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| Novembre / Décembre 2017 / Janvier 2018 N° 33

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Le journal du Cercle du Grand Théâtre et du Grand Théâtre de Genève

DOROTHEA RÖSCHMANN

Une mozartienne infidèle

CONCOURS DE GENÈVE

Les lauréats en scène ÊTES F S E L POUR

WILLARD WHITE

Le lyrisme éclectique ASCANIO

Un opéra oublié...

n a i t s i ÎTRE r A M h E L C EST JEU DU U D h Rät n

B a ro n e a g i z T DE IABLÉE D N E E TT L’OPÉRE NN STRAUSS A H O J


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Le thème de la saison 17-18

Musique & espace...

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Le Baron Tzigane

Voulez-vous jouer au Baron pour les Fêtes ?

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Concours de Genève

Les lauréats en scène

Chère lectrice, Cher lecteur, Cher public fidèle, Vous le savez certainement, le Grand Théâtre de Genève vit une période d’incertitude. La saison 2017-2018 devait être la dernière à l’Opéra des Nations, un magnifique écrin scénique et acoustique rendu possible grâce au soutien de nombreux mécènes. La réalité en a voulu autrement, puisque la programmation restera dans le quartier des Nations jusqu’au début de l’année 2019. Le conseil de Fondation et la direction générale du Grand Théâtre de Genève ont été informés de l’existence de problèmes naturels imprévisibles provoquant un retard dans le calendrier du retour dans le bâtiment rénové. La Ville de Genève, le Grand Théâtre de Genève et son partenaire artistique principal, l’Orchestre de la Suisse Romande, mettent tout en œuvre pour réduire l’impact de cette situation, car la direction ne saurait imaginer la fermeture de l’institution pendant une saison, et priver son public de spectacles lyriques et chorégraphiques. Dans cette perspective, nous avons le plaisir de vous inviter durant les prochains mois à deux événements lyriques d’envergure : Le Baron Tzigane et Faust. L’opérette de Johann Strauss fils sera donnée en français, dans une mise en scène pensée comme un spectacle de fin d’année amusant, endiablé, riche en valses et mazurkas. C’est sur le conseil d’Offenbach, dont nous venons de présenter Fantasio, que le « roi de la valse » s’essaya à l’opérette. Après la Chauve-Souris, le Baron Tzigane est la plus célèbre œuvre du Viennois, un véritable clin d’œil à l’Empire austro-hongrois et à la culture tzigane. Gageons que le metteur en scène Christian Räth saura révéler toutes les saveurs de cette partition épicée ! Fidèle à son ambition d’intégrer des œuvres nouvelles au répertoire, le Grand Théâtre de Genève donne Ascanio, un opéra de Saint-Saëns, en première mondiale à l’Opéra des Nations, les 24 et 26 novembre. Cette œuvre en hommage au génial Benvenuto Cellini est présentée en coproduction avec la Haute école de Musique. Par ailleurs, nombreux sont les artistes lyriques de premier plan qui vous donnent rendez-vous : Willard White le 15 décembre, Dorothea Röschmann le 12 janvier et une ancienne membre de notre Chœur devenue incontournable, Sonya Yoncheva, le 4 février, pour un concert exceptionnel. Afin d’encourager les talents émergents et confirmés, nous nous réjouissons aussi de recevoir les lauréats du Concours de Genève, le 25 novembre, à l’occasion d’une soirée entre art lyrique, flûte traversière et piano. Enfin, pour célébrer le bicentenaire de la naissance de Charles Gounod, nous programmons son célèbre Faust, une œuvre romantique entre pacte avec le diable, air des bijoux et rédemption par l’amour. Une référence du théâtre français, Georges Lavaudant, assure la mise en scène, avec un grand connaisseur du répertoire lyrique, Jesús López-Cobos. Rendez-vous dans le numéro 34 de ce magazine pour un entretien avec George Lavaudant pour nous en parler et bien sûr le 1er février 2018 pour la première représentation. Pour les fêtes ou après, il y a toujours une bonne raison de venir à l’Opéra des Nations. Lorella Bertani présidente de la Fondation du Grand Théâtre de Genève

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Ascanio

Renaissance d’un opéra oublié

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Dorothea Röschmann Willard White

Mozart et éclectisme

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CP 5126 - CH-1211 Genève 11 T +41 22 322 50 00 F +41 22 322 50 01 grandtheatre@geneveopera.ch www.geneveopera.ch

Melody Louledjian

La vie de Troupe...

Directeur de la publication Responsables éditoriaux Responsable graphique & artistique Ont collaboré à ce numéro Impression

Tobias Richter Alain Duchêne et Olivier Gurtner Aimery Chaigne Elsa Barthas, Renate Cornu, Daniel Dollé, Fabrice Farina, Leandro Garcimartin, Aurélie Gfeller, Olivier Gurtner, Bruno Mégevand, Tania Rutigliani, Charles Sigel, Patrick Vallon FOT Suisse SA

Parution 4 éditions par année ; achevé d’imprimer en novembre 2017. 5 000 exemplaires. Il a été tiré 45  000 exemplaires de ce numéro encartés dans le quotidien Le Temps.

La couverture Christian Räth le metteur en scène du Baron Tzigane

Direction artistique Aimery Chaigne Photographe Nicolas Schopfer

Prochainement dans le n°34 Faust 01 > 18/02/2018 Sonya Yoncheva 04/02/2018 Voces 21 > 25/02/2018 Szenen aus Goethes Faust 25.02 > 03/03/2018 Cavalleria Rusticana / I Pagliacci 17 > 29/03/2018

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Les abonnés du Grand Théâtre bénéficient de la libre circulation en transports publics dans le périmètre d’unireso Tout Genève, 2h avant et 2h après le spectacle. Pour l’Opéra des Nations Arrêt Nations / Sismondi : Tram 15

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© DUPRAZ / BYRNE

Musique & espace T

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Représentation numérique de la future Cité de la musique de Genève qui sera implantée non loin du lieu actuel de l'Opéra des Nations.

rès souvent les émotions provoquées par la musique induisent une notion d’ouverture, d’espace. « La Musique souvent me prend comme une mer », a écrit Baudelaire 1. Elle ouvre des champs, repousse les limites. Au fond, et de manière très terre à terre, qu’a fait le Grand Théâtre en s’exilant provisoirement – nécessité fait ici certes loi – à l’Opéra des Nations ? Il a bousculé des habitudes, battu en brèche la conviction selon laquelle il était exclu d’imaginer que le spectateur/auditeur fidèle de la Place de Neuve se déplace sur la rive droite pour assister à une représentation. Rien d’autre finalement que de créer un nouvel espace géographique et d’ouvrir l’art lyrique à tout Genève, au-delà du cercle des habitués de la rive gauche. À l’heure où le lauréat du concours international d’architecture pour la Cité de la Musique vient d’être désigné, on ne peut que se féliciter du rôle précurseur joué en l’occurrence par le Grand Théâtre de Genève : la Cité de la Musique s’implantera en effet à un jet de pierre de l’Opéra des Nations, au nord de la place éponyme. Et les mélomanes déjà séduits par l’endroit, qui y ont pris leurs habitudes, y reviendront sans difficulté même après que le bâtiment de la Place de Neuve aura retrouvé son lustre. La Cité de la Musique, outre la grande salle philharmonique (qui permettra, on l’espère, une collaboration accrue avec le Grand Théâtre et de possibles représentations d’opéras en version de concert) offrira également d’autres scènes plus petites (salle lyrique, salle de récital, Blackbox) ; elle veut ainsi créer de nouveaux espaces, des lieux d’ouverture : ceux qui permettront aux musiciens professionnels d’aujourd’hui (Orchestre de la Suisse Romande) de cohabiter avec ceux de demain (étudiants à la Haute École de musique), ceux qui s’offriront à de nouveaux publics, notamment les plus jeunes, pour les inciter à découvrir les beautés de la musique, ceux qui donneront aussi à la Genève internationale toute proche, la possibilité de venir facilement au concert. En un mot, la Cité de la Musique se veut accessible à tous. Elle sera un lieu de vie permanente puisque les jeunes apprentis musiciens l’occuperont sans cesse et que chacun, mélomane ou non, pourra s’y rendre, et profiter par exemple de ses restaurants ou de son parc magnifique. Cité de la Musique complètement vivante, donc. Et là réside vraiment l’essentiel : « Ainsi la musique est-elle l’agent d’un passage : elle nous conduit hors du temps coupable, hors du devenir où tout se corrompt et meurt, vers un paradis qui exclut toute idée de corruption et de mort. Elle fait, pour quelques instants, disparaître 1

La Musique, in : Les Fleurs du Mal, Pléïade, Vol.1, p.68.

C’est au tour de Bruno Mégevand, président de la Fondation pour la Cité de la musique de Genève, d’accompagner le motto de notre nouvelle saison [L’espace d’une saison] et d’évoquer ici sa notion d’espace, ou plutôt son évocation de la musique créatrice d’espaces.

les limites qui nous séparent du bonheur perdu et qui, coupant en deux le temps, divisent le monde d’avant et d’après la chute. Elle instaure un unique espace, qui est celui des vivants» 2. La musique est donc bel et bien une créatrice d’espace pour les vivants, elle permet fugacement le franchissement de nos limites internes, celles qui nous asservissent, au rang desquelles figure principalement celle de notre finitude. « La Musique creuse le Ciel », a encore dit si justement Baudelaire 3. La puissance évocatrice de la musique, qui conduit à l’élargissement sans fin de notre environnement confiné et crée un espace infini de vie, qui ne l’a pas provoquée mieux que Mahler, notamment dans l’Abschied, dernier mouvement bouleversant d’émotion du Chant de la Terre qui se conclut ainsi (dans la traduction française du poème remanié par le compositeur): « Partout la terre bien-aimée refleurit au printemps et verdit à nouveau ! Partout et toujours, toujours, / Des lueurs bleuâtres à l’horizon… Toujours, toujours, toujours, toujours… » Avec la musique déchirante qui souligne ces mots, Mahler donne à vivre une émotion extraordinaire, qui renferme simultanément l’instant pathétique de l’Adieu au monde et la conscience aiguë de moments éternels, forgeant cette ineffable place, où se mêlent indissolublement l’effroi du temps fini et le pressentiment de l’éternité. Ce même espace que le poète, lui aussi touché de plein fouet par cette beauté mahlérienne, a chanté : « Il semble que tu connaisses les deux rives, / L’extrême joie et l’extrême douleur, / Là-bas, parmi ces roseaux gris dans la lumière, / Il semble que tu puises l’éternel »4. ■ 2

© DR

par Bruno Mégevand

Bruno Mégevand est avocat, président et fondateur de la Société Gustav Mahler Genève et président de la Fondation pour la Cité de la Musique de Genève.

Jean Starobinski, « Emblèmes de la musique et du temps (1968)», in  La beauté du Monde, Quarto, p.1148.

3

Journaux Intimes, Fusées, Gallimard, in « Bibl. de la Pléïade », Vol.1, p.653.

4

Yves Bonnefoy, À la Voix de Kathleen Ferrier, in  Hier régnant Désert, Poésies/Gallimard, p.159.

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› Le Baron Tzigane

Opérette en 3 actes de Johann Strauss fils Direction musicale

Stefan Blunier

Mise en scène

Christian Räth

Décors & Costumes

Leslie Travers Adaptation des dialogues Agathe Mélinand Chorégraphie

Philippe Giraudeau Lumières Simon Trottet Comte Carnero

Daniel Djambazian

Sándor Barinkay

Jean-Pierre Furlan Sáffi

Eleonore Marguerre

Czipra

Marie-Ange Todorovitch

Arsena

Melody Louledjian*

Kálmán Zsupán

Christophoros Stamboglis Ottokar

Loïc Félix Mirabella

Jeannette Fischer

Chœur du Grand Théâtre de Genève Direction Alan Woodbridge Orchestre de la Suisse Romande *Membre de la Troupe des Jeunes solistes en résidence À l’Opéra des Nations du 15 décembre2017 au 6 Janvier 2018

C’est cette œuvre de Johann Strauss si souvent délaissée dans les pays francophones que le metteur en scène Christian Räth nous propose pour les fêtes de fin d’année. Lui qui auparavant accompagnait Laurent Pelly et Robert Carsen dans leur mise en scène et avant de réaliser un projet pour le Met de New York, c’est à l’Opéra des Nations que l’ancien jeune assistant au Grand Théâtre nous présente sa vision très ludique du Baron Tzigane.

Voulez-vous jou Un entretien avec C hristian R äth , le metteur en scène du Baron Tzigane par C harles S iegel

Charles Sigel Autant on connaît bien La Chauve-Souris, autant Le Baron Tzigane est méconnu. Et pourtant, si on réfère aux enregistrements, nombre d’airs, de valses, de csárdás, de polkas, nous sont familiers… Christian Räth Oui, c’est une œuvre populaire dans les pays germanophones, mais un peu délaissée ici. Je crois qu’elle était mieux connue voici quelques décennies. Après-guerre, on la jouait souvent, il y en a un célèbre enregistrement dirigé par Otto Ackermann avec Elisabeth Schwarzkopf et Nicolaï Gedda, et plusieurs films en ont été tirés, en l’adaptant ou la déformant passablement, comme c’était l’usage avec le répertoire d’opérette, qu’on traitait avec désinvolture. Aujourd’hui, La Chauve-Souris prend toute la lumière, sans doute parce que son livret est moins inscrit dans un contexte historique que tout le monde a un peu oublié. Je suis Allemand, donc Le Baron Tzigane fait partie de mon background, même si je connaissais davantage la musique 4 . ACT­­- O | 33

que l’intrigue avant que Tobias Richter ne m’ait proposé de monter cette œuvre. CS Finalement, vous vous êtes laissé tenter par sa proposition, mais, vous aussi, vous élaborez votre propre version, et vous choisissez une option qui va à rebours des usages actuels, c’est-àdire que vous donnez non pas Der Zigeunerbaron, mais Le Baron Tzigane en français. CR Oui, nous aussi nous faisons quelques coupes, d’abord parce qu’il y a certains passages qui sont un peu désuets, mais avant tout pour assurer le tempo et la fluidité de l’action dramatique. Donc nous avons, avec Agathe Mélinand, élaboré notre version, surtout pour les passages en dialogue. Pour les passages chantés, nous conservons la version française souvent utilisée jadis et naguère – qui est d’ailleurs musicalement identique à la version allemande. Pourquoi le français ? C’était d’abord un souhait de la direction


uer au baron?.. CS La création date de 1885. Elle s’inscrit dans un contexte précis, à savoir le désir de François-Joseph de cimenter l’union de l’Autriche et de la Hongrie. CR Si Der Zigeunerbaron fut alors un énorme succès d’abord à cause de la musique de Strauss, grâce aussi à l’intrigue, dans laquelle le public saisissait les allusions à la réalité politique et sociale de son époque, notamment les conséquences du « Compromis », der Ausgleich, entre l’Autriche et la Hongrie de 1867. Ce contexte historique est mal connu aujourd’hui, le fait que le compromis devait être confirmé tous les dix ans, que par conséquent il devait

l’être en 1887, deux ans après la création du Zigeunerbaron. Au-delà de cette situation particulière, Le Baron Tzigane est évidemment, aussi et surtout, le reflet des conventions, des mœurs, de la morale, des clichés et des préjugés de la société de son temps. CS Donc Johann Strauss fils était tombé sur une nouvelle d’un romancier hongrois célèbre à l’époque et aujourd’hui encore, une sorte d’Alexandre Dumas magyar, Mór Jókai. Cette nouvelle intitulée Sáffi se déroule au XVIIIème siècle, peu après la libération du territoire hongrois de l’occupation ottomane. Et Strauss demande à son ami Ignaz Schnitzer, journaliste issu de la minorité juive germanophone de Pest, et traducteur notamment de Sándor Petőfi, de lui en tirer un livret. La question des nationalités est donc au cœur de la création du Zigeunerbaron ? CR Évidemment ce contexte particulier est un peu lointain pour nous, même si la question d’un pays ou d’une société multiculturelle et [suite]

[ci-dessus]

le metteur en scène du Baron Tzigane Christian Räth.

© GTG / NICOLAS SCHOPFER / DA : AIMERY CHAIGNE

du Grand Théâtre, qui nous a semblé légitime pour une œuvre pratiquement inconnue du public aujourd’hui, et spécialement dans le contexte d’une comédie. Cela permet tout simplement au public une compréhension immédiate du texte et de suivre l’action sur scène sans le détour par les surtitres.

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multi-ethnique est toujours d’actualité. Dès lors se pose une question, qui d’ailleurs revient chaque fois qu’on monte un opéra, ou une pièce : quelle importance a l’aspect historique de la pièce aujourd’hui ? Estce qu’on rend justice à l’œuvre et à ses personnages en suivant chaque détail du livret à la lettre ? Ou est-ce qu’on tente de la « re-découvrir » sous une autre lumière et de mettre en avant des aspects qui nous parlent aujourd’hui ? Pour le Baron Tzigane nous avons tout de suite décidé de nous éloigner d’un réalisme pittoresque ou folklorique.

© GTG / SAMUEL RUBIO

[ci-dessus]

Les ateliers de peinture et décoration, tapisserie et décoration, menuiserie, serrurerie du Grand Théâtre mettent la dernière main aux décors de la production du Baron Tzigane en octobre 2017.

[ci-dessous]

Les dessins préparatoires de Leslie Travers pour les costumes des personnages de Sáffi, Szupán et Mirabella.

CS L’argument du livret, c’est le retour après un exil de vingt-cinq ans d’un jeune aristocrate hongrois, Sándor Barinkay, dont les parents ont été chassés par les Autrichiens, quand ils ont vaincu les Turcs en 1697. Les Barinkay ont été spoliés de leurs terres, qui sont usurpées par un éleveur de porcs nommé Zsupán. Au début de la pièce, on voit un jeune paysan, Ottokar, fouiller les ruines du château à la recherche d’un trésor que les Barinkay auraient caché avant de s’exiler.

Leslie Travers

Pour sa première venue au Grand Théâtre, Leslie Travers s’est attelé à la création des décors et des costumes du Baron Tzigane. « C’est une œuvre magistrale. Le terme opérette suggère la légèreté, mais en réalité, l’intrigue invite à une réflexion particulièrement profonde sur la société et ses inégalités. De vrais parallèles peuvent être faits avec notre époque. » En tant que designer, sa réflexion s’est articulée autour d’une certaine nostalgie du passé et de la période pré-industrielle, en particulier. En collaboration avec Christian Räth, metteur en scène, il a cherché à présenter les aspects les plus satiriques et grinçants du Baron Tzigane. « Je veux que les spectateurs puissent faire des liens avec le monde qui les entoure. C’est notre responsabilité de divertir les gens, mais aussi de les faire réfléchir. » Reconnu pour son style très personnel, Leslie Travers est un décorateur polvalent, aussi à l’aise avec une œuvre baroque que contemporaine. Basé à Londres, il a parcouru les scènes les plus prestigieuses du monde. Après son passage à Genève, il sera de passage à la Scala pour Francesca da Rimini (Zandonaï) mis en scène par David Pountney.

© GTG / SAMUEL RUBIO

CR Survient alors Sándor, qui veut récupérer ses biens. Ce qui ne plaît pas à l’éleveur de porcs. Pour faciliter les choses et éviter toute dispute territoriale entre voisins, les deux hommes conviennent que Sándor se mariera avec Arsena, la fille de Zsupán, qu’il n’a pourtant encore jamais rencontrée. Mais voilà ! Arsena est secrètement amoureuse d’Ottokar, le fils de sa gouvernante Mirabella. Comme elle est fine mouche et pour gagner du temps, elle exige que le mari qu’on veut lui donner soit au moins baron, ce qui n’est évidemment pas le cas de Barinkay. Par ailleurs, il y a sur le domaine un groupe de tziganes, dont le personnage principal se nomme Czipra, que chantera Marie-Ange Todorovitch. Czipra a une fille, la Sáffi, qui donnait son nom à la nouvelle de Mór Jókai. Après avoir été repoussé

[ci-contre]

Christian Räth aux ateliers tapisserie-décoration.

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© GTG / NICOLAS SCHOPFER / DA : AIMERY CHAIGNE

[ci-dessus à droite]

Le créateur des décors et costumes Leslie Travers en pleine réflexion avec son assistante Monique Bertrand, le tailleur Amar Ait-Braham et la couturière Gwénaëlle Mury aux ateliers costumes du Grand Théâtre.

par la capricieuse Arsena, Sándor va alors choisir de tomber amoureux de Sáffi, à la grande fureur de l’usurpateur Zsupán et de sa tribu. Du coup, les Tziganes vont reconnaître Sándor Barinkay comme leur chef, en le nommant baron, le fameux « baron tzigane ». CS En somme, c’est une intrigue de comédie, avec, en arrièrefond, l’exil, la spoliation, le déracinement, etc. Des mots et des questions que nous entendons chaque jour, dans des contextes qui n’ont rien à voir avec la comédie. CR Je pense que toute comédie a toujours ou doit avoir un fond sérieux, inquiétant ou parfois même tragique. Seulement au lieu d’en pleurer, on choisit d’en rire. Et c’est le défi auquel nous sommes confrontés : comment être à l’unisson de la musique, qui est brillante, légère, joyeuse, pleine de charme, et mettre en évidence les connotations contemporaines du livret. Bien sûr, pour un public d’aujourd’hui certains aspects historiques de ce livret n’ont plus beaucoup de signification, mais il y en a d’autres qui sont toujours d’actualité, par exemple le thème de la réussite matérielle et de la « chasse au trésor », la recherche de pouvoir et de célébrité, la tension sociale entre les riches et les pauvres, la guerre des sexes ou la guerre tout court, voilà des thèmes omniprésents aujourd’hui, que ce soit dans l’art, les spectacles ou sur les chaînes d’info ! Strauss et son librettiste Schnitzler ont un regard critique, moqueur, satirique sur leurs personnages et ils mettent à nu leurs défauts, leur hypocrisie, leurs ambitions et leurs obsessions. CS Il y a un autre détail assez intrigant, ou cocasse si on pense au contexte politique autrichien actuel, c’est qu’au deuxième acte, la bohémienne révèle que le père de Sáffi


© THILO BEU

n’est autre que le dernier Pacha de Hongrie ! CR Voilà, c’est le genre de surprises que nous réserve Le Baron Tzigane et auxquelles on réfléchit quand on découvre cette œuvre. Récemment, j’ai monté le Macbeth de Verdi à la Staatsoper de Vienne, ou auparavant Tristan et Isolde, et Fidelio à Dallas, ou Falstaff à Washington. Là, on a forcément à l’esprit plusieurs références et on vient s’inscrire dans une longue histoire. Ou L’Italienne à Alger, que j’ai monté à Portland en 2016, et qui pose des questions analogues à celles du Baron Tzigane. La question principale ici, c’est celle de trouver le moyen de suggérer des choses parfois sérieuses ou graves tout en laissant la place à l’humour et la fantaisie.

CR Ah, je n’aime pas tellement lever le voile à l’avance, j’aime bien préserver la surprise… Mais enfin, disons que de nos jours tout ce qui se passe dans ce scénario se regarde comme un « jeu de société». Au sens propre comme au sens figuré… Les situations dramatiques, qui, au premier abord, pourraient sembler quelque peu désuètes et parfois incongrues, nous pouvons les lire comme les défis d’un jeu ou d’un concours auquel les personnages doivent participer et où ils ont à faire leurs preuves. Donc en élaborant la scénographie et les costumes de notre production du Baron Tzigane, nous nous sommes laissé inspirer par l’aspect grinçant, satirique et parfois absurde de la pièce. C’est pour cela que nous avons opté pour une approche ludique, en imaginant la scène comme un grand tableau de jeu de société sur lequel se déroulera l’action. Je ne vous en dirai pas plus… ■

© GTG / SAMUEL RUBIO

CS À quoi va ressembler votre production genevoise du Baron Tzigane ?

Stefan Blunier

Musicien, compositeur et chef d’orchestre originaire de Berne, Stefan Blunier prendra pour la 2ème fois la tête de l’Orchestre de la Suisse Romande à l’Opéra des Nations, après une première en début d’année pour Wozzeck d’Alban Berg. Parmi d’autres faits marquants de sa carrière, Stefan Blunier a été directeur musical de l’Opéra de Bonn et de l’Orchestre Beethoven de Bonn de 2008 à 2016. Il a été premier chef invité de l’Orchestre national de Belgique. Stefan Blunier est convié régulièrement par des institutions prestigieuses telles que le Bayerische Staatsoper de Munich, le Deutsche Oper Berlin ou encore l’English National Opera. Il a dirigé de nombreux orchestres dans une dizaine de pays. Établi en Allemagne depuis plusieurs années, il est aujourd’hui professeur à la Haute école de musique et des arts vivants de Mannheim. Mieux connu au-delà de nos frontières, ses apparitions en Suisses sont encore épisodiques : il a dirigé plusieurs fois l’Orchestre de Berne et plus récemment Lorely de Catalani, au St. Galler Festpiele. Maestro aux goûts très éclectiques, nul doute qu’il saura donner tout son relief au Baron Tzigane, l’une des opérettes les plus populaires de Johann Strauss fils.

CR Moi, je croyais pouvoir devenir pianiste, mais il m’a semblé raisonnable d’y renoncer, et puis, à la HEM de Hambourg où j’étudiais, une filière de mise en scène menée par Götz Friedrich a été créée, et j’ai passé le concours d’admission, et voilà… Mon premier stage de mise en scène, je l’ai fait avec Tobias Richter, qui était à l’époque directeur du théâtre de Brême. Ensuite j’ai continué ma formation avec Harry Kupfer, j’ai collaboré avec Robert Carsen, Francesca Zambello et Laurent Pelly, pour lesquels j’ai remonté certains spectacles, sans parler des six années où j’ai été assistant metteur en scène au Grand Théâtre de Genève entre 1995 et 2001. C’est en regardant travailler tous ces grands metteurs en scène que j’ai vraiment tout appris. Ce que j’ai constaté, c’est qu’il faut garder à l’esprit sa ligne, le point vers lequel il faut tendre, mais que les choses se font avec les acteurs, en répétition. J’aime beaucoup la comédie. À Genève, au début de la saison, on a monté Kiss me Kate, la comédie musicale de Cole Porter, d’après La Mégère apprivoisée, avec les étudiants de la HEM et j’ai adoré cela. Et il n’y a pas si longtemps, j’ai mis en scène Un giorno di regno de Verdi, au Glimmerglass Festival. Là aussi, c’est une œuvre que je découvrais, la première incursion de Verdi dans le genre comique, et c’est passionnant d’entrer dans une œuvre inconnue, où l’on a tout à inventer. CS C’est avec les comédiens que tout commence vraiment à exister…

CR Ma mère était comédienne, donc j’ai toujours baigné dans le théâtre, et ce qui me passionne plus que tout, c’est la direction d’acteurs. C’est très particulier avec les opérettes ou les opérascomiques : pour les parties musicales, le tempo est donné par la partition, mais pour les parties parlées, il faut que les chanteurs trouvent le rythme. D’abord, l’émission de la voix chantée et celle de la voix parlée, ce n’est pas du tout pareil, et puis trouver la ligne, le phrasé, la justesse des dialogues, ça prend un certain temps, beaucoup plus qu’on ne croirait.

© GTG / SAMUEL RUBIO

Comment devient-on metteur en scène ? [en-haut]

Le directeur musical de cette production : Stefan Blunier. [ci-dessus]

Quelques éléments du décor du Baron Tzigane attendent d'être assemblés en octobre 2017.

CS Vous avez aussi mis en scène au théâtre ? CR Non, je n’ai travaillé qu’à l’opéra, avec toutes ses contraintes spécifiques. Normalement on répète cinq semaines. Ce qui semble long, mais en fait, c’est très minuté, il faut être efficace. Aux ÉtatsUnis, c’est plutôt quatre semaines. Il n’y a pas de temps à perdre. On travaille longtemps avec le piano pour élaborer la mise en scène, l’orchestre arrive assez tard – d’ailleurs il y a un moment où les chanteurs n’en peuvent plus du piano, ils aspirent à ce que l’orchestre arrive. Tout prend alors vraiment forme : les décors, la lumière et aussi les costumes qui sont très importants pour les chanteurs dans leur création du rôle. C’est comme un puzzle assez compliqué, tout se met en place, un élément après l’autre, mais il faut garder à l’esprit l’endroit où on veut aller. ■ ACT­­- O | 33 . 7


› Ascanio

Opéra en 5 actes et 7 tableaux de Camille Saint-Saëns Direction musicale

Guillaume Tourniaire

Benvenuto Cellini

Jean-François Lapointe

Pagolo

Joé Bertili

Ascanio

Bernard Richter

Scozzone

Ève-Maud Hubeaux

François Ier

Jean Teitgen

La Duchesse d’Étampes

Karina Gauvin Colombe d’Estourville Clémence Tilquin Un mendiant Mohammed Haidar D’Estourville

Bastien Combe

D’Orbec

Maxence Billiemaz

Charles Quint

Raphaël Hardmeyer

Une Ursuline

Olivia Doutney

Chœur du Grand Théâtre de Genève Chœur de la HEM Direction Alan Woodbridge Orchestre symphonique de la HEM À l’Opéra des Nations le 24 et 26 Novembre 2017

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117 ans après la version intégrale que le compositeur Camille Saint-Saëns n’entendit jamais, Ascanio renaît de ses cendres grâce aux recherches de Guillaume Tourniaire. Ce dernier dirigera cette œuvre oubliée pour une première mondiale grâce aux soutiens conjoints de la HEM et du Grand Théâtre de Genève et de leurs directeurs respectifs Philippe Dinkel et Tobias Richter.

La renaissance d’un opéra oublié Un entretien avec G uillaume T ourniaire , le directeur musical d’Ascanio par C harles S iegel

CS Une belle distribution entièrement francophone… GT Oui, et c’est capital ! Le livret est de Louis Gallet, un librettiste qui travaillait pour Massenet ou Bizet, et qui s’est inspiré d’une pièce de Paul Meurice, un proche de Victor Hugo, écrite en 1852 d’après Alexandre Dumas. Le personnage principal, c’est

© BRIDGEMAN IMAGES

Guillaume Tourniaire Une idée qui date de 2007, et que je suis heureux de voir aboutir. Les auditeurs vont découvrir une partition magnifique qu’ils ne connaissent pas, et de surcroît dans une version intégrale que Saint-Saëns lui-même n’a jamais entendue. Une première mondiale en somme… Je vous parlerai de cela. Mais oui, l’histoire commence en Australie, où je dirige beaucoup, à Sydney ou à Melbourne, on m’y demande évidemment le répertoire français, et en 2007 une firme de disques m’a proposé d’enregistrer Hélène, un poème lyrique de Saint-Saëns, dont je ne connaissais pas une note… Je m’y suis plongé, j’ai découvert notamment un duo magnifique entre Hélène et Pâris… Raison de plus pour explorer les douze opéras de ce compositeur qu’il est de bon ton de regarder de haut. Je connaissais Samson et Dalila, et ses poèmes symphoniques, Le Rouet d’Omphale, Phaëton, ses concertos, un peu sa musique de chambre, qui est vraiment très belle, mais pas grandchose de son œuvre lyrique, alors que rien n’était plus important à l’époque que d’être reconnu comme compositeur d’opéra. De sorte qu’en déchiffrant au piano, j’ai découvert des merveilles, le deuxième acte de Proserpine, des moments de drame incroyables dans Les Barbares, des ensembles étonnants dans L’Ancêtre ou une œuvre plus légère comme Phryné, ou encore un cycle de mélodies merveilleuses, les Nuits persanes, oublié même chez son éditeur, et que j’ai pu enregistrer… Mais bref, Ascanio m’avait emballé, j’ai failli le monter à Sydney, mais finalement on va le faire avec la HEM de Genève, le projet a séduit Philippe Dinkel, son directeur, puis Tobias Richter, qui m’a dit : « Faisons-le à l’Opéra des Nations et faisons-le avec une belle distribution » et il m’a proposé que le chœur du Grand Théâtre se joigne à cette aventure.

Benvenuto Cellini, mais le titre avait été pris par Berlioz, donc il a donné à son opéra le nom d’Ascanio, l’élève de Cellini. Il y a six rôles principaux, nous aurons Jean-François Lapointe, magnifique baryton, en Benvenuto, qui s’est emballé pour ce rôle, très lourd, peut-être le plus long du répertoire français, qu’il découvre évidemment, et puis Bernard Richter, dans Ascanio, un rôle de ténor di grazia, qui est exactement pour sa voix, Karina Gauvin en duchesse d’Étampes, la favorite de François Ier, le rôle de basse sera chanté par Jean Teitgen, les autres rôles féminins étant un soprano léger, Clémence Tilquin, qui chante Colombe d’Estourville et une mezzo, Scozzone, chantée par Ève-Maud Hubeaux… CS Scozzone, qui chante le seul air qu’on connaisse un peu… GT Oui, parce que c’est une chanson, et donc il a son autonomie, c’est l’unique air fermé de la partition. Régine Crespin l’a enregistré, mais là on touche à ce qui fait la spécificité d’Ascanio : c’est un opéra où l’orchestre mène le discours…

[page de gauche]

CS Comme chez Wagner ? GT Si on veut… C’est une sorte de recitar cantando, de déclamation continue, fondée sur un système de Leitmotive. Qui fonctionnent exactement comme chez Wagner, c’est-à-dire qu’ils s’entretissent, se modifient, s’appellent les uns les autres, changent de tonalité, de rythme, etc. C’est une écriture extrêmement novatrice dans le cadre de l’opéra français, qui est tellement codifié en principe. On a la même chose, à un degré moindre peut-être, dans Proserpine, récemment donné à Versailles, sur un livret du même Louis Gallet. Il y a énormément d’ensembles, des duos à foison, je crois que le seul vrai solo, c’est le moment où Benvenuto chante qu’il a trouvé en Colombe sa muse, celle qui l’inspirera pour sculpter Hébé… Manque de chance, c’est l’amoureuse de son élève Ascanio, d’où la difficulté, évidemment ! La relation est très belle d’ailleurs entre le maître et le disciple… Mais à part cela, ce ne sont que conversations en musique. Ascanio, c’est la plus imposante des partitions lyriques de Saint-Saëns, sur un livret complexe, mais très solide, il y a cinq actes, sept tableaux, un ballet de 25 minutes en douze numéros… [suite]

Le chef d'orchestre Guillaume Tourniaire à l'origine de ce projet de la HEM. [ci-dessus]

Narcisse (détail) Benvenuto Cellini, 1540 Musée national du Bargello, Florence Marbre

© LAURENT PASCHE

Charles Sigel Ce projet de présenter une version de concert de l’Ascanio de Saint-Saëns, c’est vous qui en avez lancé l’idée…

ACT­­- O | 33 . 9


Ascanio est un grand opéra de Camille Saint-Saëns en cinq actes et 7 tableaux, composé en 188788. Le librettiste, Louis Gallet, se base sur la pièce de Paul Meurice Benvenuto Cellini (1843) – qui avait inspiré la pièce éponyme de Berlioz. C’est d’ailleurs pour éviter une éventuelle confusion entre les deux œuvres que le nom de l’élève de Cellini a été choisi comme titre, bien que Cellini reste le personnage principal. Saint-Saëns voulait mettre en musique un sujet historique lié à la France. Il choisit donc le séjour de Cellini à la cour de Fontainebleau sous François Ier – plaçant sont histoire à Paris en 1539. C’est l’occasion, pour ce compositeur, d’insérer des scènes de divertissements, dont 12 danses rappelant fortement l’opéra baroque français.

L’intrigue

Le célèbre sculpteur Benvenuto Cellini et son élève Ascanio sont tous deux amoureux de la belle Colombe. Leur attachement à cette jeune fille génère deux situations de jalousie féroce. D’une part, Florentine Scozzone – amante et modèle de Cellini – ne supporte pas de se retrouver supplantée par cette simple fillette ; d’autre part, la duchesse d’Étampes, fascinée par Ascanio, veut voir cette rivale disparaître à jamais. Benvenuto Cellini consent, par amour et respect pour Ascanio – qu’il considère comme son propre fils – d’aider le jeune couple à se marier. Il en fait la demande au roi, qui accepte. Mais il craint pour la vie de Colombe, conscient de la jalousie de la duchesse et de Scozzone. Il la cache dans un reliquaire (qu’il veut faire transporter chez lui) pour la sauver. La duchesse prend possession du reliquaire, afin de faire suffoquer Colombe. Mais c’est Florentine Scozzone qui avait pris la place de la jeune fille ! Tragiquement, elle succombe à sa place.

10 . ACT­­- O | 33

À l’époque, les confrères de Saint-Saëns ont salué l’œuvre, Gounod a écrit un article, Charles Malherbe une analyse de soixante pages, que nous allons publier avec la HEM, on fait bien les choses… CS Et pourtant tout cela est tombé aux oubliettes…

[en-haut, de gauche à droite et de haut en bas]

Projet de décors pour la création d'Ascanio en 1890 par Philippe Chaperon. L'Orchestre de la HEM. Partition originale de l'air de Benvenuto dans Ascanio. Camille Saint-Saëns vers 1880. Dessin de Charles Bianchini du costume de Benvenuto Cellini lors de la création d'Ascanio en 1890

GT Ascanio a été créé au Palais-Garnier en 1890. D’ailleurs, j’y suis allé, et j’ai trouvé à la bibliothèque de l’Opéra de Paris une masse de documents admirablement conservés, notamment les maquettes des décors de l’époque (dont nous allons aussi publier les images), nous sommes allés aussi à la Bibliothèque Nationale et on a pu retrouver la partition intégrale, y compris les parties restées à l’état de manuscrit, parce que dès l’origine, tout le monde, le directeur de l’Opéra, le chef, s’est mis à faire des coupures, supprimant environ une heure de musique… Ernest Guiraud, le compositeur qui avait écrit les récitatifs de Carmen, a réduit le nombre de tableaux, de sept à six, tout cela parce que l’œuvre semblait trop énorme. Par exemple, on avait coupé le moment où Cellini commence à modeler Hébé dans l’argile, un moment superbe dont Saint-Saëns disait qu’il le chantait à tue-tête chez lui, alors Saint-Saëns a écrit « On me massacre » et il est parti à Las Palmas, de sorte qu’il n’a pas assisté à la création… Et il s’est détaché de son opéra. D’ailleurs pas tant que ça, je crois qu’il y tenait beaucoup.

« Au total, l’Opéra l’a joué 37 fois. Il y a eu une trentaine de représentations sur trois ans, de 1890 à 1893. Et puis une reprise... C’était en mars 1921, et il est mort en décembre. Trois jours après sa mort on a donné Ascanio pour le saluer. Et depuis plus rien, jusqu’à nous… »

CS Est-ce que c’est un opéra qui a été beaucoup joué ? Pas autant que Samson, je suppose…

GT Ah, c’est un bel opéra ! Vocalement, il y a les trois grandes voix d’homme, une soprano lyrique léger – la jeune première, une mezzo de caractère et une soprano dramatique – la Duchesse d’Étampes.Elle a un tempérament de feu, et, ne pouvant séduire Ascanio, se venge sur la petite Colombe et obtient de son amant le roi François  Ier la disgrâce de Cellini, lequel avait essayé de protéger les jeunes amoureux de cette intrigante et doit retourner à Florence. Tout ça est historique, mais revu et corrigé par Dumas… Et Saint-Saëns, qui connaissait admirablement la musique de la Renaissance, a multiplié les pastiches et les emprunts, à Josquin notamment... Il faut aussi mentionner six petits rôles, donnés par des élèves de la HEM, dont deux ténors de caractère, qui ont des rôles drôles, puisque c’est un vrai dramma giocoso, une comédie en musique. Avec un grand orchestre, mais une orchestration singulièrement aérée. On va en faire un enregistrement, la HEM va éditer une publication musicologique, il y aura une exposition autour du bijou, notamment du bijou de théâtre, bref on va rendre justice à cet opéra, en espérant que cette aventure ne soit que le début de la renaissance d’Ascanio, l’étape suivante étant une vraie mise en scène. Il y en ce moment un renouveau du chant français, l’heure en est peut-être venue… ■

GT Samson était imbattable de toutes façons, mais Ascanio n’a pas eu de chance… Au total, l’Opéra l’a joué 37 fois. Il y a eu une trentaine de représentations sur trois ans, de 1890 à 1893. Et puis une reprise en 1921, à l’instigation du directeur Jacques Rouché pour rendre hommage à Saint-Saëns, avec la même mise en scène, les mêmes décors, les mêmes coupures, mais cette fois-ci, le compositeur a été content des chanteurs. C’était en mars 1921, et il est mort en décembre. Trois jours après sa mort on a donné Ascanio pour le saluer. Et depuis plus rien, jusqu’à nous… L’éditeur Durand l’a gravé tel qu’on aurait dû le jouer en 1890, c’est-à-dire avec seulement cinq coupures (en fait, il y en eut d’emblée quinze ou seize…), mais à partir du manuscrit autographe conservé à la Bibliothèque Nationale de France, j’ai rétabli les cinq parties jamais éditées. C’est facile à faire aujourd’hui avec un ordinateur et de la patience… Donc on va donner, en première mondiale, une vraie intégrale, et je trouve cela assez émouvant, parce qu’on a des lettres de Saint-Saëns, demandant à l’Opéra qu’on joue enfin son Ascanio dans sa version complète.

CS On vous sent très enthousiaste…

© BNF / HEM / DR

Quelques dates Quelques faits


DIMANCHE, AFTERNOON TEA AVEC LOUIS ROEDERER Découvrez notre Afternoon Tea au Bar les Nations en écoutant notre talentueux pianiste. Afternoon tea au Champagne: CHF 58.- prix pour deux personnes incluant une coupe de Champagne. De 15 heures à 18 heures.

Live the InterContinental Life.

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D E S I G N : T H E W O R K S H O P. C H — P H O T O © A N N E - L A U R E L E C H A T

72e CONCOURS DE GENÈVE I N T E R N AT I O N A L M U S I C C O M P E T I T I O N

F E S T I VA L D E S L A U R É AT S & PRIX DE COMPOSITION 2 3 N O V. – 3 D É C . 2 0 1 7

JE 23 NOV. – VICTORIA HALL Lauréats de chant

LU 27 & MA 28 NOV. – LAUSANNE, GENÈVE Œuvres du Jury de Composition à l’honneur

Avec l’OSR, dir. Jesús López Cobos

Ensemble Contemporain HEM Suisse Romande, dir. Pierre Bleuse

VE 24 NOV. – BFM Marina Viotti & Vision String Quartet

DI 3 DÉC. – VICTORIA HALL 60e Anniversaire de la FMCIM Ray Chen & Andrey Gugnin

Lauréats du Concours 2016

Avec L’OCG, dir. Miran Vaupotić

SA 25 NOV. – OPÉRA DES NATIONS Lauréats de chant, piano & flûte Avec Gli Angeli, dir. Stephan MacLeod*

DI 26 NOV. – STUDIO E. ANSERMET Finale du Prix de Composition Avec L’OCG et l’Orchestre de la HEM Genève, dir. Pierre Bleuse

12 . ACT­­- O | 33

PROGRAMME & BILLETS CONCOURSGENEVE.CH

*Réduction spéciale pour les membres du Cercle du Grand Théâtre de Genève et de Labo-M (-10 %) !

Partenaire principal


OPÉRATION LA TRILOGIE DE FIGARO

Les lauréats en scène L

[en-haut, de gauche à droite et de haut en bas]

Polina Pasztircsák, Anna Kasyan, Bénédicte Tauran, Marina Viotti, Lorenzo Soulès, Yubeen Kim,

par O livier G urtner

Célèbre compétition, le Concours de Genève

place ses lauréats sur le devant de la scène, à l’occasion d’un concert à l’Opéra des Nations, le samedi 25 novembre 2017. Au menu de

cette soirée dirigée par Stephan MacLeod,

des œuvres pour artistes lyriques, flûtiste et pianiste. Une belle contribution au Festival des Lauréats, organisé cette année sur dix

jours, qui accompagne le Prix de Composition

› Concert

des Lauréats

du Concours de Genève sur des musiques de Carl Philipp Emanuel Bach et Wolfgang Amadeus Mozart

Direction musicale

Stephan MacLeod

Polina Pasztircsák

Anna Kasyan Bénédicte Tauran Marina Viotti Yubeen Kim Lorenzo Soulès

Ensemble Gli Angeli Genève À l’Opéra des Nations le 25 novembre 2017 à 19 h 30

de cette 72ème édition du plus international des concours genevois. l’Orchestre de la Suisse Romande et Jesús López Cobos pour une grande soirée lyrique ou le 24 novembre au Bâtiment des Forces motrices en musique de chambre avec le Vision String Quartet. Sinon, il faut rappeler la finale du concours de composition au studio Ansermet, consacré cette année à une œuvre pour clarinette et orchestre. Les partitions des jeunes compositeurs, jouées par L’Orchestre de Chambre de Genève (accompagné de musiciens de la HEM), seront départagées le 26 novembre, sous l’œil d’un jury international. ■

© DR / CONCOURS DE GENÈVE

’Opéra des Nations reçoit les lauréats du Concours de Genève, un évènement musical prestigieux créé en 1939, qui avait couronné à l’époque un certain pianiste : Arturo Benedetti Michelangeli. En 2017, la compétition est consacrée à la composition et au Festival des Lauréats, poursuivant sa mission de mettre en valeur et encourager tous les talents musicaux d’aujourd’hui, notamment la musique de notre temps. Le Grand Théâtre de Genève accueille le samedi 25 novembre le chef d’orchestre Stephan MacLeod à la tête de son orchestre Gli Angeli Genève. Ensemble, ils accompagneront les sopranos Polina Pasztircsák (1er Prix 2009), Anna Kasyan (3ème Prix 2007), Bénédicte Tauran (3ème Prix 2003) et la mezzo-soprano Marina Viotti (3ème Prix 2016). On notera que toutes avaient d’ailleurs reçu en plus le Prix du Cercle du Grand Théâtre. Seront également présents Yubeen Kim (2ème Prix en 2014 à la flûte traversière) et Lorenzo Soulès, qui avait remporté le 1er Prix en 2012, en s’attaquant au difficile Concerto n°2 de Brahms. Ce sera l’occasion pour ces interprètes de fréquenter une formation spécialisée dans la musique ancienne, le temps d’un concert entre Carl Philipp Emanuel Bach et Mozart. Au programme de la soirée, la Symphonie n°44 de Mozart, plusieurs airs de concert (« Non più, tutto ascoltai – No temer, amato » KV 490, « Voi avete un cor fedele » KV 217, Ah, lo previdi! – Ah, t’invola – Deh, non varcar, KV 272, Ch’io mi scordi di te? – Non temer, amato bene, KV 505). La flûte traversière sera mise à l’honneur dans le Concerto pour flûte et orchestre en Sol majeur de C. P. E. Bach. Ceux qui ne pourraient se rendre à ce concert le 25 novembre trouveront d’autres occasions, le 23 novembre au Victoria Hall avec

72ème Concours de Genève Geneva International Music Competition Prix de Composition & Festival des Lauréats du 23 novembre au 3 décembre 2017 www.concoursgeneve.ch

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CARNET DU CERCLE

Le Cercle Un acteur essentiel © DR

Entretien avec L uc A rgand , président sortant du Cercle du Grand Théâtre de Genève, par A urélie É lisa G feller

[ci-dessus]

Luc Argand

Aurélie Elisa Gfeller Vous avez accédé à la présidence du Cercle du Grand Théâtre de Genève il y a six ans. Quels étaient vos aspirations et vos objectifs ?

AEG En quoi votre engagement au sein du Cercle du Grand Théâtre de Genève vous a-t-il permis de mieux saisir la réalité d’une maison d’opéra ?

Luc Argand Ma motivation consistait à reprendre la présidence d’une entité active dans un domaine tout à fait différent des présidences assumées jusqu’à ce jour dans ma vie associative et professionnelle. Sur un plan personnel, j’espérais me rapprocher du monde lyrique par une fréquentation plus assidue de l’opéra, en comprendre le fonctionnement et les rouages, et améliorer mes connaissances musicales. Concrètement, mon objectif visait à me conformer aux statuts du Cercle, c’est-à-dire à faire en sorte que ce dernier puisse offrir un appui matériel au directeur du Grand Théâtre de Genève dans son travail de programmation. J’ai accepté avec enthousiasme cette mission aussi en raison de mes très anciens liens d’amitié avec Tobias Richter et de l’admiration que je lui porte.

LA Je savais qu’une maison d’opéra était constituée de différents corps de métiers. J’ai ensuite, pendant mon mandat, réalisé pleinement la difficulté que représente la conduite d’une institution qui associe tant de métiers différents, d’horaires différents, de statuts juridiques différents, avec des collaborateurs qui sont employés par la Ville et d’autres qui sont au bénéfice d’un contrat de droit privé, et d’événements inattendus comme celui d’un chanteur ou d’une chanteuse malade. Une maison d’opéra m’apparaît désormais comme l’un des types d’établissement public les plus difficiles à gérer. AEG Quelle est votre vision du rôle de président du Cercle du Grand Théâtre de Genève ?

AEG Ces objectifs ont-ils évolué au cours des années ?

[en-haut]

Amener les enfants à aimer l'opéra est un souhait du Cercle du Grand Théâtre, et c'est en soutenant des projets Jeune public que le Cercle du Grand Théâtre y trouve une raison importante de sa contribution. Ici les ateliers pédagogiques et le spectacle Pulcinella en juin 2017.

14 . ACT­­- O | 33

LA Ils ont effectivement évolué au cours des années puisque l’événement marquant de mon mandat a été constitué par le projet hors norme de la construction de l’Opéra des Nations. Au cours des différentes étapes – de l’achat du Théâtre Éphémère de la ComédieFrançaise à son réaménagement pour les besoins d’une maison d’opéra en passant par le stockage de la structure et l’identification du lieu qui allait l’accueillir – je me suis efforcé avec mes collègues de contribuer à trouver des soutiens et des solutions. Je me souviens d’un rendez-vous à sept heures du matin, avec quelques membres de mon Comité, dans le bureau du magistrat en charge des constructions et de l’aménagement avant son départ pour Paris. Nous l’avons assuré de notre soutien afin qu’il ne manque pas l’affaire si le prix de vente s’avérait plus élevé qu’envisagé. Lorsqu’il a fallu trouver des financements pour l’adaptation et l’agrandissement de la structure parisienne et sa mise aux normes sécuritaires genevoises, j’ai eu des discussions avec une fondation genevoise. Le Comité du Cercle a également participé au projet de lancer une campagne de parrainage des fauteuils de l’Opéra des Nations, au succès duquel les membres du Cercle ont contribué avec beaucoup de générosité. En définitive, il s’est agi d’un effort commun qui ne rentrait pas, stricto sensu, dans le mandat du Cercle.

LA Il est certain que la réalisation du projet qu’est l’Opéra des Nations a été facilitée par les relations d’amitié que j’entretiens avec le directeur général, la présidente du Conseil de la Fondation du Grand Théâtre de Genève et quelques membres de ce Conseil. Le lien entre la communauté des mécènes (nos membres) et la direction opérationnelle de l’institution a probablement, de ce fait, été facilité pour le bénéfice de cette dernière. Le président peut donc fluidifier les relations entre les membres du Cercle – généreux donateurs – et la Fondation, ces liens d’amitié facilitent cette tâche. AEG Quels sont vos plus beaux souvenirs du Grand Théâtre de Genève durant votre mandat de président ? LA Ils sont probablement constitués par l’accueil enthousiaste et chaleureux des spectateurs lors de la première représentation donnée à l’Opéra des Nations et la satisfaction des artistes qui s’y sont produits. Les Genevois ont la réputation d’être râleurs. Or il n’y a pas eu de critique, ou du moins on ne m’en a pas fait part. J’ai également beaucoup apprécié les nombreuses rencontres avec les artistes à l’occasion, entre autres, des déjeuners informels organisés par les membres du Cercle.


AEG À l’heure où vous vous apprêtez à céder la présidence du Cercle du Grand Théâtre de Genève, quelles sont les actions entreprises dont vous êtes le plus fier ?

Fondé en 1986, le Cercle du Grand Théâtre s’est donné

LA Je n’ai aucune fierté ni aucun mérite particulier si ce n’est d’avoir accompli mon devoir en tentant avec énergie et enthousiasme d’entretenir l’héritage de mes prédécesseurs et la flamme de nos membres pour amener ces derniers à soutenir l’Opéra des Nations et la programmation du Grand Théâtre, plus particulièrement un spectacle comme le Ring de Richard Wagner, pendant une période où la conjoncture difficile et les sollicitations très nombreuses amènent les mécènes à effectuer des arbitrages dans leurs contributions financières. Ces dernières ne consistent pas toujours à soutenir le monde lyrique ! Recruter de nouveaux membres s’est avéré une des tâches difficiles de mon mandat.

qui tiennent à manifester leur intérêt aux arts lyrique,

AEG Pour la deuxième saison consécutive, le Cercle du Grand Théâtre de Genève s’est également engagé à soutenir la programmation du Grand Théâtre de Genève destinée au jeune public, grâce à la générosité de l’une de ses mécènes. Quel est le sens de cet engagement à vos yeux ?

Rejoignez-nous !

R

LA L’appui unanime du Comité du Cercle en faveur des spectacles « jeune public » résulte du souhait de chacun d’amener les enfants à aimer l’opéra en tentant ainsi de créer une sorte d’addiction positive qui se transformera avec les années, espère-t-on, en un goût pour l’art lyrique, voire en adhésion au Cercle. AEG Le rajeunissement des publics mais aussi des mécènes représente un enjeu clé pour toutes les maisons d’art lyrique à travers le monde. Comment voyez-vous cette évolution dans le cadre du Cercle du Grand Théâtre de Genève ?

LA Cela reste un défi car le Cercle est un regroupement de mécènes qui a pour vocation de rassembler des membres qui soutiennent financièrement l’opéra. Or les jeunes ne sont souvent pas encore en mesure de le faire – sans compter les autres sollicitations auxquelles ils sont soumis, notamment dans le domaine sportif. Nous avons créé un tarif d’adhésion moins élevé pour les moins de quarante ans, mais même ce tarif reste cher. Nous sommes tous très sollicités et la question se pose parfois de savoir s’il n’est pas plus légitime de soutenir des causes médicales, par exemple. À quoi je répondrais par la citation d’un astronaute de la NASA à qui l’on reprochait les dépenses colossales effectuées pour envoyer des hommes dans l’espace : « Ce n’est pas parce qu’un violoniste a le cancer qu’il doit cesser de jouer. » Le Cercle doit donc poursuivre ses efforts pour identifier de nouveaux membres, jeunes et moins jeunes, susceptibles d’ouvrir leur porte-monnaie parce qu’ils aiment l’opéra.

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© GTG / SAMUEL RUBIO

e n t cl A C e

LE CARNET DU CERCLE

chorégraphique et dramatique. Son but est d’apporter son soutien financier aux activités du Grand Théâtre et ainsi, de participer à son rayonnement.

Nous serions heureux de vous compter parmi les passionnés d’ arts lyrique, chorégraphique et dramatique qui s’engagent pour que le Grand Théâtre de Genève conserve et renforce sa place parmi les plus grandes scènes européennes. Adhérer au Cercle du Grand Théâtre, c’est aussi l’assurance de bénéficier d'une priorité de placement, d'un vestiaire privé, d'un service de billetterie personnalisé et de pouvoir changer de billets sans frais. Vous participerez chaque année au dîner de gala à l’issue de l’Assemblée générale et profiterez des cocktails d’entracte réservés aux membres. De nombreux voyages lyriques, des conférences thématiques « Les Métiers de l’Opéra », des visites des coulisses et des ateliers du Grand Théâtre et des rencontres avec les artistes vous seront proposés tout au long de la saison. Vous pourrez assister aux répétitions générales et bénéficierez d'un abonnement gratuit à ce magazine. Vous recevrez également tous les programmes de salle chez vous.

LA Aujourd’hui, de nombreux colloques, forums de réflexion et séminaires ont pour but de formaliser les règles liées à la philanthropie. La responsabilité sociale des entreprises peut être exercée en utilisant le canal des fondations et des associations. Dans ce cadre, les partenariats public-privé connaissent à Genève un succès grandissant et constituent avec bonheur la concrétisation d’une philosophie libérale du mécénat. Le fonctionnement de notre opéra, qui rassemble tant de forces diverses, constitue un terrain d’essai très intéressant. La compétition est cependant vive en ce qui concerne les personnes morales : les décisions des entreprises répondent à des impératifs stratégiques et financiers. La voile, avec la visibilité qu’offre une course comme le Vendée Globe, ou l’art contemporain, avec la possibilité d’exposer des objets susceptibles de prendre de la valeur, peuvent être considérés comme des domaines plus porteurs que la musique, art éphémère. Les particuliers, quant à eux, fonctionnent avec leur cœur.

R

AEG Quel avenir pour le Cercle du Grand Théâtre de Genève ?

LA Le Cercle dispose d’un bon réseau à Genève. Nous avons identifié une centaine de personnes qui n’en font pas partie et seraient susceptibles d’être membres. Il s’agira de les approcher afin de les persuader de nous rejoindre. Il faudra également trouver de nouvelles formules pour entrer dans les médias – y compris les réseaux sociaux – et communiquer sur l’action du Cercle, l’importance de sa mission et l’intérêt qu’il y a à s’impliquer par ce biais en faveur de la réussite et du rayonnement du Grand Théâtre. Je suis persuadé que mon successeur explorera de nouvelles voies pour que le Grand Théâtre continue d’enchanter et de faire vibrer des milliers de spectateurs. Je lui souhaite bon vent. ■

Pour recevoir de plus amples informations sur les conditions d’adhésion au Cercle, veuillez contacter directement : Madame Gwénola Trutat (du lundi au vendredi de 8 h à 12 h) T + 41 22 321 85 77 F + 41 22 321 85 79 cercle@geneveopera.ch Cercle du Grand Théâtre de Genève CP 5126 1211 Genève 11

Nos membres Bureau M. Luc Argand, président M. Rémy Best, vice-président M. Jean Kohler, trésorier Mme Brigitte Vielle, secrétaire Mme Françoise de Mestral

M. et Mme Olivier Dunant Mme Denise Elfen-Laniado Mme Diane Etter-Soutter Mme Catherine Fauchier-Magnan Mme Clarina Firmenich M. et Mme Eric Freymond Mme Elka Gouzer-Waechter Autres membres du Comité Mme Claudia Groothaert Mme Christine Batruch-Hawrylyshyn M. et Mme Philippe Gudin M. Jean Bonna de La Sablonnière Mme Claudia Groothaert Mme Bernard Haccius Mme Coraline Mouravieff-Apostol M. Alex Hoffmann Mme Beatrice Rötheli-Mariotti M. et Mme Philippe Jabre M. Gerson Waechter M. et Mme Éric Jacquet M. Romain Jordan Membres bienfaiteurs Mme Madeleine Kogevinas M. et Mme Luc Argand M. et Mme Jean Kohler Mme René Augereau M. Marko Lacin Fondation de bienfaisance Mme Brigitte Lacroix de la banque Pictet M. et Mme Pierre Lardy Fondation Hans Wilsdorf M. Christoph La Roche M. et Mme Pierre Keller Mme Éric Lescure Banque Lombard Odier & Cie SA Mme Eva Lundin M. et Mme Yves Oltramare M. Bernard Mach M. et Mme Adam Saïd M. et Mme Colin Maltby Union Bancaire Privée – UBP SA Mme Catherine de Marignac M. Pierre-Alain Wavre M. Thierry de Marignac M. et Mme Gérard Wertheimer Mme Mark Mathysen-Gerst M. Bertrand Maus Membres individuels M. et Mme Olivier Maus S. A. Prince Amyn Aga Khan Mme Béatrice Mermod Mme Diane d’Arcis M. et Mme Charles de Mestral S. A. S. La Princesse Mme Jacqueline Missoffe Étienne d’Arenberg M. et Mme Christopher M. Ronald Asmar Mouravieff-Apostol Mme Christine Batruch-Hawrylyshyn Mme Pierre-Yves Mourgue d’Algue Mme Maria Pilar de la Béraudière M. et Mme Philippe Nordmann M. et Mme Philippe Bertherat M. Yaron Ophir Mme Antoine Best M. et Mme Alan Parker M. et Mme Rémy Best M. Shelby du Pasquier Mme Saskia van Beuningen Mme Sibylle Pastré Mme Françoise Bodmer M. Jacques Perrot M. Jean Bonna M. et Mme Wolfgang Peter Valaizon Prof. Julien Bogousslavsky M. et Mme Gilles Petitpierre Mme Christiane Boulanger M. et Mme Charles Pictet Mme Clotilde de Bourqueney Harari M. et Mme Guillaume Pictet Comtesse Brandolini d’Adda M. et Mme Ivan Pictet M. et Mme Robert Briner M. et Mme Jean-François Pissettaz M. et Mme Yves Burrus Mme Françoise Propper Mme Caroline Caffin Comte de Proyart Mme Maria Livanos Cattaui Mme Adeline Quast Mme Muriel Chaponnière-Rochat Mme Ruth Rappaport M. et Mme Claude Demole M. et Mme François Reyl M. et Mme Guy Demole M. et Mme Andreas Rötheli

Ə

AEG Comment envisagez-vous l’évolution du mécénat et du sponsoring d’entreprise à Genève, notamment dans le domaine culturel ?

pour objectif de réunir toutes les personnes et entreprises

M. et Mme Gabriel Safdié Marquis et Marquise de Saint Pierre M. Vincenzo Salina Amorini M. Julien Schoenlaub Baron et Baronne Seillière Mme Christiane Steck M. et Mme Riccardo Tattoni M. et Mme Kamen Troller M. et Mme Gérard Turpin M. et Mme Jean-Luc Vermeulen M. et Mme Julien Vielle M. et Mme Olivier Vodoz Mme Bérénice Waechter M. Gerson Waechter M. et Mme Stanley Walter M. et Mme Rolin Wavre M. et Mme Lionel de Weck

Membres institutionnels 1875 Finance SA Banque Pâris Bertrand Sturdza SA Credit Suisse (Suisse) SA FBT Avocats SA Fondation Bru JT International SA Lenz & Staehelin Schroder & Co banque SA SGS SA

Organe de révision : Plafida SA Compte bancaire N° 530 290 MM. Pictet & Cie

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ON STAGE

La mozartienne infidèle Dorothea Röschmann

D par D aniel D ollé

Röschmann

Soprano Piano

Malcom Martineau

À l’Opéra des Nations le 12 janvier 2018

Son programme Franz Schubert Wilhelm Meister Heiss mich nicht reden So lasst mich scheinen Nur wer die Sehnscucht kennt Mignon (Kennst du das Land) Nachtstück Gustav Mahler Rückert Lieder Blicke mir nicht in die Lieder! Ich atmet’ einen linden Duft Um Mitternacht Liebst du um Schönheit Ich bin der Welt abhanden gekommen Robert Schumann Gedichte der Königin Maria Stuart Abschied von Frankreich Nach der Geburt ihres Sohnes An die Königin Elisabeth Abschied von der Welt Gebet Richard Wagner Wesendonck Lieder

« Röschmann’s Desdemona was something really quite special. Right from her very first entry, she gave notice of a very special evening to follow.  The voice, with its attractive fast vibrato, is instantly recognizable. This was a stronger Desdemona than most, one really got a sense of her betrayal and she refused to accept it meekly… Her cry of “Ah Emilia addio” descending from the A-sharp was absolutely heartbreaking – so much pain in the sound yet with its beauty never compromised.  Most impressive. » Opera Traveller, 9 July 2017

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© HARALD HOFFMANN / SONY ENTERTAINMENT

› Dorothea

ans son tour du monde dans les principales salles américaines et européennes (du Met à La Scala en passant par Chicago, Paris, Madrid, Munich, Berlin, Amsterdam, Dresde ou Londres), sous la direction des plus grands chefs, Dorothea Röschmann s’arrête sur la scène de l’Opéra des Nations. Son compositeur fétiche semble être Wolfgang Amadeus Mozart. Régulièrement, elle interprète Zerlina et Donna Elvira dans Don Giovanni (notamment à Salzbourg en 2011), Pamina dans Die Zauberflöte (au Met, par exemple), Fiordiligi dans Così fan tutte ou encore Servilia dans La Clemenza di Tito, et tant d’autres. C’est en 1986 qu’elle démarre vraiment sa carrière et connaît un grand succès au Festival de Salzbourg – où elle fait ses débuts – en se glissant dans le personnage complexe de Susanna dans Le Nozze di Figaro, sous la direction musicale de Nikolaus Harnoncourt. Elle reviendra à Salzbourg en 1995, 1996 et 1998 toujours dans le rôle de Susanna. Le Nozze di Figaro joue un rôle important dans sa carrière, car à partir de 2004, elle devient la Comtesse Almaviva, au Festival de Ravenne et au Royal Opera House (2006). Cependant, il lui arrive parfois de faire des infidélités à Mozart lorsqu’elle participe aux Festivals Haendel de Göttingen et de Halle, ou lorsqu’elle interprète Ännchen, dans Der Freischütz, sous la baguette de Zubin Mehta. Il lui arrive également d’être Micaëla de Carmen, ou encore, Costanza dans Griselda, de Vivaldi. Plus récemment, elle était Desdemona au Royal Opera House de Londres. Quel que soit le répertoire que cette merveilleuse artiste aborde, elle est, et demeure, un monument du chant mondial. Que dire lorsqu’elle aborde un autre de ses domaines de prédilection : le lied ? Cette artiste allemande, née à Flensburg, rend avec grâce la rencontre de la poésie et de la musique. Avec le pianiste Malcolm Martineau, un musicien dont la renommée n’est plus à faire  – un des meilleurs accompagnateurs lyriques de sa génération – elle nous offre des lieds de Schubert, Mahler, Schumann et Wagner. Dans le paysage des récitalistes Dorothea Röschmann est incontournable. Assurément, un autre récital à ne pas manquer. ■


ON STAGE

› Willard White

Baryton

Piano

Julius Drake

À l’Opéra des Nations le 16 décembre 2017

L’éclectisme lyrique Willard White

A par D aniel D ollé

« Pity anyone who appears on the same platform as baritone Willard White. He has so much presence he can eclipse an entire symphony orchestra and chorus with a mere twitch of an eyebrow. » the guardian

Il revient sur la scène de l’Opéra des Nations accompagné par un passionné de mélodies, de lieds et de chant : Julius Drake (qui est également le pianiste de chanteurs de renom, tels Thomas Allen, Olaf Bär, Ian Bostridge, Véronique Gens, Sergei Leiferkus, Dame Felicity Lott, Simon Keenlyside, etc.) Ensemble, ils ont concocté un programme qui nous entraîne vers des horizons moins connus et moins habituels en partant de quelques lieds de Franz Schubert – inconstestable père de ce chant romantique allemand. Après un passage par Weill, Ives, Copland, ils nous convient à un petit voyage dans le monde des comédies musicales avec quelques « show tunes », des mélodies populaires extraites des musicals qui font les riches heures de Brodway. Sans hésiter, venez partager ce programme de fête avec le docteur honoris causa de l’University East London qui, à plus de 70 ans, a gardé une juvénilité et une passion qu’il fait rayonner à chaque apparition sur scène ! ■

© CEEJAY SHOTS PHOTOGRAPHY

près des apparitions remarquées sur la scène de l’Opéra des Nations dans The Indian Queen (Sacerdote Maya), Il Giasone (Oreste et Giove), et, plus récemment, dans La Clemenza di Tito (Publio) – sous la direction musicale de Teodor Currentzis – William White revient pour nous offrir une autre facette de son talent. Issu de la fameuse école new-yorkaise, The Juilliard School of Music, il est invité à chanter sur les plus grandes scènes internationales : le Met, Covent Garden, l’Opéra Bastille, Los Angeles, San Francisco, etc. et dans les plus grands festivals : Aix-en-Provence, Glyndebourne et Salzbourg. Il se produit régulièrement avec les grands orchestres et des chefs réputés : Esa-Pekka Salonen, Charles Dutoit, Valery Gergiev, Simon Rattle, et tant d’autres. Très éclectique, l’artiste a exploré le vaste répertoire dédié aux barytons-basses, sans en négliger aucun de Claudio Monteverdi à Michael Tippett. Il est tour à tour Barbe-Bleue, de l’opéra de Bartók, Golaud de Pelléas et Mélisande, le rôle-titre de Saint François d’Assise d’Olivier Messiaen, Créon dans Oedipus Rex d’Igor Stravinsky, ou encore Ivan dans Khovanshchina de Modeste Moussorgski. Parmi les rôles qui ont particulièrement impressionné, il faut mentionner Mephistophélès dans La Damnation de Faust de Berlioz et Porgy dans Porgy and Bess de George Gershwin – qu’il enregistre sous la direction musicale de Lorin Maazel et qui lui a valu un Grammy Award. On ne saurait énumérer ses nombreuses distinctions, cependant William White a su rester modeste et continue à faire partager le bonheur qu’apporte la musique.

Franz Schubert Der Wanderer Das Fischermädchen Fährt zum Hades Der Atlas Der Tod und das Mädchen Der Schiffer Kurt Weill Beat! Beat! Drums! O Captain! My Captain! Come up from the Fields, Father Dirge for two Veterans Charles Ives Ich grolle nicht Ilmenau The Cage Slow March 1-2-3 Aaron Copland The Dodger The Little Horses Simple Gifts I bought me a cat Jerry Bock If I Were a Rich Man (Fiddler on the Roof) Rodgers & Hammerstein Some Enchanted Evening (South Pacific) Cole Porter Blow, Gabriel, Blow (Anything Goes) George Gershwin I’ve Got Plenty of Nothin’ (Porgy and Bess)

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ON STAGE

Melody Leloudjian interprètant la princesse Elsbeth lors de la générale piano de Fantasio en octobre 2017.

La vie de troupe de Melody Louledjian Melody Louledjian court en ce moment d’un bout à l’autre du pays. C’est entre deux répétitions que la talentueuse soprano de la Troupe des Jeunes solistes nous accorde quelques minutes avant de filer à un prochain rendez-vous. Entretien avec la soprano M elody L ouledjian par R enate C ornu

La Troupe des Jeunes solistes en résidence su Grand Théâtre de Genève

La Troupe bénéficie depuis 2009 du généreux mécénat de la Fondation BNP Paribas Suisse, dont la création remonte à quinze ans. Aux côtés de nombreux acteurs des milieux culturels, elle demeure un solide appui pour des projets qui participent à valoriser la création à Genève. Pour ces jeunes artistes, le projet se révèle riche en expériences et formateur par des rencontres avec des artistes de renom et des premières prises de rôle. Après un an de résidence, chaque soliste repart alors parcourir le monde des scènes lyriques.

Renate Cornu Melody Louledjian, votre prénom semble vous avoir destiné à la musique. Un hasard ? Melody Louledjian Absolument pas, tout tournait autour de la musique à la maison, et mes parents l’ont choisi dans l’esprit de m’en imprégner à mon tour. Au cours de mon enfance, j’ai baigné dans un univers joyeux où la musique a joué un grand rôle. À la maison, un piano trônait au milieu du salon. La magie de ses sons m’attirait et j’ai commencé à apprendre à en jouer et à déchiffer les partitions avant même de savoir lire. RC La Troupe des Jeunes solistes du Grand Théâtre bénéficie du mécénat de la Fondation BNP Paribas Suisse qui vise à encourager la formation et l’excellence. Dans votre cas, quelles sont les opportunités qui vous sont offertes par une résidence d’un an à Genève ? ML C’est très valorisant de pouvoir profiter de la visibilité du Grand Théâtre de Genève, car c’est une grande maison d’opéra, très respectée dans le milieu lyrique, les médias et son public. J’apprécie la possibilité d’une expérience régulière au sein d’une maison. En étant résidente, la constance du séjour apporte un certain confort. Cela signifie ne pas devoir se poser la question où chercher à postuler et à participer à des auditions pour une prise de rôle. Je jouis de cette situation et me sens portée et entourée, encouragée et désirée aussi. Je me plais beaucoup à cette place, qui m’a été proposée et à laquelle je ne m’attendais pas du tout. C’est un vrai bonheur de trouver cette opportunité sur sa route.

© GTG / CAROLE PARODI

RC Vous êtes très présente sur la scène de l’Opéra des Nations au cours de cette saison. Vous interprétez tour à tour Barbarina dans Le Nozze, Elsbeth dans Fantasio, Arsena dans Le Baron Tzigane, puis Lola dans Cavalleria Rusticana. Cela ressemble à un marathon lyrique. Comment gérez-vous ce rythme ?

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ML On peut dire qu’en ce moment, c’est sportif. La comparaison n’est pas exagérée. Je vis une période très intense. Un exemple, au moment où se poursuivent les représentations de Fantasio, et commencent les répétitions du Baron Tzigane, les deux phases de travail se chevauchent à un rythme soutenu. Dans ce cas il faut savoir s’adapter. Cela fait partie des contraintes du métier. Je m’y suis pré-

parée. RC Votre carrière s’emble s’envoler depuis vos débuts au Grand Théâtre de Bordeaux en 2009. Saluée par la critique, votre parcours atteste d’une activité débordante. La liste des opéras et festivals européens qui vous invitent, témoigne d’un carnet de contrats déjà bien rempli. De plus, vous êtes chargée de cours à la Haute école de Musique de Genève. Quels en sont les enjeux ? ML Le cours consiste en plusieurs modules, dont la préparation aux métiers du chant, tels que l’audition, la façon de créer son image et l’acquisition de la forme. Je donne depuis cinq ou six ans une classe de maître sur divers thèmes, dont la musique contemporaine qui m’inspire au point de collaborer régulièrement avec des ensembles et compositeurs. C’est une longue liste d’invitations, à commencer par L'Ensemble Contrechamps, Archipel, l’IRCAM et beaucoup d’autres festivals. J’ai trouvé une immense liberté dans le répertoire contemporain, ses codes esthétiques éclatés qui peuvent être interprétés dans un format très large. Ce n’est pas un répertoire chargé comme le classique qui repose sur de nombreux codes et références qui ne permettent pas de s’en distancier sans en tenir compte. RC Le monde de l’opéra est plein d’impondérables, avez-vous le souvenir d’une montée d’adrénaline ? ML Oui, et c’est intense ! On m’appelle un vendredi pour un concert qui doit avoir lieu le lendemain à Francfort avec l’Ensemble Modern. C’est une pièce que j’ai déjà chantée. J’ai relu la partition dans l’avion et après une brève répétition sur place tout s’est bien passé. Dans mon métier il faut savoir anticiper tout en ayant une capacité d’adaptation rapide. RC Votre année de résidence s’achève à la fin du printemps. Quels projets vous attendent ? Alejandro Abrante, directeur de l’Opéra de Teneriffe installé dans la ville de La Laguna, m’a proposé le rôle de Violetta dans La Traviata. J’en suis très heureuse, car la programmation de cet opéra est exigeante et d’une qualité artistique reconnue. Je m’y prépare à fond, pas question de vacances. C'est un challenge comme nous, les artistes, en vivons tout au long de notre carrière. ■


Fantasio en atelier fantaisie

L

par E lsa B arthas et F abrice F arina

faire alterner dialogues parlés et extraits chantés en français ! C’est à travers un atelier de théâtre musical donné par Pierre Dubey que les élèves ont pu découvrir et s’emparer du livret et des personnages en travaillant sur des extraits significatifs de l’Acte I. Travail des textes, imprégnation des personnages, invention de jeux de scène, les jeunes se mobilisent. Ce travail préparatoire effectué, c’est en costumes que chacun joue son rôle. Et la musique, demanderez-vous ? Elle est bien présente : des insertions musicales dans l’enchaînement permettent en effet aux élèves de traduire corporellement les états d’âmes des personnages et de comprendre les émotions sublimées par la musique d’Offenbach ! En somme, Fantasio aura permis aux élèves de développer des compétences artistiques, en mesurant les contraintes et les possibilités de créations extraordinaires de scénographie et de mettre en jeu leurs émotions en interprétant les différents rôles. Comme dit Thomas Jolly, « dans le monde que nous propose Fantasio, même dans le plus cruel désespoir, on peut trouver une fantaisie, une curiosité… une fleur au milieu du désert. » Gageons que nos ateliers auront aidé les élèves à exprimer toute leur fantaisie et à voir le monde « en couleurs dans la palette de gris ». C’est la finalité de nos activités pour les jeunes, et nous sommes heureux de pouvoir leur offrir, grâce à la Fondation de bienfaisance de la Banque Pictet et au Département de l’instruction publique (DIP), de belles aventures… ■ © GTG / SAMUEL RUBIO

’homme commande au monde entier, à son gré le métamorphose… » (Fantasio). C’est à travers cet état d’esprit de fantaisie – cette capacité à imaginer le monde, à le réinventer – que nous avions invité les élèves à découvrir Fantasio, la production du Grand Théâtre de Genève qui s’est jouée en novembre. Et, en guise de préparation, ils se sont plongés dans le quotidien d’un scénographe et d’un metteur en scène. Saisir, comprendre, s’emparer de la mise en scène de Thomas Jolly, telle est la finalité de l’atelier donné par Valeria Pacchiani, scénographe et costume designer. « La maquette est l’outil premier du scénographe, souligne-t-elle. Mon objectif ? Développer la fantaisie des élèves, leur imagination et leur créativité par petits groupes afin de structurer un espace scénique. » Petite la maquette ? Certes, 50 fois plus petite que la réalité, mais notre coach invite nos scénographes en herbe à « penser grand, à focaliser leur attention sur les structures principales, la dynamique de l’espace, les déplacements des chanteurs sur le plateau » et à « traduire les émotions qui se dégagent de l’œuvre en termes de couleurs, de textures, d’atmosphère dans la structure de l’espace… Une euphorie créative a gagné les élèves qui ont travaillé d’arrache-pied sur leur projet avant de présenter par petits groupes leur mise en espace, le choix des couleurs et des textures utilisées. » Fantasio, magnifique redécouverte d’opéra-comique, ne pouvait se passer d’un atelier théâtral. En effet, le propre de ce genre est de

[en haut]

L'atelier scénographie animée par Valeria Pacchiani et la création d'une maquette sur le thème de Fantasio. [ci-dessus et ci-contre]

Une classe participe à l'atelier théâtre sur le thème de l'acte I de Fantasio avec Pierre Dubey.

© GTG / SAMUEL RUBIO

« 

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La Trilogie sur vos écrans...

A

près Il Giasone, c’est au tour de La Trilogie de Figaro et de Callas de passer par l’objectif des caméras. Il Barbiere di Siviglia, Le Nozze di Figaro et Figaro Gets a Divorce ont été diffusés en direct sur Arte Concert. Cette trilogie pleine de rebondissements combine deux opéras de Rossini et Mozart avec un troisième ouvrage contemporain mis en musique par Elena Langer, prolongeant ainsi les aventures imaginées par le célèbre drama-

© GTG / GREGORY BATARDON

turge Beaumarchais. Il Barbiere di Siviglia mis en scène par Sam Brown sera diffusé sur RTS2 le dimanche 3 décembre, Le Nozze di Figaro mis en scène par Tobias Richter le 10 décembre et Figaro Gets a Divorce mis en scène par David Pountney le 17 décembre, autour de minuit. Quant à Callas, spectacle dansé de Reinhild Hoffmann, figure du Tanztheater, il sera retransmis sur la chaîne musicale Mezzo. Sur scène, à l’Opéra des Nations ou sur écrans, profitez des productions du Grand Théâtre de Genève ! ■

S

de la saison au Prix de la Critique. Bonne nouvelle, le spectacle est à redécouvrir non loin de Genève, à Villefontaine (France) les 22 et 23 novembre 2017, dans le cadre de la tournée du Ballet. C’est l’occasion de découvrir (ou de redécouvrir) cette histoire culte, inspirée d’une légende celtique d’un couple consumé par la passion et d’une intrigue où se mêlent pouvoir, conflits, amour et haine... «Ici on ne

compte pas, confiait la chorégraphe à Benjamin Chaix, journaliste à La Tribune de Genève. On se laisse emporter par la musique, on la suit ou on est en contraste avec elle, c’est un corps à corps avec cette partition formidable qui dit tellement sur l’amour. Le Ballet du Grand Théâtre présentera en 17-18 Tristan & Isolde dans d’autres villes françaises, en Espagne, en Allemagne et en Italie. ■

© GTG / JOSÉ PAZOS

alue pour moi le monde, c’était en 2015, mais les adeptes de danse se souviennent certainement de l’interprétation magistrale, par le Ballet du Grand Théâtre, de Tristan & Isolde, chorégraphié par Joëlle Bouvier. Brillante adaptation de l’opéra de Richard Wagner, cette création dansée avait remporté en 2016 le Grand Prix du meilleur spectacle chorégraphique

© GTG / MAGALI DOUGADOS

Tristan & Isolde sur d’autres planches...

Ravel nous révèle le Chœur

L

es 4 et 5 octobre derniers, les membres du Chœur du Grand Théâtre ont donné corps à Daphnis et Chloé, en version de concert avec l’Orchestre de la Suisse Romande (OSR) sous la baguette de son directeur musical et artistique Jonathan Nott. Ensemble, ils ont révélé dans le Victoria Hall les couleurs et les timbres très riches de la partition signée Maurice Ravel. La formation chorale a été célébrée par la critique, notamment Julian Sykes dans Le Temps  : «  Les interventions du chœur qui chante à bouche fermée (excellent Chœur du Grand Théâtre préparé par Alan Woodbridge) sont un enchantement. » Prochain rendez-vous, le concert Coup de Chœur le 7 juin 2018 au Temple Saint-Gervais ! ■

© GTG / OLIVIER GURTNER

Les matins de l’opéra... Après deux succès des rencontres du public avec les artistes autour d’un brunch pour les représentations de La Trilogie de Figaro (3/09) et de Fantasio (29/10), une nouvelle matinée se prépare autour du Baron Tzigane, restez attentifs... www.geneveopera.ch facebook.com/geneveopera

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6 International EN BREF

Victoire de en Républi

MAIS ENCORE

Agé de 69 ans, Wang Qishan dirige depuis 2012 le Comité central pour l’Inspection disciplinaire du Parti communiste chinois. (WANG ZHAO/AFP PHOTO)

Wang Qishan, le discret numéro deux du régime chinois

de la traquer sans merci», note numéro deux du régime et bénéWilly Lam, un expert de la poli- ficie d’une vaste autonomie», tique chinoise à l’Université relève Willy Lam. Lui et Xi Jinping chinoise de Hongkong. Il a notam- se connaissent depuis l’époque de ment brisé un tabou en faisant la Révolution culturelle, lorsqu’ils condamner à la prison à vie le ont été exilés dans le même village responsable de l’appareil sécuri- rural, dans le Shaanxi. taire Zhou Yongkang, qui faisait partie du Comité permanent du «Pompier en chef» JULIE ZAUGG, HONGKONG Politburo, l’organe le plus puisAvant d’occuper cette position, sant du pays. ce diplômé en histoire a notam«Mais il s’est aussi servi de cette ment posé les bases de la vaste Mercredi dernier, lors du discours qu’il a prononcé à l’ouverture campagne comme d’un outil poli- offensive anti-pauvreté initiée par du Congrès du Parti communiste tique pour se défaire de ses rivaux l’Empire du Milieu dès les années chinois, le président Xi Jinping a politiques», juge Willy Lam. Il 1980. Il a ensuite dirigé plusieurs réaffirmé l’importance de pour- a ainsi fait tomber Ling Jihua, un banques, dont la China Construcsuivre la campagne anti-corrup- fidèle associé de son prédécesseur tion Bank, contraint de gérer les tion initiée en 2012. Il s’agit de la Hu Jintao, le chef de la province suites de la crise financière asia«plus grande menace» affrontée de Chongqing Bo Xilai, considéré tique de 1997. En 2003, il a pris les par le régime, a-t-il dit, en promet- comme une étoile montante du rênes de la ville de Pékin, où il a tant d’introduire une nouvelle loi parti, et son successeur Sun notamment dû s’occuper de l’épipour remplacer le système actuel Zhengcai, arrêté en juillet et long- démie du SRAS, qui a fait 190 de détentions secrètes et extraju- temps perçu comme un candidat morts dans la capitale, et des prédiciaires – appelé shuanggui. potentiel à la présidence chinoise paratifs pour les Jeux olympiques Cette campagne anti-corruption pour 2022. «Cela a permis de sup- de 2008. La même année, il est sans précédent a pris dans ses filets primer les diverses cliques poli- devenu vice-premier ministre, 1,34 million de cadres et plus de 250 tiques au sein du parti et de l’uni- chargé d’épargner à la Chine les officiels de haut niveau depuis son fier sous la direction d’un seul effets de la récession de 2008. ancement. Elle a également eu un homme», indique Zhu Jiangnan, «Ces divers rôles lui ont valu une effet sur l’horlogerie suisse, les une spécialiste de la corruption à réputation de pompier en chef, montres de luxe étant prisées l’Université de Hongkong. toujours prêt à être déployé en cas vous abonnant au Temps, Or, vous ne nous apportez pas seulement un soutien commeEn pots-de-vin. cette campagne est l’œuvre de crise», note Zhu Jiangnan. essentiel, vous protégez aussi les fondements de vos libertés individuelles. d’un seul homme: Wang Qishan, Ils lui ont également conféré une «Un outil politique» qui dirige depuis 2012 le Comité expertise importante en matière «Xi Jinping est habité par une central pour l’Inspection discipli- économique. «Wang Qishan peur viscérale s’ef- naire,sont l’instance chargée de lutter continue de jouer un rôle imporToutes de nosvoir offle resparti d’abonnement à découvrir sous fondrerwww.letemps.ch/abos en raison de la corruption contre la corruption. «Il est una- tant en tant que conseiller finanou au 0848 48 48 05 de ses membres et a donc décidé nimement considéré comme le cier du président», fait remarquer

CHINE Le premier mandat du président Xi Jinping, qui vient de s’achever, a été marqué par une campagne anti-corruption sans précédent. Elle est l’œuvre de Wang Qishan, un homme de l’ombre considéré comme le deuxième dirigeant le plus puissant du pays

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Willy Lam. Certains déplorent d’ailleurs le manque d’attention apporté par sa campagne anti-corruption au domaine bancaire et financier, qui abrite de nombreux protégés et anciens collègues de ce politicien discret. «La plupart des dirigeants d’entreprise ont jusqu’ici été épargnés, glisse le politologue. Tout comme les enfants des membres fondateurs du régime, ceux qu’on appelle l’aristocratie rouge, et dont Wang Qishan est lui-même issu.»

L’âge de la retraite

Alors que le 19e Congrès du Parti communiste se termine ce mercredi, tous les regards sont braqués sur cet homme de 69 ans qui recommande régulièrement à ses subordonnés de regarder la série House of Cards et de lire Tocqueville. De nombreux observateurs pensent qu’il conservera sa place au sein du Comité du Politburo, alors qu’il a atteint l’âge de la retraite. En septembre, il a tenu deux rencontres de haut niveau avec le premier ministre singapourien Lee Hsien Loong et l’ex-stratège de Donald Trump Steve Bannon. S’il devait rester au sommet du pouvoir, cela créerait un précédent ouvrant la voie à un troisième mandat pour Xi Jinping, qui aura lui aussi 69 ans en 2022. n

France: Jean Lassalle accusé de harcèlement Le député et ancien candidat à l’élection présidentielle a été accusé d’agression sexuelle par plusieurs femmes, selon les médias français. Jean Lassalle aurait ainsi «mis une main aux fesses» de la directrice de la communication du Parti communiste Julia Castanier lorsqu’elle était assistante parlementaire. Pour Karine Berger, députée socialiste, «c’est le député le plus gluant. Il est vraiment très spécial avec les femmes.» Une journaliste raconte aussi qu’il a tenté de l’embrasser sans son consentement en 2007. Le député avoue être «quelqu’un de truculent, de tactile», mais nie toute agression. LT

Profitant de la m vis-à-vis de leur c «ordres de Bruxe populiste ANO du Babis a remporté élections législat samedi en Répub 29,6% des suffrag devance les libér cratique civique ( la version tchèqu formation d’extrê démocratie direc respectivement 1 social-démocrate ministre sortant, tombe à 7,3%, son 1993 et la dissolu vaquie. Les chrét ČSL), partenaires coalition sortant 5,8% des voix. AFP

Au Japon, remporte l

Le premier minis japonais, Shinzo japonais, che une large vic anticipées, selon gagnant ainsi son nouveau mandat économie mondi nord-coréennes. Parti libéral-dém Shinzo Abe et le p droit) était en pa sièges sur les 465 selon des estimat TBS, fondées sur bureaux de vote. 2012, après un pr 2006-2007, Shinz rester aux comm atteindre le recor premier ministre

La nomina Mugabe à l

Le directeur géné mondiale de la sa Adhanom Ghebr annulé dimanche président du Zim comme ambassa expliquant que c l’agence de l’ONU provoquée par sa président Mugab par l’ancien mini Affaires étrangèr de critiques d’ON l’effondrement d zimbabwéen sou


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