Page 1


www.jamespx.com Image de couverture : Jaya Suberg - James Perroux

A comme Amour Nouvelles et Proses

Copyright numéro 00051199-1 Tous droits réservés Reproduction interdite sans autorisation de l’auteur


A comme Amour Poèmes 2009-2013


Préfaces Cerner à quel genre poétique appartient l'univers de James Px., le rattacher à une école qui serait peut-être proche du surréalisme serait être réducteur et injuste. Le talent poétique de James est de nous amener à la frontière de l'invisible, dont il est un explorateur enivré, « D'un monde étrange dans lequel il se sent bien. » (dixit l'auteur). Le poème café est un remarquable exemple de cette dérive de mots dans un imaginaire fastueux, où les métaphores défilent, paysages fous où le feu côtoie la neige, les océans les nuages et l'ivresse nait sous nos yeux, inoubliable alcool de mots qui pénètre dans nos corps, par l'incantation voluptueuse de tous nos sens. Il y a cependant un fil conducteur entre tous ces poèmes, une trame où l'on retrouve sans cesse abordés les thèmes de l'amour, de l'imaginaire, de l'enfance et cette indestructible neige qui hante ses poèmes et jalonne les voyages de sa propre vie. Ne passez pas à côté de cet univers si riche qui nourrira votre imaginaire au point de vous donner l'envie de devenir l'artiste de votre propre œuvre. Élisabeth Mesner

Lectrice assidue de ses textes, je n’hésite pas à le qualifier d’auteur aérien tant il embrasse tous les thèmes. Un paysage, un regard, un parfum, un mot…. Tout devient prétexte à l’écriture et la banalité se trouve transfigurée sous sa plume car James fait se juxtaposer des réalités même diamétralement opposées. Pour le lecteur c’est la naissance d’images plus que surprenantes et on se laisse aisément emporter par son style. Nadine Tabère


« Chaque instant recèle sa propre poésie. »


Apothéose à la campagne d'une rhapsodie automnale L'été passe et le soleil se couche désormais sur la colline au bois doré, derrière la grange, l’automne a sonné et, coincé dans une meule de foin, l’amour à nouveau s'éveille. Allongée dévêtue sur la mezzanine empaillée tiédie par son aura, ses mains déliées, l’ombre de son amour s’évanouit sur sa nuque en une offrande généreuse. Elle symbolise à croiser et décroiser ses jambes d’ivoire comme un éventail décoré d'images du temple d'Angkor en une prière audacieuse. Ses seins ronds et légers chantent l’appel d’une bouche aux lèvres sinueuses et passionnées. Ses cheveux noirs et soyeux caressent ses épaules frémissantes à chaque geste, une chaleur enveloppe cette posture dominante où l'ombre lui procure d’agréables frissons sur le grain de sa peau. Tout est baiser et murmure, l’ombre goûte chaque parcelle de son corps d’eau coulant en cascade le long de cette échelle du temps. La belle d’automne s'exhibe comme une œuvre d'art à cette ombre lumineuse où son dernier rayon pénètre le fenestron ourlé et acidulé engendrant l’énergie tant souhaité au cœur de ses pensées les plus intimes. Ô ombre de lumière, ton auréole extatique de tes sens se multiplie sur ses reins, la belle se cambre comme un hippocampe dans un flux liquide sensuel enivrant et percutant. -7-


Ô belle fontaine jouis de cette lumière divine où ton âme et ton corps s’accorderont au son de l’automne, où tes dernières feuilles sauvages s’échoueront sur le sol de ce paradis terrestre. Ô campagne, quand la belle décroise ses jambes, l'ombre ne peut plus résister à cette rhapsodie et d'un geste savant, il retire son habit de lumière pour se confondre à la belle obscure et féconde. Ô cruel hiver que ta couverture blanche dévoile encore ce corsage en apothéose, le temps de quelque soupir lumineux.

« C'est souvent ceux qui s'aiment qui récoltent. »

-8-


Lecteur Qui es-tu, lecteur toi qui dans trois heures et quelques minutes liras mes vers à la bougie ? Face à moi, sur la colline couverte de vignes, vertes et jaunes, les ombres des nuages d'automne glissent, et bientôt chassés par le soleil, me réchauffent le cœur. Les derniers insectes oublient de savourer les quelques friandises qui jonchent le sol, ivres de lumière, ils voltigent et rampent sans sentir le froid arriver. Ami poète n'oublie pas l'approche de l'hiver, empare toi de cette dernière chaleur et ton rire flottera dans l'air comme l'écume sur l'eau et flânons encore un instant au gré de ces derniers rayons.

« La poésie est l'herbier hygiénique de nos souffrances et de nos larmes de bonheur entre quelques fleurs. » -9-


Langueur d'une insomnie heureuse Chaque rêve qui aboutit est une expédition d'un désir de dormir. Et c'est comme si j'étais un nouveau-né, lorsque en pleine nuit, je recouvre ma langue poétique sur ce dôme gorgé de lait maternel. Fini ce trouble voilé de mes vieilles pensées, où dépressif, je fuyais le monde réel pour me réfugier dans un univers peuplé de scènes sans importance sur lesquelles je m'apitoyais. Bienvenue à ces surgissements d'images heureuses de mon passé, de mon enfance et de mes rêves les plus fous. Mais c'est un rêve récurrent d'images folles, comme s'il voulait me dire quelque chose d'essentiel qui m'accapare sans cesse, et me réclamer la langue bien pendue de protéger un fameux coquelicot battant pavillon rouge écarlate. Un coquelicot qui fléchit en douleur sous une couverture de neige froide et épaisse, un pays enseveli dans lequel il ne peut plus voir son reflet dans les cristaux, où l'air se raréfie et ses espoirs s'évaporent dans un dégel de printemps sans retour. Je suis bien là, couché auprès de vous, il est trois heures trente-trois minutes et j'avale les secondes qui me bercent et je me souviens de mon premier baiser, maladroit, voguant de gauche à droite ; je me baladais sans savoir où j'allais ; la bouche ouverte aux quatre vents sur cette violette avec mon chewing-gum au goût de paradis. N'était-ce pas la porte d'entrée vers un monde de délices, de malices et de plaisirs simples d'assouvir le meilleur de mes curiosités capricieuses et fantasmagoriques. Je me souviens de sa langue arrondie et pâteuse aux papilles gustatives, formées de cellules généreuses dont la saveur - 10 -


captait toutes mes stimulations sans peur. J'étais là, enfin, dans la bouche de cette amourette infantile. J'étais devenu d'un coup de langue, après un parcours digne d'un vieux fourmilier un petit homme ! Et cette minute plus longue qu'une heure, dans un tourbillonnement musculaire d'une couleur rosée à la texture souple et humide, a transmis à mon cerveau des signaux correspondant à ma ferveur et m'a offert le bonheur absolu. Au fil du temps, ce palais du souvenir de mes tendres sulfureuses, sucrées, salées, exotiques, aux lèvres pulpeuses ou finement harmonieuses m'accompagna sur les chemins acides de leurs peaux après l'acte authentique. Aigre de leurs papillons délivrés et offerts avec éthique aux amers lendemains sans amertume caustique. Je savoure toujours ce goût universel du risque vers ses saveurs mélancoliques. Est-ce l'épithélium tissu de mes mensonges, le bourgeon cellulaire de mes songes ou le grignotage de fibre diurne qui m'amène à mes délits nocturnes ? Quoiqu'il en soit ma langue reste ma péninsule infatigable, le prélude de l'avantgoût invariable, la voie de l'amour et je me souviens de mon dernier baiser, adroit, virevoltant de gauche à droite, je voyageais sachant où j'allais, avec mon calice au goût d'un « s'il vous plaît encore ». Et je me réveille, auprès de vous, où ma langue me rappelle un souvenir frais d'une insomnie heureuse.

- 11 -


Entre vent et sentiment Au cœur de mon voyage, la bise susurre et le lac s'irise élevant une fraîcheur, purifiant mon réveil et mon amertume. Le vent balaie la brume et m'ouvre la porte des songes. Il enroule mes pensées terribles et fait apparaître à l'horizon la sagesse. Il va et vient sans laisser de traces, se lève et s'apaise comme s'il avait des sentiments. Le jour accompagné du soleil tombe, la montagne et les eaux du lac se calment. Il fait alors naître en moi une voie nouvelle, celle de la plénitude.

- 12 -


La fée humaine a-t-elle tué le chérubin ? Il est vingt-trois heures cinquante -neuf minutes cinquanteneuf secondes et je bascule dans un autre monde. De ces figures de plâtre et de cendre si froide, j'en ai brisé combien, j'en ai compté combien de ces ombres éteintes au revers de mon sang ? Aujourd'hui plus rien ne s'arrête au-dessus de mon lit sacré à baldaquin, leurs servitudes me libèrent et cette nuit, à zéro heure une seconde, finirais-je par entendre une indicible voix ? Me voici transporté au pied d'un immense arbre magique, mon calvaire commencerait-il ? Je monte chaque marche inscrite dans son tronc comme une fumée d'incendie et, au sommet, un être tout vivant tout chaud de sa passion se précipite à ma rencontre, une amazone, aux lèvres sinueuses et mûres, au teint halé, au corps svelte et souple, aux mains agiles, qui étreint une statue d'argile. Serait-ce mon portrait ? Deux pieds une mesure, elle descend je monte mais quand elle s'enfonce en moi, sa pensée se raidit, l'éclair arrache notre nuit. Je suis blessé, saigne énormément et plus rien pour toujours. Alors ma chemise blanche maculée de l'amour flotte au sommet du belvédère là-haut au bout des branches des feuilles dans les étoiles, je souffre le martyre. Huit heures, le soleil pénètre par la petite fenêtre. J'ouvre les yeux, une douleur au ventre me gagne, je regarde et, rien, aurais-je rêvé pour la dernière fois de cette étoile filante de la fée humaine ? - 13 -


Le jardin Délices Ce soir, la lune se cacherait-elle ? Non loin du jardin Délices, les feux artificiels de la ville et les lampes à huile naturelle d’une péniche brillent comme un essaim de lucioles. Les nuages du soir déversent leur encre dans la nuit obscure. Je me croirais au plus haut des cieux. Penché pour voir parmi les hommes scintiller des rangées d’étoiles ne verrais-je pas descendre du ciel ma Cassandra, m’allumer à cet instant la mèche du désir éteinte depuis ce matin. Ses mains d'agile gazelle parcourent à grandes enjambées ma paroi intime, mon Everest bien aimé où elles coulissent en un mouvement d’horlogerie Suisse. Précisément amerrit une langue gorgée de soleil arrimée à une bouche fruitée et acidulée. Des lèvres moelleuses bénissent de nouvelles sensations sur mon bâton de pèlerin et m’assiègent de fortes secousses cathodiques. Pour l'assaut final, deux seins blancs à l'auréole bénite des dieux enveloppe mon supplice dans un papier d'argent bien au-delà de mon pubis alors jaillira de la fontaine un jet de nectar, une potion sucrée salée. Un moment d’extase avant le recommencement du mouvement lunaire au milieu de ce jardin Délices.

- 14 -


Café Mon désir de café est si fort que je ne peux pas le freiner. Je peins et j’écris des heures durant et même davantage et je perds toute notion de temps et d’espace, voyageant à travers les horizons d’un monde imaginaire. C’est un monde plutôt étrange, mais je m’y sens bien. Un monde où la porcelaine danse en robe blanche Comme la peau d'un nuage au bout d'une branche Volupté éparse d'un sucre roux en poudre Savoureuse semence d'un coup de foudre Fruit rouge et noir de l'arbre à la torréfaction Passage d’un arôme délicat à la diablerie sans concession Chaud et ténébreux baignant sur une langue camée Un enfer au royaume d’une terre brûlée Léger et pur comme un cœur en louange A la musicalité d’une tempera sauvage Doux et crémeux flirtant sur la surface du monde Comme la vapeur d’un filtre d’une création féconde Et je vois en premier un paysage nocturne chargé de brume illuminée de lueurs incandescentes, autres forces actives de la nature ; et les rives, d’abord fort étroites de mes yeux, s’élargissent. Le second montre des océans tumultueux audessous d’une épaisse atmosphère zébrée d’éclairs violents propices, une fois encore, à la genèse de la vie ; et je dessine des nuages d’argent, des flocons en filigranes couleur café, des pâturages en sucre blanc. Il neige encore et je termine mon café équitable.

- 15 -


Le cinquième élément serait-il de retour Serions-nous séparés depuis longtemps ? Avant mon départ, sous l’aubépine la neige recouvrait les corbeilles d’argent. Aujourd’hui je reviens les corbeilles d’argent sont pareilles à la neige. Ce matin, du Nord au Sud un vent froid souffle. Les plantes savent que le printemps est de retour, toutes sortes de couleurs soutiennent en beauté mon cœur. A mon réveil, j’ouvre ma fenêtre et je vois une nuée de papillons jaillissant du jasmin. Partout les fleurs abondent. J’écoute chanter dans l'ivresse la nature battant des ailes, voltigeant dans l’odeur et s’échouant à mon nez. Les chênes verts semblent avoir augmenté à nouveau, je me penche depuis longtemps par la fenêtre, seul, sans un mot, alors que le son des feuilles des nouveaux jours est exactement comme l’année dernière, celui de ma vie sera-t-il toujours identique ? Assis sur le banc en bois face à la forêt, je bois une tasse de thé les yeux fermés, la fontaine déborde, le soleil réchauffe l'air et la terre et je songe désormais à la quintessence.

- 16 -


L'ombre est devenue lumière Tout à coup, un pinceau de lumière transperce la chambre noire de son repaire en une caresse indélébile où son cœur s'était endormi. Ébloui, il a hésité, résisté à l'assaut de cette touche étincelante, et par peur, il se cacha derrière la toile de coton blanc encore blanche, droite et inerte sur le chevalet en bois blond perdu entre deux murs gris. Peu habitué à aimer, habitué à écouler sur un fleuve monotone ses jours comptés, habitué aux coups de sang dans des flaques d'eau sans images à regarder et tant d'indifférence ... Et sous le soleil de midi, comment résister à l'amour sans protection. Il voulait juste son ombre, juste toucher l'aube pour rejoindre ses embruns parfumés à l'eau de rose, éternellement. Et le voici face à une faille, une fissure ouverte où ses vaisseaux explosent ses chairs en une écarlate jouissance. Et le bruit d'une envie folle sous la brise, au milieu de l'après-midi, traverse à nouveau sa fenêtre ouverte aux plaisirs en un rayon de soleil insistant. Et à nouveau ressurgit dans sa vie l'amour !

- 17 -


Reflet d'un secret au cœur d'une perle rosée De Tokyo à Lima de Wellington à Ankara tous les matins du monde se suivent mais ne se ressemblent pas. Et sans être au bout du monde, c'est au bout d'une feuille, qu’une goutte de rosée, touchée par les premiers rayons du soleil, se pare de toutes les couleurs et, reflétant le ciel, contient le monde. Cette découverte au cœur d'une perle de rosée me soulève, m'emporte et me dépose au-delà de mes inspirations habituelles. Dans mon voyage, des nuages de traîne s'amoncellent à l'horizon sur de vastes collines herbeuses multicolores. Ils s'attardent à regarder l'image d'un visage tourmenté par une pluie blanche opaque et soucieuse. Ils s'agitent pour amuser son sourire. La nuit est profonde, la maison est silencieuse, les cigales se sont tues à l'approche de cette lourde obscurité. Dis-moi à travers tes larmes rouges et hésitantes, à travers tes rires troublés et forcés, à travers ta douce honte infantile et ta peine, le secret de ton cœur. Ne le conserve pas enfoui dans le sablier de tes songes. Ton cœur ne supporte plus ce va-et-vient et ton sourire est si doux, murmure-moi ton secret, mon oreille restera muette.

- 18 -


Présage Le temps m'interpellerait en silence, et il me prendrait par la main pour me relâcher dans l'éther. Je m'accrocherais sur la dernière branche aux lichens de ton cœur à tes hanches et je déchirerais l'anfractuosité de tes chimères, ces monstres qui crachent l'amour éphémère. Je t'écrirais une chanson douce sur tes cimes sculptées à l'air d' un parfum aigre-doux. A fleur de peau au bout de tes divines phalanges, je me laisserais caresser le dernier voile de mes pudeurs. L'amour décollerait entre nous et le ciel vers le sommet de la cordillère des anges. Nos yeux iraient les rejoindre. Le temps m'interpelle en silence, mes yeux sont-ils partis en vain ? Le temps m'interpelle en silence, ma main est-elle partie sur la colline de mes songes croiser l'amour éternel ? Le temps m'interpelle en silence, entre nous et Cybèle vers la parcelle du bonheur. Nos cœurs sont-ils partis la rejoindre ?

- 19 -


Rouge-gorge Hier, sans le vouloir, un vent amoureux a soufflé si fort qu'il a déposé un voile de neige sur la montagne de mon cœur. En même temps, je crois avoir attrapé au vol un virus, un rouge dans ma gorge, un chuchotement blanc presque sourd… Mais ce matin, un sentiment d'une clarté que seul le soleil mon amour peut offrir, a baigné de ses éclats mon âme, et mon rouge-gorge s'est envolé à nouveau libérant mes voix lactées; je ne suis plus enrhumé et l'angine s'est évaporée.

- 20 -


Le bonheur de communiquer repose sur tes épaules Chaque nuit, enfant, lorsque la lune brillait, un rêve récurrent d'une grande sagesse, que je ne comprenais pas vraiment, me murmurait : « Il arrivera un jour, où tu compteras plus d'imbéciles que de minutes dans une heure, et à ce moment précis de ta vie, tu deviendras un homme » . Avec le temps, j'ai compris que si je rencontrais un être humain de valeur, je devais lui ressembler et si ma rencontre était médiocre, je devais chercher en moi mes propres défauts. Suffit-il de savoir lire l'heure et de compter ? Ne faut-il pas savoir lire sur les lèvres et compter sur son cœur ? C'est terrible, mais ce n'est pas forcément le plus ignorant qui est le plus stupide. Chaque injustice n'est pas le fruit de la bête à cornes, parfois elle s'essaime à travers un képi perdu dans une jungle à travers des dunes de sable ou d'une ombrelle en mousseline perchée sur un champ de courses reposant sur la tête de la disparue de Deauville lors d'un festival du film policier. Tout n'est que pure fiction, l'intelligence n'est-elle pas le fruit d'une certaine perversité, celle de nous faire croire que le père Noël existe parce qu'il rapporte des Dollars. Un vieux bonhomme passant du vert sapin au rouge CocaCola, voilà un monde dans lequel Steve Jobs, cet homme intelligent, avait compris avant les autres, la portée de bien communiquer. Il est parti sur la courbe céleste d'une création nouvelle alors que moi je suis resté sans iPhone pour communiquer sur la - 21 -


courbe glissante de mes amours. Comme il y a celle que nous aimerions rencontrer lors d'un périple indélébile quoi qu’il puisse arriver ; et celle qui se réitère avec toujours autant de désir comme un florilège éternel de plaisirs ; il y a celle dont nous ne pouvons plus nous passer avec les pieds et les mains liés ; et celle où nous sommes tristes de ne pas la revoir pour ne pas s'échouer sur une larme abandonnée dans nos mémoires ; il y a celle que nous regretterons toujours au désespoir de la revoir un jour ; et celle qui ne comprend pas que nous ne sommes pas des appâts ; il y a celle qui a fait battre notre cœur instantanément sans arriver à suivre cet élan ; et celle où elle a juste servi de pomme comme friandise hypocritement sans que personne ne le lui dise ; il y a celles anonymes dont les visages restent flous imitant de voluptueux ballets de corps saouls ; et celle qui ne nous correspond pas malgré des efforts de-ci de-là ; il y a celle où l’amitié a pris le pas sur le libertinage passant du buisson ardent en liberté à l'écobuage ; et celle que l'on n’a que frôlée sans la pénétrer sans pour autant s'apitoyer. Et à cette minute, je reviens sur ses lèvres et son cœur puiser mon intelligence, celle d'aimer avant de la détester, celle de la regarder avant de critiquer et je prends sa main dans la mienne pour lui communiquer combien de fois dans mes rêves les plus sages, je comptais plus de baisers que de minutes dans une heure, et à ce moment précis de ma vie, je tombais amoureux d'elle. Et là, lorsque je me réveille, je cherche mes défauts pour les corriger, comment voir son visage heureux sans amertume dans la glace, si l'on ne remet pas ses propres maladresses et erreurs en exergue pour les réparer. - 22 -


Ce qui est grave n'est pas de faire des erreurs mais sans doute de ne pas renverser la tendance. N'est-ce pas un signe de sagesse ? Et il y a celle que j'aime à cet instant présent car je sais aujourd'hui à cette minute précise lire sur ses lèvres et compter avec son cœur. C'est le dernier signe d'humanité d'un amour sans fin quoiqu'il arrive.

- 23 -


L'eau coule dans mon cœur Si l’amour est un nuage sur lequel on aime s'y coucher pendant que le cœur reste en veilleuse, ce soir, sur cette scène orageuse, un conte tellurique d’un chant de notes oniriques, vibre sur les feuilles de ma poésie. Et comme une feuille ambrée d’automne d’un papier de vers, elle vient m’arrondir l’angle du lit à baldaquin. Au rebord ronronnant comme un chat siamois, l’ombre des chérubins du lit descendent sur moi à la vitesse du vent s’associant à un rayonnement lunaire. Ce cérémonial ponctuel graphique et saisonnier ondule sous des notes graves d’une contrebasse éventée. Recouvert de ces ombres charnelles aux couleurs flanelle et caramel, le drap à demi froissé danse de la tête aux pieds glissant des mots doux au drap du dessous. Rouge framboisé est celui-ci de jalousie bien qu’il se découvre de temps à autre à la vue dominatrice d’une lune toujours aussi gracieuse et espiègle. Chaque histoire a une fin qui nourrit le poète comme ce ver à soie qui a tissé ce drap blanc attendant la cochenille pour le colorer de sa plus belle vertu. Vénus apparaît à la fenêtre, délivrant la première étincelle sur ce lit arc-en-ciel où Jupiter comme un poisson rouge solitaire dans son bocal au milieu de tout le monde se trouve en définitive bien seul. C’est un voyage haut en coloration d’ombre et de lumière, sous l’œil attentif de la lune dénudant ses corps pour les remodeler d’images nouvelles et sensuelles. Le pont rejoignant le rêve et la réalité n’est pas un mirage ; il suffit de reconnaître le son de l’eau qui coule dans son cœur pour qu’il chante une mélodie d’amour. Et les paupières bien - 24 -


qu’alourdies par le temps qui court sur le lit, sans sourcilier s’ouvrent sur ce nouveau monde juste en lui chantonnant une berceuse d’automne. L’amour se niche partout si l'on veut prendre le temps de l’apprivoiser... Et ce n'est pas un luxe de pouvoir le faire en courant après, juste une histoire de souffle au cœur ! La nuit passe sans son de cloche, je me réveille sous les nuages et comme exhalé au silence inconditionnel, là où le son murmure la vie d'un fluide éternel, la tête renversée sur le rivage, une pluie fine intense immerge un temps le visage de mes pensées mortelles ; où l'eau, mon amour, l'asphyxie brûlante et glacée, et mon esprit s'envole, aéré. Est-ce cet instant de liberté qui m'ouvre les yeux sur un couple de colombes d'une blancheur immaculée dont le chant onirique m'accompagne, survolant désert et mer montagne et campagne. Et c'est dans les airs sous une bruine continue que mon âme interpelle ma vertu. Et par compassion la source énergique et douce cesse ; dissolu serait-il ce stress solitaire du poisson rouge ; alors que le monde quant à lui est toujours le même, de Pékin à Belém, du Cap à Bethléem. Je vous aime.

- 25 -


Une vie en compte-gouttes Le soir tombe comme ses paupières sur la misère de ses rêves. Elle s’injecte. Elle regarde les gouttes d'eau glisser sur la vitre de son vaisseau et voit partir sa jeunesse dans les étoiles. Et dans la matinée, il descendra jusqu'au cimetière pour être sûr qu’elle est vraiment partie ; pour être sûr qu’elle n'aura plus mal et qu’elle puisse reposer en paix ; pour qu’elle puisse être là où elle voulait être et pour ne plus vivre les pires moments que la vie lui a offerts. Et il a ouvert toutes les portes, pour voir si elle n’était pas cachée derrière ; il a ouvert toutes les fenêtres, pour voir si elle était perchée dans un arbre, pour voir si elle était allongée près d’un coquelicot. Au bout du chemin qui paraissait si long, son destin s’est échoué au pied d’un mur de glace un soir d’hiver. Et il dépose ses mains sur son clavier azerty où ses doigts composent cette prose, des allées et venues d’un petit soldat dactylo amateur sans fusil, juste armé d’un coquelicot sur le canon de son cœur. Et il écrit comme écrit la pluie sur la neige, des sillons en forme de partitions musicales : « Est-ce l’écho de ta voix aux alentours Que j’entends au lever de ce petit jour La fenêtre ouverte à la bise d’hier Caressant sur toute cette chair Une fleur douce encore séduite Au creux d’une lueur du temps en fuite Est tristement seule et givre - 26 -


Ne faut-il pas être toujours ivre De vin de soleil d’amour de poésie Avant que le verbe s’enfuie Est-ce l’overdose d’une alchimie d’âmes Entre un diable souverain et une femme Entre un tragique destin Et une culture du chagrin Entre un cœur sanguin Et une fleur perdue enfin J'attends près du parchemin Un message de ma belle amie en vain A-t-elle dressé l’oubli Serait-elle vraiment partie Elle m’envoie un roseau Avec la pointe taillée en biseau Et de l'encre rouge Dessinant des rayons infrarouges Sur le pré qui nous sépare M’enverrait-elle une herbe rare. » Agoniserait-elle dans un bouillon de sang et de souffre empoisonné ? Des lucioles et des sirènes encadrent l’écoulement pourpre dans son bois de rose ouaté de satin blanc. Le monde pour elle s’est-il arrêté au fond de cette impasse, sous le chapiteau de la fresque de la tombe du plongeur ? Tous les mauvais scénarios conduisent à la rupture ; tous les mauvais jours resteront sous la neige. Une vie en compte-gouttes finit par un saut vers l'inconnu ou la mort. - 27 -


366 jours année bissextile Je poserais bien une question stupide comme : « Qu'aimeriez-vous changer en vous ? » ; et je reçois une kyrielle de réponses qui viennent toquer à ma porte. …Elles me répondent brunes et blondes, la tête dans la lune ou sur les épaules, fausses ou vraies comme est la vie aujourd’hui. Une vie un peu mythomane ; une vie qui s’organise autour d’une névrose de la personnalité. Serait-ce la cause d’un manque d’affectivité et d'émotivité ? « Depuis petite je suis complexée, parce que je ne grandissais pas aussi vite que les filles de mon âge. Je me trouvais petite, je détestais cette situation. Et maintenant, je mesure 1m 60 environ et j'en suis très contente. Mes copines ne sont pas beaucoup plus grandes que moi et les filles plus grandes, je ne les envie pas. J'ai une copine dans ce cas-là, et elle galère à trouver un homme à sa taille… » « J'aime être petite et me sentir fragile dans les bras d'un homme ! Si je pouvais changer quelque chose, je me ferais refaire les seins. Je fais du C mais j'aimerais encore plus gros !… ». « Je me ferais refaire le nez… ». « Je déteste ma tâche de naissance sur mon genou gauche, j'aimerais l'enlever, mais elle est grande et ça coute cher. L'assurance ne prend pas ça en charge car cela relève de la chirurgie esthétique ! - 28 -


Mais j'adore mes yeux, mon visage dans l'ensemble et je suis assez bien dans mon corps… ». « Si je pouvais, j'aimerais bien changer sa mère par une autre, car elle me saoule… ». « Ma peau qui suit un peu trop mes sautes d'humeur, je ne la supporte plus ! Il suffit que je sois stressée, triste ou malade pour que je vois apparaître rougeurs et petites imperfections. Et oui, j'ai hérité d'une peau lunatique… ». « J'ai deux gros complexes : ma taille et ma petite poitrine. Tout simplement parce que parmi mes ami(e)s, je suis une des plus petites. Quant à ma poitrine, j'aimerais passer au C, car j'ai pas mal de hanches et cette intervention rééquilibrerait un peu mes courbes du coup ! A part ça, j'ai hérité du nez de ma mère, un peu grand, un peu rond, bref je ne l'aime pas non plus celui-là ! Ah, j'oubliais, mes vergetures au niveau des cuisses, je n'ai que 18 ans et je dois les trimbaler depuis mes 13 ans suite à une perte de poids ! J'ai tout essayé mais elles ne partent pas… ». « J'avais un complexe avec mes doigts, car je me rongeais les ongles, ce qui n’est pas top du tout pour une fille ! Mais mon plus gros complexe reste mon ventre. Toujours ballonnée, je ressemble à une femme enceinte, moi qui ai du mal à avoir un bébé. Donc, si j'avais une baguette magique, je gommerais ce ventre. J'ai aussi mes pieds, que j'aimerais avoir plus fins, pour pouvoir mettre n'importe quel escarpin… ». « A mon homme, je ne lui changerai rien, il est beau et grand - 29 -


avec une belle bouche et de belles dents, et de beaux cheveux. Et croyez-moi, il est beau partout ! Je ne vois vraiment pas ce que je pourrais faire de plus pour l'améliorer, je suis vraiment gâtée et j'en remercie la vie chaque jour… ». Ce qui est certain, c’est que les réponses se focalisent autour du physique hormis l'épisode de la belle-mère. L’esprit et le comportement quant à eux ne changeront pas. Avec cette tendance de placer le physique au sommet de l’affiche, nous finirons tous hystériques et névrotiques. Seuls les chirurgiens esthétiques et autres acolytes aujourd’hui se frottent les mains. Et je souligne que je ne suis pas psychologue ni sociologue. Et puis cette question m’entraîne vers la folie et me fait sombrer dans une satire où je me referais bien le porc trait : « Si on ne choisit pas sa tête Peut-on choisir ses amis C'était un jour de fête Par ici les amis Je vous annonce que je vais changer D'abord mon nez Je ne toucherai plus tes seins Paméla Ni ton cul en latex Où ton vernis Bondex Ailleurs ou sous mes draps Quand je vous ferai la bise à vous mes stars Nathalie, Isabelle, Catherine, Emmanuelle Je me sentirai moins un Cyrano virtuel Et vous d'avoir une pipe au bout de vos lèvres - 30 -


En bec de lièvre Et les oreilles Ah Mickey j'en ai marre de lui piquer la vedette Bref pas bête la bête Cela ne sera plus pareil Comme avec la coiffeuse Mireille Mathieu sympa ta coupe de cheveux Elle dure tu fais des envieux Et pas un seul cheveu blanc Teinture à la fiente de pélican Ou un truc comme cela Bah Je vais me faire aussi des implants J'éviterai d'être un crâne d'œuf Comme Monsieur Franck Lebœuf A la fin je ressemblerai sans doute à Titeuf Pour finir aussi con que Barthez le Mac Donald de Laurent Blanc Bon et pour les dents Je vais me mettre l'aligneur D'Invisalign pour faire « cheese » comme les acteurs D'Hollywood chewing-gum « what else Nespresso » C'est quasimodo Non c'est le beignet George Clooney Et Eliot Ness avait prévu Etienne Daho Mais il est tombé Be bop pieds nus sous la lune et pour la France Moi avec ma nouvelle gueule à la Bodganoff j'aimerais courir nu dans le stade de France Ou alors passer à temps X en live pour faire la pub à Meetic - 31 -


Laissez tomber j'ai trouvé Paris Hilton une extraterrestre son pseudo « MissTic Always » seins plats gonflés à l'hélium Une foutue blonde et je finirai sans freak comme le cirque Barnum » Ce n’est pas fini ce cirque ? Non, j’ai bien peur que nous n’avons pas tous vus ! Et moi, je répondrai comme Julio Iglésias : « Non je n’ai pas changé, je suis toujours ce jeune homme étranger… ». Qui n’aimerait pas atteindre le bonheur, être bien sa peau et vivre l’amour idéal ? Personne. Alors j’essaie d’écrire des romances car je suis sans aucun doute, un peu fou ou utopiste comme vous. Et j’ai fini par attraper un virus, celui d'écrire partout et n'importe où, dans mon lit, allongé sur le tapis, au bureau, dans les salles d'attente, au bord de l'eau, sur les bancs publics, en mangeant sur les quais de gare, sur les murs des toilettes publiques, oui c’est moi ! J'écris des lettres à contre temps, des morceaux de phrases verbales ou pas, contre des courants d’airs ou le temps, à contre sens des saisons, contre toute attente, j'écris. J'écris, des vers vides ou pleins, sans substances ni alcool ou fumées, de la prose, des bouts de textes, des expressions, des citations, des fragments d'eau douce en court-bouillon. Je n’ai jamais envoyé quelques morceaux éparpillés ou de papiers déchirés à la poubelle comme un papier de chocolat qui vous culpabilise. Le jour sans idées, l’envie arrivera celle de ne plus pouvoir écrire quelque chose, alors j'imagine le voyage de ces mots - 32 -


glissés dans la soie d’une enveloppe tabac carrée et cet imprévisible décalage du temps, tout a pu changer, l’état d’esprit de l’instant, l’écriture, l'homme ! Faut-il ouvrir ce tiroir secret où les émotions, les sentiments et les colères sont couleur d’encre bleue de la mer méditerranée ? Faut-il s’inscrire dans ces tempêtes et ses ces fracas obscurs des naufrages ? Le texte voyage entre deux respirations, la sienne la mienne. A un clavier froid et impersonnel, je préfère le contact du papier le crissement de la pointe de mon Stabilo PointVisco orange à la pointe ronde qui bave quand il fait trop chaud. J’aime la lettre manuscrite, si rare, glissée au milieu de prospectus sur la table basse de mon dentiste, oui, je cache des mots et j’attends les réponses à ces nombreuses questions sans importance. Qui aime le dentiste ? Qui aimerait lui dire : « Monsieur, vous êtes si délicat que je peux plus me passer de vous ». J’ai reçu une réponse, je l’ouvre comme un dessert, je la savoure avec délice, je la renifle pour savoir si je reconnais le parfum, je déteste cette lassitude de l’attente d’une réponse, j’aime la page blanche indécente, juste dans sa nudité obscène avec un petit numéro de téléphone disant : « Appelle moi et écris moi encore… ». Peut-on écrire les silences et l’attente dans laquelle les mots se dissolvent ? J'adorerais le croire. Écrire avec le désir de vous plaire, de vous séduire, mettre des odeurs sous mon Stabilo paré d’artifices d’une plume pour ombrer vos yeux de mes couleurs d’ange transfigurées et lumineuses. Lettre interrompue jetée au dernier rendez-vous chez le - 33 -


dentiste, là où le message peut être cueilli et lu. Tous les mots posés ici, sont voués à l’errance, à la solitude d’une caresse sans fin, une naissance et une mort, étroitement mêlées. Serait-ce un stratagème pour susciter un attendrissement, entrer dans l’âme du lecteur et s’y dissoudre vers une recherche d'affection et d'admiration ? Les mots partent à la dérive sur un navire, sans voiles ni gouvernail, déchirés par les écueils lacérés, par les vents contraires, petite bouteille remplie de vers à la mer, rejetée sur un rivage sans nom, chahutée par les vagues qui écrivent sur le sable des éphémères dentelles, mousseline blanche où ces mots s’abandonnent à la floraison, écume d'émaux jusqu’à en épouser la transparence. Invisible, serais-je devenu ici sur cette terre ? Alors j'écris jusqu’à plus d’encre pour exister… Et puis, j’ai reçu ce message un jour sous un de mes textes : « (…) j'ai lu ton poème trois fois depuis hier soir et je voulais te dire à quel point il m'a touché par l'amour qu'il dégage et à quel point ton père était une personne qui a compris que la vie puise son sens dans la joie et le partage avec les siens et les autres. Le plus merveilleux est qu'il a réussi à te transmettre son message de la vie, donc je dis qu'il a réussi sa vie tout court. Ainsi son esprit continue à se manifester à travers toi et puis à travers ses petits enfants ! En lisant cet hommage à ton père, j'ai dû penser à mon propre père qui - selon les dires de ses frères et amis - réunissait certains traits de caractère du tien ce qui me fait sentir une parenté spirituelle avec ton père. Le mien est parti à l'âge de quarante ans, fauché par une voiture. - 34 -


Est-ce injuste ? Est-ce un Dieu extérieur qui nous infligerait nos souffrances ? Chacun trouvera sa réponse au moment voulu (…) ». Le premier avril j'ai perdu une amie qui avait mon âge et avec qui je montais à cheval. Elle a connu une longue galère due à un cancer à la jambe pendant une dizaine d'années. Au moment où elle croyait être sortie du tunnel pour recommencer une nouvelle vie avec une jambe en moins, un autre cancer qui s'est déclaré à l'endroit de l'amputation l'a fauchée en l'espace de huit mois. Pour son enterrement j'avais rédigé un texte dont voici un extrait : « (…) Toutes les personnes qui ont connu V. étaient impressionnées par la lourdeur de sa maladie, mais aussi par sa combativité et son courage face à cette maladie, et même le personnel de « l’hôpital des cancéreux » qui pourtant est confronté quotidiennement aux cas les plus difficiles, lui témoignait son affection et son admiration. Il est facile de parler de courage, mais il faut toujours être conscient que ne peut être courageux que celui qui a connu la peur. Et la peur était sûrement un des plus fidèles compagnons des dernières années de la vie de V. Mais je pense que même à ce niveau-là, le cheval l’a aidée souvent à surmonter bien des moments de découragement car un cavalier qui tombe doit toujours surmonter sa peur en remontant tout de suite sur le dos de celui qui l’a fait tomber. Et pendant longtemps c’est l’idée de remonter un jour sa jument G. qui l’a motivée à se battre encore et encore. Alors que dire d’une histoire comme celle de V. Que la vie est injuste ? Que la vie est dégueulasse ? Qu’elle n’a vraiment - 35 -


pas mérité ça ? Qui parmi nous ne l’a pas pensé à un moment donné en voyant sa galère ? Qui ne s’est pas dit : et si c’était moi, serais-je capable d’affronter cela ? V. et sa maladie nous ont obligés à nous questionner sur nousmêmes, sur le sens de tout cela, sur le sens de la vie, sur le sens de notre vie et sur qui nous sommes. Et si sens il y a, pourrait-on dire qu’il résidait dans le partage ? Dans le partage de sa vie qui s’entrelaçait avec celle de chacun de nous, chacun à sa façon et à un niveau particulier. Et que tout cela n'arrivait pas par hasard. Pourrait-on dire qu’il y avait une sorte d’interaction entre tous ceux qui ont touché la vie de V, une sorte d’entrelacement qui engendrait l'époustouflante tapisserie de sa vie. Chaque fil suit sa voie, mais croire que chaque fil est "seul" ne serait-ce pas se méprendre immensément sur le processus de la création de la Grande Trame ? Je crois profondément qu’au moment de quitter son corps, V. a découvert la belle face du grand tableau de sa vie, elle a compris que chaque chose avait sa place et se trouvait exactement au bon endroit, qu’elle n’a jamais été seule et qu’elle ne sera jamais seule, alors que nous, nous sommes encore en train d’essayer de comprendre à quoi peuvent bien servir ces bouts de fils et ces nœuds qui pendent à l’arrière du cadre et qui semblent non seulement n’avoir aucun sens à nos yeux mais qui nous attristent dans leur imperfection. V. nous voulait joyeux et non pas abattus. Savait-elle déjà que le tableau qu’elle allait découvrir dépasserait tout ce qu’elle a pu imaginer en beauté, en lumière et en amour ? Et si V. m’a appris quelque chose à travers ces années de maladie et surtout pendant les derniers mois de sa vie c’est que vivre l’instant présent ne revêt de sens que s’il est vécu - 36 -


dans l’amour (…) ». Un vieux proverbe nous raconte que les talents de quelqu'un ne sont jamais assez reconnus par les siens. Et naît la bulle internet ! Et l'idée d'y écrire à l'intérieur comme dans une bande dessinée me brûle les doigts et m’asperge l’esprit aussi d'y voir toutes ces images fixes ou animées. J'emmagasine et j'attends une brûlure vive pour que quelqu'un, ou soyons fous, pour que tout le monde reconnaisse mes cris, mon écriture ... Virtuellement, certes mais c'est toujours ça de pris. De toute façon, l'écriture reste virtuelle, elle n'est qu'un support à l'action. Et c'est grâce à l'action que l'homme survit. Sur la toile du web, il y a tant d'horizons, d'origines, d'amour et de haine toutes ces contradictions ne peuvent pas mentir. Il ne faut pas être dupe, juste un peu rêveur et savourer l'instant, car bien souvent la mariée est trop belle. J'ai appris à doser mon exposition, je me soigne en restant près du feu de l'automne à l'hiver pour finir de consommer les calories en trop, c'est ma cure de jouvence et d'espoir, un remède assainissant à la fois spirituel et corporel. Et vous êtes heureux, le temps passe et lorsque vous démarrez pour arrêter cet amour sous la fenêtre, l'écran redevient noir comme l'espoir d'y avoir cru. Mais quoiqu'il arrive la poésie reste belle, même la nuit ; et il suffit de lire dans les étoiles, les messages subliminaux que les anges nous envoient et attendre l'archange qui nous les sublime à travers nos sentiments. Si l'on est curieux et généreux, les anges savent nous récompenser à notre juste valeur. - 37 -


Et je viens de glisser un dernier mot sans être le chevalier de l'ordre du mérite ; je ne suis qu'un poète clandestin qui navigue sans sextant sur cette pluie d'automne où l'encre se dilue moins vite que mes pensées. Alors je m'accroche aux dernières feuilles qui tourbillonnent dans ce vent chaud et humide automnal. Et là, l'homme rayonne et se questionne pour savoir où est notre terre promise. Et c'est à cette minute que j'appelle encore une fois la chanteuse dérivant sur le lac des cygnes qui chante sans cesse les cendres, le sang, la haine entre les lignes, d'enfants aux blessures de feu, sous son limpide ciel bleu. Et au sortir de la vague déferlante, je la supplie de leur offrir une étoile et de leur immerger une lumière céleste sur leur miséreuse île ; de délivrer ces enfants de la peur, un nouveau monde sans armures et une perle d’émeraude enchâssée dans un écrin de verdure. Aide-moi à les sortir de la cité oubliée où les arbres sont en béton mâché ; où la mauvaise herbe pousse entre le bitume volatilisé ; où le loisir est le plaisir de se sacrifier et où leurs rêves s'épuisent à forcer la porte de la cage d'ascenseur. Comme s'ils ne voulaient plus s'envoler en apesanteur. Tague-leur sur le champ une étincelle de fierté et dessineleur une clé de voûte sur une arche de fraternité. Et je me souviens qu'ici, près du lac au fond de l'allée, derrière un portillon en bois gris, se tenait un beau verger bordé d'un majestueux platane. Allongé sous son ombre de titane, des songes en mots au jus de citron, j’ai gravé sur son tronc tous mes mots d’amoureux dans la joie, dans la peine, d'être né libre et heureux. Et toujours il me rappelle la liberté de penser sous la grâce de la belle. - 38 -


Ce soir je suis passé près de lui, seul dans la nuit. Une nuit de pleine lune ce soir, j’ai recouvert mes yeux d'un voile superstitieux et ses branches chuchotaient comme si elles m’appelaient : « Tout contre moi mon ami, tu trouveras la force, un coin de paradis ». Et la brise légère continue à chanter sous ses feuilles devenues ombrage, tout droit sur mon visage. Mon esprit chagrin s’envola, je ne l’ai pas accompagnée sur le lac des cygnes tant aimé. Aujourd'hui mon platane vient d'être coupé, vingt ans après le verger où la cité est née. Pour voir à la place pousser un amas de tôles ondulées où ils vendent des fruits provenant des quatre coins du monde ; où ces racines vivantes chantaient hier encore la vraie nature du monde. Et si l'homme de génie inventa la roue, il a inventé aussi le mépris et le dégoût envers la terre qui ne tourne plus dans le bon sens. Mes racines mourront-elles sans qu'il en prenne conscience et ma révolte partira-elle en fumée ? Sans doute sous le joug coupable d’une humanité anesthésiée et par une planche à billets lobbyistes nébuleuses. Et me voilà au cœur d’une légende comateuse, où mon pèlerinage poétique contre le mal, se métamorphose en un voyage astral m’infligeant des blessures de trompe-la-mort ; je le sens dans mon corps qu'un déchirement envahit mon être argileux. Je vois ma chair qui saigne, mes os se tordent frileux et des poils me recouvrent le visage. Me transformerais-je en loup-garou ? Serais-je devenu un esclave parmi les loups ? Où sont mes philtres magiques intemporels ? Où est mon aspect contemplatif originel - 39 -


d’homme cueilleur pieds nus et libre ? Je ne cherche qu'un brin d’herbe en équilibre. Je ne suis pas un apôtre logorrhée, Je ne suis pas un apôtre ni une oie logorrhée, je suis juste un poète concerné qui ne baissera pas les mains ni les yeux même devant le diable et Dieu. Certains me disent que si je continue à cimenter cette bulle d'amour je vais finir chez « Eiffage » prisonnier dans le béton comme constructeur de châteaux de cartes ! Mais je ne vois rien dans les cartes, je vois seulement un bout de terre dans une bulle encore belle et humaine ! Alors je m'y accroche et je vous y invite en essayant d'écrire et de construire votre vie dedans en prenant garde à cette mariée trop belle qu'est internet et de se rappeler que nul n'est prophète sur terre ; car même si l'homme sait faire des bulles avec un chewing-gum, bien souvent elles lui éclatent au visage. Et c’est le vol au-dessus du lac des cygnes à la rencontre du troisième type. Un jour de départ sous un grand ciel bleu. Un bleu outremer intense couronnant les montagnes brunes vêtues d’une couverture blanche avec à l’horizon une ligne épaisse grise et franche. Annoncerait-elle déjà l’arrivée du mauvais temps au profil inquiet de mes yeux ? Je les ferme un instant pour oublier et décolle sans en connaître la raison. Libéré de la gravité, je gagne l’apesanteur sans contre-épreuve, mon corps fait corps avec cet esprit invisible en combinaison, venu d’ailleurs les bras et les jambes écartés comme l’homme de Vitruve. Je flotte comme la plume d’un cygne au-dessus du lac d’Annecy. Serais-je en train de danser à mille pieds le ballet de - 40 -


Tchaïkovski ? Lecteur rappelle-toi de la visse aérienne de Léonard de Vinci. Serais-je vu de la terre habillé de cette invention d'un blanc immaculé et toujours en vie ou suis-je tout simplement un fou du volant en plein ciel nerveux ? Je suis un être à la fois pur, tendre, léger , volatile, voluptueux et nuageux. Je ne suis pas Alphonse de Lamartine au bord du lac du Bourget mais un OVNI croisant pavillon sur « les pages web poétiques » pour mon culte éternel à la poésie. Et d'elle de mon manège romantique et virtuose qui ne s’achèvera pas ici en plein vol si j’ose en névrose pour proclamer mon amour fidèle à la chose. Je n'ai plus aucun trouble même les pieds dans l’eau. Je les garde sur terre avec mon petit oiseau sans appréhender le moindre nouveau trouble. Et le clan est né, cette idée nouvelle de ne plus reculer mais d’avancer. Et j’écris une lettre enluminée pour le paradis car j'ai toujours pensé que ce qui donnait un sens à la vie d'un homme, c'était de protéger une femme. Et une voix lointaine proche de l’ancien verger répond : « J'aime le doute qui se profile à chacun de tes vers puis l'amour comme une révélation, ta muse a su t'inspirer un très beau poème ». Et je me dis, si la perfection n'était pas chimérique, elle n'aurait pas tant de succès. Comme il n’y a qu'un remède à l'amour : aimer davantage car l'amour excuse tout dans un cœur enflammé. Enfin j’ose l’imaginer.

- 41 -


Et si on parlait de l’année bissextile ; c’est une année comptant 366 jours au lieu de 365, tous les quatre ans, il y a une année comprenant un 29 février, ce qui entraine une moyenne de 365,25 jours. On résout ce problème en comptant tous les quatre ans un jour de plus. Tout le monde s’en fout et si on changeait d’heure ! À Élisabeth

- 42 -


Il ne repassera plus Dehors, tombe la neige, Eole frappe sur mes volets et j'entends sa voix. Il est un vêtement pour moi comme je suis un vêtement pour lui. Pourtant, il y a des jours, je me sens totalement nue ; assourdie de ne plus entendre le son de ses mots doux. J'ai peur ! Et bousculée dans ma vie, meurtrie dans mon cœur, j’ai froid et je compte les heures et toutes ses minutes qui s’ajoutent à ma tristesse. Me serais-je trompée, j'ai osé ; osé franchir l'interdit, aller à l'encontre de mes valeurs. Je n'avais rien prémédité, un pur hasard. Des années de fidélité absolue ! J'ai cru à nouveau en l'amour vrai, sincère, profond et partagé, mais j'ai oublié que le rêve et la réalité ne pouvaient cohabiter. Je me suis laissé emporter comme un oued qui retrouve le son de l’eau roulant dans son lit. J'ai fait confiance, je me suis livrée et je me réveille d'un songe merveilleux, magique où le temps s’arrêtait dès que j’étais avec lui. Nous nous sommes croisés à un moment où nos destins se ressemblaient. Il y a des choses que l’on ne comprend pas et pourquoi elles viennent nous frapper droit dans le cœur. Nous avons partagé nos peines, nos peurs, et nous sommes tombés amoureux. Une année de magie, de réel bonheur, jamais je n'oublierai ces moments partagés ! Je fonds comme un sucre gorge sur sa langue et ses mots lorsqu’il me murmure dans le cou : « Quand la nuit s’approche chacun de tes mots me dévore ; je viens à toi pour déserter mon corps. Tu es mon devenu mon asile et alors je deviendrais sage et viril. Quand l’aube survient tes envies exhalent le silence ; je ne ressens que ta - 43 -


présence. Tu es mon devenir, mon asile et alors je me réveillerais serein et de bonne humeur. Quand le soleil de midi éclaire ton âme en écritoire ; je reste immergé dans ton ombre pour la boire. Tu es mon esprit ma source et alors je me nourrirais de ta lumière et de ton essence. Quand le crépuscule trace notre amour entre ciel et terre ; je ne suis plus moi en clair. Tu es mon ange mon alliance et alors je volerais vers toi pour t’emporter en haute fréquence. » Mais, je le sens s'éloigner, j'ai peur de le perdre ! Nous nous étions promis sincérité ; et ce soir, je doute... J'interprète... Je me trompe peut-être. Je ne crois pas. Pourquoi ne pas dire clairement les choses ? L'amour ne peut- il donc jamais être sincère, partagé ? J'ai vraiment mal... Et, je suis là debout en chemise blanche et pieds nus sur le seuil de la porte, sur la dalle en ardoise, les orteils tordus sous le froid de l'hiver. Etait-elle encore consciente ou abattue. Le prénom de celui que j'aime, je le cache dans mon cœur, nul ne le sait que moi-même, c'est mon secret, mon bonheur et je le pleure. Il y a des jours, je me sens totalement perdue ! Je ne voulais pas rêver à tous ces pires jours qui devaient juste rester enterrés sous la neige sans jamais plus ressurgir. Au bout du compte, j’ai eu ce dont je courais toujours après, ce dont je courais toujours après…Je crois dans mon délire, entendre sa voix qui soupire plus suave que jamais, sifflant l'hymne à l'amour à travers mes cheveux, murmurant des je t'aime sur ma peau, serpentant ses notes sur les lambeaux de mes derniers vœux.

- 44 -


Aimerait-elle croquer la vie à pleines dents sans finir folle ? On en rajoute souvent à force de nous assister et de jouer avec nos émotions, on a perdu l’essentiel, celui de vivre sans cloche artificielle… Et j'accumule les désillusions. Alors je m'écroule, j'avoue. Je croyais en sa sincérité, en son amour et ce soir, je doute de tout, de lui, de moi, du monde ! Alors oui, je vais suivre ton conseil et le questionner. Trouvera-t-il du temps pour me répondre ? Il me manque terriblement et je voudrais croire qu'il tient encore à moi, je dois le savoir, je dois effectivement lui poser clairement la question. Mais j'ai peur, peur de sa réponse, peur du vide et de l'absence ! Je me sens nulle en racontant mes problèmes de cœur ; j'ai l'impression d'en être arrivée au point de devoir quémander pour être aimée. C'est ridicule : totalement absurde ! Ce n'est pas moi, je ne suis pas ainsi. Je veux redevenir moi-même, réaliser mes rêves, croire encore en l'amour fou, l'amour vrai, sincère, profond, durable. Je tiens énormément à lui mais je dois savoir, savoir ce qu'il attend, ce qu'il espère, ce que je représente à ses yeux. S'il m'aime véritablement ou si l'amour s'est envolé, parti en fumée. C'était pour eux une bulle au-dessus de la mêlée ! Une histoire de plus où ils ont beaucoup aimé chacun de leurs moments partagés et ils aimeraient en vivre d'autres ainsi, ici ou jusqu'au paradis. Il est vrai que c'était fantastique, énigmatique, irréel léger et tendre à la fois. On ne sera jamais vraiment pourquoi si ce n’est qu’il faut être disponible dans sa tête et son corps pour pouvoir apprécier ces moments forts. Ils ne se sentent pas ouverts en ce moment. Ils n'oublient rien de ces instants et gardent au fond d'eux, - 45 -


chaque geste, chaque regard et chaque caresse. Ils repartent chacun en allégresse comme de vieux amants, tranquilles sur un pas nonchalant... Je dois rester forte, mais rien qu'en écrivant ces mots, je pleure... Fragilité féminine, je me croyais plus solide... Et Noël arrive à grand pas, l'occasion de lui offrir un cadeau pour ranimer la flamme... Le plein de vide s'enchaîne à mon cou, sur mon cœur ; mes yeux se cernent en naufrage sur mon visage ; tout le rouge ardent de mon amour s'engouffre dans ma bouche au fond de ma gorge amère ; après quelques somnifères, je m'endors ; je vois dans l'eau de mon sommeil, une esquisse de caresse qui s'évanouit et se renverse sur moi, sur les empreintes de ses pas afin que je m'en souvienne à jamais. D'un geste lent et d'effacement, je dissimule l'oubli par pincées. Et seule, au creux de mon amour passé, au bord de mon oreiller, je n'entends plus le vent d'hiver mais je sens qu'il neige encore sur mes vers. Il était un vêtement pour moi et j’étais un vêtement pour lui.

- 46 -


Souffrance d'un amour perdu Lieu de souffrance où le vent de ta solitude s'est échoué et a érodé un premier amour d'ombre et de lumière. Ta vie est si pâle qu’il me semble que ton corps ne respire plus le même air que moi. La courbure burlesque de tes épaules, l'inquiétude dans ton regard, le secret de ton faux sourire m'exaspèrent. Quel doute germe et geint encore dans ton cœur ? Et tu es seul comme un cri dans la gorge ; seul témoin de ta douleur, seule vivant chez les morts ; seule en toit de toi, seule comme est vide ton ciel imaginaire. Et plus je te regarde, plus tu ressembles à cette fleur aux désirs exponentiels gravitant jour et nuit sur une pensée mélancolique, riche et profonde, à la recherche des derniers rayons de soleil pour ne pas mourir ; un peu comme une étoile filante qui chercherait à se déposer sur le cœur d'un être disparu, d'un parent pour à nouveau revivre et briller, pour ne pas se perdre aux confins d'un univers sordide. Tous les univers sont sordides, à partir de l'instant où tu ne fais rien, atermoyant le vide pour qu'il te remplisse le cœur. Ce matin, les premières gelées sont apparues au milieu de ce champ de bataille souligné d’un grand rectangle bleu de Prusse, encadré par ta fenêtre de bois blond face à ta couche. Un ciel qui a découvert un lit froid et défait comme après un long sommeil au milieu d'une tempête de neige. Et affalée, les yeux hagards, tu essaies sans cesse de te rappeler du bon battement de ses cils et de son cœur ici ou ailleurs pour qu’il te ramène à lui. Serais-tu un scintillement d'espoir et d'amour assis sur un fil téléphonique attendant un appel ou l’exode comme un rang - 47 -


d’oiseaux migrateurs cherchant le bon moment pour décoller ? Tu vis encore à travers tes souvenirs sans qu’il te les souffle à nouveau avec des mots ou te les dépose sur ta peau. Il te reste de lui un filigrane, une image nébuleuse... Et tu devrais tourner la page ! Car cette destinée, en absence de signe, te rende si dépressive. Je connais cette difficulté à vivre normalement alors que nos pensées ne sont jamais avec nous. Le temps est là pour me faire dire qu’il ne reviendra plus te caresser ton corps de porcelaine ni te baiser tes lèvres pulpeuses ; et de jour en jour, j’aperçois avec douleur ton sourire s’atrophier d’amertume au milieu de ton visage jadis si emblématique. Oublier, ne serait-il pas le verbe le plus approprié pour ne pas mourir d'une maladie d’amour lointaine ? Tu es tellement accrochée à cet homme à présent, qu’il vient se noyer dans tes larmes comme s'il était devenu un mythe perpétuel à tes yeux. S'il a été ton âme sœur pour un temps dans ta jeunesse, désormais il se consumera pour toujours dans la fiction. Alors, je te souhaite profondément de réussir le bon envol, qu'il soit un véritable oubli et te rende ta liberté.

- 48 -


La rose blanche Sur le bord d’un minuscule balcon, délimité par un gardecorps en fonte, isolé sur une façade de style art-nouveau, la vie s'effrite sous l'oxydation et les pluies acides qui se déversent depuis longtemps sur l'immeuble. Comme la coupelle ébréchée en porcelaine mauve posée et remplie de graines pour les pigeons, les seuls visiteurs sur cet îlot perdu au milieu d'une masse assourdissante d’inconnus. Au centre un pot en terre cuite de chez Ravel, le dernier cadeau de son défunt fils. Vieilli par la crasse volubile et par le calcaire dû à un arrosage intensif, le pot est calé contre le cadre de la fenêtre en bois écaillé de larmes blanches. Au centre de cette poterie une fleur se meurt sans sentiment sans haleine, serait-ce une rose ? C’est son unique champ de vision, elle qui aimait tant se perdre dans la nature, aujourd'hui condamnée à perpétuité entre des carreaux sales et une grille rouillée. C’est dans les livres de sa modeste bibliothèque, qu'elle cisèle des bouts de vers à l’endroit à l’envers pour se distraire. A partir de ce vide opaque, échappera-t-elle à l’air pollué du temps qui s'écoule sans bouger ? Au fur à mesure pour tuer le temps mort, de pâles ou de belles éclaboussures aveuglent ou réaniment son âme, ses souvenirs renaissent dans son jardin d'enfants, où mille fleurs fleurissaient en cœur à chaque printemps et s’endormaient à chaque automne sans nostalgie. La neige parfois recouvrait le sol d’un tapis ouaté translucide où elle rêvait encore d’observer la vie. Ces étincelles sans importance lui frappent la rétine chaque jour un peu plus, ses yeux gris où la couleur a fini par se - 49 -


délaver et, seule penchée à la fenêtre, elle fixe obstinément son pot de fleur à la rose blanche. Ce vase sans empire pour le meilleur et le pire a vu toute cette fin de vie s’échouer comme un poisson sur une plage en train de sécher au soleil après une tempête sans que personnes le remette à l’eau. Hurlerait-elle dans le noir son ennui, personne ne l'entend, le monde est devenu sourd. Seule, la rose blanche reste fidèle. Il est vingt heures ce soir, les cloches sonnent le glas, le soleil s’est couché sur la coupelle et le pot en terre cuite, la rose blanche se referme, laissant ses dernières gouttes du temps sur le visage stoïque de Rosa, Et puis la dame du balcon à la rose blanche s'efface pour rejoindre les traces de son fils. Elle repose désormais sous son pot Ravel déposé sur sa coupelle en porcelaine couronnée de cette fameuse rose blanche en plastique ... Vivants, ne laissons-nous pas grignoter par la mort !

- 50 -


Le parfum Après l’orage annoncé, toutes les fleurs du jardin sont étiolées. Seule l'orchidée rose et blanche de mon vase en porcelaine que je protège avec amour resplendit. Elle est toujours en vie. Le chaud, la pluie, la neige, le froid et le vent au mois d’Août comme au mois de Février seraient la cause de ce réchauffement d’un cœur tellurique. Alors qu’un parfum amer flotte invisible en cette soirée où se lève la brume, la nature se pare d’un nouveau costume. Et je pose me pose cette question : « Qui es-tu parfum ? ». Serais-tu la misère d’une terre qui a faim, une terre anorexique ou boulimique. Serais-tu la folie des hommes jouant les malins, des hommes sans foi ni loi. Serais-tu le soleil caché se levant à son tour pleurant de fou rire, où ses rayons se noient et brûlent sans savoir pourquoi. Serais-tu la forêt rasée ou abandonnée se levant sans détours aux abois, où ses feuilles sèches pourrissent sans savoir pourquoi. Serais-tu l’odeur d’un homme innocent se levant comme toujours et qui respire ces nuages noirs ou laiteux stagnant sans savoir pourquoi. Serais-tu la crasse d’un homme coupable ne dormant plus que d’un œil comme un hors-la-loi et dont ses envies démesurées finissent par détruire et tuer sans savoir pourquoi. Un parfum terrestre ce matin, en ouvrant ma fenêtre, m’a soulagé. J’ai regardé partir à l’école mes enfants main dans la main. Alors pourquoi nous les innocents nous ne le ferions pas - 51 -


demain matin. Et à la seconde où tu ne seras plus là, je me vaporiserai harmonieusement de tes parfums. Je te ressentirai entre mes mains et t'enverrai une note de tête ; comme éléments légers et volatils en fête, un goût de citron bergamote et nérolis volés mais ils ne dureront que le temps d'un baiser. Et à la minute où tu ne seras plus là, je m'abreuverai en dansant de tes parfums ; je te promènerai à travers moi comme venin et t'expédierai une note de cœur. Un thème cher et puissant de mon chantepleure, une senteur muguet jasmin chèvrefeuille violette rose magnolia mais Il ne durera que le temps d'un alléluia. Et les heures où tu ne seras plus là, je me volatiliserai en chantant avec tes parfums ; Je te sublimerai à travers mes pensées sans fin. Je t'ordonnerai une note de fond, un élixir récepteur de mes éphémères infusions, une mousse de chêne opopanax musc santal mais il ne durera que le temps de ton retour inaugural. Et les jours où tu es là je m'enivre de ton parfum et je me confonds à ton corps alcalin, en m'imprégnant de tes notes indélébiles, d'amour de vertige et de beauté ductiles ; je m’enivre encore et encore de tes odeurs aphrodisiaques terrestres. Tu es mon paradis, tu es la femme de ma vie.

- 52 -


Et votre soleil devient l'ombre de mon amour L'amour c'est un peu ça, un coin de lumière qui se perd dans la nuit. Et soudain, c'est votre aura vagabonde qui percute les ventricules fiévreux de mon réveil écœuré. Serait-il déjà l'heure ? L'heure de quitter le lit à baldaquin avant de rejoindre en plein jour, ce monde gorgé d'angoisses exorcisées et détergent. Il y a des rêves bien plus beaux que la réalité, mais cette absence résonne fort, comme la sonnerie de votre cœur, lorsque endormi vous me dites des mots d'amour à mon oreille sous écoute. Ce saut du lit, comme celui de l'ange me déverse une pluie de questionnements sur mon humble conscience : « Vais-je revoir ses bras liés à mon cou et ses lèvres roses sur ma bouche frileuse dans l'attente d'un vertige ascensionnel ? Vais-je me noyer dans son regard exotique sur son île à l'incantation magique ? Vais-je éclore les cils à l'orée des auréoles émotionnées de ses deux symboles ? » . Le réveil sonne, et pourtant, il n'y a plus personne, tel est le dernier appel d'une offensive vitale désespérée sans cœur ni artifices ; j'aimerais renaître dans un tableau final d'espérance, où se déverserait sur un champ d'honneur, une belle escapade nocturne, sous les feux d'un amour patriotique. Un feu dans lequel mon être trébucherait vers une âme enflammée ; où la cendre m'évoquerait la luxure éternelle ; où s'assècheraient dès le départ nos fuites en avant et votre soleil deviendrait l'ombre de mon amour.

- 53 -


A ce moment précis j'aimerais crier cette poésie : « Son, écoute le boucan Ton corps et ses grésillements Ecoute Tu es la porte d'entrée des bruits qui m'entourent Tu m'attends dénudée sans détours Même parfois ton silence me rend sourd Son, écoute le barouf Ta turbulence en train de faire plouf Tu es la clé de voûte de mes éclats et raffuts Tu es le tympan de mes ragots et brouhahas biscornus L'osselet de mes jeux interactifs et pêchus Son, écoute le tintamarre Ton cœur et son battement qui en a marre Tu es l’arène de mes cacophonies et délires Tu es le pavillon de mes râles et désirs Le conduit de mes nouvelles et soupirs Son, écoute la rumeur Ton ronflement qui s'échappe de la lucarne en pleurs Tu es l’hémicycle de mes commérages et stridulations Tu gères mon équilibre et déclic sans concessions Et son, écoute-moi Je ne suis que ton limaçon. » Alors réveillez-moi ce cœur qui rampe à terre jusqu'à vos pieds. Pourtant souvenez-vous de cette aura tendre et légère qui a fini dans la lourdeur de ce fol amour . Et n'aimez pas comme je vous aime, vous deviendrez plus folle qu'une pendule d'un temps qui ne s'écoule plus entre vous et moi. Les secondes passent comme si elles n'existaient pas. Je fixe - 54 -


un aplat vert avec des taches rouges cloîtrées dans un cadre en bois blond, un champ de coquelicots bordé d'une prairie verte vraisemblablement, une nature muette et sans odeurs ; la vitre de protection reflète vaguement un visage abstrait et la lumière blafarde d'une lampe à économie d'énergie de la suspension en papier Kraft, sur lequel j'ai écrit ce poème en prose. Il n'y a ni date ni nom inscrit, serait-il vraiment de moi ? Aije inventé cette histoire pour me rassurer que le temps n'est qu'une illusion et l'amour un coin de lumière qui se perd dans la nuit.

- 55 -


Je poursuivrai ma chance jusqu'au fond de ses yeux Mon amour pour vous serait-il synonyme d'un acte nucléaire comme votre regard est celui de ma lumière ? Il est vingt-trois heures cinquante-deux minutes et quelques secondes, peu importent les détails, le compte à rebours quoiqu'il arrive est désormais engagé ; il ne se retournera jamais pour vous demander si vous voulez encore réfléchir ou vous arrêter un instant. Les yeux perdus à l'épicentre de ce champignon hallucinogène où l'homme confond les éléments le ciel l'eau le bois le feu la terre et le métal m'obsèdent et me dévorent. Sous son souffle engorgé dévastateur, le dernier coquelicot se presse contre moi et son empreinte coule le long de mon poignet ; survit un brin d'herbe collé dans le creux de ma main qui me supplie de continuer mon chemin. Prendrais-je alors mes jambes à mon cou pour courir plus vite, sans me retourner et sauter là, où je n'ai sans doute plus pied. Demain, c'est le jour où l'herbe me dira si j'ai atterri au bon endroit. La nuit porte conseil comme le vent porte la graine et le temps participe à la germination d'idées nouvelles. Et dans l'intervalle, je me souviens d'elle accrochée à moi, de son regard noir apeuré scrutant l'horizon , de sa peau moite enveloppée d'un linge écru, de son visage ovale blanc aux lèvres fines violacées avec son air de joli papillon, de ses cheveux corbeau coiffés d'un chapeau de paille signé par la courbure de ses longs cils face au vent nucléaire. Je me rappelle de son visage coincé au fond de notre berceau, mais je ne me rappelle déjà plus comment elle s'appelait ; et nous sommes submergés par les flots et voguons prisonniers, à la rencontre, au cœur du - 56 -


tsunami dans lequel tout s'envole, aussi bien le passé, le présent et le futur. Et la vague noire lumineuse ancrée dans son regard déferle dans mes yeux plus vite qu'un taureau ailé dans une rizière d'argent. Et tout se volatilise. Ce cataclysme n'a pas protégé mon œil de cet assaut percutant ; les fleurs ne me recouvrent plus l’âme de parfums et de couleurs vives ; ma vie ne s'ouvre et se ne referme plus selon l'intensité de sa lumière ; mon cristal ne brille plus ; la netteté de ma vision reste floue et éphémère ; mon imagination ne reçoit plus son image et ne la renvoie plus à mon être passionné sans décliner. Tout cela pour vous dire de ne pas rester dans l'ombre de vos pensées et criez : « Ouvrez vos yeux pour voir le jour Qui se lève au coin de ses yeux Ouvrez vos yeux pour voir le soleil Qui brille dans ses beaux yeux Ouvrez vos yeux pour voir l'intelligence Qui sommeille derrière ses yeux Ouvrez vos yeux pour voir l'amour Qui vous attend à travers la douceur de ses yeux Ouvrez vos yeux pour proclamer votre flamme Qui brûle la rétine de ses yeux Ouvrez vos yeux pour recevoir ce cadeau Qui s'offre à vos yeux Ouvrez vos yeux et votre cœur Qui s'uniront sous le regard de vos yeux. » Et même si le ramassage est clos, j'aimerais cueillir à - 57 -


nouveau ce champignon décomposé sur ce tas de feuilles jaunies par le temps au pied du vieux chêne ; je poursuivrais ma chance jusqu'au fond de ses yeux, car mon amour pour elle est une énergie nucléaire, comme son regard est celui de ma lumière. Je m'empresse de rejoindre le berceau de mes amours, ce nid perché à l'orée de la forêt de chênes verts, c'est l'heure de m'en aller, et de refermer le tiroir à clé où le coquelicot s'est endormi à côté du brin d'herbe.

- 58 -


La vérité est en marche et rien ne l'arrêtera Au mur, une vieille photo dans son cadre est abimée, une photo d’elle enfant gondole sur les rives de ses chagrins d’une vie mouvementée. N'y-a-t-il vraiment rien qui puisse marcher si l'on songe à tout ce qu'il faut pour que cela marche ? Et les automnes passent. Aujourd'hui, il pleut des torrents de larmes et elle marche sous la pluie. Et si hier, elle marchait sous l'orage d'Est en Ouest, demain marchera-t-elle vers le Sud dans le bonheur ? Elle marche comme un pénitent, elle marche car il est encore temps, elle marche sans savoir depuis combien d'années, combien de mois et de semaines, mais elle marche. Elle marche le regard fuyant vers le néant, vers le cimetière des éléphants à travers vents et marées, sans chercher la croix ou la bannière, mais elle marche. Anthracite, la nuit tombe à l'Est, et s'accroche à sa peau ; elle la subit en évitant les miroirs boueux et gras qui recouvrent ce chemin mortel, sans itinéraire précis, d'une femme qui n'arrive plus à se projeter dans l'avenir. A cet instant, dans cette obscurité qui s'épaissit pour atteindre le noir absolu, elle semble si peu de choses sur cette voie sans issue. Se serait-elle perdue ? Elle avance sans savoir où elle va, mais elle avance, comme tout le monde, seule jonchant les vivants et les morts. Et soudain, par chance ou persévérance, elle voit une échelle en bois immobile devant elle. Une échelle parsemée de feuilles sèches et rougies par ce temps gris sans couleurs baignant dans le sang ; une échelle façonnée par la main d'un être torturé, lui aussi, ou perdu - 59 -


comme beaucoup dans ce monde sanguinaire. Pourquoi cette échelle est-elle plantée là, au garde-à-vous, les pieds dans la boue et la tête dans les nuages ? Elle attend peut être une main pour la sortir de ce bourbier et un ouragan d'amour pour lui offrir un dernier souffle d'espoir de fuite ou d'attache. Aimerait-elle être regardée, embrassée et touchée par cette âme oubliée au bout de ce chemin qui débouche sur le paradis, pour celui ou celle qui a encore gardé la foi ? Et l'échelle lui tend ses mains, sans aucune hésitation elle s'agrippe, les mains serrées sur ses branches recouvertes de nombreuses ramifications, à travers lesquelles elle voit le sang couler vers un cœur énorme qui bat à l'unisson. Ses phalanges tendres et fermes la conduisent vers une émergence située sous une immense alvéole étoilée aux odeurs d'épices particulières ; des odeurs à la fois piquantes, douces et parfumées, celles qui créent l'envie de liberté, d'amour et de bonheur. L'échelle s'enfonçait-elle vers un pays à bout, en guerre en perdition, où la faim la corruption asservissaient une femme seule effrayée épuisée sans porte-voix. Et dans une flaque d'eau, elle aperçoit une réminiscence de son enfance issue d'un nid guerrier, devenue clandestine avec un avenir à huis-clos et propulsée aux quatre vents sur les flots. Elle était prisonnière à même le sol, proche d'un piédestal, où une araignée rouge au cœur noir du haut de son astre dirigeait cette cérémonie guerrière, ses toiles abandonnées construisaient une junte céleste infranchissable. Et de l'autre côté de l'échelle touchant les nuages et l'ouragan, cet enfant a ce rêve de rencontrer un pays - 60 -


d'adoption, de la nourriture à profusion. C'était pour lui une envie, un manque, un vide évident en planque. Et à l'Ouest, une femme égarée déchue sans enfant, un cœur chantant sur la rive des sanglots avait un rêve, elle aussi. Et ouvrant à Dieu ses ailes à l'orphelin, elle reçoit un jour la grâce d'une colombine recouverte de boue. C'était elle, cet enfant venu de l'Est ! L'aventure de ces deux inconnus qui ne se connaissaient pas, celle portant à jamais le voile au cœur de tes souvenirs d'enfant et elle que tu aimes appeler maman les jours de grand vent, t'a enveloppé un soir d'hiver dans ses bras. Deux destins, deux vies sur ton chemin. L'une fut ta bonne étoile et te délivra ce besoin d'amour, l'autre est ton soleil éclairant ta route comblant tes manques sans détours. Là-bas ton arbre a pris racine et t'a transmis tes dons ; ici tes branches fleurissent en t'offrant une dimension, te protège et t'illumine. L'une fit naître en toi l'émotion sous l'échange de vos premiers rires, l'autre calme tes angoisses de Cendrillon séchant tes larmes sans rien dire. Aujourd'hui ne cherche pas à savoir pourquoi tu es une artiste, heureuse ou triste. Ne cherche pas à savoir pourquoi tu es une femme libre, affirmée ou sur un fil en équilibre car le temps dessine l'amour et demain sera un autre jour. Rien ne peut vraiment marcher si l'on songe à tout ce qu'il faut pour que cela marche. Alors, si tu es d'accord, aime, aime comme j'aime, aime la vie tout simplement sans te poser de questions. Aime et marche tout droit peu importe l'horizon car il n'y a pas mieux que le regard et le toucher pour savoir où on en est. - 61 -


Tout d’Y C'est l'histoire d'Y ou d'une maladie d'amour dans un quartier chaud qui finit au bled dans un quartier froid ... Bonjour. Je suis une jeune fille d'origine contrôlée Monsieur Guéant ! (Avec un T comme Tintin ou avec un D comme Débile, on s'en fout, la terre sera toujours ronde n’est-ce pas et la femme l'esclave de sa douceur ?). J'ai la vingtaine comme seul horizon ; je ne suis pas blonde ; je suis brune teinte en blonde car j'habite Marseille ! C'est une tendance qui dure, ma grand-mère et ma mère se déguisent de la même manière, seule mon arrière-grandmère garde ses beaux cheveux corbeau et brillants sous son voile ! C'est comme pour les tatouages et les piercings que j'ai abondamment semés sur mon corps entre mes arabesques d'henné dessinées par ma tante. C'est chic et ethnique, je partage un sentiment qui représente un clan et dégage une force, c'est important ce mode de transmission des cultures. Et si c'est un signe de reconnaissance pour moi, c'est aussi un signe de détresse intérieure. Je voulais dire, mais il ne faudra pas le répéter, sinon ils vont me casser la gueule : « Mes tatouages fantaisistes sont faux, c'est mon frère qui me donne ses transferts malabar... ». Et je tiens à dire aussi, que je ne suis pas une « Cagole ! » juste une jeune femme qui survit dans un quartier chaud, où il faut être au diapason sans faire trop salope mais un peu quand même ! Et je voudrais me sortir de cette spirale infernale que sont la tristesse et le ridicule, de toute cette merde qui n'est pas moi. Car l'habit ne fait pas le moine et le maquillage le clown ! Je ne suis qu'une jeune femme qui joue à la grande sauterelle, à la « râpeuse de strass ! ». Comme j'aimerais trouver l'âme - 62 -


sœur sans ses frères son père et sa mère sur le dos, comme j'aimerais revoir un père au boulot et une mère au fourneau ! Juste quelqu’un de bien pour me sortir de ce ghetto ! Le temps s'écoule... Je mûris sans arbre sur une branche cachée derrière un vieil écran d'ordinateur. Et si ma mère a repris le balai mon père ne fait rien. Il commence sa retraite... Et j’ai rêvé d’un asile sans psychiatrie, d’un monde parfait où l’on serait libre au milieu de balles de coton et non de plomb, à l'abri, sous les ailes d'un ange ; et, comme racontait mon grand-père : « Les Anges ont été créés à partir de la lumière, le djinn a été créé à partir d'un feu pur, et Adam a été créé à partir de ce qui vous a été décrit. ». Et pour moi, seul le désir d'aimer me parcourait les sens. J'ai une maladie, une tristesse qui dure depuis deux ans et qui me chevauche l’esprit et le cœur ; tenace et qui me ronge peu à peu comme le fibrome de l’utérus de ma sœur... Encore un malheur qui s'ajoute ! Deux ans c'est long. Je sèche comme la chair anorexique de ma copine et grossis comme Bobos le fils du marchant de kebab et de mouches ! Tout démarre d'une histoire d'amour. C'était mon rayon de soleil au milieu de ma misère quotidienne. C'est un garçon merveilleux. De mon âge, ambitieux, intelligent, d'une famille relativement aisée. Je le trouve parfait. Moi, je suis d'un tempérament un peu triste, introverti. Lui, n'a pas peur de parler de ses sentiments. Je préfère le faire à l'écrit. Parfois c'est grinçant, car je parle surtout de mes craintes, de - 63 -


mes chagrins. Des blogs dont il a connaissance et qu'il a du mal à accepter. Pourtant j'écris encore... Nous nous entendons bien, nous nous aimons, ça ne fait aucun doute ! Mon rêve se poursuit dans les méandres de mes nuits… Le temps s'écoule... J'aime sous l'arbre un ange sur une couverture dénudée. L'ange passe, un choc ! J'apprends que je suis enceinte. Je le lui annonce... La réponse est sans appel : « Et tu penses faire quoi ? ». Là c'est la descente aux enfers qui commence... Evidemment j'avorte. Hors de question que je le garde... Nous ne travaillons pas, nous habitons chacun chez nos parents qui ne se connaissent pas. Nos familles d’origine ne sont pas compatibles ! Lui, doit terminer des études de haut niveau. Je sens comme une pression de la "belle famille"... Si je ne le fais pas ça sera le drame. Alors je le fais... Et le remords et l'amertume s'emparent de moi. Nous n'avons pas réfléchi une seule fois à une autre solution que l'IVG. Il est clair que personne n'en voulait de ce bébé. Sauf moi ! C’était mon sauveur… Mon ange libérateur ! Le rêve s’achève… Quelques semaines se sont écoulées. Je ne rêve plus. Rien ne va plus entre nous... Moi je doute de tout. Jusqu'à sa fidélité... Je deviens intrusive et suspicieuse... Lui ne me fait aucun cadeau. Il est rude... Je fuis... Nous faisons un break. Nous décidons de garder contact et de rester fidèles. C'est même lui qu'il me l'a demandé... J'écris toujours. C'est de plus en plus grinçant. Je me - 64 -


complais à faire des pamphlets sur les hommes en général. Lui y voit des attaques personnelles... ça n'est pas le cas... Il me quitte au bout de deux mois, me disant qu'il ne m'aime plus. Il m'insulte de tous les noms, me dit que je suis folle, j'ai besoin de me faire soigner ! Il me dit que je peux bien crever, que je suis une bonne à rien, que je rate tout, même mes études... C'est sûr il ne parlait pas de moi à ses amis... Tous des futurs médecins, experts comptables et compagnie... A travers ses paroles c'est sa mère qui prend le relais. Elle finit de m'achever, pense que j'ai détruit son fils, et me menace de main courante ! Un an environ s'est écoulé depuis. Et je pleure toujours. Je l'aime toujours. Il a été l'amour de ma vie... Je n'ai plus jamais eu de nouvelles... Et j'essaye d'en avoir désespérément. Je passe des heures parfois sur le net à essayer de retrouver une trace de lui, à essayer de savoir ce qu'il devient. Sans le contacter pour autant. Je sais simplement qu'il s'est réinscrit sur le site de rencontres sur lequel on s'est rencontré... Moi je m'invente une vie depuis sur mes blogs, mon site Copains d'avant « En couple, en ménage et heureuse». Dans l'espoir qu'il le voit... Que ça lui fasse du mal. Seulement le temps passe. Et je crois que lui m'a tout bonnement oubliée... Depuis un moment déjà... Tout est devenu difficile. Ma vie, mes études, mon quotidien. Je suis toujours dans ce quartier où le vent souffle toujours sur les mêmes imbéciles et amours. Je ne pense qu’à lui, je ne rêve que de lui. Je le vois revenir toutes les nuits. C'est un combat de tous les jours. Je n'ai - 65 -


plus envie de rien, ni de manger, ni de m'habiller, mon année scolaire est un fiasco et mon père me frappe mon frère m’interdit de sortir… Et heureusement qu’ils ne savent pas tout ! Comment me sortir de là. Je prépare mes études à domicile, ce qui me rend encore plus vulnérable. Je ne vois personne. Hormis lui, dans ma tête. Combien de temps pour guérir d'un chagrin d'amour ? J'espère trouver de l'aide, car je n'en peux plus. Je suis toute jeune, et j'ai l'impression de porter déjà tant de chagrins sur mes petites épaules ! Un jour je reçois une photo. Le flou de cette photo me fait penser à une vieille photo de quelqu'un de connu d'une beauté troublante ! Je parlerais plus du grain de la photo comme celui de sa peau ; et je l'imagine ouatée très belle, onctueuse comme un tapis de neige fraîche aux cristaux tièdes qui fondent sous ma couverture, mais je ne le connais pas. Sans doute à cause de cette noirceur qui a bercé mon cœur depuis toute petite dans ce monde de brutes et de cet amour perdu, je suis devenu aussi sèche que son os. Ah ! Comme j'aimerais bien rentrer dans le cadre, ce qui m’éblouirait mes pensées les plus folles et douces car tu es vraiment beau mon ange ! Je baisse les stores gris de ma chambre, c’est l’heure de partir… Vers cet homme que je ne connais pas ! A tout d'Y.

- 66 -


L'annonce d'Everest Smoking Après quelques tentatives de « speed dating », Everest Smoking passe de la minuterie d'un d’une pub tombée dans un anonymat infernal à une annonce mondiale sans prise «RJ45», une annonce lumineuse littéraire sur une page Web. Une sorte de grande cour de récréation Wifi où toute la planète vient courir, jouer et surfer sans contraintes ni obligations et cordon ombilical. Et c'est sur une étagère bleue ciel et blanche d'une page vierge Word à travers sa main droite déterminée, qu'il s'exprime et dépose sans encre, ni assaut vertigineux son appel au secours. Et d'un « copier-coller » sa prose se calque sur cette feuille, où la plume de son cœur a compilé ces quelques phrases humoristiques : « L'homme qui ne tombe jamais à pic est intéressé par vous et par un minimum de culture au sens large de sa collection de boules à neige, d'assiettes souvenirs et de râteaux de plage. Après avoir dévoré jour et nuit toutes les collines et ruelles du pays d'Aglaé et Sidonie orchestré en si bémol avec alcools et fumées, il s'accorderait volontiers une cure de jouvence amoureuse stable et sans arrière-pensées avec un manche souple et de caractère, s'il n'est pas en fer car il préfère le paradis. En réalité, un manche en bois ou en corne de muse enrobé d'une robe mousseline couverte de pétales d'un cœur d'artichaut qui aimerait l'art comme le cochon et les autres aspects désastreux de notre civilisation, lui conviendrait. Libre ou pas, peu importe, à partir du moment où le vent danse en duel sur la neige et le sable, car une congère même - 67 -


éphémère gèle moins vite qu'une frustration de chair et fond comme chocolat sous les feux de l'amour. Si gravir une pente en plein milieu de la nuit à la belle étoile réjouit votre libido, l'homme à l'artifice sublimera sans concessions votre aurore ; et il osera croire et même dire alors, que vous serez à cet instant sa face Est, son lever de soleil tant désiré. Et, c'est sans contrefaçon, que ses volets vous attendent, ceux de ses sensibles et beaux horizons. L'homme tombera-t-il à pic ? Amoureusement votre Everest Smoking ». Il vous transmettra, si cette libre annonce sans filet vous a séduite, sa vie sous clé USB, en textes et images 3D, alors munissez-vous d'une paire de lunettes adaptées car un éléphant ça trompe énormément.

- 68 -


L'amour est sensation L'ange blanc a-t-il le diable au corps ? Quand un cœur demande le silence, c'est parce qu'il a cette conviction de devoir juste écouter sa propre voix. Mais il souhaiterait encore conserver des sensations non loin de lui, pour ressentir ses coups de sang et désir. L'ange blanc aimerait changer de direction, suivre le vent dominant d'automne et prendre un bain de mousse à la violette sous un geyser en Islande ; de déposer ses pieds fatigués sur des pierres chaudes volcaniques pour finir sa démarche dans la lumière du ventre de la terre. Est-ce que cette cure terrestre le rendrait plus transparent ou sanguin ? Son œil, son oreille, son nez, sa langue et sa main perçoivent quelque chose. Tout cela demande à s'ordonner de manière intelligible, à sortir de la confusion originelle, à trouver issue vers la lumière grâce à cet influx spirituel que cette cure a suscité et dont il obtient, en retour, sa propre élucidation. Voici l’ange blanc au centre de l'univers, le décrivant par un quintuple rayonnement. Au bout de chaque sens, le monde acquiert un sens. Et c'est conscience de vivre. Le monde prend forme dans l'information mutuelle du corps et de l'esprit. Et c'est le verbe qui opère. Et l’ange traverse le mur du son sans demander de conseils pour passer de l'ombre à la lumière. Obscur cheminement des signes vers une signification pressentie qui met en œuvre la découverte des sens. Et c'est connaissance. La parole passée par le sens. Ce sont eux, maintenant, qui passent par la parole. C’est la parole qui donne sens à tout, nouant en elle-même, à travers les choses - 69 -


qui la convoquent ; mais qu’elle évoque les rapports visuels, auditifs, olfactifs, gustatifs et tactiles grâce auxquels le monde en perpétuelle genèse est recréé. Un jour un violoniste a dit : « L’âme du violon chante-t-elle à l’attaque par l’archet des cordes que les doigts modifient ». Le chaos de couleurs, de rumeurs, d'odeurs, de saveurs et de pesanteurs, et leur surgissement comme des veines profondes, à la voix qui les nomme. L'amour à l’état brut, comme un minerai. La poésie comme l’amour reste prise dans la gangue des mots. Elle est elle-même sensation. Je dis rouge et je le vois ; cloche et je l’entends ; coquelicot et je le respire ; sel et je le goûte ; caillou et je le ramasse. Pourquoi, lancé contre la cloche rouge du coquelicot, le caillou se change-t-il en sel fleuri ? Voici le monde signifié de nouveau pour ceux qui en font abstraction à force d’habitude, ou pour qui il n’échappe, à la confusion primitive que par de soudains éclatements : l’œil se dilate, l’oreille se dresse, le nez se fronde, la langue pend, la main s’agite, mais dépourvus de sens ! Et de l'autre côté du trou noir, c'est une femme aux pieds nus avec des reflets irisés d'opale. Elle écoute son silence répétitif comme une visite qui frappe sur sa porte sans judas. A contre cœur, elle n'ouvrira pas. Sans doute à cause de tous ces changements brusques de températures et d'humeurs. Sait-elle encore à quelle année lumière elle habite ? Et l'ange peut seulement mettre des vers dans des espoirs qui sont déjà aveugles, car cette femme presque évaporée est submergée par le spleen. Elle aimerait repousser la bise qui s'infiltre sous sa porte après avoir pris un bain de sel dans la Mer Morte sous le - 70 -


soleil d'un désert de sable vivant, pour enfin déposer ses yeux amers et ses larmes salées sur le corail d'un lagon, et nourrir à nouveau ses envies de paroles et d’amour. Est-ce une femme extralucide ? Et, elle traverse le temps à raison sans perdre un instant le fil de la situation. L'ange blanc aperçoit son cœur dans une assiette pour celui qui aimerait le manger froid. Il n'a plus qu'à se servir. Son chagrin est une assiette qu'il ne faudrait jamais servir froide, parce qu'il est la cause du vague à l’âme de ce caillot. Et le souffle de ce vent salin d'automne ne craignant plus la glace, dégèle la colline derrière la porte, pour fleurir tous les sourires du monde, chassant ce spleen ambiant. Et le cœur comme un enchantement se réchauffe sous la chaleur volcanique de cette Comtesse aux pieds nus, libérée et libérant l’ange blanc. La poésie fait sensation. Plus véridiquement : L'amour est sensation !

- 71 -


Cil vol au vent au pays d'Arcadie Dans l'obscurité dans la lumière Dans une maternité sous un réverbère Nous sommes tous nés quelque part Les yeux clos innocents La peau fragile en état de larve Beaux et laids l’esprit fugueur Et nous nous sommes épanouis Ouvert au monde malgré nos blessures Pour les Êtres Humains Je suis libellule Je suis multiple et multitude Je suis agilité élégance beauté Je suis la gardienne de l’eau la sentinelle Lorsque je suis apparue La terre était couverte de clairières De prairies et de forêts Dans les paysages Le charme venait des étangs D’où émergeaient des lumières délicates Les brumes qui font rêver Les rêves qui donnent les berceuses Les histoires les contes Tous ces contes Dont les hommes ont besoin pour grandir Et se transformer Nous avons en partage

- 72 -


Le goût du changement Et celui de la curiosité Le temps s’écoule Je suis née là Où vous vous tenez Au bord de ces galets usés par le temps Au début ce n’était qu’un point d’eau Puis un étang nourrisson Ce fut un bassin Aujourd’hui C’est une fontaine qui m’honore Et qui s’en s’amuse Elle et moi Nous vous accueillons avec joie Lecteurs Cela ne fut pas toujours le cas Durant bien des âges Les Vol au vent ont prospéré Sans rival dans ce pays de cocagne Nous étions là avant vous Tu ne t’en rappelles peut-être pas Nous avons connu les dinosaures Et assisté à la naissance des premiers oiseaux A cette époque Notre envergure pouvait atteindre 70 cm Comme bien d’autres espèces Reptiles ou arbres - 73 -


Nous avons décliné La métamorphose fait partie de notre règne Nous réapparaissons plus tard Et plus tard encore A chaque mutation Notre taille se réduit C’est sans importance Nous revenons plus adaptés Plus gracile plus efficace L’eau a changé de place De formes De températures Il y a eu des âges de glace Durant lesquelles nos larves s’adaptèrent Puis l’eau retrouva sa liberté Et ses berges continuent d’abriter nos amours Nous y naissons De mues en mues Nous avons le temps Nous l’avons toujours eu Avec la venue des premiers Êtres Humains Commencèrent le temps des grandes chasses Beaucoup étaient persuadés que nous sommes comestibles Le temps des chasseurs cueilleurs ne fut pas facile Mais ils passèrent Les Êtres Humains marchent toujours plus loin Alors que nous ne quittons pas nos pièces d’eaux Peu à peu

- 74 -


Certains d’entre vous ont pensé à s’arrêter De plus en plus nombreux Ils quittent les abris sous roches Et dressent des camps circulaires Fortifiés de terres crues et de paille Ce sont toutes nos eaux qui les retiennent Étangs rivières lacs ruisselets L’agriculture balbutie Elle réclame beaucoup d’efforts Ils perdent le goût de nous traquer Les étangs font leurs vies d’étangs Grouillante luxuriante polymorphe Lorsque le Moyen âge bataille de tous côtés Cette terre devient la porte des Ducs Le château de 1153 Appartiendra à la Seigneurie d’Amédée Et puis en 1630 Louis De La Barbouze Forme un siège et détruit le château Ils ne nous gênent pas trop Cependant Le désir d’espace nous vient Durant l’élévation du château médiéval Ce minuscule point d’eau Se voit transformé en petit bassin d’agrément Lové entre les ailes du grand bâtiment Cela inspire les nôtres Nous décidons d’agrandir l’horizon Les Vol au vent partent à la conquête Ce Domaine est comme un royaume - 75 -


Derrière la montagne la forêt Danse des herbages à perte de vue C’est la grande étendue du lac d’Aix-les-Bains Longtemps Nous menons nos existences à l’écart des Hommes La vie dans les étangs est captivante Rives végétales en pente douce à explorer Plantes aquatiques où atterrir Insectes pullulants Promontoires de graminées Nous festoyons de mouches Moucherons moustiques éphémères Nous y rencontrons souvent les petits peuples de la nature Dont vous racontez les histoires dans vos livres Ils viennent danser souvent aux bords des étangs Les fées les vouivres Les ondines les elfes Les follets et les lutins qui courent dans les prés Et guident les chevaux vers nous Pour qu’ils s’abreuvent Pendant ce temps Les Êtres Humains continuent de faire la guerre Ils avancent dans les bocages Ils empiètent Ils construisent les granges Les étables les fuies un moulin Les écuries les métairies puis les hameaux Le château grandit dépérit Change de nom de famille

- 76 -


Il périclite Il est reconstruit Il connaît la ruine Et un jour l’abandon Les étangs restent les étangs Nos larves et nos nymphes continuent d’y prospérer Entre les murs de la Grande Maison Aux toits percés Nous constatons l’invasion des hiboux Des chauves-souris Des araignées dont nous n’avons rien à craindre Mais il y a aussi les faucons hobereaux Et les faucons crécerelles Nos puissants ennemis La vie dans les airs est tendue Il y a quelques saisons Le Domaine est acheté à nouveau De longs travaux débutent Nous voyons arriver des colonnes d’engins Des machines menaçantes Nous redoutons l'envahissement L’ingérence mais surtout la pollution des eaux Ou le comblement des étangs Par décision par négligence ou par excès de détritus Nous formons essaims escouades escadrons Nous volons et survolons Beaucoup d’entre nous ont péri En s’essayant au vol de nuit Nous avons posté partout des guetteurs Nous avons réussi des vols stationnaires - 77 -


De très longue durée Nous avons envisagé l’exil Et l’abandon de la place aux nuisibles Nous avons tenu des conseils Et nous avons établi que les détritus N’encombraient pas nos rives Que la chimie chimique ne polluait pas les eaux Ni les prés ni les champs Que les murs étaient relevés Les toits restaurés et qu’ils étaient beaux Que les jardins étaient redessinés ensemencés Vous venez d’en créer un qui n’avait encore jamais existé Vous l’appelez potager Mais avant tout la magie était invitée Vous avez inventé un mot pour elle Vous dites lumière Il est venu l’homme qui a marché partout Il a regardé observé dessiné Il sait allumer des soleils doux Dans les taillis Disperser des feux qui ne brûlent pas les arbres Il attrape le rayonnement des fils lumineux Dans les voiles des fées Il emprunte aux lucioles leurs luminescences Il se saisit des halos des constellations lointaines Pour les diffuser dans les bosquets Il crée des pistes Pour la féerie et des rêves avec elle Cette lumière

- 78 -


Il lui construit des abris nouveaux Il les appelle des objets des luminaires A travers eux il la déplace Il l’invente Il nous réinvente Il nous dépayse Souvent lorsqu’il arpente le domaine Nous le suivons de près Lorsqu’il s’assoit pour dessiner de nouvelles étoiles Je viens souvent me poser sur la table à côté de sa main Il a intercepté nos vibrations Et a semé partout nos silhouettes Arrêtées dans les faisceaux Sur les pierres les herbes les arcs de la fontaine Et celles disposées autour des arbres Il a capté l’essence de nos vols et nos envols Est-ce que nous allons les voir Suivons le premier preneur d’étoiles En prenant le chemin des lucioles La grande sphère roule jusqu’au labyrinthe D’autres preneurs nous rejoindront ou pas Au gré de leurs inclinations Du sens de la brise De la danse de leur planète dans le ciel Ou du désir des invités Parfois Il est recommandé de ne pas faire trop de bruit Dans les détours du labyrinthe

- 79 -


Continuons la découverte Nous allons vers l’eau Elle est l’âme du domaine Des générations de Vol au vent Libellules et demoiselles Y sont nées En promenant sur les berges Vous pourrez croiser des lestes dryades Des lestes fiancés et des verdoyants Des cordulies métalliques Des libellules empereur Des écarlates Aussi des leucorrines à front blanc Je ne peux pas toutes les citer Les lumières lianes nous suivent d’arbre en arbre Elles sont nichées dans les formes de fleurs volubiles Les ipomées les clématites les volubilis Veuillez pousser la porte des gouttes Pour apprécier le point de vue Qui s’ouvre sur le lac Que nous reconnaissons Comme un couloir d’envol Il est agréable d’y flâner A la tombée du soir Pour apprécier le spectacle De nos émergences Au-dessus des miroirs d’eaux Entre les forêts d’ombellifères C’est un séjour pour le calme et la rêverie - 80 -


Nous revenons vers la Grande Maison Pour rendre visite au potager C’est un jeune jardin qui danse Les carottes swinguent Sous les bancs qu’elles soutiennent Les bornes de balisage virevoltent Les épouvantails se trémoussent Les tuteurs frétillent Vol au vent a beaucoup contribué à sa fantaisie Vol au vent a une magie bien à elle Elle appartient à la catégorie des libellules Spectre paisible Qui n’aime rien Tant que voler au crépuscule Cette heure favorable A l’approche des fééries Elle a souvent rencontré des néluisines Voisines de marais Mais sa plus grande joie Est d’accueillir akistu la Grande Qui voyage d’Est en Ouest une fois par an En passant par les buées et les vapeurs Autour des bambous et des nénuphars Pour conjurer les banquets des escargots Et autres colimaçons gourmands Vol au vent a inspiré les jardiniers Ils ont fait épouser au jardin la forme d’une spirale Le mimétisme pourra-t-il les dérouter Nous l’espérons Les épouvantails aussi font de leur mieux Pour détourner l’attention des pies des étourneaux Et toutes ces sortes de bêtes volantes - 81 -


A grosses ailes opaques et pleines de plumes Ce sont des épouvantails contraires Ils n’effraient aucun volatile Ils distribuent des graines L’aube s’agace une nouvelle saison s’éveille La brise siffle sur les pâturages et les bois Des gouttes d’eau paraissent flotter dans l'air Je bois cette lumière étrange venue de si loin Cette turbulence folle et transparente Qui barbote sur quelques anémones roses Anémones qui se balancent sur leurs grandes tiges Résisteront-elles à la tentation de s’endormir A la clairière de mon ascension aux pays d’Arcadie Apercevrais-je une nymphe en boléro bleu marine Qui coule ses dernières heures dans le ruisseau en cru Et danse sur une feuille de nénuphar en sursit elle aussi J'embrasse sans retenue la soie de mes toiles tendues Et toutes ses plantes à floraison tardive Qui rougissent dans leurs couleurs originelles Une curieuse sensation me secoue les sens En fermant les portes en vert de mon regard Mes lèvres déambulent à tâtons sans toucher terre Serais-je encore sur le sein de mon jardin d’hiver Où le son d’une flûte de Pan glisse à mon oreille Pour me réveiller à nouveau comme au premier jour Ici tout est surprise facétie légèreté - 82 -


Soudain J’entends un Hymne Une confrontation Entre l'harmonie et l'invention Ou tout simplement mon réveil Qui s’éveille sous les violons Des quatre saisons de Vivaldi Je redeviens un Être Humain En 2012 au plat pays « d’Hollande » Où lorsqu’un homme complimente une femme Il est forcément machiste Où lorsqu’un sportif gagne Il a forcément triché Où lorsqu’un entrepreneur remporte un contrat Il a forcément magouillé Où lorsque Cil Vol au vent dit les choses comme elles sont Il se retrouve au tribunal Ici tout est foutaise farces et attrapes D’après une idée et texte de Maxime Pascal

- 83 -


♬♪ⓛⓞⓥⓔ♬♪ⓘⓢ♬♪ⓘⓝ ♬♪ⓣⓗⓔ ♬♪ⓐⓘⓡ♬♪ Ce matin en me réveillant une voix impénétrable me chantonne : « Votre conjonctivite morale voit enfin le jour… » Alors je me dis que cette fois-ci ce n'est pas une fable de la fontaine. Et contre le mur à travers le miroir, je vois le compte à rebours redémarrer. Et pour bien commencer ma journée, j’aimerais dès le départ ne rien comprendre pour apprendre et me reconnaître convaincu. Mais quand le monde marche sur la tête et rit jaune, l’homme s’agrippe à tout ce qu’il peut le retenir pour lui éviter la fameuse « chute des corps ». Hier, Francis Bacon la peignait au cœur de sa boucherie picturale, aujourd’hui Félix le chat sans machine a dépassé le maître, depuis la stratosphère pour une chute libre de 39 kms ou 104 992 pieds (Pieds droit ou gauche, les mesures sont identiques c'est comme pour la politique française)… C’est dingue, alors que ce matin j’ai du mal à mettre un pied parterre pour sortir de mon lit, un mec depuis le ciel a réalisé un exploit pour l’humanité tout entière, Félix Baumgartner dit le Chat sans machine, nous prouve désormais qu’un chat retombe toujours sur ses pattes, simplement en buvant avant le départ du Red Bull et en mangeant quelques millions de dollars ; en moins de 10 minutes sans poussières et après avoir traversé symboliquement le mur du salon aéronautique à plus de 1 200 km/h, il atterrit les pieds dans le sable comme s’il revenait depuis sa litière… Fabuleux ! Avec les pieds secs et sans odeur. En arrivant au bureau, je demanderai à notre Directeur des - 84 -


sources humaines de changer l’eau des toilettes pour mettre à la place cette boisson énergisante. On finira en bourse avant la fin de l’année ou au pire au paradis si l’on arrête la formule 1 pour faire moins de bruit. La vraie question ne serait-elle pas de savoir où serions-nous les plus heureux ? Dans les airs, pour regarder l’orange bleu se presser de plus en plus dans la pulpe et les pépins au milieu du pressoir boursier made in Wall-Street ou de le demander au 1 500 derniers indiens Sapara d’Équateur ce qu’ils veulent comme dessert, du caoutchouc ou du pétrole ? Et même si la route est droite, la pente est de plus en plus raide et l’accélération incontrôlable. Car le corps vidé de ses substances vitales comme l’amour et le bonheur pèse désormais trop lourd et la chute inévitable. La cadence de la décadence danse trop vite trop haut trop loin trop fort… Comme la déforestation, tout le monde en parle, tout le monde dénonce la folie, mais tout le monde continue. Et pourtant personne oseraient jouer à la roulette Russe. Une fois atterri, je me rase sans me couper ni sans provoquer de gaz à effet de serre, merci Gillette… Quoique, si l’homme moderne a encore quelques avantages sur l’homme de Tautavel, comme de se raser sans se couper par contre il ne peut plus péter sans le déclarer à Europe Ecologie, le parti vert qui s’occupe de tout sauf de sa couleur. D’ailleurs Jean-Louis David and Co. sont contents, ils réaliseront plus de permanentes grâce à l’augmentation du nombre de mariage. Et (j’ai) cette phrase de Louis Aragon « la femme est l'avenir de l'homme » devrait finir par me rassurer… - 85 -


Je doute, quand je suis constipé, c’est le seul moment où je regrette ne pas être homosexuel. Et je pense à ma voisine pratiquante, son fils va se marier avec son dentiste, ils vont finir par se bouffer entre eux. Oui je sais, c’est con, mais j’ai abusé de mes invités chinois hier soir. C’est mon directeur des ressources humaines qui me les a glissés entre les jambes, à force de boire du Red Bull, il est devenu incontrôlable, il a fini aux urgences, il voulait sauter du toit de l’entreprise avec l’affiche du « chat potté… ». Un cadeau de sa défunte mère. Revenons à mes petits chinois, un lundi soir en province il n’y a rien d’ouvert sauf des restaurants asiatiques et leurs aquariums habités par des crabes en plastique, mais je ne pouvais pas les ramener chez eux le ventre vide ! Il fallait bien trouver une solution, j’ai fini après quelques mises en bière à les convier chez moi. Bref, j’ouvre le placard Ikéa en bois certifié FSC made in Pologne, je n’avais que du riz, et je me dis tout ça pour ça… Oui mais du riz made in France, du Taureau Ailé, le seul riz français qui n’a pas voulu s’envoler vers une rizière paradisiaque défiscalisée ou plonger dans une friteuse belge ou de finir condamné dans un coffre en Suisse… Et pour la sauce, il me restait qu’un fond de boîte de Suzy Wan made in le triangle de Choisy, situé dans le 13e arrondissement de Paris. Ils ont adorés et nous avons beaucoup ri… A cause des baguettes, c’est tout un art, arriver à manger des grains de riz avec deux brindilles de bois de bambou mâché par un vietnamien c’est comme aller chercher de l’eau avec une passoire. - 86 -


Bécassine n’est pas ma copine. Pourtant le chinois est pragmatique, au lieu de perdre de l’argent dans les centres d’hébergement ou les commissariats pour chiens errants, ils les cuisinent et les mangent, alors le Canigou de mon chihuahua c’était du caviar. Chez nous le pragmatisme c’est de balancer à la poubelle des tonnes de nourritures et d’ouvrir des centres d’hébergement pour ceux qui n’ont ni poubelle ni maison. Je vous rassure, j’ai deux chiens à la maison et une poubelle vide… La boite de Suzy Wan avait la même couleur, c’est à cause de ces lampes électroluminescentes à diodes made in China qui détruisent les rivières et éclairent violet, le rouge devient jaune, le marron gris, le blanc violet et ma toile de maître bleue marine une reproduction d’un peintre inconnu du salon devient verte dès que j’allume mon lampadaire tournesol, pourtant il a le marquage CE sur le socle lesté en fil électrique de la SNCF ; cela me rassure car je ne prends jamais de trains fantômes... Bref, un jour je vais finir par m’habiller d’un blanc immaculé de la tête au pied, pour finir violet à la morgue et pas à la Halle des pieds nickelés, magasin discount où l’on te vend des jeans made in Bangladesh via China dix euros et du diméthylfumarate gratuitement. C’est comme ça que l’on signe le lendemain un contrat en béton qui délocalisera notre savoir-faire français. Le chinois désormais est vraiment la première puissance mondiale, il véhicule tant d’humanisme ; il mange toujours

- 87 -


du chien qu’il trouve dans la rue pour éviter les épidémies et pour augmenter les rides de Brigitte Bardot ; il n’arrête pas son char pour éviter les démarrages en côtes et de crever la couche d’ozone pour rien ; il construit et pollue proprement des mégapoles sans habitants mais avec des millions de condamnés à rêver ; des yeux de poisson pour mieux voir la tête sous l’eau et emprisonne ceux qui pensent comme nous… Et pendant ce temps, nous mangeons des cuisses de grenouille halal et des escargots cascher… Et cela ne suffit pas, on est obligé d’ouvrir des restos du cœur dans la rue entre deux chiches-kebabs. Peu importe si c'est David ou Goliath qui jettera à l'abbé la pierre, il n'y pas plus de mystère mes frères, le riche restera riche et le pauvre dans la niche. Gengis Khan plante sa tente, le nomade des micros-trottoirs de la grande prairie de ton bel empire ce soir, il ne te reste plus qu'un tsunami de bitume et un pays en mutation remplit d'amertume…

- 88 -


L’abeille et le poète Tant que la terre nourrira le poète et les fleurs son cœur, ses arborescences resteront éternellement présentent pour les plus curieux, dans ses ruches aux parois moelleuses et pulpeuses de son vaisseau. Ses êtres sensibles qui butinent comme lui le sucre de la vie, parfois subissent un bourdonnement existentiel. Et partiront eux aussi, à la recherche passionnelle de phrases éclectiques sur une île de données secrètes ; rêver lire et écrire des vers d’une beauté soyeuse, des touches de gelée royale cloîtrées à l’intérieur d’un coffre-fort, dans la confidence d’alvéoles à la fois intimes et offertes. Et pour les autres, les paresseux, ils se contenteront du hasard, de laideur âpre, de ses récifs perdus aux confins d’abysses sans vies ni poésies… Assis, l’eau à la bouche, le poète écoute le vent chanter un air vif et suave, et son regard tridimensionnel perçoit ; une abeille a la robe fragile, le cheveu triste, le vertige dans les ailes. Elle a peur de s’engager, d’émanciper ses rêves, tricote le passé et oublie le présent. Le prisme de sa vie juxtapose des axes horizontaux perdant le goût de l’apesanteur. Ses cavités s’enduisent de cire d’amertume, de poèmes salées et cherchent de l’oxygène, espèrent une nouvelle légèreté de l'être et de larguer les amarres. De s'envoler à nouveau vers les pollens de son cœur...

- 89 -


Le grand écart Vos mots ne s'usent pas comme mes yeux, car je vous perds trop souvent sur mes lignes d’encre blanche. Et pendant que je contemple ce recueil, né d’une plume paresseuse, votre oiseau s'est perdu dans mes pages d’ombres et de vent ; vos écolines se sont noyées dans le temps qui coule à travers mes veines et mes rides, sur mon visage et sur cette mer de glace sans tain ni regard. Mon amour pour vous, sur cette neige fraîche et profonde, dessinera-t-il de belles traces et laissera-t-il au printemps, la fleur de notre florilège, un chef d’œuvre ou juste un pissenlit solitaire cherchant le soleil d’une bouche au milieu d’une assiette vide pour ne pas mourir seul ? Ces histoires d'amour démodées n'arrivent qu'au cinéma et si le temps n’est plus le même, il faut bien les exprimer. De nos jours tristes, malgré les ondes de nos mille pattes, c'est chacun pour soi. Devenons-nous économe de notre chair et de nos sentiments ? Un peu plus d'humour et de tendresse, ne serait-ce pas une attention qui charmerait tout le monde ? Et si je n’appartenais pas à ses hommes si pressés de prendre maîtresse à leurs pieds, serais-je un homme romantique ? Ou continuerais-je à écrire des textes érotiques ? Dans lesquels, la femme zélée vibrerait devant la montée d'escalier avant de s'enfuir par la fenêtre, de peur de tomber amoureuse… - 90 -


Des voix circulent et disent : « Entre l’amant et l’être aimé il n’y a pas de distance » et « Il n’y a pas d’amour, il n’y a que des preuves d’amour. » Et moi, je poserais à mon tour d’autres questions sans réponses comme : « Pourquoi l’homme ne parle pas la même langue que la femme ? Ou bien n’entendons-nous pas les mêmes signaux, ne voyons-nous pas les mêmes paysages et ne marchons-nous pas dans la même direction ? » Fini toutes ces questions bêtes de magazines « people », mais j’ai retenu cette bêtise : « Paradis a dévoilé ses pensées secrètes. » Je me dis après tout, pour vivre heureux, vivons cachés et seuls.

- 91 -


Elle s'appelait Mélodie Immobile, meurtri et tiède son dos se collait sur le fragment d’un mur sombre de l’hypocrisie, les yeux rouges, les cils collés, ses larmes avaient cessé de couler sur ses joues flétries d’inquiétude, de haine et de culpabilité ; ces cris étaient devenus silencieux alors que la douleur était toujours mordante sur son corps, cinglante dans son cœur et destructrice dans son âme. Elle seule connaissait son malheur. N’avait-elle pas le regard doré ouvert sur la vie et plein d’avenir ? La vie d’une adolescente à l’orée d’un fabuleux destin, chevauchant les chemins d’une campagne vierge et élégante, cadré d’un horizon printanier, de fleurs, d’arbres et de senteurs. Et pourtant, elle referma ses yeux sur ses plus beaux souvenirs. Elle referma ses yeux sur ses bonheurs passés. Mais surtout, elle s’échappait de l’enfer d’une vie qu'elle n'avait pas choisie et qu'elle avait fini par détester. Elle de répétait : « Je la déteste, je la déteste, je veux mourir… Mourir pour oublier, pour l’oublier. » L’enfer l’avait fouettée jusqu’au sang, lorsque la première fois, elle avait senti se balader en elle la queue du diable… Sous ses paupières alourdies par ses cauchemars, elle sentait jour et nuit ses bras enserrer sa taille, son nez se nicher dans son cou, son souffle vieillissant soulever une mèche brune de sa chevelure... L’horreur était là, contre elle, comme une pièce mécanique coincée dans un étau qui serre de plus en plus fort ; un étau qui ne vous quitte plus ; un étau qui vous - 92 -


blesse de la tête aux pieds ; un étau qui vous serre la gorge ; un étau qui vous étouffe ; un étau qui vous assassine lentement d’une pression récurrente le temps d’un soupir nauséabond. Et l’étau se desserre, elle ne comptait plus ses blessures, ses brûlures, ses humiliations et ses gifles. Elle était prisonnière du mensonge de la honte d’une omerta qui noyait l’atmosphère dans une stérilité de dialogue et qui enfermait à double tour toutes tentatives de fuites verbales et physiques. Elle ressentait cette brûlure en elle comme si elle était coupable, ce qui l’enfermait dans le mutisme et la culpabilité, dans un ignoble engrenage tortueux. Et seule, elle mâchait sa haine, l’avalait jusqu’à s’écrouler sur un sol tristement baigné d’humidité, tâché de sang et de sédiments impurs. L’enfer l’avait condamnée à vivre, lorsque la dernière fois, elle avait essayé de fuir la queue du diable qui devenait de plus en plus oppressante… Elle le respirait, imprimant dans son corps la trace de ses violentes caresses, de cette liqueur aphteuse, de cet amour infâme... Sa bouche émettait un léger gémissement, son bassin se pressait contre ce ventre diabolique, qu'elle haïssait au-delà de toute imagination même les plus fécondes. Plus elle le repoussait, plus il l’attirait contre elle, ses gémissements devenaient des coups de poignard qui lui déchiraient les entrailles ; où son corps devenait aussi dur qu’une pierre sous ces coups incestueux et bestiaux… Elle sentait contre elle, cet organe qu'elle vomissait mais qui vivait en permanence dans sa chair... Cette chose immonde qu'elle fuyait, la violait au plus profond de son intimité. - 93 -


Cette abomination intrusive, s'invitait parfois là où elle ne l'attendait pas. Un jour de mai quelque part, un endroit commun sans histoire, c'est dans un cri unique qu’elle tirait, dans un cri unique que l'explosion libérait à jamais sa vie de l’enfer.... La vie l’a expédiée en enfer, lorsqu’elle a perdu la foi, elle n’avait jamais parlé à personne de la queue du diable… Juste un mot flottait au-dessus d’elle : « Je la déteste, je la déteste, je veux mourir… Mourir pour oublier, pour l’oublier. » Elle s’appelait Mélodie, Mélodie inceste.

- 94 -


La petite fille qui mangeait les poignées de porte Pour ne pas oublier...

Une voix lui avait dit pourtant à Anna, qu'il fallait qu'elle arrête de se cogner le front bêtement, comme ça, sur les poignées de portes, une fois, dix fois, vingt fois. Le bruit sourd d’Anna Déporté dans l'Est gris Ce qu'elle voit en lui Ce sont ses mots bleus En pleurant sur le seuil Ils lui disent adieu Ce qu’il voit en elle Ce sont ses maux étouffés D’un enfant bâillonné Devant ce gris du fond de l'air Ce gris de l'âme sans fond Le silence à la couleur de l’horreur Et Dieu la main sur la poignée Garde la porte fermée La petite fille est partie en fumée

Passage de sa lettre avant le départ : « Dieu ? Que vous êtes bon, que vous êtes gentil et s'il fallait compter le nombre de bontés et de gentillesses que vous nous avez faites, il ne finirait jamais... Dieu ? C'est vous qui commandez. C'est vous… ». - 95 -


Le poète est un herméneute Le pouls de la langue change de rythme Et je l'entends à force de crier Elle va finir égorgée Il y a des yeux bleus verts de peur Il y a des miroirs sans reflets Il y a des portes ouvertes refermées sur elles-mêmes Souvent je me demande jusqu'à qu'elle point peuvent se reconnaître l'homme et la bête qui ne parle pas À travers quel désert primitif Le cœur de ces deux êtres se rencontra Dans une harmonie sans parole Il s'agit de taper dans le mille de cibles invisibles Technique de couturier Technique poétique de pointe Et je m'enfuis tricoter Pour en découdre avec les apparences Amorcer un combat rapproché Ma puissance créatrice Se mesure à ma faculté de désagrégation Venez me lire tout près lecteur Car si hier écrire de la poésie C'était de s'éclairer à la bougie Allumer divers objets Un feu de paille Un cierge Aujourd'hui écrire de la poésie C'est de s'éclairer toujours à la lumière du jour

- 96 -


L'enfant reconnaît sa mère à son sourire Virgile disait il y a deux mille ans : « On se lasse de tout, sauf de connaître ». Aujourd'hui chacun de nous, surtout s'il aime la nature autant que l'aimait le poète latin peut reprendre à son compte cette formule… Qu'il serait facile, sans se lasser, de consacrer une vie entière à dessiner et écrire son paysage, c'est le fond qui manquerait le moins, avec ses aquarelles heureuses et légères, ses mouvements tendres et abrupts, ses huiles tristes ou étincelantes et une nature morte en chair au bord du feu allongée sur la peau d'un soleil adoré… Toute connaissance ajoutée à une autre approfondit le domaine de l'inconnu et plus on s'élève en savoir plus recule cette crainte de l'ennui qui freine le désir d'apprendre et d'entreprendre. Connaître l'autre, c'est sans doute aller à la quête de son intérieur vers des images nouvelles, mais ce doit être aussi un effort pour bien comprendre et bien interpréter ces métaphores ou la réalité de ses images. Franchir la toile de fond pour toucher la nature du bois de son châssis est la colonne vertébrale d'une relation… Nous ne vivons plus à l'époque où l'on croyait que l'analyse était incompatible à la contemplation, où l'on reprochait à Newton d'avoir dissipé par l'invention du prisme la poésie de l'arc-en-ciel. Toutefois, nous vivons à l'heure du miracle numérique où l'on croit que le monde nous est offert sans contrepartie. Si internet n'a pas encore tué le culte de la beauté, il a profondément modéré les sens de la rencontre. - 97 -


Comme l'enfant reconnaît sa mère à son sourire, internet ne reconnaît que votre numéro de compte… Nous pouvions espérer qu'il soit le plus précieux auxiliaire. C'est lui de nos jours dans le confort de l'immobilité qui nous fait le mieux apparaître la grandeur de la création et c'est lui encore qui élargit la gamme de nos émotions devant toutes ses informations, à condition que notre sensibilité s'y accroche d'elle-même, sans l'intermédiaire d'aucun truchement et de façon quasi instinctive… C'est l'une de ces vertus la plus caractéristique, une de celles qui valent l'unanimité des suffrages, celle de raviver l'homme, ce penchant pour le monde… Et si l'eau domine le destin de notre planète, c'est parce qu'elle y passe par les trois états physiques, mais sur les trois, la neige et la glace paraissent pour l'homme des phénomènes aberrants... Alors internet sera-t-il son unique amour présent et futur parce qu'il ne subit aucun changement physique…

Esquisse La vie est travaillée en une multitude de couches, papiers en tout genre détournés, journaux, magazines, vieilles encyclopédies, retravaillés, réimprimés, quelques fois maltraités, froissés, repeints et réassemblés en patchwork de couleurs, de noirs et de blancs… - 98 -


Des mots sont capturés, isolés de leur contexte original et viennent s’inscrire entre deux taches avec un autre signifiant. La couleur de la vie est travaillée au couteau de manière assez brutale et pour finir… Un personnage prend vie Le peintre ! Je logeais là, je vous dis. Dans une petite rue, derrière. C'était mon quartier, du moins je le croyais. On a des noms de lieux, des noms de rues. On est de ces coins-là. On baigne dans l'infini du temps, ou l'on se réserve pour l'avenir. Je fréquentais les cafés, je lisais, j'écrivais des heures durant, observant patiemment les changements de lune. Un personnage prend vie… Le poète ! Ce que j'ai cru, je le crois encore. En ce temps-là, je croisais le regard des jeunes filles en y vivant de longues amours illusoires. Chaque sourire était une aventure. Comme la peinture et la poésie l'est aujourd'hui où je cherche vaguement des yeux l'écume blanche que j'avais lue dans mes livres d'enfants. Elle ne vient pas, ou je ne veux pas la voir. Je ne finirai jamais de chercher… L'amour ! Un homme n'est que ce qu'il sait.

- 99 -


Antarctique pensées C'est une règle d'or que de réfléchir avant de parler. Qui d’entre nous ne l’a jamais entendu ou cru que l'homme digne est celui qui ne se sert de la parole que pour la pensée et de la pensée que pour dire la vérité et la vertu. Je reviens vers moi pour vous. Et les ennuis commencent lorsque je pense tellement que je ne parviens pas à agir et je me mets dans un état d'angoisse incontrôlable... La vie comme elle me taquine sur le fait que je rumine et philosophe en permanence. La vie a mis le doigt sur mon problème : constamment trop penser les choses... Je tiens un blog de poésie. Je l'ai construit seul. Je suis devenu par la force des choses webmaster de ma propre existence ! Ici sur l’île de la permission, au lieu de m'attarder sur mes pensées les plus persistantes, j'écris toutes les choses présentes dans mon esprit chaque jour. Au bout d'une semaine, je reviens sur ce que j'ai écrit et pris note des choses qui m'interrogent le plus. Je dois les gérer en premier. Pensais-je encore que cela m’aiderais à arrêter de me les passer en boucle dans ma tête. Bêtises. Lâchons prise. Vivons dans l'instant. Observons une belle vue. - 100 -


Nous ne sommes jamais loin l'un de l'autre lorsque la nuit s'allonge à l'abri du froid polaire. Et quand les esprits s’illuminent, nos corps s'éclairent et transpirent. Mes yeux se ferment. J'imagine la cheminée qui crépitent, les flammes qui lèchent la paroi en vitrocéramique et reflètent dans la grande baie vitrée la vie qui se consume. En même temps, j'imagine les centaines de stalactites alignées au bord de la toiture chanter gouttes après gouttes l'apparition des premiers rayons printanier. Étendus sur le lit défait, encore humide, nous nous posons encore des questions que nous pensons existentielles. Au même instant, au large à travers la baie, des baleines à bosses chantent pour la migration. Elles dansent le dos gris foncé avec une bosse en avant où un aileron dorsal s'émancipe dans les airs et magnifie cette caricature de légèreté et de puissance. C'est un mammifère marin et comme tous les mammifères, elle a des poumons, le sang chaud et elle allaite son petit. De décembre à fin avril, elles se trouvent en Antarctique. Pendant cette période, elles se nourrissent principalement de petites crevettes qu'elles consomment en très grande quantité. Elles font des réserves de graisse car il semble qu'elles ne se nourrissent plus les six mois suivants. Nous sommes là, nous aussi, mais au lieu de se nourrir, nous brûlons les graisses de nos interrogations comme « s'aime-ton vraiment ? » , « vais-je trouver du travail ? » ou bien le plus terrible et prématuré « suis-je passé à côté de ma vie ? » et nous creusons des sillons à travers nos esprits. - 101 -


Ces pensées récurrentes posent des jalons. Nous sommes dans une époque en manque de repères, nous nous en créons, nous sommes des drogués de la référence, de l’exemplarité, ces questions nous donnent un but à atteindre. Mais lesquelles aimerions-nous vivre réellement si nous ne voulons pas lâcher les amarres et suivre l'itinéraire déjà écrit ? Comme les baleines à bosses après l'hiver qui viennent dans les eaux de l'Océan Indien remontent le long des côtes de l'Afrique du Sud par le canal du Mozambique pour arriver à Mayotte ou bien se dirigent à l'Est vers Madagascar. Ce voyage dure environ deux mois. Serait-ce le temps qui nous reste à vivre avant de changer de cap ? Nous ne sommes jamais loin l'un de l'autre lorsque le jour nous écoute. Et quand les cœurs chavirent nos âmes fulminent et les vers tendres rampent. Toutefois, peut-être que tout cela est superflu ; ce sont les épreuves, les malheurs, les catastrophes qui nous révèlent. C’est la vérité ou une séquence très courte de la vérité ; dès lors les questionnements ne sont plus importants, on est dans sa catastrophe, le voile ontologique se déchire, on se découvre un peu comme ses baleines à bosses qui derrière leurs apparences indestructibles révèlent des mammifères qui se posent les mêmes questions que nous. Les raisons sont différentes mais la conséquence est identique, comment survivre ? Nous ne sommes jamais loin l'un de l'autre pour assister à la rencontre de deux ambidextres. Étendu sur le lit épuisé d'avoir trop pensé. - 102 -


Aimons-nous car le temps nous est compté. Et si le rêve est le luxe de la pensée, la poésie restera le luxe de ma vie comme l’amour. Je remercie la vie, le monde et quelques hommes et femmes, poètes et anonymes qui me supportent et m'aiment, et je compatis envers ceux qui me détestent.

- 103 -


Titre des nouvelles & proses (Période 2009- 2014)

Page 6 - Apothéose à la campagne d'une rhapsodie automnale Page 8 - Lecteur Page 9 - Langueur d’une insomnie heureuse Page 11 - Entre vent et sentiment Page 12 - La fée humaine a-t-elle tué le chérubin Page 13 - Le jardin Délices Page 14 - Café Page 15 - Le cinquième élément serait-il de retour Page 16 - L'ombre est devenue lumière Page 17 - Reflet d'un secret au cœur d'une perle rosée Page 18 - Présage Page 19 - Rouge-gorge Page 20 - Le bonheur de communiquer repose sur tes épaules Page 23 - L'eau coule dans mon cœur Page 25 - Une vie en compte-gouttes Page 27 - 366 jours année bissextile Page 42 - Il ne repassera plus Page 46 - Souffrance d’un amour perdu Page 48 - La rose blanche Page 50 - Parfum Page 52 - Et votre soleil devient l'ombre de mon amour Page 55 - Je poursuivrai ma chance jusqu'au fond de ses yeux Page 58 - La vérité est en marche et rien ne l'arrêtera Page 61 - Tout d’Y Page 66 - L'annonce d'Everest Smoking Page 68 - L'amour est sensation Page 71 - Cil vol-au-vent au pays d'Arcadie Page 83 - ♬♪ⓛⓞⓥⓔ♬♪ⓘⓢ♬♪ⓘⓝ ♬♪ⓣⓗⓔ ♬♪ⓐⓘⓡ♬♪ Page 88 - L’abeille et le poète Page 89 - Le grand écart Page 91 - Elle s'appelait Mélodie Page 94 - La petite fille qui mangeait les poignées de porte Page 96 - Le poète est un herméneute Page 97 - L'enfant reconnaît sa mère à son sourire Page 99 - Esquisse Page 100 - Antarctique pensées

- 104 -


Remerciements Je tiens à remercier en particulier ma famille, Nadine Tabère et Élisabeth Mesner.

« Une poésie n’est-elle pas le seul endroit au monde où deux âmes étrangères peuvent se croiser intimement. »

- 105 -


www.jamespx.com Image de couverture : Jaya Suberg - James Perroux

A comme Amour Nouvelles et Proses

Copyright numéro 00051199-1 Tous droits réservés Reproduction interdite sans autorisation de l’auteur

- 106 -

A comme amour recueil 6 james perroux 17 04 2014  
Read more
Read more
Similar to
Popular now
Just for you