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www.jamespx.com Image de couverture : Jaya Suberg - James Perroux

A comme Amour Poèmes Recueil 9

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A comme Amour Poèmes recueil 9 2015


Préfaces Cerner à quel genre poétique appartient l'univers de James Px., le rattacher à une école qui serait peut-être proche du surréalisme serait être réducteur et injuste. Le talent poétique de James est de nous amener à la frontière de l'invisible, dont il est un explorateur enivré, « D'un monde étrange dans lequel il se sent bien. » (dixit l'auteur). Le poème café est un remarquable exemple de cette dérive de mots dans un imaginaire fastueux, où les métaphores défilent, paysages fous où le feu côtoie la neige, les océans les nuages et l'ivresse nait sous nos yeux, inoubliable alcool de mots qui pénètre dans nos corps, par l'incantation voluptueuse de tous nos sens. Il y a cependant un fil conducteur entre tous ces poèmes, une trame où l'on retrouve sans cesse abordés les thèmes de l'amour, de l'imaginaire, de l'enfance et cette indestructible neige qui hante ses poèmes et jalonne les voyages de sa propre vie. Ne passez pas à côté de cet univers si riche qui nourrira votre imaginaire au point de vous donner l'envie de devenir l'artiste de votre propre œuvre. Elisabeth Mesner

Lectrice assidue de ses textes, je n’hésite pas à le qualifier d’auteur aérien tant il embrasse tous les thèmes. Un paysage, un regard, un parfum, un mot…. Tout devient prétexte à l’écriture et la banalité se trouve transfigurée sous sa plume car James fait se juxtaposer des réalités même diamétralement opposées. Pour le lecteur c’est la naissance d’images plus que surprenantes et on se laisse aisément emporter par son style. Nadine Tabère


À propos de ma poésie La poésie est dans mon corps Né quelque part en Savoie, j’habite désormais dans le Var. Ces espaces de liberté comme la montagne et la mer, comme ses éléments naturels la neige, le sable, le soleil, le vent, le froid, la chaleur, la forêt, l'herbe et les fleurs, comme la couleur et la lumière m’ont nourri abondement les yeux et le cœur... J’ai fini par attraper un virus, celui de dessiner et d'écrire partout et n'importe où pendant mes heures perdues et trouvées. Lecteur, je vais vous faire une confidence, comme j'ai du mal à gérer ma ponctuation lorsque j’écris de la poésie, je n'en mets pas. Je me dis souvent à l’oreille, qu’un texte c’est comme une peinture, je ne dois pas le figer dans un cadre mais lui offrir une évasion expressionniste voir surréaliste ; où vous, lecteur, vous vous sentirez presque à la maison et son interprétation évoluerait selon votre nature psychique et sentimentale du moment. Je crois que le son, l'harmonie, le rythme et le sens du texte doivent être libres d’interprétation ! Il y a aussi pour moi le côté esthétique du texte qui est primordial et la ponctuation ne lui va pas ! Je parle pour mes poésies et non pas de ma prose et de mes nouvelles. C'est comme pour les rimes, souvent je reste dans un état de grâce, de transe et je me laisse emporter… J’oublie volontairement la mécanique comme seul pouvoir ; ce pouvoir « d’école classique » me coupe souvent l’herbe sous le pied et me fait perdre l’équilibre ! Et c'est dans mon équilibre musical et de sincérité brute que j'essaie de transcrire mon âme en conciliant l’intellect et la sensibilité, l’intuition et le calcul, la métaphore et le figuratif. Bien que j’aie une grande compassion à l’égard de l'homme, je ne perds pas de dévoiler mes confidences personnelles. Je suis un homme avec ses passions, ses désillusions, ses amours, ses rêves et ses peines.


On imagine on échafaude on théorise Et puis il faut confronter tout cela à la réalité C'est à ce moment-là que les poètes bâtissent des révolutions S'accrochent à la muse de chair ou d'air Presque tous les poètes en ont besoin Des révolutions tout droit sorties des laboratoires Que se passera-t-il demain Pour le savoir vivons l’expérience d'une révolution Choisissons la nôtre et ouvrons les portes La poésie est une suspension qui éclaire le monde

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« Le temps d'écrire comme le temps d'aimer accroît le temps de vivre. »


Sobrevivire De jour comme de nuit La vie même rose Danse aussi avec le gris La couleur de l’un Pour unir l’autre Pour s’amuser Ou pour la vie Il faut lâcher prise Goûter au fruit de la surprise J’ai encore rêvé d’elle À ce corps recouvert de poésie Confondu à ses mots en marches Sur ses jambes et ses pieds Sa peinture sur ses lèvres Baise la face cachée de mon être Tu portes une robe blanche Mais ta peau reste métissée Un secret entre toi et moi Comme si l'enfermement ultime N'était que la solution Rêve Tu es bien ma passion Qu’elle heure est-il à Buenos Aires Ici les jours sont noirs Là-bas tes rubans de vers Tatoués sur ton dos Portent les cris et les souvenirs -1-


Du peuple disparu Juana Griss Je t’aime Comme aime le poète Lorsque je rêve d'une fille Comme lui Un peu folle un peu tout De jour comme de nuit La vie même rose Danse aussi avec le gris La couleur de l’un Pour unir l’autre Je survivrai

« La poésie est le fer de nos traits d'unions. -2-


Et va naissance En pleine nuit Un S.M.S un message Sans nom ni visage Juste un souvenir qui déverse des fleurs bleues Dans l’océan du vide D’un noir désir Atteint l’île suspendue Où de ses eaux Salées et douces S'est éclipsé Le poète enlumineur S’accrochant à l’ellipse D'une vague rouge Scellée aux chiendents De sa poésie Un esprit d’alliance En messe basse Vogue sur la transparence D'un ciel nuageux Digne d’un Turner J’ai souvent prié Pour le retrouver Et jaillit de mon smartphone L’inconnue bleutée Couchée sur un imprimé Noir nacré -3-


L’orage s’élève De ses cheveux de démone Et respire mon parfum Comme les embruns Dévorant la peau des récifs Où ombre et dépouillement Attirance et éloignement Folâtrent dans la lumière Jaune et piquante d’une guêpière Et s’évanouit l’œuvre Dans l’œil de la pieuvre Révélatrice D'un énième caprice

« La poésie est le soleil des Hommes. » -4-


Paranoïa S’écoule rougeâtre L'enfer d'un hiver Comme les méandres De ses obsessions inhumaines Le sang bleu de ses quelques poupons Mère magicienne Compulsive et paranoïaque Folle mortifère des mots lissent Reconstruisez-leur votre absence Car dans les lumières de la nuit Ils ne peuvent plus briller À l'aube de l'éclosion Tombe la neige Blanche est sa chevelure Comme ses mains assassines Le temps a laissé ses traces Effacé les cœurs De l'indigestion disparue Des nouvelles vies Réapparaîtrons Là-haut dans l'immaculé

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Est-ce trop beau pour être vrai Au fin fond d'une vallée alpine À l’ombre De pentes noires et vertigineuses L’ouvrier battant l’alliage Se morfond et suffoque Face aux hauts fourneaux qui ne s'arrêtent jamais Face aux bruits qui résonnent et abasourdissent Là où le bleu est dans ses mains Le blanc sous son masque Et le rouge dans ses yeux De ce petit cœur Brûlé par la fumée de silice Où le temps use plus vite qu’une horloge Où son horizon est un désert de poussières Un fil de neige gris s’étire vers le ciel La crémation est célébrée Là-haut dans le silence D’une nature qui encore croit et résiste Est-il l’heure sous l’étoile des neiges D’arrimer son pèlerinage Aux ailes libres du chocard des sommets Où naissent les délectations De l’audace et de l’action Tout à la fois magnifique Flottant sur ce flux Adonisé de fleurs aériennes Innocentes et délicates -6-


L’ouvrier aperçoit une inconnue Plus belle que toutes les autres Dernière fleur d’automne D’une euphorie adorée Et si l’usine l’a noirci Aussi noires que les plumes de son sauveur En pleine ascension La lune fidèle à la vie l’éclaire Comme un pinceau d’une lumière d’équateur La mer de nuages retire ses armes Et une bise légère purge sa grisaille Et sèche ses larmes De ce souffle nouveau De neige et d’air S'enseveliront ses rancœurs Et l’ancien monde Désormais en équilibre L'ouvrier songe à l’amour À la liberté des chairs Où ni hommes ni folies L’asserviront à leurs volontés

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Fin de compte d'un hipster Un fait divers encore tendre s’approche À hauteur d’homme Je n’y comprends rien Mais je suis sur le bon chemin Me dit le chèche autour de mon coup voyageur Sous cette peau contemporaine Je cultive mon imaginaire Du cérébral de l'autre viennent mes mots Les arcanes de sa biochimie Prescripteur d’amour Par ma main-d’œuvre Je finirai par m'épuiser un jour Derrière une barbe no life Sous une éclipse totale de lune Ah l'art d’aimer Un œil averti avant les autres Je sais qu’il faut le fermer Pour apprendre à sculpter la pierre Écouter les voix qui somnolent Toujours ardent à cette heure Où tout circule et tout réside Ma voie est d’écrire D’écrire en pourfendant Des vers Des vers sur le malheur qui s’accroît D’écrire en rêvant Des vers Des vers sur toi mon amour Encore et encore -8-


L'intruse Mes pérégrinations se font discrètes Elles révèlent des îles Peuplées ou vierges Et le pourquoi des énigmes Tout s'évanouie Au lever du soleil Et se ranime au coucher L'eau trouble m’est cruelle Je dois changer sa dérive Dans mes filets d’écriture Et la mienne Dans mes lignes de fuite Qu'est-ce que je lui écris Quand j’écris quelques vers À chaque poème Je me retrouve né à né Comme solitaire J’ai oublié celui d’hier Tout finit Rien ne finit Il n’y a aucune raison L’enjeu Est-ce de dire la réalité Ou de composer des effets de réalité

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Aria Pourquoi veux-tu me masquer L’émotion qui t’étreint Tu es dans l’air du temps Assoupie pour rêver Et tu as su le concrétiser À travers vents et marées Non tu ne me masqueras pas Ta voix ta guitare Ton œuvre Profonde et intangible Il y a face à moi Des airs qui me dépassent L’air de ton ciel L’air de tes chansons L’air de tes mélodies Il y a face à moi La pénombre de ton relief Ta guitare qui s’éventre Ta voix d'hier et d'aujourd'hui Ton œuvre éternellement présente Eh bien sur cette aria Mon cœur chancelle Mais il n'est pas encore rompu J’y pose à pas de velours toutes mes pensées Sanglantes et résolues Éclairées par ton immensité Je souhaitais entrer dans l’alcôve Comme il se doit En poète - 10 -


Polymnie Hier j'ai grimpé la montagne Encore noire Attendre la neige Toucher les étoiles Allongée comme un sphinx Couronnée de neuf muses J'ai marché les yeux fermés La neige est tombée Le froid m'a enrobé Écarté de la terre Chaque pas chantait Croa crao croa chouâ Chroach cropch Voilà Je contemple le ciel Le branle-bas des flocons N'est-ce pas se confondre avec une nature Qui n'a rien perdu de sa pureté Ô que cette vue est belle Que la beauté est enivrante Et que l'ivresse est visionnaire L'enchantement de la neige En pleine métamorphose Tu reviens chez toi Comme un étranger Les enfants gravitent sur le blanc Les visages ornés de murmure - 11 -


Colorient le bonhomme de neige Comment ne pas admirer ce beau corps Et ce beau visage Dans la glace Un métissage d'imaginaire De la forme et de l'amour Ce qu'il te reproche Oublie-le Ce n'est pas toi Croa crao croa chouâ Chroach cropch À l'année prochaine

« La beauté c’est ce qui nous échappe bien trop souvent. » - 12 -


Baiser sangsue O Nuages rouges Baiser sangsue Dans la rencontre d'un monde qui meurt Je suis mi-lac mi-tourbière Ma survie ne dépend que de l'eau de pluie Car aucun torrent de vie N'alimente mes pores Que ce monde est triste Que la tristesse est nulle Et que le nul est monde Être partout Elle est le désert Je suis l'eau Au fond Je suis là Là où elle est Il n'y a rien d'autre Elle n'est pas l'autre Naître à ce qui est Ne suivez pas ses traces ni son cœur Il y a des préjugés de la froideur Et même de la haine Mes mains se frayent au milieu des courants Un chemin sur les parois du temps Et scannent ses photos anciennes - 13 -


Fanées en vrac au fond du tiroir Elles attendaient depuis trop longtemps Une nouvelle lumière un nouveau regard En O Parmi les pierres qui abritaient ses femmes courageuses Venues prier l'amour Sans doute Regarder à ses pieds ses songes L'amour jeune Dont les horizons étaient bornés Par les silhouettes de ses femmes À l'orgueil de ses épreuves Tantôt grandioses tantôt familières Fières de leurs histoires O Rien ne plaît davantage que d'être compris et aimé Mais il y en a trop Trop de portraits figés et tristes C'est la parade des aiguilles Celle des monts et des merveilles Merveilles qui font rêver les uns Et trembler les autres

« La poésie est une suspension qui éclaire le monde. » - 14 -


Charlie n’a pas perdu son hebdo 1453 - 1830 - 2015 Trois dates Toile du jour Delacroix à Constantinople Charlie n’a pas perdu son hebdo Au travers les lumières De la galerie du temps La liberté guidant le peuple Est tombée des nues Dans l’air fantôme d’une rue Après la scène du meurtre Sans barricades ni foule D'une horreur absolue Et préméditée De ce lourd silence Elle a dévoré les pavés Où était gravé « Je haie Charlie » Phrase encore sanguinolente D'un corps sain à l’âme d'une bête violente De sa bouche ouverte sur un cri Un message se dégage Au-lieu d’abattre dans le dos Ma liberté d’expression Dessinez-nous Votre satire du jour Sur la hampe du drapeau tricolore Qui recouvre les corps de mes Amours De mes Frères et de mes Sœurs - 15 -


Ce qui a été renaît Ce qui a été renaît Dans l'amas des Pléiades Éternellement suspendue Insouciante beauté Reviens vers moi Nue Comme à la première seconde Dans l’œil de ma grâce Là Où la lune ne se cache pas Derrière ses pensées froides Lorsqu'elle éclate en sanglots Ni ne décline le rire de la mort Lorsque son cœur perd ses membres Sur l’île de ses jours anciens Et si tu t'approchais Plus encore Larmes brillantes Car j’ai tant d’amour à partager Moi Simple astre anarchiste Enrôlé à l’univers poétique Dérivant au travers des boules de plasma Et des nuages de poussières L’inconnu nous a emmuré à voir le monde Par le trou d’une serrure Tel qu’il est - 16 -


Condamné à imaginer la clé Où des pressions cinétiques nous murmurent Des horreurs comme ses Yézidies Violées réduites à l’esclavage Ou égorgées Sous l’œil de notre impuissance N'aimerais-tu pas que je vienne Avec ma langue pieuse Glisser ma salive dressée à la chaux vive Conjurée par mes mains Agitées d’une sainte prophétie Soigner ses plaies béantes qui te terrorisent Ma poésie est parfois formidable Cultive les deux sujets N’ayons pas peur de pleurer De nous exprimer Laissons-nous du temps Et de l’esprit Ton corps suivra Tu as la haine J'ai l’amour

« La poésie doit être l'arme de notre liberté pour tuer celle qui nous la supprime. » - 17 -


Affinité Devant moi Le mouvement d'un concerto de hautbois D'amour et de cordes Miséricorde La choriste résonne entière À travers ses murs de prières Qui me protègent de mes erreurs Il me faudra rompre la peur Poésie Aucune fausse note Ne m'a été épargnée Je laisserai ainsi Mes partitions inachevées Au-delà de l'horizon À l’oiseau vagabond Des herbes et des neiges Perché sur son manège Il t'aimera tôt ou tard Sans verni ni fard Plume dans les cheveux Les yeux dans les yeux La bise sur les lèvres Soufflera sa fièvre Apprends-moi à rire Plume À être en joie à rêver Sur la musique du jour - 18 -


Apprends-moi à sourire Plume À être en paix à jouir Sur la peinture de mon vertige Et je reviendrai à la vie Un pied dans le vide Ou un pied sur le tien Le choix est sous mes yeux Accroche-toi à l'air Pour que ta peau s'accorde à la mienne Et devant moi Rien n'obscurcira ta beauté Poésie Il me faudra l'écrire Des sphères d'amour Des ronds dans l'eau Je laisserai ces vers grandir Dans ton jardin avenir Et prendrai soin De cultiver du piment Sur l'air attentionné Délicat et tendre Là est l’importance

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Un jour de neige Nous sommes bien seuls dans l'existence Entre nénuphar et violon Je vole toutes les nuits Dénicher l'amour Le plus vertigineux Et répète comme un perroquet Face au piano à queue Je ne suis pas un petit prince Juste une note bleue Main dans la main avec la neige Rien n’est venu s'abreuver à ma source L’esprit nomade J’attendais la grâce ... C’est en silence que la neige la remplace La clocharde céleste n’éclairera pas De sa flamme bleue et sa passion Mes trois petits points de suspension Un jour de neige Je mourrai dans le Sud Dénicher l'amitié Le plus important Pour rompre la solitude Avec le regard de mes enfants sur le mien Ultime et éternel - 20 -


Oser un cri pour vivre debout De la maison endormie Le monstre hivernal ouvre les yeux Sur toutes ses âmes tardives Qui se pressent pour s’endormir Avant de rejoindre Pour les plus forts Le printemps Et tous les bougeons du fruitier Planté jadis de tes mains L’iceberg m’a déporté si loin Que ma bouche a perdu le goût De tous ses baisers sur tes ridules Qui façonnaient ton sourire Au bord de la louve Recouverte d’une gelée bleue Rosiers et rameaux ne viendront plus Me rappeler tous ses jours heureux Sans affadir tes racines Je chasse toutes ses fleurs liquéfiées Le soleil tourne autour de ma tête Sans omission d’humanité Je sens encore Ton souffle sur mes épaules Jusqu'à ne plus entendre ta douleur

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Avalanche C’est une matinée dans les alpes du Nord Librement Sur un manteau neigeux L'oiseau survole Je suis seul Face à l’inerte pureté de l’air Dans l'obscurité blanche d'un couloir La tempête siffle La pente craque Vers l’impasse du dolmen À faire bruire les angelots De notre dame des neiges Un cri lointain De la cime d’une pensée Tinte à mes oreilles « J’ai perdu conscience » De plus en plus sombre L’alcôve s’effraie Précipitamment Coucher entre la glace de mes engelures Et l'herbe sèche de mes souvenirs Je capture l’hiver et le respire M’envahit une froidure diaphane Un bleu qui embaume l’haleine du cœur Je sens le froid - 22 -


Par tous les pores de ma peau J’entends des cris aigus d’avertissements Et pleurer les arolles Faiblement Sous la couche immaculée Le cri gelé respire-t-il encore

« L'espoir est louche du coup on a tendance à regarder ailleurs que devant soi. »

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Homotopie Dans l’odeur du chaos Je me suis éveillé De ce cauchemar qu'est la vie Disparaître Quand les autres prient S’évanouir Entre une fête de la faim Ou une comédie de la soif Se dissoudre et oublier Tendre est la nuit Peu importe l’espace Sous la pleine lune Dans l’ivresse clairvoyante J’aperçois la veuve noire déconnectée S’alimenter encore D’herbes de trèfles De criquets et d’escargots Fuir les réseaux insectueurs Iconoclastes Raëliens Les fumeurs de Havanes Qui se moulent à l’intelligence artificielle Et résister Dans l’odeur de l’amour Je me suis éveillé Loin de moi la folie - 24 -


La possibilité d'une île Je m’abandonne À l’univers des choses invisibles Me réinitialise l’âme et le cœur Amour Tu n'es pas mort Ni endormi De ce rêve qu'est la vie

« Le silence est le seul bruit que l'on n'entend pas parce qu'il vient de l'intérieur. » - 25 -


Neutre Quand cessera la neurasthénie Prévisible messagère de l’éther Tous ces nuages de larmes Qui abreuvent la beauté Aux seins gonflés J’aliène mes peines Sur les foliations matinales Qui parachèvent le jardin d’hiver Et musent mes toiles blanches Sous un linceul noir La couleur s’est délavée Le mauvais temps me l’a coulé dans l’océan Je survis sur l’émergence des mots La poésie

« La terreur ne doit pas prendre l’air comme l’amour la poussière. » - 26 -


L’amante religieuse En septembre 2014 Le sergent chef islamique Apparaît pour la première fois Au classement annuel Des personnalités les plus puissantes Du magazine américain Forbes... Se battre ou mourir de honte Face à la chevauchée fantastique Telle est ma question Le mineur nomade Complote derrière ses ruines Avec l’amante religieuse Insolente oasis amère La récidive sacrée mue en boucher La charismatique égorgeuse Reine du verset assassin De la frange despotique Infirmière à la blouse noire Aux piqûres acides Alimente l'immonde Sous l'œil impuissant D'un cyclope diplomatique Au passeport biométrique périmé Et baise toutes ses langues de bois Pour brûler la salive Des vierges converties L’animatrice de l’intox excite - 27 -


L’animal imberbe ou à poils Les réseaux organisés Les parties les lobbies Les rues les maquis Les guérillas les jungles Le monde souffre de cécité L'aigrefin en profite Il faut croire que la terreur S’est alliée à la peau des cartels Aux mafias de tous bords Bienvenue sur la planète Des opinions sélectives Des trafics en tout genre Si vous vous êtes perdu À la fête des innocents Sachez que la plupart de ses fous Préfèrent croire que savoir Ne renoncez pas Vous serez repêché Par un filet dérivant Où le requin côtoie la morue La baleine l’anchois Encore vivant Telle est ma réponse Sur la parabole utopie Le poète court Sous un ciel d'étrenne Où l'art d'aimer s'évade Au sein liberté Hommage aux combattants qui luttent contre deach

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Autoportrait Savoyard exilé À la langue Française Élevée en altitude Dans un décor de liberté De neige et de prés verts Sous un drapeau rouge Et une croix blanche La vie m'a poussé Dans la chaleur Méditerranéenne Monde sain Dans ta terre végétale J’ai rêvé De ma prochaine renaissance

À Joseph dit Maurice à Pierre Jean dit Pierrot et à Paul

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Façade nue Au fond de teint terre de sienne Parfumée d’une petite robe noire L’humeur morose Tes fissures désenchantées Pelliculées d’une gelée bleue persistante Se recroquevillent Et tu t’affaisses Sous-estimant tes fondations Ton plus grand malheur Ta résistance incarnée Aux giboulées célestes À la caresse d’un flocon de neige Où ton ciment se laisse attendrir Et ta pierre angulaire souffrir Nombreux pourtant Sont les chariots de neige Aux protéines amoureuses Qui t’assiègent et te traversent Mais aucuns s'agrippent à tes cernes mauves Ni même à tes fenêtres toujours entrouvertes Tes pierres sont autistes Se suivent et se cachent Se doublent et se croisent Et l'amour s’échappe Prisonnière au visage diaphane - 30 -


Marqué par une légère couperose Tes vieux fantômes anxieux et possessifs Rejoindront par le ciel ta chevelure d’ange Au-delà de la Saint-Valentin Ton fond de teint te sauvera encore Et tu rêveras alors aux chariots de fleurs

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Émoi Focalisé à l'idée du combat Je lutte encore Dans l'épée des mots sauvages Les ténèbres de la mélancolie Au ravin d'un ventre timide De la méfiance et de la peur J'en suis la lueur incarnée Elle m'entoure l'intelligence M'affecte me soumet Et contribue à mon air retiré Légitime qui me suit Séraphine ou thaumaturge Purgée de toutes leçons Accourt éradiquer l'absence de confiance Implantée en mes entrailles Voir le jour s'avancer Et tuer l'aruspice L'infusion complexe De la réalité vénéneuse Qui intoxique le monde

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Psyché Il y a des jours Où je crois que je vais disparaître D'une surdose d'autofiction Dans l'odeur du tain d'un miroir D'écume et de sel Me conserver là Avec les esprits Ne convient-il pas D'arrêter de ne faire qu'un Pour être deux À force d'essayer la distinction Pour ne pas être distant Je me suis évidé Jusqu'à m'effondrer Comme une larme au bord d'un regard Sur la musique d'un sol orphelin Où la mélodie d'amour a fui Où la passion s'est consumée Je me suis interné à la poésie Distillant des milliers de morceaux de vers Dont personne n’en fera usage Pour étancher sa soif Qui n'a pas peur de mourir Au crépuscule d'une lecture Lui soulignant qu'il l’est déjà Demain je prendrai une pelle - 33 -


J'irai sous les lauriers roses Et j'enterrerai mes faiblesses Je ne serai pas le dernier Pour ne plus être seul Il faut être deux

La part de l'autre Sur la colline solitaire Pourquoi Parce que tu existes Et que je te cherche Toi L'inutile beauté Sous la nuit sans étoiles Amour pur - 34 -


Mea-culpa D'un sentier à l'avenue branchée D'une friche en vernissage mondain Moi Dandy prestidigitateur noctambule Je fus amoureux de la mort douce Un dernier coup de médisance Au travers de mon corps M'éclaira le tunnel infernal Petit être vivant À la chevelure cerf-volant Apprendre encore Des vertes et des pas mûres N'est pas impossible À regarder ailleurs l'amour en fuite Cette neige bleue Qui mordit mes branchies marines Et rouge Qui me dit qu'elle ne viendra pas J'aboyai comme un chien qui eut peur Je gommai et recommençai Un dernier coup de foudre Au travers nos regards se mêla Les jours enlacés quand il fit nuit Et pourtant j'ignorai tout de toi De ta prose féline Celle qui s'amusa en étrangère - 35 -


Désireuse d'un arbre à l'écorce fidèle Et moi désireux d'une harmonie flanelle Tout le monde a sa façon d'aimer De sang froid qui se désaltère de sang chaud Où se cache la plume de l'inconditionnel Comme dans le passé simple Perdue dans l'aspirine d'un futur aride Nous n'oubliâmes pas de vivre Un dernier mea-culpa Un flocon sur nos lèvres nous suffirait Pour parfumer l'étendue de neige Qui nous sépare encore Même si tu veux garder cette part précieuse Qui te nourrit et t’enrichit Garder un pied sur chaque continent Et porter la flamme idéale Ce matin Des chamallows bleus traversèrent la fenêtre Me fondèrent dans la bouche Et des mots tendres Ressuscitèrent ma poésie

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Pensées nues L'allégorie a-t-elle dit Pour écrire avec profondeur Il est nécessaire d'être vrai Dans un sujet éminent Et ne pas habiller sa nature En la déployant nue Nudité du corps Nudité de l’être Miroir de nous même Je ne rêve plus qu'au printemps des poètes À cette image qui n'existe pas de toi Illico Les libellules noires M'assombrissent l'horizon J'en ai plein le dos Je suis comme le berger Qui ne compte plus ses moutons À force Trop c'est trop La lune comme l'inconnue troublante Qui reflètent dans la lucarne du portable N'y feront rien Quand les conteuses sont borderline Les compteurs sont débordés Pour un peu L’isolement de l’îlot affiche complet

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Du bronze au marbre Il n'y a que les statues Qui peuvent être nues dans les villes Sous les ailes des pigeons Mais elle Je sais même sans ressort On s'en sort toujours Mais je dois bien l'avouer À vous Je suis au bout du rouleau Même si j'aperçois un piano sur la mer Je ne suis plus qu'une pauvre épave Attends qu'une sirène bien lunée Le transforme en un éminent voyageur Le corps plongé dans l'écuelle d'Épicure Je festoierai plus qu'il n'en faut Pour finir le ventre empli d'émotions Ah je crois entendre qu'Émilie du Châtelet Frappe à ma porte Et si encore l’univers m’embarrasse Sans compter je vous embrasse

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As-tu regardé tes rêves dans mes yeux Inexorablement le maillon fort du temps Nous soumet vers cet endroit fantasmagorique Où l'ombre du grand mystère est un oiseau noir Oui j'essaierai en force de lui échapper De rallier la fourmilière désaffectée Les survivants de l'usine désenchantée Le cœur des tisseuses de rêves tôt ou tard Au-delà entre superstition et audace Mon pied droit se posera enfin sur la scène Parmi l'œil de toutes ses voix qui me supplient Et toutes ses mains détendues qui m'agrippent Loin du diable au cour de la plus longue nuit blanche Dans le champ d'un uppercut je me lèverai Face à la toile vierge pour te dépeindre Encore une fois mon insoluble passion Cachée derrière toutes ces vitres fêlées Où l'ouvrière a souffert au son des injustices Du mur de pierre mon sang se révoltera À l'abri des ombres des uns et des autres Je lui forgerai ses larmes de bronze et d'or Qui n’ont pas connu la peur ni mots d'excuses Ni besoin de personnes dans un ventre sain Dont son seul sauf-conduit a été un permis Celui de toujours respirer la liberté Se laisser envahir par de beaux yeux d’enfants Par la courbe d'une infinie suspension Une dernière poésie hallucinante Et ne t’inquiète pas maman tout va très bien - 39 -


Le ciel en a décidé autrement Un ciel de mars Entre la lune et mon sentiment S’épuisa une dernière bruine Sur l’aire de mes épaules Son empreinte m'infiltra De courber l'échine Une voix oscillante m’interpella Et comme happé J’avançai dans le temps Sans compter Un pilon frappa l’air de l'horizon Et broya la vie sous mon regard Je souhaitai croire encore À l’aube éblouissante Quand le soleil se lèvera De résister à l'assurance des despotes À mes phobies De m’ouvrir à la folie pure À l'enfanté astrale Le ciel en a décidé autrement Jusqu'à quand

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Quintessence À cœur de ma dernière éclipse de lune Chercherais-je une poésie douée Inusable et ascensionnelle Une petite chose éphémère Ce petit rien très attendu Jusqu'au jour Où tel un oiseau fou Surgissant de sa volière Terrifiant la chenille Mais que le papillon a appris À ne plus craindre Ce dernier se fera surprendre Une fois encore D'un rêve au clavier blanc Ma nature proche s’envole La pomme ne s'étonnera pas Amer et montagne Je songe sous l’arbre à papillon En écrivant encore sur elle Ces chenilles de vers Ne nous endormons pas Réveillons-nous Telles des bulles de champagne Chantant un refrain d’amour dans un aquarium En compagnie d’un poisson nettoyeur Psy et casseroles Ou quand la sauce dépasse - 41 -


Le temps de cuisson L'homme a deux visages L'un qui interroge l'avenir Et l'autre qui veut retourner dans le passé Nous y voilà Deux mille soixante six les yeux dans la glace Hibernatus sur son piédestal En majuscule s'affichent mes coordonnées Un sur mon sexe détendu Comme axe des ordonnées Neuf sur la peau de mon fessier Comme abscisse Serais-je tombé des nues Sur la diagonale d'une nutritionniste Fou en position fœtale Sur la folle dingue du chignon atomique La fleur au-dessus d'un trône biologique Non ce n'est pas fini Six pour la longitude Sur l'odorat de mes amours Suivi pour ne pas se perdre Encore un six en latitude sur mes pieds Tu ne t'étonneras pas que je ris et pleure En écrivant ces lignes Dans la peine d’une assiette creuse Sans roi ni reine Ou sans foi ni volaille Ni pions tours ni cavaliers Continuerais-je à jouer Avec l’autre fou - 42 -


En noir à genou En blanc debout Je le vois partout Et un ange passe Me laisse une trace La date anniversaire De mon centenaire Sous terre avec mes vers Les yeux clos j’entraperçois Les nuages sur lesquels La vie continue envers Et contre toute attente Sans moi ni elle Revenons à nos moutons Glissons sur la pente douce Été comme hiver Heureux d'être passé en équilibre Sur le fil à coudre Jetons les dés Ces bas de laine solitaires qui surgissent Des abîmes de nos vies Lovons-nous dans l'ombre D'un tiroir secret de notre esprit Et CREONS Car comprendre C'est surtout le reflet de créer Rendez-vous dans un siècle Et ne cherchez pas la clé Le tiroir est toujours ouvert - 43 -


Je cherche comme toi Le jour où je soulèverai La chape qui plombe mon parcours Je chevaucherai l'olympe La nourriture indigène Loin d'être toujours sombre Mon cœur partagé Aime l'obscurité Parfois l'espérance est comme l'éden des nuits M'a soufflé un poète disparu Là-bas vers le soleil de minuit Je lui enverrai ce visage ennuyeux À la lumière aquarelle Plus rien n’obscurcira Ma fleur annuelle Mes mains se tendent et mes pensées se libèrent Tu ne le sais pas encore Je ne me dévoile jamais complètement Tu peux saisir et comprendre L'être de la complexité Si tu scrutes les nuages du passé Depuis J'ai appris à écrire avec acharnement Bien plus que je ne l'imaginais Je ne sais pas pourquoi Je cherche comme toi M'a soufflé un poète disparu - 44 -


Mémoire dévalée Ici le ciel et les montagnes sont amoureux Vastes et sans limites Elle est claire de lune Seule dans la nuit Silencieuse Raconte-moi poète ce qui se passe Au pied du Borgne qui agonise Et t'a vu naître Où l’eau verte de son torrent Porte encore le ciel de tes yeux Désormais tes traces se perdent Sur l'immense moraine Maîtresse des lieux Et mènent à la chambre des morts Bâtie de glace noire Et de débris de roches Comment peux-tu comprendre le monde Pour ne pas en être victime Pour saisir ce qui t'atteint Atteint les autres Elle est claire de lune Seule dans la nuit Silencieuse Avec une mélodie triste dans ma tête Me donner à l'écriture à la vie à la mort À l’écart du monde Peine et devoir en cours d'acquisition - 45 -


Je vous propose ma philosophie du jour Lire autant de poésies Que vous le souhaitez De voyager vers où vous voulez Vers un lieu inattendu ou mémorable C’est vous qui choisissez Et revenez débattre Dans l'air brûlant des maux du funambule Sur un temps toujours suspendu Avec le poids d’une plume en attente Mes points d'accroches ne rompront pas Elle est claire de lune Seule dans la nuit Silencieuse Quand je pense à la vallée où j'ai grandi Dans le silence et la paix Il existe mille et un chemins pour l'aimer Par les manèges qui l’habitent Et par les jours d’enfance J'ai appris beaucoup d'expérience de la vie À moi l'exilé elle m’a enchanté Et restera la grande cour de ma mémoire En elle toutes choses sont présentes L'enfance des étoiles les batailles de neige Le bois sombre des siècles gris Le bois clair de l’or blanc Et à travers ma fenêtre Les fruits rouges de l'aubépine Qui résistent à l'hiver par-dessus tout

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Syrie s’il pleure encore Entre cubisme art africain Et statuaire grecque Quand je contemple une œuvre de Giacometti Il faut que je sois vraiment seul Alors une autre solitude s’éveille en face Le fil se tisse et le lien se crée L'œil vif puéril mais parsemé Je vois les bras d’une fillette Se soulever face à un téléobjectif Je ne sais pas qui elle est Ni où je vais Mon cœur me supplie De la prendre dans mes bras Comme l’amante douce de mon enfance Impuissant dans mon occidentale opulence Je suis témoin de l’insoutenable Avec un regard d’oiseau libre Zéphyr l'ébauche de mes mots Déloge l’étoile du soir J’entraperçois les yeux d’une fillette Se découvrir dans la poussière grise Syrienne Où ni marguerite ni herbe vagabondent Une pluie de feu est jetée Dans la nuit les étoiles s’accrochent aux ruines Et avancent condamnées à mort Cachée sous une paillasse - 47 -


Affamée comme un chien attaché à un arbre Je vois une fillette abandonnée Trembler sans appel comme une feuille morte Sans manger ni gémir à l’aube dans le vent Loin de la voûte bleue des temps heureux Elle erre les pieds souillés de chair et de sang Et moi face à mon clavier azerty Je bâtis lâchement une poésie Insolvable Je lève à mon tour mes mains Face aux yeux de la fillette Et des larmes coulent sur mon visage Inutilement La fillette sans pleurer s’est évanouie Sous le voile obscur de l’horreur

« La poésie est un rempart contre les forces de l’insensibilité et de l’abrutissement. » - 48 -


L'esprit nomade L'imagination commence là Où la réalité n’a pas le dernier mot De mon lit en bois s'érige une branche Un colibri y chante l'amour éperdument Je l'entends très proche dans mon rêve Tu es la voix qui me berce L'envol qui me met en orbite Le destin du monde est en nous Je ressens son aura Perchée sur ce jardin suspendu Où toutes péripéties Naissent et disparaissent D'elles-mêmes Sous son port parasol Dos contre le tronc de l’olivier L’aïeul de ses congénères A l’écorce striée par tant de gerçures Dans le panache de ses mille printemps L’énergie est la seule vie Est-ce la folie ou la raison Est-ce l'anxiété ou l'extase Que produit l’homme Dont toutes ses actions Sont effroyables et monumentales Qui enrichiraient davantage ma pensée De celle qui voyage Entre terre et ciel - 49 -


La tête au contact de son ombre immense Qui élargit ma mémoire Une voix gémissante Pousse une sorte de plainte Continue et mélancolique Des bambous minces et droits Me dessinent une légion de tuyaux d’orgue D’où semble sortir Une mélodie végétée Du vent d’une nature Qui cherche un nouvel air Entre ciel et terre Là Où l’air encore innocent A songé toute une nuit D'étaler à l’aurore Douce et brillante Des bouquets de fleurs Toutes ses allées et venues Remontent jusqu'à mes narines À l’heure de la merveille Je déambule sur un tapis de fleurs Et d'herbes colorées Où chaque fleur est un sexe Où chaque herbe est une évocation Et que puis-je faire Lèvres délicieuses Inhérentes à ce jardin suspendu Dansons en cadence - 50 -


Et laisse-moi t'admirer Parfaite harmonie Je t’en prie À l’heure de l’ascension Aiguille-moi à ton sein Plus lourd que ma soif Source immortelle À l’heure de l’amour Teinte-moi l'iris Plus perçant qu'une flèche Beauté sempiternelle Encore une heure d'éclat Dans laquelle je peux m’émouvoir Près de toi Autant je respirerai Dithyrambique Je t'offre ma vie Loin des fleurs du mal Dans un silence qui cherche à vivre Où nos pieds reconnaîtront le chemin à suivre

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Bon pied bon œil Parle-moi Avec des mots de tous les jours Des mots d'amour Pour ne pas oublier le timbre de ta voix Écris-moi Avec des mots délicats et raffinés Des mots éthérés Pour me les lire à haute voix Ma folie est ton absence Tes yeux ma prairie Sur les rives de la Loire À travers les sentiers du parc Entre ombre et lumière Je voyage Là où chaque chose Révèle sa propre poésie La plus fantasque À la plus effacée À nous d'en décrypter les sens Parle-moi Écris-moi Accroupi sous la tonnelle De jasmins et d'akébia Mes mots cherchent la lune Loin des fleurs fantômes Je gratte le sol en terre promise - 52 -


Et chevauche le dos d'un coléoptère Rejoindre la saveur amoureuse Celle qui parfume l'essentiel À l'autre bout du monde Sur la mer de corail Entre l'île de la Surprise Et la nouvelle frontière Parle-moi Avec des mots de tous les jours Des mots d'amour Pour ne pas oublier le timbre de ta voix Écris-moi Avec des mots délicats et raffinés Des mots éthérés Pour me les lire à haute voix Ma folie est ta chair Tes yeux mon empire Sur la côte Méditerranéenne À travers le sentier des douaniers Entre mer et romarin Je côtoie La vie simplement Peu importe le temps La pluie est un soleil Et le soleil est une pluie À nous d'en décrypter l'essence Parle-moi Écris-moi - 53 -


Allongé sur les nymphéas Au-dessus d'une carpe koï Mes yeux cherchent l'empire du soleil levant Loin de celle que j'aime Je dilue les nuages noirs du ciel Et m'accroche à une étoile filante Rejoindre le métal du Samouraï Celui qui forge l'art de vivre À l'autre bout du monde Sur la mer du Japon Entre l'île d'Hokkaido Et la baie patience Parle-moi Avec des mots de tous les jours Des mots d'amour Pour ne pas oublier le timbre de ta voix Écris-moi Avec des mots délicats et raffinés Des mots éthérés Pour me les lire à haute voix

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La ballerine des lumières C'est seulement en mûrissant Que j'ai appris à aimer Me lier à l'écriture Très souvent Elle m'exalte plus que la parole Au belvédère D'un hiver en pente douce Je ne savais plus De qui j'étais la capture Au pied du sacré cœur Ce printemps Dans ce coin agréable de la colline Je sais de qui je suis l’amour Désormais Je goûte à nouveau À l'onctuosité de la nourriture D'un ciel plein de corbeaux Je ne perçois plus que le bonheur S'échapper du port des cerisiers Seul Au milieu de ses fleurs Éclosent et brillantes Je ne serai pas Celui qui abandonne Par crainte ou par excès de confiance

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Émerveillé J'aimerais remercier ce soir La ballerine des lumières Qu'elle me donne encore Un peu de place Pour ne pas regarder la pendule Qu'elle m'incarne encore À l'amour qui m'anime Les couleurs de l'existence Et comble ses fossés C’est toujours un moment privilégié Lorsque j'éteins la lumière

« La poésie est un flacon où frissonnent un parfum de beauté d’amour de douleur d’absence… » - 56 -


Us et Coutumes Déloger la source Pour ne pas se dessécher Réfléchissons Avant qu’Us flétrissent Et Coutumes désertent J’hésite à faire castrer mon lapin Benetton est un angora nain Sans testicules Il va paraître ridicule Non ce n’est pas un crétin Juste un terrien qui expose son art Dans une galerie souterraine Comme le voile Peut cacher le mystère des profondeurs Ou une pièce d’or Agiter la magie de sa bonté Mais ne suivez pas toutes ses pensées Certaines ne fleurissent jamais Loger un rendez-vous Pour ne plus être seul Cherchons Avant qu’Us s'évertuent Et Coutumes s’habituent Vais-je poser mon lapin À côté de quelqu’un de bien Ou sur le palier de l’inconnue - 57 -


Les fantômes existent-ils D’un postillon à un regard troublé Combien sont ils à ne plus se parler Tous ses connectés de minuit Comme des faux ongles par transparence Peuvent dévoiler l’anxiété Ou comme une pulsion sexuelle Peut assouvir la douleur du solitaire Ne suivez pas tous les nuages Certains ne crèvent jamais l'abcès Reloger la poésie Pour ne pas boire Partageons Avant qu’Us contribuent Et Coutumes s'enivrent De l’inspiration à la création Lorsqu’il reste dans sa cage L'arrière train en plein voyage Mon lapin est un bon vivant Mérite son passé Mange le présent Invente l’avenir Avec comme dénominateur commun L’innocence Et comme poisson d'avril L’ignorance Le fameux clapier des traditions

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Déloger la source Loger un rendez-vous Reloger la poésie Réunion bio Avant qu’Us et Coutumes M'épuisent les nouilles

Dans la couleur du printemps Dans la couleur du printemps Il est temps de me demander Ce que toutes ses cravates à fleur de lys Élevées au grain électoraliste Depuis plus de cinquante ans Flattant les passions Exacerbant les frustrations Entendent par progrès L’un ayant les poches mercantiles percées L’autre le cœur sur une main imaginaire Entre l’amour et la haine Le messie crèche à Schengen Et quoi d'autres Sur l'isthme des disparus Des générations oubliées - 59 -


Hypothéquées Avant d'être conçues Condamnées à payer de l'intérêt à vie Endettées Euthanasie programmée D'un quotidien programmé Putain Et pourquoi lire des nouvelles Qui n’en sont plus Mon visage gris apparaît beaucoup plus clair Sur un fond noir que sur un fond blanc Et encore Lorsque je juxtapose ses deux situations Fuir ou combattre Il m'est difficile de croire Que mes deux accords sont du même ton de gris Voilà une actualité de plus Qui renforce mon dégoût L'inspiration appelle l'expiration Quel bilan aujourd'hui sur les flots Entre le Nord et le Sud Sur la mère patrie Méditerranée Aucun qui reflète un beau voyage Loin de l'écume à l’abri au palais Bourbon Les cravates à fleur de lys Se libèrent le dos tourné Et s'enfument d’herbes clandestines Fuyant le diable qui laboure leurs racines - 60 -


Aussitôt qu'à mes yeux je présente l'obscur Ils me supplient le clair Et dénichent l'obscur Si je leur présente le clair Et de ce cinéma de plein air Vogue le navire De Fellini à Eisenstein Le paysan n'a pas toujours le pied marin Ruiné et affamé Il s'est noyé assassiné Entre la mer morte et la furie du sablier Où le diable a la mort aux trousses Ces destins atroces de navires De pauvres gens de femmes et d’enfants Sont l’emblématique destin de notre temps Comment pouvons-nous survivre Comment pouvons-nous endurer Sans une profonde et vraie réflexion Et si j'irai au hasard Veille du jour du grand pardon Manifester Sur le mur au centre de mon lit Sont pendus le portrait de mes enfants Mes prières qui ne le sont plus Raisonneront juste dans les pores Du plus petit au plus grand Dans la couleur du printemps Il est temps de me demander - 61 -


Si ses quelques vers reverront le jour « Heureux qui comme Ulysse a fait un beau voyage Ou comme celui-là qui conquit la toison Et puis est retourné plein d'usage et raison Vivre entre ses parents le reste de son âge…* »

*Joachim DU BELLAY (1522-1560)

L'air candide met le masque « Cueille le jour présent Sans te soucier du lendemain » Me rappelle une vieille anecdote Mai 2011 Candide Je sors du train à la gare de Venise À l'époque de l'insouciance Un pigeon de l'école Vénitienne passe Je sens une impression froide Chuter sur mon épaule Serait-ce un chef-d'œuvre de l'au-delà - 62 -


Ma chemise blanche est croyante Ce sain suaire s'invitera Pour un temps dans mon armoire Car elle croit à ce qu'elle ressent Alors que moi je ne crois qu'à ce que vois Elle finira à la croix rouge Mai 2015 Méfiant Je sors de mon lit dans le sud de la France Les yeux décrochés par l'épouvante Face à une étendue d'anges désailés Si je respire encore c'est que Dieu existe Hommage à tous ceux qui ne changent pas d'avis Et si chaque phrase doit être importante Mes vers s'épaissiront Suivant la dérive des corps À la source des sentiments De ce plaisir des mots Qui se dilue dans sa propre perception La passante est inconnue Elle ne sait rien du monde Loin de ce pigeon à la fiente vertueuse Aujourd'hui j'ouvre un livre sur lui Une poésie sur elle Sur quelle étagère vais-je les déposer Et les questions pleuvent Reliant l'au-delà au sol de la raison La belle et la bête Encore une histoire à couper le sifflet - 63 -


D'un ecclésiastique polyglotte Fidèle à la Mère Térésa Mon Dieu lequel Aux pieds des pyramides Y-a-t-il encore des chiffons Pour essuyer les fesses noires de Cléopâtre Un mythe tombe enfin elle était africaine Avez-vous deviné où je voulais conduire Aujourd'hui votre âme et conscience Il y a des femmes qui se travestissent Pour échapper à la mort lente Vivre toute sa vie Cachée sous des vêtements Qui n'étaient pas les siens Préférer travailler dur Porter des briques ou des sacs de ciment Cirer des chaussures à lacet Plutôt que mendier dans la rue Pour gagner de quoi vivre Et faire vivre ses enfants Et tout ça pourquoi Parce que dans sa communauté Le travail des femmes est prohibé Se faire passer pour un homme Lorsque que l'on est une femme Pour éviter la déchéance Quelle lourdeur d'être éveillé Et de parler d'anarchie Mais quelle honneur de parler d'elles - 64 -


Et pourquoi ne pas poser ces questions À l'intelligentsia planétaire Quand l'archétype du pouvoir interdit Dans un château en Espagne Une sculpture qui dérange la vérité Les implications actuelles du colonialisme Ou ses conséquences Vous ne le saviez pas encore Canaletto mon pigeon Vénitien À sa propre carte de presse citron Et son diplôme des tâches et des SMS Il est devenu un vrai chiffonnier Dans une sphère plate avec des oreilles d'ânes Il rentre dans le moule de la censure Pour pondre des huiles sans intérêt Vingt quatre sur vingt quatre Et sans attendre le prochain carnaval Vous le savez comme moi La banquise continue à fondre Mais y-a-t-il plus de voleurs Au Qatar qu'au Bangladesh Y-a-t-il moins de noms d'oiseaux Au Guatemala qu'à Monaco Y-a-t-il plus d'alcoolique En Érythrée qu'en Russie Y-a-t-il plus de pigeons Aujourd'hui ou au temps de Voltaire Sur la place Saint Marc

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Le mot Plus un seul mot Ne put chorégraphier le silence Sous le sol pleureur battu par les vents L'homme consulta sa boîte mail Telle une fleur bleue Jaillissant d'une vague noire Et traita l'unique message Comme il n'y eut qu'un seul mot fournisseur Avant qu'il se taise Il écouta bien son cœur Pour qu'il lui souffle son diagnostic vital Et le mot le mena d'acte en acte « Je t'égrènerai au sein de ma filature D'une vision encore humaine Tous tes affreux souvenirs Et des larmes de joies te sécherons tes bruines Loin du grenier des nuages gris de ton enfance Je t'injecterai ma douce clef insuline Jusqu'à la dernière perle Pour te laisser nu et tendre Sur un écran nacré d'amour Loin de tes écailles sanglantes atrophiées Et moi Mot multicolore conscient Où ni murs ni abîmes closent l'horizon Au coin de mes sans secret(s) Je te bâtirai enfin ta liberté de naviguer... » - 66 -


Et ton destin S'il ne t'eut souri qu'une fois Tu fus là Tous les virus ne sont pas mortels

« L'ivresse est une voix sans issue mais terriblement enivrante. » - 67 -


La valse des yeux J'attends l'amour C'est la valse de la vie De ses mains de soupir voyageur Impossible de s'en détacher Je ne viens pas à vous d’un autre monde Chacun plonge son regard dans celui de l'autre En pensant y voir des merveilles Bien sûr les extrêmes nous entourent Et toujours nous fusionnerons Aussi je veux déposer sur toi Du soleil qui annonce le printemps Une dernière douce pensée Avant que le parfum de la nuit T'enlace à son tour J'attends l'amour C'est la valse de la vie Goutte à goutte le silence te déshabille Le temps s'effiloche Et se colle à ta peau encore sèche Chaque nuit chaque jour chaque heure Nous sommes tous à la recherche De cette fileuse et secrète pénombre Où germe la danse des fleurs Aux nébuleuses de l'ombre Et verdissent nos traits vigoureux À chaque recoin s'émeut la lumière Un halo brun bleu et là un halo vert C'est la valse des yeux - 68 -


Amour oisiveté et contrebande Échapper à la mort change la vie Vingt mille lieues la tête ailleurs Sans investissements ni obligations Je me suis jamais senti aussi libre Un rêveur à qui le réel a souri Au diable la question folle Suis-je heureux sans travailler Vous êtes venus surprendre un secret Que tout le monde devrait pénétrer Le secret de toute mon existence Écoutez alors le secret de l'eau bleu La pluie qui défie le soleil Le feu qui lèche une tranche d'aubergine Et ses perroquets verts chanter l'amour Embrassez ce rouge à lèvres carmin La brume flotter Impétueuse et un brin délurée Suivez l'araignée des airs et des songes Par delà la fenêtre aux barreaux tendres Flairez le matin Ses pamplemousses en coupe rose Exhalant une fragrance de thé au citron Dans la jouissance de ces instants Mon ennui de vivre n'a plus le temps Et si le grand dimanche N'est pas encore pour demain - 69 -


Je prendrai toujours le temps Le temps pour rêver Le temps d'aimer Le temps de vivre simplement

« L'imagination commence là où la réalité n’a pas le dernier mot. » - 70 -


Le manque a la couleur de la nuit Le manque est là intégralement Conservé en moi et tu viens tu pars Tu bifurques au lieu de surprendre Vers l'aube bleuit par l'acier du vide J'ai déjà mangé et je meurs de faim Le manque est une abrupte déficience Je rêve que mon téléphone vibre Ma seule envie est de me réveiller Pour voir enfin apparaître ton visage Tu attises ce feu doux dans mes yeux Et je ne peux plus l'éteindre sans brûler Mon bonheur est un puzzle noir et blanc Où il manque cet éclat coloré Ton parfum de miel trace sur ma main L'arborescence amoureuse à séduire Là où ton cœur m'offrit son premier don Je vois la tendre lumière du sable S'échouer sur la couette du lit Ma peau se recroqueville et se noie Et vient la perpétuelle question Pourquoi en sommes-nous là à chercher Ce qui brille depuis le premier jour Le manque a la couleur de la nuit

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In extremis Je parlerai d'un sans-papiers en transhumance Malgré mes lèvres bleues qui soufflent l'abondance En fils d'Ariane pendus aux mauvais augures Face aux clés d'ors fondues d'un sol fou hors des murs La sonate est morte enterrée sous l'abat-jour Le grand voyageur n'est ni aveugle ni sourd Je parlerai de ses délicieuses croyances Malgré ses yeux noirs qui vivent l'intolérance À ces milliers bas abrutis qui intimident Pauvres passereaux tout ce fini dans le vide Mais le poète n'est pas un oiseau autiste Juste quelqu'un de bien oui sans doute un artiste Je parlerai de ses visages infantiles De leurs joues grasses et sanguines ou reptiles Celles qui jonchent les champs de miroirs brisés Là où plus personne n’ose battre le blé En évitant le pire comme le meilleur L’odeur de la mort a rejoint l’odeur des fleurs Je marcherai de pierre en nuage subtile Le pied ferme et dur comme un silex érectile Jusqu'au grand cœur de mes convictions étrangères Pour embrasser la répulsion des sans parterres Avec celles et ceux qui me fournissent Le papier blanc l’encre et la plume in extremis

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L'immoral insatisfait Érudite séduit mon souffle Le cœur de l'harmonie Entre les cuivres et le vent Mon corps Cet instrument qui vibre Incessant De ses plus beaux accords Lorsque la discrète est juste Captivée par le raffinement L'élégance La courtoisie et l'aisance Le fruit est mûr J'aime l'équilibre du nid Où l'envie s'édifie dans une température Sensuelle et haletante Où le désir chevauche crescendo Les cotons d'iris En exaltant la clef des sens Où le corps à corps sulfureux Fluctue Où le plaisir abîme la raison Pour tatouer l'essence À l'encre pensée et indélébile D'instants dédiés à la luxure Intraitable dans mes armes Cérébrale dans l'attaque - 73 -


Insatiable dans le feu de l'intrigue Gourmand Quand la pitance a de la saveur Je suis rose pâle noir ou arc-en-ciel Délicatesse ou indécence Ou tout de rêves dévêtus Et j'aime à me perdre Sous vos griffures félines Fauviste Adepte d'effleurements passionnés De plaisirs intenses De jeux audacieux De complicité partagée Dans la plus grande des déférences Et défiances Je serai votre éternité ou chimère

« L’écriture est une émotion en mouvement. » - 74 -


Au bout de la patience Comme le temps emporte tout Préservons l'esprit nomade Pour éviter tous ses bruits L'errance devinera les mots T'as de l'or dans les yeux Et te voilà dans le grenier des songes La main prête à voyager Et serais-tu toujours là Pour retisser les liens T'as cherché un sens aigu à tout ça Au lendemain des malentendus De deux mille et des poussières Les yeux au fond de tes soupirs Tu cherches un sens aigu à ta vie L'amour ne peut pas être inventé Il est sans toi Quelque part à côté de toi Quelque part derrière toi Il est ici Ostensiblement L'amour est comme ce velours Qui se love dans tes yeux Selon le sens d'une caresse Il s'illumine ou s'éteint Au bout de la patience Il y a l'amour - 75 -


Pourquoi cacher un si beau visage Personne ne la relèvera Aspirée par la haine Femme moucharabieh En furie contre la brumaille Embrasse l'aube Encore dicible D'Arthur Rimbaud Et crie Contre l’opacité Bouche cousue Mon cœur grêle en silence L'entends-tu Créature en prière Aimez moi aimez moi Je n'ai ni père ni mère Ô vie Ô liberté Ô mon amour Toi qui chantes la vie Pour faire chanter le mienne

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Sur nous tout se repose Au départ improbable Toutes nos paroles Sont des traits d’union Jusqu'à l’abandon total Loin de l’indifférence Au bout de mes phalanges S’approche l’effervescence Ma chair ne sait plus attendre Tu es passé au travers du grillage Comme un cygne encore sauvage Pour ne pas être capturée Par tous ses chasseurs névrosés Tu ne seras pas le débris d'une fuite Ne faut-il pas sans cesse se libérer Pour ne pas perdre ses cordes vocales Et chanter l’amour en liberté Je saisis au vol ce vent ascendant Me hisse bien haut sans effort Et dérive ce jour par delà tes craintes L’air inonde tes sensuelles ellipses Et me font toujours autant d'effet Le temps n’a rien avalé La rue des chagrins s'évanouie Me revoilà à repeindre l’air Qui se cachait derrière tes yeux Sur nous tout se repose

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À la recherche du temps suspendu Où sont les jours tendresses Les nuits mauves L’aurore d’un vice versa Là où la vie est un escalier Aux marches magiques Entre deux paliers de vers libéré j’approche Monte et descends ses dentelles Les idées se rencontrent et se percutent Les chocs sont parfois brutaux ou mielleux Chaque jour est une évocation Chaque nuit est une révélation Peu importe le sens de la marche Même la pire a son importance Où sont les jours douceâtres Les nuits fleurissantes L’arbrisseau d’un vice versa Là où mon cœur est floraison Sans carapace ni contrefaçon L’amour s’en va abolir l’absence Et de tes lèvres si tendres S’échappent la douceur de vivre Brûlant sur ma poitrine Ton regard ne trahit jamais Ni le temps ni tes sentiments Et le sel de minuit conservera mon rêve Parmi tes ondulations longues et brèves

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Faut-il reprendre un dernier vers Merci de m'inviter sur votre plage privée Si dehors la pluie bat la grêle À l'intérieur je baigne dans le vin D'une pourfendeuse d'émaux Loin de mon éthique de la jouissance pure Comme souligne Michel Onfray « Mon hédonisme est ascétisme » Faut-il reprendre un dernier vers pour avaler L'audace d'un commentaire Utile et nécessaire Pour oublier ce que je viens de lire Et partir m'enivrer de miel et d'absinthe Forum Si tu pouvais mourir avant moi Un tout petit peu Je pourrais peut être défendre cette chose Celle qui me tient à cœur Éveillé Je la rencontre toujours Enveloppée d'un corps sage Au travers un inconscient presque pudique Traversée de préoccupations existentielles Oui je parle de toi Poésie Mais vous qui pourfendez le grand singe Regardez-vous Estimez-vous Et vous comprendrez - 79 -


Que mes seules religions Sont la Liberté la Nature et l'Amour Arrêtons de s'éloigner de nos racines Revenons à la terre À la verticalité Et si la chasse est ouverte Ne tirez pas sur le pianiste qui ne joue plus Ne tirez pas sur le peintre qui ne peint plus Ne tirez pas sur le poète qui n'écrit que pour vous Manifestez sans hypocrisie ni suffisance Manifestez là où la vie est encore en vie Dans le cœur de l'autre sans aucun jugement Le respect de l'un Commence là où l'autre le comprend Tout ceci est une loufoquerie Pour qui comprendrait encore ma langue

Après ce légèrement loufoque J'embrasse au passage Marine Laurent Personne importante à un moment de ma vie Et qui sans ailes Je ne me serais jamais envolé vers l'écriture

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Petite histoire d’Elfe Jusque tard dans la nuit J’ai lu tes poèmes Ils m’ont bouleversé J’en ai pleuré Sa vie est une chute Ni libre ni imposée Juste assujettie À une abyssale mélancolie Une vie entre rage et survie Presque immobile Toujours dépressive Elle écrit Là Au cœur d'un cerisier en pleure Coincée entre les tordeuses orientales Et les mineuses de feuilles Son unique coin de paradis Est le sourire de ses vers La seule branche la reliant à la cime Pour se nourrir Sont ses mots qui creusent des galeries Dans l'écorce du temps Serais-je le seul à l’apercevoir Encrée à ce dédale Lorsque la nuit de ses paupières Il neige des milliers d'étoiles - 81 -


Lorsque le jour de ses yeux Il coule des rivières de pétales L'amour a son apothéose La mélancolie a la sienne Détruisons l’étoile mortelle Greffons la sève amoureuse Et l’euphorie chantera à nouveau L’hymne à la joie Tes yeux cesseront de porter le deuil Tu lui offriras tes seins Et le cerisier ses fruits rouges

« À mon sens la sincérité est souvent le premier signe intérieur de beauté. » - 82 -


L'eschatologie d'une pensée La libellule a erré Dans l'air d'une impérissable thébaïde Les ailes réduites À la recherche d'un art de vivre Capable de prendre à contre-pied Le vent de la réalité Comme le désert d'un sentiment Est-ce un sort inéluctable À toutes les âmes sensibles ou curieuses Tout cela remonte à bien longtemps Ce calvaire n'est plus Moi-même j'ai changé Mais on ne fuit pas les données de son destin Hier pessimiste aujourd'hui je le suis resté L'œil proche d'une philosophie éphémère De cet arbre je cueille son fruit le plus mûr Je le respecte avec gourmandise et tendresse Et enterre sa peau au pied de ses racines Mais dis-moi mon amour Quand tu seras partie M'aimeras-tu encore Comme au premier jour

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Le monde n'a plus que nous Pour ce court poème lyrique Un seul lecteur me suffira Pourvu qu'il me connaisse et m'aime Toujours enveloppé d’un cœur critique Les yeux sur la musique des rêves Et si j’apercevais l'avenir Une parole inaugurale Inscrit dans le présent J’ai croisé le cinquième élément Une baie rose à la fleur d’oranger Je ne renonce pas À rejoindre l'idée d'un retour à la peinture De la lier à l’écriture Là où mon expressionnisme se délasse À quatre pattes Comme un âne ou un enfant À la recherche d'un souffle nouveau Sans leçon ni prétention Entre densité et légèreté Le vent n’est que de l’air Seul l’amour a le poids de la terre

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L'inattendu Autour de nous se réduit le vide Perchée parmi les feuilles du chêne vert La libellule me tient en éveil Je suis né sans frontière Et je veux périr tout simplement Dans mon air natal Loin de la chapelle des sorcières Les yeux écarquillés espérant la lune J'ai plongé la tête dans le ciel Je l'ai scindé comme s'il m'appartenait D'un côté Jupiter de l'autre Vénus Un ciel d'été le mien une étoile mon amour C’est une perspective vivante À l’horizon de ma verticalité L'abîme se tue le flot s'agite Pour tous ceux qui attendaient comme moi Dans la chaleur dans le froid Quelque chose d'inattendu

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Los mosquitos del amor Ce soir j’écoute l’appel La voix d’une femme aimée Au cadran de la lune Dans ce labyrinthe d'émotions La libellule lutte de toutes ses forces Même si les choses ne bougent pas Ne pleure pas Le nuage de moustiques L’amour est assis autour de nous Et nous pique L'essentiel Sur tes yeux clos j’ose encore Lire et écrire Nos heures passées L’auguste présent qui flaire la vapeur La locomotive sainte Comme le profane voyageur Sur terre en scène Toutes les ombres se contractent Comme un fœtus Lorsqu'elles apparaissent Corps agglomérés À un sable émouvant Entre une tour d'ivoire Et un désir secret Même dans l’immobilité - 86 -


La distance s’amincie À chaque instant Je ne contemplerai plus Qu’un point brillant estival Perdu dans un ciel bleu nuit

« Seul l’amour à le poids de la terre. »

« L'amour c'est de l'or le temps sa mine. » - 87 -


L'inattendu Autour de nous se réduit le vide Perchée parmi les feuilles du chêne vert La libellule me tient en éveil Je suis né sans frontière Et je veux périr tout simplement Dans mon air natal Loin de la chapelle des sorcières Les yeux écarquillés espérant la lune J'ai plongé la tête dans le ciel Je l'ai scindé comme s'il m'appartenait D'un côté Jupiter de l'autre Vénus Un ciel d'été le mien une étoile mon amour C’est une perspective vivante À l’horizon de ma verticalité L'abîme se tue le flot s'agite Pour tous ceux qui attendaient comme moi Dans la chaleur dans le froid Quelque chose d'inattendu

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Et si c'était toi l'inhumanoïde Palmyre est dans l’œil du bœuf Comme l’usine d'un gaz à effet de serre Est dans celui du veau Une tête qui cherche son corps Une voix que l’on entend chanter Avec une mélodie si déchirante Déjà des années de terrorisme Des actes inhumains Si imprévisibles si monstrueux Comment pouvons-nous répondre Comment pouvons-nous oublier Nous qui ne cherchons rien et anonymes Des années d’exode De détresse et de barbarie Qu’est-il advenu de la foi Qu’adviendra-t-il de la foi Le cœur du monde Est un courant de sang En fumée nos années d'amour Je les pèse sur une échelle de vie Qu'aimerons-nous des cadavres L'été se finira-t-il de façon inattendue Avec nos lèvres pressées Sur celles des disparues

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Et il y a la disparition anodine De l'actrice Laura Antonelli Morte dans la solitude Comme des millions d’âmes Le tour du monde Est un courant d’air Et si c'était toi la victime

L'œil de la nuit est mon soleil Ce ne fut pas l'âge de pierre Ni d'Eve ni d'Adam Juste l’heure d'un chuchotement Une ivresse intense me détourna Comme un fleuve Vers un autre lit - 90 -


Son flux herculéen Me tailla la berge Encore inconsciente Où l'argile en errance S'échouera bien plus tard Sur le delta D'un papillon de nuit Se laisser aller Dans le silence du vent Pour ne pas s'écorcher À la merci du septième ciel Ma sommité turgescente Quasi fluorescente Voyagea éclairée à l'abri du sommeil Harcela le mercure Se mélangea à ses gorges saintes Se mélangea à ses ailes Se mélangea à la lumière noire Chaque envol Me poignarda le cœur Enflamma le feuillage De cet incommensurable vertige L'œil au bord du gouffre Longuement soupira Et l'ivresse glissa son emprise Hors de la mienne Rejoindre l’aimant clavier Son deuxième amour - 91 -


Une seule fois Un soir d'été Sous une charpente étoilée J'ai franchi les portes solsticiales D'un clown de music-halls J'ai embrassé la gaieté À travers l'autre Et embrassé aussi Une seule fois Le visage de mon père pleurer Sur la neige et l’herbe L'amour habite là Où on le fait rentrer Au bord du lac De l'omble chevalier Où les roseaux soupirent Alphonse de Lamartine J’ai usé ma jeunesse Sur une ligne de cocaïne Une seule fois Et usé aussi Mon 501 sur un fameux tonneau D'alcool de prune La connerie s'invite là Où on va la chercher Et si je n'ai jamais vu Des os torturés - 92 -


Le visage tourné à la fois Vers la terre et vers le ciel J'ai entendu plus d'une fois L'alchimie de leurs cris Apparaître puis disparaître Sur la page blanche qui me sert d'horizon Où l'art de vivre N'est pas seulement d'être en vie Mais de jouir pleinement Chaque instant L'homme n'est pas Dieu

La cueilleuse des lys Il se fait tard Et plus tard à chaque concert Le tonnerre s'achemine dans le ciel Et la plume redescend vers son royaume Quand les oiseaux se sont tus toute la journée - 93 -


Lorsque le soleil caresse enfin la mer Une escapade lettrée s'impose L'art affecté l'air incrédule Loin de ma vie Menée à travers la brise marine J'ai tendance à repartir en voyage Rejoindre des réalités humanistes Là où les abandonnés Peuplent mes pensées Il m'est impossible de les oublier Tous ses humiliés de la terre Et pourtant Elle est si tendre la terre Celle de mon jardin Elle sent un parfum de liberté Un parfum qui rend amoureux Humblement je l'offre À l'oublier d'un pouvoir Encore souverain Petite fille aux pieds nus La lumière dans ta cabane écorchée S'allumera vivement Tu goutteras les ailes de toutes ses étoiles Et le jour deviendra bleu Jusqu'au sang des puissants Tu deviendras la vivace cueilleuse des lys Loin de la rocaille Juste là Sur le balcon des oiseaux de paradis - 94 -


L'agneau stique Cœur entaillé en pleine canicule J'aimerais psalmodier Des vers invulnérables Pour détrôner l'immonde Toutes ses crevures D'esprit et de chair Qu’est-ce que cela signifie Je ne crains plus l'agnosie Ses pierres déminéralisées J'éprouve d'être ce volcan Et de cracher des mots larvés D'ensevelir à jamais Ses semeuses de haines Sans rien interdire Juste par l'intime conviction Cœur greffé en plein ciel J'aimerais ne pas entendre Ce que je ne vois pas Pour affronter le monde Dans tous ses états Sans Dieux ni drapeaux Qu’est-ce que cela signifie Je ne crains plus l'absolu Un ayatollah libéré Ni aucun tissu malade Vous êtes venu me voir Je suis dans le désert Sème et récolte mes rêves - 95 -


Tant que la peur Ne me réveille pas Cœur encré sans doute J'aimerais simplement raconter Des histoires d'amour Provoquer le sourire d'un enfant Où il n'est plus roi Vous avez pleuré tant de fois Qu’est-ce que cela signifie Je ne crains plus l'avenir Au lieu de crier armée Ma langue préfère la liberté Le silence de mon souffle Et sans regarder en arrière Comme a dit André Gide Il est bon de suivre sa pente Pourvu que ce soit en montant

Tant que mon ombre s’amuse Tantôt espiègle tantôt sage Mon ombre s'amuse Dans le chant des cigales - 96 -


Sous les ailes caniculaires de l'errance Là où la fleur encore fraîche Habille mes yeux De ses couleurs franches Répand à mes narines Son nectar sirupeux Là où ma langue Suinte un désir latent Dans le ciel les oiseaux piquent du nez La chantepleure a le bronze qui bouillonne Les aiguilles habillent l'autre si vite Bien qu'elles prennent racines nues La chaise longue reprend ses formes Et je disparais Rejoindre le cimetière des ombres Labourer mes feuilles blanches Sculpter une cocotte en papier vert Sans doute je pourrais Redonner naissance à une ombre Et de vous envoyer par mail Un énième poème D'amour d'écologie Comme a dit Boileau Trop d'abondance appauvrit la matière Mais tant que mon ombre s'amuse À l'instar de la rose des vents Mon cœur poursuivra le bon chemin

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Hédonia J'ai réfléchi durant de forêt en alpage À travers champignons et nuages Il s'agit de ne pas oublier De redescendre sur terre Concrétiser son château d'amour et de pierre Voilà l'objectif de l'homme incarné L’évitement du déplaisir L'insignifiance est enviable Et semble tendre Quand la douleur enterre toute éloquence Et mon âme se métamorphose En gratte ciel stratosphérique Ma chambre est ombre chinoise Suis-je le seul à la voir Suis-je le seul à la toucher Je suis le fil coton tressé rouge et noir De la lampe de chevet À l'abat-jour feuille d'été Et tombe nez à nez avec un souvenir Un souvenir inoubliable Où l'amour ingérait mon sang Et tout ce qui se présentait Sous un délinéament réel Le cyclopéen est invariable Et semble brillant Quand le plaisir déterre l'insouciance Et mon corps se métamorphose - 98 -


En charpente musicale Mon lit est rouge à lèvre Suis-je le seul à l'embrasser Suis-je le seul à l'habiter Tu as visité chaque matin mon réveil Et une partie bien souvent oubliée Mon être paraissait s'évaporer D'une cicatrice hantée à l'idée Sur ce que je ressentais Comme le verso de mon ardeur Une vie heureuse bien remplie Vaut tous les narcotiques

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Moniale Le mot long est plus court Que le mot court Même à la campagne Et plus loin encore Vivre la solitude dans une communauté Une vie pour Dieu seul Deux âmes le cherchent Et veulent être trouvées par lui Une vie simple et rythmée Comme une poésie Du recueillement à la rédaction Et j'écoute Une énième liturgie des heures Et aperçois deux moniales Au bout du corridor Entièrement de noir vêtu Penchées à une fenêtre Le jour se lève Derrière les feuilles du grand hêtre À grandes enjambées Après un ultime chant Un coq poursuit une poule Elle traverse la route Une bétaillère l'écrase Mon Dieu Dit l'une des moniales Elle a préféré mourir

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Arbre de vie Son élan est une émotion tout en mouvement Le mien n'était pas né Nous étions au milieu des années quatre vingt dix Je rêvais secrètement D'écrire toutes ses pages D'ivresses et de désespoirs Sur le dos des temps heureux Où la douleur n'est que passagère Et la jeunesse flamboyante Quelque part sur les cimes Au service exclusif de la toile de lin Ce désir couvait dans le même nid Entre ombre et lumière Cette proximité a favorisé nos relations Nous étions devenus inséparables De cette branche adjacente Nous étions à l'étroit Les jours si beaux et si jeunes Pour penser à l'agonie Où toutes les feuilles regardaient à la fois La terre et le ciel Il y avait toujours de la place Dans un coin de son écorce Pour les nuits Où le ciel chercherait de l'amitié - 101 -


Sur une aile encore chaude Pour les jours de pluie Nous ne comptions Ni le temps ni les heures Nous écoutions Énigma Céline Dion Le cœur en peine d'une fin d'été Nous contemplions la montagne Les couleurs d'automne les premiers flocons Je me réinstallais dans une vie sédentaire Pour tomber enfin Sur ce recueil vert et mûr Au moment où le lac gèle À partir de ses berges Et le poète à partir de son cœur Tendresse souvenir et courant d'air Il ne m'en fallait pas plus Pour m'apercevoir que ce petit nid D'un éclat si sombre et si fraternel Était pour moi le point d'encrage Un guide un compagnon de vie Non je ne t'aime pas Aimer ne veut rien dire Un mot si petit si étriqué Je l'emploie pour manger ou dormir Pour la colline d'en face Moi je ne dis rien

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Ma vie est appariée à la tienne Comme ta peau contre la mienne Ma poésie sur tes lèvres Oui l'amour est fidèle Mais il se méfie J'écris à voix basse le mystère Alors dis-moi quelle horreur Rendrait ces années si douces Et intenses à la fois Et à quelle canicule Ou à quel orage Devrais-je accorder mon ciel bleu Car désormais je sais accepter Tout de mon univers Et j'ai l'intime conviction que quelqu'un Ou quelque chose Encore d'inconnue Préservera ma mémoire

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Mariage Dans la vie Il y a des jours radieux Des dates essentielles Gravées dans nos mémoires Celles où l’on veut ensemble Entreprendre un voyage Le plus idyllique qui soit Il y a les présents Il y a les absents Il y a tous ceux qui vous aiment Ici et ailleurs Vos enfants vos parents Votre famille vos amis Il y a des passages Il y a des obstacles Il y a tous ceux qui vous attirent Ici et ailleurs Vos forces vos faiblesses Votre île votre avenir Il y a des jours Il y a des nuits Il y a tous ceux qui vous unissent Ici et ailleurs Tant que l’amour brille Dans vos yeux vos cœurs

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Dans la vie Il y a des jours radieux Des dates essentielles Gravées dans nos mémoires Celles où l’on veut ensemble Entreprendre un voyage Le plus idyllique qui soit

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Au-delà du sens Je ne bois Ni d'eau de rose Ni d'eau bénite Juste de l’eau de vie Après une nuit arrosée Sans étoiles ni bergers Au milieu d’un banc de poison lune À la barbe noire Regard gonflé de côte-rôtie Comme les voiles D'une coquille de noix Échouée sur les griffes du Tigre Je pars en prière Avec le zombi vaniteux du désert Du haut de son tapis violent Il chante l'amour du sang Un poil vierge entre les dents Les mains sales Et s'abreuve d’alcool néolithique Ce passeur vertueux Debout sur son char Japonais Comme Ben-Hur dans l'arène La djellaba brodée de dents en or Toujours l'œil huileux et chahuté Me crie la corde raide et habitée Cette paire de cloches Rêverait d'une lapidation sculpturale À la manière de Subodh Gupta - 106 -


Roi contemporain du métal hurlant Avant de finir d'appât sur une galère Le chien aboie C'est le facteur qui passe Je prends une petite cuillère en argent Abandonnée dans un buffet Depuis longtemps Et la dépose dans le réfrigérateur Quelques minutes Enfin loin de ma torpeur Refroidie je la sors Et maintiens l'arrondie Contre mes yeux pochés avec parcimonie Soudain Hier aujourd’hui demain Se mélangent se tissent Mes idées noires s’éclaircissent À l’aube d’un cyprès Et mes pores jouissent Sans crier gare Ce n'est pas un sketch qui fait rire Ou qui enterrera la queue d'un croque mort Me crie une bande de cigale skinhead Rêve-t-elle d’un chanteur noir Ou d'un nouveau cauchemar Je ne bois Ni d'eau de rose Ni d'eau bénite Juste de l’eau de vie

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La coupure Je ne cherche Ni à surmonter ma mutité Ni à résister à mon apophtegme Chair surpiquée Par tant de supplices forcés Silence inquiétant Celui qui ne rêve plus Je ne cherche Ni à franchir le portail internet Ni à pétrir l’écume de ses protocoles Du bout de la langue De mes mains fatiguées Assuétude enivrante Celle qui ne s'évade plus Laissez-moi en plusieurs morceaux Loin du chaos global Dénudé de tout réseau câblé Laissez-moi sur le vide d’une feuille blanche Rassembler mes mots Ressentir leurs ondulations sous mes pieds Rejoindre le chemin de l’oisiveté Celui d’une l’île ensoleillée Et je reviendrai parmi les humains Parmi ceux qui contemplent la beauté du monde Combattent la folie Et les larmes du désespoir - 108 -


Silencieusement Je ne sais pas dire non Dans ta mémoire J'ai rêvé De ma prochaine renaissance Avec le vent dans les cheveux Nous sommes là Au bord de l’eau Nous partirons vraiment Après que les vagues se soient tues Après que le soleil se soit couché J'irai m’allonger sous les pins D'une belle chanson Tu me berceras Et je m’endormirai Par delà l’oubli Je te retrouverai dans le sable Tu seras l’amour attendu Celui qui vole vers l’autre Sans prières ni offrandes Et nous nous consumerons Dans le feu des retrouvailles Silencieusement Je ne sais pas dire non

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L’île mystérieuse Lorsque le soleil s'est couché Au-delà de la fenêtre verticale De la chambre noire et bancale Derrière l'apparence troublée De mon dernier soupir Je me suis ni perdu ni trouvé J'ai juste descendu à la nage L'insoupçonnable ruisseau des songes À l'autre bout du monde Vers une île peinte De liberté de sueur De vérité et de bonheur Lorsque le soleil s'est levé Au-delà de la fenêtre horizontale De la chambre bleue et florale Nous étions à nouveau réunis Aussi vrai que la terre est ronde Gorgés de quiétude De falaise en donjon De terrasse en bassin De citronnier en olivier Assaisonnant les nuages du continent Asséchant le temps des larmes Flottant bénis sur l'île mystérieuse

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À l’amour Mon retour sera accompli Ou ne le sera pas Sois mon hôte Arrête-toi Jusqu'à ce que mon pouls réclame ton absence Et j'enfoncerai de toutes mes forces Mes pieds dans la gorge de tous ses bipèdes Fous et manipulateurs Qui crachent sur la beauté du monde Ne fuis pas Ma fièvre mon cœur mon ange Et je te nourrirai de miel et de sésame Là-haut près des nuages Il y a l'alcôve secrète Où les ombres liquoreuses Entrent par le puits de lumière Peindre les murs de chair Et ressuscitent les sens Saisissons-nous La mort paraîtra derrière nous Et la petite devant

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La semeuse Elle me l’avait soufflé À ma feuille la plus fine L'amour c’est comme une grappe de raisin Chaque récolte a sa propre saveur Ivresse Texture et couleur Lorsque la chance est au rendez-vous Rien ne presse L'amour nous poursuit Même si parfois le temps Nous l’assassine Ses échos bercent nos rêves Même les plus tristes De la plante des pieds À la racine des cheveux Il nous ausculte Même si l'on dort Sur la paille ou sur l'or Tu dormiras Comme la libellule Il viendra t’ouvrir le cœur Fermer les yeux Comment Je ne sais pas L'amour est insensé

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Interception Toutes les lèvres Deviennent froides Avec le silence Comme tout ce qui est excessif Devient insignifiant Pourtant Dans tes yeux Je suis chez moi C'est de l'ordre de la clarté Alors chante-moi l'unicité Pour joindre l'utile à l'agréable Ou un plaidoyer Pour sauver la dernière fleur Et je t'écrirai des drôleries Pour combler le vide de ton rire

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Titre des poèmes recueil 9 (Période 2015) Page 1 - Sobrevivire Page 3 - Et va naissance Page 5 - Paranoïa Page 6 - Est-ce trop beau pour être vrai Page 8 - Fin de compte d'un hipster Page 9 - L'intruse Page 10 - Aria Page 11 - Polymnie Page 13 - Baiser sangsue Page 15 - Charlie n’a pas perdu son hebdo Page 16 - Ce qui a été renaît Page 18 - Affinité Page 20 - Un jour de neige Page 21 - Oser un cri pour vivre debout Page 22 - Avalanche provoquée Page 24 - Homotopie Page 26 - Neutre Page 27 - L’amante religieuse Page 29 - Autoportrait Page 30 - Façade nue Page 32 - Émoi Page 33 - Psyché Page 34 - La part de l’autre Page 35 - Mea-culpa Page 37 - Pensées nues Page 39 - As-tu regardé tes rêves dans mes yeux Page 40 - Le ciel en a décidé autrement Page 41 - Quintessence Page 44 - Je cherche comme toi Page 45 - Mémoire dévalée Page 47 - Syrie s’il pleure encore Page 49 - L'esprit nomade Page 52 - Bon pied bon œil Page 55 - La ballerine des lumières Page 57 - Us et coutumes Page 59 - Dans la couleur du printemps Page 62 - L'air candide met le masque Page 66 - Le mot Page 68 - La valse des yeux Page 69 - Amour oisiveté et contrebande Page 71 - Le manque a la couleur de la nuit Page 72 - In extremis

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Page 73 - L'immoral insatisfait Page 75 - Au bout de la patience Page 76 - Pourquoi cacher un si beau visage Page 77 - Sur nous tout se repose Page 78 - À la recherche du temps suspendu Page 79 - Faut-il reprendre un dernier vers Page 81 - Petite histoire d’Elfe Page 83 - L'eschatologie d'une pensée Page 84 - Le monde n'a plus que nous Page 85 - L'inattendu Page 86 - Los mosquitos del amor Page 88 - L'inattendu Page 89 - Et si c'était toi l'inhumanoïde Page 90 - L'œil de la nuit est mon soleil Page 92 - Une seule fois Page 93 - La cueilleuse des lys Page 95 - L'agneau stique Page 96 - Tant que mon ombre s’amuse Page 98 - Hédonia Page 100 - Moniale Page 101 - Arbre de vie Page 104 - Mariage Page 106 - Au-delà du sens Page 108 - La coupure Page 109 - Silencieusement Page 110 - L’île mystérieuse Page 111 - À l’amour Page 112 - La semeuse Page 113 - Interception

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Remerciements Je tiens à remercier en particulier ma famille Et tant d'autres La vie

www.jamespx.com Image de couverture : Jaya Suberg - James Perroux

A comme Amour Poèmes Recueil 9

Copyright numéro 00051199-1 Tous droits réservés Reproduction interdite sans autorisation de l’auteur


A comme amour recueil 9 james perroux 31 08 2015  
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