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| Mai / Juin / Juillet 2018 N° 35

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Le journal du Cercle du Grand Théâtre et du Grand Théâtre de Genève

KING ARTHUR

Une magie baroque DON GIOVANNI

Victime de l'amour VERTIGE ROMANTIQUE

Deux ballets aux vertiges de l'amour

MIKHAIL PETRENKO

Un récital avant Die Walküre

La saison du retour 2018-2019

Le Ring inaugure le retour au Grand Théâtre

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Le thème de la saison 17-18

L'OSR, l'espace de 100 ans

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King Arthur

Une magie baroque

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Vertige romantique

Vertiges de l'amour

Chères lectrices, Chers lecteurs, Lorsqu’une nouvelle saison s’annonce, la saison en cours bat toujours son plein et plusieurs événements devraient exciter votre curiosité et conduire vos pas vers l’Opéra des Nations. Après une triomphale reprise de la production Il Giasone du Grand Théâtre de Genève à Versailles, La Cappella Mediterranea et son chef Leonardo García Alarcón sont de retour pour nous faire découvrir une œuvre trop rarement présentée : King Arthur. Le metteur en scène et directeur de la Comédie de Caen, Marcial Di Fonzo Bo et l’équipe qu’il a réunie autour de lui nous présentent l’histoire du roi Arthur, en compagnie de Merlin, parti délivrer sa chère Emmeline des griffes des Saxons et de leur vil magicien Osmond. Gageons que les magiciens auront le dernier mot et que la féerie aura sa place malgré le souffle du génie du froid. Avec Don Giovanni, la trilogie Mozart-Da Ponte (Le Nozze di Figaro, Don Giovanni, Così fan tutte) aura vu le jour sur la scène de l’Opéra des Nations. David Bösch, qui a signé les mises en scène d’Alcina et de Così fan tutte, revient pour nous présenter son regard sur le séducteur de Séville, grâce à qui nous entendrons un troisième chef-d’œuvre mozartien au cours de cette saison. Don Giovanni sera incarné par Simon Keenlyside, un habitué de la scène genevoise, une des coqueluches du moment des grandes scènes internationales. Il sera accompagné par des artistes tout aussi remarquables qui ne manqueront pas de vous faire passer une soirée mémorable. Ne perdez pas de vue qu’il n’y a que sept représentations ! Pour celles et ceux qui ne le connaissent pas encore, le 6 juin venez découvrir Mikhail Petrenko qui nous entraîne vers les frontières de la culture romantique russe en interprétant des mélodies de Tchaïkovsky et de Rachmaninov. On aura d’ailleurs la chance de l’écouter la prochaine saison. Les lumières de la rampe s’éteindront, pour quelques semaines, avec une nouvelle production du Ballet du Grand Théâtre. La danse aura le dernier mot. Une soirée à vous donner le vertige, mais pas n’importe lequel ! Sur des musiques interprétées en live empruntées à des grands compositeurs romantiques, deux jeunes chorégraphes nous ouvrent leurs univers, si éloignées et si proches, où il sera question de partage et d’émotions. Un rendez-vous à ne pas manquer avant de nous retrouver, dès le 10 septembre, pour une nouvelle croisière lyrique et chorégraphique. MERCI de nous être fidèles ! Excellente fin de saison et bel été ! Tobias Richter Directeur général

Don Giovanni

Victime de l'amour

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18-19

La saison du retour avec le Ring

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Riccardo Muti

Maestro Muti

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Pédagogie

Faust questionne les jeunes La couverture Image de la saison 18-19 Direction artistique Aimery Chaigne

Directeur de la publication Responsable éditorial Responsable graphique & artistique Ont collaboré à ce numéro Impression

Tobias Richter Alain Duchêne Aimery Chaigne Elsa Barthas, Renate Cornu, Daniel Dollé, Camille Guignet, Olivier Gurtner, Isabelle Jornod, Florence Mollet, Magali Rousseau, Tania Rutigliani, Patrick Vallon FOT SA

Parution 4 éditions par année ; achevé d’imprimer en avril 2018. 5 000 exemplaires. Il a été tiré 42  000 exemplaires de ce numéro encartés dans le quotidien Le Temps.

Prochainement dans le n°36

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L’espace de 100 ans A

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Ernest Ansermet en 1921, le fondateur de l'orchestre dirige l'OSR au Victoria Hall.

© NOTREHISTOIRE.CH / DR

par Magali Rousseau

C’est au tour de Magali Rousseau, actuelle administratrice de l'OSR, d’accompagner à sa manière le motto de notre saison 17-18 [L’espace d’une saison] et d’évoquer ici le centenaire de l'orchestre créé par Ernest Ansermet en 1918 et en nous révélant les synergies de nos deux institutions pour cette nouvelle saison 18-19.

© ENRIQUE PARDO

pprécier et jouer aussi bien à l’opéra qu’en concert n’est pas donné à tous les musiciens d’orchestre. Pour certains mélomanes comme pour certains artistes, ces deux formes sont même parfois vues comme deux mondes trop différents. Pourtant, depuis l’Antiquité, musique vocale et musique instrumentale sont intimement liées, dans un constant aller et retour entre les inventions de l’une et l’autre. À l’époque baroque, on souligne souvent le caractère quasi instrumental du traitement des voix chez JeanSébastien Bach, ou au contraire à l’époque classique le caractère opératique de l’écriture de Mozart pour les instruments à vent comme dans ses concertos pour piano. Aux XIXème et XXème siècles, une écriture toujours plus riche invite à une fusion des voix et de l’orchestre suscitant des couleurs toujours plus merveilleuses. Les inflexions toujours variées des chanteurs et la couleur propre aux voix de chacun forment ainsi une grande source d’inspiration pour l’orchestre. Les subtilités des nuances et du phrasé de la voix inspirent aussi aux musiciens d’orchestre une souplesse et une palette infinie dont bénéficie beaucoup le répertoire symphonique, et l’Orchestre de la Suisse Romande a la chance de pouvoir pratiquer l’un et l’autre dans de justes proportions. En cette saison anniversaire, l’orchestre et ses musiciens se réjouissent de retrouver l’immense cycle wagnérien du Ring. L’orchestre est au cœur de la pensée wagnérienne, c’est lui qui incarne plus que dans tout autre opéra la voix absolue du compositeur-créateur, et dans laquelle s’inscrivent les voix solistes comme jamais auparavant. Toute la musique qui suivra au XXème siècle en sera métamorphosée, à commencer par les œuvres de Mahler et des trois maîtres de la deuxième école de Vienne que Jonathan Nott dirigera cette année à côté des grandes œuvres de Johannes Brahms. En effet, tout en gardant l’objectif d’une programmation riche et diversifiée du classicisme à nos jours (comme les abonnés pourront le retrouver dans les séries transversales, que nous avons rebaptisées « Appassionato » « Espressivo » ou « Giocoso » pour

souligner que la musique est avant tout le langage de nos émotions), nous avons voulu avec Jonathan Nott que chaque nouvelle saison se distingue désormais par des propositions thématiques dédiées soit à un compositeur, soit à un courant artistique bien précis. Pour 18-19, nous avons retenu : « Aimez-vous Brahms? », « Le Romantisme allemand, de l’aube au crépuscule », « Bartok à la croisée des mondes », « Autour de Stravinsky », et enfin « Chefsd’œuvre de musique russe ». Cette volonté d’équilibre entre les répertoires, nous la retrouvons dans la programmation du Grand Théâtre de Genève, entre la Carmen de Georges Bizet dirigée par John Fiore, le Bal masqué de Verdi que dirige dans cette saison du « premier siècle » un ancien directeur musical de l’OSR, Pinchas Steinberg, et le chef d’œuvre lyrique russe de Boris Godounov, que dirigera Paolo Arrivabeni avec qui nous donnerons également un grand concert pour l’O.N.U. Je saisis cette occasion pour saluer le travail remarquable accompli par Tobias Richter qui nous quitte avec cette belle programmation, et pour féliciter Aviel Cahn de sa récente nomination, avec qui nous avons le plaisir de préparer déjà les prochaines saisons dans un esprit aussi respectueux de la tradition que résolument tourné vers l’avenir. ■

Actuellement Administratrice générale de l’Orchestre de la Suisse Romande, Magali Rousseau a notamment été administratrice-déléguée de l’Orchestre Philharmonique de Radio France et responsable de production pour l’Ensemble intercontemporain et l’Orchestre symphonique de Bretagne. En parallèle à des études en piano et percussions, elle a suivi des études en lettres et arts, musicologie et gestion culturelle à l’Université Paris IV Sorbonne.

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› King Arthur Semi-opéra en 5 actes de Henry Purcell

Direction musicale

Leonardo García Alarcón Mise en scène Marcial Di Fonzo Bo Scénographie

Catherine Rankl Costumes Pierre Canitrot Perruques & maquillage Cécile Kretschmar Lumières Yves Bernard Comédiens

Simon Guélat, Cédric Leproust, Thomas Scimeca, Benjamin Jungers, Stéphane Comby, Sylvain Dufour, Laure Aubert, Paul Laurent

Solistes Ed Lyon, Bernarda Bobro, Grigory Shkarupa, Keri Fuge, Ivan Thirion, François-Nicolas Geslot, Chloé Chavanon, Iulia Elena Preda, Mi-Young Kim, Nauzet Valerón, Phillip Casperd

Chœur du Grand Théâtre de Genève Direction Alan Woodbridge Cappella Mediterranea À l’Opéra des Nations du 26 avril au 9 mai 2018

Un mythe célèbre, deux rois qui s’affrontent, de la magie, l’opéra King Arthur est aussi fascinant que méconnu. Un « semi-opéra » pour être exact. L’œuvre de Henry Purcell est mise en scène par Marcial Di Fonzo Bo, qui propose un univers théâtral baroque, magique et pastoral pour l’Opéra des Nations. En fosse, surelevée pour l’occasion, un autre artiste né en Argentine  : le chef d’orchestre Leonardo García Alarcón. À la tête de son ensemble Cappella Mediterranea, il insufflera son rythme à cette pièce peu connue qu’il nous explique dans cet entretien.

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Simon Guélat (King Arthur) lors des premières répétitions en mars 2018 au studio de Meyrin. [en bas, de gauche à droite]

Grigory Shkarupa (Génie du froid) dirigé par Leonardo García Alarcón ; Sylvain Dufour (Philidel) règle sa coiffe avce le metteur en scène et la régisseuse Tania Rutigliani, lors des premières répétitions sur scène en avril 2018 à l'Opéra des Nations ; Cécile Kretschmar, la créatrice des perruques et du maquillage avec Paul Laurent (Grimbald)

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OPÉRATION KING ARTHUR

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Le directeur musical Leonardo García Alarcón  lors des premières répétitions en mars 2018 au studio de Meyrin.

Un entretien avec Leonardo García Alarcón, le directeur musical de King Arthur, par Olivier Gurtner

Olivier Gurtner King Arthur est un semi-opéra, avec des rôles chantés et parlés. Pouvez-vous l’expliquer ?

qui évoquent la musique celtique, la polyphonie, les dissonances ou encore le contrepoint ; le tout appliqué à l’opéra.

Leonardo García Alarcón Bonne question ! En fait, on parle ici d’un courant important partagé entre l’Angleterre et l’Espagne : le théâtre musical. On y retrouve cet amour à partager des moments entre musique et théâtre. Parfois, le texte et la partition n’ont absolument rien à voir, comme si chaque scène était autonome, à l’image d’intermède. On y mélange par exemple la mythologique grécoromaine et mythes nordiques, avec Thor qui côtoie Cupidon ou Vénus, qui n’ont rien à voir avec la trame du Roi Arthur. En Espagne, au XVIIème siècle chez Pedro Calderón de la Barca comme durant la Restauration anglaise avec Shakespeare, il y a ce goût du mélange. Récemment, un musicologue a montré que Dido and Æneas de Purcell a été joué au milieu d’une pièce de Shakespeare !

OG À Genève, les parties parlées de King Arthur seront jouées par des comédiens en français. Comment les lier avec la musique ?

OG Mais toutes ces histoires sans lien, n’est-ce pas compliqué à suivre ?

LGA C’est tout simplement une salle idéale. On a trouvé le lieu parfait pour la musique baroque à Genève. Avec les instruments anciens, la fosse relevée, cet environnement en bois permet de révéler magnifiquement les nuances. L’Opéra des Nations présente une grande générosité acoustique, pour le public mais aussi pour la scène. Cela permet aux chanteurs d’être émus ; ce qui est très important. Imaginez qu’on peut entendre un luth seul dans toute la salle, ce qui montre la qualité acoustique extraordinaire.

LGA Cela dépend. Dans le Couronnement de Poppée par exemple, le librettiste réunit des histoires d’amour qui n’ont aucun lien avec l’action principale. Une caractéristique typiquement baroque, contrairement au théâtre classique, qui réclame l’unité à chaque niveau. C’est une forme de zapping rafraîchissante, comme passer d’une série à une autre sur Netflix ou à écouter de la musique sur Spotify !

LGA Le metteur en scène Marcial Di Fonzo Bo a choisi en effet des comédiens en français, afin de proposer un spectacle total. Il s’agit donc pour moi d’accompagner une pièce de théâtre, un peu comme un récitatif vis-à-vis d’un opéra de Mozart. On est donc au service d’une pièce théâtrale avec un public qui attend un divertissement musical. OG Alcina, Il Giasone maintenant King Arthur… c’est votre troisième venue à l’Opéra des Nations. Que pensez-vous de cette salle ?

OG Le baroque se joue parfois sur des instruments rares. Lequel vous plaît le plus ?

OG Quel rôle joue la musique dans le théâtre ? LGA La musique sert à provoquer l’imaginaire, elle peut être l’écho du texte, par exemple avec les guerriers ou Cupidon, comme elle permet cette manière très baroque d’entrecouper l’histoire. Même Shakespeare alternait entre commentaires et extraits de musique. Regardez le théâtre antique grec (qui mêlait chant, chœur et texte) ou encore le « parlé-chanté » italien (recitar cantando).

© GTG / ALAIN DUCHÊNE / CAROLE PARODI

OG Qu’aimez-vous dans cette musique de King Arthur ? LGA Pour moi, Purcell est un des dix plus grands compositeurs, avec un style unique ! Il puise dans Cavalli – qui a composé le premier opéra en anglais en 1673 ! – et l’approche orchestrale de Lully. Il ne faut pas oublier que les comédies-ballets de Lully et Molière étaient très connues en Angleterre. Purcell va intégrer tout cela pour donner une touche britannique, avec des mélodies

LGA Justement, je pense que c’est le luth, quand bien même je suis claveciniste et organiste ! Le luth parvient à produire tellement, à obtenir une telle chaleur, un tel timbre, une telle richesse pour jouer les arpèges. Il s’agit d’un instrument idéal pour accompagner un récitatif ou un opéra entier. Même Jean-Sébastien Bach le pensait. ■

Marcial Di Fonzo Bo

Né en Argentine comme Leonardo García Alarcón, Marcial Di Fonzo Bo est à Genève pour piloter la mise en scène de King Arthur, mais il est aussi acteur, comédien, scénariste, réalisateur et récitant. Portrait d’un enivrant kaléidoscope artistique. 1995 en Avignon : Marcial Di Fonzo Bo interprète Richard III dans une mise en scène de Matthias Langhoff. Un passage qui marque les esprits et la critique, puisqu’il reçevra le prix d’interprétation de la critique de Barcelone et le prix de la révélation du syndicat français de la critique. Suivra un parcours de tous côtés, au cinéma par exemple avec Woody Allen (Midnight in Paris), à l’opéra avec Così fan tutte mis en scène à Dijon ou comme récitant dans Egmont de Beethoven à la Philharmonie de Paris. Parmi ses sources de travail, il faut citer Copi, une figure homosexuelle militante qui pratique la plume dans ses textes et le crayon dans ses dessins, notamment pour Hara-Kiri et Charlie Hebdo. De cette figure argentine partie à Paris – comme lui – Marcial Di Fonzo Bo mettra en scène de nombreuses œuvres : Eva Perón, La Tour de la Défense, La Connerie, L’Homosexuel ou la difficulté de s’exprimer, etc. Depuis 2015, Marcial Di Fonzo Bo dirige la Comédie de Caen en Normandie (Centre dramatique national). Dans un entretien avec Télérama il déclarait récemment sa volonté de « décloisonner un métier où les clivages se multiplient, entre privé et public, cinéma et théâtre. » Rien n’est plus vrai aujourd’hui, puisqu’il vient apporter son regard théâtral à l’Opéra des Nations. ■

« C’est une forme de zapping rafraîchissante, comme passer d’une série à une autre sur Netflix ou à écouter de la musique sur Spotify ! » Leonardo García Alarcón

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Le metteur en scène Marcial Di Fonzo Bo  lors des premières répétitions en mars 2018 au studio de Meyrin.

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Une magie baroque

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OPÉRATION DON GIOVANNI

El Burlador de Sevilla y combidado de piedra, Le Festin de Pierre ou le Fils criminel… Dom Juan a bel et bien connu mille vies comme il a séduit 1003 Espagnoles. Mozart en fera un véritable tube opératique, créé en 1787 à Prague, dans

cette version que le Grand Théâtre de Genève se réjouit de faire partager avec le public, à l’Opéra des Nations. Pour comprendre Don Giovanni, cet abuseur pseudolibertaire, et Donna Anna, cette femme à la recherche d’elle-

Victime de « Des “Don Giovanni”, on en retrouve tous les jours dans les journaux ! » Simon Keenlyside

même, entre épouse blasée et amante délaissée, mieux vaut échanger avec ceux qui l’incarnent sur scène à Genève : Simon Keenlyside et Patrizia Ciofi.

© UWE ARENS

des États. C’est

© FALKO HEROLD

l’élégant Théâtre

Un entretien avec Simon Keenlyside (Don Giovanni) par Tania Rutigliani

Tania Rutigliani Combien de fois avez-vous interprété Don Giovanni ? Simon Keenlyside Bonne question ! [rires] Au moins 250 fois. Mais la question est de savoir combien de fois j’ai réussi à rendre hommage au génie de Mozart et Da Ponte ? Pas même une centaine de fois… TR Votre regard a-t-il évolué sur le personnage ? SK Je ne suis pas le même chanteur qu’il y a vingt ans, que ce soit par mon physique, ma voix ou par ma vision du monde. Celle-ci se reflète dans ma perspective sur l’œuvre. Chaque nouvelle interprétation me permet de découvrir des aspects inattendus. Travailler avec différents metteurs en scène, collègues ou chefs d’orchestre fait évoluer le jeu et le chant. Dans cette idée, je trouve que chaque représentation est une nouvelle aventure, un jeu d’équilibriste entre les différentes énergies présentes  sur scène ou dans la fosse. S’il y a des milliers de combinaisons possibles pour une serrure à quatre chiffres, combien de combinaisons existe-t-il pour un opéra de plusieurs heures, huit protagonistes principaux et des dizaines de musiciens ? TR Comment décrire Don Giovanni ? SK Pour évoquer un personnage mozartien, il faut parler du contexte de composition. À l’époque, l’Europe s’éveille à de nouvelles notions de liberté et de responsabilité du citoyen. Don Giovanni n’est qu’un outil pour aborder ces thématiques : la liberté et ses abus. La société européenne veut se détacher de l’ordre préétabli et des croyances culturelles désuètes. On ne peut pas réduire le rôle de Don Giovanni à un simple séducteur, ce n’est que la couche de poussière sur la couverture du livre.

TR Donna Anna, victime, femme de caractère ? SK Une femme ne peut-elle pas être l’une et l’autre ? Dans cet opéra, tous les personnages féminins ont une couleur particulière et la musique reflète cette individualisation. Cela leur donne une dimension qui transcende la partition, comme si le public faisait face à de véritables personnes, aux réactions inattendues et imprévisibles, notamment devant le catalogue d’abus de Don Giovanni. TR Quelle place joue la séduction dans l’opéra de Mozart ? SK L’air du catalogue chanté par le valet Leporello vante évidemment les conquêtes de son maître, grand séducteur supposé. Cependant, il est intéressant de noter que Don Giovanni, malgré ses nombreuses tentatives, ne conclut jamais. Ses techniques de séductions se révèlent bien pauvres. Malgré son éducation et son argent, Don Giovanni reste une brute sans aucune classe. Au final, on remarque que les questions du pouvoir et d’abus des privilèges prennent le dessus et régissent l’œuvre. C’est ce qui la rend intéressante dans le contexte actuel : des « Don Giovanni », on en retrouve tous les jours dans les journaux. TR Vos premiers souvenirs de Genève ? SK Je conserve de merveilleux souvenirs de mes précédents passages dans cette ville. En 1993, j’y interprétais mon premier Papageno aux côtés de René Pape. Dans cette production, le mythique metteur en scène Benno Besson a beaucoup influencé ma vision du personnage. En 1996, j’ai eu l’opportunité de chanter le rôle-titre de Hamlet d’Ambroise Thomas aux côtés de Nathalie Dessay, une artiste incroyable. Mais Genève c’est surtout un cadre très inspirant par ses paysages impressionnants – son lac, ses montagnes et ses forêts. ■

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› Don Giovanni Dramma giocoso en 2 actes de

Wolfgang Amadeus Mozart

Direction musicale

Stefan Soltesz

Mise en scène

David Bösch

Décors

Falko Herold Costumes Bettina Walter Lumières Michael Bauer Continuo Xavier Dami Don Giovanni

Simon Keenlyside Donna Anna Patrizia Ciofi Leporello David Stout Don Ottavio

Ramón Vargas

Le Commandeur

Thorsten Grümbel Donna Elvira Myrtò Papatanasiu

Zerlina

Mary Feminear Masetto Michael Adams

Chœur du Grand Théâtre de Genève Direction Alan Woodbridge Orchestre de la Suisse Romande À l’Opéra des Nations du 1er au 17 juin 2018

l'amour... © JEAN-PIERRE MAURIN

« Donna Anna est une femme à la recherche d'un amour passionnel... et d’elle-même. » Patrizia Ciofi

Un entretien avec Patrizia Ciofi (Donna Anna) par Tania Rutigliani

Tania Rutigliani Don Giovanni, héros ou bourreau ? Patrizia Ciofi C’est un homme ! [elle rit] … avec tout ce que cela implique de bon et de mauvais ! TR Ce n’est pas votre première interprétation de Donna Anna… PC Oh non, pas du tout ! J’ai même débuté ma carrière avec ce rôle, il faisait presque partie de mon quotidien. Je l’ai quelque peu délaissé pour me concentrer sur le belcanto et la musique baroque pour mieux retrouver ce personnage des années plus tard – entre autres à Covent Garden et à Berlin. TR Votre manière d’interpréter le personnage a-t-elle évolué au fil des années ? PC Bien que les productions auxquelles j’ai participé soient très différentes, la lecture du personnage de Donna Anna reste souvent similaire. C’est un personnage complexe, car tiraillé entre l’attirance et le désir de vengeance. D’une part, Don Giovanni la séduit et fait naître une passion inattendue – à tel point qu’elle repoussera même son fiancé, Don Ottavio ; d’autre part, c’est l’homme qui a tué son père. À l’âge de vingt ans, j’ai rencontré Donna Anna pour la première fois, et, au fur et à mesure de mes interprétations, je garde le même regard sur elle. TR Qui est Donna Anna ? PC C’est une femme à la recherche d’un amour passionnel, ce qu’elle ne ressent pas pour Don Ottavio. Elle est enfermée dans cette relation liée au regard des autres et de la société, comme par un amour rationnel. Don Giovanni lui fait prendre conscience de cette insatisfaction, de son besoin d’avoir une relation plus intense, profonde, voire irrationnelle. Il réveille en elle la passion. En quelques mots, Donna Anna est une femme à la recherche d’elle-même.

TR La passion voisine la vengeance…  PC Vengeance et passion se traduisent de manières très différentes pour les personnages féminins. Donna Elvira veut se venger d’un amant l’ayant abandonnée, Donna Anna de l’assassin de son père. Elle se sent tiraillée entre son amour pour Don Giovanni, la culpabilité d’avoir entretenu cette relation qui a conduit à la mort de son père et le plaisir éprouvé à découvrir le monde sensuel offert par le séducteur. Son petit monde s’en est retrouvé bousculé. C’est ce tiraillement qui rend l’interprétation du personnage aussi fascinante.

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Photos des maquettes de la scénographie de Falko Herold [à gauche]

L'entrée du Chœur des paysans pour les préparatifs du mariage de Zerlina [à droite]

Les tourments de Don Giovanni par l'esprit du Commandeur.

TR La séduction joue un rôle important dans le mythe. Qu’en est-il de l’opéra ? PC Beaucoup d’éléments se superposent dans cette œuvre ; la séduction n’en est qu’un. Il ne s’agit pas forcément d’un trait négatif. En revanche, la manière de séduire, cette habitude de trahir, d’abandonner, de mentir et de ne ressentir aucun remords interpelle et attire l’hostilité des autres personnages. La séduction de Don Giovanni est perverse car il conquiert ses proies puis les enferme dans des situations émotionnelles et physiques impossibles. Mais, comme dans tous les opéras de Mozart, rien n’est noir ou blanc ; l’importance réside dans les nuances. Ses œuvres donnent une lecture de la vie et de tous ses aspects : l’ironie, la mort, le pêché, l’humour, etc. Sa musique transmet des messages profonds ornés d’une touche de légèreté et d’ironie. TR Quelle est votre relation à Genève ? PC Je me réjouis de retrouver cette ville ! J’y ai interprété Norina (Don Pasquale) en 2007 et Violetta (La Traviata) en 2013. J’aime ces personnages, en particulier Violetta, qui est une femme de caractère. De retrouver Simon Keenlyside – qui fera un parfait Don Giovanni – sera également une belle aventure. ■ ACT­­- O | 35 . 7

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© GTG / GREGORY BATARDON

Vous devez être nombreux à vous demander ce qui se cache derrière le titre du deuxième programme du Ballet du Grand Théâtre : Vertige Romantique. Deux jeunes chorégraphes,

Return to Nothingness

Natalia Horecna et Andrew Skeels, nous entraînent dans leur monde, sur des musiques interprétées en live, de trois compositeurs caractéristiques de la période dite romantique. Une musique libre et audacieuse, à l’image des deux chorégraphies qui vous sont proposées à la fin du mois de juin et début juillet.

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par Daniel Dollé

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Le retour au néant, c’est ainsi que s’intitule la pièce de Natalia Horecna, qui s’appuie sur le Trio N°2 de Franz Schubert suggéré par Philippe Cohen et qui d’emblée l’a fascinée. Soliste au Hamburg Ballett, elle rejoint plus tard le Scapino Ballet Rotterdam et le Nederlands Dans Theater (NDT) en 2006. À partir de 2007, elle signe ses propres pièces pour diverses compagnies européennes. Elle ne dirige pas de compagnie, mais elle est régulièrement invitée par les troupes les plus prestigieuses telles que le NDT, le Staatsoper de Vienne, le Hamburg Ballett, le Royal Danish Ballet et autres Finnish National Ballet ou Deutsche Oper am Rhein, et naturellement le Ballet du Grand Théâtre de Genève. La jeune femme à l’apparence si fragile, le sourire aux lèvres, nous invite à vivre dans le moment présent, à oublier les peines du passé et à ne pas spéculer sur le futur. Dans ce monde de rush-life, elle se demande comment trouver la paix intérieure, comment se trouver soi-même. Elle nous invite à échapper au quotidien et à retrouver de vraies valeurs à travers une vision intérieure. Un mot qui revient souvent dans l’entretien est le mot liberté. Sur une musique porteuse d’images, de calme, de sérénité et de paix, elle suggère sans imposer. Elle ouvre un espace de liberté pour livrer l’amour qu’elle peut donner. Elle propose, mais n’impose pas, sur la musique ressentie comme une fleur, avec ses couleurs, ses formes, ses parfums et sa sensualité. Ce qui lui importe, c’est le partage. Ne serait-ce pas un retour au néant qui est à la fois vie et achèvement ? Dans son élégie, But behind the bridge, un hymne à la vie et à l’amour, en temps de guerre, créée avec le Ballet de Monte-Carlo, il y est question de barbarie, de douleur, de séparation, de perte, de désespoir, de manipulation, d’obsessions et d’expiation. Natalia Horecna amène les interprètes à s’investir corps et âme dans les tourbillons émotionnels des personnages. De toutes les situations, aussi tragiques soient-elles, elle sait faire émerger la poésie et l’énergie. Au moment de la création de But behind the bridge, elle disait : « J’ai entendu quelque part cette phrase : "Connaître son moi : pas de problème . Connaître son moi : pas de souffrance", ou quelque chose d’encore plus spirituel : "Pas de moi : pas de souffrance". J’ai réfléchi longuement à cette question dans le calme, pour essayer de comprendre… Tout ce que je pourrais suggérer avec ma nouvelle œuvre, ce sont quelques phrases apparemment simples : "Quand allons-nous cesser de nous pointer du doigt les uns les autres ? Que pouvons-nous faire, chacun de notre côté, pour contribuer à la possibilité d’un monde meilleur ? Quel espace accordons-nous à notre propre conscience pour naître à la vie ? Au fond, nous connaissons-nous vraiment ?” Je n’accuse personne, ceci n’est pas une accusation. Je ne juge pas non plus. Ce ne sont que des questions. Il est très facile de déclencher des guerres. Il est beaucoup plus difficile de préserver la paix. En mémoire d’Aylan Kurdi... Et à ceux qui sont à la recherche d’une vie.» Ces lignes pourraient également s’appliquer au travail qu’elle développe actuellement avec le Ballet du Grand Théâtre. Nul doute que vous serez nombreuses et nombreux à vouloir découvrir son art du mouvement qui fait sens et jamais n’échappe à la beauté. ■

’exaltation du « moi » reste très souvent au centre de leurs compositions, qui donnent l’ascendant aux sentiments sur la raison. La musique devient un art, au même titre que la peinture ou la littérature expriment la passion, et pas forcément la seule passion amoureuse, celle qui devrait nous habiter tous. En entendant le mot romantisme, certaines et certains font la moue et le considèrent has been, car nous vivons dans une société du plaisir et du contrôle. Aimer oui, mais pas souffrir. Cependant, la recherche du grand amour, de celui qui par définition peut faire mal, n’est pas morte. Les billets doux sont remplacés par des textos ou des sextos et on fantasme pendant des semaines sur une personne avec qui on a tchatté sur le Net. Croyez-nous, le romantisme n’est pas mort ; il a encore de beaux jours devant lui dans un monde de plus en plus pragmatique et individualiste. Nous avons tous un besoin de dépassement et d’irrationalité. Sur le long terme, le consumérisme a ses limites et ne saurait rendre heureux. Les mélodies de Tchaïkovsky, les romances ou les Scènes d’enfants de Schumann, le Trio de Schubert, ainsi que les mouvements des corps des danseuses et danseurs sont à la source d’une réelle émotion. Ensemble, ils suggèrent un infini à l’origine du vertige, du vertige créateur d’émotions et de connaissances : « Il n’y a de vraie jouissance qu’à partir du moment où le vertige commence », écrit Goethe dans Les Années de voyages de Wilhelm Meister. Nous parlons bien de ce vertige qui résulte d’une émotion intense, d’une ivresse, d’une tentation ou d’une forte impression. Avec le vertige, nos sensations s’avivent, il donne une idée de notre dépendance à notre environnement, de la relativité de notre liberté, de la fragilité de notre raison. Blaise Pascal nous éclaire : « Le plus grand philosophe du monde, sur une planche plus large qu’il ne le faut, s’il y a au-dessous un précipice, quoique sa raison le convainque de sa sûreté, son imagination prévaudra. Plusieurs n’en sauraient soutenir la pensée sans pâlir et suer. » Notre besoin d’ivresse, de lâcher prise, est-il sans danger ? « Enivrez-vous ! » nous dit le poète. Dans L’Insoutenable légèreté de l’être, Milan Kundera nous dit « Le vertige, c’est autre chose que la peur de tomber. C’est la voix du vide au-dessous de nous, qui nous attire et nous envoûte, le désir de chute dont nous nous défendons ensuite avec effroi. » Cette sensation est une panique voluptueuse qui permet d’effacer temporairement la réalité. Nous avons tous un attrait pour ces forces d’instinct, qui peut s’exprimer de différentes façons. Certes, il y a le vertige physiologique lié à la spatialité, mais n’oublions pas celui correspondant à la recherche de la plénitude de l’être, ne fût-ce que le syndrome de Stendhal, ou le coup de foudre : le vertige amoureux, pour ne citer qu’eux. Sur des musiques sublimes, composées pendant la période dite romantique et interprétées par des musiciens sur la scène de l’Opéra des Nations, les chorégraphes Natalia Horecna et Andrew Skeels nous invitent à pénétrer dans leur univers, à découvrir leur langage et à partager leurs passions. Nés sous des horizons différents, elle Slovaque, lui Américain, ils ont cependant beaucoup de points communs. Pour celui qui a le privilège de les rencontrer ou de les voir travailler, il n’a qu’une hâte, c’est de voir le rideau se lever sur leurs créations, dans lesquelles les maîtres mots semblent être Émotion, Partage et Passion. Lorsqu’on évoque avec eux leur travail, leurs regards s’illuminent, que dis-je, s’allument, avec modestie et enthousiasme. Directeur du Ballet du Grand Théâtre, Philippe Cohen les a invités à venir travailler avec cette Compagnie qui ne cesse de conquérir les grandes scènes mondiales. Après Reinhild Hoffmann, une chorégraphe emblématique du Tanztheater, nous vous invitons à découvrir deux jeunes talents qui, sans aucun doute, sauront vous séduire dans un programme où les corps rencontrent les notes et les paroles et font parler les âmes. ■

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Vertiges de l'amour

› Vertige romantique

Deux créations chorégraphiques mondiales

Fallen

Sur des musiques de

Tchaïkovski et Schumann

Chorégraphie

Andrew Skeels

Scénographie & costumes

On aura tout vu Lumières Rémi Nicolas

Return to Nothingness

Sur une musique de

Franz Schubert

Chorégraphie

Natalia Horecna

Scénographie & costumes

Christiane Achatzi Lumières Thomas Diek

Ballet du Grand Théâtre de Genève Direction Philippe Cohen

Fallen

Un rire tonitruant et communicatif, ne cherchez plus, Andrew Skeels ne doit pas être très loin. Il ne saurait dissimuler son enthousiasme, ni sa vitalité qu’il partage volontiers avec ses publics, les danseuses et les danseurs et les personnes qu’il rencontre. Il n’est pas vraiment un newcomer sur la scène de l’Opéra des Nations puisqu’il nous avait rendu visite au cours de la première saison du côté de la Place des Nations, avec un spectacle créé pour le Festival Suresnes Cités Danse, Street Dance Club, qui retrouvait l’esprit des années folles et des clubs de jazz des années 20-30 à New York, tels le Cotton Club et le Savoy Ballroom, qui célébraient aussi la naissance d’une nouvelle communauté d’hommes et femmes unis par la danse et la musique. Formé à l’école du ballet de Boston, il a été diplômé en 2003 en tant que boursier de la Sydelle Gomberg Scholarship. Danseur aux Grands Ballets Canadiens, il interprète des rôles de solistes dans des pièces de Jiří Kylián, Mats Ek, Ohad Nahrin, Stijn Celis, Didy Veldman, Marco Goecke, Stephan Thoss, Christopher Wheeldon, George Balanchine, et de nombreux autres chorégraphes. Installé à Montréal, il développe un langage chorégraphique unique et original qui puise dans son expérience du hip hop, du contact improvisation, des arts martiaux, sans oublier la danse classique. Un langage qui jamais ne laisse indifférent et qui d’emblée ouvre de nouvelles perspectives. C’est la première fois qu’Andrew Skeels travaille avec un grand groupe, les 22 danseuses et danseurs du Ballet du Grand

[ci-contre]

Le danseur Zachary Clark et la danseuse Madeline Wong enlacés pendant les répétitions de Return to Nothingness, en mars 2018, dans le studio Stravinski à Genève.

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À l’Opéra des Nations du 28 juin au 4 juillet 2018

Théâtre. Fasciné par eux, il admire leur générosité, tout en restant très strict. Il fait l’éloge de la Compagnie, évoque sa souplesse, pas que sur le plan physique, et dit d’elle qu’elle a le cœur sur la main. Sur des musiques de Tchaïkovski et de Schumann qu’il a soigneusement choisies et qu’il aime, Andrew Skeels écrit une partition qui s’intitule Fallen. C’est tout un programme rempli d’interrogations. Le mot chute est porteur de sens, propre et figuré, qui peut trouver, dans notre inconscient, le support nécessaire au retour du refoulé. Dans la peur de la chute se niche l’angoisse d’une perte d’équilibre. Elle contient une angoisse d’être déséquilibré, à savoir d’être dément ou tombé sur la tête. Il s’agit d’abord de chute, de tomber, mais également de succomber, et pourquoi pas d’être enchanté. Andrew Skeels nous emmène dans une forêt magique, probablement enchantée, où nous verrons tomber des fleurs dans « La forêt d’Andrew ». Si l’une ou l’autre fois, les danseuses ou les danseurs tombent, la question de comment se relever se présente immédiatement. S’il est un mot qui revient souvent au cours de l’entretien, c’est « émotion ». Il aime la forêt magique, la technique, mais elles sont au service de l’émotion qui nait d’une intention et non d’une abstraction. Il ne nous reste plus qu’à être patients pour succomber aux univers émotionnels et de partage issus de deux cultures et qui n’ont qu’un seul objectif : nous faire vibrer, et probablement nous suggérer un message que seul l’art sait générer. ■

« On n’a jamais plus parlé du romantisme que depuis qu’on dit : le romantisme est mort. » Victor Hugo .9 ACT­­ - O | 35

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L’irrésistible attrait des scènes lyriques

Les cités lointaines L par R enate C ornu

es membres du Cercle du Grand Théâtre de Genève cultivent une réelle curiosité pour ce qui se fait et se donne sur d’autres scènes lyriques. Que ce soit sur ou hors continent, nos oiseaux migrateurs ont déjà parcouru près de 20 000 km entre Oslo, Beijing, Berlin et Londres, puis récemment la Sicile, avec Palerme et Catane. Chaque séjour est perfectionné dans les détails par un trio de voyageurs avertis. Grand mélomane et connaisseur du monde lyrique, Gerson Waechter est entouré de Coralie MouravieffApostol et Véronique Walter, qui l’une et l’autre apportent leur carnet d’adresses pour des visites et rencontres mémorables.

[en-haut]

La salle du Teatro Massimo de Palerme avec son magnifique plafond. [à droite]

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Le Teatro Massimo Vincenzo Bellini à Catane possède une excellente acoustique.

Fastueuse Palerme entre Palazzi et Opera Massimo Lorsque l’envie du lointain s’est emparée de quelques tenants de nouvelles découvertes, les membres du Cercle du Grand Théâtre ont opté pour la Sicile, pour sa beauté conjuguée entre demeures

élégantes, sites historiques et deux théâtres à l’italienne dans la pure tradition : le Teatro Massimo de Palerme – le plus grand opéra d’Europe après le Wiener Staatsoper et l’Opéra Bastille – et le Teatro Massimo Vicenzo Bellini de Catane. S’imprégner de l’esprit d’un lieu tel que Palerme commence par la visite de la vieille ville, et se termine par l’incontournable Palazzo Gangi, celui-là même qui fut le décor du film mythique de Visconti Le Guépard. Accueillis par la Principessa Carine Vanni Mantegna, gageons que les membres du Cercle étaient saisis par la beauté et l’âme de la salle du bal où fut tournée l’inoubliable scène du premier regard échangé entre Claudia Cardinale et Alain Delon. Avant d’assister à la représentation d’Adriana Lecouvreur de Francesco Cilea qui raconte l’histoire tragique d’une comédienne adulée, et forcément maudite, le tour de ville se poursuit. L’émotion est palpable à la découverte du Palazzo dei Normanni qui fut tour à tour forteresse punique au VIIème siècle

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e n t cl A C e

LE CARNET DU CERCLE

Fondé en 1986, le Cercle du Grand Théâtre s’est donné pour objectif de réunir toutes les personnes et entreprises qui tiennent à manifester leur intérêt aux arts lyrique, chorégraphique et dramatique. Son but est d’apporter son soutien financier aux activités du Grand Théâtre et ainsi, de participer à son rayonnement.

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Rejoignez-nous !

Nous serions heureux de vous compter parmi les passionnés d’ arts lyrique, chorégraphique et dramatique qui s’engagent pour que le Grand Théâtre de Genève conserve et renforce sa place parmi les plus grandes scènes européennes. Adhérer au Cercle du Grand Théâtre, c’est aussi l’assurance de bénéficier d'une priorité de placement, d'un vestiaire privé, d'un service de billetterie personnalisé et de pouvoir changer de billets sans frais. Vous participerez chaque année au dîner de gala à l’issue de l’Assemblée générale et profiterez des cocktails d’entracte réservés aux membres. De nombreux voyages lyriques, des conférences thématiques « Les Métiers de l’Opéra », des visites des coulisses et des ateliers du Grand Théâtre et des rencontres avec les artistes vous seront proposés tout au long de la saison. Vous pourrez assister aux répétitions générales et bénéficierez d'un abonnement gratuit à ce magazine. Vous recevrez également tous les programmes de salle chez vous.

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(du lundi au vendredi de 8 h à 12 h) T + 41 22 321 85 77 F + 41 22 321 85 79 cercle@geneveopera.ch Cercle du Grand Théâtre de Genève CP 5126 1211 Genève 11

Nos membres Bureau M. Jean Bonna, président M. Rémy Best, vice-président* Mme Brigitte Vielle, secrétaire Mme Françoise de Mestral

Mme Diane Etter-Soutter Mme Catherine Fauchier-Magnan Mme Clarina Firmenich M. et Mme Eric Freymond Mme Elka Gouzer-Waechter * également trésorier Mme Claudia Groothaert M. et Mme Philippe Gudin de La Sablonnière Autres membres du Comité Mme Christine Batruch Mme Bernard Haccius Mme Claudia Groothaert M. Alex Hoffmann Mme Coraline Mouravieff-Apostol M. et Mme Philippe Jabre Mme Beatrice Rötheli M. et Mme Éric Jacquet M. Rolin Wavre M. Romain Jordan Mme Madeleine Kogevinas Membres bienfaiteurs M. et Mme Jean Kohler M. et Mme Luc Argand M. Marko Lacin Mme René Augereau Mme Brigitte Lacroix Fondation de bienfaisance M. et Mme Pierre Lardy de la banque Pictet M. Christoph La Roche Fondation Hans Wilsdorf Mme Éric Lescure M. et Mme Pierre Keller Mme Eva Lundin Banque Lombard Odier & Cie SA M. Bernard Mach M. et Mme Yves Oltramare M. et Mme Colin Maltby M. et Mme Adam Saïd Mme Catherine de Marignac Union Bancaire Privée – UBP SA M. Thierry de Marignac M. Pierre-Alain Wavre Mme Mark Mathysen-Gerst M. et Mme Gérard Wertheimer M. Bertrand Maus M. et Mme Olivier Maus Membres individuels Mme Béatrice Mermod S. A. Prince Amyn Aga Khan M. et Mme Charles de Mestral Mme Diane d’Arcis Mme Jacqueline Missoffe S. A. S. La Princesse Étienne d’Arenberg M. et Mme Christopher Mouravieff-Apostol M. Ronald Asmar Mme Christine Batruch-Hawrylyshyn Mme Pierre-Yves Mourgue d’Algue Mme Maria Pilar de la Béraudière M. et Mme Philippe Nordmann M. et Mme Philippe Bertherat M. Yaron Ophir Mme Antoine Best M. et Mme Alan Parker M. et Mme Rémy Best M. Shelby du Pasquier Mme Saskia van Beuningen Mme Sibylle Pastré Mme Françoise Bodmer M. Jacques Perrot M. Jean Bonna M. et Mme Wolfgang Peter Valaizon Prof. Julien Bogousslavsky M. et Mme Gilles Petitpierre Mme Christiane Boulanger M. et Mme Charles Pictet Mme Clotilde de Bourqueney Harari M. et Mme Guillaume Pictet Comtesse Brandolini d’Adda M. et Mme Ivan Pictet M. et Mme Robert Briner M. et Mme Jean-François Pissettaz M. et Mme Yves Burrus Mme Françoise Propper Mme Caroline Caffin Comte de Proyart Mme Maria Livanos Cattaui Mme Adeline Quast Mme Muriel Chaponnière-Rochat Mme Ruth Rappaport M. et Mme Claude Demole M. et Mme François Reyl M. et Mme Guy Demole M. et Mme Andreas Rötheli M. et Mme Olivier Dunant M. et Mme Gabriel Safdié Marquis et Marquise de Saint Pierre Mme Denise Elfen-Laniado

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avant J.-C., fort romain, château des émirs arabes, puis résidence des rois normands.   Sur la route de Catane, dans un environnement bucolique, se révèle un petit village qui invite à la visite de la Villa Romana del Casale, un site inscrit au Patrimoine mondial de l’UNESCO, et ses superbes mosaïques. Puis, au pied de l’Etna, Catane s’ouvre à la vue de nos voyageurs. La ville regorge d’architecture du baroque tardif et exubérant, avec ici et là des palais de la noblesse sicilienne. Accueil chaleureux des propriétaires dans ceux de Biscaris et des Grimaldi. Mais place à l’opéra ! Pour clore un jour d’intenses visites de courtoisie et de sites chargés d’histoire, les participants assistent à une représentation de Don Giovanni de W. A. Mozart et aux péripéties d’un héros sans repentir, qui finit naturellement moins bien que le voyage de nos passionnés d’art lyrique. Eux imaginent déjà d’autres horizons à découvrir… ■

Pour recevoir de plus amples informations sur les conditions d’adhésion au Cercle, veuillez contacter directement : Madame Gwénola Trutat

M. Vincenzo Salina Amorini M. Julien Schoenlaub Baron et Baronne Seillière Mme Christiane Steck M. et Mme Riccardo Tattoni M. et Mme Kamen Troller M. et Mme Gérard Turpin M. et Mme Jean-Luc Vermeulen M. et Mme Julien Vielle M. et Mme Olivier Vodoz Mme Bérénice Waechter M. Gerson Waechter M. et Mme Stanley Walter M. et Mme Rolin Wavre M. et Mme Lionel de Weck

Membres institutionnels 1875 Finance SA Banque Pâris Bertrand Sturdza SA Credit Suisse (Suisse) SA FBT Avocats SA Fondation Bru JT International SA Lenz & Staehelin Schroder & Co banque SA SGS SA

Organe de révision : Plafida SA Compte bancaire N° 530 290 MM. Pictet & Cie

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La saison

[de haut en bas]

Carmen The Beggar's Opera Boris Godounov Luca Pisaroni Piotr Beczała Wahada Viva la Mamma! Opéra de Pékin - Faust L'elisir d'amore

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En octobre dernier, lorsque la nouvelle est tombée, personne n’osait plus y croire et nous voici à l’aube d’une saison nouvelle qui vous permettra de vivre de nouveaux moments magiques à l’Opéra des Nations, avant de le voir partir vers d’autres horizons lointains, vers la Chine. Au mois de février 2019, vous retrouverez avec nous le Grand Théâtre, Place de Neuve, avec une production qui aura marqué les annales de l’Institution, puisque vous pourrez revivre la fabuleuse épopée du Ring des Nibelungen, plébiscitée par les médias internationaux à l’occasion du bicentenaire de la naissance de Richard Wagner, une ultime occasion pour découvrir –  ou revoir  – le travail de deux personnalités du monde théâtral et lyrique, Dieter Dorn et Jürgen Rose qui grâce aux moyens du théâtre ont su fait revivre une histoire qui reste intemporelle. Bizet, digne héritier de Gounod, avec sa Carmen, opéra-comique, ouvrira la saison et Verdi, un autre pilier du répertoire genevois, nous offrira son Un ballo in maschera, une œuvre charnière entre les opéras de jeunesse et les grands ouvrages verdiens. Après Medea, Il Giasone, Médée revient sous la plume de Marc-Antoine Charpentier et conclura le triptyque consacré à ce personnage mythologique troublant. Non ce n’est pas un rêve, une nouvelle saison vous tend les bras avec de belles surprises. Le Ballet du Grand Théâtre nous prépare deux nouveaux programmes, l’un autour de la Grande Messe en ut mineur de Mozart, l’autre avec deux pièces de Jiří Kylián, un chorégraphe qui aura marqué la danse contemporaine. Sara Baras et sa compagnie seront de retour parmi nous, avec leur dernière création, Sombras, quatre représentations qui s’annoncent fiévreuses et passionnées. Les récitals ne seront pas en reste et seront servis par des artistes qui marquent la scène internationale. Alors pour ne rien manquer, pourquoi ne pas vous abonner ? Être abonné représente un privilège et témoigne de votre fidélité à l’Institution. Ici, le privilège ne sied à personne, il fait simplement de vous une spectatrice ou un spectateur fidèle et permet au Grand Théâtre de poursuivre sa route sur les chemins de la sérénité et de la pérennité. Soyez nombreuses

du retour

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et nombreux à nous rejoindre pour partager de nouvelles aventures, passions et émotions.

[de haut en bas]

Der Ring des Nibelungen Liebeslieder Walser (Marlis Petersen) Sombras Sarah Connolly Entre réel & illusion théâtrale (Bella Figura) Messa da Requiem (Teodor Currentzis) Médée Christian Gerhaher Un ballo in maschera Patricia Petibon La Belle au bois dormant

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LA SAISON DU RETOUR

LES OPÉRAS CARMEN

Surgie de la plume de Prosper Mérimée et mise en musique par Bizet, Carmen connaît un succès fulgurant à travers toute l’Europe. Carmen est davantage qu’une séductrice, elle rejoint Orphée, Faust, Don Juan au panthéon des personnages mythiques, elle personnifie « (…) la véritable prostituée de la bourbe et du carrefour, la fille dans la plus révoltante acception du mot ». 10 > 27.09.18 À L'OPÉRA DES NATIONS

THE BEGGAR’S OPERA (L’OPÉRA DES GUEUX)

Ce ballad-opera se déroule dans les bas-fonds londoniens – parmi les voleurs, les proxénètes et les prostituées. Un monde cynique régi par la cupidité, le crime et l’injustice sociale ; des thèmes qui restent d’actualité et continuent à hanter le cinéma et la télévision. Une nouvelle occasion de retrouver Robert Carsen et William Christie. 3 > 7.10.18 À L'OPÉRA DES NATIONS

BORIS GODOUNOV

Sur une toile de fond décrite par Pouchkine, Moussorgski tisse les fils d’un drame national qui se mue en grandiose tragédie universelle. La noirceur, la concision et la violence du livret évoquent l’infortune d’un tsar considéré comme usurpateur, grâce à une partition sauvage et flamboyante. 28.10 > 15.11.18 À L'OPÉRA DES NATIONS

VIVA LA MAMMA!

Le dramma giocoso en deux actes de Gaetano Donizetti nous emporte dans le monde de l’opéra, avec ses folies, ses caprices et ses stars. Un ouvrage cocasse, satire du théâtre lyrique, à découvrir absolument au moment des fêtes de fin d’année. Une occasion parfaite pour apprécier à nouveau le génie théâtral de Laurent Pelly ! 21.12.18 > 03.01.19 À L'OPÉRA DES NATIONS

DER RING DES NIBELUNGEN

Le retour à la place de Neuve est marqué par la reprise de cette emblématique production créée à l’occasion du bicentenaire de la naissance de Richard Wagner. Dans la mise en scène de Dieter Dorn et Jürgen Rose, la magie opère et le mythe reste intact derrière le minimalisme apparent. À partir des mythes norrois et germaniques, Wagner écrit cette tétralogie en un prologue et trois journées, qu’il conçoit comme une œuvre d’art totale (ein Gesamtkunstwerk). La présentation des quatre volets du Ring des Nibelungen sur une semaine, soit environ 16 heures de musique, reste une expérience unique qui se produit rarement dans une vie. 12.02 > 17.03.19 AU GRAND THÉÂTRE DE GENÈVE

MÉDÉE

Médée est la grande œuvre de Marc-Antoine Charpentier, son unique tragédie lyrique, car à l’époque le privilège de l’opéra est détenu par Lully. David McVicar et La Cappella Mediterranea, dirigée par Leonardo García Alarcón, revisitent cette œuvre narrant le destin de ce personnage tragique qui a passionné les artistes de l’Antiquité à nos jours. 30.04 > 11.05.19 AU GRAND THÉÂTRE DE GENÈVE

UN BALLO IN MASCHERA

Giuseppe Verdi conclut la saison 18-19 avec un ouvrage directement inspiré par l’assassinat de Gustave III, roi de Suède, au cours d’un bal masqué en 1792. Un opéra qui oscille entre gaieté et désespoir, entre passion et drame. Sur le parquet du bal tombent les masques, dans un univers où se croisent les complots, l’érotisme et la mort. 04 > 22.06.19 AU GRAND THÉÂTRE DE GENÈVE

LES BALLETS WAHADA (LA PROMESSE)

La danse d’Abou Lagraa porte en elle un subtil mélange de classicisme, d’énergie urbaine et d’expressivité contemporaine. Une danse en partage qui propose un voyage spirituel où les corps deviennent musique, portés par la Messe en ut mineur de Mozart. 27.11 > 02.12.18 À L'OPÉRA DES NATIONS

SOMBRAS

Après le succès de Voces, Sara Baras vient présenter son nouveau spectacle Sombras (Ombres), une pièce créée pour marquer le 20ème anniversaire de la Flamenco Ballet Compagny. Les chorégraphies proposées par José Serrano combinent tradition et modernité sur une musique puisant ses sources dans le flamenco. 28.02 > 03.03.19 AU GRAND THÉÂTRE DE GENÈVE

ENTRE RÉEL & ILLUSION THÉÂTRALE

Avec Bella Figura et Petite Mort, Jiří Kylián mêle vocabulaire classique et contemporain, folklore et danses primitives. Dans la même soirée, Glory, d’Andonis Foniadakis, revient sur sa scène d’origine après avoir parcouru le monde depuis sa création en 2012. L’occasion pour les deux chorégraphes d’interroger le spectateur sur la frontière entre réel et illusion. 27 > 31.03.19 AU GRAND THÉÂTRE DE GENÈVE

LA BELLE AU BOIS DORMANT

Première compagnie indépendante de Russie, le Yacobson Ballet vient faire revivre une production spectaculaire du passé: La Belle au bois dormant. Le chorégraphe Jean-Guillaume Bart a souhaité ne pas résumer cette œuvre à une simple prouesse technique, mais comme une narration par le corps. Il ne faudra pas hésiter à venir voir danser la fée Carabosse. 27 > 30.06.19 AU GRAND THÉÂTRE DE GENÈVE

LES CONCERTS IL PIRATA

Il Pirata marque les débuts de la carrière de Vincenzo Bellini. La partition raconte une histoire d’amour au travers de mélodies mystérieuses, sensuelles et sombre. Les amants principaux, Imogene et Gualtiero, seront interprétés par deux artistes incontournables de la scène lyrique : Marina Rebeka, Franco Vassallo. 22 & 24.02.19 AU GRAND THÉÂTRE DE GENÈVE

MESSA DA REQUIEM (VERDI )

Après les deux récents passages du maestro à l’Opéra des Nations – où il présentait The Indian Queen et La Clemenza di Tito, Teodor Currentzis propose cette fois-ci une lecture du Requiem de Verdi. Il saura une nouvelle fois imposer une version à son image et nous fasciner par sa rigueur et son audace. 08.04.19 AU GRAND THÉÂTRE DE GENÈVE

LES RÉCITALS

Au cours de la saison, nous vous convions à six nouvelles soirées ou les concepts de lied, de mélodie et de romance ne sont plus des vains mots. Le baryton-basse Luca Pisaroni viendra à l'Opéra des Nations le 2 novembre et le ténor polonais Piotr Beczała le 16 novembre. La célèbre mezzo-soprano Sarah Connolly ouvrira la saison des récitals au Grand Théâtre le 7 mars et le fameux baryton allemand Christian Gerhaher le 20 mai, pour soirée autour de Schumann. Ils seront respectivement accompagnés au piano par Malcolm Martineau, Helmut Deutsch, Julius Drake et Gerold Huber. Deux autres soirées invitent des ensembles autour de la voix, Liebeslieder Walzer, avec la soprano Marlis Petersen, Werner Güra, Anke Vondung et Paul-Armin Edelmann (le 27 février) et la performance de la fidèle Patricia Petibon avec l’Ensemble Amarillis, le 21 juin.

LES AUTRES SPECTACLES FAUST - « OPÉRA DE PÉKIN »

Avant de partir pour la Chine, l’Opéra des Nations rend un hommage à un genre artistique puissant dans l’Empire du Milieu : « L’Opéra de Pékin ». Hors de Chine, rares sont les occasions de pouvoir être initié aux raffinements de ce genre, entre chant, musique, danse, théâtre et arts martiaux. Après trois années d’émotions, près de 300 levers de rideau pour près de 300 000 spectateurs, gageons que ce théâtre de bois saura séduire son nouveau public comme il l’a fait à Genève ! 12 & 13.01.19 À L'OPÉRA DES NATIONS

L'ELISIR D'AMORE (JEUNE PUBLIC)

Qui ne connaît pas la célèbre romance « Una furtiva lagrima » ? Venez seul, ou en famille, redécouvrir L’elisir d’amore dans une version abrégée, grâce à l’intervention d’un narrateur. Du 18 au 20 janvier 2019, il sera interprété par de futures étoiles de La Scala, qui présente ainsi son cinquième projet dans le cadre des Grandi Opere per i bambini. Une formule qui rappelle La Petite Flûte enchantée, ou Siegfried, ou qui deviendra le seigneur de l’anneau. 18 > 20.01.19 À L'OPÉRA DES NATIONS

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« Il faut déployer en faveur du chant russe le même effort mental que les gens d’Europe occidentale ont appliqué à leur chant ; c’est à cette seule condition que nous posséderons une musique nationale. » Sergueï Rachmaninov

Boris & Wotan Pour clore la saison des récitals, le Grand Théâtre de Genève accueille Mikhail Petrenko qui

interprètera les rôles de Boris (Boris Godounov) et de Wotan (Der Ring des Nibelungen) lors de la prochaine saison. Il nous offrira une soirée partagée entre deux compositeurs russes, Tchaïkovski et Rachmaninov. Qui d’autre pourrait nous entraîner dans cet univers ?

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© ALEXANDRA BODROVA

par daniel

dollé

l a grandi à Saint-Pétersbourg et y fait ses études musicales. Il ne se tourne pas d’emblée vers l’opéra, mais prend des chemins de traverse. Grâce à sa mère Olga, pianiste et organiste, il commence à étudier le piano, avant de se tourner vers la percussion. Pendant qu’il étudie au Conservatoire RimskiKorsakov, il est invité à rejoindre l’Académie du Mariinski pour jeunes chanteurs et, depuis 1993, il est l’un des solistes du Théâtre Mariinski. En 2004, il commence sa carrière internationale à la Staatsoper de Berlin en interprétant Hunding dans Die Walküre – sous la baguette de Daniel Barenboim. Depuis, il est sollicité par les plus grandes scènes mondiales. Sa voix, venue des profondeurs, fait souvent frissonner le public. Son large répertoire comprend : Ruslan (Ruslan et Lyudmila), Konchak (Prince Igor), Prince Gremin (Eugène Onéguine), Pimen (Boris Godounov), Prince Nikolai Bolkonsky, Marshal Davout (Guerre et Paix), Leporello (Don Giovanni), Roi Marke (Tristan und Isolde), Hunding (Die Walküre), Hagen (Götterdämmerung), Sparafucile (Rigoletto), Méphitophélès (Faust). Son répertoire symphonique est également impressionnant, il inclut des œuvres de Bach, Beethoven, Verdi, Dvořák, Mozart, Rachmaninov, Rossini, Chostakovich, Janáček. Sur sa carte de visite figurent quelques-unes des compétions qu’il a remportées : le concours Maria Callas, le concours Nikolaï RimskiKorsakov, le concours Plácido Domingo et le concours Elena Obraztsova. Il a chanté avec de nombreux orchestres parmi lesquels les Berliner Philharmoniker, le Mariinski Theatre Symphony Orchestra, le Wiener Philharmoniker, le London Philharmonic Orchestra, l’Orchestre de Paris, le Royal Concertgebouw Orchestra, le Rotterdam Philharmonic Orchestra, le San Francisco Symphony Orchestra, le Salzburg’s Mozarteum Orchestra, le Manchester’s Hallé Orchestra et le Bavarian Radio Orchestra. Le catalogue des mélodies de Tchaïkovski comptabilise 103 œuvres qui jalonnent sa vie, en commençant par un essai d’adolescence, Mon génie, mon ange, mon amie, que nous entendrons au cours de la soirée du Ballet, Vertige romantique, jusqu’à l’opus  73, écrit six mois avant sa mort. Si elles n’ont pas toutes le même intérêt, on les trouve souvent groupées par six constituant parfois des cycles. On y découvre des références multiples : le lied allemand avec Schumann, la romance française, la chanson russe, ou encore des vertiges mozartiens ou des airs d’opéra, comme dans la Sérénade de Don Juan, qui montre une touche d’exotisme et qui met en musique l’amour - un amour bouillant et impatient.

Avec ses introductions et ses épilogues pianistiques, parfois longs, Tchaïkovski se rapproche de Schumann. Le piano dialogue avec la voix, il est volontiers illustratif et ne se réduit jamais à des formules d’accompagnement. Après avoir subi la force du destin, la musique servira à Tchaïkovski pour traduire ses états d’âme. Les mélodies, ainsi que la musique symphonique, lui conviennent pour ses épanchements. D’ailleurs, Chostakovitch le considère comme « l’une des pierres angulaires de la culture russe». Rachmaninov est un des derniers représentants de la grande mélodie romantique russe. Héritier de Glinka mais surtout de Tchaïkovski, Sergeï Rachmaninov compose 83 mélodies, entre 1890 et 1916, stimulé par les grands chanteurs qu’il côtoie. Aux poètes chers à Tchaïkovski, il ajoute Pouchkine. Rachmaninov a à sa disposition un Fédor Chaliapine qui savait de toute son âme russe défendre les textes, pour la plupart de ses compatriotes. Parti du style de Tchaïkovski, ses mélodies ne vont pas tarder à s’en affranchir, parfois on croit entendre Gabriel Fauré ou le jeune Claude Debussy. Le traitement de la voix est original, souvent le piano chante tandis que la voix se fait diseuse. L’économie musicale de ces œuvres pousse donc le chanteur à interpréter, à porter le texte au-delà de la musique. Il accorde un rôle important au piano, tour à tour narrateur, confident ou peintre. Chaque mélodie devient rapidement une scène dramatique en miniature. Les mélodies de Rachmaninov n’ont pas toujours la faveur des interprètes contemporains. Merci à Mikhail Petrenko de nous faire entrer dans ce monde avec des musiques parfois flamboyantes, parfois d’une simplicité étonnante, mais toujours dramatiques. La mélodie est l’élément fondamental de toute l’œuvre de Rachmaninov. Il sera fidèle en cela toute sa vie à la conception musicale russe, en particulier à l’école de Moscou, bien qu’après l’exil de 1917, ses mélodies soient plus épurées, comme résignées. La musique du compositeur reflète sa conception de la vie, une alternance entre mélancolie et exaltation. Loin de toute recherche prétentieuse de l’inédit musical, loin des expérimentations parfois pompeuses qui ont eu cours au début du XXème siècle, Sergueï Rachmaninov entendait seulement composer une musique « qui doit venir du cœur et aller droit au cœur». Au lendemain de la Révolution, il quitte son pays pour les ÉtatsUnis où il met un terme à la composition au profit de sa carrière de pianiste. Dans une revue musicale, il explique en 1934 : « Loin de mes racines et de mes traditions, je ne trouve plus l’envie de m’exprimer. » ■

› Mikhail

Petrenko

Basse Piano

Marina Mishuk

À l’Opéra des Nations Mercredi 6 juin 2018

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SONYA YONCHEVA ON STAGE

Faust questio Musique, théâtre, peinture… six classes du Canton de Genève ont participé à différents

ateliers autour de Faust. Durant ces activités organisées par le Service pédagogique du Grand Théâtre, les élèves ont mené une réflexion autour du personnage de Faust et de ses questionnements existentiels.

L

[en-haut]

L'atelier artistique de peinture a eu lieu aux ateliers Verntissa à Meyrin sous la houlette de Martine Cherix et Frank Chalendar avec l'aide technique du responsable des ateliers Fabrice Carmona et de toute son équipe.

[à droite]

Les élèves ont découvert le travail d'acteur au cours de l'atelier de théâtre musical animé par Pierre Dubey et Elsa Barthas.

’opéra Faust de Charles Gounod, mis en scène par Georges Lavaudant, a été retenu pour les activités destinées aux élèves. D’une grande intensité dramatique, cette œuvre leur a permis de se concentrer sur le mythe de Faust selon Goethe (et sa traduction en opéra), mais aussi d’appréhender le mal-être d’un personnage en proie au doute et menacé par un nihilisme montant : Faust regrette d’avoir consacré sa vie au monde intelligible, il maudit donc en bloc science, patience, prière et foi. Il veut alors se  «  précipiter dans la vie sensible  », « dans le murmure des temps, dans les vagues agitées du destin ». Dans son désir de libération, il s’écrie : « Délivre-toi, lance-toi dans l’espace » (chez Goethe). Ces questions existentielles ne pouvaient que passionner les adolescents en pleine période de réflexion quant à leur avenir. Trois activités de musique, de théâtre et de peinture ont été organisées par le Service pédagogique, avec pour mission de donner aux élèves un rôle actif dans leur réflexion menée autour de l’opéra de Gounod. Petit retour sur ces journées. Lors d’un premier atelier d’écoute en classe, les élèves ont identifié le lien étroit existant entre la musique et les émotions du personnage. La déréliction de Faust est suggérée par une orchestration peu fournie (uniquement les cordes). Les arrêts de la musique et ses reprises, ainsi que le chromatisme, montrent l’égarement et le

doute du personnage se questionnant sur son existence. Le choix du décor, également, prend tout son sens : point de laboratoire avec livres poussiéreux et mystérieuses fioles qui évoquent souvent le savant, mais un parking. Déroutant ? Non, car les élèves ont vite établi le lien entre ce décor et le monde intérieur de Faust, en proie au néant, et dont le premier mot dans cet opéra est : « Rien ! ». Les élèves ont également participé à un atelier de théâtre musical. En travaillant sur des scènes clés du livret, ils ont incarné les différents personnages, costumés, dans un décor avec des accessoires sur mesure. Grâce à cet atelier artistique, les élèves – dirigés par Elsa Barthas et Pierre Dubey – ont découvert le travail d’acteur. Ils ont pu s’emparer activement du livret et des personnages en leur donnant une interprétation personnelle, et ceci sans oublier la musique, si propice pour accéder à l’intériorité des personnages. Exprimer par les mots le dialogue, ses peurs, ses désirs et son idéal peut s’avérer difficile. Grâce à l’atelier artistique de peinture encadré par Martine Cherix et Franck Chalendard, les jeunes ont pu mettre en forme leur ressenti et créer une œuvre commune vivante. L’atelier s’est basé sur la désillusion de Faust : il n’a pas vécu sa vie personnelle et souhaite recommencer. Grâce à Méphistophélès, il s’offre une seconde jeunesse et ose se lancer. À partir de ce thème, les élèves – une centaine au total – ont eu l’opportunité de s’exprimer à leur tour. Ils ont travaillé en duo autour des questions suivantes : comment se lancer dans la vie ?

© GTG / SAMUEL RUBIO

par E lsa B arthas

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onne les jeunes Qu’emporter avec soi dans son futur?  Ce dernier atelier s’est déroulé de la manière suivante : tandis qu’un élève s’étend sur la toile dans une position qui indique sa volonté, son mouvement, son désir de se battre, un autre en fait le pourtour au fusain. Mais le fait de « se lancer dans la vie » implique une prise de risque. Le protéiforme Méphistophélès ne guette-t-il pas dans l’ombre? Peu à peu se dessine sur la toile un surprenant canevas d’idées… Les silhouettes prennent vie, se colorent petit à petit et des mots apparaissent. L’énergie qui se dégage des toiles et des silhouettes est saisissante ! Vient enfin le moment de créer un fond. Sur une des toiles, les élèves construisent un fond étoilé et apprennent ainsi les techniques des peintres. Ici, le pochoir à grande échelle : les silhouettes sont masquées par de la sciure, puis au pistolet. On asperge ensuite de peinture l’ensemble de la toile. Lorsque la toile sèche, on retire la sciure… Les parties cachées se révèlent, le résultat est épatant !

Suivez les activités du Service pédagogique sur le site du Grand Théâtre, geneveopera.ch/pedagogie

Pas de doute, Faust a inspiré le jeune public : « Les jeunes ont pu porter un regard neuf et curieux sur le monde de l’opéra, qui leur est devenu accessible et captivant», raconte Anne Vaudano, enseignante au collège Sismondi. Mythe de la littérature et de l’opéra, Faust résonne encore chez l’homme moderne et chez le jeune public, qui a compris que  « l’Homme est un risque à prendre », comme le dit si bien Kofi Annan. ■ ACT­­- O | 35 . 17

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Une baguette impérieuse à l’Opéra des Nations… RICCARDO MUTI « La musique, c’est une école de la vie en société. » Riccardo Muti

Maestro Muti Sa dernière venue ayant été annulée pour des raisons de santé, Maestro Muti avait cepen-

dant promis que, dès que son calendrier le permettrait, il viendrait à Genève avec l’Orchestra Giovanile Luigi Cherubini. Il a tenu sa promesse, et, le dimanche 27 mai à 19h30, il sera des nôtres pour nous présenter un programme consacré aux Maestri italiens .

A par daniel

Son programme

Alfredo Catalani Contemplazione Pietro Mascagni Intermezzo de Cavalleria Rusticana Ruggero Leoncavallo Intermezzo d’I Pagliacci Giacomo Puccini Intermezzo de Manon Lescaut Giuseppe Martucci Notturno op. 70 no1 Umberto Giordano Intermezzo de Fedora Giuseppe Verdi Les Vêpres siciliennes Ouverture Les Saisons (Acte III, scène 5)

› Riccardo Muti Chef d'orchestre

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© SILVIA LELLI

Orchestra Giovanile Luigi Cherubini

À l’Opéra des Nations Dimanche 27 mai 2018

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u moment où il vient de décider qu’il ne dirigera plus que des opéras en version concertante, le chef d’orchestre napolitain, âgé de presque 77 ans, vient à Genève pour nous faire partager, avec la passion qui le caractérise, quelques somptueuses pages d’une période dite vériste qui ne s’est pas détachée complètement du romantisme. À 26 ans, il est appelé à la direction musicale du célèbre Maggio Musicale Fiorentino. Quatre ans plus tard, il dirige Don Pasquale, au festival de Salzbourg. Il succède à Otto Klemperer à la tête du Philharmonic Orchestra de Londres et, à partir de 1980, il assure la succession d’Eugène Ormandy en prenant la direction de l’Orchestre de Philadelphie – à qui il offre une touche aisément identifiable et qu’il porte au premier plan des plus grands orchestres. Tous les succès accumulés le portent à la tête de l’Orchestre Philharmonique de la Scala, sa renommée internationale est alors totale. Ne dirigera-t-il pas, à cinq reprises, le célébrissime concert du Nouvel An à Vienne ? On l’a souvent présenté comme le rival du feu Claudio Abbado. Laissons-là ces débats et souvenons-nous des tracts qui ont été lancés, le 12 juillet 2008, depuis les loggione de la Scala, sur lesquels on pouvait lire : « Rendez-nous nos grands directeurs (...). Muti et Abbado dirigent les plus grands orchestres du monde. Et La Scala ? Que fait-elle pour les avoir ? Rien ! Honte à elle.  » Lors de la 81ème édition du Maggio Musicale de Florence, les 11 et 13 juillet 2018, qui marquera le 50ème anniversaire de ses débuts à Florence, le Maestro dirigera Macbeth, en concert. L’unique entorse à sa résolution sera pour sa fille, Chiara, qui met en scène Così fan tutte en ouverture de la saison 18-19 à Naples. C’est en 2004 que Riccardo Muti crée l’Orchestra Giovanile Luigi Cherubini, un orchestre de jeunes, et en devient le directeur artistique. Cette formation se consacre autant à la musique symphonique que lyrique. Il est composé de jeunes musiciennes et musiciens de moins de 30 ans, qui ne restent que trois ans au sein de l’ensemble. Ils sont sélectionnés par une commission présidée par Maestro Muti. Avec un fort ancrage en Italie, son siège est partagé entre Piacenza et Ravenna – c’est un orchestre avec une vision très européenne de la culture. Son répertoire est large, il va du baroque à celui du XXème siècle, et permet aux jeunes artistes de se forger une solide pratique d’orchestre. Entre ses concerts dans les grandes villes italiennes, il part en tournée en Europe et dans

le monde et collabore avec des artistes de renom : Claudio Abbado, Rudolf Barshai, James Conlon, Dennis Russel Davies, Gérard Depardieu, Herbie Hancock, Leonidas Kavakos, Lang Lang, Ute Lemper, Wayne Marshall, Kurt Masur, Anne-Sophie Mutter, Kent Nagano, Krzysztof Penderecki, Vadim Repin, Yuri Temirkanov et Pinchas Zukerman. Alfredo Catalani fait partie de la même génération que Pietro Mascagni, Ruggero Leoncavallo, Giacomo Puccini, Umberto Giordano et Giuseppe Martucci – ils succèdent au géant de l’opéra italien qu’était Giuseppe Verdi. Martucci est l’un des rares compositeurs italiens de musique instrumentale de la période romantique. Sa production est presque exclusivement de la musique de chambre ou symphonique. Sa musique vise au même grandiose que celle de Verdi, elle est profondément vivante et constitue un hymne à la grandeur, elle se caractérise par le peu d’insertions d’éléments surnaturels, divins, religieux ou superstitieux. Pianiste et chef d’orchestre avant d’être compositeur, il a introduit la musique de Richard Wagner en Italie. Arturo Toscanini, qui admirait Martucci, adorait diriger son Notturno. Benvenuti à cette soirée exceptionnelle ! Nul ne devrait manquer ce parcours de verismo sous la baguette enflammée d’une des figures marquantes de la direction d’orchestre italienne. Une soirée qu’il conviendra probablement de noter dans les annales de l’Opéra des Nations. Y serez-vous ? ■

« La musique, c'est une école de la vie en société. » Riccardo Muti

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PEDAGO LES ATELIERS

Pour un dimanche après-midi en douceur, gâtez-vous avec un Afternoon Tea dans le cadre cosy et chaleureux du Bar Les Nations. Sur les notes d’un talentueux pianiste, dégustez un thé accompagné de mignardises et peut-être ... un verre de champagne Louis Roederer. De 15 heures à 18 heures. CHF 58.– set pour deux personnes incluant deux coupes de champagne.

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Un grand chef nous salue...

féliciter ses protégés. À 57 ans, il est emporté part sa longue et terrible maladie. Depuis de nombreuses années, le Conservatoire Populaire de Musique, Danse et Théâtre (CPMDT) est devenu un partenaire privilégié du Grand Théâtre, à travers sa Maîtrise, dirigée par Magali Dami et Fruzsina Szuromi. Comme pour I Pagliacci ou Szenen aus Goethe’s Faust, ce chœur d’enfants a participé à certaines productions

du Grand Théâtre sous le regard expert et bienveillant de Peter Minten, qui dirigeait le CPMDT depuis 2002. Toujours à l’écoute et ouvert aux sollicitations, le musicien pédagogue fascinait par son engagement, sa disponibilité et sa détermination à ouvrir les portes de la musique, de la danse, du théâtre et des Arts au plus grand nombre. Avec lui, nous perdons un allié précieux des arts et de la culture. ■

Le Roi en court

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our célébrer King Arthur, le Grand Théâtre lance un partenariat avec la Haute École d’Art et de Design (HEAD). Les étudiants en Bachelor et Master du Département Cinéma de la HEAD ont eu pour mission de réaliser de très courts métrages sous la forme de « haïku vidéo » (d’une durée d’une minute au maximum) sur le thème du roi Arthur, en écho

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au semi-opéra de Purcell. Les films sont présentés dans le foyer de l’Opéra des Nations jusqu’au 9 mai 2018 dans un « vidéomaton » conçu par la HEAD, mais également en ligne sur les sites et réseaux sociaux officiels des deux institutions genevoises. Cette collaboration permet aux amateurs de voter et de partager leurs films favoris. Une vingtaine de créations des élèves sont ainsi dévoilées au public. ■

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e 2 janvier 2018, Jesús López Cobos était fidèle au rendez-vous dans le studio de Meyrin afin de commencer les répétitions de Faust par une musicale. Au soir du deuxième jour, il partait à Vienne où il devait diriger Tosca à la Staatsoper. Personne ne se doutait alors que nous ne le reverrions plus et qu’un mal cruel allait le forcer à poser sa baguette, définitivement. À son annonce de renoncer à la direction musicale du chef-d’œuvre de Charles Gounod, une immense tristesse gagna les équipes, mais personne n’osait imaginer que le cancer l’emporterait quelques mois plus tard, à l’âge de 78 ans. Le monde musical perd un de ses grands chefs, et le Grand Théâtre de Genève, ainsi que l’Orchestre de la Suisse Romande (OSR), perdent un ami fidèle. Sollicité par les plus grands ensembles internationaux, le Maestro espagnol était devenu un familier de la scène musicale romande. Au cours de la saison 1976-1977, il dirige Don Carlos au Grand Théâtre où il reviendra régulièrement, à 9 reprises, la dernière étant en septembre 2015 pour Guillaume Tell de Rossini (en ouverture de saison). Homme discret et élégant, il assure, pendant 10 ans, la direction artis-

tique de l’Orchestre de Chambre de Lausanne (l’OCL) et dirige souvent l’OSR. Malgré une activité frénétique à travers le monde, et ce jusqu’à son dernier souffle, Jesús López Cobos est resté fidèle à la Romandie. Formé au Conservatoire de Vienne, il dirige son premier concert à Londres en 1978, ensuite il sera invité par les meilleures formations au monde, notamment les orchestres philarmoniques de Vienne et Berlin, l’orchestre symphonique de Londres. La Scala de Milan, le Metropolitan Opera de New York l’accueillaient régulièrement, car, ne l’oublions pas, le Maestro était un passionné d’opéra. Aujourd’hui, il repose à Toro, village médiéval, dans la région de Castille-et-León (nord-ouest), son village natal. Nous ne verrons plus sa baguette se lever, mais son nom et les moments musicaux qu’il nous a offerts resteront à jamais gravés dans nos mémoires.■

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es centaines d’élèves et des dizaines de professeurs orphelins… Le lundi 12 mars, alors que les enfants de la Maîtrise, débordant d’énergie et d’enthousiasme, se préparaient à participer à la nouvelle production de I Pagliacci, de Ruggero Leoncavallo, à l’Opéra des Nations, la triste nouvelle tomba : Peter Minten ne viendra pas voir et

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Le conservatoire perd son maître

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Il Giasone triomphe à Versailles Et Siegfried aussi !

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ier, votre Grand Théâtre peut se permettre de l’être : sa production de Il Giasone a été reprise à l’Opéra royal de Versailles, les 9 et 10 mars dernier ! L’opéra de Francesco Cavalli a été mis en scène par Serena Sinigaglia en février 2017 et donné en nouvelle production à l’Opéra des Nations, rencontrant un grand succès, sous la direction de Leonardo García Alarcón. À Versailles, l’accueil fut tout aussi chaleureux et la presse ne s’y est d’ailleurs pas trompée : « Réussite totale de la mise en scène de Serena Sinigaglia » (Classicagenda), « le public... accueille avec effusion et enthousiasme cette production d’Il Giasone » (Olyrix), « un jeu scénique affriolant » (Concertclassic). Fier ? Et comment ! ■

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ne autre production du Grand Théâtre de Genève pose ses valises ailleurs, en l’occurrence à SaintÉtienne : Siegfried ou qui deviendra le seigneur de l’anneau. Pièce parfaite pour s’ouvrir à Wagner, elle a été mise en scène par Julien Ostini (lumières : Simon Trottet) à Genève en 2014. Entre rite initiatique et parcours pédagogique, l’œuvre de Wagner et Peter Larsen a rencontré son public les 23 et 25 mars dernier, dans « un spectacle très visuel et d’une esthétique remarquable », dixit Le Progrès !■

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Congrats Sammy!

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u moment où nous bouclons ce numéro, nous apprenons que Samantha Hankey vient de remporter la première Glyndebourne Opera Cup ! Elle est récemment venue à l’Opéra des Nations pour montrer ses talents de mezzo-soprano dans la production de Faust, avec John Osborn dans le rôle-titre. Dans la mise en scène de Georges Lavaudant avec Michel Plasson en fosse, elle a campé un Siébel profond, sensible, amoureux et valeureux. On félicite la jeune Américaine de 25 ans pour ce prix important et on souligne, pour reprendre les mots du président du jury Sebastian F. Schwarz « une présence scénique incroyable, une musicalité merveilleuse, une belle voix […] une clarté absolue et une merveilleuse intelligence musicale. » Bravo ! ■

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cause 2 — 7

Egalité homme-femme

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Le Temps de s’engager.

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Le Temps s’engage sur 7 causes tout au long de l’année 2018.

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