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Bulletin bois 121/2016 Ornements Pavillon de jardin, Zoug Toit séquentiel au Arch_Tec_Lab, EPF Zurich ‹Stöckli› contemporain, Überstorf Réhabilitation thermique de la Villa R, Coppet Transformation d’une grange, Dingenhart

Le ‹Stöckli› s’insère avec grâce dans le hameau multiséculaire d’Überstorf. Des motifs ornementaux filtrent la lumière et génèrent un dialogue en harmonie avec l’architecture du passé. Architecture: OST Architekten, Zurich


L’ornement au passé, présent et avenir L’ornement, après avoir été vilipendé par la plupart des architectes pendant plus d’un siècle, est revenu depuis quelques années sur le devant de la scène. Les exemples ci-contre illustrent l’étendue des champs lexicaux auquel ce terme générique se réfère aujourd’hui. Le pavillon à Zoug propose une expression visuelle forte, grâce à une résille qui enveloppe uniformément la structure. L’ornement est à comprendre à la fois comme une forme œuvrée qui raconte la réalité constructive, et comme une forme artistique qui s’exprime avec vitalité. C’est également vrai pour la villa à Coppet, mise en lumière grâce à une peau qui passe de lisse à structurée et relate l’acte de construire. Le toit séquentiel qui abrite l’Arch_Tec_Lab oppose une attitude très différente. La structure est prétexte à expérimenter le rapport à la matérialité qu’induit l’ère digitale. Les effets graphiques sont générés par l’outil informatique et son prolongement robotique, ouvrant de nouveaux champs d’exploration formels et cherchant à tracer des voies encore inexplorées. À l’inverse, le travail d’OST Architekten, dans le site protégé d’Überstorf s’insère dans une continuité face à un héritage architectural qui oriente le projet et l’inspire par sa tradition ornementale. Le projet à Dingenhart offre un contexte similaire puisqu’il est inscrit comme un site historique protégé. La réalisation des jeunes architectes présente un subtil équilibre entre le respect de la mémoire dont témoigne la grange, et l’intervention qui recoure à une écriture expressive et lui donne un caractère nouveau. Lorsque le geste est juste, il insuffle une poésie qui donne à l’objet une allure éternelle.

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Audanne Comment et Roland Brunner Communication technique Lignum


Pavillon de jardin, Zoug À Zoug, un jardin public disposé au pied de l’ancien arsenal forme depuis 2013 un trait d’union entre les bibliothèques de la ville. Parcouru par un réseau piétonnier qui relie le jardin à la vieille ville, il est orné d’un pavillon en bois qui devient l’élément emblématique du lieu. L’aire historique de l’ancien arsenal est comprise entre la tour de la poudrière, le château de Zoug, l’église St-Oswald et les deux bibliothèques mentionnées plus haut, dont l’une est située dans la ruelle St-Oswald tandis que l’autre vouée à la recherche, est installée depuis peu dans le socle de l’ancien arsenal. Le défi consistait à redonner un visage à la place occupée depuis les années septante par un parking souterrain de dix demi-niveaux. La circulation générée en surface coupait le site en deux tandis qu’une superstructure qui servait à régler la pente du terrain nuisait à sa qualité spatiale. En 2010 à l’occasion d’un concours, une équipe constituée des architectes Ramser Schmid et des architectes-paysagistes planetage développe une solution pour réaménager la place et remporte le premier prix. Le jury qualifie la proposition de ‹surprenante mais convaincante›. Plutôt que de dissimuler le volume du parking sous un monticule de terre, ils décident de le laisser en partie visible tel quel, valorisé par une résille de bois. Leur proposition laisse apparaître les murs existants du parking, qui deviennent les soubassements

d’une terrasse installée devant l’ancien arsenal. En partie basse, une zone de circulation circonscrite règle les entrées et sorties du parking tandis que les cheminements piétonniers sont soulignés par des parterres d’arbustes, à l’image des jardins de la vieille ville. Les escaliers qui relient ces deux niveaux longent les murs du parking, habillés dès lors de lames verticales en bois. Ces revêtements intègrent différents rôles: en dehors de leur fonction de garde-corps, ils soulignent les contours des structures bâties et améliorent la lecture du terrain. Des éléments perturbateurs comme les sorties de secours du parking sont atténués, et les différences entre le béton âgé de plus de quarante ans et les parties récentes sont gommées, sans toutefois compromettre la présence de l’édicule. La terrasse au niveau supérieur prolonge l’espace public de la bibliothèque et devient un jardin d’agrément. Elle jouit d’une étendue d’herbe idéale pour lézarder et longe un bassin d’eau. Du mobilier de jardin est disposé sous le pavillon et renforce sa vocation de lieu de détente. La position du pavillon au point le plus haut poursuit la logique en place: le nouvel élément emblématique adopte la forme d’un champignon; il habille la sortie extérieure de l’ascenseur et cache la centrale d’extraction du parking. La technique installée sur le toit du garage est surélevée et sert désormais de socle au pavillon. Les concepteurs ont prévu une peau légère et transparente qui révèle les qualités du bâtiment d’origine. Les poutres

qui portent aujourd’hui le toit en bois sont en lamellé-collé. Disposées radialement, elles définissent la géométrie sur laquelle s’appuient les lamelles de bois appuyées en sous-face. Celles-ci forment une peau continue entre le toit et les parois. En toiture, un verre acrylique laisse passer la lumière et protège de la pluie la superstructure, tout comme les promeneurs qui s’y abritent.

Situation

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Lieu 6300 Zoug Maître de l’ouvrage Direction cantonale des travaux publics de Zoug et Département des constructions de la Ville de Zoug Pilote de projet/architecte paysagiste planetage landschaftsarchitekten, Zurich; collaborateurs: Marceline Hauri, Christine Sima, Ramon Iten, Helge Wiedemeyer, Thomas Volprecht Architecture Ramser Schmid Architekten, Zurich (pavillon et adaptation architecturale du garage souterrain); collaborateurs: Christoph Ramser, Raphael Schmid, David Dick, Isabel Amat, Lena Bertozzi, Elena Castellote, Patrick Schneider Direction des travaux Kolb Landschaftsarchitektur, Zurich Ingénieur civil Schnetzer Puskas Ingenieure, Zurich Eclairage d-lite Lichtdesign, Zurich Entreprise bois Schwerzmann Holzbau AG, Baar Bois mis en œuvre Bois mis en œuvre: BLC 11 m3 et bois massif recollé 56 m3; Panneaux trois plis 27 mm 59 m2, sous-construction en contreplaqué de peuplier 0,14 m3 et Accoya 2,5 m3; Revêtement en Accoya 50 mm 132 m2 (pavillon); Sous-construction en Accoya 0,8 m3, lamelles en Accoya 50 x 90 mm 5,2 m3 et main-courante en Accoya 50 x 110 mm 0,5 m3 (sortie de parking) Coûts des travaux CHF 3,6 millions (l’ensemble), CHF 600 000.– (le pavillon) Durée de construction Janvier–septembre 2013 Photographe Ralph Feiner, Malans

Elévation

Coupe

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20 m


Toit séquentiel au Arch_Tec_Lab, EPF Zurich L’Arch_Tec_Lab ou bâtiment HIB de l’Ecole polytechnique fédérale de Zurich se trouve sur le campus Hönggerberg et s’élève au-dessus d’un parking souterrain existant. La construction légère de quatre niveaux est abritée d’une toiture en bois qui ondule. Sa forme complexe a été réalisée grâce à un imposant portique robotisé de dernière génération. Basé sur une planification et une production entièrement digitalisée, le projet est dirigé par le laboratoire Gramazio Kohler Research, en collaboration avec différents instituts et partenaires industriels qui unissent leur force pour concrétiser ce sujet de recherche appliquée à l’échelle 1:1. La production de grands éléments constituant la toiture est effectuée par un robot qui assemble par automation des séquences de lattes. Le robot est capable de manipuler avec une grande précision et coordination des éléments, les saisir, les scier et les placer au bon endroit et dans la bonne orientation. La géométrie de la construction s’avère complexe à réaliser et des algorithmes définissant les séquences

sont développés spécifiquement pour le projet. Le toit couvre une surface de 2308 m2 et abrite les bureaux paysagers de l’institut, dédiés aux étudiants ainsi qu’aux chercheurs. Avec une surface presque entièrement en double hauteur, les bureaux offrent un cadre de travail agréable et flexible. Au centre de la halle s’étend une zone destinée à l’activité des robots occupés à bâtir des projets d’avenir. Constructivement parlant, les dalles du nouveau bâtiment s’appuient sur douze poteaux d’acier qui moisent et renforcent les porteurs du parking. En toiture, la structure est composée de 168 poutres à treillis à double courbure qui franchissent une portée de 14,7 mètres et s’appuient sur les poutres à caissons cintrés du système primaire. La couverture en toiture, avec ses lanterneaux, extracteurs de fumée et sorties de ventilation ne nécessitent pas de voligeage, tant la structure s’avère dense. D’autres sous-systèmes comme les sprinklers, les éclairages et les réseaux électriques sont intégrés dans la structure. Le procédé de fabrication séquentielle exige un usinage des éléments aussi rapide et simple que possible. Une

Lieu Bâtiment HIB, Hönggerberg, 8049 Zurich Mandant EPF Zurich, domaine des infrastructures Planification générale et coordination Arch_Tec_Lab AG, Zurich Conception et fabrication digitale Gramazio Kohler Research, professeur d’architecture et fabrication digitale, EPF Zurich; en collaboration avec: Prof. Fabio Gramazio, Prof. Matthias Kohler, Aleksandra Anna Apolinarska (cheffe de projet, réalisation), Michael Knauss (chef de projet, exécution), Jaime de Miguel (chef de projet, avant-projet), Selen Ercan, Olga Linardou Architecture, processus de fabrication, coordination Prof. Sacha Menz, professeur d‘architecture et processus de fabrication, EPF Zurich Planification structurelle Dr. Lüchinger + Meyer Bauingenieure AG, Zurich Conseil en structure Prof. Dr. Joseph Schwartz, professeur en conception de structures, ETH Zurich Design paramétrique Prof. Dr. Ludger Hovestadt, professeur de CAAD, ETH Zurich Physique du bâtiment et Acoustique Prof. Dr. Jan Carmeliet, professeur en physique du bâtiment, ETH Zurich, et Estia SA, EPFL Innovation Park, Lausanne Concept zero émission Prof. Dr. em. Hansjürg Leibundgut, professeur en technique du bâtiment, ETH Zurich Fabrication digitale ROB Technologies AG, Zurich Ingénieur-conseil bois SJB.Kempter.Fitze AG, Eschenbach Entreprise bois Erne AG Holzbau, Laufenburg Bois mis en œuvre Structure 150 m3, dont 168 poutres à treillis composées de 48 624 lattes Surface bâtie SIA 416 2308 m2 Durée de construction Février–octobre 2015 Photographe Andrea Diglas, Zurich

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des contraintes est l’espace de travail du robot qui est réduit dans sa longueur. Le résultat du processus présente un assemblage simple de petits éléments, qui, une fois terminé, forme des porteurs de 1,15 m de large. Pour éviter toute complexité dans la rencontre des différentes géométries, les planches sont simplement posées les unes sur les autres, puis sciées en une seule opération. Les porteurs comprennent ainsi vingt-trois couches dans lesquelles s’insèrent les diagonales et les montants. Le fait de prévoir un usinage continu effectué par un robot implique que toutes les étapes soient entièrement automatisées. Ainsi, la liaison doit être conçue pour être suffisamment flexible et permettre de réagir correctement à différentes configurations. En raison d’une redondance élevée de fermes hyperstatiques, une liaison ductile par clous est préférée à une solution de liaison au comportement fragile. Pour l’ensemble de la structure, des règles géométriques généralisées tirées des normes de construction déterminent l’emplacement des clous. Dans les 94 380 liaisons, ils sont positionnés en respectant des distances mini-


males entre eux ou entre les bordures, afin de répondre à des contraintes statiques variables. L’utilisation d’un matériau peu coûteux comme le bois massif de classe C24 en sapin ou en épicéa découle d’une décision de base. Toutefois, pour garantir une stabilité de forme durant la fabrication, des poutres duo préséchées sans cœur et avec une faible nodosité sont sélectionnées. Elles sont fournies selon trois sections, 50 x 115 mmm, 50 x 140 mm et 50 x 180 mm. Aboutées, elles ont une longueur constante de 10 mètres. Le projet est un laboratoire en conditions réelles, et dans ce sens, il suscite les questions et interpelle les chercheurs et leurs étudiants. Au final, il saura démontrer que la numérisation peut contribuer à l’utilisation efficace des ressources, en proposant un bâtiment compact et sans émissions.

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Isométrie toiture

Détail des couches

Détail des noeuds

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‹Stöckli› contemporain, Überstorf Sur la commune d’Überstorf entre Berne et Fribourg, une ferme protégée comprend plusieurs corps de logis dont un ‹Stöckli› insalubre. La propriété située en pleine nature est exploitée par les parents du maître d’ouvrage. Etabli à Zurich, celui-ci bâtit une maison de campagne entièrement en bois et fait naître un nouveau ‹Stöckli›. La ferme et ses dépendances forment un ensemble protégé. L’imposant volume principal comprenant l’écurie et un logis avait été érigé aux alentours de 1820. A l’écart, un grenier datant de 1746 était en très mauvais état, ce qui menaçait de détruire les inscriptions vieilles de plus de 250 ans qui s’y trouvaient. Enfin, un bâtiment du début du XXème siècle inhabité depuis longtemps présentait lui aussi un état fortement dégradé. C’est ce dernier qui intéressait plus particulièrement le fils souhaitant profiter d’un pied à terre dans la ferme familiale. Très rapidement, la conclusion s’imposa qu’il fallait rebâtir le ‹Stöckli› puisque, avec un plafond n’excédant pas 1,90 m, il était impossible de le rénover correctement. Le fils voulait une construction en bois, avec une attention portée essentiellement sur l’organisation de l’espace et le respect des coûts. Du côté des autorités, la liste des exigences était plus longue. En effet, ils imposaient une surface brute de plancher limitée à 180,5 m2 pour cor-

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respondre à la surface au sol du bâtiment démoli; la position devait être celle de l’ancienne bâtisse, ainsi que l’orientation du faîtage; sa toiture devait être d’une certaine pente, se prolonger d’avant-toits et être couverte des mêmes tuiles rouges ou brunes que celles de la région; les ouvertures quant à elles devaient s’intégrer au contexte bâti et correspondre aux proportions existantes, et sinon, elles devaient être dissimulées par des filtres visuels. En face d’eux, les architectes étaient également convaincus qu’une réalisation en bois était adéquate dans ce contexte. D’autre part, ils avaient à cœur de rendre la petite maison expressive et de respecter les proportions entre les volumes bâtis. Le choix du bois conditionnera tout le projet, influençant l’expression de la maison de campagne et imprégnant l’atmosphère intérieure. Dans le ‹Stöckli› qui renaît, une grande pièce à vivre occupe désormais le rez-de-chaussée. Un noyau au centre articule l’entrée, le séjour et la cuisine, cette dernière étant prolongée au nord-ouest par un coin à manger ouvert sur une terrasse abritée. Une baie vitrée au nord-est cadre une jolie vue sur la campagne. Le local technique, également disposé au rez-de-chaussée, est dimensionné au plus serré et s’adosse aux escaliers menant à l’étage, sous lesquels se glisse un espace de rangement. Dans les étages supérieurs, les ouvertures placées avec précisions cadrent des

échappées visuelles. La distribution au premier étage jouit d’une double hauteur qui offre une certaine générosité et permet une perméabilité entre les niveaux des chambres. Les deux chambres sont orientées nord-ouest, avec un accès sur l’extérieur aménagée par une petite galerie couverte. La façade principale fait face à la ferme. La salle de bain est orientée au sud-ouest, avec une vue sur la ferme ancienne qui se prolonge au loin. Sous les combles, on découvre le royaume des enfants, avec un dortoir de cinq couchettes et suffisamment d’espace pour les créations de Lego. Le maître d’ouvrage s’est entêté tout au long du projet pour conserver une salle de bain sous les toits. L’ouverture fait face à celle du dortoir et permet de créer un flux d’air efficace l’été. Les façades sont habillées d’un lambris vertical ajouré, constitué de lattes de 30 x 20 mm et espacées de 5 mm. Le choix d’un habillage vertical fait référence aux façades existantes. Ce rythme de vide et de plein aboutit à un volume compact et massif qui contraste avec la transparence qui naît lorsque le soleil s’immisce entre les fentes. La hauteur d’étage réglementaire a produit un changement de proportions. L’effet est cependant atténué grâce aux évidements pratiqués au niveau de l’entrée et de la terrasse, mais grâce surtout à la coupure horizontale du lambris pratiquée


Situation

entre les étages. Ici, même les fenêtres sont en bois, tout comme les tablettes réalisées en mélèze. Afin de pouvoir replier les persiennes à l’intérieur du cadre, les fenêtres sont posées en retrait de la façade, ce qui les protège des intempéries. Soulignons que le projet a été porté par l’enthousiasme et l’implication de l’entreprise chargée des travaux. Lorsqu’il s’agit de trouver une découpe ornementale pour les parapets et les jalousies, les architectes commencent par étudier des motifs traditionnels, comme ceux présents sur le grenier ou qui l’étaient sur l’ancien ‹Stöckli›. Au final, ils renoncent à copier une forme jugée trop complexe et lui préfèrent un motif simple à base de cercles qui se répètent. Dans la maison, les ornements produisent un jeu de lumière qui diffuse une atmosphère particulière. Dans les étages supérieurs, les parapets protègent des chutes mais dissimulent également le verre, ce qui donne l’impression d’ouvertures plus petites de l’extérieur, sans renoncer à plus de lumières à l’intérieur. En journée, les petits percements se répliquent sur le sol et animent avec douceur les espaces par un jeu d’ombre et de lumière. En soirée, la lumière jaillit à travers les cercles et transforme la maison en lanterne magique. Le traitement des façades par une lasure de prégrisaillement était un souhait exprimé dès le départ par le maître d’ouvrage, afin d’éviter

un aspect trop hétérogène lors du vieillissement naturel des lambris les premières années. Différentes solutions sont testées sur le grenier et la ferme jusqu’à ce que la bonne couleur apparaisse. Dans la maison, le bois domine largement puisqu’il compose les parois, les meubles et jusqu’aux poignées des armoires. Trois exceptions cependant: les catelles colorées et les enduits dans les salles de bains, le mobilier blanc de la cuisine et la chape sombre du rez-de-chaussée. En cours de chantier, les architectes découvrent que l’épicéa et le sapin présentent des coloris très différents: les parois et les meubles en éléments trois plis apparaissent trop contrastés avec le sol en sapin blanc, qui se distingue des portes et des fenêtres en épicéa. Il faut donc recourir à des huiles et des laques blanches pour unifier l’aspect. Edifier une maison de week-end hors zone à bâtir peut donner lieu à débats. Reconnaissons que cette réalisation amène un élan positif au hameau, qui même s’il était protégé, subissait le poids des ans. Le vieux grenier qui était en péril est d’ailleurs rénové pour l’occasion, et sa vie est maintenant prolongée pour les cinquante voire cent prochaines années.

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Coupe transversale

Coupe longitudinale

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10 m


Niveau 0

Niveau +1

Lieu Hermisbüel 9, 3182 Ueberstorf Architecte OST Architekten, Zurich Ingénieur civil Curty & Marty AG, Düdingen Entreprises bois Beer Holzbau AG, Ostermundigen (structure), et Wohnmacher AG, St. Antoni (finitions extérieures et menuiseries) Bois mis en œuvre Bois mis en œuvre: BLC et bois massif 23 m3; Panneaux trois plis 11,5 m3, OSB et contrecollé 4 m3, panneaux isolants de fibres de bois 8 m3 Surface brute de plancher SIA 116 180,5 m2 Surface de plancher SIA 416 210 m2 Volume bâti SIA 416 530 m3 Durée de construction Septembre 2014 – avril 2015 Photographes Nadine Andrey, Berne, et OST Architekten, Zurich

Combles

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Fenêtre type A: plan, coupe et élévations

Fenêtre type B: plan, coupe et élévations

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Réhabilitation thermique de la Villa R, Coppet La maison familiale des années 30 a récemment adopté un habillage en bois lasuré qui améliore son bilan énergétique. L’intervention offre le bon prétexte pour redéfinir les contours du volume. Ainsi, la toiture isolée est prolongée par d’importants avant-toits qui protègent des intempéries de vastes espaces extérieurs. La villa est révélée par l’expression plastique qui lui est insufflée, et s’écarte d’une certaine banalité dont elle se contentait jusqu’alors. En Suisse, la politique vise à abaisser la consommation énergétique globale, à remplacer les énergies fossiles par des énergies renouvelables et à réduire la production de Co2 due à l’activité humaine. Pour ce faire, l’amélioration du parc immobilier joue un rôle clé dans la réalisation des objectifs, puisqu’il nécessite à lui seul la moitié de l’énergie fossile employée dans le pays. Cependant, malgré les programmes d’encouragement mis en place, le taux de renouvellement du parc immobilier en Suisse reste faible, atteignant moins de 1 % par année. Et pourtant, une rénovation répondant aux standards énergétiques actuels abaisse durablement et souvent drastiquement les charges fixes des propriétaires et de leurs locataires. A Coppet, la maison nécessitait une enveloppe plus performante, afin de limiter les déperditions

thermiques engendrant chaque année des frais de chauffage trop élevés. Les architectes auraient pu se contenter d’apposer une isolation conséquente en façade et en toiture tout en s’assurant que les vitrages soient suffisants. Or, le bureau Lacroix Chessex aborde ce mandat de rénovation avec la même implication qu’il emploie à développer des projets d’envergure, ce qui aboutit à une réalisation d’exception. L’intervention permet d’affirmer l’expression du volume tout en conservant les qualités fondamentales de la bâtisse datant de 1936. Pour y parvenir, la toiture est magnifiée et prolongée jusqu’au niveau du premier étage, offrant de part et d’autre deux couverts qui renforcent les liens qu’entretiennent la maison avec ses extérieurs. Vers la nouvelle entrée disposée côté route au nord, l’avancée sert aujourd’hui de couvert à voitures. Au sud en revanche, elle protège une terrasse qui prolonge en été l’espace de vie du rez-de-chaussée, ouvert sur le jardin. Pour ne pas prétériter la luminosité dans le séjour, trois puits de lumière percent l’avant-toit qui s’avance largement devant la façade sud. Ils allègent ainsi visuellement son emprise et diminuent le masque d’ombre qu’il produit. Opérant avec précision, les architectes étudient la course du soleil qui varie selon les saisons et définissent au mieux la position des ouvertures zénithales.

La forme des puits de lumière s’ébrase vers le bas, afin de dispenser plus amplement la lumière captée en toiture. Les biais qui composent les parois sont découpés de ressauts fabriqués grâce à un empilement de planches. Ce travail devient ornemental, le jeu d’ombre et de lumière qui se crée capte le regard et fascine. Pour les architectes, c’est un hommage à Carlo Scarpa, mais d’autres pourraient y lire une référence au soufflet qui caractérisait autrefois les appareils photographiques. Sur les façades, les percements d’origine sont maintenus et présentent des formes et des dimensions variées. De nouvelles fenêtres en bois plus performantes remplacent les doubles fenêtres, et les volets sont déposés au profit de stores en toiles. Plus discrets, ceuxci s’intègrent à l’épaisseur de la couche isolante. Le motif ornemental de l’avant-toit est repris au niveau des ouvertures, qui sont habillées des mêmes ébrasements à ressauts. Cette technique permet de dispenser plus de lumière naturelle à l’intérieur de la maison et d’optimiser les gains solaires passifs. L’ébrasement, pratique courante dans l’architecture des siècles passés, à une époque où seuls des murs très épais offraient une barrière suffisante au froid, retrouve tout son sens dans le contexte actuel. C’est ainsi que le projet s’inspire d’éléments vernaculaires, tout en s’appuyant sur des technologies tournées vers


l’avenir. En effet, des capteurs solaires thermiques installés en toiture servent aujourd’hui à la production de l’eau chaude sanitaire. Au-delà de la rénovation énergétique, le maître d’ouvrage souhaitait créer un second logement à l’intérieur de l’espace disponible qui était devenu trop important pour ses seuls besoins. Un appartement est donc aménagé en duplex, dans la partie nord de la maison. Il dispose d’une entrée indépendante et d’un balcon privatif en toiture. Cette décision judicieuse a permis d’alléger les coûts de rénovation, dès lors que le loyer perçu compensait une partie des intérêts hypothécaires issus de l’emprunt nouvellement contracté. Cette réalisation démontre que le bois se prête admirablement bien à une réhabilitation thermique. Matière première de proximité, il présente un bilan CO2 neutre et ménage l’environnement. En outre, même s’il est trois fois moins performant qu’un matériau isolant, il conduit la chaleur cinq cent fois moins bien que l’acier. Que ce soit pour isoler une villa, la surélever d’un niveau ou lui adjoindre une annexe, le bois offre de multiples possibilités de transformation. Situation

Lieu Route de Tannay 8, 1296 Coppet Architecte Lacroix Chessex architectes, Genève Ingénieur civil Thomas Jundt ingénieurs civils SA, Carouge Entreprise bois Jotterand, Charpentier Bâtisseur SA, Rolle (charpente); Barro et Cie SA, Carouge (fenêtres); Dürig Bois SA, Grens (menuiserie intérieure); Ménétrey Lausanne SA, Le Mont-sur-Lausanne (raboterie) Bois mis en œuvre Structure: bois duo 10 m3, BLC 0,16 m3; Lattage 5,3 m3; Panneaux: OSB 22 mm 112,5 m2, panneaux en fibres de bois 80 mm 339,5 m2, trois plis 27 mm 51 m2; Revêtements: lames de sapin 400 m2 Coûts CFC 1–9 CHF 1,31 million HT Coûts CFC 2 CHF 1,25 million HT Coûts CFC 214 CHF 212 000.– Surface de terrain SIA 416 2950 m2 Surface de plancher SIA 416 554 m2 Volume bâti SIA 416 2836 m3 Prix/m3 SIA 416 (CFC 2) CHF 440.– Durée de construction Août 2014 – août 2015 Photographe Joël Tettamanti, Lausanne

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Coupe sur l’avant-toit: Celui-ci s’avance de 5,8 m. Il est porté par des treillis métalliques sur lesquels s’appuient les pannes. Les puits de lumière sont formés à partir de lames de sapin de 40 mm d’épaisseur empilées les unes sur les autres. La géométrie des puits résulte d’une étude portant sur la course du soleil.


Coupe longitudinale

20 m

Niveau 0

Niveau +1

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Transformation d’une grange, Dingenhart Dingenhart, un hameau situé à quelques encablures de Frauenfeld, séduit par le charme de ses vieilles fermes dont l’activité agricole a perduré à travers les siècles. C’est dans ce contexte qu’une grange inoccupée est métamorphosée pour abriter trois nouveaux lofts. Les attentes du maître d’ouvrage étaient diamétralement opposées aux exigences fixées par le conservateur patrimonial. Quand l’un souhaitait le plus de surfaces vitrées possibles, afin de s’ouvrir largement aux vues lointaines sur les Alpes bernoises, l’autre exigeait un volume fermé, en adéquation avec l’image d’une grange. Et si ce dernier permettait quelques percements, il fallait agir avec modération. La transformation devait occuper au maximum deux tiers du volume de la grange, le dernier tiers se transformant en un espace non chauffé formant une zone tampon entre la rectitude des appartements et les parois inégales de la vieille grange. Cet entre-deux devient un prolongement visuel pour les appartements et leur confère plus de générosité. À l’occasion, il peut également faire office de balcon. Le colombage des parois extérieures et le toit s’avèrent être en bon état et sont donc conservés. Un nouveau squelette, composé de poteaux et de poutres en sapin collé, s’insère dans le volume et marque l’espace intérieur. La grille

dessine au sol, au plafond et sur les parois des arêtes composées de poteaux de 240 x 240 mm et de poutres de 240 x 360 mm; en limite du système, des parois opaques ou transparentes ferment l’espace habitable et délimitent la zone chauffée. Deux noyaux verticaux en béton armé, l’un comprenant les circulations verticales et les salles de bain, l’autre accueillant les éléments de la cuisine stabilisent la structure. La grille régulière organise l’espace, avec un pas de 2,5 m et une hauteur d’étage de 3 m pour les deux premiers niveaux. Les nœuds sont assemblés sans vis visibles. Les poutres reprennent la forme d’un profilé en T à l’envers, sur lequel s’appuient les dalles d’étage composées de panneaux massifs de 120 mm. Ceux-ci sont surmontés d’un remplissage et d’un isolant aux bruits d’impact qui permettent d’atteindre les exigences en matière d’acoustique. La grille est marquée au sol par des lames de bois qui s’insèrent entre les parties de chape coulée. À l’extérieur, les lambris étaient en trop mauvais état pour être conservés. Comme il semblait important de pouvoir différencier l’habitation principale accolée, le bois reste l’élément prégnant qui identifie le volume de la grange. Le nouvel habillage devait amener autant de lumière que possible à l’intérieur et protéger des intempéries le colombage. Les premières variantes montrent un volume plutôt fermé.

Axonométrie de la structure

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Les études s’affinant, elles mettent en lumière qu’une peau trop perforée fait perdre l’expression d’une grange au simple profane. Au final, le nouvel habillage est organisé par champs, avec un lambris qui adopte diverses formes. La nouvelle façade est régie par les impératifs internes de lumière et de vue. Une gradation dans la pose des lames offre plus ou moins de transparence. L’ordonnancement des champs s’adapte strictement au colombage, avec un lambris qui protège des intempéries les poteaux et traverses. Cette organisation en patchwork est une réminiscence des façades de granges, montrant des surfaces de diverses natures et percées d’ouvertures variées, avec tour à tour des lambris ajourés ou des bardeaux.


Lieu Stählibuckstrasse 8, 8500 Frauenfeld Architecte bernath + widmer, Architekten BSA SIA ETH, Zurich Physique du bâtiment SJB.Kempter.Fitze AG, Herisau Ingénieur bois SJB.Kempter.Fitze AG, Frauenfeld Entreprise bois Sommerhalder Holzbau AG, Märstetten Bois mis en œuvre bois de construction 48 m3, panneaux trois plis 120 mm 20 m3 Surface de terrain 1308 m2 Surface brute de plancher SIA 116 758 m2 (totalité de la grange) Surface nette de plancher SIA 116 345 m2 (chauffée), 98 m2 (logement niveau 0), 99 m2 (logement niveau 1), 79 m2 (logement combles), 69 m2 (garage et distribution) Surface nette extérieure SIA 116 112 m2 (non chauffée dans la grange), 25 m2 (logement niveau 0), 49 m2 (logement niveau 1), 38 m2 (logement combles) Cube SIA 116 1558 m3 Durée de construction Novembre 2013 – novembre 2014 Photographe Roland Bernath, Zurich

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Coupe transversale

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Coupe longitudinale

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Niveau 0

Niveau +1

Toiture

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Lignum Holzwirtschaft Schweiz Economie suisse du bois Economia svizzera del legno Mühlebachstrasse 8 En Budron H6, CP 113 CH-8008 Zurich CH-1052 Le Mont sur-Lausanne Tél. 044 267 47 77 Tél. 021 652 62 22 Fax 044 267 47 87 Fax 021 652 93 41 info@lignum.ch cedotec@lignum.ch www.lignum.ch www.lignum.ch Bulletin bois, décembre 2016 Editeur Lignum, Economie suisse du bois, Zurich Christoph Starck, directeur

Rédaction Roland Brunner, Lignum, et Audanne Comment, Lignum-Cedotec Conception graphique BN Graphics, Zurich

Le Bulletin bois paraît quatre fois par ­année, en allemand et en français. Abonnement annuel CHF 48.– Publications isolées CHF 20.– Classeur (10 numéros) CHF 140.– Classeur vide CHF 10.– Prix sous réserve de modifications.

Administration, abonnements, expédition Lignum, Zurich

Les membres de Lignum reçoivent le Bulletin bois et le Lignatec gratuitement. Les droits pour la publication des diffé­rents objets présentés restent réservés aux architectes respectifs. Les informations publiées ont été recueillies auprès des concepteurs.

ISSN 1420-0252

Hotline – Service technique: 021 652 62 22 Nos spécialistes répondent gratuitement à vos questions tous les jours de la semaine entre 9 h et 17 h.

Impression Kalt Medien AG, Zoug

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Bulletin bois 121/2016  

Ornements

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