESTATIONS AVEC LE MAÎTRE D'OUVRAGE ET/OU LE MAÎTRE D'OEUVRE. ENVIRONNEMENT DE TRAVAIL - Entreprise - Entreprise du paysage

COMPÉTENCES

- Définir les moyens humains, matériels et financiers d'un projet - Planifier les travaux - Sélectionner des fournisseurs, sous-traitants, prestataires - Présenter un dossier de chantier au chef de chantier et aux intervenants - Apporter un appui technique au chef de chantier - Organiser des réunions et des visites de chantier - Coordonner les prestataires, fournisseurs, intervenants - Organiser les emplacements d'engins - Suivre la gestion des zones de stockage - Contrôler la gestion des stocks - Planifier l'activité du personnel - Affecter le personnel sur des postes de travail - Détecter des besoins d'intervention supplémentaire avec le maître d'ouvrage - Contrôler la conformité de réalisation de fournisseurs, sous-traitants, prestataires - Rédiger des documents techniques - Réaliser la gestion administrative et financière d'un chantier

ACCÈS AU MÉTIER

Cet emploi/métier est accessible avec un diplôme de niveau Bac+2 (BTS, etc.) en gros oeuvre, second oeuvre, travaux publics et génie civil et aménagement paysager. Un diplôme d'ingénieur en construction peut être demandé.

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Petit guide pratique pour la fabrication et la commercialisation des produits cosmétiques Professionnels du secteur des cosmétiques, fabricants, importateurs et consommateurs, suivez le guide : La Direction Générale de la Concurrence de la Consommation et de la Répression des Fraudes (DGCCRF) et son antenne locale au sein de la DIECCTE de Mayotte vous informent sur la règlementation applicable à la fabrication et l’importation des produits cosmétiques et aident le consommateur à mieux s’orienter dans ses choix de consommation. Le service entreprise de la DIECCTE vous donne les pistes pour structurer et développer votre activité dans ce secteur.

10 règles pour bien produire : Tout d’abord qu’est-ce qu’un produit cosmétique ? 3 critères cumulatifs pour qualifier un produit cosmétique Un produit cosmétique est une substance ou un mélange destiné à être appliqué sur les parties superficielles du corps humain (peau, cavité buccale, cheveux, organes génitaux externes) et ayant pour fonction de nettoyer, parfumer, modifier l'aspect, protéger, maintenir en bon état ou corriger les odeurs corporelles. Ainsi, les cosmétiques ne sont pas des produits comme les autres. De par leur mode d’application et leurs compositions, ces produits ont une incidence directe sur la santé et la sécurité des personnes. C’est pourquoi, la fabrication et la commercialisation de ces produits répondent à des règles strictes afin de garantir la santé et la sécurité des utilisateurs (Règlement (CE) n°1223/2009 du Parlement Européen et du Conseil du 30 novembre 2009 relatif aux produits cosmétiques, entré en vigueur le 11 juillet 2013). L’objectif du règlement est d’établir des règles auxquelles doivent satisfaire tous produits cosmétiques mis sur le marché européen afin d’assurer un niveau élevé de protection de la santé humaine, en introduisant notamment des dispositions renforçant la responsabilité des fabricants et importateurs de produits cosmétiques. Dès lors, pour qu’un produit cosmétique puisse être commercialisé sur le territoire de l’Union Européenne il faut qu’une personne responsable située sur le territoire de l’Union soit identifiée et que celle-ci garantisse la conformité et la sécurité du produit cosmétique. Le fabricant et l’importateur situés dans l’Union Européenne sont les personnes responsables au sens du règlement. L’article 4 du règlement prévoit que le fabricant ou l’importateur puissent déléguer ce rôle et désigner une personne tierce située dans l’Union Européenne comme personne responsable. Dans ce cas, il doit exister un mandat écrit, signé des deux parties. Cette possibilité laissée par le règlement 1223/2009 a fait émerger un nouveau « métier », il existe maintenant des opérateurs spécialisés qui proposent leurs services pour devenir personne responsable mandatée.

1) Fabricants, notifiez-vous auprès de la Commission Européenne via le Portait de Notification des Produits Cosmétiques(CPNP) Les fabricants de produits cosmétiques doivent notifier chacun de leur produit sur le portail CPNP avant de les mettre en vente, en suivant le lien ci-contre : https://webgate.ec.europa. eu/cpnp/faq/index.cfm?event=faq.show Le défaut de notification est passible de 2 ans d’emprisonnement et de 30 000 € d’amende (L5431-2 2° du code de la santé publique).

2) Déclarez-vous auprès de l’Agence Nationale de sécurité du Médicament (ANSM) Les fabricants et conditionneurs de produits cosmétiques doivent déclarer leur établissement à l’ANSM, à partir du lien : https://ansm.sante.fr/Services/Declaration-des-etablissements-de-fabrication-ou-de-conditionnement-de-produits-cosmetiques Le défaut de déclaration est sanctionné par 2 ans d’emprisonnement et 30 000 € d’amende.

3) Respectez les Bonnes Pratiques de Fabrication (BPF) La fabrication des produits cosmétiques doit respecter les bonnes pratiques de fabrication (BPF) afin de garantir la mise à disposition sur le marché de produits sûrs. Le respect des BPF est présumé lorsque la fabrication est effectuée conformément aux normes harmonisées dont les références sont publiées au JOUE (article 8) : la norme NF EN ISO 22716:2007 La norme NF EN ISO 22716, définit les bonnes pratiques de fabrication des produits cosmétiques à respecter à toutes les étapes d’élaboration des produits. La norme est composée de 15 chapitres dont certains concernent les flux de productions (matières premières, locaux, production, article de conditionnement, équipement et produits finis) et certains autres concernent des thématiques transverses comme, le personnel, le contrôle de la qualité, la sous-traitance, la documentation etc…

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La norme ISO 22716 est accompagnée d’un document de formation, la norme ISO24475 qui précise le but recherché par chacun des chapitres de la norme. Les professionnels peuvent utiliser d’autres référentiels à la condition que ceux-ci apportent les mêmes garanties de sécurité pour les produits. Dans ce cas, ils doivent apporter la preuve que le référentiel utilisé apporte les mêmes garanties que la norme BPF. Le respect des BPF permet d’assurer la qualité des produits fabriqués, assurer la traçabilité de ceux-ci et prévenir les risques inhérents à la fabrication. Le fabricant, personne responsable, doit attester du respect des BPF. Cette attestation est intégrée au DIP.

4) La composition du produit fabriqué doit être conforme au règlement 1223/2009 Les ingrédients utilisés pour fabriquer un produit cosmétique doivent être conformes au règlement cosmétique et garantir la sécurité du produit. A ce titre, le règlement 1223/2009 comporte 5 annexes qui définissent les règles de composition applicables aux produits cosmétiques. Par exemple l’annexe II liste les substances interdites dans les produits cosmétiques, parmi lesquels le formaldéhyde, notamment présent dans les produits d’éclaircissement de la peau et fortement cancérigène. De même, seules les substances listées dans les annexes

IV, V, VI peuvent être utilisées en tant que colorants, conservateurs, ou filtre UV à l’exclusion de toute autre substance. Les substances mentionnées dans ces 5 annexes, sont interdites ou soumises à des restrictions d’utilisation, car elles présentent un risque pour la santé. Fabricants, soyez vigilant sur les substances que vous incorporez dans vos produits, la mise en vente de produits ne respectant pas les prescriptions des 5 annexes du règlement relatives à la composition des produits est passible de 2 ans d’emprisonnement et de 30 000 € d’amende.

5) Constituez un Dossier d’Information sur le Produit (DIP) L’article 11 du règlement cosmétique 1223/2009 prévoit que la personne responsable détient, à l’adresse indiquée sur l’étiquetage, en version papier ou électronique, un dossier d’information sur le produit (DIP). A chaque produit cosmétique son DIP, celui-ci permet à la personne responsable de garantir la sécurité de son produit. Il existe des évaluateurs de la sécurité qui peuvent proposer un service complet d’évaluation de la sécurité et de constitution du DIP lui-même. L’article L. 5431-6 de la santé publique prévoit une peine de 1 an d’emprisonnement et 15 000 € d’amende pour la commercialisation d’un produit cosmétique en l’absence de DIP.

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6) Veillez à avoir un étiquetage conforme L’article 19 du règlement 1223/2009 relatif aux produits cosmétiques prévoit les mentions d’étiquetage qui doivent obligatoirement figurer sur le produit cosmétique. Certaines de ces mentions doivent obligatoirement être en langue française. Ainsi, l’étiquetage doit mentionner : - Le nom et l’adresse de la personne responsable (le fabricant ou l’importateur) - La quantité nominale du produit - La liste des ingrédients sous la forme INCI (nomenclature internationale), en latin pour les produits issus des plantes et en anglais pour les produits chimiques. - Les précautions d’emploi/conseil d’utilisation, afin d’éviter les mésusages - La période d’utilisation après ouverture (PAO) ou la date de durabilité minimale. Le fait pour la personne responsable de mettre sur le marché un produit cosmétique dont le récipient ou l’emballage ne comportent pas les mentions d’étiquetage prévues par l’article 19 du règlement cosmétique est puni de 15 000 € d’amende.

7) Soyez vigilant quant aux allégations que vous mentionnez sur vos produits. L’article 20 du règlement cosmétiques interdit d’attribuer à un produit des caractéristiques ou des fonctions qu’il ne possède pas. Les allégations doivent strictement être admissibles au regard de la définition des produits cosmétiques et être justifiées. De plus, attention de ne pas porter d’allégations thérapeutiques sur vos produits cosmétiques. En effet, ces allégations peuvent conférer le statut de médicament par présentation à un produit cosmétique et sont donc de fait proscrites. Par exemple, un produit cosmétique peut avoir été formulé à destination de peaux acnéiques, mais ne peut pas prévenir l’apparition ni traiter l’acné (qui est une pathologie).

8) Importateurs de produits cosmétiques : votre responsabilité est engagée. Si vous êtes importateur de produits cosmétiques en provenance de pays tiers (Chine, Thaïlande, Tanzanie, Dubaï, etc.) vous êtes considéré comme personne responsable au sens du règlement 1223/2009 relatif aux produits cosmétiques. A ce titre, les obligations incombant au fabricant exposées plus haut vous sont également applicables. Sachez qu’en achetant des produits pour lesquels un opérateur basé dans l’Union Européenne est désigné comme personne responsable, vos obligations sont allégées passant du statut d’importateur à simple distributeur.

9) Consommateurs soyez vigilant dans le choix de vos produits cosmétiques. Pour votre sécurité, soyez attentif à l’étiquetage des produits et à leur origine. Privilégiez les produits proposés dans les circuits de distribution légaux et pour lesquels une personne responsable au

sein de l’Union est indiquée sur l’emballage. En effet, la sécurité des produits importés ou vendus illégalement sans désignation de personne responsable dans l’Union Européenne n’est pas garantie. Les consommer, c’est vous exposer à un risque pour votre santé. De même, attention au danger des produits éclaircissants contenant des substances interdites et cancérigène, comme le formaldéhyde.

10) Besoin de plus de précisions ? La DGCCRF et la DIECCTE de Mayotte sont là pour vous répondre : Fabricants, importateurs, consommateurs, vous êtes invités à vous rapprocher du pôle C de la DIECCTE de Mayotte, à l’adresse 3 bis rue Mahabou et par courriel au 976.polec@dieccte.gouv.fr, pour plus de précisions sur la réglementation et la commercialisation des produits cosmétiques. De même, vous pouvez consulter les fiches pratiques DGCCRF sur ces thématiques sur le site du ministère de l’Economie : https://www.economie.gouv.fr/dgccrf/Publications/Vie-pratique/Fiches-pratiques-de-la-concurrence-et-de-la-consom Afin de soutenir l’émergence de la filière locale de fabrication de produits cosmétiques, les services de contrôle du pôle C de la DIECCTE de Mayotte précisent qu’ils accompagneront les fabricants dans la mise en conformité de leurs produits avec les exigences du règlement 1223/2009. Les opérateurs sont par ailleurs invités à se mettre en conformité quant à leurs obligations déclaratives auprès de l’ANSM et du portail CPNP sans délais. Il en va de même pour ce qui est de l’étiquetage des produits. Les opérateurs de cette filière peuvent aussi s’appuyer sur l’expertise des structures d’accompagnement pour les accompagner au développement de leurs activités. Le schéma suivant propose une liste non exhaustive des différents dispositifs financiers.

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M ay o t t e H e b d o • N ° 9 3 4 • 3 0 / 1 0 / 2 0 2 0


on

Publi-rédactionnel

Dispositifs de financement à la création et au développement d’entreprise existants à Mayotte (liste non exhaustive) Dispositifs de financement à la création et au développement d’entreprise existants à Mayotte (liste non exhaustive)

microcrédit jusqu'à 15 K€ + prêt d'honneur à taux zéro AI 5 K€ maxi50 K€ ADIE CONSEIL

Offres de la BPI France

AI 50 K€ CONSEIL DEPARTEM ENTAL

garantie prêt bancaire tauxgarantie prêt PIJ bancaire d'interventio Département taux 6 320€ n 60% d'interventio maxi n 60% maxi CONSEIL BPI BPI DEPARTEM ENTAL FRANCE FRANCE

PIJ Département Subvention 6 320€ PIJ Etat CONSEIL 7 320€ DIECCTE DEPARTEM ENTAL

Subvention PIJ Etat 7 320€ DIECCTE

microcrédit jusqu'à 15 K€ + AIF

prêt d'honneur 3 K€ à taux zéro 5 K€ CONSEIL maxi ADIE

développemen t outre-mer 10 K€ à 750 K€ + prêt bancaire BPI FRANCE

prêt développemen t outre-mer 10 K€ à 750 Prêt K€ + innovation prêt R&D bancaire 3millions d'€ BPI FRANCE

Sigle : PIJ : projet initiative- jeune AI : aide à investissement AIF : aide à l’initiative des femmes AFI : Aide pour la faisabilité de l'innovation

Service instructeurs des demandes de financement :

Prêt d'honneur à Prêt taux zéro d'honneur 20 K€ à taux zéro INITIATIVE MAYOTTE

20 K€ INITIATIVE Garantie prêt MAYOTTE

DEPARTEM ENTAL prêt

DEPARTEM ENTAL

Prêt innovation R&D 3millions d'€

AIF 3 K€ CONSEIL DEPARTEM ENTAL

bancaire taux d'intervention 70% maxi BPI FRANCE

Garantie prêt bancaire taux Prêt AFI d'intervention d'amorçage subvention 70% maxiInvestissement de 50 K€ de 100k€ à 1millions d'€ BPI FRANCE

Avance + mobilisation des créances détenues par l'Etat et les AFI collectivités

subvention de 50 K€

Bourse FrenchTech subvention de 30 K€

Prêt d'amorçage Investissement de 100k€ à Légende : 1millions d'€

Bourse FrenchTech subvention de 30 K€

Projet de création Projet de création ou de développement

Avance + mobilisation des créances détenues par l'Etat et les collectivités

Projet de développement

Légende :

Projet de création

- DIECCTE (service entreprises) : 02 69 61 16 57 ; http://mayotte.dieccte.gouv.fr/ACCRE-PIJ - CONSEIL DEPARTEMENTAL (ADIM) : 262 269 61 04 26, +262 639 091 860 ; https://www.adim-mayotte.fr/page/pole-entreprise Projet de création ou de développem - ADIE : 02 69 61 00 00 ; https://www.adie.org/ - INITIATIVE MAYOTTE : 0269 61 04 26 ; https://initiative-france.fr/ - BPI France : 0262 20 93 47 ; https://www.bpifrance.fr/ Projet de développement

Structures d’accompagnement : Chambres consulaires : CCI, CMA, CRESS, CAPAM Cabinets de conseil : BGE, CREA-PEPITES, CABINET MAHORAIS DE CONSEIL, PEPITES OPTIMUM, OUDJEREBOU, (liste non exhaustive)

Direction des Entreprises de la Concurrence de la Consommation du Travail et de l’Emploi de Mayotte 3, bis rue Mahabou - BP 174 97600 Mamoudzou Standard : 02 69 61 16 57 - Fax : 02 69 61 03 37 - 976.communication@dieccte.gouv.fr Pour plus d’information site Internet de la Dieccte de Mayotte : www.mayotte.dieccte.gouv.fr 2 7 • M ay o t t e H e b d o • N ° 9 3 4 • 3 0 / 1 0 / 2 0 2 0


MAGAZINE D’INFORMATION NUMÉRIQUE HEBDOMADAIRE Edité par la SARL Somapresse au capital de 20 000 euros 7, rue Salamani Cavani M’tsapéré BP 60 - 97600 Mamoudzou Tél. : 0269 61 20 04 contact@mayottehebdo.com Directeur de la publication Laurent Canavate canavate.laurent@mayottehebdo.com Directeur de la rédaction Mohamed El Mounir dit “Soldat” 0639 69 13 38 soldat@mayottehebdo.com Rédacteur en chef Grégoire Mérot

# 934

Couverture :

Droit d'asile : l'impasse

Journalistes Romain Guille Solène Peillard Raïnat Aliloiffa Constance Daire Direction artistique Franco di Sangro Graphistes/Maquettistes Olivier Baron, Franco di Sangro Commerciaux Cédric Denaud, Murielle Turlan Thomas Lévy Comptabilité Catherine Chiggiato compta@mayottehebdo.com Secretariat Annabelle Mohamadi Première parution Vendredi 31 mars 2000 ISSN : 1288 - 1716 RCS : n° 9757/2000 N° de Siret : 024 061 970 000 18 N°CPPAP : 0121 I 92960 Site internet www.mayottehebdo.com

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Mayotte Hebdo n°934  

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