Mayotte Hebdo n°1020

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DÈS AUJOURD’HUI, APPORTER AU CŒUR DES TERRITOIRES LES SOLUTIONS DE DEMAIN. Habitat, revitalisation, transformation énergétique, réindustrialisation… Nos convictions et nos financements font avancer vos projets pour les territoires, partout en France. Et ça ne date pas d’hier. Contactez votre interlocuteur près de chez vous. L’intérêt général a choisi sa banque


LE MOT DE LA RÉDACTION

GREENWASHING Cet anglicisme, qui désigne les mesurettes – rarement efficaces, jamais suffisantes – prises par les élites pour l'environnement, fut particulièrement prégnant ces derniers jours, du côté de l'Égypte, où se déroulait la COP 27. Pour parler écologie et tenter de limiter le réchauffement climatique mondial à 1,5 degré Celsius en 2100, comme prévu par l’Accord de Paris, ce sont plus de 400 jets privés et autres avions qui se sont entassés à Charm el-Cheikh. Une énième hypocrisie qui irrite les « petites gens » de tous les pays, tenues pour seules responsables des maux environnementaux. Luttes écologistes et développement économique ne sont pourtant pas incompatibles, comme le prouve notre interlocuteur cette semaine. Scientifique reconnu au destin hors du commun, Bernard Thomassin a découvert et fait briller les richesses naturelles de Mayotte à l'international, depuis son fief de Marseille. Tout cela en continuant de prôner le progrès social et financier des Mahorais, en mettant en avant des projets bien concrets sur l’île, loin des belles promesses égyptiennes que l’on a pu entendre cette semaine. Au final, « c'est toujours la même merde sous la dernière couche de peinture », rappait IAM, groupe phocéen justement, sur le classique « Demain c'est loin ». Seulement, demain est à nos portes : les scientifiques estiment que l’objectif de +1,5°C d’ici la fin du siècle est inatteignable, déjà. Bonne lecture à toutes et à tous.

Axel Nodinot

TOUTE L’ACTUALITÉ DE MAYOTTE AU QUOTIDIEN Le premier quotidien de Mayotte Diffusé du lundi au vendredi, Flash Infos a été créé en 1999 et s’est depuis hissé au rang de 1er quotidien de l’île. Lu par plus de 12.000 personnes chaque jour, Flash infos vous permet de suivre l’actualité mahoraise (politique, société, culture, sport, économie, etc.) et vous offre en plus un aperçu de l’actualité de l’Océan Indien et des Outremers.

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La soLution aux pénuries d’eau

Le Lagon au patrimoine mondiaL de L'unesCo ?

le sTade de Tsoundzou 1, une pierre pour l’avenir

le RetouR de nos héRos

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Les juridictions renforcées par sept nouveLLes arrivées

stewards dans Le yachting, une formation en devenir

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première parution : juillet 1999 — siret 02406197000018 — édition somapresse — n° Cppap : 0921 y 93207 — dir. publication : Laurent Canavate — red. chef : romain Guille — http://flash-infos.somapresse.com

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FI n° 5288 Mercredi 31 août 2022 St Aristide

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Économie

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Les appeLs à projets de L'europe

Couvre-feu pour Les mineurs

Première parution : juillet 1999 - Siret 02406197000018 - APE 5813Z - Édité par la Somapresse - Directeur de publication : Laurent Canavate - http://flash-infos.somapresse.com

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Agression à TsimkourA

FesTivAl sAnAA

Trois jeunes condamnés, donT un cousin de la mariée

Quinze arTisTes aTTendus sur scène pendanT Trois jours

première parution : juillet 1999 — siret 02406197000018 — édition somapresse — n° Cppap : 0921 y 93207 — dir. publication : Laurent Canavate — red. chef : romain Guille — http://flash-infos.somapresse.com

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Justice

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Rien à déclaReR pouR cet habitant de chiRongui

les 82 chambRes de l’hôtel ibis style livRées

première parution : juillet 1999 — siret 02406197000018 — édition somapresse — n° Cppap : 0921 y 93207 — dir. publication : Laurent Canavate — red. chef : romain Guille — http://flash-infos.somapresse.com

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tchaks 3 C’est le nombre d’évènements prévus par la Chambre régionale de l’économie sociale et solidaire (CRESS) de Mayotte cette semaine, en compagnie de la première délégation ESS océan Indien. Cette dernière sera composée d’acteurs de l’économie sociale et solidaire du Kenya, de la Tanzanie, du Mozambique et des Comores. Une collaboration régionale qui permettra donc un dynamisme sur ces trois ateliers : - Lundi 21 novembre à 9h : « Greniers de l’ESS à Mayotte : une histoire séculaire pour les échanges de demain », dans les locaux de la CRESS à Combani ; - Mardi 22 novembre à 9h : « Les territoires de demain et l’ESS : une coopération régionale pour un développement local », dans les locaux de la CCPT, en Petite-Terre ; - Mercredi 23 novembre à 9h : « Coopérer pour une économie à impact : l’océan indien un terreau fertile d’innovation sociale », à la Case Robinson de Bouéni.

#wamitoo clôt sa seconde édition Fort de presque un millier de témoignages et de réponses enregistrées sur sa plateforme en ligne, le collectif CIDE Mayotte referme le 2ème volet de la campagne #wamitoo ce samedi matin, au lycée des Lumières de Kawéni. L’occasion de revenir sur le succès de la 5ème campagne de sensibilisation aux droits de l’enfant menée sur le territoire, notamment par l’association Haki za Wanatsa. Des témoignages, discours d’officiels et des contributions d’enfants prendront donc place lors de cet évènement, qui laisse augurer de nombreuses autres initiatives autour du fléau des violences sexuelles sur mineurs. Bien que peu soutenus par les pouvoirs locaux, les actrices et acteurs du mouvement #wamitoo participent depuis quelques années à la libération de la parole des victimes de viols ou d’agressions sexuelles sur l’île.

« On ne peut pas avoir de meilleurs prix ! » C’est le constat fait par Ali Djaroudi, président de l’Association des usagers du transport aérien à Mayotte (AUTAM), après avoir déploré que les Mahorais se retrouvent « avec une compagnie aérienne qui a le monopole et qui est en difficulté financière », sur les ondes de Mayotte la 1ère. Taclant en filigrane la compagnie Air Austral, le président de l’AUTAM réclame l’accélération du dossier Zena Airlines par le Conseil départemental, ainsi qu’une ouverture sur d’autres destinations que les seules Réunion et métropole, avançant les exemples de l’Éthiopie ou de l’Afrique du Sud, notamment pour les commerçants de l’île. Enfin, M. Djaroudi a rappelé que l’AUTAM était « là pour aider » les usagers qui ont dû faire face à des retards ou annulations de vols, courantes ces derniers temps.

Florent Piétrus et Benoît Gomis à Mayotte L’un est une figure emblématique de l’équipe de France de basket, avec ses 230 sélections et différentes médailles glanées aux championnats du monde ou d’Europe, aux côtés de Tony Parker, Nicolas Batum ou Boris Diaw. L’autre est l’entraîneur particulier de plusieurs talents français de la NBA, dont Rudy Gobert et Sekou Doumbouya. Ces deux géants de la balle orange ont passé la semaine sur l’île au lagon, distillant des conseils et multipliant les stages sportifs auprès des jeunes mahorais. Samedi, ils donneront également le coup d’envoi des finales de la Coupe de basket de Mayotte, opposant le BC Mtsapéré aux Fuz’Ellips de Cavani chez les femmes, et le BC Mtsapéré au Vautour de Labattoir chez les hommes, samedi après-midi au gymnase de Pamandzi.

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LU DANS LA PRESSE

Chaque semaine, découvrez le regard porté sur l’actualité locale à travers la presse nationale ou régionale

« CE N’EST PAS NORMAL QUE JE N’ARRIVE PAS À M’EN SORTIR POUR VIVRE » Le 14 novembre 2022, par Gabrielle Meton pour l’Obs. Maëlle prépare un double diplôme entre Sciences-Po Paris et la Freie Universität de Berlin. Chaque année, elle voit sa bourse d’études fondre. Une précarité qui la pousse à cumuler les petits boulots et les stages, en plus de ses cours. Pour mettre des mots, et des images, sur les difficultés des étudiants, touchés de plein fouet par l’inflation après deux ans de crise du Covid, « l’Obs » s’entretiendra tout au long de l’année avec des étudiants et étudiantes dont Maëlle, 22 ans, en double diplôme de sciences politiques à Berlin. La jeune femme, dont les parents habitent à Mayotte, tente de concilier ses études et ses besoins financiers qu’elles assument seule. Elle a accepté de se livrer. « Depuis le lycée, quand j’avais des voyages de classe à payer, je m’arrangeais toujours pour que ce soit ma grand-mère ou l’établissement qui finance pour moi. Mes parents ne pouvaient pas me les payer, malgré ma place dans un lycée public. Quand je suis arrivée en études supérieures, c’était clair que leur demander de payer un loyer n’allait pas être possible. J’étais largement boursière quand je suis entrée à SciencesPo, j’avais de la chance. Je touchais 400 euros de bourse du Crous, 300 euros grâce au complément versé par Sciences-Po et 300 euros d’aides liés à mon double diplôme avec Berlin. J’avais assez pour vivre et payer mon loyer en appartement seule. En 2020, je suis passée à une bourse de 170 euros par mois, en plus d’une aide de 300 € versée par Sciences-Po. Mais cette aide, bien que très bénéfique, vient ponctuellement, en novembre ou décembre et en juillet. Difficile de compter dessus pour le mois de septembre. J’ai dû commencer à travailler. « Depuis la rentrée, j’ai changé ma façon de consommer et je privilégie les enseignes de hard discount » J’ai fait des baby-sittings, trois ou quatre fois par semaine, de quatre heures à chaque fois. Je passais mon temps dans ma chambre à étudier, ou au travail pour arriver à m’en sortir financièrement. C’était trop, j’ai commencé à tomber en dépression, ça n’allait pas du tout. Le confinement qui a suivi m’a vraiment achevée. En mars 2021, j’ai arrêté le baby-sitting et je me suis trouvé un stage de 15 à 20 heures par semaine en journée, qui me plaisait. Je n’étais payée que 450 € par mois. Je savais que c’était bon pour mon dossier, ça me rassurait. Ça m’a rajouté une motivation de savoir que ce n’était pas un job alimentaire. Depuis mon arrivée à Berlin, pour la suite de mon double diplôme en sciences politiques avec une université allemande, je ne touche pas d’APL, pas d’aides. Ici, je dois aussi payer mes frais de scolarité, ce que je n’avais pas à faire à Sciences-Po Paris. Même si ça ne représente que 300 euros par semestre, soit 600 euros par an, je ne sais pas trop d’où je suis censée les sortir. J’ai continué de gagner ma vie avec des baby-sittings, qui pouvaient me rapporter jusqu’à 600 euros par mois. Au semestre dernier, j’ai trouvé un stage en plus. C’était dans un centre de recherche, je voulais absolument le faire. C’était payé 320 euros par mois. Avec ma bourse, ça ne me suffisait

pas pour vivre. J’avais 20 heures de cours, 20 heures de stage, 20 heures de baby-sitting. Pendant six mois, j’étais un robot. Fin juillet, j’allais très mal. « Avoir un petit boulot de nuit a trop pesé sur ma santé et sur mes notes » Pendant les vacances d’été, je vais voir mes parents à Mayotte, où ils ont déménagé à l’été 2020. Depuis deux ans, j’y travaille aux impôts avec ma mère, à un poste de vacataire. J’ai aussi fait des heures et des heures de traduction pour un travail à distance. J’ai passé tout un job d’été à traduire un site. Je donne aussi des cours particuliers à distance. Je n’ai jamais vraiment de vacances. Pour moi, c’est normal. Avant la rentrée de septembre, je savais depuis quelques mois que ma bourse allait à nouveau baisser, même si les barèmes n’avaient pas encore été calculés. Les bourses du Crous sont données sur des avis d’imposition vieux de deux ans. Soit, en ce qui me concerne, l’année où mes parents étaient partis à Mayotte. Avec le déménagement dans les DOM, leur revenu a augmenté. En France, ma mère touchait 1 700 euros. A Mayotte, l’aide à la vie chère lui rapporte 45 % de salaire en plus, et elle a une aide au loyer. Une grosse somme pour compenser les prix très chers sur la consommation directe. Mais c’est tout juste assez pour son niveau de vie. Je suis boursière échelon 3 ou 4 selon les études de ma sœur, je suis passée échelon 0 bis. J’ai aussi des points pour l’éloignement géographique, car le foyer de mes parents est dans les DOM. Mais ces points calculés sur la distance entre le domicile familial et le lieu d’étude ne compensent pas du tout. Je pensais avoir le complément de Sciences-Po, qui me reverse les trois quarts de ma bourse. Mais j’ai fini par avoir quelqu’un de l’école qui m’a expliqué que je ne toucherai pas ce complément pour ma quatrième année d’études. Finalement, je n’ai plus qu’une bourse de 100 €. Ce n’est pas un montant avec lequel tu peux vivre. « Chaque jour, je fais 60 kilomètres aller-retour entre mon école et chez moi » C’est tout ce que l’on me donne pour des études que je suis censée faire à fond ? Ma bourse ne cesse de baisser. J’ai peur qu’un jour on m’annonce que je ne puisse plus en bénéficier. Beaucoup de gens n’en parlent pas parce qu’ils ont honte. J’en avais marre de ne rien dire. Ce n’est pas normal que je n’arrive pas à m’en sortir pour vivre. Je ne peux pas inventer de l’argent. Le semestre dernier, j’ai travaillé quarante heures par semaine. Ça se fait. Mais à quel prix ? Ça m’attriste tellement qu’il y ait eu besoin d’une vidéo TikTok qui fasse 9 millions de vues pour que le Crous s’attarde sur mon dossier. Ces derniers jours, j’ai eu au téléphone quelqu’un du cabinet interministériel pour l’égalité des chances des Français d’outre-mer. Il m’a expliqué qu’il pensait que les systèmes de points fonctionnaient. Sincèrement, ils emploient des gens qui font des statistiques, des projections… eh bien, qu’ils calculent ! Ça ne revient pas du tout à la même chose. Je trouve cela honteux que je sois capable de faire ce calcul, de pouvoir dire exactement ce que je touche si on enlève les aides qu’on donne à ma mère, et qu’eux ne soient pas capables de faire un système de points adaptés… »

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GRAND ENTRETIEN

BERNARD THOMASSIN 45 ANS AU SERVICE DE L’ÎLE AU LAGON

Comme le cours de l’eau, il est intarissable. Tel est l’adjectif qui pourrait définir Bernard Thomassin et ses 80 années de riches expériences. Ce globe-trotter et virtuose de l’océanologie, s’il est aujourd’hui directeur de recherches honoraire au CNRS, est aussi membre du conseil scientifique du Patrimoine naturel de Mayotte, du Conseil scientifique du MuMa, et du REVOSIMA. Celui qui est tombé amoureux de l’île au lagon a en effet participé à sa mise en lumière et à son développement, et revient en ce moment à Mayotte pour une série de débats et de conférences. L’occasion de se poser avec un homme riche d’anecdotes et de convictions.

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Mayotte,vue par Sentinel 2

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DOSSIER

Propos recueillis par Axel Nodinot

Mayotte Hebdo : Quel est votre parcours, et comment avez-vous eu l’opportunité de voyager dans le monde entier ? Bernard Thomassin : Déjà, je suis un Franco-Sénégalais, puisque je suis né à Saint-Louis du Sénégal en 1942. Mes parents ont été obligés de fuir la France pour ne pas se faire capturer par la Gestapo. J'y ai donc passé toute mon enfance, jusqu'à onze ans, en parlant wolof, en jouant avec mes petits copains africains, en ayant un lance-pierres dans la poche arrière de mon short pour aller tirer les outardes et le singe, en ayant une pirogue et en allant dans l'embouchure du fleuve Sénégal, ce qui est maintenant le parc national du Djoudj… J'étais un peu l'équivalent de Bao à Mayotte ! M.H. : Que faisaient vos parents, à cette époque ? B.T. : Mon père était dans les travaux publics et les ponts. Il est passé par toutes les catégories, dessinateur industriel, adjoint technique, grand ingénieur, et puis directeur de l'urbanisme dans de grandes villes comme Dakar ou Cannes. Après 28 ans d’outre-mer, il a fini sa carrière au Tchad, en dirigeant l’ATEC, l'Agence transéquatoriale de communication pour la partie routes. M.H. : Quand avez-vous remis les pieds en France ?

PIEDS NUS AU SÉNÉGAL, -30°C À DIJON

B.T. : J’y ai été renvoyé quand j'avais onze ans, afin de faire des études de lycée en France, que j’ai débutées en 1956. Il faisait -30°C et on était encore en culottes courtes à Dijon, et j'ai dû reporter des chaussures alors que je marchais pieds nus ! J'ai donc fait mes études au lycée Carnot de Dijon, puis au lycée Carnot de Cannes. Puis, comme mon père était directeur de l'urbanisme à Dakar, y ayant notamment construit les facs, je suis retourné au Sénégal, faire mes études à l'Université Cheikh Anta Diop, dans le quartier de Fann. J’y ai eu des professeurs exceptionnels, qui ont ensuite enseigné dans les universités françaises, aussi bien en géologie, en botanique, en zoologie… J’ai eu des gens comme Théodore Monod ou d’autres très, très grands professeurs. Et surtout, nous n’étions que quatorze dans ces certificats, donc c’étaient vraiment des cours particuliers, avec énormément de terrain, puisqu'on allait faire de la géologie en Mauritanie, faire des coupes géologiques à coups de canon de 75, puisqu'on était accompagnés par l'armée. On pouvait aussi aller compter les éléphants en Casamance, dans le Sine-Saloum. Bref, beaucoup de terrain, et je suis sorti licencié de Dakar. J'ai en même temps été diplômé d'entomologie tropicale, puisque j'étais un collectionneur d’insectes pendant ma jeunesse. Et puis j'ai connu le professeur Jean-Marie Pérès, qui était le directeur du centre d’océanologie de Marseille, de la Station marine d’Endoume. Mais comme je travaillais déjà beaucoup en océanographie avec les gens de l’ORSTOM, qui s’appelle maintenant l’IRD, il m'a dit :

« Mais Thomassin, vous ne pouvez pas continuer comme ça, il faut venir suivre mon DEA [Diplôme d’études approfondies, NDLR] à Marseille. » Donc j'ai débarqué à Marseille en 1964, j'ai suivi le DEA d'océanographie, que j’ai eu avec mention comme l’ensemble de mes certifications. Et puis, je devais retourner à Dakar, comme ils commençaient un sujet de thèse que sur lequel j'avais déjà travaillé. Mais le professeur Pérès a eu besoin de quelqu'un à Madagascar. Comme je ne connaissais pas Madagascar, j'ai levé la main. C'est comme ça qu'on m'a donné

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un sujet de thèse sur les récifs coralliens à Madagascar en 1965, et que j’y suis parti. M.H. : Quelles ont été vos premières impressions, dans cet océan Indien que vous ne connaissiez pas encore ?

mois, comme j'étais un broussard et que je connaissais l'Afrique, on m'a collé la responsabilité de l'ensemble du traitement insecticide du cotonnier sur la République centrafricaine. J’ai fait des tournées dans le pays pendant un an, j’étais bien payé. Mayotte par les fonds

B.T. : Quand je suis arrivé, mon navire océanographique, c'était… Une pirogue à balancier ! Je peux vous dire que je sais très bien la manier maintenant. C’est pour cela que les pêcheurs de Mtsapéré se marraient, dans les années 1980, quand je maniais la pirogue, car peu de mzungus savaient le faire. J'ai donc commencé une thèse sur les récifs coralliens avec un sujet très vaste, parce qu'à l'époque, en 1965, ils étaient quasiment inconnus. On venait de construire la station marine de Tuléar, du moins son embryon, en 1961, en collaboration avec l’université d'Antananarivo. Puis, sur un coup de tête, je suis parti faire du traitement insecticide du cotonnier en République centrafricaine, parce qu'on ne trouvait pas de situation en océanographie. Donc j’y suis allé, du temps du colonel Bokassa, et ai été engagé comme ingénieur de recherche de première classe à l’Institut français du coton et des textiles exotiques. Au bout de trois

Puis je suis retourné quand même à l'océanographie, parce que c'était mon dada, la plongée, la mer, tout ça. J'ai passé ma thèse en mai 1968, tout en étant d'ailleurs représentant des jeunes chercheurs et thésards à Jussieu. Où j'ai évité de faire casser un amphi quand même, car j’étais contre le système des mandarins de l'époque. C'est comme ça qu'à partir de 1969, j'ai été embringué dans 21 ans de conseil de l'université d'Aix-Marseille. Entre temps, j'avais été recruté comme chercheur au CNRS, donc stagiaire, attaché de recherche. Donc j'ai continué à travailler sur ma thèse, à explorer les pentes externes de Madagascar qui étaient complètement inconnues en 1969. En 1973, malheureusement, on m'a confié la direction de l'équipe de recherche récifs coralliens et milieux environnants de la station marine d’Endoume, c’est-àdire de 8 à 10 chercheurs et étudiants, ce qui était une

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DOSSIER

Propos recueillis par Axel Nodinot

très lourde responsabilité en même temps que ma thèse d'État. C'était énormément de travail administratif, mais ça m'a apporté une chose, c'est que je devais faire les rapports annuels de l'équipe. Donc, au lieu de me cantonner à mes spécialités, les peuplements des sédiments coralliens et les herbiers, j'ai été obligé de comprendre ce qu'étaient les peuplements de poissons, des grottes, bref tout ce qu'était l'hydrologie, donc d'avoir une vue beaucoup plus synthétique.

ans, sur le navire océanographique, le Suroît, qui était tout neuf. On a étudié la plaine abyssale tout autour de Mayotte. On a découvert que les bancs du Geyser et de la Zélée n’était qu’un seul volcan, avec deux cheminées. M.H. : Vous ne connaissiez pas du tout l’île au lagon ? B.T. : Pas du tout. Par contre, j'ai été soutenu par de grands professeurs qui y avaient travaillé en 1959, mes amis le professeur André Guilcher et son gendre, René Battistini, des géographes de l’ORSTOM. En 1978, je passe ma thèse de doctorat d'État, enfin, puisqu'il m'a fallu dix ans pour la réaliser. Et puis j'ai monté des programmes sur le lagon sud-ouest de la Nouvelle-Calédonie, en association avec l'université d'Hawaï, où j'avais été travaillé comme assistant professeur avec l’ORSTOM de Nouméa, entre 1978 et 1984. En 1981, un vétérinaire qui était en poste à Mayotte s'est alarmé des infestations de l'étoile de mer acanthaster, qui se nourrit

M.H. : Comment en êtes-vous arrivé à Mayotte ? B.T. : À partir de 1973, j'avais monté une grosse campagne pour connaître ce qui vivait en dessous des récifs coralliens au sud de Madagascar. Elle devait se faire depuis Tuléar en direction de l'île d'Europa [au sud du canal du Mozambique]. Et manque de pot, les problèmes politiques sont intervenus. Ratsiraka, le dictateur de Madagascar, n'a pas voulu de Français dans les eaux territoriales malgaches. J'ai donc réorienté ma campagne océanographique à partir de Diego Suarez. D'ailleurs, les cartes étaient fausses à l'époque, il y avait des erreurs de milles nautiques. Et puis Mayotte. C’est comme ça que j'ai dirigé ma première grosse campagne océanographique, à 35

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des coraux. Le ministère de la France d'outre-mer a été alerté. On est revenu vers moi et du coup, en

M.H. : C’est à partir d’ici que vous allez rester à Mayotte pour de nombreuses années.

1983, on monte une grosse mission acanthaster sur Mayotte. On s'aperçoit que c'était surtout un problème d’envasement du lagon.

B.T. : Oui ! Sur Mayotte, il y avait tellement à faire. On mène une deuxième grosse mission en 1986, pour constater un envasement du lagon, sur la radiale allant de la baie de Longoni aux grands récifs du nord-est. Parce qu’on nous dit qu’un port est envisagé dans la petite darse de Longoni.

M.H. : Le problème ne date donc pas d’aujourd’hui… B.T. : Bien sûr ! On avait un problème de blanchissement qui était lié aux premiers gros El Niño de l'époque. Donc on s'aperçoit qu'il n'y a pas que les acanthasters qui font mourir les récifs. Il y a aussi les variations de température de l'eau de mer pendant plusieurs semaines. Là-dessus, je me prends à cœur pour Mayotte. À l'époque, on était hébergés par la Légion étrangère, par le Belém, et c'est grâce aux FAZSOI qu'on a pu démarrer, parce qu’en 1983, on arrivait seulement en Transall à Mayotte, vu qu’il n’y avait qu’une piste en herbe à Pamandzi !

« Longoni s’appelait d’ailleurs Dongoni, à l’époque, ce qui veut dire l'argile blanche. C'est la couleur du rocher qui est à la pointe de Longoni, là où il y a le port. » Ensuite, je fais la connaissance d'un grand monsieur, pour qui j’ai énormément d'estime. C'est Younoussa Bamana, avec qui je suis devenu ami. Younoussa me dit : « Thomassin, il faut absolument faire quelque chose pour Mayotte et pour la pêche ». Lui avait déjà quand

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même secoué pas mal de choses à Mayotte, mais il m’a raconté ce qu’il se passait. Puis, Jacques Chirac, Premier ministre, décide de venir à Mayotte en octobre 1986 et le député de l'époque, Jean-Baptiste Henry, souhaite que je fasse partie de la délégation qui puisse lui parler. J’en suis, avec des collègues réunionnais.

« IL NE FAUT PAS METTRE LA CHARRETTE AVANT LES ZÉBUS »

Jacques Chirac à Mayotte, octobre 1986.

On discute donc. Là-dessus, le CNRS prend ombrage, parce qu’il est socialiste à l'époque. Je me retrouve mis au purgatoire durant trois ans : alors que je devais passer directeur de recherche, Thomassin est déclassé et repasse en cinquième position alors qu'il était en première a déclassé. Mais en 1988, on crée avec Younoussa Bamana le Service des pêches et de l'environnement marin, grâce à la DAF de l’époque, et Younoussa me donne l'ancien commissariat de police de la rue Mahabou, à côté du Bar Fly d'aujourd'hui, qui s’appelait l’Agachon.

C'est comme ça que je peux commencer à recruter certains de mes étudiants que je mets en poste, comme les époux Mathurani, qui ont fait un travail énorme, et qu'on commence à intéresser des Mahorais, comme Youssouf Dalahani, qui est maintenant en charge de la pêche au Conseil départemental, comme Ismaël Ousseni, à la brigade nature… Bref, on arrive à former un noyau dur qui s'occupe de la pêche sur Mayotte. Et à partir de 1989, avec mon collègue Jean Coudray qui était professeur à la Réunion, on monte un très gros programme sur l'érosion à Mayotte et ses conséquences sur le lagon et sur les communautés du lagon. La grande falaise sous-marine de Mayotte Cela nous permet de prendre des thésards, y compris mahorais. On a des collaborations

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avec nos collègues étrangers, y compris avec les équipes allemandes de mon collègue le professeur Wolf-Christian Dullo, du GEOMAR. Et eux ont un engin merveilleux : un sous-marin de poche. En 1991, on l’amène à Mayotte, le but étant de savoir sur quoi le récif barrière de Mayotte est construit. On plonge jusqu'à 450 mètres à plusieurs endroits tout autour de l’île en faisant des découvertes spectaculaires. Notamment qu'à partir de 90 mètres de profondeur jusque 225 mètres, il y a une immense falaise verticale dans laquelle on découvre des niveaux marins anciens, comme celui de 18 000 ans, des grottes… On découvre que cette barrière récifale est construite sur le basalte extrêmement ancien de l'île. C'est donc une première, qui a un retentissement mondial, au point que lors du colloque international sur les récifs coralliens de Jakarta en 2002, c’est Mayotte qui fait la couverture.

« J’AI FAIT CONNAÎTRE MAYOTTE, C’ÉTAIT MON BUT »

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DOSSIER

Entre temps, énormément de colloques ont été organisés à Marseille, au CNRS, à Paris, où on matraquait les publications sur Mayotte. Le gros problème, c’est qu’en 1989, on avait cartographié un envasement mais superficiel. Est-ce que la couche de vase est épaisse ou non ? Donc, à partir de 1999, on monte des grosses expéditions de manière à faire de la sismique réflexion. Et là, on s'aperçoit qu'il y a dans les baies une couche énorme, au point que la vase ait recouvert des paquets coralliens qui voulaient pousser, comme dans la baie de Bouéni. L'envasement de Mayotte est donc relativement ancien. Pour l’étudier cet envasement, je remonte une campagne de carottage sur des épaisseurs allant jusqu'à huit mètres de vase, avec un tube avec 500 kilos, qu’on remontait pour prélever tout ça. C'est comme ça qu'on arrive à recréer, à partir de carottes importantes, les variations du climat à Mayotte depuis que le lagon s'est remis en eau.

Une savane à la place du lagon Parce qu'il faut se dire qu'il y a 18 000 ans, à la suite des grandes glaciations de Würm, le niveau marin était descendu jusqu'à moins 135 mètres par rapport à l'actuel. Tout le lagon était à sec. Les barrières récifales de 80 000 ans étaient une grande muraille de Chine à l'horizon de cette plaine, qui était une savane arbustive sous un climat frais et sec. Puis, il y a 10 000 ans, il y a un réchauffement climatique mondial, la mer recommence à monter, les glaces fondent au niveau des pôles et l'eau commence à réenvahir ce qu'était ce qu'on appelle le lagon d'aujourd'hui. Et on passe sous un climat tropical humide.

Les carottages de 1999 ont donc permis de comprendre ce qui avait pu se passer. Entre temps, il y a le projet de prolongation de l'aérodrome de Pamandzi, avec des carottages qui sont faits sur la barrière récifale avant de commencer à mettre les enrochements que vous voyez aujourd'hui. Ce qui nous permet de comprendre que le récif Barrière n'est qu'un vernis de dix à douze mètres de construction sur les vieux récifs de 80 000 ans d'accord, et qui n'a commencé à croître qu'il y a à peine 10 000 ans. Entre temps, il y a eu l'émergence de tout le volcanisme, d'une part des mares

de Cavani et de Kawéni, d'autre part de la Petite-Terre, qui a traversé l'ancien récif de 80 000 ans. C'est pour cela que tout autour du Dziani dzaha, vous allez trouver des morceaux de coraux très vieux, mais qu'on a mal datés parce qu'ils sont recristallisés. M.H. : Qu’en est-il du Service des pêches que vous avez créé ? B.T. : On le développe en fond, et on crée même un très beau petit musée à côté, bien embelli et dirigé par un Mahorais. Malheureusement, arrive ce projet de création du Parc naturel marin de Mayotte, qui ont envahi nos locaux, supprimé le Service des pêches, et dispersé les collections zoologiques et cœlacanthes que j’avais. Heureusement, j'ai sauvé tout ça, j'ai réussi à les mettre chez mon ami Pierre Baubet de la Copemay, avant qu’ils n’aillent au musée de Mayotte. C'est une des raisons pour lesquelles je n'ai jamais voulu faire partie du conseil de gestion de ce parc marin, j'aurais pu dire des choses parfois désagréables à dire.

« CERTAINES PERSONNES SE SONT PLU À FLINGUER L’AQUACULTURE » On a continué sur Mayotte dans le cadre de collaborations. Malheureusement, j'ai dû prendre ma retraite officielle du CNRS en 2003 en tant que directeur de recherche, puisque ma femme avait Alzheimer. Je me suis occupé d’elle, mais ça ne m'a pas empêché, depuis que je suis à la retraite, de continuer à travailler sur tous les projets d'aménagement de Mayotte. Et notamment

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tous les grands projets, que ce soit le port de Longoni, le développement de l'aquaculture… M.H. : Justement, pourquoi l’aquaculture ne s’est-elle pas plus développée à Mayotte ? B.T. : On avait développé une grosse aquaculture dans les années 1999-2000 à Longoni, ça marchait très bien, sauf qu'il y avait un problème d'exportation du poisson qui n'est pas consommé, des problèmes de fret aérien avec Air France et Air Austral. Et puis certaines personnes de Mayotte se sont plu à la flinguer. Donc moi je continue, je suis depuis dix ans le référent merlagon au Conseil scientifique du Patrimoine naturel. J'ai réussi à stocker au musée d'histoire naturelle de la ville de Nice à peu près 99,90% de tout ce qui a pu être publié sur le domaine marin à Mayotte depuis les années 1965. C'est une mine énorme cette salle, il faut voir le nombre d'étagères. J'y ai amené Youssouf Dalahani, il m’a dit « C'est fou, ça devrait aller aux archives de Mayotte ! » et j'ai dit « Oui, pourquoi pas ? Ce n'est pas difficile ». Une grosse partie est déjà numérisée, mais encore faut-il que ce soit organisé. Les étudiants mahorais peuvent venir y travailler, les gens du CUFR sont bien au courant, puisqu’eux-mêmes sont déjà venus. Trop de littérature grise s’est perdue à Mayotte, tout n’est pas sur Internet. Donc voilà, je continue, et j’ai encore de grands projets pour Mayotte, à plus de 80 ans.

comme un outil économique. Il n’y a aucune honte à cela ! Ne serait-ce que pour les gens de Mayotte, pour leur bien-être, pour la qualité de l’eau, pour la manne financière que représente le tourisme, des emplois qu’il crée. Il faut foncer sur cette voie mais pas n’importe comment. M.H. : Comment faire, concrètement, pour développer l’île sans nuire à son patrimoine naturel ? B.T. : Le problème, c’est que Mayotte fait 374 kilomètres carrés. Le lagon, c’est 1500 km2. C’est une mer intérieure, en quelque sorte.

CE QU’ON NE PEUT PAS FAIRE À TERRE, IL FAUT ENVISAGER DE LE FAIRE EN MER

M.H. : Quels sont-ils, ces grands projets ? B.T. : D’une part, que l’on continue l’amélioration des connaissances sur les peuplements récifaux et lagonaires de Mayotte. Il faut continuer, parce qu’il y a énormément de choses que l’on ne connaît pas. Tout le monde me dit que je connais le lagon de Mayotte. Non, je ne le connais pas. Je ne suis que l’un des moins ignorants. M.H. : Vous avez en fait une soif d’apprendre qui est inextinguible. B.T. : Oui, c’est vrai. Ça me stimule, d’apprendre et d’apprendre aux autres ce que l’on sait avec un langage simple. C’est pour cela qu’on m’a demandé de participer à ces manifestations sur la Science en fête. Transmettre aux jeunes l’amour de la recherche, la soif de connaissances. Je dis toujours : « On ne gère bien patrimoine que si on le connaît ». Quand on a un patrimoine comme les récifs coralliens et le lagon de Mayotte, il faut le faire fructifier. Ce n’est pas quelque chose à mettre sous cloche. Il faut s’en servir, y compris

Le port de Longoni en 2000]

Les rendements de pêche ont baissé ? Il faut redévelopper l’aquaculture, comme c’était le cas à Hajangoua ou Mliha. Peut-être avec des normes nouvelles, mais il faut plusieurs fermes aquacoles, pour donner du travail aux Mahorais, et créer une richesse halieutique à un

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prix honnête. Il faut ensuite développer le port, en l’agrandissant via un troisième quai flottant. M.H. : Vous avez aussi fait une étude, en 2011, sur la piste longue, et y avez retenu le scénario de la piste convergente. Aujourd’hui, on parle d’une autre possibilité en Grande-Terre, à Mtsangamouji. Qu’en pensez-vous ? B.T. : Et pourquoi pas deux aérodromes, comme La Réunion ou Maurice ? Ce ne serait pas plus mal. Mais un aéroport ne se construit pas non plus en cinq minutes. Nous sommes en 2022. S’il y a un deuxième aéroport en 2033-2035, ce sera bien ! M.H. : Bien sûr, mais les Mahorais attendent aussi depuis longtemps, et ont déjà entendu de nombreuses promesses.

« MAYOTTE, C’EST MON ÎLE DE CŒUR » B.T. : Ah mais moi je pousse ! La piste longue, j'y suis favorable depuis toujours. Si la piste longue avait été construite en 2010, du temps de Sarkozy, il n'y aurait pas eu de problème, et elle coûtait beaucoup moins cher. C’est François Hollande qui n'en a pas voulu. Et puis les temps changent, la population mahoraise s'est accrue et toutes les conditions ont changé. À un moment, j'avais pensé, peut-être bêtement, qu'on aurait pu construire sur pylônes. Mais le problème, c'est que pour pouvoir construire en béton, il faut à la fois du ciment qui

s’importe, mais aussi du sable. Et Mayotte n’a pas de sable, donc d’où le fait-on venir ? Du sud de Madagascar, où il y en a énormément, ou du Mozambique, sur les dunes côtières. Mais ça pose un gros problème. Ce sable, il va être plein de microbes, d'insectes, de spores de ces localités. Donc on risque d'importer quelque chose de mal à Mayotte. C'est la quadrature du cercle. Cette idée permettrait de protéger la côte de Pamandzi, d’éviter la destruction de sites, d’avoir le moins d'impact possible. Le problème, c’est l’apport impossible de sable. M.H. : Parvenez-vous à tirer un bilan de votre vie, et notamment de votre longue période mahoraise ? B.T. : J'ai donné ma carrière à Mayotte. J'aurais pu être professeur ailleurs, mais c’est mon île de cœur, comme les Mahorais le savent bien. Bon, je n’ai jamais trop été récompensé pour ça, mais ce n'est pas grave, je ne cours pas entre les honneurs. Les conférences, je les fais surtout pour les jeunes. Le problème, c'est qu'il y a une méconnaissance. Les gens ne savent pas exactement où ils vivent, sur quoi ils vivent. M.H. : Justement, vous parliez de Younoussa Bamana. Pour moi, et pour une partie de la jeunesse mahoraise je pense, il est une figure historique devenue quasiment mythique, lointaine. Vous qui l’avez connu, comment était-il, le Mzé ? B.T. : C'était un petit homme sec, extrêmement rusé. Déjà, il connaissait parfaitement les Mahorais et était très fin psychologue. Et il avait un acolyte, Giraud, qui l’a bien aidé aussi, c’était un tandem. Il y avait quelqu'un qui était beaucoup plus raisonnable, que j'aimais beaucoup, c'était le docteur Martial Henry, dont l'aéroport porte le nom. Mais Younoussa était quelqu'un de très malin, très fin et un visionnaire. Pour faire ce qu'il a fait en 1977, quand il s'est nommé préfet de Mayotte, c’était génial ! C'est vrai que quand je suis dans la région de Kani Kéli, je passe régulièrement me recueillir sur sa tombe. Pour moi, c'est un grand homme. Il avait une perception, il voyait l'avenir. C’était quelqu'un de terrain.

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Younoussa Bamana

voulait m'empêcher de parler, mais j'étais du côté des associations environnementales. Parce que là, ça avait été un scandale et c'était un coup monté. On avait même interdit aux gens de la DAF de m'envoyer les photos. Au même titre qu’en 2018, suite à ce qu'on observait en mer, ce que les pêcheurs de Mtsapéré me racontaient, les poissons morts, le gaz qui puait et tout ça, j'ai dit il

« IL FAUT DIRE À LA POPULATION MAHORAISE CE QUI SE PASSE » Ce n'est pas pour rien, d'ailleurs, qu'il avait développé beaucoup d'agriculture à Mayotte et qu'on l'avait décoré du poireau comme médaille de l'agriculture, en se moquant un peu de lui. Mais il avait les yeux pétillants de malice. Il a voulu que Mayotte soit française. Avec d'autres, il avait repris ce combat, et il estimait que Mayotte devait se doter d’un Service des pêches et de l'environnement marin, pas d’un parc naturel. C'était quelqu'un qui voulait développer la jeunesse, qui voulait que Mayotte ait une certaine autosuffisance. Et quand j’ai fait connaître Mayotte au niveau international, il en a été, je le sais, extrêmement reconnaissant. M.H : En guise de récompense, pourquoi pas votre nom pour la piste longue de Mtsangamouji ? B.T. : Rires. Surtout pas ! J'ai peut-être dirigé une quarantaine de thèses, le ministère de l'Éducation nationale ne m'a jamais attribué les Palmes académiques, ni le Mérite national, parce que je l'ai refusé. Quand la Colas a envasé sous 1m50 de vase les récifs coralliens autour de Longoni lors de la construction du deuxième quai, on n'a pas pu m'empêcher de parler. La préfecture

y avait probablement un volcan sous-marin qui était en train de se créer. Il y a eu un arrêté préfectoral interdisant aux pêcheurs de communiquer sur ce problème. Ce n'est pas grave, mais c'est pour vous donner la mentalité : il ne fallait pas affoler les gens, certains croyaient qu’il y avait des djinns sous l’eau ! C'est pour ça que je pense qu'il faut dire aux jeunes Mahorais, à la population mahoraise, ce qui se passe. Ce n'est pas la peine de le cacher, les gens sont capables de le comprendre. Il suffit de leur expliquer, avec des mots très simples. Et c'est ce que j’ai essayé de faire avec les scolaires lors de cette conférence. n

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UNE ÎLE EN TRAVAUX

Alexis Duclos

LE RECTORAT VEUT UN COLLÈGE AUX ABORDS DU STADE DE CAVANI A L’ÉTAT DE PROJET DEPUIS DEUX ANS MAINTENANT, UN COLLÈGE DE 600 ÉLÈVES POURRAIT VOIR LE JOUR EN 2025, RUE DES ÉCOLES À CAVANI. LE RECTORAT DE MAYOTTE POUSSE EN TOUT CAS EN CE SENS ET LE CONSEIL DÉPARTEMENTAL DE MAYOTTE POURRAIT VOTER PROCHAINEMENT LA CESSION DES TERRAINS. A PROXIMITÉ, UN AUTRE ÉTABLISSEMENT DE 1000 PLACES DOIT SUIVRE À CAVANI SUD OU À BONOVO. « On a besoin d’un collège à Cavani », confirme le recteur de Mayotte, Gilles Halbout. D’un coût estimé à 25 millions d’euros et pouvant accueillir 600 élèves, celui-ci pourrait bien s’implanter dans la rue des écoles. Un espace entre la tribune du stade, la bibliothèque et l’école primaire Cavani stade fait figure d’emplacement favori. La prochaine réunion du conseil départemental, la semaine prochaine, pourrait entériner le vote en faveur de la cession des terrains. Cela fait deux ans que le rectorat planche sur ce projet de près de 11.000 mètres carrés qui comprend un long bâtiment comprenant salles de classe et vie scolaire, un autre avec l’accueil et les bureaux administratifs, un troisième réunissant le réfectoire et la cuisine. Les places de parking sont réparties entre la rue du stade, un emplacement à proximité du rond-point du stade et un autre qui sera créé entre la bibliothèque et la tribune. Ce sera le seul établissement avec un effectif aussi réduit, les collèges de Mamoudzou accueillent généralement plus de 1.500 élèves (sauf K1 qui est en-dessous). Le recteur n’hésite pas à parler de « collège à taille humaine ».

UN LIEU DÉDIÉ AU SPORT Comme le collège M’gombani accueille des filières dédiées à la musique, celui de Cavani stade sera axé davantage sur le sport. L’enceinte pourrait accueillir la section sportive d’excellence, aujourd’hui au collège de M’gombani (voir Flash infos du 8 septembre 2022). Les élèves/joueurs de football fréquentent déjà le quartier puisqu’ils logent au centre Abdallah Mamy, en face du stade où ils s’entraînent. Cependant, ils doivent rejoindre chaque jour le quartier de M’gombani, comme des centaines d’élèves de Cavani. Ces problèmes de sécurité pourraient ainsi être résolus en 2025, date pour l’instant à laquelle est prévue l’ouvrage. En outre, le stade situé à côté pourrait disposer du réfectoire, d’un club house et d’un espace presse, annonce le recteur, qui veut lier encore davantage le monde du sport et celui de l’école (des terrains de tennis sont ainsi prévus).

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LA LIGUE DE FOOTBALL INQUIÈTE POUR SON ENCEINTE Ces derniers éléments n’ont toutefois pas convaincu la Ligue mahoraise de football, qui utilise le stade. La tenue de matchs officiels sur le terrain de Cavani ne pouvant se faire que sous certaines conditions, l’une d’elles suppose un accès particulier des officiels et des arbitres dans l’enceinte sportive. La construction du parking du collège entre la bibliothèque et la tribune pourrait donc avoir une incidence sur la classification du stade. Le président de la Ligue mahoraise de football, Mohamed Boinariziki, ne peut s’opposer à la vente des terrains du Département, mais il n’hésite pas à dire « qu’il n’est pas favorable » au projet. « Comment on fait si une rencontre a lieu un jour où le collège fonctionne ? », s’interroge-t-il. « Il n’y a pas un projet en métropole à La Réunion ou en métropole où l’accès est mutualisé avec un collège. » De son côté, Gilles Halbout précise que le projet se fait en concertation avec le Département et la Fédération française de football. « Si la Fédération nous dit qu’il y a des points bloquants, on arrêtera tout court. »

UN AUTRE ÉTABLISSEMENT PRÉVU DANS LE SECTEUR S’il ne souhaite pas faire une grande enceinte à l’ouest de Mamoudzou, le rectorat se prépare tout de même à y construire un deuxième établissement dans la foulée. Celui-ci serait « à Cavani sud ou dans la cuvette de Bonovo ». Le terrain n’a pas encore été trouvé, mais l’espace devra être suffisant pour accueillir un millier d’élèves. D’autres projets sont en cours à Pamandzi, Longoni, Koungou, Bandrélé et Vahibé, confirme le recteur. Un autre devrait voir le jour au sud de Sada ou Chirongui.

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Jéromine Doux

DES PROJECTIONS CLIMATIQUES POINTENT LA VULNÉRABILITÉ DE L’ÎLE Risque de submersion accrue, intensification des feux de forêts, hausse de la température de 3,5 ou 4 degrés… Le projet Brio, mené notamment par Météo France, analyse les effets du dérèglement climatique à Mayotte. A Mayotte, l’effet combiné de la hausse du niveau de la mer, de l’érosion côtière, des fortes houles et du risque cyclonique accrue renforcerait la fréquence des inondations côtières. C’est notamment ce que met en exergue le projet Brio, porté par Météo France, l’Agence française de développement (AFD) et la Commission de l’océan Indien. Mené pendant quatre années, il établit des projections climatiques dans le sud-ouest de la région avec une précision d’une dizaine de kilomètres. « Nous nous sommes basés sur les rapports du Giec (Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat), qui émettent des projections à grande échelle. L’idée de ce projet était de faire des simulations climatiques adaptés à nos régions », précise François Bonnardot, responsable du service études et climatologie de Météo–France pour l’océan Indien. Grâce à ce support, qui s’est concentré sur La Réunion, Mayotte, Madagascar, Maurice, les Seychelles et les Comores, l’objectif est de permettre aux autorités locales de mettre en place des politiques adéquates.

+3,5 à 4 degrés d’ici 2100 Le projet s’est notamment intéressé à la hausse des températures, selon différents scénarios. Le plus optimiste, qui nécessiterait que tous les pays de la région se mettent d’accord pour limiter de manière drastique les émissions de gaz à effet de serre, projette une augmentation de 1 à 1,5 degrés de la température d’ici 2100, par rapport à la période 1981-2010. « Pour le moment, nous sommes loin de ce scénario », souligne le responsable du service études et climatologie de Météo–France pour l’océan Indien. Dans le cas où les émissions seraient stables, la température sur l’île de Mayotte augmenterait de 3,5 à 4 degrés. A Madagacar, la hausse est encore plus élevée avec une prévision de cinq degrés. « L’océan joue un rôle de tampon, Madagascar a une configuration davantage continentale », indique François Bonnardot. Concernant le niveau de pluviométrie, le rapport projette une diminution des précipitations qui serait de l’ordre de 10 % annuel sur l’île aux parfums. Mais avec de fortes disparités. « Le deuxième semestre de l’année serait le plus impacté. C’est déjà une

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période où il pleut peu et la diminution serait de l’ordre de 20 à 30 % », indique le représentant de Météo France. La gestion des ressources en eau deviendrait donc encore plus problématique, avec des périodes de sécheresse intensifiées et plus longues.

« Des murs grignotés par la mer » Au-delà de ces projections, les événements climatiques extrêmes pourraient également être amenés à augmenter. Si l’activité cyclonique est très faible sur l’île, les cyclones pourraient se faire de plus en plus puissants avec des pluies intenses et des vents violents. « Le climat devrait être encore plus contrasté, avec des événements extrêmes qui pourraient être dévastateurs », projette François Bonnardot. Le tout dans un contexte déjà marqué par la hausse du niveau de la mer et de fortes houles, qui engendreraient des submersions plus fréquentes. « Avec l’affaissement de l’île ces dernières années en raison de la formation d’un volcan sous-marin au large, nous

avons perdu près de vingt centimètres au niveau de PetiteTerre et environ quinze centimètres de l’autre côté du territoire », indique Floriane Ben-Hassen, responsable du centre météorologique de Mayotte. Un phénomène qui accentue l’érosion côtière et rend submersibles de nombreux quartiers qui ne l’étaient pas. « La commune de Bandrélé est désormais inondée en période de grandes marées et certains bâtiments, dans le sud, commencent à voir leurs murs se faire grignoter par la mer. C’est le cas notamment de l’école Kani Bé à Kani-Kéli », poursuit la responsable. Outre les ressources en eau, le dérèglement climatique aurait de lourdes conséquences sur l’agriculture et la biodiversité. L’augmentation de la salinité dans les sols et le stress hydrique pourraient mettre à mal certaines cultures. « La hausse du taux de sel sur les plages impacterait également la ponte des tortues », explique la scientifique. Sans compter les effets sur le blanchiment des coraux et l’augmentation des feux de forêts liés à l’assèchement des sols. n

Sur l’île, les feux de forêts liés à l’assèchement des sols devraient s’intensifier.

Avec l’affaissement connue ces dernières années en raison de la formation d’un volcan sous-marin au large, le territoire a perdu près de vingt centimètres en Petite-Terre, quinze sur l’autre île.

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LITTÉRATURE

LISEZ MAYOTTE

Yoanne Tillier, Zazavirano la sirène de Mayotte, éditions L’Harmattan, 2009.

Sur une plage de Mayotte, quatre vieilles kokos (grandsmères) assises sous un arbre décident d'inventer un conte en y mêlant la magie d'hier et technologie d'aujourd'hui. Mélangez un jeune pêcheur pauvre, un roi cupide, un ministre fourbe et une belle sirène mais aussi un téléphone portable, une caméra numérique sousmarine... et vous aurez une pièce de théâtre pleine d'humour.

LA COMÉDIE LOCALE DE TILLIER

AGRÉGÉ DE LETTRES MODERNES ET DOCTEUR EN LITTÉRATURES FRANCOPHONES, CHRISTOPHE COSKER EST L’AUTEUR DE NOMBREUX OUVRAGES DE RÉFÉRENCE SUR LA LITTÉRATURE DE L’ÎLE AUX PARFUMS, NOTAMMENT UNE PETITE HISTOIRE DES LETTRES FRANCOPHONES À MAYOTTE (2015) DONT IL REPREND, APPROFONDIT ET ACTUALISE, DANS CETTE CHRONIQUE LITTÉRAIRE, LA MATIÈRE. Trois chroniques sont encore nécessaires pour clore, à l’heure actuelle, notre dossier sur le théâtre à Mayotte. La première d’entre elles est consacrée à la pièce de théâtre de Yoanne Tillier intitulée Zazavirano la sirène de Mayotte (2009). Nous avons déjà, à plusieurs reprises, parlé de cet auteur d’origine métropolitaine qui invente la littérature de jeunesse à Mayotte et s’illustre en particulier dans la forme romanesque. Nous avons aussi indiqué, lors de notre série sur les contes, les éléments du canevas relatif à la sirène à Mayotte comme personnage bienfaisant dont le nom doit être tu. En quatrième de couverture, celui qui est déjà l’auteur de La Porte des djinns à Mayotte (2006) et Youssouf et le pirate de Mayotte (2007) se présente de la façon suivante : « Yoanne Tillier est né en 1967, à La Ciotat, au bord de la Méditerranée. Professeur de Lettres, il aime lire, voyager et faire du théâtre avec ses élèves. Son métier l’a mené jusqu’à Mayotte où il a vécu pendant quatre ans. Cette île singulière lui a inspiré deux autres récits. » Ainsi l’auteur se présente-t-il comme un professeur de français né au bord de l’eau, avide de voyages lui permettant de découvrir de nouveaux rivages. L’écrivain-voyageur est aussi un professeur qui aime interagir avec ses élèves, que ce soit directement en classe ou au théâtre, et, indirectement, par le truchement des mots sur une page. Dans cette pièce de théâtre qui transpose un conte,

l’oral est la destination de l’écrit. Voici quels effets on peut extraire de l’argument : « Sur une plage de Mayotte, quatre vieilles kokos (grands-mères) assises sous un arbre décident d’inventer un conte en y mêlant la magie d’hier et la technologie d’aujourd’hui. Il y aura bien sûr un jeune pêcheur pauvre, un roi cupide, un ministre fourbe et une belle sirène mais aussi un téléphone portable, une caméra numérique sous-marine, des palmes et un tuba. » L’auteur commence par recréer l’atmosphère de Mayotte dont il utilise la langue pour métisser son français. Il ne dit pas « grandmère », mais koko. La couleur locale ne s’arrête pas là, et l’auteur montre aussi sa maîtrise de la forme du conte, ou hale en langue vernaculaire. La conversation entre femmes se mêle au conte qui met aux prises dominants et dominés, et qui fait se rencontrer êtres naturels et surnaturels. À ce premier niveau s’en ajoute un second, plus symbolique et tout aussi savoureux : faire se rencontrer et s’affronter la modernité et la tradition. Le présent est en effet riche d’un passé qui pourtant s’étiole et gros d’un futur qui, à tort ou à raison, se veut plein de promesses et d’espoir. Mais pour être ancrée à Mayotte, cette histoire n’en est pas moins universelle et derrière chaque personnage, on peut reconnaître des types auxquels s’identifier. Le jeune pêcheur pauvre souhaite faire fortune et trouver l’amour (il a peut-être trop regardé de séries télévisuelles sentimentales). Zazavirano est une biologiste ou une sirène qui réalise le

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souhait du précédent personnage. Les quatre vieilles femmes s’appellent Amina, Vahati, Charmila et Djamila. Elles vérifient le stéréotype de la koko comme personnage truculent. Ici c’est à la fois la commère qui est mise en scène, mais aussi la femme qui ne s’est pas oubliée. Viennent ensuite les personnages puissants, comme le roi et son ministre. Conformément au canevas du conte, ils sont cruels. Mais c’est là que l’originalité de l’auteur se manifeste. En effet, le roi n’est pas tourné en dérision par un pêcheur plus malin digne du stéréotype du faux

idiot ou daba. Il n’est pas complété par une femme qui lui permet d’atteindre un certain statut ; il est plutôt sauvé par une femme qui finit par l’enlever. On peut alors se demander si le message de la pièce n’est pas pessimiste, le salut venant d’ailleurs et le happy ending étant passé sous silence. Dès lors, le bonheur est-il extérieur à Mayotte ou, plus radicalement, de façon baudelairienne anywhere out of the world ?

Christophe Cosker

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SPORT

Calendriers - classements - résultats

Equipe

Pts

J

G

N

P

Dif

FOOTBALL

1

ASC Kawéni

37

17

11

4

2

+17

Régional 1

2

FC Mtsapéré

36

17

10

6

1

+21

3

AJ Kani Kéli

36

17

11

3

3

+18

4

Jumeaux de Mzouazia

32

17

9

5

3

+14

5

Diables noirs de Combani

28

17

7

7

3

+8

6

Bandrélé FC

22

16

7

2

7

-6

7

Tchanga SC

19

17

5

4

8

-4

Journée 20 – Samedi 19 novembre à 15h

8

AS Rosador de Passamaïnty

18

17

5

3

9

-3

AS Rosador de Passamaïnty – AS Bandraboua ASC Kawéni – FC Mtsapéré AS Sada – ASC Abeilles de Mtsamboro Jumeaux de Mzouazia – AJ Kani Kéli USCP Anteou – Bandrélé FC Diables noirs de Combani – Tchanga SC

9

ASC Abeilles de Mtsamboro

18

17

5

3

9

-14

10

AS Bandraboua

13

17

3

4

10

-21

11

USCP Anteou

12

17

3

3

11

-13

12

AS Sada

12

17

4

0

13

-17

Equipe

Pts

J

G

N

P

Dif

Journée 19 Bandrélé FC 1–0 AS Sada FC Mtsapéré 0–0 Jumeaux de Mzouazia ASC Abeilles de Mtsamboro 1–2 AS Rosador Tchanga SC 2–1 USCP Anteou AJ Kani Kéli 1–1 Diables noirs de Combani AS Bandraboua – ASC Kawéni

FOOTBALL

1

US Kavani

33

17

9

6

2

+11

Régional 2

2

Foudre 2000

29

17

9

2

6

+7

Journée 19

3

AS Neige de Malamani

29

17

7

8

2

+11

FC Majicavo 4–2 Olympique Miréréni USCJ Koungou 0–0 US Kavani FC Kani Bé 0–1 FC Dembéni ASJ Moinatrindri 0–0 UCS de Sada AS Neige de Malamani 2–0 FC Chiconi Foudre 2000 0–2 AJ Mtsahara

4

FC Majicavo

28

17

8

4

5

+8

Journée 20 – Samedi 19 novembre à 15h FC Chiconi – Foudre 2000 AJ Mtsahara – ASJ Moinatrindri FC Dembéni – AS Neige de Malamani UCS de Sada – USCJ Koungou Olympique Miréréni – FC Kani Bé US Kavani – FC Majicavo

5

AJ Mtsahara

28

17

8

4

5

+8

6

FC Dembéni

24

16

6

7

3

0

7

Olympique Miréréni

21

17

5

6

6

-3

8

UCS de Sada

21

17

5

6

6

-6

9

FC Chiconi

19

17

5

4

8

-5

10

USCJ Koungou

17

17

4

5

8

-10

11

FC Kani Bé

15

17

4

3

10

-9

12

ASJ Moinatrindri

12

16

4

1

11

-12

24•

M ay o t t e H e b d o • N ° 1 0 2 0 • 1 8 / 1 1 / 2 0 2 2


Equipe

Pts

J

G

N

P

Dif

1

AS Jumelles de Mzouazia

34

13

11

1

1

+47

2

Club Unicornis

29

12

9

2

1

+35

3

FC Mtsapéré

28

12

9

1

2

+23

4

USC Labattoir

25

14

8

1

5

-3

Régional 1 féminines

5

21

13

6

3

4

-8

Journée 19 – Dimanche 20 novembre à 15h30

Devils Pamandzi

6

ASJ Handréma

20

13

6

2

5

-14

7

Entente Miréréni / Tsingoni

14

14

4

2

8

-8

8

Olympique de Sada

13

14

4

2

7

-8

9

ASO Espoir de Chiconi

4

13

1

1

11

-24

10

US Kavani

1

14

0

1

13

-40

11

Wahadi ASC

0

0

0

0

0

0

Equipe

Pts

J

G

N

P

Dif

1

AS Colas

38

15

12

2

1

+25

2

Mairie de Mamoudzou

35

17

11

2

4

+20

3

AS Cuisibains

34

15

11

1

3

+25

Régional 1 Entreprises

4

Mayotte air service

26

15

7

5

3

+15

Journée 19 – Vendredi 18 novembre à 18h

5

AS Emca

26

16

7

5

4

+7

6

Mlezi Maoré

25

17

6

7

4

-1

7

Entente CPSM

18

15

6

0

9

-6

8

OGC Tilt SOS

18

15

5

3

7

-3

9

ASC Sodifram

16

16

4

4

8

-4

10

CHM Foot

11

16

2

5

9

-35

11

ASC Préféduc

7

15

2

1

12

-19

12

ASP Maison d’arrêt

-1

10

0

1

7

-24

FOOTBALL Entente Miréréni / Tsingoni – Olympique de Sada Wahadi ASC (forfait général) 0–3 ASJ Handréma ASO Espoir Chiconi – US Kavani FC Mtsapéré – Club Unicornis AS Jumelles de Mzouazia – Devils Pamandzi

FOOTBALL Mairie de Mamoudzou – CHM Foot ASP Maison d’arrêt (forfait général) – AS Colas ASC Sodifram – ASC Préféduc Entente CPSM – Mayotte air service AS Emca – Mlezi Maoré OGC Tilt SOS – AS Cuisibains

25

• M ay o t t e H e b d o • N ° 1 0 2 0 • 1 8 / 1 1 / 2 0 2 2


SPORT

Calendriers - classements - résultats

BASKET Prénationale masculine Journée 10 Fuz’Ellips de Cavani 82–63 Vautour club de Labattoir Étoile bleue de Kawéni 97–50 Colorado Beetle Mtsahara Jeunesse Canon 2000 87–90 Basket club de Mtsapéré Gladiator de Doujani 70–48 Basket club de Tsararano Rapides Éclairs 79–73 TCO Mamoudzou

Journée 11 - 18, 19 & 20 novembre Basket club de Mtsapéré – Fuz’Ellips de Cavani Colorado Beetle Mtsahara – Vautour club de Labattoir Basket club de Tsararano – Jeunesse Canon 2000 Rapides Éclairs – Gladiator de Doujani TCO Mamoudzou – Étoile bleue de Kawéni

Equipe

Pts

J

G

P

Dif

1

Basket club de Mtsapéré

20

10

10

0

+159

2

Vautour club de Labattoir

18

10

8

2

+127

3

Étoile bleue de Kawéni

18

10

8

2

+158

4

Fuz'Ellips de Cavani

15

10

5

5

+2

5

Gladiator de Doujani

13

10

4

5

+15

6

Rapides Éclairs

12

9

4

4

-17

7

TCO Mamoudzou

11

8

3

5

+36

8

Colorado Beetle Mtsahara

11

8

3

5

-116

9

Jeunesse Canon 2000

10

9

1

8

-142

10

Basket club de Tsararano

10

10

0

10

-222

Equipe

Pts

J

G

P

Dif

BASKET

1

Fuz'Ellips de Cavani

12

6

6

0

+281

Prénationale féminine

2

Basket club de Mtsapéré

11

6

5

1

+185

3

Magic Basket Passamaïnty

10

6

4

2

+60

4

Partizan BCA

9

7

2

5

-175

5

Chicago club de Mamoudzou

8

6

2

4

0

6

Basket club Iloni

7

6

1

5

-172

7

Golden Force

6

4

2

2

-4

8

Colorado Beetle Mtsahara

6

5

1

4

-175

Journée 9 Fuz’Ellips de Cavani – Basket club Iloni Golden Force – Partizan BCA Basket club Mtsapéré – Magic basket de Passamaïnty Chicago club de Mamoudzou – Colorado Beetle Mtsahara

Journée 10 – 26 novembre à 16h30 Golden Force – Magic basket de Passamaïnty Partizan BCA – Fuz’Ellips de Cavani Colorado Beetle Mtsahara – Basket club de Mtsapéré Chicago club de Mamoudzou – Basket club Iloni

26•

M ay o t t e H e b d o • N ° 1 0 2 0 • 1 8 / 1 1 / 2 0 2 2


HANDBALL

Equipe

Pts

J

G

N

P

Dif

1

CH Combani

22

8

7

0

1

+105

2

AJH Tsimkoura

22

8

7

0

1

+40

3

TCO Mamoudzou

22

8

7

0

1

+51

4

HC Kani Kéli

15

8

1

4

+9

5

Sohoa Handball

14

8

3

0

5

-44

Journée 9 - 25 & 26 novembre

6

Bandraboua HC

13

8

2

1

5

-26

AC Chiconi – Sohoa Handball TCO Mamoudzou – Bandraboua HC HC Kani Kéli – AJH Koungou CH Combani – AJH Tsimkoura

7

AC Chiconi

10

8

1

0

7

-44

8

AJH Koungou

8

8

1

0

7

-91

Prénationale Poule A Journée 8 Bandraboua HC 20–31 CH Combani AJH Tsimkoura 39–25 HC Kani Kéli AJH Koungou 29–26 AC Chiconi Sohoa Handball 37–39 TCO Mamoudzou

HANDBALL Prénationale Poule B Journée 8 Haima Sada 21–34 ASC Tsingoni Alakarabu Hand 28–45 Tchanga Handball PC Bouéni 0–20 HC Labattoir HC Acoua 36–27 HC Bandrélé

Journée 9 - 26 & 27 novembre HC Labattoir – HC Acoua HC Bandrélé – Alakarabu Hand Tchanga Handball – Haima Sada ASC Tsingoni – PC Bouéni

HANDBALL

3

Equipe

Pts

J

G

N

P

Dif

1

ASC Tsingoni

23

8

7

1

0

+90

2

HC Bandrélé

20

8

6

0

2

+29

3

Tchanga Handball

19

8

5

1

2

+27

4

HC Labattoir

16

8

4

0

4

+22

5

HC Acoua

16

8

4

0

4

+6

6

PC Bouéni

14

8

3

1

4

-18

7

Haima Sada

11

8

1

1

6

-34

8

Alakarabu Hand

8

8

0

0

8

-122

Pts

J

G

N

P

Dif

Equipe 1

ASC Tsingoni

21

7

7

0

0

+105

2

HC Select 976

21

8

6

1

1

+82

3

Haima Sada

18

8

5

0

3

+19

4

HC Kani Kéli

17

8

4

1

3

5

HC Bandrélé

17

7

5

0

2

+30

6

CH Combani

17

7

5

0

2

+60

7

PC Bouéni

16

8

4

1

3

-4

8

AJH Tsimkoura

12

7

2

1

4

-46

Journée 9 – Samedi 26 octobre à 18h

9

Moinatrindri HC

11

7

2

0

5

-78

Doujani HC – Moinatrindri HC TCO Mamoudzou – HC Passamaïnty AJH Tsimkoura – HC Select. 976 ASC Tsingoni – HC Kani Kéli Haima Sada – PC Bouéni CH Combani – HC Bandrélé

10

TCO Mamoudzou

10

8

1

0

7

-56

11

HC Passamaïnty

8

7

1

0

6

-72

12

Doujani HC

5

6

0

0

6

-51

Prénationale féminine Journée 8 Moinatrindri HC 0–0 AJH Tsimkoura HC Select. 976 33–27 Haima Sada HC Bandrélé – ASC Tsingoni PC Bouéni 0–20 CH Combani HC Passamaïnty – Doujani HC HC Kani Kéli 24–20 TCO Mamoudzou

27

+11

• M ay o t t e H e b d o • N ° 1 0 2 0 • 1 8 / 1 1 / 2 0 2 2


MAGAZINE D’INFORMATION NUMÉRIQUE HEBDOMADAIRE Edité par la SARL Somapresse au capital de 20 000 euros 7, rue Salamani Cavani M’tsapéré BP 60 - 97600 Mamoudzou Tél. : 0269 61 20 04 contact@mayottehebdo.com Directeur de la publication Laurent Canavate canavate.laurent@somapresse.com Directeur de la rédaction Mohamed El Mounir dit “Soldat” 0639 69 13 38 soldat@mayottehebdo.com Rédacteur en chef Axel Nodinot

# 1020

Couverture :

Grand entretien Bernard Thomassin

Journalistes Axel Nodinot Jéromine Doux Raïnat Aliloiffa Alexis Duclos Said Issouf Direction artistique Franco di Sangro Graphistes/Maquettistes Olivier Baron, Franco di Sangro Commerciaux Cédric Denaud, Murielle Turlan Comptabilité Catherine Chiggiato comptabilite@somapresse.com Première parution Vendredi 31 mars 2000 ISSN : 1288 - 1716 RCS : n° 9757/2000 N° de Siret : 024 061 970 000 18 N°CPPAP : 0121 I 92960 Site internet www.mayottehebdo.com