

Frontières




Hébergement
DOSSIER : FRONTIÈRES
07 20 ans pour Avocats sans frontières
Géographie des conflits 11 Un collectif nommé Bienvenue
Aux frontières du (trop) réel
Le sentiment d’injustice : une frontière au vivre-ensemble
Route difficile vers l’emploi






POUR LE PLAISIR DE LIRE
20 S’encourager
21 Le message publicitaire
22 Les yeux ouverts
23 Parfum de liberté
24 Recette d’un monde meilleur
24 Vieillesse
25 Le nœud de ma mémoire
26 Écrire
27 Un slam pour les suites de l’Errance

Crédit photo : Isabelle Noël
Crédit
photo: Barnimages

RÉALISER L’ESPOIR
L’Archipel d’Entraide, organisme à but non lucratif, vient en aide à des personnes qui, à un moment donné de leur existence, sont exclues du marché du travail ou vivent en marge de la société. Ces laissés pour compte cumulent différentes problématiques : santé mentale, itinérance, toxicomanie, pauvreté, etc. Dans la foulée des moyens mis en place pour améliorer le sort des plus défavorisés, l’Archipel d’Entraide lance, en 1995, le magazine de rue La Quête. Par définition, un journal de rue est destiné à la vente - sur la rue ! - par des personnes en difficulté, notamment des sans-abri. La Quête permet ainsi aux camelots de reprendre confiance en leurs capacités, de réaliser qu’à titre de travailleurs autonomes ils peuvent assumer des responsabilités, améliorer leur quotidien, socialiser, bref, reprendre un certain pouvoir sur leur vie.
L’Archipel d’Entraide, composée d’une équipe d’intervenants expérimentés, offre également des services d’accompagnement communautaire et d’hébergement de dépannage et de soutien dans la recherche d’un logement par le biais de son service Accroche-Toit.
Depuis sa création, La Quête a redonné l’espoir à quelques centaines de camelots.
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DES SOUS EN DEVENANT CAMELOT
Les camelots font 2 $ de profit sur chaque exemplaire vendu. Autonomes, ils travaillent selon leur propre horaire et dans leur quartier.
Pour plus d’informations, communiquez avec Francine Chatigny au 418 649-9145 poste 31
Nous vous encourageons fortement à acheter La Quête directement à un camelot. Toutefois, si aucun d’eux ne dessert votre quartier, vous pouvez vous abonner et ainsi nous aider à maintenir la publication de l’unique magazine de rue de Québec.
COUPON D’ABONNEMENT 10 PARUTIONS PAR ANNÉE
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Photo de Isabelle Noël
Conception graphique : Mélanie Imbeault
ÉDITEUR
Archipel d’Entraide
ÉDITEUR PARRAIN
Claude Cossette
RÉDACTRICE EN CHEF
Francine Chatigny
DIRECTRICE DE L’INFORMATION
Valérie Gaudreau
SECRÉTAIRE DE RÉDACTION
Isabelle Noël
CHRONIQUEUR.SE.S
Philippe Bouchard, CMCQ’ Martine Corrivault, Claude Cossette, et Marc Émile Vigneault
JOURNALISTES
Mathieu Massé, Pier-Olivier Nadeau, Isabelle Noël, Sarah Rodrigue, Rosine Toguem et Simon Vermette
AUTEUR.E.S
Julie Bellemare, Simon-Pierre Blais, Michèle Blouin, Bertrand Cyr, Gaétan Duval, Mariette Mailhot, Judy Miller, Yves Potvin, Christiane Voyer
AUTEUR DU JEU
Jacques Carl Morin
RÉVISEUR
Benoit Arsenault
INFOGRAPHISTE
Mélanie Imbeault
IMPRIMEUR
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La Quête, Québec, Canada, 2014
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Frontières
De nouvelles plumes ont participé à la production de ce numéro. Rosine Toguem, du Collectif de lutte et d’action contre le racisme, relève quelques-uns des nombreux obstacles rencontrés par les immigrants, obstacles qui engendrent un sentiment d’injustice. Simon Vermette, toujours à l’affût de ce qui passe sur l’échiquier mondial, se penche sur l’origine des conflits. Mathieu Massé, qui a signé plusieurs articles dans La Quête en 2014, nous revient le temps d’un numéro. Il présente le Collectif Bienvenue de Montréal qui procure, notamment, de l’ameublement aux familles nouvelles arrivantes.
Avant de découvrir le riche contenu que vous offre les bénévoles de La Quête, je vous invite à lire, ci-dessous, le témoignage de Lisa, camelot de magazine de rue depuis 18 ans.
Bonne lecture, FRANCINE
À LA UNE
Cette photo idyllique a été prise par Isabelle Noël lors de son voyage à Madagascar. Y miroitent des vacances de rêve ! Elle évoque aussi la cruelle réalité de millions de migrants, qui de Madagascar et de l’Afrique du Nord, entre autres, se lancent à l’eau dans des embarcations de fortune sachant très bien qu’ils jouent à la roulette russe. Rester et risquer de mourir ou fuir et espérer être acceptés aux frontières d’une nouvelle vie… ou périr en cours de route. En 2021, 3231 migrants par mer ont été déclarés morts ou disparus dans la Méditerranée et l’Atlantique Nord-Ouest. Dans l’océan Indien, plus de 10 000 migrants ont connu le même sort au cours des 20 dernières années.
Où
j’en suis maintenant
J’ai fait beaucoup de prostitution dans ma vie. Ce n’était pas mon choix. C’est ma mère qui m’a vendu quand j’étais très, très jeune. À partir de 18 ans, j’étais libre, mais j’ai continué à me prostituer, car cela me permettait de gagner ma vie. C’était la seule chose que je savais faire… J’ai commencé à prendre de la drogue, de la cocaïne à cette période de ma vie. Jusqu’à 25 ans, j’ai vécu comme ça, Puis j’ai vu comment ça se passait pour les autres… les clients devenaient de plus en plus heavy, j’ai décidé d’arrêter tout ça. Je suis allée faire une thérapie pour arrêter de consommer.
Après ma thérapie, je me suis retrouvée à la rue. Je ne connaissais pas toutes les ressources. Vivre dans la rue, c’est se lever à 6 h 30, aller déjeuner dans une ressource pis, aller bummer toute la journée. J’allais souper au Burger King. Ensuite je retournais au Carré Viger, c’était mon spot pour dormir. Je trimballais mes affaires toute la journée pis je me lavais dans les salles de bain public. Souvent j’utilisais une bâche de construction pour me couvrir pour dormir. J’ai passé dix ans dans la rue. Dix ans… je pense que c’est là que j’ai développé ma schizophrénie… à ce moment-là je pensais que j’étais wonder women.
Un jour que je me promenais avec un panier d’épicerie avec tout mon stock dedans, un intervenant de la rue, Sylvain Picard est venu vers moi. Il m’a donné la liste de toutes les ressources existantes. C’est là que j’ai pris connaissance du Sac à dos. C’est une place où tu peux mettre ton stock pour 25 $ par mois. J’ai aussi commencé à aller dormir au Old Brewery Mission pour femmes après m’être fait attaquer par quelqu’un. Il voulait me frapper avec un crow bar
À peu près un mois plus tard, j’ai revu Sylvain et il m’a offert un suivi. Ça m’a soulagé… Il m’a donné des conseils pour que j’arrête de donner tout mon argent. Je me faisais abuser… On m’attendait après que j’ai reçu mon chèque pour que je donne mes sous…
Un jour j’ai rencontré un gars sur la main, coin Ste-Catherine et St-Laurent qui vendait des livres. Il m’a montré où était le bureau de L’Itinéraire, coin Sainte-Catherine et Avenue de Lorimier. J’ai eu un rendez-vous : ils m’ont donné 10 magazines gratuits et un spot de vente au métro Peel. C’est à ce moment là que j’ai commencé à vendre des magazines de rue. Ça fait maintenant 18 ans que je vends des magazines de rue à Montréal et à Québec.
Je trouve ça le fun. Ça occupe mes journées. Et ça me permet de me libérer la tête.
LISA
intersection Couronne et Charest
Camelot

Courtoisie:Claude
Cossette
« VOS PAPIERS ! »
Il y a longtemps, mon amoureuse et moi avions entrepris un voyage rare, celui de traverser dans une petite voiture Renault 4L quatre pays gouvernés par des dictateurs : la Tchécoslovaquie, la Hongrie, la Roumanie et la Bulgarie. Ces pays, dits « de l’Est », étaient à l’époque, coupés de notre monde capitaliste par un mur à la fois politique et physique, le Rideau de fer… entrouvert de place en place.
Nous traversions chaque frontière avec un frisson d’inquiétude quand de grands gaillards habillés de cuirs, bottés et armés s’approchaient en grognant : « Vos papiers ! », puis repartaient avec nos passeports, parfois pendant des heures, parfois ordonnant de démanteler à moitié notre véhicule pour s’assurer que nous ne transportions rien d’interdit.
Les voyageurs qui aujourd’hui parcourent une Europe sans frontières ne réalisent pas l’extraordinaire privilège que constitue la liberté de circuler qui leur est octroyée.
LES NOUVEAUX RIDEAUX DE FER
Le Rideau de fer n’existe plus, mais les murs interpays existent encore. Ils se multiplient même. Selon Damien Simonneau, auteur de L’Obsession du mur, la tendance serait plutôt à « l’emmurement du monde ». De fait, d’après l’inventaire du Transnational Institute, de six murs physiques qu’il y avait en 1989, il existe aujourd’hui plus de 63 murs interpays, une multiplication par dix.
Mais alors que le Rideau de fer avait pour but d’empêcher les habitants de l’Est de sortir de leur pays, les nouveaux murs servent davantage à empêcher les étrangers d’entrer dans le vôtre.
Aujourd’hui, près de 60 % de la population mondiale vit dans un pays qui a muré ses frontières, supposément pour lutter contre le terrorisme ou la contrebande, mais en réalité pour bloquer l’immigration. La libre circulation est désormais plus facile pour les marchandises que pour les personnes.
En vingt ans, plus de 1 000 kilomètres de nouveaux murs ont été construits en Europe. Aux États-Unis, la fermeture de la frontière avec le Mexique en a rendu le passage plus dangereux, mais n’a pas effacé les rêves : selon le Pew Research Center, plus de 1,6 million de clandestins ont été interceptés à la frontière en 2021.
Au Québec, on connaît l’existence du chemin Roxham qui permettra cette année à 50 000 réfugiés de franchir clandestinement la frontière canadienne.
Bref, toutes les entités nationales ressentent le besoin de circonscrire leur territoire, de le marquer, d’en contrôler l’accès.
FIXER SES LIMITES
Un même besoin de retranchement s’exprime chez les individus. Le droit moderne confirmant la propriété privée : « À partir d’ici, c’est chez moi », affirme le voisin. L’occupant installe une grille ou, au minimum, une porte qui barre, parfois par deux ou trois verrous. Par mesure de sécurité. Contre les possibles intrusions.
Pour son terrain, on impose rigidement ses limites à l’aide de clôtures et, de plus en plus, de caméras, de détecteurs de mouvement et autres moyens technologiques.
Les autorités publiques recourent aux mêmes moyens pour surveiller et contrôler les populations. Car si ces appareils protègent, ils espionnent également : Alexa et Siri tendent continuellement l’oreille, nos téléphones nous voient, nous entendent.
Tout ce que nous acheminons par les réseaux d’ondes peut être intercepté. Cela n’inquiète aucunement les jeunes générations. Cela ne semble pas les gêner de dévoiler leur vie sur la place publique, via Pinterest ou autres TikTok.
Ces moyens nous permettent d’échanger avec nos amis, qu’ils soient près de nous ou à l’autre bout du monde, c’est vrai… mais, en contrepartie, nous acceptons de perdre toute réelle vie privée. Une question se pose alors : est-il indispensable d’avoir une vie privée quand on n’a « rien à cacher » ?
Je pense que c’est indispensable à toute personne qui désire vivre sa vie de manière autonome, authentique, car, vivre sur la place publique, c’est s’obliger à se conformer aux conventions de la majorité. C’est aussi jouer un personnage. Adieu l’authenticité !
La ville elle-même ratatine l’espace privé. Le célèbre anthropologue Edward T. Hall disait : « Nous sommes menacés par les dramatiques conséquences de l’entassement urbain ». Il s’exprimait dans les années 1960. Or, le monde virtuel n’est-il pas, davantage encore, le territoire d’une invasive promiscuité ?
CLAUDE COSSETTE
20 ANS POUR AVOCATS SANS FRONTIÈRES CANADA
Avocats sans frontières Canada (ASFC) a souligné ses 20 années d’existence l’automne dernier. Me Pascal Paradis, cofondateur et directeur général d’ASFC, se remémore avec fierté les débuts de l’organisation. « À l’époque, on était tout petits. On avait quelques centaines de dollars dans un compte en banque, pas de bureau ni d’employés… », raconte-t-il. Deux décennies plus tard, l’organisation est toujours bien en vie.
Avocats sans frontières Canada, dont les bureaux sont situés sur la rue Saint-Joseph à Québec, a fêté ses 20 ans en grand : identité visuelle renouvelée et nouveau site Web. Le groupe a également amassé 420 000 $ lors de sa campagne de financement annuelle.
« On est très très content, souligne Me Paradis. Après deux ans de pandémie, avoir des gens qui nous appuient, c’était un beau moment de partage ».
Quelle est la mission d’ASFC ? Elle offre un soutien juridique pour assurer le respect des droits fondamentaux des personnes discriminées, aux femmes, aux enfants, aux membres de diversité sexuelle et de genre, aux individus qui vivent en milieu éloigné comme dans la jungle.
« Plusieurs pensent qu’un avocat sans frontières, ça met une toge dans sa valise, ça prend l’avion et ça plaide de grandes causes dans un pays étranger », lance le cofondateur d’ASFC. C’est plutôt la formation offerte à l’étranger et même au Canada qui permet de relever les défis.
FORMER POUR DÉFENDRE
Depuis 20 ans, 1000 juristes canadiens ont suivi les différents programmes d’ASFC. Sur les 140 employés, une centaine œuvre à l’extérieur du Canada, notamment en Afrique, en Amérique
latine. La majorité des travailleurs se compose de « locaux » que l’organisation canadienne forme et soutient dans leurs démarches juridiques. On compte aussi des coopérants volontaires qui s’impliquent bénévolement.
Des enjeux canadiens, comme ceux des Premières Nations, sont aussi au cœur de la mission d’ASFC. « On travaille beaucoup avec des peuples autochtones en Amérique latine. Souvent, on le fait avec des collègues autochtones du Canada et ça permet de créer des liens », croit le directeur général. ASFC organise des conférences et des ateliers afin de présenter leurs pratiques. « On se dit que si on a appris des choses à l’extérieur et qu’on peut les partager humblement ici, il faut le faire. On ne peut pas fermer les yeux et dire que ça ne nous concerne pas », constate Me Paradis.
Au fil des ans, le cofondateur a vu plusieurs choses : assassinats, exécutions, mariages forcés, traite d’humains… « Il y a des familles qui perdent leur petite fille ou garçon parce que des groupes criminels leur promettent un super emploi ailleurs dans le monde, déplore Me Paradis. En réalité, ils les attirent dans un réseau de prostitution international ».
GUERRE EN UKRAINE ET AUTRES ENJEUX RÉCENTS
Avocats sans frontières Canada a joué un rôle dans des cas canadiens médiatisés comme ceux de Raif Badawi et d’Omar Khadr. Dernièrement, ASFC a mis sur pieds des projets en Ukraine, en raison du contexte de guerre. Elle soutient JurFem, l’Association ukrainienne des femmes avocates, qui œuvre à soutenir des femmes victimes de violences sexuelles, une conséquence du conflit armé. Il s’agit d’un premier partenariat en Ukraine pour ASFC. « Au mo-
ment où la guerre a commencé, on avait deux propositions sur la table pour travailler en Ukraine avec des partenaires », ajoute-t-il. Les initiatives n’étaient à ce moment pas en lien avec le conflit armé.
Les membres d’ASFC ont également une responsabilité de vulgarisation dans les médias. « Tout le monde parle de la cour pénale internationale avec la guerre en Ukraine, mais se demande ce que c’est, mentionne Me Paradis. On est dans notre domaine et on connaît ça ».
De nouvelles problématiques sont également apparues dans les dernières années : les violences envers la communauté LGBTQ+, les changements climatiques, les changements en matière de droits reproductifs… « J’arrive du Honduras ou un groupe de femmes étaient devant les tribunaux avec 20 organisations de la société civile pour dire que ça ne se faisait pas de changer la constitution pour interdire dans toutes circonstances le droit à l’avortement », raconte l’avocat.
« On est constamment en train de se questionner sur ce qu’on fait et sur nos plans », explique Me Paradis. Il désire faire avancer les choses, mais aussi consolider ce qui a été fait dans les 20 dernières années.

SARAH RODRIGUE
Courtoisie Avocats sans frontièere
Me Pascal Paradis a participé, en 2013, au procès contre Jean-Claude Duvalier, ex-Président « à vie » en Haïti.

Corrivault
LES MANIFESTATIONS DE LA FORCE
Dans notre monde troublé qui prétend repousser les frontières de la vie et celles de l’univers, mais en érige de nouvelles pour s’isoler de ses voisins, recourir à la force semble encore l’ultime solution devant les conflits. Rien de nouveau sous le soleil, même pas le prestige personnel que certains en tirent depuis toujours.
Ce que raconte le plus récent essai de l’écrivain québécois Paul Ohl, dans Fortissimus, la planète des surhommes, une véritable expédition à travers quatre millénaires de l’histoire de l’humanité et la fascination qu’exercent les manifestations de force. S’il emprunte à l’auteur britannique Rudyard Kipling l’idée qu’il n’existe ni frontière ni race ou religion lorsque deux hommes forts s’affrontent Ohl constate qu’en fin de compte, la vie des surhommes peut rapidement passer « de la lumière à l’ombre ». De la gloire et des honneurs à la misère et l’oubli.
Je me souviens d’un jour du Souvenir où l’on avait organisé une séance familiale de cinéma maison avec le drame de guerre Joyeux Noël de Christian Carion. Après le visionnement, un de mes jeunes neveux avait posé une question surprenante : « Pourquoi, dans les guerres, on ne voit jamais les chefs en train de se battre ? Ils donnent l’ordre de lancer des bombes qui brisent les maisons et tuent des gens qui ne savent pas pourquoi, mais eux, ils restent dans leurs bureaux bien au chaud. »
Devant nos réponses plutôt embrouillées, il avait ajouté : « Si j’étais le grand chef des chefs, je renfermerais ceux qui veulent se chicaner dans une cabane, sans manger ni chauffage, et je les empêcherais de sortir tant qu’ils n’auraient pas réglé leurs problèmes. » Le Si de Kipling n’était pas loin
Le gamin d’hier est devenu un jeune homme plutôt « allumé » et curieux de tout. À la veille du premier anniversaire de l’invasion de l’Ukraine par l’armée de Poutine, je lui raconte l’anecdote de son enfance. Il ne s’en souvient pas, mais observe que pour changer, il faudrait inviter les enfants aux conférences de paix. Et surtout, écouter ce qu’ils disent.
« L’avenir leur appartient : ils ne peuvent pas faire pire que les actuelles délégations d’adultes empêtrés dans leurs opérations géopolitiques. Moi, face aux résultats de la dernière conférence sur les change-
ments climatiques, j’organiserais la prochaine dans un igloo du Pôle Nord, loin de tout confort. Ou dans une case sur un îlot aux rives rongées par la montée des eaux. Pas dans un palace fortifié sur un site touristique, loin du monde ordinaire ! »
Il a reçu le bouquin de Paul Ohl, mais il avoue n’être pas encore passé à travers ses 600 pages. Il en retient que depuis les origines du monde, les peuples sont fascinés par les manifestations de force et leur illusion de puissance. « Les livres pour enfants sont peuplés d’histoires de géants et de surhommes, tout comme nos jeux vidéo. Mais on n’y insiste jamais autant sur la beauté de l’exploit que sur la compétition, la victoire et le pouvoir. »
Oubliant qu’à 18 ans, en 2023, on a déjà beaucoup observé « le monde », j’ajoute qu’il ne faut pas confondre force et violence, mais il observe que la notion de propriété et le refus de partager gâchent tout. « On dresse des clôtures pour protéger son bout de jardin quand 90 millions de personnes dont le tiers a moins de 18 ans cherchent un coin de terre paisible. »
Avant qu’il n’arrive aux milliards consacrés aux aventures spatiales, j’ose évoquer une époque où la jeunesse de son âge rêvait de changer le monde et d’abolir les frontières : « Si tous les gars du monde voulaient se donner la main… » avec les Compagnons de la chanson d’après la guerre de 1939-1945 ; l’auteur du texte, Paul Fort, lui, avait rêvé avant celle de 1914-1918 : « Si toutes les filles du monde voulaient se donner la main… »
Mon jeune hausse les épaules en disant : « Ça n’a pas empêché les millions de morts, les désastres, la ruine, la douleur… » Et j’ajoute : les lendemains qui chantent… et le rêve Quand les hommes vivront d’amour de Raymond Lévesque.
MARTINE CORRIVAULT
1 Allusion à « Tu seras un homme, mon fils » du poème Si (If) le plus connu de Kipling.
GÉOGRAPHIE DES CONFLITS
« Le premier qui, ayant enclos un terrain, s’avisa de dire, ceci est à moi, et trouva des gens assez simples pour le croire, fut le vrai fondateur de la société civile. Que de crimes, de guerre, de meurtres, que de misères et d’horreurs n’eût point épargnés au genre humain celui qui, arrachant les pieux ou comblant le fossé, eût crié à ses semblables : Gardez-vous d’écouter cet imposteur ; vous êtes perdus, si vous oubliez que les fruits sont à tous, et que la terre n’est à personne. »
Discours sur l’origine et les fondements de l’inégalité parmi les Hommes
– Jean-Jacques ROUSSEAU, 1755
Dans son discours, Rousseau semble considérer la notion de territorialité, ou du moins le concept de possession de cet espace territorial, comme le fruit d’un processus acquis, presque apparu à un moment ponctuel, précis et identifiable sur la ligne du temps. Est-ce que je pense qu’elle est plutôt ancrée au plus profond de l’instinct archaïque de l’humain ? Je dirais : un mélange des deux. La territorialité, au sens de « désignation cadastrale ou géopolitique des espaces occupés », serait plutôt le fruit d’un amalgame entre ce besoin archaïque (issu du réflexe de protéger les ressources nécessaires à la survie) et l’acquisition de stratégies (cumulées à travers le temps) pour organiser la vie en communauté. Et ce serait, selon moi, la complexité des relations entre ces deux paramètres qui rend la territorialité vulnérable aux conflits. « La géographie sociale a proposé une approche pertinente pour l’étude des conflits en désignant le territoire comme un espace approprié par des groupes sociaux. De ce fait, le territoire n’est pas toujours matérialisé sur le terrain et peut faire l’objet de représentations éventuellement contradictoires par les différents groupes.1 »
Pour certains auteurs, le conflit est vu comme un processus social agissant dans la construction de l’espace politique, quasi inéluctable. « Les territoires, leurs frontières, leurs équilibres, hiérarchies et fonctionnement interne sont
en permanence remodelés par les conflits. En retour, les acteurs en conflit se trouvent légitimés, ou non, dans leurs revendications par la sauvegarde ou le renversement des configurations territoriales.2 »
Plusieurs causes sont à l’origine des conflits. Il y a des causes primaires, plus objectives, et les causes secondaires, plus subjectives. Les causes secondaires serviront habituellement à attiser le conflit issu d’une cause primaire. Le conflit, avant de mener à l’affrontement militaire direct, peut prendre plusieurs formes. En fait, la nature du conflit a beaucoup évolué dans le temps. On parle désormais de guerre de quatrième génération3. Le conflit peut impliquer un état contre un autre, un état contre un groupe, un club (p. ex., l’OTAN) contre un état, un club contre un groupe (p. ex, l’OTAN contre Al-Qaïda), etc. Les valeurs identitaires sont rarement une cause primaire de conflit, mais elles serviront à attiser la solidarité derrière la cause primaire. Les leaders se servent de ces valeurs identitaires pour rallier le groupe derrière eux. Ils s’assurent la légitimité nécessaire pour déclencher le conflit en plus d’assurer le capital financier (pour justifier la dépense militaire) et humain pour mener à bien la guerre (soldats, techniciens et professionnels directement sur le terrain, puis ouvriers, techniciens et professionnels) pour assurer le
1 CATTARUZZA, Amaël et SINTÈS, Pierre, Géopolitique des conflits, Éd. Bréal, France, p.33
2 Ibid. p.32
3 Ibid. p.60
4 Ibid. p.45
flux de ressources vers le théâtre d’opérations.
Lorsqu’un conflit prend pour élément le discours géographique, le territoire et sa définition, cela implique un accord entre parties. Si une frontière est souvent définie par une caractéristique géographique (p. ex., fleuve, lac, montagne, etc.), elle peut dans ce cas être étendue arbitrairement par traité.
Les frontières, en terme géopolitique, ne sont pas figées et leur définition est chargée d’histoire et de passions, et souvent tachée de sang.
SIMON VERMETTE
Les causes des conflits 4
Sept causes primaires
1-Technique (désaccord sur les tâches et processus)
2-Économique
3-Rapport de force (concurrence, jeux de pouvoir, volonté de puissance)
4-Règles (Interprétation différente)
5-Informations (Incomplètes/fausses, rétention, secrets)
6-Témoins et opinions publiques (accélère ou inhibe le conflit)
7-Communication défectueuse
Sept causes secondaires
1-Les croyances
2-Les valeurs
3-Les pratiques culturelles
4-Conflits intérieurs (dilemme/mal-être individuel qui rejaillit dans la sphère collective)
5-Conflit ancien (non digéré)
6-Interprétation erronée d’une situation (surinterprétation des mots/actes, mauvaise foi)
7-Confrontation entre les groupes (loyautés individuelles et collectives)
Que sont devenus nos journalistes ?
Traverser ses propres frontières
Le terme frontière fait référence à une limite ou à une sé paration. Le plus souvent, cette séparation fait référence à un territoire ou un État. Au plan individuel, je crois qu’elle s’apparente davantage aux choses qu’on est prêts à faire ou non. Aux voyages qu’on sera en mesure, capable… game d’entreprendre.
J’ai décidé de devenir journaliste parce que je voulais de venir Tintin. (Riez. C’est correct. J’avais 7 ans.) Il m’est revenu récemment dans mes réseaux sociaux le souvenir d’un article que j’ai écrit pour La Quête à une époque qui me semble maintenant lointaine : une entrevue avec un Tintinologue (tout est dans tout qu’on dit parfois). C’était les tout débuts.

Ma carrière de journaliste est jeune d’à peine dix ans. On me dit souvent que je n’ai pas choisi le chemin le plus facile. Depuis La Quête, j’ai été pigiste, recherchiste, barman, serveur, journaliste aux sports, rédacteur et lecteur de nouvelles à la radio, installateur de kiosque dans une épicerie, vendeur de yogourt, planteur d’arbres. Entre autres.
Tout ça pour exprimer un cliché : le chemin n’est pas droit, est rempli d’obstacles… et de frontières. Les échecs sont là pour nous faire apprécier les réussites. En 2016, après avoir perdu mon emploi dans un hebdo francophone de Winnipeg, j’ai décidé d’entreprendre le voyage qui me placerait « sur la map » journalistique.
Par un beau mois d’août, avec mon amie Isabelle, nous sommes partis à vélo sur la côte est américaine. Pendant trois mois, nous avons sillonné les routes des États-Unis.
C’était pendant une certaine campagne présidentielle. On a inventé un terme pour nous décrire : cyclojournalistes.
On a traversé des milliers de kilomètres. Les gens que nous avons rencontrés, de tous les horizons politiques et sociaux, se sont retrouvés au cœur des histoires que nous avons racontées. Encore aujourd’hui, les textes produits dans de cadre de Chroniques d’une présidentielle à vélo sont parmi ceux dont je suis le plus fier.
À notre retour, j’ai traversé une nouvelle frontière. J’ai commencé ma carrière radio-canadienne à Moncton, au Nouveau-Brunswick. J’y suis devenu le journaliste que je
suis aujourd’hui. Un peu formaté par une « grosse machine » certes, mais plus à mon affaire, plus rigoureux et surtout plus sage.
Et puis finalement, depuis un peu moins de deux ans, je dis de plus en plus souvent : « Ici Mathieu Massé, Radio-Canada, Montréal. »
La fierté d’être chez moi et de raconter les nouvelles aux miens est incalculable. Il reste davantage de chemin devant, mais celui parcouru depuis mon passage à La Quête me rend fier .
MATHIEU MASSÉ
Mathieu Massé
UN COLLECTIF NOMMÉ BIENVENUE
Le Collectif Bienvenue à Montréal demande de l’aide, car les besoins sont en hausse. Le nombre de demandeurs d’asile qui entrent au Québec par le chemin Roxham est plus élevé que jamais. Visite de l’entrepôt du collectif qui ouvre très grandes ses frontières.
En ce lundi midi, l’entrepôt du Collectif Bienvenue à Montréal est bien silencieux. La lumière froide du début d’hiver traverse les étalages où des montagnes de poussettes côtoient les empilades de sièges d’auto pour bébé. Quelques bénévoles vaquent à leurs tâches. Ils inscrivent le nom d’une famille sur une table ou une pile de chaises. Tous les meubles qui emplissent les lieux iront bientôt mettre de la vie dans les appartements de nouveaux arrivants, des migrants qui arrivent de l’Amérique du Sud et Centrale pour la plupart.
Le Collectif Bienvenue, fondé en 2017, accueille les dons de meubles et de vêtements pour aider les familles qui arrivent le plus souvent avec presque rien. Flavia Leiva est coordonnatrice des bénévoles et s’occupe aussi de l’engagement social. Elle illustre à quel point les migrants sont démunis à leur arrivée au pays. « Quand ils sortent des refuges ou des hôtels du fédéral, ils ont des appartements vides. Et quand je dis vide, il n’y a pas un matelas, pas d’oreiller, même pas une cuillère pour manger. »
Remplir ces appartements, leur donner une âme, c’est ce que le collectif se charge de faire. Depuis cinq ans, il est venu en aide à plus de 8000 demandeurs d’asile, dont 4500 enfants.
Elle m’indique que, même si l’entrepôt semble bien rempli, ce n’est pas exactement le cas. « Si on regarde un peu partout, presque
tous les meubles ici ont déjà des noms. » Cela signifie qu’ils ont déjà été attribués à une famille.
« Dès qu’il y a un nom, pour nous, c’est comme s’ils étaient déjà partis », explique-t-elle.
En effet, à y regarder de plus près, on réalise que la majorité des meubles dans l’entrepôt ont déjà trouvé preneurs. Mais les familles, elles, continuent à affluer et les besoins sont toujours plus grands. La livraison des meubles se fait deux fois par semaine. Les livreurs doivent souvent travailler dans des conditions difficiles.
« Quatre étages à grimper sans ascenseur avec des meubles lourds. Ils travaillent très fort », assure Flavia. Mais la réaction des familles à la livraison rend le travail un peu plus léger. « Les familles sont comme des enfants le jour de Noël. C’est extrêmement gratifiant et c’est surtout ça qui motive les livreurs à continuer ».
l’année n’est pas finie [au moment d’écrire ces lignes] que ce compte est déjà doublé, selon Immigration et Citoyenneté Canada. Pour répondre à la demande incessante, des choix difficiles doivent être faits.
Avec peu ou pas du tout de financement gouvernemental, le Collectif demande de l’aide année après année. Le jour même de ma visite à l’entrepôt, il lançait sa campagne de financement annuelle. Il vise de récolter 100 000 $ cette année.
PLUS QUE DES MEUBLES
« Plusieurs viennent ici presque tous les jours. C’est un peu comme leur deuxième maison. Ils viennent chercher de l’information, mais surtout, de l’écoute. »
IMPOSSIBLE D’AIDER TOUT LE MONDE
Mais si le bonheur que peut amener le Collectif Bienvenue est grand et parfois simple, tous ne peuvent pas en bénéficier. À peine quelques minutes avant mon arrivée, Flavia me dit qu’elle a dû renvoyer un homme chez lui, bredouille. « C’est très difficile de leur dire non, mais on n’a pas les moyens d’aider tout le monde malheureusement. Nous, on aide majoritairement les familles nombreuses. Quand on a trois ou quatre hommes seuls, même s’ils sont en difficulté, ils ne répondent pas à nos critères. »
Au moment où le collectif a été créé, le nombre de migrants qui entraient au Québec était d’environ 20 000 par année. En 2022,
Au-delà de simplement fournir des meubles, le travail de l’organisme en est aussi un soutien psychosocial. Beaucoup de migrants qui ont bénéficié des services du Collectif viennent donner du temps bénévolement. Pour certains, c’est une manière de redonner, pour d’autres, une façon de passer le temps en attendant de recevoir leur visa de travail. « Plusieurs viennent ici presque tous les jours. C’est un peu comme leur deuxième maison. Ils viennent chercher de l’information, mais surtout, de l’écoute. »
Flavia en a entendu des histoires. La violence, les agressions sur le long chemin pour venir jusqu’au Canada. La fuite des cartels de drogues. « Certaines histoires sont plus difficiles à entendre que d’autres et il faut simplement penser : “si c’était mon frère ou ma sœur, qu’est-ce que je ferais pour eux ? C’est tout”. »
MATHIEU MASSÉ
AUX FRONTIÈRES DU (TROP) RÉEL

Madagascar. On associe facilement ce pays à une bande d’animaux farfelus évadés du zoo du Bronx qui débarquent sur cette immense île africaine en quête de leur côté sauvage. Mais au-delà d’un film d’animation, qui débarque vraiment sur cette immense île africaine en quête de son côté sauvage ? Moi.
J’aurais pu faire comme la plupart des Québécois, et fuir la grisaille de novembre en me rendant près de chez moi, au Mexique, à Cuba,
ou en République dominicaine. Non : j’ai préféré vivre le dépaysement au maximum. Au total, huit vols, deux autobus et plusieurs taxis ont été nécessaires pour faire l’aller-retour entre Québec et Fort-Dauphin, une ville de 80 000 habitants au sud de Madagascar. Presque 30 000 kilomètres parcourus, en un peu plus d’une quarantaine d’heures passées seule sur les sièges d’Air France, Air Mauritius et Tsaradia Airlines. De longues escales à Paris,

l’Île-de-la-Réunion, l’Île Maurice et Antananarivo ont testé mes limites en termes d’heures, voire de jours, sans trop dormir.
Tout ce chemin pour aller retrouver mon amie d’enfance, Andrée-Ann, qui habite Mada (pour les intimes) depuis deux ans, avec son mari et ses deux filles. Martin travaille à la grande mine de titane de Fort-Dauphin, exploitée par la multinationale Rio Tinto. Ce métal, qu’on utilise à peu près partout dans notre vie quotidienne, n’est puisé qu’à deux endroits dans le monde : Madagascar et Havre-Saint-Pierre, sur la Côte-Nord, au Québec (d’où je suis originaire). Beaucoup de Québécois sont donc installés dans le petit patelin d’expatriés où j’ai passé mes vacances.
C’est aussi ici qu’entre vraiment en jeu le thème de ce mois-ci, et la raison pour laquelle je raconte mon périple. En planifiant le voyage avec Andrée-Ann, j’étais parfaitement consciente que j’allais traverser de nombreuses frontières physiques durant ces 20 jours, avec tout le branle-bas logistique qui vient avec. Mais jamais je n’aurais pensé franchir, voire dépasser toutes mes frontières émotionnelles, sociales,
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: Isabelle Noël
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psychologiques et sensorielles. Et je ne parle pas seulement de la beauté époustouflante des endroits explorés durant mon périple.
Selon le département de recherche Statista, dans un classement publié en août 2022, Madagascar occupe la 5e place au triste palmarès des pays les plus pauvres du monde. Le top 20 est pratiquement entièrement occupé par des pays du continent africain. Bien sûr, on entend ce genre de statistique tous les ans, et de loin, il est difficile de s’imaginer ce que ça représente sur le terrain.
Ce qui peut expliquer mon choc lorsque j’ai traversé Antananarivo, la capitale malgache, pour me rendre à l’hôtel. Depuis le bus-taxi, j’ai vu ce que je ne peux qu’appeler la Pauvreté avec un grand « P ». Du monde, trop de monde, entassé dans des dépotoirs, ou des abris de fortune qui semblent sur le point de s’écrouler. Des enfants assis dans de vieux pneus, le ventre gonflé par la malnutrition, qui mangent un peu de boue pour se soulager. C’est ce qu’Andrée-Ann m’a expliqué, que la faim fait moins mal quand on a quelque chose dans le ventre, peu
importe ce que c’est. « Bienvenue dans le tiers-monde », m’a-t-elle simplement dit, voyant mon visage probablement défait.
J’ai vu des enfants d’âge préscolaire passer leurs journées à casser de la pierre. Des gens qui parcourent des quarantaines de kilomètres à pied, ou à la course, pour vendre leurs prises du jour, question de ramener un peu d’Ariarys à la maison. D’autres fondent du goudron pour en faire un stationnement d’édifice gouvernemental, à quarante degrés, sans eau potable pour se désaltérer, six jours par semaine. Le septième, on va à l’église, et ça recommence.
En écrivant ces lignes, j’ai presque l’impression d’exagérer. Pourtant, j’y étais, impossible d’oublier ce que j’ai vu, et je ne raconte pas tout. Des enfants, visiblement malades, qui mendient près d’une école française, où les élèves plus nantis s’amusent, sans vraiment réaliser que le mur de béton qui les sépare de la rue est bien plus grand que ses sept pieds visibles à l’œil nu.
Je sais aussi que ces images sont fortes, rappelant les documentaires commandités par Vision
Mondiale ou l’UNICEF diffusés jadis à la télé. Mon objectif n’est absolument pas d’exploiter la dignité des gens que j’y ai croisés. Bien au contraire. Mais il est quand même crucial de réaliser que notre réalité est aux antipodes de milliards d’autres êtres humains sur la planète, qui sont carrément en mode survie 24/7.
Pourtant, ces humains que j’ai croisés ont les plus beaux sourires que j’ai vus de ma vie. « Salama ! » est lancé d’emblée joyeusement lorsqu’on se croise dans la rue, sur la plage, ou au marché. L’esprit de communauté dont j’ai été témoin est aussi très loin de ce à quoi je suis habituée.
Il ne sert à rien ici de faire le procès de la distribution des richesses mondiales, ou de l’état actuel de la planète. Mais on ne peut ignorer leurs conséquences. Peut-être que pour vraiment briser les frontières physiques, il faut être prêt à briser celles qui résident à l’intérieur de nous, pour se permettre de voir le beau, le laid, le réel, même si c’est inconfortable .
ISABELLE NOËL

Crédit photo : Isabelle Noël
LE SENTIMENT D’INJUSTICE UNE FRONTIÈRE AU VIVRE-ENSEMBLE !
D’aucuns sont nés privilégiés. Par contre, d’autres, comme ceux et celles qui aspirent au rêve canadien, doivent déposer des dossiers en espérant être sélectionnés. Dans notre écosystème actuel, une partie de la population se sent toujours pénalisée et quasiment exclue, ne jouissant pas totalement des droits et privilèges qu’offre la société canadienne — québécoise. Pourtant, elle n’a généralement qu’un objectif : cohabiter harmonieusement. Seulement, le traitement différentiel, les obstacles systémiques et l’hypocrisie associée aux défis d’intégration viennent brouiller toutes les cartes, engendrant un fort sentiment d’injustice.
Le monde évolue et les gens se déplacent régulièrement pour diverses raisons (travail, familles, tourisme, etc.). Le Canada est un pays pionnier en matière de politique sur le multiculturalisme. C’est d’ailleurs, une aubaine de pouvoir vivre avec plusieurs autres personnes provenant de cultures plurielles, dans un pays de droits et libertés. C’est comme le stipulait Felwine Sarr : « habiter les cultures du monde comme on se promène dans une garde-robe de différents vêtements pour toutes les saisons ». Ce pluralisme voulu par notre société est malheureusement perçu et bien à tort, par certains, comme, un fardeau ou une injustice. À l’origine, deux phénomènes : la discrimination ressentie face aux services d’immigration lors de la sélection, et la stigmatisation associée aux traitements différentiels subie au sein de la société d’accueil.
UNE SÉLECTION DISCRIMINATOIRE
Tout d’abord, la discrimination ressentie auprès des services du-
rant les procédures de sélection et d’obtention des titres de séjour. S’il est vrai que le Canada a reconnu du racisme dans ses rangs et promet d’y apporter des changements, une préoccupation demeure : comment comprendre l’inadéquation entre les efforts déployés par les différents gouvernements pour encourager des étudiants et étudiantes ayant gradué.es ou en voie de l’être à rester, et les refus trop souvent absurdes et tendancieux comme la crainte que l’étudiant ou l’étudiante ne retourne pas dans son pays d’origine après ses études ? Pour preuve, un taux de refus allant jusqu’à 80 %, observé pour les demandes de permis d’études venant d’Afrique selon Christian Blanchette, recteur de l’Université du Québec à Trois-Rivières1. Autant mieux le dire tout de suite, il s’agit clairement d’une ouverture orientée, d’une sélection à géométrie variable puisque le lieu de naissance, le fruit du hasard, serait non seulement un frein, mais le véritable motif de refus selon des observateurs avertis. Caroline Turcotte-Brulé, avocate en droit de l’immigration, pense qu’il y a un problème de racisme systémique depuis trop longtemps2. L’existence d’un racisme structurel qui a fait son nid et expliquerait pourquoi les dossiers venant de France, d’Allemagne ou du Royaume-Uni obtiennent un très faible taux de refus (10 %), contrairement à ceux provenant des pays d’Afrique, avec un taux largement supérieur et avoisinant (80 %), créant ainsi de l’incompréhension et de l’injustice. Un arbitraire qui traduit une volonté manifeste d’accueillir certains et pas d’autres. Notons qu’une sélection plus équitable à l’entrée serait un des gages d’un vivre-ensemble cohérent et équilibré. Il faut par conséquent l’évo-
quer, la différenciation vécue lors des processus de sélection est un handicap majeur à l’intégration et au développement d’un sentiment d’appartenance. Elle fait croire à une partie de la population qu’elle ne serait pas nécessairement la bienvenue.
LE PERMIS DE TRAVAIL FERMÉ
En second lieu, la précarité liée à certains titres de séjour : cas du permis de travail fermé. La discrimination à l’entrée concerne aussi ce type de séjour. Il est trop souvent source de précarité et d’exclusion. Les détenteurs et les détentrices du permis de travail fermé l’ignorent peut-être, mais le calvaire n’est pas encore terminé. Ce document donne trop de pouvoir à l’employeur et moins de marge de manœuvre à l’employé. Il exige que l’employé occupe un seul poste et ne puisse postuler ailleurs sans modifier les conditions de son permis. Autrement dit, la vie professionnelle du travailleur vulnérable, parce qu’étranger est mise entre les mains d’une seule personne qui doit juger ses performances et mentionner son niveau de satisfaction, afin qu’il puisse renouveler ses documents de séjour. Ça ouvre clairement la porte à toutes sortes d’abus. On le sait, les immigrants ne sont généralement pas au courant de leurs droits. Les recruteurs en profitent pour mettre l’intérêt personnel au-dessus de l’humain. Certains n’hésitent pas à exposer les employés à la précarité et à la vulnérabilité. En décembre 2021, un groupe de travailleurs guatémaltèques3 exposait des conditions d’hébergement déplorables que leur réservait leur employeur. Des horaires de travail inacceptables régulièrement dénoncés par le directeur du Réseau d’aide aux travailleuses et travail-
1 Venir étudier au Canada, un parcours du combattant pour les étudiants africains », consulté le 19 décembre 2022, https://information.tv5monde.com/ afrique/venir-etudier-au-canada-un-parcours-du-combattant-pour-les-etudiants-africains-478793.
2 Ibidem
3 www.ledevoir.com/opinion/editoriaux/652548/travailleurs-etrangers-des-abus-et-un-systeme.

leurs migrants agricoles du Québec (RATTMAQ). Des travailleurs qui n’ont pas de jours de repos, travaillant sept jours sur sept et subissant du harcèlement psychologique. De surcroît, un des employeurs aurait poussé le bouchon un peu loin, se permettant de frapper un employé, comme-ci l’esclavage se prolongeait, mais sous une autre forme. Comment peut-on parler du vivre ensemble dans un contexte où la vie du travailleur étranger ne se résume qu’à un rapport employé employeur avec une négation des droits et libertés fondamentales ? Et pourtant, ce sont des êtres de chair et de sang qui dépensent de l’énergie pour rendre la vie plus agréable en fournissant des services essentiels.
Pour conclure, qu’en est-il des immigrants et immigrantes victimes du regard accusateur ? Plusieurs interactions sociales sont pointées du doigt et attirent l’attention. Dans le système de justice actuel, on observe une plus grande sévérité des condamnations à l’égard des individus issus des communautés noires, racialisées et autochtones4 et5. Ce qui peut expliquer la surreprésentation carcérale dont ils font l’objet. Que dire des relations
hostiles entre ces populations et la police : la détérioration du lien de confiance s’observe quotidiennement. Jetons un coup d’œil à la direction de la protection de la jeunesse. Là aussi, il y a quelque chose de pernicieux et de difficilement explicable concernant une partie de la population. En effet, l’importance quantitative d’un groupe est supérieure à la moyenne.6
Face au double défi de la sélection et de l’intégration, d’aucuns remettent en question leur place dans la société canadienne-québécoise. D’autres regrettent bien vite le déracinement volontaire ou l’immigration souvent forcée (réfugiés), mais déjà consentie. Ils se questionnent : font-ils partie du vivre-ensemble ? Ils sont découragés, mais observent et attendent la réaction des amis et amies, des alliés et allées, de l’État, des acteurs sociaux, etc. La frustration et le doute s’installent et ils sont en accord avec Desmond Tutu pour qui « rester neutre face à l’injustice, c’est choisir le camp de l’oppresseur ».
ENSEMBLE, CONSTRUISONS
UNE SOCIÉTÉ PLUS JUSTE !
Oui, il faut dénoncer les deux poids, deux mesures, la justice à géométrie variable en recherchant des conditions favorables à une saine cohabitation, sans rancune ni sentiment de revanche. S’ouvrir à l’autre, accepter les transformations multiethniques et ne plus présenter nos concitoyens et concitoyennes comme étant d’une culture étrangère, mais plutôt comme des acteurs et des
actrices de cette diversité qui fait la richesse de notre société. Arrêter de présenter l’immigration comme la source de tous les maux, en soulignant la contribution des immigrants et immigrantes et de leurs descendants au rayonnement de la société d’accueil. Le vivre-ensemble doit être un comportement, une attitude et non un slogan qui pourrait nous amener à tolérer discrètement les injustices, la discrimination et le racisme. Il faut être à l’écoute, être sensible, curieux en s’intéressant aux droits de nos voisins et voisines. L’empathie devrait être notre guide et notre boussole. Reconstruire des liens entre ceux et celles qui s’étaient déchirés via une justice réparatrice. Ne pas lésiner sur les moyens pour combattre toutes les formes d’injustices sans exception. Faire confiance et accorder plus de considération aux organismes issus du milieu communautaire, par et pour les personnes, qui favorisent les transformations sociales et travaillent pour le bien commun. La répartition de la richesse et du travail doit être à nouveau évaluée et repensée, car vivre ensemble, c’est aussi travailler ensemble, en profitant proportionnellement des fruits de la croissance.
En somme, en combattant les injustices systémiques au côté des victimes, en recherchant régulièrement l’égalité des droits, les alliés préparent le terrain pour une véritable solidarité humaine. Par leurs actions, ils ouvrent les frontières, détruisent les barrières en encourageant ceux et celles qui arrivent, à prendre leur place, tout en adhérant à de nouveaux modes de pensées .
Collectif de lutte et d’action contre le racisme
4 ici.radio-canada.ca/nouvelle/1929504/enqueteur-correctionnel-prisonnier-noir-racisme-systemique-surrepresentation.
5 www.springerprofessional.de/black-male-disproportionality-in-the-criminal-justice-systems-of/6033694?redirect=1
6 www.ledevoir.com/societe/570630/une-loi-d-instrumentalisation-raciste-affirme-regine-laurent
ROSINE TOGUEM
Rosine Togue du Collectif de lutte et d’action contre le racisme
Courtoisie
Rosine
Toguem
ROUTE DIFFICILE VERS L’EMPLOI
Les personnes avec une déficience intellectuelle ou un trouble du spectre de l’autisme (DI-TSA) sont sous-représentées sur le marché du travail.
Selon l’Enquête canadienne sur l’incapacité datant de 2017, le taux d’emploi de la population adulte sans incapacité était de 75 %, alors que le taux pour les personnes avec une incapacité de type développemental, qui inclut les personnes autistes, trisomiques, syndrome d’Asperger, n’était que de 21 %. La société estelle remplie de barrières entre eux et un emploi ?
« Ce taux n’est pas surprenant, mais décevant […] sachant qu’il ne manque pas de gens motivés au sein de cette population qui demande seulement d’avoir une chance de travail », insiste Emmanuel Rodrigue, directeur de l’Inclusion, une entreprise qui offre une expérience de travail aux personnes avec une DI-TSA. Il explique que les personnes avec une DI-TSA plus sévère ne travaillent pas pour un salaire, mais « pour se réaliser elles-mêmes, pour avoir un sentiment de participer à la société ». Une société où le besoin en main-d’œuvre est criant. Au deuxième trimestre de 2022, 252 000 postes étaient vacants au Québec, selon Statistique Canada.
DES EMBÛCHES UN PEU PARTOUT
Une personne avec une DI-TSA qui reçoit tous les services auxquels elle a droit pendant son parcours scolaire atteindra son plein potentiel. Cependant, la réalité est tout autre. « Beaucoup de parcours scolaires sont interrompus ou déviés parce que le soutien dont avaient besoin ces personnes n’a pas été fourni », constate Valérie Martin, professeure à l’École des sciences de la gestion de l’UQAM. Il existe également des classes spécialisées pour les personnes qui ont besoin
de plus de soutien. Ces classes débouchent vers une carrière professionnelle. Il reste néanmoins que l’efficacité de ces formations spécialisées peut être remise en doute. « Jusqu’à quel point aident-elles réellement à entrer sur le marché du travail ? Il y a des interrogations à se poser », souligne-t-elle.
Dans son parcours scolaire et dans les autres sphères de leur vie, les enfants avec une DI-TSA sont plus susceptibles de vivre de l’intimidation et des refus. Cet environnement négatif contribue à alimenter une crainte qui se répercute notamment sur le marché de l’emploi. « Ils sont craintifs d’essayer quelque chose de nouveau, craintifs de faire une entrevue, craintifs de commencer un nouvel emploi », souligne Mme Martin.
Les entreprises réticentes à engager une personne de cette population se soucient souvent de ladite personne, fait valoir M. Rodrigue. Des enjeux sur sa sécurité, sur son intégration, mais également sur son rendement sont les principales préoccupations des employeurs. M. Rodrigue constate une meilleure acceptabilité des entreprises vis-àvis des employés avec une DI-TSA ces dernières années. Néanmoins, il reste beaucoup à faire pour enlever les limites entre eux et l’emploi, conclut-il.
Plusieurs personnes autistes décident de masquer leur diagnostic par peur des réactions d’un employeur. Un comportement à double tranchant puisqu’il « évite les réactions néfastes de l’employeur, mais épuise l’individu à force de camoufler et de contrôler ses comportements pouvant aller jusqu’au burn-out », déplore Mme Martin. Elle ajoute que certains employeurs basent encore leurs décisions d’embauches sur des stéréotypes entourant les personnes avec une DI-TSA.
La famille et les proches d’une personne avec un DI-TSA peuvent donner un excellent coup de pouce en offrant des encouragements notamment, mais peuvent également créer une barrière. Au premier abord, Emmanuel Rodrigue constate que les parents craignent pour la sécurité, l’intégration et la nuisance plausible à l’aide sociale de leur enfant. Ces craintes se dissipent rapidement lorsque leur enfant revient d’une journée de travail avec le sourire aux lèvres.
UN BÉNÉFICE IMMENSE
L’Inclusion a vu plusieurs de ses employés aller dans la cour des grands, celle des entreprises. Chaque fois qu’un employé avec une DI-TSA entre, les entreprises veulent le garder à tout prix, témoigne M. Rodrigue. « Après une semaine, les employeurs se rendent compte qu’il est tout aussi productif que les employés réguliers et ils ne veulent plus se passer de leur employé qui amène une nouvelle dynamique. » Cette inclusion en société permet de rendre heureuse une partie de la population qui a souvent été mise de côté .
PIER-OLIVIER NADEAU
Crédit photo : L’Inclusion

Claudia Dupuis est une travailleuse des plateaux de travail de l’Inclusion depuis plus d’un an
FRONTIÈRE
Le mot s’emploie dans la langue française en l’an1213, et à cette époque il signifiait un front d’armée. Mais c’est seulement au XVIe siècle que la signification que nous connaissons aujourd’hui se traduit par la délimitation d’un territoire. Ce dernier est déterminé par des points d’ancrage terrestres ou maritimes, des clôtures, des barrières, des éléments naturels (caps rocheux, cours d’eau, montagnes, etc.), des bornes, ou lisières qui séparent et déterminent deux états, précisant ainsi la limite d’un territoire, tout en en déterminant également l’étendue.
COMME IL ÉTAIT AU COMMENCEMENT
Depuis le début de l’humanité, l’homme et bien entendu la femme ont toujours voulu marquer leur territoire sur notre bonne vieille terre. À mesure que les nations augmentaient des groupes qui partageaient des emplacements ont délimités leurs territoires. Tout d’abord par des bourgades, puis des alliances entre les bourgades ont données des régions, ces régions se sont transformées, donnant ainsi naissance à des provinces, des états et enfin à des pays.
PROTECTION
Pour protéger ces espaces parfois très grands, le seul moyen était de placer ce qu’on appelle des frontières pour se protéger des envahisseurs potentiels. Cependant, pour ne pas être en désaccord avec les voisins et favoriser les échanges et le commerce, ils ont installé à certains endroits stratégiques des postes frontaliers, ces derniers sont surveillés par des gardes-frontières, des policiers, pour ne pas faire passer l’ennemi dans le pays.
OH ! CANADA
Pour ce qui est de notre cher pays le « Canada », nous avons des frontières superbes, ça fonctionne à merveille. Comme on semble vouloir augmenter la population sur notre territoire, les sans papier, ou ayant autres difficultés n’ont pas à s’en faire, car en plus de la frontière nous avons la passoire ou les exigences sont beaucoup moins compliquées. Ce système exceptionnel permet plus facilement à coup sûr d’augmenter la population. Enfin ! ! !
FRONTIÈRES EXTRÊMES
Il y a deux frontières auxquelles on n’exige pas de passeport, car se sont des frontières obligées, ces frontières se passent habituellement très rapidement, car ce sont des frontières extrêmes, le voyage qui s’ensuit est à longueur variable, très court et parfois très long, le parcourt est différent pour chacun, mais il apporte à qui veut bien s’y arrêter de temps en temps des expériences assez extraordinaires. La distance entre ces
deux frontières est variable, mais les deux se traversent très rapidement. Ces frontières sont très anciennes, elles datent, je ne veux pas me tromper, mais je dirais depuis le début de l’humanité. Le poète à mon sens qui a le mieux exprimé la description de ces deux frontières est Victor Hugo, c’est d’ailleurs un de ses poèmes le plus court, quatre lignes, mais qui résume le tout sur ces fameuses frontières extrêmes.
« On sort, on crie, C’est la vie.
On crie, on sort, C’est la mort. » (V.H.)

Courtoisie:Philippe Bouchard
Avec tout le respect que j’ai pour les « Frontières »
PHILIPPE BOUCHARD
L’ESPOIR AU CUBE
HRONIQUE
S’AFFRANCHIR DES CONFLITS PERSONNELS
«Le conflit est le premier pas vers la lumière. Le fuir nous condamne à sa répétition ; y faire face pour l’assumer nous conduit à l’harmonie.»
En discutant avec un ami un soir, je constate qu’il se met en colère en essayant de décrire une situation personnelle qu’il juge insoluble. Plus on parle, plus son ton monte. Au début, je me dis qu’il est dans l’émotion et que ça lui fait du bien d’en parler puis je réalise, tout à coup, que ce n’est pas ça : la réalité c’est qu’il est en colère contre lui-même de ne pas avoir su mettre ses limites pour faire face à ce conflit.
Nous aurions pu échanger toute la soirée sur l’attitude et les comportements de l’autre personne qui alimentaient ce conflit, mais cela n’aurait rien réglé. En fait, mon ami avait besoin de comprendre que toute cette colère était dirigée contre lui-même. Il se jugeait sévèrement et se considérait incapable, minable, parce que, pendant plusieurs années, il s’était laissé manger la laine sur le dos par peur d’être rejeté ou pire encore, d’être jugé comme un être qui ne mérite pas l’amour des autres.
C’est curieux jusqu’où l’on peut aller pour éviter un conflit. Nous souhaitons tous être aimés, que ce soit par notre mère, notre père, nos amis, notre patron, etc. Et pour y parvenir, nous adoptons parfois des comportements étrangers à notre personnalité, à notre essence. Comment pouvons-nous arriver à définir nos limites et à tracer clairement nos frontières personnelles sans être rejeté par l’autre ?
Tout est question de sécurité personnelle, me direz-vous. Et vous avez raison, mais pour aller un peu plus loin, j’ajouterais que nous ne sommes pas tous à armes égales. La vie ne répartit pas les capacités de façon équitable : certains doivent utiliser des stratégies risquées pour accéder à ce qu’ils croient mériter dans la vie. Les uns naissent avec une cuillère dorée dans la bouche, les autres sont élevés dans la ouate, pendant que certains doivent bûcher, tous les jours pour s’en sortir. Peu importe ! Rien ne garantit une vie sans conflits intérieurs d’où la nécessité de tracer une frontière face à l’autre qui envahit notre territoire. Qui que nous soyons, il nous faudra un jour définir ce que nous appelons nos limites, nos frontières, afin de créer et maintenir des relations significatives durables avec les autres.

~ Benoît Rancourt
Illustration: Vigno
Un vieux proverbe dit : « Connais-toi toi-même ». À mon avis, c’est le point de départ qui permet d’établir la base de nos frontières avec les autres. Je dois savoir qui je suis, ce dont j’ai besoin pour être bien, pour être heureux, pour aimer et être aimé. Ensuite, je serai en mesure d’identifier ce qui ne correspond pas à ce que je souhaite vivre et d’être attentif aux signaux d’alarme qui se dressent sur mon cheminement afin de ne pas laisser l’autre empiéter sur mon territoire sans mon autorisation. Je n’aurai pas à subir l’autre si je suis capable de lui dire non sans me sentir coupable ou sans avoir peur de perdre son amitié ou son amour. Je serai alors en mesure de faire des compromis acceptables et équitables pour maintenir des relations saines avec les autres. Je considère primordial d’être capable d’avoir une relation saine avec soi-même avant d’essayer d’en développer une avec les autres. Ce que je veux dire est simple, je ne parle pas d’avoir un ego plus grand que soi, mais d’être capable de reconnaître notre propre valeur pour ensuite être capable de reconnaître celle des autres. Je parle ici de ne plus avoir peur de perdre, mais de s’autoriser à définir clairement notre limite tout en maintenant une relation saine avec les gens qui ont de l’importance à nos yeux.
Gardons espoir que mieux nous arriverons à définir nos frontières personnelles, mieux nous arriverons à respecter celles des autres afin d’aimer et d’être aimé en harmonie, à notre goût.
Simplement,
MARC ÉMILE VIGNEAULT
LA QUÊTE DES MOTS
LA QUÊTE DES MOTS
par Jacques Carl Morin
PAR JACQUES CARL MORIN CE JEU CONSISTE À REMPLIR LES RANGÉES HORIZONTALES AINSI QUE LES COLONNES 1 ET 20 À L’AIDE DES DÉFINITIONS, INDICES OU LETTRES MÉLANGÉES OU DÉJÀ INSCRITES. CHAQUE CASE GRISE REPRÉSENTE UNE LETTRE QUI EST À LA FOIS LA DERNIÈRE LETTRE D’UN MOT ET LA PREMIÈRE LETTRE DU SUIVANT…
Ce jeu consiste à remplir les rangées horizontales ainsi que les colonnes 1 et 20 à l’aide des définitions, indices ou lettres mélangées ou déjà inscrites. Chaque case grise représente une lettre qui est à la fois la dernière lettre d’un mot et la première lettre du suivant.
:
Verticalement :
1- Marche en dormant.
1- Marche en dormant.
20- Amateur de bonne chère.
20- Amateur de bonne chère.
Horizontalement :
Horizontalement :
1- Chaussures usées. Compositions musicales. Signature, marque.
1- Chaussures usées. Compositions musicales. Signature, marque.
2- Bien rangés. Vœu, désir. Plaine des pays froids (ARTUDON).
7- Fragments. Science qui étudie la civilisation chinoise (GLONIESOI). Bonne humeur communicative, vivacité.
2- Bien rangés. Vœu, désir. Plaine des pays froids (ARTUDON).
3- Poitrine de canard gras. Gêne, crainte. Voisins des Anglais.
8- Qui ne peut attendre. Objet rituel des Premières Nations. Petit mur. Ville des Blue Jays.
3- Poitrine de canard gras. Gêne, crainte. Voisins des Anglais.
4- Affréter. Sphériques. Inattendu (TRUPANRENS).
4- Affréter. Sphériques. Inattendu (TRUPANRENS).
9- Chargées (EEELSST). Friandises, bonbons. Le plus haut degré dans un domaine.
5- Sous le bras. Substance vitreuse. Faire des lois.
5- Sous le bras. Substance vitreuse. Faire des lois.
6- Paludisme. Ruses. État actuel des choses (AQUTTOSU).
6- Paludisme. Ruses. État actuel des choses (AQUTTOSU).
10- Abasourdi. Talon et Bigot ont exercé cette fonction en Nouvelle-France. Peur, frayeur.
Réponses au jeu p.29
S’encourager

En regardant sur Facebook, j’ai vu une bonne initiative à réaliser durant l’année 2023, que voici. « Commencez l’année en choisissant un pot vide ou une petite boîte. Chaque semaine, ajoutez un mot ou une phrase au sujet d’une bonne chose ou d’un événement qui vous est arrivés. Au Nouvel An, videz le pot et constatez l’année incroyable que vous avez passé » (Référence : Esprit spiritualité et métaphysiques).
Je trouve l’idée très intéressante et ludique. Quelle bonne façon de s’encourager, d’être davantage attentif.ve.s aux événements de nos vies quotidiennes. C’est aussi vivre dans la Gratitude. Ça permet également de se rendre compte qu’il n’y a pas une journée identique qu’il y a toujours des petites différences comme le dit cette citation :
Les jours se suivent mais ne se ressemblent pas.
Je sais qu’il est essentiel de s’encourager, c’est-à-dire de faire du renforcement positif envers soimême et aussi envers nos proches. Je trouve que cette bonne attitude nous apporte de la force, du plaisir, de la joie, de la paix intérieure et de la patience. Un comportement positif nous apporte une légèreté d’être, la capacité de faire face aux épreuves et nous aide à trouver des bonnes solutions à nos problèmes. Bien sûr, nos souffrances sont présentes. Cette attitude toutefois permet de leur trouver un sens, et une façon de les soigner, de les guérir, comme en allant chercher les ressources dont nous avons besoin en cultivant les gestes qui font du bien, comme respirer consciemment,
prier, méditer, aller se ressourcer dans la Nature, avoir un animal de compagnie, cultiver de bonnes amitiés et tant d’autres moyens pour être heureux.ses.
Je médite souvent sur la liberté personnelle, sur l’évidence que je suis 100 % responsable de mes choix de vie et que je dois en assumer les conséquences. Cette vérité m’aide à comprendre ce qu’est la vraie maturité, de me prendre en main, de ne pas déverser mes états d’âme ou problèmes sur les autres.
Un jour, une bonne amie me rappelait cette métaphore. Chacun(e) de nous doit porter sa croix personnelle à porter, mais nous pouvons être confiants que nous avons les capacités pour le faire. Je lui répondis que j’étais d’accord avec ces sages paroles. C’est vrai que nous avons au fond de nous des forces insoupçonnées et que Dieu nous éclaire, nous protège, nous aide à trouver un sens à notre vie de chaque jour .
CHRISTIANE VOYER



Crédit photo : La Quête
LE MESSAGE PUBLICITAIRE

On accuse parfois la publicité de créer des besoins artificiels, mais on a de la difficulté à expliquer comment elle le fait. Si on n’a pas besoin de quelque chose, pourquoi nous laissons-nous convaincre du contraire ? Il serait intéressant de savoir pourquoi tout ce matraquage à la limite du supportable réussit à faire vendre.
Je crois qu’en réalité la publicité ne fait pas que créer un besoin, elle entretient un climat d’insatisfaction continuelle, un genre de frustration où entrent en ligne de compte les notions de comparaison et de compétition. Sans trop nous en rendre compte, nous considérons que la personne qui peut se payer la voiture de luxe tant annoncée fait partie d’une élite qui nous est supérieure. Il y a donc frustration de ne pas faire partie de ce groupe. N’oublions pas que dans un monde de compétition, nous sommes amenés à croire que la personne qui gagne un meilleur salaire est tout simplement meilleure, ce qui est faux, mais cela engendre un raisonnement tordu qui finit par nous faire mépriser les pauvres. La publicité ne le dit pas, mais l’idée fait son chemin.
Alors, parce qu’on ne gagne pas le salaire de la personne jugée à tort comme étant meilleure, on compense en faisant l’acquisition de certains biens matériels qui donnent l’illusion de faire partie de l’élite.
Observez bien la publicité des voitures et voyez comment on met plus ou moins subtilement l’accent non seulement sur les performances de la voiture, mais sur les qualités supposées de ceux qui l’achètent. Des qualités que les pauvres n’ont pas, mais qu’on peut acquérir quitte à s’endetter. Avec ces images de rêve qu’on nous propose, nous faisons semblant de ne pas savoir que le beau VUS de luxe fait pour parcourir les grands espaces et nous donner une impression de supériorité va en pratique se retrouver coincé dans le trafic. Mais que ne ferait-on pas pour avoir ce symbole de réussite ?
La publicité fait vendre, mais elle a cependant peur de quelque chose. Elle craint qu’une partie de la population finisse par tourner le dos aux biens matériels pour se concentrer sur le développement de la richesse intérieure. Créer, dessiner, peindre, cuisiner, apprendre à connaître les plantes sauvages, redécouvrir le plaisir des joies simples, toutes ces activités qui vont à l’encontre du matérialisme à outrance se dressent contre le message publicitaire qui associe bonheur et acquisitions. J’ignore dans quelle mesure la simplicité volontaire pourrait devenir populaire, mais je suis sûr que le matraquage publicitaire veillera à ce qu’elle reste marginale.
YVES POTVIN
Crédit photo : Igor trepeshchenok sur Barnimages
Les yeux ouverts

J’ai tout oublié, tout d’un coup
Tout apparaît voluptueux d’aisance
Dans la conscience de mon cœur
La beauté de chaque rencontre
Par la langue des débutants
Des premiers millénaires
D’une nouvelle connaissance de cette réalité
D’un besoin de solidarité et de justice nouvelle.
La paix nous est offerte
Selon le degré de présence à l’inconnu
Vers le puissant désir de vivre.
La distance parcourue est absente
La transportation est apparue
Dans l’image d’un indéfinissable mirage
De renaissance de soi-même
Le miroir d’abondantes réalités
De l’absolue création du monde
Les vivants volontaires à la découverte
De la transparente bonté.
Comment ai-je pu me rendre aussi malade et obstinée
À refuser de voir la réalité
Avec des yeux qui regardent pour la première fois ?
À chaque pas, j’avance vers le futur
De la grande traversée de l’intuition
D’un perpétuel mouvement d’éternité infinie
Du temps disparu
Celui qui en est témoin
Est celui qui vit à l’intérieur de son cœur
Le vacillement est disparu
Pour faire place à l’étendue
De l’épaisseur des particules
articulées selon la rotation d’une spirale de l’immensité du pouvoir d’aimer.
Car le cœur est une spirale
Synonyme de naissance
JULIE BELLEMARRE
Crédit
photo : Brodie Vissers 2 from Burst
Parfum de liberté

Cesse de ressasser
Ce manège pernicieux
Il est vieux, rouillé
Il ne fait que grincer des dents
Cesse de grimacer d’amertume
À trop vouloir lui échapper
Au fil de ce temps impitoyable
Aux souvenirs inaccessibles
Comme un bateau délabré
Qui a perdu de sa magie
Priant pour sa remise à l’eau
Renonçant à ses projets bourgeonnants de promesses
Ne reverras-tu pas d’autres rivages
D’autres voyages aux aventures florissantes
Comme font ces voiliers aux espoirs bleus et verts
Soufflant dans les cheveux de la désinvolture
Sachons attendre que l’eau coule sous les ponts
Sachons mettre de l’eau dans notre vin
Se mettre dans le bain, se jeter à l’eau
Se faire la main, mettre la main à la pâte
Faisons lever notre petit pain du jour
Passons l’éponge sur nos novembres glauques
Évitons les récifs et les écueils
Soyons avenants avec l’autre
Comment me trouves-tu dans ma robe
Voilà que tu tempêtes
Pourquoi ces manières d’éteindre les chandelles
Quand je voulais simplement t’allumer les étoiles
Sache marcher dans mes champs de lavande
Humer l’été de mes trente ans
Rassasie-toi de ma fraîche tendresse
Qui me pend au bout des doigts
Je saurai dénouer les chaînes qui te retiennent
Je ne te ferai pas prisonnier
Même épris tu ne seras pas sous mon emprise
Je t’offrirai du lest afin que tu t’élèves au rang de ta dignité
S’il le faut, prendre la clef des champs
Butiner à ciel ouvert
Accéder à toutes ces fleurs à miel
Qui dorment depuis des lunes
Dans l’attente de trouver bourdons
Digne de leur rang de Reines-des-prés
Elles se veulent attirantes pour les monarques
Qui s’agglutinent dans le sucre de leur parfum
Sauras-tu me revenir
Après avoir gambadé sous leur charme, sous leur joug
Quand les faux-semblants prendront poudre d’escampette
Quand les faux-fuyants prendront jambes à leur cou
Sauras-tu me revenir
Quand les reflets de nos miroirs
Prendront l’accent
Saurons-nous parler la même langue
JUDY MILLER
RECETTE D’UN MONDE MEILLEUR
Bien sûr, il existe des frontières entre pays, mais moi, je vais vous parler d’une autre frontière que l’on vit entre différentes races ou couleurs de peaux. Si l’on prenait le temps d’essayer de connaître tout être humain afin d’avoir une réelle connaissance de l’autre avant de décider de le repousser, si l’on faisait l’effort de chercher à le connaître en bien ou en mal, là on saurait faire un choix avec une réalité et non seulement par une apparence physique ou une couleur de peau.
Dans chaque être humain, il y a du bon et du mal. Seul l’effort d’une communication réussit à nous faire voir ce qu’est une personne. La peur n’a aucune raison d’être si on veut un jour avoir l’harmonie et un monde meilleur pour tous ceux et celles qui aiment la vie.
BERTRAND CYR

Vieillesse
Déprimée
Périmée
Passée date
Quelle débâcle
Déprimée
Vieille mémé
À la dérive
Racoleuse de rives
Désespérée
Pétrifiée
Peur de perdre pied
De mourir avant d’atterrir
Sortie des avirons
Ramer, ramer dans les environs
La sève de l’effort
Inonde le corps
Surfer sur la vague
Sans que l’on divague
À la lueur de l’espoir
Saluer le soir
Basta Vieillesse
Vive le droit d’« aînesse »
MARIETTE MAILHOT

Crédit
photo: Barnimages
Le nœud de ma mémoire
Je n’oublie pas, mais j’aurai préféré.
Je suis tombé de haut, resté au sol, sans être capable de m’relever.
Cette fois, le nœud était trop serré.
Plus jeune, on m’intimidait.
Plus vieux, on m’écœurait.
Mon père : Baveux pour se valoriser.
Ma mère : Bavait pour qu’on puisse manger.
J’ai grandi dans les fonds d’ruelles. Mon jouet préféré : Une poubelle.
Avec mes pieds, des baguettes, de la fanfare aux sports, mon jouet ne se brisait jamais.
Beau temps mauvais temps
Dans ma famille en basse ville, il pleuvait tout le temps.
J’ai compris que chercher l’incompris.
C’était impossible.
Pour eux.
J’étais toujours le con, pis…
J’ai toujours été le con flit.
À ma fête, je rêvais de con fetti.
Je voulais gagner la course, mais je n’avais pas les souliers de la dernière décennie.
J’allais à l’école avec des maudits bas dans mes sandales.
Ma boîte à lunch était toujours bien remplie, de maudites cochonneries.
La nuit, je ne comptais pas les moutons.
Je rêvais du guide alimentaire canadien.
Maman, c’est quoi un rôti ?

Je n’ai jamais rien compris de la vie.
Pourquoi moi, mais pas lui ?
Je suis un adulte, cent souvenirs tristes.
J’me rappelle de ma première nuit à dormir dehors.
Y faisait frette en cr***
J’ai mal et je souffre, ce n’est pas un psy qui va m’dire : viens donc t’asseoir.
Aujourd’hui, je vois noir.
Demain, je ferai le nœud de ma mémoire.
SIMON-PIERRE BLAIS
Photo de Simon-Pierre Blais
Écrire
J’écris pour que l’harmonie
Règne toujours avec mes chers amis
J’écris pour que la paix par l’éclairée diplomatie
Soit permanente entre, du monde, toutes les parties.
J’écris pour que soit éliminée de toute la Terre
Toutes les misères, toute la misère
Qu’ont connu toutes les femmes, tous les hommes d’hier
Pour qu’enfin de vivre tous les humains puissent vraiment se plaire.
J’écris pour qu’il n’y ait plus dans nos sociétés de réfugiés, d’itinérants,
Que ces bonnes gens puissent trouver confortable et chaud l’appartement
Bien sûr c’est un peu socialiste
Mais, je crois que c’est mieux que mesures sauvages libéralistes
Ça n’empêche pas l’équité
Dans une vraie sociale démocratie,
Qui, dans l’économie,
Ferait plus équilibré.


GAÉTAN DUVAL
Photo de Michael Gosselin
Gaétan, le poète, en récital.
Un slam pour Les suites de l’errance
Contraventions à payer :
– Uriner à l’extérieur ;
– Traverser, à pied, un feu rouge la nuit ;
–
Une « poffe », une bière avec ça ;
– Même pieds nus, on t’a vu à la télé… ;
– Des années de problèmes de santé mentale…
–
Vivre à la rue, vivre de la rue… vous dites ?
Heureusement, quelques séjours hospitalisés permettaient de respirer, de faire le plein. Le Sud, c’est pas pour tout le monde. Et le prix… Plus de 20 000 $ de contraventions qu’il faut payer… garder le courage.
Des abus, le ministère du « Bienêtre » s’énerve,
Les « paradis fiscaux » fleurissent au Sud
Les religieux poursuivis pour abus d’enfants…
Les vieilles mères se souviennent du rejet social, des naissances hors mariage, la honte familiale, les exemples affluent…
Ces enfants perturbés, délacés pendant des mois, leur mère a 20 ans, elles portent le poids… de leur immense péché.
J’ai eu la force et la chance de m’en « sortir »
Arriver enfin à vivre avec mon fils…
Arrêter son errance de six mois… cinq déplacements
Comment ne pas « errer » quelques années plus tard
C’est son premier apprentissage. Une fille avait péché…
Tare familiale, horreur sociale !
Quelques dollars mensuels
Faut bien payer les amendes anciennes…
L’aider pour lui permettre la « survie »
J’ai transféré « la part Dieu », la « dime », la quête hebdomadaire pour le soutenir dans les coupes du soutien mensuel qu’il reçoit…
Je le soutiens, je l’accompagne, je veux qu’il mange…
« Je suis son origine… »
Mon fils, c’est ma cotisation pour Centraide,
La quête hebdomadaire, c’est la Croix-Rouge.
C’est mon don non imposable.
Menaces de compressions pour être déjà compressé
Il est où le contrat social
Le juste droit d’être
Le Sud, c’est pas pour tout le monde.
« Mère indignée » MICHÈLE BLOUIN


Photo de Josée Normandeau
Photo de Josée Normandeau
Références communautaires
Service d’information et de référence qui vous dirige vers les ressources des régions de la Capitale-Nationale, de la Chaudière-Appalaches
Tél. : 2-1-1
Aide sociale
ADDS
Association pour la défense des droits sociaux
301, rue Carillon, Québec
Tél. : 418 525-4983
Aide aux femmes
Centre d’aide aux victimes d’actes criminels (CAVAC) Formé pour vous épauler ! 418 648-2190 ou le 1 888-881-7192
Centre femmes aux trois A Pour la réorganisation sociale
270, 5e Rue, Québec
Tél. : 418 529-2066 www.cf3a.ca
Centre femmes d’aujourd’hui
Améliorer les conditions de vie des femmes
1008, rue Mainguy, Québec
Tél. : 418 651-4280 c. f.a@oricom.ca www.centrefemmedaujourdhui.org
Rose du Nord
Regroupement des femmes sans emploi 418 622-2620 www.rosedunord.org
Support familial Flocons d’espoir Écoute et aide pour les femmes enceintes 340, rue de Montmartre, sous-sol, porte 4 Tél. : 418 683-8799 ou 418 558-2939 flocons.espoir@videotron.ca
Alphabétisation
Alphabeille Vanier
235, rue Beaucage, Québec
Tél. : 418 527-8267 info@alphabeille.com www.alphabeille.com
Atout-lire
266, rue Saint-Vallier Ouest, Québec
Tél. : 418 524-9353 alpha@atoutlire.ca www.atoutlire.ca
Le Cœur à lire
177, 71e Rue Est, Québec
Tél. : 418 841-1042 info@lecoeuralire.com www.lecoeuralire.com
Lis-moi tout Limoilou 3005, 4e Avenue, Québec
Tél. : 418 647-0159 lismoitout@qc.aira.com
La Marée des mots
3365, chemin Royal, 3e étage, Québec
Tél. : 418 667-1985 lamareedesmots@oricom.ca membre.oricom.ca/lamareedesmots
Centre de jour
Relais d’Espérance
Aider toute personne isolée et en mal de vivre
1001, 4e Avenue, Québec
Tél. : 418 522-3301
Rendez-vous Centre-ville Centre de jour
525, rue Saint-François Est, Québec
Tél. : 418 529-2222
Détresse psychologique
Centre de crise de Québec
Tél. : 418 688-4240 ecrivez-nous@centredecrise.com www.centredecrise.com
Centre de prévention du suicide
1310,1 re Avenue, Québec
Tél. : 418 683-4588 (ligne de crise) www.cpsquebec.ca
Tel-Aide Québec
Tél. : 418 686-2433 www.telaide.qc.ca
Tel-Jeunes
Tél. : 1 800 263-2266 www.teljeunes.com
Hébergement
Maison de Lauberivière
Pour hommes et femmes démunis ou itinérants
485, rue du Pont, Québec
Tél : 418 694-9316
accueil.hommes@lauberiviere.org www.lauberiviere.org
Maison Revivre
Hébergement pour hommes 261, rue Saint-Vallier Ouest, Québec
Tél. : 418 523-4343 maison.revivre@gmail.com maisonrevivre.weebly.com
SQUAT Basse-Ville
Hébergement temporaire pour les 12 à 17 ans 97, rue Notre-Dame-des-Anges, Québec Tél. : 418 521-4483 coordo@squatbv.com www.squatbv.com
Gîte Jeunesse
Hébergement temporaire garçons 12 à 17 ans
Résidence de Beauport 2706, av. Pierre Roy, Québec Tél. : 418 666-3225
Résidence de Sainte-Foy 3364, rue Rochambau, Québec
Tél. : 418 652-9990
YWCA
Hébergement et programme de prévention de l’itinérance et de réinsertion sociale pour femmes Tél. : 418 683-2155 info@ywcaquebec.qc.ca www.ywcaquebec.qc.ca
Réinsertion sociale
Carrefour d’animation et de participation à un monde ouvert (CAPMO) 435, rue du Roi, Québec
Tél. : 418 525-6187 poste 221 carrefour@capmo.org www.campo.org
Fraternité de l’Épi
Aide aux personnes vivant de l’exclusion par la création d’un lien d’appartenance 575, rue Saint-François Est, Québec
Tél. : 418 523-1731
Maison Dauphine
Pour les jeunes de 12 à 24 ans 31, rue D’Auteuil, Québec
Tél. : 418 694-9616
courrier@maisondauphine.org www.maisondauphine.org
Insertion professionnelle À l’aube de l’emploi (Lauberivière)
Formation en entretien ménager commercial/buanderie
485, rue du Pont, Québec 418 694-9316 poste 248 alaubedelemploi@lauberiviere.org
Recyclage Vanier
Emploi et formation (manutentionnaire, aidecamionneur, préposé à l’entretien) 1095, rue Vincent-Massey, Québec tél.. : 418 527-8050 poste 234 www.recyclagevanier.com
Prostitution
La Maison de Marthe 75, boul. Charest Est, CP 55004 Tél. : 418 523-1798 info@maisondemarthe.com www.maisondemarthe.com
P.I.P.Q.
Projet intervention prostitution Québec 535, av. Des Oblats, Québec Tél. : 418 641.0168 pipq@qc.aira.com www.pipq.org
Soupe populaire
Café rencontre Centre-Ville 796, rue Saint-Joseph Est, Québec (Déjeuner et dîner) Tél. : 418 640-0915
Maison de Lauberivière (Souper) 485, rue du Pont, Québec Tél. : 418 694-9316
Soupe populaire Maison Mère Mallet (Dîner) 945, rue des Sœurs-de-la-Charité Tél. : 418 692-1762
Santé mentale
Centre Social de la Croix Blanche 960, rue Dessane, Québec Tél. : 418 683-3677 centresocialdelacroixblanche.org info@centresocialdelacroixblanche.org
La Boussole
Aide aux proches d’une personne atteinte de maladie mentale 302, 3e Avenue, Québec Tél. : 418 523-1502 laboussole@bellnet.ca www.laboussole.ca
Centre Communautaire l’Amitié Milieu de vie 59, rue Notre-Dame-des-Anges, Québec Tél. : 418 522-5719 info@centrecommunautairelamitie.com www.centrecommunautairelamitie.com
Centre d’Entraide Émotions
3360, de La Pérade, suite 200, Québec Tél. : 418 682-6070 emotions@qc.aira.com www.entraide-emotions.org
La Maison l’Éclaircie
Troubles alimentaires 2860, rue Montreuil, Québec Tél. : 418 650-1076 info@maisoneclaircie.qc.ca www.maisoneclaircie.qc.ca
Le Pavois
2380, avenue du Mont-Thabor, Québec Tél. : 418 627-9779
Téléc. : 418 627-2157
Le Verger 943, av. Chanoine-Scott, Québec Tél. : 418-657-2227 www.leverger.ca
Ocean
Intervention en milieu Tél. : 418 522-3352 Intervention téléphonique Tél. : 418 522-3283
Parents-Espoir
363, de la Couronne, bureau 410, Québec Tél. : 418-522-7167
Service d’Entraide l’Espoir 125, rue Racine, Québec Tél. : 418 842-9344 seei@videotron.ca www.service-dentraide-espoir.org
Relais La Chaumine 850, 3e Avenue, Québec Tél. : 418 529-4064 chaumine@bellnet.ca relaislachaumine.org
Toxicomanie
Al-Anon et Alateen
Alcoolisme
Tél. : 418 990-2666 www.al-anon-alateen-quebec-est.ca
Amicale Alfa de Québec 75, rue des Épinettes, Québec
Tél. : 418 647-1673 alphadequebecinc@videotron.ca
Point de Repères
225, rue Dorchester, Québec
Tél. : 418 648-8042 www.pointdereperes.com
VIH-Sida
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7- Fragments. Science qui étudie la civilisation chinoise (GLONIESOI). Bonne humeur communicative, vivacité.
8- Qui ne peut attendre. Objet rituel des Premières Nations. Petit mur. Ville des Blue Jays
9- Chargées (EEELSST). Friandises, bonbons. Le plus haut degré dans un domaine.
10- Abasourdi. Talon et Bigot ont exercé cette fonction en Nouvelle-France. Peur, frayeur.
RÉPONSES LA QUÊTE DES MOTS
Solution


GAGNER SA STABILITÉ RÉSIDENTIELLE UN JEU DE HASARD
Difficile de qualifier cette frontière entre la rue et la stabilité résidentielle. Selon l’angle qu’on prend pour l’observer, elle peut nous sembler être soit une simple ligne, soit un obstacle infranchissable. Au Comité Maison de chambres de Québec, des personnes qui ont vécu l’instabilité résidentielle et l’équipe de travail ont élaboré un outil de sensibilisation visant à donner un aperçu du parcours que doit entreprendre une personne vivant en situation d’itinérance jusqu’à la stabilité résidentielle. Cet outil a pris la forme d’un jeu de serpents et échelles. Inutile de vous dire que les vingt-cinq (25) cases du jeu ne représentent qu’une fraction des enjeux vécus par les personnes qui vivent en situation d’itinérance.
L’aspect du jeu est plutôt minimaliste, on y observe ; vingt-cinq cases, trois échelles et quatre serpents. On donne déjà l’impression aux joueurs qu’il y a un peu plus d’embûches que de facteurs facilitants. Mais ce que le joueur ne sait pas, et qui fait l’essence du jeu, c’est que, lorsqu’on vit en situation d’instabilité résidentielle, des pauses, il n’y en a pas. Chaque case amène son lot de situations qui influencent le parcours de la personne. Les joueurs peuvent être ralentis dans leurs démarches ou même complètement stoppés temporairement. Petite parenthèse : à plusieurs reprises, les personnes qui vivent ou ont vécu l’instabilité résidentielle nous ont mentionné que le temporaire, ça peut être long longtemps.
La première partie du jeu, jusqu’à la case 12, représente la vie d’une personne à la rue. À nouveau, c’est très peu de cases pour représenter les situations que peuvent vivre ces citoyens, mais le but est de donner un aperçu. La fracture numérique, les températures extrêmes (chaudes ou froides), les enjeux de santé physique ou mentale, la discrimination des propriétaires, la pénurie de logements abordables et la judiciarisation sont les principaux thèmes abordés, de façon très brève, dans cette première partie du jeu. On y retrouve également un cercle vicieux qui représente les obstacles que le système a mis en place, par des lois ou règlements. Les joueurs peuvent y rester coincés un certain temps.
La seconde partie du jeu, de la case 13 à la case 23, représente la vie en maison de chambres. Les personnes ont un toit sur la tête. Si elles sont chanceuses, la maison de chambres peut représenter la stabilité résidentielle, il y a donc possibilité de terminer le jeu à ce moment-là. Mais, même si la maison de chambres peut être déterminante dans la trajectoire de vie, on peut y vivre divers enjeux. On habite avec des voisins qui sont, dans les faits, des colocataires, mais qu’on ne choisit pas. La cohabitation peut être difficile. On doit, parfois, non seulement partager des espaces, mais également le rangement. Tous les locataires n’ont pas nécessairement un réfrigérateur dans leur chambre, ce qui peut augmenter le risque de vol de nourriture. Les enjeux de santé physique ou mentale, d’usage de substances, ne disparaissent pas par magie parce qu’on se trouve
une chambre, ce qui peut parfois causer des conflits. Souvent, il n’y a pas de bail écrit, les ententes sont verbales. Les personnes qui habitent en chambre ne savent pas nécessairement qu’elles ont exactement les mêmes droits que tous les locataires louant un appartement. Elles sont donc plus susceptibles de vivre des abus de la part de propriétaires, qui le font sciemment ou non. Évidemment, le parcours des joueurs n’est pas seulement semé d’embûches. Plusieurs situations permettent aux personnes d’avancer plus vite ou d’éviter des pièges. Il s’agit, la plupart du temps, des liens que la personne aura eu l’occasion de créer tout au long du parcours. Il est possible que les joueurs aient à recommencer plusieurs fois le trajet afin d’atteindre la case finale. Le jeu peut donc s’avérer frustrant. C’est une autre occasion de sensibiliser les joueurs sur le luxe qu’ils ont de pouvoir abandonner quand ils le souhaitent, luxe qui n’est pas donné aux personnes qui vivent en situation d’itinérance ou qui sont à risque de l’être.
Dans la réalité, ce jeu de vingt-cinq cases peut représenter une ou plusieurs décennies. C’est l’angle qui peut le mieux décrire cette frontière entre la rue et la stabilité résidentielle. Cette frontière temporelle qui peut se montrer interminable plutôt qu’infranchissable, mais qui peut l’être beaucoup moins selon les rencontres qui viennent influencer la trajectoire des personnes. Si vous souhaitez tenter votre chance à ce jeu, vous pouvez nous contacter pour discuter des options possibles.
MARIE-HÉLÈNE ET JEAN-SÉBASTIEN
Comité Maison de chambres de Québec
418 522-4040 (bureau) 581 999-4540 (cellulaire)

Courtoisie
Jean-Sébastien, animant le jeu lors de la Nuit de sans-abri en octobre 2022.
LA QUÊTE EST DIFFUSÉE PAR TÉLÉPHONE VIA



AGIR ENSEMBLE
La violence conjugale, c’est aussi notre affaire!
Au-delà des conséquences chez la victime, la violence conjugale touche aussi les collègues et les milieux de travail.
Pour comprendre ces enjeux : lacsq.org/violence-conjugale
Choisir une cause, c’est en laisser tellement d’autres derrière.
Du fond du cœur, et au nom de tous les organismes soutenus par Centraide, merci pour votre grande générosité exprimée lors de la dernière campagne annuelle. Grâce à vous, c’est tout un réseau communautaire qui est présent pour tendre la main à ceux et celles dans le besoin.
Centraide. Aide. 215 organismes.