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www.jamespx.com Image de couverture : Jaya Suberg - James Perroux

A comme Amour Poèmes Recueil 3

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A comme Amour Poèmes recueil 3 2009-2013


Préfaces Cerner à quel genre poétique appartient l'univers de James Px., le rattacher à une école qui serait peut-être proche du surréalisme serait être réducteur et injuste. Le talent poétique de James est de nous amener à la frontière de l'invisible, dont il est un explorateur enivré, « D'un monde étrange dans lequel il se sent bien. » (dixit l'auteur). Le poème café est un remarquable exemple de cette dérive de mots dans un imaginaire fastueux, où les métaphores défilent, paysages fous où le feu côtoie la neige, les océans les nuages et l'ivresse nait sous nos yeux, inoubliable alcool de mots qui pénètre dans nos corps, par l'incantation voluptueuse de tous nos sens. Il y a cependant un fil conducteur entre tous ces poèmes, une trame où l'on retrouve sans cesse abordés les thèmes de l'amour, de l'imaginaire, de l'enfance et cette indestructible neige qui hante ses poèmes et jalonne les voyages de sa propre vie. Ne passez pas à côté de cet univers si riche qui nourrira votre imaginaire au point de vous donner l'envie de devenir l'artiste de votre propre œuvre. Élisabeth Mesner

Lectrice assidue de ses textes, je n’hésite pas à le qualifier d’auteur aérien tant il embrasse tous les thèmes. Un paysage, un regard, un parfum, un mot…. Tout devient prétexte à l’écriture et la banalité se trouve transfigurée sous sa plume car James fait se juxtaposer des réalités même diamétralement opposées. Pour le lecteur c’est la naissance d’images plus que surprenantes et on se laisse aisément emporter par son style. Nadine Tabère


À propos de ma poésie La poésie est dans mon corps Né quelque part en Savoie et j’habite désormais dans le Var. Ces espaces de liberté comme la montagne et la mer, les éléments naturels, la neige et le sable, le soleil et le vent, le froid et la chaleur, les couleurs et la lumière m’ont nourri abondement les yeux et le cœur. J’ai fini par attraper un virus, celui de dessiner et d'écrire partout et n'importe où pendant mes heures perdues et trouvées. Lecteur, je vais vous faire une confidence, comme j'ai du mal à gérer ma ponctuation lorsque j’écris de la poésie, je n'en mets pas. Je me dis souvent à l’oreille, qu’un texte c’est comme une peinture, je ne dois pas le figer dans un cadre mais lui offrir une dimension expressionniste voir surréaliste ; où vous, lecteur, vous vous sentirez presque à la maison et son interprétation évoluerait selon votre nature psychique et sentimentale du moment. Je crois que le son, l'harmonie, le rythme et le sens du texte doivent être libres d’interprétation ! Il y a aussi pour moi le côté esthétique du texte qui est primordial et la ponctuation ne lui va pas ! Je parle pour mes poésies et non pas de ma prose et de mes nouvelles. C'est comme pour les rimes, souvent je reste dans un état de grâce, de transe et je me laisse emporter… J’oublie volontairement la mécanique comme seul pouvoir ; ce pouvoir « d’école classique » me coupe souvent l’herbe sous le pied et me fait perdre l’équilibre ! Et c'est dans mon équilibre musical et de sincérité brute que j'essaie de transcrire mon âme en conciliant l’intellect et la sensibilité, l’intuition et le calcul, la métaphore et le figuratif. Bien que j’aie une grande compassion à l’égard de l'homme, je ne perds pas de dévoiler mes confidences personnelles. Je suis un homme avec ses passions, ses désillusions, ses amours, ses rêves et ses peines. Et voilà le résultat, je vous l’offre !


« Une poésie n’est-elle pas le seul endroit au monde où deux âmes étrangères peuvent se croiser intimement. »


Quand la nuit rencontre la lumière La nuit vacille Hésitante Elle titube Ivre d'obscurité S'accroche sur les toits Et s'effondre sur le trottoir Ses rêves sont peuplés De pas qui dansent Et le jour l'ennuie Jolie plume d'Aiguebelle Orageuse anticonstitutionnelle Cette belle de nuit me cogne Sans soucis ni vergogne En plein jour par erreur L'iris de mon cœur Son supplice me déverse Sa fulgurante beauté À la douceur fruitée Elle me bouleverse De sa verve poétique folle Serait-ce l'osmose attendue frivole De ma prochaine lyrique envolée Où mes rêves seront peuplés De ferveurs universelles De rayons de sel D'amers citrons D'invisibles horizons Aux paysages de feu où brûleront mes cris -7-


Et leurs cendres s’effaceront Aux paysages de glace où se conserveront mes écrits Et leurs mots s'entrelaceront Aux pays nocturnes où je m'éclairerai par bonheur Dans son cœur

Fleur de lumière fleur du mal La fleur de lumière est un soleil en apothéose Un pétale éternel une douceur de vivre La fleur du mal est une blessure au sang rose Une épine mortelle une douleur qui m'enivre Le premier rayon m'a fait grandir Me forgeant l'esprit et le corps Me libérant un cœur dès l'aurore Et j’ai regardé l'horizon sans faiblir La première piqûre m'a fait vieillir Me saignant la réalité et la mort Me laissant des stigmates bleu noir Et j'ai pleuré seul sans encensoir Le deuxième rayon m'a fait mûrir Me libérant des nuages et du mauvais temps M'ouvrant les bras pour qu'il m'emporte à temps Et j'ai aimé la vie belle de mes souvenirs -8-


La deuxième piqûre m'a fait vomir M'ingurgitant l'acidité et le dégoût de la pluie Me noyant dans mes affreux rêves accomplis Et j'ai détesté mes plus proches amis Le troisième rayon m'a fait ce que je suis Un filigrane heureux en partance pour Elle Jouant de mon amour inconditionnel J'observe le ciel et d'Elle j'ai envie La troisième piqûre m'a fait ce que je fuis Un reflet malheureux en partance pour l'enfer Expédiant mon être en larmes au fond du puits Je perds ma sentinelle et un peu d'Elle en poussière

En quelques minutes et des poussières Recruterais-tu pour moi des légions étrangères D’oies sauvages sans visas et sans visages Pour me récolter un bain d’images Et m’y tremper en aveugle pour corrompre ma misère Me servirais-tu ton sang Dans une coupelle d’argent Pour sceller notre union Là nue sur la table de nos réunions -9-


Te laisserais-je vider tes glandes de Skene Sur ma couette en plumes d’oie Pour souder ton orgasme dans mes veines Et d'extraire la pulpe de ton cœur en moi Placerais-je une braise sur ton nombril Puéril sur notre brûlure naissante sur ce fil D'or pur attisée par les feux de l’amour À jamais pour toujours

De Samira à Marie-Sarah Viens Marie-Sarah Et tu verras Où ma cité m’a créé Où mon père m’a abandonné « Alt » vos papiers s’il vous plaît Délit de faciès Chère princesse « Alt » vos papiers s’il vous plaît Délit de zèle - 10 -


Chère Gazelle Et je sors mon clavier Vol à la tire d’un numérique Pour le balancer dans le gravier Je kiffe la gueule du flic Avec son flingue en or Encore un con qui m’adore C'est un hold-up trop tard C’est la prison sans case départ Tes effets personnels Tes lacets tes « Camel » Assise couchée dans la cage Sans escalier ni nuage J’ai appris à me cacher La tête violette et oranger Derrière les barreaux de mon lit Pour revoir la vie en vie J’ai appris à me suicider Au cœur de la collectivité Pour ne pas oublier Qu’à l’extérieur je suis cramée Et qu’ici On est juste à l’abri De l’acide et de la pluie Accro à l’ecstasy C’est le jour du parloir Tu ne veux pas les décevoir J’ai la honte trop tard Et la haine sans crier gare Debout accroupie dans la cage Sans volets ni trucage - 11 -


J’ai appris à parler Conjuguer sans jurer Pour attraper au vol Au creux d’une parabole Une étoile pour m’évader Sans hurler sans papier Retrouver le cœur de ma vie Sans illusions juste mes soucis Renaître sans perdre mon passé Pour ne pas oublier Qu’à l’extérieur Je ne suis qu'une feuille morte Et qu’ici ou ailleurs C'est l'humiliation derrière chaque porte « Alt » vos papiers s’il vous plaît C'est le jour de la sortie Le fameux jour J « Alt » vos papiers s’il vous plaît Je m’appelle Marie-Sarah Ne tirez pas J’ai appris le langage des signes Sur votre clavier comme consigne Je suis rentrée dans le moule Et je me confonds désormais à la foule Je vais vous le réciter S'il vous plait écoutez Viens Samira Et tu te rappelleras Où la machine m’a condamnée Et l’amour un jour m’a sauvée

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Mon regard a besoin Mon regard a besoin D'un sourire sincère Pour embrasser la mer Ses amertumes ses colères Mon regard a besoin D'un vol de cigogne Pour contempler la montagne Ses sommets ses cocagnes Mon regard a besoin D'un jardin en fleur Pour respirer le bonheur Ses douceurs ses odeurs Mon regard a besoin D’un tour d’horizon Pour semer l’abandon Ses silences ses frissons

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Blanc et noir Un amour blanc immaculé Pour une conception noire désir Un retour blanc enneigé Pour une passion noire plaisir Vertu de l’encre de chine Pour un voyage envoûtant Vers une visite libertine Pour un passage éclaircissant Mon cœur est à terre Mes rêves ne sont pas fiers Entre ciel et mer Entre ombre et lumière C’est le calme plat Pour un silence assourdissant C’est seul dans les draps Pour un plaisir abrutissant Sans partage et sans élan Tout balance en même temps Comme le noir et le blanc Entre deux êtres si différents

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Vol libre au-dessus des pitons Songerais-je à ma déesse de l’Océan Indien Ce matin accrochée à son Piton des Neiges Tournoyant dans ses nuages lointains Regardez-moi ce merveilleux manège Dans l’air humide naviguent ses cheveux longs et noirs S’illuminent deux astres songeurs d'espoirs S’ouvre une bouche rosée en pleine éclosion Prête à embrasser le stipe de la possession Sa douceur imprègne mes feuilles De badamier mon cœur ornemental Corrige mes fautes grammaticales Ô liane aurore t’atteindrais-je sur mon seuil Muse métissée au grand cœur sucré Sèche mes vagues à l’âme sans pleurer Traverse ses maux propres avec ses Lanternes Et scintille de gentillesse Ô déesse en peine Croiseras-tu de Saint-Denis à Saint-Pierre En plein vol dans cette magique stratosphère Mon regard perdu au milieu de cette île réunionnaise Brûleras-tu pour moi ton cœur sur le Piton de la Fournaise

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L’envol d'un songe d'enfant À l'aube d'une présence Un sourire Déborde de chaleur Jour et nuit Résonnent des prénoms Ai-je besoin d'une seule chose Celle de vous aimer Et au-dessus de la plaine À la vigne dorée Par-delà les montagnes À la neige éternelle À fleur des cimes De la forêt de sapins Dans une cabane perchée En bois flottés Sur le rebord de la fenêtre Il y a des miettes Pour les oiseaux Comme il y a des graines Pour les voyageurs Et tout finit par germer Au bon endroit Au bon moment Peu importe le sens du vent Et de ses sentiments L'amour tombe là Où il a décidé de tomber Un point c'est tout

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On accompagne M. à l’aéroport Un petit garçon de cinq ans Il est inquiet Car personne ne partira avec lui Et on lui murmure à l’oreille N’aie pas peur M. L'amour t’attend à l’arrivée Sa voix d’enfant ses pleurs C’est bien lui Et je me réveille ébranlé Car M. c’est moi Je n’ai plus cinq ans mais quarante-cinq Et la larme facile Celui que j’étais dans mon enfance Un enfant peureux et inquiet Serait-il devenu courageux Prenant les siens Sous ses ailes généreuses Mon inconscient les avait réunis Le temps d'un voyage initiatique Le temps d’un vol d’amour

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Nous ne serons jamais ensemble Je me sens seul noyé dans l'infini Pour effacer ce mal j'erre dans la nuit De bar en bar j'éloigne ma solitude Qui dans ce monde est devenu une habitude Comment l'atteindre sans la faire fuir Pourquoi essaye telle de me nuire Tout ces propos et sentiments sont pour elle Des mots en l'air des paroles frêles Quand je commence à sortir de mon cocon rêveur Je m'aperçois qu'elle est là et qu'elle pleure Alors je lui crée un monde de douceur Pour qu'elle redevienne l'image fidèle de mon cœur Je ne sais plus quoi inventer pour lui plaire De toute façon je me retrouverai un jour par terre Sans qu'elle s'arrête pour me faire frémir J'ai besoin de la sentir Tous les matins elle revient dans le miroir Sans que je puisse la toucher la voir Jour après jour je me retrouve devant cette image Qui me hante et me dévisage Une nuit j'arriverai à la conquérir Même si je devais mourir Elle m'appartiendra quelques secondes C'est ainsi qu'elle sera féconde Souvent je l'aperçois au-dessus de ma tête Lorsque je fais la fête Avec son enfant qui me ressemble Nous ne serons jamais ensemble

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Le bleu séchera-t-il mes larmes Au sommet de la colline s'amoncelle la danse des nuages blancs Glissant vertigineusement dans les eaux vives de l'étang C'est le mistral sempiternel qui les pousse hors champ Vers un nouvel horizon où le grand bleu magique redevient dominant Je vais et je viens comme eux sur cette étendue sans clapotis muette et profonde Qui suis-je dans le fond de cette impasse au milieu de ce monde Un oiseau de paradis au plumage romantique Un homme avec ses doutes à la douce sémantique Le bleu ce matin est là comme hier comme demain Il s'installe désormais avec sa compagne sa douce chaleur Des montagnes à la plaine pour un long moment Vais-je suivre son itinéraire son chemin en cœur Le vert demain comme le ruisseau comme les fleurs Séchera-t-il au fur et à mesure des fortes chaleurs Des souvenirs aux projets jusqu'à la fin de l'été Vais-je moi aussi perdre ma sève sans pleurer

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Tournage au clair de lune d'une orchidée sauvage Assis sur le stipe d'un palmier déraciné par l'ouragan Beta Le regard noyé dans une brume tropicale entre l'océan et une rivière d’argent Un miroir d’eau aux reflets indescriptibles encre mon carnet blanc Et libère une créature couchée sur un champ de Guaria Morada Le papier absorbe cette lumière mauve au cœur divin dans son grain Et le vent venant de lécher son visage dépose son teint afroaméricain Sous un voile de vapeur alcoolisée diffusant un absolu parfum Me saoulent une vague ondulante un effluve féminin Je renverse mon verre de Mojito à peine éclusé sur la caméra et le sable Les yeux submergés par cette beauté à la courbe indéfinissable Je m’élance vers cette irrégulière à la silhouette cuivrée Et finis ma course comme si j'avais pied sur cette peau à la fois douce et salée Venant d'une Tica une étoile filante transperce les glaçons de mon verre Et son incidence m'aveugle un instant je me retrouve par terre J’avais cru le temps d'un rêve d'être sur une plage au Costa Rica Saucissonné dans mon hamac avec Pinkett Jada

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Remis de ma chute j'ai constaté mon erreur de casting fantasmagorique Jada fricote avec la scientologie et Travolta Finalement j'ai imaginé un travelling cinématographique Finissant en queue de poisson c'est la bérézina

Le terminus au bout du fil En rêve Dans un bus Oublié d'une station qui s'achève Mon double que je vois est au terminus Le ciel est si noir L'endroit couvert de fils électriques Qui chercherai-je dans ce foutoir Quand tout n’est que diabolique Je me noie Et me connecte au bout des doigts Fil rouge fil bleu fil jaune et vert Et mon corps illumine la terre J'ai sauvé l'humanité De l'obscurité de l'enfer Des fils de fer et du désert Le temps d'un songe de fraternité

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La cité perdue Perdu je vois mon être flotter les bras en croix Pourquoi penserais-je à Dieu à ce moment là L'instinct de survie je n'y crois pas Ai-je attrapé un virus ou une crise de foi Le corps redescendu de cette satanée croix Je dérive par enchantement sur une coquille de noix À fleur de sel sur la peau d’une douce journée Mon esprit retrouve la sérénité en s'égarant en pleine mer Égée De légers clapotis annoncent une brise marine aux cils de mes yeux La mer si calme se recouvre de reflets dorés magiques Qui verrai-je à mon secours sur ce bateau-feu Quand tout est brume athermique Une voie cristalline m'appelle est-ce ma bien aimée curieux Je plonge M’enlace autour d’une éponge M’accouple à un rayon de soleil et à une huître Lorsque soudain mon corps se cogne à une vitre Ouvrant les yeux je découvre la cité perdue Les sirènes et Ulysse Hurlant à travers l'obscurité des abysses Je me réveille en apnée dissolue Allongé dans la baignoire Perdu sous la mousse dans le noir Entre rêve et cauchemar c'est fini pour ce soir Je sors de l'eau enfile mon peignoir - 22 -


Entre rêve et cauchemar Ce soir le jour s'est levé sur son visage Des traits fins sur une peau douce Elle dort Encore Soudain une lueur est apparue au milieu de son corsage Ailes déployées levant les pouces Elle est incolore Une ombre se détache sur le mur blanc Mes bras l'enlacent sous le vent Légèreté de l'être À cet instant Imprévisible Cette créature indescriptible Attrape mon bien-être Bouche grande ouverte Elle me fait la fête Elle lui prodigue un sourire d’abandon M'embrasse S'efface Ai-je rêvé de ce suçon Le réveil sonne Personne Où ai-je la tête Je hurle à tue-tête Mais où est passé mon sexe Et c'est sans complexe Que le visage Au beau rivage Me dit qu'il est là - 23 -


Sous les draps Entre rêve et cauchemar Heureusement que ce n'était pas un canard Mais une fée Le temps d'un avé

Eve et Don Juan Il s’ingénie et s’épanouit dans le plaisir La jouissance de l’instant présent et à venir Défiant les codes de la morale Est-ce un vertébré phénoménal Un sang chaud un étalon un lion Un sang-froid variable un caméléon Entre la distraction et le cynisme Entre la destruction et l’égoïsme - 24 -


Poupée jolie de Séville à Deauville Vos heures creuses sonnent pile Et face lorsque le jour se lève Jouant toujours avec ses mortels rêves Il n’y a pas que ses mots qui vous brûlent Dans le foyer tourmenté de vos amours Pour lui la vie est un vide à remplir Pour vous la vie est un plein à découvrir Il n’y a pas que les brûlures qui font mal Toutes vos cendres contiennent une histoire Des belles des tristes au bord de l'étouffoir Espérant anéantir l’animal caché dans ses entrailles Il n'y a pas que le mal à extraire de sa vie Servez-vous de vos pouvoirs de vos armes De votre innocence d'un peu de larmes Pour lui voler son cœur combattre son esprit Il n'y a pas d'amour de vivre sans désespoir de vivre* Oubliez vos illusions prenez la position du bateau ivre Soufflera alors le vent secret du bonheur Un instant diabolique où le corps jouit et meurt * « Il n'y a pas d'amour de vivre sans désespoir de vivre. » Citation d'Albert Camus

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La jeune fille aux cinq continents La jeune fille à l'orée de ses paupières Survole soleil levant une verdoyante rizière Sa peau ambrée et lumineuse réfléchit l'impératrice Éveille l'empire des sens sous une pluie de feux d'artifices La jeune fille a l'épiderme multicolore entre terre et mer S’est liée à l'esprit d'olympe en douce-amère Sa nature la confond aux montagnes enneigées Diffuse la vertu sur ses plaines et vallées enjouées La jeune fille à la silhouette instinctive et affûtée Voyage en caravane en plein cœur du désert assoiffé Son oasis cendrée s'immerge au fleuve d’eau pure À la lisière de son riche delta en verte pâture La jeune fille aux boucles d'or de l'eldorado Tangue sous le tango onirique de l'Altiplano Son mélange couleur café né d'une offrande Se dresse face au condor de la Cordillère des Andes La jeune fille aux îles flottantes sans rivages S'enivre les narines d'odeurs sucrées salées et sauvages Son royaume planté au milieu de l'océan pacifique Caresse ses seins nacrés dans un lagon allégorique

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Conquérant de l’inutile Grimper sur le toit du monde le rendait heureux L'esprit d'aventure de l'effort de la beauté plein les yeux L'apprentissage de la sobriété de l'endurance par l'alpinisme L'avait amené sur le chemin tortueux de l'ascétisme Il est cet homme qui t'aime encore Cette âme perdue au milieu de ce vertigineux décor Escaladant son rêve vers cette descente en enfer C'est la tempête une chute infernale sur ce roc de fer Ici tout est blanc et bleu Par-dessus le vent au-delà des cieux Rougeâtre au bout de ses doigts et violet Face au miroir de son piolet Il est cet homme qui t'aime encore Toujours en possession d'un cœur qui bat ton accord Ne revenant pas entier de ce funeste itinéraire Le corps brisé et inerte il a tant souffert Collé sur cette paroi verticale tu lui manques terriblement Seuls ses souvenirs vibrent quand ils déroulent le temps Il s'endort un peu plus à chaque instant qui passe Avec son esprit latent qui se fige dans la glace Il entend ta voix mais ce n'est que la bise du nord Endormi dans sa passion son amour et ses folles envies C'est la souffrance et la solitude maintenant qui le dévorent

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Et son enveloppe a décidé d'être expédiée vers un autre monde lundi Sans toi sans nous sans vraiment lui Vers le Grand Paradis Au pays Où tout c'est fini Où ces cendres Au printemps s'envoleront Et toucheront Cette nuit la fameuse étoile Cassandre

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Secret d'un jour Il y a des jours si longs à vivre Que je survis sur un bateau ivre Dans une ville fantôme qui chante Toute seule dans un nuage abandonné Son opacité inconstante me hante Pas un seul brin d'algue affolé Ne traverse la mer déguisée Pas un arbre à la chair vive Ne perce cette terre arbustive J’aimerais me crever les yeux Pour ne plus pleurer Et assister impuissant à l'adieu Devant mon aquarium figé J’aimerais me noyer le cœur Pour ne plus aimer Et respirer la douleur Dans ce monde d'inégalités J’aimerais me trépaner Pour fuir mes pensées Et supprimer ces tyrans De ces pays délirants J’aimerais m’égorger la voix Pour hurler mon sang Et perfuser ce monde agonisant D'une vertueuse foi J’aimerais en finir Pour m’éviter de souffrir

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Et subir le mauvais temps De trop d'inconscients Je me sens si mal Et si lâche au final Que je m'enlise Une dernière force me mobilise La solution ne serait-elle pas De s’opposer à soi-même Pour tout comprendre ici-bas De déposer avant les chrysanthèmes Les bonnes questions au rendez-vous Sur une terre en attente de ma bouche Où les mots ont le pouvoir des baisers Regardez-vous Terre blessée Et sur vous je me couche La phrase secrète du jour bat mes cils Serait-ce la vie si belle et si fragile Au silence épais des larmes Ailes d'anges dans un brouillard sans armes Parlons et échangeons Aimons et agissons Vivons la vie Avant de connaître la mort Redonnons le vrai sens à nos vies Pour éviter les remords Pour bâtir nos ombrages À l'enchevêtrement magique des feuillages Le mot secret du jour Serait-ce amour - 30 -


Non mon ami tes paroles sont obscures Crois à l'amour C'est sans doute le bon jour Même s’il est une source de douleur Ne ferme pas ton cœur Non mon ami tes paroles sont obscures Je ne comprends pas ces impostures Le cœur n'est pas fait que pour donner une larme Une chanson sans frondaison Une envolée sans charme Une vague émotion sans raison Non mon ami tes paroles sont obscures Je ne comprends pas ces gerçures La joie est éphémère comme une goutte de rosée En souriant elle meurt asséchée Mais le chagrin est fort et tenace Et le temps passe Non mon ami tes paroles sont obscures Je ne comprends pas ces glaçures Laisse un douloureux amour s'éveiller dans tes yeux Oui mon ami tes paroles sont obscures Et même si j'ai compris ces fêlures La fleur d'hibiscus préfère s'épanouir au soleil et mourir Plutôt que de vivre en bouton un éternel hiver sans plaisir Mon ami ouvre enfin ton cœur sous ses yeux

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Le temps passe mon ami J'aimerais tant Arrêter le temps Le temps qui passe Car rien ne le remplace Nous étions amis Réunis pour la vie Amis pour le pire et le meilleur Ici ou ailleurs Et pourtant Nés ensemble sur cette montagne que nous aimions tant Toi tu es parti Moi je ne t'ai pas suivi Toutes les choses Sont restées closes Là-haut sur les sommets enneigés Que nous mangions à grandes bouchées J'aimerais tant Arrêter le temps Le temps qui passe Car rien ne le remplace Les années défilent À travers les champs et les villes Sans nous voir À notre grand désespoir Toi vivant sous le soleil levant Moi je suis resté au soleil couchant Nos enfants grandissent Anonymes de ce supplice Qu'avons-nous fait de nos vingt ans - 32 -


Nous étions fous et inconscients Nous courions les filles de l'été au printemps Nous aimions la vie et sortions souvent J'aimerais tant Arrêter le temps Le temps qui passe Car rien ne le remplace Mes souvenirs s'enfuient Mes désirs aussi Je me rappellerai toujours de toi De nous en ces jours d'exploits Parfois nous nous sommes bagarrés Comme de jeunes va-nu-pieds Et puis nous nous sommes réconciliés Appréciés J'attends ton retour Comme un pauvre vautour Tournoyant au-dessus du vide Comme si j'étais avide J'aimerais tant Arrêter le temps Le temps qui passe Car rien ne le remplace À mon ami d’enfance Réza Bélouniss

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Au bord d'une nuit d'hiver Assise dans les ténèbres enfumées Elle observe le jeu des flammes Et un visage se détache osseux et ridé Dans les reflets bleus serait-ce une vieille dame Elle était debout en chemise blanche et pieds nus Sur le seuil de sa porte sur une dalle en pierre Ses orteils se tordaient sous le froid de l'hiver Etait-elle encore consciente ou abattue La fille du fleuve aux eaux vertes et profondes Détenait au bout de son encre féconde Plusieurs ouvrages dont un délivrant un dernier message D'amour de deux âmes aux cœurs sages Cette réminiscence était-elle sa propre vie filtrée Une belle histoire au bord de ses rives sacrées Au fil de l'eau rejoindra-elle ses plus beaux jours Pour que son amour perdure pour toujours

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La chambre aux volets bleus Monde serais-tu toujours vu de là-haut habillé de bleu Elle est tous les jours recouverte d’une blouse bleue Accoudée sur la fenêtre face au temps De l’aube au crépuscule elle attend sagement Elle observe le ciel tout bleu Ou tout gris de l’été à l’automne de l’hiver au printemps Ecrire alors serait-ce pour elle synonyme de beau temps Sur la feuille de ce ciel de ces mots bleus Le soleil brille de l’intérieur un parfum d’encens Souvenir admire-t-elle la mer là-bas sous le vent Avec une encre bleue cobalt Cette mer loin de ses origines Baltes Elle peint avec l'eau d'azur Des poissons chats à la belle allure Où son visage d’un autre temps Reflète le bleu de ses yeux et le blanc Sur la commode en bois de rose Un vieux tourne disque Use les notes bleues en prose Sous les larmes de son Obélisque Dans la chambre aux volets bleus Tout est vieux Sauf elle La vieille - 35 -


La belle bleue s’en est allée Depuis toute petite elle écoute danser et chanter sa peinture dans un feu d'ivresse Qui glisse de ses pinceaux et se dépose sur ses toiles comme une délicate caresse Touche par touche sa main en tenue de soirée borde l’horizon qui s’envole À chaque relief à chaque couleur à chaque instant à chaque cabriole Un jour elle regarda vers le bord du ciel mais n’a pas pu voir son étoile Et le vide s’installa comme s’était installée depuis longtemps la solitude face à sa toile Marine elle regarda alors vers le bord de mer mais n’a pas pu voir sa plage Immergée elle regarda vers le bord de son allée mais n’a pas pu voir revenir son visage Son esprit comme sa main serait-il entrain de perdre lui aussi la mémoire La maladie gagne au fil du temps tout en gardant dignité et espoir Dans les combles de son atelier assis dans le rocking-chair face aux fenestrons À contre-jour elle regarda le soleil s’endormir une dernière fois vers son bel horizon Elle a été inhumée un vendredi Après-midi Un mois de mai Partie retrouver son horizon devenu éternel désormais

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Quand sonnera le glas Serais-je séparé depuis une éternité Au fond de moi je ne t’oublierai jamais J’ai l’âme en détresse Ô ma déesse Tant je t'aimais t'aime t'aimerai Sans toi Ma chair se hérisse à chaque pensée Sans toi Ma vie chavire à chaque fin d’année Je ne sais pas À qui vais-je me confier ici-bas Je ne sais plus Qu'hier il a plu Et devant moi Au bord du chemin de croix Il n’y a que le cimetière silencieux Et un homme malheureux Et je craindrais que tu ne puisses me reconnaître Regarde-moi Je n’ai plus vingt ans tu vois Vais-je pouvoir avec ton cœur renaître L’autre jour J’ai rêvé que je rentrais à la maison de la tour Par la petite fenêtre de notre chambre je t’ai vue te coiffer Nous nous regardions sans rien dire bouche bée Des larmes ruisselaient sans cesse Ô ma déesse Sommes-nous toujours sous la même lune De miel à Venise s'accrochant à la lagune - 37 -


Ce matin il fait si froid Avec toujours ces mêmes voix Qui tournoient Autour de moi autour de toi Serais-tu la belle au bois dormant Accompagnant mon vague à l'âme inconsciemment Ma peine entière en verglas Quand chaque année sonne le glas

La balade miraculeuse d'un cancéreux C'est la balade d'un pêcheur malheureux et anxieux Et il aperçoit du haut d'un immeuble en verre et contre tous Un nuage noir parsemé de grains de poussière et il tousse La gorge tissée d'un voilage lourd pourpre et charbonneux Autour de son corps bleu se dessine un tunnel de cendres impures Et une chaleur intense lui brûle ses polypes de l'obscur Serait-il soudain devenu sain et libéré par miracle Sentirait-il revivre son âme à l'exposition de cet oracle - 38 -


Aurait-il déposé une nouvelle lumière sur sa route Sur un sol encore gelé hier aujourd'hui plus de doutes De douleurs et un ange gardien à nul autre pareil vient vers lui Intrigué il reste voler sur la même voie sous la pluie Et de tout son cœur il conserve ardemment ses paroles Serait-il vraiment seul en plein ciel ivre de cet alcool Il lève son visage livide vers cette indescriptible divine volonté Venue d'ailleurs et ses lèvres calcinées crient la vérité Criant plus fort que tout l'or du monde peut éblouir Arrachant ses dernières cellules mortes sans faiblir Il aimera éternellement cette pensée plus douce que le miel Plus belle que toutes les promesses déclarées sur l'autel Et d'un quart de tour sa pensée retourne sur la mer Où à jamais la lumière brûlera la jetée du cimetière Où les pleurs du goéland deviendront muets et sourds Où la vie reprendra la vague sur le reflet de son amour

« L'amour est un nuage sur lequel on aime s'y coucher. » - 39 -


L'atrium La naissance Est une merveille D’innocence Et De lumière La vie Est une branche De racines Et De fleurs La mort Est un voyage De poussière Et De peur

Les éléments La terre Est un asile De vie Et De mort Le ciel Est une providence D'étoile Et D'inconnue L'océan Est un horizon D'abysse Et De mystère

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Brûlure intense d'un enfant bleu Ses mots cyanosés mordus dans la sève Embaument le parfum primitif de ses feuilles Et le brouillard glacé de ses rêves Saignent les racines de son chèvrefeuille L'herbe bleue au coin de ses yeux Habille un visage d'eau adipeux La rose violacée irise l'épine dorsale Et son corps infuse l'acide du mal À l'explosion rouge de ses poumons Avec ses lèvres gelées et insurgées L'enfant bleu consomme son dernier bouillon À l'approche d'un orage d'été mal engagé Et l'encre marine ne supporte plus ses heures Les rugissements écarlates de son cœur Appellent la terre en attente de sa bouche La planète bleue attend et sur elle il se couche

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L'homme qui murmurait aux glaciers Il ne lui reste que quelques mois à vivre C’est un printemps à la chaleur précoce Où l’ombre danse dans les pâturages avec les Arcosses Où le Lys Martagon à la couleur pourpre se meurt Où l’eau vive ruisselle en silence à contre cœur Il faut survivre Il ne lui reste que quelques jours à vivre L’homme libre est prêt à gravir cette pente La face somptueuse nord la plus abrupte Les oiseaux chantent alignés sur le fil du téléphone Ils attendent pour applaudir il n’y a plus personne Il faut survivre Il ne lui reste que quelques heures à vivre La terre gorgée de soleil brûle sous ses pas Il avance le pied serein habillé d’illusions Aujourd’hui il n’est permis aucune concession Et la terre tremble à nouveau sous ses pas Il faut survivre Il ne lui reste que quelques secondes à vivre La flamme de ses yeux s’éteint à l’épicentre du glacier Où son âme résonne dans les fissures des rochers Où son corps sage flotte au-dessus des moraines Où l’écho doit s'éterniser car la vie en vaut la peine Il faut survivre

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Il ne nous reste avec lui que quelques souvenirs à vivre C’est une journée au milieu du grand paradis Un lendemain où la lune a brillé toute la nuit La face impériale du monde le contemple une dernière fois Pile ou face peu importe la destinée si l'homme a la foi Il faut survivre

La muse Ô lierre et le ver de terre La muse Ô lierre À la feuille Vichy Dévoile la grâce de sa lumière Au milieu de la nuit Volubile bignone La muse Ô lierre Serait-elle une lionne Prête à dévorer un simple ver de terre Rêve ou cauchemar Il est déjà trop tard La muse Ô lierre A un pied-à-terre Déchaînée Pour asticoter Le ver de terre Sans sa muse Ô lierre - 43 -


Exposition avant-gardiste Un flocon deux flocons trois flocons Des milliers de flocons Planent et m’offrent le tournis Frôlent mon cœur engourdi Et mes lèvres asséchées par le givre Me ferment les yeux et les ouvrent Et je vois une femme en cire Coulant sur l'échelle du temps Sans talons aiguilles ni cuir En filigrane bécotant L’armure d’un prince charmant Sans élan ni amour fulgurant Est-ce une photo de vous Ou Une peinture de « Fernando Botero Angulo » Assise nue à l’aval d’un ruisseau Est-ce du Land Art Ou un abcès Pop Art Assisterions-nous à un remake À une biographie existentielle d’un mec Ou d'une girafe à la veine glacée Brodée d’une langue blanche écœurée Assistée d'un macchabé ligaturé Ou d’un vieux macramé Recouvert de tatouages en délire Juste pour vous dire Qu’il n’y a pas d’amour heureux - 44 -


Quand une femme en chair coule Alors dessinons-lui une bouée Autour d’une taille édulcorée Comme vous êtes en photo Bien plus moderne Qu'une fresque de « Fra Angélico » Et de cette prouesse sans peine Ne vous cachez plus Dans votre cœur le froid n'est plus Il neige encore Replongeons alors Dans le merveilleux Sous ces flocons Recouvrant tous vos jours malheureux Partez vous réchauffer sous l'édredon

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La niche des roses et ses poils de pinceaux Et sa zibeline à la cime Glissant d’une couleur à l’autre De la neige à la chrysalide Mélange l’air du temps L’hypnose fauve d’un papillon de nuit Et sa soie à la fleur éteinte Couchant son huile solitaire Comme un doux édredon Réveille l’essence Un lambeau alangui de chair Et son petit-gris brun de Kazan Contournant l’oiseau bleu de Prusse De la mer Caspienne à la Baltique Apprivoise le steak d’un tartare Sur la plaine d’un vernissage Et son poil de blaireau au ciel Traversant son cœur et celui du monde Caresse le vitrail de sa foi Murmure l’âme du poète Où la dryade se vêt d’un glacis Et son chiendent féroce balai-brosse Mouchetant la vaste toile En perdition sur le fleuve noir Redresse le voile d’un bateau L’étincelle d’une flamme oubliée Et parmi tous ces poils Je récure et peins les araignées D’un même mouvement Sur toutes mes toiles - 46 -


Pendues au-dessus de ma bouche Une écarlate confession D’un arbre gerbant le kitch Trône en haut de la rue Infiniment solitaire En son lieu d’asile Et une ondine blanche de peau piétine Hors de l’espace enclos sous la neige Hâte-toi vers la niche des roses À l’ombre de mon ombre empale-toi Sur mon œuvre en métamorphose Reste avec moi La porte du garage va se refermer Retire-toi avant l'aube

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Lettre ouverte du con d’en face Observez-moi avec vos jumelles Entre serrure et paumelle Si je ne vous vois pas Je vous sens sous mes draps Avec ou sans sentiments Un « con sentis » serait-il un « con ouvert » Sans consensus Et je vous rappelle qu'un con se suce S'aspire se titille se mordille Ô souffle de la quille Et ceux qui me conditionnent Ont l'art de m'épanouir Peinerais-je à jouir Complètement con et ne pas con fondre Apprendre avant de fondre Et à lire sur les lèvres Sans avoir de la fièvre N'est pas donné à tout le monde Rousse brune et blonde Un con nu à l’aven Drapé d’une toison d'or ou d'ébène Ô pelage d'une coquetterie d'antan Frise la négligence de notre temps Cependant comme le dit Martine Ô coquine et copine N’est-il pas mystérieux enfoui sous un feuillage Ce joli con à la plume dans l’attente d’un vernissage D’un joli peigne au manche en bois dur Et au fur et à mesure - 48 -


Serait-ce la discordance des genres Ô bel appât Les cons se suivent mais ne se ressemblent pas Jardin bucolique Ô suave parfum Amer acide offert à l’air marin À tue-tête en point d’exclamation À sec ou en pleine mousson Ô cyprine délictueuse Inconsommable question Aphrodisiaque liqueur du croupion Ô foutre crème onctueuse Imbuvable question Erotique laitage du dragon Tout se mange et je bois je digère Sur la paille sous les plumes dans les fougères Un con irrité est plus dérangeant qu'un con irritable Question sensation c'est ce qu'on dit sous la table Ce con aime jouir aux larmes Perçant les cœurs en alarme

Oblique À droite Elle À gauche Lui - 49 -


Au milieu Serait-ce le vide Une perte d’équilibre Par cet après-midi Gris À droite La mer À gauche Le ciel Et face à nos yeux Des vagues et de l’écume Des nuages et des flocons Duel entre la verticale et l’horizontale Dans un délire futile Comme tout est simple et étrange Etendue sur le côté droit Allongé sur le côté gauche Ombrelle et parapluie Je me désintéresse du paysage Et je ne pense qu'à des choses très coquines Très coquines et très heureuses Comme mon regard Verticalement Horizontalement Perdu au milieu de nulle part Et au centre de tout De gauche à droite Je vais et je viens

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La fille croqueuse de fève Au bord de ses lèvres son fantasme de la semaine Elle l'imagine la môme Sous la lumière noire ses imperfections se gomment Les yeux fermés elle s'abandonne A-t-elle envie de croquer un carré de chocolat Le choix est grand noir épicé noisette moka ou blanc A-t-elle envie de nourrir de belles vibrations sur son matelas Allongée nue sur le lit aux draps rouges sa bouche attend Soudain un morceau de chocolat sort du noir À bonne température noir illuminant son sourire Blanc et contrastant un parfum d’espoir Inviterait-elle l’ennui à déguster son désir Le chocolat devenu chaud fond dans sa bouche Alors que ses mains se perdent entre ses jambes La pâte de cacao sous sa peau flambe Et son souffle chante l’air d’un oiseau-mouche De l’autre côté glacé le dernier carré Un chocolat amer s’est fourré le doigt dans le nez La fille croqueuse de fève N’est qu’une délicieuse croqueuse de rêves

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Chronologie d'une langueur annoncée Ah la langue ! Je me rappelle De ma première pelle Maladroite De gauche à droite Je la tournais sans savoir où j'allais Avec mon chewing-gum au goût de lait Ah la langue ! Délice et supplice Plaisir d'assouvir le meilleur des caprices Pâteuses papilles gustatives formées de cellules spécialisées dans la saveur Réceptrices captant mes stimulations sans peur Transmission à mon cerveau des signaux correspondants à ma ferveur Couleur rosée à la texture souple et humide quel bonheur Ah la langue ! Palais du souvenir de mes tendres sulfureuses Sucré salé exotique de lèvres pulpeuses ou finement harmonieuses Acide de leurs peaux après l'acte authentique Aigre de leurs papillons délivrés et offerts avec éthique Amer lendemain sans amertume caustique Le goût universel du risque vers ses saveurs mélancoliques

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Ah la langue ! Epithélium tissus de mes mensonges Bourgeons cellulaires de mes songes Le grignotage de fibre diurne M'amène à mon délit nocturne Quoiqu'il en soit elle reste ma péninsule infatigable Le prélude de l'avant-goût invariable Ah la langue ! Je me rappelle De ma dernière pelle Adroite De gauche à droite Je la tournais sachant où j'allais Avec mon calice au goût de stérilet

Peinture d'Utrillo Et si tu ne comptais pas J'attendrais son envie pour lui indiquer le lieu J’attendrais son doux baiser lent étroit et savoureux Délivré par des lèvres sans fard et pareilles aux tiennes Elle saura me plaire et m’apaiser comme une sirène - 53 -


Et si tu persistais Je n’attendrais pas la nuit pour t’éclairer Je n’attendrais pas que ton désir soit sanctifié Attardé par ce baiser atteignant l’âme Tu sauras me faire accoucher de mes sens comme une sage femme Et si tu ne comptais pas J’attendrais son derrière culminant pour lui indiquer l'entrée J’attendrais son petit triangle découvert humide et doré Papillonné dans un sourire éperdu Elle saura me révéler et me combler comme une antonyme ingénue Et si tu persistais Je n’attendrais pas l’exposition pour te contempler Je n’attendrais pas que ta sueur soit glacée Sublimé par ta ferveur sous mes caresses Tu sauras me faire rougir le coquelicot comme une déesse Et si tu ne comptais pas J’attendrais son petit cri pour lui indiquer la sortie J’attendrais son soupir tremblant saccadé et épanoui Déclaré par un va et vient sans repos Elle saura m’épuiser et m’achever comme une vénus de Milo Et si tu persistais Je n’attendrais pas pour recoller les morceaux Je n’attendrais pas le jour pour tirer les rideaux Absorbé par ton envergure câline Tu sauras me déchiqueter et dévorer comme une féline - 54 -


Le tango de mes nuits Je tangue sur le tango de tes envies Ta solitude est ma partenaire Ton amour me transfère l’invisible Notre temps concourt à nos oublis Notre ferveur est suspendue dans l’air Nos sens uniques subissent l’invincible Je tangue sur le tango de tes souvenirs Le crépuscule me rend prédateur Mon cœur bat entre deux rives Mes jambes tremblent en simulant le plaisir Mes mains deviennent ma punition divine de tes dernières pudeurs Mes pensées naviguent à la dérive Je tangue sur le tango de tes désirs Mon lit est un radeau où s'échoue l’audace Mon corps est soumis à l’absolu Tu es sous mes mouvements qui me broient de plaisir Ma peau est anéantie par ta bouche imaginaire et vorace Je suis plus nu que nu Je tangue sur le tango de tes soupirs Je n'ai plus de regards sur toi sur moi C’est l’heure de s’en aller Mes hanches t’emmènent aux confins de mon plaisir Je me conduis au-delà du monde sans toi Tu es mon élixir tant aimé

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Je serai sexe et dépendance Chandelles et bougies allumées Bulles et regards apprivoisés Crépitation de la fiévreuse cheminée Le jour de la nuit vertigineuse a sonné Je serais ta partition désormais vierge en allégeance Brûlons nos corps éperdus Sous les mèches brunes de tes cheveux En accord sulfureux Éruption volcanique sous l’ombre perdue Je serais ta pointe de diamant en luxuriance La fesse cendrée sur le bûcher de l'enfer Excite ma main se perdant sur ton intimité Et s'échouant sur tes rives submergées Mon esprit baigne l’amer Je serais ton serpentin free-lance Ma flamme jaillissante et verticale Sous un tango délictueux Pénètre l’arsenal fougueux Alors que ma langue embrasse tes courbes en pétales Je serais ton cyclone en outrance Tempête sous des nuages roulants Vents d'orage décadent Mon regard se plaque derrière ton épaule caressante Chaleur tropicale étouffante Je serais ton petit mousse sous ta bienveillance - 56 -


Noyade de vapeurs de souvenirs La musique déborde de mes hanches à mes bras Lancinante harmonie liquide en soupir Métronome dépositaire sur la fin de nos ébats Je cueillerais du bout de ma langue tes perles de jouissance Peau blanche retournée à notre guise Prise et éprise Reprise par surprise Sans méprise Tu es mon accoutumance

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Pôles positions De gauche à droite pour ne pas oublier Au gré de l’intime La parité de notre correspondance qui s’anime L'angélisme des images expédiées Face à face pour ne pas oublier Au gré du regard Les corps qui s'emboîtent sans crier gare L'œil du presbyte maniant l'engin avec dextérité Côte à côte pour ne pas oublier Au gré de nos débats La richesse ultime de notre combat La pénétration de l’obstacle sans déserter Bouche à bouche pour ne pas oublier Au gré des vents Ce goût particulier qui nous hante La magie de nos esprits dissipés Un va et vient pour ne pas oublier Au gré de nos ex-croissantes tentacules La houle sanguine qui baigne nos ventricules La friction de nos chairs scarifiées Par devant et derrière pour ne pas oublier Au gré de nos désirs La veine située à l’artère de nos voies lactées L'intrusion pulsionnelle unifiée - 58 -


Tête bêche pour ne pas oublier Au gré de nos voyages Le sens de notre sensualité en âge L'humectation de nos parois pleines d'humanité De haut en bas pour ne pas oublier Au gré de bon matin La montagne pelée du nombril au creux de tes reins D’envoyer l’obus aux confins de ton grenier Du Nord au Sud pour ne pas oublier Au gré des saisons La folle moisson florissante sans raison Les pis communs de notre sexualité D’Est en Ouest pour ne pas oublier Au gré de nos colonies La liberté de nos ébats sans jalousie De conserver notre jardin secret homogénéisé Cul à cul pour ne pas oublier Au gré de nos spasmes La cohabitation intellectuelle de nos fantasmes Le bien être de nos très chers oubliés

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Les 24 heures du Mans Dans le starting-block fakir du Bengale Surchauffe sur la braise de tes pieds infatigables À force de danser à l'horizontale Au pays des pieds nickelés peu recommandable Dans la voiture kir royal Conduite effrénée en état d'ébriété indéniable À force de t'empaler sur mes amygdales Au pays du vieux patin indémodable Dans un virage paroi verticale Escalade sur ton corps élancé interminable À force de grimper le mont Vénus tropical Au pays du macho indomptable Dans l'épingle roi Vandale Conquête barbare de ton territoire infranchissable À force d'avouer ton côté glacial Au pays de ton cœur impénétrable Face à la tribune assaut cérémonial Visite guidée par mon vaisseau escamotable À force d'ériger en un temps sidéral Au pays où tout est immensurable Sur le tarmacadam sursaut infernal Contre-visite téléguidée par ogive incommensurable À force d'astiquer mon côté bestial Au pays des mensonges mémorables - 60 -


Sous la pluie une cérébrale et un mâle Caresses des chairs vulnérables À force d'aimer dans l'inaugural Au pays des notes musicales inoxydables Dans la nuit piège de cristal Débauche d'énergie pour un dernier coup remarquable À force de chevaucher le colossal Au pays des amours inégalables À l'aube matin câlin initial Encore un baiser sur ta bouche affable À force d'abandonner mon sens frugal Au pays des créatures insatiables Midi ligne d'arrivée terminale Victoire à damier pour une main inlassable À force de me réclamer une petite fessée intégrale Au pays d'Alice aux merveilles inoubliables

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22 Quai des Brumes Découverte du corps Après avoir mangé un loup de mer Au milieu de ce beau décor Robe noire à terre Mes mains arborent L’endroit et l’envers Taillé comme un silex Langue agile et vigoureuse Avec ardeur et sans codex Vaillante et heureuse Ma péninsule bourlingueuse, Caresse sans être paresseuse Érigé en haut de forme Timide mais sans complexe Raide comme un métronome Doux réflexe Il commença à gravir la pomme Avec pudeur et latex C’est sans pareil Avec maturité sans rempart Qu'il s'attarde sur chaque partie de son éveil Parfois par hasard Mais tout se réveille Tout part

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Existentialisme Sur les tableaux accrochés au mur Ma mémoire Blanche et noire S'affiche au fur et à mesure Ils sont là sans détour sans objet Mes songes Beaux et laids Vivent comme une éponge Ma vision culinaire en images Mes sauteries Alcools et orgies Se révoltent tout en restant sage Ma poésie se dessine en diagonale Mes déroutes Existentielles et pondérales Survivent au gré de mes doutes Et puis seul au fond d'un lit dans une impasse Où depuis longtemps plus personne ne passe Lorsque l’heure annonce le temps révolu à la rêverie volteface J'ouvre les volets alourdis par ce temps qui t’efface Ce matin c’était la dernière trace visible de ton passage Sur le carreau où tes mains sont parties sur un nuage Comme le reste là-bas sans une dernière caresse Ô ma douce et sulfureuse maîtresse Tes larmes retomberont-il de ce nuage réfléchissant encore une fois Ton image la reverrais-je - 63 -


Là devant moi comme un sortilège À la silhouette filiforme et à la poitrine gonflée je resterais sans voix Tu repars sous la forme d’un message passant sous mes yeux sans que je puisse l'ouvrir Le toucher l'attraper où tout simplement le lire Peu importe je m’aperçois que la vie est une succession d'erreurs Et de moment de bonheur accroché le long de nos cœurs Nous finissons tous par en mourir car la vie est la seule maladie à laquelle on est certain de succomber L'amour serait-il la seule vertu à nous faire tenir debout pour l'éternité Un instant Tremblant La porte sonne Je cours je vole elle résonne Je tombe dans l’escalier Jambes cassées Non juste une égratignure Alors finirais-je à mettre chaque matin mon armure Contre la vie Ses péripéties Vais-je continuer à écrire à peindre À geindre À aimer l'impossible Et défendre le pénible Oui Pour elle pour lui Pour la survie de nos envies Pour nos amours nos vies - 64 -


L'ombre de la remise en cause Aimer l’autre n’est pas si simple loin de là Quand soi-même nous ne nous connaissons pas Le droit chemin est méandre Il est facile de se perdre Sans un mot seul j’ai gravi l’échelle M’attendait une lune pleine et lumineuse Les mains tendues vers l’éternel Elle brisa mes chaînes belliqueuses Silence et solitude sur les ombrelles De mes pensées parfois cruelles Elle m’enseigna à devenir affectueux Et non plus un rebelle facétieux Heureuse elle a été de m'avoir Corps et âme rêvent d’espoir J’ai réussi par effacer l’ombre élucubrée Qu’aucune larme ne pouvait raisonner Et c'est la souffrance d'être séparé Qui a fini par s'éloigner Lorsqu'elle s’envola vers ma voix lactée J'ai compris et je l'ai suivi sans me faire prier

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Un printemps de chien La clarté de la chambre blanche aux murs terre brûlée Celle où je dors depuis cette année À l’odeur fruitée d’une orange amère Annoncerait-elle la fin de mes actes manqués de cet hiver Endormi dans une profondeur printanière Douce et légère Alors que le jour s’est déjà levé Les oiseaux chantent de tous côtés Je rêve du marbre de mes bien aimés De leurs ombres vivantes derrière chaque pierre Cette nuit le bruit du vent et de la pluie n’a pas cessé Qui sait combien de fleurs ont pu tomber à terre Mon Aubépine a-t-elle résisté Qui sait s’ils ont reçu le messager d’outre-tombe Mes songes décalés sur les veines de leur tombe Pour raviver le souvenir d’un nouvel été Dormant tranquille dans cette grande pièce à la Belphégor Qui s’agrandit ou diminue à mesure que je la décore J’explore Encore Soudain déboule dans ma chambre un petit personnage Prétendant être le Diable il me propose d’aller déloger ces mauvais esprits qui encombrent ma vie

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Les choses ne se dérouleraient pas comme prévu pourtant je suis resté sage Entrainé bien au-delà de la terre brûlée tout nu dans la nuit Il fait froid sans soleil Humide et subitement je me réveille Ouvre les yeux et ne bouge Pas d’un cil apercevrais-je la queue du diable ou celle de mon chien au collier rouge Me lécher les joues engourdies À côté de lui un caillou en marbre Plein de bave voudrait-il jouer vers le grand arbre Le vieux cyprès du cimetière comme hier sous la pluie

« Le plus dur n'est pas d'avoir de l'imagination mais c'est de savoir comment faire pour la partager et émouvoir, surprendre, séduire, provoquer sans être présent. »

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Une feuille en coup de vent a disparu C'est une feuille qui a perdu la liberté de danser subitement C'est une branche folle que le vent a condamnée et brisée C'est une amie dans la force de l'âge qui nous a quittés Pourquoi ne serait-ce pas la folle danse des feuilles qui provoquerait le vent C'est une feuille blanche qui a perdu l'encre pour s'amuser C'est une page folle que le vent a fini par retourner C'est une amie dans la foi qui trop vite s'en est allée Pourquoi ne serait-ce pas la folle danse des hommes qui provoquerait la perte de la réalité Elle monte elle s'envole elle danse sur sa feuille à perpétuité Sur un chant nouveau pour changer de contrée L'amie passe au dessus des nuages emportée par le vent L'amie donne ce qu'elle a dans le cœur tout simplement Jolie feuille devant ton cercueil les hommes dansent sous les réverbères Mais tes cendres lumineuses n’emprunteront pas le même itinéraire Vers cette danse folle du vent qui tapisse de feuilles mortes la terre Déposée en paix ... Renaîtra sous ton humus un arbre à l'abri du vent d'hiver

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Ecrire pour qui pourquoi La routine s'installe et par les poèmes J'ai cueilli ce vent d'ennui La machine est morte souvenez-vous que je vous aime Et pourtant nous ne nous verrons plus ici Amis Ennemis Malheur au temps Et souvenez-vous que je vous attends La feuille tendue que le vent emporte D'autres feuilles sous vos portes Glisseront-elles soufflant le renouveau Voltigeant au dessus de l'eau Et des airs Merci à vous Prévert Baudelaire Apollinaire Pour vos préliminaires Et à vous mes insulaires Saura-t-elle encore m'étonner cette plume Signant sous un autre costume Se reposera-t-elle sans arrêt Sans s'échouer Pour vivre une nouvelle odyssée Un nouveau voyage par delà les mers nul ne le sait

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À mon père Déjà parti il y a dix-sept ans À peine Soixante-deux ans L'âge où le repos du guerrier est mérité Lui l’altruiste déterminé Le profil charismatique indéniable La cuirasse du Potemkine infatigable Né en mille neuf cent trente-trois Au même moment où le pouvoir est pris par le fou du roi Bombardé Marqué La résistance à l’âge de l’innocence Message codé dans ses souliers en toute insouciance Libéré et appelé plus tard à la barbarie Qui n’est pas la sienne ni la nôtre De retour sans gloire, sans un mot et sans ses apôtres Le bon temps revient Les trente glorieuses Parti à l'assaut de ses rêves Il se posa un jour à cet endroit pour une longue trêve Perché sur ses montagnes rocheuses C’est la rencontre, le partage, la famille et l’amour Il est inspiré, créatif, enseignant et glamour Pull rouge et peau bronzée Voix haute à l'écoute et raisonnée Passion et dévouement pour sa vallée Organisateur Rassembleur L'hiver enneigé synonyme de glisse et de joie

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Le printemps léger synonyme de repos et de joie L'été tiède synonyme de fête et de joie L'automne doré synonyme de marche et de joie Une vie remplie de joies Une vie donnée à cœur joie Et puis un jour entre le printemps et l’hiver Tout est mis à terre En si peu de temps L'espoir sans le temps Arrive le cancer Ruiné mais fier Tu as tant offert En échange tu as reçu l'enfer Si l’autre créa l’homme Il n’a pas créé la justice L’égalité ou la dignité face à cet homme La dignité de s’éteindre dignement au bon moment De partir en paix sans artificiel soulagement Rien ne l’apaisait Des migraines et des douleurs articulaires le submergeaient Même lui le dur à cuire De jour en jour il se sentait partir Sa peau rosée de son visage aminci était en alerte Accentué par une barbe naissante verte La mémoire perdue Le regard vert émeraude disparu Piqûres de survie Morphine en dépit Je réclame la vie Je réclame la délivrance et la survie

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Mais quand la vie n’est que souffrance Mouroir et inconscience Je me fous du serment d’Hippocrate Et de ces manchots technocrates Alors je l’ai aidé à partir pour éviter le pire Pour éviter de le voir inerte et être le cobaye de ses martyrs Alors je l'ai aidé une dernière fois en tenant sa main Une main fébrile dans sa main Je ne regrette rien mais avec chagrin Cette sordide histoire sans fin À ce père à qui je n’ai jamais dit je t’aime un instant Même si nos regards parlaient suffisamment Je veux te dire à quel point tu me manques aujourd’hui C’est pour cela que je t’écris sans permis Tu m'as donné la force, la beauté, l'intelligence et la raison Je te remercie toi mon père mon Pygmalion Je te souhaite une bonne journée à cette occasion À toi l’homme de toutes les situations Avec Vivaldi et les quatre saisons Joyeux sur ta constellation C'est en pleurs comme d'habitude Que je termine cet hommage avec la certitude Que tes petits fils te regardent En prenant garde Avec ton éthique à respecter la vie La vie des autres tout simplement la vie

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Il est parti quelque part Tout à l'heure Même si le temps gris persiste Même si la pluie insiste Même si la neige éblouit Maman descendra jusqu'au cimetière Pour être sûre que tu es parti Pour vraiment le croire Pour être sûre que tu n'auras plus mal Pour que tu puisses reposer en paix Pour enfin réaliser tes rêves les plus fous Pour que tu puisses être où tu voulais Tu nous en avais tant parlé Tu nous en avais tant fait partager le sens Autour de la table Tu as juste quitté les mauvais jours que la vie nous dédicace Tous les mauvais scénarios Tous les tremblements de terre Tous les nuages gris du ciel Tous les mauvais jours sont enterrés sous la neige L'eau bénite jouant avec le vin des dieux Le grand bleu baignant d'un soleil radieux Les fleurs odorantes respirant sous la neige poudreuse La grande prairie flirtant avec la montagne perchée Le vent soufflant dans les branches des arbres Les rencontres et l'amitié Au bout du compte Tu as eu ce dont tu courais toujours après - 73 -


Tu as juste quitté les mauvais jours que la vie nous dédicace Tous les mauvais jours sont enterrés sous la neige Hommage à mon père (1933-1995)

Comme si c'était nécessaire Comme si c'était nécessaire D'écrire de la poésie De s'ouvrir Dans le flux des pages Comme si c'était nécessaire De peindre ses rêves Pour les déployer Sur l’écume déchirée Comme si c'était nécessaire De respirer la vie Pour s'essouffler En plein désert Comme si c'était nécessaire De vivre la nuit Pour combler L’heure creuse du jour - 74 -


Lettre ouverte particulière Cheveux longs et noirs Blancs et courts Le temps passe Coiffant des yeux bleus aux sourcils épais Et de fines lèvres roses À la joue pleine Grande et mince Mannequin de Courrèges Mini-jupe et combinaison Une seconde peau Forme géométrique C'est ta jeunesse Nourrie à la campagne Entre ciel et lac Tu as le regard de ces deux mondes Limpide et profond Et le temps a sillonné ton visage d'enfant À façonné ta vie sur les rives du lac Léman De la Méditerranée au Mont-Blanc Ma pudeur a voilé mes sentiments Tout le long de ses années Écoute Elle t'envoie ce message Soigne toi et tu reviendras Là-bas Entre ciel et lac Voler et nager Et tes yeux retrouveront leur lueur - 75 -


Pure et glacée Tempérament de feu Je ne suis pas à côté de toi Mais mon cœur respire pour toi Et mes mains te portent Maman je t'aime

Ma clarinette Est-ce que je l’aime La Sinfonietta de Chambord De bâbord à tribord Je navigue le cœur bohème Elle réveille ma pluie intérieure Pour ruisseler à l’extérieur L’équinoxe de printemps Nargue le solstice d'été à présent La pluie m’adresse une page blanche Je vois l’oiseau poser sur ma branche Il interpelle la rose rouge Et tout bouge À l’épicentre de mes vers Partis de travers - 76 -


Pour lui dire que je n’aime pas le gris Même s’il me sourit Pour lui dire que je n’aime pas les épines Même si elles me taquinent Est-ce que je l’aime La Sinfonietta de Chambord De bâbord à tribord Je navigue le cœur bohème Elle me transperce les sens Pour nourrir mon innocence L’équinoxe de printemps Nargue le solstice d'été à présent Le soleil me recouvre la page jaune Je vois la plume caresser ma faune Elle réunit la branche à la fleur Et c’est le bonheur À l’épicentre de mes vers Partis vers un bel univers Pour lui dire que je l’aime aussi Parce qu’elle me sourit Pour lui dire que je l’aime à la folie Parce qu’elle m’éblouit

« Bien que souvent je flirte avec l'amertume, je ne me noie jamais car je m'envole en nageant le papillon. » - 77 -


Une place de la liberté Un écueil blanc de peau Sans domicile ni couverture Fixe le feu follet tricolore Dans la lumière bleue Au venin qu’elle injecte Dans le verrou de son sang Ce beau récif à fleur de peau Saigne au sein de la fontaine Son vert d’eau terre de sienne Reflète les corbeaux en pierre De la cathédrale en friche Sous un milliard d’étoiles amères Proche d’un lampadaire aveugle Un clignement liquide de ses yeux S’appuie une danseuse épuisée À l’ombre de son recueil Une pluie d’algues douces Nourrit le regard de cette corolle Son cœur en émoi s’échappe Se dépose sur la main forte Pleine d’utopies de l’âme sœur Un sucre liquide coule dans sa gorge Un papillon s’inscrit sur son front Chantant un message libérateur Partons ensemble sans contrefaçon Sous ce milliard d’étoiles amères

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Poésie en vacances Mes enfants Mes amours Mon sang À jamais pour toujours Quoi de plus beau Deux jeunes innocents tourtereaux Voltigeant dans un ciel sans nuages Plongeant dans une mer bleue sauvage Quoi de plus beau Deux anges Aux apparences blanches aux fragiles phalanges Soleil épargne leurs peaux À la campagne Entre mer et montagne Au pied du Canigou au pays Catalan Tu les attends Mes enfants Mes amours Mon sang À jamais pour toujours Quoi de plus beau Deux insouciances Se bagarrant au bord du ruisseau Rigolant et dansant en désobéissance - 79 -


Quoi de plus beau Deux fréquences Au frais sous les roseaux Chantant et criant à tue-tête l'abondance À la rentrée Entre les photos et le courrier Au milieu de leurs souvenirs Oui c'est bientôt l'heure de repartir Mes enfants Mes amours Mon sang À jamais pour toujours Ils me manquent déjà Ici J'entends encore le bruit De leurs pas

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L'institutrice Elle aimait tant le chant de la nature au petit matin Et avait le goût pour le déroulement invariable des choses C'était sans doute à nos yeux peu de choses Mais n'était-elle pas heureuse face à tous ces bambins Stoïque devant son monde tous les matins Inlassablement elle disait bonjour bonjour bonjour Cette existence la comblait à côté de ses gamins De ses animaux de ses plantes de ses cours Au fond de son cœur Elle n'était pas attirée par l'abondance Et de nous faire apprendre les leçons par cœur Elle aimait avant tout le partage et l'exubérance Un matin le portail en fer gris souris resta fermé sous le froid Et la cloche ne retentit pas perdue dans son beffroi S’était un au revoir Nous ne pouvions pas y croire

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Enfants Enfants contemplez le ciel Les nuages la neige les colombes Traversant l'arc-en-ciel Et laissez respirer votre cœur sur cette tombe Enfants baissez les mains Cueillir les fleurs Noël sous le sapin Enveloppés dans vos pulls en laine Et mangez vos madeleines Enfants gardez vos souvenirs Dans l'armoire bleue Au fond de vos yeux Vous en serez heureux pour ne pas souffrir Enfants je vous aime Dans le fourmillement de mes poèmes Un seul sentier mène haut dans votre regard Les autres mènent partout et nulle part Il faudra bien les prendre parce que nous sommes des êtres errants Mais obstinément Dans notre cœur l'âme revient au galop Emplie de voix lointaines chantant mes mots Et pure de sa vocation inspirée Enfants soyez aimés

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Pâques Le vent s’est levé Les cloches sonnent Les œufs fleurissent Au milieu des crocus Les enfants cherchent D’un bout à l’autre Du pré vert tacheté D’une langue de neige Bordé par une haie d'épicéas Une giboulée de printemps Recouvre tous ces cœurs Les paniers sont pleins Les bouchent s'amusent Et attendent une prière

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De l’eau dans le gaz À l’aurore les yeux champêtres Suis-je toujours cet aborigène Heureux de fouler le sol de mes ancêtres Ma page blanche manque d’oxygène Mes coquelicots de soleil Et leurs racines d’eau Ma toile blanche s’éveille Sous l’universel pinceau Ses pétales pourpres résistent Sous ma peinture Mon horizon craint les fractures Sous mes pieds s’excitent Le gaz de roche-mère Et le roi du gruyère À l’odorat avare et alléché Tient dans son bec aiguisé Un formidable carnage De tristes images Empoisonnent la terre Polluent la mer Le puits épuisé S’agite à côté Un nouveau forage Sous un gris nuage Meurent sur terre au bord du puits Mes coquelicots rubis Meurent en mer au fond du puits Mes algues bleu nuit

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Portrait d'une internaute Quotidiennement je l'aperçois Dans la mire Toujours placée au même endroit Je l'admire L'œil écarquillé dans mon élan J'immerge mes sens dans cet océan En dégustant un carré de chocolat À l'arôme d'un pur arabica Je flirte avec ses images Ses morceaux de textes volages Et c'est l'heure de l'apogée L'heure attendue de la criée Comme si le temps s'arrêtait Comme si le temps s'accélérait Comme s'il fallait aller vite Et j'attends la suite Toutes ses péripéties fantastiques D'une sainte érotique Comme si j'étais accro De tous ses mots De tous ses idéaux Dieu que le monde est beau Malgré ses fêlures Malgré ses blessures Dieu que le monde est injuste Et le marbre fruste À l'agitation d'une paire de fesses Suis-je à la bonne adresse Assis au milieu de ce palace - 85 -


Mon esprit me parle à voix basse À déchiffrer ses dernières fautes Je reconnais cette internaute J'écoute le son grave de ses cris À travers toutes ses poésies Je perçois son malaise Ses orteils au crépuscule d'une falaise Son dos exhumant ses omoplates Sa tête qui éclate Entre ses mains glacées Le cœur ensanglanté Le corps en errance Sans amour ni cohérence Je la perçois une dernière fois Toujours placée au même endroit Une folie incontrôlée Un air liquide éventé Un visage tuméfié L'alcôve s'est refermée Quotidiennement je la voyais Pourquoi a-t-elle effacé ses volets

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Jusqu'au dernier soupir Serait-il l'heure d’atterrir dans l'obscurité Avec mes derniers soupirs et vérités Où les feuilles des arbres tombent sans aimer Où le champ de coquelicots est déserté Mais où la fenêtre est un firmament Brodé d’étoiles aux rebords scintillants La nuit fauve a sonné L'heure du jubilé est annoncée Je distingue nettement l’empreinte de pas Dénichée au cœur d'une danseuse de Degas De quelle ingénue s'est échappé ce pied fin Martelant ce drap en soie rouge et coquin Serait-ce une fidèle fine perle De Saint-Jacques-de-Compostelle Marchant à reculons l'esprit face au vent Je ne suis qu'un pèlerin sédentaire vieillissant Un ermite guidé par une étoile dans le ciel Et je me délasse dans ce tombeau sans soleil Attendant un miracle Serais-je son oracle Toujours en compagnie de mes chérubins Ma dépouille sera déposée sur mon baldaquin Et guidée par un ange avant de s'échouer Sur le rivage de ma bien aimée Par temps d’orages ou clair de lune Je me relèverai avec ou sans ma jolie brune - 87 -


Pour contempler à la lueur d'un feu de bois Tous ces souvenirs de femmes venues jusqu’à moi Et je déserterai mon corps Pour venir respirer leurs visages encore Sans dire un mot Écouter leurs sanglots Et tel un météore en fin de course Je leur délivrerai une étreinte sous la Grande Ourse Et une foule de baisers pour les remercier De m'avoir offert tant de fleurs édulcorées Sur mon chariot de feu Vous attendrais-je sous de nouveaux cieux

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L’écho de la pluie L’autre comme d'habitude regarde Les assassins rigolent au bord du caniveau Et avec eux si je ne prends pas garde Ma tête gangrènerait au fond de son cachot Les nuages ne me chuchotent plus C'est que le poète a perdu de vue Toutes ces eaux fortes sous la pluie Aucun écho ne lui revient à l'esprit Même la potence baisse les yeux Et mes mots ne cristallisent plus l’émoi Le monde ne coule plus chez moi Pourtant je suis né un jour bleu Et bien qu'il ne soit pas l'heure Entendrais-je un cri de douleur Je ne lis plus dans tes omoplates Découvertes comme un livre saint Toutes mes facéties d'un automate Te croquerais-je alors au fusain L'amour à l'encablure de tes épaules Embrassons-nous le cœur silencieux Comme si nous étions encore amoureux Et j’agoniserais seul sans regret en taule Séchant mes larmes contre les grilles Mes bleus à l'abri de mes aiguilles Quelques mots ont eu pitié de mon salut Et se sont agenouillés sur mon âme perdue

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Les nuages recouvrent le ciel ce soir Cachant mes étoiles de juillet mes piqûres Celles qui sauvent mon sang noir Celles qui construisent ma nouvelle armure Embrassons alors ces impressions nocturnes Pour qu'elles me libèrent de ce sarcophage Embrassons l’oiseau bleu caressons son plumage Pour qu’il renouvelle à nouveau l’air de l’urne

Parcours vita Est-elle à deux pas de la cinéraire En porcelaine au feuillage gris cendré Est-elle loin du marbre de Carrare Elle qui a découvert une scissure fleurie Qu’elle a appelé la vie A-t-elle été surprise Énormément surprise De naviguer d’une berge à l’autre Du dégoût à la passion Pour qu’il y eût un être dénommé Saint-Esprit

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Elle qui l’a suivi sans jamais discuter Et qui est devenue une adepte De l’attente du chagrin Elle peut te parler de lui Elle le connaît N’a-t-il pas rempli ses nuits d'horribles cauchemars N’a-t-il pas caressé ses entrailles Et blanchi de torpeur ses cheveux Il l’a rendue juvénile et usée Au fil des saisons Il l’a fait s'épanouir et s'éteindre Une infinité de fois Mais sait-elle qu’il l’aime Et elle te raconterait Même si tu ne crois pas Qu’il arrive toujours à l’heure Comme le jour après la nuit Par la voie d’une grande fraîcheur De la tête aux pieds Comme si tu recommençais à vivre Et découvrais le monde la première fois Serait-ce la foi ou cet esprit qui te cherche N’importe où Même si tu te caches derrière ton écran Pour ne pas vivre à visage découvert

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Sieste songeuse Les enfants de la fée rebondissent Verdoient sous les feuilles Du chêne de Tronjoly Ils sont ses halos dans l’éclaircissement Et se consomment sans retenue Ajoutant de la sève à la sève Dans ses branches millénaires Où des auréoles tremblent dans l'air doré Une silencieuse bonté brûlée dans le paysage Capte mes pores calcinés un à un Tout cela m'est offert Beauté grâce Vision humaniste À moi qui n'attend plus rien À moi qui pense sur mes feuilles Comme un homme réel qui réfléchit durement Et mon âme avec les enfants de la fée Escalade l'air d’été

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Feu tricolore Une nuit d'été drapée d'amour Au bord d'un rivage bleu Une plage de sable blanc Au loin une balise rouge Les vagues bercent les nuages Un vent solaire dévoile la lune Et sur l'écume danse son ombre La danse sauvage de l'homme La danse faite pour la femme Dans un silence aérien Je contemple le feu s'agiter C'est l'heure de s'aimer encore

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Voici venir la noce de septembre À l’aube s’imprime un souvenir sous presse Dans le bruissement timide d’un pied-d’oiseau La noce de septembre s’abandonne au poétereau Le seul jeu qu’elle a envie et qui seul l’intéresse Dans la profonde faille de sa forteresse Elle chancelle aux douces notes du pipeau Ses cœurs amoureux tremblent de faiblesse Et chantent dans l’ombre et le silence du pinceau Peintre ou poète serais-tu devenu sous le joug de l’épice Et si elle s’arrachait à ton obscurité d’artisan Se livrerait-elle bientôt au jardin des délices Pour s’ennoblir d’harmonieux courtisans Le poète est à la fois ici et là-bas par caprice Et si sa poésie écoutait cette nocturne compositrice Serait-il toujours le blême anonyme arbrisseau La lyre fébrile au piaillement d'un faisandeau

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Peau aime de septembre Il fallait pour conquérir l'épice Un moment de lucidité parfaite Terrasser ma navrante somnolence Sortir de l'engrenage de mes vers Sa peau est d'or Elle sent bon le citron vert Le pamplemousse Serait-elle cet agrume d'automne qui parle d'été Sa démarche moelleuse Laisse un sillage subtil et floral Comme une invitation légère Au premier regard Je sais qu'elle ira loin Cette onctuosité dans l'apparence N'est pas un signe de faiblesse Plutôt le porte-plume de mon bel avenir Comme toutes les séductrices bien nées Celle-ci est la muse incarnée de septembre Elle qui n'aime rien de plus que de se confondre Avec les nymphes les plus déshabillées Et de ravir sa proie sous leurs yeux impuissants Serait-elle ma dryade perlée De mes eaux calmes et furieuses Le visage ouvert Si vif et si suave Est très attentif à ce qui se passe Elle pose ses mains sur mon épaule - 95 -


Je sens tous mes nerfs noués se défaire Lentement un à un soumis La langueur crée son office Elle est hypnotique Pour être élégante Elle n'en n'est pas moins gourmande Et voilà un moment qu'elle se bagarre Pour rejoindre le meilleur Dans son allure d'amazone Ni simplicité Ni d'afféterie L'effet produit Sans une dissonance Sans une fioriture Et je t'envoie enfin ce poème De l'Azur que tu semblais si désireuse de posséder Voilà ce que je cherchais Je suis sûr J'ai voulu rester implacablement dans mon sujet

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De l'infiniment petit à l'infiniment grand Ici tout le monde parle De l’amour Mais peu le connaît La rareté des choses Serait le prix à payer Pour libérer le fruit de la passion À cause de sa rareté La franchise est une vertu J'aimerais croire à la franchise des choses Laissons-nous emporter Sans intellectualiser Dans la nuit L'écriture sauvageonne des montagnes Apparaît Scandé par un nuage Et une seule étoile Que dit-elle s’interroge le cœur Indompté qui embrasse si peu Décryptant les grands caractères D'un intense bleu escarpé Est-ce lui qui est compris Ce massif ce cœur de silence Tourné vers le ciel Vertigineux

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Le tableau Elle n’a aucun endroit Pour s’enfuir Rien quelque part Comme avenir Pourtant elle était belle Allongée sur ce linge blanc Innocente et safran Assis face au cadre J'écoute le silence de l'air Et nourrit d'elle Mon trait traverse mes pensées Fuit par ma main Rejoindre le pinceau Et se dépose sur la toile Son visage est mon souvenir Le tableau s'esquisse Et s'installe avec moi Au milieu du cadre Elle a désormais un lieu Pour s’épanouir Mon alcôve quelque part Pour s'endormir Elle est belle Allongée sur ce linge blanc Innocente et safran Le tableau est accroché Sur le mur d'internet Avec mes yeux Mes souvenirs - 98 -


L'effet Betta Je suis l’effet Betta Splendens Un combattant déchu et exilé Seul au fond de mon périple Le pervers à l’esprit peu vif A cru noyer ma créativité Mon âme originelle sauvage Pour nourrir mon agressivité Et me placer en quarantaine À la suite d’un électrochoc Hématome est mon miroir bleu Immergé dans les eaux stagnantes De mon aquarium labyrinthe Entre fossés et rizières Sous mes voiles multicolores J’observe l’air de la vie Et j’ai fini par écrire de la poésie

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Lâcher prise Dans mes pensées s’engouffre Un vent au caractère efféminé Poli et délicat au souffle régulier Plus ou moins languides Ou vigoureux selon les saisons Lâcher prise au cœur des alizés C’est abdiquer à tout contrôler Aspirer le bien de l’autre Renoncer à prouver quoi que ce soit Accepter l'autre tel qu'il est M’assumer moi-même tel que je suis Et non pas celui que j’avais rêvé d’être À l’équilibre de la balance Entre le bien et le mal Lâcher prise à la barre du tribunal C’est signer un chèque en blanc Laisser les portes ouvertes À la confiance à l’avenir Cesser de réclamer des procès Sur ce que nous avions prévu Sur ce que nous n’avons pas Sur ce que nous aimerions avoir Pour être vraiment heureux Goûter les joies du bonheur Lâcher prise à travers la poésie C’est comme marcher dans un sillon Il suit fidèlement celui qui ne le poursuit pas - 100 -


Si l’on s’arrête pour le contempler Pour le saisir il s’évanouit aussitôt Lâcher prise au cœur des alizés Lâcher prise à la barre du tribunal Lâcher prise à travers la poésie C’est toucher les prémices de la liberté Caresser l'autre pour mieux l'aimer

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Sans dessus-dessous Poète sous-marin en peine Recherche une vraie sirène Dans ses bras quelque part Sur sa bouche par hasard Plonger dans l’abyssal Déposer tout le mal Remonter en surface Sans laisser de trace Nourrir le bien Main dans la main Vivre en plein jour Aimer la nuit sans détour Poète aérien en veine A trouvé une muse sereine Sur son nuage à l’aérogare Dans son cœur sans brouillard S’envoler dans l’atmosphère Redescendre sur terre Semer tout mon amour Écrire mes vers velours Cultiver la vie à deux Ouvrir le livre heureux Revoir le soleil Les étoiles dans le ciel

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Par-delà mon surréalisme Je respire rue paradis C’est de là que je vous écris Mes poésies peaufinent Et mes ailes se dessinent Filtrent la tendresse Soulagent la détresse Singulières et plurielles Torse nu les bras au ciel Vers un ultime voyage Je libère tous les mirages Me dresse sur l’écume Sans oublier ma plume Une femme disparaît Au fond de mon secret Feuille d’espérance blonde Sur mes pensées vagabondes Et un portrait diaphane Dans les voiles haubane Je l’interpelle Seriez-vous Cybèle Ô nature sauvage Survivante du carnage Venez vite à bord Me rejoindre sans préavis Supprimer notre mort Me danser la vie

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De mon cube isthme Masqué je lance mes rêves Et l’esprit s’élève De Cézanne à Braque Par-delà le pont de l'Estaque Mes poésies abstraites Sans décrire l’image parfaite D’un seul point de vue Rassemblent l’imprévu Fragmentent analysent Enserrent mes prises Sans compter mes heures Les âmes les cœurs L'essence masculine L'émanation féminine Le monde l’injustice De mon isthme à narcisse De ma belle bleue à mon art Dans l'ombre de mon regard Je vous aime en plainte Perdu dans ce labyrinthe

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Expressionnisme Photoshop imprime mon image Nu dans un décor peint J’observe partir le train Et qui bougent Moi ou ce paysage rouge Je perds ma perspective Dans le flux d’une locomotive Mon angoisse existentielle S’empare de mon bleu ciel De mes amours de mes peurs Ma vie se transforme en erreur Ô source de ma poésie Reste avec moi je t’en supplie

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La chambre des nuages Les couleurs fleurent de sommeil C'est l'heure du ciel Dans le noir bleuté Je m'endors Et je suis sur une barque de sable Où une simple tempête Hier m'a emporté La tête en sang Au-dessus des nuages Je ne pouvais te le dire À travers mes caillots d'or C'est l'heure où la jeune nuit Délivre au jour vieillissant Une confidence d'étoiles Les images s'embrouillent Serais-je dans le quartier de Bellavista À l'heure du dîner Je marche seul vers l'Union Chica Un lieu de prédilection Une vieille artère poétique Et le vieux jour Pour mieux écouter Incline ses anches d'argent Ce fut à cet âge que la poésie vint me chercher Je ne sais d'où Et la nuit grandit Sur les murs Des photos rendent hommages À Pablo Neruda - 106 -


Un petit pas sur la terre un grand bond dans nos cœurs La mer de nuages navigue Entre les cimes et l'intrigue Le sol à mes pieds m'échappe Dois-je chercher un nouveau cap Et je n'oublie pas les gouttes d'eau Qui alimentent le lit des ruisseaux Et si les ruisseaux savent trouver la mer Peut-être trouverais-je la lumière Le soleil inonde la plaine Réchauffe le cœur des fontaines La terre rend hommage à Neil La lune lui demanderait-elle asile Et je n'oublie pas l'encre de ta plume Qui se noie dans mon annonce Et si ton annonce apparaît sur cette brume Peut-être trouverais-je la réponse Les oiseaux chantent alignés sur le fil C'est l'hommage à la vie qui défile L'écho mélodieux vient nicher sur mon âme Parviendra-t-elle à sublimer cette trame Et je n'oublie pas la raison Qui doit nourrir d'amour l'homme à foison Et si la lune est toujours au-dessus des nuages Les nuages sont toujours au-dessus de la terre Mais j'ai trouvé hier soir la lumière Juste en-dessous de son voilage - 107 -


A l'est du mur Ce que nous traversons Demeure en nous La prison de ton enfance Aux rideaux de fer Désormais S'oxyde en poussière D'autres gens ont reconstruit le monde Eteint la mèche Allumé la lumière Tu es passé au-dessus En avion Et sans bruit d'ailes froissées Ton cœur a perdu pied Je me pose À côté de toi Juste pour t'accompagner Qui te guérira Sinon la blessure Et qui t'abritera Sinon la demeure Errante des mots À l'est du mur Le soleil brille A l'ouest Il se couche L'ombre ne change pas Seulement toi tu changeras

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Harmonica mon amour Avec son harmonica Elle fait rêver les gars Au cœur des villes Elle souffle le voile Le blues en duo libre Et ma gorge vibre D'un plaisir presque cocasse Et le monde passe Sans vraiment porter l'ouïe Son harmonie En ferait rêver plus d'un Elle sait des tas de refrains Sans aucun doute Et malgré toutes ses belles notes Très peu de pièces d'argent Dans la boite rouge et pourtant Avec son harmonica Elle fait rêver les gars Au cœur des villes Elle souffle le voile Et son charme aigu Dans sa gorge d'artiste de rue Elle a une sombre beauté Qui parle de liberté Et du pays de leurs amours Sous la lumière de ses tours

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Le cadavre d’un rire exquis Elle est au bord de la fenêtre Elle veut sauter dans le vide Elle parle une dernière fois à la foule Dès que j’ouvre la bouche Ça peut faire l’objet d’une dépêche Ça peut avoir un impact Ça peut avoir des conséquences Aimerais-je les hommes Aimerais-je les femmes Vivraient-ils de la vie des cadavres La langue de bois apparaît Comme le plus sûr des refuges Elle en est consciente Ça ne rend service à personne Mais tout le monde en abuse Tout en donnant l’illusion de se livrer avec sincérité Elle sait rire quand il faut C’est important

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Comme si c'était nécessaire Comme si c'était nécessaire Je prends tes jours Sur la distance Pour ne pas te perdre Dans mes nuits Comme si c'était nécessaire Je prends ton ombre La plus proche Celle du dernier baiser Pour me rappeler Comme si c'était nécessaire Je prends ton sourire Dans mes larmes Une expression Pleine de charme Comme si c'était nécessaire Je prends ta gravure Une page d'émotions Un peu de relief D'un nu éloigné

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Mélancolie Me mêlant à son colis Immergé dans un lieu Postal hors de tout lieu Sa noirceur m’avale et m’oublie Diabolique sieste sous une hièble Baie noire maternelle heureuse Cette drogue musicale insidieuse Endort mes trésors les plus faibles Vaniteuse elle veut courir Contemplatrice elle veut détruire Elle apprivoise ma mort m'asservit Au sein même de ma vie Face à ses quatre syllabes Fluides et mélodieuses Je lui abandonne mon âme malheureuse Je m’en délivre par monosyllabes Tristesse et plénitude Semblable à une tombée de pluie d’été Elle s'étend nappe ma canopée Agit comme un philtre par habitude J’aimerais lui dire pardon Opposée aux clartés de la raison Compagne et initiatrice de ma poésie Elle me berce me nourrit Réclame baigne mes absences Au cœur de son royaume indéfini Mes métaphoriques pensées bénies M'offriront-elles une renaissance - 112 -


Sosie or not sosie Ironie du sort Sosie or not sosie J’aime le livre papier Comme j’aime les fleurs Au cœur d'une prairie Je déteste le numérique Comme je déteste les menteurs Assis dans un hémicycle Le contraste entre ce que l'on espérait Et la réalité Me rappelle un livre À l’odeur volatile Contenue dans l’air Du temps qui défile Sur mon visage en vain Et ce parfum entre mes mains Un jour J'ai déniché dans un grenier Au fond d’une malle D'un romantique un trésor Avec son papier vergé Aux notes d’herbes À la saveur d'acides Et un soupçon vanillé Sur un fond de moisi Protégé d’une reliure En maroquin pleine fleur Demi-chagrin bleu Le dos à nerfs - 113 -


Le titre en lettres dorées Des légers frottements À la légère insolation Et quelques piqûres en têtes Une œuvre d'Alphonse de Lamartine Une édition originale « Voyage en Orient » Les heures passent Dans le froid l’hiver Je résiste avec mes feuilles Vert-de-gris est la neige Au bord de la rivière La peau putrescible Je m’acidifie et sale Mes pensées mortelles Pour m’extraire de l’eau trouble Qui gèle mes chairs Au milieu du brouillard Mes yeux découvrent Un livre numérique Dois-je l’adopter Le regard perdu au fond du lac Où les cygnes ne glissent plus sur l’eau Mais sur des pixels Noirs et blancs Sans âmes ni odeurs Numérique ou papier Sosie or not sosie ☺ À ceux qui aiment les livres - 114 -


Je vous remercie Il semble prudent de remercier Un poète en particulier Pour ses poèmes Avant de le lire on sème Pour éviter de se mentir C'est pour vous dire Qu’il y aura bien une graine Qui germera dans la plaine Une souris verte en contre-jour Courra dans l’herbe avec amour Beaucoup remercier Sans trop lécher Signifie secrètement Même dans le sang Demander davantage Et il n’y a pas d’âge Pour réclamer Un petit baiser Au moins sur la joue Ennuyeux comme un jour de pluie Sec et trempé Je lâche la rime Arrêtez d’insister Je suis nu-pieds Et je marche sur des vers pilés La tête encore sur un bon cou

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L’esprit averti de la chute À force de tirer vers le bas Les cheveux cloués au sol Je finis ma course là-haut Les pieds englués dans les nuages C’est sans doute cela De ne pas croire en Dieu On s’invente notre propre monde À l’image de nos rêves À la réalité de la vie Ce vendredi 13 commence Et je viens vers vous La faucheuse à la main Pour vous offrir ma journée Avec tout ce que j’ai pu y mettre de bon Et aussi de moins bon Ma mort attendra Je suis toujours en retard J’aime le partage Pour tout ce que j’ai fait De mal comme de bien Je vous remercie Car ce n’est pas grâce à votre aide Que j’ai pu être utile aux autres C’est grâce à quelque chose Je la cherche

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Titre des poèmes recueil 3 (Période 2009- 2013)

Page 7 - Quand la nuit rencontre la lumière Page 8 - Fleur de lumière fleur du mal Page 9 - En quelques minutes et des poussières

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Page 10 - De Samira à Marie-Sarah Page 13 - Mon regard a besoin Page 14 - Noir et blanc Page 15 - Vol libre au-dessus des pitons Page 16 - L’envol d’un songe d’enfant Page 18 - Nous ne serons jamais ensemble Page 19 - Le bleu séchera-t-il mes larmes Page 20 - Tournage au clair de lune d'une orchidée sauvage Page 21 - Le terminus au bout du fil Page 22 - La cité perdue Page 23 - Entre rêve et cauchemar Page 24 - Eve et Don Juan Page 26 - La jeune fille aux cinq continents Page 27 - Conquérant de l’inutile Page 29 - Secret d'un jour Page 31 - Non mon ami tes paroles sont obscures Page 32 - Le temps passe mon ami Page 34 - Au bord d'une nuit d'hiver Page 35 - La chambre aux volets bleus Page 36 - La belle bleue s’en est allée Page 37 - Quand sonnera le glas Page 38 - La balade miraculeuse d'un cancéreux Page 40 - L'atrium Page 40 - Les éléments Page 41 - Brûlure intense d'un enfant bleu Page 42 - L'homme qui murmurait aux glaciers Page 43 - La muse Ô lierre et le ver de terre Page 44 - Exposition avant-gardiste Page 46 - La niche des roses et ses poils de pinceaux Page 48 - Lettre ouverte du con d’en face Page 49 - Oblique Page 51 - La fille croqueuse de fève Page 52 - Chronologie d'une langueur annoncée Page 53 - Peinture d'Utrillo Page 55 - Le tango de mes nuits Page 56 - Je serai sexe et dépendance Page 58 - Pôles positions Page 60 - Les 24 heures du Mans Page 62 - 22 Quai des Brumes Page 63 - Existentialisme Page 65 - L'ombre de la remise en cause Page 66 - Un printemps de chien Page 68 - Une feuille en coup de vent a disparu Page 69 - Ecrire pour qui pourquoi Page 70 - À mon père Page 73 - Il est parti quelque part

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Page 74 - Comme si c'était nécessaire Page 75 - Lettre ouverte particulière Page 76 - Ma clarinette Page 78 - Une place de la liberté Page 79 - Poésie en vacances Page 81 - L'institutrice Page 82 - Enfants Page 83 - Pâques Page 84 - De l’eau dans le gaz Page 85 - Portrait d'une internaute Page 87 - Jusqu'au dernier soupir Page 89 - L’écho de la pluie Page 90 - Parcours vita Page 92 - Sieste songeuse Page 93 - Feu tricolore Page 94 - Voici venir la noce de septembre Page 95 - Peau aime de septembre Page 97 - De l'infiniment petit à l'infiniment grand Page 98 - Le tableau Page 99 - L’effet Betta Page 100 - Lâcher prise Page 102 - Sans dessus-sans dessous Page 103 - Par-delà mon surréalisme Page 104 - De mon cube isthme Page 105 - Expressionnisme Page 106 - La chambre des nuages Page 107 - Un petit pas sur la terre un grand bond dans nos cœurs Page 108 - À l’est du mur Page 109 - Harmonica mon amour Page 110 - Le cadavre d’un rire exquis Page 111 - Comme si c'était nécessaire Page 112 - Mélancolie Page 113 - Sosie or not sosie Page 114 - Je vous remercie

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Remerciements Je tiens à remercier en particulier ma famille, ma généreuse correctrice Nadine Tabère et Élisabeth Mesner pour sa préface.

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www.jamespx.com Image de couverture : Jaya Suberg - James Perroux

A comme Amour Poèmes Recueil 3

Copyright numéro 00051199-1 Tous droits réservés Reproduction interdite sans autorisation de l’auteur

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A comme amour recueil 3 james perroux 25 11 2013  
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